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Makenna Askaywen
Makenna Askaywen
DATE D'INSCRIPTION : 21/12/2018 PSEUDO/PRENOM : ΛURORΛ BOREΛLIS MULTICOMPTES : MILA SWANN MESSAGES : 131 CELEBRITE : NADIA HILKER COPYRIGHT : VOCIVUS, ENDLESSLOVE, RILÈS METIER/APTITUDES : ESCLAVE AFFRANCHIE TRIBU : LES ENFANTS DE LA FORÊT POINTS GAGNES : 65

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le Mar 20 Aoû - 18:19


You were the better part Of every bit of beating heart that I had. Whatever I had, I finally sat alone. Pitch black flesh and bone couldn't believe that you were gone (@flora cash // beerus)


Ça fait dix ans que tu attends ce moment. Alors pourquoi est-ce que tu demeures pétrifiée devant le bâtiment ? Ta main tremble tellement que tu manques de lâcher l’arme forgée dans les bois. Tu dois faire un effort monumental pour retenir le piquet avant qu’il ne t’échappe. C’est ton heure Makenna. Il est temps de rentrer à la maison. Tu peux désormais abandonner la lutte, tu n’as plus besoin de te battre pour survivre. Engloutie par le poids de l’émotion, tu ne parviens à bouger. Parce qu’à cet instant précis, tu te retrouves à l’endroit où tout a basculé. Où ton existence s’est vue réduite à néant. Où ta vie a subitement pris fin comme si elle n’avait jamais commencé. Tu te rappelles du visage de Nuna avant d’entrer dans la prison, de ses traits tirés par l’inquiétude, de ses prunelles affutées par le danger, de ses cheveux emmêlés par le vent. Tu te rappelles de la voix de Nuna quand tu as refermé la porte principale, de ses questions interminables, de ses supplices intolérables, de ses pleurs déchirants. Tu lui as fait promettre de continuer d’avancer et de ne surtout pas revenir en arrière, tant que la vie de cette innocente et pauvre âme que vous aviez trouvée, n’était pas hors de danger. Tu lui as promis, toi, de revenir. Peu importe les difficultés, tu lui as promis de traverser mers et océans pour lui revenir. Tu es revenue, au bout d’une décennie. Et ton cerveau semble avoir du mal à le concevoir, happé par les visions du passé, prisonnier de ta dernière minute de liberté. Tu t’es finalement retournée pour affronter l'ennemi, persuadée de pouvoir le vaincre. Tu ne t’imaginais pas une seule seconde connaître défaite. Tu ne réalisais pas encore la terrible erreur que tu venais de commettre car tout ce qui comptait pour toi, c’était la sécurité de Nuna. Combien de temps est-elle restée dans cette prison ? Tu n’as jamais su ce qui s’était passé.

Aujourd’hui encore, tu l’ignores parce que vos chemins se sont séparés. Vous avez chacune écrite une version de l’histoire. Votre propre version. Pour toi, un cauchemar sans fin. Tu tentes en vain de mettre un terme à ce chapitre hideux mais les dernières pages sont difficiles à écrire. Tu ne sais pas si tu auras la force de le faire. Tu cherches le courage d’ouvrir cette porte que tu as fermé des années auparavant pour la protéger. Sauf que le doute t’assaillit de part et d’autre, consciente d’une vérité qui te fait froid dans le dos. N’est-ce pas de toi, que tu dois la protéger désormais ? De ce que tu es devenue. De ce monstre qui rôde en silence, dans les profondeurs de ton âme souillée, prêt à frapper au moment le plus inattendu. Tu regrettes d’avoir flanché devant sa lettre, répondu à son désespoir flagrant, adouci celui qui pompe ton cœur. Tu espères presque que ton courrier s’est perdu en chemin, s’échappant des griffes acérées du volatile par inadvertance. Ce n’est pas le cas, tu peux le sentir au plus profond de toi. Ta lettre s’est retrouvée au creux de ses mains, près de ses prunelles, probablement submergées par l’émoi. Tu es partie du village des Naoris avant d’avoir reçu une réponse de sa part pourtant tu restes persuadée qu’elle t’attend, là-bas. Interceptée par ton sauveur, @Theodore-Charles Jones venu récupérer son oiseau. Il connaît le contenu du morceau de papier dont tu ignores tout mais cela ne te pose aucun problème parce que tu le devines. Tu devines les quelques mots écrits à l’encre du cœur pour t’informer qu’elle viendra au rendez-vous. Tu n’as aucun doute là-dessous et c’est bien ce qui te fait peur. Tu aurais préféré l’incertitude de sa venue au fait établi. Cependant, une fois devant le bâtiment, tu crains de ne pas la voir ou pire encore, de l’avoir loupée.

Tu as mis du temps avant de te rendre ici pourtant ce n’est pas faute d’avoir quitté la tribu de la forêt. Simplement, tu t’es retrouvée seule, en pleine nature, avec tes démons pour unique compagnie. Ces derniers ont considérablement ralenti ton évolution à travers les bois sans parvenir à la stopper parce qu’une partie de toi refusait de leur céder. Elle refuse encore malgré la crainte tapis dans ton ombre. Tu ne sais pas ce qui t’incite à pénétrer dans la prison mais tu finis par ouvrir cette porte, tenant fermement le bâton dans ta main droite. Tu peux l’abandonner ici-bas, à l’entrée du corridor. Il te suffit de lâcher prise Makenna. Tu n’as plus besoin d’avoir une arme. A vrai dire, tu n’en avais plus touché depuis le désert. Les enfants de la forêt te procuraient un sentiment de sécurité comme tu n’en avais plus connue. Puis tu es partie, laissant ce sentiment avec eux. Par conséquent, tu ne peux pas te permettre de te séparer de cette arme. A croire que ton esprit ne parvient pas à s’accrocher au présent, basculant d’un instant à l’autre dans les affres du passé. Forcée de revivre tout ce que tu as enduré depuis que tu t’es retrouvée prisonnière, prise au piège. Cette confusion ne s’arrange pas dans l’enceinte du bâtiment, bien au contraire. Apercevoir les cellules entreposées les unes à côté des autres te fait frissonner. Tu avales péniblement ta salive en continuant d’arpenter les couloirs à sa recherche. Ton cœur commence doucement à paniquer face à la réalité. Elle n’est pas là. Tu parcours tous les étages, tu fouilles toutes les pièces en quête de sa présence. Hélas. Rien n’indique un passage récent. Seul le silence qui règne te semble étrangement familier, tel le refrain de ta misère. Cependant tu ne perds pas espoir, consciente que vos retrouvailles reposent certainement sur un parfait timing.

Alors tu te rends dans l’immense salle du bas, près des grandes vitres fendues, pour l’attendre. Tu l’attends des heures sans la voir venir, le regard flottant sur la ligne de l’horizon. Tu observes les dernières lueurs du soleil passer à travers le verre alors que tu t’allonges sur une table en métal pour te reposer un peu. Les ténèbres s'emparent des environs mais tu n'aperçois pas leur empreinte, profondément endormie. Tu te réveilles en sursaut à l’aube, lorsque l’ancien réfectoire est inondé par la lumière extérieure. L'endroit paraît presque chaleureux, bercé par cette douce clarté que le ciel veut bien lui octroyer. Tu te lèves pour profiter de l'aurore, exécutant des mouvements circulaires avec ton bâton. C'est presque poétique, de voir la façon dont tu ondules. Dès le début de ton voyage, tu as repris l'entraînement, consciente qu'il te faut demeurer vigilante car tu ne t'es plus retrouvée dans un milieu aussi sauvage depuis la cité du feu. Tu commences à balancer le piquet d'une main à l'autre avant de le faire pivoter avec tes doigts, profitant de la dextérité obtenue pour tester de nouveaux coups à exécuter. Focalisée sur la manipulation du morceau de bois, tu ne perçois pas le bruit du vent qui siffle dans le couloir, annonçant l'ouverture de la porte principale. C'est pourquoi tu réagis avec autant de brutalité quand un individu non identifié pénètre dans le réfectoire. De toute évidence, ça ne peut être qu'elle mais ton cerveau réagit plus vite que ta raison et ordonne à ton corps de répondre par la force. Alors quand tu te retournes pour faire face à l'intrus, tu balances l'arme dans sa direction. Par chance, tu fais dévier sa trajectoire au moment où ton regard frôle le sien. La lance vient se planter dans la porte en bois, à quelques centimètres de Nuna. Et toi, tu demeures immobile, interdite, à croire que tu es sous le choc.

Tu ignores combien de temps tu restes ainsi, sans rien dire, sans rien faire, à la contempler dans toute sa splendeur. Elle est devenue tellement belle, tellement grande quand tu as perdu l'éclat qui émanait de ta personne. A quoi est-ce que tu ressembles désormais ? A un fantôme, revenu d'entre les morts. Tu as perdu tes belles boucles dans le désert, à force d'exposer tes cheveux à la sécheresse du sable fin. Ils tombent en lambeaux sur ton corps marqué par la servitude. Tu comptes plus de cicatrices qu'il n'est possible d'en imaginer, certaines forment même une sorte de cartographie. A croire que tu détiens un trésor caché, quelque part sur cette chair abîmée. Si seulement. Tu finis par avancer dans sa direction avant de t'arrêter devant elle, les lèvres scellées, les bras croisés. Est-ce que tu es censée la prendre dans tes bras ? Oui, c'est généralement ce qui se déroule pour des retrouvailles mais ce n'est pas ton premier réflexe, ni ta première pensée. Pour tout dire, tu te contentes de récupérer le bâton d'un geste précis et rapide. Et tu restes là, devant Nuna, ne sachant pas ce que tu pourrais lui dire après 10 ans de silence, 10 ans de souffrance. Parce que malgré ta délivrance, tu es encore à fleur de peau, incapable de parler de ce qui s'est passé, là-bas. Perdue au milieu des dunes à prier pour crever, une bonne fois pour toutes. Tu n'as mentionné cet enfer que dans une lettre, destinée à ton amie. Personne ne sait ce que tu as commis. Personne ne sait ce qui te poursuit jour et nuit. Personne sauf elle. Tu avais besoin de partager ce fardeau avec quelqu'un, consciente qu'il te dévorait de l'intérieur. Seulement, ce n'est pas le seul démon qui se nourrit de toi. Tu es affligée par des centaines de démons, plus voraces les uns que les autres. Eux-même alimentés par tes traumatismes.

Ceux que tu n'arrives pas à expier. Ceux que tu n'arrives pas à partager. Ils sont lentement mais surement en train de t'abattre dans l'ombre. Et tu aimerais les abandonner, ici et maintenant, pour commencer à respirer. Pour commencer à exister. Pour commencer à être toi, Makenna. La fille de la montagne. La farouche guerrière. La fureur du volcan. Tous ces qualificatifs que tu n'incarnes plus depuis longtemps. Tu as quitté la cité du feu au péril de ta propre vie. Parce que tu es morte là-bas, fille de la montagne. Tu as perdu là-bas farouche guerrière. Tu t'es brûlée là-bas, fureur du volcan. Aujourd'hui, tu portes en toi les stigmates d'une existence bafouée par la misère et la cruauté humaine. Un seul mot te définit : survivante. Tu es une survivante. Et tu continues d'incarner ton rôle à merveille car tu n'arrives pas à t'en décharger. Même les efforts considérables des Naoris pour te guérir ne sont venus à bout de tes maux les plus profonds. Pourtant, ils sont parvenus à te réhabiliter à la communauté, à la normalité en quelque sorte. Ils ont sauvé ce qui pouvait l'être de ton âme, des fragments. Seulement des fragments car tu ne leur as pas permis d'en faire plus. Tu ne penses pas être capable d'en supporter plus et la vérité c'est que tu n'as pas complètement tort. Sans aide, tu ne parviendras à te remettre de cette décennie d'exil indescriptible, tu finiras par perdre pied et t'enfoncer dans l'obscurité, tu deviendras ce que tu redoutes tant : une bête hostile. Tu en as peut-être conscience dans le fond, c'est pourquoi tu es ici, près d'elle. Même si tu veux croire le contraire, te persuader que tu es venue pour lui montrer la vérité, la réalité : tu n'es plus la Makenna d'autrefois. Tu es quelqu'un d'autre. « Ce n'est pas prudent d'entrer sans prévenir. » D'une froideur létale, tu ériges d'emblée un rempart entre vous. Un rempart pour la protéger, de ce coeur endommagé qui menace d'être emporté par le poids du passé.


@nuna cortez, décombres d'un autre temps, 31 mai 2119


Dernière édition par Makenna Askaywen le Sam 24 Aoû - 16:27, édité 1 fois
Nuna Cortez
Nuna Cortez
DATE D'INSCRIPTION : 12/10/2018 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Murphy Cavendish MESSAGES : 2131 CELEBRITE : Zazie Beetz COPYRIGHT : Lux Aeterna (vava, sign, gifs) METIER/APTITUDES : Forgeronne et orfèvre (joaillière) TRIBU : Athna POINTS GAGNES : 196

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le Sam 24 Aoû - 1:37


You're somebody else

Nuna Cortez & @Makenna Askaywen

(30 mai 2119)


C'était tout ce qu'elle avait attendu pendant et depuis dix ans. Alors pourquoi elle redoutait tant cet instant ? Pourquoi sentait-elle le soulagement poindre lorsque l'échec des retrouvailles s'imposait et qu'elle quittait les lieux pour retrouver son volcan ?

Elle avait tant espéré sa survie. Elle avait tant rêvé à leurs retrouvailles, aux embrassades et aux confessions. Elle avait tant craint ce qu'elle aurait pu lui raconter de son enfer; et puis elle avait tant été soulagée d'apprendre qu'elle pourrait le lui raconter, son enfer. C'était incroyablement égoïste de se réjouir de telles narrations : mais si elle pouvait raconter, alors c'est que la narration continuait. Pendant toutes ces années où elle n'avait pas su, tout avait été possible. Même si ça signifiait qu'elles ne se retrouveraient pas avant longtemps, Mak pouvait reposer heureuse et tranquille. Même si ça signifiait qu'elle ne voulait plus d'elle, Mak pouvait avoir trouvé une vie meilleure, ailleurs, plus belle et douce que ce que les montagnes pouvaient lui offrir. Et même si ça voulait dire qu'elle était prisonnière, elle pouvait être retenue quelque part contre son gré, torturée peut-être, poussée dans ses derniers retranchements d'être humain. Il n'y avait pas de réponse qui lui plaisait. Aucun n'avait su la charmer au fil des années, alors Nuna avait choisi de toutes les mélanger pour ne rendre réel que ce qu'elles contenaient de doux. Mak était heureuse, quelque part, ailleurs, et elle reviendrait un jour. Et elle se serreraient dans les bras l'une de l'autre, se raconteraient plein de belles choses -et elles en auraient, des belles choses à se raconter. Il faudrait dix ans pour rattraper dix ans. Et ces dix années, elles les auraient, d'une façon ou d'une autre. Nuna reverrait Makenna avant de partir pour son voyage final.

Mais elle avait eu une réponse, et avec cette réponse avait resurgi ce qu'elle avait craint le plus. Comment avait-elle pu souhaiter la survie et le retour de son amie si ça allait avec une traversée des enfers ? Elle était coupable de ce souhait égoïste, et se trouvait bien incapable de soutenir son regard. Elle avait lu les mots de celle qui avait fini par se dévoiler entièrement à elle; mais elle avait aussi lu entre les lignes, tout ce qu'elle n'avait pas dit, tout ce qu'une lettre ne pouvait contenir. Elle avait lu son regard et ses blessures et c'était douloureux à travers un papier. Elle allait s'effondrer pour celle qui revenait; elle n'allait pas tolérer tout ce que son âme et son cœur contenaient de détresse. Alors l'empathie la rendait égoïste, une fois encore, incapable de supporter ce que son amie n'avait d'autre choix que de supporter et d'encaisser. Oh elle serait là, elle serait là pour alléger la masse qui l'accablait, elle serait là pour partager la peine et recevoir les larmes. Elle serait l'épaule et le roc, elle serait le silence et le réconfort bavard, elle serait la tendresse et l'amour d'une amie qui n'avait jamais renoncé à cet avenir qu'elle pourrait tisser ensemble. Elle serait tout ce qu'elle voudrait d'elle mais elle n'en sortirait pas indemne, parce que quand votre moitié a perdu un peu d'elle-même, alors on vous a arraché un peu de vous-mêmes.

Ce moment resterait gravé dans les mémoires et dans les cœurs. C'était les retrouvailles et la redécouverte. En quelques gestes et regard, tout serait éclairci ou assombri; en quelques gestes et regard, tout pouvait basculer d'un côté comme de l'autre. C'était lourd, pour Nuna, d'imaginer que quelques secondes pouvaient changer ce qu'elle avait imaginé si souvent pendant si longtemps. Il semblait qu'elle portait une responsabilité énorme : celle de la relation qu'elles devaient reconstruire parce qu'elle l'avait laissé partir. Mais elle sentait déjà le poids de ses maladresses, des gouffres que le temps et les épreuves et la séparation avaient creusé. Malgré toute l'empathie qui était capable de la ronger jusqu'à la moindre particule de sang, Nuna serait toujours incapable de comprendre, de réellement comprendre ce qui soufflait la détresse dans l'esprit de Makenna. Elle pouvait se le figurer au mieux, à travers les descriptions floues ou moins floues que son amie voudrait bien lui accorder, et probablement plus encore à travers tout ce qu'elle lirait d'elle dans ses prunelles maltraitées. Mais jamais elle ne les aurait vécues comme elle, et jamais son cœur ne porterait les mêmes cicatrices. Elles ne seraient que miroirs de celles qui assombrissaient celui de son amie, reflets indirects d'une peine qui n'était pas tout à fait la sienne. Oh elle aurait aimé la faire sienne, cette détresse : elle aurait aimé prendre le relais, enfin, pour offrir à Makenna un répit qui lui permettrait de se reconstruire. Mais Nuna n'était pas naïve; elle savait qu'elle ne pouvait au mieux qu'alléger le poids de ces dix années. Jamais le faire disparaître. Elle pourrait panser les plaies de l'esprit et du cœur, mais la guérison n'était pas sienne. Et cette douleur là était entièrement sienne.

Elle était venue plusieurs fois, sans oser pousser les visites à tous les jours. Elle regrettait son absence à chaque fois, presque aussi soulagée de ne pas la trouver là. C'était son secret, leur secret, leur grand secret. Et puis les jours avaient poussé et les doutes avaient commencé à l'envahir ; son instinct était déterminé et convaincu de ne pas se trouver, mais ses émotions paniquées essayaient de lui souffler qu'il s'agissait peut-être plus probablement d'une mauvaise blague que de réelles promesses de retrouvailles. Après tout, elle avait trop supplié dans ses lettres; elle était partie dans de grandes envolées lyriques qui ne pouvaient donner que des envies de blagues de mauvais goût à qui les recevait. Alors à mesure de ses visites en ces lieux sombres et chargés, Nuna s'était mise à chercher d'autres silhouettes, peu à peu plus méfiante. Les fantômes qui rôdaient en ces lieux s'accompagnaient de ceux qu'elle s'imaginait, carrures menaçantes, sombres et sans visages, monstres inhumains qui se nourrissaient de la souffrance de victimes naïves.

Elle n'y croyait plus, maintenant. Elle ne croyait plus à des retrouvailles et elle ne croyait plus à un piège de mauvais goût. Ca avait été une blague lancée par un simple beau parleur, incapable de pousser son immoralité jusqu'à la rencontre. Mais elle était attirée par ces lieux pour toutes les années qu'elle avait passé à les éviter comme s'ils étaient capables de lui faire revivre, encore et encore, encore et encore, ces quelques instants qui avaient tout changé. Il semblait depuis qu'elle revenait ici pour trouver Makenna que c'était hier; les pierres n'avaient pas bougé et seulement quelques structures semblaient avoir répondu à l'emprise du temps. C'était ça, son piège, et elle n'avait besoin de personne pour le lui tendre. Ici étaient restés cachés sa culpabilité et ses souvenirs, ses remords, ses regrets, le dernier sourire et les derniers mots de Makenna pour elle. En revenant ici, elle remettait les pieds dans le tiroir de souvenirs dont elle avait forcé la fermeture depuis des années, qu'elle avait mis sous clé dans l'espoir de ne jamais plus avoir à ressentir l'insoutenable. Mais on avait choisi pour elle, et elle ne parvenait plus à faire autrement qu'espérer, au moins un tout petit peu, à chaque fois qu'elle décidait de quitter son volcan pour donner une énième dernière chance à cette personne qui lui avait écrit. Elle n'arrivait plus à faire autrement qu'à revenir, juste une dernière fois, juste pour être sûre; juste pour être sûre une dernière fois.

Les nuits se faisaient plus courtes, entrecoupées de rêves idylliques de retrouvailles et de cauchemars de retrouvailles chaotiques. Elle restait hantée par l'idée d'avoir manqué Makenna et ne savait plus trop quand elle serait capable d'abandonner ces recherches et l'idée de ces retrouvailles. Elles demeuraient là, viles comme des vautours, prêtes à lui sauter dessus avec tout l'espoir naïf d'une Nuna à qui il manquait une moitié depuis dix années. Ca la saisissait à la gorge et aux tripes et elle le lisait dans le regard de ceux qui la voyait prendre la route bien plus souvent que d'habitude : elle n'était plus jamais sereine, plus jamais seule, toujours menacée par la perspective de manquer Makenna. Alors elle quittait le volcan de plus en plus tôt, revenait de plus en plus tard, étalait chacune de ses visites à des heures les plus diversifiées possibles. Il fallait continuer à faire tourner la forge et elle ne pouvait qu'à moitié compter sur son père -elle ne voulait pas compter sur lui, après tout le temps que ses compétences de forgeronne avaient mis à gagner sa confiance. C'était la forge de Nuna plus que celle de son père, maintenant, et il fallait qu'elle gère tout. Alors malgré toute sa bonne volonté, c'était souvent quand le soleil titillait l'horizon qu'elle retrouvait les fantômes des décombres. C'était toujours le silence qui répondait le premier ; il suffisait de quelques secondes pour qu'il lui donne sa réponse, mais elle prenait toujours de longues minutes à confirmer ce qu'elle savait déjà. Il n'y avait que le vent qui soufflait dans les fissures, dans les fenêtres brisées et dans les plaies béantes laissées par le temps dans les murs de briques. La chanson était toujours la même : celle de l'absence assourdissante, celle de la solitude accablante.

Elle était à peine réveillée, ce matin, parce qu'elle avait à peine dormi. Le chemin, elle avait appris à la réapprendre par cœur. Elle avait laissé à l'entrée le cheval qui l'avait menée jusqu'ici, le gratifiant d'une petite friandise et de quelques politesses tendres. Elle n'y croyait pas, elle n'y croyait plus, mais elle y croyait encore suffisant pour ne pas laisser le doute planer. Dehors, les lueurs pourpres du soleil levant semblaient se refléter sur chaque surface qui leur était offerte ; les bâtiments luisaient dans la chaleur rougeoyante, les arbres semblaient en proie à une armée de flammes cruelles. Nuna, elle, continuait de se noyer, ballottée entre espoir et chagrin, déception et soulagement. Elle dégaina un couteau, à peine convaincue de pouvoir en faire usage si besoin en était. C'était lui qui passait devant elle, tendu dans le vide, un peu tremblant, à peine existant. Les portes grinçaient douloureusement dans le silence, le béton explosé pétait sous ses pas, mélangé à quelques végétaux emmêlés qui avaient trouvé en ces lieux un refuge comme un autre. Nuna essayait d'honorer la discrétion, mais son pessimiste la poussait à croire qu'elle n'était pas nécessaire et que ce n'était qu'une question de quelques minutes avant qu'elle ne fasse une énième fois demi-tour pour retrouver son quotidien là-haut, dans sa forge.

Ce fut la troisième porte qu'elle ouvrit, son couteau toujours dressé devant elle. Son état demi-éveillé ne lui permit pas réellement de comprendre ce qui se passait, si ce n'était que mince, finalement elle n'était pas seule. Elle avait dérangé quelqu'un qui devait avoir passé la nuit ici et elle allait se confondre en excuses, une fois qu'elle aurait réussi à sauver sa peau. Son poing s'était resserré fermement autour de la seule arme qu'elle avait avec elle mais ses deux bras s'étaient dressés au-dessus de sa tête, dans un réflexe poli, comme pour prouver sa bonne foi de la façon la plus rapide et claire possible. Ce sont ses yeux qui abandonnèrent les premiers : le rideau des paupières se referma comme pour protéger l'Athna du danger et de tout ce que son inconscient avait déjà saisi avant elle. Une lame avait sifflé ou sifflait encore près de son oreille droite et la laissait tremblante comme une feuille, les doigts serrés sur ce pauvre couteau. Avait-elle était touchée ? Était-elle blessée, mourante ? Était-elle morte ? Et puis dans l'obscurité de ses paupières closes, Nuna revoyait le négatif d'un visage qu'elle connaissait par cœur sans plus le connaître vraiment. Elle pouvait bien être en train de crever et elle était en fait probablement déjà morte. Pour une raison obscure, son cœur semblait encore vivant; il s'emballait dans sa poitrine et elle sentait son enthousiasme jusque dans ses tempes. L'obscurité devenait claire sous ses paupières mais elle ne voulait pas les rouvrir. Elle était terrifiée. Les bras qu'elle avait relevé au niveau de sa tête étaient tremblants; elle ne les sentait plus. Peut-être lui avaient-ils étaient coupés. Et dans le silence macabre de la rencontre, c'est les vagues gestes de son interlocutrice qui résonnaient dans ses oreilles aux aguets; c'est eux qui la raccrochèrent à la réalité. C'est la voix éreintée de Mak qui fit s'abandonner une première larme claire sur sa peau foncée. « Oh Nenna... » coupa-t-elle trop tard la froideur glaçante de sa moitié pour, les paupières toujours closes, faire quelques pas à l'aveugle et à toute vitesse et se jeter dans ses bras. Elle forçait l'étreinte; elle le savait. Mais elle respirait enfin son parfum; il avait un peu changé mais il demeurait incroyablement similaire à ce que ses sens en avaient retenu. Avec lui revenaient tous les souvenirs, plus violemment encore que ce que sa vue lui avait offert de réminiscences lorsqu'elle avait remis les pieds ici pour la première fois après toutes ces années. Elle replongeait dans les belles années et avec les effluves parfumées revenaient les effluves d'innocence et de jeunesse. Alors elle la serrait fort, plus fort encore, et elle souffla dans sa tignasse, près de son oreille : « j'osais plus espérer... t'es là... »
Makenna Askaywen
Makenna Askaywen
DATE D'INSCRIPTION : 21/12/2018 PSEUDO/PRENOM : ΛURORΛ BOREΛLIS MULTICOMPTES : MILA SWANN MESSAGES : 131 CELEBRITE : NADIA HILKER COPYRIGHT : VOCIVUS, ENDLESSLOVE, RILÈS METIER/APTITUDES : ESCLAVE AFFRANCHIE TRIBU : LES ENFANTS DE LA FORÊT POINTS GAGNES : 65

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le Sam 24 Aoû - 18:41


You were the better part Of every bit of beating heart that I had. Whatever I had, I finally sat alone. Pitch black flesh and bone couldn't believe that you were gone (@flora cash // beerus)


C’est tellement irréel, tu as l’impression de rêver. D’un instant à l’autre, tu vas te réveiller et réaliser que tu viens de passer un temps incalculable dans ta tête.  Peut-être trop de temps pour ton bien-être. Pourtant, tu sens ton cœur battre si fort et si vite qu’il pourrait s’arrêter brusquement sous la pression exercée par l’afflux sanguin. Parce que tu peux toucher sa peau, pour la première fois depuis dix ans. Elle est là, devant toi, en chair et en os. Comment ? Un miracle probablement mais tu n’oublies pas une chose importante. Tu as versé le sang pour ce miracle, sans imaginer à l'époque que cet acte te poursuivrait indéfiniment. Aujourd’hui, tu comprends l’ampleur de la situation. Et quand elle frémit ton nom, comme la promesse d’un avenir ensemble, tu manques presque de t’écrouler. Il te semble que le sol en béton ne suffira pas à te maintenir debout. D’un instant à l’autre, tu vas t’effondrer subitement, incapable de supporter l’émotion qui t’accable. Car tu as attendu si longtemps de revoir les tiens. C’est ce qui t’a fait tenir dans l’enfer du désert. Ta raison de vivre, de survivre. Tu as imaginé cette scène tellement de fois que tu as fini par la connaître par cœur. Le vent qui frappe ton visage à mesure que tu gravis les montagnes, le village qui n’en revient pas de ton retour inespéré, ta mère et ton père qui voient leurs prières exhausser, Nuna qui ne te lâche plus la main. Sauf que vous n’êtes pas à la maison. Sauf que tes parents ne sont plus de ce monde, tu l’as deviné à travers les lettres de ton amie. Sauf qu’elle ne peut pas te prendre la main car tu n’as pas la force de serrer la sienne. Tout ce que tu vois, lorsque tu regardes tes paumes écorchées, c’est le sang imprégné dessus. Le sang de ces innocents.

« Attention, tu risques de te couper avec ce couteau. » Tu te dégages de cette étreinte forcée avant qu’elle ne parvienne à te faire craquer, consciente de ta vulnérabilité. Tu ne peux pas te démanteler, maintenant. Tu ne peux pas te démanteler tout court. Parce que si tu viens à tomber, tu n’es pas certaine de parvenir à te relever. Avec ou sans son aide. N’est-ce pas ce que tu devrais lui dire ? Aide-moi. Libère-moi. Hélas, tes lèvres demeurent clouées l’une à l’autre comme une tombe. Tu ne sais pas quoi dire. Par où commencer ? J’aurais préféré ne pas être là. J’aurais préféré mourir dans ce désert. J’aurais préféré ne jamais revenir ici, ne jamais venir ici la première fois. J’aurais préféré rentrer dans cette prison avec vous, fermer la porte principale derrière nous et trouver une autre façon de sortir. J’aurais préféré échapper à ce mercenaire, remporter la victoire et le tuer sans la moindre hésitation. J’aurais préféré rentrer chez moi avec toi, avec elle, construire ma vie parmi vous. J’aurais préféré avoir une vie qui m’appartienne plutôt que d’appartenir à quelqu’un. J’aurais préféré avoir la force de me trancher la gorge plutôt que d’endurer l'esclavagisme pendant 10 ans. Je préférerais t’avouer toutes ces choses mais c’est impossible. « J’ai eu un petit… contretemps. » Einar. C’est tout ce que tu lui dis, tout ce que tu lui réponds, pour expliquer ta présence tardive. Et surtout, ne pas laisser le silence trahir tes maux. Pourtant, il est inutile de vouloir cacher quoi que ce soit. Elle doit deviner la souffrance que tu transportes comme tu devines celle qui vibre au coin de ses cils. Ces larmes que tu retiens prisonnière, de crainte de leur donner forme, de leur donner du pouvoir. La plupart des gens pensent que tu es forte car rien ne semble t’atteindre. C’est faux. Tu n’es pas forte, tu es abîmée.  

« Je ne pouvais pas te prévenir, l’oiseau… ce n’est pas le mien. » Tu recules de quelques pas pour déposer le piquet sur la table en métal. Et surtout, t’éloigner d’elle avant de te retrouver à nouveau proche. Trop proche. Ironique, non ? De réaliser que le rêve est en réalité un cauchemar car rien ne se passe comme prévu. Tu étais censée t’échapper de la cité du désert, traverser les dunes de sable, retrouver le chemin de tes montagnes et retourner dans ton village pour déclarer la guerre au peuple inhumain. Tu avais tout prévu avant de te rendre compte que chaque étape relevait d’un exploit. Personne ne s’échappe de la cité du désert vivant, personne ne traverse les dunes de sable indemne, et surtout, personne ne rentre chez soi quand il n’en est plus digne. Tu as perdu ta dignité. Celle que tu vois quand tu poses ton regard sur elle. Nuna. C’est fou comme le temps défile. Aurais-tu reconnu ton amie dans d’autres circonstances ? Tu as envie de répondre oui, sans aucun doute mais tu ne peux pas l’affirmer. La confusion est devenue une certitude en quelque sorte. Il t’arrive de ne plus te souvenir du visage de ta mère, de la voix de ton père. De ces repères qui ont maintenu ton esprit hors de la folie… au début. Ils sont rapidement devenus des souvenirs inaccessibles, intouchables, intolérables. Tu as fait de ton mieux pour les garder près de toi sans être tourmentée par leur poids. Mais parfois, faire de son mieux n’est pas suffisant. « Je dois dire que… tu as changé. » Tu as envie de parcourir son visage pour le toucher, le redécouvrir sous la pulpe de tes doigts. Tu te retiens d’agir de la sorte, consciente que ça ne serait pas dans votre intérêt. Tu as accepté de venir pour elle, pas pour toi.

En tout cas, c’est ce que tu essaies d’avaler. Difficile de digérer un mensonge aussi ridicule. Tu es là parce que tu en as besoin. Tu as besoin de tourner la page, d’en écrire une autre. Tu as besoin d’aide Makenna. Et il semble qu’elle soit la seule à pouvoir te l’offrir. Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir bénéficié des soins des Naoris. Ils ont assuré ta sécurité, ton bien-être pendant des mois sans rien demander en retour. Et tu n’as pas été capable de t’ouvrir, de te confier pour te soulager de ce qui te pèse tellement. Tu n’arrives pas à te pardonner la faute horrible que tu as commise, que tu commettrais probablement une nouvelle fois si la situation devait se reproduire. C’est pour cette raison que tu t’en veux terriblement. Tu n’as pas seulement fait une erreur, tu es devenue une erreur. Une erreur de la nature. « Tu voulais me voir ? » La question est rhétorique, la réponse évidente. T’as des centaines de choses à lui demander mais aucun mot pour les formuler. Alors tu préfères encore qu’elle les demande, ces choses qui fulminent dans son esprit, l’empêchent de dormir, de penser même depuis que ton identité est révélée. T’en veux t’elle d’avoir menti de cette façon ? D’avoir annoncé ta mort aussi impunément ? D’avoir voulu l’abandonner à son propre chagrin ? Tu ignores la réaction qui va être sienne car vous ne vous êtes pas vues depuis 10 ans. Nuna est devenue une parfaite inconnue, une étrangère à l’allure familière. Elle est possiblement différente de la femme que tu as dû laisser derrière toi. De l’amie à laquelle tu as choisi de renoncer contre toute attente. Pourtant les astres avaient prédit vos retrouvailles, vous étiez simplement les seules à l’ignorer. Parce que l’univers ne partage pas ses plans avec l’humanité. Il se contente d’aligner les planètes pour que vos existences se retrouvent sur la même trajectoire. Une affaire de destinée.


@nuna cortez, décombres d'un autre temps, 31 mai 2119
Nuna Cortez
Nuna Cortez
DATE D'INSCRIPTION : 12/10/2018 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Murphy Cavendish MESSAGES : 2131 CELEBRITE : Zazie Beetz COPYRIGHT : Lux Aeterna (vava, sign, gifs) METIER/APTITUDES : Forgeronne et orfèvre (joaillière) TRIBU : Athna POINTS GAGNES : 196

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le Ven 30 Aoû - 0:33


You're somebody else

Nuna Cortez & @Makenna Askaywen

(30 mai 2119)


Les paupières closes, Nuna pouvait sentir la présence de Makenna et c'était à en rompre entièrement. Même sans cette image d'une demi-seconde qui avait laissé place à la menace imminente, elle l'aurait reconnue. Dix ans n'avaient pas suffi à effacer de sa mémoire tout ce qui venait avec elle. C'était indescriptible, porté par l'air, transmis par chaque sens jusqu'à la matière grise et jusqu'au cœur, destinataire ultime du message. Ce n'était pas seulement de l'amour qui faisait vriller ses tripes et ses neurones, c'était aussi l'anxiété et l'inquiétude. C'était toutes les retrouvailles qu'elle avait imaginées dans l'angoisse de la solitude qui lui revenaient en mémoire, et ça incluait les plus regrettables d'entre elles. Alors elle se jeta dans ses bras sans plus revoir son visage -pas encore, pas tout de suite, elle n'était pas prête à capter son regard et à en percevoir ses éclats si différents d'autrefois. Elle la serra contre elle, de toutes ses forces, de toutes celles qu'elle avait accumulées pendant des années et avec tout l'espoir qui l'avait étouffée. Elle respirait son parfum; il n'était plus tout à fait le même mais n'était pas tout à fait différent. Probablement à l'image de ce qu'elle trouverait dans ses prunelles, probablement à l'image de tout ce que refléterait son corps meurtri lorsqu'elle aurait la force et le courage d'y faire face, et en même temps de faire face à tout ce qui avait martyrisé et transformé son amie. En attendant elle voulait se raccrocher à ce qui restait de la Makenna du passé, de celle qui lui avait été arrachée en ces lieux. Elle en ferait le deuil mais pas tout de suite, pas maintenant -les retrouvailles appartenaient encore à peu à celles qu'elles avaient été autrefois, celles qui avaient été arrachées l'une à l'autre. Je suis désolée, je suis désolée, pardon, pardonne-moi, avait-elle envie d'ajouter, cachée dans la chevelure folle de la survivante. Mais après une brève confession, Nuna n'avait plus le courage de prononcer le moindre mot. Chacun lui coûtait trop et elle voulait rester contre son amie et la retrouver dans le silence. Elles s'étaient toujours comprises dans le silence. Les mots n'avaient jamais été une nécessité -ils ne l'étaient que lorsque l'on craignait du silence la maladresse de ceux qui ne se comprenaient pas. Mais Nenna et Nuna, elles s'étaient toujours comprises, et la délivrance la plus belle était cette sensation qui gonflait son cœur que rien n'avait changé et qu'elles retrouveraient toujours le chemin l'une de l'autre, même sans rien d'autre que ces douloureux regards qui diraient tout à leur place.

La voix de Makenna était éraillée, probablement aussi blessée que l'étaient son corps et son cœur ; les mots étaient froids, factuels, remplis d'une vacuité que l'on réservait d'habitude aux inconnus. La séparation se fit à regrets et non sans les quelques frissons froussards de celle qui savait qu'il lui fallait ouvrir ses paupières su la Nenna d'aujourd'hui. Alors elle se rouvrit à nouveau au monde, et le visage de son amie lui sauta aux yeux, presque agressif de chagrin et d'affliction. C'était celui qu'elle avait toujours connu, couvert d'un filtre nouveau, mélange du temps et des épreuves que Nuna se savait incapable de concevoir. Ses traits étaient tirés et creusés, son regard à la fois terni et humidifié par les épreuves, mais sa chevelure était toujours aussi folle et Nuna avait envie de tendrement passer la main dedans comme autrefois. Elle se retint, plongée dans un regard dont elle devait tout redécouvrir. Elle était toujours aussi belle, se surprit-elle à penser sans prendre la peine d'essuyer les quelques larmes qui continuaient silencieusement de descendre le long de ses joues mates. Elle était toujours aussi belle, même abîmée par ces dix années et tout ce qu'on lui avait fait endurer. Elle était toujours aussi belle, peut-être même plus belle encore par ce qu'elle avait traversé, par la tête qu'elle avait relevée et la vie qu'elle avait gagnée. Elle était plus belle par sa ténacité et son combat permanent, pour l'attachement viscéral qu'elle avait pour ce monde. Les sourcils de l'orfèvre s’affaissèrent alors que ses prunelles débordaient à nouveau, inondant son visage dans un silence presque religieux. Elle ne voulait pas être faible, elle ne voulait pas faillir -pas faillir plus que ça, que quelques perles salées échappées dans une discrétion pudique. Ignorer les larmes et peut-être que Makenna ne les verrait pas ; peut-être qu'elle-même arriverait à les oublier et qu'elle pourrait offrir à son amie le plus grand des sourires, de ceux que l'on doit arborer lorsqu'on retrouve sa moitié après dix années de la torture d'une séparation imposée.

Mais Nuna n'était plus tout à fait sûre de ce qu'elle devait faire ou être, maintenant. Makenna lui renvoyait l'image de quelqu'un qui n'était plus à sa place auprès d'elle, et c'était l'un des sentiments les plus destructeurs qui lui avaient été donnés de ressentir depuis qu'elle fréquentait ce monde. Son instinct lui hurlait de se jeter à nouveau dans les bras de la survivante pour la serrer fort, pour que leurs deux réalités se rejoignent et s'entremêlent, pour qu'enfin leurs avenirs puisse à nouveau se tisser autour d'une trame commune. Mais elle demeurait immobile et un peu bête, paralysée par la froideur qui émanait du regard de Nenna. Ce n'était pas elle qu'elle devait voir, se répétait-elle. Il y avait tout le reste, derrière les murs de glace; il n'y avait pas besoin de le deviner, tout le reste - il était là et elle pouvait le distinguer clairement derrière le givre. Mais c'était l'hiver qui recouvrait le printemps dans ses prunelles et Nuna, elle, ne voyait que lui. Pour la première fois depuis toutes ces lettres, depuis les promesses de retrouvailles, elle doutait de la place qu'elle pouvait encore avoir dans la vie de sa tendre amie. « T'inquiète pas, on s'est retrouvées et c'est tout ce qui compte... » répondit-elle d'une petite voix, coupable d'avoir été celle qui l'avait tant recherchée. « Mais j'espère que c'était rien de grave ! » Elle s'horrifiait subitement, les prunelles écarquillées par l'inquiétude qu'il ait pu arriver autre chose à Makenna sur son chemin. Silencieusement, la forgeronne regarda son amie reposer son arme, réalisant par la même occasion qu'elle serrait son couteau toujours aussi fort. Tremblante, elle le rangea contre sa cuisse, là d'où il ne risquait pas de faire une victime accidentelle. « Il est pas avec toi ? » Elle regretta aussitôt le ridicule de sa question et voulut disparaître immédiatement dans les entrailles de la Terre. Qu'est-ce qu'elle en avait à faire, à cet instant précis, du brave oiseau qui avait pourtant l'un des acteurs principaux de leurs échanges.

Mais déjà Makenna lui assénait un coup de massue qui la laissa sans voix. Ses lèvres s'entrouvraient en tremblant pour se refermer. Elle avait changé ; c'était une façon de dire qu'elle n'avait plus sa place à ses côtés, n'est-ce pas ? C'était le rejet sous couvert de semi-politesses comme elles n'en avaient jamais échangé. Nenna lui filait entre les doigts; à chaque seconde qui passait, elle devenait un peu plus difficile à atteindre, un peu plus difficile à saisir. « Toi... pas tant que ça... » souffla-t-elle sans plus oser la regarder, de peur qu'elle lui oppose le même genre discours que dans ses lettres. Mais la vérité, c'était que derrière les murs érigés comme une défense, assez convaincue pour devenir une attaque à part entière, Nuna voyait sa Nenna. Peut-être qu'elle ne se voyait plus, elle, mais de toute façon, Nuna en était convaincue : on ne changeait jamais vraiment. Jamais totalement. On ne pouvait pas changer un malveillant en bienveillant ; on ne pouvait pas changer un bienveillant en malveillant ; on ne pouvait pas changer une Makenna en quelqu'un qui ne serait pas Makenna. Elle était là, derrière les fêlures, tristement transformée, miraculeusement vivante.

Mais c'est la question de son amie qui lui fut fatale, manquant de la faire esquisser un geste de recul. Sonnée, elle cligna des yeux à plusieurs reprises avant d'essayer de se reprendre. « Tu voulais pas me voir ? » refléta-t-elle la question après quelques longues secondes silencieuses. En réalité, même si elle se garderait bien de le reconnaître, elle était blessée jusque dans sa chair. La question de Makenna avait sonné comme un reproche et un remord : elle ne voulait pas être là autant que Nuna la voulait là et le glacial de la façade s'imposa à nouveau à elle, s'infiltrant dans les craquelures de l'incertitude. Elle avait envie de se ruer dans ses bras pour lui donner la réponse à cette bien drôle de question, mais Nuna pouvait presque sentir le gouffre que son interlocutrice s'efforçait de creuser entre elle. Makenna forçait la glace mais Nuna se sentait peu à peu se laisser prendre au piège mais son cœur ne gelait pas, il fondait sous la peine et la détresse. « Je... je suis désolée si tu t'es sentie forcée de venir... » souffla-t-elle finalement d'une petite voix, le regard fuyant, cherchant dans la pièce un coin où se laisser tomber.
Makenna Askaywen
Makenna Askaywen
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le Dim 6 Oct - 18:05


You were the better part Of every bit of beating heart that I had. Whatever I had, I finally sat alone. Pitch black flesh and bone couldn't believe that you were gone (@flora cash // beerus)


Tu l’écoutes parler sans rien dire, les bras croisés sur ton buste comme une croix à même la poitrine. La croix que tu portes en toi. Tu te rends compte que le son de sa voix n’a pas changé, il est identique en tous points à tes souvenirs, aussi lointains remontent-ils. Comme quoi, certaines choses sont immuables. Peut-être que tu as transporté dans les recoins de ton âme, des empreintes du passé, que tu n’imaginais même pas. Des morceaux de ton existence d’avant qui expliquent, d’une certaine façon, que tu sois encore vivante, encore debout, encore capable de connaître ce miracle. Celui de la retrouver après tant d’années. Quand tu la regardes, tu as l’impression qu’une vie entière s’est déroulée de son côté. A croire que le monde ne s’est jamais arrêté de tourner. Elle est devenue une femme accomplie, probablement heureuse. N’aurais-tu pas fait voler en éclats cette stabilité par ton simple retour ? Probablement. Bien que tu aies conscience de ce fait établi, tu ne peux t’empêcher d’instaurer une réelle frontière entre vous. Une protection. Tu es loin d’imaginer que la plus grande souffrance que tu risques de lui causer viendra de tes paroles, dures comme le métal, et non de tes actes, violents comme la mort. Parce que tu ne réalises pas totalement ce que ce moment représente pour elle. Une réponse à une question vieille d’une décennie. Pour toi, ce moment est une déception. Tu es une déception. Un cadavre ambulant, qui traîne sur sa route d’autres cadavres. Et tu oses les ramener ici même, près de Nuna.

Tu as envie de partir sur le champ car tu tiens à conserver ton passé intact et non pas de l’abîmer d’une quelque façon. Or, tu crains que cela n’arrive si tu restes à ses côtés. A vrai dire, tu es persuadée que ça va se produire. « C’est compliqué. » Brutalement, tu mets un terme à ton silence pesant, ne trouvant qu’un mot pour exprimer ce que tu ressens à l’intérieur. Toutes ces émotions contradictoires, ces sentiments destructeurs. Tu ne sais pas comment lui dire ce qui se passe dans ta tête. Pourtant, tu vois bien la réaction qui est sienne. Elle semble se décomposer sur place alors que tu tiens sur tes deux pieds sans être capable d’expliquer pourquoi ni même comment. « J’ai imaginé ce moment tellement de fois. » Peut-être que toi, tu as dépassé le stade de la décomposition depuis longtemps. Alors forcément, tu ne peux pas revenir à ce que tu n’es plus, forcée d’incarner ce que tu es devenue. « Ca me faisait tenir. » Lorsque les coups de fouet retentissaient sur ton dos, creusant la chair comme un morceau de viande. Heureusement, les cicatrices sont bien dissimulées sous le tissu pour ne pas dévoiler le désastre. « Ca m’insufflait de l’espoir. » Lorsque les années commençaient à peser dans la balance, t’incitant à penser que tu allais crever là-bas comme une moins que rien. Sans personne pour pleurer sur ta dépouille. « Ca donnait un sens à ma vie. » Lorsque ta vie n’avait plus de sens car elle ne représentait rien d’autre qu’une transaction. Tu n’avais pas de valeur propre. Tu n’en avais plus.

« J’avais besoin de m’accrocher à quelque chose. » T’avais besoin de t’accrocher à elle, à tout ce qu’elle représentait. C’était l’unique façon de survivre dans ce milieu si hostile, si nuisible, si mortel. Une douce illusion éphémère. « Pour m’en sortir. » Tu ne souhaitais pas seulement échapper à la mort, consciente qu’il existait des supplices bien plus insoutenables. Combien d’entre vous ont succombé aux démons qui n’existent que dans leurs têtes ? T’étais terrifiée à l’idée de finir comme eux. Bien plus terrifiée par leur sort que par le tien. « J’étais persuadée d’avoir réussi, tu sais. » L’espace d’un instant, un léger rictus apparaît au bord de tes lèvres. Un rictus nostalgique quand tu repenses à ta traversée de l’enfer. A l’adrénaline dans tes veines qui faisait monter la pression. Tu t’es sentie tellement bien, tellement vivante, certaine d’avoir atteint ton but ultime, de pouvoir enfin rentrer chez toi. Rien n’aurait pu gâcher ce moment, pas même la soif, la faim, la solitude, la peur, la mort. Non, rien ni personne. Si ce n’est toi. Et ton propre démon. Celui qu’ils ont fabriqué au fil des années sans que tu ne t’en rendes comptes. « Mais personne ne sort vraiment de ce désert. » T’es pas sortie Makenna. Tu te trouves encore là-bas, en train de paniquer, de te demander ce qu’il se passe. Pourquoi t’as ce sang sur les mains ? Pourquoi elles en sont recouvertes ? « Personne ne s’en sort vraiment. » Tu ne saurais dire si tes propos ont du sens, suffisamment de sens pour qu’elle comprenne quelque chose.

Pour qu’elle comprenne ce que tes lettres n’ont pas transmis, ce que tes lèvres n’ont pas dit. Toutes ces atrocités immondes que tu ne peux nommer, ces pertes insoutenables que tu ne peux compter, ces parcelles d’humanité que tu ne peux récupérer. Tu aurais aimé lui dire, simplement, que tu t’es perdue et que t’es pas certaine de retrouver ton chemin car t’es pas certaine que ce soit encore le bon chemin pour toi, pour vous. Tu avais des certitudes, elles se sont évaporées. Tu avais des principes, ils se sont dilapidés. Tu pensais qu’ils n’arriveraient pas à te briser, peu importe les années passées à leurs côtés parce que t’avais de l’espoir. Un espoir si fort que rien ne pouvait le corrompre. Sauf que c’est ce même espoir qui a causé ta perte. Tu as fini par t’écrouler sans rien pouvoir faire pour empêcher la fatalité de s’abattre sur toi. « Je ne m’en suis pas sortie… même si tu penses le contraire parce que nous sommes en train d’avoir cette conversation » Contrairement à ton amie, tu refoules la plupart des émotions qui tentent de s’immiscer en toi. Ce n’est pas de la force, au contraire, c’est une forme de faiblesse : tu sais pertinemment qu’elles vont te dévaster comme une tornade, emportant tout sur son passage, car tu les fais taire depuis bien trop longtemps. « C’est compliqué Nuna. » Et tu prononces son nom comme un appel de détresse au milieu du chaos, ne sachant le formuler autrement.

Aide-moi à m’en sortir.
Aide-moi à sortir du désert.



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Nuna Cortez
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le Sam 12 Oct - 2:19


You're somebody else

Nuna Cortez & @Makenna Askaywen

(30 mai 2119)


Nuna avait trop imaginé ce moment pour savoir ce qu'elle pouvait s'autoriser à en attendre. Elle l'avait idéalisé au point de rendre le possible irréaliste, et puis il était là, devant elle. Et puis elle était là, devant. Et puis son étreinte n'était plus tout à fait la même qu'autrefois. Elle retrouvait un peu de la Makenna qui lui avait été arrachée, mais le temps et les horreurs avaient fait leur travail. Il y avait des failles et des méandres nouvelles. Il y avait le parfum de malheurs et de chagrins et d'atrocités. La Nenna qu'elle retrouvait aujourd'hui portait toutes ces odeurs sur elle, toutes ces lueurs ternes dans son regard. Quand elle l'avait serrée contre elle, Nuna aurait pu jurer qu'elle ne serrait qu'un corps démantelé, les restes d'un corps qu'il fallait rebâtir pour qu'il puisse y habiter une âme en cours de guérison. Elle avait bien saisi l'ampleur des maux de sa correspondante, pourtant, à travers tous les mots qu'elle avait choisis mais surtout tous ceux qu'elle n'avait pas choisis. Par le refus de se présenter sous sa véritable identité, Nenna avait déjà exprimé tout l'espèce de rejet qu'elle faisait de cette vie d'avant, qu'elle semblait se refuser à retrouver. Elle était retenue là-bas, Nenna. Elle était retenue là-bas, dans le désert; elle était retenue là-bas, dans les méandres obscures de ce qu'on avait détruit de son esprit et volé de son âme. Le corps qu'elle avait serré contre elle n'était pas tout à fait celui de son amie parce qu'une partie de lui, qui n'était pas tout à fait physique, était encore là-bas, perdue entre les dunes de sable et tout ce qu'on avait pu voler à la jeune femme qu'elle avait été.

Le cœur de Nuna s'était brisé. Mais les morceaux qui flottaient dans sa poitrine répondaient à une multitude de désastres. Il y avait celle qu'elle ne connaissait pas et celle qu'elle ne reconnaissait plus tout à fait, mais il y avait surtout celle qu'elle avait toujours connue et qu'elle pouvait reconnaître au milieu de tout ce mélange. Il y avait les mots de sa meilleure amie et toute la crainte qu'elle avait de l'avoir perdue, toute la désolation qu'elle avait de l'avoir laissée se perdre. Il y avait la culpabilité, plus forte que jamais; celle de n'avoir pas su partir à sa place, celle de n'avoir pas su la défendre comme aurait dû en être capable n'importe quel Athna. Il y avait cette autre culpabilité, plus discrète mais non moins réelle, celle d'avoir réussi, coûte que coûte, à se reconstruire et à construire, alors que Nenna, elle, s'était vue se déconstruire à mesure des épreuves et des horreurs. C'était un assaut de l'insoutenable pour la brune, qui tentait de maintenir un visage aussi apaisé que possible - mais ses traits, elle n'y pouvait pas grand chose, reflétaient toujours ce qui se tramait dans les profondeurs de son pauvre cœur.

Ces retrouvailles, en fait, étaient bien loin de tout ce qu'elle avait pu s'en imaginer des années auparavant, ou quelques heures avant encore. Il y avait tant d'imprécisions dans ce qu'elle savait; il y avait tant d'écarts qu'elle s'était autorisée à prendre, juste parce qu'elle ne savait rien. Et maintenant c'était irréel de réalité, et maintenant elle ne pouvait qu'emmagasiner, encaisser, et accepter. Elle n'était pas victime et elle ne l'oubliait ; elle était témoin inutile, amie déplorable, retrouvaille regrettée. Elle voulait hurler à son amie qu'elle ferait tout pour changer les choses. Elle voulait lui hurler qu'elle était désolée pour ces quelques minutes qui avaient tout changé à leurs existences dix ans auparavant. Elle voulait lui expliquer qu'elle savait que leurs expériences les séparaient aujourd'hui, et que c'était de sa faute. Elle voulait changer le passé, Nuna, mais elle ne pouvait pas. Alors elle se donnerait toute entière à changer l'avenir, parce que les lignes de leurs destinées se croisaient à cet instant précis, et qu'il fallait les nouer pour que jamais plus elles ne se séparent. Elle n'était pas naïve, Nuna, elle savait que le passé ne pouvait pas être effacé; jamais. On pouvait juste apprendre à vivre avec ses malheurs. Ils forgeaient les caractères et les personnes, mais là ils avaient un point commun avec les aventures heureuses. Avec suffisamment de joies, on pouvait rééquilibrer une balance. Avec une succession de bonheurs, on pouvait parvenir à faire taire les traumatismes les plus sombres. C'était le projet de son existence, maintenant, ramener cette joie autrefois si aisée à son amie de toujours. Ce serait un combat perpétuel et Nuna se préparait à une guerre contre l'obscurité toute entière, mais elle se battrait jusqu'à la mort. S'il y avait un seul combat qui méritait un tel sacrifice, c'était bien celui qu'elle s'apprêter à mener.

En attendant l'affrontement, pourtant, il fallait se préparer. Il fallait faire des repérages, estimer le terrain perdu et appréhender celui sur lequel les batailles seraient menées. Et elle encaissait. Difficilement. C'était compliqué, lui soufflait Makenna. Tout était compliqué, maintenant qu'elle savait. Tout était compliqué, maintenant qu'elle se donnait entièrement à elle. Mais elle prenait la parole, enfin, pour de vrai, et Nuna leva ses prunelles baignant de peine vers Nenna. Peut-être que c'était seulement le premier contact. Une main tendue, un début de premier pas. Peut-être que Makenna devait la réapprivoiser, et peut-être qu'il ne fallait pas qu'elle s'en offusque. La distance était sans doute nécessaire, même si inconcevable pour l'une des parties. Nuna respecterait tout ce dont la revenante pouvait avoir besoin, parce qu'enfin elle revenait, et parce qu'elle lui donnerait tout même si elle ne lui demandait pas. Mais Nenna prenait la main, enfin, et c'était tout ce dont elle avait besoin. Elle aussi, elle avait tant imaginé ce moment... au point qu'il la décevait autant qu'il la comblait de joie. Car dans tous les scénarios qu'elle s'était montés, il y avait un point commun unique, celui qui résumait tout, celui qui dominait tout le reste : dans toutes ces histoires montées de toutes pièces, il y avait Makenna. Et Makenna était là, devant elle, abîmée, martyrisée par ces dix années d'enfer, mais elle était là. Et à elles deux, elles pouvaient tout reconstruire. Elles se tiendraient la main et ne se lâcheraient plus - plus jamais. Et d'avoir été l'idée qui lui avait permis de tenir pendant toutes ces années, ça réchauffait le cœur de la forgeronne en même temps que ça le brisait. Elle n'aurait pas dû être ce phare aux yeux de quelqu'un qu'elle avait si lâchement abandonné - aux yeux de quelqu'un dont l'absence ne l'avait pas empêchée de trouver quelques bonheurs dans la vie qui lui restait sans elle. Alors elle restait silencieuse, accablée.

Mais le terrassement fut total lorsque Makenna se mit à exprimer un regret, celui d'avoir échoué. Son souvenir ne lui avait pas suffi et cette réalité était bien plus blessante encore, parce qu'elle était celle que Nuna avait tant craint. Son existence était incapable de sortir quiconque de ses sombres pensées. Elle n'avait pas ce pouvoir, même pas auprès de Nenna. « Je... je sais... » Les lettres de l'inconnue avaient été claires. Nenna avait pris des traits imaginaires pour lui confier tout ça, mais la substance demeurait le même, lourde et opaque, imbuvable. Nuna savait. Elle avait perdu un peu de son amie là-bas, et cette partie-là ne lui reviendrait jamais.

Mais entre laisser une partie de soi en arrière et être persuadée d'y être restée piégée entièrement, il y avait un gouffre que Nuna n'était pas prête à franchir. Nenna, elle, était déjà de l'autre côté. Mais l'orfèvre était bornée et ne se laisserait pas faire. Elle ne laisserait pas non plus Nenna se satisfaire de cette place loin, si loin d'elle, si loin de leurs montagnes, si loin de tout le bien qui existait encore en ce bas monde. Les lueurs de son regard s'étaient brisées en étincelles brillantes et disparates. Elle avait mal de la guerre qu'elles avaient à mener. Elle avait mal de ce qui avait été détruit, de tout le désespoir qui l'avait remplacé. « Je sais, Nenna, je sais... » souffla-t-elle doucement, son regard affaissé de chagrin plongé dans celui de son amie. Elle crevait d'envie de la serrer contre elle; peut-être que ça la ramènerait un peu à elle. Mais surtout, ça lui ferait du bien à elle, celle qui était restée derrière, celle qui avait failli et avait eu le privilège des années pour tenter de se reconstruire. Mais elle se rappelait qu'elle ne forcerait plus la main, qu'elle avancerait à la vitesse de Makenna. Alors elle demeurait silencieuse et ne bougeait pas. « Mais t'as raison, je pense le contraire et je me battrai tout le temps nécessaire pour que tu le voies, toi aussi. » Ce désespoir était un écran de fumée, une illusion qu'on lui avait plantée dans le crâne pour mieux faire d'elle ce qu'on souhaitait qu'elle devienne. « Ils ont voulu que t'oublies qui t'étais, là-bas. Mais tu vas te retrouver, peu importe le temps que ça prendra. » Elle le lui répéterait, encore et encore, de vive voix ou par écrit, dans ses rêves, au cœur des nuits les plus sombres, dans les journées les plus floues. Elle le lui répéterait des dizaines et des centaines et des milliers de fois, de mille et une façon, et un jour Makenna finirait par voir cette vérité pour ce qu'elle était : une vérité crue et remplie d'un espoir nouveau, qui lui ouvrirait toutes les portes qu'aujourd'hui, elle voyait fermées. Elle le lui répéterait et elle reviendrait de son côté du gouffre, du côté où on pouvait encore attendre de la vie des bonheurs et un bonheur, du côté où on pouvait continuer à se construire, du côté où on pouvait laisser le passé derrière soi, pour de vrai, et le regarder avec une mélancolie qui n'était plus destructrice et paralysante. « Tu sais, tout le monde pense encore que je suis naïve ou optimiste, mais je suis réaliste. Ce que je te dis, je le dis parce que je le sais. Personne est jamais totalement détruit ou perdu. T'es pas seule. Je... » Comment disait-on ces choses-là, celles qu'on sentait si fort dans son âme et dans son cœur qu'aucun mot ne semblait capable de les retranscrire ? Comment lui dire qu'elle était terriblement aimée, passionnément épaulée ? « Je nourrirai ton cœur tous les jours et un jour tu te réveilleras, et il sera repu. » C'était maladroit et son cœur, à elle, brûlait encore de tous les non dits qu'elle ne parvenait pas à mettre en mots. Elle voulait la serrer contre elle, encore, très fort, l'étouffer de tout l'amour qui était le sien, de tout le soulagement qu'elle avait de la retrouver, de toutes les promesses qu'elle était en train de lui faire. « Reste chez moi. Ca a un peu changé depuis le temps, mais y'a encore tous tes repères. Je serai là la nuit et le jour quand ça ira pas. Je serai là tout le temps, et puis je cuisine toujours, et puis... » Quels arguments supplémentaires pouvait-elle apporter ? « Je te forcerai jamais à rien, je veux pas te brusquer, je te brusquerai jamais... mais t'as encore ton monde, ici. Tu manques aux montagnes, tu... tu me manques. Je t'ai attendue si longtemps... j'ai tout fait en espérant que tu le voies un jour. Je te demanderai pas d'être quelqu'un que t'es pas. Fais rien pour me faire plaisir. Je te demande pas de faire semblant d'oublier ou d'être heureuse. Mais je te promets que tu passeras à la suite, un jour, et que tu seras heureuse. Je vais nulle part... si tu veux bien de moi, je serai toujours là. » Si elle pouvait capter toutes les peines de Makenna et les faire siennes pour les endurer à sa place, Nuna ne le ferait. Mais elle en était incapable, alors elle serait l'épaule, l'oreille, le pilier, l'amie, l'alliée, l'acolyte. Elle emmagasinerait tout ce qui pouvait l'être, si ça pouvait alléger ce qui pesait si lourd sur les épaules de Nenna. Le reste ne comptait plus vraiment, parce que Nenna était de retour, et qu'elles avaient tout à reconstruire ensemble, dix ans après que leurs chemins aient été arrachés l'un à l'autre.
Makenna Askaywen
Makenna Askaywen
DATE D'INSCRIPTION : 21/12/2018 PSEUDO/PRENOM : ΛURORΛ BOREΛLIS MULTICOMPTES : MILA SWANN MESSAGES : 131 CELEBRITE : NADIA HILKER COPYRIGHT : VOCIVUS, ENDLESSLOVE, RILÈS METIER/APTITUDES : ESCLAVE AFFRANCHIE TRIBU : LES ENFANTS DE LA FORÊT POINTS GAGNES : 65

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le Mar 15 Oct - 14:39


You were the better part Of every bit of beating heart that I had. Whatever I had, I finally sat alone. Pitch black flesh and bone couldn't believe that you were gone (@flora cash // beerus)


Ca te fait tellement de bien d’entendre ces paroles réconfortantes. Pourtant ce n’est pas la première à tenir ce genre de discours à ton égard mais Nuna, elle demeure la seule à connaître la vérité. L’honteux secret. La monstrueuse réalité. Elle sait les atrocités commises dans le désert, devine les remords sulfureux dans le coeur. Nul besoin de lettres manuscrites ou d’aveux formulés pour comprendre que tu es rongée par la culpabilité. Cette dernière vibre en toi comme une fréquence de ton être. Et malgré les mois qui se sont écoulés, tu la portes encore sur ta peau, sous ta peau, sans parvenir à t’en faire. D’une certaine façon, tu t’es résolue à sa présence, consciente que tu devras porter ce fardeau toute ta vie. Cependant, tu n’envisages pas de mener une vie, accablée de la sorte. Alors, tu te retrouves prise au piège, dans ta propre tête. Confrontée à ces tourments de l’âme qui te pulvérisent sur place, qui te glacent d’effroi. Toi, la vaillante combattante. Toi, la miraculée survivante. Toi, la piètre carcasse. Toi, le sac d’os.

Les mots doux de ton amie te donnent envie de croire que tu peux encore être sauvée, qu’il te reste encore une chance de trouver la rédemption, de te pardonner mais quand tu repenses au sort infligé à ces innocents, tu perds tout espoir. Et tu as l’impression qu’elle oublie ce détail, le balaie d’un revers de la main. Si les rôles étaient inversés, tu aurais sans aucun doute agi de la même manière, ignoré la faute, loué la victoire. Parce que vos retrouvailles sont une victoire extraordinaire. Sauf que les rôles ne sont pas inversés. Sauf que tu n’es pas en mesure d’ignorer ta faute, louer cette prétendue victoire. « Je ne peux pas rentrer Nuna. » Ce n’est pas l’envie qui te fait défaut. Tu rêves de retrouver ton village, ton peuple, ta montagne. Cette idée t’obsède depuis 10 ans mais elle est de toute évidence devenue obsolète. « Je ne peux plus. » Hélas. Tu n’es pas digne de rentrer à la maison. Tu n’es pas digne de l’appeler encore ta maison.

Tu as failli à ton devoir Makenna. Tu as failli. Ca fait longtemps que tu en as conscience mais tu réalises seulement maintenant combien c’est douloureux. « J’ai tué une enfant. » Pour la première fois, tu prononces ces mots d’une violence hors du commun. L’espace d’un instant, tu demeures pétrifiée par ce que tu viens de dire, d’admettre à voix haute. Et tu redoutes la réaction de ton amie. Déception, chagrin, horreur. Bienveillance, calme et patience. Quel comportement est le plus adapté ? Certainement aucun compte tenu de la situation inédite dans laquelle vous vous trouverez. Deux cœurs écorchés confrontés au dilemme le plus difficile qui perdure sur Terre : la question de la vie et de mort. Parce qu’il n’existe aucun enseignement, aucune leçon, aucun précédent sur votre cas. « Je ne mérite même pas d’être là. » Je ne mérite pas de t’avoir retrouvée, serrée dans mes bras, aimée démesurément. Je ne mérite pas d’être revenue, en vie, libre. Je ne mérite pas cette existence dont ils sont privés à tout jamais. « Avec toi. »


@nuna cortez, décombres d'un autre temps, 31 mai 2119
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