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Theodore-Charles Jones
DATE D'INSCRIPTION : 16/09/2018 PSEUDO/PRENOM : Totoro's Child. MULTICOMPTES : Wyatt Sheperd MESSAGES : 448 CELEBRITE : Dominic Cooper COPYRIGHT : schizophrenic - excelsior ; deadpool 2. METIER/APTITUDES : Marchand - Orientation, Diplomate. TRIBU : Pikuni. POINTS GAGNES : 340
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le Ven 5 Avr 2019 - 19:50
Lonely day
« Such a lonely day shouldn't exist it's day that Ill never miss such a lonely day and it's mine the most loneliest day of my life and if you go, I wanna go with you and if you die, I wanna die with you Take your hand and walk away


Luna. Nuna.

Le Pikuni se répétait le nom de celle qui semblait le poursuivre depuis cette fameuse nuit de septembre. Enfin, pas tellement, les rassemblements entre les tribus sœurs ne dataient ni d'eux, ni de la veille, mais comment se faisait-il qu'en tant d'années, ils ne s'étaient croisés qu'une petite fois, pour en venir à se croiser désormais à chaque fois ? Si le marchand avait l'habitude de faire le voyage jusqu'à la montagne afin de commercer avec les Athnas, il avait aussi le don pour la regarder vivre sa vie au loin et ne jamais s'en approcher. C'était son seul point de repère. Bren n'était plus de la partie, resté chez eux, se contentant de récits lettrés de la part de son apprenti – lui contant un nombre de choses inutiles un peu trop conséquents. Mais c'était leur manière à eux deux de rendre cette année de transition moins difficile, moins lourde à porter. Peut-être que ça aidait plus le gamin que le vieux, peut-être que le vieillard n'avait proposé cette activité que pour rassurer son cadet. Mais peu importe au fond, Jones aime à se dire qu'il décoche deux trois sourires à Bren quand il reçoit ses lettres, et c'est déjà ça. C'est au moins ça.

Y a quelque chose de particulier et un peu unique dans ce genre de correspondance. Sans doute parce que le pikuni ne peut pas attendre de réponse, il n'a pas le temps de s'éterniser dans les villages dans l'espoir que son mentor se souvienne de lui répondre rapidement. La retraite, le vieux en parlait depuis des années. Son dos lui faisait mal et il rêvait de passer du temps avec sa famille, avec toutes les familles. Alors il avait sans doute autre chose à foutre que s'asseoir pour répondre aux conneries d'un gamin mal élevé. C'était pas bien grave, au fond. Parce que c'était salvateur de s'imaginer voir le vieux rire et retourner à ses activités. Salvateur de se dire que tant qu'il n'y avait pas d'oiseaux traversant vents et marrées pour lui porter un message urgent, c'est que l'autre profitait.

Le brun se répète des dialogues dans sa tête alors qu'il traverse les paysages pour retrouver le fameux village. Bren l'a prévenu depuis la toute première fois où il a vu Nuna. Bren lui a dit qu'il était fou, et qu'il fallait pas lâcher quelqu'un qui faisait pétiller ses yeux comme ça. Parce que d'habitude, ses yeux, ils pétillent pas. Mais pour la brune, il était invisible, un énième abruti fini, il le savait, l'avait toujours su. La nuit de septembre n'avait fait que lui confirmer. La solitude a ce drôle d'effet de tout amplifier. La nuit, alors que seul son cheval lui tenait compagnie, il se remémorait des bribes de cette nuit si étrange, si chaude et si froide à la fois. Si douce et si violente en même temps. La nuit du tout, et du rien aussi. Il se souvenait de son visage rempli de larmes et des sourires qui lui arrachaient le cœur un peu plus à chaque fois. Il se souvenait des mots qui blessaient, et de ceux qui touchaient comme personne ne l'avait jamais fait. Pas même sa mère, pas même son père, pas même Bren. Pas même le cheval, et pourtant, Dieu sait que ce cheval en pense sûrement plus que ce qu'il n'en dit.

À force de se perdre dans ses pensées. De réaliser que si Nuna se balade de plus en plus fréquemment dans sa tête c'est parce qu'il sait qu'il va arriver sur ses terres, TC se force à se concentrer sur autre chose. Il n'a pas à rester longtemps là bas, quelques jours tout au plus. Dire bonjour aux quelques têtes connues, serrer les mains de ceux dont il récupère la marchandise pour lui faire traverser le monde et puis s'arrêter à la volière. Pour une lettre pour Bren. Et pour autre chose aussi. Ce secret inavoué, que pas même le cheval ne sait. Makenna. L'enfant de la montagne perdue dans le désert. Makenna qui hante son âme et lui rappelle à quel point il est faible. Est-ce qu'il fait bien de garder son secret ? Ne devrait-il pas hurler à tout ce village qu'il connaît la fille de l'un d'entre eux, et qu'elle est en vie ? Mais il a promis. Il a juré à Mak qu'il ne dirait rien. Pas tant qu'elle ne serait pas prête, et tant pis si elle n'est jamais prête.

Pourtant, égoïstement, il a besoin de se rassurer, de savoir qu'il fait le bon choix. L'esclave libérée lui a demandé il y a quelques temps de ça, s'il avait un oiseau messager à lui prêter. Sans sourciller, le brun a accepté. Et depuis, à chaque fois qu'il rentre dans un village, il va voir si son oiseau se trouve dans les parages. C'est stupide, tellement stupide. Mais il a envie d'être sûr que les lettres sont lues, que ce besoin de retrouver son humanité n'est pas jeté dans la pile de papiers à recycler. Y a t-il quelqu'un pour lire les mots de la belle abîmée ? Y a t-il quelqu'un pour lui donner de l'espoir dans l'obscurité ? Il en doute, il en doute trop pour ne pas chercher à vérifier, à chaque fois qu'il dépose une lettre pour Bren, pour son ami. Est-ce qu'il lui reste encore des amis à part lui ? Est-ce qu'elle est condamnée à ne voir la vie qu'à travers lui ? Putain, il veut vraiment pas ça, surtout pas.

Le voilà arrivé dans le village après des jours entiers de voyage. Des jours toujours un peu plus longs, un peu plus durs, alors que le vieux marchand n'est plus de la partie. Mais il a réussi. Les visages connus, le village connu, le tout lui laisse un sourire franchement heureux au coin des lèvres. Y a cette union un peu unique et particulière entre les tribus sœurs, c'est pas chez lui mais ça l'est tout de même un peu quand-même. Parce qu'il y va depuis tellement longtemps, qu'il y connaît tellement de gens. Connus, inconnus, famille par alliance ou éloignés, tous sont là, au cœur de la montagne aux milles secrets. Prenant le temps de faire son tour habituel, il en oublie Nuna, il en oublie Makenna. TC perd tout objectif tracé pendant quelques heures, passant chez les uns et les autres pour le simple plaisir de les retrouver. Ses affaires posées chez une cousine éloignée qui lui offre gentiment le gîte depuis tant d'années, il ne reste pas là bas pour manger le soir, allant rendre visite à l'un des neveux de Bren pour lui. La soirée se passe comme toutes les autres ici: à merveille. Traité comme un allié, un ami, et sans doute plus que ça, tant pour eux que pour lui, les rires et les moments de tendresse partagés ici sont tous honnêtes.

La nuit tombe et le marchand aussi. La fatigue le rattrape et c'est assez tôt qu'il finit par tomber dans les bras de Morphée, étalé de tout son long. Mais qui dit dormir tôt, dit se lever tôt. Le soleil n'a pas encore pointé le bout de son nez que le conteur d'histoire ouvre les yeux sur cette nouvelle journée. S'étirant comme s'il avait dormi pendant de longues années, il prend le temps de se frotter le visage pour bien se réveiller. De longues secondes pour retrouver ses repères dans cette seconde maison. De longues secondes pour se rappeler où il est, quand est-ce qu'on est. À force de ne jamais être au même endroit, l'esprit joue des tours et les secondes pour s'adapter au nouvel environnement deviennent de plus en plus longues avec les années. Une pensée pour Bren et le nombre de fois où il s'est gentiment moqué de lui en lui expliquant où ils étaient lui traverse le crâne alors qu'il se décide enfin à se lever. Tout le monde dort encore dans la maison d'accueil. Le plus discret possible, après s'être enfilé un verre d'eau et avoir croqué un fruit à pleine dents – ce dernier toujours dans la bouche, d'ailleurs, il sort du confort de cette maison temporaire pour retrouver l'extérieur.

L'air de la montagne a ce quelque chose d'unique quand on le respire à plein poumons. Ce qu'il fait, croquant toujours son petit déjeuner alors qu'il se dirige vers un coin plus tranquille pour sortir son attirail d'écriture et écrire quelques mots à son ami au village. TC prend son temps, admirant le monde se lever au rythme du soleil et de ce printemps qui s'installe de plus en plus au fil des jours. Écrivant quelques mots puis croisant quelqu'un, en écrivant quelques autres et trouvant la compagnie d'un enfant sur-excité dès le matin. Quelques rires et quelques sourires alors que les heures s'enchaînent et que celui qui s'était levé tôt n'a pas vu la matinée  défiler sous ses yeux. Peut-être qu'il en souffre un peu, du manque de Bren, plus qu'il ne le dit, et que ces pauses en bonne compagnie lui font plus de bien qu'il ne veut bien l'admettre.

Son petit déjeuner réduit à néant, le voilà qui traverse le village avec une lettre enfin fini pour se diriger vers la volière. Peu à peu, il perd son sourire et se rappelle de Makenna, que toutes les gamines qui courent dans le village sont peut-être de sa famille, et pire encore, qu'un jour elle était l'une de ses gamines. Heureuse, tellement heureuse et loin de s'imaginer ce qui allait lui arriver. Complètement perdu dans le fil de ses pensées, il rentre dans la volière avec ce sourire perdu et les quelques mots poli pour transmettre son courrier. Sur le point de partir, il se retourne au dernier moment pour demander si son oiseau est dans les parages. Quelle surprise lorsqu'on lui répond pour la première fois depuis tous les villages, qu'il vient d'arriver.

Le temps s'arrête une seconde et le marchand se demande ce qu'il doit faire. Chercher à en savoir plus ? Chercher à trouver qui lit ces lettres et lui forcer la main pour qu'il réponde si ce n'est pas déjà le cas ? Est-ce qu'elle écrit à ses parents ? Est-ce qu'il doit lâcher le morceau, est-ce qu'il est temps ? « Tu vas bien ? » Qu'articule son interlocuteur alors que celui qui semble souvent inatteignable paraît plus perdu que jamais. « Oui oui, excuse-moi, j'suis un peu crevé. » Qu'il répond pour se reprendre en adressant un large et faux sourire avant de partir de nouveau, toujours aussi paumé.

Et puis ça aurait pu s'arrêter là pour aujourd'hui, c'était déjà pas mal après tout. Mais forcément, quand y en a plus, y en a encore. Alors qu'il sort de la volière pour retourner à ses occupations, il se prend quelqu'un de plein fouet. Comme si c'était le moment de devoir parler à quelqu'un, de devoir jouer de ses charmes et prétendre que tout va bien. Un peu blasé de sa propre connerie, il a quand-même eu le réflexe de rattraper la personne qu'il avait cogné par le bras, histoire qu'il ne la blesse pas non plus complètement. Ses yeux se lèvent alors qu'il se prépare mentalement à arborer son plus beau sourire pour faire passer sa connerie quand ses pupilles brunes trouvent celles de Nuna. Manquait plus que ça.

« Nuna... » Qu'il murmure, trop perturbé par les cinq dernières minutes pour forcer son crâne à garder ce genre de trucs pour lui. Mais il se ressaisit rapidement, détache sa main du bras de l'athna alors qu'il reprend, sourire aux lèvres, comme c'était prévu initialement. « Désolé, j'avais la tête à autre chose. Ou alors j'ai tout fait pour te rentrer dedans, histoire de voir si cette fois-ci tu te souviendrais. Qui sait ! » Il lui offre un clin d’œil taquin avant de se glisser sur le côté afin de l'éviter, s'éloigner d'elle rapidement avant que tout ne dérape. Il ajoute, par politesse quand-même, « J'espère que je ne t'ai pas fait mal. Au plaisir, Luna. » Volontairement provocateur, le voilà qui lui tourne le dos, étrangement plus à l'aise qu'il ne l'aurait pensé – peut-être parce qu'il sait qu'avec ses conneries, il l'aura repoussée définitivement. Et cette-fois, c'est bon pour aujourd'hui. Fini les idées de merde, fini les remises en question. Fini les Nuna qui débarquent sans prévenir. Il va aller travailler, et ça va passer. Tout ira mieux, ça va déjà mieux. Parce que c'est fini, enfin fini.

» 06 mars 2119


Dernière édition par Theodore-Charles Jones le Dim 7 Avr 2019 - 19:02, édité 2 fois
Nuna Cortez
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le Dim 7 Avr 2019 - 3:34


lonely day

Nuna Cortez & TC Jones


(6 mars 2119 / volière, réception d'une lettre de Makenna)


La forge tournait à plein feu depuis le petit matin. Le retour des beaux jours et le réveil de la nature aux alentours de son volcan ravivait l'imagination de Nuna, qui ne comptait plus ses heures passées au coin de l'âtre, à battre férocement les différents métaux qui deviendraient des armes, des objets du quotidien ou des bijoux qu'elle chérirait timidement, de toute son affection de créatrice à l'imagination débordante. Ou peut-être que ce n'était pas juste le printemps, pas tout à fait le printemps. Peut-être que ce mois de mars voyait des angoisses renaître en même temps que les primevères, peut-être que la forge était devenu un échappatoire en plus du petit coin de paradis qu'elle était habituellement. Son père n'avait même plus à proposer ses services pour combler des heures qu'elle pouvait manquer près de son âtre; elle ne prenait que quelques minutes de temps en temps, de quoi prendre l'air, discuter avec un client, un ami ou un passant. Lui, il ne cherchait pas à en savoir plus : il profitait du bonheur simple que représentait le temps que sa fille lui libérait pour vaquer à ses propres occupations. Il passait alors de l'autre côté de l'arme, entraînait des groupes de jeunes en même temps qu'il entretenait son amour du combat. Nuna le croisait de temps en temps sur le village, non sans que son cœur se pince en le voyant vivre ces moments avec les jeunes combattants comme jamais il n'en avait vécu avec elle. Elle n'avait jamais été une de ces jeunes combattants; juste une tentative ratée de guerrière, déception de parents qui avaient toujours vécu pour le combat et la fierté athna. Alors quand elle voyait son père rire, quand elle croyait voler dans son regard une lueur qu'elle ne lui avait jamais connue avant, Nuna passait son chemin silencieusement, les yeux rivés au sol, prétendant qu'aucune larme ne cherchait son chemin jusqu'à ses joues mattes. A chaque fois pourtant, un petit morceau d'elle se brisait; peut-être un petit peu de l'espoir qu'elle avait encore de créer quelque chose avec son père, ou peut-être un petit peu de la confiance qu'elle avait construite autour de toute cette autre personne qu'elle était, loin de ce qu'il aurait voulu.

Dans leur forge, alors, elle trouvait un triple confort et réconfort. Sa créativité pleuvait sous ses doigts, rythmant ses journées de belles satisfactions comme il en existait peu à son regard. Pendant qu'elle frappait les métaux, elle oubliait ce qui pesait sur son cœur depuis des mois. Elle oubliait la boîte qui prenait la poussière au fond d'une armoire, suffisamment cachée pour qu'elle puisse croire qu'elle n'était qu'une invention farfelue. Elle oubliait le courrier envoyé, les larmes et l'indignation, l'inquiétude, le chagrin, l'attente de plus et le besoin que tout s'arrête là. Quand elle façonnait ses alliages, Nuna oubliait que cette forge avait appartenu à son père avant elle et qu'elle n'était rien de ce qu'il aurait souhaité, qu'il aurait préféré la voir tenir l'arme plutôt que de la voir en créer des dizaines sans jamais rien en faire. Elle oubliait qu'il avait allumé le même âtre qu'elle des milliers de fois avant elle, battu les métaux avec le même marteau, sur la même enclume. Elle oubliait qu'il avait accueilli les mêmes clients, répondu aux mêmes commandes, et qu'elle ne devait son savoir-faire qu'à lui. Elle oubliait qu'il profitait de son engagement dans le petit commerce et l'art de la forge pour être dehors, à construire des relations avec d'autres enfants comme il n'avait jamais pris la peine de le faire avec elle, épris d'un besoin de paternité qui n'avait jamais été satisfait avec la rejetonne ratée, celle qui n'égalerait jamais son frère, celle qui n'aurait jamais rendu fière sa mère.

Pourtant, il suffisait que la porte de la forge s'ouvre en grand pour que cette bulle protectrice et confortable éclate. La chaleur éreintante semblait disparaître soudainement dans les courants d'air et elle se réveillait sur le reste du monde, qu'elle avait abandonné pendant une heure, deux heures, parfois jusqu'à la nuit.

Ca faisait déjà quelques heures qu'elle fignolait un bracelet de laiton. Réveillée aux aurores par le besoin d'enfin aboutir cette pièce, elle n'avait pas ménagé sur son horaire, et avait commencé à travailler alors que le ciel était encore assoupi et que le reste du volcan était encore perdu dans ses rêves. Quelques courtes heures, déjà, qu'elle apportait au bijou une multitude de derniers accords. Penchée au-dessus de son établi, elle frappait délicatement autour d'une pierre pour améliorer l'apparence des environs de son sertissage. Elle ne comptait déjà plus la sueur qu'elle avait laissée dans la recherche de la perfection. C'est quand la porte s'ouvrit sans aucune sommation qu'enfin elle leva la tête, réalisant que le monde avait repris sa vie, dehors. Devant la porte se tenait son colosse de cousin, qui grogna en quelques mots qu'il pensait avoir vu arriver l'oiseau qui semblait toujours revenir à Nuna comme un boomerang. @Isdès Hakantarr n'avait pas le temps d'aller à la volière ce matin, mais si elle attendait sa lettre avec impatience, elle pouvait y aller dès maintenant. Il lui fit un sourire pour la saluer et disparût dans les quelques fourrures que le mois de mars faisait garder aux Athnas malgré le retour progressif des beaux jours.

Nuna resta plantée là, sa main paralysée en l'air, sur son petit marteau, au-dessus du bracelet qui en profitait pour doucement refroidir. Secrètement, incapable de se l'avouer à elle-même, elle souhaitait qu'il se soit trompé, qu'il ait confondu l'oiseau de l'inconnue avec un membre de sa famille. Mais elle savait qu'Isdès avait l’œil; il s'occupait d'oiseaux messagers depuis suffisamment longtemps pour pouvoir affirmer en avoir reconnu un sans risquer de se tromper. Le moindre doute lui aurait sans doute interdit de venir alerter la forgeronne. Alors elle savait, Nuna, qu'un coup de massue était sur le point de lui être asséné. La seule chose qui était en son ressort, c'était de choisir le moment où elle le recevrait. Le plus tôt serait le mieux, se disait-elle. Mais faire traîner les choses lui accorderait une petite accalmie, même si c'était jusqu'à la fin de la journée. Elle posa son marteau en essayant de maîtriser le stress qui commençait déjà à lui bouffer les tripes. Qu'allait-elle trouver dans cette lettre ? Était-ce encore la sienne qui lui était retournée ? Qu'est-ce que pouvaient appeler les mots qu'elle avait laissé courir sur le papier ? Pourquoi était-elle si inconsciente, pourquoi avait-elle été si bavarde ? Pourquoi avait-elle déversé toute son âme dans cette lettre, pourquoi y avait-elle vomi tout son corps, pourquoi l'avait-elle saupoudrée de ses beaux souvenirs, des cauchemars qui la hantaient ?

Elle rejoignit son vieux et fidèle fauteuil de bois pour s'y laisser tomber, sa bouteille de verre à la main. Elle but à même le goulot de longues gorgées rafraîchissantes, le regard perdu dans le vague. Elle se refusait à se laisser happer par les questionnements. Ce qu'on avait bien pu lui répondre ne dépendait pas tant d'elle que ce qu'elle avait envoyé, et elle ne regrettait pas ce qu'elle avait envoyé. Parce qu'auprès de cette inconnue demeurait les derniers morceaux de sa @Makenna Askaywen, de celle qu'elle avait connue et celle qui lui était devenue inconnue. En lui envoyant son amour, ses souvenirs, ses remords et ses regrets, en lui envoyant tout ce qui lui restait de sa tendre amie, Nuna faisait s'envoler son amie dans les flammes qu'on ne l'avait pas laissée allumer au sommet de leurs montagnes. C'était des bribes de ces adieux qu'elle ne parvenait pas à accorder. C'était des bribes de tout ce que Makenna était pour elle, tout ce qu'elle serait tant qu'un cœur battait sous sa poitrine. Nenna n'était pas morte tant que Nuna entretenait ce qu'elles avaient construit et vécu ensemble, tant que son palpitant portait l'amour impérissable qu'elle éprouvait pour la disparue.

En essuyant une larme qui avait perlé au coin de son œil, la forgeronne se releva et laissa la bouteille vide sur son établi. Le bracelet était resté en plan, attendant sagement qu'on finisse de s'occuper de lui. Ce serait pour plus tard. Il n'était plus question d'hésiter; plus elle hésiterait, pire la décision serait difficile. Elle s'assura en quelques coups d'oeil que la forge était sécurisée du feu de l'âtre et la quitta en claquant la porte derrière elle.

Le soleil était déjà eau dans le soleil azuré de ce début de printemps. Un sourire heureux étira ses lèvres alors qu'elle se délectait des caresses de l'astre. Elle aimait le froid et les neiges desquelles se paraient ses montagnes quelques mois dans l'année, mais les premiers soleils de l'année n'avaient pas d'égal à ses yeux. C'était peut-être un petit signe de Makenna, ces rayons chaleureux; de quoi lui donner le courage de lire ce que son amie avait pu lui écrire. Où qu'elle soit, son amie veillait sur elle et sur le cœur esquinté qu'elle laissait derrière elle.

Pourtant, le chemin jusqu'à la grande volière à ciel ouvert du village lui parût interminable. Les sourires et salutations étaient machinaux; ils avaient perdu de leur vivacité habituelle. Son être entier semblait s'alourdir à mesure qu'elle s'approchait de l'oiseau qui venait d'arriver. C'était ridicule, non, de redouter à ce point une lettre ? Un morceau de papier, quelques mots griffonnés par une inconnue qu'elle ne rencontrerait sans doute jamais ? C'était exagéré, non, de faire porter un tel poids à un courrier qui avait à peine celui de quelques plumes ? C'était pathétique, non, d'en perdre son sourire, de s'en laisser happer et ronger par des inquiétudes impossibles à définir ?

C'est le visage fermé qu'elle arriva devant la volière. Si elle ne prit pas le temps de s'arrêter, c'était bien parce qu'elle savait que cette trêve verrait apparaître de nouveaux doutes, dont elle ne pouvait pas se permettre le luxe. Elle fonçait vers la volière et l'oiseau parce qu'elle refusait de laisser le temps la bouffer d'inquiétudes auxquelles elle n'avait pas encore pensé. Il serait toujours temps de s'accorder quelques minutes une fois la lettre entre les doigts. Maintenant, c'était un mauvais moment à passer. Elle leva les yeux vers le ciel et sa Makenna, qui semblait tenir à la couvrir de ce manteau de douceur solaire. Ce fut bref; trop bref. Un choc la surprit violemment dans ses pensées et interrompit le flot de courage qu'elle réceptionnait tant bien que mal. Elle fut propulsée sur le côté sans comprendre ce qui se passait, et on la rattrapa avant qu'elle ne finisse de perdre l'équilibre ou de se prendre l'arbre qui semblait trôner là juste pour la taquiner. Machinalement, sa main se serra autour du bras qui la sauvait après l'incident. Elle était triste, incroyablement triste. Le soleil brillait toujours au-dessus d'elle mais Makenna n'était plus là. Son regard glissa sur le bras qu'elle étreignait jusqu'à en retrouver le propriétaire.

Merde.

Merde parce qu'il avait bien retenu son prénom, qui n'était finalement pas si loin de celui qu'il lui avait donné entre larmes et leçons philosophiques alcoolisées. Merde parce que c'était lui qui avait fait fuir Makenna. Merde parce que c'était lui tout court. Qu'est-ce qu'il faisait là, qu'est-ce qu'il faisait chez elle ? Il envahissait son volcan, maintenant ? Il attaquait peu à peu sa bulle. A ce rythme, il allait bientôt la observer son travail à la forge pour critiquer chacune de ses techniques ou de ses créations; ou pire, s'incruster chez elle en pleine nuit pour la regarder dormir sans qu'elle n'en sache jamais rien. Sans s'en rendre compte, il venait de l'attaquer dans un moment d'intimité particulièrement délicat. Elle ne pouvait pas lui en vouloir, mais c'est en un regard noir que se transforma celui, accablé, qui l'avait reconnu. Face à ses demi-excuses, Nuna demeura silencieuse, trop sonnée pour comprendre. Était-ce là Makenna qui lui proposait un échappatoire ? Peut-être que la lettre qui l'attendait était assez terrible pour faire parler les morts. Elle se retrouva plantée là, les bras ballants, incapable de faire un pas en avant ou un pas en arrière. « C'est pas grave, Tiçi », lâcha-t-elle finalement dans un petit sourire triste, involontairement fermée, en jetant un bref regard effrayé à la volière qui lui faisait face. L'oiseau l'attendait quelque part là-dedans, avec une lettre qui avait le pouvoir de l'anéantir pour les jours à venir. Son élan avait été brisée. Maintenant, elle voulait juste faire demi-tour. Impuissante, elle regarda TC lui tourner le dos, provocateur. Ses lèvres s’entrouvrirent plusieurs fois avant de laisser passer un son un peu tremblotant. « Tu sais jouer aux échecs ? » Tout sauf récupérer cette lettre. Tout sauf faire face. Tout sauf être seule avec ses pensées. Tout sauf être seule face à elle-même. Tout sauf être seule.


Dernière édition par Nuna Cortez le Lun 8 Avr 2019 - 1:39, édité 1 fois
Theodore-Charles Jones
DATE D'INSCRIPTION : 16/09/2018 PSEUDO/PRENOM : Totoro's Child. MULTICOMPTES : Wyatt Sheperd MESSAGES : 448 CELEBRITE : Dominic Cooper COPYRIGHT : schizophrenic - excelsior ; deadpool 2. METIER/APTITUDES : Marchand - Orientation, Diplomate. TRIBU : Pikuni. POINTS GAGNES : 340
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le Dim 7 Avr 2019 - 4:49

Y a de ces instants qui semblent interminables et y a de ceux qui se terminent trop vite. D'ordinaire, Jones est plutôt doué pour manipuler le temps avec les mots, l'étirer ou non à sa guise et il pensait être capable de le faire avec la belle brune autant qu'avec les autres. Qu'importe à quel point elle avait pu le percer à cœur, qu'importe à quel point elle avait pu le toucher, il savait aussi très bien qu'il l'avait agacée, énervée, en étant tout ce qui sait être. Mécanisme de défense pour ne pas qu'elle le trouve une fois de plus dans une situation de faiblesse, technique d'attaque avant même qu'elle n'ait le temps de regarder dans le fond de ses yeux. Parce qu'il ne veut pas qu'elle y lise ce qu'elle y a déjà lu, il refuse de lui offrir ce morceau de lui, celui que personne ne veut voir, pas même lui. Et il était vraiment sûr de lui, ce coup-ci. Peut-être parce que sans l'alcool il avait d'autant plus conscience de ses capacités à agacer les autres, à l'agacer elle.

Mais une fois n'est pas coutume, il s'est complètement planté. Décidément, si Nuna semblait savoir lire en lui comme dans un livre ouvert, lui n'arrivait pas à en déchiffrer la couverture et pour être honnête, ça commençait à l'irriter un petit peu. Les premiers mots qui traversent la bouche de l'athna sont d'une tristesse presque assommante, sauf qu'il est trop tard pour le pikuni. Trop tard pour ravaler la suite de ses mots, de ses gestes, de cette routine bien trop de fois répétée. Pourtant, ça le saisit, y a un frisson qui le parcourt tout entier et ses dents qui viennent mordre l'intérieur de sa bouche pour s'empêcher de se retourner. Pour se préserver lui, lui et tout ce qu'il a dans la tête. Makenna, son secret bien gardé qu'il refuse de dévoiler, encore moins à la fille de la Lune. Et ça aurait dû s'arrêter là. Lui qui part pour la centième fois avec bon nombre de regrets, et Nuna qui l'oublie, parce que c'est ce qu'elle fait toujours. Il le sait. Il veut se persuader qu'il sait, qu'il s'est pas trompé.

Pourtant, le dos tourné, la voix de la belle finit par se glisser dans ses tympans pour le faire s'arrêter net. Sans se retourner, il prend bien une seconde pour être sûr d'avoir bien compris, que c'est bien à lui qu'elle s'adresse. Son regard balaye les alentours pour ne voir aucun regard fixé sur elle, sur eux, et il comprend. Il comprend que non seulement la belle ne l'a pas oublié, répétant son nom dans ce sourire incroyablement triste, mais qu'en plus de ça elle s'adresse à lui comme s'il n'avait pas été un sombre connard. Ça cache quelque chose, trop de gentillesse, vraiment trop. Tournant lentement les talons, c'est avec un regard plus que perplexe qu'il finit par lui faire de nouveau face, cherchant à savoir si c'est du lard ou du cochon. Les lèvres toujours mordues, le brun la regard un peu plus attentivement et son esprit fait rapidement les calculs qu'il s'était refusé de faire quelques secondes avant. La montagnarde ne va pas bien, quelque chose dans ses yeux manque de cette étincelle qui brille de mille feu. Ces gestes et ce regard qu'il avait observé pendant une longue nuit, le voyant passer de la joie à la tristesse en passant par la haine et la peine ne mentait pas en cet instant précis. Non, elle ne se moquait pas de lui, et si elle le faisait, alors elle était définitivement réellement plus forte que lui à son propre jeu.

Échec et mat.

« Heu... » Sauf qu'encore une fois, elle casse tous ses codes. Et si la question posée demande une réponse plutôt simple, il ne sait absolument pas comment la donner. Peut-être parce qu'il sait que du moment où sa réponse est prononcée, la partie est réellement commencée. Face à face dans un duel, jouant tour à tour pour protéger non pas le Roi, mais bel et bien leur âme, elle aura un coup d'avance. Elle a toujours un coup d'avance. « Oui, enfin... le vieux en parlait tout le temps mais j'y ai jamais joué. Pourquoi ? » Qu'il finit enfin par articuler complètement alors que son cerveau en profite pour remettre toute la situation en place. Le fait que s'il était en train de sortir de cette foutue volière lorsqu'il lui est rentré dedans, ça veut dire qu'elle allait y entrer. La partie a bel et bien commencé. Trop tard pour revenir en arrière, on abandonne pas un jeu en cours, pas un jeu comme celui-ci, pas avec une adversaire comme celle-ci. Alors il se rapproche, le marchand coupe le peu de distance qu'il avait mis entre eux avant qu'elle ne l'interrompe pour finalement se retrouver à une distance normale pour une conversation qui n'aura probablement jamais rien de normal en soi. Mais au final, ça n'a pas vraiment d'importance tout ça, parce qu'elle a vraiment pas l'air d'aller et ça le bouffe déjà, TC, de la voir comme ça. Alors il ose ce qu'il devrait pas, place un pion là où elle pourra le croquer en une seule bouchée. « Tu es sûre que ça va ? »

Réellement inquiet, il l'observe un peu plus, cherche à savoir s'il ne l'a pas plus violemment cognée qu'il ne l'avait imaginé. Et puis il enchérit, comme pour s'enfoncer un peu plus. « T'as pas l'air... » Mais cette phrase il ne la finit pas alors qu'un oiseau fait battre ses ailes et que le claquement de ces dernières l'interpelle. La volière, elle comptait y aller. Il l'a perturbée. Lui montrant du bout du nez l'endroit de leur rencontre, il se permet de reprendre, calmement. « Tu devais aller chercher quelque chose, non ? »

Et puis ça lui revient brusquement en pleine face. Le revers de la médaille, à faire le malin, plus réfléchir et se jeter corps et âme dans la partie il en oublie qu'il devait se protéger lui, avant tout ça, avant elle, avant ses yeux et ce regard qui le perd. Makenna. Est-ce que c'est à Nuna qu'elle écrit ? Est-ce qu'elle est de sa famille ? Trop jeune pour être sa mère, elle peut pourtant être une sœur, une cousine, une belle sœur, une nièce ou n'importe quoi d'autre. Est-ce que c'est à elle qu'il doit avouer ce secret qu'il ne veut surtout pas dévoiler ? Est-ce que c'est pour elle que l'ancienne esclave lui a demandé cet oiseau qu'il lui a donné, sans jamais rien demander ? Non, ce n'est pas possible. Il se fait des films. Trop habitué à se raconter des histoires, il s'en raconte une de plus, une de trop. De ces histoires qui vous hantent la nuit et vous empêchent de dormir. Le monde ne tourne pas autour de lui, ce monde ne tourne pas autour de lui. Les probabilités pour que ce soit Nuna la destinataire de ces lettres sont bien trop infimes pour être possibles. C'est stupide. Stupide de même y penser. Stupide d'avoir complètement quitté la réalité du regard pour se focaliser sur cette idée à la con.

Alors il revient à lui, comme s'il respirait à nouveau. Le regard de nouveau focalisé sur l'ensorceleuse de cœur. Passant une main sur son visage pour se donner un coup de fouet, il réalise que si la belle lui a répondu, son léger black-out lui a fait ne rien écouter. Combien de coups d'avance a-t-elle désormais ? A-t-elle remarqué qu'il ne l'écoutait pas, qu'il n'était plus vraiment là ? Se rattraper, se rattraper avant de lui donner une chance de finir la partie trop vite, trop facilement, si facilement. « Excuse-moi, je suis fatigué. Je suis arrivé hier et le voyage jusqu'ici a été un peu compliqué. J'ai complètement perdu le fil de ce que tu disais, ça te dérange de répéter ? » Une moue désolée, sourire en coin un peu maladroit, moins taquin alors qu'il réalise qu'il est déjà trop franc, qu'elle a déjà foutu son chagrin sur lui, qu'elle l'a déjà touché comme cette fameuse nuit. Et ça, il peut pas le permettre, il peut pas se le permettre et encore moins lui permettre, alors il soupire longuement et reprend avec un peu plus de détachement, qu'importe combien ça brûle, qu'importe combien ça use. « Donc tu veux me battre aux échecs, c'est ça ? » Sourire taquin, cœur qui s'éteint. « C'est pour te venger de ta nuit d'ivresse, que tu veux m'infliger ça ? » Petit rire fin, et puis il ressent plus rien. « J'peux pas t'en vouloir, ça doit être dur de savoir qu'on a préféré un mur aux bras d'un beau brun. »

Et c'est l'habitude qui reprend le dessus, tous les masques qui se cumulent pour ne plus rien laisser paraître, enterrer les moindres restes. Pas le droit d'être humain, pas le droit de perdre cette partie. Pas si tôt le matin, pas face à celle qui lui a déjà tant pris. « Allez, c'est bien parce que c'est toi, une partie pour que tu te souviennes de moi en plein jour, avec moins d'alcool dans le sang – du moins j'espère, et que tu puisses ensuite rêver de moi toutes les nuits jusqu'à comprendre que je suis bel et bien, l'homme de ta vie. »

N'importe quoi, vraiment n'importe quoi. Mais y a que comme ça qu'il a le contrôle, y a que comme ça qu'il est sûr qu'elle l'atteindra pas. Il veut rattraper les coups qu'il a de retard, pas être le Fou de la Reine mais bien son Roi. Il veut pas qu'elle regarde dans ses yeux, il veut pas qu'elle y voit tout ce qu'elle veut. Mais ça l'empêche pas d'être relativement poli, aussi con soit-il. Alors il lui tend une main galante – elle a quand-même l'air sonnée, et il reprend, toujours ce sourire en coin collé sur les lèvres. « Allons-y, ma chère. Sauf si tu veux aller à la volière avant, ça me dérange pas de t'attendre, encore une fois. » Il agrandit son sourire, un peu comme pour vérifier qu'elle se souvient bien, qu'elle a pas balancé son nom par hasard, qu'elle lui a pas proposé ça à lui parce qu'elle est en train de faire une hémorragie cérébrale. On est jamais trop sûr après tout. Surtout pas avec eux, surtout pas avec lui.

Mais ça s'annonce compliqué, cette partie d'échecs. En partie parce qu'il n'avait pas la moindre idée de comment ça se jouait – comme s'il allait réellement écouter les histoires farfelues de Bren, mais surtout parce que c'était s'exposer à lui parler. Sans alcool, sans nuit, sans rien pour les cacher. Juste eux, face à face, en plein jour, avec rien d'autre que leurs propres armes pour se défendre. Bien trop tard pour reculé, déjà bien trop engagé dans cette folle idée, il ne restait plus qu'à assumer. La partie ne fait que commencer et pourtant, tellement de mouvements semblent déjà dessinés et impossibles à éviter. La Reine le fera tomber, lui et sa folie, lui et toutes ses conneries. La Reine va voler tout ce qui lui reste, elle va lui voler Makenna, même s'il ne veut pas. Et enfin, elle lui dira, droit dans les yeux, avec un sourire malicieux.

Échec et mat.

Et l'illusion sera a jamais terminée, le voile a jamais levé. Plus rien derrière quoi se cacher et elle qui se souviendra pour l'éternité. De ces secrets qu'elle aura lu dans ses yeux, sans ombre. Que la lumière pour montrer la pourriture qu'il est et à quel point il la dégoûte. Parce qu'il le sait très bien, TC, le jeu est truqué. Le Roi n'est que noirceur tandis que la Reine, elle, n'est que douceur. Et c'est pas juste, qu'il se dit alors qu'il a les yeux dans les siens. C'est pas juste, parce qu'il se condamne en laissant la Reine le regarder. Mais c'est trop tard. C'est lui qui avait commencé à jouer. Il y a bien des années.
Nuna Cortez
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le Dim 14 Avr 2019 - 2:48


lonely day

Nuna Cortez & TC Jones


(6 mars 2119 / volière, réception d'une lettre de Makenna)


Cette lettre n'était pas la première qu'elle recevait de l'inconnue, et pourtant, c'était tout comme. Enfin, c'était tout comme la seconde, plutôt : avant d'ouvrir la toute première, Nuna ne s'était pas rendu compte de ce qu'elle renfermait ou tout ce qu'elle allait chambouler dans son existence. L'équilibre était demeuré stable, d'abord; après tout, comment croire cette personne qu'elle ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam lorsqu'elle lui annonçait la mort de celle qu'elle s'était évertuée à maintenir en vie toutes ces années ? Mais les lettres suivantes avaient progressivement cassé les barrières et abattu son bouclier. Son interlocutrice savait trop de @Makenna Askaywen pour ne pas l'avoir connue. Alors elle avait eu quelques éléments de réponses qui la poussaient dans la direction de l'acceptation, même si son être entier se refusait à l'abandon. Tant qu'elle n'aurait pas de corps à regarder rejoindre la montagne, Makenna vivrait. Tant qu'elle n'aurait pas fait ses adieux, Makenna vivrait. Et à lui refuser catégoriquement et à répétition de lui donner plus de détails, de lui donner de quoi faire son deuil, on offrait à Nuna sur un plateau d'argent toutes les raisons de douter, consciemment et inconsciemment, de la mort de son amie. Disparue ? Elle l'était encore; elle le serait peut-être poru toujours. Mais la disparition offrait un espoir, même infime après toutes ces années, de voir le cours des choses se retourner contre les évidences. Les évidences fonctionnaient avec les probabilités : oui, dix ans étaient passés après son enlèvement et dix ans de silence, ça rendait les probabilités des retrouvailles très sévèrement proches du nul. Mais sans adieux, l'espoir du doute continuait de subsister, petite flamme téméraire au cœur de l'obscur. Toutes les lettres du monde ne parviendraient pas à la convaincre que cette disparition n'en était plus seulement une. Il persistait quelque part la certitude que tout ça n'était que mensonges, créés de toutes pièces pour une raison qui lui échappait totalement. Qui voudrait faire croire à de pareilles horreurs ? Qui réveillerait des démons au milieu d'un équilibre si laborieusement atteint ? Qui pouvait la détester autant, de si loin ? Aucun brouillon de réponse ne se formait devant ses prunelles humidifiées par la perspective de la peine inévitable. En conséquence, aucune des options possibles ne lui convenait. Elle serait détruite quoiqu'il arrive. Elle serait détruite si on s'amusait juste avec ses sentiments; elle serait détruite si Makenna l'avait été avant elle. Toutes ces lettres, Nuna les avait attendues avec autant de ferveur que de crainte, voire de colère. Elle ne comprenait pas ce qu'on lui voulait et pire encore, elle ne comprenait pas ce qu'elle voulait, ce qu'elle pouvait en attendre ou en souhaiter. Elle comptait les jours après chaque envoi, comme si elle pouvait planifier et se préparer à la réception d'une réponse. Mais en vérité, elle ne pouvait se préparer à aucune d'entre elles. Elle n'avait jamais réussi à prévoir ce qui allait lui tomber dessus, et c'était sans doute là l'un des moteurs de tout cet échange, stimulé par l'impulsivité de ses réponses. Sa plume s'affolait sur le papier à chaque fois et elle tremblait, et elle pleurait, et le courrier partait comme si elle voulait s'assurer que sa destinataire ne manquait rien de ce dont elle était responsable. C'était un bien drôle de jeu -c'était un jeu auquel elle détestait jouer, parce qu'elle savait d'ores et déjà qu'elle allait perdre, quoiqu'il advienne.

Elle aurait dû s'habituer, à force, à l'effet que lui faisait la réception de chacune de ces lettres, avant même de les avoir entre les mains, avant même d'en voir se dessiner les mots sous ses yeux. Mais les frissons de l'inquiétude étaient les mêmes à chaque fois, et cette fois-ci semblait porter un poids tout particulier. Pour ce qu'elle avait envoyé la dernière fois, pour tout le chagrin et les souvenirs et les bonheurs et le manque qu'elle avait transmis à une inconnue dont elle ne savait toujours rien; pour tout ce qu'elle avait peur de lire, les démons d'une rescapée qu'elle ne parvenait pas à laisser tranquille, la dénonciation d'un égoïsme qu'elle ne pourrait nier. Dès qu'@Isdès Hakantarr avait franchi la porte de sa forge, Nuna s'était attendue à se retrouver face à la lettre et c'était probablement encore pire pour elle d'avoir eu à choisir le moment où ce serait le cas. Ne pas s'éterniser, voilà ce qui l'avait propulsée hors de son échoppe.

Pourtant, à chaque pas qui l'avait rapprochée de la volière, il lui avait semblé qu'un poids invisible s'installait un peu plus sur ses épaules. Le soleil rayonnait et les salutations volaient dans les airs en cette matinée qui ressemblait à toutes les autres, et pourtant Nuna ne parvenait plus à rien voir sans le filtre de celle qui s'apprêtait à ouvrir une lettre qui pourrait l'accabler de tout ce qu'elle ne pourrait supporter. Dans le soleil qui caressait sa peau matte, elle avait choisi de voir Makenna, où qu'elle soit, encore de ce monde ou foulant joyeusement les étendues montagnardes du suivant. Ca lui donnait du courage, pour faire face aux mots de cette inconnue dont elle saurait encore beaucoup trop peu après la lecture à venir. Avec Makenna à ses côtés, pourtant, Nuna se sentait revivifiée, poussée par une force qu'elle était la seule à percevoir. Elle était lancée, pour de vrai, pour de bon, jusqu'à la volière. Mais la force des choses semblait en avoir décidé autrement, et la voilà arrêtée nette, à quelques mètres seulement des premiers oiseaux, bousculée dans son élan par un fauteur de trouble. On venait de lui percer sa bulle, de faire s'évaporer le peu de courage qu'elle avait réussi à réunir. Pourtant, la trêve était la bienvenue. Plus besoin de Makenna parce que maintenant, sur l'instant, la lettre n'était pas l'objectif. Ce qui comptait, c'était qui elle avait bousculé et les excuses qu'elle parviendrait à bégayer en sortant de son drôle d'état. Mais le Pikuni était plus vif qu'elle et la voilà qui ne parvenait même plus à sortir quelques plates excuses. Il la lâcha, elle le regarda partir, les yeux embués par une peine et un déchirement qu'elle était incapable de définir. Elle était à nouveau toute seule face à la lettre qui se cachait quelques mètres plus loin. Elle était à nouveau toute seule. Alors, les échecs, c'était un appel à l'eau, une bouteille à la mer, un sos dont les échos se perdaient dans les montagnes enneigées. Elle avait besoin de quelqu'un, et pour des raisons qu'elle ne s'expliquait pas, c'était de lui dont il avait besoin. Parce qu'il était là, parce que le hasard l'avait mis sur son chemin, mais aussi parce qu'il avait été le seul capable de la ramener sur Terre, le temps de quelques instants. Elle voulait qu'on lui tienne la main. Elle voulait qu'il lui tienne la main. Jouer aux échecs ? Quelle invitation ridicule ! Elle avait bien un jeu que lui avait ramené son père de ses pérégrinations commerciales dans les plaines et personne pour lui apprendre à y devenir aussi bonne joueuse qu'elle l'aurait aimé. Pourquoi ce jeu avait-il été sa première pensée ? Sans doute parce qu'il était l'ancre la plus fiable et solide qu'elle pouvait imaginer capable de retenir le beau parleur.

Mais l'ancre avait manqué sa cible et raclait le fond sans attache; la cible en question hésita une seconde avant de se retourner, imposant au regard de Nuna le ridicule de sa question. Dans n'importe quelle autre situation, la jeune femme aurait sans doute compris et abandonné. Dans cette situation précise, elle s'accrochait au regard de l'homme comme à la bouée de sauvetage dont elle avait désespérément besoin. Chaque seconde de silence était une seconde où il ne lui refusait pas sa compagnie. Pourtant, quand enfin il prit la parole, Nuna se retrouva prise à son propre piège. Pourquoi ? Pourquoi ? Avait-elle seulement un semblant de réponse à lui donner ? « Je... on m'a offert un jeu auquel j'ai jamais joué. Je me disais que ça t'intéresserait de lui donner une chance avec moi. » Sa propre voix lui semblait ténue, lointaine. Elle murmurait sans grande conviction alors que son regard se perdait au sol. Dans sa tête, Nuna faisait déjà demi-tour. Dans sa tête, elle retrouvait l'oiseau de l'inconnue parmi tous les autres et usait de son peu de témérité pour récupérer le courrier qu'il lui avait amené contre vents et marées. Mais dans les faits, l'Athna restait plantée là, incapable de se d'abandonner cet échappatoire miraculeux que le hasard avait mis sur sa route. Son regard s'était perdu dans l'herbe, quelque part aux pieds de TC, là où les rayons solaires dansaient avec les ombres taquines des feuillages d'un arbre. Ce n'est que lorsque le Pikuni reprit la parole que Nuna réalisa qu'il était encore là. Pourquoi était-il encore là; pourquoi n'avait-il pas pris la fuite ? Elle lui jeta un regard perdu, les lèvres entrouvertes, suffocant à la simple idée de devoir faire demi-tour et achever la quête qui l'avait menée si loin de sa forge réconfortante. Mais à TC, Nuna ne savait pas quoi répondre. Elle voulait lui sourire, le rassurer, prétendre et passer à autre chose. Mais ses expressions restaient figés dans une expression d'effarement, et elle s'en rendait bien compte. Lui, il continuait ; oui, elle devait aller chercher quelque chose. Elle jeta un bref coup d'oeil à la volière dans son dos et resta les bras ballants, incapable de reprendre là où elle avait été interrompue un peu plus tôt. « Oui, il faudrait que j'y aille... » admit-elle d'une petite voix en désignant derrière elle d'un vague geste de la main par-dessus son épaule. A nouveau, ses prunelles s'étaient perdues au sol, en même temps que son esprit s'était perdu dans la perspective de l'ouverture de cette lettre. Mais qu'est-ce qui pouvait bien être si terrible dans une lettre, après tout ? Pendant une demi-seconde, sa terreur s'évanouit et son regard retrouva TC, seulement pour l'entendre dire qu'il n'avait rien écouté.

Elle se sentit incroyablement seule et un vide indescriptible se creusa au creux de son ventre.

« Les montagnes, c'est pas pour tout le monde... » Elle tenta de le taquiner sans trop y croire elle-même, un petit sourire triste au coin des lèvres. « Va te reposer, t'inquiète pas. T'as pas encore assez de force pour m'assommer. » Ses lèvres ne se départaient pas de ce faible sourire mélancolique. Elle leva la main dans un petit salut, destiné à l'encourager à la laisser là, puis ses deux mains se rencontrèrent pour se tordre nerveusement quelque part devant ses cuisses. Il avait raison, il avait bien mieux à faire que de rester là, avec elle, à la soutenir dans une épreuve dont il n'avait pas conscience. Il avait fait du voyage, et même si elle le titillait en faisant remarquer qu'il n'était pas un montagnard, Nuna savait la fatigue que pouvait représenter ce genre de voyages. Qu'il aille se reposer; elle n'aurait alors plus que la seule alternative d'aller chercher cette lettre. Elle devrait le faire tôt ou tard, de toute façon.

Mais il restait là, devant elle, et Nuna était ballottée d'angoisses en espoirs d'échappatoires, de nuages sombres en petites éclaircies. Le battre aux échecs ? Dans leurs course éternelle, les prunelles de l'Athna retrouvèrent un instant celles de son interlocuteur. Elle avait presque oublié ce jeu d'échecs. Elle sourit, le regard un peu plus brillant. Il la faisait sourire, et il faisait un peu briller son regard. Pendant quelques secondes, le volatile porteur de sales nouvelles pouvait rester dans son coin de la volière. « Un beau brun ? J'avais pas remarqué qu'il y avait quelqu'un d'autre avec nous, l'autre fois. » Dans un geste destiné à la remettre d'aplomb, Nuna porta la main à son front pour essuyer un peu de la transpiration qui avait coulé pendant ses travaux à la forge. Mais elle manqua une inspiration lorsqu'il reprit la parole pour lui annoncer qu'il lui accordait une partie. En d'autres termes, il ne la laissait pas seule. Elle accroche malgré elle son regard pendant quelques secondes. Elle demeurait silencieuse, captait à peine ce qu'il était en train de lui raconter. Elle avait envie de lui sauter dans les bras, de le serrer aussi fort que pendant cette drôle de nuit dont ne lui parvenaient que des morceaux de souvenirs à trier et reconstituer. Mais de ces étreintes alcoolisées, elle avait des images limpides auxquelles étaient même lié le parfum qui collait à l'homme en cette nuit d'été. Un mélange d'alcool et de transpiration, le parfum de sa journée et de sa nuit, et puis une odeur douce qui écrasait les autres si on prenait la peine de lui accorder un peu de son nez; quelque chose de rassurant et d'apaisant. « L'homme de ma vie ? J'espère que ta femme est au courant... » Ses doigts s'étaient retrouvés nerveusement devant alors qu'elle se mordait la lèvre. Derrière elle, elle pouvait toujours sentir la menace de la volière et de ce qu'elle renfermait. Peut-être qu'elle devrait le remercier de l'avoir accueillie chez lui cette nuit-là; sa famille avait toléré sa présence, et il était hors de question qu'elle s'immisce dans une dynamique qui semblait si bien fonctionner. « Et puis j'aime les femmes. » Mensonge effronté qui rencontra le sérieux de son inquiétude et résonna gravement alors que ses mains se remettaient à tressaillir l'une contre l'autre. Sans s'en rendre compte, Nuna se mordait à nouveau la lèvre. C'était maintenant la perspective de remettre à plus tard ce qu'elle avait tant cherché à remettre à plus tard qui la déroutait. Elle était devenue spectatrice de sa propre détresse.

Le regard de la brune trouva pourtant la main de TC tendue face à elle et c'est à ce moment-là qu'elle se rendit compte de la lèvre qu'elle mordait trop fort. Elle sourit d'un sourire sincère qui fit naître une larme au coin de son œil; larme de reconnaissance ou de peur, larme d'affection ou larme de tristesse -larme sans doute d'un peu tout ça. En lui tendant la main, il lui offrait une alternative qu'elle avait désespérément cherchée, mais qu'elle n'était plus très sûre de vouloir emprunter. Quoiqu'il arrive, elle ne pourrait échapper éternellement à cette lettre qui l'attendait. « Oui, je vais d'abord aller chercher... mon courrier. » Sa détermination ne suffit à faire fonctionner ses jambes, qui la laissèrent plantée là, face à TC, incapable de faire autre chose que regarder le sol derrière lui et sur le côté. Elle salua d'un signe de main un passant mais le sourire était crispé et disparut aussi vite qu'il était apparu. « J'y vais... » Elle inspira pour se donner du courage et croisa le regard de TC avant de faire volte-face. Pendant une seconde, elle avait voulu se jeter dans ses bras pour qu'il la protège de ce dont on ne pouvait pas la protéger. Nuna n'était pas quelqu'un de courageux mais on ne pouvait pas toujours la sauver à sa place. Cette fois-ci, elle était la seule qui pouvait affronter ce qui lui faisait peur. Seule guerrière face au terrifiant.

Elle avait laissé l'homme dans son dos et maintenant, Nuna était seule. Quelque part à sa droite, un des responsables des oiseaux messagers la salua. Elle fut à peine capable de lui rendre la pareille. Nerveusement, elle s'avançait entre les volatiles, installés ça et là. Ses mains étaient toujours liées devant elle. Elle craignait le moment où elle reconnaîtrait l'animal de son interlocutrice mystérieuse autant qu'elle l'attendait. Il était temps d'en finir avec cette torture, et ça passait par récupérer cette lettre dont elle redoutait tant le contenu.

Son regard fut attiré par une bestiole à sa gauche. C'était l'un des seuls oiseaux qui portait encore la lettre avec laquelle il était arrivé. La plupart des autres messagers était là pour se reposer après un trajet éreintant ou en prévision d'un voyage à venir. Celui qui avait attiré son attention venait d'arriver. Il semblait aux aguets, investi dans son rôle au point d'être sûr que le courrier dont il était responsable avait son destinataire. C'était elle, son destinataire. Doucement, elle tendit la main vers la patte de l'animal pour récupérer le papier plié. Il sembla à Nuna que l'animal la gratifiait d'un petit regard satisfait avant de fermer les yeux, enfin prêt à profiter de son repos bien mérité. La lettre paraissait épaisse et lourde. Elle la fit tourner entre ses doigts en se demandant si c'était une bonne chose ou pas. Elle avait réveillé quelque chose chez l'inconnue, se disait-elle; il n'y avait plus qu'à espérer que c'était quelque chose qu'elle était capable de gérer.

Doucement, un peu sonnée, comme si elle venait de se réveiller ou de courir pendant des heures, Nuna se retourna. Le responsable des oiseaux la regardait bizarrement, et quand il comprit qu'elle l'avait vu, il lui sourit en lui faisait un petit signe de main. Elle n'eut pas la force de répondre, trop accaparée par toutes les suppositions qu'elle pouvait faire quant à ce que contenait ce courrier. La démarche un peu hésitante et irrégulière, elle quitta l'espace dédié aux oiseaux pour rejoindre TC. « Le jeu est chez moi... » lança-t-elle sans avoir attendu d'être arrivée à son niveau. Peut-être qu'elle pourrait arriver à profiter du soleil, du jeu et de la compagnie malgré la bombe à retardement. Mais rien qu'en avançant vers l'homme, Nuna avait le regard rivé sur la lettre, qui avait pris place entre ses doigts si nerveux. Il lui suffirait de quelques instants à peine pour la déplier et en connaître le contenu. Chaque seconde de passée était une seconde de torture et d'appréhension, mais une seconde de torture que, de façon totalement inexplicable, elle était persuadée d'être bien plus capable de gérer que l'affrontement lui-même. En attendant, elle n'arrivait pas à penser à quoi que ce soit d'autre. « Je te ferai une petite infusion, et puis on pourra jouer, et puis tu pourras te reposer... » Elle passa devant lui en l'invitant, d'un geste de la tête, à la suivre. Il fallait penser à maintenant, à tout de suite, à la partie d'échecs qu'elle comptait gagner et à ses capacités d'hôtesse qu'elle comptait bien étaler devant le Pikuni.
Theodore-Charles Jones
DATE D'INSCRIPTION : 16/09/2018 PSEUDO/PRENOM : Totoro's Child. MULTICOMPTES : Wyatt Sheperd MESSAGES : 448 CELEBRITE : Dominic Cooper COPYRIGHT : schizophrenic - excelsior ; deadpool 2. METIER/APTITUDES : Marchand - Orientation, Diplomate. TRIBU : Pikuni. POINTS GAGNES : 340
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le Jeu 6 Juin 2019 - 22:22


Jones n'est pas ce que l'on peut appeler une bonne fréquentation. Il n'est même pas ce que l'on pourrait appeler une fréquentation, en vérité. Beaucoup le savent et passent au dessus, simplement parce qu'il leur est utile. Il est utile pour les trocs, pour ses charmes qu'il utilise et qui sauront faire oublier le quotidien de certains pendant quelques instants. Mais il n'est pas vraiment de ceux que l'on veut comme ami, pas non plus de ceux que l'on veut comme ennemi. Il est dans cette catégorie que l'on côtoie pas vraiment par choix mais avec laquelle on garde ses distances.

Seul Bren et sa mère cassaient ce cercle, et là encore, c'était particulier. Comment pouvait-on demander à une mère aussi aimante que la sienne de donner à son fils la place qu'il mérite vraiment ? Et comment pouvait-on demander à quelqu'un avec un cœur aussi gros que Bren d'abandonner ce gamin dont personne ne voulait vraiment ? TC n'avait jamais vraiment eu de place nulle part et il le savait très bien. En plus de quatre décennies on avait le temps de s'habituer à cette condition, elle était tellement naturelle qu'elle ne faisait plus vraiment mal au final. Mais ça, c'était jusqu'à rencontrer la brune aux yeux remplis d'étoiles. S'il y a déjà de nombreuses années elle lui avait retourné le cœur, cet été, elle lui avait retourné ce qui lui restait d'âme. Nuna l'avait saisi et avait touché la moindre de ses blessures, des mois après il sentait parfois encore les restes de cette soirée. Pourtant pour lui, aussi unique qu'elle était, cette soirée était un point définitif à une relation qui n'existerait jamais. Si Nuna avait bien vu ce qu'elle avait vu, alors elle savait qu'il ne fallait pas s'en approcher. C'est pour cela en particulier que la tournure que la conversation prend lui laisse un frisson glacé. Qu'est-ce qu'elle cherche, au juste ? Pourquoi lui parler d'un jeu d'échec quand elle a déjà réussi à gagner tout ce qu'il y avait à gagner de lui ?

La réponse qu'elle lui offre le laisse toujours autant dans ce brouillard qu'il est incapable de sonder. Il hoche la tête, incapable de dire non à celle qui retient ce qui le rend humain, incapable de dire oui à celle qui le voue à sa fin. Il reste planté là, comme un idiot, face à elle, son aura pleine de sanglots d'un soir miroir, un soir qu'il n'arrive plus qu'à entre-voir. Mais y a quelque chose dans le visage de la belle, quelque chose qui l'attire comme un aimant. Comme ce fameux soir, d'ailleurs. La chaleur entre les doigts et toutes les peurs cachées derrière les dents. Y avait le souffle du vent qui venait apaiser les pleurs de la belle, y avait son cœur à lui qui s'étalait sur le sol à la voir si triste mais si belle. Elle a ce quelque chose, cette tristesse mélancolique, ce sourire tellement magique. Elle le torture par ce qu'elle dégage. Il arrive pas à être celui qu'il est, à garder les masques qu'il parfait avec les années. Il arrive pas, parce qu'il ne sait jamais sur quel pied danser. Est-ce que tu es triste, Nuna ? Dis-moi, pourquoi y a des larmes séchées partout sur toi ? Est-ce que ça va, Nuna ? Dis-moi, est-ce que tu te joues de moi avec ton sourire qui vole mon cœur et tes larmes qui me tordent de peur ?

La taquinerie qui franchit ses lèvres laisse un sourire se dessiner sur les lèvres du perdu, mais la phrase qui suit lui enlève tout aussi tôt. Encore une fois, Nuna ne lui laisse même pas le temps d'achever une émotion qu'elle en déclenche une autre. Il ne peut pas s'empêcher d'accrocher son regard au sourire de la belle et lui murmurer, de cette voix arrachée. « On parie ? » qui passe presque inaperçu avec le vent, avec la vie, avec le monde qui les attend pas pour avancer, tandis qu'eux, ils restent là sans bouger. TC reprend son souffle et lui offre un peu plus qu'un murmure, il lui offre une main tendue pour qu'elle quitte sa tristesse, pour qu'elle retrouve toute la joie qu'il a pu voir à travers elle, ce fameux soir là. La répartie de la belle lui offre un vrai sourire franc, d'un geste faussement dramatique il dépose même sa main sur son cœur, histoire de montrer que la remarque l'avait touchée en plein cœur. Il la préférait comme ça, taquine, réactive. Le marchand respire un peu à nouveau et lui accorde cette fameuse partie d'échecs. La remarque qui suit lui fait lever un sourcil, même si elle était destinée à le taquiner – encore et toujours, Jones avait du mal à croire qu'on puisse l'imaginer réellement posé, avec femme et enfants. Surtout pas la belle brune qui avait lu à travers les tourments de son âme un soir d'été. « Ma jument approuve parfaitement notre union, si tu veux tout savoir. » Qu'il enchérit, un peu joueur, avec ce fond de peur.  Mais la belle en rajoute une couche, lui signifiant que ce n'est pas lui, qu'elle n'aimerait pas, mais bel et bien tous les hommes. Sourire un peu plus joueurs encore et il ajoute. « Moi aussi, tu vois, ça nous fait déjà un point commun. » Sans savoir s'il doit la prendre au sérieux ou non, TC ajoute quand-même. « Tant que tu continues à m'accorder quelques sourires, ça m'ira. » Qu'il lui offre avec un sourire plus sincère et plus tendre. Puis c'est sa main qu'il tend, l'invitant à sortir de cet instant un peu hors du temps qui, malgré les derniers sourires, semble plus douloureux qu'elle ne veut bien le dire.

Ses billes brunes se perdent sur le visage de celle qui le bouleverse et une fois de plus, elle le transperce. Il aperçoit la larme qui naît contre son œil tant aimé et son cœur se serre violemment. Le brun se mord l'intérieur de la lèvre pour ne rien laisser paraître, garder la face et son sourire pour ne surtout pas l'amener à verser plus qu'une simple larme même si en lui, tout se brise. Les mots qui sortent de la bouche de l'Athna lui laissent glisser un sourire un peu gêné sur son visage, ne sachant pas s'il doit l'encourager, l'arrêter ou prendre les devants, TC reste là, comme le con lâche et fatigué qu'il est, sans oser. Un soupir tandis que leurs regards se croisent. S'il tente de ne rien laisser paraître, le brun est persuadé qu'elle voit toute la douleur à travers ses yeux. Finalement, la voir faire demi-tour pour aller enfin à la volière le soulage. Pendant quelques instants il respire de ne plus avoir à faire semblant. Passant une main tremblante  sur son visage, il cherche à reprendre le dessus sur tout ce qu'elle dégage pour avoir un joli sourire quand elle ressort de la volière. Quelques secondes, les yeux fermés et le voilà qu'il arrive enfin à avoir l'impression qu'il a la tête hors de l'eau. Naturellement, son regard cherche la jolie brune à l'intérieur de la volière. S'il ne pouvait apercevoir que des ombres, il entendait tous les bruits des oiseaux. Les ailes et petits cris. Les plumes qui claquaient les unes contre les autres et la tendre Nuna qui s'avançait vers un oiseau. Il avait un sentiment étrangement familier avec toute cette scène, les ailes qui claquent et la peur qui lui tord le ventre près d'une volière. Y avait un peu de Makenna avec lui, en cet instant précis. Son amie détruite qui lui demandait conseil sur la vie, alors qu'il savait pas ce qu'il foutait là, comment il avait atterri là. Il se voyait lui offrir un oiseau et lui rappeler toutes les procédures, l'accompagner, le cœur serrer, et attendre à ses côtés, avec ce petit sourire gêné.

Complètement perdu dans ses pensées, il sursaute quand la brune passe la porte d'entrée. Les deux femmes se ressemblent un peu, un regard rempli de millions de choses que personne ne peut lire, une chevelure de lionne et une carapace plus épaisse qu'il ne le faut pour survivre. Les images se confondent avant qu'il ne reprenne le dessus et offre un sourire doux à Nuna qui le rejoint enfin. La remarque sur le jeu lui fait hocher la tête lentement. Il observe ses gestes et la voit incroyablement tendue par cette fameuse lettre. Sans s'autoriser le droit de lui en demander plus, TC laisse Nuna reprendre la parole et lui passer devant. Sans oser l'interrompre il la suit calmement et la regarde marcher. Y a ce quelque chose qui le hante, qui le triture de l'intérieur, ce quelque chose qui lui hurle d'en faire plus, de ne pas la laisser comme ça. Alors il accélère le pas et rattrape la belle à sa hauteur. Tendant une main devant eux il lui dit tendrement. « Bon, on fait un pari ? Si tu gagnes tu veux quoi ? », il n'attend pas la réponse, rêvant de poser sa main sur l'épaule de la douce pour lui montrer son soutien, incapable d'oser le faire réellement. « Si je gagne, je... » il accentue cet air, celui où il fait semblant de réfléchir, avant de lui offrir le combo, sourire et regard en coin. « Non je ne te le dis pas tout de suite, tu verras bien quand je t'aurais battue ! » Et puis il insiste, toujours en marchant, laissant sa main tendue vers elle. Même s'il utilise cette excuse du pari, de ce claquement qui devrait suivre dans les secondes, au fond, il n'espère qu'une chose, c'est qu'elle lui laisse serrer sa main quelques secondes, des secondes suffisamment grandes pour qu'elle mesure son soutien. Qu'il ne lui demandera rien, mais qu'il est réellement là. Lui, toute sa souffrance et tout ce qu'elle le tue, il veut être là pour elle, encore un peu plus.

« Deal ? » Qu'il dit avec un grand sourire, espérant qu'elle retrouve un peu cette tendresse, cette douceur et que cette peur la quitte. Et puis au final, tout ça c'est aussi un peu pour lui. TC est égoïste, il l'a toujours été. Et Makenna occupe bien trop son esprit avec toutes ces petites choses qui viennent de lentement construire sa matinée. Makenna qui le hante depuis tant d'années maintenant, il a besoin de moins l'entendre, dans sa tête. Besoin que pour quelques minutes, quelques heures, elle disparaisse. Parce que Nuna en sait déjà trop de lui, il refuse de lui dévoiler cette part de sa vie. Makenna c'est son silence, son secret le mieux gardé. En parler, il en est sûr, ça l’achèverait.
Nuna Cortez
DATE D'INSCRIPTION : 12/10/2018 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Murphy Cavendish MESSAGES : 2143 CELEBRITE : Zazie Beetz COPYRIGHT : Lux Aeterna (vava, sign, gifs) METIER/APTITUDES : Forgeronne et orfèvre (joaillière) TRIBU : Athna POINTS GAGNES : 270
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le Mar 11 Juin 2019 - 3:42


lonely day

Nuna Cortez & TC Jones


(6 mars 2119 / volière, réception d'une lettre de Makenna)


Le monde lui paraissait tellement lourd et dense autour d'elle qu'il semblait appartenir au monde des songes : Nuna était plongée dans un cauchemar qui avait beaucoup trop le goût du réel. Les minutes et heures défilaient sans échappatoire possible. Tout était trop logique et trop vrai pour qu'elle ne trouve le réconfort d'un réveil paniqué. Les détails étaient trop exacts pour ça. Et puis, qu'est-ce que le Pikuni aurait fait dans ses rêves ?

Étrangement, c'était maintenant à sa présence qu'elle s'accrochait plutôt qu'à la perspective d'un réveil subit. Il était son contact à la réalité, comme il l'avait été pendant cette drôle de nuit perdue entre deux mondes. Elle aurait préféré avoir la force de le laisser derrière elle. Elle aurait préféré avoir la force d'oublier cette nuit étrange de début d'été indien. Mais il était tombé là, presque comme une providence, et Nuna s'accrochait à lui comme s'il était capable de lui éviter la noyade. Elle ne voulait pas qu'il la laisse; pas comme ça, pas ici ou maintenant, et surtout pas toute seule. Alors elle l'avait retenu désespérément, avec la première invitation qui lui était venue, le premier argument qui pourrait lui donner envie de passer un peu de temps avec elle. Elle avait un jeu, oui, un jeu d'échecs que son père lui avait ramené. Voudrait-il y jouer avec elle ? Accepterait-il de l'ancrer à ce monde, juste quelques minutes, juste une heure ? En fait, elle connaissait la réponse. Elle abdiqua avant même qu'il ne lui donne une réponse solide -il avait mieux à faire que perdre son temps devant une partie d'échecs avec une inconnue de mauvaise compagnie. Il était là pour rentabiliser son côté beau parleur : c'était un commerçant, et quiconque n'était pas des montagnes ne s'y aventurait que pour y faire du commerce. Beaucoup ne comprenaient pas les charmes de leurs montagnes et de leur volcan, mais c'était tant mieux pour eux : ça laissait toute sa fraîcheur à l'air de leurs montagnes, ça rendait insaisissable l'espace vertigineux dont ils étaient les maîtres et les serviteurs. Les étrangers ne grimpaient pas les rudes sommets pour l'hospitalité de leurs habitants. C'était autre chose que l'on cherchait au volcan, et certainement pas une partie d'échecs, et définitivement pas des yeux brumeux d'une peine secrète dont on avait pas idée ni de la teneur, ni de la source. Nuna faisait volte-face : comment pouvait-elle infliger son état à quiconque ? Comment pouvait-elle infliger son état à cet homme-là, celui qui avait pourtant déjà rencontré l'une des pires Nuna ? Cette lettre et toutes les nouvelles et tous les silences qui en regorgeaient pesaient bien trop pour ses frêles épaules, mais elle devait accepter d'être la seule à les porter. Pas la seule capable, mais la seule à en avoir le droit -c'était un secret, une promesse qu'elle avait faite à une inconnue, une promesse qu'elle honorait parce qu'elle était Nuna, mais aussi pour la mémoire de sa Makenna disparue.

Elle ne le retenait pas, Tiçi. Mais pour une raison qui lui était obscure, lui se retenait auprès d'elle. Il était challengé, piqué dans son orgueil : il n'en fallait sans doute guère plus pour l'encourager à accepter son invitation. L'idée d'avoir manipulé le Pikuni malgré elle pour gagner sa présence traversa l'esprit de Nuna, qui sentit un nouveau poids s'ajouter à celui qui la fatiguait déjà tant. Elle n'était pas une manipulatrice, pourtant; ou peut-être juste aujourd'hui, parce qu'elle avait besoin de ces quelques mots qui lui sauvaient la mise, parce qu'elle avait besoin d'épaules solides pour aider les siennes à supporter ce qu'elles portaient déjà, parce qu'elle avait besoin d'une ancre qui la raccrochait à cette réalité, loin des questionnements sans réponses et des réponses qui faisaient mal au point que l'on préférait les enterrer pour ne plus jamais avoir à les regarder dans les yeux. Ses les lèvres de l'homme, Nuna lut le défi qu'il relevait. Elle sourit tristement, un peu timidement, de cet air coupable de celle qui avait obtenu quelque chose qu'elle ne méritait pas. « Tu devrais pas, tu vas perdre. » Mais ces quelques mots sonnaient d'une taquinerie fausse et forcée. Ils étaient fades et vides.

Elle s'accrochait, pourtant, Nuna. Elle s'accrochait à ce petit bout d'éclaircie que l'homme semblait porter avec lui sans même en avoir conscience. Avait-il perçu ce quelque chose qui la changeait ? La connaissait-il seulement, elle, hors de l'alcool et du chagrin ? Que savait-il d'elle ? Pourquoi acceptait-il sa compagnie si généreusement alors qu'elle n'avait exposé d'elle que ce que l'on voulait fuir ? La tristesse, la faiblesse physique et morale, l'agacement, la stupidité de l'alcoolisée ? Oh, elle n'avait pas grand chose à offrir, de toute façon. On l'acceptait à peine ici, dans son volcan natal, alors quelles raisons pouvaient pousser un étranger à accepter une partie d'échecs ? Tiçi était-il quelqu'un de si généreux ? Avait-elle manqué ce détail, quand l'alcool l'avait aidée à creuser jusque dans les tripes du beau parleur ?

Mais peu importait, en fait; peu importait les raisons qui le poussaient à l'épauler à ce moment précis. Peut-être se rendait-il compte de son état ; peut-être avait-il un peu de temps à tuer avant de retrouver quelqu'un avec qui faire affaire. Il restait et c'était ce qui comptait. Elle n'était plus tout à fait seule, plus pour la prochaine heure au moins. Elle gagnerait à ce jeu mais elle serait lente s'il le fallait, pour le retenir un peu plus que ce qu'il lui aurait accordé. Oui, elle manipulerait les circonstances, encore, mais elle savait cette lettre quelque part derrière elle, et elle savait qu'il faudrait l'ouvrir à un moment ou à un autre. Tant qu'il serait là, elle aurait un peu de répit. Tant qu'il serait là, elle aurait un invité à choyer et serait forcée à laisser cette lettre de côté. C'était les bases de la politesse. Alors puisqu'elle n'était plus tout à fait seule, Nuna se sentait un peu plus légère -suffisamment, tout du moins, pour se tenter à un humour un peu plus convaincu. Et lui réceptionnait sa remarque comme elle l'aurait espéré; comme ça l'aurait tant exaspérée à n'importe quel autre moment, mais comme ça la soulageait à ce moment précis. Elle n'était plus tout à fait la même que la dernière fois qu'ils s'étaient vus, mais lui était encore le même. Cette fois-ci, elle souhaitait qu'il l'agace, qu'il la pousse dans ses retranchements -n'importe quoi qui pourrait lui faire cette lettre à aller chercher et pire encore, à lire. « Ta jument ? C'est comme ça que t'appelles ta femme ? » Elle arqua un sourcil sincèrement outré, les lèvres entrouvertes par le choc des termes qu'il avait choisi pour désigner sa chère et tendre. Elle espérait avoir mal compris ou qu'il aurait de quoi se défendre; peu importait, choisir de croire que c'était ainsi qu'il désignait sa femme lui faisait penser à autre chose, pendant quelques instants. Et puis, plutôt que d'attendre que ce moment de distraction ne meurt aussi vite qu'il était né, Nuna surenchérit en prétextant aimer les femmes. Ce n'était pas totalement faux, de toute façon; ce n'était juste pas une raison pour elle de ne pas aimer les hommes. Elle aimait les êtres humains qui savaient éveiller ce petit quelque chose chez elle. Tiçi aurait très bien pu faire partie de ceux-là s'il n'était pas si... Tiçi. Mais soudainement, il y avait dans ls traits du Pikuni une douceur inattendue, presque tendre, qui la fit ravaler tous les commentaires qu'elle s'était fait silencieusement. « T'inquiète, c'est un truc que j'ai tendance à faire, sourire » répondit-elle simplement en haussant les bras, bien peu encline à relever l'affectueuse sincérité qui coulait de la remarque du marchand de rêves.

Mais il lui tendait la main, maintenant. C'était le combat ou la fuite, et le combat, elle ne pouvait pas l'éviter éternellement. Le chemin jusque-là lui avait déjà trop coûté pour qu'elle soit prête à abandonner ces efforts. La lettre, il lui fallait la récupérer maintenant. C'était une question de respect pour la Nuna de quelques minutes auparavant, qui avait subi chaque pas vers cette volière et chaque mètre qui l'en rapprochait. Elle n'était pas venue ici pour repartir bredouille. Alors la main de l'homme, Nuna la refusa poliment, expliquant en quelques mots le fond de sa pensée : il était plus sage et raisonnable d'achever ce pour quoi elle était venue. Ensuite, il serait temps pour eux d'aller s'affronter aux échecs, et pour elle de le battre à plate couture. Si elle pouvait ou voulait encore gagner du temps sur la lecture de cette lettre qui l'attendait, ce serait là qu'elle le volerait. Avant de laisser TC là, elle croisa son regard, brièvement, juste le temps qui aurait suffi à un éclair pour transpercer le ciel. Il soupira, semant dans l'esprit de la brune quelque chose qui s'apparentait à une forme de culpabilité. L'étincelle taquine avait disparu de ses prunelles et révélaient quelque chose de plus mélancolique, qui n'allait pas sans lui rappeler quelques uns des souvenirs flous qui lui restaient de la nuit qu'ils avaient passée ensemble, hors du temps, portés par l'euphorie des festivités et de l'alcool. Cette seconde lui évoque à nouveau toute l'affection qu'elle avait eu pour l'homme et ce qu'il cachait de la vue de tous; ce qui, pour une raison obscure, ne semblait visible qu'à ses yeux. Mais elle devait encore lire des choses qui n'avaient jamais été écrites -oui, il la regardait comme il regarderait n'importe qui s'apprêtant à le planter là quelques minutes, le temps de s'occuper d'affaires prioritaires.

Récupérer cette fameuse lettre sembla bien plus simple que tout ce qu'elle avait imaginé. Mais c'était quelques pas et un geste, un remerciement poli et une friandise à un oiseau qui ne devait pas saisir le poids et la gravité du moment. Ce n'était pas grand chose, l'affaire de quelques minutes tout au plus. Ca avait paru bien plus et ça paraissait maintenant si peu. C'était derrière elle. Devant elle s'étendait tout le reste : l'ouverture de la lettre, sa lecture et tout ce qui l’assommerait pendant quelques heures ou quelques jours, tout ce qu'elle n'aurait d'autre choix que d'accueillir avec les moyens du bord. @Makenna Askaywen lui manquait terriblement. Elle avait été la seule capable d'alléger les pires moments, mais elle n'avait pas été là pour alléger les pires de ses moments. Ce qui restait d'elle, sa mémoire et la douleur qu'elle laissait derrière, c'était eux, ses pires moments. C'était eux, qui continueraient de l'accompagner -et ils l’assommeraient au fil de marées rythmées par l'arrivée de lettres qu'elle avait été folle pour les réclamer à son interlocutrice mystérieuse.

En sortant de la volière, Nuna s'accrochait fermement à sa lettre. A cet instant précis, elle était devenue le poids qui la faisait couler et sa bouée de sauvetage. Mais en levant le regard, elle le trouva là ; TC se tenait droit devant elle, à l'endroit précis où elle l'avait laissé. Nuna, en fait, n'avait que l'envie étrange de retourner se protéger du monde dans ses bras - il l'avait si bien protégée du reste du monde, cette nuit-là. Mais c'était la lettre qu'elle continuait de fixer, la lettre autour de laquelle tout tournait. Et elle passa devant TC en espérant qu'il la suive, se contentant de l'inviter à le faire en quelques gestes à peine. Peut-être qu'elle lui offrait là une porte de sortie : après tout, il devait bien avoir compris à quel point elle serait d'une mauvaise compagnie ce jour-là. Il ne s'était engagé à rien et elle espérait qu'il le savait, que s'il choisissait de la suivre ce n'était pas par politesse, obligation ou pitié. Nuna ne mangeait pas de ces pains-là. Sans s'en rendre compte, pourtant, elle fuyait tout : son pas s'était fait pressé et ses dix doigts se serraient autour de la lettre qu'elle voulait jeter loin d'elle, faire flamber dans sa cheminée, faire disparaître dans l'un des gouffres dont regorgeaient ses montagnes. Elle n'osait pas regarder derrière elle, parce qu'elle avait peur qu'en fait, TC ait eu conscience qu'il ne s'était engagé à rien et qu'elle ne voulait ni de sa politesse, ni de son obligation, ni de sa pitié. Elle voulait retrouver le confort de sa maison mais elle savait qu'elle souhaiterait le fuir dès qu'elle l'aurait trouvé, parce que ce tête-à-tête avec cette lettre serait insupportable.

Quand son regard suivit l'agitation à ses côtés, il s'embua légèrement d'émotion. C'était une émotion étrange que celle de ce soulagement qu'elle n'aurait jamais espéré ressentir. Elle n'était pas seule et il n'y aurait pas de tête-à-tête -pas tout de suite, tout du moins. Alors elle eut un petit sourire redevable et suivit la main que TC avait tendue devant eux. Surprise, elle resta bouche bée quelques instants, sans ralentir le pas pour autant. Son regard amusé s'était mis à danser sur les maisonnettes de son village, lui rappelant qu'elle était ici chez elle et qu'elle y était bien, et que c'était tout ce qui devait compter; qu'une lettre ne pouvait pas changer sa vie au point de faire disparaître tous ces repères qu'elle avait bâti et aimé bâtir toutes ces années. Elle se mordit la lèvre alors que son sourire s'évanouissait. Elle savait ce qu'elle voulait car elle savait ce dont elle avait besoin. De lui, de ses épaules, de sa présence -elle avait besoin qu'il ne la laisse pas seule face à cette lettre qui pouvait changer bien plus que son programme de la soirée. Elle avait besoin qu'on la soutienne parce qu'elle craignait de ne plus y parvenir toute seule. Mais son hésitation la rendit perdante et il prit la parole le premier pour annoncer ce qu'il attendait de cet accord. Il lui arracha un petit rire alors qu'elle l'observait pendant une seconde, attendrie par la simplicité qui émanait de cet échange. « Tant pis, je saurai jamais ce que tu comptais me demander, alors... » Elle feint la déception dans une petite moue en haussant les épaules, mais elle n'oubliait pas ce qu'elle désirait. Et elle se mordait la langue avant d'oser mettre des mots sur ce qui était impossible de partager avec quiconque. « Si je gagne, je... » Il serait la première personne qu'elle impliquerait dans cet échange avec la mystérieuse inconnue. Pourquoi maintenant, pourquoi lui ? C'était une évidence, un besoin, et il n'y avait pas besoin de raisons supplémentaires pour que la brune abdique. « ... Tu pourras rester un peu avec moi après le jeu ? Je... » Son regard glissa jusqu'à la lettre qui dansait encore lourdement entre ses dix doigts. « J'ai peur que cette lettre m'apporte pas de super nouvelles. Tu resteras avec moi quand je l'ouvrirai, quand j'aurai gagné ? » Elle finit par s'arrêter et se planter devant lui, un petit sourire au coin des lèvres. Elle laissa son bras retomber le long de son corps avec la lettre et, à son tour, tendit sa main vers lui et serra la sienne pour sceller le pari. De son regard, elle approuvait le deal. Elle finit par désigner du pouce la porte devant laquelle ils s'étaient arrêtés. « C'est chez moi... » Soudainement un peu gênée de le ramener chez elle, elle passa devant lui pour ouvrir la porte. Elle espérait ne pas avoir laissé son cocon dans un état aussi déplorable que celui dans lequel était son esprit. On disait parfois que les intérieurs illustraient souvent avec exactitude ce que leurs propriétaires étaient : calmes ou hyperactifs, soigneux ou brutes, organisés ou désordonnés, casaniers ou fêtards... Nuna n'était pas sûre de ce qu'elle préférerait être ou de ce qu'elle espérait que sa maison refléterait d'elle, mais elle voulait qu'elle reflète quelque chose qui laisserait bonne impression à son invité.

A l'intérieur, il faisait un peu meilleur que dehors, même si cette journée de printemps n'était pas des plus cruelles. D'un coup d'oeil rapide, Nuna fut rassurée ; sa maison était dans l'état où elle était le plus souvent. C'était une maison vivante mais rangée et chaleureuse. Ca et là trônaient de fiers trésors, offerts par des proches ou crées de toutes pièces par son imagination et ses doigts. « J'ai un petit terrain derrière, on peut s'installer au soleil. Laisse-moi juste retrouver le jeu... » Elle jeta son pull dans un coin en cherchant le cadeau que lui avait fait son père. Elle n'était plus très sûre d'où elle avait pu le laisser : il fallait dire qu'elle n'y avait pas touché depuis qu'il le lui avait offert. Elle avait bien insisté auprès d'Isdès, mais il avait toujours trouvé des excuses pour éviter quelque chose d'aussi ennuyeux qu'un jeu de société. « Tu peux t'installer, j'arrive... » lança-t-elle d'un recoin de la pièce principale, non loin du foyer où crépitaient encore quelques braises laissées le matin. De la main, elle désignait vaguement la petite porte qui s'ouvrait sur son tout petit terrain; de quoi cultiver un tout petit potager et s'asseoir pour profiter des plus douces saisons. De temps en temps venaient s'incruster les poules de ses voisins, qu'ils ne parvenaient pas à empêcher de vouloir vivre quelques aventures d'exploration.

Quand enfin, Nuna retrouva le jeu, elle réalisa qu'elle avait perdu la lettre. Ce furent quelques secondes d'une panique intense qui manquèrent de la faire vaciller, mais elle la retrouva sur la banquette, laissée à côté de son pull. « J'ai le jeu ! Tu veux à boire ? J'ai fait une infusion hier, je peux la réchauffer... j'ai aussi de la tarte à la rhubarbe du jardin de ma voisine. » Après un dernier regard profondément triste et craintif à la lettre laissée là, Nuna rejoignit sa petite cour arrière pour déposer sur son banc le plateau d'échecs et la boîte qui contenait les pièces de jeu. L'assise était suffisamment large pour qu'ils s'installent en tailleur, l'un en face de l'autre. Le banc en fer, création précieuse que son père lui avait offerte lorsqu'elle s'était installée seule, était collé au mur de sa maison pour admirer le reste du monde, maisons et jardins, voisins, poules et canards, soleil levant ou couchant. Une petite table trônait à côté du banc -celle-là, c'était elle qui l'avait faite. Création hybride, faite de lignes et de courbes sages, elle s'associait au banc pour en devenir un soutien, petite table minimaliste destinée à porter de quoi rendre les moments calmes encore plus doux. L'herbe était verte à leurs pieds -l'été se préparait doucement, même dans les montagnes.
Theodore-Charles Jones
DATE D'INSCRIPTION : 16/09/2018 PSEUDO/PRENOM : Totoro's Child. MULTICOMPTES : Wyatt Sheperd MESSAGES : 448 CELEBRITE : Dominic Cooper COPYRIGHT : schizophrenic - excelsior ; deadpool 2. METIER/APTITUDES : Marchand - Orientation, Diplomate. TRIBU : Pikuni. POINTS GAGNES : 340
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le Sam 22 Juin 2019 - 8:39


La Nuna triste, il l'avait connue lors de ce soir un peu interdit, ce soir qui n'avait été qu'à eux. Il avait connu une Nuna en larmes, qui pleuraient à plein poumons son désespoir. Une Nuna qui avait brisé son cœur et un bout de son âme. Mais c'était une tristesse complètement différente qui émanait d'elle aujourd'hui. Une tristesse sur laquelle TC n'arrivait pas vraiment à mettre le doigt tellement elle le saisissait. Y avait une certaine nostalgie, un peu de tendresse dans sa détresse et ça le déstabilisait encore trop pour qu'il arrive à garder son masque habituel. Pourtant, il faisait de son mieux, sourire en coin, petites phrases pour lui remonter le moral et sa belle, elle y réagissait. Il sentait la peine et la douleur dans les mots qu'elle se forçait à lui répondre. Il sentait tout l'effort qu'elle mettait dans ces quelques sons qui franchissaient ses lèvres. Il avait envie de lui dire pardon, de lui dire qu'il allait faire mieux, essayer mieux, la consoler mieux. Mais au lieu de ça, il garde son son sourire et lui fait un clin d’œil lorsqu'elle lui dit qu'il va perdre.

Lorsqu'elle lui balance une pique sur sa jument, ou sa potentielle femme, le brun ne peut pas s'empêcher d'être légèrement pris de court. Peut-être parce qu'il n'avait jamais pensé qu'elle puisse l'imaginer marier, peut-être parce qu'il avait osé espérer, naïvement rêvé, que leur nuit d'insomnie lui avait montré qu'elle avait une place toute particulière dans son cœur. Une place qu'il n'avait laissé à personne d'autre. Il avait voulu croire que l'alchimie et la tension étaient réciproques, il avait voulu se donner l'illusion que dans le contact de sa peau brûlante, il y avait quelque chose d'électrique, de chimique. Il y avait cru, dur comme fer, dans ses rêves à lui, dans sa solitude rien qu'à lui. Il y avait cru, jusqu'à aujourd'hui. Mais Nuna ne cessait de lui envoyer tout pour lui montrer qu'il n'était rien d'autre que cet inconnu. Cet homme qu'elle avait oublié, il y a dix ans. Celui qui avait récupéré une fille saoule un soir d'été. Agaçant, irritant et trop confiant. Elle lui montrait qu'il était tout ce qu'il redoutait, encore et encore alors que lui, ne voyait plus qu'elle depuis bien trop longtemps. Il retient sa blessure, la cache, quelque part enfoui en dedans, et puis il claque la langue et hausse un sourcil, charmeur, joueur, meurtri à l'intérieur. « Tu crois vraiment qu'il existe une femme assez stupide dans ce monde pour avoir voulu passer sa vie entière avec moi ? Nuna, voyons, je te croyais plus maligne que ça. » Ça lui fait mal, lui torture les tripes, lui bousille le bide. Mais c'est dit avec une assurance et une confiance tellement parfaites, tellement honnête qu'il arriverait à se convaincre lui-même qu'il ne ressent rien. Qu'il n'a pas mal, de voir son rêve s'enfuir d'entre ses mains. Mais il ravale ses émotions, il ravale tout ce qu'il est pour devenir tout ce qu'il n'est pas. Même si le masque est fissuré, qu'il y a quelques bribes qui transpercent ses ombres. Même si lorsqu'il lui demande quelques sourires, y a son fond de vérité qui éclate dans ses prunelles abîmés, dans son sourire trop tiré. La réponse de l'athna agrandit ce sourire qui fait mal, celui qui vient du cœur et de l'âme. Il préfère s'exprimer avec son cerveau qu'avec son cœur, le brun, ça lui fait moins mal.

Mais Nuna ne lui laisse pas tellement le choix, elle ne lui a jamais laissé le choix. Lorsqu'elle disparaît le temps s'arrête. Il a l'impression qu'il va imploser d'une seconde à l'autre s'il reste près d'elle. Pourtant, il se refuse à bouger, alors même qu'il s'entend respirer. Il se refuse de la laisser dans sa détresse, seule, même si elle le torture par sa présence, par son esprit et par son cœur qui ne battra jamais pour lui. Sa chevelure de lionne attire le regard du blessé, qui la fixe un instant, laisse ses yeux se balader, de son visage d'ange à ses mains, qui tenaient cette lettre comme si elle contenait une partie de son cœur. Peut-être la partie qu'il aurait aimé avoir pour lui. Les deux perdus avancent, laissent la réalité et le temps les rattraper. Chacun à leur manière ils font semblant. TC se demande si elle le ressent comme lui le sent. Il se demande si elle arrive à saisir cette atmosphère si particulière qui les lie. Ce silence qui veut dire plus que tous les mots n'ont jamais dit. Et puis il se dit qu'encore une fois c'est sans doute lui. Alors il reprend ses esprits, garde son sourire et fonce droit dans le mur pour elle, avec elle. Les mots glissent de ses lèvres, toujours dans cet entre-deux un peu bizarre, cet équilibre incertain qui le maintient en vie avant qu'il ne craque. Le rire de l'athna lui évoque plus de sensations qu'il n'aurait voulu. Elle joue avec son équilibre. Funambule, il avance sur un fil entre deux montagnes et il se tient là, sur la pointe des pieds. Chaque respiration est mesurée, chaque action est sensée. Et puis y a son rire, qui fait vibrer la corde. Y a son rire qui le prend aux tripes et lui fait oublier la prudence. Alors il glisse, lentement, vers ce trou béant, se rattrapant une fois de plus au dernier moment. Mais la corde s'use de son poids, ses mains se fatiguent de devoir rattraper son corps à chaque fois. L'important c'est qu'il ne soit pas encore tombé, qu'il soit encore là.

Mais la belle le met à rude épreuve, commençant une phrase pour ne pas la finir. Avec sa demande pleine d'innocence et de détresse. Cette torture pour celui qui ne veut qu'elle. L'athna lui articule finalement ce qui la travaille. Elle met des mots sur tous les silences qui les ont réuni jusque là. Dans un sourire tendre, trop sincère, un sourire qui le condamne à s'enfoncer la tête dans l'eau pour la tirer hors de cette dernière, il n'hésite pas une seconde. La corde lâche et il essaie même plus de se rattraper. Tant pis si elle le brise, au moins, elle ira bien. « Deal. » Qu'il lui dit avec toute l'assurance dont il sait faire preuve. Il aurait aimé ajouter qu'il resterait, qu'elle gagne ou non. Qu'il resterait tant qu'elle le voudrait. Une nuit, une vie. Qu'importe, tant qu'elle voudra de lui. Mais il se retient et il fait face à la suite de leur journée, des minutes qu'ils passent ensemble, sans trop savoir pourquoi, ni comment. Elle lui présente sa maison, ouvre la porte devant lui et se faufile devant lui, comme pour vérifier quelque chose. Le geste arrache un rire silencieux au marchand qui l'observe et s'avance silencieusement tout en attendant les instructions de la cheftaine de la maison. La brunette ne tarde pas à lui mentionner son terrain et l'endroit vers lequel ils semblent se diriger ensemble. Curieux, tel un enfant dans une nouvelle salle de jeu, TC joue à un jeu dangereux en se laissant prendre à toutes ces petites choses. Observer Nuna de trop près risquerait de le brûler. Il est Icarus et elle est son Soleil. Incapable de s'en empêcher, il note les trésors dissimulés un peu partout dans l'intérieur modeste. La belle n'attend pas que son aîné réagisse pour lui proposer d'aller s'installer. S'il lui offre un hochement de tête et un sourire poli, il reste malgré tout plusieurs secondes planté là, sans bouger d'un pouce, pour l'observer, s'imprégner d'un peu tout ce qu'il  pourrait apprendre d'elle à travers ces quelques merveilles.

Nonchalant, le brun s'avance à pas de loups dans l'intérieur, les yeux rivés sur les moindres détails alors que l'athna est occupée de son côté. Silencieux, il remplit son cœur de pierres précieuses, des pierres magnifiques qui vont l'enfoncer un peu plus dans le gouffre dans lequel il se trouve. Mais ça lui importe peu, tout lui importe peu. Bien plus active et réactive que lui, Nuna ne tarde pas à le relancer, parlant du jeu, lui proposant à boire et aussi à manger. Le « trop » qui se cumule dans ses demandes pour être l'hôte parfaite le fait sourire et lui rappelle un peu sa mère. La belle avait d'ailleurs dû en faire les frais à son réveil de cette nuit d'été. « Si tu veux, oui. » Qu'il lui accorde du même ton auquel il répond à sa mère. Ce ton tendre, puisqu'elles ne veulent tellement bien faire qu'un non, leur montrerait qu'elles ont tenté de trop en faire. Niché non loin de la porte de la cour, Jones observe sagement les alentours alors que son hôte dépose le jeu d'échecs et s'apprête à s'installer. Sortant de ses pensées, le marchand ne tarde pas à la rejoindre, s'installant face à elle, en miroir. Lentement il se permet de déballer le jeu, le sortir de sa boîte et installer les pièces, comme Bren le lui avait montré à peu près un milliard de fois. C'était la partie facile. Forcément, ça ne pouvait pas rester si simple, aussi le conteur en profitait pour la titiller. « On peut dire qu'on est quittes, maintenant. » Qu'il lance, laissant volontairement les secondes s'écouler afin qu'elle se demande de quoi pouvait-il bien parler. « Après tout, tu as passé une nuit dans mon lit et de ce qu'un petit oiseau m'a dit, tu as même eu la chance de t'y réveiller seule. Un instant privilégié, si tu veux mon avis. » Les Pikunis n'étaient pas réputés pour être des solitaires, à aucun moment et TC n'avait que très rarement eu la chance de se lever seul, chez lui. S'il ne mentionne volontairement pas sa propre mère, il soupire, fermant les yeux pour s'imprégner du soleil qui règne en maître au dessus d'eux avant de reprendre, calmement. « Je ne sais pas si tu invites souvent des gens ici mais c'est très agréable. » Un coup d’œil au banc sur lequel il est assis et sur la table à leur côté. « C'est du très joli mobilier, que tu as. » Un sourire fin et il se frotte les mains, haussant un sourcil et accentuant son fameux sourire en coin, alors que toutes les pièces sont en place. « Es-tu prête à jouer, Nuna ? », il s’accorde un rire parfaitement narquois et reprend. « Ou plutôt, devrais-je dire, es-tu prête à perdre, Luna ? » Il écorche volontairement son prénom en souvenir du bon vieux temps.

Les quelques secondes qui suivent, il lui explique rapidement les quelques règles dont il se souvient encore. À savoir comment bougent deux-trois pièces. Il pointe finalement le roi du doigt et lui dit. « C'est lui, qu'il faut faire tomber. » et puis il pose son index sur la reine et continue. « Mais c'est elle qui a le plus de pouvoir. Sans elle, il n'est rien. » Volontairement joueur, il lui tend la main, paume vers le ciel pour l'inviter à faire le premier coup. Alors qu'elle réfléchit, il se met un peu en recul, les bras croisés sur le torse et commence, de cet air mystérieux qu'il vêtit si bien. « Je ne sais pas si tu es au courant mais ce jeu est un jeu de stratégie. Puisque nous sommes tout deux de grands stratèges, je me permets de pimenter un peu la partie en te posant quelques questions, tu me pardonneras. » Sans trop savoir dans quoi il s'aventure, finalement, il n'en a plus rien à foutre. Parce qu'il est damné, qu'elle l'a condamné. Alors autant en profiter, pas vrai ? « Tu me sembles beaucoup intéressée par ma vie sentimentale. Et même si ma jument est sans nul doute flattée de ton intérêt, je trouve ça un petit peu osé de se permettre de juger la vie d'un pauvre homme innocent. Aussi, tu m'excuseras de la question indiscrète mais quelle est la chanceuse qui partage ta maison ? » Il reprend sans une once d'hésitation le fait qu'elle lui a dit aimer les femmes. Sourire aux lèvres, cet air si curieux au fond des pupilles alors qu'il l'observe, entre le jeu qui se déroule sur l’échiquier et celui qui se déroule sur le leur, d'échiquier, et celui-ci, il sait d'ores et déjà qui a gagné cette partie là. Et c'est la Reine, certainement pas le Roi.
Nuna Cortez
DATE D'INSCRIPTION : 12/10/2018 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Murphy Cavendish MESSAGES : 2143 CELEBRITE : Zazie Beetz COPYRIGHT : Lux Aeterna (vava, sign, gifs) METIER/APTITUDES : Forgeronne et orfèvre (joaillière) TRIBU : Athna POINTS GAGNES : 270
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le Mer 26 Juin 2019 - 2:12


lonely day

Nuna Cortez & TC Jones


(6 mars 2119 / volière, réception d'une lettre de Makenna)


Elle n'était plus tout à fait toute seule, voilà ce qui l'aidait à mettre un pied devant l'autre pour rejoindre le donjon de solitude que devenait sa maison dans ces moments-là. Il lui offrait un échappatoire, un temps supplémentaires d'une accalmie bienvenue avant d'ouvrir cette lettre qui semblait peser si lourd dans ses doigts tremblants d'inquiétude. Ce n'était pas les rires des enfants sur leur chemin ou les rayons du soleil qui commençaient à caresser leur peau en cette matinée printanière qui l'ancraient dans la réalité. « Rien de tous ces trucs-là est logique... » C'était les piques taquines de celui qui l'accompagnait à travers le village; c'était la perspective de ne plus être seule, au moins pour les quelques minutes que dureraient cette partie qu'elle avait presque suppliée au Pikuni; c'était sa présence, simple et réconfortante, qui n'allait pas sans lui rappeler ces quelques bribes de souvenirs qui lui revenaient parfois de cette folle nuit de fête. Des taquineries qui poussaient à la réplique, le reflet d'une image qu'on ne lui renvoyait jamais, et puis les bras enveloppants qui noyaient des pleurs incontrôlables. Ce qui l'ancrait dans la réalité, c'était ce réveil dans le calme et la semi-pénombre des rideaux tirés pour que le soleil ne soit pas celui qui la réveillerait. Pourquoi cette homme semblait trouver sa place à ses côtés lorsqu'ils étaient les plus inconfortables, ses côtés ? Est-ce que c'était sa détresse qui l'attirait ? Est-ce qu'elle le retenait ? Nuna n'était pas naïve, c'était un concours de circonstances, et les circonstances avaient été bien fébriles depuis quelques mois. La fête et l'alcool avaient fait remonter à la surface ce que d'ordinaire elle parvenait si bien à cacher sous son masque d'optimisme solaire. Mais maintenant ? Ca dépassait les états d'âme alcoolisés. C'était @Makenna Askaywen, c'était celle qui était tout pour elle, même dix ans plus tard. C'était la peur de sa mort, la terreur de deux vies qui faisaient face à un ouragan, c'était l'éventualité de devoir reconsidérer tout ce qu'elle avait construit depuis dix ans. Car ces années, elle les avait bâties sur les bases branlantes de la perspective de la retrouver, sa Nenna. C'était sa carotte, l'objectif final, le soleil duquel il ne fallait pas trop s'approcher -pas parce qu'il risquait de lui brûler les ailes, mais parce qu'elle risquait de le découvrir aussi glacé qu'elle l'avait deviné brûlant. Les retrouvailles avec Makenna était le sommet de la montagne qu'elle n'atteindrait jamais, qu'elle ne souhaitait jamais atteindre; parce qu'à s'approcher de son rêve trop vite, on ne risquait que la déception et la chute inexorable. Sans rêve à rêver, sans soleil pour l'éblouir, que lui resterait-il ? Sans Makenna, il ne lui resterait que la certitude de l'avoir menée à l'enfer, à la torture et à la mort, celle d'être responsable du cauchemar de celle qui représenterait tout pour elle jusqu'à la fin, de celui de ses parents à qui l'attente avait fini par arracher les derniers soupirs de vie. Sans Makenna, il ne resterait qu'une partie d'elle, celle que son amie n'avait prise avec elle. Sans Makenna, il ne lui resterait que des souvenirs desquels se nourrir sans parvenir à croire pouvoir connaître à nouveau de telles joies, petites et grandes, dans une vie et un monde qui continuaient dépourvus de celle qui était tout. Il ne resterait que les échos des rires et blagues de gamines, les empreintes des nuits passées à chuchoter pour ne pas se faire surprendre par des parents depuis longtemps endormis. Sans Makenna, Nuna savait que sa vie ne pourrait jamais plus reprendre les mêmes teintes. Tout serait plus fade et les couleurs deviendraient grisâtres, aussi peu convaincantes que le serait son sourire.

L'illusion était plus douce. Le peut-être était à la fois un oui et un non, la survie et la disparition, la continué et la fin. C'était lui qui lui avait permis de continuer, toutes ces années. Mais sans lui, les fondations tomberaient et elle avec. Sans Makenna, Nuna chuterait.

Et la lettre qu'elle tenait entre les doigts lui donnait déjà le vertige. Elle était à la fois lourde et incroyablement légère. Il y avait là-dedans quelque chose d'important, elle pouvait le sentir dans l'essence qui s'échappait du papier pour s'échouer sur sa peau.

En retarder la lecture n'était sans doute pas le plus judicieux, mais c'était un instinct désespéré de survie. Elle n'était pas prête ; mais alors quand ? Pas maintenant, juste plus tard. Maintenant on pariait sur cette partie à venir, maintenant on grappillait les secondes et les minutes, on volait au temps un peu de répit avant l'ouragan. Maintenant on confiait entre quelques mots le poids que prenait cette lettre entre des doigts si fragiles, maintenant on scellait un pacte qui ne voulait dire qu'une chose : il était coincé avec elle, encore un peu, encore suffisamment. La main serrée lui fit l'effet d'un petit électrochoc et un sourire se dessina au coin de ses lèvres alors qu'elle cherchait son regard. Il était là, vraiment là. Ils étaient vraiment là, tous les deux, et elle ne retrouverait pas la solitude de son antre tout de suite. Maintenant, son chez elle était le havre qu'elle souhaitait pour chacun de ses invités. Les murs ne se refermaient pas encore sur elle; la lumière pénétrait encore dans la pièce à travers les carreaux. Le piège obscur ne se refermerait pas tout de suite sur elle et secrètement, Nuna espérait gagner cette partie. S'il était là quand elle ouvrait la lettre, alors il pourrait empêcher les murs de la broyer et l'obscurité de l'engloutir.

Mais c'était encore l'air printanier qu'elle recherchait et de loin, Nuna présentait déjà les extérieurs de sa modeste maison, petite terrasse aménagée avec amour pour toutes les journées et soirées passées là à rêver, à imaginer, à rire, et à courir après les poules des voisins. Du coin de l’œil et en cherchant le jeu qu'elle n'avait pas touché depuis qu'elle l'avait reçu, Nuna observait chez Tiçi une forme de timidité ou de politesse qui la surprit. Ca lui arracha un demi-sourire. « Si je veux ? » se figea-t-elle face à lui, le plateau de jeu dressé devant elle avec, par-dessus, le sac de toile qui en contenait les pièces. « Tu... tu veux pas ? » L'inquiétude pouvait se lire sur son visage : elle avait été heureuse de pouvoir lui proposer l'infusion et la tarte qu'elle avait préparées par hasard pour un invité surprise. Nuna voulait être une bonne hôte, pas de ceux qui laissent leur invité là, chez eux, avec le seul privilège d'être chez eux. Il n'était pas chez elle, ici; il devait se sentir chez lui, presque, à l'aise au point de vouloir enlever ses chaussures si c'était ce qu'il souhaitait.

Elle ôta rapidement ses chaussures, sans lâcher le jeu, avant de rejoindre la terrasse qui baignait dans la douce lumière de cette fin de matinée. TC allait probablement devoir manger ici; qu'est-ce qu'elle avait de côté ? Il ne pourrait pas se contenter de son reste de tarte pour le déjeuner. Oh, elle avait un peu de viande de mouton qu'elle avait préparée la veille. Est-ce qu'il aimerait ? Elle n'avait pas grand chose de plus à lui proposer... Il interrompit ses pensées en s'installant face à elle, sur ce large banc qui avait passé les saisons et les années avec elle. Il déballa les pièces devant elle pour les installer sur le plateau en bois alors que nerveusement, elle réfléchissait à ce qu'elle pouvait bien avoir à lui offrir -quelque chose, peut-être, qui ne lui serait pas venu à l'idée jusque-là. Elle avait une bouteille de vin, mais ça ne nourrissait pas un Homme. Un peu de fromage, mais il fallait aimer. Elle se figea en se rendant compte que ses mains se tortillaient nerveusement l'une et l'autre et que ses dents trituraient ses lèvre. « Tu resteras manger ? J'ai fait du mouton, hier. » Laissée la question derrière elle, Nuna regarda les pièces trouver leur place sur le plateau en damier. Son regard foncé ne se releva vers son futur adversaire que parce qu'elle n'avait pas compris ce qu'il venait de dire. Ils étaient quittes... quittes de quoi ? Elle pencha la tête sur le côté, les lèvres entrouvertes et les sourcils froncés, se demandant comment elle allait bien pouvoir lui poser la question. « C'était ton lit ? » Surprise, Nuna se sentit un peu plus gênée que ce qu'elle était prête à admettre. « Mais t'es en train de dire que c'est un privilège que j'ai retrouvé personne dans le lit avec moi ? » Elle arqua un sourcil méfiant, se demandant si elle devait le remercier de ne pas avoir imposé sa présence dans les draps avec elle. Elle n'avait jamais demandé ce geste et cette gentillesse qu'il avait eue pour elle; de toute cette bienveillance, Nuna lui était bien redevable. Mais devait-elle pour autant le remercier d'avoir protégé son intimité et respect d'alcoolisée ? « Merci pour euh... ce soir-là, vraiment. J'aurais pas voulu que mon père me voit comme ça. Je pense qu'il s'est rendu compte de quelque chose pendant le retour, mais au moins il m'aura pas vue... » Elle leva un bras qui voulait tout dire vers lui et le laissa lourdement retomber sur sa cuisse. « ... comme tu m'as vue, désolée pour ça. Mais j'espère bien que personne aurait profité de la situation... » Malgré elle, la brune n'avait pu empêcher un petit mouvement de recul. Elle regardait le jeu entre eux d'un drôle d'air, un peu plus fermé. « Merci... » Elle releva le visage vers le soleil, qui la fit plisser des yeux et sourire. « J'aime bien avoir des gens à la maison, mais ici, même le silence est agréable. On peut entendre la vie dans le village. » Elle sourit dans le vide et finit par retrouver le regard de TC, gênée de s'être laissée s'évader quelques instants dans ses pensées. « Une famille de forgerons, ça aide » admit Nuna en haussant les épaules. Elle était fière du banc que lui avait offert son père; moins de la petite table qui était la sienne. Clairement plus minimaliste, elle était donc plus maladroite, presque enfantine aux yeux de la brune. Ses prunelles retrouvèrent le plateau devant elle, sur lequel étaient parfaitement alignées les pièces. « A quoi ? » La question s'accompagna d'un sourcil arqué et d'un sourire en coin qui laissaient bien entendre qu'elle ne comptait pas perdre une seule seconde. Elle ne connaissait pas encore toutes les règles, mais elle se savait déterminée et vive; son honneur lui interdisait de céder une victoire à l'homme.

Alors il était hors de question de perdre une seconde de plus aux taquineries. Le jeu était une histoire sérieuse et elle s'accouda à son genou replié, ses doigts jouant avec ses lèvres alors qu'elle accueillait les quelques règles élémentaires qui lui étaient rappelées. « Mmh », commença-t-elle déjà à grommeler, « évidemment c'est le roi qu'il faut faire tomber. La reine est une assistante. » Son regard ne quittait pas les pièces face à elle. Volontairement ou pas, Tiçi lui avait laissé le jeu blanc; c'était celui qui commençait la partie. « Sans la reine il est rien, mais sans roi y'a plus de jeu. » Elle se pinça les lèvres en haussant les épaules, creusant une seconde ses fossettes. Nuna lui jeta finalement un bref coup d'oeil alors qu'il se reculait un peu du plateau, prenant la posture de celui qui dominait. Il s'emballait déjà. « Hmm », soupira-t-elle presque pour le faire taire alors qu'il reprenait la parole, l'invitant à lancer la partie. Était-ce pour la déstabiliser ? Oh, elle était impassible. A cette seconde précise, même la lettre qui l'attendait à l'intérieur ne pouvait plus l'atteindre. Elle attrapa l'un de ses cavaliers et l'avança vers le centre de l'échiquier. En levant la tête, elle trouva Tiçi dans un petit monologue et fronça les sourcils en tentant de s'y raccrocher. « Ma maison ? Oh, je vis seule. Je vois pas pourquoi ça t'intéresse autant », lâcha-t-elle avec une désinvolture impatiente. « Le stratège arrive pas à faire sa stratégie ? Tu joues ou t'attends le déluge ? » Et puis du menton et le désigna, dans sa posture fière. « Fais gaffe, l'assise plate et l'absence de dossier ça peut être dur pour les lombaires des anciens. »
Theodore-Charles Jones
DATE D'INSCRIPTION : 16/09/2018 PSEUDO/PRENOM : Totoro's Child. MULTICOMPTES : Wyatt Sheperd MESSAGES : 448 CELEBRITE : Dominic Cooper COPYRIGHT : schizophrenic - excelsior ; deadpool 2. METIER/APTITUDES : Marchand - Orientation, Diplomate. TRIBU : Pikuni. POINTS GAGNES : 340
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le Sam 28 Sep 2019 - 1:22

TC n'était pas quelqu'un de maladroit. Encore moins avec les mots. Capable de jauger la nature de quelqu'un en quelques secondes seulement, il ne lui fallait que très peu de temps pour savoir quoi dire pour le rendre triste, heureux ou en colère. Milo en était l'un des exemples les plus parfaits. Et, sans aucune honte, le brun adorait ça. Il aimait lire les yeux, les sourires et les mimiques des gens. Savoir exactement quoi dire et quand. Ça avait été le cas toute sa vie, même dans sa plus tendre enfance. Le pikuni avait su manier les mots à défaut de savoir manier les armes. L'un des plus forts dans son domaine, il n'avait connu que très peu de gens qui avaient pu le déstabiliser. Et souvent, même si ça arrivait, l'ingénieux savait vite retomber sur ses pattes. Mais ça, tout ça, c'était avant Nuna. Nuna qui a bousculé tous les acquis du marchand. Elle a fait un échec et mat de tout ce qu'il savait, le laissant avec un plateau neuf et le premier pion à jouer. Complètement tétanisé à l'idée de faire une connerie, le brun avançait plus doucement que jamais et pourtant... pas loupé. Le premier pion tombé, alors qu'il était persuadé d'avoir choisi la bonne réponse. Le doute se lit dans tout le corps de Nuna et TC déglutit tout en reprenant avec un sourire, le cœur brisé d'avoir loupé. « Si, si, je veux. Je voulais juste pas t'embêter. » Qu'il se rattrape alors qu'il n'est pas sûr que quoique ce soit suffise à enlever cette foutue terreur dans le regard de la belle brune.

Le silence les accompagne, ou plutôt accompagne la forgeronne. TC, lui, n'est que spectateur de sa propre vie. Il regarde ses gestes nerveux alors qu'elle déballe le jeu, ses yeux rivés sur tout autre chose que lui. Il n'existe pas tellement, en cet instant. Sans avoir la moindre idée de ce qui traverse les pensées de la belle, il se contente de la regarder. « Avec plaisir. » Répond-il à l'invitation à manger. Sourire aux coins des lèvres alors que le jeu se met en place sous leurs doigts peu assurés. Comme à son habitude, le pikuni tente de détendre celle qu'il n'arrive pas à cerner. Persuadé d'aller dans la bonne direction, lui enlever cette manie de se mordre les lèvres comme si elle allait se les arracher – ça aurait été sacrément dommage, pas vrai ? Mais évidemment, une fois de plus, le marchand est à côté de la plaque et la brunette ne prend rien comme il l'aurait voulu. C'est à son tour de se tendre alors qu'elle laisse son regard percer le sien. « Oui ? » qu'il répond interrogateur. Elle n'avait vraiment pas saisi ce qui avait pu se passer de la nuit ? Quelque part, c'était un soulagement sans pareil de savoir qu'elle avait oublié, une fois de plus, tout ce qui pouvait le concerner. De l'autre, sa capacité à occulter tous les souvenirs qui le concernait devenait de plus en plus accablante pour l'amoureux oublié. « C'est pas ce que j'ai dit, non. » Qu'il se contente de commenter à la reprise et déformation de la cent-soixante-douzième phrase de la journée. Décidément, pour quelqu'un d'aussi habile avec les mots, il n'arrivait vraiment pas à se faire comprendre avec elle.

Soupir discret alors qu'il la laisse continuer et lui offre une moue qui ressemble à un sourire timide. « C'est rien. » Il n'ose plus vraiment parler, si ce n'est autrement que pour ponctuer les phrases de l'athna, trop peureux de déclencher un autre malentendu. Lorsqu'elle reprend, c'est à son tour d'arquer un sourcil. Il ne sait pas vraiment ce qu'elle s'est mis en tête mais c'est très loin de la vérité et même de ce dont il aurait pu rêver. Alors qu'elle termine, il est encore trop perdu dans ce qu'elle s'est imaginé pour lui répondre et rétablir la vérité. Au lieu de ça, le sujet dérive sur son propre accueil. Les yeux rivés sur son visage baigné par le soleil, il se noie une fois de plus devant cette beauté poétique qu'il trouve tellement tendre, tellement guérissante. Alors qu'elle parle de sa famille, le brun ne peut s'empêcher de revenir sur le sujet précédent. « Attends... tu croyais vraiment que je voulais profiter de toi ? » La pensée lui laisse un frisson glacé dans le dos. Alors qu'il se souvient des pleurs, de cette rue, de ces instants parfaits et imparfaits en même temps. Elle a donc tout oublié, tellement oublié qu'elle le croit capable du pire ? « Je disais ça parce que c'est la maison de ma mère. Et si tu me trouves bavard, tu n'as pas encore croisé ma mère. T'as juste eu de la chance qu'elle ne te raconte pas toute sa vie à ton réveil. C'est tout ce dont je parlais. » Il hausse les épaules et ajoute, les yeux très loin des siens. « T'étais en sécurité, désolé si t'en as douté. »

Et puis aussi vite que possible, le sujet est de nouveau changé. Il claque ses mains l'une dans l'autre et reprend le ton du jeu, du défi. Peut-être qu'il faut qu'il s'arrête à ça. Jouer aux échecs, manger un morceau et repartir. La réponse instinctive de la belle lui offre un sourire enfin plus grand alors qu'il oublie être l'oublié.

La remarque qui accompagne l'explication des règles le fait sourire. Une fois de plus, elle a compris de travers, à l'envers. « La Reine tire les ficelles, Nuna. Elle n'a pas besoin des paillettes, parce qu'elle est bien plus intelligente que le Roi. Sans elle, il n'est rien et il n'existe pas. Elle n'est pas son ombre mais plutôt sa lumière. C'est elle, la pièce maîtresse. Elle l'est tellement qu'elle a su se cacher des regards indiscrets. Seulement ceux qui seront assez malins, pourront voir son réel potentiel. »

Joueur, le brun lui laisse le début de partie. Alors qu'il passe plus de temps à observer les détails de la belle que sa stratégie de jeu, il se perd dans une question indiscrète, qui ne la déstabilise pas d'un sou. « J'sais pas. » Parce que tu es intéressante, plus intéressante que tous ces gens que je croise tout le temps. Parce que t'as cette étincelle qui est impossible à attraper. Captivante, enivrante, je pourrais t'écouter pendant des milliers d'années.

Le brun attrape un pion du bout des doigts et reste en suspend quelques instants. Nuna profite de cet instant pour lui mettre un coup de pression, ce qui ne manque pas de laisser un sourire sur les lèvres du marchand. Alors qu'il dépose enfin son pion sur l'échiquier, la remarque de la belle lui offre un sourire. Ses yeux noirs se relèvent pour observer sa hauteur, sa beauté, enjolivée par le soleil qui prend toute la place dans le ciel bleuté. « Si tu me casses le dos, Nuna, il faudra que tu t'expliques auprès de ma mère. » Un clin d’œil alors qu'il ajoute. « De toutes façons, la vieillesse n'a pas que du mauvais, tu l'apprendras quand tu auras l'âge d'être assez sage pour le comprendre. M'enfin, vu que ce n'est pas prêt d'arriver, continue donc de jouer ! »

Un sourire alors qu'il se redresse malgré tout par réflexe, prêt à la regarder jouer. À son tour de la déconcentrer, pas vrai ? « Peut-être que j'aurais dû parier quelque chose de plus intéressant. Par exemple... mhm... cette belle table. Qu'il dit, pointant du doigt cette dernière à leurs côtés. Vu que je suis sûr de gagner, mettre un peu de sport dans l'histoire. » Il frotte ses deux mains et ajoute, cette fois-ci un peu plus inquiet. « J'espère que personne ne t'a jamais fait de mal, Nuna. » Des mots beaucoup plus bas, peut-être même qu'elle n'entendra pas. Mais sa remarque sur cette fameuse soirée tourne en boucle dans sa tête. Comment avait-elle pu imaginer ça ? De lui ? En fait, il se foutait qu'elle imagine ça de lui, la question était de savoir pourquoi elle l'imaginait tout court. L'idée qu'un jour, quelqu'un ait pu lui faire du mal lui tord les entrailles et pendant une seconde, le brun doit prendre des teintes blanches tellement c'est à deux doigts de le rendre malade. « En tous cas, j't'en ferai pas. » Qu'il s'étrangle à dire, toujours en évitant son regard et tout contact plus ou moins direct avec elle. À défaut de changer le passé, on peut forger son futur, pas vrai ?
Nuna Cortez
DATE D'INSCRIPTION : 12/10/2018 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Murphy Cavendish MESSAGES : 2143 CELEBRITE : Zazie Beetz COPYRIGHT : Lux Aeterna (vava, sign, gifs) METIER/APTITUDES : Forgeronne et orfèvre (joaillière) TRIBU : Athna POINTS GAGNES : 270
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le Sam 5 Oct 2019 - 17:05


lonely day

Nuna Cortez & TC Jones


(6 mars 2119 / volière, réception d'une lettre de Makenna)


Qui aurait pu penser que de tous ceux qui fourmillaient au milieu du volcan, ce serait Tiçi qui parviendrait à la sortir de sa torpeur ? Car elle était ailleurs, Nuna, mais plus si loin d'ici. Il l'avait retrouvée et ramenée à une espèce de réalité proche de celle qu'ils avaient partagée cette fameuse nuit de fin d'été. Elle était plus confortable, cette réalité, parce qu'elle n'avait plus qu'à se soucier d'un seul regard, et que ce seul regard avait quelque chose d'un bienveillant qu'elle n'aurait jamais soupçonné au premier abord. Elle s'en voulait, de ne plus être qu'une vague ombre d'elle-même; mais c'était comme ça qu'il s'était habitué à elle et ce serait alors l'image qu'il aurait toujours d'elle. Il était une perte dans la liste de ceux qui pouvaient l'estimer. Elle le regrettait, mais il était des occasions, rares et maudites, comme celle-ci, où toute la volonté du monde ne suffisait pas à dresser les barrières de politesse et de tranquillité qu'on pouvait attendre d'elle. Elle ne voulait pas être un poids, même pour quelqu'un qu'elle connaissait à peine - et probablement justement parce qu'il demeurait quelqu'un qu'elle connaissait à peine, seulement au milieu d'une brume d'alcool et au cœur d'une nuit irréelle. Mais elle se sentait comme un poids, une responsabilité, un handicap, et c'était pour ça qu'elle offrait à Tiçi une porte de sortie. Il n'avait pas à supporter sa présence parce qu'elle ne supportait pas la solitude. Sa détresse ne la poussait pas encore à un tel égoïsme et s'il lui fallait faire face à sa lettre seule, maintenant, alors elle le ferait. Des coups elle en avait pris, et elle était toujours là. Une lettre n'était qu'une lettre, n'est-ce pas ?

Mais Tiçi, pour une raison qui lui demeurait obscure, lui avait reflété l'inquiétude comme un miroir. Il ne voulait pas la déranger et cette seule phrase montrait un grand écart avec l'homme qu'elle avait découvert pour la première fois avec une fêtarde un peu trop alcoolisée. Il lui suffisait de croiser son regard pendant qu'il disait ça pour qu'elle se rende compte qu'elle ne le comprenait décidément pas - pas autant que ce qu'elle avait été persuadée de reconnaître en lui la première fois, comme la démonstration d'un stéréotype d'un beau parleur qui obtenait tout à la sueur de ses mots aiguisés par la précision.

Une fois qu'elle eut passé le pas de sa porte, Nuna aurait été capable de tout oublier. La lettre et le poids de l'encre qu'elle portait, la promesse de terribles nouvelles qui semblait venir avec elle. Son cocon se présentait devant elle comme il se présentait toujours à elle, aussi chaleureux au visiteur qu'elle espérait l'être. Alors ici, si elle y mettait assez de conviction, elle pouvait oublier ce petit bout de papier qui l'attendait dans un coin. Elle pouvait reprendre son quotidien, presque, ou profiter de le rompre avec une présence inhabituelle. Elle comptait sur elle pour créer une parenthèse hors du temps, de quoi créer une bulle protectrice loin de ce sujet d'angoisse que représentait la nouvelle qui en attendant, n'existerait pas totalement. Ne pas savoir avait quelque chose d'angoissant car les deux chemins demeuraient ouverts; ne pas savoir avait quelque chose de rassurant car les deux chemins demeuraient ouverts. Alors on mangerait, on jouerait aux échecs et on parlerait; on rirait, on se provoquerait, on ironiserait, et on oublierait, au moins quelques minutes, au moins quelques heures. « J'espère que ça te plaira... » ne put s'empêcher de s'inquiéter Nuna d'avance, de retour à ses préoccupations habituelles pour quelques instants. Elle n'avait pas pensé que ce mouton cuisiné la veille serait goûté par quelqu'un d'autre qu'elle-même, et subitement elle réalisait que si elle avait fait les choses pour elle, alors elle ne les avait peut-être pas si bien faites.

Mais en s'installant sur son banc, Nuna oubliait aussi le repas à venir. Il y avait le jeu sous ses yeux et elle était joueuse; il y avait Tiçi en face d'elle et elle était taquine. Elle pouvait à nouveau sentir le souffle paisible et frais du vent de matinée venir picoter la peau tiède de son visage. C'était agréable, soudain, de laisser ses soucis s'envoler; si on les laissait faire, ils savaient si bien le faire. Lâcher du lest, ce n'était pas fermer les vannes; c'était s'autoriser une liberté nouvelle, au moins le temps de quelques instants, et c'était doux, et c'était salvateur. Et elle repensait à l'autre nuit, à ce qu'elle parvenait à en repêcher. C'était quelques souvenirs flous, ça et là, la sensation fantôme d'un mal de crâne au réveil. C'était une nuit bercée par les rayonnements lactés d'un monde qui ne les surplombait qu'une fois le soleil assoupi. C'était les bras réconfortants d'un drôle d'inconnu qui ne l'était pas tant, et puis c'était tout ce à quoi les souvenirs faisaient défaut, les questions qu'on emportait avec soi jusque dans les montagnes. Mais dans le présent c'était le quiproquos qui prenaient le relais, et Nuna se mordit la lèvre, réalisant qu'elle avait piqué là où ça faisait mal. Mais si ça faisait mal à l'un de le sous-entendre capable de ces choses-là, ça faisait du bien à l'autre de le constater. C'était l'art de la rhétorique, de la réplique acide, mais Nuna, si elle ressentait cette culpabilité de l'accusation mal placée, c'était parce qu'elle la savait injustifiée. La vanne se retournait contre elle et elle voulait disparaître. Mais ses excuses n'étaient pas tout à fait pour cet écart ; elles étaient pour d'autres maladresses, celles de cette nuit qui lui laissaient un goût doux-amer. Doux parce qu'il demeurait dans les souvenirs une forme d'affection naissante ; amer parce que les accompagnait la mélancolie de l'alcool triste. Alors quand Tiçi lui disait que ce n'était rien, Nuna ne parvenait pas à le croire. Il faisait partie des rares privilégiés à l'avoir endurée dans l'un de ses pires états. Il était l'un des seuls à avoir aperçu sa face cachée, loin des danses endiablées qui ponctuaient ses fêtes. Comment pouvait-il encore chercher sa compagnie ? Comment pouvait-il encore seulement l'accepter ? Elle sourit d'un petit sourire triste, peu convaincu par l'affirmation de l'homme. Ce n'était pas rien, non, ce n'était pas rien, et dans ses fossettes timides se lisaient de nouvelles excuses tues.

Mais il fallait savourer le soleil tant qu'il était là. Il fallait oublier les nuages lorsqu'ils étaient soufflés par le vent. Elle regardait le ciel, Nuna, et laissait le moment la traverser comme un sentiment. C'était savoureux, presque sucré, et le cœur était léger. Les boucles voletaient, caressaient le visage, et puis elle se sentait capable de gérer les pires des épreuves, y compris celle qui l'attendait à l'intérieur.

C'est une seule question qui brisa l'instant, et les traits de la brune se figèrent dans un mélange de gêne et de désolation. Elle était désolée, Nuna, qu'il puisse comprendre qu'elle pense ça. Elle le darda un instant de son regard foncé et fuyant. Elle se mordait encore les lèvres, à deux doigts de se mettre à se rogner les ongles. « N-non... » Elle cherchait des arguments mais ils ne lui venaient pas. Comment pouvait-elle justifier sa propre bêtise ? « Je disais ça sans le penser, désolée, c'était pas drôle... » Pas drôle du tout, et voilà une Nuna atterrée par sa propre maladresse et ce semblait tant peser sur le cœur de son interlocuteur. « Si j'avais pensé ça une seule seconde, je t'aurais pas proposé de venir chez moi, tu sais... » Et c'était sans doute ça la démonstration ultime. On ne cherchait pas la compagnie de quelqu'un dont on craignait les pires malveillances. « Si j'ai dormi dans ton lit de gamin, tu as dormi où, alors ? » La gêne venait à présent de la contrainte qu'elle avait été cette nuit-là. « Elle est comment, ta mère ? » La question n'avait rien de banalités ou de politesses. Elle fixait Tiçi, l'air triste, non sans penser à sa propre mère disparue. Qu'est-ce que ça pouvait faire, d'avoir une mère ? C'était une question qui demeurerait éternellement sans réponse. Peut-être pourrait-elle contribuer à la donner à ses propres enfants, un jour, mais en attendant il lui faudrait imaginer, inventer, et sa définition de la maternité ne dépendrait que de celles qu'on lui en donnerait.

Mais on ne pouvait pas remplacer l'angoisse par la mélancolie, et il y avait ce jeu qui ne demandait qu'à être taquiné. Les mains du Pikuni claquèrent en la ramenant à cette possibilité salvatrice d'évasion. Et les règles élémentaires étaient posées, comme pour achever de provoquer l'autre. La Reine ? Elle n'était qu'une assistante, jusqu'à ce que le Pikuni affirme le contraire. Un sourire discret se diffusa sur le visage de la forgeronne. « Tu dis ça parce que tu sais que c'est ce que j'ai envie d'entendre ? » Le ton était taquin mais le regard fixe, inquisiteur. Elle n'oubliait pas qu'elle avait à faire à un beau parleur. Elle n'oubliait pas qu'il jouait avec les mots comme elle jouait avec les métaux. Mais il y avait un autre jeu qui dominait, et c'était ce jeu qu'elle voulait dominer. Le cavalier avança de ses quelques cases réglementaires alors que la conversation continuait, mélange entre étrangeté et politesse. Si elle vivait seule ? Drôle de question que voilà. Elle vivait seule et entourée de tous ceux qu'elle laissait entrer dans son univers. C'était son équilibre et c'était son bonheur. « Les politesses te vont bien au teint... » Un sourire creusa sa fossette alors qu'elle guettait les gestes de l'homme aux abords de l'échiquier. Quand allait-il jouer ? Était-il si mauvais qu'il cherchait à gagner du temps dans l'espoir de construire une stratégie sur fond de panique ? C'est un pion qu'il attrapa et Nuna, silencieuse, avait froncé les sourcils en cherchant à prédire les prochains coups.

Le petit pion noir trouva sa place sur une case blanche et Nuna, inquiète des prochains tours, oublia presque aussitôt les taquineries qu'elle venait de lâcher. Elle leva la tête vers TC, surprise, lorsqu'il répliqua. « J'ai pas à justifier ta fragilité auprès de ta mère, dis donc » s'offusqua-t-elle à deux doigts de croiser les bras en boudant. « Oh non, je suis loin de la vieillesse moi... » Elle passa la main dans ses cheveux avec un petit sourire. Elle réajusta sa position pour montrer à quel point elle était confortablement installée sur son banc en fer forgé. « Hésite pas si ton dos a besoin de coussins, j'ai ça à l'intérieur. Je reçois régulièrement des personnes âgées. » Nuna avait repris la main, et ses prunelles scrutaient l'échiquier en espérant que son esprit parviendrait à prédire tous les risques possibles. Mais sa table ? Son regard se releva brusquement vers TC mais un sourire sûr éclaira son visage. « C'est un deal, mais rêve pas, tu l'auras pas. » Sa main se tendit vers l'un de ses fous pour s'en saisir, sans que son regard ne quitte le Pikuni. « Qu'est-ce que tu peux m'offrir d'aussi intéressant que ma table si je gagne ? Aie pas peur de me faire rêver, surtout si t'es convaincu que tu vas gagner. » Mais il était déjà passé à autre chose, bien loin d'ici. Les doigts autour du fou encore posé à sa place initiale, Nuna resta figée un instant, comme pour se répéter la phrase de TC, comme pour être sûre de ce qu'il disait. « Tu... t'as dit quoi ? » souffla-t-elle sans oser lever le regard vers lui. Le fou fila en diagonale sur quelques cases avant qu'enfin elle n'ose enfin observer son adversaire. Parce que son instinct lui soufflait la certitude d'avoir compris, Nuna répéta, encore une fois, que « je suis désolée pour tout... » Pour l'autre nuit; pour les souvenirs que tu en as, toi, encore; pour la fausse accusation maladroite de tout à l'heure; pour le besoin que j'ai de ta présence; pour toutes les bêtises que j'ai faites et dites; pour le brouillard noir dans lequel je t'entraîne aujourd'hui; pour la responsabilité que tu as eue de moi malgré toi... je suis désolée, toujours désolée d'être moi.
Theodore-Charles Jones
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le Dim 6 Oct 2019 - 19:13

C'est humain de jauger son interlocuteur constamment. Un code social bien plus vieux que tout ce dont on peut se souvenir, qui date d'avant la fin du monde, celui de s'adapter et rendre la situation la plus simple possible. On observe, on étudie et on se calque sur l'attitude de l'autre afin que l'équilibre reste toujours plus ou moins stable. Comme dans tout art, chacun y est sensible à sa manière. Tout le monde ne maîtrise pas ces choses de la même manière. TC, lui, est un maître en la matière. Alors qu'il constate le moindre comportement – même anodin, presque invisible, chez n'importe qui, il peut souvent prédire les interactions sociales qui vont venir. Le brun remarquait les mimiques, les soubresauts que les gens n'avaient même pas conscience de faire exister. Du moins, durant presque toutes ces années, ça avait été vrai. Mais l'on dit souvent qu'il faut une exception à la règle. Que pour valider quelque chose, le rendre concret, il faut qu'il soit confronté à ce qui ne le fait pas fonctionner. Et pour la première fois de sa vie, le marchand était confronté à son dysfonctionnement le plus pur, le plus entier. Nuna, l'athna qui cassait tout ce qu'il savait, bousillait tout son savoir et l'aveuglait tellement, qu'elle le rendait novice dans le seul art dont il connaissait tous les secrets. Alors qu'il tente tant bien que mal de maintenir l'équilibre fragile et incertain des interactions sociales avec celle qui a volé son âme, le brun sent sa poitrine se serrer. Chaque mot peut tout faire basculer. Là où il avait mis sur le dos de l'alcool les sensations exacerbées, il ne restait aujourd'hui plus d'excuse à part ces deux aimants opposés.

Une pirouette afin que tout ne s’effondre pas et Nuna qui réagit toujours dans cet imprévu, ce spectre affreusement inconnu. Sourire timide aux coins des lèvres alors que l'inquiétude se lit une fois de plus dans la réponse de l'hôte du jour. Si normalement, il aurait répondu qu'il était évident que ça lui plairait, il avait bien trop peur qu'elle s'imagine qu'il pouvait lui mentir pour lui faire plaisir. Et qu'ainsi, découle cette crainte éternelle que les mots du Pikunis ne soient jamais vrais, simplement là pour flatter. Ironie lorsque l'on sait qu'elle est la seule à qui il rêve de dire toute la vérité, rien que la vérité. Alors au lieu d'enchérir, il se contente de ce silence et de ce sourire. Ce regard qui cherche le sien, pour lui dire que tout ira bien sans avoir à le dire.

Mais Jones avait beau faire tout ce qu'il voulait pour limiter la casse, rien n'était si simple. Il aurait dû le savoir, pourtant. Rien n'était simple avec Nuna, depuis le premier regard, il y a une décennie de ça. Alors lorsque tout bascule et que le temps s'arrête, lorsqu'il voit la lumière passer dans l'ombre et qu'il se sent s'enfoncer, encore et encore, il ferme les yeux. Un seul instant et il est seul, sur ce banc, dans les ténèbres qui régissent sa vie et qui lui prennent la seule chose qu'il croyait avoir acquis. Sa respiration et son cœur qui bat comme seul témoin, les yeux à nouveau ouverts, il prétend une fois de plus que tout va bien. Ses pupilles brunes se fixent dans les yeux captivants de la belle brune et il se retient de passer une main sur ses lèvres pour qu'elle arrête de les mordre. Et une fois de plus, alors qu'il s'apprête à s'avouer vaincu, déçu et attristé, la belle change la donne et retourne le jeu. Un instant de doute alors que le soleil éclaire ses prunelles dans une lueur bercée de miel. L'aveu qui suit se veut rassurant et pourtant, les tripes du pikunis ne desserrent pas. A-t-elle vraiment confiance en lui ou le prétend-elle parce qu'elle a trop besoin de lui ? Était-il le moins pire dans cette situation ou voulait-elle vraiment de lui ? Pourtant, il cache ses doutes dans les ombres et lui sourit comme il le peut encore. Alors que la question qui suit lui offre un sourire un peu plus malicieux, qu'il se perd entre ce qu'il veut être et ce qu'il est vraiment. Qu'il n'a plus la moindre idée de quoi dire ni comment, il lui répond, relevant ses yeux dans les siens. « En voilà une question bien personnelle, vouloir savoir où je passe mes nuits. » Il ne peut pas s'en empêcher, c'est plus fort que lui. La question n'avait sans doute aucun sous-entendu et ne dépassait probablement pas le stade de la simple curiosité. Pourtant, pour TC, elle montrait de l'intérêt et ça, ça valait tous les coups qu'elle lui assénait. Parce qu'il avait passé dix ans à imaginer des conversations avec une inconnue idéalisé, passé une nuit à voir sa réalité dépasser tout ce que ses rêves pouvaient concocter, et qu'enfin, après tout ça, elle lui portait de l'intérêt.

Qu'importe si c'était pour une minute, une heure ou une nuit. Qu'importe que ce soit parfaitement éphémère et peut-être même un peu égoïste. Il s'en foutait. Parce que trop longtemps, il lui avait parlé sans que jamais elle ne lui réponde. C'est à la question d'après qu'il choisit de répondre. Parce qu'il aime sa mère et qu'à Nuna, il n'a pas envie de le cacher. Il se fout d'un pseudo masque d'homme fort et invincible, elle l'a déjà vu tomber. « Luana. Elle est... dans la lune. » Sourire un peu mélancolique alors qu'il s'empêche de laisser traverser ses inquiétudes. Sa mère n'a plus toute sa tête. Les fils s'usent et se rompent les uns après les autres et lui, impuissant, la voit devenir un simple semblant d'elle-même. Sa gorge se resserre et il reprend, tendrement. « Elle t'aimerait beaucoup, je crois. Elle est tendre et aimante. Au village, tout le monde l'adore. Elle s'occupe de tous ceux qui passent le pas de sa porte sans se préoccuper du reste. Même dans le pire des êtres, elle verra le bon. »

Même en moi, elle voit du bon.

Il dévie le regard et ravale les larmes de tout ce qu'il devrait lui dire mais qu'il est trop tard pour avouer. À quoi bon, de toutes façons, maintenant elle oublierait. Comme elle finirait par l'oublier. Lui, le fils imparfait, celui qui aurait dû être autrement. Il aurait dû s'excuser. Mais c'est trop tard pour revenir en arrière et le mal est fait. Alors il claque entre ses mains et se ramène lui-même à la réalité, face à ce jeu, à cette Nuna qui l'enfonce chaque instant un peu plus dans les méandres de son crâne malade. Alors que le débat sur la Reine fait rage, la belle athna lui laisse une fois de plus penser qu'elle mesure ses mots comme si chacun d'entre eux pouvait l'envenimer. Sourire en coin, ne pouvant être quelqu'un d'autre que lui, il lui répond, les yeux droits dans les siens. « Peut-être bien. »

La partie se lance lentement et autour d'eux, une bulle invisible se crée. Quelque chose que le brun n'a pas l'habitude de connaître. Lui qui est constamment seul au milieu du reste, pour la première fois de toute son existence, il a bel et bien le sentiment qu'ils sont deux, en cet instant. Les premiers mouvements se font. Le cavalier traverse les cases et le pion s'installe sur le damier. Alors que le tout s'installe, la dynamique bizarre entre les joueurs ne trouve aucun équilibre. C'est comme une mer que l'on croit enfin calme, un orage que l'on croit enfin loin. Chaque fois qu'ils reprennent leur souffle et semblent accorder leurs violons, un nouveau coup de tonnerre fait rage dans le ciel. Un coup dans l'ombre, l'autre dans la lumière. Un coup des sourires, de l'autre des larmes qui ne coulent plus. L'extrême qui les baladent et les cognent constamment alors qu'ils ne savent plus comment s'arrêter. La taquinerie prend le dessus et alors qu'elle affirme qu'elle n'aura pas à se justifier auprès de sa mère s'il y perd son dos, il commente, naturellement. « Mouais, on verra ça avec l'intéressée... » Et la belle enchérit une fois de plus, appuyant un peu plus sur la différence d'âge et l'éloignant au plus d'elle qu'elle peut. Sourire un peu plus grand alors qu'il claque sa langue contre son palais et lui répond, les yeux dans les siens. « Tu t'inquiètes beaucoup de mon bien être pour quelqu'un qui a tendance à m'oublier. » Le jeu continue, tant entre eux que sur l'échiquier et le brun s'attarde sur le paysage, tant pour déconcentrer la belle que pour la centrer sur lui. Paradoxe constant qui vit entre les deux âmes qui ne savent pas vraiment co-exister. À sa plus grande surprise, la belle accepte le deal sans sourciller alors qu'il paraît évident que ni l'un ni l'autre ne peuvent affirmer gagner. Une fois de plus, l'éclair brise le calme qui s'installait et alors que le brun cherche la logique en observant les doigts fins se saisir du fou, elle lui demande une réflexion qui l'amène à sourire. « Je ne sais pas, je ne sais pas faire quoique ce soit d'équivalent de mes dix doigts. » Qu'il répond sans trop hésiter alors qu'il l'observe jouer en continuant. « Mais si le deal se joue sur la valeur sentimentale, alors je peux te proposer ceci. » D'un geste fin, il retire un collier parfaitement caché sous ses vêtements. Une chaine simple et banale, au bout de cette dernière, un anneau un peu grossier, simple. À vue d’œil, l'objet ne semble pas avoir trop de valeur et pourtant, elle est inestimable aux yeux du Pikuni. Preuve étant : il n'a jamais tenté de le vendre ou de l'échanger.

D'ailleurs, à quoi il joue ? Ce qu'il dépose sur la table est la seule chose qui le rattache à son défunt père et même sa mère n'est pas au courant qu'il l'a en sa possession. Cet anneau, stupide et mal foutu, tendu par ce père déçu de ce fils qui n'aura pas l'avenir qu'il aurait voulu. TC était tellement jeune la première fois que Bren l'a amené faire le tour du monde, la première fois que tous les doutes des parents Jones sont devenus réalité. Le beau parleur ne serait jamais guerrier. Alors lorsque son père l'avait pris à part, le matin du départ, sorti du lit pour lui parler, le brun s'attendait à tout sauf à ça. Anneau posé dans sa paume, il lui raconte que c'est celui que portait son meilleur ami, mort pendant la guerre il y a trop d'années. Il lui tend, comme un pardon ultime. Tu ne seras pas guerrier mon fils, mais tu seras le meilleur dans ce que tu fais. Jamais il n'en avait parlé, même Bren n'avait jamais trop su le fin mot de l'histoire. Et aujourd'hui, face à une inconnue, il laissait la seule preuve que son père l'avait accepté en jeu. Comme si ce n'était rien, comme si ça ne changeait rien.

Stupide parieur.

La pression sur sa gorge se resserre alors qu'il lui dit simplement « C'est ce que j'ai de plus précieux. » Sur un ton plus froid qu'il ne l'aurait voulu. Ton qui cache lamentablement la misère que renferme tout ce qui n'est pas dit. Et puis, sans doute parce qu'il vient de s'enfoncer un peu plus un poignard dans le cœur, laissant l'orage l'emporter un peu plus, il change de ton et revient sur les propos dits plus tôt. Avec toutes ces années de marchandage, TC avait vu des choses plus horribles les unes que les autres. Il avait vu des âmes brisées, des yeux vidés. Il avait vu des hommes qui tenaient debout sans avoir plus une force qui les traversait. Des morts vivants, et des vivants bien trop morts. Aussi, l'idée qu'on ait pu faire du mal à celle qui le hantait lui glaçait le sang mais n'avait rien d'impossible. La pièce de jeu touche enfin de nouveau le plateau, claquant sur sa nouvelle place et le brun se racle la gorge pour se donner un peu de contenance alors qu'il attrape l'une de ses tours du bout des doigts. Prêt à continuer en silence, voulant laisser à la tempête l'occasion de se calmer au moins un peu, c'est la voix de Nuna qui souffle tout. Ouragan encore plus violent que tous les précédents, les mots qui traversent ses lèvres le font instinctivement lever les yeux pour trouver les siens. Son cerveau cherche à savoir s'il a bien compris alors qu'il joue avec la pièce entre ses doigts. Elle le paume, seul, face à elle, si proche et si loin. Il a mal, quand il la regarde avec tout ce qu'il voudrait lui dire mais qu'il est pas foutu de sortir. Alors il tend son autre main et attrape la sienne. Sans réfléchir aux conséquences. Au milieu des ténèbres, il la veut elle. Il laisse son pouce se glisser dans sa paume alors que ses autres doigts caressent le dos de sa main avec une tendresse qu'il n'a que pour elle. « Hey. » Qu'il murmure en la regardant toujours dans ses yeux bercés par les traits du soleil. « T'excuse jamais pour rien. » Pas avec moi, en tous cas. Qu'il continue pas.

Puis il se rend compte de son geste, de cette incapacité qu'il a à rester loin d'elle. Alors il relâche sa main et dépose la tour sur le plateau tout en évitant son regard au plus qu'il peut. Son cœur bat jusque dans ses oreilles alors qu'il lui dit, pour éviter qu'elle soit mal à l'aise. Elle qui a sans doute mieux que lui, partout, tout le temps, surtout pour tenir sa main entre ses doigts, pour fixer ses yeux comme ça. « C'était à mon père, l'anneau. » Changement de sujet direct et sans aucun avertissement. « Il me l'a filé avant que je parte pour mon premier tour du monde, y a tellement d'années que t'étais à peine née. » Sourire maladroit alors qu'il avoue un des plus grands secrets de sa vie pour s'éviter d'avoir à la regarder, à être rejeté. « T'aurais bien aimé mon père, je crois. » Qu'il s'aventure sans trop savoir pourquoi. « Lui aussi, il pensait qu'il fallait être stupide pour tomber sous mon charme. »

Et enfin il croise à nouveau son regard. Parce que ça, c'est une évidence. Elle est bien loin d'être assez bête pour s'intéresser à lui. Malgré les ouragans et les tempêtes, malgré toutes les incertitudes qui les entourent, ça, il ne pouvait qu'en être absolument sûr.
Nuna Cortez
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le Lun 14 Oct 2019 - 2:28


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Nuna Cortez & TC Jones


(6 mars 2119 / volière, réception d'une lettre de Makenna)


Sans qu'elle comprenne comment, il avait réussi à la sortir de sa bulle de torpeur. C'était temporaire et tout finirait par s'écrouler sur ses épaules à nouveau ; ce serait encore plus lourd et douloureux pour chaque minute de répit qu'elle était en train de gagner, mais elle en avait besoin. Chaque seconde passée sans que son cœur s'emballe d'inquiétude et d'angoisse était une seconde bénie. Elle ne voulait pas réfléchir à ce qui les faisait s'évanouir avec tant d'efficacité ; elle avait laissé la lettre maudite au milieu de ses coussins, sur sa banquette, et elle n'y reviendrait que lorsqu'elle serait prête à l'affronter. Ce serait peut-être dans quelques minutes, peut-être dans quelques heures. Ce serait peut-être seulement dans quelques jours, lorsque l'attente aurait fini par achever ses angoisses. Elle serait tiraillée entre le besoin de savoir et celui d'ignorer, elle le savait déjà. Mais en attendant, un peu de répit, juste un peu de répit, et tant pis si elle le volait au raisonnable. Car le raisonnable aurait été de mettre fin à la torture dès maintenant. Mais quand elle saurait ce qu'enfermait cette lettre, il serait trop tard. Ne pas savoir portait le goût rassurant de ce qui n'était pas encore tout à fait. Alors on le chopait, le répit, même s'il venait sous une des formes les plus inattendues. Peut-être était-ce le destin qui avait mis Tiçi sur sa route ce jour-là - peut-être était-ce simplement le hasard, peu importait. Il semblait capable de sentir sa détresse pour rappliquer, et si Nuna aurait été capable de penser qu'il s'en délectait, elle devait bien admettre que ça semblait loin d'être le cas. A l'opposé de toute l'idée qu'elle s'était faite de lui lors de leur première rencontre, il lui apportait en cet instant ce qu'il avait su lui apporter lors de cette nuit étrange où, happée par l'alcool et la frénésie de la fête, elle s'était laissée assommée par une détresse tue depuis longtemps. Il y avait à ses côtés un confort étrange, réalisait-elle à peine en installant le jeu. Elle ne parvenait plus à saisir l'essence de l'homme mais elle prenait bien volontiers ce qu'il lui offrait, parce qu'il était l'une des seules personnes capables de n'offrir que sa présence sans jugement. De là à dire qu'il était présent pour le plaisir il y avait un gouffre, et Nuna peinait à y croire. Il y avait sûrement une forme de pitié, ou au moins de compassion - ce n'était pas si mal, de la compassion, mais ce n'était pas ce qu'on recherchait chez quelqu'un qui vous sortait des abysses de la peur.

Elle prendrait tout ce qu'il pouvait lui donner aujourd'hui, pourtant, et même si elle le tairait éternellement, elle lui était profondément reconnaissante de sa présence et de la capacité qu'il avait à la faire penser à autre chose que ce misérable morceau de papier qui attendait à l'intérieur. Tiçi était un défi à part entière, il titillait son intellect avec une dextérité qui parvenait à l'amener loin, bien loin de tout le reste. C'était étrange comme elle se laissait berner ; elle était probablement aussi naïve que la femme qu'il avait essayé de mettre dans son lit cette nuit-là - probablement aussi naïve que toutes celles qu'il devait parvenir à mettre dans son lit. Elle n'était qu'une victime parmi toutes les autres victimes que ses beaux discours faisaient, mais elle n'y pouvait rien : il savait définitivement appuyer là où ça faisait mal et ses réactions étaient volcaniques. Elle était bernée mais c'était un piège qui se refermait avec un douceur que Nuna ne parvenait pas à refuser; pas la dernière nuit, pas aujourd'hui.

Et il gagnait toujours, parce qu'elle était confuse, parce que pour une raison qui lui demeurait obscure, elle ne voulait pas éborgner la pourtant déjà bien piètre image qu'il devait avoir d'elle. Elle avait déjà bien des imperfections, il était inutile de rajouter au terrain fertile de tout ce qui lui faisait déjà tort. Elle ne pouvait pas à la fois être une mauvaise Athna et une mauvaise humaine. Si on lui arrachait sa part d'humanité, alors elle n'était plus rien, et plus rien ce n'était pas grand chose. Alors quand il se défendit d'une question trop personnelle, Nuna fut confuse quelques secondes de plus avant de froncer les sourcils : cette fois, elle ne se laissait pas berner - pas à tous les coups, quand même. « C'est la réponse détournée de celui qui était dans le lit d'une fille, ça. » Et elle s'accrochait à cette idée sans trop savoir pourquoi ; ça correspondait à toute l'image qu'elle s'était dressée de lui et c'était simple, tellement plus simple de l'imaginer glisser encore dans ce costume de tombeur désensibilisé. « Tu vas peut-être finir par tomber sur la bonne, un jour. Tic tac, dépêche-toi, tu prends de l'âge, tu perds du temps. » Elle haussa les épaules, prétextant l'indifférence, mais fière comme un paon, persuadée de lui avoir asséné un coup fatal. Tel était pris qui croyait prendre, non ?

Mais quand on parlait de la mère de Tiçi, Nuna était curieuse, curieuse d'une curiosité sincère, de celle qui venait du cœur. C'était irrationnel, cette propension qu'elle avait eue à l'imaginer mari et père, mais aussi difficilement fils. Mais que savait-elle de lui, de tout ce qui faisait son quotidien quand elle n'était pas là pour pleurer au cœur des nuits alcoolisées ? Elle en savait un tout petit plus, maintenant, et il parlait de sa mère avec un tendresse qui lui serra le cœur. « Dans la lune ? » répéta-t-elle comme une question, en fronçant les sourcils. « Pourquoi tu le fais sonner si mal, d'être dans la lune ? » Elle le fixait, le scrutait, inquiète pour une femme qu'elle ne connaissait, pour un homme qu'elle connaissait à peine. Mais l'affection dans le regard de Tiçi quand il parlait de sa mère n'avait pas été éclipsée par cette drôle de chose qu'elle ne savait pas déterminer. Elle l'apprécierait, disait-il - et puis dans un frisson étrange, Nuna eut l'impression que cette brève discrétion était de celles qui lui collaient à la peau, ici et ailleurs, mais qu'ici, ça n'était pas si bien vu que ça. « Je crois aussi que je m'entendrais bien avec elle... » C'était d'une petite voix qu'elle lui avait répondu, consciente de toucher une corde sensible, incapable lorsque l'on parlait de la famille d'attaquer de front. Celle qui s'appelait Luana venait offrir au duo une accalmie étrange et bercée d'un respect tendre que Nuna ne pouvait expliquer que l'image qu'elle se projetait de la femme qu'elle ne connaissait pas. Elle ne savait même pas ce que ça pouvait faire, d'avoir une mère. D'avoir une figure féminine en grandissant. Elle ne pouvait même pas prétendre que ça lui avait manqué pendant ses jeunes années et sa construction; elle ne pouvait pas prétendre que sa mère lui manquait. Elle avait perdu sa mère assez tôt pour ne pas porter si lourd le poids de sa disparition. Au lieu de ça, elle l'avait porté par procuration, avec un père éternellement endeuillé de la femme qu'il avait tant aimée et qu'il aimerait jusqu'à être rendu, lui aussi, un jour, à leurs montagnes natales.

Le regard de Tiçi n'était plus dardé sur elle et Nuna lisait dans ce simple fait bien plus que ce qu'il avait osé dire. Sa voix ne parvenait même plus à s'élever entre eux, parce qu'elle avait peur de cette maladresse qui pouvait blesser en quelques instants seulement.

Mais le moment de flottement fut furtif, et bientôt il replanta son regard dans le sien avec rudesse et détermination pour lui répondre. « Jle savais... » souffla-t-elle d'un air satisfait. « Je sais tout ce qui se passe dans ta tête. » La vantardise n'était pas de ses défauts, mais Tiçi éveillait ce besoin presque viscéral d'avoir raison et de l'afficher à la face du monde - ou à sa face à lui, c'était le plus important. « Tu m'auras pas comme les autres, jvois clair dans ton jeu. » Le nez en l'air, elle le jaugeait d'un air fier, un petit sourire en coin.

Le jeu suivait son cours sur l'échiquier et hors de l'échiquier. Deux batailles se menaient de front, et Nuna comptait bien ressortir victorieuse des deux. Malgré lui, Tiçi l'autorisait à cette compétitivité qu'elle faisait taire auprès de tous ceux dont elle craignait l'opinion ou auprès de qui elle redoutait d'exister un peu trop fort. « Mais à ton âge, tu devrais être un grand garçon capable d'assumer ses conneries, non ? » Le nez froncé avec un petit sourire, Nuna prenait un malin plaisir à l'infantiliser. « Oh », fit-elle en fendant l'air d'une main modeste, provocatrice, « t'as pas encore compris ? Je m'inquiète du bien-être de n'importe qui. J'ai déjà prodigué des premiers soins à un escargot. » Si c'était vrai ? Tiçi ne le saurait jamais. C'était son secret à elle - et celui de son père, aussi, qui l'avait retrouvée, petite fille en larmes, toute désolée d'avoir brusqué un escargot sur le pas de leur porte. Le pauvre gastéropode ne s'en était pas sorti malgré la bonne volonté de la fillette et de son père, et il s'agissait de l'un des traumatismes les plus anciens qui étaient restés ancrés dans sa mémoire. Il faisait probablement partie de ce qui l'avait forgée telle qu'elle était maintenant, sensible à la détresse de ceux qui étaient abandonnés à une forme de solitude insoutenable.

Sur le plateau, le jeu continuait. Mais Nuna peinait à se concentrer sur la bataille qui s'y menait, un peu trop préoccupée par ce qui se tramait entre les deux leaders des armées de pièces de bois. Et comme si la simple promesse de la victoire n'était pas suffisante, Tiçi ajouta la motivation d'un pari. Nuna, elle, ne se démonta pas : persuadée au plus profond de sa chair qu'il lui était impossible de perdre, elle accepta sans broncher de laisser sa table au Pikuni si, par miracle, c'était lui qui l'emportait. Elle ne verrait donc pas sa table partir. Mais elle, que pouvait-elle y gagner ? Elle avait le droit d'attendre quelque chose à son tour, maintenant. Et il ne savait rien faire de tel que cette table de ses dix doigts, disait-il sous le sourcil arqué de la brune, qui se demandait s'il était en train d'attaquer ses premiers travaux de forgeronne. Elle réalisait subitement que sa petite table, si elle devait partir aujourd'hui, lui manquerait. Pas parce qu'elle portait ses infusions depuis des années dans les moments de douceur qu'elle s'octroyait sur sa petite terrasse, mais parce qu'elle était l'un des premiers objets qui avaient su éveiller une pointe de fierté chez elle. Des années plus tard, elle la regardait avec la tendresse de celle qui avait accumulé à la fois l'expérience de l’orfèvrerie et une bienveillance pour la jeune fille qu'elle avait été.

N'aurait-il donc rien, lui, à lui proposer ? Son air un peu trop sévère disparut en une seconde lorsque délicatement, il tira sur une chaîne cachée sous ses vêtements pour l'ôter et lui montrer ce qu'elle portait. On ne cachait rien qui n'avait pas de valeur. Cette anneau semblait porter toute les valeurs auxquelles il s'accrochait. Nuna tendit doucement les doigts vers le bijou pour l'observer, mais ce qui s'en lisait ne se se lisait pas avec les yeux. La chaîne trouva vite sa place sur la table en fer, l'adversaire mise en jeu. « Je sais » se contenta-t-elle de répondre simplement sans polémiquer. Elle le savait, que c'était ce qu'il avait de plus précieux. Le bijou était entouré d'une multitude de cercles de mystères, mais il y en avait bien un qui avait déjà éclaté sous ses yeux : il mettait en jeu l'une des choses les plus précieuses qu'il possédait. Et d'un coup, le cœur de Nuna se serrait à l'idée de le lui prendre. Et d'un coup, Nuna n'était plus très sûre de vouloir gagner. « T'es sûr que c'est ce que tu veux mettre en jeu ? Parce que je vais gagner, tu sais. » Elle maintenait la promesse avec un petit sourire en coin, pour essayer d'occulter la fraîcheur qui avait envahi les traits de son interlocuteur.

Mais ce n'était plus vraiment le temps des taquineries et des provocations. Nuna n'était plus trop sûre de comprendre ce qu'il disait, en face, et elle était dos au mur, confrontée à tout ce qu'elle avait fait si mal avec un homme qu'elle connaissait pourtant si peu. Elle était désolée, incroyablement désolée d'être une inconnue pour elle-même lorsqu'elle était avec lui. Comment pouvait-il chercher sa présence ? Les doigts ne titillaient plus vraiment les pièces qui jouaient pour les possessions ; ils se trouvaient dans un élan presque tendre qui ne fut pas sans faire sursauter la brune. Elle n'arrivait plus vraiment à comprendre, avec Tiçi. C'était le feu déterminé de la provocation et puis c'était le feu doux de la consolation. C'était toujours le feu, et le feu l'intimidait. Elle n'osait plus lever son regard vers lui mais ses lèvres entrouvertes laissaient s'échapper un halètement ému. « Je... je suis désolée » répondit-elle comme l'ultime réponse réflexe qui lui venait toujours. Ses doigts un peu tremblants cherchaient à resserrer leur étreinte autour de ceux qui les avaient trouvés.

Le contact fut rompu violemment, la laissant bêtement la main en l'air pendant quelques secondes. Ses prunelles s'étaient perdues sur le plateau, là où une tour venait de tracer sa première route de la partie, sans qu'elle ne la voie vraiment. « J'aimerais bien toute ta famille, on dirait... » Elle tentait de retrouver un sourire mais n'y parvenait. Il parlait de son père au passé, comme elle parlait de sa mère au passé. Il parlait du monde et d'en faire le tour, aussi, et toutes ses envies de le voir la submergèrent un instant. Il aurait probablement des dizaines d'aventures à lui conter, si elle s'autorisait à croire ce qui sortait de sa bouche. « Je suis désolée pour toutes les femmes que tu viens d'appeler stupides... » souffla-t-elle en attrapant l'une de ses tours, tentant de reprendre le contrôle de ce qui se disait et surtout, de ce qui se passait dans son cœur et dans son esprit. Était-elle stupide ? « Je suis désolée pour ton père, aussi... » Peut-être qu'avec sa mère, ils les observaient de là où ils étaient, commentant chacune de leurs répliques verbales et chacune de leurs répliques de jeu. « C'est un beau bijou, tu sais. Et c'est pas l'orfèvre qui parle... » Savait-il seulement qu'elle était forgeronne et orfèvre ? La tour s'arrêta sur une case blanche. « Ce qui rend un objet si beau, c'est pas sa matière ou sa valeur marchande. C'est l'histoire et l'âme qu'il porte. Ton anneau, tu le protèges comme si t'y tenais plus que ta vie. C'est ça qui le rend précieux. » Nuna osa enfin lever son regard vers lui et elle se perdit dans le sien quelques instants. « Comme je vais gagner, je t'autorise à venir le voir de temps en temps. Je t'offrirai une tisane et tu pourras vérifier que j'en prends bien soin. » Ce serait le seul anneau qu'elle ne fondrait jamais, car on ne pouvait rendre plus parfait un bijou qui était aussi défendu et aussi aimé. A cette histoire-là, Nuna croyait sans détours.
Theodore-Charles Jones
DATE D'INSCRIPTION : 16/09/2018 PSEUDO/PRENOM : Totoro's Child. MULTICOMPTES : Wyatt Sheperd MESSAGES : 448 CELEBRITE : Dominic Cooper COPYRIGHT : schizophrenic - excelsior ; deadpool 2. METIER/APTITUDES : Marchand - Orientation, Diplomate. TRIBU : Pikuni. POINTS GAGNES : 340
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le Mar 15 Oct 2019 - 18:08

Les expressions des gens sont un livre ouvert. Chaque haussement de sourcil, chaque micro sourire, chaque pupille qui se dilate, narine qui s'écarte. Une main qui passe dans les cheveux, un souffle un peu plus court ou un peu plus long, il y a une signification à tout. Mettez quelqu'un qui connaît le langage du corps face à vous et vous n'aurez aucun secret pour lui. Impossible de lui mentir, de lui cacher tout ce qui se trame et que vous pensez dissimuler. TC était ce genre de gens, de ceux qui avaient passé son enfance à étudier les uns et les autres pour mieux les comprendre. Milo lui avait appris toutes les expressions de frustration et de colère, sa mère toutes celles de déception et de tendresse avec une part de tristesse dans l'air. Tout le monde, sur les routes, les premières années, lui avait appris les secrets de l'humanité. Enfant invisible aux côtés d'un marchand déjà bien accepté, il avait eu tout le loisir d'apprendre sans se faire remarquer. Des années d'invisibilité bien utiles puisque aujourd'hui, il pouvait jouer de son savoir sans sourciller. Du moins, c'était le cas avant Nuna. Avant une femme si forte qu'elle lui avait retourné l'âme et le crâne. Tellement retourné qu'il n'avait aucun repère, complètement dans le brouillard, à faire des erreurs constamment. Peut-être que c'est parce qu'elle n'est pas comme tous les autres, ou alors c'est parce qu'il ne veut pas la traiter comme tous ces autres. C'est une question qui n'aura sans doute jamais de réponse tout en subissant ses conséquences. Des blessures, violentes et constantes. Des doutes, des battements de cœur loupés, des sourires maladroits et un peu triste. Un truc bizarre et instable. Un truc trop profond et humain pour celui qui maîtrise la moindre de ses relations humaines.

Mais il reste quand-même quelques trucs qui ne changent pas. Des trucs qui ne trompent pas. Lorsque la belle fronce les sourcils, TC, lui, il sourit. Parce que sa remarque l'a tiquée et qu'il le sait. Alors qu'elle lui rétorque une hypothèse, voulant forcer une réponse là où il avait collé un mystère, il sourit bêtement à ses mots. Parce qu'elle insiste un peu trop sur sa vie sentimentale et que même s'il n'a aucun espoir de l'approcher plus qu'il ne le fait, ça le rassure de savoir qu'elle ne l'oublie plus et encore mieux, qu'elle lui porte un peu d'intérêt. Peut-être n'était-il pas si oubliable après tout, peut-être que cette fameuse nuit d'ivresse l'avait un peu touchée elle aussi. Alors qu'elle continue, lui parle de la bonne tout en lui glissant une énième remarque sur son âge, il lui sourit, glisse une fois de plus ses yeux dans les siens et ajoute, de ce ton plein de mystère, de vérité qu'on ne veut pas avouer. « Et si je l'avais déjà rencontrée ? Elle n'a peut-être juste pas encore conscience de ça. » Ses pupilles cherchent les siennes, semer le doute, juste suffisamment pour que ça la perturbe, tandis que lui, n'ose pas croire à tout ça. Ça fait des années qu'il n'y croit plus. Ni en l'amour, ni en le fait qu'un jour elle le verra.

Le sujet se détourne tendrement sur la belle Luana et son crâne rempli de dentelle parsemée. Le charmeur perd tout son ton joueur et rempli de malice. Il n'y a que des souvenirs un peu tristes et un cœur serré alors qu'il parle de cette mère qu'il se tue à essayer de mettre de côté. Et une fois de plus, il perd tout ce qui le rend maître des conversations, il perd tout ce qui lui évite d'être faible face à quiconque. Nuna le rend trop humain et une fois de plus, elle enfonce ses doigts droit dans son cœur qui saigne sans jamais s'arrêter. Alors il baisse les bras, pour quelques instants. Il cherche pas à faire des pirouettes pour s'en sortir. Sans savoir si c'est parce que sa mère envahit trop son crâne ou parce que Nuna touche trop son cœur. On s'en fout, de toutes façons, l'issue est la même. Alors il sourit tristement, détourne les yeux des siens, se donne du courage en fixant le jeu qui n'avance que trop peu entre eux. « Parce que sa lune n'est pas la même que la tienne. » Qu'il commence tout simplement avant de rajouter, à demi-mots, parce que c'est la première fois qu'il le dit si franchement. C'était l'avantage d'être dans un village où tout le monde la connaissait, les pertes de mémoire de sa mère, la tristesse et la vieillesse de la mère Jones n'étaient un secret pour personne. Pas besoin d'affronter la vérité en face, pas si durement du moins. Des courbettes détournées et tout le monde savait de quoi ils parlaient. Mais ce n'était pas le cas de Nuna, qui n'avait fait que croiser la femme de loin, sans même avoir idée de qui elle était. « La sienne, elle a des trous qui ne se rebouchent plus. » Sa voix s'étrangle et il passe une main dans ses cheveux avant de ravaler toutes les images qui le brisent chaque fois qu'il est en compagnie de sa mère et faire une fois de plus comme si de rien n'était.

La forgeronne l'appuie alors qu'il dit qu'elles s'entendraient bien et l'attention le fait sourire. Les deux seules femmes qui occupent ses pensées qui s'entendraient, c'est sans doute le plus doux qu'il peut imaginer. Même si tout était très compliqué, tant d'un côté que de l'autre, il se demande s'il ne ferait pas mieux de les présenter et se sortir de l'équation. Persuadé que Nuna ferait un bien fou au cerveau qui s'abîme de sa mère, convaincu que sa mère ferait du bien à la confiance en miettes de l'athna à ses côtés. Un duo qui pouvait se tirer vers le haut, si on le sortait de tout ça. C'était le secret de la plupart des bonnes relations, de toutes façons : qu'il ne soit pas au milieu. La réflexion se glisse dans un coin de sa tête alors que la simple idée de renoncer à Nuna lui tord le ventre, même si c'est pour son bien. Peut-être qu'il sera moins égoïste après cette journée volée à la vie, peut-être qu'il arrivera enfin à tirer un trait sur quelque chose qu'il n'aurait même jamais dû espérer. Le temps n'ose plus trop vivre entre eux, il soupire à la tristesse et l'incapacité de communiquer des deux joueurs. Mais heureusement, en même temps que le vent s'élève une seconde, le pikuni reprend contenance et attaque une fois de plus sur un terrain qui semble bien moins douloureux. La réponse de l'athna lui offre un sourire un peu plus sincère, efface l'inquiétude de ses traits tandis qu'elle prétend, le menton relevé, les yeux plein de malice, savoir tout ce qui se passe dans le crâne de son aîné. Il ne peut qu'étouffer son rire. Bouche fermée, joues gonflées. Main qui se plaque directement sur ses lèvres qu'il finit par pincer. « Pardon, excuse-moi. » Qu'il lui lance plus fier qu'elle encore. « C'est pas que je voulais me moquer, c'est juste que... » Et puis le jeu reprend comme si de rien n'était, comme si tout n'était pas plus que ce qu'il admettait. « … Si tu savais ce qui se passe dans ma tête, crois-moi, Nuna, on ne serait pas en train d'avoir cette conversation. » Charmeur, mystérieux et stupide. Il joue dans le doute et lui offre un regard suffisamment insistant pour que ses mots sèment le doute sur ce qu'il veut dire, ce qu'il peut vouloir dire.

Et puis l'échiquier sous leurs doigts avance aussi doucement et prudemment qu'eux deux. Le jeu est bien trop sérieux pour les enjeux. Incapable de cacher que la taquinerie de Nuna lui plaît tout particulièrement, il ne peut s'empêcher de sourire alors qu'elle en rajoute une couche. Fier de voir qu'elle est loin des larmes et du moindre doute qui la caractérise dès qu'il l'approche, il profite du moment de répit pour continuer sur cette lancée. « Je n'en doute pas une seule seconde. » Qu'il lui répond très franchement, capable d'imaginer la scène sans trop de difficulté. « Ceci dit, je suis persuadé que contrairement à moi, tu n'as pas lancé un regard noir à l'escargot comme première rencontre. » Volontairement, il ressort ce passé, flou et oublié pour elle, gravé à tout jamais pour lui. « Parce que tu ne t'en souviens peut-être pas mais ce soir là, tu voulais tout sauf mon bien. » Qu'il lui dit, croisant les bras devant lui, le menton relevé dans un faux-air de bouderie. « Donc tu peux t'imaginer ma surprise quand je vois que finalement, tu fais autre chose que me fusiller du regard... » Détournant volontairement le regard sur le jeu, il observe une fois de plus les pièces alors que les enjeux montent d'un cran entre les joueurs. Sortant la chaîne cachée, l'anneau précieux et préservé depuis toutes ces années, il ne peut que fixer les doigts de la belle qui frôlent le bijou. Le bruit des chaînes qui se posent contre le fer rend la chose réelle. Était-il vraiment en train de parier la seule chose matérielle à laquelle il tenait ? Oui, et en plus, il le faisait sans même hésiter. Nuna lui retournait décidément l'âme plus qu'il ne le voulait. La question de la belle le fit d'ailleurs sourire. Là où elle lui demande s'il est sûr de vouloir prendre un risque aussi grand, il lui répond « Sûr et certain. » Qu'il affirme sans aucune hésitation, là où il aurait sans doute dû lui dire que de toutes façons, elle méritait cet anneau plus que lui.

Comme un énième coup, le vent tourne entre eux une fois de plus et Nuna brise le cœur du marchand à se faire autant de mal juste en remettant constamment en cause sa légitimité, son droit d'être elle-même alors qu'elle est la plus belle chose qu'il a jamais rencontrée. Et il a ce réflexe débile et impossible à contrôler, celui de toucher ses doigts, attraper sa main et chercher son contact pour s'en imprégner, chercher à la rassurer alors qu'il est la source de ses problèmes à n'en pas douter. Alors qu'elle s'excuse une fois de plus et qu'il resserre une dernière fois sa prise contre ses doigts, des flashbacks de cette soirée lui reviennent. Nuna en pleurs dans ses bras, sa peau, son odeur, ses larmes qui s'écrasent les unes après les autres contre son cœur.

Alors il lâche tout avant de se perdre une fois de plus dans les yeux de celle qui fait chavirer son cœur. Cherchant à reprendre le contrôle comme il peut, il retrouve les mots, ce qu'il maîtrise encore le mieux, et sourit bêtement alors que Nuna va dans son sens quand il parle d'apprécier sa famille. C'est bête, futile et enfantin mais ça lui fait du bien. Puis elle retourne la situation, lui fait quelque chose qu'il aurait été capable de faire lui-même, utilise ses mots, les manipule et en fait quelque chose qui s'approche d'une attaque, mi-tendre mi-piquante. Un peu fier, sourire en coin à peine dissimulé, il lui rétorque tranquillement. « T'en fais pas va, elles s'en sont toutes remises. Je suis la plus belle erreur qu'elles ont jamais commise, tu sais, celui qu'on rencontre avant de rencontrer l'amour de sa vie. Qui fait dire « plus jamais un mec comme ça », au final, je leur rends service. » Ses yeux qui cherchent furtivement les siens avant de trouver une fois de plus le jeu sous leurs yeux. Une pièce bouge sous les doigts fins de l'athna et les mots dérivent une fois de plus. Elle le surprend, comme toujours, quand il s'y attend le moins. Ça le saisit et lui coupe le souffle un instant alors qu'il fixe ses mains pour s'accrocher à la réalité. « C'est pas grave, t'y es pour rien tu sais. » C'est marrant, ce besoin de s'excuser pour des choses dont on est absolument pas responsable. Le pire, c'est qu'elle continue dans sa tendresse et sa compassion, alors que lui n'est qu'un sombre con. Elle lui glisse même une information en plus sur elle, l'air de rien. Au milieu des secrets et des mystères, Nuna se livre pour lui enlever sa peine. Et ça le touche, sacrément profondément, mais ça le tue aussi, encore un peu plus qu'avant. Alors qu'elle dépose enfin sa pièce, TC joue un coup rapidement et la laisse reprendre la main tandis qu'elle lui parle de l'âme de l'objet. Sourire un peu triste, un peu tendre au bout des lèvres et il lui dit, tendrement. « C'est bien aimable. » Simple mais sans doute aussi tout ce qu'il est capable de sortir après ce qu'elle vient de lui dire. Et quelques coups se jouent, elle, puis lui, alors qu'il reprend. « C'est pareil pour ta table, hein, tu seras toujours la bienvenue pour vérifier que j'en prends soin. » C'est doux et calme et pendant les quelques minutes qui suivent, c'est le jeu entre eux qui reprend toute la place et toute l'attention des deux.

Les coups s'enchaînent, des pièces partent et d'autres deviennent maîtresses, le déroulement du jeu s'approche enfin et le brun, lui, voit surtout la fin de ce moment hors du temps, de cette parenthèse qui lui a fait tant de bien. « On dirait qu'on va bientôt savoir qui va gagner... » Qu'il lui dit, avec cette malice à nouveau dans les yeux. « Alors Nuna, t'es prête à perdre ? » Me perdre, aussi. Parce que tout ça n'a pas de sens et que ta vie est mieux sans moi. Sourire qui s'allonge pour cacher les peurs tandis qu'il se permet de lui dire, sans doute pour la déconcentrer un peu aussi. « Mais dis-moi, autant c'est parfaitement logique que je n'ai jamais trouvé chaussure à mon pied, autant toi, aussi douce, gentille et attentionnée, tu m'expliques pourquoi personne ne partage ta vie ? T'estimes qu'aucun être n'est assez bien pour partager ta vie ou ton lit ? » Et puis il ajoute, avec cet air faussement outré. « A moins qu'en fait ce soit toi, la bourreau des cœurs, tout ça n'est qu'une ruse pour me faire passer pour le pire des deux mais tu tiens tes proies enfermées et ligotées dans la cave, n'est-ce pas ? »
Nuna Cortez
DATE D'INSCRIPTION : 12/10/2018 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Murphy Cavendish MESSAGES : 2143 CELEBRITE : Zazie Beetz COPYRIGHT : Lux Aeterna (vava, sign, gifs) METIER/APTITUDES : Forgeronne et orfèvre (joaillière) TRIBU : Athna POINTS GAGNES : 270
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le Lun 11 Nov 2019 - 0:55


lonely day

Nuna Cortez & TC Jones


(6 mars 2119 / volière, réception d'une lettre de Makenna)


La lettre demeurait posée sur les coussins, à l'intérieur, et c'était là qu'elle restait.

Dehors, l'air était à nouveau plus frais. Nuna se sentait moins lourde car moins accablée de ce poids dont elle seule avait conscience et connaissance. Avait-il perçu quelque chose, lui ? La connaissait-il suffisamment pour savoir quels traits arborait habituellement son visage ? Elle espérait que ce n'était pas le cas, parce que ça impliquerait une forme de pitié qu'elle ne voulait jamais inspirer à personne. Alors était-ce la raison de sa présence ici ? Était-ce la raison pour laquelle il avait si poliment accepté son invitation à rester manger plus tard ? Est-ce que tout ça était dirigé par cette pitié qu'elle haïssait tant ? Nuna était l'épaule solide qui s'offrait à tous ceux qui avaient besoin d'être épaulée ; elle n'était pas celle qui avait besoin d'aide ou de ce regard de pitié qu'inspiraient les âmes les plus désespérées. Profondément chagrinée, elle l'était. Mais elle gérerait en temps et en heure ce typhon de sentiments qui se préparait. Ce n'était pas maintenant, pas encore.

Maintenant, c'était Tiçi et tous les défis qu'ils lançaient à son esprit. Il était un miracle et ils étaient un miracle. Elle sentait à nouveau le soleil caresser sa peau. Elle sentait à nouveau le vent souffler dans ses boucles folles. Elle était Nuna à nouveau, celle qu'on embêtait pour s'amuser mais qui savait quoi répondre ; celle qui souriait pour de vrai, pas pour rassurer l'autre parce que c'était ce trait que préférait son visage ; celle dont la compagnie pouvait être authentiquement appréciée, si elle était appréciée. Et le répondant de son adversaire titillait son esprit malmené par la perspective de ce qui l'attendait lorsqu'il serait parti. Il piquait et elle piquait. Les réponses étaient vives et acérées, filaient à la vitesse que l'on attendait des combats les plus stimulants. Nuna n'était pas douée à l'épée ou à l'arc, mais les mots étaient une arme qu'elle maniait avec une précision dont il lui arrivait parfois d'être fière. Malgré la longue cicatrice que sa hanche arborait depuis sa jeunesse, elle savait que les lames n'avaient pas le monopole de ceux qui étaient capables des pires dégâts. Un mot pouvait trancher avec la même dextérité qu'un fer. Elle façonnait les seconds mais c'était les premiers qu'elle manipulait avec aisance. Et c'était facile parce qu'elle n'avait jamais eu à apprendre. On n'apprenait jamais vraiment à boxer avec les mots. C'était dans l'essence même d'un Homme, de savoir jouer avec eux. Il suffisait de voir la peine que pouvaient faire certains d'entre eux pour être persuadé de leur pouvoir dévastateur. Il suffisait de constater le bien qui émanait d'autres pour savoir qu'ils pouvaient porter tout l'amour d'un Homme. Ce n'était même pas tant qu'elle avait fait d'eux leur allié : ils avaient toujours été là, bien avant même qu'elle ne découvre l'amour qu'elle pouvait leur porter. Alors ce jeu qui se jouait sur plateau ne valait probablement pas tant que celui qui se jouait entre les deux protagonistes.

Mais chaque petite victoire se substituait à un nouveau duel, et voilà Tiçi qui déjà répliquait d'un drôle d'air, non sans réveiller chez le brune quelque chose qui se rapprochait de la gêne. Cette fois-ci ce n'était pas les mots qui portaient tout. Il y avait les couleurs dans le regard qu'il posait sur elle, aussi, et le sourire en coin qu'il était en train de lui lancer comme on lançait une flèche à travers les arbres. Touchée en plein cœur et elle ne savait plus trop quoi répondre, les lèvres s’entrouvrant maladroitement à plusieurs reprises, les prunelles cherchant un échappatoire. Il la taquinait, c'était certain ; prêt à tout pour remporter ce duel, n'est-ce pas ? Nuna ne pourrait pas assurer qu'elle aurait été incapable d'utiliser le même barrage à sa propre question. C'était ça, l'art de la rhétorique, non ? Alors une fois passé ce bref état de gêne, la brune planta fermement son regard dans celui de son adversaire de deux combats. « Alors faudra peut-être la prévenir. D'ailleurs t'es bien sûr de toi : toi t'es peut-être pas le bon pour elle. » Elle arqua un sourcil victorieux et se para d'un petit sourire fier, bien loin des airs insultants que pouvaient prendre ces quelques mots lâchés à l'arrachée. Parce qu'après tout, les mots n'étaient pas seuls porteurs de la victoire d'une rhétorique implacable. Tiçi aimait les femmes et elles devaient bien le lui rendre. Il ne cherchait pas la bonne ; il trouvait les bonnes dès que le cœur - ou autre chose - le lui en disait. Il était capable d'offrir beaucoup, beaucoup de tendresse et beaucoup d'attention, mais le souhaitait-il vraiment ? Ce n'était pas sa définition du bonheur. La bonne, ça ne voulait pas dire grand chose pour lui. Alors cette femme qui était la bonne, Nuna la savait imaginaire, inventée en quelques secondes pour parer à son attaque. Car sinon, qu'est-ce que ça voulait dire ? Car sinon, son regard et son regard disaient vrai, et ça c'était impossible. On ne s'intéressait pas à Nuna comme ça, ou alors c'était une erreur de parcours, l'illusion d'un homme dont les peines le dirigeaient là où se cachait la tendresse simple de celle qui n'avait que ça à offrir aux autres. Einar Helgusson s'était déjà perdu vers elle, mais ce n'était que ça : un égarement dont on se remettait comme on passait d'un jour à l'autre, sans trop de difficultés. Alors c'était une plaisanterie, et elle répondait par la même plaisanterie.

Mais la plaisanterie laissait doucement place à quelque chose de plus mélancolique. Les couleurs dans le regard de Tiçi passaient sous ses yeux à un nuancier de noirs et de blancs bien loin de ce qui prêtait à rire. Et le regard s'évanouit sur l'échiquier qui les séparait : le temps de la plaisanterie était mis entre parenthèses. Etre dans la Lune n'avait jamais été une mauvaise chose pour Nuna ; si ça l'avait été, elle aurait probablement encore plus mal vécu cette façon d'être déjà si discutée parmi les siens. Mais être dans la lune, cette fois-ci, n'était pas une si douce chose. Et il ne lui fallut pas plus de détails pour comprendre ce que Tiçi ne souhaitait pas dire. Il y avait plusieurs lunes, et celle-ci n'était pas tout à fait celle qui appartenait à leur monde. C'était une lune d'une autre planète, bien loin d'ici. C'était une lune que l'on ne pouvait pas atteindre volontairement, malgré toute la bonne volonté que l'on pouvait avoir à rejoindre ceux qui y avaient trouvé refuge. « Je suis désolée... » souffla-t-elle en crevant d'envie de se lever pour le prendre dans ses bras. « Si elle n'est plus entièrement là, elle n'est pas entièrement ailleurs non plus. » Elle sourit faiblement, cherchant malgré elle à accrocher le regard du conteur pour tenter de lui affirmer ces vérités-là. Ces absences-là n'étaient pas tout à fait une disparition. Il fallait mieux être dans une lune, même bien loin d'ici, que de ne plus appartenir à cet univers. Elle était encore là, Luana - pas tout à fait ailleurs. « Tu... tu crois qu'elle est heureuse ? » Parce qu'au final, c'était toujours tout ce qui comptait. Lorsqu'on était coincé soi-même à la porte d'un monde qu'on ne comprenait pas tout à fait, il pouvait être difficile de voir les choses de cette manière. Mais dans ce monde-là, est-ce que Luana était heureuse ? Souriait-elle encore, riait-elle encore ? Aimait-elle encore ?

Les deux lunaires s'entendraient sans doute bien, et maintenant Nuna n'avait plus guère de doutes à ce sujet. Ceux qui fréquentaient d'autres astres, loin de cette Terre un peu trop violente, étaient ceux qui portaient toujours avec eux une part de ces rêves qui disparaissaient trop vite ici, denrée marginalisée au cœur d'un monde trop matérialiste. Nuna ressentait subitement beaucoup de tendresse pour cette inconnue qu'elle ne rencontrerait pourtant peut-être jamais. Elle aimait si affectueusement aimée par son fils ; il suffisait de voir ce regard fuyant et mélancolique lorsqu'il parlait de ce monde qu'il ne comprenait pas tout à fait pour s'en convaincre. Mais la parenthèse se rouvrit presque aussi subitement qu'elle s'était refermée, et le temps des sourires et des plaisanteries était revenu. Aussi facilement que ça. Il se moquait d'elle, et les sourcils de Nuna se froncèrent sévèrement avant qu'il ne s'explique. « C'est ton ego qui parle, ô grand mâle alpha », lâcha-t-elle d'un ton tranchant, elle-même piquée dans son ego. « Alors dis-moi ce qui se passe dans ta tête, si j'y comprends rien. On ferait quoi si je savais ce qui se passe dans ta tête ? » Sans doute ne serait-il même pas là, si elle savait ce qui se passait dans sa tête. C'était de la pitié, ça avait été de la pitié dès le début. Il était là parce qu'elle lui avait fait trop de peine, petite chose fragilisée par la réception d'une simple lettre dont il ne pouvait pas connaître ou comprendre l'essence.

Mais elle aussi avait des histoires dans la tête : des histoires d'avenir et des histoires de ce passé qui l'avait forgée, pleine de craquelures et de failles. L'escargot n'était que l'une d'elles, un des doux souvenirs qu'elle avait partagé avec un père qui persistait dans son esprit comme un demi-inconnu, jamais tout à fait présent mais jamais tout à fait absent. « Je jette pas de regard noir à ceux qui le méritent pas. » La réponse était simple parce que ses regards l'étaient toujours ; ils traduisaient, même lorsqu'elle ne le souhaitait, ce qui se passait dans les tréfonds de son être. La peine, la haine ; la détresse, l'ivresse ; la joie, le désarroi. « Je sais pas si je peux te résumer à la personne que j'ai rencontrée la première fois, mais ce soir-là je t'ai résumé à cette personne. C'est si étonnant ? Moi, j'étais quoi pour toi ? L'infirmière un peu bornée et trop sensible ? » Elle haussa les épaules. Elle ne pouvait plus prétendre qu'elle s'en moquait vraiment. Ce mec qu'elle avait tant aimé détester, maintenant, elle le connaissait - au moins un peu. Et les gens que l'on fréquentait, même de loin, faisait partie de son quotidien. Nuna ne pouvait se résoudre à être détestée par quelqu'un de son quotidien ; c'était une idée qui lui était insoutenable.

Mais encore une fois, ce ping-pong de répliques cinglantes sut se mettre sur pause. On parlait de ce qui était en jeu, ici - au-delà des fiertés. On parlait de matériel, de ce que l'un serait capable de garder de l'autre. Nuna était à nouveau mise en retrait par la situation. Gênée par ce qui était soudainement mis en jeu, elle ne voulait pas prétendre être digne de posséder un tel objet. Il ne lui appartenait pas et ne lui appartiendrait jamais. On ne volait pas un souvenir, on ne volait pas le morceau d'un cœur. Alors elle haussa les épaules pour faire bonne figure. « J'en prendrai soin. » Parce que ce n'était même pas une question : elle gagnerait.

Et c'était un bien drôle de jeu qui se jouait entre eux, parce que malgré tout, elle était déjà convaincue d'avoir perdu. Elle ne comprenait pas trop ce qui se passait ; poussée dans ses retranchements, elle était persuadée d'avoir tort, car elle devenait en la présence de l'homme quelqu'un qu'elle reconnaissait à peine. Elle ne pleurait pas, et encore moins dans les bras d'inconnus. Quand elle buvait, elle riait et elle dansait. Elle parlait plus fort, elle mangeait un peu plus, et elle aimait encore plus les autres. Mais pleurer, ça n'était pas dans ses habitudes. Et Tiçi lui rappellerait sans doute toujours que cette mélancolie et cette peur constante de décevoir faisaient partie d'elle malgré tout ce qu'elle pourrait se raconter et raconter aux autres. Pouvait-on vraiment, un jour, espérer pouvoir se débarasser de ces poids-là ? Ou faisaient-ils partie de nous-mêmes, de notre essence et de tout ce que notre avenir pourrait bien devenir ? Alors elle s'excusait encore, parce qu'elle ne voulait pas qu'il voie cette part d'elle. Elle était censée n'appartenir qu'à elle, parce qu'il n'y avait que comme ça qu'elle pouvait prétendre la maîtriser. Elle était désolée de s'être laissée déborder. Et le contact de Tiçi, même s'il venait sans aucun doute de cette pitié qu'elle lui inspirait, la réconfortait. C'était donc ça, être réconforté par un autre cœur ? C'était doux, d'être trouvée par un autre cœur.

Mais maintenant elle l'avait appris, aujourd'hui ces drôles de moments de vulnérabilités n'étaient pas faits pour durer, et c'était sans doute mieux come ça. « Alors tu te considères comme une erreur ? » demanda-t-elle innocemment, le menton posé sur sa main, accoudée à son genou. Elle faisait une petite moue sérieuse, prête à entendre ce qu'il pourrait bien répondre à une telle allégation. C'était bien triste, de se considérer comme une erreur. On n'était une erreur que si l'on souhaitait l'être. Rien ne poussait quiconque à être l'erreur qui confirmait les craintes de ceux qui le fréquentait. « C'est quand même pas le but de ta vie, de te remettre toutes ces nanas dans le droit chemin, si ? » Peut-être que ça l'était, et dans ce cas elle s'excuserait bien platement d'avoir pu penser l'inverse. Mias quelque chose dans toute cette conversation laissait bien entendre qu'il était loin de souhaiter ce chemin-là. C'était sans doute celui de la simplicité - et si on aimait la simplicité parce qu'elle empêchait de quitter sa zone de confort, elle avait le dramatique défaut d'enfermer dans un petit monde médiocre, celui qui ne permettait pas de grandir, celui qui ne permettait pas de construire quelque chose, y compris toutes ces choses que l'on souhaitait de tout ce même être qui cherchait à les étouffer. Mais ce n'était pas tout ce qui ressortait des mots que Tiçi, elle n'en doutait pas, avait mis tant de soin à choisir. Il y avait aussi l'anneau et l'histoire qui lui était enfin dévoilée. « Je sais, mais j'ai le droit d'être désolée quand même... » Elle eut un petit sourire triste en coin. Elle était désolée même si elle ne pouvait pas grand chose à toute cette histoire qui lui était contée. C'était de la compassion et de l'affection - peu importe comment on pouvait appeler ça, ça le bouleversait toute entière. « Oh, c'est gentil de proposer, mais tu sais très bien qu'il y aura pas besoin » fanfaronna-t-elle subitement en se redressant, l’œil brillant de fierté, comme si les quelques secondes d'avant n'avaient pas existé.

Alors qu'ils parlaient, l'autre jeu continuait de se tenir entre leurs pions. Nuna se concentrait autant que possible - elle ne tenait pas à sa table autant qu'à sa fierté. Le calme avait remplacé leurs débats animés et les coups s’enchaînaient à une vitesse qui aurait épuisé n'importe quel soldat si les leurs avaient été faits d'autre chose que de bois. « Mais t'as toujours pas compris que je vais gagner ? Tu m'écoutes quand je parle ? » feint-elle de s'offusquer alors qu'elle déplaçait un pion pour la énième fois. Son nez se leva de l'échiquier alors que, le regard froncé, elle encaissait sa tentative d'intimidation. « C'est parce que tu sais que tu vas perdre que tu me poses une question pareille maintenant, c'est ça ? » Elle hocha la tête d'un faux air horripilé, non sans un soupir. « J'ai pas de cave, Tiçi » répondit-elle simplement en le désignant du menton pour qu'il joue son tour. Il se trompait sur bien des choses, mais pas sur la fin du jeu qui s'approchait dangereusement. Il suffisait de voir le nombre de pièces qui avaient déjà quitté le plateau de jeu pour s'en rendre compte. Les défenses de chaque côté étaient devenues bien éparses et les rois étaient plus à découvert que raisonnable. L'un des deux allait finir par tomber dans les prochaines minutes - tout au plus.

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