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Murphy Cavendish
DATE D'INSCRIPTION : 06/12/2015 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Nuna Cortez MESSAGES : 40861 CELEBRITE : Sophia Bush COPYRIGHT : Electric soul ♥ (vava) ; Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) METIER/APTITUDES : Conseillère diplomate; militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. POINTS GAGNES : 1030
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Remember, we were building the sky (Elias) Empty Remember, we were building the sky (Elias)

le Ven 28 Juin 2019 - 3:16


Remember, we were building the sky

Murphy Cavendish & Elias Caroll

(27 juin 2119 / recherche d'Isdès dans les montagnes)


C'était quand son monde s'était écroulé que Murphy avait compris tout ce qu'elle avait bâti, avec lui. C'était une lettre, juste une lettre, qui lui avait tout volé : ses rêves et ses projets, ses espoirs, son réconfort, son cœur, sa réponse à tout. Le morceau de papier avait été enterré au fond d'une boîte métallique qui contenait ses objets les plus précieux, puis exhumé pour être relu, encore et encore, juste parce qu'elle avait peut-être mal compris la première fois, la deuxième fois, et toutes les fois suivantes. En une lettre, il avait semblé à Murphy qu'on lui avait arraché tout ce pour quoi elle s'était battue, tout ce qui lui avait donné envie de découvrir l'autre, tout ce qui l'avait propulsée conseillère. Oh, c'était égocentrique et simpliste de limiter ses envies de diplomatie à sa relation avec lui, mais ce serait naïf de penser qu'il n'avait jamais pesé dans son amour qu'elle avait de ce monde et de ce qu'il avait à offrir. Deux mois de silence après une lettre pareille, c'était long. Alors à la colère avait succédé le chagrin, car elle comprenait. La décision d'Isdès était irrémédiable. Il ne s'agissait pas d'une rupture comme ils en avaient tant connu dans leur relation, quoi qu'elle ait pu être. C'était une rupture d'attachement, une preuve d'affection ultime, et ça faisait encore plus mal. Il devait penser à lui, avait-il argumenté. Elle avait attendu l'été si longtemps : elle voulait le rendre fière, la conseillère, et ils auraient tant de choses à se dire, tant de choses à faire. Mais cet été ne serait pas comme les précédents. Ce serait un été sans ses bras, ce serait une chaleur qui ne serait pas la sienne, et Murphy était désemparée. Il lui avait fallu le perdre pour comprendre qu'il était une partie intégrante de son microcosme. Il était son univers. Murphy aimait un homme qui avait choisi de disparaître. Mais le pire, c'était que la colère était totalement hors de propos. Parce que cette fois-ci, Murphy n'avait pas le droit d'être égoïste. Parce qu'il avait perdu un être cher et qu'il avait raison, c'était à lui qu'il devait penser. Yu laik ai skaifaya. Yu na shan ai skai. Moba, yu na gon fleim ai op. Taim ai komba, ai na hon yu daun. Otaim. Mais des pensées lui traversaient l'esprit, et c'était le chagrin qui l'envahissait. Si c'était à lui qu'il pensait, pourquoi n'était-elle pas là ? Quand elle avait perdu Thaïs, ça avait été dans les bras qu'elle avait trouvé du réconfort. Il avait été son armure contre le reste du monde, le temps que son cœur se revigore un peu. Quand elle pensait à elle, Murphy pensait à lui. Ils s'étaient promis, pourtant, ils se l'étaient promis, de ne plus se quitter, de ne plus s'autoriser à être l'un sans l'autre. Ce n'était pas de la colère, alors ; c'était de l'incompréhension, de la déception. Comment pouvait-elle avoir besoin de lui s'il avait besoin de tout sauf d'elle ?

Les mois auraient dû atténuer les cicatrices; c'était ce qu'elle avait espéré en enterrant la lettre. Mais les mots continuaient de virevolter dans son esprit et elle les réécrivait jusqu'à les relire, et c'était un cycle infini. Les cicatrices se creusaient, les plaies s'infectaient. Elle n'avait pas eu d'adieux, pas eu de dernier mot, pas eu d'ultime étreinte. Leurs dernières rencontres avaient laissé présager de tout sauf de ça. Elles avaient laissé voir des grandeurs qui semblaient si solides et si belles; trop belles pour être vraies. Elles avaient été anéanties si vite et voilà Isdès qui naviguait loin d'elle, loin de l'idée d'elle, loin du besoin d'elle.

Essaie pas de me trouver. Tu as jamais été une bonne chercheuse ici. Reste ici. Construis-toi. Prends soin de ton peuple. S'attendait-il une seule seconde à ce qu'elle lui obéisse ? Il la connaissait mieux que ça, pourtant. Elle avait voulu se plonger dans tout le reste, pourtant, comme elle savait si bien le faire; mais le reste ne suffisait plus vraiment, parce qu'elle avait besoin de bouger, besoin de comprendre, besoin de... elle ne savait pas trop de quoi elle avait tant besoin. De faire ses adieux au monde qu'ils avaient bâti ensemble, sans doute. De faire ses adieux à celui qui avait été une partie trop importante de son monde. Elle avait besoin de lui crier des dizaines de choses, aussi, et de lui en souffler quelques autres, plus secrètes, dont il deviendrait seul possesseur. Alors il fallait qu'elle remonte là-haut, dans ses montagnes natales, et peut-être trouverait-elle quelques indices, des témoins de son départ, quelqu'un qui saurait la rediriger, lui offrir quelques mots qu'Isdès avait laissés derrière lui. Peut-être trouverait-elle quelque chose de plus que cette seule lettre qui ne lui suffisait plus, objet de son chagrin et de demi-promesses laissées là, devant l'impuissance de celle qui n'avait pas été choisie pour accompagner Isdès dans ce qui semblait être l'un de moments les plus difficiles de son existence.

C'était un miracle, avait-elle pensé en recevant l'approbation de Richard pour s'éclipser quelques jours du village. Ca avait toujours été délicat de disparaître quelques jours mais avec un peu d'organisation, ça avait toujours envisageable. Mais pour une conseillère, les choses allaient-elles changer ? Murphy pouvait toujours brandir la carte de la diplomatie de laquelle elle avait été rendue responsable : c'était ces escapades qui la faisaient connaître ce monde, c'était elles qui lui permettaient de ramener un peu du dehors au village. C'était elles qui lui avaient offert cette place parmi le Conseil. Pour illustrer l'utilité de ces quelques jours qu'elle voulait s'offrir loin d'ici, Murphy avait brandi la petite carte qu'elle tenait pour sa propre sécurité et laissait parfois aux cartographes du village. Elle aurait sans doute de quoi la compléter; ils connaissaient encore trop peu des montagnes et si Murphy savait que c'était un territoire qui demeurait privé et réservé aux Athnas, elle savait aussi qu'il arrivait de se perdre... ou d'y chercher quelque chose de particulier. Mais ça, ses recherches et envies personelles, elle les avait tues. Compléter une carte, des recherches, des connaissances, ça, par contre, c'était plus que bienvenu pour quelqu'un qui avait été décrété responsable de la diplomatie et a fortiori, des relations aux extérieurs. Alors en fait, ça n'avait pas fait plus débat qu'auparavant; il avait suffi d'organiser les horaires de ses patrouilles pour que son absence ne se répercute sur la quantité de travail d'aucun de ses collègues.

Sous les températures de ce mois de juin, la marche avait été un calvaire. Les moustiques n'avaient pas tardé à accompagner Murphy et Antarès dans leur progression, et la brune avait regretté la petite potion d'Isdès, non sans soupirer rien qu'à l'idée que quelque chose d'aussi absurde puisse lui faire penser à lui. Elle était aussi dénudée que possible, mais la décence la forçaient à se couvrir un minimum et Murphy ne rêvait que de la récompenser de la fraîcheur des montagnes. Peut-être retrouverait-elle le lac où tout avait commencé ; peut-être se perdrait-elle du côté d'autres coins de fraîcheur, elle ne demandait que ça. Sa seule certitude, c'était sa volonté à rester discrète : elle savait les montagnes d'Isdès secrètes, réservées seulement à ceux qui en avaient gagné les clés. Murphy n'y avait jamais gagné ses entrées. Elle avait été une invitée, rien de plus. Maintenant, elle serait une visiteuse timide et surtout, respectueuse.

Sa boussole voguait de ses mains moites à la poche de son short et elle se dirigeait vers le nord, nord-ouest, toujours. Antarès s'occupait aux alentours comme il le faisait dès qu'ils quittaient le village odysséen. Il s'absentait parfois de longues minutes avant de réapparaître pour accompagner son humaine sur des kilomètres. Elle était heureuse de l'avoir à ses côtés. Ses doigts, nerveusement, venaient régulièrement trouver la chaîne qui accompagnait l'autre depuis presque un an. La petite lune en améthyste n'avait pas encore quitté sa poitrine parce que c'était sa façon de le garder auprès d'elle et contre elle. Il ne serait pas là pour son prochain anniversaire. Il ne serait plus là pour aucun de ses anniversaires, et pour plus rien d'autre. Mais la lune en améthyste, elle, se laissait chauffer par le soleil contre sa peau, aux côtés des souvenirs d'autres vies qu'on avait arrachées à la sienne. Avait-il seulement gardé près de lui le cadeau qu'elle lui avait fait, elle ?

Le début de l'ascension fut le plus difficile. Les kilomètres commençaient à se faire ressentir dans les pattes et la chaleur terrassante dans l'aisance physique. Le lever avait été bien matinal parce qu'elle avait refusé l'idée de devoir s'arrêter à mi-chemin pour installer un camp. Elle ne dormirait que dans un coin tranquille des montagnes. Et maintenant que ça grimpait, Murphy s'accrochait à l'idée d'un repos bien mérité. La végétation était encore dense et elle comptait restait à l'abri des conifères le plus longtemps possible. A mesure de son ascension, l'air se faisait de plus en plus respirable et c'était plus que bienvenu. Antarès, à ses côtés, ralentissait aussi la cadence. Il ne prenait même plus la peine de vadrouiller à droite à gauche et restait fidèlement auprès d'elle, preuve ultime de la fatigue qui commençait à poindre.

Murphy ne s'autorisa à reprendre son souffle que lorsqu'elle atteint un point entre les arbres qui culminait sur une étendue turquoise en contrebas. Son cœur se serra en reconnaissant la cascade de l'autre côté. Ils n'étaient pas arrivés du même côté avec Isdès mais ils avaient fait le tour après leur première nuit ici. La brune réalisa brusquement que c'était l'endroit dont elle avait cherché le chemin depuis qu'elle avait commencé à gravir les hauteurs. Mais maintenant, ici, qu'est-ce que ça changeait ? Elle n'allait pas trouver Isdès derrière la cascade. Elle n'y trouverait que la roche marquée de son prénom et la partie d'elle qu'elle y avait laissée. Dans un soupir, elle tourna le dos et reprit déjà sa marche, incapable de rester là plus longtemps pour aujourd'hui. Elle reprendrait son souffle plus tard -reviendrait peut-être dans le coin le lendemain, après une bonne nuit de sommeil.

Alors elle grimpa, encore, pendant de trop longues minutes. La forêt de conifères commençait à prendre des teintes mordorées et son souffle se faisait court : il lui fallait trouver un endroit accueillant pour passer la nuit. Un peu reculé, aussi, si elle voulait s'assurer de ne pas déranger les habitants de ces montagnes dont elle était, elle ne l'oubliait, qu'une simple visiteuse.

Elle finit par arriver au bord d'une falaise de pierre claire et brute. Prudente, elle s'avança pour ne voir en contrebas que ce lac, encore et toujours. Elle avait fait le tour sans le vouloir -preuve peut-être, de sa perte de repères ici, de son incapacité à écouter son sens de l'orientation. Tout la dirigeait ici, aux origines de tout. Derrière elle, au milieu des arbres, résonnait l'écoulement de sources qui devaient continuer leur course dans ce dédale de cours d'eau qui finissait en contrebas pour se mélanger au eaux claires. Pour la première fois depuis qu'elle avait reçu la lettre, Murphy laissa le raz-de-marée de sentiments l'envahir. Le soleil se reflétait dans la multitude de larmes silencieuses qui coulaient le long de ses joues déjà un peu roussies en ce début d'été. Elle était profondément triste, en fait. Pas en colère, pas même réellement déçue de ne pas être des nécessités d'Isdès alors qu'il s'avérait être des siennes. Lui manquait-elle, à lui ? Pensait-il à elle ? Avait-il trouvé d'autres bras pour le réconforter ? Ses doigts étaient encore venu trouver le pendentif violet et elle se laissa tomber par terre, sur la pierre encore brûlante, en plein devant ce paysage majestueux et mélancolique. Antarès était resté quelques mètres derrière elle, là où les sapins protégeaient encore le sol. Il avait essayé de profiter de l'une des sources pour se désaltérer mais avait fini par trotter vers un fin cours d'eau qui filait entre des roches claires, petites sœurs de celle sur laquelle Murphy s'était installée. L'eau y était plus fraîche. La brune, elle, comprenait ce qu'était destinée à être sa vie sans Isdès. Elle serait comme ce lac sans lui : plus tout à fait la même, maintenant qu'elle avait été habillée de lui. C'était un au revoir. Les teintes froides se moiraient doucement de teintes ardentes et affreusement mélancoliques. La nuit commençait à recouvrir leur lac.
Elias Caroll
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Remember, we were building the sky (Elias) Empty Re: Remember, we were building the sky (Elias)

le Lun 22 Juil 2019 - 13:05
Lorsque le regard d’Elias se pose sur Murphy, il réalise qu’il s’attendait à la voir débarquer plus tôt. Il est vrai que la disparition d’Isdès est difficile pour bien des gens. En réalité, il s’est parfois demandé s’il en serait de même pour lui. Est-ce qu’il parviendrait à inquiéter des gens ? Est-ce que des individus viendraient trouver son peuple pour poser des questions ? Il est sans doute préférable pour lui de ne pas s’en inquiéter. En réalité, il sait très bien que personne ne viendrait le voir, il sait très bien qu’on ne s’inquiéterait pas et qu’on ne le chercherait pas non plus. Et c’est presque plus facile comme ça. Presque, parce que dans le fond, il est plus facile de ne pas y porter trop d’intérêt. C’est douloureux, un peu, que de prétendre qu’on ne manquera à personne si on venait à partir. S’il n’était pas un guerrier digne de ce nom, il aurait sûrement pris le parti de s’ôter la vie. Mais… Il n’a pas envie de périr et de perdre le respect qu’on pourrait lui accorder s’il faisait ça comme un homme. S’il venait à mourir comme un guerrier et non comme un être faible. Enfin bref.

Il pensait vraiment la voir plus tôt, croiser son regard et y voir la vulnérabilité, la tristesse et plus encore. Il faut dire que la moindre émotion se lit dans son regard, quand elle est à son paroxysme. Il comprend son ressenti, cette douleur qui doit irradier de son corps. Il ne sait pas vraiment ce qu’il pourrait lui dire mais il imagine assez facilement que peu importe les mots qu’il utilisera, ça ne facilitera rien à cet échange. Il sera difficile, surtout pour elle. Mais il fera vraiment de son mieux pour lui faire comprendre les choses à sa manière. Bien que ça puisse être la mauvaise. Son but n’est pas de la brusquer ou de lui faire du mal. Son intention est uniquement de lui faire comprendre qu’il ne sert à rien de le chercher, qu’Isdès a disparu là, quelque part, et qu’il lui sera impossible de le retrouver s’il ne veut pas l’être. Il connaît l’île comme sa poche, alors il sera parfaitement en mesure de se rendre dans un endroit où il pourra être tranquille. Elias ? Sans doute pourrait-il le retrouver s’il le cherchait vraiment. Cela prendrait du temps, et de l’énergie mais puisqu’ils se connaissent vachement bien l’un et l’autre. Mais il n’ira pas et il n’a même pas songé une seule seconde à partir à sa recherche. S’il était lui-même parti, il ne supporterait pas qu’on vienne le chercher. Il n’en fera donc rien. Quant aux autres, il comprend où ils veulent en venir mais il n’ira pas pour les rassurer. Il n’aidera pas Nuna, tout comme il n’aidera pas Murphy. Ni qui que ce soit. Il comprend qu’ils puissent s’inquiéter mais ça s’arrête là.

Elle est là, en larmes et il ne sait pas comment l’aborder. Pour tout dire, il n’ose même pas l’approcher tout comme il ne voit pas ce qu’il pourrait lui dire. Il ne veut pas lui faire de mal, il ne veut pas la blesser ou même la vexer. Il n’y a strictement rien à faire. En réalité, même s’il lui propose son épaule pour qu’elle puisse l’innonder de larmes, ça ne changera rien du tout. De toute manière, il ne sait même pas vraiment comment on est censé rassurer ou consoler les gens. Lorsque Moïra n’allait pas bien, déjà, il ne savait pas comment il était supposé s’y prendre pour que ça puisse bien se passer. Il était juste là, près d’elle, à ne pas oser al toucher, sans trop savoir quoi lui dire non plus. Il était maladroit. Trop et en général, ça finissait par l’agacer ou bien la faire rire. Ca dépendait des jours disons. Mais bon, tout ça pour dire que là, tout de suite, il ne sait absolument pas quoi lui dire. D’ailleurs, il est même persuadé qu’à tout moment, il pourrait partir sans qu’elle n’ait pu le voir. Mais c’est encore une autre histoire. Et bien sûr, ça ne peut pas être si simple. Ce n’est jamais simple, d’ailleurs. Et là, en l’occurrence, c’est même plus compliqué que prévu, justement.

Partir serait plus facile et sans doute n’aurait-il pas hésité à le faire, s’il l’avait pu. mais il est trop tard et bien qu’il dira tout le contraire si on lui pose vraiment la question, Elias réalise qu’il l’apprécie bien trop pour prendre le risque de partir. Et ça compte déjà beaucoup parce qu’il n’aurait pas fait ça pour grand monde. Les larmes le mettent mal à l’aise, le perturbe et lui tiraille l’estomac. Il ne sait jamais ce qu’il pourrait leurs dire tout comme il ne sait jamais comment réagir. Il inspire un grand coup, ne sait pas quoi faire mais finit par avancer vers elle. Il est dans son dos, elle ne l’a même pas remarqué, plongé dans ses songes les plus noirs, sans doute. Et il comprend que ce ne soit pas facile, il comprend que ce soit un peu le bordel. Que la situation soit facile ou non, ils sont juste censé faire avec. Que ce soit facile ou non, ils n’ont pas beaucoup d’options. Posant la main sur son épaule, Elias grimace. S’il ne prend pas la parole tout de suite, c’est avant tout pour prendre le temps de mesurer la situation, de voir si elle a envie de l’entendre ou non. Pourtant, il n’attend pas bien longtemps et sans trop savoir il finit par prendre la décision de parler. A quoi bon attendre, il est là pour elle. Qu’elle le veuille ou non. Et que ce soit rôle ou non. mine de rien, il sait très bien que ça ne se passera pas comme ils pourront le vouloir.

Pour la première fois depuis que ce peuple est tombé du ciel, il prend le temps, réfléchit, mesure ses mots. " Tu ne devrais pas être là. ". L’accent est horrible, les mots sont hâchés mais pour la première fois, sa phrase est correcte. Tout change, prend une tournure plus agréable ou presque. Il fait l’effort et pourtant, il sait très bien que ça ne sert pas à grand chose, il sait très bien que ça ne mènera nul part. Autant ne pas trop se prendre la tête, autant ne pas trop réfléchir à la suite des choses. D’une certaine manière, ça pourrait presque paraître plus facile. Mais… Ce n’est jamais facile, en réalité. Et c’est peut-être bien ça le problème. Bien sûr, il ne s’agit pas non plus d’une accusation hein. Il n’est pas en train de lui dire qu’elle doit partir.. Disons plutôt que la situation risquerait de lui faire bien plus de mal que nécessaire. Et c’est bien ça le problème, justement. La situation n’est pas facile et il comprend que ce soit bien trop dur. C’est compliqué. Et… En fin de compte il n’y a rien à faire pour que ça puisse s’améliorer.

Elle souffre et lui… Il ne sait pas ce qu’il est supposé faire pour que ça puisse s’arranger. Il ne veut pas non plus être porteur de mauvaise nouvelle mais dans le fond… Que pourrait-il bien lui dire pour la rassurer hein ? C’est bien ça le problème. Il n’y a rien à faire pour que ça puisse s’arranger. Et il devra le lui dire. A un moment ou un autre.
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Murphy Cavendish
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le Ven 2 Aoû 2019 - 0:01


Remember, we were building the sky

Murphy Cavendish & Elias Caroll

(27 juin 2119 / recherche d'Isdès dans les montagnes)


En fait, quand elle y réfléchissait, Murphy réalisait qu'elle ne savait pas pourquoi elle était là. Dans sa lettre aussi révoltante que brève, Isdès lui avait clairement demandé, si ce n'était ordonné, de ne pas partir à sa recherche. Ce que cette requête traduisait, en plus d'un besoin d'avoir le dernier mot, c'était tous les obstacles qu'il mettait sur le chemin de quiconque souhaiterait retrouver sa piste. Mais il ne fallait pas dire à Murphy ce qu'elle pouvait faire et ne pas faire, et encore moins la contraindre à quelque chose sans lui donner le droit de parole. Elle devait agir. Et elle avait pris sur elle trop longtemps, s'était forcée trop longtemps à accepter l'irrémédiable. Car elle n'était pas folle ou bête : si Isdès ne voulait pas être retrouvé, elle ne le retrouverait pas. Même toute sa bonne volonté et les capacités de traque d'Antarès ne feraient jamais le poids face à la détermination de l'Athna. Alors oui, quand elle prenait le temps d'y réfléchir, Murphy ne comprenait pas ce qui pouvait avoir poussé sa stupidité à lui faire prendre le chemin des montagnes. C'était hors de sa raison et de sa maîtrise mais au fond, et elle l'avait toujours su, il fallait qu'elle passe par là. Rester statique au village ou quitter celui-ci en prétendant ne pas retrouver Isdès au moins par hasard, au mieux volontairement, ça aurait été s'embourber dans un déni qu'elle n'était plus prête à affronter. Ils avaient trop enduré, tous les deux. Ils avaient trop résisté, tous les deux. L'un à l'autre, et puis côte à côte, face au monde. Alors maintenant, quoi ? Maintenant il n'y avait plus qu'elle, dans un océan de néant, qui attendait qu'il lui tende une main selon son bon vouloir, et il n'y avait pas pire sensation que celle de dépendre entièrement d'une seule personne, que celle de s'être laissée dépendre entièrement d'une seule personne.

Ca aurait peut-être dû rendre les choses plus faciles, mais ça les rendait encore plus difficiles. Elle se contraignait toute seule à ne pas passer à autre chose alors qu'il lui avait donné toutes les cartes pour le faire. Comment pouvait-elle mettre tant d'énergie à le chercher pour lui faire ses adieux alors qu'il avait à peine pris quelques minutes pour lui écrire une lettre et passer lui-même à autre chose, à une autre vie de réconfort qui n'avait pas besoin d'elle ?

C'était tout ça qui l'assaillait au bord de sa falaise, au-dessus de ce lac qui les avait vus se trouver pour la première fois. Les souvenirs des bons moments et des mois plus cruels avec eux; les souvenirs d'un avenir qui n'avait pas eu le temps de voir le jour; les souvenirs des bras qu'elle ne retrouverait jamais plus, parce qu'il avait choisi d'en trouver d'autres, ailleurs, loin d'elle. En fermant les yeux, elle rêvait à sa présence derrière elle. Elle pouvait presque l'imaginer là, à l'observer dans le silence, et avec tous ses espoirs naïfs, elle lisait dans ses pensées tout le manque et le besoin qu'il avait d'elle. Mais il n'y avait que le vent qui soufflait dans les résineux d'altitude, il n'y avait que les bourrasques qui s'engouffraient dans le vide à quelques mètres d'elle. Il n'y avait que les sources qui coulaient dans la forêt derrière elle et le soleil de début d'été qui caressait sa peau pâle comme si de rien n'était, comme si rien n'avait changé. Il n'y avait que la certitude de la seule présence d'Antarès derrière elle. Il n'y avait qu'elle mais c'était l'absence de lui qui prenait toute la place.

Elle était perdue hors du temps, Murphy, et ne voyait plus la nuit qui ne tarderait plus à pointer le bout de son nez, et ne voyait plus les prochains jours à errer ici, et ne voyait plus le retour au village ou tout ce qui pourrait se passer après. Elle ne voyait plus sa place au Conseil et tout ce qui aurait dû être capable de lui faire oublier la seule chose qui lui manquait. Les larmes étaient presque évanescentes, perles salées qui s'échappaient de prunelles profondément tristes et incroyablement pudiques. Il lui fallait quelques minutes ou quelques heures, le temps que le soleil s'enflamme de ses teintes écarlates ou s'évanouisse par-delà les montagnes qui se découpaient en dentelles sur le fond de ciel derrière le lac. Il lui fallait du temps et de la solitude, il lui fallait une paix qu'elle ne savait plus réellement où trouver, maintenant que les bras d'Isdès lui avaient été volés. Les hauteurs autrefois si paisibles ne l'étaient plus vraiment. Elles portaient dans chaque pore de leurs roches les souvenirs qu'ils y avaient construits à deux.

Murphy ne savait pas combien de temps était passé depuis qu'elle était là. Elle ne savait pas où s'était égaré son esprit, non plus, à la fois juste là et incroyablement loin dans l'espace et le temps. Mais même si ses larmes semblaient dire l'inverse, c'était un petit havre de paix, un drôle de havre de paix. Ce bord de falaise se présentait maintenant comme le seul endroit pour faire ses adieux à quelqu'un qui les avait fait depuis longtemps. C'était là que tout avait commencé et là où tout se finirait. C'était sans doute cette évidence qui l'avait menée jusqu'à ce point précis sans qu'elle s'en rende compte, qui l'avait fait tourner encore autour de ce seul lac alors que les montagnes s'étendaient probablement sur des dizaines de kilomètres par-delà l'étendue d'eau. Elle n'était pas là parce qu'elle jouait la sécurité des coins qu'elle connaissait le mieux; elle était là parce que c'était là qu'une partie de son cœur était restée et c'était là qu'elle devait en reprendre possession. Mais il n'y avait pas de recettes pour ça, pas de plans détaillés pour retrouver ce petit quelque chose qu'on avait offert à l'autre. Est-ce que c'était entre elle et elle, ou entre elle et la montagne ? La vérité, c'était que c'était entre elle et la Montagne, mais celle dont elle avait besoin ne se dressait plus devant elle, et il lui faudrait faire avec ce que ce monde lui offrait d'autre. Et ce qui lui restait, c'était son monde à lui, son environnement, celui qu'il avait choisi, comme elle, de laisser derrière lui pour reconstruire une vie ailleurs. Ce qui lui restait c'était ces montagnes et ce lac, et tous les souvenirs qu'il fallait accepter de laisser à un autre temps.

C'était toutes ces idées qui traversaient son esprit qui tiraient des larmes de ses prunelles émues. Ca passerait, sans doute, même s'il fallait attendre que la nuit recouvre le lac de son manteau sombre. Ca passerait même si elle devait passer trois jours au-dessus du lac, à se remémorer ce qu'elle ne s'autoriserait plus à se remémorer plus tard, lorsqu'elle aurait repris le cours d'une vie à laquelle Isdès n'appartiendrait plus.

Elle sursauta violemment, posant une main sur la roche dans un mouvement de recul étrange qui ne lui aurait permis d'échapper à aucun danger. Pendant un bref instant, elle oublia la distance de sécurité qu'elle s'était imposée avec le bord de la falaise et fut effrayée du vide qu'elle imaginait plus près d'elle qu'il ne l'était. Frissons de frousse et de panique, et elle leva le regard pour trouver Elias là. C'était lui qui avait posé sa main sur son épaule, qui l'avait réveillee, ramenée sur Terre et dans le présent. Elle cligna des yeux quelques brèves secondes, le temps de reprendre ses esprits et de réaliser les quelques larmes qui avaient glissé le long de ses joues. Elle les essuya de façon pressée en se raclant la gorge, et se releva un peu gauchement pour lui faire face de la plsu digne des façons. Mais son regard ne trompait personne, pas plus que les doigts qu'elle craquait nerveusement un par un. Ses lèvres s'entrouvraient pour se refermer aussitôt; elle cherchait ses mots mais ne les trouvait, et c'est lui qui prit la parole le premier. « Je sais... » abdiqua-t-elle sous le poids des évidences, alors que ses épaules s'affaissaient de désespoir. Elle ne devrait pas être là, elle ne devait pas être là. Isdès avait été celui qui lui avait ouvert les portes de ses montagnes. Sans lui, elle n'avait plus aucune légitimité à fouler ce sol qui n'était pas le sien. Alors son regard se fuyant comme il avait été si rare qu'il le soit jusque-là avec Elias. Sans le regarder, elle s'approcha de lui et le surprit dans une étreinte douce et triste. Elle le serra contre lui pendant une seconde ou un peu plus; juste pour... juste parce que...

Parce qu'elle n'était plus tout à fait toute seule, et qu'il était le seul qui pourrait l'aider ? Qu'il était le seul qui pouvait la comprendre ? En tout cas, il était le seul qui avait connaissance de ce qui avait pu la lier à Isdès -si on omettait la folle dingue @Mila Swann qui les avais surpris, vicieuse comme elle l'était. Il était donc le seul qui pouvait avoir un aperçu réel de ce qu'elle traversait dans son coin, pauvre amante abandonnée à sa seule solitude. « Je suis désolée... » s'excusa-t-elle platement en lui rendant sa liberté, bien consciente que c'était une proximité qui devait hérisser le poil de l'Athna. Mais à ce moment précis, ce n'était plus seulement l'ours ou le cyclone qui les liait, c'était une disparition commune. Il en savait peut-être plus qu'elle - il en savait peut-être autant ou moins qu'elle; peu importait. Ils avaient perdu la même personne lorsqu'Isdès avait décidé que son chemin se dessinait ailleurs, maintenant, aussi loin d'eux que possible. « Je sais que je devrais pas être là - je sais même pas comment je suis tombée sur le... lac... » Elle désigna vaguement derrière elle d'un pouce tendu dans son dos. Elle bégayait, fuyait un peu plus le regard perçant d'Elias qu'elle ne l'aurait souhaité, mais elle n'y pouvait plus grand chose. Elle avait été surprise la main dans le sac, atterrée, affaiblie, endeuillée. Elias n'avait probablement aucune idée de ce que représentait cet endroit particulier. Pour lui, c'était probablement comme pour Isdès : la maison, un terrain de jeu qui n'appartenait qu'à ceux qui étaient nés dans ces montagnes. Elle se retourna à nouveau pour faire face au lac en contrebas et tourna malgré elle le dos à Elias, les bras croisés sous sa poitrine. C'était plus facile comme ça, sans avoir à soutenir son regard. « Tu sais pourquoi je suis là, hein ? » demanda-t-elle, question rhétorique et défaitiste alors qu'elle essuyait une nouvelle fois son visage. Comme s'il venait d'être appelé par le désespoir de son humaine, Antarès rappliqua doucement derrière, faisant une fois sagement le tour de l'Athna avant de se poster devant Murphy pour chercher à capter son attention. Elle lui jeta un regard doux avant de partiellement se retourner vers son interlocuteur. « Ecoute, je veux pas déranger... Je... je pensais passer la nuit ici, je connais pas assez le coin pour m'aventurer ailleurs dans le noir, mais si je dérange je peux... tenter ailleurs. » Elle soupira. Pendant ces quelques secondes, elle ne pensait plus à Isdès mais juste à la perspective de la soirée qui pointait le bout de son nez. Elle n'avait jamais voulu s'imposer ici; elle n'avais voulu déranger les montagnards et encore moins Elias. Mais elle retenait la sensation de sa main posée sur son épaule, et elle se sentait épaulée pour la première fois, parce que pour la première fois, elle était avec quelqu'un qui savait qu'elle avait besoin d'être épaulée. A lui il n'y avait rien besoin d'expliquer. Il savait ce qu'elle faisait là sans qu'elle n'ait besoin de chercher les mots; elle n'avait pas à justifier son chagrin parce qu'ils se connaissaient l'un et l'autre plus qu'aucun des deux n'aurait probablement aimé l'admettre. « Il m'a interdit de le chercher, tu sais... » Elle eut un petit rire jaune et essuya une larme en fixant l'horizon au loin, bien incapable de soutenir le regard d'Elias. « Quel connard », conclut-elle en haussant les épaules pour essayer de se convaincre elle-même que la situation était aussi simple qu'une insulte.
Elias Caroll
DATE D'INSCRIPTION : 20/01/2016 PSEUDO/PRENOM : avengedinchains MULTICOMPTES : Milo, Richard, Astrid & Meeka MESSAGES : 1102 CELEBRITE : Tom Hardy COPYRIGHT : ava by Stolas ; signa by beylin METIER/APTITUDES : guerrier TRIBU : Athna POINTS GAGNES : 70
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Remember, we were building the sky (Elias) Empty Re: Remember, we were building the sky (Elias)

le Mer 11 Sep 2019 - 18:34


Au départ de son rival, Elias s’est avant tout demandé quelles en seraient les conséquences. Sans pour autant vraiment s’interroger là-dessus puisqu’on ne peut pas vraiment dire que ça aurait servi à grand chose. Ca n’a jamais été facile, disons, mais est-ce qu’il est vraiment nécessaire de chercher plus loin ? Il a songé, un instant, à Murphy, c’est vrai, et ce ne fut pas facile. Parce qu’il imagina sa souffrance se mêlant d’une quelconque manière à la sienne. Oh, bien sûr que ce n’est pas tout à fait pareil. Il ne faut pas nier le fait que lui, il est parti et que sa femme et sa fille ont disparu pour de bon. Isdès pourrait à tout moment revenir et prétendre avoir fait une erreur ou bien agir comme s’il n’avait aucun tort. Mais ça, une nouvelle fois, on ne peut pas vraiment dire que cela le concerne vraiment. Et c’est une chose qu’on peut aisément comprendre. S’il essaie de garder une certaine distance avec tout ça, il ne peut pas nier le fait que ça n’ait rien de vraiment évident. Il n’est pas disposé à juger le comportement de cet homme, cependant. Parce qu’il y a pensé, très longtemps. Partir, se reconstruire ailleurs et ne jamais revenir. Tout comme il a longtemps pensé à mettre fin à ses jours et y pense encore aujourd’hui. Mais là, cependant, c’est une situation un peu plus complexe. Il n’est jamais facile d’y faire attention et il ne cherche pas non plus à le faire. Si toute cette histoire est derrière lui, il se surprend à imaginer que tout va mieux comme ça. Bien que ça n’ait strictement rien de facile. Il n’est juste pas en position pour prendre les décisions qu’il faudrait. Et c’est l’aspect le plus compliqué de toute cette histoire.

Croiser sa route, ça n’a rien de facile non plus. Se retrouver devant Murphy un peu trop près de son propre village, ce n’est pas évident. Elle ne devrait pas être là. Si l’entente se fait grandissante, la montagne reste méfiante et il est bon de ne pas se pointer sans s’annoncer. Pour autant, il ne cache pas le fait que cette histoire soit un peu plus complexe qu’il ne le voudrait. Il se retrouve face à un coeur brisé, face à une âme piétinée. Isdès est un parfait crétin. Il est ridicule de partir comme ça sans se soucier des conséquences qu’il peut y avoir quelque part. Il abandonne une fille autour de laquelle il tournait et elle se retrouve seule, derrière lui. Bien sûr qu’il n’est pas disposé à juger, de toute façon, il n’est pas non plus apte à juger tout ça. Il ne sait pas de quoi il s’agit, et il n’a jamais véritablement su. Cela ne le concerne pas, de toute façon. Et en même temps, n’est-ce pas lui qui se retrouve face à elle désormais ? En lui disant simplement qu’elle ne devrait pas être là, son but n’est pas de la mettre dehors, son intention n’est pas de la pousser à partir. Ce serait ridicule. Il aimerait juste lui faire comprendre que ce n’est pas en venant ici que ça va changer quelque chose. Il est parti et elle ne risque pas de le trouver dans la montagne.

Comment est-elle arrivée là ? De la pire des manières. C’est arrivé en marchant simplement, en avançant bêtement dans une direction.. Qu’elle a peut-être connu par le passé. C’est une histoire compliquée, disons, mais il n’est pas nécessaire de chercher plus loin. Il s’est souvent rendu dans des endroits qu’il connaissait, et qu’il partageait avec sa famille. Ce ne fut pas facile, d’y aller sans eux mais il y est parvenu avec une facilité déconcertante. Alors il comprend et y pense, difficilement, en enfonçant ses mains dans ses poches, en grimaçant. " Les pas. Souvenirs qui guident. ". Il avale difficilement sa salive, tente de faire le point sur ses mots et de les prononcer correctement. Malheureusement, ce n’est pas une grosse réussite et il s’en voudrait presque de transformer un échange aussi sérieux. Qu’est-ce qu’il y peut s’il n’a jamais été suffisamment assidu à l’école ? Ce n’est pas vraiment comme s’il avait pu faire autrement.

Bien sûr qu’il ne veut pas se montrer intrusif. Bien sûr qu’il ne sait pas quoi lui dire, ni comment le lui dire. Il n’a jamais été cette épaule sur laquelle on peut poser la tête, il n’a jamais été capable d’écouter et de conseiller correctement. Pourtant, il a toujours fait de son mieux. Il n’y est jamais parvenu. Et de toute manière, il estime ne pas être le mieux placé pour que les choses se passent comme il le faudrait. C’est juste plus facile comme ça. Mais ça n’a rien d’évident.

Pourquoi est-ce qu’elle est là ? Dans le fond, il n’en a pas la moindre idée. C’est ça la grosse réalité. Elias n’est pas disposé à comprendre où est le problème ou même ce qu’elle désire faire en venant ici parce que les choses ne sont jamais évidentes. Les choses ne l’ont jamais été, de toute façon. Elias réalise avec un semblant de tristesse qu’il avait raison, les concernant, et qu’aujourd’hui, ça ne joue pas vraiment en la faveur de la fille du ciel. Il aurait presque aimé se tromper. Il aurait presque voulu que les choses se passent différemment. Mais on ne peut pas toujours contrôler le futur ni même ce qui nous entoure. Peut-être qu’à l’intérieur d’Elias se cache un semblant de philosophe ? Sans doute pas mais il lui arrive parfois d’un peu trop réfléchir alors qu’il n’a sans doute pas l’intelligence de comprendre certaines de ses pensées. Oh, il n’y peut rien, ça a toujours été comme ça chez lui. Ca a toujours été un peu compliqué. Surtout lorsque la concerne les autres humains. " Lui pas là. ". En réalité, il songe vraiment à prendre quelques cours de langues auprès d’un ancien de son visage. C’est le genre de chose qu’il n’est absolument pas en mesure de négliger. Et il ne cherche même pas à le faire parce que ça ne servirait pas à grand chose. Elle sait qu’il n’est pas là, si ce n’est pas le cas, il ne saurait pas quoi lui dire.

Il soupire lorsqu’elle se met à prétendre que si elle dérange, elle peut toujours partir et s’éloigner pour se rendre dans un endroit un peu plus supportable pour eux. Ce n’était pas son intention. On lui indiquant qu’elle ne devrait pas être là, ce n’est pas uniquement à ça qu’il veut faire référence. Il trouve dommage qu’elle puisse imaginer que c’est le seul problème. Ce n’est pas le cas. Son but était juste de lui dire qu’elle venait un peu ici pour rien. Et en même temps, trop près de sa montagne, ce n’est pas vraiment bon non plus. C’est une affaire compliquée, disons. Et il n’est pas nécessaire de réfléchir plus longtemps. " Tu peux rester là. Besoin moi rester ? ". Bien sûr que la question est déplacée, bien sûr qu’elle pourrait vouloir rester seule. Et il ne pourrait que le respecter. La nuit tombe et il n’est pas bon pour elle de rester seule si elle n’est pas assez bien. Il faut faire attention mais ça n’a strictement rien de facile.

Pourtant, la conversation revient sur Isdès. Bien sûr que ça pullule au coeur de ses veines, que ça lui irradie le coeur et que ça lui fait mal. C’est sans réel surprise. Il lui a demandé de ne pas le chercher, et ça ne l’étonne pas. S’il est parti, s’il a fui et qu’il a disparu, ça n’a rien de vraiment surprenant. Il ne veut pas être retrouvé puisqu’il est parti de lui-même. Pourquoi pourrait-il vouloir faire les choses autrement ? L’insulte lui échappe, mais il imagine assez facilement que c’est désobligeant. Et il comprend. Il a mal joué son coup. Isdès est maladroit et ridicule mais il n’y a rien à faire contre ça. S’il est parti, peut-être en éprouvait-il le besoin. Elias n’est absolument pas bien placé pour le contredire.

Disons juste qu’il se retrouve avec ce que son rival a laissé derrière lui et il ne s’y attendait pas franchement.


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Remember, we were building the sky (Elias) Empty Re: Remember, we were building the sky (Elias)

le Lun 16 Sep 2019 - 1:44


Remember, we were building the sky

Murphy Cavendish & Elias Caroll

(27 juin 2119 / recherche d'Isdès dans les montagnes)


Si on lui demandait d'expliquer ce qu'elle faisait là de façon raisonnée, Murphy serait bien incapable de le faire. Elle était là parce qu'elle ne parvenait plus à ne pas l'être. Mais elle n'avait pas sa place ici; les montagnes étaient un terrain qu'Isdès lui avait toujours défendu. Et puis surtout, il n'y était plus : alors pourquoi avait-elle laissé ses pas la guider dans ces contrées ? Parce qu'elle s'était déjà retenue mais qu'elle l'avait su dès qu'elle avait réceptionné la lettre de l'Athna : elle ne pouvait pas rester sagement en place et attendre que des réponses finissent par venir, si elles devaient venir. On ne pouvait pas demander à Murphy de rester passive face à une telle détresse et une injustice pareille. C'était une provocation et quelque part, elle voulait croire que c'était là tout ce que c'était. Ils s'étaient assez séparés et retrouvés pour qu'elle fasse taire ce petit espoir qu'elle avait de le retrouver l'air de rien, dans les prochaines semaines ou les prochains mois. C'était ces allées et venues entre l'un vers l'autre qui avaient toujours caractérisé leur relation, quelle qu'elle puisse être. Alors en quoi cette fois-ci pouvait bien être différente des autres ?

C'était inexplicable, mais Murphy savait que ces quelques espoirs survivants n'avaient jamais eu de raison d'être. La lettre avait été réfléchie; elle était donc définitive. Pour la première fois, c'était un élément entièrement extérieur à leur bulle qui avait pété. Il avait perdu quelqu'un de sa famille et ça changeait complètement la donne. Ca ne pouvait pas être réparé par des retrouvailles charnelles. La seule réponse qu'elle pouvait lui apporter, il avait décidé d'office qu'il n'en voulait pas. Il avait rejeté sa présence et jusqu'à son existence. Il ne voulait pas d'elle dans sa vie comme elle voulait de lui dans la sienne et ça, c'était l'une des sentences les plus définitives qui pouvaient être. Ca aurait dû lui suffire, ça aurait dû être une réponse définitive et claire mais un semblant de doute subsistait, et il suffisait à lui pourrir ses nuits et à envenimer son esprit de questions auxquelles elle voulait se persuader qu'elle n'avait pas toutes les réponses. Une lettre, c'était trop facile et trop simple; c'était lâche. Elle avait le droit à des explications, à des réponses. Elle avait le droit de lui en vouloir et celui de le lui faire savoir. Elle avait le droit de lui faire subir une fraction de ce qu'il lui faisait subir.

Ca aurait dû être plus facile, alors. Elle avait voulu s'en persuader en venant ici : elle n'était là que pour s'offrir une clôture et s'autoriser, enfin, à passer à autre chose. Même si les montagnes étaient incapables de lui offrir les réponses qu'elle attendait, elles pourraient au moins boucler la boucle et achever pour de bon ce qui avait pu se passer entre eux. Mais c'était terriblement plus difficile que ça à quoi elle s'était attendue. Il était ici, partout, et probablement plus encore aux alentours de ce lac qu'ils avaient fréquenté dans l'âge d'or de leur relation. Il était là même sans être là, ce con, et c'était une constatation insupportable à affronter. Elle passerait la nuit ici parce qu'il fallait la passer quelque part mais elle détallerait dès le lendemain. Ici ne lui apportait rien de bon et encore une fois, c'était lui le grand gagnant. Elle lui aurait tout offert s'il le lui avait demandé; il lui avait tout volé sans lui demander, et puis il avait tourné le dos, peu convaincu de ce qu'il avait trouvé. C'était insultant, pour quelqu'un comme Murphy, de se retrouver aussi désemparé et impuissant. Il ne lui avait laissé aucune chance de défendre sa présence dans son existence ou aucune marge de manœuvre. Il ne lui avait laissé la possibilité que de l'acceptation, mais Murphy n'était pas de ceux qui étaient capables d'accepter les choses sans ciller, si ce n'était pas ce qu'elle désirait au plus profond d'elle. Et elle le réalisait depuis le moment où elle avait lu ces quelques mots lâchés aussi facilement : la séparation, elle ne l'avait pas souhaitée. Et pire que ça, ce n'était pas seulement qu'elle ne l'avait pas souhaitée, c'était qu'elle l'avait crainte plus que tout. C'était qu'elle la craignait plus que tout...

Après les discours muets dans lesquels ils s'étaient laissés plonger l'été précédent, ça s'arrêtait juste comme ça ? Après qu'il ait tant craint de la voir disparaître, il la mettait face au mur elle-même et imposait sa propre disparition ? Il avait promis, pourtant, et les promesses étaient ce l'une des valeurs les plus précieuses aux yeux de la brune. Il avait brisé quelque chose dans leur relation mais il s'en foutait sûrement, puisqu'il la fuyait; il avait brisé quelque chose en elle mais il s'en foutait sûrement, puisqu'il la fuyait.

Elle aurait probablement pu s'endormir dans ses larmes silencieuses, si quelqu'un ne l'avait pas ramenée dans la réalité. Et la réalité, c'était que ces montagnes et ce lac ne se résumaient pas à Isdès ou à Isdès et elle. Ce monde qu'elle n'avait connu qu'à travers lui continuait de tourner malgré son absence, comme le sien aurait dû continuer à tourner.

Et il avait continué à tourner, pendant un temps, parce que ça avait été là son refuge. Les patrouilles, les réunions du Conseil, les évasions solitaires, la reconstruction de sa demi-maison, le temps passé avec sa filleule : tout ça avait su remplir son cœur avec cette conviction habituelle mais il suffisait d'un temps d'arrêt pour que l'absence la rattrape. Elle l'avait trouvée au sommet de cette montagne et s'était installée confortablement à ses côtés, sans grande méchanceté mais avec une mélancolie qui s'était accumulée depuis des mois. C'était un nuage opaque et sombre, son absence. Elle l'enveloppait de ses bras tendres, prête à l'avaler, mais quelqu'un l'attrapa à temps et enfin, un peu de lumière. Sonnée, Murphy se releva devant le seul autre Athna qu'elle connaissait. Sa réponse fut à peine murmurée, comme si elle était à bout de souffle. Elle le savait, qu'elle ne devrait pas être là. Pour de multiples raisons, ici n'était absolument pas sa place. Ca ne l'avait probablement jamais été, d'ailleurs, et son nom gravé dans la roche, derrière la cascade en contrebas, était la preuve ridicule qu'elle avait tenté de faire de ce petit coin de paradis un petit coin de son paradis. Alors silencieusement, à la place des mots qu'elle ne trouvait pas, Murphy s'était contentée de piéger Elias dans une étreinte délicate et un peu timide - parce qu'elle savait qu'il n'était pas de ceux qui accordaient leur affection à la première personne venue. Il ne broncha pas et elle n'insista pas. Et lui, que savait-il de tout ça ? Et lui, comment vivait-il le départ d'Isdès ? « Les souvenirs... ou le hasard » tenta-t-elle de se convaincre, car si les souvenirs étaient capables de la guider, quelle direction allait-elle prendre contre son gré ? Elle préférait l'aléatoire du hasard. « Je... je sais. » Elle eut un petit rire épuisé. « Si je comptais vraiment le trouver, jcrois que c'est le dernier endroit où j'aurais cherché, vos montagnes. » Mais une part d'elle avait compté sur l'absurdité de cette possibilité pour la rendre réelle, et il n'y avait plus qu'à constater la mort de ce fantasme tu.

Mais elle se confondit en excuses presque aussitôt, Murphy, consciente d'être de trop, de n'avoir jamais été invitée en cette cathédrale naturelle que représentait le massif montagneux. Elle ne voulait pas s'imposer mais c'était ce qu'elle faisait malgré elle et malgré tout - sans doute avait-elle compté sur sa discrétion et sa capacité à passer inaperçue. Mais de qui se moquait-elle ? Ils étaient ici chez eux, les Athnas. Ils connaissaient leurs terres comme leur poche et ils avaient des yeux et des oreilles au détour de chaque arbre, de chaque rocher. Ca n'avait probablement été qu'une question de temps avant qu'elle se fasse surprendre. Et si ça n'avait pas été Elias qui était tombé sur elle, ça aurait été un des siens - autant que ça soit lui, alors. Il pouvait comprendre, au moins un peu, sans qu'elle ait à s'emporter dans des tirades explicatives. Elle n'avait pas besoin de se justifier ou de se demander s'il savait, pour Isdès et elle, ou ce qu'elle était prête à lui en dévoiler. Il était l'une des deux seules personnes qui savaient. « Tu... tu resterais ? » demanda-t-elle, un peu gênée, alors qu'ils pouvaient entendre Antarès trotter plus ou moins près d'eux, en arrière-plan, là où la forêt de conifères avait encore droit de vie. Sur le roc nu qui donnait sur le lac en contrebas, Elias et elle étaient asservis aux rayons brûlants du soleil qui se couchait sur le monde comme il l'avait tant de fois fait depuis qu'Isdès avait décidé qu'il ne voulait plus le voir avec aucun d'eux. Les rayons tapaient mais un vent froid se glissait dans sa nuque, signe de la hauteur qu'elle avait prise depuis qu'elle avait quitté les plaines.

Sa clôture, pourtant, elle le réalisait maintenant, ce ne serait peut-être pas que les montagnes qui lui offriraient. Elle avait en face d'elle quelqu'un qui, à défaut de pouvoir lui apporter des réponses qu'il n'avait sans doute pas, était capable de comprendre ce qui se passait dans sa tête. Sans percevoir toutes les ramifications de ses sentiments, il était pourtant l'un des seuls capables de savoir ce qu'elle vivait. Au village, personne ne savait. Certains le sauraient peut-être un jour, si elle abdiquait - aujourd'hui, c'était encore leur secret, à Isdès et elle, et à Elias et @Mila Swann qui s'étaient invités là. Tristement pour eux deux, Elias était ce qu'il restait à Murphy de plus proche d'Isdès. C'est probablement pour ça que ses mots dépassèrent la distance qu'elle aurait voulu garder avec Elias, par respect pour lui. « Antarès et moi on va s'installer ici pour la nuit alors... » souffla-t-elle comme pour se remettre dans le droit chemin et ne plus imposer à l'Athna ce qu'il n'avait pas demandé. Elle regardait le soleil au loin, le regard froncé, et ne pouvait empêcher les souvenirs de l'envahir à nouveau. C'était un connard, oui, un sombre connard, et Elias était la première personne à savoir toute la haine qu'elle avait de lui et du traitement qu'il lui avait réservé. Même dans sa tête, Murphy n'avait jamais osé lui asséner une vérité pareille. Mais la tendresse qu'elle pouvait encore avoir pour lui devenait colocataire d'une haine qui n'était qu'à demi colérique, nourrie par toute la rancoeur durable qui s'installait au fil des semaines. Ca s'infiltrait de manière irréversible et Isdès n'était pas là pour l'arrêter. Pour la première fois, il n'était plus là pour finir par donner tort à tout l'instinct de survie qui lui gueulait depuis le début que tout ça était une mauvaise idée. « Tu... Il t'a dit quelque chose, à toi ? J'ai pas vraiment eu le temps de comprendre votre relation mais vous en avez une... aviez ? » Elle grimaça et soupira. Pour la première fois depuis qu'elle avait reçu cette putain de lettre, l'incertitude imposée par Isdès ne s'appliquait plus seulement à elle. « T'as eu des nouvelles depuis qu'il est parti ? J'imagine que tu sais pas non plus où il est allé ? » Elle ne se faisait pas d'illusions; pendant ces quelques années, elle avait eu tout loisir de connaître la bête. Il ne disait jamais les choses. D'habitude, ça se manifestait par des regard et des rictus; cette fois-ci, ça se manifestait par un silence radio le plus total. « Je vais préparer un feu, il commence à faire frais. T'es le bienvenu si tu veux rester, mais je comprendrais si tu veux rentrer chez toi... » Elle laissa son sac là, passa devant Elias en lui jetant un regard triste involontaire et s'enfonça dans la forêt pour y récupérer de quoi démarrer et entretenir un feu pendant quelques heures. Et secrètement, Murphy espérait trouver Elias là lorsqu'elle reviendrait, parce que même lui aurait toujours plus à lui dire que les montagnes. Et malgré toute la tendresse qu'elle avait pour les hauteurs, même lui la comprendrait mieux que les montagnes.
Elias Caroll
DATE D'INSCRIPTION : 20/01/2016 PSEUDO/PRENOM : avengedinchains MULTICOMPTES : Milo, Richard, Astrid & Meeka MESSAGES : 1102 CELEBRITE : Tom Hardy COPYRIGHT : ava by Stolas ; signa by beylin METIER/APTITUDES : guerrier TRIBU : Athna POINTS GAGNES : 70
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Remember, we were building the sky (Elias) Empty Re: Remember, we were building the sky (Elias)

le Dim 29 Sep 2019 - 20:07

Remember , we were building the sky.
★ Elias & Murphy


Il se souvient de ce jour. De cette douleur. De la sensation de malaise. Il venait de perdre femme et enfant, il était assis devant sa maison, à même le sol. Il pleuvait et il était incapable de voir le monde autour de lui. Ses mains tremblaient, couvertes de sang. Il n’était plus capable de raisonner. En vrai, il n’avait pas réussi à ouvrir la porte. Il était tombé parce qu’il était tellement perdu dans ses pensées qu’il était incapable de jauger les distances et ce qui se passent. Les gens l’observaient, sans trop oser s’approcher. Il était couvert de sang et ne semblait pas blessé. Forcément, les gens imaginaient le pire et lui, il restait perdu, là, assis comme un homme vide. En réalité, il était vraiment vide, pire que tout. Il ne savait plus qui il était, ni ce qu’il allait pouvoir faire. Il était perdu parce que dans le fond, tout son monde venait de s’écrouler alors que la pluie nettoyait un peu le sang de ses vêtements. Un bien sombre moment. Il est resté ainsi pendant de très longues minutes, incapable de raisonner, de comprendre ce qu’il était en train de se passer. Incapable de se reprendre et perdu au milieu d’une étendue de tristesse. Cette colère irradiant de lui à chaque instant était en train de se frayer un délicat chemin vers l’extérieur. Sauf qu’elle n’y parvint pas, tandis qu’un poing s’écrasait sur la joue de l’homme en deuil. Isdès venait d’arriver. " C’est le sang de qui, Caroll ? Reprend toi ! ". Se reprendre, c’est imaginer pouvoir aller de l’avant. Et Elias partait du principe que cette idée n’était pas envisageable. Il ne savait plus où il était, et en réalité, sans Moïra, il en était à se demander qui il était. Perdu dans une noirceur dévorante, le guerrier perdait pied et était incapable de revenir à lui. Sans compter un nouveau poing dans la gueule alors que son sang venait à se mêler à celui de sa femme et de sa fille, sur ses habits. Il s’était perdu, dans un coin de sa tête et le retour à la réalité était difficile, incroyablement compliqué. Un autre coup fusa, puis un autre jusqu’à ce que Elias arrête son coup. Il revenait, difficilement mais… Il revenait. " Elias c’est le sang de qui ?! ". Cette fois, il entendu la question. Son visage resta impassible mais les larmes se mirent à couler d’elles-mêmes. " Ma famille. "

C’est ce jour-là que son lien avec Isdès a pris un tournant différent. Il ne restait pas que la rivalité, ça avait pris une tournure plus positive sans que ce soit aussi évident que ça. Il n’y a jamais eu de mot, sur leur amitié. Mais quand il y pense aujourd’hui, il se dit que c’est juste de ça qu’il s’agit. Et qu’il n’a jamais été question d’autre chose. Ils pouvaient compter l’un sur l’autre, quoi qu’il puisse arriver. Ils ne le disaient juste pas. Sauf qu’Elias a l’impression d’avoir été trahi tout en ayant trahi. Si Isdès était si mal que ça, peut-être aurait-il pu en dire quelque chose. Et dans l’autre sens, peut-être qu’il a toujours vu leur amitié beaucoup plus belle qu’elle ne l’était vraiment. Si ça se trouve, il n’a jamais vu les choses de la même manière. Et ça change toute la donne. Sans Idès ce jour-là, peut-être qu’il se serait écroulé. Il ne saurait le dire. Et dans le fond, il n’a même pas envie d’y réfléchir plus que ça. Aujourd’hui, l’homme n’est plus là. Que se passera-t-il s’il s’écroule à nouveau ?

Peut-être aurait-il préféré se tromper vis à vis de Murphy. Ce n’est pas facilement supportable, ce n’est pas facilement acceptable, d’une certaine manière. Mais ce n’est pas facile parce que la douleur qui se dégage d’elle n’est pas évidente. Elle fait mal, finalement. Mais il la comprend bien plus qu’il ne pourrait l’admettre. Sans doute que le jour où Isdès reviendra, il lui fera comprendre l’erreur qu’il a pu faire, il lui expliquera la stupidité qui l’a prise et il s’en prendra à lui. Mais c’est une affaire un peu plus compliquée qu’on ne peut bien l’admettre. Les choses sont comme elles sont, disons qu’il n’y a rien de plus à en dire. Il trouve juste ça dommage. Aussi étrange que puisse être Murphy, il sait très bien qu’elle était attachée et on le voit à son air perdu, là, maintenant. On voit bien que quelque chose ne va pas et c’est déprimant. Vraiment. Il comprend malheureusement cette douleur et il n’y a rien à faire contre ça désormais.

Elle a raison en tout cas, s’il a souhaité partir et disparaître, ce n’est pas dans la montagne qu’elle le trouvera. Il est préférable pour elle de ne pas le chercher, si c’était sa requête, à lui. C’est plus facile pour elle, et bien plus supportable aussi, dans un sens. Il est ridicule de tourner en rond sans la moindre raison. Il aurait presque été déçu s’il l’avait trouvé avec une facilité pareille. Ce n’est pas le cas. Et c’est mieux comme ça. " Si lui vouloir être caché, lui rester caché.”. Au fil des jours, des mois et des années, Elias en vient à se trouver misérable à ne pas réussir à parler anglais correctement. Peut-être songera-t-il à prendre des cours auprès de quelqu’un, lorsqu’il se décidera vraiment à le faire. Il est bien incapable de réellement regarder ça mais c’est un fait, une situation sur laquelle il serait judicieux de s’arrêteR. Mais à quoi bon ? Tout ça pour dire qu’ils ne le retrouveront pas, à moins qu’il ne choisisse de l’être. A moins qu’il ne se blesse ou qu’il fasse une erreur. Et Elias en doute.

Lorsqu’il lui dit qu’elle peut rester, et lui propose de rester lui-même, il ne sait pas réellement à quoi il peut bien s’attendre. Elias ne le cache pas, il n’a pas pour habitude de traîner en bas de sa montagne. Mais à côté de cela, il voit bien que la jeune femme a besoin de compagnie et d’attention. Ce n’est pas facile, ce n’est pas évident non plus. En réalité, il n’imaginait pas rester, ne s’attendait même pas à ce qu’elle l’invite à le faire. Mais puisqu’elle le dit, il ne voit pas pourquoi il prendrait la route. Il ne peut pas la laisser comme ça, comme à l’époque, Isdès ne l’a pas laissé tomber. " Moi rester. ".

Si leurs situations sont identiques, Elias réalise pourtant qu’un certain poids est différent. Après tout, l’Athna vivait une histoire aux yeux de tous. Une relation normale. Mais leur relation était différente. Ils ne disaient rien, gardant cela pour eux, un secret difficile à afficher au vu de la relation entre les peuples. Et isdès la laisse donc derrière lui, alors que finalement, elle ne peut se confier à personne. Puisque techniquement, personne n’est au courant. Mais bon, il n’est pas dans leurs têtes, de ce fait, il ne sait pas de quoi il s’agit, il ne sait pas de quoi il est question et où ils en étaient vraiment.

Le temps d’une seconde, il se demande auprès de qui il pourrait se rendre pour apprendre un peu plus l’anglais. Il ne le maîtrise pas assez bien pour échanger avec eux. Il s’était persuadé, quand ils sont arrivés, de ne pas leurs accorder d’importance, il s’était convaincu de ne pas faire le moindre effort. Désormais, il se sent un peu stupide, c’est vrai. Certaines personnes valent la peine qu’il fasse quelques efforts. Il ne sait pas encore s’il parviendra à apprendre ce qu’il souhaite mais c’est vrai, ça pourrait lui faire du bien de pratiquer. Courage à celui qui aura la patience de l’aider. Parce que ce n’est pas vraiment gagné. Ce n’est juste pas le jour pour y penser. Cette histoire est un peu trop compliquée, là tout de suite. Disons que ça n’aurait pas de réel intérêt, ici présent.

Comme Nuna le lui a demandé il y a quelques temps, Murphy se met à lui demander s’il lui avait dit quelque chose. Signe que même d’un point de vu extérieur, leur relation laissait entendre qu’ils se parlaient au moins un peu. Pourtant, la réponse reste inchangée et il n’a pas eu la chance de le voir avant qu’il ne parle, il n’a pas eu l’occasion de parler de ça avec lui. Et de toute façon, malgré ce qui les liait, il n’avait pas à se confier à lui. Elle pose la question, enchaîne avec une autre. Elias n’a pas pour habitude de parler vite. Il doit, en plus de ça, chercher ses mots pour pouvoir lui répondre correctement, ce n’est pas facile non plus. " Lui pas parler à moi. Moi même pas savoir lui parti avant de voir. ". Peut-être que cela fait parti des choses qu’il lui reproche. Le fait de se retrouver devant le fait accompli sans qu’il n’ait pu dire quoi que ce soit. Sans qu’il ne l’ai su en amont. un semblant de trahison qu’il n’a compris qu’à demi-mot. C’est compliqué. En réalité, ils n’ont jamais suffisamment échangé ensemble. Cela ne l’a jamais dérangé, mais aujourd’hui, il réalise que leur lien est plus compliqué encore qu’il n’aurait pu le penser. Il n’a jamais été doué dans le relationnel. Ils n’ont jamais été capable de réellement parler aussi. L’un et l’autre, ils n’ont jamais été fait pour le relationnel. Ca a toujours été plus facile comme ça. D’une certaine manière, du moins.

Elle lui dit qu’elle va préparer un feu, qu’il est le bienvenu mais qu’elle comprendra s’il part. Il ne peut pas la laisser comme ça, pas tant qu’elle est juste là, en dessous de chez elle. Ca n’aurait pas le moindre sens, n’est-ce pas ? Elle ne peut quand même pas la laisser comme ça, si ? Il ne lui répond pas, alors qu’elle s’éloigne déjà dans la forêT. Il la regarde partir, bien vite suivi par le chien après quelques caresses. Il choisit de s’asseoir sur une pierre, en attendant qu’elle revienne. Il n’est pas doué pour écouter mais si elle a besoin de parler, il sera prêt à faire le nécessaire pour l’écouter.
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Murphy Cavendish
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Remember, we were building the sky (Elias) Empty Re: Remember, we were building the sky (Elias)

le Lun 7 Oct 2019 - 0:36


Remember, we were building the sky

Murphy Cavendish & Elias Caroll

(27 juin 2119 / recherche d'Isdès dans les montagnes)


C'était la première fois depuis qu'elle avait reçu la lettre qu'elle s'autorisait à vraiment faire face à la nouvelle, réalisait Murphy. C'était pour ça que c'était si fort et douloureux, comme moment. C'était pour ça que les souvenirs revenaient aussi violemment ; parce que les vannes venaient d'être ouvertes et que le raz-de-marée de son inconscient s'abattait sur tout le reste. Le déni n'avait pas été volontaire : il ne l'était jamais - mais confortable il l'avait été, et de ce confort Murphy se serait bien laissée bercer plus longtemps. Si elle n'acceptait pas le départ d'Isdès alors elle attendait son retour. Mais les mois s'étaient succédés et il fallait savoir se détacher de toutes leurs précédentes aventures et mésaventures. Elle n'avait probablement jamais vraiment connu Isdès et encore moins ce que son cœur pouvait porter. Elle l'avait cru vivre pour ses montagnes et les siens; le voilà qui fuyait tout ce qu'elle avait capté de sa personne et de son identité. C'était peut-être en ça qu'elle ressentait si fort cette différence. Il ne s'agissait pas des engueulades qui avaient ponctué leur relation avec tant de régularité et de persévérance. Il ne s'agissait pas d'engueulade et même pas d'elle, et toutes les raisons qui l'avaient éloigné d'elle avec tant de force étaient plus grandes qu'elle. C'était pour ça qu'il fallait se laisser submerger par l'acceptation; c'était pour ça qu'il fallait laisser derrière elle toute cette aventure, peu importe ce qu'elle avait pu être, peu importe ce qu'elle avait espéré qu'elle puisse devenir.

Et ces espoirs indicibles, elle ne les avait jamais ressentis aussi fort qu'en haut de ce lac qui représentait tout. Ils étaient presque tangibles, fuyaient avec une hargne qui ne laissait aucune alternative possible.

Mais Murphy, à ce instant précis, ne savait plus grand chose. Ni quelles avaient été ses intentions en prenant la route des montagnes natales du disparu. Elle ne savait pas si elle voulait dormir ici ce soir, ou s'il serait judicieux de le faire. Elle ne savait pas si elle voulait dormir ce soir, ou y parviendrait. Elle ne savait pas ce qu'elle attendait de cet endroit et de ce moment, elle ne savait pas si elle survivrait au poids de cette disparition fuyante. C'est Elias qui lui apporta quelques pincées de réponses par sa seule présence. Il la rappelait dans cette réalité crue et cruelle ; et parce qu'il était l'une des deux seules personnes à avoir su, il était l'une des deux seules personnes capables d'avoir une idée de ce qu'elle traversait - ou qu'elle traversait quelque chose. Aux yeux des autres, elle n'était probablement pas grand chose d'autre qu'un peu fatiguée. Elle savait qu'elle pouvait se targuer de faire passer l'illusion avec élégance et brio - c'était là l'un des pouvoirs de ce déni qui marchait à ses côtés dès qu'elle buttait. Butter faisait partie de l'aventure, continuellement - elle avait eu des années pour l'apprendre, et l'imprévu faisait partie intégrante de leur quotidien à tous, au point de devenir lui-même quelque chose de prévisible. Isdès n'était pas mort ; sa disparition n'avait rien à voir avec un accident ou de mauvaises intentions. C'était peut-être pire : cette aventure là était entièrement humaine et la déception ne pouvait trouver de coupable satisfaisant. Elle pouvait le blâmer lui de la lâcher si salement ; elle pouvait se blâmer elle de s'être attachée si férocement. Mais c'était là les mésaventures les plus simples de la vie. L'autre était un des besoins primaires de l'être humain et il n'avait pas besoin de tempêtes pour s'évanouir. Il avait juste besoin d'un petit écart de la vie et la symphonie entière s'effondrait. Alors c'était probablement le genre de drôles de douleurs qu'elle aurait pu connaître là-haut, si là-haut avait porté un énergumène comme Isdès. Et ça ne rendait pas le deuil de cette relation plus facile. Savoir que cette fois, ce monde n'était pas coupable ne réconfortait pas Murphy outre mesure. C'était des peines comme les humains devaient en connaître, ici ou là-haut, maintenant ou avant.

Mais analyser sa détresse ne servait jamais à grand chose. Ca lui offrait un champ libre pour s'installer dans le confort. Ca ne pouvait que donner la brève illusion de la maîtrise, mais les sentiments, on ne pouvait jamais les maîtriser. C'était illusoire de penser l'inverse et le retour de baton était toujours féroce. Le retour de baton, c'était maintenant. C'était maintenant, face aux hautes montagnes qui flambaient dans les dernières lueurs du jour, au-dessus de ce lac qui portaient tous les souvenirs d'un corps parti si loin du sien.

Mais ne plus être tout à fait toute seule face à ce départ, c'était peut-être ce qu'elle avait recherché ici malgré elle. C'était ses terres, ses montagnes. C'était son quotidien et son monde, ici, et le soulagement qui s'était emparé d'elle lorsqu'elle avait reconnu Elias parlait de lui-même. Elle ne pouvait pas être toute seule. Pas ce soir, pas ici, pas tant que les souvenirs l’assommaient de leur douceur révolue. « Je crois qu'il veut rester cacher... » Mais ce n'était une croyance, elle le savait, ni pour elle ni pour lui. Quiconque connaissait un minimum Isdès savait qu'avec la détermination dont il avait fait preuve à son départ, il ne comptait se rendre disponible pour personne. Il avait simplement disparu des radars, entièrement, et ceux qui restaient devaient apprendre à faire avec son absence. C'était dégueulasse, c'était égoïste, c'était cruel et pour ça elle le détestait. Mais pour celui qu'il avait été à ses côtés parfois, pour les souvenirs qu'ils avaient tissés ensemble et qui avaient bercé tant de ses nuits, l'affection et la tendresse demeuraient. Elle voulait lui souffler son pardon au creux de l'oreille et elle voulait le trouver, encore, peut-être juste une fois. Elle voulait comprendre ce qui le poussait si loin d'elle alors qu'ils avaient tant à écrire ensemble. Elle était paumée, Murphy, mais on venait de lui tendre une main. Elias resterait pour la nuit et tout à coup, la nuit ne lui paraissait plus si menaçante.

Ils ne partageraient peut-être pas grand chose d'autre que le silence nocturne, mais ce serait un silence moins lourd que celui de la solitude. Peut-être qu'il avait quelques informations de plus qu'elle ; peut-être qu'elle avait quelques informations de plus que lui. Murphy ne voulait même pas qu'on l'écoute - elle n'était pas de ceux qui trouvaient un réconfort dans le partage de la moindre de leurs pensées avec quelqu'un d'autre. Elle n'avait besoin de personne pour lui taper sur l'épaule et lui dire que tout irait bien. Elle le savait, que tout irait bien. On l'avait déjà déçue avant et la vie continuait toujours. S'il n'y avait pas de déceptions c'est qu'on ne prenait pas de risques ; si on ne prenait pas de risques, alors on vivait une vie bien fade. Murphy, aujourd'hui, n'avait besoin que de la simple reconnaissance de ce qui pouvait se tramer dans son esprit et dans son cœur. Ca les bouffait, de prétendre devant les autres qu'il ne se passait rien. Ca les bouffait d'avoir caché tant de bonheur, d'aujourd'hui se cacher pour pleurer. Mais c'était le prix à payer lorsque l'on prenait quelques risques et qu'on échouait. C'était parfois difficile de s'en rappeler mais Murphy ne s'était jamais laissée retenir en arrière par de mauvaises expériences. Elle était capable d'essayer mille fois car la mille-et-unième gardait la même capacité à lui offrir une victoire. Mais quand Elias lui répondit, c'était bien la défaite qui affaissaient ses épaules fatiguées. Il n'en savait pas plus, et cet espoir là s'évanouissait à son tour. Alors elle soupira un peu tristement et se décida à faire avancer ce qui pouvait l'être : leur installation ici pour la nuit.

Elle s'enfonça dans la forêt de conifères de longues minutes pour revenir les bras remplis de brindilles et de branches plus conséquentes - de quoi faire naître et nourrir le feu pendant les heures fraîches et sombres à venir. Derrière elle trottait toujours Antarès, les babines couvertes de sang frais. Lui avait déjà fait son festin du soir. Elle retrouva Elias et lui sourit un peu timidement avant de s'accroupir sur le large rocher plat qui donnait sur le paysage en contrebas. Dans le silence, elle récupéra quelques pierres ça et là pour former le cercle dans lequel le feu passerait sa nuit à crépiter, puis prépara le bois pour finir par sortir de son sac ses outils. Quelques instants plus tard, la première étincelle se propageait en une multitudes d'étincelles desquelles naquirent les premières traces de flammes. Dans un soupir fatigué, Murphy se laissa tomber devant l'âtre, face au paysage dégagé dans la contemplation duquel elle s'était perdue plus tôt. « J'ai à manger, si tu veux. » Elle attrapa son sac pour en sortir un peu des provisions qu'elle avait prévues pour cette vadrouille qui avait quelque chose d'une errance triste. Une boîte en métal contenait des baies et quelques légumes; l'autre contenait une denrée un peu plus rare, viande séchée obtenue à partir de trophées de chasse d'Antarès. Elle, elle n'avait pas faim. Dans un bruit métallique à faire grincer les dents, Murphy poussa les deux boîtes sur le côté du feu pour inviter l'Athna à se servir. « Je... je t'ai pas demandé, mais ça va, toi ? Par rapport à Isdès ou... au reste, tu sais. » Elle n'avait pas oublié les confessions de fin du monde, quand la tempête enragée avait frappé le continent. « C'est gentil de rester avec moi. Je connais pas assez les montagnes, et puis... » Et puis il faisait taire la solitude, alors que c'était elle qui faisait résonner le plus fort l'absence d'Isdès. Il l'accompagnait dans ce moment étrange et soudainement, elle n'était plus tout à fait seule. « J'ai jamais compris ce qui vous liait, tous les deux, tu sais. Il a pété un plomb quand il a vu qu'on se connaissait, j'ai jamais compris. Vous étiez proche ? » Peut-être que maintenant, elle pourrait découvrir quelques secrets qu'il avait tenté de lui taire; peut-être qu'il était temps, d'ailleurs, qu'elle fasse la connaissance de celui qui avait été capable de la laisser et de tous les laisser. « Moi il m'a laissé une lettre... » Elle soupira et hésita à la sortir. C'était intime, c'était le dernier jardin secret qu'il leur restait. C'était le dernier jardin secret qu'elle partagerait avec lui. Mais elle plongea la main dans son sac, pour en sortir sa gourde, et puis surtout le morceau de papier un peu froissé. Hésitante, un peu tremblante, elle déplia la lettre et la relut d'un air mélancolique à en faire crever les plus grands poètes. « Il dit pas grand chose. Il dit juste que quelqu'un de sa famille est mort. » Elle leva le nez pour chercher le regard d'Elias. Lui devait savoir de qui il s'agissait, mais elle n'était même pas sûre que ça la regardait. Car après tout, qu'est-ce qui avait pu les lier ? « Tu sais... » Elle souffla un petit rire étouffé, le regard perdu dans les flammes qui commençaient à bien s'installer. « Je suis devenue conseillère, chez moi... C'est un des postes les plus importants. Je m'occupe des relations extérieures. Je... je crois que j'ai pensé à lui, quand j'ai accepté le poste. Et j'avais hâte de voir sa tête quand je lui aurais dit. » Elle ne savait pas s'il était capable de fierté; elle ne savait pas et ne saurait jamais ce qu'elle était capable de susciter chez lui. Elle avait cru le comprendre, mais elle ne comprenait plus rien. Il était parti alors elle n'avait probablement jamais rien compris. Elle soupira, fatiguée, et fourra la lettre dans le sac avant d'attraper d'un geste las la gourde encore remplie d'eau. « Et toi, qu'est-ce que tu fais là ? Tu venais admirer le coucher de soleil ? » Du menton, elle désigna les dernières lueurs chaudes qui émanaient de derrière les montagnes. Comment avait-il pu choisir de fuir un monde pareil ?

Elias Caroll
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Remember, we were building the sky (Elias) Empty Re: Remember, we were building the sky (Elias)

le Lun 18 Nov 2019 - 10:01

Remember , we were building the sky.
★ Elias & Murphy


Se retrouver face à Murphy en cet instant, c’est se retrouver face à lui-même lorsqu’il a tout perdu. Ce ne fut pas facile, à l’époque, ce fut compliqué, sur certains aspects mais d’une certaine manière, l’Athna voit une certaine ressemblance entre les deux aspects de la chose. Bien sûr que ça pourrait paraître improbable pour bien des gens, c’est une chose qu’il ne peut que comprendre parce que sa femme et sa fille sont mortes et dans des situations assez dramatiques, d’ailleurs. Mais ce n’est pas ça le sujet de cette histoire, justement. Là pour le coup, c’est plutôt le sentiment qu’il y a eu après. La perte, l’abandon, le désespoir et cette lourde tristesse. C’est son regard à elle qui lui rappelle celui qu’il voyait certains jours dans le reflet de l’eau. Ils ont tous les deux étaient abandonnés, justement et ça n’a strictement rien de facile parce qu’ils se retrouve pris au piège dans un contexte qu’ils ne comprennent pas. Il a perdu les siens parce qu’ils sont morts et ce fut horrible et soudain. Si pour elle, c’est tout aussi soudain, le contexte est différent puisqu’elle a été abandonnée par quelqu’un, volontairement. Isdès est parti là où Moïra est morte. Différent et pourtant, une souffrance relativement proche. Alors malgré lui, il se reconnaît en elle, et il ne peut sciemment pas la laisser seule. Ce n’est même pas une option envisageable. Mais à côté de ça, il n’est absolument pas capable de la rassurer, de la réconforter. Il ne parle pas suffisamment bien sa langue, n’a pas les bons gestes et ne possèdent pas l’empathie nécessaire pour réussir à faire tout ça. Et pourtant, il le voudrait.

Dans le fond, elle ne devrait sans doute pas s’intéresser à ce que Isdès veut. En prenant la décision de partir, il est ridicule d’imaginer que les gens vont continuer de s’inquiéter pour lui, de se faire du soucis ou de se poser quelques questions. Il est évident que tout ceci doit rester derrière eux. Ils ne doivent plus s’intéresser à quelqu’un qui visiblement ne s’intéressait pas assez à eux. Qui est-il cependant pour dire ce qu’il est bon ou non de faire hein ? Lui, il ne sait pas comment gérer les choses. Il n’a jamais su. Les sentiments humains lui ont toujours échappé et d’ailleurs, il a toujours trouvé ça plus facile, justement. Ne pas se soucier de l’avis des gens, ne pas s’intéresser à ce qu’ils pensent, ou ce qu’ils veulent. N’en faire qu’à sa tête, ça évite, en général, de se faire trahir par les gens.

Quant à croire ou non qu’il veut rester cacher, il ne faut pas oublier qu’il l’a juste toujours été, justement. Il a toujours été assez secret. Ses décisions et ses choix de vie, ça a toujours été assez bien gardé. Elias s’en moquait, les autres Athnas aussi. Tant que derrière, on pouvait compter sur lui les yeux fermés. Maintenant, la situation est considérablement différente. Il est parti, laissant tout le monde derrière, et sa tribu également. Tout devient donc beaucoup plus compliqué, beaucoup plus difficile à accepter. Pour Elias, notamment, la tribu passe avant bien des choses. Qu’on ait pu partir ainsi, c’est difficile. Surtout qu’ils avaient, ensemble, un lien quelque peu particulier. Et que bon, Caroll voue un culte à sa tribu, insupportant de voir certaines personnes s’en éloigner en les trahissant. N’est-ce pas de ça qu’il s’agit, ici ? Parce que c’est bien l’impression qu’il a, un peu. " Rester cacher. Oui. Trahir les siens, aussi. Partir sans s’inquiéter de Athnas. ". Sans se retourner, sans se questionner quant à savoir ce qui pourrait se produire. Comment laisser entendre que la tribu est respectable si ça part sans se retourner, à l’intérieur ?

Elle lui propose à manger mais ce n’est pas vraiment ce qui occupe ses pensées. Le temps d’un instant, il songe au jour où ils ont pris un ours ensemble. Ou à la fois où Isdès a fait preuve de jalousie à son égard. Insupportable et ridicule, pour un résultat comme celui-ci. La vie de Elias est bien assez compliquée pour qu’il ne s’intéresse pas de cette manière à la fille du ciel. Quant à Mila, il est bien incapable de déterminer ce qui les lie pour y mettre le moindre nom. Hors de question d’aller trop vite dans un contexte qu’il ne comprend qu’à demi-mot. Et c’est presque dommage, il le sait. " Pas faim. ". De toute façon, il n’est pas ici pour manger les provisions de Murphy mais plutôt pour tenter d’être un quelconque soutien pour elle. Il ne sait même pas s’il s’en sort, en agissant de cette manière. Il l’espère mais comment en être certain ?

Elle lui demande si ça va, vis à vis du départ d’Isdès et son visage se ferme, alors qu’il hausse les épaules en détournant le regard. Il ne prétendra pas qu’il n’est pas blessé par l’acte, même s’il ne le dira certainement pas à voix haute. Il est surpris par la trahison de son rival et ne l’accepte qu’à demi-mot. Il n’est pas capable de savoir si c’est une bonne ou une mauvaise chose aussi. En réalité, il ne s’y intéresse même pas. " Traître. Vais bien. ". Il n’est vraiment pas fait pour faire des phrases. Mais ce n’est même pas le seul problème de cette situation. En réalité, le lourd point c’est le problème de langue. Mais il est vrai qu’il n’est pas vraiment doué pour parler la langue du ciel. L’anglais lui échappe et il n’a pas envie de perdre trop de temps à chercher les bons mots à dire. De toute façon, il n’a pas non plus envie d’épiloguer trop longtemps. La vérité, derrière tout ça, c’est que Elias, il ne réussit pas forcément à parler, la plupart du temps. Il aimerait, mais ce n’est pas le cas. Pas toujours. En fait, jamais. Il préfère condenser, et parler le moins possible, il trouve ça plus facile. Et ça fait moins de paroles pour rien. Autant réfléchir pour moins en dire. Murphy, elle, elle aime bien parler, justement. " Montagne peut être dangereuse. ". En fonction de qui on y croise ou de quel animal vient à nous tomber dessus. Elias connaît et ça aide à faire en sorte que les gens ne s’y aventurent pas. Sauf que les gens ne comprennent pas forcément tout. Et c’est justement ça le problème ici.

Proche n’est pas le bon mot. Mais dans un sens, ils n’ont jamais été des inconnus l’un pour l’autre et ils ont déjà été amenés à s’aider, se conseiller. D’une certaine manière, puisqu’à aucun moment, ils n’ont été en mesure de l’accepter ou de l’avouer à voix haute. Impossible pour eux d’agir comme deux personnes amis, et c’est sans doute mieux comme ça. " Rival. Proche, oui et non. ". Ce qu’il savait de la vie d’Isdès ne tenait pas à grand chose. Mais… Il savait quelques trucs et c’est un des points qui le dérange, sans qu’il ne soit en mesure d’y faire grand chose. " Lettre intéressante ? ". Le fait qu’il ait pris le temps de lui écrire l’amuse un peu. A croire qu’elle comptait beaucoup plus que certaines autres personnes. Mais lui, il s’en fout. Il aurait trouvé ça faible et stupide. Il n’y aurait porté qu’une attention bien maladroite. Et cela ne lui aurait pas vraiment plu. Il aurait trouvé ça un peu bizarre d’ailleurs. Il ne lit pas d’une manière fluide et rapide en plus, ça n’aurait pas été un super moment non plus. Autant éviter oui. C’est toujours plus facile comme ça.

Pour ce qu’il en est du membre de sa famille, c’est une cruelle perte. Cependant, lorsque lui-même a perdu sa femme et sa fille, il n’est pas parti. Il n’a même pas envisagé de quitter sa tribu parce que c’était le sang. C’est ça, son monde. " Tout le monde meurt. ". Est-il donc nécessaire de chercher plus loin, de réfléchir à la suite des choses ? Non, parce que ça ne servirait à rien. Il ne supporte pas de chouiner, de montrer sa condition pour la comparer à celle des autres. Il n’a jamais été question de ça.

Il l’écoute lui dire ce qu’elle devient, ce qu’elle a fait jusque là. Il l’écoute lui parler de conseil, de l’évolution de sa vie. Au moins, elle avance, et elle semble avoir obtenu une place importante. Tant mieux, il suppose que si c’est arrivé, c’est qu’elle le mérite. Il n’est pas en mesure de le jurer, mais il n’y connaît rien. Elle s’occupe des liaisons, c’est bien, puisqu’elle aime parler. C’est sans doute le poste idéal pour elle. " Bonne position pour toi. ". Il ne sait pas quoi dire plus. Il ne sait même pas s’il doit l’en féliciter. Dans le fond, si elel a voulu le poste, elle s’est juste donnée les moyens de l’avoir. Donc elle n’a pas besoin d’être célébrer, elle a eu ce qu’elle s’est permis d’avoir. " Penser à toi, pas aux autres. ". Bien sûr que lorsqu’on apprend une bonne nouvelle, on a envie d’en parler autour de nous. C’est sans surprise. Pour autant, Elias est du genre à ne penser qu’à lui, surtout maintenant.

Comme s’il était du genre à s’arrêter pour observer le coucher du soleil. Non que ce ne soit pas un spectacle agréable mais le soleil se couche tous les soirs, il n’est pas nécessaire de s’arrêter pour l’observer. Sans doute le fera-t-il si un jour, il se couche pour ne jamais se lever. " Non, je rentrais. ". Oui, absolument rien d’exceptionnel, du coup.
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Murphy Cavendish
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Remember, we were building the sky (Elias) Empty Re: Remember, we were building the sky (Elias)

le Lun 25 Nov 2019 - 2:10


Remember, we were building the sky

Murphy Cavendish & Elias Caroll

(27 juin 2119 / recherche d'Isdès dans les montagnes)


C'était probablement la plus chose la plus bienvenue qui pouvait lui arriver, aujourd'hui, de tomber sur Elias. Parce qu'il était le seul lien qui lui restait avec Isdès, mais aussi et surtout parce qu'il était le seul capable de comprendre ce qu'elle vivait. Pour ce qu'il avait vécu de son côté sans qu'elle en sache pour autant les tenants et les aboutissants, et aussi pour ce qu'il savait de sa relation avec l'Athna. Il était la seule personne, avec Mila, à avoir eu quelques bribes de ce qu'elle avait pu vivre avec Isdès. Mais Mila ne comptait pas vraiment parce qu'elle leur avait volé le secret ; à Elias, Isdès l'avait donné sans s'en rendre, et il avait été mis dans la confidence indirectement, par la force des choses. Il avait un pied dans cette bulle que le disparu avait choisi d'éclater. Alors il était la seule personne sur cette planète qui pouvait concevoir ce que l'évaporation d'Isdès pouvait signifier pour elle. Et au village, pensait-elle des fois, il n'y avait probablement personne pour même se rendre compte qu'il n'était plus là... elle était la seule détentrice de ce secret, comme elle avait été la seule détentrice du secret de leur relation. Là où ça avait pu galvaniser tout ce qu'elle avait eu de beau au milieu du reste, le secret et le silence, aujourd'hui, étaient devenu un poids bien trop solitaire. Oh, elle savait qu'avec Elias elle n'aurait pas de grandes conversations à cœur ouvert. Même quand il se confiait sur des pans intimes de son histoire et de sa personne, il le faisait avec parcimonie, presque par accident, et il ne fallait pas rester trop longtemps aux alentours des braises qu'il avait semées, de crainte de s'y cramer entièrement. Mais il laissait quelques choses ça et là quand il le décidait, et aujourd'hui serait peut-être de ces jours où quelques mots soigneusement choisis viendraient percuter son histoire à elle.

La soirée s'installait doucement sur les montagnes, les berçant des dernières lueurs chaudes du jour, alors qu'elle se présageait particulièrement nostalgique pour l'Odysséenne. C'était peut-être de ça dont elle avait besoin : de revenir ici pour accepter ce qui était passé était révolu à jamais, qu'Isdès lui avait volé un petit morceau de l'avenir qu'elle se préparait malgré elle. Parce que peu importait ce qu'ils pouvaient se dire ou ne pas se dire, tous les deux, il y avait entre eux cet accord tacite passé lorsqu'ils avaient cru se perdre aux abords de l'océan déchaîné : ils n'étaient pas censés s'abandonner, et devant eux, à partir de cette nuit-là, s'était dessiné une route commune, accidentée par endroits, idyllique à d'autres. Maintenant c'était un mur qui se dressait devant Murphy, sans qu'elle ne comprenne ce qui avait pu pousser si violemment Isdès à trahir cette promesse et tout ce qu'ils avaient construit ensemble. Et elle pensait aux siens, à ceux qu'il avait laissés dans ces montagnes qu'il chérissait tant et pour lesquelles il aurait donné sa vie. Maintenant, quoi ? Maintenant, que devenaient ceux qui restaient ? Que retenaient-ils de lui ? Quel souvenir de lui pouvaient-ils entretenir, maintenant ? Il semblait que sa mémoire avait disparu en même temps que lui. C'était peut-être pire que la mort, comme départ, parce qu'il l'avait choisi, et parce qu'avec lui étaient partis toutes ses promesses, tous ses engagements, et tout ce qu'il avait mis une vie entière à bâtir. Elle, au final, même s'il était parfois difficile de le voir de cette façon, n'était qu'un dommage collatéral. Elle n'était que quelques années sur près de quarante ans de vie. Elle n'était que ponctuel dans la linéarité de sa vie d'Athna.

Et c'est toutes ces pensées qui bataillaient dans son esprit lorsqu'elle s'était enfoncée dans les bois pour trouver de quoi faire un feu. Les mots d'Elias résonnaient dans son esprit, lui faisant réaliser encore plus violemment tout ce qu'il avait pu laisser dans ses montagnes, loin d'elle et de ses considérations de femme éconduite.

En revenant, Murphy était un peu éteinte, à l'image du soleil qui achevait de se coucher pour la nuit à venir. Le feu fut allumé dans les réflexes de l'habitude, et elle se laissa tomber devant sans trop savoir quoi dire. Avait-il faim ? Elle, pas tellement. Lui non plus. Elle haussa les épaules ; ils mangeraient peut-être plus tard. Et, lorsque finalement elle attaqua ce sujet qui les unissait ce soir, elle vit le visage d'Elias se fermer encore plus qu'il ne l'était déjà d'habitude. De l'autre côté des flammes, ses traits exprimaient une rancoeur qui n'était pas loin de concurrencer celle qu'elle ressentait. Pendant une seconde elle eut envie de le serrer dans ses bras pour lui partager sa compassion, et puis l'envie lui passa. Il n'était pas de ce genre-là et probablement qu'elle non plus. Pas aujourd'hui, pas avec lui. Il allait bien, assurait-il. Il allait bien comme elle allait bien, probablement ; dans les apparences, quand il ne réfléchissait pas trop à tout ce que ce départ impliquait et sous-entendait. « Je sais. On va bien tous les deux » lâcha-t-elle, le regard perdu dans les flammes alors qu'Antarès venait tranquillement s'installer à côté d'elle pour profiter de la douce chaleur qui commençait à en émaner. Oui, ils allaient bien tous les deux. De ce bien qui n'était que celui qu'on exposait qu'aux autres mais qu'on ne parvenait pas vraiment à s'imposer à soi-même autrement que par le déni. Mais parler de ces choses-là devrait s'entrecouper de quelques choses un peu plus terre-à-terre pour en alléger le poids. Elle était mieux avec lui, ce soir, qu'elle ne l'aurait été seule. Seule, elle se connaissait, elle se serait sans doute laissée emporter par sa mélancolie. La tristesse de ne pas avoir trouvé de réponses ici, le chagrin d'y retrouver tout ce qu'elle y avait laissé avec Isdès. « Oui... » Oui, la montagne pouvait être dangereuse. La Montagne, aussi, était dangereuse. Par son absence, la pire des présences. Se rendait-elle compte, cette Montagne, de toutes les fêlures que ce coup avait laissé chez ceux qu'elle avait abandonnés ? Même quand elle essayait de distiller un peu de son esprit cartésien dans la conversation, Murphy ne pouvait s'empêcher de laisser son esprit s'égarer du côté de celui qui n'était plus là. Ca ne durerait pas, espérait-elle. Et si aujourd'hui avait réveillé un démon insatiable ? Et si tout ce qu'elle avait fui depuis qu'elle avait reçu cette lettre revenait comme un boomerang violent ? Et si elle ne devenait plus que le stéréotype de la femme malheureuse à qui on avait arraché une moitié ?

Mais peut-être qu'Elias serait capable d'apaiser ces questionnements en rajoutant quelques bribes à cette histoire trop complexe. S'ils étaient proches ? Pas vraiment, lui confiait-il. Et ça la fit sourire, parce qu'il lui semblait à l'instant que ça avait toujours été évidents. Quand il lui avait parlé d'Elias, Isdès l'avait fait avec un mélange de rivalité et de bienveillance. Il avait été si jaloux de lui quand il avait cru quelque chose, n'importe quoi, entre elle et lui - et maintenant ce souvenir ne venait plus sans une rancoeur morose et moqueuse. Et il avait si protecteur envers Elias, quand il avait hurlé à Mila de rester loin de lui. La description que faisait Elias de leur relation n'était pas si éloignée de celle qu'elle avait construite malgré elle au fil des échanges. « Pour ce que ça vaut, tu sais, je crois qu'il tenait à toi... » Et elle soupira tristement en réalisant qu'elle avait parlé de lui au passé, déjà - était-ce un deuil qu'elle venait de faire ? Était-ce un abandon de tous ce qu'ils avaient construit ? Une abdication face aux recherches qu'elle n'était pas censée mener ? Et de dire ça, est-ce que ça réconforterait Elias ? Elle devait l'admettre, Murphy avait encore du mal à le cerner - et il ne faisait pas grand chose pour se laisser cerner. Il avait le droit de savoir ces choses-là, se disait-elle. Elle aurait aimé qu'on lui dise des choses douces comme celles-là si elle ne les savait pas. Ca adoucissait un peu les peines, non ? Mais entre les doigts, la lettre tremblait un peu. C'était tout ce qui lui restait, maintenant, tout ce dont il lui faudrait se contenter jusqu'à ce qu'elle parvienne à tourner la page. Reviendrait-il un jour comme il était toujours revenu ? Il y avait quelque chose de différent dans cette rupture. Elle pouvait le sentir dans sa chair. Il ne reviendrait pas. « Je... je sais pas. Pas vraiment. C'est une rupture, quoi. » Et ses prunelles retombèrent sur les dernières phrases griffonnées dans cette langue qui n'était pas la sienne. Tu es mon étoile. Tu illumineras mon ciel. Je suis désolé, tu as le droit de me haïr. Si je reviens, je te retrouverai. Toujours. Qu'était-elle censée faire de ça ? Le chérir comme un trésor ? Elle en vomissait tout ce qu'elle avait pu éprouver à ses côtés et loin de lui. Elle méprisait tout ce qu'il avait créé et tout ce qu'il avait abandonné. Oui, elle le haïssait. Et elle se haïssait de l'avoir un peu trop aimé - si ça avait été de l'amour. Dans un geste brusque, elle replia la lettre et la glissa dans son sac, comme si elle refermait la boîte de Pandore. Ces maux-là faisaient moins mal lorsqu'ils étaient enfermés, emprisonnés, voués à l'obscurité et au silence. « Il vous laissé quelque chose, à vous ? A... à toi ? » Quelques mots d'au-revoir balancés au détour d'une ruelle telles qu'elle imaginait les ruelles athnas; quelques mots griffonnés, comme les siens, sur un morceau de papier volant ? « Oui, tout le monde meurt... » répéta-t-elle sans pouvoir refréner un petit rire amusé. C'était une réponse qui ne voulait pas dire grand chose. Savait-il, lui, qui Isdès avait perdu ? Il le savait probablement - cette réponse, c'était sa façon de dire qu'il retenait l'information. Mais elle ne lui en voulait pas ; elle n'était pas de sa famille, elle n'était pas de leur famille. Elle serait toujours celle d'un autre monde, qui n'aurait à jamais qu'un pied ici.

Et au milieu de tout ça, il y avait tout de même une bonne nouvelle à distiller - même si elle aussi était teintée de cette pointe de mélancolie qu'Isdès avait le don de créer partout malgré son absence - grâce à son absence. C'était la première fois qu'elle l'admettait, qu'elle avait probablement pensé à lui lorsqu'elle avait accepté l'offre, qu'il avait pesé dans sa décision. Elle avait toujours aimé ce monde, même dans les moments où il avait été le plus dur avec elle. Elle aimait les rencontres qu'il lui avait permis de faire ; elles faisaient son quotidien, y compris chacune des retrouvailles avec Elias. Il faisaient partie de la vie l'un de l'autre, maintenant - même en pointillés dans cette longue ligne temporelle de l'existence humaine. Peut-être même que Murphy le considérait comme une sorte d'amis ; elle se confiait à lui, ce soir, et ce n'était pas la première fois que quelques secrets glissaient entre eux, comme s'ils avaient enfin trouvé une paire d'oreilles accueillante pour venir s'y loger. « Oui, je suis contente. J'ai enfin l'impression que je pourrais accomplir les choses. » Mais le sourire était triste et la confession suivit dans un souffle. « J'aurais aimé qu'il le sache. C'est l'ego, sûrement. » Oui, l'ego ; c'était sûrement la fierté. Peut-être qu'il aurait esquissé un petit sourire de fierté, qu'il l'aurait félicité. Peut-être qu'il aurait à peine réagi, mais au moins il aurait su. « Il me prenait trop souvent pour une gamine, juste parce que je viens du ciel. » Elle releva son regard vers Elias, de l'autre côté des flammes qui gagnaient doucement en conviction. « Je me doute que tu penses la même chose, mais ne le dis pas ce soir s'il-te-plaît... » Sa voix était douce et fatiguée, presque tendre. Ce soir n'était pas un soir pour lui rappeler tout ce qu'elle n'était pas pour ce monde et ses habitants. Ce soir était pour célébrer et s'endeuiller de ce qu'elle avait pu être pour l'un d'eux ; c'était un soir à deux, deux restants, pour ce lien qui persistait au fil des années entre ceux que tout aurait pu opposer. « Penser à moi, c'est penser aux autres... » Ca avait toujours été comme ça. Elle haussa les épaules : au milieu de tout ça, elle essayait d'apprendre à penser juste à elle, mais c'était bien souvent trop douloureux. C'était faire face à trop de départs, subis ou choisis, et maintenant venait s'ajouter à la longue liste celui d'Isdès. Quelle idée de l'avoir laissé entrer dans sa vie... Quelle idée de l'avoir imaginé, un jour futur, découvrir la petite maison qu'elle retapait. Quelle idée d'avoir pensé que son rôle de conseillère consisterait à construire cette avenir pour eux, et pour tous les autres. « Oh... t'étais où, t'as fait quoi de beau ? » Les questions étaient malicieuses et son regard se réveillait enfin. Peut-être qu'il aurait de belles histoires à lui raconter, lui...
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