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Murphy Cavendish
DATE D'INSCRIPTION : 06/12/2015 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Nuna Cortez MESSAGES : 46013 CELEBRITE : Sophia Bush COPYRIGHT : jenesaispas (vava); Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) METIER/APTITUDES : Conseillère diplomate; militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. TRIBU/CAMP : Odyssée POINTS GAGNES : 1173

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Mer 4 Nov 2020 - 5:15


The other side

Murphy Cavendish & @Skylar Rees

(31 octobre 2120 / jogging automnal)


Ca y était, les mauvais jours n'étaient plus seulement arrivés, ils étaient installés. C'était drôle de réaliser que le printemps et l'été avaient passé si vite. L'automne en était d'autant plus mélancolique pour quelqu'un comme Murphy, qui n'avait retrouvé aucune de ses vieilles habitudes estivales pour le précéder. Juste des mois passés à s'inquiéter et à se questionner, à se retourner l'esprit, à chercher des réponses dans les moindres méandres secrètes d'un monde dans lequel elles auraient pu venir s'enterrer. Des mois passés à attendre que le temps passe et apporte des réponses, à redouter que le temps ne passe sans apporter de réponses. Mais l'automne était bel et bien là, et avant qu'elle n'ait eu le temps de le réaliser et de l'accepter, ce serait au tour de l'hiver de s'installer.

Malgré les circonstances, il fallait continuer à vivre tant que possible. Et peut-être encore plus pour une militaire et une diplomate comme Murphy, il fallait être persistant, ne pas s'abandonner au désespoir. Ils finiraient par avoir des réponses, d'une façon ou d'une autre, et ils finiraient par revoir ceux qui leur avaient été pris. Elle ne se berçait pas d'illusions comme elle avait pu le faire si longtemps avec Faust ; elle s'autorisait à espérer, cependant, parce que sans espoir on ne se battait plus. Et se battre, c'était aussi accepter que les choses continuaient et qu'elles s'adaptaient continuellement à ce qui pouvait les forger. Le Conseil avait travaillé, estimé, discuté, bataillé. Le Conseil avait accusé le coup, aussi, mais le Conseil, comme elle, comme eux tous, subsistait. Et aujourd'hui était à l'image de cette résistance en course de fond. Elle s'entraînait comme avant, peut-être, pour ne pas perdre son endurance et ses bonnes vieilles habitudes de militaire ; mais en fait elle s'entraînait plus qu'avant, peut-être, ou avec une rage nouvelle, dans la perspective de nouveaux combats, d'une victoire à arracher à ceux qui leur avaient déjà tant volé. Elle était enragée, Murphy, et c'était une rage tenace, une rage qui ne s'amenuisait pas. Elle nourrissait chacune de ses prises de décision. Il n'y avait pas de place pour le deuil et égoïstement, Murphy se consolait aussi dans cette petite victoire personnelle qui consistait à ne pas avoir de deuil à faire - pas cette fois. Ceux qui avaient combattu à ses côtés étaient encore là. Tous avaient été amochés, à leur façon. Elle-même avait mis quelques mois à retrouver la mobilité de son bras. Même maintenant, elle n'était pas bien sûre d'avoir récupéré toute sa dextérité. Mais peut-être qu'il fallait la forcer. Elle s'entraînait à l'arc plus souvent encore, convaincue que ses capacités d'archère sauraient lui rendre service en temps et en heure, et plus seulement au détour d'une mauvaise rencontre hasardeuse dans un coin de forêt. Son bras la faisait encore parfois souffrir et ça lui faisait peur : dès qu'une douleur la lançait, elle craignait une stagnation de son état, de ne plus être capable de faire mieux et de retrouver sa mobilité d'antan. Ou pire encore : dans ses moments les plus pessimistes, c'était un retour en arrière qu'elle redoutait. C'était des douleurs qui la lançaient par surprise au milieu d'accalmie, lui rappelant que sa blessure était encore là, lui faisant craindre qu'elle fasse à jamais partir d'elle. Elle n'avait pas fait d'infection et c'était le pire qu'elle aurait eu à craindre de cette sale lacération. Mais une fois cette possibilité écartée, le pire était devenu tout autre : et ses capacités au combat ?

Alors aujourd'hui était à l'image de tout ça : elle courrait à en perdre haleine, plus encore que d'habitude, pour se prouver qu'elle ne pouvait pas faire mieux, mais que c'était déjà pas si mal que ça. Ce n'était pas pour fuir quand le combat viendrait : c'était pour être au meilleur de sa forme quand le combat viendrait.

A ses côtés, jamais très loin d'elle, il y avait Antarès, qui en profitait parfois pour s'écarter, la convainquant à chaque fois qu'il avait trouvé son prochain repas. Mais il revenait à ses côtés toujours trop vite pour ça. Et puis il y avait Skylar, aussi, avec qui ils échangeaient des regards entendus dès que leurs routes se croisaient entre les arbres. Ils ne parlaient pas. Ils courraient comme s'ils se défiaient l'un l'autre, mais il savaient l'un et l'autre qu'il ne s'agissait pas d'un jeu, et que chacun était son propre concurrent. Les feuilles crevées, sèches et orangées craquaient sous leurs pas pressés. Ils ne cherchaient pas à être discrets. Ils n'étaient pas là en patrouille. Ils faisaient le tour du village entre eux, respectaient depuis des mois cette promesse qu'ils s'étaient faite au sortir de la bataille : ne pas lâcher. Subsister ensemble. Si l'un devait désespérer le temps d'un jour, d'une semaine ou d'un mois, l'autre espérerait pour deux. Ils avaient eu si peur, cette nuit-là. Ils avaient eu si peur ensemble. Ils s'étaient relevés ensemble. Ils se tenaient debout ensemble, maintenant. Ils refusaient ensemble de se laisser abattre, de se laisser avoir par la peur instillée par ces connards qui leur étaient encore bien trop inconnus. C'était juste des connards et Murphy les haïssait comme elle n'avait probablement jamais haï personne auparavant. Elle n'avait jamais connu pareil ennemi. Sa rencontre avec la prisonnière, si tôt après la bataille, l'avait confortée dans cette sensation viscérale. Elle avait tué à cause d'eux mais ne le regrettait pas. Ils avaient tué et ils auraient peut-être tué plus, si elle n'avait pas tué. Elle les détestait pour tout ça, pour avoir changé la donne, et tant de donnes en réalité. Ils n'étaient plus en état de paix et de construction. L'avenir se dessinait différemment, maintenant. A plus court terme, sans doute.

C'était le même trajet qu'ils empruntaient à chaque fois que leurs plannings leur permettaient de courir ensemble. A chaque fois ils faisaient une pause près de la rivière pour se désaltérer. Ils y arrivaient bientôt et leurs chiens devaient déjà y être. Murphy courait comme si elle avait le démon aux trousses ; sans doute comme si l'issue du prochain affrontement en dépendait. Son bras, tendu, recommençait à la lancer, mais elle en avait pris l'habitude lorsqu'elle courrait si longtemps. Elle le bandait toujours, consciente pourtant que ça ne lui offrait probablement plus un soutien psychologique qu'anatomique. Il faisait froid et la brume courrait entre les arbres, mais elle crevait de chaud, ruisselait d'un mélange de sueur et d'humidité condensée.

Elle s'arrêta au bord de l'eau, dont elle pouvait déjà deviner qu'elle était glacée. A bout de souffle, elle se pencha pour s'appuyer sur ses genoux et sursauta quand son bras se rappela à elle. Elle grimaça et se redressa en essayant de trouver une position qui pourrait lui permettre de reprendre plus rapidement son souffle, mais il n'y avait pas de position miracle. Les sourcils froncés, elle cherchait Skylar, qui s'était peut-être arrêté à un peu plus loin. Antarès arriva tranquillement à ses côtés, les babines trempés : lui était arrivé là bien avant elle. Frost le suivit, toute heureuse, et elle se pencha au-dessus des deux chiens pour leur flatter l'encolure. C'est un mélange de craquements de feuilles mortes et de galets qui se faisaient déplacer qui la fit lever le nez. Skylar ne semblait guère en meilleur état qu'elle. Ils avaient encore bien courru, et elle ne put d'abord que lui offrir un sourire pour le lui signifier. « J'ai couru... comme si j'avais Chris... au cul, j'en peux plus ! » Elle se laissa tomber les fesses dans les graviers, encore trop faible pour boire dans la rivière. Elle se tenait le bras, comme si ça pouvait l'empêcher de tomber - ou quelque chose comme ça. A force de connaître et retrouver cette douleur, elle avait appris qu'elle ne saignait pas - mais sans cette habitude, le doute aurait été permis. « Je pense qu'on a mis un peu... moins de temps... que la dernière fois ? » Elle avait envie qu'il le lui confirme mais elle-même était incapable de l'affirmer. Ils ne pouvaient guère se fier qu'à l'allure du soleil et aux angles de ses rayons, et autant dire qu'il n'y avait pas beaucoup de soleil à une heure pareille. A dire vrai, elle commençait même à réaliser que la nuit tomber et que le temps de rentrer, elle aurait se serait même probablement bien installée sur la forêt dense. Non, en fait, ils n'avaient absolument aucun point de comparaison mais comme à chaque fois, Murphy aimer suggérer qu'ils avaient encore fait mieux que la fois précédente. Comme à chaque fois, Skylar se moquerait sans doute d'elle et de ses estimations bidons. « T'es de patrouille... ce soir ? » Elle n'avait pas peur de rentrer de nuit, même si les nuits d'automne étaient toujours bien particulières. Plus effrayantes même, peut-être, que celles glaciales d'hiver. C'était la brume qui changeait la donne. Elle floutait tout, et on pouvait y perdre ses repères, même aussi proche du village et en plein terrain connu, reconnu et cartographié. Mais Murphy n'avait pas peur - ces paysages étaient tellement rares qu'ils gagnaient une préciosité fascinante. Ils ne pourraient pas se perdre parce qu'ils étaient deux patrouilleurs et deux chiens habitués des lieux. Grâce à leurs patrouilles déjà, enchaînées depuis qu'ils étaient installés au village, mais aussi grâce à ce parcours exact qu'ils empruntaient ensemble depuis des mois. Tout ce qui pouvait déterminer le temps qu'ils pouvaient prendre avant de reprendre leur course jusqu'aux portes du village, c'était leurs engagements. Murphy avait été de patrouille dans la journée et elle était tranquille jusqu'au lendemain. De l'emploi du temps de Skylar elle ne savait que qu'il pouvait se permettre le temps de courir avec elle maintenant. Mais combien de temps pouvaient-ils traîner ?

Elle commençait à retrouver son souffle, et doucement elle lâcha son bras. Elle n'osait plus le mentionner à Skylar depuis un moment mais il savait. La douleur revenait pratiquement à chaque fois qu'elle courrait. Elle lui lança un regard un peu inquiet mais ne dit rien. Elle n'osait pas vérifier l'état de la vieille plaie. Elle avait cicatrisé depuis longtemps et laissé une traînée encore rougeâtre, mais bel et bien fermé. Murphy ne pouvait pas saigner, et elle se contraignait à ne pas s'inquiéter de ce qui ne pouvait tout simplement pas être. Mais même si elle ne l'exprimait plus vraiment à Skylar, elle avait peur, toujours, de ne jamais totalement récupérer. Elle n'avait pas à se plaindre, pourtant, et elle le savait. Mais pour une combattante comme elle, perdre de son aisance, même de son bras gauche, c'était perdre de sa force, de ses capacités. Combien de temps avait-elle encore pour récupérer - si elle pouvait seulement complètement récupérer ? Et si c'était demain que tout se jouait, de quoi serait-elle capable ?

Murphy se redressa, encore un peu tremblante de ses efforts, pour se traîner à quatre pattes et sans aucune élégance jusqu'au lit de la rivière, à un mètre d'elle. Elle plongea les mains dans l'eau glacée et douloureuse et porta quelques gorgées jusqu'à ses lèvres. Putain que c'était froid, mais putain qu'est-ce que ça faisait du bien. Leurs chiens trottaient autour d'eux et Antarès finit par poser ses fesses à côté de celle de son humaine, qui plongea brièvement sa main dans son pelage clair pour le cajoler. Elle lui jeta un coup d'œil, juste de quoi réaliser que : « Eh, mais il a trouvé de la bouffe ! Il t'a ramené quelque chose ou il l'a gardé pour lui ? » Les babines humides et ensanglantées, Antarès semblait fier de lui. Est-ce qu'ils auraient de quoi ramener un peu de viande à Cassandre et à ses collègues cuisiniers ce soir ? Murphy baissa le nez pour chercher à côté d'elle s'il avait laissé une carcasse ou un morceau de carcasse, mais rien. Pas même une trace de sang. Probablement qu'il s'était bien rempli la panse avant de penser aux estomacs de ses compagnons humains - et il avait bien raison, d'ailleurs, le chenapan.
Skylar Rees
DATE D'INSCRIPTION : 05/05/2016 PSEUDO/PRENOM : Ponyta MULTICOMPTES : Gen Deng, Eirik Thorvald, Leary Wrath, Cyd Raye, Misha Machir MESSAGES : 496 CELEBRITE : Norman Reedus COPYRIGHT : lux aeterna METIER/APTITUDES : Responsable adjoint des patrouilles - Pisteur - Combat à mains nues - Stratège TRIBU/CAMP : Odysséen POINTS GAGNES : 58

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Jeu 19 Nov 2020 - 16:56
Des mois que l’attaque était arrivée et elle laissait des marques douloureuses. Skylar le sentait dans ses nuits bien courtes. Les réveils en sursaut qui faisaient qu’il se demandait ce qu’il faisait là. Les personnes qui comptaient pour lui étaient vivantes, Richard, Murphy. Malgré tout, son esprit n’était plus vraiment calme. La preuve était aujourd’hui où il courait avec sa lieutenante. Elle était plus rapide et endurante que lui, une réalité qu’il acceptait. Malgré le fait qu’il continuait de courir et refusait de laisser tomber. Le souffle rauque, il se déplaçait rapidement alors que Frost ne le lâchait jamais vraiment. Elle courait joyeusement dans les feuilles mortes au sol. Elle s’éloignait, revenait. De temps en temps, le regard clair de l’homme croisait celui de Murphy et malgré la fatigue, il lui lâchait un sourire discret qui voulait tout dire. Cette course était importante, ou plutôt ce marathon dans leur périmètre. Leurs plannings étaient serrés et il avait fallu chercher le bon moment pour s’absenter les deux, mais pas impossible.

Il vit Frost filer en avant, ils devaient être proches de la rivière. Il sentait son corps tendu, son genou protester. Des étranges douleurs articulaires étaient apparues, signe que son corps vieillissait alors qu’il s’y refusait. Il refusait cette réalité dérangeante qui montrait bien que son corps continuait de vieillir alors que son esprit restait jeune. Il distingua la rivière et son amie au bord de l’eau. Le militaire ralentit progressivement avant de marcher vite, le souffle rauque. Les feuilles crissèrent sous ses pieds, mais il réagit à peine, essoufflé comme un cochon. Un petit rire lui échappa quand Murphy lui dit avoir couru comme si elle avait Chris au cul. « Tu devrais vraiment arrêter avec lui. Un jour, je vais avoir une commission de harcèlement au cul à cause de tes blagues. » Dit-il d’un air amusé alors qu’elle se moquait de l’autre militaire. Il la regarda s’assoir et s’approcha de l’eau, s’accroupit. Ses articulations craquèrent et se firent entendre, le faisant grimacer alors qu’il fit l’air de rien. Skylar mit ses mains en coupelle et prit de l’eau qu’il but lentement. Il vit du coin de l’œil qu’elle se tenait le bras auparavant blessé.

Elle parla, comme pour détourner son attention du fait qu’elle avait toujours mal. « Je crois que pas vraiment. J’ai traîné. » Il termina de boire et alla s’assoir à ses côtés. Il sentait l’air se fraîchir et le soleil se coucher au lointain, la nuit tombait. « Non et toi ? » Il connaissait son planning, mais préférait lui demander. Par chance ce soir, il pouvait rester chez lui. Dans sa maison douillette qu’il partageait avec Richard. C’était toujours étrange d’y pense, cela réchauffait quelque chose au fond de lui à chaque fois qu’il y pensait. Il regarda la brume qui se déposait sur le coin de l’eau alors que son regard se glissa sur Frost aux côtés d’Antarès. La chienne semblait bien aimer son compagnon canin. Son comportement s’était amélioré et elle était un peu moins sauvage avec les autres, ce qui apaisait le côté papa poule de Skylar qui avait eu la crainte qu’elle soit dangereuse pour les autres. Si cela s’était avéré confirmé, il aurait dû la ramener à son éleveuse. Skylar sentit le regard de Murphy et la regarda alors qu’elle avait lâché son bras. Il percevait son inquiétude même s’ils ne parlaient plus de sa blessure. Lui était d’avis que cela mettrait du temps à guérir, mais si une guerre éclatait demain, aucun d’eux n’était en bon état. Les interrogatoires n’avaient rien donné de très intéressant et exploitable.

Toute cette situation était très frustrante mine de rien. Skylar ne savait pas de quoi serait fait demain, mais il l’incertitude était le pire. Il regarda Murphy s’éloigner, aller boire. Frost vint auprès de lui et il la caressa tendrement. Passant ses mains froides dans son pelage chaud et la chienne tachetée ne protestait pas. Il était un peu dans son monde quand Murphy l’interpella et lui dit qu’Antarès avait trouvé de la nourriture. Il regarda à son tour Frost qui avait les babines ensanglantées. « Frost aussi, mais elle ne m’a rien ramené. » Visiblement les deux chiens s’étaient régalés sans se soucier d’eux. Skylar la flatta. « Où est la bouffe ma belle ? » Frost battit de la queue joyeusement, mais ne dit rien. Bien entendu qu’elle n’irait pas répondre. Si elle venait sans la proie, c’était qu’elle l’avait mangé. Il lâcha un petit rire, elle avait bien raison d’en profiter. La vie au camp n’était pas facile et même s’il lui gardait toujours une part pour manger, s’il y avait une diète, il prenait sur sa part pour la partager. C’était l’accord pour garder les animaux en ces temps pas si faciles.
Murphy Cavendish
DATE D'INSCRIPTION : 06/12/2015 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Nuna Cortez MESSAGES : 46013 CELEBRITE : Sophia Bush COPYRIGHT : jenesaispas (vava); Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) METIER/APTITUDES : Conseillère diplomate; militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. TRIBU/CAMP : Odyssée POINTS GAGNES : 1173

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Mar 22 Déc 2020 - 2:58


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Murphy Cavendish & @Skylar Rees

(31 octobre 2120 / jogging automnal)


C'était des moments privilégiés, les joggings entre amis. Une tradition récente, un cocon qu'ils avaient mis en place à deux, comme pour se défendre de tout le sombre qui semblait déterminé à leur tomber dessus depuis cette fameuse nuit où tout avait changé. Il fallait le laisser loin, creuser la distance autant que possible, pour aussi longtemps que possible. Et c'était parce qu'elle avait vécu tout ce qu'elle avait vécu, là-haut comme ici-bas, et c'était parce qu'elle avait connu cette nuit barbare, qu'elle savait apprécier ces moments à leur juste valeur, pour ce que leur commun avait de si précieux. On ne pouvait plus se lasser des habitudes quand on avait réalisé qu'elles pouvaient si facilement nous être arrachées. Les habitudes étaient celles qui construisaient les bases les plus solides. C'était à elles qu'on s'accrochait quand tout s'effondrait. A chaque habitude créée se dressait un nouveau socle pour les mauvais jours à venir. Et des mauvais jours il s'en était passé, mais des mauvais jours, il y en aurait encore à venir. Il fallait solidifier la réalité tant qu'on en avait encore le pouvoir, tant qu'on en avait encore le temps. Et le temps, pour une raison qui apparaissait à Murphy aussi incompréhensible qu'irritante, c'était tout ce qu'ils avaient. En attendant. Mais en attendant quoi ? Le temps filait et les réponses se comptaient sur les doigts d'une main. Elles étaient faiblardes, à demi transparentes, bien peu satisfaisantes. En clair, elles n'étaient pas assez, mais elles étaient tous ce qu'ils auraient tant qu'en face on n'en décidait pas autrement. Et les mois avaient suffisamment défilé pour que tous les interrogateurs qui avaient pu faire face aux otages, y compris Murphy, comprennent qu'ils n'en obtiendraient rien de plus que ce qu'ils avaient déjà bien voulu leur donner. A savoir : pas grand chose. A savoir : pas assez. Du temps ils n'avaient que ça jusqu'à ce qu'on ce qu'on finisse par les trouver - et on finirait par les trouver. Ces connards en face d'eux, peu importe qui ils étaient ou qui ils voulaient bien se laisser être à leurs yeux, savaient bien où les trouver. Et si une seule conviction était née des quelques interrogatoires quia avaient donné quelque chose, c'était bien qu'ils reviendraient. Quand ? était la grande question, l'ultime question. L'impuissance était intenable pour quelqu'un pour Murphy. Alors elle tentait de se raisonner, comme elle était si habituée à le faire dans les situations critiques et ponctuelles. Mais cette situation critique, elle, durait depuis des mois, et le ponctuel s'étendait en une ligne qui commençait à prendre des teintes d'infini. En fait, ce que lui soufflait sa raison, à Murphy, c'était qu'il fallait tirer le meilleur de ce temps qui leur était donné. Il fallait recharger les batteries, se préparer au mieux à cette suite inévitable. Car elle savait se faire discrète maintenant, mais elle viendrait. Le temps était le meilleur élément qu'ils avaient pour s'y préparer. Et il ne s'agissait pas que de se battre ou d'entrainer son corps aux pires situations et aux pires challenges. Il ne s'agissait pas que de réparer les carcasses qui avaient été abîmées par le premier combat. Il s'agissait de consolider les esprits et les âmes, de leur distiller un peu d'espoir, de leur rappeler ce pour quoi elles se battaient, elles s'étaient battues et s'apprêtaient à se battre encore. Il fallait rester ancré dans cette réalité même si l'esprit, trop facilement, s'en échappait. C'était la réalité la plus précieuse, ce qui était ancré dans cette terre, dans ce monde.

Et pour Murphy, il n'y avait rien de plus précieux que ce que les plus méprisants pouvaient appeler de petits moments. Les pages du quotidien et les relations pour lesquelles on vivait, voilà tout ce pour quoi on vivait. Tout ce pour quoi on se battait. Car au fond, c'était le socle de tout ; c'était la pierre angulaire de ses convictions les plus profondes, de ses combats les plus tenaces, de ses envies les plus idéalistes, et chaque pas qu'elle faisait dans cette vie pouvait être lié de près ou de loin aux autres, à ses autres, aux siens. Ce jogging était sur le point de lui faire cracher ses poumons alors ce n'était pas évident : il était pourtant un des socles de tout ce qu'elle construisait, cherchait à construire, entretenait - de tout ce qui faisait son monde et que promettait son avenir et qu'elle promettait à son avenir.

Même agenouillée au bord de la rivière à chercher son souffle comme si elle était à l'article de la mort, Murphy avait conscience de tout ça. Elle savourait l'instant et en gardait un peu pour plus tard, le glissait dans un tiroir de sa mémoire pour les moments les plus difficiles qui sauraient venir, elle n'en doutait pas. Ce qui la rassura quand Skylar la retrouva échouée là au bord de l'eau comme une truite égarée, c'est qu'il ne semblait guère en meilleur état. Soit ils commençaient à subir les effets du temps, soit ils s'étaient investis à la hauteur de leurs angoisses et des combats à venir - et Murphy préférait retenir la seconde option, celle de la motivation ultime qui fait oublier les signaux du corps au profit de la force du mental et de l'accomplissement. L'accomplissement, à ce moment précis, brûlait les bronches, mais il gardait toujours cette tonalité réconfortante, douce comme une couleur pastel.

D'accord, peut-être que les endorphines parlaient aussi. Mais elles n'étaient pas les seules à gueuler dans toute cette cacophonie.

L'asthmatique qui venait d'arriver à côté de l'autre asthmatique rit à la blague de cette dernière. En fait, Chris, elle l'avait occulté depuis longtemps. Elle ne pouvait pas l'oublier mais oui, elle l'avait occulté. Elle avait trop essayé, et il avait trop manqué à ses valeurs, à ses engagements, à tout ce que la rébellion était censée être ou aurait dû être. Il avait été trop fier, trop têtu, trop fermé. Elle ne pouvait pas lui enlever que sa décision, commune à tous les rebelles, de mettre un terme au mouvement, était l'une des meilleures qu'il aurait pu prendre. Mais le reste n'était pas oublié pour autant. Le reste ne faisait plus mal, mais elle avait appris du reste, Murphy. Elle se préservait et elle préservait ses nerfs et sa patience. « T'inquiète pas pour ça... il pourra jamais deviner.... que ses oreilles qui sifflent ça vient... de là... » Avec un sourire en coin, elle lui offrit un clin d'œil sonore et convaincu. Il n'y avait qu'avec ses très proches qu'elle se permettait ce genre de remarques - aussi, elle savait qu'il ne risquait rien. Et puis, même s'il était son supérieur, ce serait elle qui aurait des ennuis. Lui serait probablement chargé de juger les faits de la façon la plus impartiale possible, et elle lui rappelait par tous les moyens possibles qu'il n'était pas impartial, ne pouvait pas l'être, et elle obtiendrait gain de cause.

Entre ses inspirations d'essoufflement, Murphy crut déceler quelques craquements d'articulations. Skylar s'accroupissait à côté d'elle. « T'as tout donné... aujourd'hui..., dis donc ! » Ils n'en avaient jamais réellement parlé, tous les deux, mais cette petite habitude de joggings communs qui avait pris naissance depuis cette horreur de nuit de printemps était guidée par une forme de revanche. En courant, ils extériorisaient leur angoisse et leur haine de ce qui s'était passé - leur haine de l'autre, aussi, de cet autre qui avait décrété qu'ils ne valaient rien, ou juste la peine de ne plus vivre. Ils n'avaient jamais pris le temps ou trouvé le courage, tous les deux, de vraiment reparler de ce qu'ils avaient vécu côte à côte. De l'horreur qu'ils avaient vue et expérimentée, de l'inquiétude qu'ils avaient eue l'un pour l'autre et pour leurs proches hors de vue. Mais Murphy n'oubliait pas. Elle l'avait toujours admiré, même à cette époque aujourd'hui si lointaine pendant laquelle ils ne se côtoyaient que très vaguement et par obligation militaire - mais elle n'oubliait pas que cette nuit-là son admiration avait été décuplée, justifiée comme elle n'avait jamais eu l'occasion de l'être avant. Il était un combattant et un stratège hors pair. Il était sorti de là sans aucune égratignure, lui, et elle n'était même pas jalouse. Juste admirative et respectueuse. Il n'avait jamais eu besoin de lui prouver ou de prouver à quiconque qu'il avait sa place aux côtés de Richard à la tête de la garde odysséenne ; cette nuit-là, pourtant, il n'avait jamais paru aussi limpide que cette place était la sienne, taillée pour lui, et qu'il était taillé pour elle. Si ses articulations craquaient aujourd'hui, c'était probablement parce qu'il donnait tout à ces moments-là, toute sa haine, toute son envie de revanche, toute sa détermination, toute son énergie. C'était bien celles de Murphy qui réveillaient ses douleurs à l'épaule, après tout. Le corps, poussé par le mental, révélait ses premières failles.

Elle avait bien mal à son épaule, elle, mais elle n'en parlait pas. Peut-être qu'il faudrait qu'elle fasse un saut à l'infirmerie, un de ces quatre, pour qu'on vérifie que tout se passait bien - mais elle devait l'admettre, la réponse qu'Adelaïde ou Nadja lui donnerait la terrorisait déjà. Et si elle ne récupérait jamais complètement ? Et si elle récupérait trop tard ? Le temps et les épreuves abimaient les corps. Ils n'étaient pas indestructibles. Mais c'était injuste, et cette impuissance agaçait autant qu'elle effrayait quelqu'un comme Murphy, en constante quête de perfection et de maîtrise d'elle-même. Elle ne disait rien - à ce moment précis, tout ça était entre son épaule et elle. Si elles ne discutaient pas à découvert, alors elles pouvaient régler ça entre elles, sans impliquer personne d'autre, non ? « T'as... traîné ? » Elle fronça les sourcils d'un air à la fois dubitatif et réprimandeur, toujours à bout de souffle, sa main encore accrochée à son épaule. « Mais... tu vois pas... que j'suis à deux doigts de crever ? ... c'est pas... possible qu'on ait été plus longs que... la dernière fois ! » Peut-être que l'air était plus froid, aussi, et plus douloureux dans les bronches. En fait, ils n'auraient probablement jamais de réponse à cette question qui ne faisait que titiller l'ego. Mais Murphy aurait bien aimé une petite victoire, car les petites victoires faisaient toujours du bien - même les petites victoires estimées au pif, sans aucune méthode et aucune certitude.

Au final, pourtant, Murphy savait que la vraie victoire était toute autre : elle résidait dans l'instant, dans cette fenêtre temporelle qu'ils bâtissait à mesure qu'elle s'évaporait pour toujours. Alors autant prolonger cet instant le plus possible, non ? Ca ne dépendrait toujours que de leurs emplois du temps respectifs, et s'ils étaient, avec Richard, ceux qui construisaient ceux de toutes les équipes militaires, ils ne se privilégiaient qu'au même titre que chaque autre garde ou patrouilleur. En d'autres termes, à part dans le cas de rares exceptions, ils étaient assujettis à ce qui arrangeait la majorité - à la logique, donc. Et ce soir, il semblait donc que la logique était de leur côté. « Non plus... Je peux prendre... mon temps pour mourir et ressusciter ! » Le souffle lui manquait toujours même si elle commençait à le récupérer et que l'air froid se faisait moins corrosif dans ses bronches. Un peu paresseusement, sans lever ses fesses mais en se trainant au sol sans aucune forme d'élégance - ce n'était de toute façon pas sa marque de fabrique et dans un monde pareil, c'était sans doute un mal pour un bien d'ailleurs -, elle arriva jusqu'à la berge pour y puiser un peu d'une eau aussi glacée qu'attendu. Ils étaient si sages, tous les quatre. Antarès se planta à côté d'elle, visiblement épuisé et satisfait de sa course. Murphy savait à quel point ce genre de petites expéditions, aussi brèves et répétitives puissent-elles être, comptaient par des animaux chasseurs comme Antarès ou Frost. Sans les patrouilles et Antarès, elle se laisserait sans doute à aller à plus de paresse, au moins pendant les mois les plus difficiles de l'année - en plein été harassant ou dans les hivers glaçants. Mais ces deux responsabilités étaient probablement aujourd'hui inscrites dans son ADN, son implication faisait partie de son identité et il n'était question à aucun moment d'oublier l'importance de ce que certains considéreraient sans doute des promenades superflues et inutiles.

Et puis de temps en temps, comme ce qu'elle espérait maintenant pendant quelques secondes, elle avait le droit à une petite surprise bonus : de la viande gratuite de tout effort de sa part. Au village on s'y était un peu habitué et elle ne tirait plus la victoire des débuts mais il demeurait et demeurerait toujours la satisfaction, grâce et avec Antarès, de participer à la vie et au confort de ce village qu'elle aimait tant et pour lequel elle donnerait tant. Mais ce soir il lui avait suffi de fixer Antarès droit dans les yeux pendant trois secondes pour comprendre qu'il ne lui avait rien ramené à manger. Peut-être plus tard, sur le chemin du retour - mais d'abord il s'était nourri lui et Murphy se satisfaisait à chaque fois qu'il en soit capable. Son intégration au village n'aurait probablement pas été la même s'il avait été incapable de gérer ses propres repas. Ils avaient beau moins manquer de denrées alimentaires maintenant, chacune d'entre elle n'en demeurait pas moins précieuse. Le regard de Murphy quitta Antarès pour croiser celui de Skylar. Frost aussi semblait s'être fait un festin. « J'crois qu'ils se sont fait un banquet sans nous. C'est un peu vexant. » Sans s'en rendre compte, elle s'était de nouveau accrochée à son épaule. La douleur était pulsatile, maintenant : elle commençait à suffisamment la connaître pour savoir que c'était signe de son affaiblissement... jusqu'à la prochaine fois. « Dis, jcrois pas t'avoir vu libérer quelques jours pour retourner au camp de base des montagnes... tu penses y retourner, toi ? » Elle sautait à pieds joints dans le sujet malgré la délicatesse de la question. L'un comme l'autre savait les difficultés à obtenir ce qu'ils voulaient là-bas... mais ils savaient aussi l'entêtement et l'obstination de l'autre. Le besoin de réponses, l'envie viscérale de revanche. Ils n'en avaient pas encore parlé. Peut-être en était-il temps, aujourd'hui, au bord de la rivière gelée, et alors que le temps leur était offert sur un plateau d'argent.
Skylar Rees
DATE D'INSCRIPTION : 05/05/2016 PSEUDO/PRENOM : Ponyta MULTICOMPTES : Gen Deng, Eirik Thorvald, Leary Wrath, Cyd Raye, Misha Machir MESSAGES : 496 CELEBRITE : Norman Reedus COPYRIGHT : lux aeterna METIER/APTITUDES : Responsable adjoint des patrouilles - Pisteur - Combat à mains nues - Stratège TRIBU/CAMP : Odysséen POINTS GAGNES : 58

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Dim 3 Jan 2021 - 21:42
Skylar ne pouvait s’empêcher d’embêter Murphy. C’était tout simplement plus fort que lui et il lâcha un petit rire. Elle le divertissait bien plus qu’il ne l’avouerait jamais. Il se doutait qu’elle embêtait Chris qu’avec lui ou des gens de confiance. Il eut un sourire entendu, il la croyait capable de cacher le fond de ses pensées s’il le fallait. Il ne voulait pas penser si un jour, il devait faire un arbitrage, hors de question. Cela lui donnait des frissons rien que d’y penser. Il préféra se concentrer sur ses articulations qui craquaient comme pas possibles et il souffla. Il détestait par moment son corps qui lui rappelait son âge. Il n’avait rien de plus agaçant à dire vrai. « Ne m’en parle pas. » Dit-il en grimaçant quand Murphy lui dit qu’il avait tout donné. « Tu as entendu ? » Il avait un peu de mal à avouer qu’il venait de craquer comme s’il était vieux. Il avait déjà remarqué qu’aux yeux des natifs, il paraissait vieux et cela avait vraiment le don de l’agacer passablement. Il regarda discrètement Murphy et son corps blessé, il n’était pas le seul à vieillir même s’ils n’en parlaient jamais.

Ils n’étaient pas sortis indemnes de ce combat, que cela soit physiques que psychiques. Il avoua avoir traîné, le froid le handicapait pas mal aujourd’hui. Dès qu’il s’était levé ce matin il avait eu un étrange pressentiment qui ne s’expliquait pas facilement. Quelque chose qui titillait vraiment son esprit, comme une pensée parasite. « Ouais, j’ai traîné. » Répéta-t-il de sa voix rauque tout en regardant Murphy qui soufflait vachement. Cet air était vraiment épais, du moins c’était une image, il était juste essoufflé. Il n’était pas le seul à peiner visiblement. Il lâcha un petit sourire quand sa lieutenante affirma qu’elle était à deux doigts de crever. « Va savoir. En tout cas, si tu continues ainsi, je vais devoir repenser ta place dans notre unité. » Dit-il en la taquinant car il voyait bien son égo et qu’ils étaient semblables. Il fallait l’avouer, Skylar appréciait de courir, même dans ce froid mordant, cela lui faisait oublier la réalité. Rentrer au camp, penser aux kidnappés, aux blessés qui mettaient du temps à guérir. Ce n’était vraiment pas facile. C’était regarder la terrible vérité en face.

Ils avaient échoué face à des adversaires venus de nul-part. Bon, ils n’étaient pas les seuls, toutes les autres tribus étaient dans leurs cas, mais il fallait bien avouer que c’était frustrant. Heureusement qu’il n’était pas de garde ce soir, il pourrait mieux récupérer. Il sourit quand elle dit prendre son temps pour mourir et ressusciter. « Quel fabuleux plan que tu as. » Il s’appuya sur ses bras alors qu’il se laissait un peu aller en arrière. Il regarda son amie ramper jusqu’à la berge pour boire. Aussitôt, il se revit au bord de l’eau à nettoyer ses mains couvertes de sang, à nettoyer Murphy. Il cligna des yeux et revint ici et maintenant, sur une autre berge, là où ils n’étaient que les deux, seuls. Frost fut à ses côtés, il la caressa, remarquant ses babines tâchées de sang et sourit. La chienne tachetée se rapprocha de lui jusqu’à s’allonger de tout son long, le long de la cuisse de son maître. « Va savoir ce qu’ils ont trouvé. Une moufette ou un serpent. » Dit-il avec une grimace, il détestait ces deux animaux. La première car elle dégageait une odeur désagréable pour se défendre, mais Frost ne sentait rien. Et le second, car le serpent réveillait des ancestrales qui le glaçait jusqu’au fond de son être.

Il la vit s’accrocher à son épaule, mais décida de ne rien dire. Il sentait bien que c’était un sujet sensible et ne voulait pas embarrasser son amie. Ils en parleraient quand il la sentirait prête à aborder le sujet. Bien entendu et comme toujours, elle sautait du coq à l’âne. Il réfléchit sérieusement à sa question. Chacun s’était rendu séparément à la montagne, il savait qu’elle avait participé à un interrogatoire, alors que lui s’y était refusé. Il avait eu clairement la crainte de complètement craquer et de s’en prendre à ces fous. « Je devrais. » Mais il ne savait pas s’il en avait envie, même s’il avait l’obligation en tant que second du chef de la garde d’y retourner s’il ne voulait pas avoir des remarques, surtout vu l’état de Richard après le combat face aux envahisseurs. « Je ne sais pas si j’ai envie d’en interroger un et toi ? Tu veux y retourner malgré l’interrogatoire que tu as eu ? » S’il se souvenait bien, cela n’avait été que très moyennement fructueux, voire pas du tout d’après ce qu’il avait entendu. Il détestait cette situation, il avait l’impression que ces inconnus violents les menaient en bateau. Il se sentait impuissant.
Murphy Cavendish
DATE D'INSCRIPTION : 06/12/2015 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Nuna Cortez MESSAGES : 46013 CELEBRITE : Sophia Bush COPYRIGHT : jenesaispas (vava); Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) METIER/APTITUDES : Conseillère diplomate; militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. TRIBU/CAMP : Odyssée POINTS GAGNES : 1173

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Sam 20 Fév 2021 - 0:11


The other side

Murphy Cavendish & @Skylar Rees

(31 octobre 2120 / jogging automnal)


Pendant les nuits d'insomnies qu'elle avait enchaînées ces derniers temps, Murphy s'était souvent questionnée sur la normalité, sur le quotidien. Elle et ils avaient tant bataillé pour se créer des habitudes, lorsqu'ils étaient arrivés ici. Ils l'avaient même cru impossible pendant longtemps. Pendant longtemps, il s'était agi de survivre au jour le jour - le confort de l'habitude n'était autorisé que pour ceux qui avaient le luxe le plus primaire de la sécurité. Mais le temps avait passé depuis qu'ils étaient arrivés, au point même où Murphy ne se rappelait parfois que de bribes de là-haut, comme d'une vie d'autrefois ou d'un rêve un peu fantasque. Alors qu'est-ce que pouvait bien être la normalité ? Elle l'avait considérée comme acquise depuis qu'ils s'étaient installés dans leur nouveau village, parce qu'il leur avait amené une nouvelle stabilité, et ce fameux luxe de la sécurité. Il y avait toujours un endroit auquel revenir, un foyer, un centre de tout. Et puis le quotidien était doux ici : chacun avait sa place, chacun apportait sa pierre à l'édifice, chacun avait pu construire ses habitudes, reconstruire son cercle privé, construire un chez-lui, même, s'il le souhaitait. C'était une bulle sécurisante et c'était peut-être ça, l'habitude. Mais cette habitude avait peut-être gangréné leur combativité. C'était une de ces questions d'insomnies qui tourbillonnaient parfois, encore plus depuis qu'ils avaient été acquis. L'habitude amenait avec elle un confort qu'on considérait trop vite comme acquis. La menace avait toujours été là et les épreuves s'étaient succédées, mais de toutes, ils avaient à peu près réussi à se relever. Ce n'avait que des écarts, aussi douloureux avaient-ils pu être, dans la route du confort. Cette fois-ci était différente. Pourquoi, au juste ? Parce que ce n'était pas fini, peut-être. Ce n'était que le début de quelque chose qui durerait des mois au moins, peut-être des années, qui s'étalerait peut-être même sur des générations. Parce qu'ils ne l'avaient pas vu venir, aussi, sûrement, qu'ils savaient que les éléments, les épidémies, les Rahjaks et la météo pouvaient s'abattre sur eux mais que l'apparition d'un peuple que personne ne connaissait sortait de tout ce qu'ils s'étaient habitués à craindre, de tout ce à quoi ils avaient pu se préparer et apprendre à se préparer. Ca sortait de leur feuille de route, malgré toutes les incertitudes qui y étaient inscrites depuis si longtemps. Est-ce que ça, alors, devenait la normalité ? Pour qui ? Est-ce que certains, sur le village ou d'autres villages, en avaient fait leur normalité ? On n'en parlait pas trop. Murphy, en tout cas, n'en parlait pas trop. On ignorait ces débats, peut-être parce que c'était une forme d'espoir de bientôt parvenir à laisser ça derrière - ou probablement plutôt du déni, mais du déni on parlait encore moins, spirale infernale du mensonge susurré pour se rassurer.

Murphy, en tout cas, n'en avait pas fait sa normalité. Ca aurait sans doute marqué le début d'une adaptation, mais elle ne parvenait pas à s'adapter. C'était un équilibre tous les jours pour ne pas sombrer, mais ce n'était pas une adaptation tenable dans le temps. Elle était constamment sur le fil du rasoir, perdue entre toutes ces questions et inquiétudes. Il suffirait d'une étincelle et c'était tout ce qu'elle attendait, cette putain d'étincelle, pour mettre le feu au brasier. Ce serait la seule façon d'avancer, de progresser, de débloquer des réponses. De retrouver un semblant de cette normalité qu'elle gardait encore en référence, enfermée dans son espoir ou son déni. Elle, elle n'avançait pas. Elle était bloquée dans la sphère d'un temps en attente, entre des parenthèses qui s'espaçaient un plus chaque jour.

Mais en s'accrochant à cette ancienne normalité, ou tout du moins à l'illusion de cette ancienne normalité, Murphy tenait. Il y avait ce bruit de fond incessant, mais il demeurait bruit de fond. Le quotidien, en fait, ne se trouvait tristement que guère impacté par ce qui s'était passé et ce qui se tramait, même pour quelqu'un comme elle. Il y avait des réunions du Conseil, des concertations entre Odysséens et entre groupes. Il y avait des virées au pied des montagnes, à l'épicentre de tout. Mais ça demeurait des exceptions, des parenthèses exclues du reste du quotidien. Pendant ces parenthèses, Murphy était combattante, incisive, diplomate, stratège. Pendant ces parenthèses, elle était tout ce qu'on pouvait attendre d'une lieutenant militaire et d'une conseillère diplomate. Hors de ces parenthèses ? Elle n'était que Murphy, celle qui, parmi tant d'autres, avait été prise à partie au par un groupe dont elle n'avait rien su et dont elle ne savait toujours rien. Elle était celle aux mille questions insolvables, à la curiosité qu'il fallait étouffer pour éviter l'inverse. Oui, hors de ces parenthèses, il fallait se contenter d'exister comme si elles n'existaient pas. Sinon, c'était de la torture.

Courir l'aidait à extérioriser tout ce qu'elle ne parvenait pas à maîtriser, à commencer par cette frustration sous-jacente qui l'empêchait de vivre tout à fait comme avant. Courir l'épuisait, s'entraîner l'épuisait. C'était comme les réunions passées à fulminer pour débattre, s'organiser, imaginer des stratégies, voter... tout ce qui épuisait sur l'instant permettait de mieux dormir lorsque le soir venait. Voilà pourquoi elle s'autorisait encore moins d'accalmies qu'avant. Il ne lui fallait pas se laisser le temps de réfléchir toute seule. Ce serait le meilleur moyen de paniquer, de s'attrister, peut-être même de baisser les bras. Et il était hors de question de baisser les bras. Mais elle s'était vue sur le champ de bataille, et elle s'était vue dans l'immédiatement après. Elle s'était vue errer comme si tout s'était fini cette nuit-là. Pour certains, ça avait été le cas. Elle s'était relevée, doucement, en relativisant : ce n'était pas son cas, elle n'avait perdu personne, ni par la mort ni par l'enlèvement, alors elle était presque de force renvoyée du côté de ceux qui devaient se battre. Elle se battrait. De toute façon, c'était ce qu'elle savait faire de mieux, se battre. Résister. Quand le moment viendrait, elle cracherait son feu. En attendant elle l'alimentait - avec sa rage, avec sa frustration, avec le sentiment d'injustice qui sifflait toujours en fond, mais aussi avec l'amour qu'elle avait pour les siens et pour ceux qu'elle ne connaissait pas ou ne connaîtrait pas. Elle réunissait tout ; les impressions, les sensations horribles qui demeuraient, son épaule qui ne se remettait pas encore, les images qui continuaient de tourner en boucle sur ses rétines, es capacités d'endurance et de combattante et de stratège. Elle se préparait. Et aujourd'hui encore et dans cette course, c'était un peu de cette préparation là qu'elle distillait.

Elle aurait aimé pouvoir faire plus, plus vite, c'est tout. Le souffle à moitié coupé, au bord de l'agonie, Murphy réalisait encore qu'elle aurait beau se préparer tous les jours et de toutes les façons possibles, elle ne serait jamais à la hauteur de tout ce qu'elle s'imaginait de l'épreuve qui les attendait. Elle qui avait pensé pendant tout ce temps être prête à affronter n'importe quel combat s'était retrouvée un peu prise au dépourvu, cette fameuse nuit. Elle n'avait pas eu d'arme, oui, mais elle s'était retrouvée désarmée, aussi. Prise par surprise, on aurait dit que tout ce pour quoi elle s'était entraîné n'aurait jamais pu être à la hauteur de ce qu'elle vivait. Tout ce qu'elle avait appris s'était ramolli cette nuit. Les images de ceux qu'elle avait tués la hantaient encore, mais elle regrettait amèrement ceux qu'elle avait manqués, aussi. C'était pour l'avenir qu'elle se battait, pour les promesses qu'elle lui avait fait jusque-là, avant l'attaque, mais ici pour être à la hauteur de ce qui se tramait. Cette fois, elle serait à la hauteur. Elle n'avait aucune excuse pour ne pas l'être. Cette fois ils n'avaient aucune excuse pour ne pas savoir que ça arrivait.

L'épuisement et l'essoufflement étaient ressentis comme un accomplissement. Si elle en était arrivée là, c'est qu'elle avait tout donné. Pourvu que le moment venu, son corps se souvienne de ce dont il était capable. Skylar, lui, semblait ne pas vivre les choses de la même façon. « C'est pas bien de tout... donner ? » demanda-t-elle, pourtant consciente de ce que la réponse de Skylar pouvait taire à ce moment-là. Au final, on était soi-même son propre défi, la seule comparaison que l'on pouvait décemment et logiquement s'autoriser. Tout donner c'était le maximum, peu importe ses capacités. On ne pouvait jamais donner plus que tout. « Que t'as tout... donné ? J'entends et je vois... ça se voit toujours... quand on donne tout... » Elle arqua un sourcil entendu, à deux doigts de perdre connaissance tant le souffle lui manquait dès qu'elle prenait la parole. Ils avaient clairement tout donné, tous les deux. « Mais d'où... t'as traîné ? » insista-t-elle malgré tout, interloquée. Même si elle avait une idée de ce qui se tramait derrière les reproches qu'il se faisait à lui-même - ou qu'il faisait à son corps -, elle voulait trouver le moyen de lui faire voir l'absurdité de ces réflexions. Elles étaient légitimes et Murphy les avait elle-même, parfois. Mais elles n'étaient pas justifiées et au final, elles ne profitaient à rien ni personne. Elles n'avalaient pas les années et les cicatrices. Murphy était épuisée, poisseuse et à bout de souffle et ça faisait mal, physiquement, d'être dans un tel état. Son épaule se rappelait à elle à chacune de ses inspirations. C'était peut-être l'épaisseur et la l'humidité de l'atmosphère qui la plombaient encore plus. Mais il y avait les endorphines aussi, qui, par leur simple présence, prouvaient qu'elle s'était donnée à fond. C'était la meilleure des satisfactions. « Haa-aaan » feint-elle le choc, la voix tremblante de toujours manquer d'air, portant une seconde la main à sa poitrine. « Tu me... rétrograderais ? Tu... rétrograderais une... conseillère ? Ca ferait pas disjoncter... l'univers, un truc comme ça ? » Un emmêlement des hiérarchies qui pourrait lancer bien des débats de logique, sans doute. Elle sourit, incapable physiquement de lancer l'un deux maintenant. C'était une expérience de pensée plutôt drôle, pourtant.

Mais pour l'instant c'était l'instant qui comptait. Ca faisait du bien de s'octroyer un peu du présent, de temps en temps. Et du temps, ils en avaient, cette fois-ci. Pas de gardes, de réunions ou de patrouilles où il fallait courir. Non, ce soir était à eux, aussi poisseux et froid soit-il. Il fallait apprécier même ces moments-là. Une flamme de bougie avait plus de valeur et de préciosité dans un noir glacial que sous le soleil. Elle passa une main dans ses cheveux tout sauf humblement, avec un petit sourire en coin. « Ah bah on me reconnaît souvent... mes compétences de stratège... c'est pas pour rien... » Elle fit une moue taquine et satisfaite pour conclure son lancer de fleurs.

C'était le tour des chiens de faire leur retour dans la partie. Ils s'étaient visiblement délectés de festins sans en laisser une seule part à leurs compagnons humains. Ce ne serait pas aujourd'hui qu'ils ramèneraient un surplus de viande au village, et ce ne serait pas non plus aujourd'hui qu'ils profiteraient d'un grignotage bonus en pleine forêt. Par contre ce serait bien aujourd'hui qu'ils profiteraient à quatre de ce monde de dehors pour ce qu'il était, aussi menaçant que réconfortant, aussi instable que rassurant. En cet instant il y avait un peu des airs du champ de bataille où ils avaient perdu un peu d'eux, et beaucoup des airs du camp qui s'était formé dans la panique pour réparer les abîmés et retrouver les disparus. Le sang sur les babines des chiens lui rappelaient ceux de toutes les victimes de cette nuit terrible et aussi le sien. Est-ce que son quotidien y serait encore longtemps lié ? On ne parlait pas trop de ces choses-là. On les vivait en secret, comme une honte. Son épaule lui faisait mal en silence. « On saura sûrement jamais » répondit-elle avec un petit sourire mélancolique qui n'avait rien à voir avec ce qu'elle disait. Les chiens avaient vécu ces horreurs avec eux cette nuit-là mais ils ne semblaient plus vivre ces horreurs avec eux ces jours-ci. D'où leur venait donc cette résilience ?

Malgré elle, son esprit s'était laissé porter dans cette spirale infernale. Elle s'oubliait encore un peu - sans doute parce qu'elle se savait en sécurité, ici et avec Skylar et leurs chiens. Accrochée à son épaule comme le rappel constant de tout ce qui guettait, elle pensait à la suite, au peu de choses qu'ils pouvaient faire en attendant que ce qui devait s'imposer à eux s'impose à eux. Les interrogatoires. Celui qu'elle avait tenu avec Gen ne les avait pas menés très loin, et ça avait été une véritable épreuve. La balance entre bénéfices et coûts n'avait clairement pas été rentable. « Je sais pas quoi te dire, honnêtement... » Elle soupira et se laisser tomber les fesses par terre, les genoux relevés vers elle, et s'essuya les lèvres, sur lesquelles coulaient encore quelques restes d'eau glacée. Elle n'était totalement d'accord avec des deux options, ni le retrait ni la combattivité tenace et ultime ; pourtant elle s'accordait à penser que les deux étaient à la fois viables et justifiés. « J'ai interrogé une nana avec un Athna, on a pas appris grand chose... » Le regard perdu dans le vague, Murphy repensait à toutes les émotions qui l'avait traversée pendant l'interrogatoire. « Ca m'a donné l'impression d'être utile et en même temps ça a été quasiment inutile... » Elle se frotta le visage un peu nerveusement et son épaule se rappela à elle. Putain d'épaule. « J'me suis pas reconnue, j'me suis même fait peur, tu sais. J'me suis sentie tellement nulle et... et... impuissante, j'ai failli péter un plomb. Maintenant j'me demande si le jeu en vaut la chandelle. » Elle plongea une main dans le pelage d'Antarès, affalé à ses côtés. La chaleur sous ses doigts gelés la réconfortait. « J'crois que oui, au fond, et qu'à l'usure on peut grapiller quelques trucs, mais pense aussi à toi. » Elle leva un regard un peu timide vers lui, les lèvres pincées. « Faut s'autoriser à accepter qu'on se remet pas encore de ce qui s'est passé. C'est frais et... on est... fragilisés. » Ce terme lui coûtait, mais elle ne lui trouvait pas d'alternative. Ils étaient marqués dans la chair pour certains, et puis dans l'être plus profond, dans l'esprit, dans l'âme, dans le cœur. Eux aussi méritaient d'être soignés, de cicatriser. Il fallait les préserver de pire, tant que possible.
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