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Murphy Cavendish
Murphy Cavendish
DATE D'INSCRIPTION : 06/12/2015 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Nuna Cortez MESSAGES : 39923 CELEBRITE : Sophia Bush COPYRIGHT : Avengedinchains ♥ (vava) ; Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) METIER/APTITUDES : Conseillère diplomate; militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. POINTS GAGNES : 375

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le Mer 29 Mai - 1:59


Not today

Murphy Cavendish & @Kayden Elwood

(05 août 2118 / quelques jours après leur rencontre avec le kraken / au village odysséen)


Depuis cette journée à la plage, Murphy avait compté les jours. C'était le reste de sa vie qui avait commencé ce jour-là. Ce monde l'avait habituée à côtoyer la mort, pourtant. Elle avait multiplié les incidents, accidents et mauvaises rencontres depuis qu'elle crapahutait hors des zones les plus sécurisées érigées par les siens. Elle avait rencontré des bêtes affamées, fait des chutes qui lui avait valu de longs mois de convalescence; elle avait inconsciemment plongé dans une rivière agitée pour sauver Antarès, même si elle savait à peine nager. Elle avait descendu une falaise en rappel il n'y avait pas si longtemps que ça, mais même ça lui paraissait appartenir à un autre monde, à une autre vie. Elle avait toujours su à quel point la vie était fragile ici; oh elle avait été aux premières loges pour voir les autres disparaître, proches ou moins proches. Le monde s'était imposé comme indomptable et impitoyable dès leurs arrivées. Ils n'avaient pas encore eu le temps de commencer à fréquenter ce monde qu'ils avaient dû enterrer leurs premiers morts et accepter qu'ils ne pourraient le faire avec bon nombre de leurs proches, présumés disparus dans la flotte, bien loin d'ici. La menace pesait à chaque instant : les disparitions n'étaient interrompues que par les morts et dans ce niveau village qu'ils façonnaient à leur image, ils avaient dédié un terrain à leurs morts. C'était là que Thaïs reposait. Les lieux baignaient dans un calme constant et respectueux. On offrait à ses morts le repos dont ils avaient tant manqué dans cette vie. C'était là qu'elle aurait dû reposer, elle aussi, si tout n'avait pas été ce que ça avait été quelques jours plus tôt. Mais qu'est-ce que ça avait été, au juste ?

Ca avait été l'un de ses pires cauchemars. Ca avait été la vue de ceux qu'elle aimait happés par une mort imminente. Ca avait été l'incompréhension, la terreur de ce qu'elle avait devant elle. Ca avait été la panique d'une lieutenant incapable d'assurer aux siens la sécurité à laquelle son titre l'avait engagée. Le rêve de la prise de contact et du monde meilleur qu'elle ambitionnait depuis si longtemps avait disparu en un claquement de doigts. Dans la flotte, il y avait eu la pire menace de toutes. Un monstre qui avait fait des dizaines de fois leur taille à chacun, aux gestes aussi imprévisibles que foudroyants. Le rêve s'était transformé en cauchemar, les sourires s'étaient métamorphosés en expressions terrifiées. Murphy s'était habituée à la menace constante de l’inattendu, mais cet inattendu-là avait dépassé ses pires craintes. Ca ne pouvait pas être réel; quelques minutes ne pouvaient pas tout changer comme ça. Mais ça avait été quelques minutes infinies, et l'infini pouvait changer des milliers des fois la donne. Elle avait vu Tennessee en danger, puis Isdès. Elle les avait vus disparaître sous son regard, avait senti les présences affolées autour d'elle, avait voulu réfléchir plus vite que ce que ses neurones paniqués l'autorisaient à faire. Elle avait vu un corps inanimé s'échouer sur la plage, avait prié que tous s'éloignent suffisamment vite du bord de la mer, et puis il y avait le sentiment d'impuissance, la sensation de l'étouffement, la perspective de la fin. Ce n'était plus être coursé dans la forêt par un ours affamé : prisonnière d'un tentacule déterminé, Murphy s'était épuisée en un claquement de doigts et s'était retrouvée confrontée à son incompétence et à ses faiblesses, et puis au début de l'obscurité. La libération n'avait duré qu'un fragment de seconde, et aux quelques particules d'air qui avaient réussi à retrouver ses poumons écrasés avaient succédé la flotte, salée, envahissante, terrassante. Elle ne pouvait plus bouger, Murphy. Ses bras et ses jambes étaient devenus des charges inutiles. Ils étaient lourds et immobiles, incapables de retrouver un tant soit peu d'énergie pour la faire émerger de ce puits sans fin. Et puis elle se souvenait avoir recraché la mer sur le sable épais de la plage, avoir été pressée par l'instinct de survie à reprendre possession de ses moyens et de son corps et s'être redressée tant bien que mal. Elle se souvenait avoir cherché les autres, les avoir retrouvés. Et puis il y avait eu le soir. Les demi-réponses qui ne lui convenaient pas, le sentiment d'enfermement, celui d'appartenir à un autre monde. Elle se souvenait de ceux qui dormaient quand elle ne le pouvait pas. Elle se souvenait avoir regardé ses étoiles à travers les hauts arbres sans plus n'y voir ses alliées d'autrefois. Elle se souvenait avoir risqué le tout pour le tout, parce que l'ultime sentence avait été mise en jeu quelques heures plus tôt et que les autres menaces ne voulaient soudainement plus dire grand chose. Elle se souvenait de son visage, de sa détresse au clair de lune, de ses bras et de sa peau, de cette drôle de promesse qui était née des pires circonstances. Ils étaient perdus, et il ne l'abandonnerait pas.

Mais quelques jours plus tard, elle était incroyablement seule. Les nuits dans un demi-sommeil étaient incroyablement longues. Le quotidien reprenaient les rennes de son existence, mais il demeurait ce poids qu'elle portait à chaque seconde de chaque journée et de chaque nuit. Depuis qu'elle était rentrée au village, elle n'avait pas réussi à retrouver un sommeil correct. Ici, il n'y avait plus Isdès pour la serrer contre lui et la retenir de toutes les chutes qui la réveillaient brutalement dès que le sommeil commençait à l'emporter. Au milieu de la nuit, sa maison en pierre se refermait sur elle et se tournait pour regarder par sa fenêtre ouverte les étoiles qui continuaient de briller, comme si elle n'avait pas failli les rejoindre quelques jours plus tôt. Murphy n'avait pas peur de mourir; plus depuis qu'elle avait rempli sa vie avec un enthousiasme indéfectible pour les découvertes et les projets. Ce qui l'effrayait tant, c'était autre chose, un assortiment parfait de tout ce qu'elle était incapable de percevoir la reste du temps : tout ce qu'elle ne connaissait pas ici, tout ce que ce monde pouvait encore cacher de pire, tout ce qu'elle redoutait de continuer à voir disparaître ceux qui lui étaient chers, tout ce qu'elle était incapable de comprendre d'ici et de ce qui était ou n'était pas tout à fait.

Ca finirait bien par lui passer. Elle finirait par dormir parce que le corps finirait par s'effondrer de lui-même avant que l'esprit ne devienne complètement cinglé, terrassé par l'épuisement. Si elle y faisait très attention, Murphy pouvait même sentir quelques différences depuis cette journée sombre à la mer et la séparation déchirante d'avec son réconfort des montagnes. C'était à peine perceptible, en fait, mais un retour à la vie quotidienne et à ses habitudes était le seul moteur dont elle avait besoin et capable de la guider vers un retour à la normale. C'était ce qu'elle voulait, c'était ce qu'elle espérait. Pourtant, même dans ses journées complétées à l'heure près, Murphy trouvait des instants de répit dont elle ne voulait spécialement pas. Ce jour-ci, elle avait été de patrouille en matinée. Et puisque les jours étaient beaux, Murphy avait déjà prévu de continuer son travail sur sa demi-maison pendant les heures chaudes de l'après-midi. Un chapeau de fortune sur le crâne pour s'éviter l'insolation, elle avait travaillé sur la solidification des sols à l'étage. Pour l'instant, la mise en service de l'ancien étage était considérée à la fois trop coûteuse et inutile : c'était en réalité plus auprès du plafond du rez-de-chaussée qu'elle s'investissait. L'ancien escalier pourri avait été condamné et bouché par de solides panneaux de bois. Lorsqu'elle devait monter, Murphy le faisait par l'extérieur, à l'aide d'une échelle de bois fabriquée par @Tennessee Brontë-Sand et qu'elle réquisitionnait lorsqu'elle en avait besoin. Elle n'avait jamais emmené Antarès là-haut : elle avait trop peur pour sa sécurité. Si la structure générale avait été vérifiée et sécurisée pour ne pas risquer un écroulement du bâtiment entier, les murs étaient par endroits à peine existants. Murphy ne voulait pas prendre le risque de voir son compagnon à quatre pattes tomber de la hauteur de l'étage. Quand elle était là-haut, elle le laissait vadrouiller autour de la maison. Il s'en éloignait parfois et faisait le bonheur des badauds qui aimaient sa présence sur le village. Aujourd'hui ne faisait pas exception. En relevant la tête de ses travaux, Murphy guettait toujours par curiosité. Il lui suffisait d'entendre des rires à une cinquantaine de mètres de là pour savoir jusqu'où son chien avait promené son arrière-train.

Mais aujourd'hui, elle avait moins de courage que les autres jours. En trouvant Antarès au loin, star au milieu de deux parents et d'une jeune fille, Murphy se laissa tomber sur un rebord de fenêtre à moitié écroulé, épuisée, atterrée. Cachée dans l'ombre du mur, elle essuya la sueur qui dégoulinait le long de ses tempes. Sa peau avait déjà bien roussi depuis le début de l'été et elle avait continué à prendre des couleurs pendant l'après-midi. Lasse, elle laissa sa tête tomber sur la tranche du mur derrière et ses paupières se clore de fatigue.

Elle rouvrit les yeux dans un soubresaut paniqué et se redressa, manquant de glisser du rebord de la fenêtre. Son premier réflexe fut de se relever pour retrouver ses marques. Au pied du mur, à quelques mètres en contrebas, Antarès venait de japper. Elle passa la tête à travers le reste de fenêtre et lui fit un signe de la main en tentant de reprendre ses esprits. Combien de temps avait passé ? Le soleil avait eu le temps de continuer sa course dans le ciel et maintenant, le rebord de l'ouverture baignait dans la lumière. Elle avait dû s'assoupir pour quelques heures. Le réveil avait été terrifiant, mais c'était déjà quelques heures de sommeil de grappillées. Depuis quelques jours, elle ne pouvait en négliger aucune. Elle crevait de chaud et restée coincée dans un demi-sommeil. Elle s'autorisa silencieusement à laisser le chantier pour la journée. Dans un soupir, elle rejoignit le point de l'étage où le mur avait quasiment disparu, et descendit l'échelle de Tennessee pour retrouver le plancher des vaches. Sagement, elle attrapa l'échelle et fit le tour de la maison pour la remettre où la trouver. Antarès la retrouva bien vite et la suivit ensuite jusqu'à l'entrée de leur petit cocon. La haute porte de bois massif avait été l'une des premières pièces rapportées à son demi-bâtiment; elle avait demandé beaucoup de travail et de collaborations, mais même aujourd'hui, elle arrachait à Murphy une sensation de fierté qui était plus que bienvenue. Elle la fit grincer sur ses gonds et profita presque instantanément de la fraîcheur que les pierres avaient conservée à l'intérieur. Dans un soupir de soulagement, elle jeta son espèce de chapeau dans un coin et essuya sa nuque, à laquelle était collée sa queue de cheval. Tranquillement, elle retrouva la petit bassine de métal propre qu'elle avait remplie d'eau fraîche de la rivière plus tôt dans la journée et se servit un verre d'eau bien méritée. En traînant les pieds, la brune retourna à l'entrée pour se laisser tomber sur le porche, ses seules jambes volontairement exposées au soleil de seconde moitié d'après-midi. Avec un petit sourire tendre, Murphy accueillit Antarès à ses côtés, petit chiot devenu grand chien qu'elle ne pouvait plus prendre dans ses bras. Après avoir bu dans son écuelle, il s'allongea à ses côtés et se prépara à son tour à s'accorder une petite sieste. Elle le couva quelques instants d'un regard affectueux en baladant ses mains dans son pelage clair.

En relevant la tête, Murphy fut pétrifiée. Pas de peur ou de panique, mais parce que ses souvenirs lui revenaient soudainement en pleine face, avec la meilleure violence que la nuit leur avait réservé ces derniers jours. Comme pour s'assurer qu'elle arrivait à respirer, elle prit une profonde inspiration. Au-delà du petit terrain d'herbe brûlé par l'été qui entourait la maison qu'elle partageait avec Tennessee, là où se faisait la circulation, se tenait Kayden Elwood. Son verre toujours à la main, Murphy l'observa silencieusement, l'air grave, sans savoir quoi dire. Elle finit par lui offrir un petit sourire crispé et tendre son verre en l'air. « Tu veux de l'eau ? Elle est fraîche de la rivière... » Nouveau sourire crispé en se redressant, en laissant un Antarès cloué au sol sans doute déjà endormi. « Et pis c'est juste un verre, pas la mer entière. » Ce qui devait être une plaisanterie dessina sur le visage de la brune un air beaucoup plus grave et dérouté que ce qu'elle avait prévu. Pour laisser transparaître ses traumatismes le moins possible, elle fit volte-face pour retrouver l'intérieur de sa maison. Si Kayden voulait la rejoindre, il lui faudrait enjamber un Antarès avachi sur le pas de la porte. Mais après tout, un chien n'avait rien de l'ennemi mortel que pouvait représenter un Kraken sorti des abysses...
Kayden Elwood
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Kayden Elwood
DATE D'INSCRIPTION : 05/10/2015 PSEUDO/PRENOM : Electric Soul MULTICOMPTES : Harlan Tikaani & Einar Helgusson MESSAGES : 7172 CELEBRITE : Dan Stevens COPYRIGHT : Blondie & e-ripley (tumblr) METIER/APTITUDES : Professeur de litté/philo sur l'Odyssée, s'occupe des cultures sur Terre | Education & notions d'agriculture TRIBU : Odysséen POINTS GAGNES : 69
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le Ven 7 Juin - 16:48
Y'a les tremblements qui parcourent ton corps, te secouent de légers spasmes involontaires. Y'a le cri étouffé dans ta gorge qui te donne le goût amer de la bile, dans ta bouche. Y'a la vision des vagues noires de nuit et de l'écume pâle comme la mort, sur un fond d'orage d'un ciel d'été. Y'a l'odeur et le goût écoeurants du sel et de l'iode. Y'a le fracas des vagues et le bruit furieux d'énormes tentacules qui happent et frappent, sans relâche, sans relâche. Et surtout, pire que tout, y'a l'immobilisation, la paralysie. L'étouffement, la sensation d'être coincé dans la cage de ton propre corps, de ta propre tête. Tu ne peux pas bouger. Tu es serré, étouffé, brisé. Comme une poupée de chiffon, tu ne peux rien faire. Juste subir la pression sur tes os, juste faire un nouveau tour de manège infernal, et sentir le vent qui hurle et hurle et hurle.

Et puis soudain, t'ouvres les yeux, tu respires. Trop brusquement, trop vite, tu tousses. T'étouffes. Recommences. Ta respiration est saccadée, trop rapide, trop creuse, mais t'essaies de la réguler. Tu respires. Tu respires. Ton lit est solide sous toi, rien ne t'enserre. Il n'y a pas le bruit des vagues à rendre malade, juste les chuchotis et les bruits de pas, les murmures de tous ceux qui s'affairent près de toi. Tu fixes le plafond de longues secondes, notes la couleur plus sombre que tu ne l'aurais supposée, avant de refermer les yeux, te pousser à inspirer plus profondément, plus lentement. Petit à petit, tu te recentres. Petit à petit, tu élimines la peur panique qui circule dans ton sang à toute vitesse. Tes doigts se resserrent sur les draps sous toi, serrent jusqu'à ce que tes jointures deviennent blanches. Ce que tu peux toucher, sentir, entendre, c'est réel. Tout ça, c'est réel. Rien ne te tient, rien ne va te faire de mal. Tu es en sécurité.

Tu te répètes ces mots en boucle, encore et encore. Tu rouvres les yeux, fixes le plafond, essaies de ne pas attirer l'attention sur toi. Tu ne feras pas de crise de panique. Personne n'a besoin de ça, et surtout pas toi. Tu ne veux pas qu'on te prenne en pitié. Tu ne veux pas qu'on murmure que t'as perdu la tête. Tu le sais déjà, tu le sais, mais ça ne rend pas la chose plus simple à digérer. Toi qui rêvais de héros et de monstres, qui t'évadais dans tes histoires et tes contes, t'as dû faire face à une réalité plus sale, moins romancée. Et le pire, c'est que ce n'était même pas la réalité. Juste une hallucination. Juste un tour de ton esprit trop imaginatif, trop malade. Tu t'es retourné contre toi-même, Kay. Tes rêves sont devenus des cauchemars et tu t'es trahi toi-même.

Les tremblements se sont calmés, ta paralysie s'en est allée. Tu te relèves, les muscles raides, endoloris, comme si t'avais été roué de coups ou comme si t'avais couru un marathon. C'est devenu normal, presque banal, de te réveiller comme ça, maintenant, depuis ce jour-là. Ta tête ne te fait pas encore trop mal, tu peux t'estimer heureux. Le contre-coup du choc subi à l'arrière du crâne n'est pas de tout repos non plus. Machinalement, tes doigts cherchent la bosse, la trouvent déjà un peu moins enflée, même si elle reste douloureuse. Tu guéris, Kay, c'est bien. Tu essaies de t'étirer, lentement. Tu adresses de faibles sourires à ceux qui croisent ton regard, avant de baisser les yeux, pour ne pas en croiser d'autres, pour ne pas devoir jouer la comédie trop longtemps. Tu n'as jamais été doué pour jouer la comédie.

T'as besoin d'air, Kay, parce qu'ici, y'en a pas assez. Alors, tu ne réfléchis pas plus quand tu sors des dortoirs, descends les escaliers qui te mèneront à la sortie de l'ancien supermarché. Le soleil chauffe ta peau, sans la brûler. Bizarrement, la chaleur te rassure. Elle raffermit la différence entre ce jour-là, le froid de l'eau, et aujourd'hui. Chaque jour t'éloigne un peu plus de ce monstre et chaque jour, tu essaies de te libérer de ta cage. T'as l'impression que les barreaux se font plus espacés chaque jour, que chaque jour tu peux un peu mieux respirer. Peut-être qu'un jour, ils seront assez écartés pour que tu puisses t'échapper. C'est tout ce que t'espères.

Il fait chaud, en ce mois d'été, en fin d'après-midi. Certains diraient peut-être même trop chaud, mais tu retrousses juste tes manches et le bas de ton pantalon pour laisser passer le vent sur ta peau. C'est amplement supportable, pour toi, mais faut dire que tu préfères passer tes journées dehors, dans vos cultures. T'y es peut-être pas le plus doué de tous, mais tu trouves ça reposant.

Tu ne sais pas vraiment où tu vas. T'es un peu désorienté. Tu ne sais pas vraiment combien de temps t'as dormi, ni quand tu t'es endormi. Le sommeil, c'est difficile pour toi, en ce moment. Trop de cauchemars, trop de peurs, t'as pas envie de dormir, alors quand tu le fais, c'est toujours la boule au ventre, ou parce que tu t'effondres de fatigue. Ça ira mieux, avec le temps. T'en es persuadé. Parce que tu n'as pas le choix, de toute façon, et que tu dois avancer.

Tu déambules, tu te perds un peu. T'as faim, t'as soif aussi. Tu devrais probablement te rendre vers les cuisines, manger un morceau. Pourtant, c'est pas vraiment par là que se dirigent tes pas, parce que t'as pas forcément envie de confronter plein de monde, là tout de suite. T'entends un chien qui jappe, tu penses que ça doit être celui de Murphy. Il n'y a pas des tonnes d'animaux, sur votre campement, après tout, mais ça rend le tout un peu animé, un peu plus chaleureux. C'est pas désagréable. Et puis, comme par magie, tu vois justement ce chien qui court, retourne vers sa maîtresse, tandis que toi tu restes là, l'herbe roussie chatouillant doucement tes mollets. Tu relèves le regard, croises celui de Murphy. Tu veux lui adresser un sourire, mais quelque chose dans son regard t'en empêche. Te rappelle bizarrement ce que tu cherches à enfouir au fond de toi. Peut-être parce que vous étiez à deux, avec Katanyra et...Hyacinthe, c'est ça ? à essayer innocemment de fouiller le village calusa, avant que la journée ne vire au cauchemar. Ça avait commencé de façon si simple, si banale. Se demande-t-elle aussi parfois comment ça a pu virer comme ça ?

Tu te dis qu'il vaut peut-être mieux la laisser tranquille, si elle non plus, elle n'a pas envie de remuer tout ça. T'es prêt à passer ton chemin, quand finalement, elle t'offre un sourire un peu crispé et tend son verre...vers toi ?

Elle te propose de l'eau fraîche. Ta gorge ne serait pas contre, c'est certain, et ce serait moins embêtant qu'aller aux cuisines ou aller en chercher toi-même. Tu te crispes légèrement quand elle essaie de blaguer sur la mer. Mais même là, tu sens que c'est forcé de sa part, comme si elle essayait de passer outre tout ça. A-t-elle dorénavant peur comme toi de l'océan ? Ce ne serait pas étonnant. Vous n'êtes pas si nombreux, à avoir été blessés, ce jour-là, mais tu crois te souvenir que Murphy avait plus ou moins finie noyée. Toi, tu sais même pas comment t'as fini la tête violemment cognée contre ce rocher, mais tu te rappelles du sel sur ta langue, la sensation de constriction. Ça n'a pas dû être mieux pour elle, c'est sûr.

Tu hésites à la rejoindre, et puis finalement, au bout de quelques secondes, tu te décides. La soif l'emporte, et peut-être le fait que tu sais que Murphy a vécu la même chose que toi aussi.

« J'ai assez vu la mer pour le reste de mes jours, je pense. » réponds-tu quand tu te trouves à portée de voix, le sourire un peu crispé aussi. Tu saisis le verre tendu, et tu peux sentir la fraîcheur à travers le matériau. « Merci. » murmures-tu, avant de prendre une première gorgée plus que bienvenue sur ta langue.

Mais l'humour semble avoir totalement déserté la brune, qui fait volte-face pour se rendre vers l'intérieur de la maison. Tu ne sais pas vraiment quoi faire. Dois-tu la suivre ? Serait-ce considéré comme impoli ? Tu restes bêtement là, sur le porche, ton verre à la main. Tu peux au moins rester jusqu'à le finir, non ?

À tes pieds, tu vois le chien de Murphy – Arès ? quelque chose comme ça, tu ne te rappelles plus – dormir tranquillement, sa cage thoracique soulevée lentement par sa respiration.

« Je l'envie, à dormir si paisiblement. » fais-tu doucement, à moitié pour Murphy, à moitié pour personne. Ou peut-être toi, tu ne sais pas. Tu passes légèrement ta main dans le pelage du chien, un contact suffisamment léger pour ne pas le réveiller. Sa chaleur t'ancre un peu plus à la réalité. C'est réel, c'est réel.
Murphy Cavendish
Murphy Cavendish
DATE D'INSCRIPTION : 06/12/2015 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Nuna Cortez MESSAGES : 39923 CELEBRITE : Sophia Bush COPYRIGHT : Avengedinchains ♥ (vava) ; Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) METIER/APTITUDES : Conseillère diplomate; militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. POINTS GAGNES : 375

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le Mar 11 Juin - 18:58


Not today

Murphy Cavendish & @Kayden Elwood

(05 août 2118 / quelques jours après leur rencontre avec le kraken / au village odysséen)


Il y avait de brefs moments où Murphy oubliait presque cette aventure au bord de la mer. Dans ces moments-là, ces souvenirs semblaient appartenir à une autre vie ou une autre personne et son présent était plus que jamais ancré dans son quotidien. Mais ces moments d'accalmie étaient trop rares et trop brefs; elle les savourait lorsqu'ils se faisaient visibles, parce qu'elle savait la fugacité de leur existence. Le reste du temps elle forçait les choses, se plongeait dans ses missions et travaux, pour donner une chance à l'embellie de percer pour de bon, pour de vrai. Mais force était de constater que ce ne serait pas aussi simple; ça ne faisait que quelques jours qu'elle était rentrée de cette exploration du village calusa, mais elle commençait à comprendre que ce traumatisme serait à ajouter à la longue liste de tous ceux qui avaient déjà ponctué sa vie ici-bas. Un jour peut-être en parlerait-elle comme une expérience enrichissante, mais ce n'était clairement pas le cas aujourd'hui. Aujourd'hui, il fallait apprendre à vivre avec ces sensations qu'elle n'avait jamais pensé vivre -il fallait apprendre à vivre avec les souvenirs qu'ils laissaient dans le conscient et jusque dans les méandres d'un inconscient qui emmagasinait, emmagasinait, emmagasinait les chocs jusqu'à les transformer en peurs. Ce n'était pas seulement sa propre vie qu'elle avait cru perdre ce jour-là. Il ne s'agissait pas seulement de ce putain tentacule qui avait écrasé sa cage thoracique jusqu'à lui couper le souffle et la capacité de se débattre. Il ne s'agissait pas seulement de l'eau qui avait envahi ses poumons écrasés alors que ce n'était que l'air qu'ils cherchaient. Il s'agissait de tous ceux qui auraient pu partir avant elle, avec elle ou après elle. Il s'agissait de ceux qui avaient couru sur la plage, paniqués pour eux et pour les autres, il s'agissait de cette mémoire qui se faisait aussi défaillante que cruelle, laissant dans ses traces des souvenirs aussi réels que peints par quelque chose qu'elle n'expliquait pas vraiment. Elle ne parvenait pas à ôter de cette aventure toute la teneur réelle qui l'avait marquée et n'y parviendrait probablement jamais. On avait beau avoir tenté d'expliquer ce qui s'était réellement passé, aucun de ceux présents n'avait été témoin des faits réels. Ils avaient tous manqué la catastrophe; s'étaient tous approchés de trop près de cette fine ligne entre leur monde et celui d'après.

C'était les sensations qui la réveillaient en sursaut, ces dernières nuits. L'impression de manquer d'air, le soulagement de le retrouver ici, dans sa maison, bien loin de la plage, du monstre marin et des embruns iodés qui n’avaient plus rien du charme qu'elle avait pourtant mis tant de temps à apprendre à apprécier. Elle était en sécurité ici : elle était chez elle, dans ce chez elle qu'elle mettait tant de cœur à construire. Mais en se réveillant sur son rebord de fenêtre, Murphy avait vécu quelques instants flous où ça n'était plus si sûre. Ici non plus, pendant ces quelques secondes, elle ne se sentait pas en sécurité. Elle se sentait atteignable. Elle se sentait menacée à chaque instant et c'était peut-être ça, la réelle menace qui restait de ce jour-là : celle de l'esprit, petite chose manipulée par les éléments incontrôlables, petite chose marquée par ce qui n'avait siégé que là, dans ses propres circuits. C'en était à reconsidérer ce qui faisait du réel le réel : le partage de l'expérience ? Les sensations, les souvenirs ? Ce qu'elle avait vécu réunissait toutes ces conditions et pourtant sa raison susurrait constamment que l'expérience collective ne s'inscrivait pas dans ce qu'un spectateur aurait pu décrire de la scène. Ca avait été expliqué d'une façon peu convaincante pour une Murphy qui avait tout vécu, réellement vécu, mais ça avait été expliqué avec une certitude qui n'allait pas sans persuader la pauvre raison maltraitée de l'Odysséenne. L'explication réelle de tout ça n'était gardée que dans un coin de son esprit. Elle demeurait silencieuse, consciente qu'elle n'avait pas encore sa place dans le processus qu'entamait la militaire. Peut-être que celle-ci y reviendrait plus tard, parviendrait à peser les choses pour ce qu'elles avaient été pas seulement ce qu'elles avaient paru, mais tout était encore trop jeune. Car c'était les sensations et les peurs qui restaient; c'étaient elles qui la réveillaient en pleine nuit ou sur un rebord de fenêtre.

Antarès faisait partie de ceux qui parvenaient à la ramener dans le réel -dans ce qu'elle était sûre en faisait partie, cette fois, du réel. Il n'avait pas été là et c'était l'une des premières pensées que la brune avait eue lorsqu'elle avait compris le sérieux de la situation au bord de l'océan. Au moins, il était en sécurité chez eux. Il trouverait bien quelqu'un pour s'occuper de lui -il y avait bien quelques réticents qui ne comprenaient toujours pas ce qu'il faisait parmi eux, mais il y en aurait certainement bien plus qui se battraient pour dorloter le chien à sa place. Antarès rendait si simple une amitié entre un Homme et un animal. Il était de ceux qu'il était si facile d'aimer, affectueux et serviable, empathique, protecteur, fidèle, indépendant mais présent, calme et féroce. Et puisque Murphy était encore de ce monde étrange, il était une ancre qui la rappelait ici-bas, dans le quotidien qui n'avait pas changé d'un poil malgré tout ce qu'elle avait l'impression, elle, d'avoir changé. Il était là quand elle se réveillait, terrifiée, dans le calme sidérant de ces nuits d'été. Elle n'avait qu'à plonger les doigts dans son pelage pour sentir la chaleur de la vie et la fidélité de son ami. Elle n'était jamais réellement toute seule et encore aujourd'hui, Antarès montrait à quel point il savait se faire présent lorsqu'il ressentait le besoin que son humaine pouvait avoir de lui. Il s'accordait à ses maux avec une aisance capable de déconcerter ceux qui ne comprenaient pas cette amitié. Il devait lire dans ses pensées et malgré tout le brouillard de ce qui y traînait, Murphy était rassurée de ne pas être tout à fait toute seule dans sa caboche.

Même lorsqu'il n'était pas tout à fait là, Antarès était là. Le voir s'avachir sur le pas de sa porte arracha à Murphy un sourire tendre. Le monde que les Odysséens reconstruisaient s'étendait devant son porche. Le soleil de fin d'après-midi tapait sur ses jambes et elle pouvait entendre que la vie continuait, que la planète continuait de tourner. Des enfants riaient au loin, les conversations étouffées parvenaient des environs. Elle était douce, cette vie-là. Mais lorsque Murphy releva la tête face à elle, son regard trouva un autre traumatisé, un morceau des faux souvenirs qui lui collaient à la peau. Elle l'observa pendant quelques instants en se demandant ce qu'il était bon de faire. Ils ne se connaissaient presque pas, lui et elle. Ils avaient échangé quelques mots, fouillé une même maison et frôlé la mort ensemble. Ca rapprochait autant que ça donnait envie de s'éviter, juste pour donner à son esprit une chance de passer à autre chose. Ressasser n'était jamais une solution; c'était l'ennemi juré de sa tactique habituelle, qui consistait à planquer sous plusieurs couches de déni ce qu'il était trop compliqué d'accepter. Mais certains lui diraient sans doute que ressasser ne devait pas être ce que l'on ce que l'on cherchait à tout prix à éviter. Mettre des mots sur ce que l'instinct la poussait plutôt à engloutir sous les occupations serait peut-être ce qui créerait des ponts. Et dans cet instant étrange pendant lequel Kayden et elle se dévisageaient comme s'ils rencontraient leurs fantômes, Murphy percevait une compréhension et une compassion tacites. Ils savaient, tous les deux, ils savaient.

Mais parce qu'ils savaient, l'air était lourd. Elle leva son verre dans un petit sourire crispé comme pour faire péter l'orage et dépressuriser la bulle dans laquelle s'enveloppaient leurs souvenirs communs. « Tu m'étonnes... » lâcha-t-elle un peu tristement en réalisant qu'elle ne verrait peut-être plus jamais la mer comme elle avait appris à la voir : la promesse d'infini qui s'étendait dans le bleu azur des eaux calmes s'était transformée en une infinité de menaces. La méfiance envers les formes de vie que pouvait abriter la flotte, dont elle n'avait jamais réussi à se départir, avait gagné en puissance. Il ne s'agissait plus seulement des poissons qui frôlaient ses jambes quand elle se baignait. Ce Kraken, comme certains l'avaient appelé, ne représentait qu'un échantillon de ce qu'elle imaginait peupler ce monde d'océan. Les quelques jours passés avec Isdès en sa bordure, dans une petite crique qui les avait aidés à reconstruire leur univers commun, paraissaient soudainement bien loin. Murphy ne parvenait plus à se revoir se baigner dans ces eaux calmes sans qu'un frisson ne courre le long de son échine. Elle ne parvenait plus à s'imaginer dormir si près de l'eau, bercée par les vagues qui venaient s'échouer à quelques mètres à peine d'elle. Elle ne parvenait plus à imaginer le rivage comme un havre de paix et quand elle avait retrouvé Isdès la nuit qui avait suivi l'apparition du monstre dans les eaux agitées, Murphy avait compris qu'elle n'était probablement pas la seule à reconsidérer ce qu'elle avait pourtant considéré comme acquis. Le voir si dérouté avait contribué à sa déroute. Mais ensemble, il avait semblé pendant quelques heures qu'ils seraient capables de retrouver leur route s'ils la faisaient commune.

Pourtant, maintenant, elle était seule. Chacun était rentré chez soi avec ses souvenirs en carton, ses traumatismes et ses tentatives d'oublier. Sur le village Odysséen, personne n'avait vraiment pris la peine d'en reparler -pas avec elle, en tout cas. A croire que le déni était une option qui fonctionnait pour la majorité de ceux qui avaient vécu l'horreur avec elle ce jour-là. En croisant le regard de Kayden, pourtant, Murphy réalisait qu'elle n'était pas la seule à survivre à tout ça. Ca avait semblé si facile de reprendre le cours de leur existence pour tout le monde... c'était ça, aussi, la solitude : l'impression d'être la seule personne cassée au milieu de tous ceux qui avaient subi les mêmes coups. Mais avec Kayden, en un regard, elle avait su. Ils étaient au moins deux à se sentir incroyablement seuls, alors ils pourraient peut-être se sentir seuls ensemble. Elle répondit avec un petit sourire bref en lui laissant son verre et s'enfonça dans l'obscurité de sa maison, qui contrastait avec le soleil aveuglant de fin de journée. En se servant un nouveau verre d'eau fraîche, elle tourna la tête pour entendre l'homme penser à voix haute. « T'es pas le seul... » Elle sourit en buvant une gorgée d'eau. « Mais il a l'avantage d'avoir le calme contagieux. » Elle fit quelques pas vers l'entrée et Kayden. « Tu peux rentrer, si tu veux. Il fait plus frais à l'intérieur. Fais juste attention à Antarès, c'est à s'y méprendre mais c'est pas un paillasson. » Elle eut un petit sourire amusé, réalisant qu'au lieu de saisir l'occasion pour parler de cette lourde charge qu'ils partageaient, elle usait de cette technique qu'elle utilisait toujours. L'humour fonctionnait pour quelques secondes ou quelques minutes, mais il fonctionnait beaucoup moins lorsque les nuits se faisaient trop courtes, lorsqu'elle n'avait d'autre choix que de se retrouver face-à-face avec ce qu'elle évitait le reste du temps avec brio. « Ca... ça va, toi ? Depuis... l'autre jour ? » tenta-t-elle finalement simplement, le regard soudainement fuyant, avant de se laisser tomber sur la petite banquette installée face à l'ancienne cheminée qui reverrait peut-être un jour la couleur des flambées d'hiver. « Je te dérange pas, au fait ? Je suis désolée, je t'ai vu passer et... j'ai repensé à... l'autre jour. » L'autre jour, ces quelques heures qui avaient tout changé, qui laisseraient des traces pour des semaines, des mois ou des années... L'autre jour, qui avait crée un pont inattendu entre deux inconnus. Ce n'était peut-être pas grand chose, un verre d'eau et quelques tentatives d'humour malhabiles, mais c'était peut-être aussi le début d'une reconstruction entre deux Débarqués à qui on ne semblait pourtant avoir de cesse de démontrer l'hostilité de ce nouveau monde. A deux, peut-être qu'ils arriveraient à se relever avec un peu moins de peine.
Kayden Elwood
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DATE D'INSCRIPTION : 05/10/2015 PSEUDO/PRENOM : Electric Soul MULTICOMPTES : Harlan Tikaani & Einar Helgusson MESSAGES : 7172 CELEBRITE : Dan Stevens COPYRIGHT : Blondie & e-ripley (tumblr) METIER/APTITUDES : Professeur de litté/philo sur l'Odyssée, s'occupe des cultures sur Terre | Education & notions d'agriculture TRIBU : Odysséen POINTS GAGNES : 69
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le Mer 10 Juil - 12:17
Elle était trop étrange, cette expérience. Enfin, si on peut parler d'expérience. Traumatisme serait peut-être le mot le plus juste.

Tu sais qu'il y a peu de chance que tu remettes le pied près de la mer, un jour. Tu as l'impression de sentir tes os se geler, dès que tu y penses. Ta cage thoracique être compressée. Le souffle te manquer. C'est dur de se dire que tout ça n'était qu'une hallucination collective quand ça t'a paru si réel. C'est dur de se dire que ton esprit a déraillé au point que tu as pensé mourir. Que, d'une façon ou d'une autre, tu t'es presque poussé à mourir. Tu ne sais pas comment tu as pris ces coups, comment tu t'es retrouvé, là, le crâne éclaté contre un rocher, des bleus et des égratignures sur ton torse. Tu ne sais pas, et c'est peut-être ça le pire. Ne pas savoir. Avoir pour toujours ce blanc dans ton esprit. Tu ne peux pas te faire confiance. Ton imagination trop vive, ton côté trop rêveur, ils se sont retournés contre toi. Tu as imaginé ce monstre, tu as imaginé ce destin. Est-ce que ça veut dire que tu as un penchant suicidaire que tu ignorais jusqu'alors ? Tu ne sais pas. Tu n'as pas envie d'y penser. Les cauchemars sont déjà assez lourds à porter pour ta psyché.

Vous n'en parlez pas, sur le campement odysséen. Tu as pensé en parler à Leary, mais il ne comprendrait pas, tu penses. Personne qui ne l'a pas vécu ne comprendrait, tu crois.

Est-ce que c'est pour ça que Murphy t'a interpellé ? Pour ce traumatisme partagé dont vous ne pouvez pas vraiment parler à tout le monde sans passer pour dingue ? Peut-être que t'avais juste l'air de trop souffrir de la chaleur et qu'elle a montré un peu de sollicitude envers toi. Tu ne dois pas trop t'imaginer de choses. Ton imagination est ta pire ennemie, tu l'as appris à tes dépens.

Murphy s'avance dans l'obscurité de sa maison, tandis que tu restes sur le seuil, le soleil tapant ton dos – mais ça ne te dérange pas vraiment, tu l'aimes plutôt bien, cette chaleur, elle chasse les mauvais souvenirs, éloigne l'eau glacée de la mer –, un verre d'eau fraîche à la main et un chien endormi à tes pieds. Il a l'air si calme, si tranquille. Tu l'envies.

Tu n'étais pas sûr que Murphy t'entendrait, mais elle te sourit et répond qu'elle aussi, elle envie le petit animal, et qu'il a le calme contagieux. Tu souris à ton tour. Elle n'a pas tort. N'y avait-il pas des thérapies, à base de contact animal, avant la Catastrophe ? Tu crois avoir lu des choses là-dessus. Et tu sais que sur l'Odyssée, vous étiez encouragés à aller dans la serre pour avoir un contact avec une autre forme de vie que la vôtre, vous rattacher au sol que vous aviez quitté il y a si longtemps. Cette terre, ces plantes, ces animaux, ils vous ancrent à la réalité, solides.

Si différents de la mer, mouvante, dangereuse, toujours fluide et changeante. Un tourbillon.

Perdu dans tes pensées, tu sursautes légèrement quand Murphy te propose de rentrer, te disant qu'il fait plus frais à l'intérieur. Tu lâches un tout petit rire, en entendant que tu dois faire attention et ne pas prendre Antarès pour un paillasson.

« Il est un peu épais pour un paillasson, je crois. » réponds-tu, avec un petit sourire. « Et probablement un paillasson qui mord, aussi. » Tu enjambes prudemment le chien et espères ne pas le réveiller. Il dort à poings – pattes ? – fermés.  Parfait.

Tu pénètres dans la petite maison, et tes yeux mettent un peu de temps à s'habituer à l'obscurité. Quelques frissons parcourent ta peau, au changement de température, mais tu t'y habitues rapidement. Ton regard se promène sur ces ruines, qui sont petit à petit retapées. Tu l'admires, Murphy, et tous ces gens qui essaient de construire quelque chose ici. Leur volonté, leur persévérance. Se créer son petit nid, sa propre vie. Essayer de créer un vrai village, comme les terriens. Tu as deux mains gauches, toi, Kay, et tu es à peu près certain que tu risquerais de davantage briser les ruines que les retaper. Peut-être qu'un jour, tu te mettras à essayer d'apprendre tout ça, devenir un cas un peu moins désespéré. Pour l'instant, tu dois avouer que tu as encore besoin de l'esprit de la communauté. D'entendre tout le monde près de toi. Ça manque d'intimité, oui, mais ça te rassure, d'être entouré, de savoir qu'il y a toujours quelqu'un qui sera là. Jamais vraiment asocial, mais jamais ultra sociable non plus, tu as besoin de t'isoler autant que tu as besoin d'être entouré. Tu ne peux pas vivre sans la présence de gens, partir à l'aventure seul trop longtemps, ton mental ne le supporterait pas, tu le sais. Alors tu continues à vivre dans ces dortoirs, et c'est peut-être pas tout à fait comme l'Odyssée, non, et tant mieux d'un côté, mais ça te soulage, ce genre de grande maison pour vous tous. Ça t'attache, ça t'ancre. T'as besoin de ces choses pour pas t'envoler, Kay. T'as l'impression que tu peux partir trop loin sans la présence des autres. Et t'as peur de jamais retrouver pied, si t'es trop seul.

L'ambiance légère disparaît, pourtant, quand Murphy parle de l'éléphant dans la pièce. Tu te crispes, Kay, tu ne peux pas t'en empêcher. Tu essaies de ne pas penser à l'autre jour. Tu te dis que chaque jour, tu guéris et chaque jour, tu essaies un peu plus de retrouver la normalité. Le déni n'est pas la meilleure solution, non, mais tu as toujours préféré t'aveugler aux choses qui ne te vont pas. Aux choses trop dures et trop sales. Aux choses qui font mal.

Mais tu peux pas être égoïste. Y'a pas que toi dans cette galère, y'a pas que toi qui as souffert. Vous êtes plusieurs victimes, et fermer les yeux là-dessus ne changera pas ce fait. Et puis, peut-être que parler aidera ?

« Non, non, tu me déranges pas, j'étais juste en train de...prendre l'air. » réponds-tu en premier, pour rassurer, parce que c'est plus facile de parler de ça que de l'autre sujet, plus important. C'est plus facile de s'accrocher à la normalité.

Tu ne vois pas le regard fuyant de Murphy, parce que tes propres prunelles bleu ciel – pas bleu océan, jamais bleu océan – se posent sur un mur, comme si les veines de la pierre pouvaient t'aider à trouver des réponses. Les mots forment un bloc dans ta gorge, indicibles. Tu déglutis, tu peines. Quelques secondes s'écoulent, avant que tu n'arrives enfin à vaincre ce blocage, comme un monstre qui t'étouffe. Ta voix est basse, étranglée, honteuse, quand tu réponds.

« Ça...va, j'imagine. Ma plaie cicatrise petit à petit, donc c'est bien, j'imagine ? » essaies-tu de dire, avec un sourire un peu tremblant, un peu rassurant. Mentir, mentir. Dire que tout va bien alors que ce n'est pas le cas. Idiot, Kay. S'il y a bien une personne qui comprendrait, ici, c'est Murphy. Alors pourquoi tu ne parles pas ? « J'ai...encore un peu mal à la tête, par contre. » Tu déglutis, encore. Dois-tu aborder ce sujet ? Ça paraît presque trop intime, juste...trop. Pourtant, le blocage parti, les mots semblent vouloir couler de tes lèvres, et tu n'arrives pas à les retenir, tandis qu'ils tombent, rapides, désordonnés : « Je fais beaucoup de cauchemars. J'arrive pas vraiment à...à me reposer correctement. Je me dis que ça partira, avec le temps. ça...prend juste trop...longtemps. »

Tu te pinces les lèvres, relèves le regard, un peu honteux, vers Murphy.

« Désolé. » fais-tu, un peu gêné. « Je...hm...fais pas attention, okay ? » Tu tritures le bas de tonT-shirt, nerveusement, avant de te rappeler les leçons de politesse. T'aurais envie de te frapper, parfois, pauvre imbécile. « Et...et toi ? Tu...ça va ? Depuis...depuis... »

Tu n'as pas besoin de le dire. L'autre jour flotte dans l'air. Une vérité qu'on n'ose pas trop prononcer.
Murphy Cavendish
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le Lun 22 Juil - 23:59


Not today

Murphy Cavendish & @Kayden Elwood

(05 août 2118 / quelques jours après leur rencontre avec le kraken / au village odysséen)


Au début de chaque journée, Murphy tentait de se convaincre que ça allait un peu mieux que la veille, juste un peu, et que c'était un pas de plus vers la guérison complète. Mais au début de chaque journée, elle se rappelait des difficultés qu'elle avait eues à faire taire ses pensées panique pour trouver le sommeil et de ses réveils pendant la nuit, et elle réalisait que la partie était encore loin d'être gagnée. En fait, ça ne faisait que commencer. C'était une angoisse comme elle n'en avait jamais connu d'autre : latente, pernicieuse et vicieuse, aussi réelle qu'inexistante, aussi explicable que ridicule. Murphy ne parvenait pas à lui trouver de source particulière et c'était le plus dure, de ne pouvoir l'ancrer à aucun moment particulier. Tout autour de cette peur n'était que le flou de l'imagination qui s'était laissée emporter par quelque chose d'incompréhensible pour l'esprit humain malmené. Il ne restait que ça, alors, dans l'esprit de Murphy : l'horrible sensation de réalité à laquelle s'opposait la certitude du cauchemar. Ca avait été un peu plus facile à accepter dans les bras d'Isdès, mais sans eux et sans lui, les angoisses l'attaquaient avec deux fois plus de vigueur. Quand ils étaient rentrés sur le village, c'était comme si tout le monde avait oublié. Les autres avaient-ils su ? Est-ce que cette aventure s'était ébruitée auprès de ceux qui n'avaient pas été là ? Il semblait à Murphy que non, à tel point qu'elle se demandait si tout n'avait pas été qu'un cauchemar à oublier bien vite. Ca lui procurait quelques instants de répit par-ci par-là, de croire que rien ne s'était passé, mais les sensations demeuraient trop fortes dans ses os, ses poumons et son cœur pour la tromper indéfiniment. Les accalmies étaient toujours fausses parce que quand elle croyait l'angoisse disparue et ridicule, c'était qu'elle se tassait dans un coin, prête à resurgir dans les moments qui se prêtaient le plus à la rumination.

Et en réalité, Murphy était désemparée dans sa solitude. Ils étaient tant à ne pas pouvoir la comprendre, et tant à qui elle ne voulait pas avoir à tenter d'expliquer ce qui n'était pas explicable. Il lui semblait que le peu d'entre eux qui auraient pu la comprendre s'étaient éparpillés dans le village dès qu'ils y avaient mis les pieds, comme de petites gouttes d'eau qui se perdaient au milieu d'un océan. On se mélangeait aux autres comme si on pouvait diluer ses faux souvenirs dans une réalité qui n'avait pas grand chose à voir avec eux. Si on n'insistait pas, s'était-elle dit, ça finirait par lui couler dessus. Si on n'en parlait pas, c'est qu'il n'y avait pas besoin d'en parler, c'est que ça pouvait s'évaporer sans qu'on prenne la peine de s'y attarder plus que de raison. Et si on en parlait, c'est que ce n'était pas tout à fait vrai...

Mais ça avait été vrai. Pendant de longues minutes, ça avait été aussi vrai que n'importe quel autre moment de son quotidien, et c'était ce qui faisait toute sa difficulté à passer à autre chose. Ca aurait dû être si facile, pourtant, d'oublier quelque chose qui n'avait pas été vrai. Mais si on avait vécu et partagé un traumatisme alors il était vrai, non ? Pas tout à fait fantasmagorique, en tout cas. Elle essayait de faire raisonner son esprit mais c'était peine perdue : savoir que tout n'avait été que le fruit des imaginations stimulées par des substances étranges n'avait aucune incidence sur la plaie béante que l'incident avait laissé derrière lui. Dans la tête de Murphy c'était un cycle sans fin qui balançait entre l'envahissement des émotions et l'appel au calme de la raison, mais c'était toujours la même sentence qui tombait : c'était les premières qui l'emportaient. Et la solitude était la plus terrible, car elle semblait délégitimer toute sa détresse. Si on n'en parlait, c'est qu'il n'y avait pas besoin d'en parler; et s'il n'y avait pas besoin d'en parler, c'est qu'il n'y avait rien. Mais ce rien-là la bouffait la nuit pour ne lui laisser un peu de répit que lorsqu'elle s'afférait à des milliers de choses en journée. La menace de la mort ne lui avait jamais paru si tangible et c'était bien là quelque chose d'étranger à sa raison : la mort, ils la côtoyaient de très près depuis qu'ils étaient arrivés ici. Murphy l'avait vu faucher des inconnus et des proches et elle savait qu'elle guettait à chaque instant. Avant ses couteaux ou son arc, c'était la prudence qu'elle brandissait comme première arme lorsqu'elle quittait le village. Pourtant, elle n'avait jamais autant senti sa proximité que ce jour-là, sur la plage, lorsqu'elle avait cru voir Isdès partir et lorsqu'elle avait cru que partir, elle, était un moindre coût pour tenter de le sauver. C'était son métier, pourtant, c'était ce pour quoi elle avait été entraînée toutes ces années : être militaire ce n'était pas se battre à l'aveugle avec la première personne qui sortait des clous. Etre militaire, c'était s'engager pour les siens et être prêt à le faire jusqu'au bout sans se poser la moindre question. Des questions, au bord de l'eau, elle ne s'en était pas posé. Quand les tentacules fauchaient la plage, elle n'avait pas passé plus d'une seconde à se demander quel pourrait être leur propriétaire ou ce qui pouvait expliquer le changement radical de météo. Ca avait été l'urgence, ça avait été les faits, ça avait été le technique et l'instantané, peser le pour et le contre en un battement de cils. Tout le reste était arrivé après, en raz-de-marée successifs.

En parler à d'autres n'avait jamais semblé une option après avoir laissé Isdès retrouver ses montagnes. Il était son seul allié et maintenant qu'il n'était plus là, elle était seule face à ce bordel qu'il faudrait qu'elle apprenne à gérer seule.

Mais il avait suffi de quelques secondes, déjà presque une semaine après les faits, pour que Murphy comprenne qu'elle n'était pas tout à fait toute seule et qu'en fait, tous ceux qui avaient été là ce jour-là devaient comme elle se cacher des autres et cacher d'eux-mêmes leurs propre traumatismes. C'était impossible autrement : statistiquement, il était impossible qu'elle soit la seule à revivre ce cauchemar toutes les nuits. En croisant le regard de Kayden, Murphy avait réalisé qu'ils pouvaient peut-être, s'il le voulait bien, être seuls à deux. Mais l'approche était presque innocente et timide, parce qu'on ne parlait de ces choses-là comme on parlait de la météo. Un verre d'eau était toujours apprécié par ces fortes chaleurs mais cette fois, il était une invitation à un peu plus que ça. « OH, malheureux, dis pas ça devant lui, il est plutôt complexé ! » souffla-t-elle, un petit sourire en coin, avec un geste de la main lui intimant de se taire. « Mais t'inquiète pas, il te mordras pas tant que tu menaces pas son prochain repas. » Antarès, même si c'était un chasseur, n'était pas un belliqueux; c'était un chien qui aimait les humains probablement autant que son humaine, et il ne montrait les crocs qu'en de rares occasions dont Murphy savait qu'elles ne pourraient rien amener de bon. Il était plus clairvoyant que Murphy, dont la perspicacité pouvait parfois connaître quelques hésitations. Avec les années et les expériences qui avaient toujours donné raison au canidé, elle avait appris qu'elle pouvait lui faire entièrement confiance lorsqu'il s'agissait d'évaluer la nature et les intentions d'un interlocuteur dont elle ne savait et ne captait rien.

Ce n'était pas très courant, que Murphy accueille des gens chez elle. Sa demi-maison était une fierté qu'elle n'était pas encore tout à fait prête à partager avec les autres, parce qu'elle n'était pas encore tout ce qu'elle visionnait de son idéal. Mais c'était son cocon, son premier vrai cocon personnel, et s'il y avait un endroit prompt à se remémorer le douloureux incident, c'était bien un cocon qui saurait transmettre un de ces sentiments de sécurité qui se faisaient si rares depuis cette fameuse journée. Elle accueillait Kayden ici avec l'espoir timide qu'il puisse trouver ici un petit refuge, de quoi peut-être partager avec elle le poids des faux souvenirs. Enfoncée dans sa banquette, Murphy n'était pourtant plus trop sûre que tâter le terrain était une bonne idée. De ces choses-là il ne fallait parler que lorsque l'on était prêt à le faire, non ? Mais si tout le monde se laissait freiner par cette inquiétude, alors chacun serait persuadée de l'unique de sa situation, et il n'y avait rien de pire si on ne voulait pas se sentir enfermé dans sa propre tête. La réponse de Kayden était hésitante et Murphy finit par lever son regard vers lui mais elle ne trouva que sa silhouette foncée qui se détachait sur les extérieurs brûlants sur lesquels donnait la porte laissée ouverte. « Il fait meilleur à l'intérieur, hein ? » répondit-elle aussi automatiquement que nerveusement en reportant son attention sur le verre d'eau qu'elle tenait fermement entre ses deux mains.

Mais les réponses suivantes coulèrent timidement et Murphy n'osait plus regarder la silhouette qui se dessinait en contre-jour. Elle souriait timidement quand il parlait de plaie, parce qu'ils savaient très bien que ce n'était pas vraiment la question. Ils ne se connaissaient quasiment pas, lorsqu'ils avaient entrepris de faire des recherches dans la même maison calusa; maintenant il semblait y avoir entre eux un lien indicible, un lien terrible mais peut-être un lien qui leur permettrait, à l'un comme à l'autre, de se reposer sur un allié. Dans le calme silence de la maison, Murphy entendait Kayden accrocher sur les mots mais encore plus sur ses propres pensées. C'était terrible de voir les traces laissées par cette aventure sur quelqu'un d'autre, parce que c'était le reflet parfait de ce que son quotidien était devenu depuis leur retour de la plage. Ce ne fut que lorsque Kayden s'excusa qu'elle osa relever le regard vers lui, la lèvre pincée par un mélange de gêne, de tristesse et de compassion. Il était gêné, lui, bien plus qu'elle, comme s'il venait de se rendre compte qu'il avait dépassé des barrières qui n'existaient pas. Doucement, avec un petit sourire désolé, elle reporta une seconde son attention sur le verre qu'elle finit par poser sur une petite table en bois bricolée de la façon la plus basique qui soit. Silencieusement, le regard perdu dans le vague, elle se releva et s'approcha doucement de son interlocuteur avant d'enfin oser lever ses prunelles vers lui, la lèvre mordue par la gêne du moment. « T'excuse pas... » demanda-t-elle dans un souffle avant de briser le dernier mètre qui les séparait et de prendre Kayden dans ses bras. « Ca fait du bien de savoir que je suis pas toute seule ici... » Elle n'osait pas vraiment le serrer contre elle, de peur de réveiller des douleurs chez l'un ou chez l'autre. Le contact ne dura que quelques instants avant qu'elle ne se décide à le briser en réalisant qu'il était peut-être plus malvenu que ce qu'elle avait souhaité. « Je me fous des blessures physique, si on a réussi à rentrer ici sur nos deux pieds c'est que nos carcasses sont réparables. » Tortillant nerveusement ses mains devant elle, elle invita d'un mouvement de la tête Kayden à le suivre sur sa banquette et y retrouva elle-même sa place en fixant le verre d'eau posé à sa gauche, à l'opposé de la porte et de l'Odysséen. Elle posa sa main sur ses côtes dans un automatisme étrange, comme pour vérifier que la douleur était encore là. Cinq jours après, bien entendu qu'elle était toujours là. « Le corps se remet doucement mais... » Elle haussa les épaules. « Je comprends toujours pas ce qui s'est vraiment passé. On a tous vu la même chose et rien n'était vrai. Et... » Et j'ai cru voir Isdès y passer, et j'ai cru voir Tennessee disparaître, et j'ai cru que c'était la fin de tout, la fin de mon univers et celle de mon avenir. « Des fois jme réveille en ayant l'impression de me noyer », confessa-t-elle dans un soupir en se décidant enfin à récupérer son verre d'eau pour en boire quelques gorgées. « J'ai l'impression que tous ceux qui étaient là-bas s'en branlent. Personne m'en a parlé depuis qu'on est revenus. Ca me rassure de pas être la seule à... avoir la cervelle qui déconne après ce bordel. » Avec un petit sourire triste, elle rechercha le regard de Kayden pour la première fois depuis qu'elle avait commencé à partager tant bien que mal ce qui s'installait dans son esprit depuis ces quelques jours. Ouais, au moins, ils étaient deux sur le village... et alors ils pourraient être seuls à deux.
Kayden Elwood
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le Lun 5 Aoû - 20:03
Marcher sur du verre, est-ce que ça donne cette sensation ?

C'est ce que tu te demandes, à cet instant. Tellement de prudence, dans le visage affiché au monde. Tellement d'hésitations, dans les mots choisis. Comme un parcours semé d'embûches, un sol jonché d'éclats de verre, et toi, à essayer de passer entre les tessons, à ne pas te couper plus que tu ne l'es déjà.

L'atmosphère reste légère, dehors, au soleil. Avec l'astre du jour qui vous frappe et vous réchauffe la peau, avec les yeux qui peuvent se poser sur vous. C'est presque tranquille. Presque innocent. Tu pourrais croire qu'il n'y a rien, là, rien qui cloche. Un chien calme, qui dort à pattes fermées. Un chien qu'il ne faut pas rendre complexé, apparemment et avec un sourire plus sincère que tu n'en as eu depuis plusieurs jours, tu fais signe que tu fermes une tirette sur ta bouche. Promis, tu ne diras plus de mal sur le poids du paillasson à poils. En tout cas, c'est bon à savoir que ce n'est pas un paillasson qui mord. Tu n'as pas l'intention de lui piquer son prochain repas, après tout.

Tu la suis, Murphy, avec son offre de fraîcheur et d'eau froide. Dans sa petite maison, qui te donne l'impression de pénétrer dans un autre monde. De plonger dans une petite bulle, un peu en-dehors du campement. C'est étrange, c'est intimidant. Tu ne sais pas vraiment où te mettre, pas vraiment comment réagir. Tu as l'impression d'être vulnérable, ici, comme si ta façade, déjà pas très solide, s'écroulait dans la pénombre. T'as jamais été très doué pour mentir, Kay.

« Oui. » réponds-tu, quand Murphy demande ou plutôt déclare qu'il fait meilleur à l'intérieur. Tu as l'impression que c'est un peu comme parler de la météo – engager la conversation sur un sujet banal, pour briser la glace. Ton regard se perd quelques instants sur l'extérieur, sur l'herbe brûlée que tu peux encore voir d'ici. Tu réponds, un peu absent, un peu rêveur, peut-être : « La chaleur me dérange pas vraiment, en vérité, je trouve ça plutôt agréable. Ça... » Ça me rassure. Ça me rappelle que je suis loin de la mer. Loin du froid de l'eau. Loin du froid de la mort. Ça me rappelle que je suis en vie.

(Les mots ne traversent pas tes lèvres, ils meurent dans ta gorge. C'est moins dangereux.)

Le crash de l'Odyssée t'a laissé avec une peur de l'altitude, des grands bruits, du vertige. Est-ce que tu vas devoir ajouter à ça la peur de l'eau et de la mer, désormais ? On dirait bien que oui.

(Tellement triste, tellement pathétique. Tu n'es pas fait pour cette Terre. Tu es trop fragile pour cette planète. Elle te bouffera tout cru.)

Mais tu finis par parler, Kay. Tu finis par parler parce que, quelque part, ton esprit saigne, ton âme saigne. Et tu veux parler de choses raisonnables au début, vraiment, tu veux. Tu veux garder un semblant de normalité, parler de choses sensées, sensibles. Mais une fois que t'as commencé, tu n'arrives plus à t'arrêter. Et ça coule et ça coule de tes lèvres, comme de l'eau de mer, comme du sang.

(Y'a le goût du sel sur ta langue. Sang et mer. Le sang à la mer, et la mer dans ton sang.)

Tu finis par t'excuser, quand tu arrives à endiguer le flot. Quand tu arrives à mettre un barrage sur cette honte qui déborde, déborde. Cette folie, au fond. T'as le coeur qui bat dans ta cage thoracique. Faîtes que tout redevienne normal, pries-tu. Faîtes qu'elle ne remarque pas. (À quel point tu es cassé, incertain. Tu n'es plus sûr de rien.)

Ton coeur bat, tandis que tu observes, comme un animal acculé, Murphy qui te répond par un sourire désolé (pas de pitié, pitié, pas de pitié), avant de déposer son verre un peu plus loin (où est le tien ? Tu l'as perdu ?). Elle est gênée, comme toi. À cause de toi ? Tu ne sais pas. Tout tourbillonne dans ton esprit (un maëlstrom).

Ton souffle se bloque, tremblant, puis se relâche, lentement. Comme une prière silencieuse.

Tu ne t'y attends pas, à cette embrassade. Tu ne t'y attends pas du tout, parce que Murphy, tu ne la connais pas beaucoup, plus de réputation et de vue qu'autre chose, et que vous n'avez jamais été proches, avant de travailler ensemble ce jour-là. Tu ne t'y attends pas, à ce contact, si simple, mais  si lourd de sens.

Il te fait l'effet d'une absolution.

(Ce n'est pas ta faute. Ne t'excuse pas. Tu n'es pas seul.)

Tu fermes les yeux et tu respires. Tu inspires le parfum de Murphy, et ça te calme, et tu oublies un instant le monde extérieur. Tu oublies que tout ne va pas bien dans ta tête. (Ce n'est pas grave, ça ne va pas bien dans la sienne non plus. Vous avez le droit d'être cassés.)

Tu ne t'y attends pas, à ce contact. Mais c'est exactement ce dont tu avais besoin, sans que tu ne le saches. Un je te pardonne et je suis là, à la fois. Lentement, doucement, tu retournes l'embrassade, tes bras et tes doigts se resserrent sur Murphy. Pas assez fort pour faire mal. Juste assez pour t'accrocher, t'assurer de sa solidité. (Une ancre, comme la terre solide sous tes pieds, comme la chaleur qui chasse le froid.) Ça ne dure que quelques secondes et c'est à la fois trop peu et une éternité.

Un souffle, une prière. Un souffle qui se transforme en rire étouffé, un peu cassé, face aux mots de Murphy. Carcasses réparables, oui, c'est probablement ce que vous êtes.

Tu suis Murphy, tandis qu'elle t'indique sa banquette. C'est étrange de parler de ça. C'est à la fois si solide et tangible (les blessures, physiques, réelles) et étrange, imaginaire, halluciné (comment soigne-t-on un esprit cassé, une imagination brisée ?).

« Ouais, nos carcasses seront les plus simples à réparer, je pense. » murmures-tu. Le physique, c'est le plus facile. C'est toujours comme ça, pas vrai ? C'est le mental qui est le plus difficile à changer, à guérir. Tu observes Murphy calmement tandis qu'elle palpe ses côtes, tu te rappelles de ses blessures à elle. Si semblables, si différentes. Ses propos trouvent écho en toi, et ils te font mal, si mal. Tu la comprends, trop bien.

Tu murmures, à ton tour, le regard baissé, comme si tu confessais un secret honteux. (Pas comme si, c'en est un. Tu as honte de ton esprit qui se morcelle. De ton imagination qui t'a presque tué.)

« J'ai l'impression de me noyer aussi, dans mes cauchemars, de ne pas pouvoir respirer, d'être prisonnier. De toujours sentir...ce tentacule autour de moi, qui m'écrase les côtes. Je sais que ce n'était pas vrai, je le sais mais... » (Ou le sais-tu vraiment ? Est-ce que tu ne répètes pas juste un discours que tu as entendu ? La vérité des autres ?) Un rire un peu cassé t'échappe. « Je pensais pas être suicidaire, avant. Mais maintenant je ne suis plus sûr de rien. Parce que c'est nous qui nous nous sommes fait ça ? Nous qui...nous nous sommes blessé comme ça, jeté à l'eau, cogné contre des rochers ? Je ne comprends pas. » Tu relèves le regard vers Murphy, et tu vois la compréhension dans ses yeux, l'absence de jugement. Et ça te rappelle un peu la chaleur de dehors, la chaleur qui chasse le froid de la mer. Un sourire triste orne tes lèvres. « J'ose pas en parler. Parce que qu'est-ce que je peux dire ? J'ai créé un monstre dans ma tête qui m'a presque tué ? J'ai l'impression que...que ceux qui ne l'ont pas vécu ne le comprendraient pas. Et, hm, sans offense, mais j'ai jamais été super proche de ceux qui ont vécu tout ça, ici. Je me vois pas...parler de ça, comme ça. » Un léger soupir, tremblant, t'échappe. « Mais ça...ça me rassure aussi de pas être seul à douter de ma propre santé mentale. »

Un léger rire, un peu cassé. Au moins, vous êtes cassés à deux.
Murphy Cavendish
Murphy Cavendish
DATE D'INSCRIPTION : 06/12/2015 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Nuna Cortez MESSAGES : 39923 CELEBRITE : Sophia Bush COPYRIGHT : Avengedinchains ♥ (vava) ; Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) METIER/APTITUDES : Conseillère diplomate; militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. POINTS GAGNES : 375

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le Mar 13 Aoû - 22:59


Not today

Murphy Cavendish & @Kayden Elwood

(05 août 2118 / quelques jours après leur rencontre avec le kraken / au village odysséen)


Ca passerait, se répétait-elle depuis sa première insomnie. Ca passerait bien un jour, parce que tout le reste avait bien fini par passer, tôt ou tard, et que même cette frayeur là était capable de se diluer dans les flots du quotidien. Ca prendrait un mois peut-être, ou deux, ou six, ou un an, mais ça finirait bien par s'atténuer, parce qu'elle aurait fini par retrouver la vie et les convictions d'avant. Elle finirait par oublier ces sensations d'étouffement, de noyade, de fin de l'autre, de fin de soi et de fin de tout. Il deviendrait à nouveau plus évident de s'inquiéter des vrais risques, des vrais accidents, des forêts cruelles, des vents rageurs ou des animaux affamés. Mais ces menaces étaient latentes, maintenant, presque négligeables face à ce qu'elle avait vécu, face à ce qu'ils avaient cru vivre, face à ce qui n'avait pas tout à fait été mais qui était pourtant tout à fait. C'était un raz-de-marée de panique indescriptible qui noyait tout le reste, tout le sensé et tout l'habituel, tout ce qui avait été le quotidien et le serait peut-être à nouveau un jour, quand les vagues seraient redescendues et que l'immergé aurait réémergé des eaux pestilentielles. En attendant il fallait tenir et peut-être qu'à prétendre que la vie avait repris son cours, elle finirait par le faire pour de vrai.

Elle essayait de s'en convaincre, Murphy, parce que c'était tout ce qui lui restait pour continuer à avancer.

Les autres ne comprenaient pas; ils ne pouvaient pas comprendre, et elle n'essaierait même pas d'essayer de décrire ce qu'elle avait presque vécu à quelqu'un qui n'avait pas été là. Les mots avaient parfois des pouvoirs libérateurs -ce ne serait pas Elijah qui dirait le contraire-, mais ils pouvaient aussi paraître absents, lourds de vide et dénués de sens. Ils ne suffiraient pas à décrire la sensation d'asphyxie et la peur saisissante de voir disparaître sous ses yeux quelqu'un qui comptait, sans pouvoir rien y faire. Ils ne suffiraient pas à décrire tout ce qui prenait aux tripes. Alors personne ne pouvait réellement comprendre, et il suffisait à Murphy de voir le village continuer de tourner comme si de rien n'était pour se persuader de son isolement, et peut-être même du ridicule de ce qui la hantait. Et les autres, les autres alors ? Elle n'avait pas été seule sur la plage, ce jour-là. Elle n'avait trouvé que le réconfort des bras d'Isdès, mais le traumatisme devait être bien plus vaste qu'eux deux.

Peut-être qu'elle n'aurait pas dû l'appeler comme ça, comme s'ils se connaissaient depuis toujours, comme si elle l'invitait à prendre une boisson chaude pour discuter de ce que peuvent discuter de vieux amis. Mais son passage là, sous ses yeux, à quelques mètres à peine d'elle et de sa détresse, ça avait été comme un éclair d'espoir, l'impression soudaine de ne plus être si seule que ça. Comment pouvait-on discuter avec un inconnu de pareilles horreurs que celles dont ils avaient croisé le chemin ? La facilité aurait voulu qu'elle laisse passer l'homme comme tous les témoins et victimes de cet accident se laissaient passer et ignorer depuis leur retour. Mais que lui avait apporté la facilité, jusque-là ? La détresse de l'isolement, l'impression de sombrer chaque jour un peu plus dans la folie et de se laisser happer par un monde auquel elle ne souhaitait pas appartenir. La facilité pouvait aller se faire foutre; Murphy, elle, ouvrait les bras à celui qu'elle espérait allié, mais qui était définitivement et au moins un autre éprouvé.

Ils se cherchaient un peu, dans les premiers instants. Ils ne connaissaient l'un de l'autre que le prénom et les capacités à rechercher des trésors dans un espace exigu et détruit par les éléments. Ils n'avaient probablement retenu l'un de l'autre que cette proximité commune à la mort. Dans d'autres circonstances, Murphy aurait probablement pu être gênée de l'avoir invité chez elle. Dans les circonstances présentes, elle ne pouvait s'empêcher d'espérer de cet échange un peu d'un réconfort qui, depuis leur retour, savait se faire désirer. Mais c'était maladroit et elle le savait : parler météo avec un inconnu, ça n'était que du remplissage sage et poli. Et lui, que pensait-il de tout ça ? Comment avait-il vécu ça ? Si elle introduisait ses propres angoisses, aurait-il autre chose d'autre qu'une incompréhension quelconque à lui offrir ? Et s'il lui renvoyait en plein visage sa propre détresse, et s'il lui renvoyait en plein visage le ridicule et l'illégitimité de son ressenti ? Alors parler de la température de son foyer était le début raisonnable d'une introduction, un premier pas timide vers quelque chose d'aussi contrasté et profond que l'étaient ses ruminations des derniers jours. Lui n'était pas gêné par les chaleurs mais laissa sa phrase en suspend, face à une Murphy un peu perdue qui ne savait pas si elle devait oser demander davantage. Il avait raison sur un point cependant : les chaleurs n'étaient pas si terribles. Pas si on les comparait au froid des hivers rudes qui paralysaient son âme exploratrice pendant quelques durs mois d'immobilités, qui devaient se cantonner à des patrouilles classiques et ennuyantes, bien trop peu aventureuses pour elle. Les chaleurs terrassaient mais elles ne coupaient pas les jambes : sous la protection des hautes canopées sylvestres elles devenaient presque tolérables et n'entravaient pas les déplacements comme ça pouvait être le cas des neiges qui arrivaient à hauteur de genoux. Mais l'air chaud de l'été ne caressait plus tout à fait sa peau de la même façon depuis quelques jours. Elle s'en plaignait moins, l'oubliait presque. Son corps était resté figé dans le glacial moite qui rapprochait de la fin.

Et en fait, il n'y eut guère besoin d'installer, de gratter, de creuser pour trouver ce qu'elle cherchait. Tout était là à portée de main, pour lui comme pour elle, et les douleurs et les peines et les peurs et les traumatismes surgissaient entre eux, coulaient en méandres sombres de chacun de leurs pores. Et Kayden s'excusait pour eux deux alors qu'aucun n'avait à le faire, et subitement Murphy se sentait moins seule, face au reflet de la personne qu'elle était devenue depuis son retour au village. Il n'y avait plus de raison qui tenait, plus que les sentiments qui bouffaient. Il n'y avait plus que l'étincelle d'une brève réconciliation avec ces souvenirs aussi réels que fictifs qui tournaient en boucle dans les pensées et les songes. Ils étaient rongés à deux, blessés à deux, martyrisés à deux. Ils étaient fous à deux. Alors Murphy serrait son allié dans ses bras comme un vieil ami, comme une réponse, comme un réconfort. Il était devenu un port pour ces dernières journées passées à éviter la noyade en haute mer. Elle était là, lui disait-elle; il était là, entendait-elle. Ses paupières s'étaient closes sur quelques larmes silencieuses qui lui rappelaient le réel de ce qui n'avait jamais censé l'être. Elle ne savait pas grand chose de l'homme qu'elle serrait contre elle sauf qu'elle le serrait contre elle, et d'un coup, et pendant quelques instants, elle avait l'impression de tout savoir.

En se réinstallant sur sa banquette, Murphy n'était plus tout à fait aussi perdue. Ca lui faisait mal pour eux deux, de voir Kayden dans état, articulant sa détresse dans la difficulté, s'excusant de le faire. Ca lui faisait mal pour lui parce l'angoisse qui le rongeait la rongeait; ça lui faisait mal pour elle, parce que l'angoisse qui la rongeait le rongeait. Empathie et réflexion des peines. « Oui... dans quelques jours ou semaines, le corps aura déjà oublié. » Elle était toujours celle qui se réparait le plus vite, même si Murphy se souvenait des longs mois qu'elle avait promis sages à Adelaide après sa chute et son traumatisme crânien. Lorsqu'elle vivait ce genre de mésaventures, la carcasse finissait toujours par se remettre en place. Dans un souffle, Kayden lui confessait à demi-mots qu'il savait tout ce que ça impliquait. C'était l'esprit qu'il faudrait choyer, longtemps probablement, en espérant pouvoir le faire cicatriser sans savoir comment ou même de quoi. Cette blessure était étrange car elle n'était qu'écran de fumée, fille d'imaginations exacerbées par des substances inconnues qui n'auraient jamais dû être là. Ses côtes lui faisaient encore mal, ses poumons se noyaient encore; mais l'esprit était celui qui souffrait le plus parce qu'il ne savait pas exactement d'où il venait et où il allait. Il n'y avait rien de pire pour lui que cette perdition indescriptible, celle qui largue dans toutes les dimensions, celle qui colle le vertige, celle qui éteint la lumière de tout espoir à l'horizon.

Murphy sentit la banquette s'enfoncer un peu à ses côtés alors qu'il s'installait. Et le regard de la brune s'était brièvement accroché à celui de son interlocuteur alors qu'elle concluait ses propres peines. Il n'y avait pas besoin d'être poli ou sage ou timide; la détresse coulait directement de la source sans qu'ils aient besoin l'aider. Elle se libérait à grands flots sous leurs regards qui n'étaient plus aussi désolés, parce qu'enfin ils n'étaient plus tout à fait seuls. Elle coulait dans les mots de Kayden, qui faisaient écho à ses peines avec une justesse à tirer quelques larmes supplémentaires des prunelles ambrées de la militaire. En première réponse, Murphy glissa ses fesses sur la banquette pour se rapprocher de l'homme et poser une main sur la sienne pour la serrer. Son regard humide brillait d'un chagrin que, pour la première fois depuis que son chemin et celui d'Isdès s'étaient séparés, elle ne cherchait plus à masquer. « On peut pas être tous suicidaires. J'ai... parlé avec un Athna. On a tous vu les mêmes choses. » Elle lâcha sa main en cherchant ses mots. « Je sais pas ce qui s'est passé vraiment. Tout ce que jsais, c'est que le cerveau est quelque chose de très bizarre. Je sais pas ce qui nous a fait vivre ça. Mais une fois, quand on est arrivés ici... j'ai... je sais que c'était pas vrai non plus, mais j'ai vu ma mère. Elle est morte dans le crash. J'avais juste réveillé un champignon », se remémora-t-elle en tentant d'ajouter quelques lignes plus légères. Les spores du champignon étaient hallucinogènes et c'était Isdès, qu'elle avait rencontré pour la première fois ce jour-là, qu'elle avait pris pour Ofelia. Elle avait appris ce jour là que le plus vrai pouvait tout avoir du faux. Ca l'aidait peut-être à accepter tout l'incompréhensible ce qu'ils avaient été tant à vivre sur la plage. « Personne comprendrait » approuva-t-elle gravement en retrouvant le regard de l'homme. « Je suis désolée, je voulais pas te forcer à en parler. C'était ptete un peu égoïste de ma part, d'ailleurs. C'est juste que... ouais, jcomprends rien. Et j'ai peur que ça reste comme ça pour toujours. Ca me fait peur de pas savoir d'où viennent mes bleus ou si la noyade qui me réveille toutes les nuits, je l'ai vraiment vécue. » Elle haussa les épaules pour se forcer à prétendre que ce n'était pas si grave que ça, que ça passerait, et qu'elle n'avait besoin de personne pour s'aider à aller mieux. Elle voulait être celle qui épaulait, pas celle qui était épaulée. « Je peux encore retracer parfaitement tout ce qui s'est passé là-bas. Je me rappelle de chacune de mes pensées. Je me demande si elles sont vraies, maintenant, si mes souvenirs en sont vraiment. » Sa voix, elle, ne parvenait plus à prétendre et elle se brisa alors que, honteuse, Murphy laissait son regard se perdre du côté de la fenêtre à l'arrière de la maison, là où trônait son lit, à l'opposé de Kayden. « C'est encore tout neuf, ça finira par se diluer » tenta-t-elle de se convaincre en même temps qu'elle essayait de convaincre son interlocuteur. Ses doigts avaient trouvé ses deux colliers, qu'elle triturait nerveusement en évitant toujours soigneusement le regard de Kayden. Elle se demandait comment Isdès vivait les choses, lui, depuis qu'ils s'étaient séparés pour retrouver les leurs. Il y avait tant qui traversait l'esprit, tant dont on cherchait à l'en préserver...
Kayden Elwood
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le Lun 2 Sep - 17:22
Est-ce que vous oublierez ? Sincèrement ? Est-ce que cette mauvaise aventure ne sera plus que ça, d'ici quelques mois, une mauvaise aventure ? Un souvenir qu'on peut balayer, une histoire incroyable à raconter ? « Tu sais, un jour, je me suis baladé sur la plage pour trouver des objets, et il y avait du pollen hallucinogène dans l'air. Tu ne peux même pas imaginer ce que j'ai cru voir : un kraken tueur ! » Même maintenant, ça te paraît trop ridicule. Trop ridicule pour être une histoire. Trop proche, encore, pour être une blague. L'idée de tourner ça en farce te laisse un goût de cendres sur ta langue. Ça fait encore trop mal. C'est encore trop près. Un jour, ça ne le sera peut-être plus. Peut-être que la douleur sera émoussée par le temps. Qu'avec le corps qui guérit, les blessures de l'esprit cicatriseront aussi. Il paraît presque inévitable que tout ça soit un jour derrière vous. Mais quand ? Et est-ce que ce sera vraiment oublié ? Ou est-ce que vous ferez juste semblant ? Est-ce que vous repousserez juste tous ces événements au fond de votre mémoire, les détails rendus vagues par le temps, voilés par l'éloignement, prétendant que rien de tout ça n'est arrivé, vous persuadant, encore et encore, jusqu'à finir par y croire ? Tu veux finir par y croire. Que tout ça n'était rien. Rien qu'un épisode étrange, macabre, mais au final, aussi dangereux qu'un chiot. Quelque chose de ridicule, qu'on peut se remémorer sans avoir la sensation du sang qui se glace dans les veines. (Est-ce que tu oublieras un jour la sensation de froid ?) Oui, tu veux croire que ça ira mieux. Tu veux croire que tu arriveras, à force d'acharnement, à remodeler ce souvenir selon tes vœux. Non plus une chose horrible, qui te terrorise, mais rien d'autre qu'une histoire, comme toutes celles que tu as lues. Comme si tu étais un de ces écrivains que tu admires tant, à la plume si habile. Faire de tes mots et de ton imagination une arme. Ce kraken, cette presque mort, en faire ton propre roman. Une imagination constructive, pas destructrice. Un monstre auquel on a retiré ses griffes et ses crocs, qu'on a jeté dans une cage. Toujours admirable, de loin, toujours puissant. Mais en réalité, inoffensif, comme un autre monstre de papier.

Inoffensif.

Tu prends une inspiration tremblante.

Les mots coulent et coulent, de ta bouche, comme de l'eau salée. Ils brûlent ta gorge à leur passage, comme une noyade inversée. Mer, larmes, tout est de l'eau salée au final. Tu ravales péniblement le sel de tes yeux, de tes veines. Il t'assèche. Il te brûle.

Suicidaire, l'es-tu devenu ? L'êtes-vous ? Tu ne sais pas, tu ne sais plus que croire. Et pourtant, tu as envie de croire Murphy. Tu as envie de t'accrocher à ses mots comme un marin tente désespérément de garder le cap vers le phare, aveuglé par sa lueur, salvatrice en pleine tempête. Est-cela qu'est devenu Murphy, en cet instant ? Un phare ?

Elle te rassure, par ses mots, par sa douceur, par son contact. Vous avez tous vu les mêmes choses. Alors, vous ne pouvez décemment pas tous être fous ? L'espoir brille, étincelle dans le noir. Tu le saisis entre tes doigts tremblants, comme pour mieux le protéger du vent. (De la brise marine.)

Tu écoutes silencieusement Murphy, tandis que ses explications se déroulent comme une lente fumée. Surpris, tu souris et lâches même un léger rire étranglé quand Murphy déclare avoir réveillé un champignon. Et puis, immédiatement, la culpabilité te ronge. Rire de la mort de quelqu'un, ce n'est pas ce que tu veux. Tu tournes un regard soudain inquiet vers Murphy, tes yeux écarquillés, pleins d'une terreur, à l'idée d'avoir fait un faux-pas. Tu supplies en silence « ne le prends pas mal, je ne me moque pas ». Mais heureusement, Murphy continue de parler, acquiesce que personne ne comprendrait – une affirmation que tu n'es pas forcément...heureux d'entendre, mais qui te soulage dans ton silence. Mieux vaut se taire qu'être tourné en ridicule.

« Mes cauchemars à moi sont plus...flous, des sensations, plus qu'autre chose. Heureusement peut-être. Et je n'ai rien vu, à part cette silhouette happée par l'océan, comme nous tous j'imagine. » Tu n'as rien à quoi te raccrocher pour te dire que tout était faux. Tout paraissait trop réel, c'est exactement ça le problème. Tu doutes de tout, toi qui n'as déjà jamais eu la plus ferme emprise sur la réalité. (Tu as besoin de quelqu'un à qui te rattacher, quelqu'un qui te maintient à terre, comme un ballon qui peut s'envoler à n'importe quel instant, si on le lâche.) « C'est rien, c'est...je pense que ça me fait du bien d'en parler. » fais-tu, de façon tentative, comme si toi-même tu n'étais pas très sûr de ce que tu affirmais. (Peut-être dans quelques jours, tu sauras, mais pas maintenant.) « Et je...si ça peut te soulager, alors c'est le plus important, non ? » continues-tu, avec un sourire hésitant, vacillant. Ton regard se détourne rapidement, comme si tu ne faisais pas confiance à tes yeux, à ta gorge. (Trop de sel en toi. Sang, larmes. La mer déborde, noie tous tes organes.)

Réel, irréel, ces questionnements semblent te pousser droit dans l'abîme. Tu as peur de cet abîme. Seras-tu capable d'en ressortir ? T'accrocher aux parois glissantes et retrouver la lumière ? (Tu n'as jamais été assez fort pour ça, Kay.) Peut-être que tu dois te contenter de la caverne de Platon. Te faire un nouveau monde à l'intérieur de cet abîme, pour ne pas virer fou, et te persuader de sa réalité. Créer ton propre feu profane, tes douces ombres, tes yeux voilés. (Tu es si proche de la folie, on te l'a déjà dit ?)

« Réel ou pas, j'espère juste que ça partira. Qu'on...qu'on oubliera. » Enterrés, les souvenirs. Et prier, prier pour qu'ils ne reviennent pas comme des fantômes, ou des revenants aux serres putréfiées, qui ne demandent qu'à s'ancrer dans votre chair pour vous dévorer. « Qu'avec le temps, on guérira. »

Si tu te le répètes assez souvent, ça deviendra peut-être réel.
Murphy Cavendish
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le Mer 11 Sep - 19:51


Not today

Murphy Cavendish & @Kayden Elwood

(05 août 2118 / quelques jours après leur rencontre avec le kraken / au village odysséen)


Quelques jours après tout ça, c'était un mélange flou de sensations et d'impressions et de questionnements qui dominaient -un pot pourri incompréhensible qu'il fallait apprendre à apprivoiser, d'une façon ou d'une autre, pour ne pas le laisser ensevelir toute la personne que l'on était. Le plus difficile, pour Murphy, ce n'était même pas forcément d'avoir frôlé la fin; c'était d'avoir vu Isdès si près de la sienne, et puis c'était, maintenant, de comprendre. D'essayer de comprendre. Comment pouvaient-ils avaient vécu quelque chose de si vrai si ça avait été si faux ? Comment leurs esprits avaient-ils pu s'imaginer les mêmes chimères et angoisses ? Il restait les sensations physiques mais elles n'étaient qu'une fraction de tout ce qui subsistait de ces quelques heures qui avaient tout bouleversé. C'était elles qui réveillaient en pleine nuit mais ce n'était pas elles qui maintenaient éveillé. Comment apprivoiser une chose qu'on ne savait pas définir, à peine expliquer poliment pour faire plaisir à ceux qui avaient pointé du doigt le comment de tout ça ? En répondant au comment ils avaient engrangé bien plus de questions, de quoi perdre quelqu'un de pragmatique comme Murphy. De savoir que tout n'avait été qu'hallucinations ne lui suffisait pas - ça aurait été tellement plus simple, pourtant, de pouvoir laisser derrière elle de telles horreurs simplement parce qu'elles n'avaient pas été réelles. Mais elle n'avait jamais pensé avoir à se poser ce genre de questions, pourtant c'était elles qui la hantaient jour et nuit depuis leur retour : la réalité, s'inscrivait-elle dans les esprits ou dans le monde tangible ? Si elle avait vu, si elle avait vécu et senti, alors c'était réel. Si les autres pouvaient porter les mêmes témoignages qu'elle, alors c'était réel. Alors pourquoi subsistait cette drôle d'envie de démentir ça ? C'était une occasion inespérée, pourtant, que celle de refuser ces quelques heures sous prétexte qu'elles n'avaient été que le fruit de quelques esprits égarés par les taquineries de substances chimiques. Mais l'option était fuyante, au point de devenir inexistante aux yeux de Murphy.

Elle n'était pas seule, au moins. Elle le réalisait à présent et c'était dans un égoïsme peiné qu'elle se trouvait soulagée du poids de la solitude. Tout le monde semblait être passé à autre chose quand ses angoisses, elles, n'avaient eu de cesse, depuis ces derniers jours, de gonfler. C'était incroyablement isolant, comme expérience. Elle parvenait peu à peu à se persuader qu'elle sombrait dans la folie, puisqu'elle était la seule à ressasser ces quelques instants, la seule à passer des nuits pas tout à fait blanches mais profondément grises, grisées d'un demi-sommeil qui ne reposait que la carcasse sans parvenir à apaiser l'esprit.

Mais non, maintenant, elle n'était plus tout à fait toute seule. Ils sombraient dans la folie à deux, peut-être, mais c'était un peu plus doux de partager cette chute inexorable avec un coéquipier. Ce qu'ils étaient censés se dire, maintenant qu'ils s'étaient trouvés, c'était un peu flou. Murphy était de ceux qui cherchaient à noyer les émotions qu'ils ne comprenaient pas plutôt que de les affronter en face-à-face, mais ce n'était pas une technique qui avait su faire ses preuves. Ne plus être seule était une victoire, mais ça ne faisait pas tout. Il fallait sans doute savoir extérioriser tout ce qu'on avait enfoui dans sa solitude. Mais Murphy ne savait pas faire ça, alors c'était sans doute maladroit et malvenu. Y avait-il seulement une bonne façon de faire ? On n'avait jamais appris à Murphy à parler d'une telle proximité à la mort, à l'impression de fin de tout qui suivait toujours de près les promesses de début d'un avenir.

En réalité, maintenant qu'elle avait Kayden face à elle et qu'elle sentait toute sa détresse, la brune se sentait ensevelir sous une pluie de doutes. Son invitation n'avait-elle pas été une démarche totalement égoïste ? En l'invitant à partager les souvenirs qui le submergeaient, n'avait-elle pas donné un coup de pied dans une fourmilière qu'il aurait mieux fallu laisser tranquille ? Elle se sentait soudainement la responsabilité malencontreuse d'avoir pris la décision à la place du principal intéressé. Mais il y avait quelque chose dans ses mots, une sensibilité qui la fit remarquer qu'elle n'aurait jamais imaginé, lorsqu'ils s'étaient présentés, qu'ils en viendraient là un jour. C'était peut-être une des jolies choses qu'il fallait tirer de ces horreurs; car il y avait toujours quelques couleurs à relever dans des océans d'obscurité, si on prenait la peine de les chercher dans les pixels les mieux cachés de la grande image. C'était difficile à voir, à ce moment précis, mais ils volaient ce moment aux angoisses crées par l'expérience commune. C'était une vengeance à petite échelle, mais une vengeance qui avait le mérite d'exister, et d'apporter un peu du réconfort dont la militaire avait tant manqué depuis son retour au village. En cherchant à rassurer son interlocuteur, Murphy cherchait par la même occasion à se convaincre elle-même. Non, ils ne pouvaient pas être tous suicidaires -mais ça serait mentir que de prétendre que cette question n'avait pas fait partie de celles dans lesquelles elle se noyait. Mais quand Kayden sourit, il sembla à la brune qu'on venait de retirer un poids de ses épaules. Après qu'ils se soient trouvés, c'était une seconde victoire.

Alors quand elle eut fini de répondre, les lèvres de la brune s'étiraient dans un faible sourire, elles aussi. C'était un sourire léger, pour la première fois depuis leur retour. « Ca disparaîtra avec le temps » souffla-t-elle d'un air apaisé qui réussit elle-même à la convaincre. « Il t'est arrivé quoi, exactement, toi ? » Parce qu'elle ne connaissait que sa vérité et celle d'Isdès, elle n'avait pas encore réussi à avoir une vue plus générale de ce qui s'était tramé dans les esprits ce jour-là. Et cette silhouette qu'ils semblaient tous avoir vue disparaître dans les eaux sombres, avait-elle été la même pour tous ? Comment pourraient-ils savoir un jour ? Pourraient-ils seulement établir une seule vérité, un socle commun à tous ce qu'avaient construit leurs esprits individuels ? Murphy commençait à en faire le deuil. C'était peut-être mieux de ne pas savoir; c'était sans aucun doute mieux d'accepter qu'ils ne le sauraient probablement jamais.

Et peut-être que ce qui les poussait les plus en avant, tous les deux, c'était de partager. Sans chercher à reconstruire ce qui ne pouvait pas l'être; sans chercher à préserver l'autre ou les faits; sans chercher quoi que ce soit d'autre que le partage de quelque chose qui n'avait de cesse d'enfermer dans l'isolement. « C'est vrai ? » demanda-t-elle pourtant de confirmer, comme pour s'assurer qu'elle n'était pas allée trop et qu'elle n'allait pas trop loin -car elle n'oubliait qu'il existait probablement autant de réactions aux difficultés qu'il existait de difficultés et de victimes de ces difficultés. « Mais... et toi ? » La question était effarée, réaction à l'évitement de Kayden, qui détournait le regard. Malgré elle, Murphy avait posé sa main sur son épaule, comme pour le rappeler à elle. « On oubliera pas, Kayden. » La phrase sonnait comme une sentence, mais le ton était doux, presque maternel, et doux d'une sérénité qu'elle espérait transmettre à l'homme. « On en a vécu, des sales trucs, depuis qu'on est ici. Ca nous met à genoux à chaque fois, et on se relève à chaque fois. » Et peut-être que c'était tout ce qu'il fallait retenir et tout ce à quoi s'accrocher; peut-être qu'il ne fallait pas réfléchir plus que ça à ce que réservait l'esprit dans les prochains jours, dans les prochaines semaines ou les prochains mois. L'esprit se reconstruisait plus difficilement que le corps; ses cicatrices étaient invisibles, parfois même à l’œil de celui qui les portait, et on pouvait encore les découvrir des années après, se remémorant par la même occasion la blessure qui l'avait tailladée. Mais c'était ça qui faisait naître l'espoir d'une guérison : la transformation progressive de la blessure béante en cicatrice. Celle qui dirigeait l'être deviendrait celle qui s’accommoderait de la vie que l'on s'était construite et reconstruite. « Ca finira par faire partie de notre histoire comme tout le reste, tu verras. En attendant faut juste apprendre à accepter ça, que ça fait partie de notre histoire. Ca s'apprivoise comme toutes les mauvaises surprises qu'on a ici. » Elle haussa les épaules, le regard soudainement plus fuyant. Thaïs. Et puis Faust, avant elle. Et puis Ofelia, et puis tous les autres. Ils avaient tous tant perdu, ici - les espoirs d'une vie meilleure sur cette planète n'étaient jamais naïfs, mais toujours portés par une force que seuls pouvaient donner les drames les plus saisissants. Ici, on avait perdu de la famille, des amis, un mode de vie, l'avenir tout tracé que l'on avait dessiné pour nous là-haut et dont on s'était convaincu qu'il serait le nôtre. On avait perdu du temps aussi, essuyé des échecs, accumulé des angoisses, mais on s'était débattu, on avait vaincu, on avait reconstruit et on s'était relevé, toujours. On s'était relevé, toujours. « Sois patient avec toi-même. Ca ira mieux, jte le promets. »
Kayden Elwood
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DATE D'INSCRIPTION : 05/10/2015 PSEUDO/PRENOM : Electric Soul MULTICOMPTES : Harlan Tikaani & Einar Helgusson MESSAGES : 7172 CELEBRITE : Dan Stevens COPYRIGHT : Blondie & e-ripley (tumblr) METIER/APTITUDES : Professeur de litté/philo sur l'Odyssée, s'occupe des cultures sur Terre | Education & notions d'agriculture TRIBU : Odysséen POINTS GAGNES : 69
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le Dim 13 Oct - 2:08
Ça disparaîtra avec le temps.

Tu ne sais si Murphy fait écho à tes propos pour te rassurer ou parce qu'elle y croit véritablement. À cet instant, tu t'en fiches – simplement entendre ces mots en réponse te rassure. Même si ce n'est peut-être pas totalement sincère, même si c'est peut-être juste des mots de réconfort creux. Que ce soit factice, à cet instant, importe peu. Comme sous l'effet d'un placebo, ton corps se détend, imperceptiblement, rassuré de façon saugrenue. Une validation peut-être vide de sens, mais dont tu n'avais pas conscience que tu avais terriblement besoin.

Murphy te demande ce qu'il t'est arrivé à toi, et une boule se loge dans ta gorge. C'est trop récent – quelques jours à peine – pour que tu aies pu oublier les sensations physiques. Presque inconsciemment, tes doigts viennent toucher la bosse, bien réelle, à l'arrière de ton crâne. Fracassé contre des rochers, tailladé par des ronces. Sans aucune idée de comment tu as pu réellement arriver là. As-tu réellement foncé dans le tas, comme un fou ? Malheureusement, c'est la seule explication possible, avec ce monstre irréel, fabriqué par des imaginations trop fertiles et des spores hallucinogènes.

« Je pensais que j'étais en sécurité, sur la plage. » commences-tu à répondre, lentement. Tu n'avais pas été dans l'eau, tu n'avais pas été secourir les autres. Parce que tu as toujours su ce que tu étais, Kay, ou plutôt ce que tu n'étais pas, et tu n'es pas un guerrier. Tu n'es pas un soldat. Tu ne connais rien au combat, et tu aurais été un poids mort de plus, un pantin agitant désespérément ses bras, si tu avais foncé droit vers le monstre pour les aider. Ironie du sort, même quand tu avais voulu t'en sortir, égoïstement, le kraken t'avait quand même attrapé, de ses tentacules terriblement longs. Comme pour te punir de ta lâcheté. (T'es-tu puni toi-même, Kay ? C'est trop dur à imaginer. Te détestes-tu à ce point ? Tu ne le pensais pas, mais maintenant, tu doutes de tout.) « Je voulais m'éloigner. Mais quelque chose m'a saisi, m'a attrapé. Un tentacule, je pensais. » Tu pensais, parce que ça ne peut pas être la vérité, n'est-ce pas ? « J'ai senti ma cage thoracique complètement comprimée, je n'arrivais plus à respirer correctement. J'étais secoué dans tous les sens. » (Comme une vulgaire poupée de chiffons.)

Et la peur panique dans tes veines, la certitude que, ça y est, tu vas mourir, là, comme ça, comme un con.

« Puis, je ne sais pas. Le monstre m'a relâché, je crois. » Dois-tu dire je pense, dois-tu dire autre chose ? Ou vaut-il mieux dire les choses comme tu les as perçues ? Avec quelqu'un d'autre, tu ferais davantage attention à tes propos, mais Murphy a vu et senti le monstre comme toi, non ? Tu es fatigué de devoir essayer de réconcilier ce cauchemar avec la réalité, tu as tellement de mal. Alors pour quelques secondes, tu n'as pas envie de mentir, même si ça te fait plonger dans la folie au lieu d'en sortir. « J'ai été envoyé contre des rochers. Tête en premier, je pense. » Tes doigts touchent impulsivement, mais doucement, l'arrière de ton crâne, cette bosse toujours là, et la croûte de sang presque partie. « Des plantes ont ralenti ma chute, j'crois, mais c'étaient des ronces alors j'ai été griffé de partout. » Des égratignures, en soi, mais des marques en plus, des sillons de sang en plus. Tu déglutis, écartes tes mains, ouvres tes paumes en un geste impuissant (implorant). Tu ne relèves pas les yeux. « Le reste, c'est comme toi et les autres, j'imagine. Le temps qui change, tout ça. »

Un haussement d'épaules, nonchalance trop calculée pour être réelle.

Murphy a l'air effarée, quand elle te demande « et toi ? ». Et toi, quoi ? Si ça te soulage, de parler de tout ça ? Tu ne sais pas. Peut-être. Peut-être pas. Tu as l'impression que remuer ces souvenirs ravive les plaies, et ça fait mal, quand tu essaies si fort d'oublier. Mais en même temps, ça te soulage de ne pas être seul dans cette folie. Ça te soulage égoïstement de ne pas être seul à perdre l'esprit, à être brisé par ton imagination.

Tu pourrais mentir. Tu pourrais rassurer Murphy. Mais vous êtes honnêtes, depuis le début, du moins, tu crois. Et t'as pas envie de mentir, Kay. Alors tu réponds, le ton terriblement sincère, avec une voix un peu trop faible pour être celle d'un homme adulte trentenaire. « J'sais pas. Sincèrement, j'sais pas. J'ai juste envie d'oublier, guérir, passer à autre chose. »

Les propos suivants de Murphy te font légèrement grimacer. Ne pas oublier. Ça te semble une sentence si terrible. Vivre avec ce cauchemar pour toujours ? Ton coeur bat plus fort, à cette idée. Tes nuits sont hantées de ces images et sensations horribles. Vont-elles rester collées à ta peau à jamais ? Comme un linceul ?

Malgré le contact de Murphy sur ton épaule, tu ne veux pas tourner les yeux vers elle. Tu ne veux pas admettre que tu es bien plus faible. Tu as toujours été une créature de déni. Qui préfère fuir et se cacher qu'affronter les ennemis, cri déterminé au bord des lèvres.

À cet instant, tu as envie de te dérober. Dire que toi, tu peux pas vivre avec ça pour toujours. Que t'as pas la force, tu l'as pas. Mais le poids de sa paume, à travers ton T-shirt, te retient. Te pousse à écouter la suite de ses propos, et tu restes silencieux, presque religieusement. Tu ne sais pas si tu crois totalement à tout ça, si tu es capable de ça. Mais c'est un conseil que tu reconnais, pour l'avoir toi-même donné. Quelle ironie d'en être le récipient aujourd'hui.

« T'as probablement raison. » Tu souris, faiblement, sans pour autant croiser le regard de Murphy. « J'aimerais juste...j'aimerais juste pas tant douter de moi, tu vois ? Toutes les choses qui se sont passées avant...oui, c'était dur, mais je pouvais être sûr de mon esprit. Mais maintenant... » Un soupir tremblant t'échappe. « Enfin...j'imagine qu'on guérira. Et que ça cicatrisera. »

Je l'espère, en tout cas.
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