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Wyatt Sheperd
DATE D'INSCRIPTION : 01/08/2018 PSEUDO/PRENOM : Totoro's Child. MULTICOMPTES : TC Jones. MESSAGES : 597 CELEBRITE : Rami Malek COPYRIGHT : poésies cendrées - kane. - sleeping at last ; earth - pando METIER/APTITUDES : Conseiller Odysséen. - Botanique & Zoologie. TRIBU : Dana POINTS GAGNES : 121
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le Mer 26 Juin - 2:34
« The smartest thing i've ever learned is that i don't have all the answers, just a little light to call my own. though it pales in comparison to the overarching shadows, a speck of light can reignite the sun and swallow darkness whole.»


» 19 mars 2119

Wyatt n'était pas du genre à se mêler des choses. En ces temps d'élection, le conseiller n'avait pas réellement pris part aux débats qui pouvaient se glisser entre les odysséens. S'il était sûr de ces convictions, il n'était pas forcément du genre à les afficher. Lorsque Joe a été élu, l'ancien Conseil et le nouveau ont été mis au courant de la rébellion. S'ils sont venus se dénoncer et rendre les armes, comme on dit, Wyatt n'a pas vraiment eu d'avis sur le sujet. Les rumeurs étaient bien trop présentes pour ne pas être fondés et les membres qui se sont dévoilés n'avait pas vraiment quelque chose de surprenant. Après tout, peut-être que s'il avait été un peu plus courageux, lui-même aurait rejoint la rébellion là-haut, trop en désaccord avec certaines décisions prises. Pourtant, ça n'avait jamais été le cas, un mélange de foutisme et d'égoïsme, tant qu'on le laissait faire ce qu'il voulait, le brun balayait ses états d'âme vis à vis de tout ce qui pouvait bien arriver.

Si le botaniste était très en accord avec les idées du nouveau Chancelier au pouvoir, il n'avait pas la moindre idée de s'il allait conserver son poste ou non. Wyatt n'était pas forcément du genre à inspirer la confiance chez les autres. Sans doute parce qu'il était trop perché, trop dans son monde à lui. Même s'il avait fait ses preuves avec l'ancien Conseil, rien ne laissait prédire si ce temps de renouveau lui laisserait sa place. Lorsque Joe lui a offert sa place dans son nouveau Conseil, contrairement à quelques années plus tôt, le biologiste n'a pas hésité une seconde. Non pas qu'il ait fondamentalement eu quelque chose contre son prédécesseur mais il fallait reconnaître à McOrish des qualités qui manquaient cruellement à l'ancien Chancelier. Une nouvelle motivation gagnait le fraîchement nommé alors qu'il se voyait enfin de nouveau accomplir de belles choses aux côtés d'un Conseil dans lequel il se sentait pleinement à sa place. La dernière année avait été particulièrement difficile et s'il sortait enfin la tête de l'eau, une tête nouvelle n'en restait pas moins un énorme plus pour les mois, les années à venir. Il ne faut pas longtemps pour que tous les nommés se réunissent et se concertent. Les têtes connues s'accumulent autour de la table et Wyatt a l'impression d'avoir un rêve en face de lui alors que Richard, Nadja et Murphy sont présents. Il est réellement heureux de les voir et a enfin l'impression d'avoir une place qui a du sens dans un monde qu'il ne saisit pas forcément complètement.

Les présentations officielles sont faites et les deux amis d'enfance, eux, se laissent rendez-vous quelques jours après pour discuter. Le matin est encore frais, en mars, pourtant Wyatt est heureux de se lever à l'aube, profitant du calme qui ne dure jamais et des quelques étoiles qui vivotent encore dans le ciel bleuté. S'éloignant volontairement du camp, il ne tarde pas à trouver le petit coin calme auquel ils ont prévu de se retrouver. Incroyablement en avance, il s'installe sur l'herbe et observe le ciel, la tête rivé vers ce dernier, les bras croisés sur ses genoux pliés. Murphy ne tarde pas à le rejoindre et le sourire du Conseiller s'élargit à la vue de cette dernière. Dieu qu'il est heureux de l'avoir retrouvée, putain qu'elle lui a manqué durant toutes ces années. Il tapote calmement la terre à ses côtés pour l'inviter à s'asseoir et lui offre un « Hey » d'accueille doux, peut-être un peu endormi.

Son regard croise le sien et il l'observe quelques instants, tellement fier de la voir placée au Conseil à ses côtés. « Bien dormi ? » Qu'il lui dit avec une douceur d'enfant, alors qu'il lui pointe le ciel du doigt et les quelques étoiles qu'il regarde depuis un bon nombre de minutes maintenant. « Regarde, elles sont encore là. » Il y avait une certaine nostalgie dans sa voix. La nostalgie ce n'est pas quelque chose que l'on entend trop souvent des lèvres du biologiste. Faut dire que là-haut, ça ne lui a jamais vraiment manqué. Toujours enfermé, trop serré dans leur jolie cage argentée, Wyatt n'avait commencé à respirer qu'à la seconde où il avait posé un pied sur sa Terre, leur Terre. Mais aujourd'hui, c'est un peu différent. Peut-être parce que durant leur enfance, ces deux-là avaient des rêves, des tonnes de rêves qu'ils avaient partagé. Murphy, elle rêvait toujours d'un monde meilleur, un monde plus doux et plus beau. Et Wyatt, lui, rêvait de terre, de ces odeurs et du vent frais. Aujourd'hui, ils ont les deux, et ça, ça lui fait quelque chose d'un peu particulier. Peut-être qu'il aurait dû se battre un peu plus là haut, peut-être qu'elle aurait pu atteindre son rêve plus tôt s'il l'avait poussée dans la bonne direction. Sa mère aurait vu sa fille atteindre un poste magnifique et mérité, leurs mères auraient été fières, de la voir aujourd'hui. Elles doivent être fières, de la voir ainsi. Le sourire tendre du brun ne s'efface pas alors qu'il donne un coup léger dans l'épaule de celle assise à ses côtés et lui demande, doucement. « Alors... madame la Conseillère ? » Il a des étoiles dans les yeux alors que son regard capte le sien quelques instants et qu'il ajoute, d'un murmure pour elle, qu'il ne partage pas même avec les étoiles encore dans leur ciel. « Elle est fière de toi, j'espère que tu le sais. » Il lui redonne un léger coup dans l'épaule et attend sagement d'avoir enfin ses sentiments, ses impressions, après tout ce temps. Tout ce temps qu'il a passé à croire en elle, qu'elle soit au courant ou non. Tout ce temps, où elle ne voyait pas toujours ce qu'il voyait mais qu'il lui répétait qu'un jour, elle comprendrait. Il espérait qu'enfin, ce jour était arrivé.

Parce que ce jour était un jour tout particulier. Sa sœur était Conseillère, et encore mieux, il était à ses côtés pour l'observer.
Murphy Cavendish
DATE D'INSCRIPTION : 06/12/2015 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Nuna Cortez MESSAGES : 39015 CELEBRITE : Sophia Bush COPYRIGHT : Lux Aeterna (vava & sign & gifs & fiche rp) METIER/APTITUDES : Conseillère diplomate; militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. POINTS GAGNES : 748
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le Mer 3 Juil - 2:30


we craved sweetness with a fear of heights

Murphy Cavendish & Wyatt Sheperd

(19 mars 2119 / post élections du Chancelier et nomination du Conseil)


La nouvelle l'avait assommée. Ils avaient voté, c'était déjà énorme; les rebelles avaient enfin l'argument ultime qui confirmait que leur dissolution était tout sauf une erreur, qu'elle était la réponse la plus adaptée à ce qui se passait chez eux. Eux qui hurlaient que la démocratie était morte en avaient la preuve sous les yeux : elle était toujours vive, elle avait toujours été là. Il y avait eu des raisons de douter du Conseil, si on voulait être honnête : qu'est-ce que des bonhommes de là-haut connaissaient à ce monde ? Ils venaient de naître ici et apprenaient à peine à marcher. Mais cet argument ne tenait plus qu'à moitié la route lorsqu'on considérait que ce qui le brandissaient étaient les mêmes bonhommes que ceux qui venaient de là-haut. Ils apprenaient, tous, à leur rythme. Ils étaient empêtrés là-dedans ensemble. Et la solution, la seule qui paraissaient à la fois raisonnable et capable d'enrichir tout le monde, c'était le partage. Partage d'expériences, partage de connaissances, partage de projets réalistes ou moins réalistes, partage de tout ce que chacun pouvait apprendre ici de son côté. Le Conseil avait avancé trop lentement, pendant tout ce temps, mais c'était l'avis d'une exploratrice qui ne tenait pas en place, qui voulait bouger autant qu'installer profondément ses racines dans cette Terre qui ne leur appartenait pas vraiment mais leur appartiendrait peut-être un peu plus, un jour, parce qu'ils y auraient construit des choses. C'était ce qui avait été son moteur quand elle avait rejoint la rébellion : la lenteur des choses aux plus hautes marches de la hiérarchie, l'impression de faire du sur-place constant, celle d'espérer des changements qui n'arriveraient jamais, des projets qui ne verraient jamais le jour. Il y avait eu Faust, aussi, ce besoin de tenir la flamme de la disparue le temps qu'elle revienne, et puis cette douche froide lorsque le temps lui avait fait comprendre qu'elle ne reviendrait pas et que personne ne viendrait reprendre sa place. Murphy n'était pas tout à fait rebelle pour les bonnes raisons, et il lui avait suffi d'écouter les discours des autres membres pour se rendre compte qu'elle n'appartenait pas à ce groupe qui semblait vivre d'une méfiance revigorante, comme s'ils possédaient des vérités invisibles à tous ceux qui ne leur appartenaient pas, pauvres moutons aveugles. Mais elle savait, Murphy; elle savait le monde qui les entourait, celui dans lequel ils baignaient, celui duquel ils se nourrissaient parce que c'était la seule façon qu'ils avaient de survivre et surtout, de vivre. Elle savait l'angoisse des explorations qui faisait battre le palpitant à l'en arracher de la poitrine, elle savait le bonheur des découvertes qui pouvaient changer la donne, si ce n'était pour des mois, des années ou toujours, au moins pour quelques jours. Elle savait ce que représentait la responsabilité totale de sa propre survie au milieu de nulle part, la menace des dangers visibles, prévisibles et invisibles. Elle savait l'adaptation à ce monde et tout le temps et l'engagement qu'elle avait demandée; apprendre à faire un feu, à éviter les embûches du sol, à s'adapter aux revirements brusques de météo lorsqu'on était perdu au milieu des bois, loin des siens et des abris connus. Elle savait l'adrénaline des explorations les plus lointaines, l'admiration des paysages les plus majestueux ou inattendus, mais elle savait aussi la sensation de la perte des êtres chers, et puis celle de sa propre disparition, de son enlèvement au monde. Elle savait l'envie viscérale de vivre qui émergeait du corps noyé quand celui-ci émergeaient de la mer cruelle. Elle savait tous les dangers et dévouements, tout l'apprentissage de ce monde qui devait être fait constamment, et c'était précisément pour ça qu'elle savait l'espoir et le rêve des racines qui s'ancrent profondément au sol. Un toit qui ne serait pas provisoire, un terrain à cultiver, un village à aimer et à choyer, une vie qu'on se surprendrait à aimer parce qu'elle n'aurait plus grand chose de la survie désespérée des premiers instants de ceux qui avaient survécu à la première épreuve de toutes. Une vie de sourires et de rencontres, de partages, loin d'être naïve pourtant, une vie d'humain. Parce qu'elle savait tout ça, parce qu'elle ne comprenait pas qu'on puisse être aveugle à toutes ces choses-là, Murphy avait violemment claqué la porte de la rébellion. Son rôle n'avait jamais été de materner un groupe à peine capable de relever une erreur stratégique basique. Son rôle, depuis le début, avait été de tenir le flambeau pour une femme qui n'avait sans doute pourtant jamais autant cru à toutes ces batailles que sa mère. Mais son rôle, son premier rôle, c'était celui de se répondre à elle-même, de s'observer sans rougir, de dresser fièrement ses convictions même si on essayait de la faire taire, par la peur ou par la stupidité. C'était lui, son premier rôle : elle le tenait dans le théâtre de sa propre existence et en était à la fois actrice et scénariste. En quittant le mouvement rebelle, Murphy avait repris possession de sa propre vie et de toutes les convictions qui avaient semblé lui échapper depuis si longtemps.

Mais se retrouver seule sur les planches, ça lui avait donné l'impression de tout perdre. C'était sombre, sans les autres. Elle avait l'impression d'avoir perdu tout son pouvoir à changer les choses, avec les autres.

Un jour, peut-être, retrouverait-elle la parole.

Ce n'était pas une urgence.

Les élections avaient mis en tête du village celui pour lequel elle avait voté, et puis c'était un accomplissement. Pour qui avaient pu voter les autres rebelles ? Ce n'était plus vraiment ses affaires, mais elle se posait parfois la question, et celle-ci s'accompagnait d'autres questions plus ténues : se réunissaient-ils encore dans ce bunker, en dehors du village ? Qui disaient-ils, que racontaient-ils ? Avaient-ils eu un candidat favori -avaient-ils tous voté pour le même ? S'étaient-ils mis d'accord sur leurs votes, achevant toute idée de démocratie dans le groupuscule ?

Elle n'avait pas compris tout de suite, Murphy, quand McOrish était venu la voir. Avait-il besoin de quelque chose, de quelqu'un, d'un coup de main de militaire ? Alors elle l'avait félicité pour son élection, lui avait glissé entre les mots qu'il avait été de loin son premier choix, qu'elle avait été heureuse de lui donner sa voix, et qu'elle avait hâte de voir ce qu'il allait faire pour le village. Lui était demeuré silencieux le temps qu'elle se taise, et avait fini par lui faire une offre qui était de celles qu'on ne refusait pas. Comme il était si rare que ça lui arrive, Murphy était restée sans voix, et le nouveau Chancelier l'avait laissée là, en lui indiquant qu'elle avait quelques jours pour y réfléchir, que l'officialisation des entrées en fonction se ferait bientôt, mais que dans tous les cas, il aurait besoin à ce moment-là d'un conseiller en diplomatie. Elle l'avait regardé s'éloigner, sonnée. On venait de lui asséner un coup de massue, mais il n'y avait jamais eu coup de massue plus valorisant. Et ça faisait beaucoup trop d'informations à gérer. Et si c'était l'ouverture à laquelle elle n'avait jamais osé rêver ? Et si @Isaïah Stowaway avait eu raison depuis le début, et si c'était son chemin, celui de conseillère ? Et si McOrish, en lui tendant la main, s'apprêtait à changer le cours de sa vie ? Et si c'était ce qu'elle avait attendu tout ce temps, ballottée entre les coups de gueule solitaires et une rébellion qui ne l'entendait pas ? Et si ça la libérait, et si ça l'enfermait ? Et si en s'ancrant dans les hiérarchies odysséennes, elle perdait son monde, le reste de son monde ? Et si elle était incapable de tout ça, de satisfaire son Conseil, de satisfaire ses Odysséens, et si elle était incapable d'être celle qu'elle aimerait tant être ? Et si elle était incapable d'apporter des solutions là où s'imposeraient les problèmes ? C'était @Devos Acciaro, le premier, qui avait recueilli ces états d'âme. Il l'avait trouvée apathique dans un coin, alors que son imagination avait crée des colonnes et des tableaux pour tenter de trier et de pondérer ses idées et arguments; pour tenter de parvenir à une conclusion, et à une décision. A chaque fois qu'il lui semblait s'être arrêtée sur un choix, elle revenait en arrière. Il lui était impossible de choisir, parce que chacun des choix n'allait pas sans des renoncements, des contraintes ou des inquiétudes. Mais il fallait avancer, et il avait fallu avancer, et Murphy avait joué le tout pour le tout.

Voilà donc Murphy, plus seulement garde ou patrouilleuse, plus seulement lieutenant de la garde, mais conseillère. Murphy était conseillère diplomatique, celle que l'on avait choisi parmi tout le village pour représenter les extérieurs auprès d'eux et les représenter auprès des extérieurs. Son opinion compterait auprès des plus hauts, maintenant, parce que... merde, parce qu'elle faisait partie des plus hauts. Et s'il y avait bien une place qui permettait de faire bouger les choses, c'était celle-ci. Elle s'était évertuée à le répéter aux rebelles : c'était avec le Conseil qu'il fallait travailler. Et maintenant... elle était un petit morceau du Conseil. Murphy avait été choisie pour ses expériences et ses envies, pour ses projets, pour tout ce qu'elle avait tenté de construire sûrement, pour tout ce qu'elle était ou n'était pas - peu importait, on l'avait choisie pour être l'un des liens les plus solides avec les relations extérieures au village et au final, c'était sûrement ça, la réponse à toute la résignation qui s'était emparée d'elle lorsqu'elle avait quitté le mouvement rebelle. Ce départ n'avait pas été une fin; c'était ce qu'il avait été depuis le début, un nouveau départ. Ca avait été une première marche vers la suite, prête à accueillir l'offre qui lui était tombée dessus parce qu'elle ne lui était pas tombée dessus totalement par hasard. Qu'est-ce qu'Ofelia penserait d'elle, si elle la voyait siéger au Conseil de leur Odyssée ? Elle serait probablement fière d'elle, très fière d'elle, et elle lui rappellerait les raisons qui l'avaient menée à ce siège. Elle était là pour construire quelque chose, pour se battre aussi férocement que toujours, pour ses convictions et tout ce qu'elle projetait pour eux tous. Elle ne serait jamais là pour s'empâter dans le fauteuil confortable du conseiller.

Mais c'était une drôle de chose, pourtant, que de se réveiller du jour au lendemain avec ce nouveau statut qui changeait à la fois tout et presque rien. Ses paupières s'étaient ouvertes sur la petite maison qu'elle avait réinvestie depuis quelques jours à peine. Il y faisait encore frais et elle remonta sa fourrure jusqu'à son nez le temps de réaliser qu'aujourd'hui encore, comme la veille et l'avant-veille, elle était bien conseillère. Murphy Cavendish était conseillère odysséenne.

Du coin de l'oeil, elle guettait les étoiles qui s'éteignaient progressivement dans le ciel, par la fenêtre qui surplombait son couchage. Le soleil les éclipsait dans ses premiers rayons brûlants qui laisseraient place au jour. Elle s'arracha à la chaleur de sa couverture alors qu'Antarès se redressait à côté de son lit; il avait compris que c'était l'heure d'émerger, l'heure d'aller pisser, l'heure de manger, peu importe --il avait compris que c'était l'heure où sa maîtresse s'activait et où il était susceptible d'obtenir quelque chose d'elle. Elle enfila un jean et son fidèle pull trop grand, qui ne portait plus depuis longtemps l'odeur de son premier propriétaire, puis se rafraîchit dans la petite bassine d'eau qu'elle avait laissée sur sa table. Elle quitta finalement sa maison, son chien derrière elle, et s'étira une multitude de fois pendant son petit détour, en tentant d'émerger avant de retrouver son ami.

Et puis il était là, il l'attendait, comme si ça faisait déjà des heures qu'il l'attendait. Il avait les pieds et le cul sur Terre, alors qu'elle était restée coincée dans les étoiles de ses songes endormis. Elle le regarda d'un œil morne en lui faisant un geste mou de la main. C'est Antarès qui réagit le premier à l'invitation de l'homme et qui trotta jusqu'à l'emplacement qu'il avait désigné à ses côtés. Murphy jeta un regard las à son chien avant de sourire d'un sourire fatigué. Elle sentait son vieux chignon s’écrouler progressivement et quelques mèches tombaient déjà devant son regard. Elle devait avoir fière allure, la conseillère, les deux mains tendues devant elle avec deux armes dont elle savait qu'elle ne devait pas détourner l'attention. On lui avait assuré en cuisine que les boissons étaient bouillantes, et elle pouvait sentir la chaleur traverser les gobelets. « Tu sais que j'ai toujours préféré me coucher tard à me lever tôt... » râla-t-elle en s'avançant pour Wyatt pour se laisser tomber du côté duquel Antarès n'avait pas pris possession. Elle posa devant chacun d'eux chaque gobelet. « C'est l'infusion du jour, je sais pas ce qu'ils avaient sous la main mais ça sent pas trop mauvais... » Avec un sourire en coin, Murphy renifla les relents d'herbes qui parvenaient à ses narines. « Ouais... et toi ? » En réalité, son lit lui manquait. Elle s'était déjà levée incroyablement tôt la veille pour une de ces patrouilles aux horaires indécents, et la journée derrière avait été longue. Elle n'aurait pas été contre quelques heures de sommeil supplémentaire, mais Wyatt était de ceux capables de l'arracher à son lit juste en promettant leur présence. « Ouais, c'est vraiment signe que je me suis levée trop tôt... » Elle râlait et râlait, Murphy, mais se lova un peu plus dans son pull bien trop grand, assise en tailleur, et posa sa tête sur l'épaule solide de son ami. Elle était heureuse d'être là, de le retrouver. Une petite secousse la fit marmonner quelques insanités contre l'épaule de Wyatt. « Mademoiselle ! » Elle avait laissé ses lèvres émerger du pull de l'homme juste le temps de s'assurer qu'il comprendrait bien sa correction. Oh, elle râlait beaucoup, beaucoup trop, mais elle était heureuse d'être là. Pendant une seconde, elle capta le regard de Wyatt et elle put prédire les quelques instants qui suivirent. Wyatt ne disait pas son nom, à Ofelia, mais son regard brillant l'avait hurlé à sa place. « Je... je sais pas. » Elle haussa les épaules, les bras toujours croisés sur son ventre pour enfermer la chaleur dans son pull, et se redressa pour jeter un coup d'oeil aux fameuses étoiles. « C'est con mais j'arrive toujours pas à réaliser ou à comprendre. C'est ptete lié, d'ailleurs. » Elle soupira et frotta son visage fatigué en essayant de dégager quelques unes des mèches foncées qui l'envahissaient. « Jsuis contente que tu sois avec moi. Et @Nadja Wolkoff aussi, et @Richard Coben aussi !  Mais... » Mais quoi, Murphy ? Mais, et si je merdais tout ? Et si j'y avais pas ma place, et si Joe s'était trompé ? Et si moi, je m'étais trompée, en acceptant son offre ? Avec son arrivée dans le Conseil, Murphy avait appris que les rebelles avaient finalement choisi de se dévoiler. Par soucis de transparence, elle avait confessé son ancienne appartenance à Joe. Mais s'il avait su avant, l'aurait-il choisie ? Et si Wyatt savait, serait-il toujours aussi confiant ? Serait-il seulement encore son ami ? « Comment t'avais vécu ta première nomination ? » Est-ce que t'avais hésité, toi aussi ? Est-ce que t'avais eu besoin de plusieurs jours, de conseils; est-ce que t'y avais passé plusieurs nuits blanches, est-ce que t'avais reconsidéré tout ton avenir, est-ce que t'avais douté de tes capacités ? Et ces questions, parmi tout le reste, rappelaient à Murphy que leurs chemins s'étaient démêlées trop longtemps l'une de l'autre. Ils étaient amis, ils étaient la famille, et maintenant ils étaient collègues... alors le sentiment qui s'était emparé d'elle lorsqu'elle avait découvert ses co-conseillers, quelques jours auparavant, vint alléger son cœur. Le Conseil d'aujourd'hui n'était même pas le Conseil dont elle aurait osé rêver quelques mois ou années auparavant. Ce Conseil, c'était sa famille et ses rêves, c'était tous ses projets et les promesses qu'elle s'était faites en arrivant dans ce monde.
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