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Taël D'Arbanville
DATE D'INSCRIPTION : 16/04/2015 PSEUDO/PRENOM : Isaïah/Burning Soul MULTICOMPTES : Ozvan & Hyacinthe & Ten & Celeste ( ex Elouan ) & Tam-Tam MESSAGES : 13987 CELEBRITE : Aneurin Barnard COPYRIGHT : Alex Tempêtueuse :) & AVENGEDINCHAINS & Lux Aeterna & Rowen & Harlan METIER/APTITUDES : Cuisinier - Aide soignant/Leader Camp de vie TRIBU : Cent / Ex-kidnappé POINTS GAGNES : 618
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Keep the Faith Ψ Murphy Empty Keep the Faith Ψ Murphy

le Sam 25 Aoû 2018, 00:18

Murphy & Taël  #OldStories


Tout la saison chaude de l'année dernière, quand le bouclé parvenait à se garder un moment à soi, il venait ici pour confectionner la cabane dans les arbres promise à Gamora. Malheureusement on ne s'improvisait pas bâtisseur aussi vite. Alors il étudia comment faisait les habiles de son campement, pour reproduire leurs gestes. En attendant il parcourait la forêt pour ramener du bois sec qu’il n’utiliserait pas tout de suite. Il confectionna un petit abri avec une bâche, composée de vêtements dépareillés pour les protéger de la pluie, du mauvais temps.

Au fur et à mesure qu'il avançait dans son entreprise, son amie d'enfance s'éloignait de plus en plus de lui, de tous. Toujours présente pour ramener du gibier, on ne la voyait presque plus, elle dormait ailleurs, ne venait plus jamais les rejoindre James et lui. Des petites pointes picotaient son cœur, elle lui manquait drôlement Gamora, mais il respectait son choix. Pendant quelques jours il pensa abandonner cette entreprise, mais finalement il décida que ça pourrait être un bel amusement pour le fils d'Alex. Un joli refuge pour eux deux. Ainsi il récolta à nouveau quelques bûches, planches, tout ce qui s'avérerait utile pour ce futur cabanon. Cependant malgré son observation, construire les bases se révélait un véritable travail d'hercule pour lui. Il recommençait chaque fois avec l'espoir que cette fois serait la bonne mais ça s'effondrait toujours.

Aujourd'hui il traînait un peu la patte, l'enthousiasme laissait à désirer. Sa besace sur son épaule il clopinait en direction de son chantier. Reconnaissant aux éventuels terriens qui le découvraient de ne pas le démolir, ainsi que de ne pas dérober son bois. Car le bouclé se déplaçait parfois loin pour en ramener, il évitait d'en prendre trop prêt de leur campement afin de ne pas faire courir les petits ramasseurs qui s'occupaient de fournir leur foyer principal. Une de ces jours il inviterais James avec lui, quand il parviendrait à la faire tenir debout cette satanée cabane.

Pour le moment, une fois de plus, l'enfant se retrouvait aux bons soins de Rose qui l'adorait. Il sifflotait le débarqué, un papier dans la main, abandonné prêt de la rivière au lieu de rendez-vous prévu par Arméthyse, pour faire une escapade vers la mer. Il l'attendit  longtemps le bouclé, mais elle ne réapparut jamais, pourtant il continuait à s'y rendre. Et là une petite fiole, dissimulée derrière un rocher avec ce qui ressemblait à son prénom dessus.

Ben il se fit pas prier Tael, il joua au curieux et découvrit le petit mot rédigé par la garde royale. Elle s'excusait de ne pas avoir tenu sa promesse mais un jour, elle le savait, ils se rattraperaient tous les deux. Un peu déçu, même beaucoup, ça lui réchauffait la poitrine qu'elle ait prit la peine d'exécuter ce petit geste. Allez, un jour...

Mais dans son âme persistait une douleur, une absence, celle de Thaïs, ses petites mains, sa belle sauvageonne qu'il regardait encore une année auparavant s'agiter dans le camp ... Il y a des absences dont on ne revenait que difficilement. Beaucoup trop dans sa tête, ça se battait tous les jours pour attirer son attention.

Sa construction biscornue se situait non loin de la clairière, mais éloignée du chemin que les cent empruntaient habituellement. Il se rappela des quelques leçons de Devos @Devos Acciaro, et planta quelques piquets avant de se s'asseoir peu inspiré.

Sa main caressa un branche d'une drôle de forme, ça lui rappelait drôlement un petit animal qui voyageait souvent avec sa petite Miss. Il attrapa sa lame, posa le morceau de bois sur ses genoux et entreprit de les sculpter selon les leçons de Nahyri. Absorbé dans cette tâche les heures défilèrent sans qu'il fit mine de se détacher de sa besogne pour boire ou manger.

Quelques craquements se produisirent dans son dos, il n'entendit rien. Ce fut un étrange halètement qui l'interpella, il releva le visage et rencontra deux grands yeux, au-dessus d'une truffe qui humait dans sa direction. Un chien. Pas Gus. Une belle bouille oui, mais cette bête l'observait-il dans l'idée de l'attaquer, ou même le dévorer ? « Avec tes jolis formes tu n’as pas l'air affamé, et crois je ne te fournirais pas un bien bon repas, par contre comme je suis cuisinier je pourrais peut être te concocter un bon truc ? »

@Murphy Cavendish
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Murphy Cavendish
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le Ven 31 Aoû 2018, 00:26


❝ Keep the faith ❞
Murphy Cavendish & Taël d'Arbanville
(25 août 2118)


Dès qu'on lui donnait une demi-journée, Murphy l'utilisait à bon escient. Elle courrait s'afférer là où on pouvait avoir besoin d'elle, ou en profitait pour combler ses désirs d'évasion. Pendant les belles saisons, choisir entre les deux options s'avérait particulièrement difficile. La maison ne demandait qu'une paire de mains supplémentaire pour la choyer, même pour quelques heures seulement; la forêt et la rivière appelaient de leur fraîcheur les corps fatigués par les températures invivables. Murphy s'efforçait de maintenir un équilibre entre sa fièvre bâtisseuse et l'appel de l'aventure. Une demi-journée; cette fois-ci, c'était la forêt qui avait gagné, et Antarès n'allait jamais contre ce genre de décisions. Il aimait la vie au village et était choyé par plus de personnes que raisonnable, Tennessee en tête. Mais Murphy le constatait à chaque fois qu'il quittait les limites de leur terrain; il appartenait aux extérieurs. C'était un chasseur, un aventurier, un explorateur, et peut-être qu'ils avaient ça en commun. L'inconnu lui collait les frissons de la découverte. Et même si les alentours du village ne l'étaient plus tant qu'à leur arrivée en son sein, il demeurait des zones plus grises que d'autres, qui pour diverses raisons avaient été moins visitées, à peine cartographiées. On s'aventurait souvent à l'ouest avec l'idée de rejoindre les jeunes; le chemin restait toujours le même, parce qu'on le connaissait et parce qu'il était inutile de chercher les emmerdes dans un sentier inconnu. Mais ce jour-là, si Murphy s'aventurait à l'ouest, c'était précisément dans l'idée de casser cette tradition. Elle avait dépassé la caverne d'Isdès depuis quelques heures déjà, et ne rentrerait pas avant un bon autre nombre d'heures. C'était l'aventure à petite échelle. Aucune nuit de prévue dehors mais pourtant de quoi en tenir une ou deux si besoin, par précaution, parce qu'il fallait toujours être un peu précautionneux.

Elle s'était éloignée un peu du sentier qu'elle connaissait pour l'avoir fréquenté à chaque virée chez les jeunes, Murphy. Elle découvrit une petite clairière, de hauts arbres peut-être un peu plus vieux que leurs voisins, des terrains couverts de fleurs de drôles de couleurs. Avec Antarès qui ne gambadait jamais très loin d'elle, elle se sentait à la fois invincible et reconnaissante, comme si le monde entier lui était offert. Elle se laissait se bercer par cette illusion pour toutes les fois où on lui avait fait comprendre que ce monde ne serait jamais le sien. Portée par les douces chaleurs de l'été, préservée du cagnard par les canopées, elle en oubliait presque les dangers dont pouvaient regorger les lieux. C'était doux, de n'avoir aucun objectif tangible. Le seul qui la guidait, c'était la satisfaction d'une curiosité intrinsèque et immuable. Elle pouvait se laisser perdre un peu, tant qu'elle ne se perdait pas pour de vrai. Douée du sens de l'orientation, elle gardait continuellement dans les idées les directions et les points cardinaux, comme un bruit de fond rassurant et auquel elle savait pouvoir se fier; et au cas-où ces intuitions la quitteraient un peu trop longtemps, elle avait toujours dans son sac la boussole de Faust. Alors, grâce à cette assurance constante, Murphy s'autorisait à se perdre un peu, à s'éloigner de ce qu'elle connaissait pour grappiller tout ce que les environs du village pouvaient encore avoir d'inconnu. Les hivers étaient longs sur cette foutue planète, mais ils laissaient place à des étés qui compensaient tous ces mois glaciaires. C'était grâce à la perspective de leur arrivée que Murphy tenait une saison entière enfermée au sein d'un camp, aujourd'hui d'un village. Les patrouilles ne suffisaient pas à son âme d'aventurière, et même Antarès pouvait percevoir la différence entre les longues randonnées que l'on laissait aux beaux jours et les petites promenades guidées, que le métier de sa maîtresse rendait obligatoires. Les dernières n'avaient rien d'exaltantes; on sortait parce qu'on devait le faire, on ne quittait jamais les sentiers dessinés par les patrouilles précédentes, on ne s'éloignait jamais trop des clôtures, et on savait précisément quand on allait rentrer. Le moindre pas était écrit par les tours de garde et pour éviter qu'un militaire ne soit retrouvé congelé pendant sa ronde. Ce qui rendait la planète si belle, c'était toute la liberté qu'elle offrait à ses habitants. Murphy aimait s'autoriser quelques jours pour la découvrir un peu plus, seule ou accompagnée. Ils lui suffisaient à se ressourcer, suffisamment tout du moins pour trouver un peu de repos dans le quotidien d'une garde assignée au village et à ses environs. Ces obligations devenaient un peu moins lourdes car moins banales lorsqu'elles étaient entrecoupées de ces échappées belles qui ressourçaient l'esprit. Elle aimait vivre des histoires, Murphy. Elle aimait avoir des histoires dans lesquelles se perdre en cherchant le sommeil, elle aimait avoir des histoires à raconter. Elle aimait être une émissaire du monde extérieur pour tous ceux qui ne le côtoyaient pas assez.

Mais pour cette fois, il serait bientôt temps de reprendre le chemin inverse, d'arrêter de se perdre pour retrouver ses pas et retourner au bercail. Quelques heures, c'était un dépannage; ça n'était pas suffisant, mais c'était tellement mieux que rien. Et puis, si elle rentrait assez tôt, elle pourrait profiter des derniers rayons solaires et des températures plus clémentes de soirée pour faire quelques petits travaux dans sa maison. Une ou deux heures de plus passées sur la charpente et le toit, ce serait ça en plus pour protéger l'édifice en cas de nouvelle catastrophe -elle n'oubliait jamais cette éventualité, pour avoir vu à quel point elles pouvaient vous prendre par surprise. Pour éviter le pire, le travail devait se faire en amont.

Déjà déçue du demi-tour à venir, Murphy cherchait Antarès du regard, pour commencer à le préparer à l'idée, lui aussi. Au sang sec qui ornait ses babines depuis une bonne heure, il avait déjà dû faire son marché ici. Chaque minute passée de plus dans la forêt était une minute bonus dans son environnement. Ils avaient ça en commun, la maîtresse et le canidé, mais des deux il n'y avait que la première qui était capable de prendre la triste décision du retour à la maison. D'un regard un peu attristé, elle guettait les alentours à la recherche cette fois seulement d'une seule chose : son chien. Les découvertes étaient laissées à plus tard, si un jour elle retrouvait le chemin exact de cet endroit qui, après tout, n'avait rien de plus ou de moins que la multitude d'autres endroits constitués d'un tapis de lichen et de terre au-dessus duquel s'élevaient de hauts arbres, tous différents au point d'en devenir bien trop similaires. Son exploration du jour ne finirait pas par une découverte incroyable à conter à Tennessee en rentrant. Elle pourrait parler de cette petite clairière sur laquelle le soleil estival tapait jusqu'à en brûler la basse végétation; ce serait déjà pas mal. Aujourd'hui avait été calme. Vivifiant, mais calme. Comme beaucoup d'hiers, déjà, beaucoup d'expéditions que l'on oubliait à la faveur du temps tant elles ressemblaient à celles qui les avaient précédées. Aujourd'hui ne ferait pas exception à cette règle trop commune.

Jusqu'à ce qu'elle crût entendre une voix venue d'ailleurs, en tout cas, elle en était persuadée. Mais en s'immobilisant et en mettant en alerte tous ses sens, Murphy réussit à se convaincre que cette voix ne naissait pas dans ses circuits neuronaux. Il y avait quelqu'un dans les parages, quelqu'un qui parlait sa langue, et ses sourcils se froncèrent sévèrement en réalisant que ce quelqu'un n'obtenait pas de réponses et de fait, conversait avec Antarès. Son esprit était déjà passée à la conclusion suivante; quelqu'un qui parlait sa langue, par ici, c'était forcément quelqu'un de là-haut. Un des jeunes ou un de deux qui étaient arrivés avec elle. La seule différence entre les deux groupes résidait dans les inimitiés qui lui étaient inhérentes. Et elle se savait suffisamment loin de chez elle pour réaliser qu'elle avait sûrement à faire à un Cent. La conclusion la frappa en quelques centièmes de seconde à peine et son poil s'hérissa alors que le doute sur les intentions de ce quelqu'un s'amplifiait. Elle connaissait suffisamment son propre groupe pour savoir que les opinions divergeaient autant qu'un très mauvais strabisme. Il était justifié de s'imaginer que les choses étaient au moins similaires chez les jeunes. Mais quelles étaient les probabilités, hein ? Quelles étaient les probabilités de tomber sur un dégénéré, ou de tomber sur quelqu'un d'aussi bien intentionné qu'elle ou encore pire, qu'Antarès ?

Sa brève pause au milieu des arbres ne dura que deux ou trois secondes et déjà elle reprenait la marche, bien trop pressée de retrouver son chien pour éviter de se manifester. Ses pas hâtifs faisaient craquer une multitude de petites branches et de feuilles séchés par l'été. Lorsqu'enfin elle trouva la source de la voix, elle s'arrêta net, déjà prête à décocher une flèche.

Son regard s'adoucit presque instantanément. La point de la flèche s'abaissa doucement. Antarès était confortablement assis devant un jeune homme, la langue pendue. Peut-être que la tranquillité du chien la rassurait, mais ce n'était pas tout. Elle reconnaissait les bouclettes et l'homme qui les portait. Un fin sourire, un peu crispé pourtant, se dessina sur ses lèvres. Elle le croisait régulièrement, ici. Dès que les groupes se mélangeaient, il était là; c'est qu'il ne pouvait pas être des plus réticents à l'idée de rencontres avec les Odysséens, si ? Mais en le dévisageant silencieusement une seconde de plus, Murphy réalisa que les souvenirs ne s'arrêtaient pas là. Elle l'avait connu plus jeune, ce visage, et le souvenir de leur entrevue à Noël, lorsqu'elle avait fait la connaissance de Thaïs, la frappa subitement. Déjà à ce moment-là, ce visage s'était accompagné de son lot de réminiscences. Peut-être s'étaient-ils croisés là-haut, peut-être se connaissaient-ils via des amis d'amis d'amis, ou quelque chose d'aussi alambiqué. « Te laisse pas avoir par sa gueule d'ange... il tuerait sa maîtresse pour un peu de bouffe. » Elle sourit en reprenant doucement sa respiration, glissant sa flèche dans son semblant de carquois. Elle n'aurait probablement aucune utilité aujourd'hui.


Dernière édition par Murphy Cavendish le Dim 28 Oct 2018, 17:30, édité 1 fois
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Taël D'Arbanville
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Keep the Faith Ψ Murphy Empty Re: Keep the Faith Ψ Murphy

le Jeu 25 Oct 2018, 22:13

Murphy & Taël  #OldStories


La lumière baignait d'une douce ambiance ce petit lieu particulier, le chant des grillons participait à l'illusion de douceur qui y régnait. aux pieds de Taël s'étalaient diverses brindilles qui craquelaient au moindre de ses mouvements. Lieu magique pour lui, le fils de l'espace n'y recevait jamais aucune visite. Il se doutait néanmoins du passage fugace de terriens quand il retrouvait ses bouts de bois retournés dans tous les sens.

Et comme on ne lui dérobait jamais aucun de ses outils, le cuisinier supposait qu'ils leur paraissaient plutôt ridicules. Lui ça l'arrangeait bien qu'on méprise son travail, au point que les habitants de l'île ne daignassent même pas le saccager. Peut-être même trouvaient-ils matière à rire de ces différents essais ? Le grésillement d'une abeille vint résonner prêt de ses oreilles, tandis qu'il s'adressait à l'animal qui se tenait assit devant lui, l’œil vif et rempli d'intelligence. Le bouclé suspendit alors son geste afin de ne pas risquer de se faire piquer par la vilaine. Peine perdue car ce fut un gros bourdon maladroit qui vint se cogner sur le front du jeune homme. Celui-ci tenta de le chasser mais le gros ailé s'obstinait comme s'il exigeait que Taël se baissa afin de le laisser passer.

Finalement il rebondit sur l'épaule du cuisinier et fut propulsé dans une autre direction s'éloignant bruyamment du duo. Un instant avant de reprendre son travail fastidieux, mais combien passionnant, le cent éprouva le sentiment de deux yeux posés dans son dos.  Un rayon un peu rebelle traversa le feuillage de la canopée pour venir se planter dans ses pupilles l'aveuglant instantanément tout en le distrayant de ses vagues soupçons.


La main hésitante s'immobilisa quand une tonalité féminine vibra dans l'air ambiant. Un langage qu'il comprenait sans aucune hésitation. Il reporta alors son attention sur le canidé, pendant qu'une vision confuse de deux chiens se battant pour un lapin déchiqueté lui titilla la mémoire. Une évidence s'imposa au Bouclé, il ne la croisait pas pour la première fois cette bête là, elle appartenait même à un des visiteurs de ce précédent Noël !

Le brun rechignait à se détourner de son occupation, sortir de cette parenthèse paisible qui n'appartenait qu'à lui pour y incorporer une autre personne. Encore moins une Odysséenne... lui pourtant si conciliant poussa un léger soupir agacé, et s'il l'ignorait ? Avec un peu de chance elle s'éloignerait sans insister ? Malheureusement il fleurait une âme persistante, ce que lui confirmait la bonhommie de ce compagnon à quatre pattes de la dame. Assit sur son derrière, le regard vif, particulièrement intéressé par ce que contenait ses mains, il ne détalerait pas de sitôt.

Lentement, comme à regret il se retourna vers sa visiteuse. Sa poitrine se serra, il manqua d'air, un étau invisible prenait son cœur en otage. Soudainement il haletait comme si son oxygène se raréfiait le fuyant comme la peste. Un frisson parcouru son échine qui lui fit redresser tous les poils de son corps. Des bouffées de chaleur le firent s'agripper aveuglement à ce qui se trouvait prêt de lui dans la crainte de perdre conscience devant le vertige qui s'annonçait. Oui il aimait bien les étoiles mais pas en plein jour, ce fut cette étrange pensée qui apaisa la crise de panique qui s'annonçait. Après il existait peu de chance qu'elle lui passa les menottes dans ce lieu à cet instant...


« Mmm.... Ou... ais » Baragouina le jeune homme reportant son attention sur la gueule d'ange en question, tout en s'efforçant de reprendre la maîtrise de sa respiration. Relativiser. Oui. Si jamais il eut jamais été question de remettre "les cent" en prison, les Odysséens se fussent découverts plus hostiles. Mais maintenant qu'ils s'établissaient dans une vieille ville appartenant aux temps disparus, qui pour deviner leur prochain mouvement ? Paranoïa ?

Désormais il ne pouvait être considéré comme le frêle adolescent brutalement arrêté comme le pire des criminels. Depuis il affronta une Geôle Rahjak, avec des bourreaux qui ignoraient la signification du mot bonté


« J'ai quelques biscuits dans ma besace, si ça peut l'empêcher de me sauter à la gorge je partagerais volontiers avec lui » Finit-il par lâcher, il attendait la suite des événements. Continuerait-elle son chemin après cet échange banal ou entrerait-elle dans le vif d'un sujet qu'il se refusait à confronter ? Taël déposa alors prudemment la petite sculpture qui accaparait tout son esprit avant cet intermède imprévu. Un petit hérisson qui commençait à prendre forme, un jour quand il en trouverait le courage il le porterait sur la tombe de Thaïs.

Il se releva ne quittant pas du regard le copain de la brune envahissant son espace. Puis fit quelques pas sur le côté pour saisir sa besace dont il sorti une vieille corde, des outils hétéroclites, une gourde, puis enfin un paquet de vieux plastique dont il extirpa quelques bouts moelleux qu'il tendit au chien
« C'est moi qui les ait cuisinés » Précisa-t-il dans le cas ou la femme le soupçonnerait de refiler un vieux truc avarié qui rendrait malade tous ceux qui en avaleraient.

Quelques bouchées passèrent par les lèvres du bouclé pour terminer dans son estomac, au risque de se faire comparer à un gourmand, ou plutôt un goujat. La démonstration consistait plutôt à prouver qu'il ne s'empoisonnerait pas lui-même. Tout le monde n'ayant pas la chance de posséder l'entraînement de Mithridate.

Taël remarqua alors que la fameuse gueule d'ange, flairait avec délicatesse l'intérieur de la main qu'il lui tendait
« Il me semble un peu septique, peut-être qu'il doit vous voir en manger aussi ... Si ça vous dit ? Je suis plutôt bon cuisinier, enfin je me débrouille avec les moyens du bord »

Non pas que le bouclé souhaita faire ami ami avec elle, mais éviter de déclencher les hostilités. Néanmoins, observateur, le cent ne pu s'empêcher de distinguer comme une étincelle au fond des prunelles de la brune. Quoi que ... elle se situait trop loin pour qu’il puisse le prétendre, à moins d'avoir la vision d'un aigle. Surtout avec un soleil aussi éclatant qui vous aveuglait à moitié. Le visage, oui, celui de l'intruse, distillait un léger trouble, comme une indécision quis'étendait dans l'espace,  tels des petits fils invisibles pour fusionner avec le trouble de Taël.

Comme elle n'avançait pas, il ne pu retenir une interrogation qui jaillit de son être comme étrange hantise qui cherchait à s'échapper
« Il y un problème ? »

Entre lui et elle ? Fausse innocence qui se dissimulait sous la rare, quasi inexistante duplicité que révélait cette attitude. Tael, il l'inventait presque, rien que pour cette confrontation silencieuse. Le cuisinier rabaissa ses yeux quand sur la paume de sa main il y ressenti l'humidité d'une langue rapeuse. Finalement le canidé appréciait bien les gâteaux, on pouvait déceler dans sa difficulté à cesser de nettoyer la peau de Tael, l'envie d'une deuxième tournée.

« Ah ben c'est vrai que tu es insatiable, mais tu sais tu pourrais lécher aussi longtemps que tu veux, tu en trouveras pas en dessous de ma peau » Généreux, le cœur sur la main, malgré les angoisses qui le tenaillaient avec l'apparition de l'Odysséenne, le bouclé versa le reste de ses gâteaux sur quelques quelques brins d'herbes tendres. Ceux-ci furent engloutis dans la seconde

« Et bien ... Il m'en reste deux paquets, je m'étais préparé pour la journée ... » Taël ne divulgua pas davantage d'informations, pourquoi se justifierait-il de sa présence ou de ses activités à cette femme. Et il ne s’enquerrait pas des siennes malgré sa bévue à s’inquiéter d'un éventuel problème. Maintenant il ne tenait qu'à lui de diriger les bavardages autour de la nourriture avant que chacun s'occupa à nouveau de ses oignons « Je peux vous en laisser pour gouter et le retour »

Oui, oui exactement, il l'encourageait à tourner le dos, avec en bonus des petites douceurs à se mettre sous la dent « Moi je pourrais m'en refaire quand je le souhaiterais » Une demi-vérité qui ne se révélerait vrai qu'en rapport avec la disponibilité des réserves. Encore bien maigres pour le moment. Le bouclé ressorti un deuxième paquet, puis après avoir avoir refermé son baluchon, il le rangea dans un tas de bois récoltés par ses soins depuis presque deux ans désormais.

Après une légère caresse sur la tête de l'adorable estomac sur pattes, il fit quelques pas vers la femme, pour déposer le paquet sur une souche... Au cas ou elle acceptait le "cadeau". Après tout il se pouvait très bien qu'elle ait été élevée par une mère lui répétant qu'on n’acceptait pas les bonbons offerts par un inconnu. Et si le fait de faire parti des ceux condamnés à mourir dans l'espace aggravait ce fait, tant pis.
@Murphy Cavendish
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Keep the Faith Ψ Murphy Empty Re: Keep the Faith Ψ Murphy

le Lun 29 Oct 2018, 02:44


❝ Keep the faith ❞
Murphy Cavendish & Taël d'Arbanville
(25 août 2118)


C'était doux, pour une fois, de n'avoir pas d'autre but que se laisser voguer au grès de sa propre curiosité. C'était doux parce que c'était rare, probablement. Une demi-journée dans la vie de Murphy n'était jamais une demi-journée perdue, même loin de ses responsabilités et des virées et activités diverses avec lesquelles elle avait trop vite tendance à combler les trous laissés et trouvés dans son emploi du temps de militaire. En s'offrant ces quelques heures, en offrant à Antarès le loisir de découvrir de nouveaux coins un peu inexplorés et encore secrets, elle se permettait d'ouvrir le regard sur le coin comme elle ne s'autorisait que plus rarement à le voir. Ce jour-là, elle ne vadrouillait pas comme elle le faisait si souvent, à l'affût du danger comme la patrouilleuse méfiante qu'elle était. Elle avait laissé tomber cette casquette pour se focaliser sur son seul plaisir qu'était celui de combler sa curiosité. L'été, le monde tournait au ralenti, d'un ralenti différent de celui qu'imposaient le gel et les neiges. C'était de la poudre aux yeux, et le fait d'en avoir conscience permettait à Murphy de ne pas se laisser emporter par cette naïveté, mais il semblait que les dangers habituels, eux aussi, profitaient des mois les plus chauds pour prendre une pause. Les températures jouaient leur rôle à leur place, n'est-ce pas ? C'était elles qui s'imposaient comme les plus périlleuses, pendant ces quelques mois assommants d'été. On cherchait du répit partout, tout le temps, mais malgré soi, on n'avait d'autre choix que de se laisser s'y habituer. La moiteur, la fatigue, les essoufflements, les rayons aveuglants du soleil; tout s'insinuait en quelques jours dans les êtres jusqu'à ne leur donner plus que la seule alternative d'accepter cette réalité pour les semaines à venir. A l'abri de la forêt, sous le filtre de la canopée, Murphy profitait de l'escapade pour trouver un peu de répit. Plus que quelques semaines à tirer et ils pourraient à nouveau accueillir l'automne, qui avec lui ramènerait la paralysie de l'hiver. Alors, plutôt que de se plaindre de l'été, Murphy préférait apprendre à faire avec, parce qu'au moins, elle pouvait vadrouiller.

Ses quelques heures de liberté arrivaient bientôt à leur terme. Parmi elles, il fallait savoir compter le même temps de trajet pour le retour, et dès que la moitié du temps qui lui était imparti avait filé, Murphy sentait le parfum un peu aigre du retour à la réalité poindre. C'était le cas maintenant, alors qu'elle cherchait Antarès, prête à le siffler pour qu'il la retrouve et qu'ils prennent le chemin du retour, tout autant à contrecœur que ça soit.

Mais ce virage brusque ne se ferait pas sans quelques surprises. Impossible de retrouver Antarès, et si elle profitait de chaque seconde passée à le chercher pour repousser le retour au village, elle savait pertinemment reconnaître l'inquiétude qui grandissait dans ses tripes. Avec son chien, elle commençait sévèrement à collectionner les mésaventures. Elle ne voulait pas d'un troisième incident à ajouter à sa liste déjà trop longue à son goût. Pourtant, à mesure que les secondes s’égrainaient sans pouvoir trouver son compagnon à quatre pattes, Murphy commençait à envisager un troisième accident.

C'est une voix, un peu plus loin, un peu étouffée par la distance, qui changea la donne. La brune s'immobilisa un instant, comme si ça pouvait donner à ses oreilles le pouvoir de percevoir de nouveaux sons, de comprendre des mots dans le flot diffus qui lui parvenait. En suivant le gradient sonore, Murphy ne fit pas attention une seule seconde aux bruits qui pouvaient signaler sa propre présence. Le sens de l'urgent prévalait sur tout le reste. Elle ne pouvait se résoudre à imaginer le pire, car ce n'était pas des cris qu'elle entendait. Pourtant et elle le savait, tant qu'elle n'aurait pas son chien sous les yeux, elle serait bien incapable de faire taire les instincts primaires qui lui rongeaient les entrailles. Elle voulait le voir, entier, heureux, même si elle serait capable d'accueillir un peu de méfiance chez lui. Elle voulait savoir qu'il ne courait aucun risque, voir qu'il ne courait aucun risque et bien vite, elle se retrouva face à une scène qui lui en rappelait d'autres passées. Antarès s'était arrangé pour trouver l'une des seules âmes humaines qui devaient occuper le territoire dans lequel ils se trouvaient.

L'arc de Murphy se baissa en une seconde et elle se sentait à nouveau capable d'inspirer un peu de l'oxygène dont avaient cruellement manqué ses poumons pendant ces quelques instants. La flèche rangée dans son dos, elle offrit un sourire un peu étrange à l'homme qui se tenait en face d'elle. Elle le connaissait, un peu ou beaucoup; elle devait l'admettre, elle s'en moquait royalement. Ce qui comptait juste, là, maintenant, c'était de se rappeler qu'elle l'avait croisé plusieurs fois pendant les rencontres entre les peuples. Il avait été là lorsqu'ils avaient tous fêté Noël chez les jeunes; il avait été là lorsqu'ils avaient tous tenté des pourparlers, un peu plus tôt dans l'année. Ce qui comptait, c'était juste ça : il parlait sa langue, il vivait dans le coin, et surtout, surtout, il était de ceux qui acceptaient volontiers de faire un pas vers l'autre. C'était pour ça qu'elle lui souriait, aussi crispé son sourire puisse-t-il être.

Mais il y avait quelque chose d'étrange dans cette rencontre. Le silence qui suivit lui parût bien trop longtemps. Le jeune mit quelques instants à se retourner. « Tout va bien ? » Elle s'avança d'un pas, inquiète, se demandant si Antarès n'avait pas franchi certaines limites avec l'homme. A le voir assis sagement devant lui, la langue pendue, le regard brillant, il y avait vraiment de quoi douter de cette théorie, mais certaines théories étaient faites pour être démontées. Elle s'arrêta encore à quelques mètres respectables du duo qui lui faisait face, alors que l'Odysséen reprenait la parole. « Il t'a embêté ? » Elle s'enquérait, un peu inquiète, en l'entendant proposer quelques gourmandises à Antarès, dans la seule perspective de le voir calmer ses ardeurs. Ses babines ensanglantées pouvaient préoccuper, mais elles étaient au contraire et surtout le signe d'un estomac fraîchement comblé. De loin, elle regarda le Cent poser quelque chose à terre et se relever. Son regard restait rivé sur Antarès, dont il semblait redouter qu'il ne se jette dessus dès qu'il lui tournerait le dos. C'était bien mal connaître le canidé. L'Antarès qui se tenait devant eux était un Antarès heureux, calme, bien nourri; un Antarès en confiance, aussi. C'était peut-être pour qu'il était si difficile pour Murphy de concevoir que l'un puisse représenter une menace pour l'autre. Au fil du temps, elle n'avait pu qu'apprendre à faire confiance aux instincts de son chien. Même s'ils lui faisaient parfois défaut, on pouvait attribuer cet absentéisme à la panique exceptionnelle que pouvait représenter une météo ravageuse. Pour les intentions qui émanaient de l'Homme, Antarès n'avait jamais donné de raisons à sa maîtresse de ne pas lui faire confiance. Alors même si quelques souvenirs l'avaient d'abord rassurée, c'était maintenant l'attitude de son chien qui achevaient de lui confirmer que cet homme n'était pas de ceux à s'insurger violemment contre les Odysséens. Et de la même façon, le chien qui se tenait devant le presque inconnu n'avait rien de celui qui se dressait férocement devant une menace. L'homme n'avait rien à craindre de lui, lui non plus.

Sans trop savoir quoi faire, Murphy restait immobile, regardait l'homme sortir quelques affaires. Elle n'avait pas lâche son arc, auquel elle s'accrochait comme si elle était sur le départ. Elle n'attendait qu'Antarès, qui semblait ne pas l'entendre de cette oreille. Il avait compris ce que cachait l'inconnu. Ca se voyait à' l'intérêt qu'il portait au moindre de ses gestes. Silencieusement, respectueusement, elle regarda l'inconnu grignoter quelques douceurs devant lui, devant eux. « Je plaisantais, hein... il est gourmand mais il te fera pas de mal. T'as l'air d'être dans ses petits papiers. » Le chien, lui, continuait de fixer sa nouvelle rencontre, en jetant de temps en temps un bref coup d'oeil à sa maîtresse restée en retrait. Mais il ne faisait pas bien attention à ce qui pouvait se passer autour de lui, puisqu'il y avait un peu de bouffe en jeu. Après le festin qu'il avait dû s'offrir un peu plus loin dans la forêt, quoi de mieux qu'un petit dessert si savamment présenté par le chef cuisinier ?

Murphy, elle, perplexe, laissait ses prunelles voguer d'un protagoniste à l'autre. Apaisée d'avoir retrouvé Antarès et constaté que sa rencontre était plutôt bienvenue, elle laissait ses pensées se recentrer. Elle se souvenait s'être posé des questions, au sujet de cet homme, à Noël. Oh, bien d'autres préoccupations étaient venu éclipser ce questionnement. Peu importe les interrogations qui lui venaient, les réponses semblaient appartenir à un autre monde, qui les rendait accessibles. « Non, merci, j'ai pas faim... » refusa-t-elle poliment la proposition de l'homme. Antarès n'avait pas besoin de cette sécurité, elle le savait. Il avait vu l'homme goûter à ces fameuses friandises avant lui. Ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne délaisse ce semblant de politesse pour faire un sort aux gourmandises qu'on lui proposait trop généreusement. Silencieusement, elle continuait de fixer le duo, comme si elle attendait d'eux le début d'une réponse. A la place de ce miracle, elle obtint de l'homme une question qui lui rappela qu'elle était partie à mille lieues de cette forêt. « Non, non... » Elle secoua brièvement la tête pour se remettre les idées en place et avança vers son chien et celui qu'il fixait. Avec un tendre sourire, elle constata qu'Antarès, de son côté, avant abandonné cette drôle de bienséance qu'il s'était imposée jusque-là et avait nettoyé la main de l'homme de tous les petits restes de biscuits qui avaient pu encore y trainer. Le sourire de la brune s'agrandit lorsqu'elle vit l'homme devenir aussi attentionné qu'elle ou Tennessee pouvait l'être avec cette boule de poils. « Oh, non non », l'arrêta-t-elle en arrivant près de lui, alors qu'il proposait déjà de rajouter quelques biscuits aux miettes que le chien avait avalées. « C'est très gentil mais tu les as préparés pour toi, on veut pas abuser de ta gentillesse. » Elle jeta un bref coup d'oeil à Antarès et se reprit avec un petit sourire. « Enfin, je veux pas abuser de ta gentille. Lui il est pas raisonnable... » Elle s'accroupit au niveau de l'animal, encore à un bon mètre de lui, et chercha par de petits gestes à le ramener à elle. Elle finit par se redresser, l'invitant d'un claquement de doigts à en faire de même. Elle suivant l'homme du regard qui, de son côté, déposait une petite boite en plastique sur une souche d'arbre à côté d'elle. « Oh non non, t'es gentil mais je voudrais pas que tu regrettes d'avoir croisé notre chemin. Profite de tes biscuits... » Après un sourire bienveillant en direction de l'homme, elle se pencha un peu et tapa dans ses mains pour attirer l'attention d'Antarès. « Je m'rends pas bien compte... on est loin de chez vous, ici ? » Le chien s'était dressé sur ses quatre pattes sans grande conviction, continuant de jeter des regards gourmands à l'homme qui l'avait un peu trop gâté. Murphy fit un pas en arrière, prête à le laisser vaquer à ses occupations, consciente d'envahir l'intimité de quelqu'un qui était probablement venu ici s'isoler du reste du monde. « Je... » Elle hésitait, tout de même, à satisfaire sa curiosité. Elle ne pouvait pas rester encore très longtemps ici, de toute façon. Autant avoir un semblant de réponse à partir duquel entamer ses propres réflexions plus tard. « On s'est déjà vus plusieurs fois... t'étais plutôt futé, au printemps, avec tout le monde. » Un bras croisé sous sa poitrine, un index dressé vers lui, le regard froncé, elle essayait de réunir ses quelques souvenirs pour donner elle aussi un peu de matière à celui qui lui faisait face. « On s'est vus à Noël, aussi. Avec... » Elle se raidit, avala sa salive avec un peu difficulté, et reprit en ignorant le prénom qu'elle s'était apprêtée à citer. Thaïs ne s'insinuerait pas ici, pas aujourd'hui. « Jsuis désolée, on se connaît ? » abandonna-t-elle finalement sans plus d'explications, plantant son regard dans le sien comme s'il était le seul des deux à pouvoir relier les quelques points qu'elle avait réussi à réunir.
- Hit the Road -
Taël D'Arbanville
DATE D'INSCRIPTION : 16/04/2015 PSEUDO/PRENOM : Isaïah/Burning Soul MULTICOMPTES : Ozvan & Hyacinthe & Ten & Celeste ( ex Elouan ) & Tam-Tam MESSAGES : 13987 CELEBRITE : Aneurin Barnard COPYRIGHT : Alex Tempêtueuse :) & AVENGEDINCHAINS & Lux Aeterna & Rowen & Harlan METIER/APTITUDES : Cuisinier - Aide soignant/Leader Camp de vie TRIBU : Cent / Ex-kidnappé POINTS GAGNES : 618
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Keep the Faith Ψ Murphy Empty Re: Keep the Faith Ψ Murphy

le Lun 24 Déc 2018, 18:57

Murphy & Taël  #OldStories


Une aiguille inattendue venait de percer sa bulle, l’éclatant en petit morceaux translucides qui se déposaient un peu partout dans son petit coin de paradis. Oh non ce n'était pas la faute de l'animal étrange qui se révélait finalement être un simple chien. Et quand il le qualifiait de simple, il n'entendait pas bien entendu : Idiot. Bien au contraire celui-là possédait des yeux qui pétillaient d'intelligence, comparé aux cochons sauvages ou aux moutons dont il s'occupait dans leur campement. Bien qu'il ne leur reniât pas un certain esprit quand ils décidaient de vous mettre des bâtons dans les roues.

Non, le bouclé se découvrit plutôt soulage de ne pas faire face à un ours en colère ou un loup affamé. Et même il eut volontiers partagé des moments de jeu avec le canidé si ce dernier en eut manifesté l'envie. Cela eut diverti Taël de ses pensées chagrines, afin de lui redonner l'énergie pour poursuive ce qu'il appelait son œuvre dans sa tête. Après tout la journée s'y prêtait, lumineuse, douce, calme tout en étant agrémentée des pépiements des moineaux.  Ainsi que du chant des grillons qui le charmait particulièrement quand il venait dans les parages. Il lui arrivait au brun de demeurer de longues minutes, presque des heures parfois, complétement immobile à les écouter. Ils mélodiaient les songes qu'il se permettait loin des siens, les seuls instants ou il se donnait le droit de faire preuve de ce que d'autres dénommeraient paresse mais que lui associait à du repos.


Cependant ELLE se matérialisa à la suite du nouvel arrivant à quatre pattes. Ce ne fut pas sa voix qui déclencha l'explosion, pourtant bien gravée dans sa mémoire d'adolescent mais bien le visage de l'Odysséenne. Plus vieille, d'au moins quatorze années, ce qui le fit hésiter quelques secondes quand il la revit aux festivités de noël concoctées par les cent. Son visage malgré le temps ne lui apparaissait pas du tout différent. En réalité avant de la revoir il n'eut pas réellement su la décrire, car elle s'étiolait plus dans sa mémoire que comme une silhouette sombre et menaçante. Mais la réalité le rappela rudement à la raison quand elle rattrapa le bouclé.

Depuis lors il s'abstenait doublement de s'aventurer du côté des AUTRES. Il refusa même de se rendre dans leur nouveau camp et n'accompagna pas l'équipe qui se chargea de leur amener Thaïs. De toute façon un de plus n'eut pas accélérer la marche ou la guérison de sa petite marmitonne.

Tout d'abord la présence de l’intruse le dérangea de son isolement, puis elle l'inquiéta jusqu'à ce qu'il se mît à paniquer. Ostensiblement il n'en montrait rien, ceux qui finissaient par le déceler savaient désormais que tout malaise ou toute excitation se transformait chez le bouclé en maladresse. Il ne manqua donc pas de devenir soudainement bavard, sans attendre réellement les réponses aux questions qu'il adressait à la femme qui se tenait non loin de lui. Au fond tout ce qu'il souhaitait c'est qu’elle accepta ses gâteaux, puis s'en aille très vite.

Pour que ses poumons puissent se détendre, que l'oxygène circula à nouveau dans son sang comme il se devait, non pas en se raréfiant au point qu'il s'étouffa lui-même. Le bouclé tenta diverses approches un peu comme s'il désirait amadouer une bête sauvage et sanguinaire. Qui d'évidence l'aurait déjà occis sans attendre. Si elle lui parlait il n'écoutait pas, ou plutôt il demeurait hermétique à toute forme de véritable communication entre Elle et lui. A croire qu'il refusait la possibilité que ce fut simplement concevable.

Le seul écho résonnant dans ses oreilles s'y répercutait comme une balle magique : Non. Voilà à quoi aboutissait ses coups de balai imaginèrent pour dégager l'intruse, la coupable, celle qui l'arracha à son appartement minable pour le conduire dans une cellule encore moins réjouissante. Pourtant quand il s'y arrêtait désormais, ça craignait beaucoup moins que celle des Rahjaks.

Maintenant il se découvrait légèrement dépourvu tandis qu'elle prenait racine sous couvert de décliner par générosité. Quelques insectes volants tournoyaient déjà autour des morceaux exposés pour appâter l'Odysséenne. Néanmoins le dénommé Antarès alla y passer sa langue râpeuse pour les réclamer siens. Apparemment il défendait avec ruse un bien que les humains abandonnaient à sa portée. Mais surtout il saisissait certainement que sa maîtresse n'y gouterait pas
« Non, non ... D'accord, mais faudra que j'en refasse quand même puisque lui, on dirait bien qu'il à faim »  

EllE recula. Il respira. A cour d'offrande il se sentait obligé à engager une éventuelle conversation. Ce pourquoi il ne se révélait pas toujours très doué. Les siens ne lui demandaient pas d'être charismatique ou de pouvoir déblatérer comme un mathématicien ou un savant. Les cent, ils composaient avec le bouclé, tout comme lui les acceptait tous avec leurs faiblesses ainsi que leurs forces. Ici il se s'estimait piégé dans une situation qu'on - ELLE - lui imposait, il rechignait donc à se montrer sous son bon jour, mais en avait-il réellement un de mauvais, lui qui ne parvenait pas, à part de très rares occasions qui ne se comptaient même pas sur les doigts d'une main, à garder rancune à qui que ce soit. ELLE, il souhaitait juste qu'elle s'en aille, non lui faire le moindre mal. Il expira puis recula, attrapant au passage la petite sculpture destinée à sa protégée disparue.

Il la serra très fort dans sa paume l'implorant de lui offrir un peu d'imagination pour de se dégoupiller de toute cette affaire sans provoquer d'incidents. Dans son cerveau ça ressemblait à une guerre nucléaire, sur place il régnait un silence un peu lourd mais rien qui put passer pour un champ de bataille. Pourquoi ne s'écartait pas de ce lieu ? Quand Taël se décida enfin à diriger ses prunelles vers elle, la regarder en vrai, il découvrit une expression empreinte de curiosité. Elle brisa les non-dits, il pencha la tête vers la droite intrigué
« Futé ? .... Oui je suis RE-venu ce printemps ... »

Parce que ce n'était pas la première pour lui, d'abord ils aidèrent les pikunis après le tremblement de terre, puis il revint régulièrement pour enseigner sa langue à Nahyri en échange de divers objets utiles, mais aussi elle lui apprit comment sculpter le bois. Il y eut cette délégation Rahjak ou-il reconnu ses kidnappeurs et les désigna du doigt tout en cédant à sa narcolepsie qui ne supportait plus une telle pression. Évidement ELLE ne pouvait pas le deviner, mais Taël désirait le préciser. Une façon de signifier qu'il explorait le terrain avant l'Odysséenne.

« Je m'en souviens que tu as parlé ... Aussi » Un peu plus que les conseillers d'ailleurs, à moins qu'elle n'en soit devenue une depuis, et ça lui déplaisait encore plus de concevoir cette éventualité. La nécessité de se rassurer un peu le poussa à s'aventurer vers une direction qu'il rechignait de regarder « Tu ne serais pas devenue une conseillère par hasard ? » Ce qui impliquait une certaine connaissance de cette femme.

Interrogation qui croisa la seconde affirmation de la brune. Noël, oui cette fameuse fête ou les siens invitèrent les Odysséens. Taël loin d'être chaud pour cette visite ne s'y opposa pas. A défaut de lui, quelques-uns possédaient encore une partie de leur famille, ça eut été leur ressembler aux autres, s'il se fut dresser pour empêcher ces retrouvailles
« Oui je m'en souviens de Noël, j'avais un peu trop bu » La troisième fois de sa vie, d'ailleurs il n'avait pas renouvelé l'expérience depuis.

« Mais lui maintenant je me rappelle … » lança spontanément Taël dont les souvenirs se décantaient tout doucement à force de réflexion. Les deux chiens qui se battaient pour un cadavre de lapin, juste à côté de lui. Gus le petit roquet qui accompagnait toujours Gamora, puis l'autre, celui qui se trouvait devant ses yeux, la truffe au vent dans l'espoir de dénicher quelques biscuits supplémentaires « C'est lui qui s'est battu prêt de moi, maintenant je m'en souviens ... Et toi aussi ... Oui »

Ses mots légèrement enthousiaste au début se dissipèrent dans une espèce de furtivité taciturne. Car à la fois le moment, mais les sentiments qui l'accompagnaient jaillirent dans l'esprit du bouclé. Surtout cette peur irraisonnée qu'il éprouva alors

« Avec ... » Il répéta mécaniquement la fin de sa phrase à ELLE. Il n'identifia pas la personne que la brune s'interdisait de citer, Taël n'exerçait pas le don de lire dans les pensées bien qu'il se montra toujours très empathique. Il supposa donc qu'elle se terminait ... Avec tout ce monde ... « Oui on était presque tous réunis ça faisait beaucoup de personnes » Assez pour qu'il ne se retrouva pas assit à côté d'elle. D'ailleurs le cuisinier ne se remémorait pas grand-chose de la suite de ce dîner. Alors quand ELLE se rendit droit au but, il sursauta. Elle lui offrait une réponse, elle ne gardait aucune réelle souvenance de lui. Une image flétrie sans doute bien rangée dans l'obscurité de son esprit.

« Peut-être ... »

Que dire ? Il se décantait plusieurs vérités. Le seul fait immuable s'avérait que sur l'Odyssée ils ne se serraient pas la main, ils ne discutaient jamais ensemble. Ni avant, ni après l'incident. Autour on broderait tous ce que l'on pensait selon que l'on se plaçait dans la peau de l'une ou de l'autre « Avant ce Noël je ne t'aie avais jamais rencontré sur terre et pourtant ton visage ne signifiait pas l'inconnu pour moi. Je crois que pour toi non plus ... Alors forcément c'est un truc qui s'est passa là-haut »

Le bouclé indiqua le ciel par-delà la canopée, sans lever le regard vers les étoiles invisibles en pleine journée. Puis il se tourna vers la construction qu'il destina longtemps à Gamora, qui désormais hantait furtivement les forêts des jours durant « Je suis entrain de construire une cabane, mais je ne suis pas vraiment doué, j'aimerais quand bien la finir tout de même. C'est pour mon fils adoptif ... »

Lui le môme il s'y amuserait, il pourrait s'y construire son enfance, apprendre la forêt, les animaux, tout le savoir dont eux, les cent, manquaient en arrivant sur la planète. Et lui Taël, il refusait qu'elle lui enlevât cette possibilité, à lui, ou d'autres des siens, pour des vieilles histoires qui ici adoptaient une toute autre signification. L'attention du bouclé se reporta sur ELLE « Qu'est-ce que tu es exactement ici ? Qu'est-ce que tu fais pour la vie des tiens ? Moi je suis cuisinier » Et un peu leader de vie de camp mais il ne s'en vantait pas forcément dans les conversations.

Le situerait-elle sans qu'il lui esquisser le sentier dans lequel s'était bâti leur accroc ? Surtout cela se révélerait-il très sain de remuer la boue accumulée dans l'espace ? Il leur demandait à eux, les vieux, d'oublier, alors ne deviendrait-il pas judicieux - ou risqué ? - De leur rendre la pareille ? « Je devais faire des études de médecine et finalement j'apprends à travailler du bois comme hobby alors que la cuisine en était un ... »

Enfin surtout parce qu'en concoctant divers mets à sa mère il découvrit que finalement ça lui plaisait bien. Il ouvrit sa paume pour dévoiler le petit hérisson fragile qui naissait du morceau de rondin choisit. Un jour, une nuit il irait le déposer dans le cimetière des Odysséens. Antarès tournoyait vivement autour de lui en battant de la queue « Je n'ai plus rien vieux, je suis désolé, à moins que tu aimes les fruits ? Il me reste une vieille pomme dans ma besace mais je ne pense pas que ça te plairait beaucoup » Distribuer toutes ses provisions de la journée en si peu de temps le découvrait pauvre et sans ressource pour la journée. Mais des jours de disettes lui et les siens en subirent des dizaines, alors se passer de manger quelques heures ne l'effrayait pas du tout. Ça le désolait simplement de ne pas rassasier un peu plus cet estomac sur pattes « Sinon peut-être que si je te disais mon nom ça te rappellerait quelque chose ? T'as une bonne mémoire de ces trucs-là ? »


@Murphy Cavendish Joyeux réveillon et Joyeux Noël

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Murphy Cavendish
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Keep the Faith Ψ Murphy Empty Re: Keep the Faith Ψ Murphy

le Dim 06 Jan 2019, 22:27


❝ Keep the faith ❞
Murphy Cavendish & Taël d'Arbanville
(25 août 2118)


La menace était passée très rapidement lorsque Murphy avait reconnu le visage de l'homme sur lequel elle venait de tomber au gré de ses pérégrinations et des explorations de son compagnon à quatre pattes. Elle ne le connaissait pas, pourtant; il y avait de drôles de réminiscences indéfinies, des sensations plus que des images qui lui revenaient, mais elle ne le connaissait pas. Le peu qu'elle savait de lui, elle l'avait déduit des deux occasions pendant lesquelles elle l'avait croisé. C'était un Cent, et un Cent sensé. De ceux à vouloir avancer ensemble avec ceux qui les entourait, même s'il s'agissait peut-être plus des Terriens que des Odysséens -ça, après tout, elle ne pouvait pas le savoir. Ce qu'elle savait, c'est qu'il avait été prêt à collaborer avec les siens lorsqu'ils étaient montés jusqu'au village des Pikunis, et ça suffisait à la rassurer sur ses intentions.

Pour tout le reste, Murphy ne pouvait s'empêcher de sentir un drôle de flottement dans le fond de l'air, comme si les teneurs de leur toute première rencontre, celle qui demeurait coincée dans ses souvenirs sans parvenir à lui revenir, s'étaient emparées de l'atmosphère. Gênée sans trop savoir expliquer pourquoi, la brune cherchait à déguerpir au plus vite pour se débarasser de ce drôle de doute autant qu'elle souhaitait obtenir quelques réponses, ou même quelques bribes de réponses. Alors elle refusait poliment les biscuits qu'il lui proposait, et regardait d'un œil un peu sévère Antarès qui semblait toujours incapable de refuser ce genre d'invitations. Si son compagnon à quatre pattes faisait confiance au Cent, s'il grignotait ses créations culinaires, c'est qu'elle aussi pouvait lui faire confiance. Mais il demeurait ce drôle de truc qui pesait d'une façon tout aussi étrange. Le regard du Cent paraissait fuyant, accentuant la sensation de malaise sur laquelle elle ne parvenait à mettre ni mots, ni explications. Elle dérangeait, se répétait-elle. C'était évident qu'elle dérangeait : Antarès et elle l'avaient interrompu dans ses occupations, peu importe ce qu'il pouvait faire ici avec tout le barda qui l'entourait. Tous ceux qui se réfugiaient dans la forêt le faisaient pour se réfugier des leurs, quelques heures ou quelques jours, parfois plus encore. Mais c'était parfois quand on cherchait le plus la solitude qu'elle s'imposait salement à vous, et c'était le jeune homme qui semblait aujourd'hui en faire les frais. Antarès était celui des trois qui paraissait bien loin de tous ces questionnements, juste heureux de la nouvelle rencontre -ou des retrouvailles ?- qu'il venait de faire, plus que ravi que son nouvel ami lui offre, en plus, de quoi se remplir la panse. « Désolée » s'excusa-t-elle avec les lèvres étirées dans un sourire gêné. « Il a toujours faim. Et spécialement quand il voit de la bouffe après laquelle il a pas besoin de courir. » Et Antarès avait compris très vite que les gâteaux de l'étranger étaient comme les pommes de Tennessee : ils ne se débattaient pas beaucoup, et il n'y avait pas besoin d'entamer une course-poursuite épuisante ou de se salir le pelage avec le sang des victimes.

Mais le brun semblait ailleurs, il esquivait certaines de ses réponses et de ses questions, et Murphy se sentait de plus en plus poussée à quitter les lieux. Elle cherchait à attirer l'attention d'Antarès pour ça, mais rien n'y faisait. Le chien semblait avoir trouvé ici de quoi se poser un bon moment avant de reprendre le chemin de la maison. Parce qu'elle n'avait pas trop le choix, qu'il fallait bien combler le silence mais aussi parce que ça commençait à drôlement la tarauder, Murphy, de ne pas savoir ce qui semblait autant peser sur cette rencontre fortuite. Mais il y allait à pas de loups, comme si elle s'attendait à marcher sur des œufs, et n'osait encore revenir qu'à leurs rencontres récents, celles qui avaient laissé des souvenirs limpides dans sa mémoire. Les négociations avec les Terriens, après le passage destructeur du cyclone, avait présenté l'homme d'une façon sensée et posée au regard de Murphy. Elle avait tant redouté cette première rencontre entre les Odysséens et les Terriens, et leurs retrouvailles avec les Cents qu'elle avait apprécié chaque personne sensée à sa juste valeur. Ceux qui avaient été capables de décence, de raison, de respect, de factualité, de logique, Murphy les avait retenus. Ca aurait probablement été pareil pour les fauteurs de trouble s'il y en avait eu ce jour-là, mais la brune avait remercié le hasard qui régissait le monde d'avoir préféré l'option du calme, de la tempérance, de la solidarité et du partage à celui des la violence, des reproches, de l'isolement, du repliement sur soi. Et ce jeune homme, peu importe qui il était réellement, peu importe les circonstances dans lesquelles ils avaient pu se rencontrer dans une autre vie, avait été l'un des moteurs qui avait permis à cette journée de s'engager dans cette première voie qu'elle avait tant espérée. Pourtant, en quelques mots, et en réalité en une syllable seulement, il lui rappelait qu'il n'avait rien à voir avec et avec eux, qu'il avait foulé ce sol avant eux, qu'ils avaient échangé avec des Terriens avant eux. Et instinctivement, l'esprit de Murphy fit à appel à tout ce qu'on lui avait déjà fait comprendre de son incompétence, parce qu'elle faisait partie des derniers arrivés, qu'elle était de là-haut et ne serait jamais d'ici, parce qu'involontairement, parce qu'elle n'était pas une Cent, elle avait fait partie de ceux qui avaient envoyé les Cents ici. « Oui. Si je me trompe pas, t'étais à la table des pourparlers, et t'as pas été con. Futé, quoi. » Elle tentait de retenir l'agacement que cette simple syllable avait suscité chez elle en rappelant à ses souvenirs les remarques de quelques personnes. Et lorsqu'il rappela à la militaire qu'elle avait aussi pris la parole, la jeune femme se raidit dans un réflexe de défense. Ce jour-là, Murphy avait pris la parole parce qu'aucune autre alternative ne lui plaisait. Tous avaient pris la parole; tous, sauf le Conseil. Tous, sauf les Odysséens. Pour une raison qui lui avait échappé, il y avait eu un problème de représentativité, et elle s'était avancée dans un geste impulsif pour rappeler leur présence à la table. L'inconnu s'apprêtait-il à lui faire un reproche ? La question qui tomba à la suite raisonna tout comme et Murphy réprima avec difficulté un soupir las avant de sourire et de souffler un rire discret. « Moi, conseillère ? Le jour où il pleuvra des ours roses. Personne voudrait ça. » L'avait-il sérieusement pensé conseillère une seule seconde ? Elle n'arrivait pas vraiment à lire ses remarques et ses questions, et s'offusquait dans de vieux réflexes de défense érigés face à tous ceux qui avaient explicité et explicitaient encore à quel point elle et ils étaient ridicules.

Mais cette rencontre n'était pas la seule qui revenait à Murphy. Il demeurait celle qui lui avait semblé être la première alors qu'elle avait amené avec elle de drôles de réminiscences sur lesquelles elle n'avait su coller aucune étiquette, aucune image nette; rien d'autre que de drôles de sensations de déjà-vu. « Oui, y'avait de l'alcool ce soir-là... » Elle se rappelait de sa propre expérience, le regard perdu dans le vague avec un petit sourire pendant un instant. « C'était la première fois depuis un bon moment qu'il rencontrait un chien, il était dingue ce soir-là » se rappela-t-elle en désignant Antarès du menton. Maintenant, il avait Frost, qu'il croisait quasiment tous les jours au village. Mais à l'époque, il ne fréquentait pas grande monde d'autre que les humains qui l'entouraient et les repas sur pattes qu'il chassait. Ca avait été la première fois qu'il avait rencontré un comparse canidé depuis qu'il avait quitté le cocon d'Oona et de son élevage de chiens. Mais ces souvenirs heureux laissèrent vite place à ceux empreints de mélancolie de sa première rencontre avec Thaïs. Sa phrase mourut avant qu'elle ne puisse l'achever du prénom de la jeune disparue. Elle ne laissa pas le souvenir de son amie s'interposer trop longtemps malgré tout, relevant les yeux vers l'homme qui confirmait que ce soir-là, il avait été bien nombreux. « Oui, c'était chouette... » Encore un peu mélancolique, sans doute, Murphy laissa ses mots s'étirer quelques secondes de plus. C'était fou comme ce qui avait fait un présent raisonnant pouvait disparaître dans les traces du passé, jusqu'à donner l'impression d'avoir appartenu à un autre temps, à une autre vie.

Comme pour se planter plus solidement dans le présent, le regard de l'Odysséen se planta dans celui du jeune homme. Il répondait à sa dernière question. Ou tout du moins, parait à cette question d'une façon qui la fit sévèrement froncement les sourcils. « C'est une devinette ? Une énigme ? » demanda-t-elle avec un petit sourire gêné, croisant ses bras sous sa poitrine comme si elle attendait qu'il clarifie ces indices qu'il semblait additionner comme s'il attendait qu'elle les réunisse de son côté et fasse tout le boulot. Comme s'il redoutait de lui donner une réponse. « Tu sais, j'ai vécu plus de trente ans là-haut, c'est un peu vague ce que tu me dis. » Ofelia aurait pu connaître ses parents, ou aurait pu s'occuper de lui ou de quelqu'un de sa famille, une fois, à l'infirmerie. Elle aurait pu le côtoyer de loin, grâce à des amis de loin, ou le croiser régulièrement dans les mêmes coins de l'Odyssée sans prendre la peine de le connaître davantage. Il aurait pu avoir été de la garde, lui aussi, et avoir été sous ses ordres, ou avoir appris les bases militaires de Richard, lui aussi. Les sourcils toujours froncés, Murphy leva le nez vers le chantier qu'il avait installé ici et lui présentait, comme pour changer de sujet. Avait-il des choses à se reprocher qu'il souhaitait ensevelir à coups de parades de ce genre ? Elle n'était pas dupe et ne perdait pas de vue ce mystère qui attisait de plus en plus sa curiosité, mais il avait réussi à attirer son attention sur les activités qui l'avait mené si loin de son camp. « Je reconstruis une maison au village, moi aussi. C'est un joli projet et un joli cadeau... » Et l'entendre mentionner un fils adoptif la radoucit subitement sans qu'elle ne puisse déterminer pourquoi. Elle pensait à Astrae, sans doute, sa filleule qui grandissait à vue d'oeil, petite étoile vive née sur une Terre qui serait son seul foyer. Son regard retrouva rapidement celui de l'homme, qui n'avait finalement pas besoin d'être contraint à la conversation pour aborder à nouveau ce sujet étrange d'une première rencontre oubliée. « J'étais et je suis militaire » répondit-elle simplement en écho à la présentation du Cent. Lieutenant dans la garde, mais ça, est-ce que c'était vraiment important ?

Instinctivement, les prunelles de Murphy quittèrent le visage de l'homme pour descendre à la paume de la main qui, doucement, s'ouvrait sur une petite figurine. Sa respiration se coupa quelques secondes alors que du coup de l’œil, elle devinait Antarès qui s'affolait tout autour de lui. Les doigts de la brune vinrent doucement chatouiller sa gorge dans un réflexe sonné, avec que son index ne vienne désigner le petit objet. « C'est... un hérisson ? » Elle leva un regard affolé vers le propriétaire de la statuette. « Tu... la... connaissais ? » Les images de sa tombe au village s'imposèrent à son esprit, et puis toutes les larmes qui avaient coulé dans le silence de hauteurs qui dominaient l'océan, dans les bras de celui qui avait tout absorbé sans rien dire. « Ne... lui parle pas de pommes, il en raffole. Mais c'est trop tard, je crois qu'il a compris » Elle parlait presque robotiquement, les yeux encore rivés sur le petit hérisson. Elle ne le releva avec violence que lorsqu'il lui proposa de donner son nom pour l'aider à se remémorer les choses. Mais se remémorer quoi ? Était-elle la seule des deux à qui faisaient défaut les pages de ce passé commun ? Tentait-il de lui faire comprendre qu'elle était stupide, ou bien qu'il ne présenterait pas ses propres souvenirs pas tant qu'elle ne parviendrait pas à raccrocher les siens à son minois ? Cherchait-il à retarder la remontée de ces souvenirs, ou bien carrément à les éviter ? Qu'est-ce qui se passait vraiment ? « Ecoute, arrête de tourner autour du pot. Si t'as quelque chose à me dire, tu me le dis. J'ai comme l'impression que j'ai pas besoin de me présenter, moi. Je me trompe ? » Les mains plantées à la taille, elle attendait qu'enfin on lui donne une réponse franche. Tourner les choses en énigmes et répondre à des questions par des questions, c'était perdre un temps monstre pour des conneries. Si leur passé commun révélait des différends ou des rancœurs, qu'il en soit ainsi. Murphy était capable de vivre en en voulant viscéralement à quelqu'un comme Chris; rien ne pouvait être pire que ça. La patience poussée à bout par la suite de parades adoptées en face, elle brisa la distance qu'elle avait instaurée entre eux et retrouva Antarès pour l'attraper et le serrer contre elle, prête à faire demi-tour si ces drôles de formes de sournoiseries n'étaient pas mises de côté. Putain, il était devenu lourd, ce con.

Spoiler:
J'espère que tu as passé de chouettes fêtes et j'en profite pour te souhaiter une très belle année 2019 Keep the Faith Ψ Murphy 2732326958
- Hit the Road -
Taël D'Arbanville
DATE D'INSCRIPTION : 16/04/2015 PSEUDO/PRENOM : Isaïah/Burning Soul MULTICOMPTES : Ozvan & Hyacinthe & Ten & Celeste ( ex Elouan ) & Tam-Tam MESSAGES : 13987 CELEBRITE : Aneurin Barnard COPYRIGHT : Alex Tempêtueuse :) & AVENGEDINCHAINS & Lux Aeterna & Rowen & Harlan METIER/APTITUDES : Cuisinier - Aide soignant/Leader Camp de vie TRIBU : Cent / Ex-kidnappé POINTS GAGNES : 618
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Keep the Faith Ψ Murphy Empty Re: Keep the Faith Ψ Murphy

le Dim 07 Avr 2019, 22:56

Murphy & Taël  #OldStories


Ce petit refuge, oui, il construisait laborieusement ce semblant de cabane, depuis presque deux ans, et il lui procurait la possibilité de s'isoler quand il en éprouvait le besoin. Au campement il se trouvait constamment en rapport avec les autres, en décidant de s'impliquer, enfin, dans leur mini société, il devait forcer son incapacité à s'ouvrir plus qu'il ne fallait à eux. Le kidnapping, puis le long séjour dans les Geôles le bouleversèrent si fort qu'il entreprit de se faire violence. Néanmoins il demeurait le besoin pour le bouclé de s'éloigner de la foule, enfin de ce qui restait des cent. Lui qui adorait les gens, qui possédait une empathie assez étonnante, ne parvenait pas à se dévoiler aux autres. Il se protégeait ainsi des trop nombreux départs, disparitions, morts ...

Tous ceux avec qui il créait un lien profond s'en allaient. Aussi bien les siens que les terriens. Après, il n'avait pas vraiment de relations avec les Odysséens, il préférait s'éloigner d'eux. Bien entendu il ne lui viendrait pas à l'idée de les attaquer ou même de les insulter, mais il ne désirait absolument pas créer des amitiés avec ces derniers. Évidement il ne savait pas réellement lutter contre sa nature, qui le poussait à tendre la main aux gens, ou se mettre en danger pour protéger un être humain quel qu'il soit. En plus le bouclé faisait parfois preuve d'une certaine maladresse due à sa spontanéité. Taël pouvait énerver ou attendrir  ... Il ne maîtrisait pas du tout l'effet qu'il provoquait sur les autres.

Complexe déjà dans ses agissements, face à la brune, il ne se comportait plus comme à l'habitude - déjà difficile à cerner -, et comme elle représentait un danger dans sa tête, il hésita un long moment entre la fuite et le rentre dedans. Sauf qu'il se contenta d'offrir des biscuits dans une danse de pas, en avant puis en arrière, qui ne ressemblait à rien. Alors tous les non-dits, les regards, les silences, les questions sans réponses, ainsi que les dialogues de sourds berçaient cette rencontre d'une atmosphère à la fois étrange et décalée.

« Je crois que c'est un trait commun des animaux domestiques, enfin ceux dont je m'occupe sont un peu pareils » loin de lui l'idée de comparer le gourmand à la fourrure crème aux moutons qui le suivaient en bêlant, quand il leur amenait un peu de bon grain. Ceux-ci savaient comme Antarès ce qui était bon et rare. Dans la lune, songeur, inquiet, le cuisinier parlait un peu comme un automate, comme s'il ne participait pas réellement à la conversation. Sur le qui-vive il éprouvait le sentiment de se tenir dans un léger brouillard, alors que son cœur sonnait la chamade. Taël il ressentait l'envie de partir de la jeune femme, il lui aurait d'ailleurs volontiers indiqué le chemin du retour, mais ça ne lui paraissait pas très civilisé. Le jeune homme ne pouvait s'empêcher d'éviter de vexer même le pire de ses ennemis tant qu'il ne le menaçait pas avec un couteau ou ne brandissait pas un fouet qui entamerait cruellement la peau. En fait lui et elles s'accordaient sur l'idée de se séparer sauf que le canidé lui ne l'entendait pas de cette oreille.

Ils s'engageaient donc dans des dialogues légèrement nébuleux.  Bien qu'éclairés par un soleil radieux, que la canopée tamisait comme si elle ciselait les feuillages pour en tirer une magnifique œuvre d'art dans laquelle trônait le bouclé, la brune et Antarès. Le cuisinier accomplissait un retour dans le passé, oh ... Pas aussi loin que lui eut pu l'emmener quand elle lui rappela les fameuses négociations. Il ne comprenait pas pourquoi elle le décrivait futé, ou à propos de quoi exactement, quand il n'avait fait qu'exprimer ses opinions. Et des vérités. Ou peut-être que parce que c'était elle, il se renfrognait et qu'il saupoudrait toutes ses paroles et ses actions de mauvaise foi.

« Oh oui ... Mais toi aussi tu as dit plein de trucs sensés » Et ça lui coutait un peu de l'avouer au cuisinier, car il aurait cent fois désiré l'accabler de reproches, la juger idiote ou simplette « Voilà pourquoi j'ai cru que tu étais un conseiller, après tout ...  » Il ne continua pas sur la lancée, cependant il supposait qu'elle aurait très pu parcourir du chemin de garde à conseiller, puisqu'avec de l'intelligence et un peu d'astuce tout paraissait permis. Puis il découvrait qu'elle n'en manquait pas « Ben c'est tant mieux alors, puis je sais pas si personne voudrait ça mais je pense que tu pourrais t'en tirer... »

Cependant il ne put s'empêcher de laisser poindre un sourire à l'évocation des ours roses « J'en ai croisé un ours, et crois moi il n'était pas rose, il à même faillit me tuer » Pourquoi donc allait-il lui raconter une telle chose, ça devenait presque une invitation aux confidences.

Non non surtout pas.

Telle une valse à milles temps ils revinrent  encore plus en arrière, à ce fameux événement - invitation - de Noël, cette époque ou le cuisinier cicatrisait encore de la mort de Rob et de tous ceux qui périrent lors du tremblement de terre. Lui, le bouclé cette fois-là il avalait le contenu de sa flasque quand il croisa le regard de la garde. Il fut terrassé sur place car tous ses souvenirs l'étouffèrent en se libérant sans prévenir. Ces instants si désagréables il faisait en sorte de les enterrer bien profondément. Le cuisinier il crut qu'elle aussi ... Pendant cette minute suspendue ou leurs prunelles s'accrochèrent. Puis plus rien ...

« Oui » lâcha t'il comme un écho se remémorant comment pendant cette soirée il endormit sa peine, ses craintes dans la boisson

« Oui c'est celui de Gamora »
Car même s'il n'apercevait plus cette dernière que très furtivement, entre les arbres, il ne se permettrait pas de l'évoquer au passé. Terrible comme elle lui manquait, il en aurait eu bien des choses à lui raconter « Et il en a rencontré d'autres depuis ? Faut dire que ça ne court pas les sentiers par ici » Sinon Taël reconnaissait intérieurement que la célébration de ce noël-là, bien que tricotée dans des millions de petites douleurs se révéla vraiment apaisante quand ils se réunirent tous autour de la table. Il l'oublia, il participa aux côtés de tous les autres, puis se découvrit un peu moins réticent envers les Odysséens sans pour autant accepter encore de se rendre chez eux.

Murphy le ramena dans le présent quand elle le relança au sujet de son interrogation très pertinente, essentielle dans ce dialogue à double tranchant.

« Non ce n'est pas une énigme, juste ... »

Les pupilles brunes plantées dans les siennes, le bouclé buta sur le dernier mot, en vérité il ne possédait d'autre explication que celle-ci ... Toutes les réponses qu'il lui donnerait se révéleraient justes. Taël il ne jouait jamais sur les  double significations, qui s'il taquinait un être qu'il appréciait et donc il commençait à se sentir proche. Ici il se découvrait légèrement coincer entre ses peurs et sa nature première, qui choisissait toujours d'accorder le bénéfice du doute aux vivants. Mais elle, souhaitait un oui ou un non qu'il se refusât de lui accorder pour le moment

« Et moi j'y suis demeuré vingt-six années, alors on a forcément dû se croiser avant que je sois arrêté » "Par elle", ça ne rendait pas moins son affirmation véridique. Les gardes, à l'époque il n'y faisait pas plus attention que ça, jeune adolescent de quinze ans, il ne tentait pas non plus de leur parler, il marchait indifférent à eux ou elles ... Il se dirigeait vers ce qui remplissait sa vie. Une simple poignée de cendres désormais.

Alors il dilua un peu tout ça en lui parlant de sa future cabane, après tout comme elle "s'enracinait" autant partager des paroles plus gaies et agréables. Quand elle lui annonça qu'elle poursuivait un projet similaire, elle titilla son attention, alors son visage s'éclaira de curiosité « Ah oui ? Et comment tu te débrouilles pour les fondations, moi j'ai un peu de mal à faire tenir ça, faut dire que je ne suis pas charpentier, même si depuis qu'on à atterri ici on est obligé de toucher à tout »

De plus, que la brune lui signifia qu'il s'agissait d'un joli cadeau le radoucissait face à elle. Après il existait peu de chance qu'elle infligea au petit James ce que lui et d'autres subirent dans l'espace. Séparer une famille pour toujours. Maintenant il en rebâtissait une et il se battrait pour la conserver. Cet enchaînement de pensées le poussa donc à lever le voile avec précaution, ainsi il lui montra son travail, encore fruste pendant que Murphy lui soulignait ses propres occupations.

L'ambiance fragile se perturba à nouveau quand il distingua de la panique sur le visage de la Brune

« Oui ... Oui »

Soudainement elle lui apparaissait particulièrement fragile, alors il avança d'un, deux, trois pas, inconsciemment, dans un désir impétueux de la consoler car il partageait cette peine ...

« Thaïs ? C'était ... »

Sa petite protégée secrète qu'il avait recouverte de son corps quand les Rahjaks jouaient avec leur fouet, des petites mains qui allégeaient ses épaules discrètement dans les cuisines, une journée à la mer pour tenir une promesse, l'aider à construire sa tour de sable, sa ...

« je voulais un jour apporter ça sur sa tombe ... »

Malheureusement pour le bouclé cette dernière se situait dans un endroit qu'il barrait d'un gros trait noir ...

Peut-être que c'était trop dur pour leur deux cœurs de s'arrêter sur cette disparitions tragique alors il s'occupa d'Antarès dont l'appétit ne rapetissait pas « Oh trop tard, alors si il aime bien je la lui offre de bon cœur, mais c'est la dernière qui me reste » termina-t-il en tendant le fruit au canidé qui s'empressa de l'engloutir.

La maladresse du Bouclé déchira le petit fil lâche qui commençait à se tisser entre les deux. Lui il ne voulait pas être reconnu, il souhaitait se blottir dans son anonymat alors qu'elle s'en retournerait vers les autres odysséens, afin qu'il puisse lui tourner le dos et reprendre sa construction. Cependant Taël ne pouvait, ni ne ressentait l'envie de se prétendre marionnettiste. Et les êtres humains ne se manipulent pas comme les pièces d'un échiquier, certains aiment à le croire, mais ils buttent bien plus souvent sur des obstacles qu'ils ne veulent l'admettre. Et ELLE, la brune, elle ne se détournait pas de son but, elle ne se contentait pas de miettes. Pas plus que lui ne l'eut accepté

« Je tourne pas autour du pot, je voulais juste que tu t'en ailles  »

Avoua-t-il en caressant Antarès qui tournait dans ses jambes comme un tourbillon, si bien qu'il finit par s'assoir sur une souche et y déposer le petit hérisson « Parce que c'est vrai qu'on se connait sans se connaître, si je te disais mon nom, de toute façon je pense pas que ça te rappellerait grand-chose, ici on me connait sous Taël, mais sur le papier c'est écrit Archentaël » Pas que ce fut si courant comme prénom, les autres levaient les sourcils au début quand ils l'apprenaient, si bien qu'il le raccourcit pour arrêter les moqueries « Archentaël d'Arbanville mais si ça te rien, je te rassure moi j'ai jamais su le tien » Parce qu'"on" s'était contenté de venir le chercher et de le traîner jusqu'à sa cellule pendant qu'il se débattait pour avoir le droit de dire aurevoir à la seule famille qui lui restait : Sa mère.  

Sur la balance la mémoire ne pesait pas de la même façon pour un acte qu'ils traversèrent à deux. La plume et le plomb. Le même poids. Une perception différente. Alors probablement que ces quelques paroles n'éclairaient pas plus l'esprit de Murphy. Parfois on était obligé de mettre les points sur les I, et cette fois la vie lui octroyait cette corvée. Pourtant il priait que le rideau tombe, que l'entièreté de cet événement se dissipe dans l'espace et que plus personne ne s'en souvienne ...

« Pour être plus précis, c'est toi qui m'as arrêté, mais je n'avais que quinze ans et c'était pour un vol de farine » Comme il prononçait ses mots, ses joues furent envahies de rouge, tel un coupable attrapé la main dans le sac. Plus d'une décade après la gravité de sa faute, sur L'Odyssée, lui assombrissait l'âme. Non pas que chaparder ne fut jamais une action acceptable, mais ici ça prenait une tout autre dimension. Cette vérité libérée, bizarrement il se senti moins oppressé Taël comme si toutes ces tergiversations ne se résumaient qu'à des jeux d'enfants. Il se taisait, n'espérait pas de réaction de la part de la brune, maintenant que toutes les cartes s'étalaient sur la table, elle reprendrait sa route ...

Assurément.


@Murphy Cavendish   Keep the Faith Ψ Murphy 1802821642  Laisse moi t'offrir cette rose ( que  tu pourras offrir à ton renard si tu le rencontres ) pour cet affreux retard :



Spoiler:

Puis ça devrait être beaucoup plus rapide désormais que j'ai beaucoup moins de rps
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Keep the Faith Ψ Murphy Empty Re: Keep the Faith Ψ Murphy

le Mar 30 Avr 2019, 03:57


❝ Keep the faith ❞
Murphy Cavendish & Taël d'Arbanville
(25 août 2118)


Quand elle quittait le village pour explorer le monde loin de ses occupations de patrouilleuse, Murphy n'espérait jamais grand chose. A force d'expériences, cependant, elle avait appris qu'elle pouvait s'attendre à quelques surprises, bonnes ou mauvaises. Les mésaventures se bousculaient derrière chaque arbre pour tomber sur le premier promeneur. Des fois, il se passait des semaines d'un ennui mortel, qui rappelaient à la brunette tout l'amour qu'elle avait de l'action qui faisait bouger et avancer l'état de ses connaissances et compétences face à ce monde. Pourtant, quand le hasard lui apportait des incidents et accidents à la pelle, elle se surprenait à s'ennuyer de l'ennui. Croiser un ours sur sa route, sous un demi-mètre de neige, ça n'était pas son truc. Mais parmi les inattendus que pouvaient apporter les escapades hasardeuses qu'elle s'offrait dès qu'elle le pouvait, il demeurait les belles rencontres, les belles découvertes, les hasards qui faisaient si bien les choses.

Cette rencontre, Murphy ne savait pas encore où la classer. Il n'y avait aucune menace, ni pour l'un, ni pour l'autre, c'était la seule évidence. Entre Cents et Odysséens, les choses avaient réussi à atteindre un équilibre qui laissait présager que le pire était à écarter d'emblée. Les exceptions n'étaient pas à éliminer d'office, mais elles pouvaient presque être écartées. En un contre un, l'exception pouvait être fatale, mais il suffisait d'un peu de jugeote et de sens de l'observation pour comprendre les intentions de la personne qu'on avait face à soi. Peu importe le drôle de truc qui flottait au-dessus de cette rencontre étrange, ce n'était pas de l'animosité. C'était quelque chose d'indéfinissable, même pour quelqu'un d'observateur et d'empathique comme Murphy. Ce qu'elle comprenait, c'était qu'elle n'était pas particulièrement la bienvenue ici. Elle-même n'avait pas quitté son village dans la perspective de faire ce genre de rencontres ou de s'imposer face à quelqu'un qui préférait cultiver les quelques heures d'une solitude qu'il avait dû gagner au sein de son groupe. C'était Antarès qui les retenait là l'un et l'autre. Pour l'une des premières fois, il se montrait incapable de lire dans les pensées de sa maîtresse, qui ce qui chiffonna un peu cette dernière, et particulièrement à cause de l'inconfort que ça générait chez les deux humains présents. L'impact ne représentait pas grand chose comparé à la fois où il avait décampé devant le danger d'un cyclone, mais il était suffisamment rare que Murphy ressente l'absence de ce lien pourtant habituellement solide entre elle et son chien qu'elle en était presque un peu sonnée. Lui tourner le dos après un salut poli au Cent changerait-il les choses ? Est-ce qu'Antarès la suivrait ? Rien n'était moins sûr : à cet instant précis, Murphy se sentait si déconnectée d'Antarès qu'elle voulait juste s'assurer qu'il rentrerait avec elle. Peut-être que lui donner un peu de cette liberté-là le ramènerait à elle d'ici quelques minutes. « Tu t'occupes d'animaux ? » releva-t-elle poliment en tentant de capter le regard du canidé pour lui faire comprendre qu'ils n'étaient pas spécialement les bienvenus ici et que c'était leur place de laisser son espace au Cent qu'ils avaient dérangé.

Mais puisque le moment semblait se prolonger indéfiniment, Murphy ne pouvait se contenter de rester les bras croisés en attendant qu'il passe. Il y avait toujours ce drôle de truc indéfinissable qui flottait au-dessus des trois têtes, et l'une d'elle était en train de puiser dans ses souvenirs pour tenter d'en comprendre les raisons. Ils s'étaient vus lors des premiers pourparlers officiels qui s'étaient tenus au printemps précédent, c'était une première certitude. Il y avait eu beaucoup de monde, ce jour-là; beaucoup de nouvelles têtes, beaucoup de Débarqués et beaucoup de Terriens. Pourtant, Murphy avait retenu le visage de tous ceux qui avaient contribué à la sagesse qui avait accompagné les présentations et négociations ce jour-là. Assis à la table où tout s'était passé, le jeune homme en avait fait partie. Ses contributions avaient fait partie de celles qui avaient rassuré Murphy sur la tournure que s'apprêtaient à prendre les choses ce jour-là. Ca, elle ne l'avait pas oublié. Mais elle ne grattait que la surface et il suffisait qu'elle regarde l'homme pour le comprendre. Il n'admettait qu'à demi-mots sa propre contribution. « C'est gentil... » souffla-t-elle, hésitante, sans le quitter des yeux. Il y avait plus que ça, que ce jour-là, que les interventions de chacun d'eux. Conseillère, pourquoi allait-il jusque-là ? C'était bien la première fois qu'on l'imaginait conseillère. Au mieux, un jour, elle prendrait la succession de Richard en tant que chef de garde, mais ce n'était pas dans ses projets. Elle préférait voir son ami exceller dans ce rôle. Elle était bien, lieutenant. Elle avait mérité sa place et se battait chaque jour pour prouver au monde qu'elle la méritait encore, même ici, même après tout ce temps, même après tout ce qui avait troublé l'équilibre de là-haut. Et puis, celui qui la voudrait conseillère n'était sans doute pas né : on la savait irrévérencieuse, bornée, portée par des idées qui l'avaient conduite dans les geôles odysséennes pendant quelques heures. Certains privilégiés savaient même que ses idéaux l'avaient menée plus loin encore, jusque dans les rangs d'une rébellion qui était morte presque en même temps qu'elle y avait mis les pieds. Quitter le mouvement avait été aussi évident que blessant. Ca avait été un aveu d'échec, le premier pas vers une résignation à laquelle elle n'était pas prête. Maintenant, que restait-il de ses ambitions de changer les choses, de bâtir un nouveau monde ici ? Plus grand chose; un tas de cendre encore fumant des braises sur lesquelles les rebelles avaient soufflé, et particulièrement l'un d'entre eux. Serait fou celui qui croirait en elle et à ses grands idéaux naïfs. Serait fou celui qui lui accorderait une mission rêvée et idéalisée au point d'en devenir irréalisable. Incapable d'unir une rébellion, incapable même d'y garder une accroche, Murphy avait simplement abandonné, et c'était peut-être l'une des choses qui l'avaient caractérisées toutes ces années sans qu'elle s'en rende compte : elle était une perdante, incapable de fédérer, incapable de se faire écouter ou comprendre, incapable de transmettre cette passion qu'elle avait pour le monde et ces mondes, ses mondes, incapable de communiquer son amour de l'autre et la persuasion qu'elle avait que tous avaient le droit à la parole et à ses propres rêves. Plutôt que d'inclure ses idées, les rebelles s'étaient repliés sur eux-mêmes, persuadés d'avoir le monopole d'une raison qu'ils semblaient avoir perdue au moment où ils avaient décrété que le dialogue avec autrui, y compris le Conseil, était impossible. Non, personne ne voudrait d'elle en conseillère et elle préserverait bien volontiers de cette drôle d'image quiconque aurait l'idée de lui donner des responsabilités qui la dépassaient. De toute façon, ça arriverait le jour où il pleuvrait des ours roses, et comme le soulevait l'homme, les ours roses qui tombaient du ciel ne semblaient pas être à l'ordre du jour. Elle eut un petit sourire en repensant à l'une des aventures qui l'avaient le plus marquée depuis qu'elle avait mis les pieds sur Terre. L'ours affamé était celui qui lui avait permis de faire la rencontre du rustre @Elias Caroll, mais le traumatisme de la course-poursuite demeurait. Elle en avait retenu que les ours pouvaient être parmi les prédateurs les plus menaçants de l'homme dans ces bois. On avait bien essayé de lui faire voir les choses autrement, mais sa peur n'avait été qu'exacerbée en ce jour d'hiver. Elle gardait la peau de l'ours comme une fierté, un passage de son histoire, mais aussi une nécessité. Il lui avait offert sa couverture la plus chaude et il lui arrivait parfois, dans les journées et nuits les plus froides d'hiver, de s'en couvrir pour arpenter le village. La fourrure de la bête était devenue l'un de ses biens les plus précieux, et c'était sans doute parce que ça s'était joué à si peu de choses qu'elle en prenait tant soin.

Mais des ours roses, après tout, peut-être qu'il en parcourait quelques uns dans ces bois ou dans d'autres bois. Les mystères et surprises de la nature n'avaient pas fini d'être révélés aux nouveaux venus. Peut-être que des ours roses étaient plus proches d'eux que ce qu'ils pensaient; avec la radioactivité dont quelques pouvoirs planaient encore, ce n'était finalement pas une idée totalement invraisemblable. « Je connais ça... » sourit-elle faiblement, compatissante, en se remémorant ces quelques infinies minutes où elle avait cru que c'était la fin. Et d'autres moments de presque-fin, depuis, avaient suivi. L'eau avait envahi ses poumons quelques semaines plus tôt, et elle avait cru mourir de la pire des façons, sans savoir si elle laissait au monde ceux qui avaient rendu le sien si beau. « On avait pas ça, là-haut, les ours. » Elle rit un peu tristement, parce qu'elle savait les menaces du monde nouveau et des ours affamés. On ne s'en remettait jamais totalement, mais c'était peut-être aussi ce qui faisait avancer : quand on oubliait pas, on apprenait.

Mais à côté de ces expériences partagées de loin, il y avait celles partagées d'un peu plus près. Les négociations avec les Terriens étaient revenues à sa mémoire, mais elles n'étaient pas les seules. Il y avait eu Noël, aussi : la rencontre d'Antarès avec un autre chien, et puis le sentiment revigorant d'appartenir à une famille, et puis l'alcool, et puis la fête, et puis lui, qu'elle avait vu du coin de l’œil. Elle se rappelait des bouclettes malgré tous les souvenirs qui étaient venus nourrir sa mémoire ce soir-là. « Gamora ? C'était la blonde ? » Elle se souvenait d'elle aussi, pour l'avoir embarquée malgré elle dans la petite bataille de neige qui avait eu lieu ce soir-là. « Il y a un autre chien chez nous, oui. » Frost, qui avait déjà bien grandi depuis qu'elle avait mis les pattes dans leur village pour la première fois. Et puis Antarès revoyait parfois sa famille canine, lorsque sa compagne humaine parvenait à voler quelques heures à Oona. A croire que les Débarqués s'amourachaient bien facilement des bêtes de ce monde, et que la réciproque était plutôt vraie aussi. Murphy pensait souvent aux besoins de compagnonnage d'Antarès : la solitude, pour un chien, qu'est-ce que ça valait ? Depuis que @Skylar Rees avait sa petite -maintenant grande- Frost, la question se posait un peu moins. Antarès aimait les Hommes desquels il était entouré ; il profitait de ses libertés de chien lorsqu'il était lâché dans les bois, non loin d'une Murphy qui avait appris à lui faire confiance. Ce qu'il faisait de ces moments ne la regardait pas. S'il revenait toujours vers elle, c'était pour une bonne raison, n'est-ce pas ? ils lui suffisaient --elle lui suffisait ?

Mais les interrogations se suivaient, comme pour les rappeler à ce drôle de truc qui demeurait depuis qu'ils s'étaient trouvés au milieu des bois. Murphy perdait doucement patience. Il y avait quelque chose. L'inconnu plantait son regard dans le sien comme si elle avait dû savoir qu'elle ignorait pertinemment. Ce n'était pas une énigme, lui affirmait-il sans pourtant lui donner plus de réponses ou un quelconque indice. Murphy grogna un peu, impatiente, les bras toujours croisés, alors que son regard se perdait une seconde sur son chien. Comme pour essayer de désamorcer la situation, elle rappela que toutes ces années là-haut, ça faisait beaucoup d'années. Murphy avait passé plus de trente ans dans leur capsule : ça laissait tout loisir de croiser des inconnus qui demeuraient inconnus. Là-haut, ça n'était pas comme ici-bas : ils étaient encore trop nombreux pour tous se connaître, même de loin. Là-haut, c'était ses proches et ceux qu'on croisait dans son quotidien qu'on connaissait. Ici, sur le village odysséen, les circonstances tragiques avaient fait que tous se connaissaient, au moins de vue. C'était là que résidait la différence entre deux milliers et deux centaines d'habitants. « Peut-être, mais quelque chose me dit que tu connais la réponse... » Ses bras se contractèrent sous sa poitrine alors qu'un sourcil s'arquait de curiosité et d'impatience.

Mais Murphy était bonne joueuse et s'il parlait de construire, c'était bien volontiers avec sa participation qu'il le ferait. « On a déjà des fondations. On a choisi les plus solides dans les ruines, et on reconstruit au-dessus. » Ca simplifiait probablement la tâche. Parfois, Murphy réalisait brusquement qu'elle était en passe, pour la première fois de son existence, d'avoir sa propre maison, son propre foyer. C'était un luxe qui n'était pour l'instant réservé qu'aux belles saisons qui toléraient les nuits à la belle étoile, mais les choses avançaient progressivement. « Je saurais pas te donner de conseils pour les fondations, du coup. » Elle haussa les épaules, un peu désolée.

Mais ses bras étaient toujours fermement croisés son ventre, parce qu'elle n'avait pas oublié les questions et les regards lourds d'un sens qu'elle ne parvenait pas à comprendre. C'est un petit objet, sans doute insignifiant pour beaucoup, qui la vit se transformer. L'hérisson de Thaïs. Sa gorge se noua brusquement. Il lui arrivait parfois de croire qu'elle arrivait à se reconstruire après cet énième deuil, et d'autres fois, comme c'était présentement le cas, il lui semblait qu'elle apprenait sa mort pour la première fois. Elle retint ses larmes, les sourcils froncés par la peine. « Tu... t'es jamais venu la voir ? » La question était peut-être un peu bête; sans doute l'était-elle, même. Elle pensait à @Isdès Hakantarr, qui n'avait même pas pu se poser la question. Murphy réalisait à peine le privilège qu'elle avait de pouvoir passer voir sa jeune amie tous les jours, si elle le souhaitait. Ou plutôt, c'était dans ce genre de moments qu'elle le réalisait. « Tu veux que je l'amène pour toi, ou tu veux attendre ton prochain passage chez nous ? » La proposition était sincère, mais Murphy savait que ce n'était pas le genre d'hommages que l'on faisait passer jusqu'à son destinataire via un intermédiaire aléatoire. C'était à l'inconnu de faire ses démarches et son deuil. « J-je suis désolée pour Thaïs... on a tout fait pour la sauver... mais il était trop tard. » Elle pensa à @Nadja Wolkoff, à sa main qu'elle avait serré fort dans la sienne, et puis aux derniers instants de Thaïs auxquels elles avaient assisté ensemble, démunies face à l'irrémédiable.

Même si quelque chose semblait un peu déconnecté entre eux, c'est Antarès qui la rappela sur Terre et à la réalité. Il avait déjà englouti la pomme de l'étranger, malgré le refus poli de la patrouilleuse. L'étranger, lui, ne comptait vraiment pas le rester. Il se proposait à une piqûre de rappel, et Murphy se sentait de plus en plus oppressée. Les deux souvenirs qu'elle avait retrouvés n'étaient pas suffisants. Même s'il prétendait l'inverse, il tournait clairement autour du pot, et c'était quelque chose qui lui insupportait. En admettant qu'il avait juste voulu qu'elle fasse demi-tour, c'était d'ailleurs ce qu'il continuait à faire. Il tournait autour du pot comme si c'était un sport national. Silencieusement, Murphy le regarda s'installer et installer à ses côtés le petit hérisson. Antarès finissait de se lécher les babines après la pomme qu'on venait de lui offrir, et comme s'il sentait que quelque chose n'allait pas, il se rapprocha de Murphy, tourna un peu autour d'elle, et se dressa fièrement à ses côtés en attendant de voir la tournure que prendraient les choses. Il était sage, la langue pendante, mais le soutien dont semblait avoir besoin son humaine à ce moment-là. Mais le Cent continuait de tourner en rond; il donnait son prénom en affirmant que ça ne l'aiderait de toute façon pas. Il ne se trompait pas : ça ne l'aidait pas. Mais il voulait lui dire quelque chose, lui reprocher quelque chose : c'était tout ce qu'elle déduisait de ces demi-aveux qui approchaient de la réponse finale sans jamais la donner. Le regard de la brune se faisait sévère. S'il était incapable de lui reprocher ce qu'il avait à lui reprocher, alors elle ne se ferait pas prier pour tourner les talons. Tous les deux retrouveraient le confort de leur petite vie très rapidement.

Mais à toute vitesse, son cerveau essayait de faire des connexion. Elle savait les esprits qu'elle avait échauffés au cours de sa vie. Il s'agissait de collègues, de supérieurs, de jeunes avec qui elle avait été formée, de gamins qu'elle avait côtoyés dans son enfance. De tous ceux là, elle se souvenait parfaitement. Mais elle n'était ni bête ni naïve : la plupart de ceux qu'elle s'était mis à dos avaient dû l'être à travers son métier. Etre militaire, c'était accepter cette part de responsabilité qui n'était pas tout à fait la sienne, et la culpabilité qui pouvait en découler. C'était pour ça qu'on l'avait parfois critiquée dans ses manières : elle privilégiait le dialogue quand il était possible, la douceur à la violence, la délicatesse de l'empathie à la rudesse des insultes inutiles. Celui que l'on appelait Archentaël devait être de ceux qui avaient croisé son chemin de militaire là-haut, alors.

Il finit par lui accorder cette vérité à demi-mots. « Oui, j'étais militaire », lâcha-t-elle l'évidence sans trop savoir quelle attitude elle devait adopter. Les traits du brun lui revenaient doucement dans des souvenirs d'arrestation, mais Murphy n'était même pas sûre de leur authenticité. Son cerveau était peut-être en train de recréer quelque chose tout seul, comme pour combler l'absence, justement, d'un réel souvenir. Les arrestations avaient tristement fait partie de ses missions. Elle s'était toujours fait un point d'honneur à les effectuer le plus humainement possible. Mais quand elle était jeune et simple garde, Murphy avait eu plus de mal à se faire entendre. Elle n'avait pas à s'excuser d'avoir fait son métier et elle ne le ferait pas. Les règles existaient pour leur survie à tous, là-haut. « T'aurais pas pu me le dire depuis le début ? Je suppose que t'espérais que les militaires qui t'ont arrêté étaient morts dans le crash. Désolée de te décevoir et de t'infliger ma compagnie. Je vais te laisser », répliqua-t-elle un peu plus sèchement qu'elle l'aurait souhaité. Il y avait quelque chose là-dedans qu'elle n'aimait pas. Peut-être était-ce les souvenirs du débat avec Andromeda qui lui revenaient : elle savait que si on ne voulait pas comprendre leurs dirigeants et les militaires qui appliquaient les lois, on ne pouvait pas les comprendre. Murphy n'était pas là pour faire changer le Cent d'avis. Elle savait que la barrière était déjà dressée, et comprenait qu'elle l'avait été depuis le début.

Spoiler:
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Taël D'Arbanville
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Keep the Faith Ψ Murphy Empty Re: Keep the Faith Ψ Murphy

le Ven 07 Juin 2019, 21:55

Murphy & Taël  #OldStories


Parmi les multiples découvertes qu'il fit à son propre sujet, il existait ce truc entre lui et les animaux. Taël n'aurait su lui donner un nom particulier, parce qu'on ne parlait pas d'empathie envers les bêtes sur l'Odyssée, mais il apparaissait que cette profusion à engranger les émotions humaines englobait ces derniers. Et si généralement il ne voyait pas retour de la part des hommes, l'animal lui semblait le ressentir beaucoup plus. Ainsi, par la force des choses, en plus de toutes ses activités, il en était venu à s'occuper beaucoup plus souvent de ceux qu'il gardait captifs. Bon à propos de l'ours qui lui courut derrière les données ne se présentaient pas de la même façon. Et sans qu'il l'ait cherchée, elle s'établissait très bien avec Antarès, ce qui il l'ignorait laissait très perplexe la femme qui accompagnait le canidé.

Oh il ne souhaitait pas lui dérober, son petit James lui octroyait déjà trop de boulot, mais le bouclé imaginait bien un futur avec le môme plus grand et courant avec un jumeau d'Antarès. Son intérêt s'aiguisait donc sur la provenance de ce dernier, obturant légèrement le malaise qui s'installait entre ELLE et lui, sans qu'aucun mot agressif eût été lâché d'un côté comme de l'autre « Oui... Enfin de ceux que j'ai pu récupérer après le cyclone ... D'ailleurs c'est même un des vôtres qui m'a aidé à refaire la barrière ... Devos » ( @Devos Acciaro )

Seulement après s'être exprimé le bouclé remarqua qu'inconsciemment il venait de les décrire comme "Les vôtres", appuyant ainsi sur la faille qui se dressait encore entre eux dans son esprit. Taël fut tenté de rembobiner, puis de reformuler, mais pour une fois brida sa spontanéité qui le menait toujours tout droit à la maladresse. Le plus souvent très mal interprété par ses interlocuteurs. Pas besoin de se justifier sur cette petite mise en distance qui sans ce que fut désiré accentuait celle qu'ils creusaient avec leurs grands sabots imaginaires.

Toute cette atmosphère l'empêchait d'être le Taël de tous les jours, transportant ses fêlures, ses refus, ses qualités autant que ses défauts. Ses propres paroles sonnaient caduques à ses oreilles, et il était assez malin pour penser que ça devait lui faire le même effet à elle. En plus leur conversation ne menait nulle part, complétement décousue comme une main qui essayait de retenir l'eau qui coulait entre ses doigts « Ce n'est pas gentil ... C'est vrai » Appuya-t-il en plongeant ses prunelles dans la verdure chatoyante qui les entourait.

Dans cette nature par moment effrayante il y puisait la force d'affronter ses peurs quand tout se vautrait par terre. Le bouclé se laissa distraire par le chant d'un oiseau que le gamin adorait entendre, alors son visage s'éclaira soudainement au milieu de ce calme perturbant dans lequel ils bâtissaient leur rencontre.

Ce qui se décantait dans la tête de la brune, l'ancien condamné l'ignorait. La profondeur des blessures intérieures ne se reflétaient pas sur le visage de Murphy. Tout un monde qui se dissolvait à son regard. L'un comme l'autre se positionnaient à des milles de la réalité de celui qui lui faisait face. Jusqu' alors leur histoire se résumait à des entrechats ... Comme un pas de danse qui s'esquivait pour ne jamais parvenir à une fin.

Pourtant il existait des connections à la fois graves et légères comme cet ours. Une infime seconde le bouclé imagina un Ursidé parcourant les couloirs de l'odyssée « Ouaih on aurait pas été très compatibles eux et nous ... Il n'y aurait pas eu de la place pour tout le monde, et je crois pas qu'on aurait pu leur donner de la nourriture adéquate, ou ça aurait plutôt été nous. Mais je pense qu'un renard ou deux nous auraient pas fait de mal » D'autres préféraient les lapins, mais pas lui, il regardait ces petites boules rousses avec admiration, parfois il restait de longues heures à les observer quand l'occasion s'offrait à lui. Certainement elle s'en moquait la garde, et lui perdait du temps bêtement à lorgner ces petites bêtes « Quand même mes yeux ne se lassent pas de ce que cette terre nous offre, ça aurait été dommage de finir là-haut sans jamais avoir la possibilité de tout connaître » Enfin, lui, Taël demeurait sous l'impression qu'il ne s'en fatiguerait jamais.

Les boucles de sa chevelure de jais s'agitèrent sous un léger souffle, à moins que ce ne fut l'évocation de Gamora qui ne le laissait jamais insensible. Parce qu'il la perdit pour la retrouver puis en quelque sorte l'égarer à nouveau « Gamora, elle est pas blonde ... » Protesta-t-il vivement « Enfin peut-être qu'avec le soleil ça peut donner cette impression »

Une autre découverte étonnante, ce que l'astre du ciel transformait comme la couleur de la peau - au point de vous brûler parfois - ou les mèches plus colorées qui apparaissaient dans une chevelure. Enfin des petits détails parfois si bizarres qui ne se produisaient pas quand ils vivaient dans l'espace « Oh et vous les avez trouvés comme ça les vôtres ? Perdus dans la forêt comme Gus ? » Ça l'intriguait le cuisinier, non pas qu'il souhaita forcément tomber sur un canidé qu'il apprivoiserait, mais il avait pu lire dans les archives que ces animaux domestiqués gardaient les troupeaux, ça pourrait se révéler pratique pour leur petit cheptel. Puis il se disait que ça ferait un bon compagnon, et une sécurité pour le petit James.

Surtout il voulait s'éloigner du sujet que la brune s'efforçait de déterrer, il détestait vivre dans le passé désormais, et elle ... L'y renvoyait sans pitié aucune. Visiblement elle ne lâcherait pas le morceau alors qu'il eut été si simple de lui tourner le dos, puis de continuer sa route sans s'alourdir de ces vieilles histoires.

D'un geste indécis il chassa la suggestion de Murphy, comme quoi il connaissait la réponse. Bien sûr que oui, mais plus ils se rapprochaient de la vérité, moins il désirait l'aborder. D'ailleurs le bouclé regrettait de s'être laissé embarqué dans des explications fumeuses. Parce que ça ne lui ressemblait pas. Il fuyait ou fonçait mais ne demeurait que rarement dans l'entre deux. Et Taël il distinguait très bien l'énervement qui se dégageait de la jeune femme. Ça le contrariait, tout comme cette dernière, alors il évita une fois encore de sauter les deux pieds dans l'eau. Il l'entraîna vers un terrain moins miné mais qui lui tenait néanmoins très à cœur.

Les fondations, les constructions, des nouveaux abris et comment faire en sorte que ça tienne debout sans vous tomber sur la tête « Oh ça c'est une chance, nous on a dû se débrouiller avec ce qui nous restait et ce qu'on trouvait » Après les cent, ils explorèrent aussi les environs, les diverses ruines, mais jamais ils ne songèrent à s'y installer. Fallait accorder ça aux odysséens, ils se démerdaient pas mal à leur manière. Il grimaça légèrement quand elle déclara ne pas pouvoir l'aider en aucune façon « Mais peut-être que tu pourrais jeter un coup d'œil et que tu verrais des trucs qui m'échappent ? Enfin si tu veux ... » Un pas vers elle, parce que la nature de Taël ne se complaisait pas dans la guerre ou le drame.

Cependant celui-ci réussissait toujours à retomber sur les épaules du cuisinier afin de titiller les plaies encore ouvertes du jeune homme. Lui il s'escrimait à exorciser la perte de sa petite sauvageonne en sculptant ce hérisson qu'elle trimballait partout, qui représentait un de ses trésors. Pourtant là tout de suite ça le renvoyait à son chagrin qui lui apparaissait par moment inextinguible

« Non je suis jamais venu ... »

*Chez vous* avoua-t-il en relevant la tête pour surprendre ce qui ressemblait à l'éclat d'une larme dans les prunelles de la brune. Pouvait-il encore se désigner surpris que la gamine eût touché autant de gens ? Bien sûr que non, elle fut une des premières à le ramener vers l'humanité quand il fuyait tous les autres « C'est gentil mais c'est un truc que je dois faire moi-même ... Et je dirais plutôt le premier passage » S'il s'accomplissait un jour, s'il parvenait à passer au-dessus des ressentiments qu'il éprouvait pour les Odysséens. Lui pourtant si peu rancunier, lui qui détestait vivre dans les émotions négatives.

A présent la mélancolie colorait les expressions de son visage. Ici tout était à la fois si beau et si difficile « Je l'ai retrouvé le premier dans la tempête quand... » Quand il essayait de raconter ce moment crucial sa langue le brûlait si fort que les mots s'incendiaient entre de ses dents avant même de passer le seuil de ses lèvres « Je sais ... »  

Toute la dualité de cette rencontre se noyait dans ce qu'il apprenait de l'Odysséenne à travers les bouts de phrases qu'ils s'envoyaient et ce qui avait consisté à représenter sa réalité des Odysséens, et de Elle. Au fil des ans elle devenait l'ennemie, celle qui cristallisait toutes les injustices qui le démolirent à petit feu dans sa cellule. Et maintenant, il n'existait aucun monstre à ses côtés, juste une femme, humaine, comme eux tous qui courraient en ce monde. Et parce qu'il possédait une timidité exacerbée qui le conduisait tout droit vers la gaucherie il lui assena son souhait de la voir déguerpir.

Au fond il ne le pensait plus qu'à moitié ...

Forcément il ne s'attendait pas à ce qu'elle lui fasse une grande accolade en le remerciant de sa franchise. Qui ne se fut pas manifestée si elle ne s'était obstinée à lui tirer les vers hors du nez « Je ne souhaite jamais la mort des gens » Protesta-t-il avec véhémence dans une tonalité qui suintait la sincérité. A vrai dire, voilà une option qu'il n’envisagea pas une seule seconde.

« Oui, à l'époque … » Taël se découvrait prêt à se lancer dans une longue diatribe quand il se souvint que « Je ... J'étais pas au mieux quand vous êtes arrivés, je venais d'être enlevé par ceux du désert alors en vrai j'y ai pas songé avant un moment ... Mais quand j'ai réalisé j'ai juste pensé que je voulais jamais vous voir, que ça aurait cent fois mieux si vous étiez restés au-dessus »

L'esprit de Taël les visait au pluriel. Pas simplement Murphy. Après, tout s'entremêlait, parce qu'il n'était pas très apte à se remémorer leur arrivée alors qu'il se réfugiait dans un monde noir et sombre ou rien ne l'atteignait afin de ne pas affronter la mort de Lou ... Et cette virée obscure, noire et ténébreuse dans les geôles pourries de la cité de feu.

« J'aurais pu oui ... Mais parfois j'agis comme un idiot » Voilà qu'il sentait ses jambes devenir molles, un mal de tête envahissait son cerveau. Non non pas maintenant ... Pas d'engourdissement pour cause de trop d'émotions

« Ne t'en va pas »

Laissa t'il échapper alors qu'il s'appuyait contre un tronc, parfois quand il parvenait à maîtriser sa respiration, ça s'en allait. Rarement « Je veux dire pars pas parce que je suis un con, mais juste parce que tu as des choses de prévues » Un peu endolori il se retrouvait à court d'arguments, d'ailleurs il ne comprenait pas vraiment pourquoi il lui demandait soudain de rester. Son impulsivité le surprenait souvent, le devançait dans ce qu'il comptait exécuter, le détournait parfois de ses buts ...

« Ou alors dis-moi au moins comment tu t'appelles avant de t'en aller » Bah oui maintenant que l'essentiel venait d'être balayé pourquoi s'encombrer de trop politesse, après tout, la première rencontre ayant été une arrestation plutôt rude et musclée, ça ne pouvait que s'améliorer. A présent qu'il s'avérait que la méchante avait surtout fait office d'épouvantail pour épingler sa rage et sa colère pendant toutes ses heures solitaires dans sa prison au-delà des nuages.

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le Jeu 20 Juin 2019, 04:09


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Murphy Cavendish & Taël d'Arbanville
(25 août 2118)


Il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond dans cette rencontre et la conversation qui en était née. Il y avait trop de temps morts et d'hésitations, trop de regards fuyants et d'un langage corporel qui inspirait la fermeture. Murphy avait déjà fait bien des rencontres au détour de patrouilles ou d'escapades personnelles destinées à assouvir son besoin d'action. Les intentions de chacune des personnes qu'elle avait croisées dans la forêt avaient toujours été limpides dès les premiers instants. La haine et le rejet se lisaient dans le regard sans y ajouter la nécessité de longs discours ou de listes de reproches héritées de groupes qui ne s'étaient que trop peu mélangés. La méfiance était souvent celle qui dominait : c'était un entre-deux qui suffisait aux premiers contacts, car il n'empêchait pas la discussion ou la découverte. C'était un premier rempart à faire tomber, et souvent un premier rempart qui parvenait à tomber en quelques minutes ou heures à peine. Mais le rejet, lorsqu'il existait, n'allait pas sans une haine qui déformait les traits. Ici ? Ici, il n'y avait que le rejet et l'enfermement, mais aucune trace de cette hostilité qui avait déjà poussé un homme à prendre les armes face à elle et @Tennessee Brontë-Sand. Que devait-elle comprendre, alors, de la lourdeur qui se dégageait du moment ? Il y avait quelque chose qu'elle ne savait pas. Peut-être n'était-il pas seul; peut-être l'avait-elle surpris dans un moment tout particulier et n'attendait-il que son départ ? Mais elle n'était pas naïve pour autant. De l'eau avait coulé sous les ponts mais elle n'avait rien oublié de la dualité qui existait entre les deux camps. Ils étaient Débarqués ensemble, ils étaient Odysséens ensemble. Mais ils étaient premiers arrivés et seconds arrivés; ils étaient contraints par leur condition de prisonnier ou contraints par la force des choses. Elle ne l'oubliait pas, que le jeune homme était un Cent et qu'elle faisait partie de ceux qui étaient restés dans le vaisseau lorsqu'il en avait été éjecté dans une petite navette à peine fiable. Elle n'oubliait pas non plus les différents points de résistances qui existaient face à une potentielle réunion entre les deux groupes. Après tout, rien ne prouvait que le jeune homme ne faisait pas partie de ceux-là et si c'était le cas, Murphy ne prendrait pas le risque d'envenimer la situation et s'évaporerait aussi vite que possible. Elle avait appris à ses dépends qu'il était souvent bien vain de tenter de changer les idées de quelqu'un qui n'acceptait pas qu'on lui offre d'autres points de vue que le sien. Elle avait essayé d'apporter du relief à l'avis enfermé d'Andromeda vis-à-vis de ses aînés, et lamentablement échoué. Elle avait appris qu'il n'y avait que le temps qui pouvait faire changer les opinions les plus profondément ancrées dans les esprits. Ce n'était pas tout à fait son combat -dans cette bataille contre le communautarisme, Murphy devait un rôle passif, attentif mais spectateur. Si le brun face à elle était de ceux qui éprouvaient encore des ressentiments face au reste de son Odyssée native, elle ne chercherait pas l'affrontement ou la contradiction.

La conversation, alors, flottait autour de ce truc, peu importe ce qu'il était. Elle avait l'impression de tourner autour d'une cible, Murphy, et sa frustration grimpait progressivement. Ils étaient à deux doigts de parler de la pluie et du beau temps, et elle ne savait pas sur quel pied danser. « Oh, Devos... » répondit-elle simplement avec un petit sourire, sans aller jusqu'à préciser qu'il parlait de l'un de ses amis. L'Odysséen lui avait expliqué où il était pendant le cyclone, et voilà qu'on rajoutait quelques cases à cette aventure qui demeurait floue dans l'esprit inquiet de la militaire. Quelque part, ça la rassurait de savoir que son ami avait croisé des chemins pendant cette demi-apocalypse et lorsqu'il avait été temps de s'en relever. Mais si l'inconnu entretenait des rapports cordiaux avec certains Odysséens, ça compliquait ses questionnements. Peut-être qu'il n'était pas de ceux qui auraient préféré continuer à refuser tout contact avec eux, alors. Mais qu'est-ce qui pouvait bien le retenir en arrière comme ça ? Murphy pouvait presque imaginer l'épée de Damoclès au-dessus de la tête du jeune homme tant il semblait sur ses gardes. Elle ne pouvait tout de même pas paraître si menaçante... on lui avait déjà bien fait comprendre que ce n'était pas le cas de cette pauvre petite militaire à la stature fluette. Il y avait pourtant ces vous et nous qui persistaient, cette barrière invisible qui s'insinuait jusque dans le choix des mots. C'était une première voie, une première réponse. Peut-être Murphy était-elle tombée sur un Cent qui était en plein dans ce voyage qu'elle n'était censée qu'observer passivement ; peut-être qu'il avait le pied entre le rejet et la création d'un lien, qu'il ouvrait doucement les yeux sur ce qu'elle considérait être leur avenir à tous -celui qui les ferait tous avancer, tout du moins. Mais elle s'accrochait et elle cherchait ce qui pouvait laisser ce drôle de truc entre eux. Il ne s'agissait pas seulement de cette dualité entre Cents et Odysséens. Alors elle se remémorait leurs rencontres : il y avait leur première rencontre avec les Terriens, et puis il y avait ce fameux Noël qui avait prouvé à tous qu'une cohabitation était possible, si on étirait la soirée de fête en toute une vie de bienveillance. Lui non plus n'avait pas oublié les pourparlers avec les Terriens du nord, mais plus les répliques se succédaient, moins Murphy comprenait. Il la confondait avec un conseiller, et voilà qu'il refusait d'être aussi gentil qu'elle l'affirmait. C'était un drôle de compliment que celui qui était servi sur son lit de regard fuyant. Elle n'avait jamais appelé aux compliments et la voilà qui dressait de nouvelles barrières instinctives de méfiance, persuadée qu'on cherchait à la caresser dans le sens du poil. Ca manquait trop de conviction pour ne pas être accompagné de non-dits. Elle arqua un sourcil courroucé et soupira avant de lâcher un automatique mais tout aussi peu convaincu « merci... » pour clore le sujet.

Le mystère demeurait et Murphy commençait à reconsidérer ses doutes. Après tout, elle était empathique mais ne possédait aucun super-pouvoir capable de lui faire lire les pensées de ses interlocuteurs. L'erreur était humaine; peut-être percevait-elle mal ce qu'elle était si persuadée de bien percevoir. La conversation continuait de dévier, labyrinthe sans fin, évincement continu de la question qui lui triturait les méninges. Les ours ? A côté de ce fameux questionnement, c'était de la petite conversation polie, des banalités superficielles destinées à faire passer le temps et, sûrement, la gêne. « Ouais... » répondit-elle simplement aux images créatives et inattendues que dressait le jeune homme. Il semblait bien plus déterminé et motivé qu'elle à se plonger dans n'importe quoi d'autre que ces interrogations qui continuaient de trotter là. Il était probablement à deux doigts de commencer à commenter la météo du jour. Mais les banalités continuaient et ce n'était pas du ciel qu'on parlait maintenant; c'était de cette planète. En quelques mots à peine, de quoi continuer de s'éloigner de son objectif de réponse. « Ca aurait surtout été dommage qu'on finisse tous par crever là-haut par manque de ressources. » Sa réplique était un peu plus sèche que prévue, beaucoup trop impulsive, mais pas moins sincère. Elle n'oubliait pas que c'était face à un Cent qu'elle était, et donc pas non plus tous les reproches que beaucoup d'entre eux continuaient de faire à leurs aînés, comme s'ils avaient oublié que l'Odyssée avait aussi été la leur -était aussi la leur. Leur chute ici, à tous, aux premiers comme aux seconds, ça avait été une question de survie. Rien de plus, à la base -s'ils avaient appris à découvrir ce monde et ces beautés timides, ce n'était pas par choix. Ca n'avait été le choix d'aucun d'entre eux, pas même du Conseil : ça avait été dicté par leur instinct de survie.

Mais Murphy semblait doucement se rapprocher du but, ou doucement recoller quelques pièces du puzzle aux milliers de pièces. Noël, la neige et la rencontre des deux chiens; Thaïs, les boules de neige, et puis cette jeune femme avec qui elle se sentait liée sans même qu'elles n'eussent échangé un seul mot. Deux canidés avaient rejoint les rangs des Débarqués, et elles en étaient toutes les deux les deux compagnes. Malgré tout, il semblait que ses souvenirs n'étaient pas aussi précis qu'elle l'aurait pensé. « Oh, j'avais souvenir qu'elle avait les cheveux clairs mais je dois me tromper... » s'excusa-t-elle, penaude pendant une petite seconde à peine. Ses souvenirs s'étaient probablement un peu pixelisés depuis cette fameuse nuit de Noël, mais elle n'en faisait pas grand cas. Ce qui restait, ce qui restait une certitude, c'était la présence du jeune homme. Et cette fois, si on contournait la question de la météo avec brio, on abordait le sujet des chiens. Et l'autre s'appelait Gus, et Murphy leva son regard vers le jeune aux boucles brunes. Gus, comme Gustave ? Comme son fidèle ami ? Certaines choses lui échappaient, et ce n'était pas sans la rappeler à cette éternelle question : qui était-il, lui ? Pourquoi ces regards, pourquoi cette méfiance, pourquoi ce contournement majestueux du sujet des souvenirs communs ? « Non, je connais une Terrienne... » Et bien loin d'elle l'idée de détailler sa relation à Oona avec un inconnu. Ce que la jeune Athna et elle avaient ne concernaient qu'elles. C'était leur petit jardin secret auquel @Skylar Rees avait été le seul à s'être vu offrir un accès.

Mais il contournait, il contournait dans une spirale infinie, et Murphy sentait peu à peu ses nerfs lâcher. On ne pouvait pas tester sa patience de la sorte : il se foutait de sa gueule et il espérait sans doute l'intervention d'un divin esprit pour le libérer plus tôt que tard de cet exercice d'équilibriste. Mais c'était mal la connaître : elle était tenace, Murphy, et ne comptait pas lâcher le morceau avant d'avoir cette réponse définitive qu'on cherchait tant à lui cacher. Alors plutôt que de continuer à laisser le Cent feinter, elle attaquait de front. Peut-être que ça lui donnerait un embryon de réponse. Son geste vague qui fendit l'air comme si de rien n'était la laissa bouche bée. Venait-il de la faire taire sans prendre la peine de mettre des mots sur le sentiment de supériorité dont se gonflait son ego ? Elle eut un mouvement de recul outré, les sourcils arqués à en rejoindre les étoiles. « C'était quoi, ça ? » demanda-t-elle dans un bref sourire crispé, une main dressée devant elle, comme si elle brandissait un stop face à la pente de l'irrespect qu'il dévalait.

Les choses se présentaient mal. En peu de temps, en quelques échanges à peine, Murphy avait décidé qu'il ne s'agissait pas de n'importe quelle autre rencontre. Elle avait laissé sa diplomatie de côté, parce qu'elle répondait à tout ce que l'homme avait dressé devant lui avant même qu'elle n'ait eu le temps de le saluer ou de se présenter. Cette rencontre, pour une raison qui lui demeurait totalement obscure, était toute particulière. Et Murphy, même si elle était capable de rester calme et sereine dans les plus critiques des situations, ne laissait personne s'essuyer les pieds sur sa carcasse. Elle voyait bien ce qu'il faisait, lui. Il continuait à éviter la zone critique comme si elle était incapable de s'en rendre compte, comme si elle était manipulable à souhait, comme s'il pouvait la prendre par la main pour la diriger vers un coin qui n'aurait rien à voir. Mais elle, elle résistait et tirait dans l'autre sens.

Mais même cette tentative d'esquive, il la faisait mal. Non seulement Murphy lisait parfaitement dans son jeu et ne se laissait pas avoir par l'écran de fumée qu'il dressait maladroitement devant elle, mais en plus il agitait devant lui ce qui semblait être un drapeau de reproches à ajouter à tout le reste. C'était peut-être parce qu'il était un Cent qu'elle lisait dans ce qu'il disait ce genre particulier de messages; ou bien peut-être était-ce un agacement nouveau qui s'ajoutait à toutes les raisons qu'elle avait déjà de se braquer. Mais quand il disait « nous, on a dû se débrouiller », Murphy entendait « par votre faute » et « on a pas eu votre chance ou votre culot ». Alors son soupir fut tout sauf discret ou bref. Il s'éternisa quelques instants et son visage n'essayait même plus de masquer ce qu'elle pensait de ce qui se passait. Quand elle affirmait ne pas pouvoir l'aider, par contre, c'était sincère. Sa maison, elle la reconstruisait à coups de bricolage et de techniques apprises par-ci par-là et presqu'aussitôt oubliées. S'il voulait une maison solide, le Cent ferait probablement mieux de se référer aux sources premières de savoir; s'il lui accordait sa confiance, il devrait s'attendre à n'obtenir que des connaissances passées par le prisme de Murphy, et ça ne valait rien de très prometteur. Mais après tout... peut-être était-ce là encore et simplement une technique pour contourner ce qu'elle cherchait tant. Si l'objectif de Murphy était d'obtenir une réponse définitive à sa question, celui du jeune homme était de la contrer jusqu'à ce qu'elle s'épuise. Aucune technique n'était à exclure, probablement, pas même la demande de conseils. « Si tu veux, mais je me porte garante de rien... » Elle haussa les épaules, consciente d'avoir abdiqué face à l'une des parades utilisées contre elle et sa soif de faits.

Mais pourtant et malgré tout, l'énervement était capable de fuiter à travers tous ses pores. Le voilà qui disparaissait, d'ailleurs, qui s'évaporait pour laisser place à ce chagrin qu'elle avait trop souvent et trop longtemps connu. Le fantôme de Thaïs s'était mêlé à la conversation, rappelant à Murphy tout ce qui les liait les uns et les autres; les Hommes et les souvenirs, les malheurs les plus atterrants et les joies les plus majestueuses. A ce moment, ce qui la liait à son tortionnaire du jour, c'était Thaïs, et ses traits s'adoucirent sous le poids de la peine. Si lui venait honorer la tombe de la jeune fille, ce serait sa première visite chez eux. Première visite... dans de telles circonstances, que devait-elle penser de cet aveu ? Était-il finalement de ceux qui se préféraient groupe solitaire et farouche ? « Les portes te sont ouvertes. On a encore jamais mangé personne » se contenta-t-elle de répondre dans une tristesse teintée d'une pointe d'amertume. Elle avait de plus en plus de mal à comprendre cette défiance absolue qui animait encore des individus des deux côtés. Comment la curiosité pouvait manquer à ce point-là ? Comment l'envie d'avancer pouvait être inexistante au point de refuser ce trajet dérisoire ? Comment pouvait-on refuser le partage à ce point-là, au point de ne pas accorder quelques heures de son temps au microcosme qu'on érigeait en ennemi ? « Tu n'es pas venu chez nous avec les autres ? » La question portait le goût de vitriol, mais ce n'était qu'à moitié volontaire. Lui acceptait ses excuses; les meilleurs d'entre eux n'avaient pas réussi à contrer l'attaque de microorganismes qui avaient envahi le corps de Thaïs. @Nadja Wolkoff n'avait pas réussi à contrer cette attaque, donc personne n'en aurait été capable. Mais lui, n'avait-il pas souhaité l'accompagner jusqu'à la fin ? Sa haine de l'Odyssée avait dominé son amour pour Thaïs.

Mais comme le chagrin du deuil s'était imposé brusquement, il disparut dans la même soudaineté. Le voilà qui enfin s'approchait du but. Le voilà qui enfin s'approchait tournait autour de l'objectif mais pour l'instant, il ne faisait encore que ça : tourner autour de la réponse, même s'il n'en avait jamais été aussi près.

Et quand elle comprit, la rancoeur de Murphy s'atténua à peine. Tout ça pour ça, avait-elle envie d'hurler. Tout ça pour ça ? Elle était militaire, elle avait fait son travail. Elle avait participé à un moment qui avait marqué le début du reste de sa vie; mais c'était lui qui l'avait crée, le reste de sa vie. La faute était ridicule tant elle était négligeable, mais les règles là-haut n'avaient jamais été aberrantes. Elle existaient pour créer un ordre et leur donner à tous une chance de survie; elles n'étaient pas faites pour qu'on y déroge, même pour une exception minime. Oh, elle avait conscience qu'il existait des privilégiés et des délaissés, là-haut. Elle avait été des délaissés, elle, mais les délaissés n'étaient pas abandonnés. Ils n'étaient juste pas privilégiés. Murphy n'avait jamais volé. Et son métier, elle l'avait toujours fait avec dévouement et portée par le désir d'une justice et d'une égalité les plus précises possibles.

Mais le voilà qui s'insurgeait qu'elle puisse penser qu'il ait voulu sa mort. « Alors quand 90% des Odysséens sont morts à l'atterrissage, t'as pas espéré une seule seconde que ceux qui t'ont arrêté en étaient ? » La réplique était impulsive et cinglante. Elle ne remettait pas en cause sa sincérité mais il fallait faire preuve de logique. Quand on savait des morts et les proportions du groupe qu'elles représentaient, on ne pouvait s'empêcher d'espérer que c'était ceux qu'on considérait mauvais qui y étaient passés. On ne pouvait s'empêcher d'espérer que c'était le bons qui étaient encore de ce monde. « Mais je te parle même pas depuis qu'on est arrivés sur Terre, je te parle de cette conversation ! Combien de fois je t'ai demandé si on se connaissait d'avant ? » Elle s'échauffait un peu trop pour son bien-être et sentait le sang lui monter aux joues. « Mais je comprends, tu fais partie de ceux qui se dissocient des Odysséens comme s'ils étaient pas odysséens eux-mêmes. Tu dois être ami avec Andromeda. Toi aussi tu vas me sauter à la gorge ? » Tout se mélangeait : l'arrestation, les Cents et les Odysséens, les relations entre les groupes et les vieilles rancœurs que Murphy traînait de cette conversation plus qu'échauffée avec la jeune Andromeda. A leurs pieds, Antarès avait rejoint sa maître pour se poster à ses côtés, dans un posture même si protectrice, pas belliqueuse.

Mais il admit, finalement, et les traits de la brune s'adoucirent légèrement, comme si la bombe venait d'être débranchée. Elle le regarda se tenir à un arbre sans bouger le petit doigt, les bras toujours sévèrement croisés sous sa poitrine. Etre confronté à ses torts lui faisait faire des malaises, ou quoi ? « Comme un idiot », confirma-t-elle avant d'ajouter : « assieds-toi, l'arbre pourra pas t'empêcher de tomber. » Pourquoi voulait-il subitement qu'elle reste là ? Avait-il encore des banalités à partager, lui qui l'avait classée il y avait bien longtemps dans une trople liste d'ennemis, celle des Odysséens, celle des militaire, et celle des militaires responsables de son arrestation ? « Ecoute, pour être sincère j'en ai marre de ces catégorisations. C'est encore plus insupportable quand on dit pas les choses. » Son ton était sec mais il offrait une ouverture nouvelle. « Je suis pas du genre à rester là où on veut pas de moi. Et je suis pas non plus du genre à donner mon nom à quelqu'un qui le maudira. » Elle haussa les épaules en faisant un pas en arrière. « Je pensais ce que je disais. T'es le bienvenu chez nous si tu veux. C'est pas l'enfer là-bas, et on est pas des monstres. Moi non plus, même si je t'ai arrêté. Thaïs aimait notre village. » Elle y était restée suffisamment pour que Murphy n'en doute pas. Elle l'avait hébergée chez elle et leur lien s'était développé dans une douce tendresse. Elle lui manquait, putain, qu'est-ce qu'elle lui manquait...
- Hit the Road -
Taël D'Arbanville
DATE D'INSCRIPTION : 16/04/2015 PSEUDO/PRENOM : Isaïah/Burning Soul MULTICOMPTES : Ozvan & Hyacinthe & Ten & Celeste ( ex Elouan ) & Tam-Tam MESSAGES : 13987 CELEBRITE : Aneurin Barnard COPYRIGHT : Alex Tempêtueuse :) & AVENGEDINCHAINS & Lux Aeterna & Rowen & Harlan METIER/APTITUDES : Cuisinier - Aide soignant/Leader Camp de vie TRIBU : Cent / Ex-kidnappé POINTS GAGNES : 618
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Keep the Faith Ψ Murphy Empty Re: Keep the Faith Ψ Murphy

le Mer 25 Sep 2019, 15:58

Murphy & Taël  #OldStories


On ne les préparait pas à une telle situation. Ni les uns, ceux qui faisaient en sorte de régner l'ordre, et encore moins les autres, enfermés dans une cellule. Et la plupart destinés à mourir. On ne prenait pas la peine de les éduqués, ou de les faire suivre psychologiquement pendant les années de cellule. On ne s'attendait pas non plus à les gardés des décades. Mais ça arrivait. Et lui Taël il pavait de son empreinte ce petit mur de rescapés. Au fil des ans, les plus atteints, les plus désespérés se révoltèrent ou s'enfoncèrent dans la forêt. Il songeait en particulier à Tristam. Lui il se contenta de se refermer dans son esprit, et d'attendre la mort.

Qui aurait pu lui faire avaler que deux ans plus tard il se battrait férocement pour vivre. Néanmoins ça ne le rendait pas plus habile à négocier les situations conflictuelles. Enfin surtout quand ça tournait autour de lui. Est-ce qu'on s'attend quand on sort de l'adolescence à survivre à la peine de mort que l'on vous offre par deux fois ? La première en vous promettant de vous éjecter dans l'espace, la seconde en vous y envoyant dans l'idée que toute les façons vous êtes juste un cobaye, et qu'une fois le pied sur le sol de cette fameuse planète terre, les pas ne suivraient pas, ou s'éteindraient rapidement. Alors comment sort-on d'une veille rancune - peur - quand soi-même on ne possède pas un fond haineux ?

Toutes ces escarmouches, ces détournements dont il a le secret avec sa maladresse légendaire se dirigent dans une direction que le bouclé ne maîtrise absolument pas. Il suffirait sans doute de se laisser porter par le courant. Mais celui-ci semble vouloir aller dans des directions contraires. Antarès l'a conquis, directement. Parce qu'il n'existait pas de précédent entre eux, et puis habituellement, le bouclé n'éprouve pas de mauvais sentiments envers les autres. Pas d'emblée. Ou alors ça se révèle exceptionnel. Surtout il ne voit pas de raison d'en vouloir à un animal parce qu'il regorge de sentiments mixes vis à vis de sa maîtresse. En vérité, il surnage entre les diverses pensées qui envahissent son esprit.

Taël, il abhorre quand les faits frisent le désagréable, et il s'aveuglerait s'il ne se rendait pas compte que la conversation, chaotique, s'envenimait. Alors il tente d'étranges détours, mais elle, la brune le ramène sans pitié au point principal. Alors il se réfugie chez le canidé qui parait complètement réceptif à sa détresse, mais aussi à sa facilité d'entrer en contact avec la faune de ce monde. Peut-être qu'il aurait du choisir la vocation de vétérinaire plutôt que celle de médecin, enfin maintenant ça se discute plus trop vu qu'il a préféré améliorer ses talents de cuisinier. Bien heureusement qu'il n'a jamais tenté la vocation de diplomate même s'il a levé la voix lors des rassemblements avec les terriens.

Plus facile de garder une colère latente qui le portait depuis des années, ou il centrait toutes les rages qu'il éprouvait dans la silhouette d'une personne qu'il ne reverrait jamais. Moins aisé de se heurter à elle en chair et en os, alors que cette dernière ne se doute pas instant de ce qui tourmente l'âme de celui qui peut admirer son cauchemar prendre vie. Alors que la réalité le frappe entre l'illusion et la cruelle vérité. Elle, elle l'a oublié. Elle n'a pas fait de la personne de Tael un affreux remord ou une victoire insolente. En fait, le bouclé n'en a aucune idée. Et cette incertitude le fait vaciller dans les banalités qu'il aligne l'une après l'autre, sous les rayons du soleil qui sautillent de feuille en feuille, illuminant tantôt le visage du cuisinier, tantôt celui de Murphy.

Le perdu il se lance dans des tirades un peu ridicules sur les beautés de la nature, et la brune elle lui rabaisse sèchement son enthousiasme. Oui. D'accord. Il pourrait cependant lui répliquer Taël, qu'ils auraient pu continuer à s'éjecter les uns les autres jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'une poignée. Il s'abstient. La donne a évoluée depuis, cela ne sonnera que comme un ramassis d'absurdité, alors pour une fois il vote pour le silence. Ou plutôt il fait perdurer celui du début, quand il souhaitait très fort qu'elle lui tourna le dos avant qu'un véritable dialogue s'engage entre eux.

Pourtant ... Le voilà qui délaisse le pourquoi de sa présence en ces lieux. Probablement qu'un autre eut expédié la jeune femme beaucoup plus vite. En lui se distingue cette délicatesse gauche très souvent mal interprétée, la gentillesse. Il ne se complait jamais à agir de façon rude ou brutale avec les gens, sauf si on l'agresse. Ou que la situation le prenne au dépourvu, comme un piège inattendu. Taël se laisse entrainer dans une valse de paroles qui aveuglent son coté de l'histoire. Des entrelacs qui les mènent à Gamora. Inoubliable et pourtant si fuyante. Son amie, c'est comme si elle marchait encore avec lui. Pareille à tous les disparus de ce nouveau morceau de sa vie.

« Je ne pense pas que tu te trompes » Lance le bouclé avec sincérité « tu remarqueras qu'on peut demander à dix personnes la description de quelqu'un en particulier, et il y aura toujours une multitude de différences. C'est comme si chacun voyait une face différente. Pour toi elle est blonde, je crois que c'est le plus important » D'ailleurs il y regardera de plus prêt quand il la croisera à nouveau. Possibilité de plus en plus rarissime.

Après il dévoile son intérêt à propos d'Antarès, c'est comme le chaton qu'il a trouvé avec @Cassandre Darcy, il s'imagine très bien avec une telle compagnie « Oh, moi aussi je connais une terrienne ... » Pas si étonnant après tout, on en rencontre derrière chaque tronc d'arbre. Ou presque.  

La colère de Murphy, la frustration de Taël résonnaient dans l'air comme des roulements de tambour. Il n'avait pas désiré en arriver là, alors quand elle lui demanda d'expliquer ce geste un peu vague, il ne répondit pas. Tout simplement il ne le destinait pas à Elle, le bouclé parlait beaucoup avec les mains, une façon de prolonger des impressions pour lesquelles il ne trouve pas de définition. Surement elle ne croirait pas s'il lui expliquait qu'elle n'en est pas la destinataire. Désormais il va éviter le brouillard et souligner la précision. Pas tellement le choix car elle revendique le droit de se placer dans la zone critique.

Ils sont tombés l'un sur l'autre, en pleine forêt, alors que ça aurait été cent fois mieux qu'ils ne se percutent plus une seule fois dans l'avenir. Illusoire. C'est que lui n'a pas envie de retourner dans le passé, de disséquer ces longs instants de tortures. Bien entendu il ne s'est pas comporté de la bonne façon, il a volé, on l'a puni. D'accord. Et lui il a offert le droit à tous ses compagnons de se racheter un pardon. Il s'en moque de la raison qui les a réunis, ils se sont unis dans la même galère, voilà ce qui compte. Sans doute qu'il serait judicieux de lui donner ce droit à elle, à tous les autres, ça ne l'a jamais effleuré avant... Il tentait juste de survivre, de leur échapper pour que ça ne recommence pas à nouveau.

Tout doucement il baisse la garde, non par faiblesse, juste par empathie, il aime l'humain le bouclé, et se découvre mal dans sa peau quand il le capte chez les autres. Et quoi qu'il se fût produit dans le passé, dans l'instant elle ne le menaçait pas avec un couteau. Difficile à comprendre l'enfant du ciel, certainement, il se perdait dans ses propres paradoxes très souvent. Taël, il désorientait rapidement les gens par son bon vouloir entremêlé avec ses peurs. Mais il vieillit, il se doit d'évoluer, de quitter la carapace du jeune enfermé pour enfiler celle de l'homme. Et Murphy le bouscule, le surprend, lui tombe dessus tandis que cette métamorphose se construit.

Certes, peut-être est-il question encore d'une esquisse de détournement quand il aborde sa cabane ... Un chouilla ... Si peu. Le bouclé accorde trop d'importance à cette construction pour l'utiliser comme leurre. Il éprouve déjà tant de difficultés à la faire tenir debout qu'il ne va pas risquer de la mettre en péril. Alors oui ... « Bah écoute si ça te dit après si tu veux jeter un coup d'œil ... J'ai vraiment besoin d'aide » Si ça ce n'est pas une main tendue. Le cuisinier a évoqué un après, parce qu'il va falloir se déballer à un moment ou un autre. Il à probablement initié le malaise, malgré lui ... Alors il lui revient de l'achever, le terminer, en bien ou en mal.

Ils partageaient un même amour pour la petite sauvageonne disparue. Celle qu'il découvrit embrocher, qu'il libéra avec l'aide de Liam @Liam Cohen et Andrew, celle qu'il regarda s'en aller le cœur en lambeaux. Sa petite protégée. Taël savait que les portes se disaient ouvertes pour eux, qu'on les y avait conviés à plusieurs reprises. Mais lui demeurait farouchement attaché à son petit groupe, il s'en sent responsable et n'en lâchera aucun ... Quitte à rester le dernier dans leur camp.

« Non je ne suis pas venu » Le bouclé a noté l'amertume de la remarque. Cette impossibilité à l'accompagner lors de ses dernières minutes le fracasse encore, mais le cours des événements ne laisse pas toujours le choix « Je savais qu'elle était dans des bonnes mains, malheureusement il restait encore des personnes dehors, il fallait partir à leur recherche ... » Et ce n'était pas comme si alors une flopée de personnes se portèrent volontaires pour retourner dans la tempête. Sierra et lui. Ils ne mesurèrent pas les risques, pas plus que ceux qui bravaient le temps coléreux pour se rendre chez les odysséens. Le Fait de les apprécier ou non, les autres, ne pesa pas une seule seconde dans la balance. Parce que s'il eut fallu il l'aurait porté sur ses épaules jusque-là ... « Je viendrais quand j'aurai terminé le petite hérisson » Ses pupilles se portèrent sur la sculpture inachevée ...

La souffrance exacerbe le caractère, elle lui fait prendre le large vers les petites choses qui vous agacent. Alors Murphy elle prend de front Taël, elle lui dit ses quatre vérités à elle. Et lui il ne lui en conçoit aucune rancune parce que c'est sa nature ... Et elle peut ne pas l'appréhender dans son entièreté, lui ne peut pas la détromper sur tout, il peut essayer ... Là où ça lui parait essentiel « Tu sais je n'y ait pas pensé vraiment, quand vous vous êtes crashés j'étais en plein désert, on venait de me sauver des affreuses prison de la cité Rahjak, et peu après j'ai complétement sombré ... » Alors il n'a espéré la mort de personne, il n'a même pas songé à eux. Quand il est revenu de cette espèce de dépression, qu'il a su, ça l'a agacé oui ... Mais il tachait de s'accrocher à la vie, alors pendant très longtemps il ne s'est pas attardé sur eux. Il ne voulait juste pas les voir.

Alors quand elle lui parle d'Andromeda, ça le fait sourire un peu « Non je ne crois pas qu'elle m'aime beaucoup en fait, on ne se parle plus trop. En vrai je pensais à vous comme "les autres", un groupe, et c'est facile pour moi de haïr un groupe mais dès que je vois les individus je n'arrive plus » Taël il se veut le plus clair possible, mais les émotions le travaillent, le fatiguent alors il finit par s'assoir comme elle le suggère « Et tu me l'as demandé souvent si, enfin depuis que tu es arrivé, si on se connaissait oui... Mais je n'avais pas envie de répondre, maintenant je vais le faire si tu as d'autres questions. Tu peux rester ... » Il appuie son menton sur son coude pendant que ses yeux se ferment contre son gré. Merde faut toujours que ça lui arrive dans des moments pareils...  


@Murphy Cavendish Keep the Faith Ψ Murphy 620182214 Keep the Faith Ψ Murphy 2790306669 Keep the Faith Ψ Murphy 2215546156
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Hésite pas à MP si un truc va pas, je t'ai pas oublié, j'ai mp à personne ( sauf gen cause urgence ) et je le ferais juste après la réponse de Hyacinthe pour Murphy ( magnifique poste Keep the Faith Ψ Murphy 171928021 Keep the Faith Ψ Murphy 171928021 Keep the Faith Ψ Murphy 171928021 )
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Murphy Cavendish
DATE D'INSCRIPTION : 06/12/2015 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Nuna Cortez MESSAGES : 40861 CELEBRITE : Sophia Bush COPYRIGHT : Electric soul ♥ (vava) ; Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) METIER/APTITUDES : Conseillère diplomate; militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. POINTS GAGNES : 1030
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Keep the Faith Ψ Murphy Empty Re: Keep the Faith Ψ Murphy

le Sam 05 Oct 2019, 21:01


❝ Keep the faith ❞
Murphy Cavendish & Taël d'Arbanville
(25 août 2118)


Murphy n'était pas une femme de politesses et de banalités. Elle savait déterminer ce qu'autrui voulait s'entendre dire ; elle savait ce qu'on pouvait attendre d'une conversation et elle savait lire ce que l'autre taisait, c'était ce qui rendait si aisées ses capacités de diplomate. Elle avait toujours su adapter ses comportements à ceux des autres, mais s'il y avait une chose qu'elle ne supportait, c'était cette capacité innée que semblaient avoir certains à la langue de bois. Tourner autour du pot ce n'était jamais faire avancer les choses, et Murphy était une femme d'action. Quel que soit le contexte, stagner était l'une de ses pires hantises, et se retrouver confronté à quelqu'un dont ça semblait être une technique de survie la repoussait dans ses retranchements. Ca n'était pas pour ça qu'elle était incapable de se laisser noyer elle-même dans le déni; mais lorsqu'elle laissait son inconscient se l'autoriser, alors il s'était assuré qu'elle serait la seule à en payer les frais. Lorsqu'il s'agissait de relations humaines, Murphy était avenante, parfois trop brusque pour son bien ou celui des autres. Elle n'autorisait pas les malentendus ou les non-dits dans son quotidien, parce qu'on n'avançait jamais dans la bonne direction lorsque l'on portait leur poids. Cet inconnu ne l'était visiblement pas, mais ce n'était pas sur sa propre mémoire qu'elle pouvait compter pour quelques rappels. Et plus il laissait couler, plus Murphy s'agaçait. Elle n'était pas plus connue pour sa patience que pour sa tolérance à ceux qui parlaient pour ne rien dire, et ça commençait à se voir.

Alors les politesses qu'ils échangeaient, Murphy ne pouvait en encaisser qu'une quantité limitée. On pouvait parler de connaissances communes ou de cabanes, peu importait : tant qu'elle n'aurait pas les réponses qu'elle cherchait, alors elle les chercherait. Elle s'impatientait, pestait, se répétait, jusqu'à se donner l'impression d'être la seule responsable de la redondance de ses propos. S'il y avait un abcès à crever, Murphy n'était pas de ceux à attendre que l'infection s'étende encore et encore. Il fallait le traiter, s'en débarasser. A trop attendre on ne gagnait jamais rien d'autre que des complications évitables, et il n'y avait rien de plus frustrant, des les situations les plus envenimées, de savoir qu'elles auraient pu être contournées. « On le saura peut-être un jour, si jme trompe... » Elle haussa les épaules sans grande conviction. Elle était déjà passée à autre chose depuis un long moment. Elle se moquait de leurs connaissances communes ou de ces petites choses qui pouvaient les lier sans que ça soit cette grande chose qui, apparemment, les liait plus que tout le reste. Mais après cette banalité il y avait Antarès qui, même s'il était loin d'en représenter une, se transformait en sa successeuse. Il devenait une feinte au même titre que tous les sujets maladroitement abordés par le Cent et ça lui déplaisait, à Murphy, de se voir contrainte à considérer Major comme n'importe quel autre sujet. Elle n'allait s'éterniser si sur son chien, ni sur celle qui le lui avait confié. Elle connaissait trop peu le jeune homme pour lui ouvrir les portes de son jardin privé. Lui était encore incapable de lui dévoiler ce qui semblait les unir si gravement ; quelle confiance pouvait-elle avoir en quelqu'un qui se barricadait ? « Qui n'en connait pas ? » Elle fut à deux doigts d'hausser les épaules à nouveau. Peut-être comptait-il sur elle pour embrayer sur d'autres questions curieuses mais curieuse, Murphy ne l'était pas. Pas pour ça. Au bout de toutes ces années, quel Odysséen pouvait prétendre ne jamais avoir croisé le chemin d'un Terrien ? Même les plus timides et retranchés d'entre eux ne pouvaient se vanter d'être demeurés loin de ceux qui n'avaient jamais cessé de vivre ici.

Mais même de sa cabane, Murphy devait l'admettre, elle se moquait un peu. C'était son projet à lui et elle avait son projet à elle. Pourquoi se sentirait-elle concernée par quelque chose qui n'avait absolument rien à voir avec elle ? Lorsqu'il s'agissait de reconstruction ou de rénovation, elle avait déjà bien assez à faire de son côté. Trop d'imprévus venaient ponctuer le moindre de ses projets ; pourquoi voudrait s'embarrasser d'un travail supplémentaire ? Par solidarité, pour l'amour du partage et de l'entraide, probablement : c'était des raisons bien suffisantes. Mais le partage et l'entraide ne s'offraient pas à quelqu'un qui fermaient les portes d'office. Murphy n'était pas inconsciente et ne devenait réceptive que lorsque l'on faisait preuve, soi-même, d'une capacité d'écoute. Tant qu'elle faisait face à un mur, elle se sentait légitime à édifier elle-même une forteresse autour d'elle, de ce qu'elle recevait et de ce quelle offrait à l'autre. « Pourquoi pas... » Si elle ne disait pas non c'était pour éviter la violence du claquage de porte, mais il y avait une multitude de raisons pour lesquelles elle se sentait incapable d'enthousiasme. Offrir son aide, elle le faisait de bon cœur; si elle était incapable d'y mettre son cœur, elle n'offrait pas son aide. Mais surtout, lorsqu'il s'agissait de sa maison, elle se sentait capable d'assumer les erreurs de débutante qu'elle ne manquerait pas de faire. Si elles concernaient quelqu'un d'autre ? Alors les erreurs seraient plus lourdes et elle n'en apprendrait plus : elle se contenterait d'en porter le poids et la culpabilité.

Mais enfin il arrivait un sujet qui la touchait vraiment, même s'il n'avait pas grand chose à voir avec les questions qui continuaient de la travailler. Thaïs, elle ne l'oubliait pas. Elle continuait à faire partie de sa vie et de son quotidien, et son absence pesait comme celle de chaque disparu. Elle apprenait doucement à composer avec, mais il demeurait des moments où la violence de sa mort se remémorait à elle. C'était aussi douloureux à chaque fois, et puis il suffisait de quelques minutes pour que le temps ne recouvre à nouveau cette douleur de son voile doux et léger. La vie continuait et à cette vie, les disparus appartenaient encore. « Elle est partie tranquillement », lâcha-t-elle avec autant de tristesse que de tendresse. Thaïs n'avait pas été consciente lorsqu'elle était arrivée chez eux; elle n'avait probablement pas compris qu'elle partait, encore moins de qui elle était entourée. Aussi dut que ça soit à accepter, les derniers mots qu'elle avait glissés à son oreille n'avaient probablement appartenu qu'à elle. « J'espère que vous avez retrouvé les autres... » Car dans le feu de l'action, la panique et l'inquiétude venaient de toutes parts. On faisait au mieux et il ne fallait pas l'oublier, même lorsque le recul commençait à apparaître. « Tu seras le bienvenu. » Et c'était sincère. Parce que malgré tout ce qui pouvait les déchirer depuis leur rencontre, il y avait ce lien indicible de la compagne commune disparue. Et puis il y avait toujours, dans le fond, le rêve de Murphy d'unir ce que certains considéraient comme deux parties différenciées. Et ça passait par de la sollicitude et du partage, l'envie de faire se sentir autrui chez soi, même s'il venait d'ailleurs. Alors chaque Cent, s'il venait avec des valeurs similaires chez eux, serait toujours le bienvenu. Car même si certains avaient tendance à trop vite l'oublier, ils étaient tous la famille et le sang.

Et enfin le secret explosa. Violemment, férocement. Avec le temps et les malencontreuses expériences, Murphy avait appris à se méfier d'emblée lorsque l'on remarquait son rôle militaire ou qu'on relevait qu'elle était odysséenne, comme si les Cents ne l'étaient pas. Mais le jeune parlait maintenant de ses malheurs comme un reproche, et Murphy s'hérissait avec de plus en plus de conviction. L'emprisonnement des Cents l'avait toujours révoltée, mais on ne tirerait pas sa sympathie de force. L'agacement était presque palpable même si elle commençait à s'en vouloir de le laisser gagner. « Les autres c'est les tiens. Je suis désolée que ça tombe sur toi mais ça commence à sérieusement me faire chier que vous vous pensiez si différents de nous. On est tous Odysséens. » Elle leva les yeux au ciel malgré elle. « Ca fait trois ans qu'on est là, il serait temps de changer de discours. » Parce qu'en trois ans les groupes s'étaient mélangés, les individus s'étaient retrouvés et rencontrés. Le discours des groupes était vieux et dépassé et la patience de Murphy face à lui de plus en plus discrète. Et le voilà qui validait sa présence, et il n'en fallait guère plus pour obtenir un long soupir las de la part de la militaire. « Je suis désolée si je t'ai laissé un mauvais souvenir, mais je m'excuserai pas d'être militaire et d'avoir fait mon job. » Et là-dessus elle resterait ferme. Les concessions devaient toujours être sincères et celle-là ne le serait jamais. « Je m'appelle Murphy Cavendish », concéda-t-elle finalement sans trop savoir si elle était réellement la bienvenue ici ou si elle souhaitait seulement l'être.
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