Le deal à ne pas rater :
Borderlands 3 pour PS4
8.32 €
Voir le deal

Aller en bas
Game Master
DATE D'INSCRIPTION : 28/05/2014 PSEUDO/PRENOM : Le Grand Manitou MESSAGES : 2900 CELEBRITE : Nobody POINTS GAGNES : 251
Admin

« Lonely day » NunaxTC - Page 2 Empty Re: « Lonely day » NunaxTC

le Lun 9 Déc 2019 - 16:06
Le membre 'Theodore-Charles Jones' a effectué l'action suivante : Lancer de dés


'Dés' : 4
Nuna Cortez
DATE D'INSCRIPTION : 12/10/2018 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Murphy Cavendish MESSAGES : 2938 CELEBRITE : Zazie Beetz COPYRIGHT : andthereisawoman / jojo (vava) ; Lux Aeterna (sign, gifs) METIER/APTITUDES : Forgeronne et orfèvre (joaillière) TRIBU/CAMP : Athna POINTS GAGNES : 26

« Lonely day » NunaxTC - Page 2 Empty Re: « Lonely day » NunaxTC

le Mar 10 Déc 2019 - 2:06


lonely day

Nuna Cortez & TC Jones


(6 mars 2119 / volière, réception d'une lettre de Makenna)


Pendant un bref instant, Nuna s'était demandé si TC était le seul qui aurait été capable de l'inclure dans une petite bulle en dehors du monde à ce moment-là. Elle voulait croire que non, mais il y avait quelque chose qui retenait la vérité loin de là. La vérité, au contraire, était qu'elle avait croisé de nombreux confrères athnas sur le chemin de la volière, que les salutations avaient été de mise mais qu'aucune d'elles et qu'aucun sourire n'avait eu le pouvoir que TC avait ce moment-là sur elle et sur ses pensées sombres. Qu'est-ce qui l'avait mis sur son chemin à ce moment précis ? Elle ne croyait qu'à moitié au hasard, surtout quand sur sa route, c'était un peu de soulagement qu'il lui proposait. Le poids sur ses épaules était toujours là, il ne demandait qu'à l'écraser à nouveau. Mais pour un temps qui était voué à se finir, il savait se faire tout petit. TC savait le faire tout petit.

Sa terrasse avait retrouvé ses couleurs d'antan. Le vent soufflait à nouveau doucement, et elle pouvait à nouveau apprécier la douceur des rayons du soleil qui venaient terminer leur course interstellaire sur sa peau foncée. C'était d'une saveur nouvelle, parce qu'elle avait connu, quelques longues minutes encore auparavant, toutes les nuances de gris qui avait remplacé la multitude de couleurs qui faisait son monde en temps normal. Elle aurait dû les voir plus tôt, toutes ces teintes, quand elles avaient été si évidentes. Elle pouvaient disparaître en un claquement de doigts. Alors maintenant qu'elle sortait de cette torpeur du fade, Nuna les voyait plus lumineuses encore. TC était celui qui, à ce moment précis, lui faisait à nouveau voir le monde en couleurs. Peu importait les défis qu'elle ne pouvait pas relever et les piques acidulées qui venaient s'interposer entre eux. Au fond, ils étaient le lien qu'ils tissaient. Ils étaient ce pont qu'ils construisaient depuis qu'ils s'étaient trouvés ou retrouvés. Et Nuna, au lieu de penser à sa douce et brisée Makenna, pensait à celle que TC voulait piéger dans ses filets. Et puis il y avait sa mère à lui, et elle se demandait, maintenant, s'il n'était pas, justement, en train de la piéger au milieu d'un tas de mensonges éhontés qu'il réservait à toutes ses victimes. Mais elle savait que non ; pas parce qu'elle le connaissait, mais parce qu'elle connaissait le genre humain. Il ne mentait pas. Les mensonges se lisaient sur les traits et dans le regard - les traits et le regard trahissaient toujours même les plus expérimentés du mensonge. TC ne mentait pas. Sa douleur était presque palpable et Nuna se sentait embarquée dans cette peine qui n'était pas la sienne. Cette peine était trop forte pour être inventée de toutes pièces. Il n'y avait que les vraies peines qui pouvaient être ressenties aussi fort, qui pouvaient être ressenties à deux. Sa mère, était-elle heureuse ? Les choses auraient dû être beaucoup plus compliquées que cette simple question, mais Nuna savait que c'était ce que les esprits, même les plus meurtris, recherchaient toujours. Le bonheur. Une forme vive et scintillante de ce que quelque chose mystérieux que l'on pouvait passer une existence entière à chercher. Était-elle heureuse, alors ? TC lui-même semblait incapable de répondre à cette question. C'était peut-être ce qui devait compter, au final, même quand il la voyait partir bien loin de lui. Est-ce qu'elle souriait ? A quoi ressemblaient ses sourires ? Riait-elle parfois ? Son regard savait-il encore vibrer de cet éclat si particulier de ceux qui aiment tant vivre ? Rire, danser, rire, s'amuser, c'était ça le bonheur. C'était son bonheur à elle, en tout cas. Nuna se mordait la lèvre en écoutant TC parler, happé tantôt par sa culpabilité et parfois par la peine d'avoir à lui avouer les douleurs dont elle ne se rappelait plus. « Ta mère est heureuse. C'est ma définition du bonheur, ce que tu décris. Et si un jour tu n'as pas la force de réveiller ces peines qu'elle a oubliées... elle oubliera tes petits mensonges aussi vite. » Était-elle vraiment en train de l'encourager à mentir ? Les mensonges allaient au contraire de toutes ces valeurs, mais elle devait admettre qu'il y avait des mensonges plus doux que d'autres. Des mensonges qui caressaient plutôt que de briser. Les contes qu'elle racontait aux enfants, n'étaient-ils pas eux aussi des mensonges ? C'était des contre-vérités dont on ne pouvait tenir rigueur à personne. Il y avait des mensonges plus tolérables que d'autres. « Une fois, ton père peut juste être en voyage. Et elle sera heureuse de l'attendre et de préparer son retour... » Son regard fuit son interlocuteur avant d'admettre que la finalité serait toujours la même, vérité ou mensonge. « ... et elle oubliera, et elle aura gagné un peu de bonheur au passage. » Oui, il y avait des mensonges un peu moins grave que d'autres, parce qu'ils n'étaient pas animés de malveillance mais de tout l'amour que l'on portait à sa victime. « Elle joue aux échecs, ta mère ? Je voudrais bien partager un peu de bonheur avec elle, un jour. »

Mais la lourdeur, comme toujours, reprend sa danse avec toutes les légèretés qui teintent leur relation depuis le début, et les éclats de rire fusent à nouveau sur la terrasse. Mais Nuna, fouineuse, ne comptait pas se laisser faire. Elle se redressa et le toisa de sa petite carrure, observatrice, à l'affût des indices qu'il pourrait laisser fuiter même s'il avait décidé de se taire. Il était donc de ceux à créer des mystères sans péter les bulles qu'ils créent. « Mmh... je les mérite pas, alors ? » La tête penchée en arrière, elle l'observait de ses yeux plissés par la curiosité. C'était peut-être un peu manipulateur de s'avancer sur ce terrain-là - mais c'était totalement manipulateur de divulguer l'existence d'un mystère sans en dévoiler l'essence, non ? « En plus, c'est un secret qui me concerne. » Ce qu'elle ne disait pas, c'est que ça l'inquiétait un peu, tout de même, de ne pas savoir ce que des pensées pouvaient avoir à dire à son sujet. Si elles se taisaient, alors c'est qu'elles étaient mauvaises. Que feraient-ils, si elle savait ce qui se passait dans sa tête ? Elle avait l'impression de passer à côté d'une vérité capable de faire s'écrouler le monde et c'était quand même très désagréable.

Et puis cette fois, c'est dans les souvenirs qu'ils se laissèrent glisser ensemble. Enfin, dans les souvenirs de Tiçi, en fait, parce que Nuna ne se rappelait de cette première soirée qu'à travers ce qu'il pouvait lui en traduire, et de ce que son esprit avait bien voulu lui en rappeler. C'était flou, c'était en pointillés, mais ça avait le mérite d'exister à nouveau dans sa caboche, au moins un peu. « Du coup si je veux que tu développes ta réponse, va aussi falloir que je le mérite ? » Elle arqua un sourcil un peu horripilé à l'avance, parce qu'elle savait déjà qu'elle ne parviendrait pas à lui tirer les vers du nez. Beaucoup plus que l'infirmière bornée et sensible, ça pouvait être quoi ? Elle ne lui avait pas dévoilé plus que ça, le premier soir - ou en tout cas, elle n'en avait pas le souvenir. Et soudainement un frisson vint animer sa colonne ; et si elle avait oublié certaines choses, celles auxquelles il faisait référence ? Et si elle fait dit des choses, et si elle avait fait des choses ? Son regard se fit soudainement fuyant et sa mine inquiète. Elle était aussi transparente qu'elle souhaitait ne pas l'être. « Ca veut juste dire que je tiens moins l'alcool que toi... » Elle haussa les épaules pour se persuader elle-même que ce n'était pas si grave, de ne pas tout se remémorer de cette soirée. Mais elle n'avait pas souvenir d'avoir énormément bu ce soir-là - pas autant que la dernière fois, en tout cas. « Ca importe parce que ça me concerne » ajouta-t-elle malgré tout un peu plus sèchement que ce qu'elle aurait aimé. Il était quand même un peu égoïste, à retenir toutes ces informations. Y trouvait-il là une forme de pouvoir, de l'ascendant qu'il pouvait avoir sur elle ? C'était définitivement comme ça que Nuna le prenait, en tout cas. Et c'est définitivement pour cette raison qu'elle finit par abdiquer, laissant doucement ses épaules s'affaisser.

Mais il y avait toujours ce jeu qui sert de fil conducteur à toutes les conversations qui gravitaient autour de lui. Sous leurs yeux, la partie d'échecs avançait et les pions dansaient, tombaient, s'échouaient sur le côté du plateau. Et l'anneau dont il parlait venait avec une pointe de mélancolie. Et elle était prête à lui promettre que lorsqu'elle le gagnerait, elle porterait à son cou - jusqu'à ce qu'il le regagne, au détour d'une autre partie. Mais ce moment-là, comme tous les autres, ne s'éternisa pas ; il laissait déjà place à d'autres taquineries, d'autres indiscrétions destinées à dévoiler un peu malencontreusement un peu de l'un à l'autre. Elle le scrutait en lui demandant si c'était ce qu'il se considérait être, une erreur, et le voilà qui lui répondait avec un de ces grands sourires qui étaient sans doute destinés à berner les plus naïfs. « Exactement... » répéta-t-elle dans un souffle, dubitative, observant toujours le visage de l'homme pour essayer de décrypter ce qu'il cachait derrière ces mots. Enquêtrice de pacotille, elle ne pouvait que parvenir à la conclusion que c'était ce qu'il pensait réellement. Il se considérait être une erreur - une erreur de parcours pour toutes celles qui tombaient dans ses bras ? « C'est triste, ça... » Ses yeux s'étaient fendus alors qu'elle continuait à réfléchir à ce qui pouvait se cacher derrière une si triste conclusion. Toujours accoudée à sa cuisse, le menton posée sur sa main, Nuna souhaitait plus que ça, plus qu'un simple exactement censé clôturer le débat comme on achevait un poulet malade. « Elles te demandent ce service ? » La question était aussi sérieuse, presque analytique. Il y avait bien des secrets au milieu de ce qu'il avançait, TC. « Et les relations où t'apportes autant que l'autre t'apporte, ça te dit pas ? » Le regard était inquisiteur mais pas curieux. Elle était sérieuse, Nuna, à questionner les motivations de l'homme - lorsqu'il s'agissait de femmes comme lorsqu'il s'agissait de tout le reste. Elle, ce genre de relations qu'il décrivait, ce n'était pas celles qui faisaient battre son cœur. C'était sans doute parce qu'elle était idéaliste à ce point qu'elle n'était pas dans une de ces relations idylliques dont elle rêvait. C'était si dur de trouver quelqu'un avec qui on voulait partager une amitié fusionnelle avant de partager le lit ?

Mais on passait encore du coq à l'âne et revenait au milieu de leur partie le trésor qui lui était promis lorsqu'elle gagnerait. L'anneau... Oui, elle avait le droit d'être désolée, Nuna, même si elle n'était pas responsable de l'histoire de l'objet et de celle de TC. Elle pouvait compatir, ressentir sa peine et être désolée qu'il ait vécu et vive encore tout ce qu'il voulait bien lui dévoiler de son histoire. Mais il sourit sans rien ajouter de plus - peut-être avait-elle été trop loin ? Mais le jeu reprit le dessus - les jeux, celui qui se jouait sur le plateau posé entre eux, et celui qui se tramait depuis le premier jour à travers leurs joutes verbales. L'anneau se volatilisa bien loin d'eux. Il s'agissait de gagner, et TC attaquait de front, prêt à la déstabiliser. Mais elle n'avait pas de cave - pas plus qu'elle n'avait quelqu'un pour partager son lit ou sa vie. « C'est juste que si quelqu'un finit dans mon lit, c'est pas une proie. Pas besoin de cave, il aura juste mon cœur. » Elle le toisa, presque méprisante dans sa réponse tant il l'avait agacée à s'aventurer sur ce terrain-là, comme s'il prétendait détenir une vérité universelle. Elle ne courrait pas les lits et elle ne courrait pas les cœurs, Nuna. La chaleur de son cœur et de son corps, il fallait les gagner ; elle ne les bradait pas, ne les abandonnait pas au premier venu. Ce n'était pas de l'ego mais elle se refusait au dépit. Elle ne donnait rien ou donnerait tout, voilà tout.

Mais la bataille qui se tramait sur l'échiquier parvenait doucement à sa fin, et les concentrations furent telles que les mots commencèrent à leur manquer. Nuna ne comptait pas perdre. Dans son esprit s'enchaînaient mille et un calculs et les hésitations étaient multiples à chaque fois qu'elle avait la main. Mais son roi tomba sous son regard effaré. Mauvaise perdante, Nuna l'était peut-être un peu - encore plus lorsqu'elle s'était vantée auprès de son adversaire de sa future victoire. Le pion n'avait pas encore fini sa chute sur le plateau en bois qu'elle avait déjà levé le nez vers TC pour le fusiller du regard. C'est pas grave, c'est qu'un jeu, c'est pas grave... c'est qu'un jeu. TC, lui, était presque penaud. Il avait pitié d'elle et c'était encore pire. Elle avait envie de lui dire qu'elle l'avait laissé gagner, mais c'était de ces mensonges qui ne desservaient aucune cause louable et qui ne méritaient donc pas d'être énoncés. Elle avait perdu parce qu'elle était moins bonne que lui, voilà tout. « Bravo » dit-elle un peu plus sèchement qu'elle l'avait souhaité. « Pour être tout à fait honnête, je pensais pas que j'allais perdre. » Son ton s'était adouci. Ce n'était peut-être pas tout à fait de la pitié qu'elle percevait chez le gagnant. « Non non, tu l'as gagnée loyalement, cette table, elle est à toi. » Elle la désigna d'un geste de la main avant de soupirer un peu tristement. « C'est l'une de mes premières grosses créations. Elle est pas très jolie mais elle est solide. » Elle récupéra les pièces de bois qu'elle rangea dans leur pochon protecteur et replia le plateau de jeu. « Prends-en soin, hein ? » demanda-t-elle un peu tristement avant d'ajouter : « comment tu vas la ramener chez toi ? Tu vas pas trop galérer pendant le voyage ? » Elle laissa le jeu sur le banc et se releva pour passer devant TC et prendre la petite table. Elle la ramena devant lui. « Non, non ! » s'écria-t-elle presque subitement, laissant retomber la table de fer un peu trop brusquement, à deux doigts d'y laisser un orteil. Elle avait fait un geste de la main presque instinctif pour le retenir. « T'inquiète pas pour le rangement, tu vas déjà assez avoir à faire en transportant la table. » Elle sourit d'un petit sourire désolé en jetant un regard mélancolique à sa table. Elle aurait peut-être une meilleure vie chez TC ; elle verrait du pays, elle rencontrerait Luana, et puis qui sait, peut-être la regagnerait-elle un jour. Elle pouvait partir avec pire compagnon que TC. « Mais t'avais dit que tu resterais pour manger, et puis... » Son regard vagabonda jusqu'à la porte par laquelle ils avaient accédé à la terrasse. Elle s'était assombrie brusquement, parce que lui voulait partir, et parce que s'imposait à nouveau le poids de ce pauvre bout de papier qui attendait entre ses coussins. Pourrait-il comprendre ? Comprendrait-il ? « Tout à l'heure, à la volière... je suis allée chercher une lettre qui me fait peur. Je crois que... » Elle soupira en fermant les paupières alors que déjà, des larmes perlaient au coin de ses prunelles. « Je crois que je sais ce que je vais trouver dedans. Tu... tu veux pas... » Elle n'osait plus le regarder ; les paupières demeuraient closes. Entre eux, la petite table voyageuse les séparait. Elle avait posé le bout de ses doigts dessus, comme si elle était l'unique support à sa disposition pour l'empêcher de s'écrouler d'angoisse. « ... rester avec moi pendant que je la lis ? Je sais que j'ai perdu mais... après tu pourras manger. Normalement je cuisine pas trop mal - à se demander pourquoi j'ai personne dans mon lit, hein ? » C'était elle qu'elle essayait de faire rire, mais dans l'obscurité de ses paupières fermées, ses tentatives d'humour la laissaient totalement impassible.
Theodore-Charles Jones
DATE D'INSCRIPTION : 16/09/2018 PSEUDO/PRENOM : Thirteen MULTICOMPTES : Wyatt Sheperd & Nila Yurinova MESSAGES : 687 CELEBRITE : Dominic Cooper COPYRIGHT : halamshiral - corvidae ;; lost at sea - in this moment METIER/APTITUDES : Marchand - Orientation, Diplomate. TRIBU/CAMP : Pikuni. POINTS GAGNES : 151
Admin

« Lonely day » NunaxTC - Page 2 Empty Re: « Lonely day » NunaxTC

le Lun 10 Fév 2020 - 12:32

Les mots ont un pouvoir particulier. Un simple mot peut illuminer le cœur des gens comme il peut assombrir leurs yeux. Le poids des mots est parfois plus lourd que celui des maux. TC avait toujours mesuré les mots avec une attention toute particulière mais il n’avait jamais ressenti les mots comme sa mère le faisait depuis que son monde était dentelé. Ils avaient tous un poids tellement puissant, tellement grand, tellement fort. Les mots pouvaient retourner son cœur et son âme, bouleverser tout ce qui la composait sans que rien ne le présage. C’était violent, même si ça l’était sans doute plus pour elle, c’était un crève-cœur pour lui. L’homme qui n’avait toujours eu que les mots dans sa vie, que des histoires pour faire sourire sa mère, se retrouvait avec une arme encore plus dangereuse qu’une épée quand il ouvrait la bouche. Et ça, ça lui faisait mal à en crever.

Pourtant, lorsque Nuna demande si elle est heureuse, la question semble le laisser sans mot. Parce que c’est aussi ça, la grande tragédie de sa vie, il a toujours les mots pour les histoires des autres, jamais quand elles ne le concernent lui. Les mots de l’athna lui laissent un sourire tendre au bord des lèvres alors que ses yeux trouvent timidement les siens. Peut-être qu’elle était trop gentille, trop douce. Une guimauve dans ce monde de brutes, mais Nuna avait le don pour mettre des mots sur ses maux. Il n’y avait qu’elle dans toute cette planète qui avait réussi à faire ça. Mais, l’idiot garde le secret pour lui. Bien gardé, dans sa boîte de Pandore bien à lui. C’est un silence qui répond à ces mots-là, parce qu’il n’a pas envie d’en dire plus. Garder l’image tendre et naïve de la brunette pour parler du bonheur était suffisant. Et alors qu’il se mordille l’intérieur de la lèvre en passant le plateau de jeu sous un simple regard, c’est la voix de la belle qui de nouveau s’élève. Les pupilles la fixent de nouveau, il se noie dans son regard et la laisse le transpercer par ces mots. Quelque chose qu’il ne croyait jamais entendre de sa bouche. Le sourire taquin se dessine malgré lui au bord des lèvres, et l’œil gagne ce grain de malice alors qu’il l’écoute avec le myocarde et tous les autres muscles en haleine. Tout son corps en pause, attendant la chute, l’enfant qui voit celle qui n’a jamais fait de bêtise céder sa première connerie. Et elle ne la cède pas à n’importe qui, c’est à lui qu’elle offre ce privilège. Le droit au mensonge, celui qui fait du bien, qui guérit les peines de cœur. Alors qu’il se retient d’en rajouter, de la titiller, de tout gâcher, il se permet juste de glisser, d’un souffle subtil, au milieu du reste, entre deux coups au jeu d’échecs. « Je croyais qu’une des règles du mariage c’était de ne pas mentir. » Son sourire toujours plus joueur la retrouve et il rebondit directement sur la remarque qui suit, afin de faire passer son petit tacle dans l’oubli. « Elle serait ravie d’y jouer avec toi en tous cas, je n’en doute pas. »

C’était une invitation un peu particulière que celle de l’invité à retrouver Luana. Parce que c’était son secret bien gardé, le plus omniprésent et dangereux de sa boîte à secrets. La seule qui pouvait le détruire, en quelques souffles. C’était une rose dans une cage en verre qui perdait lentement ses pétales et qu’il gardait jalousement, de peur qu’on la fane trop vite. Offrir à quelqu’un d’autre que les Pikunis que sa mère adorait, le droit de l’approcher, c’était prendre le risque de la perdre un peu plus dans les abysses de son cerveau sans plus pouvoir la retrouver. Mais étrangement, pour Nuna, ça ne lui semblait plus si fou que ça. Le vent tourne et une fois de plus tout change entre eux, la danse d’équilibre fragile qui se joue avec passion est d’une singularité fascinante. La voyant se relever à retrousser son joli petit nez et s’offusquer de sa remarque. Le sourire de plus en plus joueur il lui répond, simplement. « Peut-être que c’est juste pour te forcer à vouloir me revoir et te rappeler de moi. Je maintiens le mystère et je pose des petites graines dans ton crâne, comme ça, d’ici quelques mois, c’est toi qui viens vers moi. » C’était un semi-mensonge, une vérité qu’il aurait aimée. Même s’il aimerait tout lui dire, il sait aussi que ça n’en vaut pas la peine. C’est très clair de son côté à elle, l’attirance et l’envie de voir où tout ça pouvait les mener n’avait jamais été réciproque. Elle ne l’était pas il y a dix ans, pas plus qu’elle ne l’avait été quelques mois auparavant. Le brun s’était juste fait des films de ses propres fantasmes, à voir des signes comme un idiot qui finit par croire à ses propres histoires. Pourtant, c’est bien connu, le dealer ne doit jamais consommer.

Le fait qu’elle insiste pour le percer, trouver les secrets de cette fameuse soirée le flatte et le terrifie en même temps. Alors il hausse les épaules, tout simplement. D’un simple regard et d’une moue qui veut tout et rien dire, il la laisse se faire des films - persuadé que quelque soit sa réponse, s’il parle, il va s’enfoncer. Nuna lui apprend une autre façon d’exister, lui qui a toujours mis un pied d’honneur à mettre en avant les mots apprend à mesurer le poids des silences. La remarque qui suit lui efface sa moue pour lui laisser retrouver un sourire plus franc. Si elle n’avait pas les souvenirs d’une décennie avant, il était certain que l’alcool et elle, c’était quelque chose d’un peu particulier. Et là, c’était tout qui se mêlait, ses souvenirs à lui, qu’il gardait précieusement rien que pour lui et cette soirée qui avait semblé folle, quelques mois auparavant. « Si c’était important, tu t’en serais souvenu, alcool ou pas. » Qu’il lui répond alors qu’il retrouve le jeu, la quitte des yeux. C’était égoïste de garder ces souvenirs rien que pour lui mais en même temps, avait-il tort ? Elle avait oublié, elle l’avait oublié. A ses yeux, il n’existait que depuis quelques mois tandis qu’elle, elle ne l’avait pas vraiment quitté depuis dix années.

Au rythme du jeu d’échecs, leur conversation chavire tendrement, des pions tombent et d’autres se relèvent. Un coup c’était lui qui jouait au plus malin, l’autre c’était elle qui tentait de lui montrer qu’elle l’était plus que lui. Tour de passe-passe, spectacle de magie ou partie de cache-cache, en vérité c’était difficile à décrypter. Peut-être qu’eux-mêmes ne savaient pas vraiment le jeu auquel ils jouaient. Une sorte de cap ou pas cap tordu, qui les menaient à des révélations et des fêlures qu’ils n’étaient pas vraiment prêts à assumer. Pourtant, aussi têtus l’un que l’autre, incapable de lâcher l’os qu’ils tiennent férocement entre les dents, ils continuent et se tuent un peu, se sauvent un peu. TC ne réagit pas alors qu’elle lui dit que c’était triste, de voir sa vie comme il la voyait. Pour simple réponse, un haussement d’épaules et il passe à autre chose. Comme si de rien n’était, comme si rien n’importait. « Tu poses beaucoup de questions. » Qu’il finit par lui dire, la cherchant du regard, les doigts qui se baladent sur les pièces entre eux. « Tu es peut-être une éternelle romantique, Nuna, mais moi pas. Si je crois en l’amour, j’ai aussi conscience que c’est pas pour moi. » Il lui dit comme si ce n’était rien, lui avoue qu’il s’est toujours vu seul, parce qu’il ne méritait personne à sa main. Cupidon n’était pas intéressé par un mec aussi banal et brisé. Y avait mieux partout, toujours mieux que lui. « Cherche pas à me mettre dans une case où l’âme sœur est trouvable, cherche pas à me sauver et me montrer que tout le monde mérite d’être aimé. Je sais ce que je vaux, Nuna et ça changera pas. » Il est un peu plus froid, parce que c’est pas un sujet qu’il se voit aborder ad vitam. S’il est prêt depuis le premier jour à ne la voir que comme un fantasme, il n’a pas envie de l’entendre parler du grand amour et toutes ces conneries à chaque fois qu’il la croise.

Heureusement pour lui, le vent tourne encore et il peut balayer cette obsession malsaine pour leur vie sentimentale qui ne les mènent qu’à une chute de plus en plus inévitable. La remarque le fait sourire, finalement le sujet ne change jamais totalement. Ils se baladent et gravitent autour de l’amour. Des satellites autour d’une planète, qui tournent autour sans jamais la toucher vraiment, poser les questions qui devraient l’être, entrer dans le vif du sujet. Nuna aussi pouvait être dure et sèche quand on l’amenait trop sur le terrain de l’amour. C’était bizarre, quand on y songeait, qu’ils soient à la fois si différents et si similaires en même temps. Et alors qu’ils se tournent autour comme deux lions en cage, les deux joueurs se retrouvent malgré eux face à la fin de la partie. Ils le savaient l’un comme l’autre, le moment était inévitable et pourtant, quelque chose dans l’air donnait l’impression qu’ils avaient cru un instant que ce jeu pourrait durer éternellement.

Profondément gêné d’avoir gagné. Surpris, aussi, il se redresse alors qu’elle le félicite de ce ton sec, un peu vexé, qu’il aime autant qu’il déteste. S’il ne s’en voulait pas autant, il l’aurait taquinée. C’était stupide, de s’en vouloir pour un jeu pourtant, non ? Peut-être pas vraiment, parce que ce n’était jamais la partie d’échecs qui avait compté entre eux. Alors qu’elle lui dit de prendre la table, le mot loyal le fait sourire, un instant ça allège son cœur et tous ses doutes alors qu’il dit, ironique. « Gagner loyalement, ça change. » Et puis les yeux se détournent sur l’objet du débat et la remarque lui fait retrouver les yeux de son adversaire un peu plus vite qu’il aurait voulu. Comme un réflexe un peu incontrôlable et ce cri du cœur, un peu plus brut qu’il aurait voulu. « Elle est parfaite. » Alors qu’il l’aide à rassembler les pièces du jeu, elle lui pose de nouveau un millier de questions. Mais cette fois-ci, il ne le soulève pas, il y répond simplement. « Je vais la confier à ma mère, elle en prendra le plus grand soin quand elle saura qu’elle vient de toi. Et ne t’inquiètes pas, je suis habitué à voyager avec plein d’affaires, je vais m’en sortir. »

Les gestes qui suivent le surprennent et elle ne lui laisse pas le temps de rattraper la table qui lui échappe des doigts qu’il sursaute à sa réaction. Les pupilles brunes retrouvent celles de la forgeronne et il se demande ce qui lui vaut quelque chose d’aussi franc. Mais comme souvent avec elle, il préfère le silence à la simple question. Il la regarde et lui dit doucement. « Tu viendras la voir, ma mère sera ravie de jouer aux échecs avec toi sur elle. Et puis, tu pourras toujours de nouveau la gagner. » La suite le laisse dans le flou le plus total, comme d’habitude avec elle. Lui qui pensait qu’il n’était qu’un fardeau dont elle ne savait comment se débarrasser se retrouvait avec une Nuna qui le tenait, par sa voix, par tous les mots qu’elle disait pas. Ca lui saisit le cœur et l’âme alors qu’elle lui offre des précisions, quelques révélations.

Les mots sont hachées et elle ne sait pas comment lui parler. Son palpitant se resserre alors qu’il oublie totalement, le temps d’un instant, tout ce qu’il s’est imaginé sur son oiseau, sur cette lettre, sur tout ce qui semblait se tramer sous sa tête. La touche d’humour sur laquelle elle termine fait fondre son cœur plus qu’il n’est prêt à l’admettre et il se lève à son tour, lui fait face et casse la distance entre eux. Sans un mot, délicatement, il laisse ses doigts s’emmêler aux siens. Son pouce qui caresse doucement le dos de sa main et ses yeux qui trouvent timidement les siens. « Je bouge pas tant que tu me fous pas dehors, Nuna. » Son ton est plus chaud, quelque chose qu’il refusait de s’autoriser avant qu’il ne peut plus retenir après l’avoir vue comme ça. Et puis il détourne le regard et se tourne vers la maison derrière eux. Sa main toujours dans la sienne, il fait un pas, prêt à s’avancer et l’accompagner le long de n’importe quelle épreuve si elle lui demandait. « Viens, ça va aller. » Y a plus de jeu, y a plus de sous-entendus, juste sa voix pour la guider, la laisser passer devant lui sans quitter ses doigts et l’accompagner jusqu’à la fameuse lettre.

Ses yeux trouvent la lettre puis Nuna, tendrement, il la regarde et tout ce qu’il a ressenti, fictif ou pas, tout se mêle pour un court instant et il ne voit à nouveau plus qu’elle dans tout cet environnement. Et putain que ça le tue qu’elle semble avoir cette fêlure dans le regard, sans qu’il puisse y mettre une lueur d’espoir. Alors il serre un peu ses doigts dans les siens et doucement il approche ses lèvres de son front. Il y dépose un simple baiser. Dans ses lèvres y a tout ce qu’il ne lui dira jamais. Et surtout, dans ce geste, y a des relents de cette fameuse soirée. Y a plus qu’eux contre le reste du monde.

Il décolle ses lèvres de la peau douce de la belle Nuna et retrouve une distance un peu plus correcte, un peu plus décente avant de lui dire, toujours aussi tendre, toujours aussi loin du jeu, trop près du feu. « Tu veux que je reste à côté de toi où tu préfères que j’aille dehors le temps que tu lises ? Dans tous les cas, je te laisse pas, tu peux avoir confiance en moi. »
Nuna Cortez
DATE D'INSCRIPTION : 12/10/2018 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Murphy Cavendish MESSAGES : 2938 CELEBRITE : Zazie Beetz COPYRIGHT : andthereisawoman / jojo (vava) ; Lux Aeterna (sign, gifs) METIER/APTITUDES : Forgeronne et orfèvre (joaillière) TRIBU/CAMP : Athna POINTS GAGNES : 26

« Lonely day » NunaxTC - Page 2 Empty Re: « Lonely day » NunaxTC

le Lun 24 Fév 2020 - 1:49


lonely day

Nuna Cortez & TC Jones


(6 mars 2119 / volière, réception d'une lettre de Makenna)


Nuna ne croyait pas vraiment au hasard, ou peut-être un tout petit peu, pour le geste ; elle croyait que chaque événement qui marquait une vie, même le plus moche, existait pour une raison. On peinait parfois à la trouver ; après tout, que lui avait apporté la disparition de Makenna ? Du chagrin, une déchirure, un trou béant dans son cœur de meilleure amie abandonnée, délestée de sa meilleure amie. Mais si on cherchait bien, on pouvait toujours trouver au milieu du tourbillon de la tornade un tout petit bout d'arc-en-ciel. Lorsqu'il s'agissait de Nenna, elle repensait aux souvenirs qu'elles avaient tissé ensemble et au milieu desquels son quotidien continuait de baigner. Elle pensait à tout ce que lui avait appris son amie. Elle pensait à la douceur qui continuait de l'apaiser, comme si Nenna était encore à ses côtés. Avec plus de pudeur et de timidité, elle pensait aussi à la résilience qu'elle s'était découverte. Elle qui n'aurait jamais cru être capable de vivre sans Makenna s'était retrouvée contrainte à le faire. Ça avait été une torture silencieuse chaque jours. Ça avait été beaucoup plus de survie que de vie, en fait, mais ça avait été. Et elle était toujours debout. Ce n'était pas grand chose, mais c'était son petit bout d'arc-en-ciel, celui qu'elle avait bâti au fil des années. Alors peut-être qu'il n'y avait pas de hasard, ou pas que lui. Et aujourd'hui, ce n'était peut-être pas le simple hasard qui avait mis Tiçi sur sa route. Comme ce n'était peut-être pas le hasard qui l'avait mis sur sa route cette fois où elle avait trop bu et où il avait écouté des choses qu'elle était à peine capable d'entendre d'elle-même. Aujourd'hui, Tiçi était son petit morceau d'arc-en-ciel au milieu du déluge qui s'apprêtait à s'abattre sur elle.

La partie d'échecs n'était pas grand chose ; elle n'était qu'un prétexte, qu'un moyen, qu'un langage, mais il y avait tout le reste, et c'était tout le reste qui comptait. Les taquineries, les sourires en coin, les questions et les remarques déplacées. S'en rendait-il seulement compte ? Pouvait-elle percevoir toute la détresse qu'elle essayait tant bien que mal de masquer ? Probablement. Probablement qu'il avait un peu pitié d'elle, aussi. En fait, c'était sûrement tout ce qu'elle était capable de lui inspirer, puisqu'il la trouvait toujours dans ses pires états. Mais elle s'autorisait un peu d'égoïsme ; elle profitait de sa présence pour en tirer autre chose, quelque chose qu'elle ne se serait jamais autorisée à demander à n'importe qui d'autre. Il ne cillait pas. Il y avait même de la gentillesse lorsqu'elle s'exposait dans ses chagrins. Il devenait ce qu'elle aurait du être pour elle-même, comme elle espérait tant l'être pour les autres. Mais il ne s'en rendait pas compte, parce qu'il semblait dépeindre une image de lui-même qu'elle ne voyait pas. Il était convaincu d'être une personne qu'elle ne parvenait pas à visualiser à la place de celui qui était là pour elle. Et la partie continuait, s'approchait de la fin. Elle était un moyen, elle était un prétexte, et elle ne saurait bientôt plus retarder l'échéance. Tiçi partirait et la tornade lui tomberait dessus. Pour de vrai, plus dans les instincts et plus dans les prémonitions. Il lui faudrait reprendre entre ses doigts cette lettre qui avait tout le pouvoir et tous les pouvoirs sur son existence entière. Elle devrait l'ouvrir. Ça prendrait quelques instants seulement de l'ouvrir ; quelques instants de plus pour la lire, pour comprendre, pour confirmer ce qu'elle était convaincue de déjà savoir. Ce serait quelques minutes qu'elle arrivait parfaitement à prévoir, déjà, sans parvenir à se convaincre qu'elle devait les vivre. Retarder, repousser, trouver le moindre prétexte pour vivre encore un peu de ce doute, de cette vie d'équilibriste - qui serait toujours moins lourde, elle le savait, que la vie de celle qui savait.

Et puis il y avait dans cette conversation quelques douceurs qu'elle n'aurait probablement pas suspectées. Pour une raison qui lui demeurait obscure, Tiçi lui confiait quelques bribes de lui et de son histoire. Il parlait de sa mère - cette mère pour laquelle Nuna éprouvait une tendresse infinie, sans la connaître, sans en avoir jamais croisé le chemin. Et il était triste, Tiçi, quand il parlait de sa mère. Mais elle, était-elle heureuse ? C'était un peu de bonheur qui pouvait appeler un peu de bonheur. Peut-être qu'une fois, suggérait-elle - juste une fois, elle pourrait mentir pour lui voler un sourire. Il serait le seul des deux à savoir le mensonge, et elle, pendant quelques instants, connaîtrait la douceur d'une vérité qui n'appartiendrait qu'à elle. Ces mensonges étaient parmi les seuls qui pouvaient être tolérés, non ? Tolérés, si ce n'était autorisés à être désirés. On pouvait désirer ce qui, de toute façon, partirait dans les méandres de l'oubli. Un peu de bonheur volé dans un présent qui n'existerait bientôt plus pour l'autre. « Mais t'es pas marié avec ta mère, si ? » demanda-t-elle, convaincue d'avoir raison parce que la réponse était évidente. Le mari de Luana ne mentait pas, lui. Lorsqu'il s'agissait de mariage, c'était tout autre chose. Ou peut-être que ça ne l'était pas tant que ça, quand elle y réfléchissait. Parce qu'elle idéalisait cette construction malgré tous les défauts qu'elle pouvait lui trouver. Un mariage n'était jamais parfait, et c'était ce qui le rendait si parfait. Il fallait trouver son mariage imparfait, celui qui rendait heureux ; et pour ça il fallait trouver cette autre personne imparfaite, dont les imperfections nous étaient si douces qu'elles pouvaient s'apparenter à une forme de perfection. Le mariage était un jeu d'équilibriste, une danse constante au-dessus du vide ; mais la vue pouvait y être belle et on pouvait en oublier la peur, si on gravitait dans ce drôle de monde avec la bonne personne. Et si ça impliquait un petit mensonge innocent et dépourvu de conséquences, Nuna, en fait, n'y voyait pas tant d'inconvénients. « Mais après tout, qu'est-ce que je peux savoir du mariage, moi... » pensa-t-elle dans un souffle à voix haute, le regard perdu sur l'échiquier qui voyait doucement la partie s'approcher de sa fin. « Parle-lui-en, et si ça l'intéresse... » Elle haussa les épaules ; comme s'il comptait la revoir, Nuna. Comme s'il comptait transmettre un quelconque message à celle qui devait être la femme la plus importante de sa vie.

Mais il suffisait d'attendre quelques instants de plus et de provoquer un peu la chance pour qu'il avoue, à sa manière, qu'il cherchait une prochaine rencontre.  « Ou peut-être que je me lasse trop vite de ce genre de jeux et que t'as déjà perdu mon intérêt. » Elle le toisait autant que ses bonnes manières le lui permettaient. Son intérêt, il l'avait toujours. Parce qu'il avait son inquiétude, sans doute. Un secret qui la concernait ne pouvait que lui faire peur. Que pouvait-on bien penser d'elle ? Que pouvait-il bien penser d'elle ? Peut-être qu'en fait, il fallait mieux accepter de ne pas savoir. Mais elle n'irait pas le chercher - pas pour ça, en tout cas. De toute façon, il semblait qu'ils se trouvaient toujours ; toujours aux pires moments pour la brune, ou alors dans les moments les plus propices à laisser apparaître ses grandes faiblesses et ses monstrueuses sensibilités. Et puis il y avait bien plus de choses qu'elle ignorait que de choses qu'elle savait, lorsque ça concernait Tiçi. Il suffisait de le voir se rétracter lorsqu'elle lui demandait quelques détails sur leurs rencontres. Pour elle c'était l'alcool qui était ressorti grand vainqueur de ces aventures. Il n'y avait que des bribes de cette première soirée, dessinées ça et là avec le temps sans qu'elle ne sache quelles parts tenaient de la vérité. Il y avait ce que Tiçi en avait laissé fuiter, et puis il y avait des morceaux que ce dont son cerveau, mécontent de n'avoir plus de matière, avait du refiler la responsabilité son imagination. Elle n'était pas trop sûre et de ne pas être trop sûre lui faisait peur. Parce que quelqu'un d'autre était impliqué, et parce que ce quelqu'un d'autre semblait prendre un malin plaisir de tenir cette place privilégiée de celui qui savait. « T'accordes bien peu de crédit à l'alcool, dis donc » répliqua-t-elle, à la fois vexée et résignée. Elle n'en saurait pas plus et ça ne lui coûtait pas seulement parce que ça faisait d'elle l'ignorante, mais aussi parce que ce flou pouvait renfermer à peu près n'importe quoi. Qu'est-ce qu'il savait d'elle, alors, qu'elle ne savait pas ? Quelle horrible facette d'elle avait-elle pu laisser entrevoir sans même en avoir le moindre souvenir ? « Si c'est pas important, alors y'a aucun intérêt à me le cacher... » Elle l'observait silencieusement alors qu'il se replongeait dans le jeu qui les séparait. Elle savait qu'elle n'obtiendrait pas gain de cause. Il était bien meilleur marchand qu'elle, même lorsqu'il s'agissait de marchander des informations ou des souvenirs. Elle perdrait toujours contre lui. Elle n'était rien d'autre qu'une enfant, une amatrice.

Mais c'était à son tour, maintenant, de partir à la cueillette aux informations. Inquisitrice, elle avait le regard de celle qui sondait la profondeur de l'âme pour en tirer tous les secrets qu'on souhaitait y cacher. Elle observait ses gestes, son regard et ses mimiques. Elle releva le haussement d'épaules, qu'elle mit sur le compte d'un désir soudain de passer à autre chose. C'était moins drôle, hein, d'être celui que l'on étudiait ? Elle trouvait un peu de satisfaction dans cette situation, mais ce n'était pas pour ça qu'elle l'avait créée. Elle ne voulait pas tant tirer quelques choses de ces questions qu'elle souhaitait qu'il en tire quelque chose. S'il disait se considérer comme un erreur, il y avait deux options : soit c'était sa façon de feinter, persuadé qu'elle n'insisterait pas face à de tels aveux, soit il le pensait et il venait de lui offrir l'une des confidences les plus précieuses et les mieux gardées. C'était peut-être un mélange des deux options, en fait, et puisqu'elle commençait à cerner l'énergumène, Nuna était persuadée qu'elle touchait là le fond de la vérité. Avec son simple « exactement », il lui dévoilait une de ces vérités crues qui devaient le tuer à petit feu, et qui devaient, par extension, être capables de la faire taire. Mais malgré ce dont il devait être persuadé, lui ne la connaissait pas encore si bien que ça. Elle insistait, Nuna, parce qu'elle voulait éveiller en lui une remise en question. Pas de celles qui déchirent l'être du matin au soir et plus encore du soir au matin... mais de celles capables de faire voir le monde avec un autre filtre, peut-être plus clément, certainement plus doux, définitivement plus vivable. Alors en réalité, Nuna, quand elle insistait, c'était parce qu'elle était aussi Nuna qu'elle pouvait l'être. « Alors c'est que tu crois pas en l'amour, Tiçi » répondit-elle en pinçant les lèvres, à la fois de taquinerie et en signe de réprobation. « Parce qu'il y a rien de plus humain que l'amour, et qu'il peut frapper n'importe qui. » Elle haussa les épaules, sachant que c'était peine perdue. Elle ne le convaincrait pas ; c'était lui, le marchand de faux amour et de fausses promesses. Elle n'avait que de réelles amours et de réelles promesses à vendre, elle. Ça se vendait moins bien quand on avait côtoyé de trop près leurs cousines refaites à outrance et vides de toute substance. « Je suis pas romantique. J'observe. » Elle se pinça les lèvres en sifflant une seconde. « Tu crois vraiment que c'est une vie, si t'erres dans ce monde sans connaître l'amour ? Je te parle même pas de ces grands desseins romantiques qu'on prête aux amoureux. Jte parle des amitiés, de la famille, de ton microcosme et du monde, des grandes pluies diluviennes et des arcs-en-ciel. » Son regard ne quittait plus Tiçi. Lui semblait pressé de passer à autre chose et même si elle était convaincue qu'aucun argument ne saurait l'atteindre, elle n'était pas prête à éteindre les siens. Peut-être qu'ils trotteraient dans son esprit, qu'ils y reviendraient dans quelques jours ou quelques années, et qu'il penserait à elle à ce moment-là, quand il tomberait sur une femme capable de lui faire voir les choses différemment, ou qu'il observerait un arc-en-ciel qui lui semblerait tout à coup plus coloré que les autres. « Je crois pas qu'un être humain soit incapable d'aimer ou d'être aimé. Il est fait pour ça... Par contre l'âme soeur c'est trop réducteur. Mais il y a tout le reste... » Elle haussa les épaules pour achever son chemin de pensée. Les graines étaient semées.

Et le jeu continuait - et pas seulement celui se tramait sur l'échiquier qui les séparait. On parlait encore de ces drôles de choses qu'elle maîtrisait autant qu'elle aimait penser qu'elle les cernait. Il s'agissait des sentiments et de toutes ces choses qui pouvaient faire perdre pieds en un instant seulement. Les mystères du cœur. Les surenchères s'achevaient mais les idées persistaient dans son esprit comme une persistance rétinienne. Ça passerait.

Et c'est l'échec qui les firent passer. Sonnée, Nuna était touchée dans son ego, presque humiliée. Se séparer de sa petite table n'était pas le plus dur ; le plus dur, c'était d'encaisser la défaite. Elle n'était pourtant pas quelqu'un de très fier, mais à ce moment précis, elle n'aurait pas craché sur une victoire. C'était peut-être Tiçi qui lui faisait cet effet - ou peut-être que c'était sa vie, et qu'elle avait besoin d'une petite victoire juste pour lui rappeler qu'après les nuages revenaient toujours des plus beaux jours. Elle fut donc un peu plus sèche qu'elle l'aurait souhaité - à deux doigts de pouvoir être qualifiée de mauvaise perdante. Mais elle devait l'avouer, il avait gagné à la loyale, et elle dût le reconnaître à voix haute. « Ah bah c'est toi qui le dis ! » Elle prit un air innocent mais n'en pensait pas moins - ou peut-être que si, en fait, mais ce n'était probablement ni le lieu ni le moment pour parler de la loyauté de Tiçi. Elle sentit son regard se poser sur elle alors qu'il affirmait que cette minable table était parfaite mais volontairement, Nuna évita de lever ses prunelles des pions qu'elle réunissait dans leur petit pochon protecteur. « C'est le goût de la victoire qui te fait dire une bêtise pareille » répondit-elle toujours avec un peu de cette amertume dont elle ne parvenait pas totalement à se défaire. Mais elle devait l'admettre, léguer cette table à quelqu'un, même loyalement et même à Tiçi, après tant d'années de bons et loyaux services, ça faisait quelque chose. C'était une séparation. C'était une fidèle compagne qui s'en allait. Mais elle s'en allait vers de doux horizons, lui confirmait-il, et ça réconfortait. « Le rendez-vous est pris, alors. »

Et puis le nuage sombre s’abattit à nouveau brutalement. La lettre s'imposait à nouveau à elle, même si elle était cachée à l'intérieur, sur sa banquette, entre plusieurs coussins. Quand elle se confondait dans ses demandes, c'était la panique qui parlait. La panique et le besoin irrépressible d'une présence, quelle qu'elle soit ; mais de sa présence à lui, plus que toute autre. Elle avait l'échiquier et le petit pochon plaqué contre elle comme s'ils étaient une bouée de sauvetage, mais sa bouée de sauvetage, son phare au milieu de toutes ces marées folles, elle était devant elle. Elle ne voulait pas qu'il parte. Elle avait besoin de lui. Et pour le lui demander, il fallait qu'elle l'admette. Ça aurait du être plus dur que ça, d'avoir à l'admettre, mais ça fut presque trop simple. Parce qu'elle était trop faible à cet instant pour ressentir la moindre gêne, sans doute. Ou parce qu'avec lui et malgré tout ce qui pouvait les opposer le reste du temps, c'était juste... facile et simple. Mais elle osait à peine le regarder ; ses prunelles s'accrochaient à lui entre deux fuites et elle ne bougeait pas vraiment. Du coin de l’œil, elle le regarda s'approcher sans savoir à quoi s'attendre. Elle ne le voyait pas la laisser là, dans cet état. Parce qu'elle le connaissait peut-être depuis trop peu pour avoir une idée entière de ce qu'il était, mais malgré tout ce qu'il pouvait décrire de lui, Nuna savait au moins ça de lui : il ne la laisserait pas. Est-ce qu'elle était en train de le manipuler ? Elle évacua l'idée, paniquée de pouvoir être ce genre de personnes. Elle était trop faible pour penser à des choses pareilles maintenant. Plus tard, elle le regretterait peut-être. Maintenant, ce n'était pas une question de considérations éthiques, c'était de la survie. C'était un besoin vital qu'elle avait de lui, de sa présence. Et en sentant la chaleur de ses doigts qui venait se mélanger à la froideur des siens, Nuna sursauta brièvement, avant d'emmagasiner toute la force que ce simple geste transmettait. Était-ce vraiment ça, de la force, du courage ? En tout cas, c'était tout ce dont elle avait besoin. Elle aurait fui son regard pendant longtemps encore si elle ne s'était pas abandonnée à ces prunelles sombres. C'était de la peine qu'elle y lisait - ou de l'empathie ? Alors immédiatement elle tira un trait sur tout ce qu'il avait pu dire et répéter. C'était une bonne personne et il méritait de jolies choses. De ces choses qu'il reniait avec la force d'un dératé. « Je... j'espère que le repas sera à la hauteur de tes espérances » tenta-t-elle de blaguer, mais ses traits ne trahissaient pas la panique qui continuait de l'envahir. Alors elle suivit le guide silencieusement, sa frêle main perdue dans la sienne, son ombre confondue avec celle de celui qui prenait les choses en main pour elle. Elle voulait le croire, quand elle disait avec tant de conviction que ça irait. Il ne savait pas tout - pas encore. Il ne savait pas ce qu'elle redoutait tant de ce simple morceau de papier. C'était son monde entier qui s'apprêtait à s'écrouler. Elle avait besoin de lui pour tenir debout au milieu de cette apocalypse qui se préparait.

Sagement, sans lâcher sa main, Nuna posa le jeu sur une table à côté de la porte qui les firent abandonner la terrasse et le soleil printanier. Ils étaient à nouveau abandonnés à l'obscurité de l'intérieur - celle qui d'habitude, était capable de lui apporter tant de ressources et de bonheurs. Ce n'était plus qu'eux deux face à cette simple lettre. Plus qu'eux deux face à la fin d'un monde. C'est lui qui la dirigea vers cette lettre qui semblait étinceler en contraste avec toute l'obscurité privée des lueurs printanières. Comment un objet pouvait avoir autant de pouvoir sur un esprit ? Elle resta pétrifiée à un mètre de cette pauvre lettre et malgré elle, Nuna se surprit à serrer la main de Tiçi de toutes ses frêles forces. C'est le silence qui dominait ; il en devenait assourdissant. Et puis, venues de nulle part, les lèvres du Pikuni vinrent déposer un doux baiser sur son front. D'une douceur à en faire pâlir la plus sucrée des tartes à la framboise. Les paupières de la forgeronne se fermèrent une seconde pour voler à ce geste tout ce qu'elle pouvait y puiser. Ses prunelles se levèrent vers lui alors qu'elle le sentait s'éloigner, et elle attrapa sa seconde main alors qu'il reprenait la parole. Ce qu'elle voulait ? Oh, elle ne savait même pas ce qu'elle voulait. Alors ses lèvres s'entrouvrirent à plusieurs reprises sans qu'aucun son audible ne parvienne à s'en échapper. « Reste avec moi ? » C'était une toute petite voix qui exprima la question, comme si elle n'était pas trop sûre de ce qu'il était décent de demander ou d'attendre. Il lui semblait qu'il lui offrait tout ce dont elle pouvait avoir besoin, mais pouvait-il lui offrir le savoir de ce dont elle avait besoin ?

Tremblante, elle lâcha les mains de TC et se laissa tomber sur la banquette, les yeux rivés sur la lettre, qu'elle attrapa lentement, très lentement. Elle n'était pas sûre. Elle n'était plus sûre de rien. Elle voulait le regard de Tiçi mais refusait de lui transmettre toute la détresse dans laquelle elle se noyait. Ce n'était pas son rôle, d'emmagasiner de telles choses. Elle n'avait pas à lui propager ce fardeau. Alors elle resta de longues secondes devant cette lettre sans savoir si elle était prête ou si elle le serait un jour. Mais une chose devenait plus claire, à présent : elle savait ce que cette lettre enfermait. Elle le savait, elle en était sûre.

Tremblante, elle retourna la petite lettre pour la déplier. Elle inspira un grand coup, persuadée qu'elle allait bientôt tomber dans l'inconscience tant ces simples gestes semblaient puiser son énergie vitale. Est-ce que Tiçi était assis à côté d'elle ? C'était tout ce qu'elle souhaitait mais maintenant, il n'y avait plus qu'elle. Plus qu'elle et cette lettre. « T'es là ? » souffla-t-elle comme si elle cherchait à ce qu'il la raccroche à la réalité. Son phare, son guide, sa bouée de sauvetage. Mais elle n'observait pas, ne regardait pas autre chose que cette lettre, ne levait pas le nez de ces quelques premiers mots qu'elle lisait.

C'était quelques lettres qui se battaient entre, qui écrivaient une histoire, et les larmes noyèrent instantanément ses prunelles. C'était un cauchemar, comme l'écrivait @Makenna Askaywen. Et c'était un cauchemar dans son esprit... où peut-être venait se mêler une petite part égoïste d'espoir. Makenna était vivante. Makenna était vivante. Et il n'y avait plus de sol, plus de banquette, plus d'obscurité, plus de ces quelques rayons qui traversaient les fenêtres sales. Il n'y avait plus vraiment Tiçi non plus, plus qu'un énorme vertige et son monde entier qui tournoyait autour d'elle, inaccessible. Plus qu'une marée naissante, celle de ces larmes qui se préparaient à un raz-de-marée. Makenna était vivante. Makenna était vivante, enfermée dans un cauchemar dont elle n'était pas sûre de pouvoir la sortir. Mais Makenna était vivante.
Theodore-Charles Jones
DATE D'INSCRIPTION : 16/09/2018 PSEUDO/PRENOM : Thirteen MULTICOMPTES : Wyatt Sheperd & Nila Yurinova MESSAGES : 687 CELEBRITE : Dominic Cooper COPYRIGHT : halamshiral - corvidae ;; lost at sea - in this moment METIER/APTITUDES : Marchand - Orientation, Diplomate. TRIBU/CAMP : Pikuni. POINTS GAGNES : 151
Admin

« Lonely day » NunaxTC - Page 2 Empty Re: « Lonely day » NunaxTC

le Ven 13 Mar 2020 - 3:56

Le mensonge. Y avait-il différent degrés de mensonge ? Des stades de gravité ? Une échelle avec les bons et les mauvais mensonges ? Y en avaient-ils qui étaient justifiés et d’autres non ? Et ces règles, qui les avaient écrites ? Est-ce que tout le monde les connaissait ? Y avait-ils des gens à qui on donnait le manuel de comment bien mentir et d’autres qui n’en avaient pas la chance ? C’était stupide, parce que TC avait passé toute sa vie à mentir, à ce qu’on lui mente, bercé par les douces lueurs d’une vie fictive qui ne lui a jamais appartenu dès son plus jeune âge il n’a pourtant pas la moindre idée des règles autour de cet art. Peut-être que c’est ça le cœur de tout ça, le brun a tellement été bercé dedans qu’il ne peut pas connaître toutes les règles. Impossible d’être objectif avec la chose qui nous a bercé, consolé, aidé, relevé toute notre vie. Impossible de lui donner un jugement sincère quand on y a un attachement aussi sincère.

La remarque de la brunette sur le fait qu’il ne soit pas marié à sa mère le fait sourire. Quelque part, il l’était un peu. Sans l’admettre il avait complètement abandonné l’idée de trouver quelqu’un à cause d’elle, pour elle. Sa mère c’était la prunelle de ses yeux et même si elle le brisait plus qu’elle ne le consolait il était bien incapable de la quitter. C’était une culpabilité étrange qui l’habitait, depuis qu’il avait choisi ce métier. Partir loin de sa famille et des siens pendant le plus clair de son temps avait un prix, un prix lourd qui encrait des cicatrices à tout jamais. Pourtant ce n’était pas un poids qu’il avait rechigné à payer, en tous cas pas jusqu’à la mort de son père. Le perdre avait tout changé, tant pour lui que pour la veuve éplorée. Le fils détaché qui cachait ses problèmes émotionnels derrière une vie nomade avait une toute nouvelle excuse. Cette excuse lui fait si mal mais pourtant, rien n’avait jamais été aussi vrai. Il avait tout quitté dans ses attaches personnelles pour ne consacrer son cœur qu’à celle qui n’avait plus que lui. Tout quitté pour elle, sauf Nuna. Peut-être parce qu’il ne l’avait jamais réellement eu, qu’elle n’était qu’un tendre mensonge elle aussi. Son plus beau mensonge, ses plus tristes rêves. Nuna et ses beaux yeux noirs, sa chevelure de reine et son sourire qui lui donnait des ailes. Alors qu’il se perdait dans ses pensées, à réaliser la triste réalité qu’il vivait, Nuna continuait de parler. Les yeux du brun retrouvent les siens alors qu’il l’entend se reprendre sur le mariage de ce ton triste qui n’appartient qu’à elle. Sans trop savoir quoi ni comment répondre, celui qui devrait plus souvent se taire se contente d’un sourire un peu tendre et d’un haussement d’épaules en miroir. « Je crois que personne n’y connaît rien, y en a juste qui font mieux semblant que d’autres… » Petit clin d’œil et la conversation dérive une fois encore.

Luana s’éloigne des pensées de son fils, le laissant seul avec sa solitude, avec Nuna qui lui dit cette phrase innocente, rieuse pour lui dire qu’elle n’a déjà plus d’intérêt pour lui, et lui, qui sent son cœur qui se serre même s’il a compris l’ironie. Parce qu’il le sait, elle ne mesure absolument pas tout ce qu’il ressent, tout ce qu’il vit quand il est près d’elle ou qu’il pense à elle - et elle ne le saura jamais. Sa plus grande tragédie, la seule femme qu’il aurait pu profondément aimer ne le voyait comme rien d’autre qu’un menteur, dragueur de pacotille. Elle lui faisait une fleur en lui accordant de son temps mais ça s’arrêtait là. Une pitié étrange d’une demoiselle bien trop gentille, c’était tout ce qu’il y voyait. Alors quand elle s’approchait trop de lui, de tout ce qui pouvait le rendre encore plus vulnérable qu’il n’était, il éludait. Lorsqu’elle tentait d’en savoir plus sur leur passé, lui avait peur qu’elle lui enlève ses souvenirs, le ramène dans une vérité bien moins jolie que tout ce qu’il avait brodé. TC avait du mal à s’imaginer vivre sans pouvoir se raccrocher au plus grand mensonge de ces dix dernières années, alors il le protégeait, tout simplement. Mais la belle ne lâche pas l’affaire et malgré toutes les peurs que ça suscite elle lui tire aussi un sourire un peu joueur. « Je ne te cache rien que ton propre cerveau ne veuille pas te rappeler. » Qu’il répond simplement.

Comme souvent entre eux, la joute verbale donne l’avantage à l’un puis à l’autre. Si Jones est le gardien de souvenirs inaccessibles pour la brune, elle devient rapidement celle qui pointe l’évidence qui fait mal du bout du doigt. Qu’importe combien il essaie de s’en défaire comme une anguille, elle ne cesse de le rattraper, insister, creuser, pour pouvoir le faire craquer. La conclusion de l’athna lui colle un sourire et lui vaut un regard plongé dans le sien. Oh, il croit en l’amour, il ne croit juste pas qu’il est en droit de le vivre. Mais ça, il ne lui dira pas, alors il la laisse continuer. La tendresse de la forgeronne qui tente de le sauver de ses démons est presque irréelle, c’est à se demander s’il n’enjolive pas les moments à mesure qu’il les vit. « Je n’ai pas dit que je ne croyais pas en l’amour, ni même que je ne pouvais pas tomber amoureux. » Malgré lui, y a son regard qui la scrute, toujours cet espoir qu’il étouffe autant qu’il peut, qu’elle comprenne dans ses yeux. « Je dis juste que depuis le temps que je me connais et que je me supporte, je sais que même si je tombais amoureux, même si je rencontrai la femme de ma vie, je ne pourrai jamais lui imposer d’être avec moi. » Il débite ça sans tristesse, sans animosité, juste un ton neutre et résolu. Dix ans qu’il étudie toutes les idées possibles, les pour et les contre pour avouer à sa belle Luna qu’il aimerait bien essayer d’être un mec mieux à ses côtés si elle le voulait. Et chaque fois c’est pareil, le résultat reste constamment le même : il y a une liste de contre tellement grande qu’elle va lui durer jusqu’à sa mort. Alors il s’est fait à l’idée, l’idée de vivre ses sentiments, ne jamais les explorer et se contenter de ce genre de moments. Nuna semble particulièrement intéressée par la question, même préoccupée. Une fois de plus elle attise la curiosité du marchand qui réfléchit quelques instants avant de lui répondre. « Je ne sais pas ce qu’est une vie et ce qui détermine qu’elle vaut le coup ou pas. J’ai rencontré des gens de tous les horizons pratiquement toute ma vie et je n’ai absolument pas la réponse à cette question. Tout ce que je sais c’est que si certaines personnes choisissent de se priver d’arcs-en-ciel, c’est peut-être pour qu’ils soient plus colorés pour d’autres. » Il lui offre un sourire un peu gêné, toujours assez mal à l’aise avec le sujet, toujours convaincu qu’elle va rencontrer l’amour de sa vie et qu’il n’en sera qu’un témoin muet. « T’as sans doute raison, Nuna. » Le brun n’a pas envie d’insister, la contredire. C’est un terrain glissant et dangereux pour celui qui est incapable de faire taire ses sentiments.

S’il voulait tenir sa promesse envers lui-même, pour son bien à elle, il se devait de changer de sujet rapidement, la faire dériver ailleurs, avant que ça ne lui échappe et qu’elle ne lui échappe par la même occasion. Heureusement pour lui, le jeu d’échecs entre eux touche à sa fin et réquisitionne toute leur attention. Alors qu’il lui glisse que gagner à la loyale à une saveur particulière, sa réaction lui laisse échapper un rire. Le voilà gagnant d’une table, d’un objet qu’il ne quitterait jamais, sans doute le seul pour faire perdurer ses souvenirs avec l’athna. « Je ne dis jamais de bêtises, encore moins quand je gagne et je gagne souvent tu sais. » Qu’il lui assène tout simplement, retour de sourire joueur et enfin toute ces histoires d’amour derrière eux. Elle accepte son invitation et il lui offre un sourire un peu plus sincère en retour. C’est bizarre d’avoir passé une décennie à s’imaginer ce genre de moment sans avoir osé l’espérer et qu’ils arrivent sans prévenir. C’est étrange de la voir accepter de le revoir juste comme ça, le temps d’un claquement de doigts.

« Je n’ai aucun doute, tant que tu ne tentes pas de m’empoisonner. » Tout avait encore changé très vite. D’une partie d’échecs ils étaient passés à une profonde détresse. S’il détestait la voir dans cet état, quelque chose en lui était heureux d’être là, à ce moment là. Même si les minutes qui avaient suivi la fin de la partie avait eu une atmosphère étrange, il ne pouvait qu’apprécier être à ses côtés. La main dans la sienne, comme une preuve irréfutable qu’il n’allait pas la lâcher, il oublie tout le reste. Tout le passé, toutes ses propres peines. Y a que la détresse dans ses yeux qui compte en cet instant. Plus rien d’autre n’existe alors qu’il reste beaucoup plus silencieux qu’à l’ordinaire, se contentant de lui offrir un baiser sur le front. Parce que parfois, rarement, TC n’avait pas les mots pour exprimer ce qu’il ressentait vraiment. Ou alors c’étaient des mots qu’il se refusait à dire. Au travers de ce baiser il espérait qu’elle les entendait, tous ceux qu’il n’arrivait pas à prononcer. Leurs mains plus liées que jamais, avec des flashs bizarres de cette soirée de fin d’été. La vulnérabilité et la proximité comme ils l’avaient connu, mais sans une goutte d’alcool, avec toutes leurs capacités. Une question qui lui échappe pour faire au mieux pour elle, des mots trop doux, trop tendres pour tout le poids qu’ils semblent porter. La voix de Nuna parvient à peine à ses tympans tant elle est lointaine. D’un réflexe incontrôlable il serre un peu plus ses mains et lui acquiesce simplement son affirmation comme réponse.

Leurs mains se quittent et le brun l’observe silencieusement. Ses yeux rivés dans les siens, les siens à elle dans cette lettre qui les poursuit depuis plusieurs heures. Debout, face à elle, il n’ose pas bouger, à peine respirer. Trop peureux de la déranger, la briser, elle qui semble si fragile face à ce bout de papier. Les tremblements de l’athna sont visibles et déchirent l’âme du pikuni. Se mordant l’intérieur des lèvres il attend, simplement, des instructions, quelque chose. Ce quelque chose arrive dans une voix lointaine, quelque chose venu d’un autre temps. La voix lui glace le sang et en quelques instants il bouge et se retrouve assis à côté d’elle. Sa main se glisse contre les épaules de la brunette. « J’suis là… » Qu’il lui murmure tout simplement, en caressant tendrement son épaule et retrouvant une fois de plus son silence.

Quelques instants seulement avant que Nuna ne fonde en larmes. Sans attendre, le pikuni au cœur en miettes la prend dans ses bras. Il se tourne vers elle et glisse sa tête contre son épaule. Sa main qui lui attrape la nuque et ses lèvres qui déposent une fois de plus un baiser sur sa tête. Il n’est pas capable de lui parler, sans doute parce qu’il ne sait pas quoi lui dire, pas ce qu’elle est en train de vivre. Puis ses yeux dérivent sur la lettre qu’elle vient de lire et il y voit ce que lui redoutait. Ce qu’il ne voulait pas avoir compris le matin même à la volière. Il y voit Makenna et il comprend. Sans comprendre tous les tenants et les aboutissants, il comprend malgré tout la détresse de l’athna. Pourtant, sur l’instant, c’est l’ancienne esclave qui devient prioritaire, ses secrets à elle, cette peur dévorante de la perdre. Le poids de la culpabilité aussi, que Nuna dirait-elle si elle apprenait qu’il ne l’avait pas sortie de son enfer sur terre ?

De longues minutes s’écoulent alors qu’il la garde dans ses bras. Sa tête lovée contre son crâne et ses bras qui l’entourent comme si elle risquait de s’écrouler un peu plus. Il attend qu’elle se calme un peu avant d’oser parler. « Ca va un peu mieux… ? » C’est un peu stupide comme question, parce que clairement elle ne va pas bien et il le sait pertinemment. Puis il reprend, tentant de détacher un peu sa prise pour lui laisser une porte de sortie si elle en a envie. « Je… je ne veux pas te forcer à parler ni te forcer à rester avec moi, Nuna… Si tu veux que j’aille chercher quelqu’un qui pourra te réconforter mieux que moi, dis-le moi. » Sa voix est un murmure, comme pour ne pas déranger, ne pas la déranger. « Dis-moi ce que tu veux et je le ferai… » Une de ses mains quitte son dos pour retrouver sa joue et venir essuyer ses larmes.

Peut-être qu’il aurait dû lui dire autre chose ou peut-être qu’il aurait juste dû partir. Mais ça lui était impossible de la quitter en cet instant précis, même si ça le tuait. Si elle devait pleurer, il préférait que ce soit dans ses bras, si elle devait hurler, cogner, il préférait que ce soit contre ses mains.
Nuna Cortez
DATE D'INSCRIPTION : 12/10/2018 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Murphy Cavendish MESSAGES : 2938 CELEBRITE : Zazie Beetz COPYRIGHT : andthereisawoman / jojo (vava) ; Lux Aeterna (sign, gifs) METIER/APTITUDES : Forgeronne et orfèvre (joaillière) TRIBU/CAMP : Athna POINTS GAGNES : 26

« Lonely day » NunaxTC - Page 2 Empty Re: « Lonely day » NunaxTC

le Mar 31 Mar 2020 - 4:26


lonely day

Nuna Cortez & TC Jones


(6 mars 2119 / volière, réception d'une lettre de Makenna)


Les nuages ne tarderaient pas à revenir. Nuna en avait conscience. Ils seraient noirs et apporteraient avec eux des tempêtes déchaînées. Il pleuvrait de la cendre. Mais en attendant c'était le soleil qui caressait sa peau et leurs discours. Ils pouvaient parler de tout tant qu'ils ne parlaient pas de cette satanée lettre. Et c'était doux, comme moment - sans doute rendu encore plus doux par la perspective du cyclone qui se préparait. Parler mariage, même pour la célibataire isolée que le monde avait fait d'elle, n'était pas aussi douloureux que ce qui l'attendait. Oui, Tiçi avait sans doute raison. Certains mentaient mieux que d'autres. Et c'était triste à penser pour une idéaliste comme elle. On l'imaginait souvent romantique mais elle ne l'était pas vraiment ; ce qu'elle était, c'était idéaliste. Le mariage devait être réservé à ceux pour qui il paraissait évident. C'était peut-être l'exemple de son père, coincé dans l'amour passé et l'histoire qu'il avait partagée avec sa défunte femme, qui l'avait laissé croire à ce qui paraissait sans doute être des inepties aux yeux de certains. Mais pour elle il était idéal ou il n'était rien. Il était l'amitié en même temps que l'amour, le platonique en même temps que le charnel. Peut-être que ça aurait du le rendre rare, et peut-être que Tiçi avait raison : parmi tous ceux qui avaient trouvé le chemin du mariage, bon nombre faisaient sans doute juste bonne figure jusqu'à se convaincre eux-mêmes qu'ils vivaient une de ces grandes histoires d'amour. « C'est quand même un peu triste de croire que le mariage c'est forcément faire semblant. Pour moi c'est tout l'inverse. C'est faire pour de vrai, comme il est rarement permis de le faire. » Elle haussa les épaules, le regard un peu fuyant. Elle pouvait comprendre, en fait, pourquoi on pouvait penser d'elle qu'elle était une romantique. C'était peut-être un discours de romantique, finalement. C'était en tout cas un discours de célibataire perfectionniste jusqu'au choix de celui ou de celle qui partagerait sa vie, si quelqu'un souhaitait se lancer dans une telle aventure. C'était le discours de ceux qui préféraient se contenter de leur propre compagnie que d'avoir à composer avec quelqu'un qu'ils avaient choisi à moitié par envie et à moitié par défaut.

Et la joute verbale continuait innocemment, bien loin encore de ce morceau de papier qui attendait son heure à l'intérieur de la demeure. Il y avait sa mémoire qui lui faisait défaut et qu'elle cherchait à tout prix à défendre, et puis la rancoeur qu'elle éprouvait secrètement à l'égard de cette dernière de ne lui accorder guère que quelques images là où il semblait s'en terrer des dizaines, laissées inaccessibles par les abus d'une soirée. Tiçi souriait en lui répondant, lui rappelant qu'une grande partie de tout ça n'était probablement qu'un jeu pour lui, là où c'était pour elle un petit arc-en-ciel à voler pour tenter de soutenir son existence avant qu'elle ne s'effondre. Il se moquait bien qu'elle ne se souvienne que de ce que sa mémoire voulait bien lui rendre. Ça le faisait rire ; ça lui donnait de l'importance, sans doute, de devenir le seul maître de ce passé qui leur avait pourtant appartenu à tous les deux. Nuna esquissa malgré elle une mimique agacée. Elle perdait un peu patience, parce qu'elle savait qu'elle se battait contre un adversaire qui trouverait tous les prétextes pour ne pas lui accorder son dû. Elle devrait lui laisser son petit bout d'histoire de force. Tiçi lui volait un petit bout de son histoire. De leur histoire. « C'est pas mon cerveau, c'est l'alcool. » La réponse était incisive, courroucée, persuadée de sa propre inutilité.

Mais elle ne pouvait pas rester braquée trop longtemps et la voilà déjà, à mesure des échanges, qui se radoucissait. On parlait d'amour ; et elle ne pouvait être que douceur lorsqu'elle parlait d'amour, parce que l'amour n'était que douceur. Oh, son chemin pouvait être parsemé d'embûches, mais le vrai amour finissait toujours par apporter une douceur qui n'avait pas vraiment d'égal. C'était des étreintes tendres qui réconfortaient sans rien demander en échange ; c'était des fous rires qui volaient tous les maux aux cœurs maltraités par la vie ; c'était des regards qui portaient des vérités qui n'appartenaient qu'à deux êtres qui n'avaient pas besoin de grand chose d'autre que de ces prunelles auxquelles ils étaient si intimement liés. L'amour, Nuna y croyait dur comme fer parce que c'était autour de lui que s'étaient construites sa vie, ses rêves et ses convictions. « Alors c'est que tu comprends pas ce que c'est, l'amour » sourit-elle tendrement, presque comme si elle s'adressait à un enfant auquel elle avait le privilège de dévoiler l'une des plus belles choses du monde. « Si c'est la femme de ta vie, t'auras pas à lui imposer d'être avec toi. Ce sera une évidence symétrique. » Ils étaient tant de désabusés, comme lui, de ces grandes choses de ce qui gonflait le cœur. Allait-il lui retourner l'argument de l'âge, de celui qui a vu et vécu des choses desquelles elle était encore naïve ? Dans dix ans, si Nuna était encore de ce monde, elle tiendrait le même discours qu'aujourd'hui. Il n'avait pas changé depuis qu'elle avait l'âge de se souvenir qu'elle le tenait. C'était une partie d'elle - une forme de spiritualité, presque une religion. En l'entendant reprendre la parole, elle pencha la tête sur le côté, les sourcils froncés par un mélange d'indignation et de tristesse. Son regard fuit un instant, un peu agacé tant elle était persuadée d'avoir raison, et qu'il suffisait à Tiçi de comprendre ce qu'elle disait pour voir tout l'univers autrement ; pour l'aimer différemment. L'aimer tout court, peut-être. « Les couleurs d'un arc-en-ciel se divisent pas par le nombre de regards posés dessus... » L'amour et le bonheur étaient si précieux parce qu'ils ne se divisaient pas et ne divisaient pas. C'était les seules choses qui, lorsqu'on les partageait, étaient capables de se dupliquer à l'identique pour que personne ne se trouve lésé. Mais Tiçi concluait un peu tristement qu'elle avait sans doute raison et les sourcils de la brune s'affaissèrent plus gravement encore. Il voulait conclure parce qu'il ne croyait pas à ce qu'elle disait, et lui-même ne croyait pas à cette phrase balancée pour tout couper. « Tu crois qu'on peut vraiment être heureux autrement qu'en aimant les gens et les choses ? Qu'est-ce qui peut enivrer comme l'amour ? Même l'alcool est pas capable d'un tel exploit. Il fait oublier. L'amour crée les plus beaux souvenirs et ils restent toute la vie, y compris pour les moments les plus gris. » Elle haussa les épaules. Elle ne le regardait plus, parce qu'elle savait qu'elle prêchait dans le vide, encore une fois, et qu'il ne se laisserait pas convaincre. Sans doute pensait-il d'ailleurs comme beaucoup d'autres qu'elle était au mieux une grande romantique idéaliste, au pire une illuminée un peu arriérée qu'il fallait mieux isoler du reste du monde. Oh, il ne reviendrait pas, Tiçi. Il apprendrait de cette erreur de lui avoir tendu une main et donné la parole, comme les autres.

Pour l'instant, Nuna avait retrouvé l'air doux de l'existence, de celui qui enveloppait chacun de ses quotidiens. C'était une rupture totale avec l'angoisse dans laquelle Tiçi l'avait trouvée et elle le savait, il y aurait encore une rupture totale lorsque cette bulle éclaterait. Mais en attendant, chaque seconde de passée était une seconde de gagnée, une seconde de volée à la terrifiante réalité. Elle savourait chacune d'elle comme si c'était la dernière parce qu'elle savait déjà le poids qu'aurait chacune de celles qui la replongerait dans le monde réel, dans le monde où cette lettre attendait encore d'être lue. Il fallait y puiser tout ce qu'elle pouvait y puiser, de la force et de la lumière, de cet optimisme dont son cœur semblait cruellement manquer aujourd'hui. En compagnie de Tiçi, Nuna s'offrait le luxe de penser à autre chose, de ressembler à celle qu'elle était lorsqu'elle n'était pas hantée par un morceau de papier abîmé par le voyage. En compagnie de Tiçi, elle pouvait oublier tout le reste, et alors tout le reste était mis en quarantaine pendant une durée qu'elle seule pouvait connaître. Quand elle rouvrirait la porte, les dégâts serait amplifiée. Il lui faudrait deux fois plus de force pour y faire face mais les forces, c'était dans ce présent qu'elle les trouvait. En compagnie de Tiçi, Nuna se préparait. C'était l'existence même de cette bulle qui lui donnerait la force de la péter.

Mais la terminalité de cette parenthèse idyllique était écrite d'avance. Pas par Nuna et pas même par Tiçi ; elle était écrite par le jeu qu'elle avait choisi comme prétexte. Un prétexte n'était jamais éternel. Celui-là s'éteignait à mesure que les pièces quittaient le plateau de bois, et avec le roi de Nuna tomba tout l'édifice protecteur qu'elle avait fait de cette partie d'échecs.

Ce qui avait été discuté paraissait si loin, maintenant. Elle avait perdu un jeu et elle avait perdu sa bulle, sa protection, la seule étreinte capable de l'empêcher d'aller voir ce qu'elle redoutait tant de découvrir. Les mensonges valables, le mariage, les piques ciblées, les pannes de mémoire... tout ça semblait appartenir à un autre espace-temps, l'espace-temps de la liberté, celui de l'innocence aussi. Pourrait-elle à nouveau le rejoindre un jour ? Oh, elle l'avait retrouvé si facilement quand Tiçi lui avait tendu la main... et la main était toujours tendue mais elle s'éloignait à une vitesse folle. Comme un aimant, Nuna était attirée par cette lettre qu'elle avait laissé choir sur sa banquette comme si elle voulait se convaincre qu'elle était capable de lui accorder aussi peu d'importance. Et à mesure qu'elle réalisait ce qui l'attendait, le reste perdait de son importance. La défaite perdait de son importance. La table qui n'était plus à elle perdait de son importance. « Tu parles un peu trop de tes victoires pour j'y croie... » répondit-elle d'un ton déjà lointain. Tous les longs discours, tous les débats, tous les petits sourires et les instants de compassion qu'elle venait de partager avec Tiçi, eux aussi perdaient de leur importance. Si elle se tentait à l'humour c'était parce qu'elle y cherchait un dernier point d'accroche, une dernière légèreté. « N-non... » répondit-elle simplement, la voix chevrotante, sans n'être plus capable d'aucune répartie. Peut-être qu'elle était incapable de puiser de l'énergie là où elle regorgeait pourtant. Peut-être qu'il n'y avait pas assez d'énergie en ce bas monde pour supporter une telle torture que celle de s'imaginer une Makenna vivante qui aurait traversé les pires cauchemars pour la retrouver elle, Nuna inchangée, naïve de toutes ces cruautés, incapable de comprendre le huitième de ce qu'on lui raconterait. Tiçi s'éloignait malgré lui et elle se sentait inatteignable, Nuna. Elle avait besoin de lui mais que pouvait-il lui apporter ? Il était trop loin. Il s'accrochait mais il était trop loin.

Elle était partie en orbite autour de ce drôle d'objet qui s'apprêtait à changer le cours de son existence et la perception de sa vie, de ce qu'elle avait été jusque-là et de ce qu'elle s'apprêtait à devenir à partir de maintenant. Les secondes s'allongeaient, elle en était persuadée. Le temps n'était plus tout à fait le même. Qui pourrait comprendre ce qui se tramait dans son être entier, sa perception des choses qui lui devenait parfaitement étrangère ? Peut-être aurait-on pu la moquer, si on la voyait à ce moment précis ou si on l'avait vue plus tôt dans la matinée. Peut-être même Tiçi se moquait-il d'elle sans oser le dire. Il était témoin d'une détresse comme il était rare qu'elle en exprime et elle s'en voulait de lui offrir tel spectacle. Alors elle cherchait sa présence d'une voix tremblante, sans oser le regard. Elle voulait le savoir là mais craignait de savoir qu'il était là. Que pouvait-il penser ? Oh, il serait temps de le réaliser plus tard. C'était une menace qui guettait, une angoisse pour l'avenir. Mais il est là et zut, elle devait l'admettre... elle tremblait un peu moins maintenant qu'il avait encadré ses épaules de son étreinte. Elle devait l'admettre, elle puisait plus de force en sa présence qu'elle ne redoutait de découvrir ce qu'il pouvait penser de ce dont il était témoin malgré lui. Quel déshonneur, cet égoïsme du besoin de l'autre.

Mais les mots coulaient dans son esprit et les larmes coulaient sur ses joues. Elle avait indubitablement besoin de Tiçi. Il y avait quelque chose dans cette présence particulière qui semblait n'être apporté que par lui. La lettre était terminée. Makenna était vivante. Makenna était vivante et elle était en pleurs. Dans les bras de Tiçi, ses lèvres qui déposaient un baiser furtif sur son front, encore. Makenna était vivante et elle pleurait dans le bras de son allié. Il respirait contre son épaule et elle pleurait contre sa joue. Savait-il ? Jugeait-il ? Devinait-il ? Où était-il, lui, sinon dans ses bras à elle ? Elle pleurait silencieusement, n'osait pas faire plus de remous. Mais ses sanglots tremblaient et elle tremblait. Elle reprenait sa respiration quand c'était possible, sans vouloir déranger le visage de Tiçi auquel ses lèvres étaient collées. Mais l'air lui manquait souvent et ses bras s'étaient accrochés fermement à lui, comme si elle craignait de le voir partir par lassitude. Mais les minutes de pleurs l'épuisaient ; les paupières étaient lourdes et gonflées, et l'étreinte parvenait à lui apporter de cette tendresse inégalable qu'on ne pouvait attribuer qu'à ces amours sincères. Il était son arc-en-ciel naissant au milieu de ces pluies diluviennes. Ne voyait-il pas, lui, la richesse de ce moment ? Elle ouvrit subitement les yeux en le réalisant, alors qu'il prenait la parole. « Tu... » tenta-t-elle, la voix rauque et cassée, sans desserrer son étreinte, de peur de croiser son regard. « Tu vois ce que jte disais, ce que les belles relations peuvent apporter aux gens... c'est une amie qui m'a apporté beaucoup d'amour qui me met dans cet état, mais... » Mais Makenna était vivante. « Mais toi t'es là et tu me serres dans tes bras. Et elle et moi on s'aime, et ça a rendu notre vie si belle, et ça la rendra encore belle. » Elle voulait que Makenna l'entende. Et elle le lui martèlerait, cet espoir, à Makenna. Les paupières closes par un mélange de fatigue et d'affection, elle leva son nez contre la joue de Tiçi et finit par déposer un baiser lent et délicat sur le haut de sa pommette. « Ne dénigre jamais le pouvoir des relations humaines, Tiçi... » souffla-t-elle contre sa peau avant de lover à nouveau son visage contre son épaule. Makenna était vivante. L'information tellement crainte était réceptionnée. Et maintenant, quoi ? L'étreinte de Tiçi se desserrait ; elle le perdait. Elle ne pouvait pas le retenir. « Tu... tu veux pas rester manger, alors ? » demanda-t-elle alors qu'elle n'avait plus d'autre choix que de retrouver ses prunelles. Mais elles ne jugeaient pas ; elles semblaient remplies de la même peine que les siennes. Elles étaient le miroir de son propre chagrin. Il y avait la tendresse de ses gestes qui s'y cachaient, elle aussi. « Je... je suis désolée, je veux pas te retenir... » Les doigts de Tiçi vinrent essuyer de ces lourdes larmes tombées plus tôt, encore trop jeunes pour avoir séché dans une traînée de sel. « Tu dois pas comprendre ce qui se passe, je... je suis désolée, je veux pas t'embêter. Juste... » Sa voix était faible, presque soufflée. Elle posa son front contre celui du Pikuni et attrapa ses mains pour les serrer dans les siennes. Elle voulait le forcer à la regarder mais en était elle-même incapable, et ses paupière se fermèrent à nouveau. Elle pouvait sentir le souffle de Tiçi s'échouer à rythme régulier contre ses lèvres, comme les vagues de l'océan s'échouaient calmement sur les rivages minéraux. « Me juge pas trop sévèrement, d'accord ? Je te raconterai peut-être un jour, si t'es patient. » Makenna était vivante.
Contenu sponsorisé

« Lonely day » NunaxTC - Page 2 Empty Re: « Lonely day » NunaxTC

Revenir en haut
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum