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le Dim 27 Oct 2019 - 18:56



Left behind


La Cité est en effervescence depuis plusieurs jours déjà. Ça crie, ça chante, ça échange joyeusement à tous les coins de rue. Les sourires renaissent sur les visages endeuillés, les discussions se font plus légères, les prédictions, plus optimistes. Le couronnement du nouveau roi semble avoir balayé les craintes de chacun. Bizarre qu’Isaak ait redonné foi à son peuple. Le souverain n’est pas de ceux qui se reposent sur leurs lauriers. Lors de la cérémonie, il a bien fait comprendre à son peuple encore désorienté qu’il n’hésiterait pas à faire la guerre aux tribus voisines s’il le jugeait nécessaire. Et bien sûr qu’il le jugera nécessaire. Isaak est un seigneur de guerre. Son air patibulaire et sa mine renfrognée ne sont que le reflet de son intérêt pour le conflit. Avec le chef des armées à la tête du pouvoir, l’avenir des Rahjaks est plus que jamais incertain. Pourtant, le peuple semble l’avoir oublié. D’abord craintifs à l’idée que le fils aîné des Draghsteel soit nommé à la tête du pays, les habitants de la Cité festoient depuis plusieurs jours sans plus s’inquiéter de rien. Eux qui soupçonnaient Isaak de meurtre il y a à peine quelques jours encore… Tout semble avoir été balayé par l’autre annonce du roi, beaucoup plus positive malgré les traits tirés et les commissures serrées des lèvres qui l’ont prononcée. Les récoltes ont été abondantes cette année, de quoi assurer à chacun de manger à sa faim. La perspective de ne manquer de rien et ne payer aucun impôt a littéralement transcendé la Cité. Depuis quelques jours, la Grand Place ne désemplit pas, les clients se font plus nombreux qu’à l’accoutumée et la ville ne s’arrête plus de vivre. Les cultivateurs et les marchands doivent s’en frotter les mains. Les pièces d’or mises de côté pour payer les taxes de fin d’année tombent finalement dans leurs poches, puisque le roi lui-même a promis qu’il ne prendrait rien à son peuple. Tous veulent y croire, et y voient là l’avènement d’un roi bienfaiteur et à l’écoute de son peuple. Lorsqu’il entend ça, Lion lève les yeux au ciel et affiche ostensiblement un air exaspéré. Comment les gens peuvent-ils se montrer aussi bêtes ? Offrez-leur à manger, vous achetez leur éternelle loyauté. Quel manque d’esprit. Même lui, qui n’a pas été instruit, s’estime plus dégourdi. Il n’y croit pas deux secondes, à cette poudre aux yeux qui veut faire passer le chef militaire pour un être humain sensible et doué de compassion. Le roi n’agit que par intérêt. Il ne sait pas lequel, et il s’en moque bien. Tout ce qui se trame au sein de la famille royale ne lui fait ni chaud ni froid. Lui vient d’un monde que les puissants ne connaissent pas. Un monde sur lequel les riches ferment les yeux, préférant ignorer la réelle misère de leur univers dispendieux.

Dégoûté par la bêtise et l’hypocrisie de ses semblables, Lion décide d’aller se ressourcer. Bien qu’il ait tout fait pour s’en sortir, le gamin n’oublie pas d’où il vient. S’il a réussi à légèrement grimper sur l’échelle sociale, il reste bien malgré lui profondément attaché à ses racines. Ses racines plantées à la fois nulle part et dans toute la Cité. Il vient de partout, lui qui a grandi sans domicile et sans famille. Mais il vient surtout d’un quartier qu’il a beaucoup fréquenté. Un quartier parmi les plus pauvres de la Cité de Feu, où se retrouvent les boiteux, les miséreux, les malheureux. Ceux dont les prières sont restées sans réponse. Un endroit dans lequel Lion déteste retourner, en même temps qu’il s’y sent intimement lié. Un pan de sa vie qu’il voudrait oublier, mais qui l’a forgé et l’a fait tel qu’il est désormais. Inconsciemment, il y retourne quand il se sent perdu, comme si arpenter ces ruelles qu’il connaît comme sa poche lui permettait de se retrouver. Comme si son âme était terrée quelque part entre les bicoques désolées, sous la poussière cendrée, dans un pan de mur troué. La détresse qui suinte tant des maisons de fortune que des yeux larmoyants des mendiants le saisit à la gorge, une fois de plus. C’est plus fort que lui, il détourne les yeux, évite de croiser le moindre regard. Lion est loin d’être riche, mais il sent les regards chargés d’envie qui se posent sur lui. Il se revoit, enfant, mendiant, chapardant, se battant pour survivre jusqu’au lever de soleil suivant. A présent, il arbore des vêtements décents, travaille à peu près honnêtement, dort dans des draps blancs et peut même, parfois, s’offrir le luxe de dépenser un peu d’argent. Il s’est battu pour s’offrir une vie, et pour le moment, ses efforts semblent avoir payé. Il y a des jours où c’est grisant, où il se sent presque puissant. Ses chevilles enflent un peu et il oublie tout projet d’avenir pour ne vivre qu’au présent. C’est dangereux, pour un enfant. Il pourrait perdre les pédales et sombrer dans une folie qui n’attend que lui. Heureusement, il a su s’entourer de bons amis. Ils ne sont que deux, mais ils sont là pour lui. Ils savent ramener leur Icare sur terre avant qu’il ne se brûle les ailes.

Le gamin ne sait pas trop ce qu’il fait dans le coin. Il y est venu par habitude, par réflexe, par instinct peut-être ; mais maintenant qu’il foule le sable grisâtre, il ignore où aller et quoi faire. Peut-être est-il simplement venu se gorger de la misère poisseuse de ce quartier miséreux, pour se souvenir que malgré les belles promesses du roi, il y aura toujours des laissés pour compte. L’enfant se pince les lèvres d’un air pensif. Pour une fois, il n’a pas envie de se vanter, de vociférer sa grandeur ou de conter ses exploits d’un air sournois. Il n’a pas envie d’être le centre de l’attention. Il n’en a pas le droit, en ces lieux presque sacrés. C’est un droit qui lui a été retiré lorsqu’il a préféré s’élever. Alors il ne dit mot et reste silencieux. Jusqu’à ce qu’il croise un petit garçon avec les larmes aux yeux. De grosses larmes qui roulent sur son visage poussiéreux. Un petit gars tout chocolat, avec des cheveux en bataille et dont le ventre n’en finit pas de brailler. Même à trois mètres, Lion peut l’entendre gargouiller. Son cœur se serre avec force, soudain rempli de venin. La détresse du petit le heurte de plein fouet. Il aimerait l’ignorer et s’en aller, mais il n’y peut rien, le gamin lui rappelle celui qu’il était il y a à peine quelques années. Celui qu’il aurait pu être aujourd’hui, si la chance ne lui avait pas un peu souri. Il s’arrête net dans sa promenade, observant l’enfant qui, lui, ne le remarque pas à travers le brouillard de ses larmes. Il ne se passe rien. Pas un geste, pas une parole, pas un contact. Et Lion rebrousse furieusement chemin, bien décidé à s’éloigner de cette rue étouffante. Pour mieux y revenir.

Le gamin sans histoire redevient voleur. Il n’a pas d’argent sur lui, et pas le temps d’aller en récupérer. La lune va bientôt se montrer, et les maraîchers vont retourner au sein de leurs foyers. Qui plus est, si son patron le voit débarquer à l’improviste, il y a de fortes chances pour qu’il le retienne toute la nuit. Pour la énième fois, Lion se dit qu’il n’a pas le choix. Il sent des picotements dans son dos, un frisson électrique qui parcourt ses cicatrices et lui rappelle qu’il n’est pas invincible. Qu’à cela ne tienne. Il y a des causes pour lesquelles il vaut la peine de prendre des risques. Derrière sa façade arrogante, Lion cache un cœur empathique, et ne peut se résoudre à laisser ce gamin crever de faim dans la nuit froide. Il ne l’explique pas. Aujourd’hui, le sale petit égoïste a besoin de faire un geste pour autrui.

Il atteint rapidement la Grand Place, encore grouillante de commerçants et de clients qui n’hésitent pas à négocier les prix. N’ayant pas prévu de faire usage de ses talents, il est sorti sans sa cape aux poches larges comme des sacs. Il ne pourra pas ramener de butin encombrant. Il va falloir se restreindre niveau quantité. Il choisit sa cible avec soin. Pendant un moment il observe les vendeurs, à la recherche d’un vieux qui ne verra pas la silhouette s’éloigner les bras chargés, d’un étal plein à craquer pour dissimuler l’objet dérobé, d’un stand bondé pour se noyer dans la masse. Malheureusement pour lui, à cette heure avancée, aucun étal ne remplit les conditions requises pour un larcin en toute discrétion. Lion ne se laisse pas démonter, continue d’arpenter la place comme si de rien n’était, faisant mine d’être plongé dans ses pensées. Et puis, proche d’une rue qui sera sa porte de sortie, il subtilise un sachet de figues sèches dans un cabas, et un autre de viande séchée dans un sac voisin. Sans chercher à jouer avec le feu, il décampe à une allure raisonnable pour n’éveiller aucun soupçon.

Et ça fonctionne. Le butin est maigre, mais le voleur s’en tire sans encombre. Quelques rues plus loin, il s’arrête pour laisser son cœur se calmer un peu. L’adrénaline le fait tambouriner au creux de sa poitrine. La peur, sournoise, délivre ses entrailles. C’est un sentiment nouveau qu’il apprend toujours à dompter, apparu après s’être fait surprendre en train de voler. La punition douloureuse et humiliante l’a freiné pendant des années, et la reprise a été compliquée, avec la peur d’être de nouveau arrêté. Il joue sa vie à chaque chapardage, et il en est bien conscient. La prochaine arrestation sera la dernière. Il finira sa vie dans les mines de sel, maintenant qu’il est majeur et déjà fiché. Ça n’a pas été facile de refouler cette évidence, mais on ne lui a pas laissé le choix. L’habitude est vite revenue, mais la peur persiste à coller le moindre de ses pas. S’il l’écoute, il tombe. Alors il ne la laisse pas prendre le contrôle de ses gestes. Il laisse l’adrénaline l’envahir, et se laisse galvaniser par le sentiment de surpuissance qu’elle lui procure. Une véritable drogue qui fait de lui un camé au larcin.

La retombée est grisante. Le gamin exulte et ne peut retenir quelques pas de danse ponctués d’un cri de victoire. Une réussite de plus pour lui, une défaite supplémentaire pour les cicatrices qui lézardent son dos encore cuisant. Gonflé d’une énergie qu’il lui faut libérer immédiatement, le gamin retombe en enfance et s’abandonne à des acrobaties dangereuses. S’improvisant traceur, il se lance à la conquête des toits voisins, se hissant sur les dômes de terre avec un équilibre précaire. Ne contrôlant plus son soulagement mêlé d’ivresse, Lion escalade, saute, danse, tourbillonne dans un territoire dont il se croit maître. Petit, son agilité et son petit gabarit lui permettaient effectivement de se mouvoir à sa guise, aussi bien dans les ruelles étroites, les trous de souris ou les toits glissants. Mais cette agilité, il l’a perdue en grandissant. Bien qu’il l’entretienne au quotidien et qu’elle fasse toujours partie de ses points forts, force est de constater qu’il a perdu en souplesse et en équilibre. Et si le gamin nage en plein déni, préférant ignorer la perte de ses capacités innées, la réalité ne tarde pas à le rattraper.

Un faux pas suffit. C’est déjà trop. Le petit se laisse choir sur un toit mal construit, et se laisse piéger par une proéminence qu’il n’avait pas détectée. La bosse sur la plaine lisse dérange son pied, le tord et le fait grimacer. Gêné par cet élan mal réceptionné, le gamin ne peut pas poursuivre sa course effrénée comme il l’aurait souhaité. Son mouvement suivant n’est pas celui qu’il aurait dû être. Un deuxième faux mouvement, et la chute est inéluctable. Dans un juron résonnant bientôt accompagné d’un sinistre craquement, Lion s’écrase au sol brutalement. Une pluie de jurons s’ensuit, étranglée dans un hurlement de douleur. Le loup n’en finit pas de hurler à l’agonie. Nul doute qu’il va rameuter tout le quartier. Et forcément, on va lui poser des questions auxquelles il ne veut pas répondre. Alors il se mord les lèvres jusqu’au sang pour étouffer la douleur que ses cordes vocales rendent palpables. Haletant, des larmes de souffrance lui nimbant les yeux, Lion se rehausse tant bien que mal et étouffe un nouveau cri au creux de sa gorge. Il ne peut prendre appui que sur une de ses jambes pour se redresser. L’autre ne répond plus comme avant. Désorienté, Lion ne peut que contempler, impuissant, l’angle anormal que forme sa cheville droite. Son poignet gauche a été amoché lui aussi. Il ne peut s’appuyer dessus sans geindre de douleur. Son corps fracassé le lance dans tous les sens. Et c’est bientôt son cœur qui prend un coup violent à son tour. Car la frêle silhouette d’une Ezra affolée se penche sur lui pour s’inquiéter de son état.

- Putain, mais t’es partout toi, y’a pas moyen qu’tu m’lâches la grappe deux minutes ?

Parmi tous les mots qu’il aurait pu choisir pour renouer le contact avec cette figure maternelle perdue depuis plus d’un an, Lion choisit le plus blessant de tous. Putain. Une insulte courante dans sa bouche, qu’il ne prononce pourtant jamais en présence de la jeune femme. Parce qu’il connaît vaguement son histoire, et que quelque chose en lui lui a toujours dicté de ne pas proférer ce terme, que l’ancienne prostituée pourrait prendre pour elle. Le seul mot qu’il s’interdit, et qu’il lui balance à la figure pour leur premier échange depuis le retour de la belle à la Cité de Feu. Un juron proféré par habitude, sous le coup d’une colère qu’il ne contrôle pas. La douleur qui transperce chacun de ses muscles et de ses os le pousse dans ses retranchements. Tout se mêle et s’emmêle dans sa tête comme dans son cœur. La douleur et la honte d’être ainsi tombé, la douleur et la honte de se présenter ainsi à la femme qu’il admire maintenant contre son gré, la douleur et la honte d’avoir été abandonné. La peur de ne plus pouvoir marcher, l’incertitude qui se dessine soudain quant au reste de sa vie, l’amour blessé qu’il porte toujours envers cette femme qui l’a délaissé. Ce tourbillon plein de contradictions lui fait perdre toute raison. Puisqu’il en est à sangloter, que la figure qu’il admire tant le voit déjà dans toute sa vulnérabilité, il n’a plus rien à lui cacher.

- Pourquoi t’es là ? Kestu fais là ? Pourquoi tu m’suis comme mon ombre ? J’ai pas b’soin d’toi ! C’est trop tard ! Trop tard pour rev’nir comme si y s’était rien passé ! Trop tard pour faire genre tu penses à moi ! T’étais pas là, alors j’ai fait sans toi ! J’ai pas b’soin d’toi, pas b’soin d’toi !

Il se sent si faible, et si soulagé à la fois. Ça lui fait du bien de cracher son venin. Les larmes continuent de glisser sur son visage ravagé, le libérant d’un poids trop longtemps coincé dans son être tout entier. Il a mal, mal partout. Il ne saurait dire ce qui le détruit le plus. Sa cheville tordue ou son cœur lacéré.

— code by lizzou —

Ezra Aerys
DATE D'INSCRIPTION : 28/02/2016 PSEUDO/PRENOM : Glacy MULTICOMPTES : Chris Wilson MESSAGES : 3264 CELEBRITE : Jessica Parker Kennedy COPYRIGHT : alcuna licenza. (avatar) - frimelda (signa) METIER/APTITUDES : esclave de Werowa▲ métier ingrat ▲ ancienne couturière, esclave domestique, prostituée, esclave domestique de Roan TRIBU/CAMP : Rahjak POINTS GAGNES : 95

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le Dim 27 Oct 2019 - 22:39

Left behind
Ezra & Lion

« Try this. One of you stands, walks to the door, doesn't turn back, even if their heart aches for just one more look, one more moment. But you'll know that the not looking just means I'll never forget you. »
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]Une silhouette fantomatique. Une illusion. Une ombre parmi d'autres ombres. L'éclat du soleil trop aveuglant pour avoir un aperçu net de la scène qui ne se déroulait pas au coeur des ruelles, mais plus haut, au-dessus des têtes. Au départ, ce n'était qu'un éclat de curiosité traversant le regard qui me conduisait à changer de trajectoire. Volonté de constater de mes propres yeux qu'il ne s'agissait rien de plus qu'une ombre, une illusion optique. Mais à chaque pas esquissé, alors que cette main était placée en visière, il était possible de se rendre compte que non il n'y avait là aucune illusion optique. C'était bel et bien l'ombre d'une silhouette qui se dessinait sur les hauteurs des toits. C'était bel et bien une silhouette qui se dessinait sur les toits de la cité rahjak. Silhouette encore un peu floue mais qui se précisait. Un regard qui était captivé par la scène, par le spectacle. Ne réussissant à détacher ce même regard de la silhouette qui dansait sur les toits. Des acrobaties réalisées. Des pas de danse aguerries. Sautant d'un toit à l'autre, faisant du ciel son terrain de jeu. Ce coeur qui se serrait quand un saut plus dangereux que l'autre était esquissé, de peur que la silhouette n'en vienne à disparaître et tomber dans l'obscurité. Mais la descente au coeur des ténèbres n'était rencontrée. Un équilibre retrouvé alors que dansant sur un fil tendu en l'air, la silhouette continuait sa course. Continuant de virevolter et d'offrir ce spectacle insensée. Silhouette qui grossissait, que petit à petit, il était plus facile de distinguer. Et cette fois-ci c'était pour une toute autre raison que les battements de mon coeur se mettaient à s'accélérer à battre que de plus belle. Acrobate reconnu. Parce que c'était lui. Parce que c'était évident. Parce qu'il n'y avait que lui pour pouvoir escalader, trouver des prises et grimper toujours plus haut. Il n'y avait que lui pour se mettre à danser sur les toits de la cité rahjak, baignant dans la lueur du soleil. Sa taille menue et son agilité lui permettant de glisser sur les toits, d'esquisser des pas de danse comme si là-haut c'était son royaume. Une couronne d'or posée sur sa tête. Son royaume il était là, s'étendant à ses pieds. Royaume qu'il parcourait à sa guise, marchant en territoire conquis. Et il y avait cet éclat de fierté qui se dessinait dans mon regard. Il y avait cette poitrine qui se gonflait en le voyant. Il y avait ce sourire qui se dessinait sur mon visage en le voyant évoluer, parce que seul là-haut, il était magnifique. Il était impossible de ne pas esquisser un sourire en le voyant heureux.

Mais s'il y avait cette fierté, ce joie à la voir évoluer sur les toits glissants, il y avait aussi les battements de ce coeur qui s'accéléraient à chaque descente paraissait un peu plus glissante. Il y avait cette note d'inquiétude à l'idée qu'il en vienne à rompre son cou bien que chaque pas semblait doté d'une note naturelle, qu'aucun faux pas n'était jusqu'à là commis. Que consciente du risque comme une part de son esprit en devait aussi avoir connaissance. Il suffisait d'un faux pas pour que la chute soit mortelle ou tout aussi violente. Prière adressée au dieu du soleil, et si dans ma tête j'espérai que tout se passerait bien, parvenant à croire qu'il allait continuer d'évoluer sur les toits avant de retomber avec agilité sur le sol, sans doute avais-je commis l'erreur de croire que tout se passerait bien. Car la seconde d'après, il y avait ce faux pas d'esquissé. Cette erreur qu'il n'aurait pu prévoir, ce pli dans le toit qu'il n'avait pas vu. Son que je n'entendis pas. N'entendant le craquement qui résonnait. N'entendant le son produisait par l'impact. Scène entrevue au ralenti alors que soudainement son corps partait en avant, que son corps commençait à tomber vers le sol. Juron qui n'était pas perçu alors que je me mettais à courir aussi vite que ma jambe boiteuse le permettait. Juste à côté que je n'étais pas alors que jusqu'à la scène avait été observée à distance. Mais aucune seconde ne pouvait être perdue alors que le spectateur jusqu'à là passif devenait acteur de la scène. Courant de toute mes forces alors que son hurlement de douleur se répercutait. Silhouette repérée aussitôt sur le sol. Une course qui n'était pas arrêtée, pas même alors qu'il ne restait que quelques pas nous séparant, une brève distance. Impuissante alors que je le voyais tenter de se redresser que pour retomber en direction du sol. Gémissement qui s'échappait de ses lèvres. Regard qui ne pouvait que noter avec cette note d'inquiétude l'angle anormal formé par sa cheville droite, le sang qui s'écoulait le long de son poignet gauche. Chaque détail discerné avec un peu plus de soin alors que je m'arrêtais devant lui, me penchant en direction de lui. Cet éclat d'inquiétude que visible dans mon regard que je tentais de masquer. Peine perdue, mais sans aucun doute que si j'avais crains cette scène tout en priant qu'elle ne se produise pas, je n'avais pas imaginé que les prochains mots qu'il prononcerait seraient aussi violents.

« Putain, mais t’es partout toi, y’a pas moyen qu’tu m’lâches la grappe deux minutes ?  » Choc oublié face à la violence des mots prononcés, face à cette colère qui résonnait. Et chacun des mots prononcés était comme un coup de poignard. Chacun des mots prononcés était un coup de poignard planté, qui tournoyait. Chaque mot prononcé ravivait un peu plus ce sentiment de culpabilité. Chaque mot prononcé ravivait non pas cette colère que je ressentais mais que lui il ressentait, ravivant la peine et ce sentiment qui vous enserrait la gorge. Boule qui se formait dont il était impossible de se séparer. Ce sentiment d'oppression alors que ma gorge était nouée, que je serrai les lèvres. Des mots qui faisaient mal. Juron prononcé de sa bouche presque courant auquel il était aisé de ne pas prêter attention quand il ne m'étais pas destiné personnellement. Prononcé cette fois-ci dans ma direction. Insulte que j'aurai pu prétendre inexistante si ce n'était pas lui qui l'avait prononcée. Juron prononcé aussi naturellement. Il n'y avait eut aucune note de réflexion, il n'y avait eu que la vérité pure, dure et implacable. Blessant et rappelant ce sentiment de honte, ce sentiment cuisant de dégoût envers soi-même. Rappelant à la surface des souvenirs moins glorieux où le corps devenait un instrument pour gagner de l'argent, pour gagner sa vie. D'autres choix qui n'était inenvisageables, car là-bas j'avais été envoyée. Etape de ma vie que j'avais mis derrière-moi, cependant le passé semblait toujours me rattraper tôt ou tard. Mais peut être que ce n'était pas tant l'insulte qui blessait le plus, parce que les insultes on s'y habituait, on apprenait à les ignorer, que ce soit lui qui l'ait prononcé. Premier coup de poignard. Puis le second.

Second enfoncé plus profondément alors qu'il ne pouvait que m'en vouloir déjà là. Tentative pour rattraper le temps perdu, pour tenter d'être de nouveau là, pour faire taire ce sentiment de culpabilité qui me saisissais de plus belle quand je le voyais parce que je l'avais laissé derrière, parce qu'il m'en voulait. Fossé que je tentais de réduire. Tentant de réduire cette distance qui s'était creusée et qui ne semblait que s'allonger alors qu'à chaque pas esquissé dans sa direction, il s'esquivait ou m'ignorer. Indifférence totale. Toujours cet espoir qu'il le faisait exprès, qu'il voulait me faire payer. Ne me désespérant pas pour autant alors que je tentais encore et encore de m'approcher sans pour autant m'imposer. Là lorsque la panique s'était saisie de lui sur la grande place, lorsqu'il devait retrouver le voleur avant qu'on n'en vienne à le retrouver lui. Là pour m'apporter mon aide. Toujours là. Volonté de me rattraper. Volonté de faire taire le fardeau sur les épaules. Mais de nouveau, il me rappelait la vérité.
De nouveau, il se faisait plus violent, me rapprochant d'être là, me signifiant qu'il n'avait pas besoin de moi. Des mots que plus acérés qui étaient prononcés. Mais à chaque mot prononcé, il y avait ces larmes qui coulaient le long de ses yeux, dégoulinant le long de ses joues, défigurant son visage d'enfant qui perdait peu à peu ses traits enfantins pour gagner en beauté et assurance. Homme qu'il devenait. Obligé de grandir trop vite, forgé à la dur au sein de la cité alors que dix-sept ans étaient passés depuis qu'il avait vu le jour. Il y avait ces larmes qui effaçait tout sentiment de colère, de honte parce que c'était lui qui comptait, parce qu'en ce moment il n'y avait que sa douleur. Sa douleur qu'il ressentait, qu'il projetait tout autour de lui. Cette douleur qui n'était pas seulement physique mais aussi émotionnelle, personnelle. Cette douleur qui le submergeait alors que désormais, il ne pouvait non plus fuir, qu'il ne pouvait éviter cette conversation qui aurait sans doute dû être prise des mois plutôt.

Un étau dans laquelle j'étais aussi prisonnière alors qu'il reprenait la parole. « Pourquoi t’es là ? Kestu fais là ? Pourquoi tu m’suis comme mon ombre ? J’ai pas b’soin d’toi ! C’est trop tard ! Trop tard pour rev’nir comme si y s’était rien passé ! Trop tard pour faire genre tu penses à moi ! T’étais pas là, alors j’ai fait sans toi ! J’ai pas b’soin d’toi, pas b’soin d’toi ! » Et de nouveau, il enfonçait le poignard. Le plantant encore et encore. Ravivant ce sentiment de culpabilité en parallèle qui avait pris racine depuis mon départ. Départ que j'avais prémédité. Départ que j'avais réalisé tout en sachant que je laisserai derrière des personnes auquel je tenais, que je laisserai derrière ceux qui avaient conquis mon coeur. Shanareth. Lui. Ariane. Kieran. Arméthyse. Etant partie sans me retourner. Des adieux tus. Ayant marché jusqu'à la porte sans me retourner, sans un dernier regard alors que me coeur criait ne serait-ce que pour les voir un dernière fois, pour un regard de plus. Des traits mémorisés que je ne pourrais que rappeler que dans mes souvenirs, dans un coin de mon esprit. Coeur qui criait pour partager un moment de plus en leur compagnie, pour succomber aux éclats de rire, aux sourires, à cette note grisante du bonheur. Mais cette absence de regard qui signifiait aussi que je ne les oublierai pas. Et ne les ayant pas oublié alors que même au-delà des murs de la cité, ils étaient là dans un coin de mon esprit. Loin des yeux mais toujours aussi proches de mon coeur. Amour qu'il n'avait entrevu si ce n'était cette trahison, cette obscurité glaciale dans laquelle je l'avais laissé. Cet abandon. Ce coup de poignard que je lui avais porté la première. Son coeur qui s'était brisé, que j'avais brisé en mille morceaux. Tintement. Morceaux de verre qui retombaient en mille éclats sur le sol, en écho. Un retour qui n'effaçait pas la douleur, ni le sentiment de trahison. Certaines blessures qui semblaient inguérissables. Il y avait cette colle qu'on tentait d'appliquer encore et encore, il y avait cette première couche dessinée puis cette seconde. Il y avait cette volonté de recoller les morceaux, mais parfois pas même la plus belle volonté du monde permettait d'emboîter de nouveau les pièces du puzzle, de colmater les fissures creusées. Fissures que je ne savais pas si je pourrai réparer totalement, même si j'essayais. Un dernier mot qui n'était pas dit.

Et peut être, peut être était-ce aussi ce qu'il aurait voulu. Peut être qu'il aurait voulu que je m'éloigne de nouveau, que je n'assiste pas une seconde de plus à ce spectacle désolant où il ne ressentait que peine et honte. Peut être aurait-il voulu que je m'enfuie une nouvelle fois pour lui prouver qu'il ne comptait pas, mais justement là était le problème. Il comptait. Il comptait trop. Il était ce gamin auquel je m'étais accrochée. Il était ce gamin auquel je n'aurai sans doute jamais dû m'accrocher parce que je n'avais aucun droit. N'ayant aucun droit de m'attacher à lui. N'ayant aucun droit d'éprouver de l'affection, n'ayant aucun droit de vouloir le protéger, de vouloir l'aimer. Je n'étais pas sa mère. Je n'étais qu'une esclave, tout comme lui. Et pourtant à chaque fois que je le voyais, mon coeur se serrait. A chaque fois que je le voyais, il fallait que l'inquiétude se lise dans mon regard, que la main soit tendue pour lui donner à manger ce que je pouvais acheter en plus. Il y avait ce besoin incessant de savoir qu'il allait bien, qu'il mangeait à sa faim, qu'il avait un toit sous lequel dormir. Il y avait ce besoin incessant de vouloir s'assurer qu'il grandissait en bonne santé. Mais plus que de vouloir le voir en bonne santé, il y avait aussi ce besoin incessant de vouloir lui propager de l'amour, de l'affection. Ce même amour qu'il semblait dénigrer. Cape dans laquelle il semblait se draper où les notes d'affections n'avaient leur place parce que le monde était trop cruel pour pouvoir s'attacher. Chaque sourire décroché était une victoire. Chaque instant partagée où il se laissait apprivoiser qui emportait avec lui ce sentiment de pure bonheur si ce n'était ce moment où j'avais enfin pu le serrer contre moi. M'étant maudite, m'étant maudite d'en venir à le prendre sous mon aile, à m'inquiéter pour lui et vouloir l'aimer comme une mère le ferait pour son enfant. Mais c'était trop fort, cet instinct maternel il avait pris le dessus. Cet instinct qui se matérialisait de nouveau alors qu'au-delà de ce sentiment de culpabilité, j'étais inquiète.

Inquiète parce que je le connaissais, parce que la colère c'était son arme de défense. Inquiète parce que sa cheville droite formait un angle anormal, parce qu'il saignait. Blessure seconde à la main, mais sa cheville elle m'inquiétait. Des connaissances médicales moindres que j'avais dû bien acquérir, obligée de soigner Roan ou Shanareth, obligée d'apprendre à me débrouiller par mes propres moyens. Toutefois je n'étais ni druide ni guérisseur. Et ceux que je connaissais ne se trouvait à portée de main ou coûtait bien plus que je ne possédais. Il y avait cette note d'inquiétude qui me forçait à oublier la violence de ses mots que je mettais de côté alors je m'accroupissais à ses côtés. Il y avait ce baiser déposé sur son front. Ce baiser qui signifiait que non je ne partirais pas, qu'il pouvait tenter de se débarrasser de moi mais que je ne m'éloignerai pas. Il y avait ce regard qui s'ancrait dans le sien, que je soutenais alors que je reprenais la parole doucement. Voix chaleureuse qui se voulait chasseuse d'ombres. « Je ne partirai pas. » Fermeté et certitude. Il était foutu s'il pensait se débarrasser de moi. Sans doute aurait-mieux fait de ne pas tomber, alors il aurait pu s'imaginer sauver. Mais là il ne l'était. Et des gestes tout aussi méthodiques alors que j'ouvrais ma besace pour en sortir une gourde d'eau. Poignard qui se trouvait dissimilée dans les plis de ma robe que je sortais à la lumière pour couper sans tarder un morceau d'étoffe de la robe que je portais. Aucun regard en arrière. Sans importance. Des gestes précis et   qui contrastaient avec la douceur avec laquelle je m'emparais de sa main pour nettoyer la plaie, la bander avec les moyens du bord. Des gestes déjà réalisés dans d'autres circonstances. Hémorragie qu'il était facile d'arrêter, saignement dont il était facile de suspendre l'écoulement. Non là n'était pas la réelle source de mon inquiétude si ce n'était sa cheville. Cheville sur laquelle toute mon attention se focalisait parce que c'était un point d'importance tout autant que les mots qu'il avait prononcé. Mais ces mots, cette conversation elle pourrait toujours avoir lieu après. Il pourrait toujours m’accabler de reproches ou même maintenant s'il le voulait, car au final, rien ne changeait que j'allais m'occuper de lui. Comme je lui avais dit, je ne comptais pas partir. Plus maintenant. Et ne comptant de nouveau le laisser derrière. Erreur qu'il commettrait en pensant le contraire. Erreur toute aussi compréhensible alors que j'étais responsable. Mais son pardon que je comptais bien gagner, n'ayant dit mon dernier mot et comptant encore moins renoncer.

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le Dim 1 Déc 2019 - 20:07



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Le roi du ciel a brutalement chu. Le roi déchu, privé de sa couronne, retrouve son statut de mortel. Un mortel agonisant qui se roule dans la poussière, le nez dans le sable et la misère. Seul le dieu soleil est maître de son destin. Si le gamin veut jouer au plus malin, il lui faudra conquérir un territoire autre que les cieux où vivent les dieux. Le soleil brûlera les ailes de tous les hommes qui se prennent pour des héros, qui recherchent une liberté qu’ils n’ont pas le droit d’espérer. Voilà l’enfant puni sévèrement pour avoir voulu s’élever trop rapidement. Il est à terre pour un moment. Prisonnier de ses propres erreurs. Cloué au sol alors qu’il lutte de toutes ses forces pour se relever. Pour débarrasser le plancher. Pour fuir une énième fois. Pour se dérober à une confrontation trop redoutée. Il ne veut pas mettre des mots sur sa douleur. Il ne peut pas, non plus. Il ne peut pas parler parce qu’on ne lui a pas appris. On ne lui a jamais dit comment exprimer des sentiments avec des vrais mots. Il ne sait pas transformer le ressenti, l’impalpable, l’intangible, en quelque chose qui existe, avec une forme, une matière et des couleurs. Il n’est pas magicien. Il ne peut pas créer quelque chose à partir de rien. Il ne peut pas faire sortir ce qui est enfoui en lui. Alors ça sort tout seul, sans lui demander son avis. Parfois ça électrise ses mains, ça pulse dans son sang, ça prend la forme d’un coup de poing, ça le calme immédiatement. Parfois ça le ronge sournoisement, ça ne fait pas de bruit, ça le rend impuissant et il n’y a pas pire agonie. A chaque fois il doit déverser sa frustration sur quelqu’un. C’est plus fort que lui. Et ça lui fait peur, d’abriter en son sein celui qui est son pire ennemi. Alors il oublie. Il plonge dans le déni et occupe sa vie, chasse l’ennui, pour ne plus avoir à affronter des démons qui grandissent en même temps que lui.

Ça fait plus d’un an maintenant que s’épanouit le démon blessé, à la fierté éventrée et à la rancœur dévorante, issu de la plaie béante laissée dans son cœur alors qu’une figure maternelle l’abandonnait pour la seconde fois. Il n’y en aura pas de troisième, souffle ce démon-là. Le petit ne se laissera plus marcher sur les doigts. Il ne laissera plus les grands massacrer son cœur d’enfant. Il ne se fiera plus aux adultes, les créatures les plus cruelles qu’il connaisse. Ces gens-là n’agissent que pour eux-mêmes. Chaque action de leur part est purement intéressée. Tout est bon pour s’enrichir, pour s’émanciper, pour gagner sa liberté, pour s’élever d’une façon ou d’une autre sur l’échelle de la société. Lion est entouré de gens comme ça. De personnes qui tentent de l’amadouer pour obtenir ce qu’ils souhaitent. Une petite réduction, une bière gratuite, une piécette d’or ou des histoires compromettantes. Des échanges qui sonnent toujours faux et des sourires qui se fanent aussitôt, formant un quotidien hypocrite auquel Lion finit par ne plus prêter attention. Et, au-dessus ce tas d’immondices plus décevants les uns que les autres, jusque-là s’élevait Ezra. Une jeune femme qui, en dépit de son parcours sombre et chaotique propre aux esclaves de la Cité, semblait avoir gardé de fortes valeurs. Des valeurs qui la rendaient tellement humaine, alors qu’autour d’elle tous se liguaient pour lui inculquer l’idée qu’elle n’était qu’une traînée. Un être humain encore capable d’humanité, de compréhension et de bienveillance sans rien demander en échange. Jusqu’au jour où Lion a compris. Il n’était qu’un passe-temps. Peut-être une façon de se donner bonne conscience. Mais certainement pas quelqu’un d’important aux yeux de celle qu’il estimant tant. Simplement un pion sur l’échiquier qui la mènerait à la liberté, au-delà des portes de la Cité.

Alors pourquoi s’entête-t-elle à vouloir le retrouver ? La question surgit de nouveau alors que la belle se penche au-dessus de la bête écumante de douleur. Pourquoi faire autant d’efforts pour retrouver celui qu’elle a abandonné de son plein gré ? Pourquoi ne pas simplement continuer sur sa lancée, et l’ignorer pour finalement l’oublier définitivement ? Pourquoi faire demi-tour plutôt que d’aller de l’avant ? Trop de questions submergent l’enfant. Il se sent coincé, oppressé. Il y a sa cheville cassée qui l’empêche de fuir. Il y a son poignet écorché qui le démange méchamment. Il y a cette silhouette fantôme qui appartient au passé et qui refuse de le laisser en paix. Et toutes ces questions tues pendant de trop longs mois, tous ces sentiments qu’il a violemment tenté d’étouffer et qui refont surface tous ensemble, d’un seul coup. Il étouffe. Tout autour de lui s’apparente à des murs gris et froids qui se rapprochent dangereusement. Il sent un poids au niveau de sa poitrine. Quelque chose de lourd qui empêche sa cage thoracique de se soulever à un rythme régulier. Le poison de la peur l’envahit insidieusement, le fer blanc de la douleur le brûle sauvagement, la présence d’Ezra l’agresse physiquement. Il lutte et il capitule en même temps. Et l’agneau apeuré se cache dans ses retranchements, laissant sa colère, sa rancœur et sa peur imbiber chacun des mots qu’il hurle pour se protéger. La violence est son ultime barricade. La dernière barrière derrière laquelle il s’abrite pour éviter d’être rattrapé par la réalité. A ce moment précis, il ne peut supporter l’idée qu’Ezra refasse irruption dans sa vie. Alors l’acidité comme les mots lui vient instinctivement, et il déverse son flot de jurons à la fois blessé et blessant. Un rempart en même temps qu’un assaut, pour faire reculer l’adversaire, l’amener à détester le petit vaurien qui s’égosille ainsi, pour finalement le décourager, lui faire abandonner l’idée qu’il pourrait l’aider. Personne ne peut rien pour l’arrogant Lion. Et surtout pas celle qu’il voyait comme une mère de substitution, qui l’a écarté pour déployer ses ailes sans plus se soucier de son sort. L’enfant ne veut plus connaître de telle déchirure. Une fois, c’est trop. Deux, c’est impardonnable. Il n’en peut plus d’être conscient, de savoir qu’il est un poids pour les femmes capables de l’aimer. Il fait taire en lui l’appel à l’aide qu’émet sa propre voix, l’étouffe et l’invite à rejoindre la cacophonie des questions qu’il préfère laisser sans réponses.

Il déverse sa haine avec soin. Incapable de réfléchir et de mettre en ordre ses idées, il laisse les mots venir et poignarder Ezra de part en part. Il a ressassé et étouffé tant de choses qu’elles sont nombreuses à vouloir franchir la barrière de ses lèvres. C’est difficile de s’arrêter, maintenant qu’il a commencé. Lorsque le souffle vient à lui manquer et que sa voix vibre de mille émotions, la source se tarit pourtant déjà. Lion sent qu’il en a trop dit. Face à lui, Ezra reste murée dans un silence blessé. Elle ne le quitte pas des yeux, cherchant peut-être un lien auquel se raccrocher. Un regard, un sourire, un geste qui l’inviteraient à rester. Elle n’en trouvera pas. Lion reste hérissé de colère et de souffrances, une paroi urticante dont il vaut mieux s’éloigner. Ça va marcher. Elle va baisser les bras, se lasser de se faire repousser à chaque fois. Elle va se relever et retourner sur ses pas, l’abandonnant sans se retourner comme elle l’a déjà fait une fois. Elle va se faire une raison et disparaître de sa vie à tout jamais. C’est la dernière fois qu’il la voit. Il en a la certitude. Il soutient férocement son regard, l’obligeant à y lire sa peine et son supplice comme pour transmettre son fardeau à son bourreau. Dans ses yeux à elle, il peut déceler une once de froideur, une paroi de glace qui nimbe un instant ses prunelles sombres. Et puis la glace fond, comme au printemps, pour laisser place au renouveau. Les ténèbres disparaissent sous un vif éclat de lumière qui éclaire un océan de tendresse. Ezra se redresse. Mais au lieu de s’éloigner pour s’évaporer au cœur de la nuit naissante, elle se rapproche du petit animal blessé. Elle s’accroupit à ses côtés, faisait fi des reproches venimeux et humiliants. Elle passe une main derrière son crâne pour le soutenir, premier geste tactile qu’elle prend la liberté de s’autoriser, bien contre le gré de Lion. Elle ne lui laisse pas le temps de réagir. Avec une douceur que l’enfant ne mérite pas, elle dépose sur son front un baiser brûlant de promesses. Un geste muet qui en dit pourtant long. Un geste tendre qui fissure la carapace d’un enfant désorienté. Un silence qui s’étiole sous la chaleur d’une voix oubliée.

- Je ne partirai pas.

Plus que des mots rassurants, une vraie promesse qui serre le cœur de l’enfant. Les torrents amers et salés qui dévalent ses joues se font moins brûlants. Une note de sucre s’y mêle, comme un soupçon de miel qui adoucit l’âpreté du sel. Lion s’en veut de se laisser émouvoir. Tout se réchauffe en lui, les multiples douleurs qui l’assaillent semblent moins virulentes et plus supportables. D’un seul coup, il n’a plus l’impression d’être seul. Il sent qu’on le protège, qu’on le soutient. Une impression qu’il n’a pas eue depuis longtemps. Un sentiment qu’il s’interdit désormais d’éprouver. A la félicité de ce contact renoué s’ajoute la culpabilité de l’accepter. Accepter le retour d’Ezra, accepter de lui faire une place dans une vie qu’elle a préféré quitter, c’est également accepter d’être déçu une nouvelle fois. Prendre le risque de perdre une deuxième fois un être qui compte. Il ne veut pas vivre un troisième abandon. Il n’y a rien de pire que d’être mis de côté par ceux qui ont gagné une confiance déjà difficile à accorder.

Le petit corps meurtri reste tendu de toutes parts. Lion lutte pour ne pas se laisser aller. Déchiré entre l’amour et la haine, il s’en remet à sa fierté. Elle l’enveloppe tout entier et l’empêche de sombrer. Son regard se fait de nouveau froid alors que son cœur palpite d’espoir. Sa cheville tordue le lance sans crier gare, et lui arrache un nouveau cri de douleur. Incapable de choisir entre lumière et ténèbres, l’animal se réfugie dans la violence pour rester le maître illusoire de la situation.

- Fais que’que chose, putain ! s’égosille le gamin. Tu vois bien qu’j’suis en train d’crever !

Focalisé sur lui-même, emmuré dans sa douleur et spectateur impuissant de ses propres sentiments, l’enfant n’a pas remarqué que la jeune femme entreprend déjà de le soigner. Malgré l’urgence de la situation, c’est avec des gestes assurés et maîtrisés qu’elle se saisit d’une lame et découpe dans sa robe un bout de tissu. Une bandelette de fortune qu’elle imbibe d’eau afin de nettoyer la blessure au niveau du poignet. Les doigts de la jeune femme se referment avec douceur autour du maigre poignet. Le contact physique est comme une décharge électrique. Lion se raidit davantage, jette un regard furieux à celle qui le manipule comme un pantin désarticulé. Impuissant, il maudit l’univers tout entier de lui infliger cette torture, et s’en veut de ne pas pouvoir s’occuper de lui-même. Il est trop faible. Il n’a cependant pas le temps de s’apitoyer sur son sort, puisque le frottement du tissu sur sa peau déchirée le fait gémir. Il se mord la lèvre inférieure pour éviter de se donner des airs de petite fille. Son égo souffre déjà bien assez.

- MAIS DOUC’MENT ! beugle-t-il comme pour reprendre contenance. Où t’as appris à faire d’la merde pareille ? Si t’es là pour m’ach’ver, casse-toi !

En dépit de ses réprimandes, Lion ne gesticule pas inutilement et laisse Ezra achever sa besogne. Elle enroule son poignet dans une nouvelle bande de tissu propre pour protéger la plaie et éviter qu’elle ne s’infecte. Puis la jeune femme porte son attention sur la cheville, qui forme toujours un angle inquiétant avec le reste de la jambe. Elle hésite. Le sang de Lion se glace. Il n’aime pas l’air grave dont se teint son visage. Si même Ezra ne sait pas quoi faire pour lui, c’est que son cas est plus sérieux qu’il ne le pensait. Et Lion n’a pas le temps de guérir. Il doit fuir. Non pas Ezra, mais les badauds qui commencent à se demander ce qu’il se passe dans cette rue décidément bien emplie de cris.

- Woh, arrête de m’fixer comme ça, ordonne le gamin qui commence à paniquer. Faut qu’on dégage d’ici. Faut pas qu’on m’trouve. Alors faut qu’j’puisse marcher. Me dis pas qu’c’est cassé. Allez, faut qu’on ramasse toute cette merde et qu’on s’barre. P’tain, ça m’apprendra à être sympa.

Le gamin grimace alors qu’il rampe pour atteindre les victuailles dérobées plus tôt, éparpillées autour de lui comme pour marquer sa chute. Son corps le lance atrocement. Chaque geste est une torture. Mais l’idée de se faire punir pour vol à l’étalage le terrifie suffisamment pour endurer sans broncher. Les coups de fouet qu’il pourrait recevoir sont bien plus douloureux que cette chute d’amateur. Tout pour ne pas retourner au centre de la place pour se faire charcuter en public. Les cicatrices qui en résulteront le brûleront à vie. Alors il peut bien endurer la douleur qui émane de ses côtes, sa cheville, sa mâchoire et de son corps tout entier, si c’est pour s’épargner une humiliation éternelle.

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Ezra Aerys
DATE D'INSCRIPTION : 28/02/2016 PSEUDO/PRENOM : Glacy MULTICOMPTES : Chris Wilson MESSAGES : 3264 CELEBRITE : Jessica Parker Kennedy COPYRIGHT : alcuna licenza. (avatar) - frimelda (signa) METIER/APTITUDES : esclave de Werowa▲ métier ingrat ▲ ancienne couturière, esclave domestique, prostituée, esclave domestique de Roan TRIBU/CAMP : Rahjak POINTS GAGNES : 95

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le Mar 3 Déc 2019 - 22:40

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Ezra & Lion

« Try this. One of you stands, walks to the door, doesn't turn back, even if their heart aches for just one more look, one more moment. But you'll know that the not looking just means I'll never forget you. »
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]Ne sachant comment il allait réagir face à cette promesse faite. Ne m'étant pas attendue pour autant à ces mots. « Fais que’que chose, putain ! Tu vois bien qu’j’suis en train d’crever !  »« Tu n'es pas en train de mourir. » A ces moments, il était comme un véritable enfant. Doutant autant qu'il croyait vraiment qu'il allait mourir, plus là pour se donner en spectacle. Dramatique et théâtral comme toujours, ce qui le rendait à vrai dire d'autant plus attachant malgré son caractère bien trempé, bien à lui. Mais cri de douleur qui trahissait aussi cette peine qu'il partageait, cette douleur physique qu'il ressentait à cause de sa cheville tordue. Cheville tordue sur laquelle je ne m'attardais pas aussitôt alors qu'après lui avoir assuré que je ne partirai pas aussitôt, j'en venais à m'occuper de ses blessures apparentes. Plaie que j'enroulais dans les bandes de tissus pour éviter l'infection, que l'hémorragie ne cesse de couler. Des gestes que je connaissais. Des gestes que j'avais déjà pratiqué auparavant. Des gestes qui étaient pour ceux là assurer alors que bander les plaies restait une tâche facile, devenue monnaie courante depuis longtemps. Des gestes assurés et précis alors que je continuais ma tâche, tout en lui jetant des regards pour lui intimer de ne pas bouger, ou de tenter de bouger le moins possible. « MAIS DOUC’MENT ! Où t’as appris à faire d’la merde pareille ? Si t’es là pour m’ach’ver, casse-toi ! »« T'as fini maintenant ? » Un ton plus sec bien que j'avais conscience qu'il testait ma patience. Ce qu'il faisait, une part de lui voulant sans doute que j'en vienne à m'éloigner, voulant me tester. Mais ne comptant pas partir. Consciente que c'était la colère et la peur qui le faisait aussi réagir ainsi, comme la douleur. Colère qu'il répercutait à mon égard et consciente que ce que je réalisais alors n'était ni moindre, ni affreux. Sachant ce que je faisais. « Reste tranquille. » Comme une mère qui parlerait à son enfant, lui intimidant en effet de rester tranquille et de cesser de gesticuler. Tentant d'avoir une meilleure vue de sa cheville. Tentant de déterminer quel choix il serait plus judicieux de faire. Tentant de déterminer si j'étais capable de faire quoique ce soit pour sa cheville, ou même capable de pouvais émettre l'hypothèse qu'elle n'était pas cassée, brisée. La solution la porter un jugement dessus. Ce dont je n'étais réellement capable bien que je plus sûre restant d'aller voir un sorcier, de trouver un sorcier qui lui serait compétent en la matière. Angle formée par sa jambe qui m'inquiétait plus sérieusement que les autres blessures.

« Woh, arrête de m’fixer comme ça. Faut qu’on dégage d’ici. Faut pas qu’on m’trouve. Alors faut qu’j’puisse marcher. Me dis pas qu’c’est cassé. Allez, faut qu’on ramasse toute cette merde et qu’on s’barre. P’tain, ça m’apprendra à être sympa. » Et évidemment attirés par les cris, les badauds s'étaient dirigés en direction de la ruelle. A la recherche du moindre spectacle, d'un peu animation ou simplement curieux de découvrir l'origine de ces cris. Car plus il criait et plus il les attirait. Et un plus près se dirigeait dans notre direction, sortant de l'échoppe. Ce que nous voulions éviter. « Laisse moi faire.  » Un murmure alors que le colosse barbu au teint mat était déjà à quelques pas, juste derrière. Me relevant pour me retourner vers lui alors qu'il prenait la parole. « Zavez un problème ? »« Mon fils est tombé.  »« C'est pas bô, devez voir un zorcier.  » Mots en partis mâchés dans sa barbe qu'il fallait comprendre alors qu'il parlait rapidement. Un hochement de tête bien que de par ses mots le principal intéressé pouvait comprendre qu'il le désignait comme étant hideux. « Zvais vous zaider.  » Me penchant de nouveau vers Lion. Un nouvel échange de regards. Voulant lui faire comprendre qu'il ne valait mieux pas qu'il tente de faire le difficile ou de se débattre. Voulant comme lui s'éclipser le plus vite, et le meilleur moyen pour cela c'était de se servir de lui, d'accepter l'aide de ce soudain colosse. Un avantage alors que je ne pourrai pas non plus le porter à moi tout seul, que l'aide restait la bienvenue. Le nouveau cortège qui se mettait soudainement en mouvement alors que je prenais la tête du trio, non sans observer l'étrange duo se formait alors que le colosse dont le nom n'était connu soulevait Lion comme s'il était un poids plume. Ce qu'il était à côté alors qu'il était tout fin aux côtés de cet homme sorti de nulle part, dont nous ne connaissions strictement rien. Attroupement dont il était désormais possible de s'éloigner alors qu'aux aguets, je restais un peu sur mes gardes non sans quider le trio en direction de la demeure de [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]. « Z'allez où? » « Tout près, chez Roan Ezeriel. » Un nom connu forcément. Et l'observant du coin de l'oeil alors que je voyais les traits d'expression de son visage tandis qu'il reconnaissait le nom, percutait qu'il était mercenaire. Comprenant par déduction que j'étais aussi son esclave, peut être reconnue ou non de la place publique. Mais ce n'était pas le premier lien qu'il sembla forcément faire, ou la première idée qui lui vint en tête. L'instant d'après c'était en direction de [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] qu'il se tournait comme pour confirmer un fait, ou comprendre quelque chose. « Zetes leur fils ?  » Et ma bouche qui s'entrouvrait un peu plus alors que je regardais soudainement le colosse puis Lion qu'il croyait être mon fils. Mais il ne croyait pas seulement qu'il était mon fils mais aussi celui de [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien].
Elias Caroll
DATE D'INSCRIPTION : 20/01/2016 PSEUDO/PRENOM : avengedinchains MULTICOMPTES : Milo, Richard, Astrid & Meeka MESSAGES : 1228 CELEBRITE : Tom Hardy COPYRIGHT : ava by mélopée ; signa by beylin METIER/APTITUDES : guerrier TRIBU/CAMP : Athna POINTS GAGNES : 10
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le Dim 15 Mar 2020 - 22:22


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Les caprices de l’enfant ne trouveront pas de salut. Alors qu’il reçoit de l’aide sans même la mériter, Lion s’égosille et déverse sur Ezra un flot de jurons paniqués. S’il s’en prend à elle, ce n’est pas seulement parce qu’elle l’a blessé. C’est aussi parce qu’il a peur. Il a mal et s’inquiète sans même le savoir. Il panique à l’idée de ne plus pouvoir marcher. Il est terrifié à l’idée que cet accident marque un tournant dans sa vie d’insouciant. Il a peur de ne plus pouvoir se déplacer comme avant. Il a peur de s’être stupidement créé des chaînes entravant sa soif de liberté. Des carcans l’empêchant de se mouvoir comme bon lui semble, le réduisant à l’état de larve insignifiante. Si la blessure est trop importante, si les répercussions sur sa vie quotidiennes sont trop lourdes, il risque bien plus qu’il ne veut l’imaginer. Paralysé par une douleur qui ne cesserait de le lancer, obligé d’en faire le moins possible pour se reposer, il se pourrait même que son patron en vienne à se lasser. Que ferait-il d’un tel poids mort sur les bras ? Rien. Il y perdrait bien plus qu’il ne pourrait y gagner. Alors il serait bien obligé de finir par s’en débarrasser. Si Lion se voyait destitué du peu de grade qu’il a réussi à obtenir, il serait anéanti. Il ne resterait rien de lui. Quitter sa position pour retourner à la misère d’une vie dans la rue ? Plutôt mourir. Il ne supporterait pas de retourner en arrière, de retomber au fond du puits dont il a eu tant de mal à s’extirper. Lui veut avancer, progresser, s’élever. Un échec aussi cuisant serait impossible à assumer. Alors, comme toutes les perspectives déplaisantes qui s’offrent à lui, il la repousse. Avec violence. C’est sa meilleure arme de défense. Celle aussi qui témoigne le plus de son impuissance. Lorsque Lion élève la voix et s’en prend à des innocents, c’est qu’il sent que la situation lui échappe. Qu’il n’est plus maître de son destin. Les hurlements font bouger les choses, d’une façon ou d’une autre. Ses cris stridents secouent son monde, relancent les dés, lui offrent une nouvelle chance de reconquérir sa vie.

Heureusement pour lui, il semble qu’Ezra l’a bien compris. Avec le temps, elle a pu appréhender l’enfant, cerner son comportement, deviner ce qu’il a pris l’habitude de taire, mettre des mots sur ce dont il n’a pas conscience. Habitude ou instinct ? Rares sont les gens qui le connaissent aussi bien. Lion ne laisse personne entrer dans sa vie. Il barricade son cœur meurtri et s’applique à repousser quiconque voudrait faire tomber ses barrières. Las de ses airs supérieurs, fatigués de ses cris, vexés face aux fréquentes pluies d’insultes, les individus s’arrêtent au masque et ne cherchent pas à voir au-delà. Il n’y a rien de mal à ça. C’est l’objectif que s’est fixé Lion. Mais ça ne prend plus avec Ezra. Il est trop tard pour ça. Accoutumée à son caractère difficile, elle a compris quel comportement adopter pour le dompter. Alors que le gamin surexcité lui mène la vie dure, elle prend du recul et reste insensible aux pleurnicheries enragées qui écument au travers des lèvres affolées. Alors que son patient la repousse dans ses retranchements, elle reste impassible, concentrée sur la tâche compliquée qu’est de soigner un enfant impatient. Elle ne perd pas ses moyens alors qu’il la presse de lui porter secours. Pas plus qu’elle ne s’énerve lorsqu’il change soudainement d’avis pour l’accuser d’empirer les choses. Mieux encore, elle ne se laisse pas écraser. L’esclave est insubordonnée. Sans se départir de son calme, elle remet sèchement l’enfant à sa place. Une mère bienveillante qui impose des limites pour le bien de sa progéniture. Ses réserves de patience semblent inépuisables.

Elle tente de garder la face, mais lorsqu’elle en vient à s’attarder sur la cheville anormalement tordue, Lion ressent son désarroi. Comme une pointe d’inquiétude qui perce à travers la forteresse. Sensible aux changements d’atmosphère, l’enfant le perçoit immédiatement. Sa panique à lui se nourrit de celle d’Ezra, et s’en retrouve décuplée. Si elle perd ses moyens, c’est que les choses ne vont vraiment pas bien. Vite, il s’anime de nouveau, refusant de rester docile et immobile. Il a à peine le temps de ramasser son paquetage qu’un groupe d’individus tout à fait inconnus s’est formé autour d’eux. La jeune femme aussi l’a remarqué. Elle retrouve son sang-froid, jette de discrets coups d’œil pour évaluer la situation. Lion tente de calquer son comportement sur le sien. Ce n’est pas son genre de se laisser gagner par les émotions quand les événements se corsent. Il sait qu’il doit rester calme et focalisé sur un seul objectif : s’en sortir vivant. Heureusement, Ezra s’y connaît en matière de fuite, et elle ne le ralentira pas. Au contraire, elle a bien l’intention de les tirer d’affaire.

- Laisse-moi faire, intime-t-elle dans un souffle.

Elle se relève ensuite, l’abandonnant au sol pour donner le change à l’abruti sorti de nulle part, suffisamment curieux pour se mêler de leur histoire.

- Mon fils est tombé.

Les deux premiers mots arrivent aux oreilles de Lion comme des éclats d’obus. Une charge lourde qui se dégoupille sans prévenir, explose dans son crâne et retourne ses entrailles. Il a chaud et il a froid en même temps, son cœur se met à cogner intensément, tout ce qui se trouve autour est balayé instantanément. Ça ne dure qu’un bref instant. Trop soufflé pour pouvoir réagir, l’enfant ne peut que maudire celle qui prend ainsi les devants. A quoi joue-t-elle ? Pourquoi remue-t-elle ainsi le couteau au cœur d’une plaie qui n’a pas cicatrisé ? Cherche-t-elle à l’anéantir une bonne fois pour toutes ? Lion serre les poings, comme toujours partagé entre la fureur, le chagrin et la tendresse. Car si tout son corps semble répugné à ces deux mots en apparence inoffensifs, son cœur, lui, irradie d’une lumière heureuse. Il ne veut même pas savoir pourquoi. Ezra n’est pas sa mère. Tous deux le savent. Sa mère à lui est morte il y a bien longtemps, alors qu’il était encore innocent. Personne ne pourra la remplacer. Certainement pas l’esclave qui l’a abandonné à la première opportunité. Alors pourquoi le fait de l’entendre parler de lui comme son fils le met-il dans un tel état ? Encore une question qu’il refoule loin dans son esprit égaré et ravi, conscient d’avoir peur de la réponse.

Lion entend à peine le badaud suggérer d’aller voir un sorcier pour le remettre sur pieds. L’inconnu se penche vers lui, en même temps qu’une Ezra inconsciente de la tempête qu’elle vient de provoquer. Son regard appuyé se plante résolument dans celui du petit être blessé. Pas besoin de mots. Lion comprend tout de suite qu’il n’a pas intérêt à faire de vague. S’il n’est pas d’accord avec sa version de l’histoire, soit. Ils pourront en débattre une fois en lieu sûr. Pour le moment, il a intérêt à accorder sa version avec celle de sa mère autoproclamée. Tous deux ont suffisamment attiré les soupçons sur eux. Mieux vaut faire profil bas. Alors Lion pince violemment ses lèvres pour rester muet et ne pas envoyer paître le colosse barbu qui le hisse au-dessus du sol. Aidé des deux adultes, il prend une direction qui n’était pas du tout celle qu’il comptait prendre au départ. Il serre avec force le petit sac de victuailles dont il ne veut pas se défaire, repensant au petit garçon affamé qu’il aurait voulu aider. Pour l’heure, il est bien incapable de le retrouver. Chaque chose en son temps. Le morveux n’ira pas bien loin, il pourra toujours lui apporter de la nourriture plus tard. Lion ravale sa frustration, ordonne à ses jambes de se laisser guider par les adultes à ses côtés, et se fait tout petit pour ne plus attirer l’attention sur lui. Ainsi entouré, l’exercice se révèle assez compliqué. Le trio claudiquant ne passe pas inaperçu, mais personne ne vient les importuner. Tout aurait pu bien se dérouler, si le colosse au grand cœur n’avait pas posé la question de trop.

- Z'allez où ? demande-t-il à travers l’accent pressé et inculte du bas peuple de la Cité.

- Tout près, répond Ezra sans se laisser démonter, chez Roan Ezeriel.

Le cœur de Lion rate un battement. La comédie, ça va un moment. Abandonnant toute couverture, il se tourne brusquement en direction d’Ezra, les yeux ronds et furibonds. Il se fait violence pour ne rien rétorquer. Ses cris de protestation, soigneusement étouffés, meurent dans sa gorge dans un gargouillis suffoqué. Il aurait dû se méfier. Elle ne pouvait pas lui apporter son aide par pure générosité. C’était juste pour le piéger. Roan a dû retrouver son emprise sur elle. Elle s’est rangée de son côté. Et pourtant, ça lui paraît impossible. Il a beau retourner le problème dans tous les sens, il ne saisit pas. Il ne comprend pas ce qui aurait pu amener Ezra à l’attirer dans les griffes de Roan. Quelque chose cloche. Et ce n’est pas le bon moment pour demander des explications. Lion n’a pas le temps de masquer son ahurissement. Le barbu lui assène le coup de grâce.

- Z’êtes leur fils ?

C’en est trop. Le gamin tourne cette fois son visage effaré vers le profanateur de fierté. Il le regarde un instant sans comprendre, guettant avec avidité le moment où sa barbe se fendra en un éclat de rire. Mais rien ne vient. Pas un rire, pas un sourire, juste un air inquisiteur et des yeux interrogateurs. Alors Lion prend la relève. C’est lui qui se laisse gagner par une hilarité sortie de nulle part. Le voilà qui éclate d’un rire éberlué, à moitié jaune et aux sonorités forcées. Pourtant, il n’a aucun contrôle sur ce hoquet soudain qui lui fait monter les larmes aux yeux tant la situation lui paraît surréaliste. Lui, le fils de Roan ? A cette pensée, il repart de plus belle. Pas longtemps cependant. Il s’arrête net, la poitrine fatiguée d’avoir été tant secouée, les côtes douloureuses et la cheville qui le lance de nouveau. Il grimace de douleur alors qu’il reprend son souffle avec peine.

- Putain mon gars, ça va pas ou quoi ? lance-t-il lorsqu’il reprend ses esprits. Le fils de Roan, mais t’es malade ! Ça va pas, j’préfère crever que d’êt’ le rej’ton d’ce taré.

Soulagé d’avoir quelque peu vidé son sac, Lion se redresse et croise le regard tétanisé d’Ezra. Et là, il comprend. Il comprend qu’il est allé trop loin. Que la confiance que la jeune femme essayait d’instaurer vient de voler en éclats. Leur couverture a sauté par sa faute. Alors qu’elle se démène pour les sortir du pétrin, lui ne pense encore une fois qu’à sa trogne, et se laisse galvaniser par un orgueil bien mal venu. Il aurait suffi de cinq minutes, de donner le change quelques instants encore, et le barbu les aurait laissés tranquilles. Mais il a fallu que la fierté reprenne le dessus. Vraiment, Lion est plus doué lorsqu’il est hors de vue. Il regrette que ses compères habituels ne soient pas là pour le tirer d’affaire. Eux auraient su trouver un argument pour noyer le poisson, faire diversion. Mais Lion aussi en est capable. La suite lui vient naturellement, dès qu’il parvient à repousser l’angoisse d’avoir tout fait capoter.

- Nan mais t’as vu sa gueule ? poursuit-il à l’attention du colosse. Rien à voir avec la mienne, merde ! J’ai rien à voir avec ce balafré, j’me sens insulté. Chuis quand même vachement plus beau quoi ! Pis si c’gars avait des gosses, il les mangerait au p’tit dej’, c’est clair.

Avec un peu de jugeote, l’inconnu remarquera qu’effectivement, Lion est trop bronzé pour être le fils du mercenaire. Son regard passe de Lion à Ezra, plusieurs fois. Si l’enfant affiche un air serein, légèrement vexé par la comparaison, dans le fond il n’en mène pas large. S’il laisse le barbu le temps de se poser des questions, ils sont fichus. Ils sont tombés sur un type un peu trop curieux. Alors vite, Lion reprend la parole, pour que ses mots l’emportent sur les questionnements muets du badaud.

- Bw’allez, on s’magne là ? J’ai mal, j’vais pas guérir en claquant des doigts. Plus vite on s’ra à la maison, plus vite j’irai mieux. Allez m’man, renchérit-il en direction d’Ezra, tu veux pas être une mère indigne, aide-nous là.

Il ne peut pas s’empêcher d’en rajouter une couche inutilement. Il espère secrètement que l’allusion lui fera l’effet d’un coup de poignard. Il soutient son regard avec ironie, comme si sa réplique lui redonnait le pouvoir. Sa douleur lancinante à la cheville le rappelle à l’ordre. Il grimace, vocifère un peu pour la forme, et se laisse porter jusqu’à l’endroit où vit le couple maudit. Il laisse à Ezra le soin de se débarrasser du barbu tandis qu’il entre comme s’il était chez lui. Ce n’est pas la première fois qu’il met les pieds ici. Il sait où aller. Sans ses béquilles humaines, le court trajet jusqu’à la table n’est pas facile, mais il parvient à se hisser à son sommet. Il est bientôt rejoint par la maîtresse de maison, seule.

- Bah alors, papa est pas là ?

La question suinte d’ironie, appuyée par le sourire mesquin du gamin. S’il comptait lui faire payer sa longue absence, l’insoutenable distance, l’impardonnable silence, ce soir s’ajoutent les mots aussi réconfortants que blessants.


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Ezra Aerys
DATE D'INSCRIPTION : 28/02/2016 PSEUDO/PRENOM : Glacy MULTICOMPTES : Chris Wilson MESSAGES : 3264 CELEBRITE : Jessica Parker Kennedy COPYRIGHT : alcuna licenza. (avatar) - frimelda (signa) METIER/APTITUDES : esclave de Werowa▲ métier ingrat ▲ ancienne couturière, esclave domestique, prostituée, esclave domestique de Roan TRIBU/CAMP : Rahjak POINTS GAGNES : 95

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le Lun 16 Mar 2020 - 18:58
Left behind
Voyant son regard furibond alors que je mentionnais notre destination et ne pouvant empêcher de lui faire les gros yeux aussi discrètement que possible. Bien entendu que nous allions là-bas. Et bien entendu qu'il n'allait pas être satisfait à cette idée. Mais ce choix était le plus logique. La nécessité de s'éloigner de la foule. La nécessité de s'éloigner des badauds et des ruelles bruyantes. La nécessité de trouver un endroit calme pour pouvoir se poser et examiner plus sérieusement sa blessure. Des blessures sérieuses alors que sa chute était brutale. Autant qu'il pouvait détester [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], ce n'était pas comme s'il existait trente-six destinations possibles. Ce n'était pas comme si je disposais d'une adresse de secours où nous pourrions nous réfugier. Si j'avais encore des contacts parmi les filles du bordel, si j'avais déjà trouvé refuge là-bas, ce n'était pas un endroit où l'emmener. Ce n'était pas un endroit où je comptais l'emmener, un monde dans lequel je voulais le faire voyager quand bien même il n'était pas innocent, que sa vie ne regardait que lui. Mais le bordel était aussi un lien avec mon passé, avec des souvenirs plus sombres. La porte de la demeure de Shanareth qui serait close. Demeure que j'évitais. Ayant évité depuis mon retour de me rendre par là-bas, d'emprunter ces chemins que je connaissais. Vu que rarement et à chaque fois ces rencontres s'étaient soldées avec des larmes, alors pourquoi se faire plus du mal et tourner le couteau encore plus dans la plaie. Ne pouvant pas non plus me rendre chez Arméthyse ou Ariane alors que les demoiselles n'étaient pas alors dans la cité de feu. Pouvant oublier le palais royal et autres destinations. Il n'y avait que cette destination qui n'était possible. La maison. Une maison qui n'était pas ma propriété mais qui était la propriété de Roan. Demeure que j'avais pourtant tenté d'agrémenter de touches féminines. Un endroit que je n'avais jamais considéré comme chez moi, comme un endroit où je me sentais en sécurité pourtant. Lieu qui était le rappel des coups, de la servitude, du passé. Un lieu qui était pourtant devenu plus familier, dans lequel il était plus agréable de vivre depuis le retour à la cité. Peut être aussi parce que Yuj était là-bas, canidé ayant suivi le mercenaire du désert, attendant mon retour. Peut être aussi parce qu'il y avait des petits gestes qui comptaient comme cette machine à coudre trônant désormais dans un coin de la maison. Situation qui changeait. Alors regard chargé de [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] que j'ignorai parce que toute façon, il n'était pas en mesure de prendre des décisions censés et que sa santé primait sur son orgueil.

Mais évidemment si le trajet aurait pu se passer sans incident, il fallut que l'homme qui avait eu la décence de nous accompagner et de  transporter Lion en vienne à prendre la parole fatalement. Me figeant presque aussi simplement que soit sans que le colosse n'en vienne à se rendre compte de quoi que ce soit, focalisé ailleurs. Expression de mon visage qu'il ne vit pas alors que je jetais presque un regard effrayé au jeune homme pas seulement par crainte qu'il en vienne à commettre une boulette mais aussi par crainte qu'il dise une bêtise. La solution la plus simple avait été de dire que j'étais sa mère. Mais sa mère biologique je ne l'étais pas, ni même celle adoptive. N'ayant pas ce rang. En rêvant peut être alors que je l'avais pris sous mon aile, ou tenté de m'assurer qu'il allait bien mais rang auquel je ne pouvais prétendre. Rang qu'il me refuserait certainement et encore plus alors qu'il était en colère, blessé, amer. Mais à cet instant ce n'était peut être pas tant la réponse à mon sujet que je craignais que celle qu'il donnerait concernant le mercenaire. Là la réelle question et sa réponse qui ne tardait pas de fuser après qu'il en soit venu à rire, faussement jusqu'à en pleurer comme si là était une blague. Ne paraissant pas avoir conscience que la question du barbu était sérieuse. Question qui l'était alors qu'il posait son regard interrogateur sur lui puis sur moi alors que je m'efforçai de sourire, comme si de rien n'était. Lui ne semblant se rendre compte qu'après que ce n'était pas une blague, que la question était sérieuse. Question un peu en soit logique alors que j'avais mentionné être l'esclave de Roan, qu'il était mon fils. S'il était peut être plus difficile d'imaginer le mercenaire avec des enfants. Il était difficile tout simplement de l'imaginer avec des enfants, même pour moi, il ne restait pas moi qu'en vue du contexte, la méprise était compréhensible. Méprise compréhensible alors que je vivais avec, que le rôle d'esclave domestique s'accompagnait de disons certaines obligations. Sans doute pas le cas avec tous les maîtres mais situation un peu plus compliquée entre lui et moi. Ce qui ne regardait toutefois pas les autres. Mais lien qui pouvait être tissé au regard d'un inconnu bien qu'aussitôt Lion démentir avec véhémence non sans l'insulter et le traiter de taré. Ce qui n'était pas sans rien. Ce qui n'était certainement pas le compliment qu'un fils ferait à son père. Et si l'on pouvait dire beaucoup de chose sur le mercenaire, il n'était toutefois pas ni un taré ni un psychopathe. Mais encore qu'il le soit ou pas n'était pas tellement le problème en ce moment. Le problème était que notre couverture était en train de griller, de sauter et cela il semblait être en train de se rendre compte. Hésitante à prendre la parole au risque de le sauver ou l'enfoncer plus mais déjà il reprenait la parole avec son entrain qui lui était propre pour se justifier, faire valoir qu'il était simplement impossible qu'il soit le père. Regard du barbu qui passait de l'un à l'autre que je soutenais, lui laissant libre court à son imagination. Pouvant imaginer tout ce qu'il voulait, peu important. Main qu'il passait dans sa barbe comme s'il tentait d'additionner a et b. Réussissant à ne pas lâcher le jeune homme au passage alors qu'il reprenait la parole non sans me regarder. « 'sai pas qu'il adoptait le r'jetons.  »« Les choses qu'on fait par amour...» Petite note de sarcasme et de sourire alors que j'étais néanmoins soulagée quand Lion reprenait la parole pour ne pas avoir besoin de débattre plus à ce sujet. « Bw’allez, on s’magne là ? J’ai mal, j’vais pas guérir en claquant des doigts. Plus vite on s’ra à la maison, plus vite j’irai mieux. Allez m’man, tu veux pas être une mère indigne, aide-nous là. » Son regard chargé d'ironie que je soutenais alors qu'à chaque fois, il s'assurait de me blesser un peu plus. Mère que je n'étais pas. Mais indigne, ce qu'il pensait que j'étais pour l'avoir abandonné. L'ayant très bien compris. Non pas qu'il était plus facile de l'entendre me rejeter à chaque fois, de tenter de ne pas broncher à chaque pique envoyée.

Regard que je détournais pour qu'il ne puisse pas voir l'éclat de douleur dans les yeux alors que j'ouvrais la porte. Yuj qui se précipitait à l'extérieur. Caresse adressée au canidé qui s'empressait de suivre le jeune homme à l'intérieur tandis que je venais à échanger quelques mots avec le barbu. Le laissant filer à l'intérieur tandis que je conversais et réussissais à obtenir qu'il vienne à se rendre non loin de là chargé un remède. Bourse d'or que je lui remettais rapidement avant de le regarder s'éloigner. Minutes qui s'écoulaient alors que je restais pendant quelques minutes tout simplement là au pas de la porte à l'extérieur sans faire un geste pour entrer à l'intérieur. M'autorisant quelques minutes pour reprendre mon souffle, pour chasser les traces de douleur venues transformés mes traits. Me forçant à inspirer et à expirer, à recomposer un masque impassible pour qu'il ne puisse lire que chacun des mots prononcés pouvaient me heurter. Seulement quand je fus enfin prête, que j'étais de nouveau calme et en contrôle de mes moyens que je pivotais sur mes talons pour entrer à l'intérieur. Me dirigeant alors directement vers la table située au centre de la pièce sur laquelle il avait pris place. « Bah alors, papa est pas là ? »« Tu devrais prier le dieu soleil pour qu'il ne revienne pas trop vite... » Préférant de loin qu'il n'en vienne pas revenir trop vite, signifiant forcément que des mots devraient être échangés alors que je ne comptais pas laisser repartir le blessé rapidement. Comptant au contraire le garder ici plusieurs jours de force si besoin est pour qu'il ne bouge pas et qu'il en vienne à se rétablir. « .. même s'il est plus gentil maintenant... » Voix un peu égaré, perdue dans mes pensées. Relation maître et esclave qui avait en effet évolué alors que ce dernier se montrait différent, que la situation avait évolué positivement. Peut être qu'il ne dirait trop rien quant à la présence soudaine du blessé mais ce qui était moins sûr.

Regard qui se reportait sur le visage de Lion. Et pouvant bien voir son regard scrutateur. Pouvant lire la note de jugement dans ses yeux. « Me donne pas ce regard. » Jugeant. Sans savoir. M'agitant un peu plus. Peut être parce que ma patience commençait à avoir ses limites, parce que je réfléchissais trop, parce qu'il y avait ces voix dans ma tête qui se mélangeaient. « Est-ce que tu penses vraiment que j'avais le choix ?! » Doigt qui glissait involontairement sur la cicatrice contre ma jugulaire. Fine marque blanche. « J'ai tenté de me suicider ça a pas marché. J'ai tenté d'être la gentille, passive esclave, ça a pas marché. Au moins maintenant on a trouvé un terrain commun qui fonctionne. Je préfère que cela fonctionne et être en vie. » Ayant compris que je préférai vivre. Peut être un peu tard alors que le dernier geste réalisé dans l'autre monde avait été pour lui échapper, pour ne jamais revenir ici. Mais revenir de force ici, après le châtiment sur la place publique, la douleur, j'avais aussi compris que je voulais vivre. Instinct de survie qui avait repris le dessus. Pièces recollées de nouveau. Chutant mais inlassablement je me relevais toujours. Parfois avec des difficultés. Difficilement. Moins entière. Des morceaux égarés en chemin. Pas chaque pièce ne pouvait être recollée, reliée entre elles. Certaines étaient perdues définitivement. Mais continuant de respirer, pouvant transformer cette oxygène en quelque chose. Cela pouvait fonctionner. Y croyant. Devant y croire.

« Ce n'est pas un monstre. Il n'est peut être pas l'homme le plus parfait du monde mais il a toujours un coeur. » Un coeur qu'il dissimilait derrière une muraille de ronces. Un peu comme tout le monde. Tout comme lui. Regard qui dérivait de nouveau alors que de nouveau je me perdais dans mes pensées. Consciente qu'il n'était pas un monstre. Ayant même tenté pendant des années de voir ce coeur qui battait, cette trace d'humanité. Une tâche qui n'avait pas été facile. Ayant abandonnée. Mais revenir avait changé. Ayant commencé à comprendre. Doucement mais comprenant. « Il m'a donné des mois, il m'a donné du temps... pourquoi il l'aurait fait s'il ne ressentait rien ? » M'ayant donné du temps. M'ayant donné des jours si ce n'était des mois alors qu'il ne s'était pas lancé tout de suite à ma poursuite. Révélation qui m'avait impacté. Shanareth avait été la première à me retrouver, mais lui, c'était bien plus tard qu'il m'avait retrouvé et ce n'était pas parce que j'étais douée à me cacher, qu'il s'était trompée de direction, non c'était juste parce qu'il m'avait donné du temps. Du putain de temps. Et parfois, il était réellement difficile de le comprendre alors qu'il n'était pas la personne qui communiquait le plus loin de là. La complexité de la nature humaine. « ... même si je ne le comprends pas 99% du temps, c'est toujours mieux qu'avant. » Ce qui était certain alors que la situation était préférable à l'ancienne.

Regard qui croisait le sien avant que je n'en vienne à m'approcher plus non sans avoir jeter un regard à sa blessure de nouveau. Décision alors faite alors que la seconde d'après je me positionnais pour le soulever. « Accroche-toi à moi. » Un ordre donné avec plus de douceur. Retenant un grognement alors que lentement avec ce poids en plus, je venais à le transporter avec certes plus de difficultés que le barbu en direction de la partie de la demeure qui servait de chambre. Un rideau séparant les deux pièces. Non loin, l'avantage. Soulagée toutefois alors que j'arrivais devant le lit et le positionnais dessus. Petits coups que je donnais sur les coussins alors que je me reculais plus satisfaite. Plus facile de le soigner là et ainsi assuré qu'il ne bougerait pas. Regard qui glissait ensuite dans la pièce, sur les robes posées dans un coin. Chambre plutôt sobre, quelques touches féminines mais surtout masculines avec des armes dans un coin. Me penchant vers lui alors qu'avec des soins précautionneux, je dégageais les tissu pour rendre visible la blessure et la soigner par la suite non sans reprendre la parole. « Tu devrais être plus prudent ou réfléchir plus parfois... avant de parler. » Ce qui n'était pas un reproche, mais un conseil. Parlant d'expérience. Regard qui rencontrait le sien. « Un jour, tu risques de te faire tuer. » Ce que je craignais. Craignant qu'il meure pour avoir été trop insolent, pour avoir dansé avec le diable sans en maîtriser les codes, les pas. Un faux pas pouvant être fatal. Il ne suffisait qu'un. « Crois-moi j'ai joué avec le feu, avec cette attirance. Cette attraction pour les flammes...c'est magnifique, c'est palpitant mais à la fin de la journée, on se brûle et il n'y a que... la douleur. » Jouant. Jouant jusqu'à passer mes doigts près du feu. M'étant brûlée plus d'une fois. Ayant perdu plus d'une fois. Me rappelant les coups. Me rappelant le bordel. Me rappelant les échecs. Me rappelant cet espoir écrasé. Mais rappelant le début de la chute quand j'avais échoué à le tuer. Me rappelant les mains du diable. Me rappelant la douleur. Me rappelant le dégoût. Peur qui se saisissait en étau. Battements de coeur s'accélérant. Ce même étau dans lequel j'étais de nouveau paralysée. Souffle qui se faisait plus court, plus irrégulier alors que les souvenirs les uns après les autres. Se superposant sans que je puisse les arrêter. Parfois les souvenirs étaient juste de trop. Parfois la peur et la douleur étaient juste de trop. Le masque qui se craquelait. Ne le voyant plus. Etant ailleurs. Soudain des coups à la porte. Sursautant violemment. Me retournant. Regard qui passait de la pièce principale à lui. Coups qui résonnaient de nouveau. « Je.. r.. reste-là... » Regard qui je lui jetais rapidement. Contrôle pas encore repris suffisamment alors que j'en venais à me diriger vers la pièce principale, ouvrant la porte avec une note d'incertitude comme par peur de voir les souvenirs plus ombragés du passé prendre forme devant moi. Soulagement qu'en partie dissimilée alors que mon coeur continuait de palpitait avec force. Le barbu se dressant devant. Ombre projetée alors qu'il me tendait le remède. Agissant comme un automate, ne me rendant pas trop compte de la scène ni des gestes des mots alors qu'il posait une main sur mon bras, me demandant si j'allais bien. Hochement de tête. Masquée ans l'ombre alors que finalement il finissait par repartir, visiblement rassurée. Porte que je refermais. Porte contre laquelle j'appuyais mon dos. Mèche de cheveux bruns rejetés en arrière alors que la main qui tenait le flacon était parcouru d'un tremblement. Tremblement qui se répétait. Paupières qui se fermaient puis s'ouvraient de nouveau. Reprenant ma respiration de nouveau avant de venir de nouveau de me diriger vers la chambre. La silhouette de Lion toujours positionnée sur le lit. Son regard que je ne croisais pas. Un regard que je ne croisais pas parce que j'étais soudainement concentrée sur ma blessure, un regard que je refusais simplement de croiser. Ne voulant lire de nouveau les reproches. Ne voulant de nouveau entendre les reproches. Ne voulant m'entendre dire que je ressemblais alors à un désastre humain, que j'étais faible et stupide. Le savant déjà. Douée pour l'auto destruction. Suffisamment grande pour culpabiliser et me faire des reproches comme je le faisais alors, parce qu'évidemment qu'il fallait que je replonge. M'en voulant peut être encore plus que je ne me reprochais le pire. Et son regard que j'étais déterminée à ne pas croiser. Ayant besoin de ces quelques secondes.

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le Mar 14 Avr 2020 - 18:37


Left behind



Alors que l’improbable petit groupe arrive sur le pas de la porte, Lion est accueilli par le dernier être qu’il pensait trouver entre ces murs. Un chien. Une bestiole à quatre pattes encore plus stupide que lui. Un pauvre clebs visiblement heureux de retrouver Ezra, sa queue frétillant dans tous les sens. Le joyeux boulet de canon manque de faire trébucher un Lion surpris, légèrement décontenancé. Heureusement, l’accident est évité et le blessé ne retombe pas sur son poignet fragilisé ou sa cheville cassée. Ezra laisse ses petits protégés s’avancer seuls dans la maison, s’occupant de régler ses affaires avec leur bienfaiteur généreux, mais trop curieux. Déjà handicapé par sa douloureuse blessure, Lion se retrouve à devoir esquiver les assauts enjoués de l’intrus à quatre pattes. Le gamin lui lance un regard noir, auquel la bestiole semble rester insensible. Lion s’insurge davantage, mais garde le silence. L’insupportable boule de poils n’a de cesse de s’approcher de lui pour le renifler de toutes parts. Ses pattes se mêlent à ses jambes lourdes, et c’est un miracle qu’une nouvelle chute n’ait pas lieu. La bête a la langue pendante et le souffle rauque. Pleine d’énergie, maîtresse de ses mouvements, elle jappe et sautille comme pour narguer celui qui ne peut plus en faire autant. Le fossé entre le canidé loyal et le félin orgueilleux se creuse déjà. Lion n’est pas comme ça. Il ne se retrouve pas en cet animal stupide. Il est tout son contraire. Tout ce qu’il méprise le plus au monde est là, sous ses yeux révoltés, en train de s’agiter bêtement à la vue de l’enfant. Jamais Lion ne se comporterait ainsi face à un inconnu, à sautiller sottement autour de l’individu, à lui renifler le derrière et les pieds comme si c’étaient les parties du corps les plus délicatement parfumées. Jamais il ne laisserait un inconnu ainsi entrer dans sa demeure et l’accueillir avec une joie manifeste. Jamais il ne pourra non plus se montrer aussi heureux que cet imbécile baveux, lui qui ignore tout de ce qu’est le bonheur. Alors, c’est plus fort que lui, il déteste déjà, du plus profond de son être, cet animal qui n’est, au mieux, que le nouveau jouet d’un mercenaire qu’il déteste tout autant. Ou qui est, au pire, le nouveau bébé recueilli par une femme qui a préféré le canidé au félin.

Lion prend place sur la table la plus proche, n’ayant pas l’envie ni l’énergie de se hisser plus loin. Comme la situation a perdu de son urgence, l’adrénaline redescend, laissant place à une douleur plus vive, plus brûlante, plus crue. Une douleur qu’il ne peut masquer que derrière son insolence. C’est Ezra qui en fera les frais. Elle rejoint l’enfant empli d’amertume, se fait accueillir par un sourire ironique, et regrettera bientôt d’avoir pris le temps de porter secours à l’ingrat. Mais la jeune femme est plus solide qu’elle en a l’air, et tient bon sous les assauts répétés du gamin trop blessé. Elle le met en garde, l’avertissant que Roan n’est jamais bien loin et qu’il ne devrait pas tarder à rentrer chez lui. Lion s’en moque bien. Etouffant sa lucidité pour laisser parler son orgueil, il se redresse et bombe le torse d’un air de défi, comme prêt à accueillir le maître des lieux comme il se doit. A chaque fois que les deux coqs se retrouvent dans la même pièce, il y a des coups et des blessures. Une petite grenade qui se dégoupille pour faire tomber la forteresse de marbre. A l’idée de revoir le mercenaire, Lion passe une main distraite sur sa joue gauche, soudain cuisante. Un souvenir par tout à fait éteint de leur dernier face à face, qui refait surface alors que l’esclave laisse entendre, d’une voix éteinte, égarée, bien trop loin de la réalité, que son cruel propriétaire a su s’adoucir.

Lion est de ceux qui agissent trop rapidement pour se laisser le temps de réfléchir. Il hausse un sourcil surpris en même temps qu’il laisse échapper un petit ricanement mesquin, à moitié amusé, à moitié dédaigneux. Un sifflement méprisant qu’il ne tente même pas de dissimuler, tout à fait prêt à l’assumer. Quelque chose lui échappe. Comment une esclave ayant goûté à la liberté a-t-elle pu accepter de revenir sur ses pas, de retrouver son bourreau et même commencer à le trouver sympa ? La situation n’a plus aucun sens. Alors Lion décide de ne plus réfléchir, de ne plus se poser toutes ces questions qui n’ont pas de réponse de toute façon. Il se contente de toiser Ezra d’un air supérieur, avec, pour la première fois, une once de pitié dans le regard. C’est tout ce que lui inspire la figure autrefois tant estimée. De la pitié. Peut-être que tout ce qu’il admirait chez elle est mort au-dehors. Peut-être que ce qui les avait réunis avant sa fuite a été définitivement détruit. Le corps d’Ezra est peut-être revenu, mais son âme est partie pour toujours. Il ne reste plus rien d’elle. Plus rien de ce qu’elle a été. Plus rien de l’esclave rebelle qui rêvait de s’émanciper. Plus rien de l’opprimée brisée que seule la rage continuait d’animer. L’extérieur a fait d’Ezra un pâle fantôme soumis. Une petite fille sage et obéissante qui se satisfait d’une existence sans but. Et Lion ne peut rien faire pour les petites filles comme ça. Il ne partage rien avec ces personnes qu’on a brisées jusqu’à l’os, jusqu’à l’âme. Il ne peut que les laisser couler, espérant qu’elles ne l’emportent pas dans leur chute. C’est le triste constat qu’il fait, intérieurement, sans rien exprimer de ses sombres pensées. Sans quitter Ezra du regard, comme pour vérifier qu’il ne se méprend pas, son corps à lui se fait plus las. Son buste retombe, ses épaules s’affaissent, sa tête s’incline légèrement vers l’avant. Tout en lui est fatigué. Seule une petite lueur d’espoir lui intime que ce combat est le dernier.

Et puis, sans crier gare, une nouvelle secousse qui n’en finit pas de le faire trembler.

- Est-ce que tu penses vraiment que j'avais le choix ?! s’écrie la jeune femme, dont le doigt glisse sur le devant de son cou, soulignant le fin tracé d’une cicatrice que Lion ne distingue pas dans la pénombre. J'ai tenté de me suicider ça a pas marché. J'ai tenté d'être la gentille, passive esclave, ça a pas marché. Au moins maintenant on a trouvé un terrain commun qui fonctionne. Je préfère que cela fonctionne et être en vie.

Lion finit par capituler face à ces aveux qu’il devine longtemps dissimulés. Penaud, il baisse la tête, abandonne le duel de regard muet qui l’oppose à cet être qu’il ne reconnait plus et qui lui révèle un peu plus de son existence. Hagard, il ne sait comment réagir. Ce ne sont pas des propos que l’on tient face à un gamin. Mais Lion est grand maintenant. Il l’a toujours été, poussé par la force des choses à vieillir avant l’heure. Peut-être est-ce parce qu’il a dû grandir trop vite qu’il cherche désormais à fuir les responsabilités, à rester libre d’agir et de penser comme un enfant. Mais la réalité le rattrape toujours, lui rappelant sans cesse qu’il n’est pas maître du destin. Il n’est qu’un être humain. Un bon à rien. Et la criante vérité le saisit de plein fouet face à la détresse d’Ezra. Il a du mal à encaisser, à ouvrir les yeux sur sa propre cruauté. Il pensait tout savoir. Il pensait connaître toute l’histoire. La jeune femme s’était lassée de sa situation, avait préféré l’abandonner pour se donner une chance de goûter à la liberté. Et puis, d’une manière ou d’une autre, elle s’était de nouveau retrouvée à la Cité. Fin de son épopée. Lion n’en avait retenu que la partie qui l’avait blessé le plus, celle après laquelle il s’était senti comme un moins que rien, comme moins que l’ombre d’un chien. Un sentiment dévorant qu’il avait préféré refouler pour ne pas se laisser consumer. Une détresse conte laquelle il avait vaillamment lutté, trouvant mille raisons pour se raccrocher à une vie qui perdait de sa saveur. Un combat contre lui-même et ses plus sombres démons, dont il était ressorti vainqueur de façon seulement temporaire. Ses démons ne le lâchent jamais vraiment. Il en faut, du cran, pour continuer à se sentir vivant après l’abandon d’une maman. Lion avait remonté la pente, non sans mal, mais suffisamment fier pour pouvoir aller de l’avant. Jusqu’à ce que le passé le rattrape à l’en étouffer. Mais, prisonnier de son mal-être et de son malheur, jamais l’enfant ne s’est intéressé à un autre point de vue que le sien. La douleur l’a emmuré vivant, et pas un seul instant il n’a souhaité avoir l’avis d’Ezra. S’il était, jusqu’à présent, persuadé d’avoir raison sur toute la ligne, sa forteresse de certitudes se fissure, laissant s’infiltrer le doute et la honte. Soudain, il a très chaud. La sueur perle le long de ses tempes déconfites à mesure qu’il prend conscience de son ignorance. Rien. Il n’a jamais rien su. Ni des tenants, ni des aboutissants. Rien de rien. Parce qu’Ezra l’a toujours protégé. Elle ne lui a jamais raconté ses tourments pour ne pas avilir l’innocence de son âme d’enfant. Elle a gardé pour elle les détails les plus sordides de son existence, et épargné à Lion la vérité sur un monde bien plus sale et cruel qu’il ne l’imagine. Un geste d’amour dont il n’a jamais rien su. Un geste d’amour qui lui fait comme l’effet d’une caresse tendre sur le cœur, et adoucit un peu les tourments qui le rongent. Et qui découpe aussi dans sa chair une plaie qui mettra du temps à cicatriser.

Car la prise de conscience n’est pas évidente. Il y a trop de vérités, trop difficiles à assimiler, trop difficiles à assumer. C’est finalement lui l’idiot, lui le bourreau, alors qu’Ezra apparaît comme le martyr de l’histoire. Docile et pure au point d’emporter avec elle des secrets trop ignominieux plutôt que d’entacher son entourage. Les rôles s’inversent. Et ça, Lion ne le supporte pas. Il ne supporte pas l’idée d’être bête, d’être laissé pour compte, d’être traité comme un gosse, d’être incapable de protéger ceux qui comptent sur lui. Ça bouillonne en lui, ça gronde au fond de ses tripes, ça s’agite dans sa tête, c’est un chaos qui se joue dans un corps trop petit, trop faible. En dépit de cette tempête, le gamin ne bronche pas. Il ne laisse aucune faille se révéler à l’extérieur. Il reste de marbre, indécis, hésitant entre la peine ou le repentir. La honte le terrasse et il préfère ne rien dire. Alors c’est dans le plus douloureux des silences qu’il laisse la belle continuer sur sa lancée. Il n’a même plus la force d’intervenir. Il n’a même plus la force d’essayer de lui ouvrir les yeux sur le Roan qu’elle décrit et qui est si loin de ce qu’elle en dit. Il n’a même plus la force de lui lancer une remarque acerbe pour la faire tiquer. Il n’a même plus la force de se tenir debout. Il est tout avachi sur sa table, un meuble qui lui donne de la hauteur et la sensation d’être grand alors qu’il n’en est rien. Il a les yeux dans le vague et ne voit même plus le chien s’agiter devant lui. Il a juste envie d’être ailleurs. N’importe où, sauf ici. Et ce n’est pas parce que plane au-dessus de lui la menace du retour de Roan. Pour la première fois, ce sentiment lui vient de la présence d’Ezra. Il a maintenant honte de se tenir à côté d’elle. Il n’en est pas digne. Il n’est pas digne de son inquiétude, de son aide. Il n’est pas digne d’être dans sa vie.

Elle est étrange, la tournure que prennent les choses. Alors que Lion refusait de revoir Ezra, de lui accorder la moindre considération parce qu’elle lui a fait du mal, à présent il sent que c’est à lui de s’effacer. De laisser Ezra vivre sa vie comme elle l’entend. Il ne saisit pas l’ampleur de ce qui change en lui. Ça se fait trop vite, trop soudainement, il ne comprend pas trop ce qui lui arrive. Il sent juste que c’est une bonne chose à faire. Qu’il a suffisamment joué les enfants, qu’il est temps de cesser de se comporter comme un sale garnement. Une idée paradoxale, pour lui qui rêvait secrètement de renouer avec Ezra, exactement comme avant. Un sentiment de culpabilité vif et dévorant lui enserre la gorge, lui indiquant d’abandonner ce plan. Un retour à la normale est impossible. Pas par la faute de la fuyarde, contrairement à ce qu’il a toujours cru. Mais par sa faute à lui, pour s’être comporté comme un égoïste.

Pourtant, celle qu’il voudrait fuir revient lui prêter main-forte. Un peu trop éloigné de la réalité pour pouvoir s’esquiver, Lion se laisse porter, avec l’impression de flotter. La douleur au niveau de sa cheville est trop lointaine pour lui servir d’ancre. Alors qu’Ezra l’aide à se hisser jusque dans la chambre, il n’hésite pas à prendre appui un peu plus solidement sur sa cheville blessée. Après quelques pas, la douleur se ravive et l’aide à reprendre ses esprits. Lion serre les lèvres mais se garde bien de gémir. Une attitude qui n’est pas dans ses habitudes. Il aime se plaindre, faire du bruit, attirer toute l’attention sur lui. Mais pas cette fois. Pas depuis ce qu’a dit Ezra. Pas depuis qu’il sait qu’elle a tenté de mettre fin à ses jours. De quitter ce monde, tant il lui paraissait insupportable et sans issue. Alors il peut bien endurer le supplice de sa cheville tordue encore quelques instants. Il a les yeux imbibés de larmes, mais tous deux parviennent sans trop d’encombres sur le lit que partagent le mercenaire et son esclave. A cette pensée, Lion trouve la force de grimacer. Ça le répugne de devoir ainsi toucher aux affaires de Roan. Se glisser sur ses draps, s’adosser contre ses coussins, respirer l’air de sa maison, tout lui donne la nausée. Ou peut-être est-ce son corps qui décide de le lâcher, jugeant qu’il a bien trop encaissé pour la journée. Lion passe une main fatiguée au niveau de son front, s’emmêlant les doigts dans les mèches de cheveux collées par la sueur. Il est dans un bien triste état. Ezra retire les bandages de fortune entourant son pied. Il ne regarde même pas. Alors qu’il fuit son regard, la belle insiste pour plonger ses yeux dans les siens tandis qu’elle lui prodigue des conseils inquiets.

- Tu devrais être plus prudent ou réfléchir plus parfois... avant de parler. Un jour, tu risques de te faire tuer. Crois-moi j'ai joué avec le feu, avec cette attirance. Cette attraction pour les flammes... c'est magnifique, c'est palpitant mais à la fin de la journée, on se brûle et il n'y a que... la douleur.

C’est peut-être le contact de trop. C’est peut-être la tirade de trop. Épuisé, fatigué de réfléchir et de combattre un vent qui ne souffle que pour lui, Lion abandonne toute empathie.

- Tu es morte, Ezra.

Pour la première fois, il articule chaque syllabe. Il marque une longue pause, non pas pour ménager son effet, mais pour saisir le sens de chaque mot qu’il prononce. Des mots très lourds qui lui pèsent sur la conscience. Des mots qui ne sont que de l’air expiré, et qui pourtant le rendent soudain plus léger. Si léger qu’il se sent transporté, flottant bien loin au-dessus de son enveloppe charnelle, comme si son âme et son corps avaient fini par se dissocier. Il n’a plus peur de se dévoiler, comme si ses paroles ne pouvaient pas avoir d’impact sur la suite des événements. Comme si le temps s’était arrêté, comme si une parenthèse s’était ouverte rien que pour lui et Ezra. Un moment hors du temps qui n’appartient qu’à eux, qui leur offre enfin la confrontation tant espérée, tant redoutée, tant repoussée. Mais le petit Lion n’est pas tout à fait prêt à se remettre ouvertement en question.

- T’es plus la même. Y reste plus rien d’toi. J’te r’trouve plus. Avant, t’aurais jamais dit des trucs pareils sur le taré qui t’retient ici. Putain, il t’a eue. Et toi tu lui trouves toutes les excuses du monde. Il t’a tuée et toi tu l’pardonnes. J’comprends rien, ça m’fatigue. J’sais pas c’que t’as vu là dehors, dans l’monde où on a pas l’droit d’aller, mais ça doit être sacrément d’la merde pour qu’tu r’viennes et qu’tu voies Roan comme un dieu. J’peux rien faire pour toi, si t’es tombée si bas.

Toute pitié a déserté son regard fuyant. L’enfant détourne ses yeux imbibés de larmes et se mord la langue avec force, ravalant sa rage et son impuissance. Il n’a trouvé que les reproches pour s’écarter davantage de la figure maternelle. Des reproches qui sont dirigés contre elle plutôt que contre lui-même. C’est plus facile. C’est même trop facile de s’en prendre aux autres plutôt qu’à soi. C’est trop facile de blesser la jeune femme avec les mots justes, bien plus que de lui présenter des excuses ou de s’inquiéter de son état. Il n’a trouvé que ça, pour couper les ponts. La blesser toujours plus, jusqu’à ce qu’elle craque et prenne ses distances. Il ne la retiendra pas. Ce sera mieux pour eux deux. Pour elle, qui cessera de courir derrière un égoïste trop fier pour reconnaître ses torts. Pour lui, qui cessera de poursuivre une chimère définitivement partie. Ses mots durs lui reviennent et il comprend que c’est le début de la fin. La fin d’une ère tranquille où la confiance lui donnait de l’espoir pour l’avenir. Ça lui fait bizarre de regarder Ezra et se dire que c’est la dernière fois qu’il la voit. C’est bizarre de faire ses adieux à quelqu’un qu’on a aimé, qu’on aime toujours. C’est quelque chose qu’il n’a jamais eu l’occasion de faire. Ses parents à lui sont partis trop subitement pour le prévoir, trop violemment pour qu’il comprenne. Il n’a pas pu leur dire au revoir. Il n’a pas pu regarder leurs silhouettes s’éloigner, se découpant sur l’horizon crépusculaire d’un ciel d’été. Il n’a pas pu leur souhaiter bon vent, leur rappelant une dernière fois qu’il les aimait et qu’il penserait toujours à eux. Peut-être le destin lui offre-t-il une chance de se rattraper, de faire les choses bien. De laisser Ezra s’en aller, bien contre son gré mais pour son bien à elle. Pour qu’elle n’ait plus à traîner derrière elle un boulet arrogant, suffisant, qui ne pense qu’à lui sans se soucier d’elle. L’amour fait faire des choses bien étranges, qu’on ne pourrait prévoir.

Leur bulle se brise alors qu’on frappe à la porte. Tous deux sursautent, ignorant ce qui les attend. Ezra se lève d’un pas incertain, lui intimant de rester là. Lion aurait bien du mal à s’éclipser de toute façon. L’idée lui vient qu’à force de parler de l’abominable Roan, ce dernier a fini par pointer le bout de son nez. Mais son esprit aguerri ne peut s’empêcher de pointer une incohérence : le mercenaire ne frappe sans doute pas à la porte quand il rentre chez lui. L’enfant prend son mal en patience et guette une parole traîtresse qui pourrait le mettre sur la bonne piste. Rien ne lui parvient si ce n’est un bourdonnement incompréhensible, mais au moins la voix d’Ezra semble posée et détendue. Elle revient à son chevet avec un petit paquet dans les mains, que Lion identifie bientôt comme une mixture à appliquer sur sa cheville. La jeune femme ne le regarde plus, toute absorbée par sa tâche. Il la laisse faire, sans chercher à prolonger la discussion. Le silence lui pèse pourtant. Il n’est pas naturel, il est plein de douleurs tues et de fiertés bafouées. Convaincu qu’il a adopté le comportement qu’il fallait, Lion n’en peut pourtant plus de sentir son cœur se serrer. Il étouffe de culpabilité à l’idée d’avoir blessé Ezra une nouvelle fois. Surtout, ça ne semble pas avoir entamé son envie de l’aider. Comme si elle pensait pouvoir accuser le coup et passer l’éponge dans quelques instants. L’enfant chaotique se mord la lèvre, toujours en proie à un vaste conflit intérieur. Puis il abdique. Il se déleste de toute fierté, de tout sentiment de supériorité, se met à nu l’espace d’un bref instant. Il le fait parce que la vie d’Ezra n’est pas plus rose que la sienne, et qu’elle mérite un peu d’espoir pour la suite.

- J’suis désolé, avoue-t-il dans un souffle à peine audible, des mots qui l’écorchent au niveau de la gorge mais qu’il n’en peut plus de retenir au fond de lui. J’ai merdé. Sur toute la ligne. Puis sa voix se fait plus assurée, comme pour marteler qu’il tiendra promesse. Dès qu’c’te jambe est réparée, j’me casse.

Pour ne plus revenir.


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Spoiler:
@Roan Ezeriel je suppose que tu peux intervenir dès maintenant, au pire moment Left behind [ft. Ezra] 3395933406 Left behind [ft. Ezra] 484338566 MP si souci Left behind [ft. Ezra] 171928021

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Ezra Aerys
DATE D'INSCRIPTION : 28/02/2016 PSEUDO/PRENOM : Glacy MULTICOMPTES : Chris Wilson MESSAGES : 3264 CELEBRITE : Jessica Parker Kennedy COPYRIGHT : alcuna licenza. (avatar) - frimelda (signa) METIER/APTITUDES : esclave de Werowa▲ métier ingrat ▲ ancienne couturière, esclave domestique, prostituée, esclave domestique de Roan TRIBU/CAMP : Rahjak POINTS GAGNES : 95

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le Jeu 25 Juin 2020 - 9:59
Left behind
Lame qui s'enfonçait. Ce poignard il ne venait pas de me le planter dans le dos. Non. Et s'il l'avait planté dans mon dos, peut être que le goût amer qui s'en suivrait aurait été plus doux. Il n'avait pas planté ce poignard dans mon dos, il avait diriger sa lame droit vers mon coeur. La dirigeant directement dans cette direction. Il n'y avait aucune trace d'hésitation dans ses yeux quand il prononçait ses mots. Des mots qui formaient une lame étincelante. Une lame qu'il avait déjà tenu. Une lame que j'avais déjà tenu. Mais jamais le coup donné n'avait été si violent et si destructeur que maintenant. Des mots funèbres qu'il prononçait. Des mots qui constituaient une vérité froide et glaciale à ses yeux. « Tu es morte, Ezra. »

Des mots qui faisaient mal. Etant là en chair et en os. Mort auquel j'avais tenté de succomber et mort auquel j'avais échappé lorsque Roan avait écarté la lame de ma gorge. Il m'avait interdit de mourir à sa manière. Me maintenant en vie. Assommée puis de retour à la cité rahjak. Un tournant. Un point de tournant dans cette relation qu'il ne comprenait pas, où il ne voyait lui qu'une relation toxique et moi enchaînée. Perspective extérieure qu'il venait de m'offrir avec sa franchise bien connue. Et des mots qui blessaient.

Mais peut être que ce n'était pas seulement les mots qui faisaient mal, agrandissant la blessure, laissant le sang ruisseler que le sentiment que par la même occasion il voulait dire que j'étais morte pour lui. Cette idée qui avait aussi son origine bien plus lointaine. La culpabilité et le doute qui trouvaient son origine au plus profond de mon esprit. Peut être simplement que la faille était trop grande et que je ne pouvais pas passer outre cette faille que j'avais creusé de mes propres mains lorsque j'étais partie sans le prévenir. Peut être que quand bien même j'avais tenté encore et encore de lui montrer que j'étais là, que je serai toujours là, cela ne servirait à rien. Alors que je continuais de m'accrocher, à chaque fois il me repoussait toujours et toujours plus violemment. Des remarques. Des regards. Outre le sarcasme, il y avait la douleur et la colère qu'il ressentait. Cette colère que je voyais. La culpabilité que je voulais effacer. Ayant été égoïste. Un choix que je referai. Mais un choix qui n'effaçait aucun fardeau. Il comptait. Et pour cela, je voulais me battre, mais chaque pas dirigé dans sa direction semblait plus lointain. La distance qui semblait se creuser et alors que la conversation chargée d'émotions déviées, il prononçait ses mots.

Peut être qu'il y avait un problème. Peut être que j'étais le problème. Voulant plus que je n'aurai jamais. Voulant trop. Voulant la liberté et être entourée. Pourtant consciente que je ne pouvais pas tout avoir. Ce que je savais pourtant. Un prix que j'avais payé. Etant devenue libre mais ayant perdu Shanareth. Ayant en partie perdu Kieran. L'ayant quasiment perdu lui. Ayant perdu en partie Ariane. J'avais retrouvé Werowa mais je l'avais perdu à son tour quand j'avais été ramenée dans la cité rahjak. Cité dans laquelle je n'étais plus libre bien que je tentais juste d'améliorer cette condition, de progresser. Progrès qui naissaient et liberté de mouvement que j'avais retrouvé petit à petit. Un choix qui existait toujours. Une alternative que je tentais de trouver pour retrouver liberté et proches. Mais du chemin que j'avais encore à parcourir. Il y avait le pont et il y avait ces blocs de pierre qui s'affaissaient devant moi, comme maintenant. Comme si lui-même voulait me précipiter dans le vide.

Ou peut être était-ce de nouveau là un choix. Celui d'interpréter ses mots comme un signe d'exclusion. Celui d'interpréter ses mots littéralement. Choisir d'être impacté par ses mots. Les laisser me condamner. Les mots des autres dont je n'avais souvent pas apporté de regard. Interdit dont je voulais passer outre. Mais les mots avaient toujours une résonance différence quand ils provenaient de ceux qu'on aimait, comme là. Sachant pourtant aussi qu'il se trompait. Je n'étais pas encore morte. Toujours là, toujours debout. Apprenant simplement à naviguer autrement.

« T’es plus la même. Y reste plus rien d’toi. J’te r’trouve plus. Avant, t’aurais jamais dit des trucs pareils sur le taré qui t’retient ici. Putain, il t’a eue. Et toi tu lui trouves toutes les excuses du monde. Il t’a tuée et toi tu l’pardonnes. J’comprends rien, ça m’fatigue. J’sais pas c’que t’as vu là dehors, dans l’monde où on a pas l’droit d’aller, mais ça doit être sacrément d’la merde pour qu’tu r’viennes et qu’tu voies Roan comme un dieu. J’peux rien faire pour toi, si t’es tombée si bas. » « Ce n'est pas un dieu. » Une certitude. Il n'était pas un dieu. Il était humain comme nous deux. Il n'y avait qu'un seul dieu et il n'était certainement pas le dieu du Soleil. Croyance qui se révélait néanmoins plus compliquée qu'elle ne l'était alors que j'avais aussi perdu la foi avant d'en venir de nouveau à tenter de me concilier avec elle, doucement. Des petits pas réalisés. Une nouvelle dance. Mais foi auquel je continuais de me raccrocher dans les moments difficiles, là où certains passaient sans voir quoique ce soit. Un autre point de vue. Un point de vue souvent partagé par les mercenaires mais aussi d'autres fennecs du désert. Et un homme que je ne voyais pas comme étant un dieu. Mais ne pensant plus non plus qu'il était le diable. Là où la haine avait grandi, où j'avais vu le monstre, j'avais aussi vu l'humain. Coeur qui battait. Son âme toujours la sienne. Ne l'ayant pas vendu au diable, encore. Ce dont j'étais moins certaine pour Shanareth alors que ma fuite avait été le point de départ de sa chute. Chemin dans l'obscurité qu'elle avait emprunté. Chacun qui l'empruntait sans doute tôt ou tard, et choix qui était propre à chacun de rester dans l'obscurité ou retourner vers la lumière. Ne le voyant pas comme un dieu, mais mon opinion à son égard qui avait certainement évolué. Passant de l'obscurité doucement vers la lumière. Monde plus grisé qu'il n'était. « Et ce n'est pas non plus un taré. » Tout le monde qui avait cette once de folie. Plus que coutumière bien que doucement les voix s'étaient évaporés, et peut être que nous l'étions un peu tous, tarés. Fous. Commettant des actes qu'on n'aurait jamais pensé commettre par amour par exemple. Mais le mercenaire qui n'était pas fou. Au contraire bien plus intelligent et tactique. Temps qu'il m'avait laissé. Jours d'avance qu'il m'avait donné. Poids qu'il avait pesé. Ayant opposé le pour et le contre, tout en connaissant les compétences. Plus vite il m'aurait rattrapé, plus vite, il aurait pu retrouver sa réputation. Et au lieu de cela, il était reparti du bas pour remonter vers le haut. Renaissant de ces cendres. S'attirant même les faveurs d'Irina. Ce qui n'était rien.

Plus que jamais il paraissait déçu et dégoûté comme si je l'avais trahi. Horrifié de cette vision que je lui offrais. Me demandant si la vision que je lui offrais était à ce point effrayante ou pathétique. Ayant changé, c'était certain. Tempérament que j'avais appris à maîtriser. Technique de combat que j'avais appris doucement à maîtriser. Apprenant. Murissant. Ayant vu le monde autrement. « Le monde est magnifique. » Le monde de dehors était même sublime alors qu'il s'étendait à perte de vue. Des paysages qui se transformaient. Des arbres à en perdre la tête, qui donnaient même le sentiment d'être emprisonnés, d'être à couvert. Mais au-delà de cette forêt immense qui était pour dire inexistante dans ces contrées aussi désertiques et sauvages, il y avait des plaines immenses. Il y avait un sable fin. Il y avait des rochers. Il y avait l'océan. Il y avait des cultures qui se mélangeaient. Il y avait des tribus dont je n'avais jamais fait la connaissance avant et que j'avais enfin pu apprendre à connaître. Ayant pu poser mes yeux pour la première fois sur ceux qui étaient descendus du ciel. Ayant pu discuter ou tenter de discuter. Le monde là-bas était différent mais il n'était certainement pas si affreux, alors que là-bas nul n'était assouvi.

Peut être ce qu'il redoutait que je sois redevenue totalement assouvie auprès de Roan. Ce que j'avais fait. Ce que j'étais devenue suite au châtiment sur la place publique. En partie brisée de nouveau. Modèle que j'avais tenté de suivre. Suivant les ordres. Ne faisant rien d'autre que de respecter, rester silencieuse et obéir. Mais là était le problème, cette version n'était pas moi. Une version qui ne me satisfaisait pas et qui ne satisfaisait certainement pas Roan. Ce qui ne fonctionnait pas. Il fallait des flammes. Et dès lors qu'il y avait de la braise, les flammes ne pouvaient jamais s'éteindre complètement. Flammes qui avaient brûlé de nouveau. Le vent soufflant dessus. Autre danse qu'elles avaient esquissés alors que la flamme était née de nouveau. Mais chemin différent que j'avais décidé d'emprunter avec Roan, là où les mots étaient dits, où la tension et les coups de colère disparaissaient pour laisser place à un dialogue, à la communication. C'était différent mais le calme était sans aucun doute préférable aux cris et à la violence. Peut être ce que je voulais, me poser, trouver un peu de calme. « Je ne lui trouve pas d'excuse. » Ce n'était pas une question d'excuse, c'était qu'il avait changé ou qu'il voulait changé. « Est-ce si mal de changer ? de vouloir changer ? » Ne voyant pas où était le mal. « Même dans le désert, les plantes peuvent pousser. » Alors si là-bas, des plantes, des tous petits végétaux pouvaient grandir et pousser; si là-bas, le paysage pouvait changer alors que les tempêtes de sable transformaient le décor, pourquoi ne pourrions-nous pas changer. Le choix qui était donné à chacun de vouloir évoluer, de changer. Des changements qui pouvaient se produire par la force des choses. Des changements qui pouvaient se révéler vecteur de volonté. Et si une personne changeait pour le mieux, en quoi était-ce si mal ?

Conversation qui se rompait. Coups qui résonnaient de nouveau contre la porte. Et sentiment de chaos. Parce que la conversation devenait plus fragile. Émotions enfermées qui se dévoilaient alors que je tentais de cesser les tremblements, reprendre de nouveau le contrôle. Respiration que je reprenais. Son regard que je ne croisais pas pendant plusieurs minutes. La nécessité d'échapper à son regard pour quelques secondes, quelques minutes et reprendre le contrôle. Rester forte. Navire qui chavirait. Son regard que je croisais de nouveau néanmoins alors qu'il reprenait la parole dans un murmure. « Je suis désolé. » Déroutée parce que pour la première fois, il y avait son masque qui se craquelait. L'une des rares fois où il n'y avait plus aucune trace de sarcasme et d'arrogance dans le ton de sa voix alors que le masque s'affaissait. « J’ai merdé. Sur toute la ligne. Dès qu’c’te jambe est réparée, j’me casse. » Et comment ne pas vouloir se battre ? Comment ne pas vouloir se battre alors que pendant qu'il annonçait qu'il ne reviendrait plus jamais, tout son regard et son visage trahissait sa vulnérabilité. Trop attachée. « Tu n'as pas merdé. » Regard qui ne le quittait pas. Il n'avait pas merdé, il avait simplement dit ce qu'il pensait. M'approchant de lui avec douceur. Voulant lui crier qu'il ne décidait pas pour les autres, qu'il ne pouvait pas décider pour moi. Voulant lui crier que non il ne partirait pas, que je l'attacherai ici si besoin est. Mais sachant au fond de moi que le forcer à rester ne fonctionnerait pas. N'en n'ayant pas envie. Etant un électron libre. Et ne voulant alors pas être là. Mais cette jambe qui le condamnait. Sa jambe qui m'offrait alors un point d'appui. Peut être même qu'une brève pensée me traversa l'esprit, celle que sa jambe soit littéralement cassée pour qu'il ne puisse partir d'ici. Egoïste un peu. Mais des non-dits qui n'étaient pas prononcés à voix haute. Au contraire, c'était avec douceur et fermeté que je reprenais la parole pour lui confirmer qu'il ne bougerait pas d'ici tant qu'il ne serait pas en état. « Tu bougeras pas tant que tu seras pas en état de marcher. » Peut être qu'il attendait à ce que je lui dise que j'allais le retenir, mais ce que je ne faisais pas. Ne pensant pas alors pouvoir le retenir, que les mots suffiraient. La faille existait. Et pourtant cette volonté de grimper la montagne. Il suffisait d'être patient. Pas tant la destination qui comptait que le chemin parcouru.

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