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Hear Our Battle Cry. Empty Hear Our Battle Cry.

le Ven 25 Déc 2015 - 3:40

 Hear Our Battle Cry.
ft. Arès, Eon, Oz et Ekate.
Cause she’s a cruel mistress
And a bargain must be made
But oh, my love, don’t forget me
When I let the water take me.




[ Nous sommes aux alentours de la fin Janvier. ]

 Elle avait passé la journée à attendre, admirant le chemin des astres jusqu'à leur déclin. Le sommeil n'était pas venu la chercher, aujourd'hui. Elle lui avait échappé miraculeusement, et elle avait enfin contemplé, pour la première fois depuis des mois, le temps qui passe et qui s'écoule.
Il n'y avait pas eu de rideau sombre pour voiler ses yeux alors que la lumière rougissait encore les cieux, ni de nouvelle scène pour découvrir, à la place d'Hélios, sa fidèle compagne Séléné. Non, cette fois, il n'y avait pas eu de passage de la lumière à l'ombre, ni de l'ombre à la lumière, car elle était restée éveillée. Elle avait vécu comme tout le monde, et le délice qui s'en délectait était tout à fait nouveau. L'aurait – elle seulement cru un jour, si on lui avait dit qu'elle aurait savouré d'exister le temps d'une journée ? Aurait – elle tout simplement cru qu'elle aurait pu être enceinte ?
Il faut penser que personne ne reste éternellement seul, quand bien même la volonté de l'être est grande. C'est d'ailleurs souvent ceux qui évitent le plus cette solitude, redoutable amie, qui s'en retrouvent proie. Le sort est ironique. Il donne des leçons.

Sa large cage est faite de sommets et d'arbres infinis. Chaque semaine, elle lui semblait rétrécir un peu plus. Elle s'aventurait de moins en moins loin en dépit des efforts qu'elle ne pouvait plus fournir, jusqu'à ce qu'elle se retrouve terrée ici, au cœur de cette maison. Il n'y avait de sa liberté, que des souvenirs. Ceux qu'elle avait gardé étaient d'une telle richesse qu'elle en venait à se demander s'ils furent un jour réels ou bien si la mémoire, accentuée par le soupçon des nombreux rêves qu'elle avait enchaîné, s'amusait à la leurrer. Elle errait dans le passé avec la voracité d'un artiste qui découvre une peinture nouvelle, s'attardant sur chaque détails, chaque teinte utilisée. Oui, si elle avait longtemps haït se perdre dans les vestiges de sa vie d'autrefois, cela devenait son moyen d'évasion.
Qu'elle le veuille, ou non, elle ne pouvait se délivrer d'ici. Elle en était incapable.
Parfois, lorsque le temps lui accordait une faveur, rien qu'une, il dégageait ses draps de nuages pour lui offrir, au loin, une vue sur l'Océan. Royaume indompté qui la charmait encore, elle se laissait à la fenêtre, ce pourquoi il n'était plus rare de l'y retrouvée, endormie. Elle gisait là, comme un pauvre corps oublié, une statue condamnée à n'admirer le monde que de ses yeux.

Aujourd'hui, elle y est encore. Elle toise la vie se dérouler sans elle, derrière cette vitre qui représente ses barreaux. Bien sûr, elle pouvait sortir, mais l'idée même de se retrouver entourée la dégoûtait. Elle n'avait pas envie d'entendre ces gens qui lui conseilleraient de rentrer, qui lui reprocheraient son imprudence ou qui encore, l'ignoreraient. De toutes façons, que ferait – elle dehors, si ce n'est qu'elle tournerait en rond comme un animal trop longtemps contenu, avant de renoncer à poursuivre sa ronde.
Ici, au moins, elle est bien, songe – t – elle. La solitude lui sied, si l'on peut parler de solitude. Ils sont trois. Tant pour une âme si maigre. Il y a des fois où elle se disait qu'elle ne méritait pas un tel présent, cette perle si rare entre ses mains couvertes de crimes et d'imperfections.  Et pourtant … Pourtant n'était – ils pas encore nés, elle trouvait avec eux une sorte de réconfort. Qu'ils se manifestent d'un coup de pied ou d'un mouvement, si cela, souvent l'empêchait de fermer l’œil, elle s'en retrouvait adoucie. Des moments privilégiés, pensait – elle. Des moments qu'on ne lui permettrait de connaître qu'une seule fois, ou du moins, qu'une seule fois avec eux.

Dernièrement, ils se sont montrés calmes, presque trop. Il lui était arrivé de s'inquiéter sans qu'elle n'en fisse part à personne, puis de soupirer avec un soulagement contenu quand elle les sentait se battre à nouveau. Seulement, elle retrouvait un peu de fougue et se pavanait dans toute l'arrogance qui lui était permise, car elle les savait en vie, et c'est tout ce qui lui importait. Quelque soit la singulière douleur qu'ils provoquaient avec, elle s'en moquait bien. Elle avait suffisamment de venin pour aller se plaindre. Un poison qu'elle avait finalement gardé pour elle, la plupart du temps, quand elle voyait Arès s'acharner à changer. Il tentait de passer de l'autre côté du mur, de franchir le pas en délaissant tout le reste, et tout ce qu'il avait été. Elle avait aussi observé avec quel soin il cherchait à s'occuper d'elle, quand bien même cherchait – il à le voiler par ce masque froid et indifférent. Deux mois durant, il avait du l'écouter râler, refuser, rechigner, et cela sans même se montrer aussi agressif qu'il pouvait l'être.
A la vue de quiconque, cela ne serait rien, mais pour la Calusa, c'était tout de même une étape franchie. Le pire restait à venir, peut – être, mais l'on est jamais à l'abri des enfers, songeait – elle. La vie n'est pas et ne serait jamais un long fleuve tranquille. C'est une mer, qui se déchaînent comme elle se calme. Qui tangue, comme elle caresse. Seuls les plus forts s'accrochent.
Si des tempêtes doivent s'annoncer, elle s'y sent prête, et même dévouée.

Quelques bruits, soudain, attirent son attention.
Dans l'insouciance, quelques enfants jouent à l'extérieur. La jeune femme les observe, ils sont loin, et s'amusent en mimant les grands airs de guerriers. Sur cette dentelle de neige, qui recouvre leurs cils, elle ne voit là que la plus grande esquisse d'innocence, que la bravoure et le devoir assassineront un jour.
Puis là, encore, une ombre. Le paysage se fissure.
La porte claque, sonnant alors la mort de l'Univers auquel elle n'avait appartenu que quelques minutes seulement. Le Diable s'est engouffré à l'intérieur, elle le reconnaît à son allure sinistre. Dans l'ombre, jusqu'à ce qu'il décide de se dévoiler, il avance, se laissant en proie à ces deux yeux d'azurs qui le fixent soudain.

Arès ?

Qui d'autre ? La demoiselle se lève, quitte son rebord de fenêtre afin de venir à sa rencontre. L'odeur poisseuse, mais fascinante, de sang, s'empare d'elle aussi vite qu'elle le rejoint. Au fond de ce regard, elle retrouve cette lueur. Cette lueur qui l'avait tant habitée, elle aussi.

« D'où tu viens, comme ça ? Et qu'est – ce que tu as … » Les mots se meurent sur ses lèvres, le temps pour elle de comprendre et d'assembler les pièces. Ses doigts effleurent cette peau souillée de sang, et l'absence du corps animal révèle le passé. La lame, rangée contre sa ceinture, tâchée elle aussi. « T'avais promis, Arès! » Crache – t – elle, d'une voix forte. D'où puise – t – elle cette puissance, cette force, elle ne le sait pas, elle en est d'ailleurs la première étonnée. Arès avait probablement tué, et ce n'est pas ce n'est pas tant ça qui l'irrite, non. C'est qu'il vient de faillir. Faillir à ses propres paroles.
« C'est ça que tu appelle – la maîtrise de soi ? C'est ça ? » Méprisant, comme si elle fait face à quelqu'un qui ne vaut pas autant qu'elle. Son calme, doucement, déserte. Elle a les nerfs a vif, comme elle les a toujours eu. Sa colère est une danseuse, virevoltant sur des braises à la recherche de son salut. Elle tournoie, dans la torture des flammes, et continue de s'agiter à la manière d'un serpent jusqu'à ce qu'elle trouve l'eau pour s'abreuver et s'apaiser.

Maria passe une main dans ses cheveux, cette longue cascade d'ébène qui ondule jusqu'à son étroit bassin.  En lançant sa nuque en arrière, elle offre sa chair délicate aux griffes de la rage. Suspendue dans le temps un court instant, voilà qu'elle se redresse.  « Incapable de tenir parole. Toi, vraiment, tu me … » Ses doigts se crispent lentement. L'honneur écorché est encore vif de douleur. « Putain, mais c'est pas vrai ! Mais t'es impossible ! Comment tu veux être un père de la sorte ? »

L'énergie fourmille, rongeant ses veines. Sa mère, la haine, lui pourrit l'esprit et le cœur sans qu'elle trouve le moyen de la refouler, et ce sont ses traits qui viennent se durcir pour l'exprimer. En dépit de ce tenace malaise qu'elle ne peut semer de prendre congé, elle trouve quelques souffles pour tenter de l'atténuer.
« Il faut que j'aille m'occuper l'esprit. » Déclare – t – elle simplement, avant de tourner les talons. On pourrait croire qu'elle tente de lui échapper, mais qui connaît bien la jeune femme sait que la seule chose qu'elle évite, c'est sa propre bête. Elle sait aussi qu'elle est agaçante, qu'il va répliquer avec autant d'acidité qu'elle, voire pire. Elle sait tout cela.
Mais elle est cynique. Cynique, et inquiète pour sa progéniture qu'elle ne veut pas protéger d'un père violent. Non, ça, elle le refuse pour l'avoir elle – même connu. Elle, qui se pensait guérie, sent soudain les blessures d'enfance se colorer de pourpre.
Il est hors de question que ses enfants connaissent un jour, cette même déchirure. Cette douleur, sans visage, ni nom, qui brûlait les ailes jusqu'à en consumer l'âme même avant de la posséder.

[ Joyeux Noëëël ! Hear Our Battle Cry. 2215546156 Pour fêter ça, je vous offre deux bébés, yaaay ! Hear Our Battle Cry. 2132942727 Hear Our Battle Cry. 484338566 ]

©️ Gasmask


Dernière édition par Maria Scuebo le Jeu 11 Fév 2016 - 11:44, édité 2 fois
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le Dim 10 Jan 2016 - 13:22
L'odeur du sang. Ferreux, et poisseux sur mes peaux en cuirs me protégeant de l'hivers. Doux souvenir de ce que je suis, de qui j'étais. Un homme. Un monstre. Incapable d'aimer. Devant désormais protéger une personne, et les êtres qui l'habitent, ou plutôt la déforme. Sa peau fine blanchit sous l'effet du poids et des tiraillements. Cette image me répugne tellement que je ne suis plus capable de la regarder dans les yeux. Incapable de dormir dans le même lit, comme une punition que je m'inflige alors que par ma faute, des monstres la dévore de l'intérieur, l'affaiblissant, la détruisant, elle est son corps de sirène.
Ainsi je marche, je rentre. Je ne suis plus que l'ombre de moi même depuis quelques mois. Promettant les étoiles à l'être charnel alors que je ne suis qu'homme. Et que, comme un homme, les paroles de sont que vent. Murmure à l'oreille d'un sourd. Pourtant j'ai essayé. Essayé de ne chasser que pour me nourrir, nous nourrir. L'avalanche a apporter son lot de famine, et avec elle son besoin omniprésent de chasser quotidiennement. Le lapin s'étant fait rare, je m'étais approché de la forêt, et c'est ainsi qu'elle était apparu.

La jeune blonde avait dans l'esprit assez de folie pour me sauter au cou, comme si elle avait vu en moi, une créature dangereuse. Avais-je seulement eu mon regard de prédateur, ou bien était-ce la cicatrice qui me donnait un air malveillant. Peut importe la raison, le démon avait surgis. Affamé et assoiffé depuis bien trop longtemps, voilà qu'une proie de choix lui était tombé dessus. Littéralement. Ainsi, ce monstre s'était abreuvé de son sang, le faisant jaillir par les coups lisses, droits, et parfaits de mes couteaux affûtés.

Peut-on retenir les flammes du dragon?
Forcer l'étalon à rester au pas?
Le navire de séparer les flots de sa coque d'acier?

Je vois le feu brûler la blonde. Le feu de l'enfer se déferlant sur elle. Nul retenue dans mes coups. Je ne sais plus qui je suis. Le sang me recouvre alors que ma victime s'affaisse. Je ne sais ce qui traverse mon esprit à ce moment là, l'excitation? Le plaisir? Le dégoût?

Loin devant se dessine ma maison de pierre pittoresque qui abrite l'être que je protège malgré son ventre qui me répugne. J'ouvre la porte, et elle est là, de sa grosseur insoutenable, j'en esquive la vision pour voir dans ses yeux l'horreur que je lui incarne. Je baisse alors mes yeux sur mon habit de peau et de cuir. Le sang me baigne toujours, frais, collant.

« D'où tu viens, comme ça ? Et qu'est – ce que tu as …  T'avais promis, Arès! C'est ça que tu appelle – la maîtrise de soi ? C'est ça ?  »

Ses paroles reflètent le mépris que lui inspire ma vision. J'essaye de me calmer au début, pensant aux bébés qui ne doivent pas être trop secoué, puis viennent des paroles plus dures.

« Incapable de tenir parole. Toi, vraiment, tu me … Putain, mais c'est pas vrai ! Mais t'es impossible ! Comment tu veux être un père de la sorte ? »

Les paroles sont de trop alors qu'elle me tourne le dos, je fond sur elle, tel le démon que j'étais, que je suis, la mort dans les yeux, un regard aussi sombre que la nuit.

"Ose me redire ça dans les yeux! Sais-tu seulement ce que cela m'inspire de te voir ainsi déformée? Je ne fais que chasser, nuit & jour pour entretenir cette chose informe que tu berces en ton ventre! Ne me redis jamais, jamais que je ne ferais pas un bon père! Tu sais aussi bien que moi, le mal que nos pères nous ont fait vivre, un poison quotidien, une maltraitance infâme. Je suis devenue son reflet, un démon assoiffé de sang pour se sentir existé, et tu es devenue une sirène! Être parfait que je ne suis incapable de fuir, alors que père jamais je n'aurais eu avant toi, la force de devenir. Maria! Ose me redire ça!"

Mes paroles deviennent plus graves, plus fortes.

"Ose me redire que tout ce que je fais depuis deux mois ne relève pas de l'exploit! OSE! "

Je cogne sur le mur au dessus d'elle de rage. Je me sens insulter. Ecoeuré d'être ainsi reçu dans ma propre demeure. Mon corps est secoué par des spasmes rageurs que j'essaye de contenir tant bien que mal pour ne pas la blesser une seconde fois. Mais quand comprendra t-elle que je suis ainsi?! Un monstre dénué d'humanité!

Un homme capable de tuer comme de respirer.
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le Lun 18 Jan 2016 - 1:43

 Hear Our Battle Cry.
ft. Arès, Eon, Oz et Ekate
So if I run, it's not enough.




C'est fou comme le temps laisse ses marques. Partout sur les murs, s'accrochent des souvenirs. Le cimetière d'une jeunesse passée, les catacombes d'un avenir.
Elle ne se rappelle pas du jour, où, pour la première fois, elle avait franchi cette porte. Ce qu'elle sait, en revanche, c'est que rien ne lui semblait commun, tout avait quelque chose de nouveau ou de singulier qu'elle ne trouvait nulle part ailleurs. Ils avaient une saveur, un exotisme qu'elle ne connaissait pas. Les objets se rattachent à des fragments du passé, un moment spécial. Aujourd'hui, il n'évoquent plus rien que le désarroi de ses jours.

Que faire de soi lorsque l'on ne ressent même plus les battements de son cœur ? Elle s'était longuement posé la question. Le futur paraissait vain, presque figé sur une vallée de larmes. Les arbres autours étaient morts, et la lumière aussi. Oui, voilà, elle était tant écœurée de la vie que la mort ne l'effrayait plus. Elle avait été ce brave petit soldat recraché des enfers pour en envoyer d'autres. Celle qui avait regardé plus d'une fois, cette étincelle disparaître au fond d'iris si uniques qu'ils ressemblaient aux autres. Elle avait voulu être libre mais s'était forgé sa propre prison. Tout ce qu'elle acclamait n'étaient pour elle que des rêves qu'elle n'a su réaliser. Ce combat qu'elle prétendait mener, elle le subissait plus que tout.
La clé, elle la tenait dans ses mains. Elle était rouillée.

Alors, elle en venait à se demander comment un être aussi funèbre qu'elle pouvait – il aller à l'encontre même de ses principes. Faire vivre plutôt que de tuer. C'est le démon qui remplace l'ange. Le jeu est renversé, et avec lui, toute sa raison.
Elle croit devenir folle, elle est persuadée qu'à cette manche, elle perdra. Qu'elle s'évanouirait dans les méandres de l'ironie.  
Comment a – t – elle pu s'écrouler à ce point ? N'être que ruines de cet empire si fort qu'elle avait fondé ? Lorsqu'elle fouille ce chaos à la recherche de réponses, elle récolte au creux de ses paumes l'évidence sous les pierres les plus lourdes. L'absence. C'est l'absence d'Arès qui l'avait effondrée.
Longtemps, elle l'avait refusé. Longtemps, elle avait craché sa rancœur sur des prétextes alors que la source de sa tristesse s'écoulait d'elle – même. Elle avait beau chercher, se questionner, se persuader, elle ne trouvait pas. C'est la logique qui s'abat sur elle. Les pièces disparues qui se rassemblent. Un papier à l'encre bafoué qui devient clair. Elle s'était inquiétée, il lui avait manqué, elle l'avait détesté, hait, puis aimé encore plus fort … Tout chez elle n'avait été que désastre, et pourtant, jamais elle n'oserait lui dire. Elle ne veut pas lâcher ce poids de fierté qui l’assaille, elle se refuse de s'y ployer.
A cet instant, elle se sent faible, si faible qu'elle en a la nausée.  

Il la rattrape soudain, comme le Soleil après la Lune. Cette brûlure insolente qu'il lui inspire, se glissant entre ses failles et ses erreurs. Face à elle, depuis si longtemps qu'il l'a évitée.
Arès est à la fois le meilleur et le pire miroir dans lequel elle se reflète. Au cœur de la clarté de ses yeux, elle y observe ses lambeaux et la femme qu'elle fût. Tandis qu'il fuit son fantôme, elle le pourchasse dans la volonté de l'étouffer à jamais et retrouver son semblant d'humain. Pourtant, c'est inévitable, il lui est insupportable de lire tant de dégoût sur le visage du guerrier. Ce regard, changé sur elle. Cette image crue et véritable qui lui renvoie. Elle veut cesser de croire qu'il s'agit bien d'elle. Maria, cet autrefois, n'est devenue qu'une utopie. Un idéal si lointain qu'il en paraît irréel et auquel l'homme veut certainement succomber de nouveau. Hélas. On se rend seulement compte de la valeur d'une chose que lorsque l'on est sur le point de la perdre. C'est alors drôle, cette sensation qui s'empare du corps comme jamais auparavant. Cet esprit qui gémit à l'idée de la disparition et la  barrière qui s'impose devant le « plus jamais. » Le refus de la fin a quelque chose d'atroce. Il déchire et éveille les regrets.
Dans des jours plus vieux, elle se rappelle à quel point il a détesté céder. Quand tous les deux réalisaient qu'ils n'étaient pas plus que des hommes, assoiffés de désirs et de besoins. Ils n'étaient pas immortels, encore moins éternels. Mais pire que cela, ils avaient été vaincus. Vaincus par un instinct plus qu'animal et incontrôlable, ou peu.

Maintenant qu'elle n'incarne plus cet interdit, comment rencontrer la puissance s'il ne pouvait connaître son inverse ?


    - «  Ose me redire ça dans les yeux ! Sais-tu seulement ce que cela m'inspire de te voir ainsi déformée ? »


Les mots cruels s'abattent sur elle et la prennent à la gorge. Le dédain qui s'en déverse n'a nul pareil, il est tel une lame qui laboure la chair jusqu'à l'âme. Au fond d'elle, ce qui reste sombre. Son ancre, sa fin, s'accrochent aux derniers remparts de son être. « Je ne suis plus humaine. » Songe – t – elle en le toisant. «  Je ne suis plus qu'un monstre. »
Le goût de la bile inonde sa langue. Elle le répugne, elle se répugne … A leurs pieds s'étendent les abysses vicieuses. Où est – elle ? Où est celle qui veut se battre ?


    « Je ne fais que chasser, nuit et jour, pour entretenir cette chose informe que tu berces en ton ventre ! »


Il semble lui faire porter l'accusation. Les couleurs du coupable. Elles les refuse. Dans cette comédie, ils sont deux, et ils le resteraient. Ils n'en sont qu'au premier acte.
Ses yeux de ne se détachent pas des siens, elle ne parvient pas à s'en défaire. Elle cherche, elle traque les émotions qui y luisent.  Là, au fond, dans ce cercle céleste s'allonge la douleur. Ses entailles s'ouvrent à elle comme des révélations, et pourtant, elle ne parvient pas à avoir pitié. Oui, comment peut – il comprendre ce lien si étroit que le temps a tissé entre elle et leurs enfants ? Elle les connaît, cela fait huit mois que son quotidien ne la laisse plus seule. Elle les sent, elle les porte, tout comme ils s'imprègnent d'elle et à la fois de lui.
Et lui. Lui ne les connaît pas. Il ne sait pas, il ne peut pas savoir. La seule chose qu'il voit sont les courbes de son ventre et les traits creusés de son visage. L'éclat de sa peau qui a terni, son teint qui s'est estompé pareil à son énergie … Mais surtout, cette fragilité qu'elle représente. Le trop plein d'armes qu'elle n'a plus à la taille, se limitant à un couteau. Ce n'est plus la jeune fille de seize ans qu'il a rencontré et qui ne négligeait pas ses combats, ni la femme de vingt sept ans qu'il a retrouvé encore plus forte et féminine que jamais. C'est une demoiselle enceinte qui réduit ses jours au néant, n'ayant à la bouche que le désespoir qu'elle incarne.
Il se méprend. Du début jusqu'à la fin.
Elle lui ferait savoir, arrachant à ses lèvre le mot «  chose » et surtout « informe » qui la révolte. Cette insulte si grave qu'il étiquette à son nom.


    «  Ne me redis jamais, jamais que je ne ferais pas un bon père ! Tu sais aussi bien que moi, le mal que nos pères nous ont fait vivre, un poison quotidien, une maltraitance infâme. »


La décomposition de son Royaume est en marche. Ses iris se consument d'un souvenir noir, retrouvant cette silhouette qu'elle a hait comme personne n'a jamais pu. Un sourire carnassier qui fendait une tête sertie de joyaux d'ombres.
Arès enfonce sa griffe plus loin encore. Il frôle le nerf, la corde sensible de l'arc qui s’apprête à décrocher sa flèche. C'est l’immondice qui l'attrape et l’emmène dans une danse maladroite. Les doigts de Maria se serrent contre la lame qu'elle garde contre sa hanche, déchirant le tissu de sa peau sans qu'elle ne le sache encore. Un râle s'échappe, presque trop timide pour qu'il soit entendu.
Qu'il se taise, mon Dieu, ou bien d'elle il n'y aura que poussière.

La jeune femme alors s'offense du droit qu'il a saisi. Celui de raviver la douleur, jamais vraiment éteinte, de ceux qui les avaient maudit d'une existence. Dans sa haine intemporelle, elle avait mis ses mains, et c'est couvertes de sang qu'elles lui étaient revenues. Ses blessures, à lui aussi, sont encore vives.
Et, tandis qu'il la recouvre de ses paroles infectes, elle entend dans l'écho de sa voix toute la peine dont jaillit sa colère.



    «  Je suis devenu son reflet, un démon assoiffé de sang pour se sentir exister, et tu es devenue une sirène ! Être parfait que je ne suis incapable de fuir, alors que père jamais je n'aurais eu avant toi, la force de devenir. Maria ! Ose me redire ça ! »


Elle ne bronche pas et continue de soutenir ce terrible défi qu'il lui impose. Elle ne flancherait pas. Pas devant lui. Est – ce de sa patience qu'il veut éprouver, ou bien des décombres de sa force ? Sûrement aucun des deux, car c'est lui qu'elle a blessé. Son cœur endormi a été éveillé, identique à la force d'un volcan, il éclate. Oui. Le cœur ne sait pas qu'aimer. Il souffre beaucoup plus, et c'est ce qu'il fait de mieux. Celui d'Arès ? Il est entravé. Enchaîné par des mailles si glaciales qu'il s'en est immobilisé. Pourtant, il est là. Il bat, comme un tambour lors d'un temps de guerre. C'est l'un des seuls rythmes qu'il connaît.
Maria trouve la force de soupirer un peu. Son souffle a été trop longtemps retenu, enfermé dans des poumons brûlants.
Il a raison, se doit – elle d'admettre. Elle est la sirène et lui son marin sur des flots déchaînés. Ils s'appartiennent, dans la vie plus que dans la mort car ils servent les mêmes desseins et affrontent les mêmes tempêtes sans pouvoir se rejoindre. Elle périrait dans ses bras trop chauds pour un corps aussi froid que le sien, et lui, s'éteindrait sur son épaule une fois bercé par ses lyrismes. La chute est inévitable, le gouffre est droit devant. Pourtant, ils ne mettent par fin à leur étreinte. Deux fous alliés. Deux mondes différents mais si semblable. La solitude avait été la même pour chacun. Eux, les incompris, ils avaient eut autant froid à l'âme.
Leurs cendres sont identiques, il ne suffit que d'un souffle pour qu'elles se mêlent. Peut – être un jour renaîtraient -ils phénix, relevé de sa douleur pour mieux aimer.
Mais ils le savent, c'est la tragédie qui leur est destinée. Rien, pas même la gloire ne les attend. Elle a été tuée dans son innocence.

Ils veulent se perdre, ils n'ont plus que ça de chemin. Tous seront bientôt précipités dans les enfers, à quoi bon les contourner, lutter contre le courant, alors qu'un jour épuisé, on s'y abandonnera ?
Personne n'échappe au maelstrom.



    «  Ose me redire que tout ce que je fais depuis deux mois ne relève pas de l'exploit ! OSE ! »



Le poing se brise contre le mur. Les deux tremblent, et elle, ferme toujours son poing sur le poignard.
Silence. Juste le bruit saccadé de son souffle lui parvient alors qu'elle reste toujours aussi immobile, comme figée dans le temps. Il y a tant de choses qui déchirent cet amant. Trop nombreuses pour qu'elle les décèle et les sépare. Il lui faudrait du temps pour poser un nom à tout ce qui le piège depuis les premiers jours. Mais s'ils doivent s'égarer, c'est ensemble.

La demoiselle attrape la main qu'il a maintenu contre le mur, sans brutalité, sans violence. Elle la ramène contre lui, le visage effacé de la colère qu'elle a pu montrer jusqu'à présent. Il n'y a que sa froideur qui demeure.


    - « Tais – toi, idiot. Tu t'épuise pour ce qui n'en vaut pas la peine. »

Son ton sonne tel un ordre, mais de loin, il serait méprisant. Si la Calusa exprime mal son affection, elle laisse mieux transparaître son calme. Ce n'est pas de la provocation, elle ne veut plus continuer dans ce jeu. C'est un simple terme qu'elle y met. Elle refuse qu'il se fasse tant de mal à cause de sa morsure d'arrogance.


    « Il est inutile de me dire que je te dégoûte,  il y a longtemps que je l'ai compris. Ton regard et tes esquives ont été plus que suffisants comme message, je me passerai donc de tes remarques. J'ai déjà les miennes pour cela. »


Elle continue sur son ton qui ne gravit plus les marches de l'agression. A quoi bon ? Ils ont déjà prouvé leur valeur plus d'une fois dans ce domaine.
Mais soudain, comme un écho à ce qu'elle a pu entendre, son regard se fait plus dur, et de sa main, elle empoigne le col de cet homme si grand et si fort qui pouvait la briser dans sa ferme poigne.


    « En revanche, n'évoque plus jamais, et entends – le bien, plus jamais, ces chiens qui nous ont élevé alors qu'ils n'étaient pas plus que des bâtards galeux. Nous ne descendrons pas aussi bas qu'ils l'étaient. Jamais. »


Elle aurait pu le lâcher, mais au lieu de ça, elle tente de le faire courber un peu plus. Elle veut qu'il atteigne sa hauteur, qu'il approche encore son visage du sien, si près qu'ils se frôleraient presque.


    «  Je refuse de t'entendre dire que tu ressemble à ton père. Arès … Je ne t'ai jamais empêché d'être ce que tu es, n'oublies pas que je n'étais pas de ceux qui crachaient sur tes actes. Je suis peut – être cruelle, mais j'ai un honneur, tout comme toi. Je sais ce que cela signifie d'être digne, donc tu me feras le plaisir de l'être en t'élevant au dessus de cette image paternelle qui ne vaut rien. Tu veux que je cesse de dire que tu ne feras pas un bon père ? »


Si elle avait parlé sèchement, elle ne peut cependant s'empêcher d'esquisser un léger sourire avant de le relâcher.


    « Alors prouve – le moi. » Elle marque une pause, le temps d'effacer son rictus. « Je reconnais tes efforts, c'est vrai. Tu veux des félicitations ? Les voici. Mais ce n'est pas toi qui a enduré le plus en huit mois, à ce que je sache. Ce n'est pas toi qui a été confronté à de telles douleurs, de tels changements. Ce n'est pas toi qui a vu ta liberté se faire égorger sous tes yeux. Les premiers temps, lorsque je vomissais plus que ce que je n'avais mangé, où étais – tu ? Où étais – tu quand tout m'est tombé dessus ? Quand je me demandais ce qui avais pu te prendre par la tête pour t'enfuir aussi longtemps en me laissant derrière comme une vulgaire prostituée ? »


Et la colère refait surface au fur et à mesure qu'elle s'élance dans ce discours. Les temps anciens émergent à leur tour, apportant avec eux les mémoires de ces fois où elle se surprenait à souhaiter qu'il revienne, sans n'être qu'un spectre.
Les émotions qu'elle ne maîtrise plus se déchaînent. Un voile de larmes recouvre ses yeux, et avec le plus grand des dégoûts elle les essuie, les dents serrées.
Enfin, elle se rend compte qu'elle s'entaille toute une main quand la vive douleur se manifeste, et de ce fait, elle lâche la lame comme tout ce fardeau qu'elle a porté. Sa paume saigne, mais elle en a que faire et continue de refouler les pleurs qui veulent s'enfuir en les essuyant de perles pourpres. A son tour, elle tremble. Elle se sent impuissante.
Jamais elle n'avait voulu passer pour une telle victime des événements, mais elle n'est plus maîtresse de rien, son corps se rebelle contre sa volonté, quand bien même elle fut forte.
Pourtant, malgré cette honte qui la tenaille, elle parvient de nouveau à redresser le menton pour le toiser dans toute sa misère.


    «  Ou étais – tu quand j'avais le plus besoin de toi ? »

Questionne – t – elle de nouveau.

Soudain, c'est une autre souffrance qui la prend. Au niveau de son ventre. C'est brusque, mais court. De quoi la faire faiblir de nouveau. La jeune femme masque la douleur en s'appuyant un peu contre le mur derrière elle, et si elle déposa sa main sur les êtres futurs, elle ne quitta pas pour autant Arès de ses prunelles envahies de tant.  

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le Dim 14 Fév 2016 - 11:51
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