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Devos Acciaro
DATE D'INSCRIPTION : 20/12/2016 PSEUDO/PRENOM : ELOW ; MULTICOMPTES : QUEEN IRINA + BABY JONAS ; MESSAGES : 1637 CELEBRITE : JAI COURTNEY ; COPYRIGHT : ELOW ; METIER/APTITUDES : INFORMATICIEN, ANCIEN LIEUTENANT REBELLE / SPECIALISTE EN INTELLIGENCE ARTIFICIELLES, NOTIONS EN MÉCANIQUE ET ELECTRONIQUE, GÉNIE INCOMPRIS ; TRIBU/CAMP : ODYSSÉE ; POINTS GAGNES : 94

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le Dim 13 Oct 2019 - 13:45

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— through thick and thin
15 MARS 2119

Les mois filent, mais le visage ne change pas. C’est comme une œuvre qui perdure avec le temps, le regard toujours sévère, la mâchoire fermée. Assis au bord d’une colline, le vent frais à ses côtés et le soleil joyeux déclinant, Devos ne fait rien. Un moment si rare dans son existence, que l’écho en est improbable. Lui, ne rien faire ? Lui, rester immobile ? Sans les doigts qui s’agitent, sans le cœur qui s’affole, sans l’esprit qui grossit… Il n’essaye pas de penser, il exclut tout. Le moindre mot qui tente de se dessiner, il l’efface. Le moindre visage qui apparaît, il l’élimine. C’est une tâche douloureuse, pourtant nécessaire. L’insomnie régulière qui l’accompagne depuis toujours, s’est affreusement renforcée ces derniers mois. Cela se remarque sur son visage, dont les cernes ne disparaissent jamais. Pas de raison apparente à ce fléau, c’est juste ainsi. Le corps décide et la raison ne peut rien faire. Sans doute qu’il s’épuise trop, Devos, à travailler. Ses recherches s’empilent comme des recettes qui ne peuvent être essayées. Les ingrédients pour son domaine d’expertise sont difficiles à trouver, ou à créer. Selon son père, c’est normal. Il y a la transition de l’âge, il y a le temps qui agit sur l’esprit. Des tas de raisons possibles qui devraient encourager l’informaticien à une pause de temps en temps. Une étape comme une autre à ajouter dans son quotidien. Alors Devos tente le coup. Une ou deux fois par semaine, il s’asseoit là. Un tronc d’arbre tombé, mort. Une vue légère sur la forêt. Le soleil qui réchauffe un peu plus chaque jour. Autrefois, il regardait l’horizon en espérant voir une tête blonde apparaître, aujourd’hui, c’est sa propre ombre qu’il désire. Tout pour ne pas s’approcher de la fin trop tôt.

Il faut dire aussi, c’est le flou ces derniers temps. La rébellion qui a toujours fait partie de lui, est arrivée à sa fin. Il y a une élection pour un nouveau chancelier qui approche, et tous le conseil avec. D’un point de vue politique, Devos accueillent plutôt chaleureusement ces changements, mais une partie de lui ne cesse de douter : est-ce vraiment le départ d’une nouvelle ère ? Celui pour lequel tant de rebelles se sont battus là-haut, se sont sacrifiés même ? Peut-être. Et c’est à ce peut-être que l’informaticien s’accroche, ne voyant pas encore de conséquence négatif depuis la fin des rebelles en juillet dernier. C’était logique, cette fin. Logique d’arrêter, logique de s’effacer. Pas facile, néanmoins, avec toute la rancune d’une vie, de voir la société toujours guidée par un conseil et un chancelier. Les visages changent, mais la justice elle ? Leurs lois ? Leurs actions ? Qu’est-ce qui va être applicable ou non ? Quel changement majeur ce nouveau conseil va-t-il amener ? Des questions qui sont loin encore de trouver la moindre réponse et une angoisse réelle que Devos essaye de camoufler. Ce n’est pas un leader lui, c’est juste un membre de ces survivants qui ne veut pas d’un futur instable. Pour réussir ses objectifs personnels, révolutionnés leurs quotidiens, il a besoin d’un environnement de paix. C’est ainsi. Ce n’est pas pour rien qu’il appréciait autant le gouffre du métro, la bulle que cela créait autour de lui.

« Merde. » Ils passent ses mains sur son visage, espérant réussir à se vider la tête. Le métro lui est apparu comme un flash, alors que cela fait plus d’un an qu’il n’a toujours pas remis les pieds dedans. Impossible, personne ne sait ce qui est récupérable ou non, personne ne sait si c’est instable ou pas. Pour l’instant, le gouffre n’est qu’un gouffre, mais une mission n'est pas impossible et Devos en a déjà parlé. Du coup, il est trop souvent à la lumière du jour. Cela joue sans doute sur son état actuel. Trop de ciel sur sa tête. Peu importe.

Il se concentre finalement sur les cris d’un oiseau plus loin, ferme les yeux et se redresse. Sa respiration est contrôlée, lente. La nature autour de lui est suffisante pour le déconnecter. S’il parvient à rester ainsi un petit quart d’heure, alors c’est une victoire.

Soudain, son corps est alerté par le son de pas sur l’herbe, non loin. Sans être sur le point de sauter à la gorge d’une potentielle bête, Devos se tourne lentement vers la source. Il aperçoit alors Murphy, avançant tranquillement en sa direction. Elle revient peut-être d’une exploration ? Ou du village ? Il ne sait pas.

« Salut. » Il se penche légèrement en arrière, pour mieux l’observer puis il s’écarte un peu, signe qu’il lui fait de la place pour qu’elle s’assoit à ses côtés. Cela fait un moment qu’ils n’ont pas eu l’occasion d’un tête-à-tête. La dernière fois, elle l'a accompagnée chercher son prototype et le résultat, c’est l’éolienne dans le village. Après quoi, leur chemin se sont croisés, mais pas forcément arrêté. Ils ont toujours trop à faire, l’un comme l’autre. Avec la rébellion en moins, ils ont aussi peu d’occasions de se retrouver, mais elle reste son amie et il a tenu à l’exprimer à chaque fois en prenant un peu de temps pour elle quand il l’aperçoit. Un sourire, un mot, peu importe. Même manger dans le silence, quand c'est possible. « Comme ça va ? » Une phrase un peu mécanique, mais que Devos le demande, c'est une preuve de son évolution - en réalité, c'est son père qui, encore une fois, le force à le faire. Il parait que ça le rend plus sociable, même si dans le fond Devos ne voit pas pourquoi poser la question quand il peut, d'un coup d'oeil, savoir si ça va ou pas. Mais passons, autant ne pas énerver le vieux père et essayer.

@Murphy Cavendish
Murphy Cavendish
DATE D'INSCRIPTION : 06/12/2015 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Nuna Cortez MESSAGES : 45223 CELEBRITE : Sophia Bush COPYRIGHT : jenesaispas (vava); Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) METIER/APTITUDES : Conseillère diplomate; militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. TRIBU/CAMP : Odyssée POINTS GAGNES : 758

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le Lun 11 Nov 2019 - 0:48


Through tick and thin

Murphy Cavendish & @Devos Acciaro

(14 mars 2119 / doutes après la proposition de McOrish de siéger au conseil)


Ce qui se passait était un peu irréel. Ca faisait deux jours que la question lui trottait dans la tête sans qu'elle ne parvienne à s'arrêter sur une réponse, parce qu'elle n'en avait pas elle-même. Voter pour McOrish avait été une évidence ; enfin les choses changeaient, enfin elle entrevoyait un renouveau dans cette politique qui ne correspondait plus à leur nouvelle vie. Enfin il y avait quelque chose après la rébellion et ses espoirs pouvaient renaître de leurs cendres. Mais son vote aurait dû être sa seule contribution. Elle avait appris à ses dépends que trop essayer pouvait ne mener qu'à une déception viscérale. Il avait été temps, quand elle avait claqué la porte de la rébellion, de laisser ça à ceux dont les épaules étaient assez solides. Il y avait des regrets qui pointaient, mais elle pouvait oublier la pression de ne parvenir à rien de ses objectifs, parce que la responsabilité de l'avenir était remise à quelqu'un d'autre.

Mais tout était subitement reconsidéré. Une place dans le conseil, Murphy n'avait jamais osé en rêver. Quand McOrish avait lâché sa proposition, la brune avait été sonnée quelques instants. Ca semblait sorti de nulle part. Comme si elle voulait se défendre de cette place qui lui était offerte, elle s'était presque immédiatement positionnée comme une ancienne rebelle. Peut-être que l'offre lui serait retirée, alors. C'était sans doute ce qu'elle avait espéré de l'aveu, d'ailleurs. Il n'y aurait pas eu de décision à prendre, pas de responsabilités à endosser maintenant ou plus tard. Mais McOrish s'était contenté d'accepter la révélation presque comme s'il s'agissait d'un attendu. Alors la question subsistait, et si Murphy savait déjà qu'il n'y avait qu'une issue à cette problématique qui n'en était pas vraiment une, elle ne pouvait s'empêcher de vouloir y trouver un échappatoire. Et si elle faisait mal ? Et s'il se trompait, et si elle était la mauvaise personne, et s'il manquait l'occasion de nommer quelqu'un de dix fois plus compétent qu'elle ? Le nouveau chancelier avait pourtant été clair avec elle, comme il l'avait toujours été lors de chacune de ses prises de décisions. Il avait exposé les raisons qui l'avait poussé à lui poser cette fameuse question, et Murphy devait l'admettre, elle n'avait réussi à nier aucun de ses arguments. Au lieu de ça, elle avait même précisé certaines choses qu'il semblait ignorer : elle apprenait la langue terrienne avec régularité et assiduité, et ne se contenterait jamais des quelques bases qui ne lui permettaient aujourd'hui que de vaguement se débrouiller ; elle connaissait des Terriens à droite et à gauche, s'était fortement lié à certains d'entre eux, même si elle n'avait pas précisé davantage. Malgré elle, son instinct avait donc parlé à sa place : sa place, elle était au conseil ; ou en tout cas, elle méritait à être dédiée au monde extérieur et à tout ce qu'on pouvait les y lier, tous. C'était ce à quoi elle s'était entièrement consacrée malgré elle au fil des années. C'était dehors que son cœur résidait, même lorsqu'elle retrouvait la tranquillité et la sécurité du village. Mais ce n'était pas parce que sa place et son destin était dehors qu'elle était la plus légitime à lier ces deux mondes. Et si la place de conseillère semblait pouvoir ouvrir tout un champ de possibles auxquels elle n'aurait jamais osé rêver, elle se retrouvait intimidée, paralysée par la perspective de s'aventurer vers un possible qu'on ne pouvait pas souhaiter.

Elle savait, pourtant, que la réponse était évidente. Elle ne pouvait pas refuser une occasion pareille. Malgré la désillusion de la rébellion qu'elle avait encaissée, cette place, c'était celle dont pouvait rêver la Murphy d'autrefois, celle qui avait la hargne de faire changer les choses et de construire un avenir à l'image de ses idées et en collaboration avec tous ceux qui avaient des choses à dire. Ca la faisait à nouveau croire que c'était possible, mais n'était-ce pas là le vrai danger ? De se jeter à nouveau entièrement dans ce genre de projets, de s'y donner entièrement ? Parce qu'elle ne pouvait pas essuyer un autre échec. Elle ne pouvait plus s'épuiser à s'égosiller sans qu'on l'écoute. Et si elle acceptait l'offre - quand elle l'accepterait -, elle le savait : elle se donnerait entièrement aux missions qui lui seraient confiées, et vivrait chaque victoire et chaque échec personnellement et comme s'ils étaient amplifiés mille fois par la passion qui brûlait dans son cœur.

Alors les doutes se battaient avec les certitudes, les craintes avec les envies. La patrouille de la veille avait été longue et elle devait l'avouer, moins efficace qu'en temps normal. Elle n'avait pas été si observatrice et attentive qu'elle l'exigeait d'habitude d'elle-même et de ses soldats. Elle avait été ailleurs et aujourd'hui encore, elle était ailleurs. Elle n'avait confié ce dilemme à personne parce qu'il était le sien - mais après tout, ne concernait-il pas tout le village ? Pourquoi ne l'hurlait-elle pas sur la place publique, juste pour qu'on l'encourage ou qu'on la refoule, juste pour qu'on prenne la décision à sa place ? Parce qu'elle avait peur, sans doute, qu'on refuse sa nomination à sa place, et que ce serait l'une des plus grandes déceptions de son existence. Cette peur seule était en elle-même la réponse qu'elle se pensait incapable de donner. Elle observait les autres, alors, qui semblaient bien loin de ses préoccupations à elle. Ils avaient voté et c'était terminé ; ils n'avaient qu'à attendre l'annonce des noms des nouveaux conseillers. Peut-être que parmi ceux qu'elle croisait il y en avait d'autres qui, comme elle, retournaient dans tous les sens une question posée par le jeune chancelier élu. Murphy errait, soupirait, voyait de temps en temps son chien réapparaître - de lui, elle pouvait être sûre qu'il était bien loin de ces choses politiques, et ça la réconfortait un peu. Il repartait chercher des joueurs sur le village et elle ne le revoyait plus pendant de longues minutes. Les bras croisés, sans s'en rendre compte, elle se mangeait les lèvres. Le village n'était plus tout à fait le même, maintenant qu'elle avait un demi-pied dans le conseil. Elle voulait lui offrir plus encore, si c'était possible - mais ça l'effrayait, et elle s'en sentait incapable. Alors son chemin la guidait dans les recoins du village, le long des remparts de bois, d'où elle saluait les gardes en fonction dans les tours de guet. Et puis elle se perdait d'un autre côté, près des maisons en reconstruction et dans des coins plus isolés, comme ces petites collines un peu isolées qui accueillaient les esprits en quête de solitude.

Et au sommet de l'une d'entre elles, Murphy s'arrêta, reconnaissant la silhouette qui lui tournait le dos. Elle était raide comme un piquet ; ils étaient deux à chercher la tranquillité, alors ils étaient deux à n'être pas tout à fait tranquilles. « Salut... Désolée, je pensais pas qu'il y aurait quelqu'un ici. » Elle s'excusa avant de se remettre à mordre ses lèvres de nervosité. Mais Devos semblait avoir trouvé l'apaisement qu'il avait dû venir y chercher. Il se glissa sur son banc de fortune pour lui faire de la place et Murphy s'approcha d'un pas peu convaincu avant de s'asseoir à ses côtés, nerveuse. « Ca va », répondit-elle par automatisme avant de soupirer et d'abdiquer. Si quelqu'un était capable de la guider à ce moment précis, c'était probablement Devos. Il savait tout de ses engagements et de ses envies, de ses combats et de ses capacités. Il était probablement plus objectif qu'elle lorsqu'il s'agissait de ce dont elle était capable et incapable. Et puis, on ne lui avait jamais demandé de tenir sa langue - c'était un mystère qui venait d'éclater à ses yeux, d'ailleurs. Il n'y avait pas de secrets dans cette démarche de mise en place d'un conseil de confiance pour épauler le chancelier. Elle était libre de discuter de cette question avec qui bon lui semblait. C'était étrange, d'ailleurs, de réaliser à quel point la vie politique du village savait se faire accessible ; elle n'était pas si mystique certains le prétendaient, pas aussi mystérieuse que ce qu'elle s'était imaginé malgré elle au fil des années. « Enfin... » Elle se racla la gorge et soupira une nouvelle fois, le regard perdu dans l'herbe à leurs pieds. Antarès devait avoir trouvé Tennessee ou Astrae - ça faisait un bon moment qu'il ne l'avait pas retrouvée. « T'as voté pour McOrish, toi ? Parce que... enfin, il m'a trouvée avant-hier et, heu... » C'était étrange à dire. Elle se mordait à nouveau les lèvres et haussa les épaules. Voyait-il où elle voulait en venir ? « Peut-être que tu pourras m'aider, il, heu... enfin, il construit son conseil en ce moment, et il est venu me voir. » Elle marqua une pause sans trop savoir quoi dire ou quoi faire. « Pour la diplomatie. » Mais McOrish n'avait pas eu plus de réponses des autres conseillers qu'il considérait que de sa part, et elle n'avait aucune idée de l'équipe qui était en train de se construire à ses côtés. Qui d'autre, quels autres postes ? « Et... et toi, ça va ? Si tu voulais être tranquille tu me dis, y'a d'autres petites collines à squatter ici, jten tiendrais pas rigueur. »
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Devos Acciaro
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le Lun 23 Déc 2019 - 19:33

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15 MARS 2119

« Ce n’est rien. » Cette colline ne lui appartient pas, de toute manière. Ils sont libres d’aller là où le vent les emporte, que ça soit ici ou ailleurs. C’est plutôt positif, en fait, qu’elle soit là. Il commençait à ne plus supporter cette pseudo-méditation et la présence de Murphy le calme aussitôt. Automatiquement, il glisse pour lui offrir un peu d’espace à ses côtés, un regard de nouveau posé sur l’horizon et la nature. C’est difficile, de ne plus penser. De se vider la tête. De laisser les questions dans un coin. Pour lui, c’est comme se priver d’air. C’est ridicule, mais il sait aussi qu’il ne peut pas toujours fonctionner ainsi. Toujours à bouillonner d’idée, de volonté. Un serveur doit parfois trouver le repos, s’éteindre. De faire une pause.

Elle a beau dire ‘ça va’ il a l’impression que c’est l’inverse. C’est son soupir qui la trahit, autrement Devos y aurait cru. Il a toujours du mal à percevoir les petites différences de tonalité, comme lorsqu’un oui signifie en réalité non.

« Il veut que tu fasses partie du conseil ? » Il redresse le buste, croise les bras et entre dans cette position de réflexion qui donne du suspense. Son vote est naturellement allé chez McOrish. Cet ancien chef de la garde possède un je-ne-sais-quoi qui a inspiré confiance à Devos pour amener du changement progressivement au sein du village. C’est peut-être ça, qui lui a plu, à l’informaticien. Que Joe ne soit pas tout blanc ou tout noir. Qu’il y ait aussi quelque chose d’assez neutre en lui. C’est un homme intelligent, diplomate, calme. Devos a su évaluer les potentiels de chaque candidat et décidé qu’avec ce chancelier-là, le futur serait le moins chaotique. Avec un vrai regard sur l’opinion de la population, la communauté va enfin pouvoir prendre les choses en main.

Que McOrish se tourne vers Murphy, ne l’étonne pas complétement. Celle-ci s’est battu pour le peuple et si elle a quitté la rébellion, cela n’efface pas ce dont elle a été capable pour celle-ci. Murphy est incroyable. Elle a une sensibilité et, en même temps, une perspective qui saura mettre les choses dans le bon angle.

Face à son silence, forcément, Murphy reprend la parole et pense qu’elle dérange. Il s’étonne de sa réaction. Jamais. Tu ne me déranges jamais.

« Non, non, reste. » Il décroise les bras et pose ses mains sur ses genoux pour ensuite se tourner légèrement vers elle. « De toute manière, je n’y arrive pas. » Avoue-t-il. « Je crois bien que je suis incapable de faire ‘une pause’. Au moins, j’ai essayé. » Son problème a lui est clairement ridicule face à toute les questions qu’elle se pose, mais il ne peut pas nier que ça reste un souci majeur dans son fonctionnement. Ne pas dormir, ne pas se calmer, toujours travailler comme si le monde en dépend, ce n’est pas saint. Ni pour l’esprit, ni pour le corps. Mais ce n’est rien, il finira par demander quelques plantes aux Naoris qui feront l’affaire et prolongeront ses nuits quand l’épuisement se ressentira.  

« Qu’est-ce qui te fais peur, si tu acceptes ? » Parce qu’elle n’a clairement pas dit oui. Pas encore. Et qu’elle n’a pas refusé non-plus, sinon elle aurait amené l’information d’une autre manière. « Parce que je ne vois pas pourquoi tu refuserais, c’est un travail que tu endosserais bien mieux que n’importe qui. Pour la diplomatie, il faut quelqu’un de sensible et c’est entièrement toi. » Sans nier, d’ailleurs, qu’il se sentirait lui-même encore plus serein de savoir qu’elle fait partie du conseil. Qu’elle fait partie des voix. Ayant une confiance aveugle à son égard, c’est un peu un espoir en plus. Une autre victoire pour les anciens rebelles.

« C’est parce qu’il sait que tu faisais partie des rebelles ? C’est ça qui t’empêche de dire oui ? » L’aveu, la liste, les noms, les actions passées, les combats menés, tout. Le nouveau conseil saura tout. Il n’y a pas eu besoin de sacrifier l’un d’entre eux pour le reste. Ils se sont tous rendus, sans crainte, décidé. Pour offrir une vraie fin à cette entité qui s’est longtemps battue pour le bien commun. Pour ouvrir une porte et ne plus jamais la refermer.

@Murphy Cavendish
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le Jeu 26 Déc 2019 - 0:10


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Murphy Cavendish & @Devos Acciaro

(14 mars 2119 / doutes après la proposition de McOrish de siéger au conseil)


C'était très désagréable, comme sensation. Le monde tournait comme au ralenti et plus rien d'autre ne comptait que cette décision qui paraissait impossible à prendre. Il lui semblait que tous ceux dont elle croisait le chemin depuis que McOrish l'avait prise entre quatre yeux pour lui faire la proposition qu'il lui avait faite étaient loin de son monde et de ses questionnements, qu'ils étaient innocents, presque naïfs. Elle voulait sortir de cette drôle de torpeur, parce que si elle était flattée que le nouveau chancelier puisse penser à elle pour un tel poste, elle ne parvenait pas à faire taire cette petite voix qui lui répétait que c'était une erreur. Elle avait mis les choses au clair presque immédiatement, s'était confiée sur son ancienne place de rebelle, mais ça ne l'avait pas fait changer d'avis. Il y a bien certaines choses qu'il ne devait pas savoir, des erreurs qu'elle avait pu faire. Ça lui paraissait inconcevable qu'il ait pu penser à elle mais il avait persisté jusqu'à la fin de leur échange, bien plus convaincu qu'elle. Il lui avait donné quelques jours et maintenant c'était elle qui avait cette immense responsabilité sur les bras. Si elle faisait une erreur en acceptant ce poste ? Et si elle faisait une erreur en le refusant ? Les questions tournaient dans sa tête depuis que la proposition lui avait été faite, et elles ressemblaient maintenant à un tourbillon, prenaient la forme d'un cyclone. Au milieu de tout ça, Murphy avait besoin de calme, de s'entendre penser. Elle avait besoin d'intellectualiser, de poser des arguments concrets, de tout faire pour justifier cette petite voix négative jusqu'à, si elle ne trouvait rien, parvenir à la faire taire. Il lui fallait clarifier les choses mais depuis que le nouveau chancelier l'avait convoquée, les choses étaient tout sauf claires. Et même à ses patrouilles, elle n'était qu'à moitié. Son esprit était perdu dans l'ouragan de ses pensées et ça tourbillonnait, et ça tourbillonnait, et ça donnait le vertige, et ça donnait la nausée.

Elle ne voulait pas déranger Devos, pourtant. Ici, c'était sans doute l'un des lieux privilégiés de ceux qui voulaient s'isoler du monde sans quitter la sécurité du village. Ça impliquait qu'on y faisait parfois des rencontres auxquelles on n'était pas prêt. Deux âmes qui cherchaient la solitude se retrouvaient ensemble, et elles pouvaient faire leurs adieux à la tranquillité. Alors Devos, elle ne voulait pas le déranger. Et pourtant cette rencontre semblait à Murphy presque miraculeuse. Ça faisait trop longtemps qu'ils n'avaient pas pris le temps de parler, de réellement parler, hors des brèves entrevues au réfectoire ou dans un coin du village. Et Devos faisait partie de ceux qui avaient toujours les mots justes. Il avait su la rassurer un temps au sujet de la rébellion - de toute façon, c'était Chris qui avait toujours tout détruit. Peut-être qu'à ce moment précis, c'était lui qui détenait une des clés à ces questionnements tourmentés.

En s'asseyant aux côtés de Devos, Murphy savait qu'elle s'imposait. C'était probablement un peu sans gêne, et elle s'excusa à demi-mots de ne pas se sentir capable de faire demi-tour pour le laisser tranquille. Directement, elle imposa à son ami tout ce qui la taraudait - non sans prendre quelques détours, comme si elle peinait encore à croire elle-même ce qui lui arrivait. Elle n'avait jamais osé rêver à ce genre d'opportunités, mais maintenant qu'il lui était offert, elle était persuadée que c'était une erreur. C'était peut-être là la suite logique de toute la construction qu'elle et que beaucoup d'eux avaient faite du Conseil. A trop lui en vouloir, à trop le penser pourri, il devenait inaccessible. Pourtant Murphy n'avait jamais eu cette haine viscérale envers le Conseil - si elle était militaire, c'était pour servir les siens, mais à travers ça, c'était aussi le Conseil qu'elle servait. Non, elle avait toujours cru en eux, et encore plus depuis que des proches y avaient mis le pied. @Wyatt Sheperd et Nadja n'étaient qu'une preuve de plus que ce n'était pas une histoire de pistons obscurs. Peut-être que maintenant ça devait la rassurer, d'ailleurs, mais elle se sentait incroyablement humaine et vulnérable, si ce n'était incapable d'être à la hauteur de ce que McOrish semblait attendre d'elle. « Oui... » admit-elle après ses longues phrases emberlificotées destinées à n'annoncer qu'une simple chose : le nouveau chancelier la voulait dans son Conseil. Elle s'accouda à ses genoux et posa son menton sur son poing, le regard perdu dans le vague. Le silence s'installa et la réalité la frappa pour la première fois de plein fouet : peut-être qu'il voulait rester tranquille, et elle ne pourrait lui en tenir rigueur. Elle le dérangeait à un moment où il avait volontairement mis tout de son côté pour ne pas l'être. Elle pouvait s'éclipser, aller réfléchir ailleurs ; après tout, ses pensées avaient le mérite de la suivre partout, comme un nuage sombre.

Il n'y aurait sans doute pas eu réaction plus adaptée à sa crainte que celle qu'eut Devos qui, un peu nerveux, se redressa un peu, comme pour prouver à Murphy qu'elle n'était pas de trop. Elle ne le lui dit pas, mais son regard parlait sans doute à sa place : elle lui était infiniment reconnaissante de lui sacrifier de sa tranquillité et de lui offrir et de son temps et de ses conseils. « Moi non plus j'arrive jamais à rester tranquille de la tête, tu sais. Je crois que certaines personnes en sont juste incapables. On doit juste apprendre à faire avec. » Elle haussa les épaules avec un petit sourire. Si c'était aussi facile de dominer son esprit, bien des malheurs n'existeraient pas. « Ça s'apprivoise, et pis des fois c'est pas si mal de penser. » Même si à cet instant précis, Murphy ferait bien sans toutes ces pensées qui semblaient bien plus parasites qu'autre chose. Elle se surprenait à avoir hâte de passer la date butoir à laquelle elle devait donner sa réponse à McOrish, parce que peu importe ce qu'elle déciderait, au moins, la torture serait terminée.

La question de Devos fut sans appel. En fait, elle y pensait depuis le début, parce qu'il lui semblait que c'était là que résidait l'issue de ce problème qui paraissait pourtant insolvable. Ses lèvres, un peu tremblantes, s'entrouvrirent plusieurs fois sans parvenir à formuler de réponse. Déjà il reprenait la parole, comme s'il savait qu'il la sauvait d'une épreuve infranchissable. Et quelque part, ce qu'il ajouta, Murphy l'avait attendu. Devos avait toujours su la brosser dans le sens du poil - ses mots regorgeaient toujours d'une générosité à son égard qu'elle n'avait jamais comprise. Ils lui faisaient du bien, des fois, quand elle parvenait à se laisser y croire. Mais la plupart du temps ils sonnaient comme des compliments vides de sens tant elle les trouvait exagérés. Ce n'était pas de la fausse modestie ; Murphy n'était pas une fausse modeste. Elle savait reconnaître ses points forts parce qu'elle se battait pour les entretenir. Sa place de lieutenant dans la garde, elle ne l'avait obtenue en se faisant petite ou en minimisant son travail et ses progrès. Mais elle détestait ne s'entendre dire que de belles choses, parce qu'elles sonnaient alors si faux... « C'est gentil Devos, mais... » Elle soupira, incapable de lui dire qu'il disait des bêtises. « J'ai peur que ce soit une erreur. J'ai peur qu'il ait entendu dire des trucs faux, qu'il ait pas conscience de mes points faibles et de tout faire foirer, à un moment ou à un autre. » Son rôle de lieutenant, comme chaque grade qu'elle avait acquis, elle avait mis un moment à l'apprivoiser. Ça avait été effrayant au début, mais elle s'était toujours su capable de l'endosser. Parce que c'était le résultat d'une détermination vorace et d'années de travail acharné. Elle aviat voulu être lieutenant, viscéralement. Elle y avait mis son cœur et son âme. Cette proposition de rejoindre le Conseil, par contre, lui tombait dessus sans qu'elle s'y attende. Ça sonnait beaucoup trop comme un accident pour qu'elle fasse confiance à McOrish sur ce coup-là. Pour tout le reste, elle lui offrait son entière confiance. Mais quand il s'agissait de la nommer à ce poste de conseillère, Murphy sentait qu'il faisait erreur. Elle n'avait jamais fait ses preuves en tant que diplomate. Elle avait déjà échangé publiquement avec des Terriens, mais pour le reste, que savait-il au juste ? A n'importe quel autre moment où la légèreté aurait pu s'inviter, elle aurait sans doute ri en se demandant s'il avait appris, d'une manière ou d'une autre, qu'elle avait été jusqu'à aiguiser son sens de la diplomatie en faisant des galipettes avec un Terrien. Mais cet instant ne se prêtait pas aux rigolades, et elle se sentait incapable de justifier le choix de McOrish, donc incapable de se le justifier à elle-même. « Je lui ai dit direct pour la rébellion, mais ça l'a pas fait changer d'avis. » Elle avait envie de lui dire qu'elle ne comprenait pas, qu'il devait avoir manqué quelque chose, qu'il n'avait pas toutes les données en main, que son choix n'était pas éclairé. « Il en veut pas aux rebelles tu sais, il veut repartir sur des bases saines et je crois que c'est ce qui pouvait nous arriver de mieux. Vous avez bien fait de vous dénoncer. » C'était ce qu'elle avait toujours souhaité, elle ; parce que se dénoncer c'était détruire le secret de la révolution enfermée, et parce que c'était une porte ouverte au dialogue et à la réunion de groupes scindés depuis bien trop longtemps - suffisamment longtemps pour qu'on oublie les premiers arguments qui avaient pu creuser ce gouffre. « Je... je sais pas quel mouche l'a piqué, en fait. Y'a sûrement beaucoup plus qualifié que moi. J'ai jamais évolué dans la diplomatie, j'y connais rien, je... » Elle soupira, les doigts à présent emberlificotés nerveusement entre eux. « Tu sais mieux que personne à quel point je crois au Conseil, et probablement plus encore en celui-là, puisque c'est le premier qu'on aura élu depuis qu'on est ici, mais... » Elle ne parvenait toujours pas à clarifier les idées qui se bousculaient dans sa tête, comment pouvait-elle prétendre parvenir à mettre des mots dessus ? « C'est ma personne, je sais pas, je comprends pas... » Elle marqua une pause pour essayer d'expliquer ça autrement mais ne parvint qu'à répéter un faible « je comprends pas... » Devant la petite colline, sous leurs yeux, le village grouillait de cette vie qui épuisait ceux qui étaient déjà trop soumis au chaos de leurs propres pensées. Mais ici ils étaient tranquilles, isolés, et peut-être qu'à deux cette solitude avait encore quelque chose d'apaisant. « Je suis désolée de t'emmerder avec ça, je voulais en parler à personne, mais je sais pas quoi faire... et même si je crois que ce serait une erreur, je sais que je me sens incapable de refuser une offre pareille. » Entre anciens rebelles et malgré leurs points de divergences, ils se comprenaient au moins sur ça : ils voulaient offrir le meilleur à leur village. Ils voulaient jouer un rôle dans son lendemain. Mais le rôle qu'elle s'était toujours imaginée jouer, Murphy, c'était celui qu'elle tenait déjà : lieutenant de la garde. Elle lui avait ajouté celui d'exploratrice, et c'était peut-être ça qui était parvenu aux oreilles de McOrish, mais elle avait toujours considéré ça comme un loisir, et c'était son temps libre qu'elle lui consacrait. Etre conseiller, c'était accepter plus de responsabilités, c'était être celui à qui les gens se fieraient. C'était autre chose que d'être en charge de la sécurité d'un petit groupe qui s'aventurerait en-dehors des sécurisés de leurs remparts. Ça aurait dû être grisant mais c'était tellement effrayant, pour quelqu'un qui ne s'était jamais imaginé être cette personne-là. Et alors qu'elle se surprenait à trembler, Murphy réalisa la douceur que portait cette pensée : n'était-ce pas justement à ceux qui ne cherchaient pas ces formes de pouvoir à qui on voulait vraiment le confier, ce pouvoir ?
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Devos Acciaro
DATE D'INSCRIPTION : 20/12/2016 PSEUDO/PRENOM : ELOW ; MULTICOMPTES : QUEEN IRINA + BABY JONAS ; MESSAGES : 1637 CELEBRITE : JAI COURTNEY ; COPYRIGHT : ELOW ; METIER/APTITUDES : INFORMATICIEN, ANCIEN LIEUTENANT REBELLE / SPECIALISTE EN INTELLIGENCE ARTIFICIELLES, NOTIONS EN MÉCANIQUE ET ELECTRONIQUE, GÉNIE INCOMPRIS ; TRIBU/CAMP : ODYSSÉE ; POINTS GAGNES : 94

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le Ven 17 Jan 2020 - 15:38

— through thick and thin
15 MARS 2119

L’arrivée de Murphy est comme un souffle sur ses questionnements. Elle est la réponse, maintenant, il le sait. Face à lui-même, il n’accomplit rien. Depuis combien de temps est-il assis ici ? Il ne sait plus. En revanche, il a tourné en rond, n’a pas arrêté une seule seconde. Vider sa tête est impossible. Il fini toujours par repenser à un millier de choses sans arriver à ralentir. C’est un serveur en surchauffe qui ne survit pas autrement. Mais penser aux autres ? Il n’y avait pas pensé. C’est un moyen de détourner le problème, mais aussi de le résoudre. D’une certaine façon, Devos a toujours su se mettre en retrait quand c’était nécessaire. Pour le bien commun, à travers la rébellion, il a fait d’énormes efforts. Ce n’est toujours pas le genre amical qui se rapproche facilement de ses compères, mais il avance à son rythme. Doucement, petit à petit, avec l’aide d’amis, de son père aussi. Il apprend les rudiments, des choses qu’il a jugés si peu nécessaire dans l’espace, mais plus vitale sur terre. Ces dernières années, lui ont montré l’importance du vivre ensemble. Ou plutôt du survivre ensemble. Alors quand Murphy s’approche, il apprécie sa présence. Il sent, au fond de lui, que c’est exactement ce dont il a besoin. Pour une fois, l’isolement n’est pas la réponse. La compagnie est le seul remède.

Il laisse une place à Murphy et se tourne joyeusement vers elle - même si son visage n’exprime pas la joie aussi facilement que d’autres. Il a sans doute l’air normal, Devos. Ni triste, ni heureux. Une neutralité qui n’aide pas à la compréhension, mais Murphy a l’habitude. Même sans être constamment l’un avec l’autre, toutes ses années à se battre à travers les mêmes objectifs les a rapproché. Ils peuvent réellement parler ensemble et c’est quelque chose que Devos apprécie véritablement.

Il ne s’attendait pas à une telle révélation, par contre. Même si au fond, ce choix lui parait très juste. Il était capable de comprendre la position du chancelier et de voir pourquoi elle, et pas un autre (ou une autre). Les doutes de Murphy et ses inquiétudes sont légitimes, mais c’est surtout une bonne nouvelle. Un événement majeur, tant pour le village, mais pour elle aussi. Au fond, pour les rebelles (qui n’existent plus), c’est un miracle. La preuve que malgré la structure très ressemblante à ce qu’ils avaient connu là-haut, les choses peuvent s’améliorer et évoluer d’une bonne manière. Devos se sait mal placé, parce qu’il a développé un regard très négatif sur le conseil. Il s’est battu pour le détruire et pour tout repenser. L’informaticien voyait celui-ci comme un virus à effacer. Il pensait sérieusement que la politique du village pouvait être différente, et elle pouvait peut-être se baser sur une hiérarchie pas si éloignée de Naoris dont il apprend encore beaucoup. Finalement, les élections sont arrivées et avec, un nouveau chancelier auquel Devos croit beaucoup. Il ne peut pas tout changer, lui, et il ne peut non-plus imposé sa vision des choses. Alors ce choix pris en majorité, il l’accepte tout comme le fait que les rebelles n’existent plus. Il néglige aujourd’hui cette partie de son histoire et les combats mené pour donner une chance, une vraie chance, à ce nouveau conseil.

« Tu es drôle. » Dit-il, un sourire sur le visage. « Ce n’est pas si mal de penser… » Qu’il répète en laissant sa main se poser amicalement sur le dos de son amie, signe sympathique, comme pour apprécier qu’elle compatisse avec lui dans son combat mental. Maintenant qu’il est entièrement tourné vers elle, ses pensées sont fixées vers un seul objectif : l’aider et l’accompagner. Ce qui répond parfaitement à sa volonté de faire une pause dans toutes ses recherches. Inconsciemment, Murphy l’aide. Elle lui offre l’occasion de tourner son esprit ailleurs et ça, c’est précieux.

« Bien sûr que si, il connait tes points faibles. » Grogne-t-il, comme si elle avait insulté le nouveau chancelier. Oh, McOrish n’est pas idiot. Cet ancien chef de la garde est stratégique, cela va de soi. C’est aussi un très bon diplomate, et il a besoin de personnes pouvant mettre à l’épreuve ses questionnements. « Une proposition comme celle-là, elle est réfléchie des jours à l’avance si tu veux mon avis. Crois-moi, s’il t’a demandé, ce n’est pas par hasard. » Ce n’est pas un tirage au sort. Il n’a pas pioché dans un chapeau les noms des futurs conseillés. Murphy est aussi légitime que Nadja, par exemple. C’est encore mieux que la personne en question ne cherche pas à faire dans la politique. Qu’elle est avant tout ‘humaine’. Devos se souvient parfaitement de son grand-père, ancien membre du conseil lui aussi (même si à l’époque, c’était différent). Rongé par le pouvoir, les règles, la volonté de tout contrôler, de tout faire d’une façon et pas d’une autre. Cet homme s’était égaré entre les lignes et les obligations. Il n’avait cherché que ça, toute sa vie. Le respect des autres et un rang haut placé. Aujourd’hui, ils ont besoin d’un conseil qui sera se mettre à la place des autres. Qui saura se projeter pour le bien de chacun et, justement, ce passé de rebelle, il a joué en la faveur de Murphy. Devos en est certain. C’est la preuve que lorsqu’elle croit fermement en quelque chose, elle est loyale, combative.

« Oui, c’était la bonne chance à faire, je suis d’accord. » Dit-il en pensant à la manière dont ils s’étaient tous dénoncer. C’est du passé maintenant, et Devos est encore sensible au sujet, alors il préfère le mettre dans un coin et l’ignorer. Il préfère se concentrer sur l’avenir plutôt que sur le passé et il a toujours été ainsi.

Murphy l’étonne. La manière dont elle doute d’elle-même le dépasse. Mais cette situation, cette demande, ce n’est clairement pas une erreur. Il se retient d’intervenir pour la laisser parler et aller au bout de son argument. Comme toujours, Devos est quelqu’un de patient et il sait que pour une bonne communication, couper quelqu’un dans son élan, ça ne sert à rien.

« N’accepte pas si tu te sens obligé de l’accepter. Tu as le droit de dire non. Tu as le droit de refuser, mais... » Il croise de nouveau les bras et prend une grande respiration, observant le village plus loin et la vie qui continue sa route. « Mais ne refuses pas simplement parce qu tu as l'impression que tu n'as pas ta place au sein du conseil. McOrish doit croire en toi pour faire une telle demande. Murphy, tu es aussi qualifié que n’importe qui d’autres. Nous n’avons pas tous les mêmes expériences et les mêmes histoires, mais c’est ce qui fait nos forces. » Cette diversité, ce partage. Depuis qu’ils sont sur terre, depuis toujours, chacun a su évoluer à sa manière. « Au sein de la rébellion, je t’ai connu l'intransigeante. Quand tu crois en quelque chose, tu fonces tout en sachant parfaitement quoi faire pour atteindre tes objectifs. Tu es peut-être têtue et imprévisible, mais tu sauras poser les bonnes questions, ça j’en suis certain. »

@Murphy Cavendish
Murphy Cavendish
DATE D'INSCRIPTION : 06/12/2015 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Nuna Cortez MESSAGES : 45223 CELEBRITE : Sophia Bush COPYRIGHT : jenesaispas (vava); Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) METIER/APTITUDES : Conseillère diplomate; militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. TRIBU/CAMP : Odyssée POINTS GAGNES : 758

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le Dim 26 Jan 2020 - 23:59


Through tick and thin

Murphy Cavendish & @Devos Acciaro

(14 mars 2119 / doutes après la proposition de McOrish de siéger au conseil)


En fait, l'un des fonds du problème, si ce n'était le réel fond du problème, c'était qu'après avoir tant remis en cause le Conseil, Murphy s'était mise à l'idéaliser, et surtout, à idéaliser ceux qui pouvaient le former et le composer. Wyatt et Nadja n'y étaient sans doute pas pour rien non plus. Ils avaient sans nul doute fait partie de ce qui l'avait poussée à comprendre que le Conseil, ce Conseil-là, celui qui les dirigeait maintenant qu'ils étaient sur Terre, n'avait plus grand chose à voir avec tous ceux qui s'étaient succédés là-haut. Parce que les enjeux n'étaient plus les mêmes bien sûr, parce que les contraintes avaient changé, mais aussi et surtout parce qu'en sachant ses deux amis conseillers, elle avait réalisé que le Conseil était avant tout, et devait être avant tout, constitué d'humains. De réels humains qui avaient à cœur de faire le bien, aussi naïf et idéaliste que ça puisse paraître. Alors inconsciemment, Murphy avait dessiné le portrait robot des conseillers qu'elle souhaitait voir accéder à ces places aussi prisées qu'importantes et délicates. Ils ne devaient pas chercher le pouvoir ou le gain personnel ; ils devaient aimer les leurs avant d'aimer cette place qui leur serait offerte. Ils devaient aimer apprendre, ils devaient avoir la curiosité à leurs côtés, toujours. L'écoute, l'empathie. Ils devaient préférer le dialogue à n'importe quelle autre forme de confrontation. Ils devaient accepter le compromis et refuser d'imposer leurs propres idées si elles n'étaient pas celles qui faisaient l'unanimité, même s'ils les considéraient les meilleures. Ils devaient être experts dans leurs domaines et ne jamais rien en oublier lorsque ça importerait. Ils ne devaient pas être négligents. Ils devaient être à l'affût des moindres bruits sur le village, se refuser d'être des ennemis que l'on fuirait de peur des représailles. Ils devaient occuper leur siège en tant que messagers et pas que preneurs de décisions. Ils ne seraient preneurs de décisions que parce que c'était comme ça que les choses étaient faites, mais ils ne devaient pas aimer cette forme d'autorité. Ils ne devaient pas la chercher, pas la demander, pas se battre pour elle. C'était pour ceux qui leur avaient donné ce pouvoir qu'ils devaient lutter, pas pour le pouvoir lui-même. Car le pouvoir seul était un poids capable de transformer les cœurs les mieux intentionnés, elle en était persuadée. Ils ne devaient pas rester enfermer dans cette forme de confort qu'on leur offrirait ; ils devaient continuer à vivre, à explorer leur monde et à expandre leurs connaissances. Ce portrait idéal ne portait pas de visage, n'était délimité par aucun trait.

Alors malgré lui, McOrish forçait son visage dans cette image qu'elle avait dessinée depuis trop longtemps, pour les autres, pour n'importe quel autre. Pas pour elle. C'était flatteur, elle ne pouvait le nier, mais, et si c'était mensonger ? Et si elle était incapable de faire honneur à cet idéal qu'elle avait pris le temps de tracer au fil des années ? Et si elle devenait celle qui ternirait cet idéal ? Elle ne pourrait plus se regarder dans un miroir - elle ne pourrait plus se regarder dans l'eau roucoulante d'un cours d'eau apaisé. Elle n'avait jamais pensé devoir se fondre dans ce moule qu'elle avait construit avec l'attente de l'idéal.

Elle voulait se croire capable de rentrer dans ces chaussures de conseillère. Elle voulait croire à ce vieux dicton qui disait qu'on n'était jamais aussi bien servi que par soi-même. Et si on lui avait posé la question officieusement, comme un défi au coin du feu et au détour d'une soirée animée, Murphy se serait sans doute senti pousser les ailes de celle qui se serait cru capable de tout ça. Mais la demande était officielle et les enjeux réels. Il ne s'agissait pas de répondre « bien sûr » pour s'amuser. On n'était pas au coin d'un feu et la question ne flottait pas juste quelques secondes, le temps d'en rire un peu et de passer à autre chose. Ça changeait tout.

Murphy aurait aimé être capable de penser à autre chose aujourd'hui. Elle aurait aimé pouvoir mettre cette question et sa décision au second plan, comme pour se prouver que la première n'était pas si grave et la seconde pas si importante. Elle aurait aimé être capable de voir que le monde continuait de tourner et qu'il continuerait de le faire quelle que soit sa décision, mais elle avait la tête dans le guidon, et le nuage fumeux de questionnements la suivait où qu'elle aille. Elle le savait, elle ne retrouverait pas sa tranquillité d'esprit tant qu'elle ne donnerait pas de réponse définitive à McOrish. Alors ce sur quoi elle pouvait jouer, ce qu'elle pouvait maîtriser, c'était la teneur de sa décision. Et elle parvenait à se projeter dans les deux voies, Murphy : si elle refusait, ce serait le regret qui la boufferait pendant des jours, voire des années. Elle ne pourrait plus s'autoriser à observer les décisions du Conseil avec sa verve et sa critique habituelle, parce qu'elle aurait refusé elle-même d'en faire partie. Et si elle acceptait ?

Elle accepterait, elle le savait déjà. Parce qu'elle n'avait jamais toléré les regrets et leur avait toujours préféré les remords. Mais les remords, cette fois-ci, elle pouvait déjà les prévoir avec une précision qui la freinait. Et si elle avait toujours été capable d'encaisser ses propres erreurs, elle ne pouvait s'empêcher de considérer que cette fois-ci, elles ne concerneraient plus qu'elle-même. Si elle acceptait la proposition de McOrish, elle ne serait plus la seule à les payer, ses erreurs, et c'était une responsabilité comme même son rôle de lieutenant ne semblait jamais lui en avoir donné.

En reconnaissant Devos au loin pourtant, Murphy sentir un drôle de soulagement, comme si le poids de cette responsabilité venait d'être partagé avec lui. C'était incroyablement égoïste de sa part de déjà penser lui imposer ses états d'âme, et elle s'en rendait compte. En s'installant à ses côtés, elle n'était plus vraiment sûre de vouloir réfléchir avec lui à voix haute. Il n'était pas là sans raisons non plus ; on ne choisissait pas cet endroit sans arrière-pensées. Il était là pour s'échapper du reste du monde et la voilà qui ramenait le reste du monde à lui. Mais le Devos dont elle avait fait la connaissance des années auparavant, à l'époque où il n'y avait que Faust pour les lier, semblait avoir muté. Elle le remarquait chaque fois qu'elle le côtoyait plus de quelques instants, et paraissait le redécouvrir à chaque fois. Bien au-delà de la rébellion, Devos était devenu un ami. Il suffisait de le voir mettre de côté sa solitude pour accueillir ses humeurs à elle pour en être convaincu. Et le voilà qui posait une main chaleureuse sur son dos, comme pour lui rappeler qu'il était là pour elle et qu'il n'était pas prêt de ne plus l'être. Elle était drôle, lui disait-il. Elle sourit tendrement, redevable de la gentillesse dont il faisait preuve, lui dont elle savait qu'il pouvait être dur d'arracher un peu d'affection. « C'est toujours mieux que de ne pas penser » confirma-t-elle avec un petit sourire en coin qui parlait pour toute la stupidité des autres, celle qui l'agaçait jusqu'à parfois la rendre agressive. Ceux qui ne pensaient pas pouvaient se targuer d'avoir une vie simple, exonérée de tous les questionnements qui bouffaient ronger de l'intérieur - comme ceux qui l'assaillaient depuis que McOrish l'avait prise entre quatre yeux. Mais ne pas penser ne marchait que jusqu'à un certain point. Alors c'était toujours mieux de penser, même si c'était trop penser.

Devos, lui, n'oubliait pas cette simple information qu'elle lui avait lâchée plus tôt. Il se tournait entièrement vers elle et sa problématique. Murphy, elle, s'en voulait d'arracher son esprit à ce qui avait pu le tarauder jusqu'à le mener au sommet de cette petite butte isolée. Mais elle devait l'admettre, elle ne pouvait pas refuser un peu de cet enthousiasme dont il savait si souvent faire preuve face à elle. Ils pouvaient être en désaccord sur bien des choses - l'ancienne rébellion pouvait en témoigner -, mais Devos faisait partie des rares êtres en ce monde qui savaient trouver les mots justes lorsqu'elle avait besoin de les entendre. C'était eux qui lui avaient offert sa dernière tentative en tant que rebelle - ils n'avaient pas suffi, au final, à la retenir définitivement au sein du mouvement, mais il avaient eu le mérite de lui accorder un dernier essai. Aujourd'hui, il était peut-être l'une des seules personnes capables de la faire prononcer ce simple « oui » face à McOrish. « T'as peut-être raison, mais... mais je peux pas m'empêcher de me dire que t'as peut-être tort aussi. » Elle soupira. « J'ai l'impression que c'est l'opportunité de ma vie, et j'ai peur de me foirer... » Et ce n'était rien de le dire. Elle était terrorisée à l'idée d'accepter une telle offre, potentiellement construite sur des erreurs ou des informations incomplètes. « S'il m'avait proposé le poste de conseillère militaire, ce serait peut-être pas pareil. La diplomatie ? J'ai jamais été dans la diplomatie moi... pourquoi je serais meilleure diplomate que quelqu'un dont c'est le job ? » Elle le savait pourtant, sa carrière militaire avait évolué comme elle avait évolué notamment grâce à ses capacités de diplomate. Elle savait écouter et comprendre. Elle avait toujours préféré les compromis à toute forme de combat. Mais au final, ça n'avait jamais dépendu entièrement d'elle. Lorsqu'on avait besoin de diplomatie, c'était un diplomate qu'on appelait. Ce n'était pas une garde, ce n'était même pas un lieutenant.

Et si Devos était l'un des rares capables de la comprendre et de comprendre ses questionnements, c'était aussi parce qu'il connaissait son passif dans son entier lorsqu'il s'agissait des pouvoirs en place ou de ceux à mettre en place. Il savait ses envies et ses idéaux. Il savait ce pour quoi elle avait envie de se battre, et il savait ce dont elle était capable pour ses idées. « La rébellion n'avait plus lieu d'être... » lâcha-t-elle dans un petit sourire presque timide, comme si elle admettait que ce pour quoi Faust s'était battue pendant toutes ces années était erroné. La rébellion avait probablement eu un rôle à jouer. Là-haut, elle avait probablement été importante, un contre-pouvoir presque nécessaire rien que dans son essence. Mais ici ? Il suffisait de regarder en arrière et d'observer la vacuité de leurs actions pour se rendre compte qu'ici elle n'avait plus lieu d'être. C'était au Conseil qu'ils devaient entièrement se confier, et ça n'avait probablement jamais été aussi vrai que maintenant qu'un nouveau chancelier avait été élu et un nouveau Conseil en passe d'être nommé. C'était à eux qu'ils devaient donner toute leur confiance et à eux qu'ils devaient exprimer leurs envies et leurs idéaux pour demain. Et elle en avait conscience ; même si les rebelles avaient fini par se dénoncer, ça devait être quelque chose d'encore très sensible. La plupart d'entre eux avaient fréquenté leur mouvement suffisamment longtemps pour en faire une partie entière de leur identité. En comparant son chemin de rebelle à celui des autres, elle savait qu'elle n'avait été là que l'équivalent d'une seconde. Voilà pourquoi elle confiait cette vérité à Devos dans un souffle pudique.

Mais elle continuait à parler, encore, et pour la première fois exprimait à voix haute les doutes qui l'assaillaient. Devos, en reprenant la parole, lui colla un frisson qui, à lui seul, aurait du être la seule réponse dont elle avait besoin. Dire non... dire non, c'était une idée qu'elle ne parvenait pas à concevoir. Pendant une seconde, elle se glissa dans la peau dans la Murphy de l'avenir qui avait refusé, et c'était déchirant. C'était rempli de cette douleur de celle qui avait perdu une partie d'elle en gagnant les regrets qui domineraient le reste de son existence. Elle lui jeta un regard sur le côté alors qu'il analysait à voix haute celle qu'elle avait été au sein du mouvement rebelle. Il fixait le village au loin, comme s'il se replongeait dans ces souvenirs ancrés à un passé révolu. Il ne s'en rendait pas compte - à moins que ça ne soit le but ? -, mais il gonflait son ego à bloc. Pourtant, Murphy n'aurait jamais cru avoir besoin qu'on lui insuffle une confiance en elle. Persuadée de s'arrêter à la limite de la prétention, elle avait toujours été convaincue de sa valeur et consciente de son travail et savait s'imposer les limites de ce qu'elle était capable ou incapable d'accomplir. Peut-être que cette situation était délicate et particulière à ce point-là. Elle avait besoin qu'on lui rappelle ce qu'elle savait déjà.

Mais si elle le savait déjà, alors...

Alors sa réponse, elle l'avait déjà.
Depuis le début, elle avait sa réponse.

Et pourtant, les idées subsistaient, le nuage noir traînait toujours... « J'ai travaillé avec lui, il me connait un peu, mais... peut-être pas assez. Je peux pas m'empêcher de me dire qu'il va finir par découvrir des trucs et qu'il regrettera. Je veux pas qu'on vive le regret de m'avoir choisie. » Et elle ne voulait pas vivre ça, la déception et le regret d'avoir été choisie... Foncer était d'habitude si facile, mais l'idée de foncer, aujourd'hui, la paralysait. « Toi, tu fais confiance à McOrish ? T'as voté pour lui ? » Elle se sentait comme une enfant, même comme l'enfant qu'elle n'avait jamais été, en quête de l'approbation d'une figure protectrice. « Tu feras confiance à son Conseil, même si je suis pas dedans ? Et si je suis dedans, tu lui feras confiance ? »
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Devos Acciaro
DATE D'INSCRIPTION : 20/12/2016 PSEUDO/PRENOM : ELOW ; MULTICOMPTES : QUEEN IRINA + BABY JONAS ; MESSAGES : 1637 CELEBRITE : JAI COURTNEY ; COPYRIGHT : ELOW ; METIER/APTITUDES : INFORMATICIEN, ANCIEN LIEUTENANT REBELLE / SPECIALISTE EN INTELLIGENCE ARTIFICIELLES, NOTIONS EN MÉCANIQUE ET ELECTRONIQUE, GÉNIE INCOMPRIS ; TRIBU/CAMP : ODYSSÉE ; POINTS GAGNES : 94

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le Dim 15 Mar 2020 - 13:03

— through thick and thin
15 MARS 2119

Des souvenirs de l’odyssée, des souvenirs qui ont poussés Devos dans la voie de la rébellion, l’informaticien en a des tas. Des brides de moments, d’injustice, de révolte qui ont saturé son cœur profondément. Ce qui s’était produit là-haut, n’avait aucunement besoin de se répéter sur terre. L’environnement nouveau, les survivants de l’espace se devaient d’adapter leurs règles et leurs fonctionnements pour quelque chose de plus approprié à tous. Pour le bien de tous. Durant des années, Devos a gardé au fond de lui ce besoin fondamental que de faire partie, un jour, d’une société dont la politique saurait rendre hommage à tout ce qui se sont battus pour la transformer. À tous ceux qui se sont sacrifiés pour elle. L’un des premiers dominos de son ras-le-bol général, c’est peut-être l’éjection de ses grands-parents. Un crime insignifiant et une sentence fatale. Il se souvient ne pas avoir compris comment un tel ordre avait été donné. Il avait surtout un lien très fort avec son grand-père, qui avait porté sur le petit Devos un regard très affectif. Là où beaucoup le juger comme un génie maladroit trop en avance sur les autres enfants, lui avait décidé de le considérer pour ce qu’il était sans jamais le juger où le mettre dans une case. L’admiration que Devos avait pour cet homme, dépassait largement le respect et l’amour qu’à un petit-fils pour son grand-père. C’était une figure importante, une figure de rebelle au grand cœur. Une figure à suivre, à admirer, à garder au fond de son être malgré les années. C’est, quelque part, pour lui que Devos n’a jamais baissé les bras, qu’il a fait des erreurs en pensant faire ce qui devait être fait. C’est pour ce grand-père perdu qu’il a suivi Chris chez les rebelles, qu’il a décidé qu’il serait capable, lui aussi, de se sacrifier pour les autres.

C’était beau de donner un sens à son existence, autrement que par ses désirs égoïstes de recherche et d’innovation. C’était beau que de trouver une place, une raison d’être, de se découvrir une nouvelle famille.

Murphy en était l’exemple parfait. Le lien qui s’est construit entre eux a prit du temps, mais devient plus solide au fil des années. Eux, qui n’étaient liés que par Faust, avaient découvert bien plus en chacun. Quand elle est auprès de lui, Devos se sent rassuré. Il sait que Murphy saura voir les failles en ses idées. Qu’elle possède cette humanité qui semble si cruellement lui manquer. Son évolution, son apprentissage de la vie sociale, il la doit en grande partie à cette ancienne rebelle obstinée et décidée. Parce que Murphy avait ce pouvoir de mettre les choses en perspective. De voir au-delà du chemin tout tracés. Et Devos n’avait pas croisé grand monde comme ça. Peut-être même personne d’autre.

« Peut-être parce que tu es capable de remettre en question chacun de tes décisions avant de les prendre ? » N’était-ce pas ce qu’elle était justement, en train de faire ? Cette capacité à bien choisir, bien évaluer la situation. Cette volonté de ne pas échouer, de ne pas faire échouer les autres aussi. Plus que de foirer dans sa nouvelle tâche, c’est l’idée de ne pas être à la hauteur de ce que les autres attendent qui lui fait peur. De ne pas répondre à leur besoin comme il l’espère. « Tu es devenue bien plus qu’une militaire qui fait ce qu’on lui dit de faire, Murphy. Je pense qu’il l’a remarqué, lui aussi. » A travers toutes ses choses qu’elle a vécues, toutes ses rencontres qu’elle a faites. Murphy n’est plus celle qu’elle était autrefois, tombé du ciel. Elle est capable d’explorer, de découvrir, d’entretenir des vrais liens avec les autres tribus. Sa capacité à s’adapter à peut-être aussi jouer à sa faveur. À quoi bon peut servir un diplomate s’il n’a pas connaissance des fondamentaux des autres clans ? Devos le premier, est encore perdue et perplexe vis-à-vis de toutes ses communautés. Il ne s’aventure que rarement à l’extérieur, parce qu’il sait qu’il y a trop de choses qu’il ne sait pas. Trop de choses qu’il pourrait faire et qui pourrait amener le chaos plutôt que le calme. Murphy, elle, semble savoir parfaitement comment tendre la main vers les autres. Comment créer un pont entre deux univers complétement différent et ça, c’est admirable et nécessaire pour le futur de chacun.

Surtout, elle a cette capacité à voir quand quelque chose ne fonctionne plus. C’est ce qu’elle avait fait avec la rébellion. Si cela a été très difficile pour Devos, il ne peut pas nier que c’était vrai. Que la rébellion n’avait plus lieu d’être. Que ce nouveau conseil, c’était le départ de tout un combat. Ils n’étaient pas tous encore certain de cette réalité, parce que la rébellion avait un part essentiel dans leur vie. C’était un air qu’ils respiraient et Devos fait partie de ces gens-là. Son esprit à trop longtemps été tourné vers les missions secrètes, vers les conversations qui pourraient être utiles ou non à la cause. Des années et des années à converser dans l’ombre des hypothèses et des idées. Des besoins. Détruire le conseil en faisait partie. Devos a encore du mal à croire que le système hiérarchique tel quel fonctionnera, mais il veut laisser une chance au nouveau conseil et au chancelier en qui, il croit. Son âme rebelle ne peut s’éteindre du jour au lendemain, malheureusement. Il ne peut pas confier son avenir aussi sereinement, mais il essaye. Sincèrement.

« Je lui fais confiance. » Dit-il simplement. Il a cependant besoin d’une seconde en plus pour répondre à la question suivante. À faire tourner la roue des hypothèses. « Et je ferais confiance au conseil, que tu sois dedans ou non. » Finit-il par avouer. « Je me dois de lui laisser une chance d’exister et d’agir. De croire que ces changements vont apporter du bon à notre communauté. C’est dans ce genre de situation qu’il faut simplement, faire acte de foi. »

Il délaisse la vue pour se tourner vers Murphy et offre, ce qui est assez rare, un sourire rassurant. Le genre d’expression d’un homme qui accepte les risques d’une telle action. Qui est prêt à mettre son avenir entre les mains d’inconnus.

« Quoi qu’il arrive, je sais qu’on se relèvera des pires situations. Ensemble. » Je n’ai pas peur de demain, vraiment. Pas avec toi à nos côtés. Conseil ou non.

@Murphy Cavendish
Murphy Cavendish
DATE D'INSCRIPTION : 06/12/2015 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Nuna Cortez MESSAGES : 45223 CELEBRITE : Sophia Bush COPYRIGHT : jenesaispas (vava); Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) METIER/APTITUDES : Conseillère diplomate; militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. TRIBU/CAMP : Odyssée POINTS GAGNES : 758

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le Mar 7 Avr 2020 - 23:53


Through tick and thin

Murphy Cavendish & @Devos Acciaro

(14 mars 2119 / doutes après la proposition de McOrish de siéger au conseil)


Qui aurait cru que ce serait auprès de Devos que Murphy trouverait conseils et réconforts, aujourd'hui ? Après avoir claqué la porte de la rébellion, elle avait cru perdre tous ceux qu'elle y laissait, comme si un gouffre s'était brutalement dérobé derrière elle, bien plus important que celui qui avait existé avant qu'elle n'intègre le groupuscule. Mais les choses n'étaient pas comme ça et il suffisait de voir le regard que posait Devos sur elle pour comprendre qu'elles ne reviendraient jamais en arrière. Entre eux ce n'était plus une histoire de rébellion, c'était l'histoire d'une amitié unique car ils étaient les deux seuls à en détenir les secrets. Qui aurait cru, quelques années auparavant seulement, que Devos aurait pris une part aussi importante de sa vie ? Oh, ils ne se côtoyaient pas souvent. Les moments qu'ils partageaient à deux dans une année pouvaient sans doute se compter sur les doigts d'une mois, mais ce n'était pas ce qui comptait. Parce que quand ils se croisaient rapidement, les regards étaient affectueux et remontaient le moral de Murphy comme une pendule. Parce que quand ils disparaissaient de la vie l'un de l'autre ils se retrouvaient toujours de la même manière, et que ça ne les empêchait pas de savoir que l'autre n'était, de toute façon, jamais très loin.

Elle n'était pas habituée à chercher de l'aide, surtout pour se rassurer. Parce qu'elle n'avait pas très souvent besoin d'être rassurée, sans doute, et que lorsque c'était nécessaire, elle avait appris à être cette personne pour elle-même. Trop bornée pour avoir besoin de soutien ; trop solitaire dans ses faiblesses pour oser le demander à autrui. Mais ce jour était différent ; ces quelques jours étaient différents et ils changeaient toute la donne. Toute seule, elle n'y arrivait pas. Elle avait bien essayé, mais elle n'y arrivait pas. La petite voix posée et rassurante qui soufflait habituellement dans son esprit se faisait trop discrète, ou bien peut-être que la voix qui criait l'angoisse de la mauvaise décision était trop forte et recouvrait tout le reste. Elle avait besoin de quelqu'un d'autre et elle n'avait pas osé demander à quelqu'un d'autre. Parce qu'en parler c'était officialiser la proposition et l'ancrer dans ce qui deviendrait le passé, peu importait ce que réservait l'avenir ; et parce qu'en douter à voix haute c'était ignorer le luxe que c'était, de douter de ce dilemme de privilégiée. Elle aurait préféré être capable de gérer ces questionnements toute seule et en réalité, si elle n'avait pas croisé Devos aujourd'hui, ce serait sans doute ce qu'elle se serait évertuée à faire jusqu'à donner une décision définitive à leur nouveau chancelier.

Mais Devos, c'était devenu la famille. Même lorsqu'elle lui annonçait quelque chose d'aussi grave et grandiose, d'aussi important et d'aussi flippant, il tiquait à peine. Il réagissait presque comme son extension, comme la part cérébrale qui semblait cruellement lui manquer lorsqu'il s'agissait de démêler la raison et les sentiments. Si elle n'était pas pendue à ses lèvres et aux arguments qu'il apportait les uns après les autres, Murphy se serait probablement effondrée de reconnaissance dans ses bras. D'être là, juste d'être là, sans exagérer les faits - même s'il exagérait peut-être un peu ses arguments. Il était doux, Devos, et la brune se surprenait régulièrement à penser qu'il n'était pas apprécié à sa juste valeur par beaucoup d'entre eux. Il lui avait fallu un peu de temps, elle, et beaucoup d'épreuves, pour comprendre l'homme et saisir ce qu'il pouvait offrir de si beau. Il faudrait peut-être un peu de temps à tous ceux qui ne le comprenaient, mais peut-être aussi qu'elle voulait garder pour elle le plaisir égoïste de le fréquenter et de jouir de son amitié. Certains, sur le village et probablement même parmi les anciens rebelles, ne devaient pas comprendre ce qui pouvait les unir. Murphy, des fois, ne le comprenait pas vraiment non plus. Parce que ça ne suivait pas les règles des amitiés les plus évidentes, celles qui se dessinent autour de passions communes ou de caractères proches. Ils n'étaient pas de ceux qui pouvaient se vanter d'avoir eu la sensation, dès leur première rencontre, de s'être toujours connus. S'ils pouvaient parfois finir les phrases l'un de l'autre aujourd'hui, c'était parce qu'ils s'étaient progressivement appris l'un et l'autre. Avec Devos, les choses n'avaient pas été évidentes, mais ça ne les rendait pas moins belles. Là où certains ne voyaient que de quoi les diviser, Murphy avait appris qu'il n'y avait que de quoi les ouvrir à une curiosité nouvelle et à l'apprentissage, au-delà de l'autre, celui de nouvelles perspectives, de nouvelles connaissances, et que c'était ce qui pouvait unir deux êtres le plus fort. L'histoire et le temps, les aventures et les mésaventures, par-delà les points communs qui n'annonçaient parfois rien d'autre que ça, des points communs superficiels dont on se lassait très vite.

Rien qu'à s'asseoir à ses côtés l’emplissait par osmose de ce calme ambiant, de ceux dont Devos avait le secret. Les pensées se faisaient un peu moins agitées ici, et on y voyait peut-être un peu plus clair. On pouvait en choper une pour la faire parler et trier les autres tant que nécessaire. Trier les pensées, les sélectionner, faire taire celles qui n'étaient pas raisonnables et mettre sous le feu des projecteurs les seules qui devaient compter. C'était un exercice pour lequel elle avait besoin de plus que le silence - si le silence avait suffi, le dilemme aurait pris fin la première nuit. Non, elle avait besoin qu'on lui donne un coup de pouce dans ce ménage intellectuel, et là encore, Devos intervenait de la plus délicate, fine et juste des façons. Il la caressait dans le sens du poil. Un peu trop, peut-être, pour qu'elle croie à chacun de ses dires. Il exagérait et ça la gênait. Les pensait-il réellement, toutes ces jolies choses ? Malgré elle, Murphy pensait à @Wyatt Sheperd. S'il y avait une autre personne en ce bas monde capable de la décrire de cette drôle de façon, c'était bien lui. Ils la regardaient avec le regard de l'amitié tendre, probablement. Et elle croyait à certaines des choses qu'elle chopait dans ces pluies de compliments exagérés. Murphy ne manquait pas tant de confiance en elle ; si ça avait été le cas, elle n'aurait jamais gravi les échelons militaires, et surtout pas avec la rage qui avait caractérisé chacun de ses mouvements au sein de la garde. Elle ne manquait pas de confiance en elle mais il y avait quelques creux, parfois, la résurgence de  quelques réminiscences de remarques qui avaient déjà pu lui être faites ; l'apparition de critiques nouvelles dont la perfectionniste qu'elle était avait le secret. Et dans des circonstances pareilles, qui laissaient entrevoir l'un des sièges les plus cotés, importants, risqués et prometteurs de ce village, toutes ces critiques se mélangeaient pour flamber en un magnifique feu de joie duquel il semblait impossible pour Murphy de réchapper sans l'intervention d'une tierce personne.

Et cette tierce personne, quand elle prenait la parole, Murphy n'osait pas la regarder. Les prunelles étaient fuyantes, se posaient sur le village en contrebas de cette petite colline isolée. Ce n'était pas tout à fait des vérités, ce qu'elle entendait, et ce n'était pas un manque de confiance qui brandissait ce droit de nier. Devos s'emballait - peut-être que c'était ce dont elle avait besoin, d'un peu d'exagération, parce qu'au fond elle reconnaissait les arguments pour être ceux qu'elle aurait été capable de dresser elle-même, si elle n'avait pas été dans une telle situation. Elle avait toujours voulu faire les choses bien, quoi qu'il en coûte ; mais elle n'avait pas payé très cher cette authenticité. Devos marquait un point : ses façons de faire avaient été appréciées parmi les militaires et c'était pour ça qu'elle était lieutenant, aujourd'hui. C'était sans doute pour ça aussi que McOrish l'avait repérée. « J'espère que t'as raison... et que si j'accepte ce sera pas la pire décision de ma vie. » Elle sourit pour elle-même, pas encore assez angoissée pour laisser de côté ses habitudes d'humour. « Et pourtant des mauvaises décisions, j'en ai pris. Y'a de la concurrence. » Il y avait de la concurrence mais si ce choix s'avérait être le mauvais, alors la capacité qu'il avait de tout faire foirer et l'échelle à laquelle il pouvait le faire pouvaient détrôner toutes les autres maladresses qui avaient parsemé son chemin de vie jusque-là.

Et puis il y avait la rébellion - et c'était peut-être un peu délicat, même si longtemps après. Avec Devos, ils n'avaient jamais vraiment pris la peine d'en reparler. Elle n'avait jamais vraiment pris cette peine avec personne, en fait. Elle savait que c'était un terrain glissant et ceux qui étaient restés rebelles jusqu'à récemment devaient le savoir aussi. Il y avait des désaccords qu'il fallait mieux ne plus discuter parce que personne n'en tirerait rien d'autre que des cris et des violences verbales. La rébellion était de ces désaccords et en quittant le bunker, Murphy y avait volontairement tout laissé. Sauf les amitiés. Si on voulait encore d'elle dans les cœurs, elle serait toujours là. Avec Devos, la question ne semblait jamais s'être posée, mais maintenant ? Maintenant la rébellion avait implosé ou explosé ; en tout cas, elle s'était exposée. Les choses étaient différentes et peut-être qu'il était temps de crever l’abcès, progressivement et non sans une légère anesthésie. Devos ne disait plus rien, peut-être parce que pour l'instant il n'y avait plus rien à dire. La douleur devait être différente pour lui - peut-être qu'il n'avait pas choisi la dénonciation et qu'il avait suivre une majorité à laquelle il n'avait pas appartenu. Pendant une seconde et pour la première fois depuis qu'on lui avait appris que la rébellion s'était mise à découvert et avait officiellement mis un terme à son existence, Murphy se demanda comment les choses s'étaient passées en interne. Qui en avait discuté, qui avait eu une voix dans le débat et quelles avaient été ses voix. Quelles opinions avaient été avancées, discutées, refusées ou approuvées. S'ils avaient pensé aux arguments qu'elle avait apporté elle, un an auparavant, ou s'ils avaient complètement oublié son existence et ses convictions. Et puis elle se demandait ce que Devos avait pu dire lorsque la décision se prenait, quel avait pu être son point de vue, ce qu'il avait pu défendre et comment ; elle se demandait s'il souffrait, aujourd'hui, de la fin de la rébellion ou de la façon dont elle s'était achevée. Elle lui jeta un coup d'oeil bref et il semblait y avoir dans les traits de l'homme quelque chose de triste, même si Murphy ne lui connaissait que trop peu ce genre d'impressions. C'était un battant, un convaincu, un forcené même. Elle ne l'avait jamais vu vraiment triste et ce n'était peut-être même pas tout à fait ça qu'elle lisait sur son visage. Mais il tournait en page, encore aujourd'hui, et ça, sa lèvre légèrement pincée et son regard un peu perdu s'en faisaient les messagers.

Et même si le sujet de la rébellion n'était à présent qu'effleuré, c'était de lui que tout découlait. Leur relation et ce qu'ils savaient l'un de l'autre ; la légitimité à laquelle Murphy pouvait prétendre pour le poste qui lui était offert ; les convictions pour lesquelles elle s'était battue avec rage ; la nécessité de tout donner à ce Conseil parce qu'il était leur seul avenir et leur seule envie. Tout prenait racine dans cette rébellion qu'ils avaient en commun et au sein de laquelle, l'un comme l'autre, ils s'étaient construits tels qu'ils étaient aujourd'hui. Est-ce que Devos faisait confiance à McOrish ? Elle n'aurait pas du dépendre de ce genre de questions et des réponses que n'importe qui d'autre qu'elle-même pourrait lui donner. Mais elle était pendue aux lèvres de Devos comme s'il s'apprêtait à lui offrir la seule vérité dont elle pouvait avoir besoin. Il était son guide - sans s'en rendre compte, il la prenait par la main. Et en entendant sa réponse, ses paupières se fermèrent une seconde de soulagement. Il lui faisait confiance. Elle lui faisait confiance aussi ; elle avait voté pour lui, non pas par dépit mais par conviction. Mais si Devos croyait aussi en McOrish, alors ils n'avaient pas pris, tous les deux, des chemins opposés. Si Devos croyait aussi en McOrish, alors elle n'avait rien manqué de son côté, et peut-être que tous les espoirs que le nouveau chancelier avait fait naître en elle n'étaient pas si fous. « C'est ce que je voulais entendre » dit-elle, ses prunelles noisette plantées dans celle de l'homme alors qu'il lui adressait un beau sourire apaisé. « Au-delà de moi et de la décision que j'ai à prendre... je veux que tu sois convaincu qu'on est plus qu'un, maintenant, nous les Odysséens. On peut plus se diviser et on doit croire les uns en les autres, et on doit croire que les autres croient en nous. C'est la seule façon d'avancer. » En brisant toutes les barrières que Devos avait tendance à dresser malgré lui, elle glissa les fesses sur le tronc d'arbre jusqu'à ce que leurs épaules se touchent et qu'elle puisse poser son menton sur celle de l'ancien rebelle. Elle leva son regard vers lui avec une petite moue presque enfantine, mais définitivement tendre. « Ensemble. » Elle marqua une pause et donna, taquine, un coup de nez dans l'épaule de son ami avant de se détacher de lui. « Ça me rassure que tu croies au Conseil même sans moi. J'ai juste... pas envie que quelqu'un entende mon nom et regrette d'avoir voté pour McOrish ou se dise que c'est une erreur de stratégie de sa part. » Elle haussa les épaules. En fait, le regret de ne pas avoir essayé lui faisait plus peur encore.

— Chi cerca, trova —
Devos Acciaro
DATE D'INSCRIPTION : 20/12/2016 PSEUDO/PRENOM : ELOW ; MULTICOMPTES : QUEEN IRINA + BABY JONAS ; MESSAGES : 1637 CELEBRITE : JAI COURTNEY ; COPYRIGHT : ELOW ; METIER/APTITUDES : INFORMATICIEN, ANCIEN LIEUTENANT REBELLE / SPECIALISTE EN INTELLIGENCE ARTIFICIELLES, NOTIONS EN MÉCANIQUE ET ELECTRONIQUE, GÉNIE INCOMPRIS ; TRIBU/CAMP : ODYSSÉE ; POINTS GAGNES : 94

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le Sam 2 Mai 2020 - 16:38

— through thick and thin
15 MARS 2119

C’est une drôle de situation. Il n’est pas habitué à donner des conseils ou encore à réconforter. Devos n’est pas le plus patient, le plus humain pour faire preuve d’empathie et de compréhension face à des situations de doute. Il se sait incapable de comprendre, parfois, la réalité qui entoure les autres. La réalité qui n’est pas la sienne. Il essaye seulement parce que c’est Murphy, parce qu’il a un profond attachement pour elle. Certes, ils se sont lié à travers une cause et la rébellion. Ils se sont soutenus dans des missions dangereuses. Ils avaient longtemps partagé une même philosophie, un même regard. Devos peut admettre que la fin du groupe, la fin de cette rébellion à laquelle il a crue, sa trahison, la confiance qu’il a gagnée auprès de Murphy malgré la peine qu’il avait causé, tout ça, tout ça aurait pu finir. S’arrêter. Mais à travers les années et les combats, les doutes et les certitudes, Devos s’était lié à Murphy par une amitié forte. Une amitié qu’il ne veut pas perdre, ni maintenant, ni demain. Ils n’ont pas besoin de se voir tous les jours, de parler sans s’arrêter. Ils n’ont pas besoin de tout savoir. Ils ont simplement besoin d’être là, l’un pour l’autre. De se suivre dans cette survie interminable. De se battre pour un meilleur monde. Au fond, voilà ce que la rébellion avait réveillé en eux. Voilà la vérité. Ils sont tous les deux prêts à des sacrifices pour le bien commun. Le bien de tous. Prêt à se détruire pour rendre un peu meilleure cette nouvelle vie sur terre. La rébellion était un point de départ, mais ils ont encore du chemin à faire. Encore beaucoup à découvrir, à mettre en place. Ce nouveau conseil est d’ailleurs le premier domino. La première victoire pour une meilleure vie commune.

Que le nouveau chancelier pense à elle, ne l’étonne même pas.

Peut-être qu’il n’est pas très objectif, parce qu’il connaît Murphy, mais c’est justement parce qu’il sait qui elle est, qu’il se doute que cette demande est fondée. Réfléchi. Il a assez longtemps observé son amie pour en découvrir des traits pertinents à un poste de conseiller. Murphy a cette capacité à mettre les choses dans les bonnes perspectives. Il sait qu’elle saura toujours trouver les mots justes et que même, par maladresse, elle réussira à trouver une entente, un chemin. Il ne saurait pas l’expliquer, mais quand ça la concerne, Devos arrive à voir les choses très clairement. À peindre facilement ses actions, ses désirs. Il sait qu’il y a des vides dans ce qu’il sait d’elle, des éléments qui manquent parce qu’ils ne se disent pas tout, ils ne savent pas tout l’un de l’autre, mais la base qu’elle lui a toujours donné à découvrir. Cette base, elle est solide. Indestructible. Alors assis à ses côtés, il essaye de lui apporter ce dont elle a besoin. Il cherche en lui un peu de bon sens et d’affection, espérant l’aider à prendre sa décision.

« Ça nous arrive à tous, d’en prendre. » Des choix fait trop vite, fait trop durement. Il a eu son lot, lui aussi. Sa route n’est pas pavée que de réflexion absolument juste. Ses hypothèses n’ont jamais été parfaites, ses calculs non-plus. Pourtant, ça ne l’empêche pas de dire : « Et j’ai toujours raison, tu le sais bien. » Un brin d’humour. Un brin de folie pour apaiser l’angoisse qu’elle ressent sans doute à chercher dans son esprit le pour et le contre de ce qu’elle doit faire ou non.

Ce n’est pas facile, oui, de croire en un nouveau système. En un nouveau groupe décisionnaire. Un nouveau chancelier. Devos y avait longuement réfléchi. Il s’était demandé si la direction que prenait la communauté, lui convenait. Il n’a pas hésité à s’isoler, s’enfermer avec lui-même pour remettre en question ses valeurs et ses idéaux. Il s’est battu contre le rebelle en lui pour accepter l’évidence et la seule solution pour un avenir plus paisible, plus serein. Faire acte de foi, ce n’est pas rien. Surtout pour l’informaticien. Croire en quelque chose, cela le dépasse toujours. C’est le genre d’homme qui a besoin d’essayer, d’attaquer sur tous les angles pour vérifier que ça marche. Que ça fonctionne. C’est un scientifique qui ne peut pas laisser trop d’inconnue dans son équation. Et pourtant, après une longue réflexion, il a tracé les différents résultats et il y a une chance, une vraie chance, que cela fonctionne. Que McOrish soit capable de générer un changement positif. Une vague.

Il n’est pas gêné du contact qu’elle établit à ses côtés, lorsqu’elle répète le mot ‘ensemble’. Elle est simplement collée à lui, la tête sur ses épaules. Il n’est pas habitué à ce genre de rapprochement, mais il y a quelque chose de doux à la sentir près de lui. Quelque chose d’apaisant aussi. Ils sont sur la même longueur d’ondes. Ils se comprennent. Ce conseil, il faut y croire. Lui donner sa chance. Avec ou sans elle. Devos est prêt à endosser le rôle qui lui sera donné. Il est prêt à faire le nécessaire, et même sortir de son monde si parfaitement établis pour laisser le village et les autres le surprendre.

« Sincèrement, Murphy, je ne vois pas qui serait déçu de te savoir dans le conseil. Où déçu de McOrish parce qu’il t’a fait entrer là-dedans. » Puis, il réalise, son cerveau carburant trop vite, comme d’habitude : « Peut-être quelqu’un qui aurait aimé être à ta place, parce que la politique, c’est souvent sensible et que la jalousie n’échappe à personne, mais, un bon poing dans sa gueule à celui-là, et le tour est joué. » Il lève son poing bien ferme et le montre à Murphy, plaisantant évidemment sur la seconde partie de sa réflexion. Devos n’est pas violent et elle le sait. Il n’en a pas l’air, avec sa carrure et son visage fermé, mais il n’a jamais frappé qui que ce soit dans sa vie, à part peut-être une fois gamin, pour se défendre.

« Quoi que tu décides, je te soutiendrais à 100%. »

Maintenant, demain,
toujours.

@Murphy Cavendish
Murphy Cavendish
DATE D'INSCRIPTION : 06/12/2015 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Nuna Cortez MESSAGES : 45223 CELEBRITE : Sophia Bush COPYRIGHT : jenesaispas (vava); Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) METIER/APTITUDES : Conseillère diplomate; militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. TRIBU/CAMP : Odyssée POINTS GAGNES : 758

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le Ven 22 Mai 2020 - 3:26


Through tick and thin

Murphy Cavendish & @Devos Acciaro

(14 mars 2119 / doutes après la proposition de McOrish de siéger au conseil)


Il n'y avait que face à elle-même que Murphy perdait pied. Quand elle arrivait à occuper son esprit, elle oubliait un peu le choix dont elle était devenue responsable depuis que McOrish l'avait trouvée - ou quand il lui revenait en mémoire il ne paraissait pas si compliqué, comme si la réponse était évidente depuis le début. Alors elle aurait pu être persuadée que la première rencontre, aujourd'hui, aurait été capable de la sortir de là, parce que de repousser ce qu'il était si insupportable de réfléchir, écrire, présager, tordre et retordre dans tous les sens sans parvenir à modeler l'idéal. Pourtant, parmi toutes les personnes qu'elle aurait pu croiser en voguant sur le village et dans ses alentours, c'était sur quelqu'un de bien particulier qu'elle était tombée. Ce n'était pas une vague connaissance avec qui tuer le tuer était facile et bienvenu. Pas de conversations polies et agréables, pas de bavardages superficiels. C'était Devos qu'elle avait trouvé là, à cet endroit que connaissaient bien ceux qui se laissaient trop souvent emporter par leurs tourments et questionnements. Et en le reconnaissant, Murphy sut immédiatement que les choses n'allaient pas être ce qu'elles auraient été avec n'importe qui d'autre. Avec lui, elle pouvait discuter vraiment. Avec lui, il n'y aurait pas le confort des fioritures superficielles et inutiles. Avec lui il n'y aurait pas à faire dans le joli et le confortable, ils pourraient juste plonger ensemble dans les méandres de ce qui la tourmentait, et il était parmi les seuls capables de l'aider à sortir de là. En le reconnaissant Murphy avait reconnu un sauveteur, l'une des seules personnes capables de vraiment lui tendre la main. C'était drôle, d'ailleurs, de réaliser que c'était en Devos qu'elle reconnaissait ce genre de personnes. Ça n'avait pas été écrit d'avance. Cette amitié, elle était arrivé par surprise. Et c'était dans tout ce qu'elle avait de non évident qu'elle puisait sa drôle de force. Il y avait entre eux deux assez de différences pour les lier, la balance parfaite que certains ne prennent même pas la peine de chercher. Il ne s'agissait pas de se battre pour des points communs, des fois ; juste de voir au-delà de ce que beaucoup trop décrivaient comme nécessaire à la moindre relation stable ou durable. Ça, cette drôle d'amitié, ils l'avaient écrite à deux sans s'en rendre compte. Et voilà aujourd'hui que Murphy réalisait toute la puissance de ce que le temps avait permis de bâtir, bien au-delà des premières idées et des désaccords qui s'accumulaient. Devos avait toujours les bons mots. Ils pouvaient s'engueuler, se contredire ; ils pouvaient ne pas se comprendre parfois, car ne pas saisir réellement l'essence de qui ils étaient l'un et l'autre. Mais cette part de mystère qu'ils chérissaient l'un de l'autre ils puisaient une force étrange car aussi imprédictible que solide. C'était elle qui faisait la longévité de cette drôle de relation. C'était elle qui rendait aujourd'hui si évident pour Murphy qu'il la remettrait sur le droit chemin.

Des fois elle doutait de lui, pourtant, et de tous ces trop beaux mots qu'il n'avait de cesse d'énumérer comme s'il suivait la liste parfaite de ceux qu'elle avait besoin d'entendre. Mais il n'était pas le seul dont elle doutait, car il n'était pas la seul qui savait adoucir ses doutes lorsqu'elle en avait. Ce n'était pas parce qu'elle entendait ces certitudes gratifiantes de voix différentes qu'elles lui paraissaient plus vraies. Pour autant, Murphy détestait ce drôle de sentiment. Elle s'était battue toute sa vie pour ne jamais le ressentir, ce doute d'elle-même. Mais à force de brandir sa confiance comme une arme face à tous ceux qui doutaient d'elle, il lui semblait parfois qu'elle avait perdu en éclat. Sa confiance était plus fragile. Quand les grandes décisions, comme celle qu'elle devait prendre ces jours-ci, apparaissait, alors elles prenaient des proportions inenvisageables des années auparavant. La confiance s'était brisée par endroits et on entrevoyait les rayons du soleil. Peut-être que c'était ça qu'il fallait retenir de l'image : le soleil qui luisait au loin, et le soleil n'était jamais mauvais signe, non ? Si on n'était pas ni Icare ni albinos, on ne risquait trop rien de ses beaux rayons. Peut-être que sa confiance méritait au moins un peu à être ébranlée. Parce que ça atténuait un peu sa rage et son besoin de se prouver à autrui, et que c'était ça, en fait, qui permettait de construire quelque chose de bénéfique et de durable. Pour autant, c'était aussi la fragilité de sa confiance qui rendait si difficile pour quiconque de la convaincre de tout ce qu'elle avait pourtant passé une vie à construire et à se persuader elle-même. Ce que ceux qui tenaient à elle décrivaient d'elle, c'était l'image parfaite qu'elle avait toujours rêvée d'elle-même. Elle s'était battue pendant toute une carrière et toute une vie humaine pour qu'on la pense aussi juste, aussi féroce, aussi convaincue, aussi battante. Mais la voilà, la triste vérité : ce que les autres pensaient, ils ne le savaient pas. Et si elle s'était trop battue pour l'image sans donner le fond ? Et si elle avait trop cherché à se prouver aux regards des autres pour vraiment devenir ce qu'elle aspirait tant à être ?

C'était trop de questions depuis que McOrish l'avait trouvée. Oh, est-ce qu'il s'était douté un seul instant qu'elle serait capable de remettre en cause tout ce qu'elle avait construit et tout ce qu'elle était pour une simple question, dont la réponse paraissait pourtant si évidente ? Et s'il avait su, lui aurait-il quand même proposé le poste ? Et c'était des questions qui généraient des questions, un cycle sans fin, une hydre de Lerne de questions qui disparaissaient pour renaître par trois.

Mais il ne suffisait parfois pas de grand chose, juste de quelques mots qui savaient précisément quelles fuites combler. Doucement, Murphy se mettait à douter un peu moins. Devos parvenait à lui ancrer dans le crâne ce dont, au fond, elle avait toujours été persuadée. Il lui rappelait que si elle s'était battue si fort pour ce en quoi elle croyait, alors elle ne pouvait pas être si loin de celle qu'elle souhaitait ou espérait être. C'était peut-être ça, le plus important. Aligner ses actes à ses convictions, à ce qui animait profondément la personne qu'on était. Alors peut-être que c'était ce qui devait compter, et que la peur devait passer en secondaire ; toujours, en secondaire. Peut-être qu'il fallait prendre cette décision pour savoir si c'était une erreur, parce que sinon elle aurait la certitude d'être un regret. « J'imagine qu'il faut bien passer par là, des fois. Les idéalistes disent que c'est des erreurs qu'on apprend le plus. » Et ce n'était pas totalement faux et même plutôt vrai ; c'était aussi une manière de relativiser les malheurs qu'on avait choisis sans le savoir. Quand Devos ajouta qu'il avait toujours raison, elle ne put retenir un sourire crispé - c'était sans doute la difficulté du moment qui n'était capable de lui faire revenir que les opinions qu'ils avaient eues de si opposées. L'humour lui passa un peu au-dessus de la tête et elle le regrettait, parce qu'elle arrivait à le voir de loin, mais il ne l'atteignait pas. Elle était un peu trop crispée à cet instant précis, sans doute.

Mais il y avait bien plus grand que ça, que de vieux désaccords que l'amitié avait permis de dépasser. Il y avait ce choix à faire et qui lui hantait toujours l'esprit, lui hanterait probablement l'esprit jusqu'à ce qu'elle formule une réponse claire à celui qui lui avait posé la question. C'était ça, à cet instant précis, ce qui comptait le plus, parce que c'était ce qui était le plus lourd. Et Devos savait trouver les mots. Et Devos avait trouvé les mots. Le choix juste lui apparaissait de plus en plus clairement, et le refus perdait du terrain. Le contraste entre les deux options se faisait de plus en plus marqué et c'était tout ce qu'elle aurait pu espérer de mieux de cet échange. Elle avait toujours su, au fond, quel choix elle se serait autorisé à faire. Il n'y en avait qu'un à ses yeux. C'était celui du risque, parce que c'était celui des deux qui était capable de lui apporter la plus grande satisfaction et récompense. Elle était arrivé à l'un des carrefours les plus importants de sa carrière et de son existence ; elle avait le choix entre continuer tout droit sur cette route sûre et monotone qu'elle connaissait déjà, ou prendre un écart à l'horizon flou et brumeux, mais qui promettait les plus beaux paysages et la plus belle des destinations, malgré tous les dangers que la route lui promettait. Murphy, c'était toujours le risque qu'elle préférait parce qu'il ouvrait aux plus grands bonheurs et aux plus belles promesses ; et ça c'était ancré dans sa chair, dans son âme, dans son être tout entier. Ce qu'elle savait, c'était que le choix de la sécurité lui serait intolérable, et Devos venait de mettre cette vérité sous le feu des projecteurs. Elle voyait les choses clairement, et c'était doux, de voir les choses clairement. Alors le geste dépassait peut-être les limites mais elle s'en moquait un peu, parce qu'il l'acceptait. C'était peut-être un peu timide mais il émanait de ce moment uen douceur qui était si bienvenue. Elle regardait son visage de plus près qu'elle ne l'avait jamais vu, menton posé sur son épaule. Ses yeux bleus étaient éclairés par la même lumière que celle dans laquelle baignait le village en contrebas. Elle rompit le contact, taquine. La conclusion était toujours la même. Elle avait sa réponse. Il lui faudrait peut-être se l'imposer à elle-même quelques fois avant qu'elle puisse y croire et l'accepter, mais il n'y avait qu'une vérité, plus forte que tout le reste : le refus était inconcevable, le regret inenvisageable, la sécurité à vomir d'ennui. « J'crois que c'est la première fois que j'ai aussi peur de c'que peuvent penser les autres. Mais j'ai été tellement habituée à être la chieuse, l'esprit critique... » Est-ce que ce serait un exercice si différent, de se battre pour ses convictions au cœur des choses ? Là où les décisions étaient prises plutôt que critiquées ? Elle sourit quand Devos parla de coller un poing à celui qui viendrait exprimer de la jalousie vis-à-vis de son poste de... conseillère. Oh, c'était drôle à dire, ça. C'était drôle à concevoir, d'être conseillère. Murphy Cavendish s'apprêtait à devenir conseillère. Murphy Cavendish allait être conseillère. Murphy Cavendish. Conseillère. « J'sais pas si c'est forcément de la jalousie... On peut ne pas m'aimer ou ne pas aimer mes idées. » Elle haussa les épaules. C'était la normalité des choses ; c'était ce qui faisait le débat et ce qui faisait avancer les choses, la pluralité des débats. Mais il fallait un équilibre entre les prises de parole et entre l'écoute de chacun. Il fallait que les choses soient apaisées et toutes considérées avec la même bonne foi. Il fallait que les différents interlocuteurs soient capables de civisme, d'objectivité, de recul. Il fallait parfois prendre quelques jours ou quelques semaines pour voir les choses clairement. Et ça, Murphy savait qu'elle pouvait en manquer. Elle était impulsive ; parfois trop impulsive. Mais elle savait que ce discernement était toujours nécessaire à un bon débat démocratique, même s'il devait mener à des conclusions et décisions qui ne l'arrangeaient pas. « C'est le jeu, mais j'vais changer de côté... Je serai celle qui sera soumise aux critiques. C'est le prix à payer quand on devient décisionnaire, j'imagine. » Et finalement, elle était apaisée à cette idée. C'était ce qu'elle avait recherchée si longtemps, la légitimité et l'écoute. Il n'y avait pas meilleure place pour ça que celle de conseillère. C'était sans doute normal d'avoir peur, d'avoir des doutes - l'opposé serait justement ce qui aurait du l'inquiéter. Mais on lui offrait l'un de ses rêves sur un plateau d'argent. Enfin on allait lui donner la parole. Enfin, on allait lui donner la parole. « Merci pour la force, Devos » répondit-elle avec douceur et tendresse, l'air plus apaisée que quelques minutes seulement auparavant. Elle ne serait pas seule. Il devenait son premier allié ; le premier à apprendre la nouvelle, le premier dans la confidence et oui, son premier allié. « Bon, et toi, qu'est-ce que tu fais ici à traîner comme une âme en peine ? On sait tous les deux que c'est un endroit où traînent les âmes en peine... » Son regard doux et protecteur se posa sur lui. Elle aussi, elle voulait lui tendre la main.
— Chi cerca, trova —
Devos Acciaro
DATE D'INSCRIPTION : 20/12/2016 PSEUDO/PRENOM : ELOW ; MULTICOMPTES : QUEEN IRINA + BABY JONAS ; MESSAGES : 1637 CELEBRITE : JAI COURTNEY ; COPYRIGHT : ELOW ; METIER/APTITUDES : INFORMATICIEN, ANCIEN LIEUTENANT REBELLE / SPECIALISTE EN INTELLIGENCE ARTIFICIELLES, NOTIONS EN MÉCANIQUE ET ELECTRONIQUE, GÉNIE INCOMPRIS ; TRIBU/CAMP : ODYSSÉE ; POINTS GAGNES : 94

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le Ven 29 Mai 2020 - 11:10

— through thick and thin
15 MARS 2119

Il est content, Devos. Content de savoir que le nouveau chancelier pense à Murphy. Qu’il voit en elle le potentiel que lui connaît si bien. Il est d’autant plus content de savoir que son alliée envisage d’accepter. Qu’elle se fera peut-être bientôt une place parmi le conseil. Qu’elle mettra en avant ses valeurs et principes, sa curiosité, son intelligence, et même sa combativité. Elle aura son mot à dire, autour de la table. Il a moins peur de ce monde, si des personnes comme Murphy peuvent prendre les choses en main. Il sait qu’elle peut accomplir miracle sur miracle, que sa ténacité aboutira aux changements souhaités. De savoir que ça lui a rongé l’esprit, cette question, c’est une preuve supplémentaire. Beaucoup auraient accepté, touché, prêt à prendre le pouvoir entre les mains. Mais elle, elle fait attention. Elle regarde cette possibilité sous tous ses angles, comme une arme capable de belles choses autant que d’horribles. Elle liste toutes les possibilités et dans cette façon d’aborder cette simple proposition de McOrish, Devos retrouve un peu de lui en Murphy. Ce besoin de prendre la bonne route, et pas la route la plus simple. Ce besoin d’arriver à la destination recherchée, sans conséquences désastreuses. Ils ont des rêves, des ambitions, des projets. Une capacité à survivre et à prendre sur soi. Une volonté de faire les choses bien, de faire les choses pour tous. D’installer un présent qui amènera vers un avenir plus doux. Au fond, c’est ce dont ils rêvent tous.

Arrêter de survivre,
Cesser d’avoir peur.

De cette terre surprenante, des autres tribus. Ils veulent la paix, le confort, évoluer entre les arbres et continuer à respirer un air nouveau. Ils veulent tous se détendre, regarder le ciel, faire autre chose que les tâches obligatoires. Ils veulent chanter, danser, sourire plus. Devos ne cessera jamais de vouloir accomplir plus au sein de village, de réfléchir à de nouveaux progrès, parce que c’est sa raison d’être. Mais il sait que tout le monde n’est pas pareil, il sait que la plupart font ce qu’ils peuvent et plus les années passent, plus ce désir de vivre plutôt que de survivre, deviens plus imposant et plus réaliste. Avec les liens fondés, les événements passés, Devos ne voit que deux possibilités pour mettre à néant tout le travail déjà accompli : une nouvelle tempête, encore plus grande, plus dévastatrice qu’autrefois, signe que la terre n’a pas fini de cracher sa haine contre les hommes. Et puis, une guerre. Avec le caractère imprévisible de chacun, un mot de travers, un geste mal-compris, et le sang coulera sans limite. Cela peut arriver demain, l’année prochaine ou dans dix ans. Toute la bonne volonté des survivants de l’Odyssée, ne pourra empêcher ça.

Mais en attendant, ils peuvent améliorer leur façon de penser, de prendre des décisions. Et ça, c’est un pas en avant. Devos n’est jamais certains du chemin emprunter quand cela concerne la politique, mais il est assez satisfait d’avoir atteint, d’une certaine façon, le but de la rébellion. D’avoir gardé la tête haute toutes ses années, pour leur conviction et celle de tous ceux qui s’étaient sacrifié là-haut. Il est fier, l’informaticien, d’avoir participé à leur quête. D’avoir créé quelque chose, d’une certaine façon, et d’être désormais en face d’un nouveau conseil, d’un nouveau souffle. Ils vont éviter les erreurs du passé, il n’en doute pas. Comme elle le souligne, il faut en faire des erreurs, pour apprendre plus, avancer. Même d’un point de vue plus scientifique, Devos rejoint cette idée. Sans mauvais calculs, sans accident, il ne peut pas essayer, tester de nouvelle chose, chercher la bonne solution. Il acquiesce de la tête, rejoignant ses propos. Il n’a pas besoin de répéter qu’elle ne fait pas une erreur en acceptant, que cette situation est une bonne chose et qu’elle réfléchit beaucoup trop. C’est amusant, d’ailleurs, de se rendre compte qu’elle est capable de se torturer l’esprit comme ça. De remettre tant de choses en question. Il a toujours cru que c’était plus claire, dans sa tête. Que Murphy savait toujours. Qu’elle avait de si grande idée, que sa route était plus claire que celle de Devos ne sera jamais. Pourtant, elle sera toujours plus humaine que lui, et donc capable de poser les bonnes questions et de prendre du recul quand nécessaire.

Il a la sensation, Devos, qu’à ce tournant de sa vie, Murphy lui a fait une place.
Même sans être constamment l’un avec l’autre, en sentant sa tête sur son épaule, en l’écoutant, en essayant de l’aider, Devos a l’impression qu’il aura toujours une place à ses côtés, comme elle aura toujours la sienne auprès de lui. Il y a un sentiment réciproque, entre eux, une amitié qui en vaut la peine, peu importe les contradictions, les réflexions explosives, les erreurs du passé. Personne n’est parfait, personne ne le sera jamais, mais quand il est avec Murphy, Devos se sent plus… normal. Si elle, elle va au-delà de cette image qu’il projette, d’autres seront capable de le faire. Surtout, Murphy a remis en question sa façon de se lier aux autres, de se faire des amis. Un concept qui l’a toujours dépassé, lui qui n’a jamais eu de lien plus fort que celui qu’il partage avec Chris. Maintenant qu’il est assis là, Murphy avec lui, le village plus bas et le soleil qui noie le monde chaleureusement. Il sait qu’il a fait des progrès. Qu’après toutes ses années, il y a un vrai groupe de personnes autour de lui. Des gens formidables. Il ne veut perdre ça pour rien au monde.

« Quelques critiques ne vont pas t’arrêter, je te connais. Qu’ils ne t’aiment pas, ou n’aiment pas tes idées, par contre, ça reste à voir. » Ils ne peuvent pas se dire que c’est ce qui va arriver, sans que la décision soit prise, et plus les secondes passent, plus Devos se dit qu’elle va accepter. Prendre la parole. Prendre cette place qui est faite pour elle. Il est presque fier, Devos, de voir tout ce qu’elle a parcouru pour en arriver là. De toutes ses années à se battre, à exploser parfois. Murphy, désormais conseillère. C’est Faust qui aurait été contente. Il ne peut s’empêcher de sourire tendrement en pensant à elle, tout en serrant Murphy contre lui pour lui prouver que sa force, il la lui donnera toujours. Il suffira de demander et le tour est joué.

« Une âme en peine, je ne sais pas. » Mais une âme qui se torture l’esprit, comme elle, sans doute. « Une âme coincée dans une impasse, peut-être. » Il ne sait pas par où commencer. Il ne sait pas quoi aborder en premier, il ne sait pas quel mot utilisé. C’est plus confus, dans sa tête, et c’est la raison pour laquelle il cherche tant à la vider.

« Pour la première fois, depuis longtemps, j’ai l’impression d’être incroyablement lent par rapport à ce qui m’entoure. C’est lié à des tas de choses, de ma cheville au métro, à l’élection de McOrish… » Et plus encore, mais la liste est longue et la conclusion est la même. « Ce qui est le plus difficile, je pense, c’est de ne plus être un rebelle. Je ne remets pas en question notre désormais non-existence, mais en tant qu’individu, la rébellion faisait partie de mon identité. C’était… une part de moi-même. »

@Murphy Cavendish
Murphy Cavendish
DATE D'INSCRIPTION : 06/12/2015 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Nuna Cortez MESSAGES : 45223 CELEBRITE : Sophia Bush COPYRIGHT : jenesaispas (vava); Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) METIER/APTITUDES : Conseillère diplomate; militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. TRIBU/CAMP : Odyssée POINTS GAGNES : 758

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le Lun 29 Juin 2020 - 23:43


Through tick and thin

Murphy Cavendish & @Devos Acciaro

(14 mars 2119 / doutes après la proposition de McOrish de siéger au conseil)


C'était fou comme les choses pouvaient parfois être dichotomiques dans l'esprit de Murphy. C'était rarement le cas, mais lorsque le jour venait alors elle avait de quoi être complètement perdue, comme si elle devenait quelqu'un d'autre, incapable de se reconnaître ou de laisser parler la convaincue qu'elle était le reste du temps. Aujourd'hui était un de ces jours. Les jours étaient de ces jours depuis que McOrish avait émis cette idée dont elle savait, au fond, qu'elle s'apprêtait à changer son existence en lui donnant un nouveau sens, une nouvelle essence. C'était la panique qui prenait le dessus sur tout le reste, sur tout ce pour quoi elle s'était battue, sur tout ce pour quoi elle comptait se battre jusqu'à la fin. La panique et l'inquiétude, pourtant, même si elles appartenaient toujours à son quotidien de Débarquée, savaient se faire discrète face au reste de sa personne. Elles s'imposaient parfois insolemment et insidieusement mais disparaissaient toujours très vite. Cette fois, les choses étaient différentes et Murphy en avait conscience : elles ne disparaîtraient pas tant qu'elle n'aurait pas pris sa décision, mais sa décision ne serait pas prise tant qu'elle n'aurait pas réussi à les faire taire. Ça rendait les choses presque impossibles à démêler. Alors elle avait besoin d'aide pour ça. Et Devos avait été déposé sur sa route comme un de ces miracles auxquels la cartésienne qu'elle était ne croyait pourtant pas une seule seconde.

Les choses à ce moment précis paraissaient limpides. Pas que le prisme à travers lequel elle voyait la réalité était différent ou qu'elle voyait les choses sous un autre angle : non, cette évidence avait toujours été là. Elle devait accepter l'offre, elle n'avait en réalité pas vraiment le choix. Si McOrish le lui donnait, elle-même ne se le donnait pas. Elle devait accepter l'offre parce que le refus était inenvisageable et parce que Murphy était une femme à remords, bien loin d'une femme à regrets. Et si cette évidence apparaissait maintenant si clairement, c'était parce qu'en quelques mots, quelques questions, quelles affirmations et réflexions, Devos avait balayé les doutes, inquiétudes et angoisses qui la recouvraient. Dépoussiérée, l'évidence était maintenant clinquante et tangible.

Murphy ne pouvait pas dire pour autant qu'elle n'avait pas peur. La peur la suivrait probablement un bon moment, jusqu'à ce qu'un déclic sache lui prouver qu'elle était capable de remplir sa nouvelle mission au mieux - elle faillerait sans doute à certains moments, parce qu'elle était humaine, mais c'était des erreurs que l'on apprenait. C'était avec elles qu'elle prendrait le meilleur élan pour la suite, parce qu'en apprenant ce qui était mauvais, on apprenait aussi ce qui était bon. Personne n'était infaillible et il faudrait qu'elle l'accepte, même à l'un des postes les plus hauts du village. Les plus belles récompenses étaient souvent lourdes d'autres poids - c'était des compromis, et elle acceptait ce compromis, sans perdre de sa peur, mais en gagnant cette conviction qu'elle en était capable, parce qu'elle avait été capable du reste jusque-là, qu'elle était encore de ce monde étrange, tant d'années après ce crash qui aurait pu lui coûter la vie comme elle avait pris celle de tant d'autres ; elle était là en tant que militaire et que lieutenant, à force de se prouver à ses supérieurs et de grimper les échelons de la hiérarchie ; elle était là en tant qu'exploratrice et aimait se croire intrépide - quand elle parvenait à occulter ses grosses frayeurs et les fois où elle avait cru, si loin de son village, que la fin était arrivée. Elle avait tant grandi en si peu de temps et elle avait parfois du mal à le réaliser, parce que ça nécessitait de jeter un regard en arrière, et regarder derrière elle n'était pas le passe-temps favori de la brune. S'il y avait peut-être un moment propice à le faire et opportun pour le faire, c'était maintenant : oui, pendant ces quelques années ici, elle avait grandi, gagné en compétences, en espoirs, en assurance, même.

Quant aux oppositions et aux critiques, Murphy devrait apprendre à y faire face comme elle aurait aimé qu'on fasse face aux siennes : avec écoute, au moins, et avec empathie et compréhension. Chacune d'elles devrait être pesée à la proportion de ce qu'elle valait. Elle devrait apprendre à reconnaître les contradictions sincères et ouvertes de celles qui n'amenaient nulle part d'autre qu'à la décrédibilisation infondée. Pour le reste, Devos avait peut-être raison. « C'est normal que tout le monde ait pas les mêmes idées, c'est comme ça qu'on avance d'ailleurs... faut juste que chacun soit prêt à faire des compromis. J'espère juste que les gens ici sont assez raisonnables pour se rendre compte de ça. » Et en fait et malgré son optimisme habituel, Murphy devait admettre qu'elle n'était pas sûre de la réponse. Elle avait appris au sein de la rébellion qu'il était parfois bien plus compliqué que prévu de raisonner avec ceux qui n'avaient jamais compté le faire. Elle n'était pas prête à crier dans le vide, encore. Elle n'était pas prête à revivre cette solitude isolante de celle que l'on n'écoutait pas ou qu'on se contentait d'entendre sans trop y prêter attention, comme un vague bruit de fond duquel on devait s'accommoder. Parce qu'elle l'avait compris depuis longtemps, Murphy : elle voulait se battre et elle pouvait se battre, mais elle était incapable de le faire seule. C'était une course de relais et chacun devait faire sa part, même si ça signifiait laisser un peu de ses idéaux de côté, tant que l'on en conservait les grandes essences. La prise de grandes décisions ne pouvait pas se limiter à une binarité simplissime, dénuée à la fois de sens, de fidélité et de la singularité intarissable du monde. Il n'était pas manichéen, ce monde, et ceux qui pensaient l'inverse l'avaient trop peu fréquenté.

Mais elle en avait marre de parler d'elle, parce qu'elle n'avait jamais trop aimé ça, et que même s'il lui arrivait d'y être contrainte comme aujourd'hui, elle se contenter de piocher dans ces confessions le strict minimum. Le strict minimum, elle l'avait obtenu. Sa décision était prise - si les doutes revenaient graviter encore trop près, elle s'accrocherait à cette décision et se remémorerait cette certitude qui l'animait en cet instant précis. Ce serait autour de cette décision que tout gravirait. Le reste reviendrait et s'adapterait à cette seule décision et à tout le projet qui se construisait autour. Alors elle allait arrêter sa machinerie d'égoïsme pour ce jour - c'était aussi à ça qu'on reconnaissait les belles amitiés, non ? A la réciprocité de l'écoute et du partage, à la présence qui se glissait là même dans les moments les plus difficiles, comme si elle avait toujours été une évidence entre les deux parties. « Je rends tes peines un peu moins sombres et tes bonheurs encore plus lumineux. » Et justement parce qu'elle connaissait à connaître son ami, Murphy ne lui jeta qu'un bref coup d'oeil. S'il voulait se confier, alors il pouvait le faire au monde qui s'étendait devant eux, à l'abri de son regard à elle. Il ne se confiait qu'à ses oreilles, loin de ses prunelles. Mais elle souriait en coin, parce qu'il cherchait déjà à esquiver cette case de l'âme en peine - Devos n'était pas de ceux qui aimaient ces dénominations simplistes, qui réduisaient toujours un Homme à bien trop peu de choses. Et Murphy, en fait, ne pouvait pas lui en tenir rigueur, parce qu'il avait raison. Mais aujourd'hui il avait peut-être un peu de cette peine dans son âme et portait peut-être le costume de l'âme en peine par-dessus tous les autres. Elle ne le lui dirait pas - ils le savaient l'un comme l'autre, au fond, pourquoi ils étaient là. C'était la colline de la mélancolie, des esprits tourmentés qui cherchaient fort l'apaisement.

Et les confessions de Devos étaient là, à portée de main. Elle ne le regardait toujours pas - elle ne voulait pas le brusquer, elle qui avait mis tant de temps à être apprivoisée. Et ce qu'il lui confiait venait de loin - pas parce que c'était inattendu, mais parce que ces évidences, si elles en étaient, avaient toujours été tues entre eux. Ça faisait partie des non-dits, de ce qui n'avait jamais vraiment eu besoin d'être expliqué et explicité entre eux. Et maintenant que ça l'était, maintenant que si lourds doutes prenaient naissance dans la réalité des mots, il semblait à la fois qu'ils avaient passé discrètement une étape supplémentaire dans leur relation, et que Devos avait dépassé une étape supplémentaire dans sa propre compréhension de lui-même, dans son écoute de lui-même et dans son ouverture aux autres et à la main qu'ils pouvaient leur tendre. Si elle lui disait tout ça, pourtant, Murphy était persuadée qu'il le balaierait d'un revers de main. Il n'était peut-être pas encore prêt à entendre cette fierté qu'elle avait de lui et de sa gestion des obstacles. « Ou peut-être qu'avant t'allais un peu trop vite ? Tu le sais mieux que moi, la vitesse c'est toujours relatif... » Sa voix était calme, douce et posée. « Arrête de comparer et demande toi plutôt dans l'absolu : à quel moment je suis le plus heureux ? » Elle marqua une pause en se mordant l'intérieur de la joue. « On oublie trop souvent de se demander si on est heureux. » Alors que c'était à la fois les fondations et l'objectif de tout. Elle sourit en y pensant; ça aussi, ça réalisait-elle, devait compter dans sa propre décision. Elle devait prendre celle qui avait le plus de chances de la rendre heureuse. Comme Devos : il devait y penser à ça, par-dessus tout le reste. Ce sentiment de perte de vitesse qu'il décrivait, le rendait-il vraiment malheureux ? Est-ce que la nouvelle perspective sous laquelle il voyait les choses était si différente ; est-ce qu'elle était mauvaise, supportable, enviable ? Et puis il y avait la rébellion. Le cœur de Murphy se serra. Elle n'avait pas réalisé - parce que depuis la dissolution du mouvement, ils n'avaient pas vraiment pris la peine d'en parler, sans doute - et parce que ça ne la regardait plus vraiment depuis qu'elle en avait claqué la porte, de toute façon. Alors non, elle n'avait pas réalisé tous les dégâts que cette fin avait pu causer, indirectement. Ca avait sans doute été plus facile de ne pas y penser, en fait. De tout laisser derrière elle pour de bon une fois qu'elle avait pris la décision qu'elle n'en ferait plus partie. Mais pour Devos, les choses étaient bien différentes. En même temps qu'ils semblait s'être fait voler une partie de son combat, il s'était fait voler une partie de son identité. Ce qu'il essayait de lui dire, peut-être, c'était qu'il ne restait plus que quelques morceaux de lui, et qu'il peinait à les rassembler pour se retrouver. Mais il se relèverait, elle le savait ; il se relevait déjà, même si elle se gardait bien de le lui dire. Et peut-être même qu'il n'était jamais tombé et que rien en lui ne s'était jamais brisé. Peut-être qu'il grandissait juste, d'une certaine façon. « Tu t'es jamais dit que tu prenais le questionnement à l'envers ? » La question était douce, elle ne le pressait pas. C'était une suggestion glissée là à portée de main. « Est-ce que c'était la rébellion qui faisait partie de ton identité, ou bien les raisons qui t'avaient poussé à la rejoindre... » Elle se pinça les lèvres et osa enfin lui jeter un bref regard. Ses prunelles le couvaient comme une maman oiseau couvait ses œufs. « En d'autres termes : est-ce que t'as perdu ce qui t'a mené là ? Moi je crois que t'es toujours le même... la rébellion, c'était qu'un moyen jcrois bien. » Peut-être, oui, qu'il avait besoin d'autres moyens, mais que les racines étaient toujours là, toujours solides, et que les cimes fricotaient toujours avec le grand ciel bleu des possibilités, des espoirs et optimismes.
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Devos Acciaro
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le Jeu 17 Sep 2020 - 11:23

— through thick and thin
15 MARS 2119

Pour lui, c’était un peu comme avoir la foi. La foi en quelque chose de si important qu’il dépassait l’individu. Et Devos avait tellement foi en la cause des rebelles, car elle représentait un mouvement qui correspondait à ses valeurs. Qui désirait mieux et plus. Un changement pour un avenir plus doux, plus enclin à la prospérité. Il s’était donc jeté corps et âme là-dedans, toujours plus loin, toujours plus profond. Chaque partie de son corps avait une utilité pour une mission ou un autre, chaque partie de son cerveau n’oubliait jamais cette direction. Pourtant, et pendant longtemps, Devos n’était centré que sur une chose : lui-même.

Ses recherches, son travail, ses passions. Il n’y avait que ça qui comptait, car il refusait de se donner pour les autres, pour ceux qui se moquent, pour ceux qui ne comprennent pas. Il s’était fermé à toute possibilité, avant de réaliser qu’en tant qu’individu, il n’était pas capable de fermer les yeux quand le mal sévissait. Le projet 100 a retourné son estomac, remis son propre cœur en question. Toutes ces années dans l’espace et voilà que la fin approche de nouveau. Pour survivre, le sacrifice est, pour le chancelier, la seule option et ça le choque. Ces enfants balancés sans remords, surveillé, abandonné. C’est de la torture. Une vision d’horreur qui aurait pu être si différente, si la terre n’avait pas été vivable. Si atroce. Alors Devos a découvert qu’il pouvait connaître la culpabilité pour un crime auquel il avait participé. Si aux yeux des autres, il n’était qu’un élément technique du projet, lui, il sait que chaque pièce du puzzle à son importance et peut faire la différence. Alors rejoindre Chris et le mouvement lui a paru être la bonne voie à prendre pour palier le mal causé. Pour utiliser son savoir à d’autres fins, et surtout pour sauver et non tuer. Pour améliorer et non détruire.

Mais la rébellion lui a apporté plus, qu’une cause.
Elle lui a offert une famille.

Lui qui n’avait aucun sens du devoir familiale, qui avait une relation conflictuelle avec ses parents, a découvert l’importance des liens. De Chris à Faust, de Murphy à Tennessee. Il y a quelque chose qui est née dans l’obstination et les missions secrètes. Quelque chose de beau, de fort, d’incassable. Quelque chose qu’il ne veut pas perdre, mais qui pendant trop, longtemps, était lié à cette vie de rebelle. Peut-être, donc, qu’une part de Devos a simplement peur de tout perdre. Lui-même et les autres. Lui-même et sa famille. C’est quelque chose de compliquer à exprimer, surtout pour lui. Pourtant, il essaye et espère que Murphy comprendra. Qu’elle ne s’enfuira pas face à ce qui le tracasse. Qu’elle ne disparaîtra pas. Il a conscience qu’ils sont parfois en désaccord, qu’il l’a déjà déçu, qu’il a déjà dû lutter pour se faire pardonner, pour se faire comprendre, et ce jour-là à la cantine du village, il s’était dit que la rébellion était un point de départ, et non l’air viable de leur relation. Il s’était dit qu’il pourrait tout lui dire et qu’il fera toujours un effort supplémentaire pour ça. Quelles que soient ses craintes, ses appréhensions. Aussi, depuis qu’ils se connaissent, il a la sensation que Murphy a toujours été vrai avec lui. Toujours authentique, toujours prête à sortir les mots même s’ils sont blessants, car ils seront nécessaires à entendre. Alors il prononce les choses. Admets que son quotidien n'est plus celui qu’il a toujours été.

« Je ne me pose jamais la question. » Qu’est-ce qui te rends heureux, Devos ? Quand a-t-il eut l’occasion de se dire ça ? Jamais. Car le concept le dépasse un peu, l’émotion aussi. Il s’est toujours fié à son instinct pour faire des choses qui l’excitent, intellectuellement. Est-ce que ça, ça le rend heureux ? Il l’ignore. Il sait juste que le temps n’a plus d’impact, quand il travaille. Qu’il est capable de faire des choses incroyables, d’élaborer, de construire. Cependant, s’il doit y réfléchir maintenant, il associerait ça a quelques instants hors-normes en compagnie des autres. Quand Tennessee rit à ses blagues, qu’elle est probablement la seule à pouvoir comprendre dans le village, en dehors de Devos. Quand Chris le taquine, qu’ils parlent d’amour, qu’ils se bagarrent comme des gamins et prévoient des idioties. Quand Murphy s’assoit à ses côtés, ouvre son cœur et se pose contre lui.

Oui, ça, quelque part, ça fait naître un drôle de sentiment en lui qu’il pourrait associer au bonheur. Même si son rythme de travail n’est plus le même, s’il coince lors d’une expérience, s’il n’arrive pas à faire un calcul, ça ne l'empêche pas de trouver ses amis, d'aimer, de sourire, d'être heureux, donc.

« Comment ça ? » Il est tout de suite intrigué. Il ne se pose pas les questions dans le bon sens ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Il lutte intérieurement pour essayer de visualiser les choses autrement, mais ne parvient à rien avant qu’elle ne reprenne la parole, de sa voix douce et rassurante. La rébellion, avait-elle vraiment volé une partie de son âme, quand la cause qui l’y a poussé, est et sera toujours là ? Il observe l’horizon en longueur, avant de se tourner vers Murphy pour croiser son regard.

Tu as raison.

Car les raisons sont encore là, aussi vif qu’autrefois. Il n’a rien perdu de ce qui le motivait, rien abandonné de ce qu’il aimerait changer dans cette société nouvelle dont ils ont les fondements.

« Mais… » Il soupire. « Qu’est-ce que je peux faire, maintenant ? » Est-ce que ses actions au sein du village sont suffisantes ? Devos a toujours l’impression que ce n’est pas assez. Que ses idées, ses projets, qu’il peut faire plus. Qu’il peut aller toujours plus loin et améliorer chaque jour la vie de chacun. C’est plus fort que lui, c’est ainsi. Mais il n’a pas conscience de l’impact, du changement. Ce qu’il fait lui semble trop peu. Il aimerait accomplir tellement plus. Il aimerait ramener davantage du confort d’avant, mais il y a tant à faire, à améliorer, à apprendre, qu’il se sent parfois impuissant face à tout et même, face à lui-même. D’avoir perdu beaucoup dans l’effondrement du métro, aussi, lui a fait faire marche-arrière sur des tas de réflexion. Voilà pourquoi une partie de son travail se retrouve maintenant plus en sécurité dans le bunker qu’ils ont longtemps utilisé comme cachette, et que Devos veut investir cette endroit comme repère pour les chercheurs, et pour avoir un nouvel endroit de stockage plus solide, plus sécurisé.

« Je ne suis pas un acteur dormant, tu le sais. Je veux donner une chance à ce nouveau conseil, à McOrish, mais je me sens dépossédait de toute initiative. La rébellion m’a donné un champ des possibles. Une liberté. C’est peut-être encore trop tôt pour moi, d’avoir cette même position vis-à-vis du conseil et peut-être que ça viendra, mais en attendant… » Il hausse les épaules. « En attendant, je crois que je suis en deuil. » Et c’est pour ça qu’il a tant l’impression qu’une partie de lui-même à disparue.

Car le rebelle est mort.
L’idéaliste essaye de s’en remettre.

@Murphy Cavendish
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