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Murphy Cavendish
DATE D'INSCRIPTION : 06/12/2015 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Nuna Cortez MESSAGES : 45267 CELEBRITE : Sophia Bush COPYRIGHT : jenesaispas (vava); Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) METIER/APTITUDES : Conseillère diplomate; militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. TRIBU/CAMP : Odyssée POINTS GAGNES : 836

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le Lun 22 Oct 2018 - 4:00


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the other side

Murphy Cavendish & Rürik Nalani


(22 octobre 2118 / intrigue Halloween)


Maintenant, la carcasse de l'Odyssée, on devait la mériter. Oh, elle l'aimait, son nouveau village. Là-haut, tout était à reconstruire. C'était la promesse d'un chez-eux, d'un avenir ici, d'une stabilité qui s'ancrait petit à petit. Mais leurs premiers repères s'étaient envolés en même temps que leurs derniers souvenirs de leur vie là-haut. Tout ce qu'ils avaient découvert pendant leurs premiers mois et leurs premières années sur Terre était maintenant à des distances qui n'avaient plus grand chose à voir avec autrefois. Parmi ces lieux qui dénotaient avec leur forêt environnante, il y avait la décharge, de laquelle Murphy avait dû espacer ses visites. Tout ce qui était autrefois une petite promenade devenait maintenant une expédition pour laquelle prévoir quelques heures ne suffisait plus. Maintenant, Murphy devait prendre deux journées, juste pour ne pas avoir à se presser. Ca voulait aussi dire qu'il fallait prévoir une nuit dehors, et les nuit dehors, bien qu'elle s'y soit faite, Murphy leur trouvait toujours quelque chose de peu instinctif. Ne pouvoir que compter que sur soit était à la fois gratifiant et profondément menaçant. Elle avait beau connaître ses repères et être armée d'une boussole à chaque instant, Murphy savait que les premiers secours étaient toujours à des kilomètres d'elle, et ne savait probablement même pas qu'elle traînait dans le coin. C'était peut-être aussi le mois d'octobre qui rendait tout plus inquiétant encore ; le soleil, même en plein jour, se faisait désirer. La brume pouvait tomber en quelques minutes et donner à chaque arbre des airs de cauchemar. Cette période de l'année était particulière. Murphy ne pouvait pas dire qu'elle ne l'aimait pas; elle la préférait juste lorsqu'elle la vivait dans le confort de leur village, avec les grands feux qu'ils se faisaient un plaisir à rallumer une fois les premières fraîcheurs venues.

Mais l'hiver arrivait. L'été avait amené son lot d'aventures et de mésaventures mais les températures et les feuilles brûlées laissaient voir arriver les prochains mois de froid. C'était les dernières occasions pour Murphy de s'évader un peu, quelques jours, hors de ses patrouilles, pour faire ce qui lui plaisait. Depuis le cyclone, depuis un an bientôt, elle n'avait plus osé remettre les pieds à la décharge. C'était devenu un lieu à éviter, comme si le fantôme de sa défunte amie y avait élu domicile. Ne restaient là-bas que des trésors qui attendaient d'y être découverts; Thaïs, si elle avait laissé une partie d'elle en ce monde, traînait sans doute quelque part entre les deux villages des Débarqués. Murphy voulait croire que c'était là où son corps reposait qu'elle vivait aujourd'hui un peu, de temps en temps, quand l'autre monde l'emmerdait et qu'elle recherchait la compagnie de ceux qu'elle avait laissés derrière elle. C'était pour cette raison qu'elle prenait encore le temps, même un an après, de lire quelques lignes du dernier livre qu'elle n'avait pas pu lui offrir. Même sous la pluie, même dans le vent, elle se recueillait sur ce petit bout de terre et prétendait que son amie était assise à ses côtés. Parfois, Antarès s'installait à ses côtés sagement. Murphy le voyait lever le nez de temps en temps pendant ses lectures et fixer un point invisible dans les airs. Peut-être qu'il voyait des choses qu'elle ne voyait pas; peut-être que Thaïs était en train de lui dire de ralentir dans sa lecture, de répéter une phrase qu'elle n'avait pas comprise ou de lui trouver un autre livre, parce que celui-là était bien chiant à son goût. Mais même en diluant les lignes de ce bouquin, il arrivait à sa fin. Il fallait retourner chasser le livre, même en sachant pertinemment et pour la première fois qu'il ne trouverait jamais les mains de la jeune fille.

Elle avait pris trois jours. Elle ne comptait pas descendre seulement pour la décharge. Il y avait là-bas d'autres trésors qui lui manquaient. Les marécages; pas tellement. Mais il y avait leur ancienne maison, ou ce qu'il en restait après le cyclone, et puis une fois que le temps et les saisons avaient fait leur travail. Il y avait les petits recoins qu'elle avait découverts dès les premiers mois et gardaient avec eux le souvenirs de grandes découvertes et de frayeurs qui lui avaient permis de s'adapter à ce monde. Et puis il y avait le petit mémorial érigé par Tamara en hommage à Faust, au milieu de la forêt. Descendre dans le sud, pour Murphy, c'était visiter son passé. Et quand on visitait son passé, ça ne se faisait pas en coup de vent.

Pourtant, du vent, il y en avait. Dans la poterie qu'avait laissée Tamara sur l'ancien camp de Faustine, Murphy avait laissé un bouquet de petites fleurs violettes, de celles qui poussaient encore en une saison qui prêtait pourtant si peu à la vie et aux couleurs. Elle s'était assise quelques heures, sage, respectueuse, avait glissé quelques mots entre deux silences. Antarès était parti et revenu à plusieurs reprises et enfin, elle s'était relevée. Le soleil, quelque part au-dessus des arbres et des nuages, avait dépassé son zénith. Avant de passer sa dernière nuit dans le sud, elle voulait revoir la mer, ici, et la pointe de terre qui permettait d'en obtenir la meilleure vue.

C'était là, pour la première fois, qu'elle avait vu dans l'océan autre chose que la menace qui avait englouti tant d'entre eux, y compris sa mère. Au bout de cette avancée de terre et au milieu d'une brume un peu floue se détachait la silhouette du phare qu'elle avait déjà visité à plusieurs reprises. C'était bête de le comparer à ses souvenirs; il était plus vieux qu'elle et elle-même prendrait bien plus de rides que lui avant qu'il ne perde une seule autre brique. Là-haut, au-delà de la couche de fines gouttelettes, se détachait en un cercle flou le soleil, qui donnait de drôles de tonalités au jour et au bâtiment. Antarès, un peu hésitant, s'était assis dans l'herbe humide. « Me regarde pas comme ça, on reste pas longtemps... » souffla-t-elle dans un nuage moite à l'attention de son chien. La veille, ils avaient récupéré quelques babioles, y compris des livres pour Thaïs. Aujourd'hui, ils avaient rendu hommage à Faust. Ils ne pouvaient pas éviter la mer. C'était ici que, pour la première fois, Murphy avait compris quel sort avait été réservé à sa mère. C'était ici, aussi, qu'elle lui avait fait ses adieux. Elle avait quitté une immensité vertigineuse pour une autre immensité vertigineuse.

Elle siffla Antarès pour qu'il la suive et, avant de poser sa main sur la porte du phare déjà entrouverte -ne l'était-elle pas toujours ?-, elle attrapa l'un des deux poignards accrochés à ses cuisses. Elle avait vécu trop de frayeurs ces derniers mois pour se permettre un excès de confiance. Un bâtiment comme celui-là était toujours susceptible d'être occupé -si pas par un humain, peut-être pas un animal perdu qui pourrait la surprendre.

La porte de bois pourri grinça dans le silence et les deux compères s'engagèrent dans l'escalier. A cet instant précis, Murphy se demandait ce qu'elle faisait là. Antarès, de tout son être de fourrure, criait la même question à sa compagne humaine. Le brouillard était tombé trop vite pour ne pas la surprendre, mais elle ne comptait pas laisser quelques gouttelettes d'eau un peu taquine lui faire perdre de vue son objectif. Juste quelques minutes là-haut, fermer les yeux, penser à Ofelia et à leurs étoiles, au monde dans lequel elle pouvait bien vivre maintenant, tout en profondeur ou tout en hauteur. « Y'a quelqu'un ? » Sa voix se mélangeait aux rafales de vent qui s'engouffraient dans l'escalier par la moindre fissure, la moindre ouverture, la moindre paroi accidentée. Derrière eux, la porte du bas grinça encore, comme pour rappeler toute la vétusté des lieux. « Ste der du ? » Aux frissons qui parcouraient l'échine de la militaire, elle savait qu'elle resterait probablement encore moins longtemps que prévu. De là-haut, elle ne verrait probablement la mer que sur quelques dizaines de mètres à peine.


Dernière édition par Murphy Cavendish le Sam 3 Nov 2018 - 19:42, édité 1 fois
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le Sam 3 Nov 2018 - 10:05

The other side

Les yeux parcouraient l’horizon au-dessus de la mer. Le temps d’automne y laissait une atmosphère étrange, presque angoissante, surtout avec ce brouillard. Mais à mes yeux, l’étendue face à moi me reposait, me faisait oublier que l’hiver approchait, que bientôt, les temps seraient plus durs pour le clan. La récolte des fruits céderait sa place à la chasse, nous permettant de nous fabriquer de nouveaux habits pour l’hiver. Je resserrai d’ailleurs ma peau de bête sur mes épaules tout en laissant échapper un soupir. J’aimais l’hiver, j’aimais le calme qu’il dégageait, j’aimais cette façon qu’il avait de taire tout ce qui nous entourait par le simple fait de nous entourer de son manteau blanc. J’aimais entendre mes pas crisser dans la poudreuse, voir les arbres courber l’échine sous le poids de la neige et surtout, j’aimais savoir que même si la saison nous affaiblirait, nous en ressortirions que plus forts. Car l’hiver amenait son lot d’aventures et bien souvent, elle relevait plus de l’épreuve que du plaisir. Mais le froid nous rassemblait, nous permettait de tous nous réunir autour d’un feu pour conter nos histoires de la journée, raconter nos envies pour l’année à venir, partager un moment. Et puis il y avait Noël. Là encore, une bonne occasion pour tous nous rassembler et profiter de la présence des autres. Les yeux se mirent à pétiller en pensant à ce que nous réservait le futur. Je n’aimais pas spécialement l’automne en revanche. Le temps était bien trop souvent spécial, humide, angoissant. Enroulé dans un épais brouillard, se promener en fin de journée ne devenait plus vraiment un plaisir pour moi. Même si les couleurs vives des feuilles des arbres m’émerveillaient, je n’arrivais pas vraiment à en profiter au milieu de ce brouillard.

Je soupirai une nouvelle fois en m’appuyant sur le rebord du phare. Parfois je rêvais de partir à l’horizon, découvrir un monde plus lointain, voir où se trouvaient les limites. Y avait-il encore quelque chose, là-bas, tout au fond ? Là où le soleil se couche et où tout semble trop loin pour être réel ? J’aime parfois me surprendre à rêver qu’il y en a d’autres, des gens. Des tribus inconnues, venues de plus loin encore. Elles nous conteraient leurs coutumes, là-bas, de l’autre côté de l’étendue.

Un sourire étira mon visage alors que je me perdais une nouvelle fois dans mes pensées. J’étais venu jusqu’ici aujourd’hui dans l’unique but d’apercevoir l’horizon. J’avais eu besoin de m’éloigner du campement une fois de plus, me retrouver dans ma tête sans ce tourbillon de questionnements au-sujet des nôtres. Les arbres n’avaient pas suffi cette fois-ci à me calmer. Il avait fallu plus, plus grand. Alors j’avais préparé mon sac, avait prévenu quelques personnes, juste au cas où, et j’étais parti. Rien qu’en sortant du campement, j’avais senti un poids se libérer de mes épaules. J’étais à nouveau libre, seul face à mon propre destin. Je serais bien allé à la clairière pour retrouver Wyatt, mais ce n’était pas encore temps pour nous de nous retrouver. Il n’aurait pas été là. Même si j’aurais pu apprécier la vision des étoiles sans lui, je ne voulais pas me rendre à la clairière sans qu’il n’y soit. C’était notre rituel à nous deux et y aller sans l’enfant du ciel n’avait pas la même saveur.

C’est pourquoi j’avais pris le chemin vers le vieux phare. Ce vieux monument qui semblait sorti d’un autre monde, une autre époque – ce qui en soit était quasiment le cas. Pour moi, ce qui avait été construit avant la fin du monde d’avant provenait d’un autre temps. Nous ne construisions plus de tels édifices. J’aimais m’y rendre car déjà, la vue y était magnifique mais aussi car il me remémorait de joyeux souvenirs. On y venait souvent avec ma mère, elle me contait les histoires de ces tribus perdues sur ces îles tout en les pointant du doigt. Elle me racontait qu’autrefois, la vie ne se résumait pas qu’à ici, qu’au-delà de toute l’étendue d’eau, il y avait d’autres civilisations. C’est pourquoi je me demandais encore aujourd’hui si ces civilisations existaient toujours, si comme ici, des peuples avaient survécu.

Et puis un bruit en bas du phare me sortit de mes pensées. La porte grinça et je me retournai vivement en sa direction, attrapant mon couteau au passage. Si généralement, les courageux qui s’aventuraient jusqu’ici faisaient partie de tribus amies, il fallait toujours rester sur nos gardes. Et puis une voix s’éleva dans le silence, une voix de femme. Je ne la reconnus pas tout de suite, cependant, la langue n’était pas la nôtre. C’était un enfant du ciel. Puis vint notre langue mais je préférai rester encore quelques secondes en haut du phare. On n’était jamais trop prudent avec les inconnus.

Mais l’inconnue tomberait forcément sur moi à un moment ou un autre, je ne pourrais pas rester là-haut indéfiniment et si elle était venue jusqu’ici, c’était forcément dans le but de visiter le phare. Je soupirai une dernière fois et décidai de descendre doucement les escaliers, la pénombre due au brouillard me laissant de vilaines sueurs froides dans le dos. L’ambiance n’était vraiment pas rassurante et on entendait quelques histoires sur ce phare, ce qui ne m’aidait pas. Je m’arrêtai un instant après quelques marches. « Qui est là ? » Comme elle s’était adressée d’abord en anglais, je comptais bien lui parler dans sa langue. Après tout, nous le parlions très bien, autant en profiter. Je repris mon chemin et aperçus enfin la chevelure de la demoiselle.

Un long soupir de soulagement me prit tout le corps alors que je reconnaissais les courbes de son visage. « Murphy… » Elle faisait partie du deuxième groupe des enfants du ciel, le même que Wyatt. Elle était d’ailleurs son amie. Nous nous étions rencontrés à plusieurs reprises dans le cadre du conseil mais au fond, malgré toutes ces années, je ne la connaissais que très peu. Ma garde se baissa et je rangeai mon couteau. « Tu m’as fait peur. » Je posai un regard dans les yeux de la jeune femme. « Que fais-tu par ici ? Avec un brouillard pareil ? Tu es loin de chez toi ! »

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Murphy Cavendish
DATE D'INSCRIPTION : 06/12/2015 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Nuna Cortez MESSAGES : 45267 CELEBRITE : Sophia Bush COPYRIGHT : jenesaispas (vava); Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) METIER/APTITUDES : Conseillère diplomate; militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. TRIBU/CAMP : Odyssée POINTS GAGNES : 836

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le Dim 4 Nov 2018 - 3:41


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Murphy Cavendish & Rürik Nalani


(22 octobre 2118 / intrigue Halloween)


Maintenant qu'elle avait retrouvé le phare, Murphy doutait sérieusement des raisons qui l'avaient poussée dans cette direction. Même depuis les coins pour lesquels elle avait quitté son village, ça lui avait fait une petite trotte. C'était l'occasion, sûrement, qu'elle n'avait pas pu manquer. Cette escapade loin de son foyer l'appelait aux endroits qu'elle avait si souvent fréquenté, à l'époque. L'aubaine était trop exceptionnelle pour l'ignorer. Pourtant, maintenant qu'elle faisait face au phare, Murphy n'était plus si sûre de ce qui apparaissait encore comme une évidence quelques heures plus tôt. Elle ne l'avait jamais vu comme ça. On devinait à peine le sommet du bâtiment, encore moins la mer qui grondait derrière lui. Les quelques automnes qu'elle avait connus jusque-là ne lui avaient jamais offert de tel spectacle. C'était peut-être l'affaire de quelques minutes ou de quelques heures seulement; Murphy savait à quel point ce genre d'humeurs pouvait s'abattre brutalement et disparaître presque aussi spontanément. Pourtant, là, maintenant, l'ambiance lui donnait simplement envie de faire demi-tour. De là-haut, elle ne verrait pas la mer au-delà de quelques mètres, et même la forêt, de l'autre côté, se perdrait dans cette brume épaisse. Mais la vérité, aussi, c'est que même en rebroussant chemin, elle ne serait pas plus rassurée. Ne rien voir au-delà de quelques mètres rendrait probablement la forêt bien plus menaçante encore que la côte. Dans ce genre de circonstances, si on perdait son attention un instant seulement, ce serait un instant de trop. Même en connaissant un peu le coin, c'était un coup à perdre ses quelques repères et à se perdre. Et puisque le courage était encore fuyant, c'était portée par ces logiques que Murphy se forçait à avancer.

Lorsqu'elle s'était adressée à Antarès, c'était dans l'espoir de trouver chez lui une forme de courage qui pourrait les servir tous les deux. Ce n'était pas parce que la forêt qu'ils laissaient derrière elle était plus menaçante que le phare que ce dernier ne l'était pas. Antarès ne semblait pas plus vaillant qu'elle et elle comprit en un regard qu'elle ne pourrait compter que sur les quelques restes de témérité qu'elle arriverait à faire remonter en surface. Le grincement de la porte, elle le connaissait déjà; elle avait sans doute grincé depuis des années, depuis bien avant qu'elle foule le sol de cette planète. Mais dans cette atmosphère particulière, il semblait que le bruit était amplifié. Murphy retenait des frissons et jetait de brefs et réguliers coups d'oeil à Antarès, comme s'il était la seule présence qui la rattachait au monde des vivants. Tout autour, tout était froid, inanimé, silencieux. Seules les rafales de vent et les vagues violentes au loin résonnaient contre ses tympans devenus hypersensibles au moindre bruit qui se détachait de ce fond permanent. Sur le sol et les marches en pierre, ses semelles semblaient déclencher des vacarmes réguliers, à en rendre sourd le moindre être qui pourrait fréquenter les lieux. Mais ici, tout était mort. Pas une seule trace de vie, pas un seul chant d'oiseau, pas un seul frémissement de feuilles sous le passage d'une bête. Sans comprendre pourquoi il suffisait d'une atmosphère pareille pour lui faire perdre raison, Murphy redoutait ce qu'elle trouverait au sommet du phare plus qu'elle l'avait jamais redouté. Le poignard qu'elle avait dressé devant elle tremblait; le froid ou la peur irraisonnée, peut-être un mélange des deux. Son échine était parcourue de frissons qu'elle n'arrivait plus à retenir. Sa voix chevrotante la rassurait autant qu'elle l'inquiétait. Et si on lui répondait ? Et pire : si on ne lui répondait pas ?

Antarès, aussi hésitant qu'elle, grimpait les marches à ses côtés sans grande conviction. La cage d'escaliers était étroite, en colimaçon, et Murphy redoutait à chaque pas ce qu'elle pourrait découvrir dans l'angle qui lui serait révélé. Elle ne savait plus démêler le bruit du vent de ce qui n'avait rien à voir avec cette semi-apocalypse. Certaines réminiscences lui revenaient violemment en plein visage, à commencer par le cyclone de l'hiver précédent. Ca ferait bientôt un an qu'il avait décimé leur vie et elle comptait les jours, sans vraiment s'en rendre compte, à chaque fois qu'elle passait un peu de temps auprès de Thaïs. Peut-être que les souvenirs qui lui restaient de cette fin du monde l'accompagnaient encore maintenant. Peut-être que c'était eux qui cherchaient tant à la retenir en arrière. Peut-être qu'elle redoutait un triste anniversaire, la réitération d'une catastrophe qu'elle peinait encore à laisser derrière elle. L'ambiance qui la faisait tressaillir était un ensemble de fantômes qui rôdaient dans les brumes côtières et celles de son esprit.

Et le silence qui répondait à ses appels la raidissait plus encore que le froid. Elle ne savait pas ce qu'elle aurait préféré ou craint, ce qu'elle avait attendu de cette question posée dans deux langues. Mais ce qu'elle obtenait du silence, c'était une solitude plus lourde encore. Peut-être qu'une autre compagnie que celle d'Antarès, peut-être plus tétanisé qu'elle à cet instant précis, l'aurait délestée d'un peu de ce poids qui écrasait sa cage thoracique. Mais finalement, sans qu'elle n'ose plus vraiment l'espérer, une réponse s'engouffra dans la cage d'escalier et lui parvint. La voix masculine lui avait répondu dans sa langue, malgré un petit accent qui laissait entendre qu'il ne s'agissait pas de l'un des siens. La question lui provoqua un électrochoc tant Murphy était soulagée de ne plus être seule. Peu importait de qui il pouvait s'agir; elle n'était plus seule. Ils étaient trois, dorénavant, à appartenir au monde des vivants. Après quelques instants d'immobilité, une main posée sur le mur glacial autour duquel l'escalier tournait, Murphy reprit sa progression. « Heu... c'est... quelqu'un ? » répondit-elle bêtement à la voix qui venait d'en haut, se demandant un instant et dans un sourire à peine perceptible si on s'attendait à une présentation détaillée de son identité. Devant elle se dressait toujours son poignard, comme la défense qu'elle se sentait obligée de maintenir malgré les circonstances. Ses pas se faisaient plus hésitants, plus lentes, parce qu'elle redoutait à chacun d'eux de se retrouver face à l'inconnu qui lui avait répondu. Elle ne pensait que vaguement à la possibilité qu'il puisse ne pas être seule ou être une menace; vraiment, à cet instant précis, la menace la plus impressionnante ne semblait pas venir de l'homme mais de tout ce qui rendait présentement les lieux si inhumains, presque isolés de l'espace temps dans lequel ils avaient l'habitude de graviter.

Lorsqu'enfin une paire de pieds apparût sur les marches qui la dominaient, Murphy s'arrêta subitement, attendant patiemment et un peu nerveusement le reste de son propriétaire. Le visage se découpa finalement sur fond de pierres fatiguées par le temps et Murphy put souffler. Dans tout ce bordel, elle venait de trouver un allié. Et l'homme qui lui faisait face, quelques marches plus haut, un peu perdu dans le colimaçon, exprima le soulagement pour eux deux. Entendre son prénom la rappela au monde réel, évaporant un peu de l'atmosphère qui les enveloppait par sa moiteur et son glacial. Elle, elle n'était pas sûre de se souvenir du prénom de celui qui se tenait devant elle, alors elle demeura silencieuse quelques secondes. Il était Naori, ça elle le savait pour sûr : elle l'avait vu à plusieurs reprises pendant les rencontres entre les deux peuples, pendant les premiers mois que les Odysséens avaient passés ici. Elle reconnaissait les traits de son visage, ses boucles et sa stature. Le savoir à ses côtés apaisait étrangement les craintes que lui suscitait l'endroit. « Heu... salut ! » se contenta-t-elle de répondre avec un petit sourire fébrile en contournant le prénom de l'homme. Son bras était retombé contre son corps et bientôt, elle rangea le couteau à sa place, contre sa cuisse.  Dans un effet miroir des plus doux, elle pouvait voir que le Terrien en faisait de même. Elle en profita pour resserrer un peu sa veste sur sa poitrine, tentant de couper au vent tout accès à sa chair gelée. Son regard glissa vers Antarès, qui fila devant eux pour dépasser le Naori et continuer dans son coin de gravir les escaliers. La rencontre semblait lui avoir donné des ailes, au canidé. Murphy, un peu inquiète, reporta un regard anxieux vers l'homme. « T'étais seul, là-haut ? » Il ne s'agirait pas de surprendre ni d'autres personnes, ni Antarès. Malgré elle, elle redoutait aussi l'imprudence de son chien. La hauteur ne pardonnerait pas certaines erreurs et elle en avait parfaitement conscience : Antarès n'était pas toujours des plus sages. L'aventure du cyclone se rappelait encore trop régulièrement à elle pour qu'elle oublie l'impulsivité dont était capable son ami canidé. « Oh... merci... ! » Elle passa une main dans ses cheveux, flattée d'avoir été considérée comme une menace. « Je peux en dire autant de toi, tu sais. » Persuadée qu'elle rendait un compliment, elle sourit à l'homme avec une amitié qui lui était inhabituelle dans ce genre de rencontres. L'homme, malgré le peu qu'elle en connaissait, paraissait incroyablement humain, comme un allié évident. Sa simple présence suffisait à lui prouver qu'elle n'était pas perdue dans les brumes de ses propres pensées, et que celles qui entouraient le phare n'étaient pas grand chose d'autre qu'un phénomène météorologique et parfaitement logique. « J'ai pas choisi la météo, tu sais... » fit-elle remarquer avec un petit sourire, encore un peu fébrile. « J'étais dans le coin... » C'était une justification ridicule, qui ne voulait d'ailleurs sans doute pas dire grand chose, mais la plus simple et la plus proche de la réalité. « Et toi ? Qu'est-ce qui t'amène si près de la mer quand on peut pas la voir ? » Il n'avait pas choisi la météo, lui non plus. C'était étrange : elle n'avait jamais fréquenté l'endroit seule. Il semblait toujours y avoir une âme pour veiller sur les lieux. Le dernier souvenir qu'elle avait du lieu, pourtant, faisait écho à de drôles d'aventures. On avait trouvé une naufragée, on en avait pris soin. Le lieu était peut-être un lien entre les mondes, entre la mer et la terre, entre ceux qui cherchaient une compagnie et ceux qui voulaient offrir la leur. Il y avait quelque chose dans ce phare qui en faisait quelque chose d'incroyablement central pour un endroit si excentré. Dans le brouillard de l'automne, ce n'était pas évident; pourtant, la présence de l'homme rappelait à Murphy qu'ici n'était jamais isolé. Un phare représentait la recherche de connexion autant que l'isolement et la solitude. Cette rencontre en était l'exemple parfait. Lui, il venait de briser sa solitude. « Je peux monter ? » demanda-t-elle poliment en désignant les escaliers derrière le Naori. « Peut-être que là-haut il fait plus chaud ou... jour ? » Elle grimpa une marche, s'approchant du Terrien en l'invitant d'un petit sourire respectueux à remonter au sommet du bâtiment. Mais elle le savait : là-haut, il ferait probablement plus froid encore. Les vitres depuis longtemps explosées laissaient passer tous les courants d'air qui, avec la hauteur, gagnaient une nouvelle force. Il ne ferait pas plus jour que chaud non plus; le soleil était absent aujourd'hui, quelle que soit la hauteur qu'ils pourraient prendre pour essayer de capturer un de ses rayons.
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le Dim 3 Fév 2019 - 10:02
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