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Murphy Cavendish
DATE D'INSCRIPTION : 06/12/2015 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Nuna Cortez MESSAGES : 38760 CELEBRITE : Sophia Bush COPYRIGHT : jenesaispas (vava) Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) METIER/APTITUDES : ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. POINTS GAGNES : 1214
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le Mer 29 Mai - 1:59


Not today

Murphy Cavendish & @Kayden Elwood

(05 août 2118 / quelques jours après leur rencontre avec le kraken / au village odysséen)


Depuis cette journée à la plage, Murphy avait compté les jours. C'était le reste de sa vie qui avait commencé ce jour-là. Ce monde l'avait habituée à côtoyer la mort, pourtant. Elle avait multiplié les incidents, accidents et mauvaises rencontres depuis qu'elle crapahutait hors des zones les plus sécurisées érigées par les siens. Elle avait rencontré des bêtes affamées, fait des chutes qui lui avait valu de longs mois de convalescence; elle avait inconsciemment plongé dans une rivière agitée pour sauver Antarès, même si elle savait à peine nager. Elle avait descendu une falaise en rappel il n'y avait pas si longtemps que ça, mais même ça lui paraissait appartenir à un autre monde, à une autre vie. Elle avait toujours su à quel point la vie était fragile ici; oh elle avait été aux premières loges pour voir les autres disparaître, proches ou moins proches. Le monde s'était imposé comme indomptable et impitoyable dès leurs arrivées. Ils n'avaient pas encore eu le temps de commencer à fréquenter ce monde qu'ils avaient dû enterrer leurs premiers morts et accepter qu'ils ne pourraient le faire avec bon nombre de leurs proches, présumés disparus dans la flotte, bien loin d'ici. La menace pesait à chaque instant : les disparitions n'étaient interrompues que par les morts et dans ce niveau village qu'ils façonnaient à leur image, ils avaient dédié un terrain à leurs morts. C'était là que Thaïs reposait. Les lieux baignaient dans un calme constant et respectueux. On offrait à ses morts le repos dont ils avaient tant manqué dans cette vie. C'était là qu'elle aurait dû reposer, elle aussi, si tout n'avait pas été ce que ça avait été quelques jours plus tôt. Mais qu'est-ce que ça avait été, au juste ?

Ca avait été l'un de ses pires cauchemars. Ca avait été la vue de ceux qu'elle aimait happés par une mort imminente. Ca avait été l'incompréhension, la terreur de ce qu'elle avait devant elle. Ca avait été la panique d'une lieutenant incapable d'assurer aux siens la sécurité à laquelle son titre l'avait engagée. Le rêve de la prise de contact et du monde meilleur qu'elle ambitionnait depuis si longtemps avait disparu en un claquement de doigts. Dans la flotte, il y avait eu la pire menace de toutes. Un monstre qui avait fait des dizaines de fois leur taille à chacun, aux gestes aussi imprévisibles que foudroyants. Le rêve s'était transformé en cauchemar, les sourires s'étaient métamorphosés en expressions terrifiées. Murphy s'était habituée à la menace constante de l’inattendu, mais cet inattendu-là avait dépassé ses pires craintes. Ca ne pouvait pas être réel; quelques minutes ne pouvaient pas tout changer comme ça. Mais ça avait été quelques minutes infinies, et l'infini pouvait changer des milliers des fois la donne. Elle avait vu Tennessee en danger, puis Isdès. Elle les avait vus disparaître sous son regard, avait senti les présences affolées autour d'elle, avait voulu réfléchir plus vite que ce que ses neurones paniqués l'autorisaient à faire. Elle avait vu un corps inanimé s'échouer sur la plage, avait prié que tous s'éloignent suffisamment vite du bord de la mer, et puis il y avait le sentiment d'impuissance, la sensation de l'étouffement, la perspective de la fin. Ce n'était plus être coursé dans la forêt par un ours affamé : prisonnière d'un tentacule déterminé, Murphy s'était épuisée en un claquement de doigts et s'était retrouvée confrontée à son incompétence et à ses faiblesses, et puis au début de l'obscurité. La libération n'avait duré qu'un fragment de seconde, et aux quelques particules d'air qui avaient réussi à retrouver ses poumons écrasés avaient succédé la flotte, salée, envahissante, terrassante. Elle ne pouvait plus bouger, Murphy. Ses bras et ses jambes étaient devenus des charges inutiles. Ils étaient lourds et immobiles, incapables de retrouver un tant soit peu d'énergie pour la faire émerger de ce puits sans fin. Et puis elle se souvenait avoir recraché la mer sur le sable épais de la plage, avoir été pressée par l'instinct de survie à reprendre possession de ses moyens et de son corps et s'être redressée tant bien que mal. Elle se souvenait avoir cherché les autres, les avoir retrouvés. Et puis il y avait eu le soir. Les demi-réponses qui ne lui convenaient pas, le sentiment d'enfermement, celui d'appartenir à un autre monde. Elle se souvenait de ceux qui dormaient quand elle ne le pouvait pas. Elle se souvenait avoir regardé ses étoiles à travers les hauts arbres sans plus n'y voir ses alliées d'autrefois. Elle se souvenait avoir risqué le tout pour le tout, parce que l'ultime sentence avait été mise en jeu quelques heures plus tôt et que les autres menaces ne voulaient soudainement plus dire grand chose. Elle se souvenait de son visage, de sa détresse au clair de lune, de ses bras et de sa peau, de cette drôle de promesse qui était née des pires circonstances. Ils étaient perdus, et il ne l'abandonnerait pas.

Mais quelques jours plus tard, elle était incroyablement seule. Les nuits dans un demi-sommeil étaient incroyablement longues. Le quotidien reprenaient les rennes de son existence, mais il demeurait ce poids qu'elle portait à chaque seconde de chaque journée et de chaque nuit. Depuis qu'elle était rentrée au village, elle n'avait pas réussi à retrouver un sommeil correct. Ici, il n'y avait plus Isdès pour la serrer contre lui et la retenir de toutes les chutes qui la réveillaient brutalement dès que le sommeil commençait à l'emporter. Au milieu de la nuit, sa maison en pierre se refermait sur elle et se tournait pour regarder par sa fenêtre ouverte les étoiles qui continuaient de briller, comme si elle n'avait pas failli les rejoindre quelques jours plus tôt. Murphy n'avait pas peur de mourir; plus depuis qu'elle avait rempli sa vie avec un enthousiasme indéfectible pour les découvertes et les projets. Ce qui l'effrayait tant, c'était autre chose, un assortiment parfait de tout ce qu'elle était incapable de percevoir la reste du temps : tout ce qu'elle ne connaissait pas ici, tout ce que ce monde pouvait encore cacher de pire, tout ce qu'elle redoutait de continuer à voir disparaître ceux qui lui étaient chers, tout ce qu'elle était incapable de comprendre d'ici et de ce qui était ou n'était pas tout à fait.

Ca finirait bien par lui passer. Elle finirait par dormir parce que le corps finirait par s'effondrer de lui-même avant que l'esprit ne devienne complètement cinglé, terrassé par l'épuisement. Si elle y faisait très attention, Murphy pouvait même sentir quelques différences depuis cette journée sombre à la mer et la séparation déchirante d'avec son réconfort des montagnes. C'était à peine perceptible, en fait, mais un retour à la vie quotidienne et à ses habitudes était le seul moteur dont elle avait besoin et capable de la guider vers un retour à la normale. C'était ce qu'elle voulait, c'était ce qu'elle espérait. Pourtant, même dans ses journées complétées à l'heure près, Murphy trouvait des instants de répit dont elle ne voulait spécialement pas. Ce jour-ci, elle avait été de patrouille en matinée. Et puisque les jours étaient beaux, Murphy avait déjà prévu de continuer son travail sur sa demi-maison pendant les heures chaudes de l'après-midi. Un chapeau de fortune sur le crâne pour s'éviter l'insolation, elle avait travaillé sur la solidification des sols à l'étage. Pour l'instant, la mise en service de l'ancien étage était considérée à la fois trop coûteuse et inutile : c'était en réalité plus auprès du plafond du rez-de-chaussée qu'elle s'investissait. L'ancien escalier pourri avait été condamné et bouché par de solides panneaux de bois. Lorsqu'elle devait monter, Murphy le faisait par l'extérieur, à l'aide d'une échelle de bois fabriquée par @Tennessee Brontë-Sand et qu'elle réquisitionnait lorsqu'elle en avait besoin. Elle n'avait jamais emmené Antarès là-haut : elle avait trop peur pour sa sécurité. Si la structure générale avait été vérifiée et sécurisée pour ne pas risquer un écroulement du bâtiment entier, les murs étaient par endroits à peine existants. Murphy ne voulait pas prendre le risque de voir son compagnon à quatre pattes tomber de la hauteur de l'étage. Quand elle était là-haut, elle le laissait vadrouiller autour de la maison. Il s'en éloignait parfois et faisait le bonheur des badauds qui aimaient sa présence sur le village. Aujourd'hui ne faisait pas exception. En relevant la tête de ses travaux, Murphy guettait toujours par curiosité. Il lui suffisait d'entendre des rires à une cinquantaine de mètres de là pour savoir jusqu'où son chien avait promené son arrière-train.

Mais aujourd'hui, elle avait moins de courage que les autres jours. En trouvant Antarès au loin, star au milieu de deux parents et d'une jeune fille, Murphy se laissa tomber sur un rebord de fenêtre à moitié écroulé, épuisée, atterrée. Cachée dans l'ombre du mur, elle essuya la sueur qui dégoulinait le long de ses tempes. Sa peau avait déjà bien roussi depuis le début de l'été et elle avait continué à prendre des couleurs pendant l'après-midi. Lasse, elle laissa sa tête tomber sur la tranche du mur derrière et ses paupières se clore de fatigue.

Elle rouvrit les yeux dans un soubresaut paniqué et se redressa, manquant de glisser du rebord de la fenêtre. Son premier réflexe fut de se relever pour retrouver ses marques. Au pied du mur, à quelques mètres en contrebas, Antarès venait de japper. Elle passa la tête à travers le reste de fenêtre et lui fit un signe de la main en tentant de reprendre ses esprits. Combien de temps avait passé ? Le soleil avait eu le temps de continuer sa course dans le ciel et maintenant, le rebord de l'ouverture baignait dans la lumière. Elle avait dû s'assoupir pour quelques heures. Le réveil avait été terrifiant, mais c'était déjà quelques heures de sommeil de grappillées. Depuis quelques jours, elle ne pouvait en négliger aucune. Elle crevait de chaud et restée coincée dans un demi-sommeil. Elle s'autorisa silencieusement à laisser le chantier pour la journée. Dans un soupir, elle rejoignit le point de l'étage où le mur avait quasiment disparu, et descendit l'échelle de Tennessee pour retrouver le plancher des vaches. Sagement, elle attrapa l'échelle et fit le tour de la maison pour la remettre où la trouver. Antarès la retrouva bien vite et la suivit ensuite jusqu'à l'entrée de leur petit cocon. La haute porte de bois massif avait été l'une des premières pièces rapportées à son demi-bâtiment; elle avait demandé beaucoup de travail et de collaborations, mais même aujourd'hui, elle arrachait à Murphy une sensation de fierté qui était plus que bienvenue. Elle la fit grincer sur ses gonds et profita presque instantanément de la fraîcheur que les pierres avaient conservée à l'intérieur. Dans un soupir de soulagement, elle jeta son espèce de chapeau dans un coin et essuya sa nuque, à laquelle était collée sa queue de cheval. Tranquillement, elle retrouva la petit bassine de métal propre qu'elle avait remplie d'eau fraîche de la rivière plus tôt dans la journée et se servit un verre d'eau bien méritée. En traînant les pieds, la brune retourna à l'entrée pour se laisser tomber sur le porche, ses seules jambes volontairement exposées au soleil de seconde moitié d'après-midi. Avec un petit sourire tendre, Murphy accueillit Antarès à ses côtés, petit chiot devenu grand chien qu'elle ne pouvait plus prendre dans ses bras. Après avoir bu dans son écuelle, il s'allongea à ses côtés et se prépara à son tour à s'accorder une petite sieste. Elle le couva quelques instants d'un regard affectueux en baladant ses mains dans son pelage clair.

En relevant la tête, Murphy fut pétrifiée. Pas de peur ou de panique, mais parce que ses souvenirs lui revenaient soudainement en pleine face, avec la meilleure violence que la nuit leur avait réservé ces derniers jours. Comme pour s'assurer qu'elle arrivait à respirer, elle prit une profonde inspiration. Au-delà du petit terrain d'herbe brûlé par l'été qui entourait la maison qu'elle partageait avec Tennessee, là où se faisait la circulation, se tenait Kayden Elwood. Son verre toujours à la main, Murphy l'observa silencieusement, l'air grave, sans savoir quoi dire. Elle finit par lui offrir un petit sourire crispé et tendre son verre en l'air. « Tu veux de l'eau ? Elle est fraîche de la rivière... » Nouveau sourire crispé en se redressant, en laissant un Antarès cloué au sol sans doute déjà endormi. « Et pis c'est juste un verre, pas la mer entière. » Ce qui devait être une plaisanterie dessina sur le visage de la brune un air beaucoup plus grave et dérouté que ce qu'elle avait prévu. Pour laisser transparaître ses traumatismes le moins possible, elle fit volte-face pour retrouver l'intérieur de sa maison. Si Kayden voulait la rejoindre, il lui faudrait enjamber un Antarès avachi sur le pas de la porte. Mais après tout, un chien n'avait rien de l'ennemi mortel que pouvait représenter un Kraken sorti des abysses...
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Kayden Elwood
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le Ven 7 Juin - 16:48
Y'a les tremblements qui parcourent ton corps, te secouent de légers spasmes involontaires. Y'a le cri étouffé dans ta gorge qui te donne le goût amer de la bile, dans ta bouche. Y'a la vision des vagues noires de nuit et de l'écume pâle comme la mort, sur un fond d'orage d'un ciel d'été. Y'a l'odeur et le goût écoeurants du sel et de l'iode. Y'a le fracas des vagues et le bruit furieux d'énormes tentacules qui happent et frappent, sans relâche, sans relâche. Et surtout, pire que tout, y'a l'immobilisation, la paralysie. L'étouffement, la sensation d'être coincé dans la cage de ton propre corps, de ta propre tête. Tu ne peux pas bouger. Tu es serré, étouffé, brisé. Comme une poupée de chiffon, tu ne peux rien faire. Juste subir la pression sur tes os, juste faire un nouveau tour de manège infernal, et sentir le vent qui hurle et hurle et hurle.

Et puis soudain, t'ouvres les yeux, tu respires. Trop brusquement, trop vite, tu tousses. T'étouffes. Recommences. Ta respiration est saccadée, trop rapide, trop creuse, mais t'essaies de la réguler. Tu respires. Tu respires. Ton lit est solide sous toi, rien ne t'enserre. Il n'y a pas le bruit des vagues à rendre malade, juste les chuchotis et les bruits de pas, les murmures de tous ceux qui s'affairent près de toi. Tu fixes le plafond de longues secondes, notes la couleur plus sombre que tu ne l'aurais supposée, avant de refermer les yeux, te pousser à inspirer plus profondément, plus lentement. Petit à petit, tu te recentres. Petit à petit, tu élimines la peur panique qui circule dans ton sang à toute vitesse. Tes doigts se resserrent sur les draps sous toi, serrent jusqu'à ce que tes jointures deviennent blanches. Ce que tu peux toucher, sentir, entendre, c'est réel. Tout ça, c'est réel. Rien ne te tient, rien ne va te faire de mal. Tu es en sécurité.

Tu te répètes ces mots en boucle, encore et encore. Tu rouvres les yeux, fixes le plafond, essaies de ne pas attirer l'attention sur toi. Tu ne feras pas de crise de panique. Personne n'a besoin de ça, et surtout pas toi. Tu ne veux pas qu'on te prenne en pitié. Tu ne veux pas qu'on murmure que t'as perdu la tête. Tu le sais déjà, tu le sais, mais ça ne rend pas la chose plus simple à digérer. Toi qui rêvais de héros et de monstres, qui t'évadais dans tes histoires et tes contes, t'as dû faire face à une réalité plus sale, moins romancée. Et le pire, c'est que ce n'était même pas la réalité. Juste une hallucination. Juste un tour de ton esprit trop imaginatif, trop malade. Tu t'es retourné contre toi-même, Kay. Tes rêves sont devenus des cauchemars et tu t'es trahi toi-même.

Les tremblements se sont calmés, ta paralysie s'en est allée. Tu te relèves, les muscles raides, endoloris, comme si t'avais été roué de coups ou comme si t'avais couru un marathon. C'est devenu normal, presque banal, de te réveiller comme ça, maintenant, depuis ce jour-là. Ta tête ne te fait pas encore trop mal, tu peux t'estimer heureux. Le contre-coup du choc subi à l'arrière du crâne n'est pas de tout repos non plus. Machinalement, tes doigts cherchent la bosse, la trouvent déjà un peu moins enflée, même si elle reste douloureuse. Tu guéris, Kay, c'est bien. Tu essaies de t'étirer, lentement. Tu adresses de faibles sourires à ceux qui croisent ton regard, avant de baisser les yeux, pour ne pas en croiser d'autres, pour ne pas devoir jouer la comédie trop longtemps. Tu n'as jamais été doué pour jouer la comédie.

T'as besoin d'air, Kay, parce qu'ici, y'en a pas assez. Alors, tu ne réfléchis pas plus quand tu sors des dortoirs, descends les escaliers qui te mèneront à la sortie de l'ancien supermarché. Le soleil chauffe ta peau, sans la brûler. Bizarrement, la chaleur te rassure. Elle raffermit la différence entre ce jour-là, le froid de l'eau, et aujourd'hui. Chaque jour t'éloigne un peu plus de ce monstre et chaque jour, tu essaies de te libérer de ta cage. T'as l'impression que les barreaux se font plus espacés chaque jour, que chaque jour tu peux un peu mieux respirer. Peut-être qu'un jour, ils seront assez écartés pour que tu puisses t'échapper. C'est tout ce que t'espères.

Il fait chaud, en ce mois d'été, en fin d'après-midi. Certains diraient peut-être même trop chaud, mais tu retrousses juste tes manches et le bas de ton pantalon pour laisser passer le vent sur ta peau. C'est amplement supportable, pour toi, mais faut dire que tu préfères passer tes journées dehors, dans vos cultures. T'y es peut-être pas le plus doué de tous, mais tu trouves ça reposant.

Tu ne sais pas vraiment où tu vas. T'es un peu désorienté. Tu ne sais pas vraiment combien de temps t'as dormi, ni quand tu t'es endormi. Le sommeil, c'est difficile pour toi, en ce moment. Trop de cauchemars, trop de peurs, t'as pas envie de dormir, alors quand tu le fais, c'est toujours la boule au ventre, ou parce que tu t'effondres de fatigue. Ça ira mieux, avec le temps. T'en es persuadé. Parce que tu n'as pas le choix, de toute façon, et que tu dois avancer.

Tu déambules, tu te perds un peu. T'as faim, t'as soif aussi. Tu devrais probablement te rendre vers les cuisines, manger un morceau. Pourtant, c'est pas vraiment par là que se dirigent tes pas, parce que t'as pas forcément envie de confronter plein de monde, là tout de suite. T'entends un chien qui jappe, tu penses que ça doit être celui de Murphy. Il n'y a pas des tonnes d'animaux, sur votre campement, après tout, mais ça rend le tout un peu animé, un peu plus chaleureux. C'est pas désagréable. Et puis, comme par magie, tu vois justement ce chien qui court, retourne vers sa maîtresse, tandis que toi tu restes là, l'herbe roussie chatouillant doucement tes mollets. Tu relèves le regard, croises celui de Murphy. Tu veux lui adresser un sourire, mais quelque chose dans son regard t'en empêche. Te rappelle bizarrement ce que tu cherches à enfouir au fond de toi. Peut-être parce que vous étiez à deux, avec Katanyra et...Hyacinthe, c'est ça ? à essayer innocemment de fouiller le village calusa, avant que la journée ne vire au cauchemar. Ça avait commencé de façon si simple, si banale. Se demande-t-elle aussi parfois comment ça a pu virer comme ça ?

Tu te dis qu'il vaut peut-être mieux la laisser tranquille, si elle non plus, elle n'a pas envie de remuer tout ça. T'es prêt à passer ton chemin, quand finalement, elle t'offre un sourire un peu crispé et tend son verre...vers toi ?

Elle te propose de l'eau fraîche. Ta gorge ne serait pas contre, c'est certain, et ce serait moins embêtant qu'aller aux cuisines ou aller en chercher toi-même. Tu te crispes légèrement quand elle essaie de blaguer sur la mer. Mais même là, tu sens que c'est forcé de sa part, comme si elle essayait de passer outre tout ça. A-t-elle dorénavant peur comme toi de l'océan ? Ce ne serait pas étonnant. Vous n'êtes pas si nombreux, à avoir été blessés, ce jour-là, mais tu crois te souvenir que Murphy avait plus ou moins finie noyée. Toi, tu sais même pas comment t'as fini la tête violemment cognée contre ce rocher, mais tu te rappelles du sel sur ta langue, la sensation de constriction. Ça n'a pas dû être mieux pour elle, c'est sûr.

Tu hésites à la rejoindre, et puis finalement, au bout de quelques secondes, tu te décides. La soif l'emporte, et peut-être le fait que tu sais que Murphy a vécu la même chose que toi aussi.

« J'ai assez vu la mer pour le reste de mes jours, je pense. » réponds-tu quand tu te trouves à portée de voix, le sourire un peu crispé aussi. Tu saisis le verre tendu, et tu peux sentir la fraîcheur à travers le matériau. « Merci. » murmures-tu, avant de prendre une première gorgée plus que bienvenue sur ta langue.

Mais l'humour semble avoir totalement déserté la brune, qui fait volte-face pour se rendre vers l'intérieur de la maison. Tu ne sais pas vraiment quoi faire. Dois-tu la suivre ? Serait-ce considéré comme impoli ? Tu restes bêtement là, sur le porche, ton verre à la main. Tu peux au moins rester jusqu'à le finir, non ?

À tes pieds, tu vois le chien de Murphy – Arès ? quelque chose comme ça, tu ne te rappelles plus – dormir tranquillement, sa cage thoracique soulevée lentement par sa respiration.

« Je l'envie, à dormir si paisiblement. » fais-tu doucement, à moitié pour Murphy, à moitié pour personne. Ou peut-être toi, tu ne sais pas. Tu passes légèrement ta main dans le pelage du chien, un contact suffisamment léger pour ne pas le réveiller. Sa chaleur t'ancre un peu plus à la réalité. C'est réel, c'est réel.
Murphy Cavendish
DATE D'INSCRIPTION : 06/12/2015 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Nuna Cortez MESSAGES : 38760 CELEBRITE : Sophia Bush COPYRIGHT : jenesaispas (vava) Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) METIER/APTITUDES : ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. POINTS GAGNES : 1214
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le Mar 11 Juin - 18:58


Not today

Murphy Cavendish & @Kayden Elwood

(05 août 2118 / quelques jours après leur rencontre avec le kraken / au village odysséen)


Il y avait de brefs moments où Murphy oubliait presque cette aventure au bord de la mer. Dans ces moments-là, ces souvenirs semblaient appartenir à une autre vie ou une autre personne et son présent était plus que jamais ancré dans son quotidien. Mais ces moments d'accalmie étaient trop rares et trop brefs; elle les savourait lorsqu'ils se faisaient visibles, parce qu'elle savait la fugacité de leur existence. Le reste du temps elle forçait les choses, se plongeait dans ses missions et travaux, pour donner une chance à l'embellie de percer pour de bon, pour de vrai. Mais force était de constater que ce ne serait pas aussi simple; ça ne faisait que quelques jours qu'elle était rentrée de cette exploration du village calusa, mais elle commençait à comprendre que ce traumatisme serait à ajouter à la longue liste de tous ceux qui avaient déjà ponctué sa vie ici-bas. Un jour peut-être en parlerait-elle comme une expérience enrichissante, mais ce n'était clairement pas le cas aujourd'hui. Aujourd'hui, il fallait apprendre à vivre avec ces sensations qu'elle n'avait jamais pensé vivre -il fallait apprendre à vivre avec les souvenirs qu'ils laissaient dans le conscient et jusque dans les méandres d'un inconscient qui emmagasinait, emmagasinait, emmagasinait les chocs jusqu'à les transformer en peurs. Ce n'était pas seulement sa propre vie qu'elle avait cru perdre ce jour-là. Il ne s'agissait pas seulement de ce putain tentacule qui avait écrasé sa cage thoracique jusqu'à lui couper le souffle et la capacité de se débattre. Il ne s'agissait pas seulement de l'eau qui avait envahi ses poumons écrasés alors que ce n'était que l'air qu'ils cherchaient. Il s'agissait de tous ceux qui auraient pu partir avant elle, avec elle ou après elle. Il s'agissait de ceux qui avaient couru sur la plage, paniqués pour eux et pour les autres, il s'agissait de cette mémoire qui se faisait aussi défaillante que cruelle, laissant dans ses traces des souvenirs aussi réels que peints par quelque chose qu'elle n'expliquait pas vraiment. Elle ne parvenait pas à ôter de cette aventure toute la teneur réelle qui l'avait marquée et n'y parviendrait probablement jamais. On avait beau avoir tenté d'expliquer ce qui s'était réellement passé, aucun de ceux présents n'avait été témoin des faits réels. Ils avaient tous manqué la catastrophe; s'étaient tous approchés de trop près de cette fine ligne entre leur monde et celui d'après.

C'était les sensations qui la réveillaient en sursaut, ces dernières nuits. L'impression de manquer d'air, le soulagement de le retrouver ici, dans sa maison, bien loin de la plage, du monstre marin et des embruns iodés qui n’avaient plus rien du charme qu'elle avait pourtant mis tant de temps à apprendre à apprécier. Elle était en sécurité ici : elle était chez elle, dans ce chez elle qu'elle mettait tant de cœur à construire. Mais en se réveillant sur son rebord de fenêtre, Murphy avait vécu quelques instants flous où ça n'était plus si sûre. Ici non plus, pendant ces quelques secondes, elle ne se sentait pas en sécurité. Elle se sentait atteignable. Elle se sentait menacée à chaque instant et c'était peut-être ça, la réelle menace qui restait de ce jour-là : celle de l'esprit, petite chose manipulée par les éléments incontrôlables, petite chose marquée par ce qui n'avait siégé que là, dans ses propres circuits. C'en était à reconsidérer ce qui faisait du réel le réel : le partage de l'expérience ? Les sensations, les souvenirs ? Ce qu'elle avait vécu réunissait toutes ces conditions et pourtant sa raison susurrait constamment que l'expérience collective ne s'inscrivait pas dans ce qu'un spectateur aurait pu décrire de la scène. Ca avait été expliqué d'une façon peu convaincante pour une Murphy qui avait tout vécu, réellement vécu, mais ça avait été expliqué avec une certitude qui n'allait pas sans persuader la pauvre raison maltraitée de l'Odysséenne. L'explication réelle de tout ça n'était gardée que dans un coin de son esprit. Elle demeurait silencieuse, consciente qu'elle n'avait pas encore sa place dans le processus qu'entamait la militaire. Peut-être que celle-ci y reviendrait plus tard, parviendrait à peser les choses pour ce qu'elles avaient été pas seulement ce qu'elles avaient paru, mais tout était encore trop jeune. Car c'était les sensations et les peurs qui restaient; c'étaient elles qui la réveillaient en pleine nuit ou sur un rebord de fenêtre.

Antarès faisait partie de ceux qui parvenaient à la ramener dans le réel -dans ce qu'elle était sûre en faisait partie, cette fois, du réel. Il n'avait pas été là et c'était l'une des premières pensées que la brune avait eue lorsqu'elle avait compris le sérieux de la situation au bord de l'océan. Au moins, il était en sécurité chez eux. Il trouverait bien quelqu'un pour s'occuper de lui -il y avait bien quelques réticents qui ne comprenaient toujours pas ce qu'il faisait parmi eux, mais il y en aurait certainement bien plus qui se battraient pour dorloter le chien à sa place. Antarès rendait si simple une amitié entre un Homme et un animal. Il était de ceux qu'il était si facile d'aimer, affectueux et serviable, empathique, protecteur, fidèle, indépendant mais présent, calme et féroce. Et puisque Murphy était encore de ce monde étrange, il était une ancre qui la rappelait ici-bas, dans le quotidien qui n'avait pas changé d'un poil malgré tout ce qu'elle avait l'impression, elle, d'avoir changé. Il était là quand elle se réveillait, terrifiée, dans le calme sidérant de ces nuits d'été. Elle n'avait qu'à plonger les doigts dans son pelage pour sentir la chaleur de la vie et la fidélité de son ami. Elle n'était jamais réellement toute seule et encore aujourd'hui, Antarès montrait à quel point il savait se faire présent lorsqu'il ressentait le besoin que son humaine pouvait avoir de lui. Il s'accordait à ses maux avec une aisance capable de déconcerter ceux qui ne comprenaient pas cette amitié. Il devait lire dans ses pensées et malgré tout le brouillard de ce qui y traînait, Murphy était rassurée de ne pas être tout à fait toute seule dans sa caboche.

Même lorsqu'il n'était pas tout à fait là, Antarès était là. Le voir s'avachir sur le pas de sa porte arracha à Murphy un sourire tendre. Le monde que les Odysséens reconstruisaient s'étendait devant son porche. Le soleil de fin d'après-midi tapait sur ses jambes et elle pouvait entendre que la vie continuait, que la planète continuait de tourner. Des enfants riaient au loin, les conversations étouffées parvenaient des environs. Elle était douce, cette vie-là. Mais lorsque Murphy releva la tête face à elle, son regard trouva un autre traumatisé, un morceau des faux souvenirs qui lui collaient à la peau. Elle l'observa pendant quelques instants en se demandant ce qu'il était bon de faire. Ils ne se connaissaient presque pas, lui et elle. Ils avaient échangé quelques mots, fouillé une même maison et frôlé la mort ensemble. Ca rapprochait autant que ça donnait envie de s'éviter, juste pour donner à son esprit une chance de passer à autre chose. Ressasser n'était jamais une solution; c'était l'ennemi juré de sa tactique habituelle, qui consistait à planquer sous plusieurs couches de déni ce qu'il était trop compliqué d'accepter. Mais certains lui diraient sans doute que ressasser ne devait pas être ce que l'on ce que l'on cherchait à tout prix à éviter. Mettre des mots sur ce que l'instinct la poussait plutôt à engloutir sous les occupations serait peut-être ce qui créerait des ponts. Et dans cet instant étrange pendant lequel Kayden et elle se dévisageaient comme s'ils rencontraient leurs fantômes, Murphy percevait une compréhension et une compassion tacites. Ils savaient, tous les deux, ils savaient.

Mais parce qu'ils savaient, l'air était lourd. Elle leva son verre dans un petit sourire crispé comme pour faire péter l'orage et dépressuriser la bulle dans laquelle s'enveloppaient leurs souvenirs communs. « Tu m'étonnes... » lâcha-t-elle un peu tristement en réalisant qu'elle ne verrait peut-être plus jamais la mer comme elle avait appris à la voir : la promesse d'infini qui s'étendait dans le bleu azur des eaux calmes s'était transformée en une infinité de menaces. La méfiance envers les formes de vie que pouvait abriter la flotte, dont elle n'avait jamais réussi à se départir, avait gagné en puissance. Il ne s'agissait plus seulement des poissons qui frôlaient ses jambes quand elle se baignait. Ce Kraken, comme certains l'avaient appelé, ne représentait qu'un échantillon de ce qu'elle imaginait peupler ce monde d'océan. Les quelques jours passés avec Isdès en sa bordure, dans une petite crique qui les avait aidés à reconstruire leur univers commun, paraissaient soudainement bien loin. Murphy ne parvenait plus à se revoir se baigner dans ces eaux calmes sans qu'un frisson ne courre le long de son échine. Elle ne parvenait plus à s'imaginer dormir si près de l'eau, bercée par les vagues qui venaient s'échouer à quelques mètres à peine d'elle. Elle ne parvenait plus à imaginer le rivage comme un havre de paix et quand elle avait retrouvé Isdès la nuit qui avait suivi l'apparition du monstre dans les eaux agitées, Murphy avait compris qu'elle n'était probablement pas la seule à reconsidérer ce qu'elle avait pourtant considéré comme acquis. Le voir si dérouté avait contribué à sa déroute. Mais ensemble, il avait semblé pendant quelques heures qu'ils seraient capables de retrouver leur route s'ils la faisaient commune.

Pourtant, maintenant, elle était seule. Chacun était rentré chez soi avec ses souvenirs en carton, ses traumatismes et ses tentatives d'oublier. Sur le village Odysséen, personne n'avait vraiment pris la peine d'en reparler -pas avec elle, en tout cas. A croire que le déni était une option qui fonctionnait pour la majorité de ceux qui avaient vécu l'horreur avec elle ce jour-là. En croisant le regard de Kayden, pourtant, Murphy réalisait qu'elle n'était pas la seule à survivre à tout ça. Ca avait semblé si facile de reprendre le cours de leur existence pour tout le monde... c'était ça, aussi, la solitude : l'impression d'être la seule personne cassée au milieu de tous ceux qui avaient subi les mêmes coups. Mais avec Kayden, en un regard, elle avait su. Ils étaient au moins deux à se sentir incroyablement seuls, alors ils pourraient peut-être se sentir seuls ensemble. Elle répondit avec un petit sourire bref en lui laissant son verre et s'enfonça dans l'obscurité de sa maison, qui contrastait avec le soleil aveuglant de fin de journée. En se servant un nouveau verre d'eau fraîche, elle tourna la tête pour entendre l'homme penser à voix haute. « T'es pas le seul... » Elle sourit en buvant une gorgée d'eau. « Mais il a l'avantage d'avoir le calme contagieux. » Elle fit quelques pas vers l'entrée et Kayden. « Tu peux rentrer, si tu veux. Il fait plus frais à l'intérieur. Fais juste attention à Antarès, c'est à s'y méprendre mais c'est pas un paillasson. » Elle eut un petit sourire amusé, réalisant qu'au lieu de saisir l'occasion pour parler de cette lourde charge qu'ils partageaient, elle usait de cette technique qu'elle utilisait toujours. L'humour fonctionnait pour quelques secondes ou quelques minutes, mais il fonctionnait beaucoup moins lorsque les nuits se faisaient trop courtes, lorsqu'elle n'avait d'autre choix que de se retrouver face-à-face avec ce qu'elle évitait le reste du temps avec brio. « Ca... ça va, toi ? Depuis... l'autre jour ? » tenta-t-elle finalement simplement, le regard soudainement fuyant, avant de se laisser tomber sur la petite banquette installée face à l'ancienne cheminée qui reverrait peut-être un jour la couleur des flambées d'hiver. « Je te dérange pas, au fait ? Je suis désolée, je t'ai vu passer et... j'ai repensé à... l'autre jour. » L'autre jour, ces quelques heures qui avaient tout changé, qui laisseraient des traces pour des semaines, des mois ou des années... L'autre jour, qui avait crée un pont inattendu entre deux inconnus. Ce n'était peut-être pas grand chose, un verre d'eau et quelques tentatives d'humour malhabiles, mais c'était peut-être aussi le début d'une reconstruction entre deux Débarqués à qui on ne semblait pourtant avoir de cesse de démontrer l'hostilité de ce nouveau monde. A deux, peut-être qu'ils arriveraient à se relever avec un peu moins de peine.
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