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Theodore-Charles Jones
DATE D'INSCRIPTION : 16/09/2018 PSEUDO/PRENOM : Totoro's Child. MULTICOMPTES : Wyatt Sheperd & Nila Yurinova MESSAGES : 643 CELEBRITE : Dominic Cooper COPYRIGHT : halamshiral - thinkky + aftermath ;; lost at sea - in this moment METIER/APTITUDES : Marchand - Orientation, Diplomate. TRIBU/CAMP : Pikuni. POINTS GAGNES : 58
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le Ven 28 Sep 2018 - 22:21
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As my memory rests but never forgets what I lost
« Here comes the rain again falling from the stars drenched in my pain again becoming who we are as my memory rests but never forgets what I lost wake me up when September ends Summer has come and passed The innocent can never last Wake me up when September ends Ring out the bells again Like we did when spring began [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] . »


Septembre, le mois le plus difficile de l’année. Celui où les tracas et les questions reviennent en force dans le crâne du Pikuni. Quelques années pourtant que son père est mort, quelques années pourtant qu'il fait comme si de rien n’était. Alors cette année n'a aucune raison d’être différente. Pour lui c’est acté, clair et net. Cette histoire là fait partie de ce qu'il est vraiment et ce qu’il est vraiment c’est enfoui très loin en dedans. Alors lorsqu'il s'éloigne de sa tribu pour s'approcher du bord de la mer le marchant n'a aucun doute sur la suite des événements. D'abord il y aura ces marchandages, toujours, Bren qui parlera trop, racontera tout et n’importe quoi et lui dira qu'il a pas l’air en forme. Puis il se souviendra. De ces moments, de ce moment, de l'absence de TC auprès de son père et de sa présence auprès de lui, son mentor seulement. Alors il lui tapera dans le dos, un peu trop fort, et puis ils poursuivront leur route jusqu’à ce fameux moment, celui qui arrive toujours.

TC qui a l’impression soudaine d’étouffer, de ne plus être capable d'avancer, que le poids de la culpabilité devient tellement lourd qu'il ne peut plus le porter. Alors c’est à son tour de donner une tape dans le dos de son ami, lui dire qu'il le rejoint dans quelques jours. Le brun veut longer la côte, seul. Parce que si les Pikunis sont proches de la terre, s'ils enterrent leurs morts comme ils l'ont fait avec son père, lui s'est toujours senti partir, défenseur de sa tribu mais un pied dehors toujours. Alors il a ce rapport avec la mer que sa tribu ne comprendrait pas, que personne ne comprendra. Le vent qui souffle l'air marin dans ses narines, qui lui donne des claques et fait rougir ses joues. Cet air qui lui enlève le poids qu'il porte seul. Cet air au goût salé qui finalement lui rappelle l'amertume de son passé. C'est probablement trop philosophique pour lui, trop philosophique tout court. Lui, tout ce qu'il voit, c’est que seul face à l’immensité de l'océan il peut hurler sans que personne ne réponde. Crier sa déstresse, dans le bruit comme dans le silence.

Sa solitude n'a d’ailleurs qu’un réel sens dans ses moments. Lui qui s’est toujours cru à part, cassé, un Pikuni raté. Lui qui tente tous les jours de se rattraper, qui laisse sa voix et ses mensonges le définir, défiler dans sa bouche jour et nuit, lui qui ne laisse jamais le temps à son crâne de se poser il n'y a que là, réellement, qu'il est seul avec lui-même. Alors après avoir donné sa tape dans le dos à son ami marchand, après avoir pris quelques vivres et de quoi se couvrir un peu du vent, TC entame la marche annuelle qui le ramène à la réalité, au fait d’être en vie et d'exister, d’être réel. Bren lui dirait qu'il est stupide d’en faire autant, pour savoir si on est réel suffit d’être vivant. Un peu trop terre à terre le marchand fait pourtant rire TC alors qu'il sait qu'il devra passer l'hiver sans lui. C'est peut-être pour ça qu'il a l’impression que le poids est un peu plus lourd cette année. Le vieux l'accompagnera pas, pas cet hiver là. Est-ce qu'il va le décevoir aussi ? Est-ce qu'il va le perdre sans réellement le connaître aussi ? Des questions qui lui trottent dans la tête alors qu'enfin, il sent cet air unique, celui de la mer qui vient fouetter son visage. Dans un silence d’or, un silence que tous ceux qui le connaissent rêveraient de vivre au moins une fois, il soupire et va s'installer sur le sable froid.

Le temps de la marche et le soleil se couche déjà. Les jours raccourcissent et l'hiver prend lentement sa place. Il ne peut pas rester là pendant des jours mais ça, c’est une question pour un autre jour justement. Pour le moment, dans le calme environnant, il s'allonge dans le sable, bercé par le bruit des vagues. Les mots, les rires, le visage de son père de plus en plus flou, la culpabilité comme une chaîne autour du cou qui serre et serre encore. Il s'en veut, chaque année un peu plus, chaque année différemment aussi. Ce n'est plus insupportable, comme la première année, il n'a pas envie de s’arracher les entrailles ou le visage. Ce n’est plus violent, comme la deuxième année où il savait plus s'il allait pouvoir respirer. Plus comme l’an passé non plus d'ailleurs, où il se demandait si son père l'avait jamais aimé. Cette année il écoute juste les vagues et il s'en veut d'oublier, d'avoir tellement jamais raconté son histoire à lui qu'il l'a peu a peu oublié. Son père, sa famille, cet homme fort et grand dont il ne sait plus rien, plus même le visage, plus même le rire lourd et franc.

Les mains sur les yeux, seul le vent et les vagues comme compagnes il n'entend pas les pas qui se dessinent lentement dans le sable. Du moins, pas tout de suite. Sa gorge violemment serrée dans sa culpabilité et sa tête perdue dans des souvenirs qu'il s’efforce de chercher, qu'il supplie d'exister. Il fait un bond, se relève et vacille lorsque les pas très proches le ramène à la réalité. Il a loupé des battements mais le cache plutôt habilement, en exagérant, comme d'habitude. Acteur de sa propre vie, auteur de ses propres ennuis. Une main sur le cœur et un essoufflement qu’il caché sous son jeu, là où réellement il tente de respirer. Une main sur le genou, il s'abaisse, comme s'il avait couru un marathon, un truc à la con et puis ses billes brunes se plantent dans celles de l'Iskaar reconnu. «Tu m’as fait une de ces frayeurs Lothar. T'as oublié qu'on était plus en guerre ? Ou c’est juste moi que t'as décidé de tuer avec une blague de merde ? » Il reprend enfin son souffle autant qu'il reprend son jeu. Dans un sourire taquin, il lui tend la main, cette fois-ci de manière réellement amicale. « Ravi de te revoir l'ami, mais si tu cherches de la marchandise tu vas être déçu, je suis là pour méditer tu vois. » Tout à fait son genre, le sourire s'agrandit, l'étau se desserre et son cerveau se concentre sur tout autre chose que son défunt père. « Mais que fais-tu sur les plages du continent ? Il fait déjà trop froid chez toi ? »

» 28 septembre 2118


Dernière édition par Theodore-Charles Jones le Jeu 4 Avr 2019 - 0:48, édité 2 fois
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le Jeu 8 Nov 2018 - 15:26

As my memory rests but never forgets what I lost
Lothar & TC






Lothar était souvent désigné par plusieurs termes. Paresseux, laconique, mystérieux, chiant... oui, le mot chiant revenait souvent, notamment pour qualifier l'humour douteux de l'Iskaar ou cette horripilante manie qu'il avait de toucher à tout et surtout à ce qui ne lui appartenait pas. Mais s'il avait l'air d'un ours un brin taciturne, on n'imaginait difficilement Lothar avec la mine déprimée qu'il arborait malgré lui depuis quelques jours. Lorsqu'il était sorti de chez lui ce matin-là, il avait croisé des regards, tantôt curieux, tantôt inquiets, mais nul n'était venu le voir. Tous savaient, après tout, pourquoi il était comme ça. Lothar avait bon fond mais mieux valait ne pas l'importuner lorsqu'il n'allait pas bien et ce matin-là, il allait très mal. Alors il était sorti, silencieux, avec un seul objectif en vue : la plage, cette foutue plage qui le fascinait autant qu'il l'exécrait, cette plage qu'il aurait dû fuir plutôt que de chercher à la rallier. Mais c'était plus fort que lui, il fallait qu'il y aille, il fallait qu'il se rassure, qu'il laisse l'espoir de voir un navire bien particulier à l'horizon mourir pour la énième année de suite. Il avait besoin de cela, c'était cathartique malgré tout le mal qu'il pouvait éprouver chaque année.

Seulement, la perspective de voir Rodrick à l'horizon était plus tentante que la raison et chaque mois de septembre, Lothar se laissait guider ici sans même y réfléchir. Parfois, dans l'année, il parvenait à oublier, à vivre avec tout ça, à accepter le passé pour mieux profiter de l'avenir, parfois tout allait bien. Le reste du temps, il était nostalgique ou en colère. Il avait envie de se donner des claques pour n'avoir pas su arrêter son frère, envie de l'avoir en face de lui pour lui refaire le portrait en lui hurlant qu'il n'était qu'un traître, envie de le serrer dans ses bras, aussi. Parce qu'au fond, comment pouvait-il être sûr que son frère soit encore en vie ? C'était bien ça, le problème. Lothar était dans l'ignorance la plus totale et s'en rendait malade.

Tandis qu'il marchait vers la plage, ses pensées s'égarèrent du côté de la jolie blonde qu'il avait aidé à traverser l'océan en direction de l'île de Iskaars. Un caractère bien trempé et une demoiselle qui n'avait pas sa langue dans sa poche, c'était certain. Avec un sourire, il convainc avec lui-même qu'il l'aimait bien, malgré les réprimandes qu'elle lui avaient jetées au visage comme du vieux poisson. Une fille intéressante. Qui avait probablement dû le trouver insupportable, mais il en fallait plus que cela pour vexer Lothar.

Il faisait frais ce matin-là et Lothar n'était pas étonné de ne croiser personne sur son chemin. À cette heure, les siens préféraient généralement la chaleur tiède et rassurante du foyer. C'était le bon moment pour sortir et espérer être tranquille. Lorsqu'il pris la mer, il ne croisa pas plus de monde. C'était vraiment tranquille. Enfin tranquille... lorsqu'il se retrouva sur la plage, Lothar fut incapable de s'arrêter et de se laisser tomber dans le sable. Marcher le rassurait alors il continua sa progression, ignorant les grains qui s'infiltraient dans ses chaussures. Bercé par les flots, il ne vit pas le temps passer mais lorsqu'une forme sombre à l'apparence humaine se dessina au loin, il fronça les sourcils. Quel abruti pouvait bien être sorti de chez lui à cette heure ? Au départ, l'Iskaar envisagea de rebrousser chemin pour garder intact son écrin de solitude et arpenter son petit bout de plage personnel. Mais à mesure qu'il s'approchait, il dut se rendre à l'évidence : il connaissait ce type-là. Et il avait tout autant de raisons que lui de se trouver là.

Alors Lothar repris sa route, ses pas étouffés par les volutes de sable et le remous incessant des vagues. Sans un mot, soucieux de préserver les pensées de l'autre, il s'approcha silencieusement. Il aurait pu s'asseoir près de lui, sans rien dire, pour partager sa méditation mais visiblement, Lothar avait oublié un détail : surgir dans le dos de quelqu'un aussi silencieusement, c'est plus souvent synonyme d'attaque que d'autre chose. Surpris, l'Iskaar regarda Theodore se relever et manquer de tomber, comme s'il venait de voir un monstre. Incapable de se contenir, Lothar pouffa de rire en voyant son ami friser la crise cardiaque et fini par hausser les épaules avec un sourire amusé.

« Je m'suis dis que ça te secouerait un peu les puces... »

Nonchalant, Lothar se laissa tomber dans le sable à ses côté et tourna les yeux vers la mer.

« J'suis pas un grand bavard... et puis t'avais l'air tellement fasciné par la mer que ça m'aurait emmerdé de briser ce beau moment. »

Il laissa le temps au Pikuni de calmer son pauvre cœur de grand-père tout en continuant d'observer la mer. Rien. Il n'y avait strictement rien à l'horizon. Des vagues, un ciel grisâtre, deux ou trois oiseaux qui cherchaient du poisson au large, mais aucun navire. Rien. Définitivement rien.

« Le temps n'est pas très différent chez moi. C'est maussade et gris, en ce moment, l'été touche à sa fin. J'ai eu envie de venir faire un tour pour... comme ça. »

Il ne savait pas vraiment ce qu'il était venu faire, il savait simplement qu'il n'avait pas pu résister à cette incontrôlable pulsion.

« Et toi ? Qu'est-ce que tu viens faire ici, tout seul ? J'ai comme l'impression qu'toi et moi on cherche à fuir la compagnie, j'me trompe ? »

Compagnie qu'ils avaient pourtant fini par provoquer, finalement.


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le Jeu 10 Jan 2019 - 20:30
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L'iskaar ne manque pas de répartie. Il n'en a jamais vraiment manqué, et quelque part, c'est tant mieux, ça donne le temps à TC de souffler un peu. Dans un regard faussement noir et un sourire réellement doux, il ne peut pas s'empêcher de dire que oui, évidemment, il les lui a bien secouées, les puces. Non mais franchement, il est trop tôt pour ces conneries, non ?

Mais rapidement le tout est oublié, le vieil ami s'échoue sur le sable aux côtés du pikuni qui s'installe un peu plus confortablement le temps que son cœur retrouve un rythme normal de battements. Le marin continue sur sa lancée et sans attendre une seconde, sans avoir retrouvé tous ses esprits, le marchand répond quand-même naturellement. « C'est plus sympa de briser mon pauvre palpitant ouais. » Et puis il sourit, la mer en face d'eux, face à eux. La mer comme seule alliée, seule amie à l'écoute de ces deux vieux cons un peu paumés, un peu perdus. Pour une fois, le brun se tait, il retrouve la mer qui le berce de nouveau, à deux doigts de retomber dans ses propres pensées. Mais la voix de son ami le tire de là et ses billes brunes viennent le fixer lentement. Si le début de ses mots n'a rien d'anormal, la suite, elle, fait tiquer celui qui passe plus de temps sur terre qu'en mer. Un sourcil levé, il ne relève pas tout de suite cette fin de phrase un peu mystique, comme les vagues qui s'enchaînent devant eux. Un soupir et puis il passe l'une de ses mains sur son visage, s'arrête sur son nez et le pince lentement alors qu'il se demande ce qu'il va se passer.

Lothar est quelqu'un de confiance, l'a plus ou moins toujours été. Si les deux hommes n'ont pas fait cas de leurs origines et du passé, ils ont su trouver l'un en l'autre un ami, un allié. Peut-être parce qu'ils n'arrivent qu'à se faire rire eux, ou peut-être pour quelque chose qu'ils ne comprennent pas encore vraiment, pas même eux. Le blond reprend, pose les questions les plus dures, celles qui ne font ni rire ni sourire. Celles qui mettent les deux pieds dedans, font plonger la tête en avant. Il ferme les yeux quelques secondes et puis il perd toute cette hésitation, tout ce doute d'honnêteté. Tout ce qui fait qu'il est lui, soudainement, disparaît.

Peut-être parce qu'il est trop tôt pour la raison, peut-être parce que les vagues envoûtent l'horizon. Y a pas vraiment de réponses à toutes ces questions mais y en a étrangement de très claires à celles de son ami, son ami qui a osé dire des mots que beaucoup auraient fui. « Non, tu ne te trompes pas vraiment pour une fois. » Un peu de taquinerie pour alléger tout le reste, toutes les pensées, tous les maux qui restent coincés et qui pèsent. Un regard furtif vers le pêcheur et puis ses yeux viennent se poser face à l'immensité de l'eau qui les regarde, les observe dans ce silence impossible à décrire et tellement puissant à ressentir. « Je ne sais pas si tu es au courant mais mon père est décédé. Ça ne date pas d'hier, pas même d'avant-hier, et pourtant aujourd’hui j'ai le cœur un peu plus lourd qu'il ne l'a jamais été. » Un haussement d'épaules, l'honnêteté brute c'est pas trop son truc, il ne sait pas vraiment comment s'y prendre ni même s'il fait bien de déballer tout ça, même à un ami, même à Lothar.

« J'ai l'impression que le monde est en train de changer, Lothar. Je sais pas, y a quelque chose qui me plaît pas. Peut-être que c'est juste moi qui change, qui comprends enfin tout ce que j'ai raté et que je retrouverais jamais. » Son père, sa mère, Nuna. Et tous les autres aussi. « Mais j'étouffais au village, j'étouffais dans tous ces gens qui s'aiment, s'unissent et se sourient. J'étouffais dans ce monde où tout le monde semble avoir trouvé une place parfaite pour lui. Alors j'suis venu ici. » Il a les yeux un peu lourds, un peu humide, comme si la mer avait caressé sa joue et puis il sourit, discrètement. « La mer tu la connais mieux que moi, mieux que personne, mais elle m'apporte ce petit quelque chose qui me dit que j'suis pas seul. Que quelque part, si elle, aussi grande, aussi terrifiante qu'apaisante, elle a sa place, alors un jour je trouverai la mienne, tu vois ? Une connerie comme ça. » Un petit rire qui s'échappe d'entre ses lèvres alors qu'il quitte l'océan du regard pour s'étaler de nouveau de tout son long dans le sable, yeux rivés vers le ciel.

Pourquoi il lui dit tout ça ? Pourquoi il lui dit comme ça ? Putain, il va le prendre pour un fou, c'est sûr et certain. Mais c'est trop tard, il aurait beau se mettre à rire aux éclats et lui dire 'ah ! Je t'ai bien eu !' Lothar est loin d'être aussi con que ça. Y a plus de retour en arrière, y a plus de chance de faire semblant. Alors il prend le peu de courage qu'il a dans les mains et il se tourne vers son ami, un œil moitié fermé, aveuglé par la lueur matinale. « Tu me prends pour un taré, pas vrai ? T'en fais pas, j'comprendrais. » Et puis il élance son bras un peu à l'aveugle jusqu'à trouver celui du blond et le tapoter amicalement.

Quelques secondes passent, des secondes rythmées par les vagues qui ne rient pas, ne pleurent pas. Les vagues qui sont juste là, qui témoignent de ce grand hasard, ce petit n'importe quoi et ce tout, tellement important, qui se produit en cet instant. « Pourquoi tu fuis la compagnie ? » Une simple question, une qui veut tout dire et rien dire, que Lothar peut choisir de prendre au pied de la lettre ou à l'ironie. Tout peut basculer. De ces secrets jamais vraiment avoués à un départ précipité et faire comme si de rien n'était, comme si rien de tout ça ne s'était passé.

Redevenir seul, comme il l'a toujours été. Faut dire qu'il n'a jamais manqué de rien, TC, sauf d'honnêteté. Alors quand il en use, y a tout qui bascule, tout qui perd sens et qui devient comme de la fumée impossible à attraper. Mais c'est pas grave, si Lothar se lève et laisse ses pas dans le sable. C'est pas grave, s'il attrape pas la main que l'autre a tendue, parce qu'il n'a jamais manqué de rien, TC, sauf peut-être d'un véritable ami.
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le Sam 20 Juil 2019 - 22:56

As my memory rests but never forgets what I lost
Lothar & TC






Lothar détestait cette période de l'année. Il détestait l'étant dans lequel il se retrouvait, détestait se sentir si misérable, détestait le monde, se détestait lui-même mais surtout, il détestait le fait de ne pas savoir. Lorsque l'un des siens perdait un proche, le clan se rassemblait, chacun partageait un peu de cette douleur, de ce vide, ce qui rendait le deuil plus difficile à porter. Dans le cas de Lothar, les choses avaient été différentes. Difficile de se rassembler autour du frère d'un paria, du monstre qui avait tué tant d'innocents, difficile d'aller compatir à sa douleur. Pourtant, Lothar n'en voulait pas au sien et il préférait de toute manière qu'on lui fiche la paix. Il savait bien qu'il était le seul à avoir une pensée positive pour son frère et ce n'était pas ça qui le chagrinait. Ce qui lui posait problème, c'était de ne pas savoir. Était-il mort ? Mourant ? En vie ? Avait-il fait fortune ? Se souciait-il de son petit frère, lui ? Il s'en rendait malade, l'Iskaar, et savait que tant qu'il demeurerait dans l'ignorance, son esprit ne trouverait aucun repos. Il finirait avec des cheveux blancs, c'était certain...

Alors, ce matin-là, il avait décidé de rester seul avec lui-même, décision qu'il venait d'envoyer balader en décidant faire une grosse frayeur à Theodore. Ça le faisait marrer, l'Iskaar, et ça lui permettait de penser à autre chose. Se laissant tomber de le sable, Lothar tourna son regard vers la mer, paisible malgré le temps humide et venteux. Y avait jamais que ça qui parvenait vraiment à le calmer : le rythme régulier de la mer, la rondeur des vagues, l'air iodé qui venait chatouiller ses narines... autant de belles choses qui faisait de lui un homme davantage fait pour la vie en mer. Il interrogea son ami, et la réponse de celui-ci le fit tiquer.

« Hè ! Comment ça, pour une fois ? » qu'il demanda avec de l'amusement dans la voix.

Mais la remarque, malgré tout l'humour qu'y avait distillé Theodore, était lourde de sens. En effet, ils étaient tous deux paumés et bien seul, sur cette plage. Pas le genre de comportement qu'on aurait pu attendre d'une personne normale. Un silence s'installa, que Lothar ne souhaita pas briser. Pudique qu'il était sur sa vie passée, il avait beaucoup de mal à évoquer les événements dont il n'était pas fier, ceux qui étaient assez tragiques pour lui valoir soit des regards plein de pitié, soit des phrases bateau qui le mettaient davantage en rogne qu'autre chose. Finalement, Theodore fut le premier à s'ouvrir et Lothar se tourna vers lui avec un air étonné. À aucun moment il ne se serait attendu à une telle franchise, une brutale franchise, de la part de son ami.

« Oh... mes condoléances... »

Mais il ne su quoi répondre de plus car, au fond, il n'y avait pas grand-chose de plus à dire. Il arrivait un peu tard, avec ses condoléances, mais il comprenait maintenant qu'en quelque sorte, ils étaient tous les deux dans le même bateau. Seulement, la suite du discours de Theodore laissa Lothar sans voix. Il ne connaissait pas très bien Theo, mais jamais il ne l'aurait imaginé si... pessimiste ! Les yeux ronds, Lothar regarda son ami, sans voix. Que pouvait-il répondre à ça, lui qui était proprement nul pour faire la conversation ? Bien sûr, qu'il avait parfois songé à ce genre de chose, à sa place au sein de la société Iskaar, de la mer, domptée par l'homme et pourtant maîtresse de leur destin, mais il ne formulait que rarement les choses à haute voix. Et pas comme ça, si bien que lorsque TC se mit à rire, Lothar ne l'accompagna pas. Lui n'avait pas envie de rire, pas envie de plaisanter avec tout ça, parce qu'il sentait dans ce rire une détresse à laquelle il ne pouvait qu'être sensible. TC allait mal et sa confession n'était que le reflet de son malaise, auquel Lothar se sentait bien bête de ne pas savoir répondre. Ce ne fut bien que lorsque TC sembla craindre que son ami ne le prenne pour un fou que celui-ci secoua la tête.

« Non, pas du tout... J'te prends pas pour un fou, je... »

Il se tourna vers la mer, la fixa un moment et consenti lui aussi à délier les lèvres pour enfin se confier.

« Ça m'arrive de me dire ça, tu sais ? Que j'suis pas à ma place parmi les miens, que j'suis le mouton noir du clan... à mon âge, ils sont presque tous mariés, ont des enfants, qu'ils élèvent pour faire grandir le clan, et moi, je suis le con qui préfère la mer et les poissons à la vie de famille, celui qui ne contribue pas comme il le devrait à la pérennisation du groupe et toutes ces conneries... j'sais pas si c'est nous qui changeons ou eux. Mais j'pense pas non plus qu'on n'ait pas notre place dans ce monde. La mer a ce petit quelque chose qui la rend vraiment exceptionnelle. Elle est éternelle, inéluctable et ça m'tue quand je vois des gamins qui sont à peine foutus d'y mettre un pied sans hurler que c'est froid ou que les algues leur chatouillent les pieds. On a tous notre rôle à jouer, quel qu'il soit. Faut juste le trouver, attendre qu'il se pointe et pas se prendre la tête avec ça, d'accord ? »

Avec un sourire, Lothar mit un petit coup amical dans l'épaule de TC. Lui aussi se sentait parfois un peu déphasé par rapport aux gens qu'il côtoyait, mais il avait depuis longtemps pris le parti de ne pas y faire trop attention. C'était sa vie, son existence, ses choix. Et il espérait sincèrement que TC suivrait le même chemin.

« L'important, c'est de savoir ce dont toi tu as envie. Si t'as envie d'être ici, de contempler l'océan, c'est ton choix, pas le leur. D'accord ? »

Son sourire était franc et sincère. Lothar avait toujours eu la réputation de n'être pas comme les autres, d'avoir des aspirations étranges mais à ses yeux, il vivait simplement la vie qu'il voulait, comme il l'entendait. Un nouveau silence suivi sa tirade, silence durant lequel ils ne furent plus bercés que par le son des vagues venant se briser sur la plage. À nouveau, ce fut TC qui brisa ce silence, avec une question que Lothar avait cru pouvoir éviter. L'Iskaar baissa les yeux vers le sable, attrapa un petit galet parfaitement poli et se mit à jouer avec pour ne pas avoir à affronter le regard de son ami. L'espace d'un instant, il hésita à se lever et à s'en aller sans ajouter un mot mais il se ravisa au dernier moment. Il aurait été injuste de ne pas se confier un peu à son tour, d'autant qu'il en avait besoin. Et TC s'était ouvert à lui spontanément. Alors Lothar décida de se lancer.

« Ils me regardent tous comme si j'étais un criminel, quand on arrive à cette période de l'année... j'ai la gueule d'un pestiféré et ils détournent tous le regard ou rentrent chez eux quand je m'approche, alors je préfère fuir. »

Oui, mais pourquoi ?

« Y a quelques années, mon frère aîné en a eu marre, de la vie qu'on menait... il voulait découvrir le monde, s'enrichir, il a été aveuglé par sa vision sa vision du monde pervertie par des vieux contes de l'ancien monde, il s'est foutu de la tête qu'il allait découvrir l'île au trésor et devenir riche... Alors il a volé un bateau, tué tous ceux qui lui résistait et a mis les voiles... y a que moi qu'il a épargné, tous les autres sont morts. »

Personne ne tenait Lothar pour responsable du massacre à l'exception d'une personne : lui-même. Il s'en voulait de n'avoir pu arrêter son frère, ce jour-là. Lothar releva les yeux et jeta le galet au loin.

« J'ai jamais su c'qu'il était devenu. Il a disparu avec le navire et n'a plus donné de nouvelles depuis. Je sais pas s'il est mort, vivant, loin ou non... et je sais pas non plus s'il fait ça pour nous épargner tous ou s'il n'en a rien à foutre. »

Et c'était ce qui le tuait le plus. Parce qu'il avait vraiment bon fond, Lother, et n'étais tout simplement pas en mesure de haïr son frère comme il l'aurait voulu. Il ne pouvait que continuer à espérer qu'il revienne, et lorsqu'il serait revenu, Lothar comptait bien lui demander des comptes et surtout lui mettre son poing dans la figure.

« Du coup, je continue à venir ici tous les ans, comme un con, pour fuir les gens et parce que j'espère qu'il finira par revenir. C'est con, hein ? Putain que j'suis con... Au fond de moi, je sais qu'il ne reviendra pas parce que s'il met un pied sur cette île, je pense que l'intégralité des habitants lui tombe dessus. Mais... je sais pas. J'aimerais juste savoir pourquoi il a fait ça, en fait... »

Comprendre comment la cupidité avait pu aller aussi loin.

« Finalement, on est tous les deux là pour les mêmes raisons, à peu de chose près, non ? »

Parce qu'ils étaient perdus et bouffés par les regrets, mais aussi parce qu'ils étaient certainement les plus à même de se comprendre mutuellement.
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le Sam 28 Sep 2019 - 2:29
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La réflexion de Lothar lui arrache un sourire. Il ne prend pas la peine de répondre à cette dernière, sans doute parce que ça n'a pas lieu d'être. La suite est forcément beaucoup moins drôle, en quelques secondes le deuil, la tristesse et la solitude prennent toute la place autour des deux hommes. Seuls, les yeux rivés entre le bleu de l'eau et celui du ciel, la voix du marin exprime ses condoléances et TC, lui, lui offre un geste de merci de la main. Les mots qui suivent les enfoncent encore un peu plus loin de tout, de toute forme de vie et d'amour. Paumés, au milieu de tout et de rien, Jones se dit que l'autre va faire demi-tour, tourner les talons et aller s'asseoir ailleurs et pourtant, tout se passe différemment.

C'est peut-être pour ça qu'inconsciemment il avait parlé au blond, parce qu'il y avait quelque chose quelque part au fond de lui qui savait. Sa capacité à entendre mais surtout à comprendre. Sans savoir trop pourquoi ni comment, il y avait cette confiance particulière qui existait entre eux. Les yeux dans la profondeur marine, c'est au tour de l'Iskaar de livrer ses propres maux et au pikuni d'écouter dans un silence aux couleurs du sable sous leurs pieds. Les révélations lui laissent un sourire tendre au coin des lèvres, c'est possible d'être plusieurs dans la solitude ? Il semblerait que oui. La suite lui laisse glisser sa tête entre ses mains. Si seulement, si seulement Jones savait ne pas se prendre la tête. Le coup qui accompagne les mots laisse un soupir et un sourire au coin des lèvres du marchand. « Tout paraît un peu trop simple quand tu le dis comme ça, tu sais. » C'est pas comme s'il n'avait pas déjà essayé, maintes et maintes fois d'oublier. De passer à autre chose et faire comme si de rien n'était. Mais ces pensées là, elles étaient comme la marée : impossible à éviter. Elles revenaient, sans cesse, avec tout le bordel qu'il renferme au fond.

La suite lui fait relever la tête d'entre ses mains et accorder un regard à son ami. C'est marrant, parce qu'on prendrait pas Lothar à première vue pour le mec qui s'occupe des sentiments. C'est peut-être sa carrure – ou sa tribu, ou son métier, ou le tout réuni, qui font croire ça, mais pourtant, c'est quelqu'un de doux et d'attentif. Peut-être même un peu plus que lui, par moment. Cette capacité de saisir la détresse de l'instant et choisir les mots juste alors que le brun les a cherché sans les trouver pendant tout ce temps. « D'accord. » Qu'il lui répond en souriant, peut-être même en y croyant. Un semblant d'espoir offert par un marin au bord de la mer. Les vagues les accompagnent pour un moment, témoins de la solitude liée des deux hommes. Les pieds dans le sable, les mains contre les genoux, TC change le sens du vent et détourne l'attention de sa personne pour la diriger sur le blondinet. S'il n'est pas sûr d'avoir une réponse, il aurait dû apprendre depuis le temps, que Lothar était toujours là pour le surprendre.

Le brun se mue dans un silence précieux tandis que le blond offre sa voix aux vagues et à l'autre à ses côtés. Les premières phrases soulèvent une tonne de questions que le marchand ne veut pas poser, alors il attend, simple yeux posés de côté sur le visage de son ami qui répond sans qu'il ait eu à demander. L'histoire qu'il conte ne lui est pas inconnue. Quand on se balade autant que le brun, on en entend des vertes et des pas mûres sur tout et n'importe quoi. Cette histoire là, il l'avait pris comme une légende stupide, arrangée et grossie mais jamais pour une vérité. Encore moins pour une vérité qui pouvait toucher quelqu'un qu'il connaissait. « Désolé. » Qu'il ajoute à la fin du récit, celui où il termine le seul en vie. Désolé, c'est un peu comme des condoléances qu'on ose pas trop prononcer.

La suite est entièrement inconnue du blond, du moins, la suite pour son frère. TC en avait entendu des tonnes de versions. Le tout était possible mais aucun était vrai. Alors que le brun se remémore le nombre de fois où on lui a conté cette histoire, Lothar, lui, lui offre une réalité bien moins glorieuse. Celle d'un espoir qui le tue à petit feu, qui le bouffe chaque année. Sans trop savoir quoi répondre, TC lui dit malgré tout. « T'es pas con, Lothar. T'as juste envie de savoir. Comme quand on entend une histoire, tout le monde veut connaître la fin. Toi, ton frère t'as laissé en plein milieu des pages sans jamais te révéler la fin. C'est normal, de vouloir la connaître. » Il lui sourit timidement alors que le blond lui offre une remarque qui lui laisse un léger rire dans ce sourire triste.

« Ouais, faut croire. » C'est bizarre, les coïncidences. Se croire le plus seul qu'on a jamais été quand on regarde droit devant et simplement avoir oublié de regarder à ses côtés. « Comme quoi, peut-être qu'on est jamais vraiment seul, si on sait où regarder. » Il lui accorde un sourire et tape à son tour délicatement dans son épaule. « J'espère que t'auras tes réponses un jour, d'une manière ou d'une autre. » L'espoir le tue mais il le fait vivre aussi. Comme tous, il fait continuer quand on doute, quand on se demande pourquoi on essaie.

« Il se passe des trucs plus joyeux, sinon, sur ton joli bateau tant aimé ? » Un sourire qui cache les larmes qui ne couleront pas aujourd’hui. Après tout, l'important c'est qu'ils n'étaient plus seuls, pas vrai ? Alors maintenant, suffisait d'avancer.
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