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Murphy Cavendish
Murphy Cavendish
DATE D'INSCRIPTION : 06/12/2015 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Nuna Cortez MESSAGES : 39917 CELEBRITE : Sophia Bush COPYRIGHT : Avengedinchains ♥ (vava) ; Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) METIER/APTITUDES : Conseillère diplomate; militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. POINTS GAGNES : 371

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le Jeu 24 Jan - 3:20


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Murphy Cavendish & Nadja Wolfkoff

(23 janvier 2119 / dîner au réfectoire)


Les nuits d'hiver s'abattaient lourdement, comme par surprise, à des heures qui paraissaient plus que déraisonnables à Murphy. Mais les années faisant, elle s'y était progressivement faite. Le ciel pouvait avoir fini sa journée en plein milieu de l'après-midi alors que ce ne serait pas son cas avant plusieurs heures encore. Son organisme, lui, avait plus de mal à s'adapter à ces luminosités imposés. Lorsque la nuit venait, il lui arrivait souvent de laisser échapper quelques bâillements sans même s'en rendre compte. Mais l'hiver avait ça de réconfortant, fort heureusement, qu'il n'allait pas vraiment sans les grandes flambées et les rires des compatriotes qui se réunissaient là où la chaleur et la vie illuminaient encore le village. On ne respectait jamais autant les horaires des repas que pendant ces mois sombres. On cherchait la présence de l'autre comme une accroche au monde réel, alors que l'obscurité semblait capable de tout engloutir en quelques minutes à peine tant elle était lourde, adroite et vicieuse. Pour les gardes et les patrouilleurs, il était presque impossible de travailler seulement pendant les jours; les gardes comptaient toujours au moins quelques heures de nuit, et pendant celles-là il fallait savoir redoubler de vigilance tant il était aisé de se faire avoir par la fatigue ou la lassitude. L'hiver rendait Murphy à la fois asthénique et blasée pour toutes ces raisons. Parce qu'elle devait se contenter des patrouilles, s'aventurer en dehors du village ne parvenait pas vraiment à assouvir son besoin d'aventures et de découvertes. Tout dehors devenait compliqué : le froid, les épaisses couches de neige et les vêtements qui faisaient doubler à la fois de volume et de poids ralentissaient la moindre progression, fatiguait différemment des chaleurs harassantes des étés qui avaient au moins le mérite de permettre de s'alléger au maximum. Oh il n'y avait plus aucun moustique pour lui bouffer les jambes, mais à la place il lui fallait dégager son propre chemin dans la neige et se préparer à devoir se défendre de n'importe quel danger avec des moufles. Alors quand elle démarrait des patrouilles elle y allait à reculons, et quand elle les achevait elle ne le faisait avec guère plus de conviction. L'hiver était un sale moment à passer pour retrouver le bonheur des premières notes de printemps et apprendre à apprécier les canicules qui suivaient. Il était beau, l'hiver, quand il se parait de son beau manteau blanc, mais il était toujours accompagné de ce repliement sur soi auquel Murphy tentait de se faire année après année sans jamais réellement y parvenir. Cette année était probablement encore pire que les autres pour des raisons qui lui étaient propres, intimes et secrètes. Cet hiver la coupait d'une chaleur toute particulière qui n'aurait rien à envier aux hautes flambées qui réchauffaient le village, si elle y avait eu sa place elle aussi. Mais les étreintes d'[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] appartenaient aux saisons douces qui permettaient les retrouvailles et l'abandon au reste du monde. Son hiver n'appartenait qu'au village.

Antarès, lui, aimait toujours les premières neiges. Mais lui aussi s'en lassait bien vite, une fois la magie des premiers instants passés. Il suffisait de le voir traîner la patte à côté d'elle pour rentrer au village pour en être convaincu. Il avait dîné tout seul dans un coin; ses babines sombres qui dénotaient sur son pelage clair et dans l'obscurité en témoignaient. En passant la haute porte du village, Murphy salua d'un geste de la main les collègues qui prenaient la relève et les plaint des horaires qui leur avaient été attribués. Ce serait son tour d'être de nuit dans quelques jours, mais pour l'instant, elle préférait savourer le réconfort d'un retour au bercail à l'heure du dîner.

Elle souffla de soulagement en fermant la porte du réfectoire derrière elle. Elle pouvait déjà sentir ses doigts se réchauffer dans ses moufles et les ôta doucement en cherchant du regard des visages connus. L'ambiance était animée et tout ce qu'elle aimait en plein hiver. La cheminée flambait sur le côté et autour d'elle s'étaient réunis des groupes d'amis ou de connaissances qui finissaient le repas ou traînaient un peu plus longtemps en bonne compagnie. En glissant une moufle dans chaque poche de son manteau, Murphy sourit doucement, le regard brillant du reflet des flammes dorées et brûlantes au loin. Elle ouvrit sa doudoune en se dirigeant du côté des cuisines et de l'endroit où les cuisiniers servaient le repas du soir. En se retournant vers la salle, sa gamelle à la main, la militaire fit un rapide tour d'horizon des tablées. L'endroit était bondé et les groupes se mélangeaient joyeusement. On riait, on parlait beaucoup trop fort et on imaginait aisément les platées refroidir en attendant qu'on y prête l'intérêt qu'elles méritaient. Mais même au milieu de toute cette agitation, même si tout le monde était collé à ses voisins, on pouvait discerner l'exception, le visage fermé, le regard attristé, la fourchette tenue au-dessus de l'assiette sans que jamais elle ne se plante dans les légumes.

Le petit sourire de Murphy s'évanouit brusquement dans une mélancolie qui la rendit hésitante pendant une seconde. Il était peut-être temps de s'approcher de Nadja, d'arrêter de prétendre ne jamais avoir compris ce qui avait fait naître cette lueur sombre dans son regard. Il était peut-être temps d'être son amie, tout simplement. Parce qu'il ne s'agissait pas seulement de se retrouver et de prétendre que les liens étaient réparés si jamais on ne le prouvait. Alors Murphy slaloma entre les tables sans jamais perdre de vue la chirurgienne, assise à un coin de table, à côté d'un groupe qui semblait décidé à parler plus fort que leurs voisins. Mais un obstacle se rua dans ses jambes en hurlant son prénom et manqua de peu de faire valdinguer son assiette jusqu'au premier destinataire qui viendrait l'arrêter. « Oh ! Astrae ! Mais elle est où, ta maman ? » Dans un réflexe bizarre, Murphy avait relevé son assiette devant elle, au-dessus du niveau de sa tête. Il était hors de question qu'elle ébouillante sa filleule. Du coin de l'oeil, elle guettait la table de Nadja. Son groupe de voisins se leva et deux d'entre eux lui demandèrent poliment de se lever pour les laisser passer. Quatre places de gagnées par là-bas, mais Murphy, maintenant, c'était Adelaide qu'elle cherchait du regard. « Tu me suis ? » demanda-t-elle en guettant la petite fille de deux ans, bien peu décidée à la laisser sans surveillance. La gamine, elle, commençait à demander des nouvelles d'Antarès en répétant son nom et sa condition de chien. « Attends attends, attends... suis-moi ! » serina-t-elle inlassablement sur les quelques mètres qui les séparaient de Nadja.

Elle ne sut réellement si elle surprit son amie en lâchant lourdement son assiette sur la table. Elle lui sourit doucement avant de se pencher et de déposer une baiser sonore sur sa joue. Ce fut ensuite au tour d'Astrae de recevoir sa tendresse et elle s'accroupit pour la taquiner quelques secondes et se redresser subitement, la petite fille dans les bras. Le groupe qui avait laissé la table à Nadja avait migré du côté de la cheminée, laissant tout loisir à Murphy de s'installer confortablement -jusqu'à ce que de nouveaux arrivants ne réquisitionnent les quelques places disponibles, tout du moins. « Antarès est dehors, mais tu pourras peut-être le voir ce soir si t'es sage ! » expliqua-t-elle avec un sourire affectueux au coin des lèvres à la gamine assise sur ses genoux. « Tu sais où est Addie ? Elle doit la chercher partout ! » Avec un large sourire qui creusait ses fossettes, Murphy observait Nadja, essayant de débusquer la moindre particule de joie qui irradierait ses traits. « Je... je suis désolée de te déranger, mais je me disais que ça faisait longtemps qu'on avait pas parlé... pas vraiment parlé. » Oh bien sûr, elles s'étaient croisées ça et là, avaient régulièrement échangé quelques mots et sourires, mais les longues conversations étaient laissées au moment beaucoup trop rares où elles parvenaient à se trouver plus de quelques minutes. « Si... si t'attends quelqu'un ou que tu préfères juste être seule, je peux partir. » C'est un sourire plus faible qui ponctua cette simple proposition. Ce qu'elle essayait de lui dire, c'est qu'elle était là pour elle mais qu'elle ne voulait pas la brusquer et qu'en fait, c'était exactement pour cette raison qu'elle n'avait pas osé revenir sur cette journée d'août où elle avait surpris le déferlement de chagrin duquel [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] avait été le premier témoin. Sur les genoux de Murphy, la petite fille gesticulait impatiemment alors que la militaire essayait maladroitement de la bercer contre elle.
Nadja Wolkoff
— caught in the middle —
Nadja Wolkoff
DATE D'INSCRIPTION : 01/10/2017 PSEUDO/PRENOM : empty gold. MULTICOMPTES : aucun. MESSAGES : 950 CELEBRITE : Felicity Jones COPYRIGHT : luxaeterna ♥︎ (ava) - excelsior (signa) - chrysalis (icons) METIER/APTITUDES : membre du conseil, médecin et chirurgien de l'Odyssée. POINTS GAGNES : 0

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le Mer 6 Fév - 21:41

Help me to carry the fire
Nadja & Murphy

« We can never go home We no longer have one I'll help you carry the load I'll carry you in my arms The kiss of the snow The crescent moon above us Our blood is cold And we're alone But I'm alone with you »
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]23 Janvier 2119 — Les yeux ne reflètent que le vide qui s’est installé dans sa poitrine. Depuis plusieurs mois déjà, elle se bat contre son propre manque de volonté. Donne des coup de poing dans le vide pour se débarrasser de cet état de léthargie qui la pousse à se comporter d’une manière qu’elle exècre, reflète le parfait contraire de ce qu’elle a toujours été. Elle s’épuise un peu plus chaque jour à tenter de maintenir des apparences qui ne bernent pourtant personne. Le regard ancré à cette assiette à laquelle elle n’a aucune envie de toucher, la scientifique semble avoir perdu toute rationalité. Elle s’efforce à faire bonne figure en public mais cherche la solitude pour qu’on ne remarque pas son mal être. Elle s’embourbe dans cette situation impossible comme l’hiver s’accroche à leurs semelles. Le froid l’irrite, littéralement et métaphoriquement parlant. Elle n’en peut plus de ce froid qui déteint de plus en plus sur elle. Espère que l’arrivée du printemps sera synonyme d’aller mieux, pour elle aussi. Persuadée que continuer d’avancer sans parler est la meilleure solution pour oublier la culpabilité. Ce sentiment qui la ronge, lui grignote le cerveau et l’empêche de se consacrer à son rôle. Le vrai.

Dans la grande salle commune, elle s’est isolée, naturellement, comme elle en a pris l’habitude depuis des semaines. D’ordinaire, elle ne traîne pas au repas. Ne savoure plus ce moment depuis longtemps. Bercée le brouhaha ambiant, elle fait pâle figure au milieu de la foule réunie à l’abri du vent et de la neige. Nadja ne prête pas plus d’attention au groupe qui s’est installé à sa table, leur a à peine accordé un regard depuis qu’ils ont pris place sur le même banc qu’elle. Coeur givré qui transparaît jusque dans les traits de la chirurgienne. Seule dans la bulle qu’elle a forgé tout autour d’elle, dernier rempart jusqu’à l’immensité polaire qui règne au fond d’elle. Elle ne remarque pas non plus Murphy qui s’approche. Pas tout de suite. Ne relève les yeux vers son amie qu’au moment où elle distingue sa voix prononcer le nom d’Astrae. Comme un réflexe, la médecin plisse le front en dirigeant ses iris vers la gamine qu’elle a vu naître et sa marraine. Pendant une seconde, Nadja hésite à se lever précipitamment, quitter la salle en prétendant n’avoir ni vu ni Murphy ni l’enfant qui la suit inlassablement. Ça serait plus facile que d’affronter le regard de l’ancienne militaire. Le même qu’elle a du affronter le jour où elle a du lui dire en face qu’elle serait incapable de sauver Thaïs.

Elle se ravise finalement, fait preuve d’un élan de lucidité. Consciente que cela ne ferait qu’aggraver les choses. Elles se sont promis de ne plus laisser le temps les séparer. Nadja n’est pas prête à laisser quoi que ce soit d’autre se mettre entre elles. Ce serait trop bête. Perdue entre deux pensées contradictoires, elle ne s’est pas rendue compte de la proximité de la lieutenant et de sa filleule, sursaute légèrement lorsque la brune lâche son assiette sur la table qu’elle occupe. Nadja pense esquisser un sourire en réponse à celui lancé par Murphy, mais n’est pas certaine que son intention se traduise réellement sur son visage. Le baiser laissé sur sa joue est aussi une surprise, agréable cependant. Mais la scientifique n’est pas capable d’y répondre sur l’instant, laisse passer quelques secondes avant d’adresser un rictus tendre à son amie, puis de baisser les yeux vers l’enfant gigotant sur ses genoux, alors que le groupe à côté d’elle se décide à s’éloigner. « - Elle doit pas être loin, je l’ai vue passer en arrivant », répond-elle machinalement. Une réponse aussi mécanique qu’abstraite. Elle ne fait tellement plus attention à ce qui l’entoure qu’elle ne reconnaît les visages autour d’elle que si elle s’y attarde réellement. Comme endormie à chaque instant.

« - Tu me déranges pas, Murphy. Jamais » Vérité qu’elle formule sans y penser tellement ça lui paraît naturel. « - J’attends personne, tu peux rester » S’il te plaît, reste. Elle l’implore intérieurement de ne pas la laisser. Le manque laissé par la militaire la frappe maintenant qu’elle se trouve en sa présence. C’est comme se rendre compte de ce que l’on a une fois qu’on l’a perdu. Le regard de Nadja divague un instant avant que la réalité ne refasse surface. Elle n’est pourtant que très rarement seule, réellement seule. Malgré tout, ce sentiment ne la quitte plus depuis tellement longtemps qu’il semble s’être fait une place durable au fond de son crâne. Le rire d’Astrae est contagieux, parvient à arracher quelques sourires à la scientifique qui se redresse, puis se penche vers la gamine pour lui caresser brièvement la joue, avant de lui glisser son assiette à laquelle elle n’a pas touché. « - Tiens, mange si tu as faim », souffle-t-elle doucement en approchant de sa petite main la cuillère qu’elle n’utilisera pas. Pendant de longues secondes, le regard de Nadja reste ancré sur la petite fille, sur son innocence. La chance qu’elle a de n’avoir connu que ce monde là.

« - Tu voulais me parler de quelque chose ? Tout va bien ? » Les iris neurasthéniques plongent de nouveau dans celles de son amie, le front plissé, elle oriente les questions pour que les réponses lui conviennent. Pas certaine d’être prête à mettre des mots sur ce qu’elle ne comprend pas elle-même. « - J’ai été un peu… Occupée, ces derniers temps, mais tu sais que tu peux venir me voir quand tu veux si quelque chose ne va pas » Occupée, elle choisit bien ses mots. Le demi mensonge ne passera pas, elle le sait. Pourtant, elle le prononce quand même. Elle s’inquiétera toujours pour Murphy, parce qu’elle est ce qui se rapproche le plus d’une famille pour elle, et pense toujours devoir être celle qui prend soin des siens. Jamais l’inverse. Elle a du mal à lâcher prise. S’autoriser des états-d’âme. Encore moins qu’on les reconnaisse. Mais la brune en face d’elle semble avoir ce pouvoir sur elle. La faire céder, voir au travers des failles de son armure.
(c) DΛNDELION
Murphy Cavendish
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le Lun 11 Fév - 2:38


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Murphy Cavendish & Nadja Wolfkoff

(23 janvier 2119 / dîner au réfectoire)


Dans les confidences secrètes qu'elle accordait à l'obscurité des nuits difficiles, Murphy se targuait d'être une bonne amie. Elle était fidèle, tendre, investie, présente, généreuse, ouverte, serviable. Peut-être un peu trop curieuse parfois, un peu trop franche ou taquine, un peu trop violente, un peu trop exigeante. Mais elle n'était pas une mauvaise amie. Au contraire, l'amitié était l'une des valeurs qui lui étaient les plus chères. On ne devenait pas ami avec Murphy en un claquement de doigts : il fallait gagner sa confiance avant de gagner son cœur, mais quand quelqu'un y trouvait votre place, oh, elle pouvait tout faire pour lui. Ses amis étaient une extension d'elle-même. Quand un ami pleurait, c'était l'être entier de Murphy qui pleurait, comme si on cherchait à lui arracher quelque chose. Voilà pourquoi le deuil de Faust avait été si difficile et l'était encore; voilà pourquoi lorsqu'on brisait la confiance qu'elle avait si difficilement donnée, elle reconsidérait jusqu'à la personne qu'elle était. Oui, Murphy mettait sans doute l'amitié au-dessus de tout le reste, et pourtant, il y en avait une qui à laquelle elle faisait défaut, qu'elle avait probablement un peu fuie sans vraiment le vouloir. C'était une forme de préservation, sans doute, parce qu'elle savait, elle comprenait. Le malheur, elle l'avait vécu à deux. Pas de la même manière, pas du même côté, mais c'était ensemble qu'elles avaient vu les dernières étincelles de vie quitter le regard de Thaïs. C'était ensemble qu'elles avaient fait front, accueilli la réalité et assisté à cette fin de vie. Mais elle s'étaient départies l'une de l'autre, ensuite. Et ça faisait mal, pour Murphy, de se rendre compte d'une telle chose. Elle n'était pas une si bonne amie, parce qu'elle n'avait pas pu faire face à un autre deuil, à une autre peine, à une autre détresse. Et le temps avait laissé les choses se creuser encore, et elle avait attendu, d'aller mieux peut-être, d'accepter sans doute. C'était auprès de [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] que Nadja avait trouvé du réconfort, et Murphy s'était sentie misérable en les trouvant toutes les deux, réalisant seulement à ce moment-là l'ampleur de la détresse de son amie, coupable de son égoïsme, du poids de son propre deuil.

Mais elles se l'étaient promis, toutes les deux, de ne plus laisser le temps les séparer. Et c'était une promesse tue, aussi, celle de ne jamais laisser l'autre seule face à son désarroi, à son chagrin, à l'adversité. Murphy avait failli, si longtemps, tant de fois, préféré la fuite à l'épreuve dont elle craignait la douleur d'un effet miroir. Était-ce égoïste de se réparer pour essayer de réparer l'autre ? Était-ce honorable d'affronter d'abord ses propres démons pour mieux être armé face à ceux de l'autre ? Peu importait les réponses : le sentiment de culpabilité rongeait Murphy, spécialement depuis qu'elle avait surpris le chagrin de Nadja par accident. Elle n'avait pas été dans la confidence, pas été invitée à partager cette intimité, cette vulnérabilité, cette sensibilité. Alors elle le savait, elle aurait dû dire un mot, faire un geste, mais rien n'aurait jamais suffi à exprimer toute la désolation qui était la sienne, toute l'impuissance qui la saisissait lorsqu'elle posait son regard sur Nadja. Ca faisait un an, maintenant. Un an que Thaïs était partie, un an qu'elles l'avaient laissé partir. Un an d'occasions manquées et évitées de tendre une main à Nadja. Un an passé à repousser à plus tard, quand le courage serait là, quand la culpabilité serait moins omniprésente. Mais le courage ne venait pas et la culpabilité gagnait du terrain plutôt que d'en perdre, et peut-être qu'il suffisait d'un moment, de quelques minutes, de quelques mots simples pour que la main se tende, que le contact se reprenne. Que les amies se retrouvent et avancent main dans la main, apprivoisent ensemble cette disparition.

Mais la détresse et la solitude de Nadja irradiaient jusque dans cette pièce de vie, de flammes endiablées, de rires et de retrouvailles. Au milieu de tout ça, son amie était isolée, perdue dans un monde loin du leur, et ce désarroi sonna comme un appel à la brune, qui réunit son courage et donna un coup de pied au cul de sa culpabilité. Il était temps. Il était tard, trop tard sans doute, mais Murphy ne pouvait plus rester silencieuse et se contenter d'être témoin de cette chute sans pouvoir faire autre chose qu'imaginer ce que Nadja pouvait traverser. Car elle ne pouvait pas prétendre savoir ce qui se tramait dans son esprit : Nadja avait été la médecin, Murphy l'amie. C'était deux perceptions d'un même deuil.

En posant son assiette face à la chirurgienne, Murphy était déterminée. Elle comptait la couvrir d'amour, la noyer sous son affection, rattraper tout le temps perdu et tout celui qui ferait encore mal. Avec Astrae posée sur ses genoux, elle espérait aussi réveillait un peu de l'innocence que seuls les enfants savaient faire réapparaître dans les situations les plus sombres. Mais le sourire de Nadja était faible, presque mensongeux, et la militaire sut immédiatement que trop de temps avait passé, que les blessures s'étaient infectées et qu'elle arrivait bien trop tard. La culpabilité la fit soudainement pâlir alors que la gamine chahutait sur ses genoux. En levant le nez vers le reste de la salle, Murphy cherchait Adelaide, hâtive de laisser la petite fille à sa mère pour qu'enfin, les deux vieilles amies se retrouvent entre quatre yeux. Sa filleule méritait de passer une soirée heureuse avec sa mère; elle retrouverait sans doute Antarès plus tard et ferait de beaux rêves, encore préservée du monde des adultes où les choses pouvaient être sombres longtemps, bien trop longtemps.

Elle pouvait rester, lui confirmait Nadja. Murphy lui sourit faiblement, aussi persuadée de la tendresse par laquelle elle souhaitait étouffer son amie que de l'affliction qui s'était emparée d'elle. Elle n'avait pas mangé, ou à peine, et poussait son assiette vers la petite fille, qui reporta son énergie sur les couverts qu'on lui tendait. « Nadja... » souffla-t-elle comme une imploration alors qu'Astrae s'arrachait à son étreinte pour courir vers sa mère, qui les saluait de plus loin, prête à aller se poser pour la soirée. Parce que tout son être restait engagé auprès de Nadja, le signe de main de Murphy fut poli plus que chaleureux. Son regard ne s'était déporté vers la collègue de Nadja que quelques secondes, par nécessité, mais il avait retrouvé la mine abattue de cette dernière presque aussi vite. « Je... non non, ça va. Enfin... » Prise au dépourvu par la question sans qu'elle ne sache réellement pourquoi, Murphy baragouina quelques instants, chercha ses mots. Elle soupira et s'accouda sur la table, évitant de justesse les deux assiettes posées devant elle. « Il faut que tu manges, tu le sais mieux que moi. Une machine fonctionne pas sans carburant. » Elle poussa la platée de Nadja vers elle, avec la cuillère laissée par Astrae plantée au milieu des légumes. « Attends pas que ça soit complètement froid, ça sera dégueulasse. » Pendant une seconde, elle crût entendre les remontrances de sa mère et sourit un peu tristement en attrapant sa propre cuillère pour farfouiller dans son plat. « Je, heu... » Elle se racla la gorge en remplissant sa cuillère sans grand conviction, le regard rivé sur les légumes comme si sa survie en dépendait. « Je suis désolée, pour l'autre fois, avec Wyatt, et je heu... » Elle soupira, cherchant ses mots, encore, paniquant à l'idée que Nadja puisse l'interrompre pour mettre fin à ce qu'elle souhaitait dire. Elle releva finalement son regard vers elle pour planter ses prunelles dans celle du médecin. Il fallait qu'elle l'entende, il fallait qu'elle l'écoute. « Comment tu vas, toi ? » Nerveusement, elle balaya d'un revers de main la potentielle réponse de son interlocutrice. « Je suis désolée pour tout, en fait. Ca va pas, Nadja, jle vois bien, jsais pas pourquoi je joue le jeu de la question alors que jconnais la réponse. J'aurais dû être là. » Agitée, un peu fébrile, Murphy enfourna une première bouchée de légumes. Elle reprit aussitôt, sans prendre la peine ou le temps d'avaler la cuillerée, de peur que Nadja l'interrompe, la rejette ou la repousse, se lève et prenne la poudre d'escampette. Murphy n'avait plus aucune légitimité à ce rôle d'amie. Elle l'avait perdue un an auparavant, quand elle ne s'était pas assurée qu'elle pouvait se relever, elle aussi, de cette épreuve. Elle avait été égoïste, avait prétendu que tout allait bien trop longtemps, jusqu'à s'effondrer dans les bras d'[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], jusqu'à passer le cap égoïstement, loin de celle qui l'avait laissé partir avec elle. « On a... vécu ça ensemble, quand c'est arrivé. On aurait dû vivre ça ensemble, après. On devrait, maintenant. » Elle avala ses légumes avec difficulté, tentant d'éventer les choses comme elle le pouvait. Ca brûlait, ces conneries. Y'en a qui comptaient sur la chaleur des légumes pour ouvrir un sauna, ou quoi ? Brusquement, presque violemment, elle poussa les deux assiettes devant elle et attrapa la main de Nadja, pour la serrer entre les siennes. « Même si j'arrive trop tard, me repousse pas. On s'est promis qu'on laissait plus ces conneries nous faire du tort. » Elle marqua une pause, un peu émue, avant de désigner la platée de son amie d'un mouvement du menton un brin malicieux, comme pour apporter un peu de légèreté à l'instant. « Et mange tant que c'est chaud. T'y as probablement jamais eu le droit, mais ma mère me le disait souvent. Ecoute Ofelia, sinon elle viendra te hanter en te forçant à manger des légumes froids. »
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le Mer 6 Mar - 0:58

Help me to carry the fire
Nadja & Murphy

« We can never go home We no longer have one I'll help you carry the load I'll carry you in my arms The kiss of the snow The crescent moon above us Our blood is cold And we're alone But I'm alone with you »
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]23 Janvier 2119 — L’alliée de choix fait partie de sa vie depuis longtemps maintenant. Il semble pourtant que la chirurgienne continue de se comporter avec elle comme une adolescente timide et réservée, alors qu’au fond, Murphy a trouvé sa place dans la famille qu’elle s’est choisie. Les craintes devraient être envolées depuis toutes ces années. Les réticences à partager ses secrets les plus enfouis ne devraient pas exister. Tout comme son acharnement à vouloir préserver la militaire de ses états-d’âme, de ses propres émotions ou de ses faiblesses. Attitude quasi enfantine dans laquelle Nadja se noie, se débattant contre elle-même pour sortir la tête de l’eau. Guidée par le phare dans les prunelles de l’amie juste en face d’elle, la brune paraît si lointaine malgré la proximité. Insaisissable, la scientifique reste persuadée que personne ne peut l’aider. Elle, qui a déjà mis un certain temps avant de s’avouer aller mal. Longtemps convaincue que ce n’était qu’un hiver un peu plus long, un peu plus rude que les autres. Que le printemps finirait par revenir. Naturellement. Sans qu’elle n’ait à lui courir après. Mais elle court Nadja. Depuis des semaines. Elle s’époumone, tente de s’accrocher au wagon qu’elle voit s’éloigner, continuer sa route sans elle. Comme si elle s’était arrêtée sur le quai. Juste à côté de Thaïs. La culpabilité en guise de boulet à sa cheville, l’empêchant d’avancer.

Presque machinalement, c’est sur Astrae que le regard de Nadja se pose. La gamine ressemble comme deux gouttes d’eau à sa mère, impossible de la renier. Pendant un instant, elle en oublie tout le monde autour, les prunelles s’ancrent à celle de l’enfant qu’elle a vu naître et grandir, hypnotisées par sa candeur et son innocence. Les blessures semblent moins douloureuses lorsqu’elle les laisse de côté, perdue quelque part entre la fille de son mentor et la marraine de cette dernière. Ça fait bien longtemps que les deux femmes n’ont pas eu l’occasion de vraiment se parler. Et ça lui manque, à Nadja. Elle ne le réalise que maintenant. Prenant conscience de la valeur qu’elle porte à l’amitié de Murphy lorsqu’elle en est le plus proche. Lui confirme sa bonne volonté en lui intiment de rester. Non seulement la médecin n’a aucune envie de voir la patrouilleuse s’éloigner, mais elle sait que l’éviter n’arrangera rien. Ni pour sa situation personnelle. Ni entre elles. La brune invite la petite fille à manger en lui tendant son assiette, sous le regard désapprobateur de Murphy avant que la gamine ne finisse par quitter leur table. Addie leur souriait de loin, et son rictus s’élargit dès l’instant où ses yeux maternels se posent sur la petite fille. Poliment, Nadja sourit en écho, se pare de son regard le plus rassurant pour hocher de la tête en direction de son aînée alors que celle-ci s’éloigne avec sa fille dans les bras. Très vite, le timbre rocailleux de la militaire ramène la scientifique dans leur bulle. Et elle s’y replonge avec une pointe d’amertume au bord des lèvres.

« - Rappelle-moi depuis quand t’es médecin déjà ? », plaisante-t-elle d’abord alors que Murphy repousse son assiette en face d’elle, condamnant le médecin à avaler son repas. Elle sait qu’elle a raison. Ne l’admettra pas directement. Parce que ça voudrait dire admettre tout le reste. Et les conséquences plus ou moins directe de ce potentiel aveu seraient trop grandes pour s’y risquer. Plus par devoir, pour ne pas vexer la militaire, Nadja se résigne. Empoigne mollement sa cuillère et la plante dans ses légumes. Se met à mâcher du bout des lèvres. Répondant majoritairement au besoin physiologique qu’elle ne ressent pas ce soir plutôt qu’au plaisir d’un repas chaud. L’entendre prononcer le nom de Wyatt réveille des souvenirs qu’elle aurait préféré mettre de côté pour toujours. Nadja se tend instantanément. Met en œuvre des efforts dissimulés pour ne rien laisser voir de son malaise. Murphy a surpris ce qu’elle n’aurait jamais du voir. Un moment de faiblesse dans une conversation, la manifestation d’un laisser aller qu’elle ne s’autorise pourtant que très rarement. Lèvres pincées, la brune tente de cacher son mal-être. Sans grande conviction. Se contente de hocher la tête, seule réponse à des excuses qu’elle ne capte qu’à moitié. La question qui s’en suit est toute aussi grinçante, résonne dans la carcasse comme un coup porté trop fort à l’arrière de son crâne. Elle n’a pas besoin qu’elle formule de réponse pour la connaître.

« - Murphy, c’est à moi que j’en veux. Pas à toi, t’as rien à te reprocher » Elle replonge sa cuillère dans son assiette alors qu’elle s’apprêtait à engloutit une seconde bouchée. Soupire qu’elle ne contrôle pas et qui vient ponctuer son explication aussi vague qu’expéditive. Mais la militaire mérite mieux que ça. Mieux que quelques mots mis les uns au bout des autres. Sans trop de sens. Elle se perd un instant dans ses pensées, le regard plongé dans celui de son vis-à-vis. Un léger voile embrumé venant couvrir ses iris. Elle cherche au fond de son esprit rationnel le meilleur moyen d’expliquer sa situation à son amie. Alors qu’elle n’a jamais pu se l’expliquer à elle-même. Mais les mots de l’alliée s’enchaînent soudainement. Elles n’auraient jamais du s’éloigner de la sorte. Comme à chaque fois entre elles, le concours de circonstances est de mauvaise augure. Et pourtant, elles s’accrochent l’une à l’autre. Plus fortes ensemble. Elle le sait Nadja. Mais refuse d’infliger à Murphy plus qu’elle ne peut endurer. Il n’y a qu’elle pour parvenir à lui arracher un sourire sincère à ce moment de sa vie. Le sermon est bien pris par la chirurgienne qui s’exécute d’abord en laissant le rictus s’étirer légèrement, avale quelques légumes. Avant de se recentrer sur leur conversation. « - Laisse cette chère Ofelia où elle est, je mange, tu vois ? », ajoute-t-elle en répétant le geste mécaniquement. Consciente que Murphy ne la laissera pas tranquille avec ses légumes avant qu’elle les ai tous faits disparaître. Sa tentative de les faire manger à Astrae ayant échouée, elle se retrouve contrainte de les consommer elle-même.

« - C’est moi qui suis désolée » Nadja baisse le regard sur son assiette. Front plissé. Soucieuse. La légèreté disparaît définitivement pour laisser place aux aveux. Plus de faux semblants. Plus de prétendus diagnostiques. Plus de sourires de façade. « - Je suis désolée de pas avoir pu la sauver » Désolée de l’avoir laissée mourir. Désolée de ne pas avoir été capable de te rendre ton amie. Désolée de te l’avoir enlevée. Nadja se sent aussi mal que si elle avait elle-même planté cette barre de métal dans l’abdomen de Thaïs. Aussi coupable que si elle l’avait tuée. « - Je peux pas t’en vouloir d’avoir préféré garder tes distances avec moi après ça. Je suis responsable de sa mort, en quelques sortes. C’était ton amie » La voix se brise sur les dernières syllabes; La chirurgienne inspire un grand coup en se mordant la langue. Douleur aiguë, assez forte pour lui faire ravaler ses larmes encore dissimulées derrière son masque, pas assez pour éteindre celle qui lui ronge les entrailles. « - Je la connaissais à peine. Mais j’ai toujours l’impression qu’ils sont sous ma responsabilité » Eux. Les Cents. Comme la mission qu’on lui a confiée quand elle a pris part  au projet. Avant même qu’elle ne débarque elle-même sur Terre. « - Ça rend pas les choses faciles. Je me repasse le film de cette journée en boucle, comme si je pouvais y changer quelque chose » Mais quoi qu'elle fasse, l'issue reste la même. Et ça la rend folle. De constater à chaque fois que le résultat reste inchangé. Que malgré tous les scénarios envisagés, elle arrive à la même conclusion dramatique. Qu’elle considère le moindre détail ou change complètement la donne, Thaïs finit toujours par perdre la vie. Si chère et si précieuse. « - T’étais proche d’elle. C’est moi qui aurait du venir te voir. Te parler » Nadja n’accepte pas que les rôles s’inversent. Se sent complètement illégitime dans ce deuil qu’elle porte à bouts de bras. Elle n’a pas le droit de se sentir comme ça. Le regard traduit ses pensées à chaque seconde, évolue à mesure que sa frustration grandit. Les doigts se serrent autour de l’ustensile et toute la silhouette se tend. Inconsciemment. Avant que les prunelles ne retrouvent celles de l’amie. Y cherchant irrémédiablement une approbation à ses doutes. Ou tout l’inverse.
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Dernière édition par Nadja Wolkoff le Sam 22 Juin - 22:22, édité 2 fois
Murphy Cavendish
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DATE D'INSCRIPTION : 06/12/2015 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Nuna Cortez MESSAGES : 39917 CELEBRITE : Sophia Bush COPYRIGHT : Avengedinchains ♥ (vava) ; Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) METIER/APTITUDES : Conseillère diplomate; militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. POINTS GAGNES : 371

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le Mer 27 Mar - 3:59


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Murphy Cavendish & Nadja Wolfkoff

(23 janvier 2119 / dîner au réfectoire)


La culpabilité était l'un des pires sentiments qui existait pour Murphy. C'était contre son apparition que Murphy se battait chaque jour, d'une manière ou d'une autre. De savoir qu'elle aurait pu faire quelque chose contre un malheur qui l'atterrait ou atterrait des proches était l'une des pires choses qui soit. On ne pouvait pas changer le passé, mais on pouvait tout faire pour ne pas y laisser des regrets ou des remords, pour ne pas avoir à porter chaque seconde le poids de quelque chose de révolu et d'irrémédiable. On ne pouvait plus se soucier de ce qui était gravé dans le marbre, mais la culpabilité ne donnait jamais le choix à ses victimes. La culpabilité, c'était celle qui empêchait encore Murphy de dormir lorsqu'elle se rappelait des derniers mots qu'elle avait échangés avec Faust, des reproches qu'elle lui avait fait en même temps qu'elle l'avait serrée dans ses bras. La culpabilité, c'était celle qui la réveillait parfois dans des terreurs nocturnes effroyables, hantée par ce sentiment détestable d'impuissance que son éloignement du village pendant la tempête avait provoqué. La culpabilité n'était pas toujours évitable, car pas toujours légitime. Elle était un peu vicieuse en ça qu'elle s'infiltrait dans la moindre brèche qu'on avait laissée se fendiller par inadvertance. Il existait des contre-exemples; il suffisait de regarder Chris pour savoir que la culpabilité ne touchait pas tout le monde, ou pas tout le monde de la même manière. Quelque part, Murphy enviait ceux qui étaient capables de la masquer, de vivre avec ou de l'éloigner en quelques tours de mains. Elle n'était pas sûre de ce que ça voulait dire de leurs valeurs humaines, mais elle enviait la facilité que ça leur permettait de passer à autre chose. Une culpabilité née ne pouvait jamais vraiment être éteinte. Au mieux, on apprenait à l'apprivoiser ou on parvenait à laisser le temps faire son boulot de temps. Mais Murphy savait qu'une fois que la culpabilité s'était imposée, elle ne s'évanouissait jamais vraiment totalement. Alors elle faisait en sorte de ne pas en avoir, ou d'en avoir le moins possible; c'était peut-être pour ça, aussi, qu'elle avait choisi la voie militaire pour son avenir. C'était un rôle qui lui plaisait parce qu'il permettait d'agir, d'apporter un peu de ses convictions à des tâches parfois mal considérées par ceux qui leur faisaient face. En tant que garde, et à fortiori que lieutenant, Murphy avait trouvé une manière active de faire crever la culpabilité avant qu'elle ne s'immisce dans son existence. C'était peut-être un peu elle qui l'avait poussée vers la rébellion, aussi; quand elle savait qu'elle pouvait faire les choses à l'image de ses propres idéaux, elle ne perdait pas l'occasion de le faire. C'était la manière la plus sûre de ne rien regretter, et de laisser la culpabilité là où elle était.

Pourtant, Murphy n'était pas infaillible. C'était parfois des concours de circonstances qui la poussaient à se reprocher certaines choses : c'était Antarès qui l'avait attirée si loin de leur village le jour de la tempête, et pourtant c'était elle qui avait porté le poids de la culpabilité jusqu'à rentrer chez elle et s'assurer que le pire n'était pas arrivé en son absence. Parfois, malgré tout, et elle le savait, elle demeurait la seule à blâmer. C'était le cas aujourd'hui, avec cette culpabilité qui la rongeait dès qu'elle posait le regard sur Nadja ou pensait à sa tendre amie. Murphy n'était pas une bonne amie. Elle était devenue trop fragile pour ça, commençait à faillir dès que le poids du deuil s'en mêlait. Peut-être avait-elle trop vécu de deuils ces dernières années; ou peut-être était-elle simplement et tristement devenue une mauvaise amie depuis que Faust était partie, incapable de s'offrir complètement à quiconque risquait aussi de la quitter un jour, d'une façon ou d'une autre. C'était ça : elle était devenue une trop mauvaise amie.

Il lui avait suffi de poser le regard sur Nadja, perdue au milieu de cette marée d'humains affamées, pour s'en rendre compte. Ses instincts lui avaient soufflé de fuir, comme elle l'avait fait jusqu'à présent, portée par son propre désemparement et sa peur de ne pas parvenir à hisser Nadja avec elle, à peine capable de sortir sa propre tête de l'enfer. Aller de l'avant, se forcer à continuer les choses. The show must go on, avait-on dit dans l'ancien temps. Se raccrocher à ce qui était et ce qui pouvait être plutôt qu'aux regrets du révolu. Mais c'était de belles paroles et de beaux espoirs; il fallait faire la paix avec son passé pour se délester de son poids et avancer sereinement, allégé de ce qui savait si bien retenir loin du présent.

La vérité, c'est qu'en s'asseyant face à Nadja, Murphy était terrifiée. Apeurée de ne pas choisir les bons mots, de faire face au chagrin d'une amie pour laquelle elle n'avait été qu'un fantôme pendant plus d'un an. Effrayée de ne pas savoir quoi dire, de fondre de ses propres faiblesses, de se rendre compte qu'en fait, elle n'avait pas fait la paix avec ce passé dont elles portaient la charge ensemble. Ce fut sa filleule qui lui donna la force d'amorcer une conversation ou peu importe ce dont il s'agissait. Elle apportait une fraîcheur à la tension du deuil qui ne s'était jamais évaporée entre les deux amies. Mais Astrae fut rattrapée par sa mère inquiète, et disparut bientôt de la table, laissant une Murphy à la fois craintive et déterminée. La tendresse qui brillait dans le regard de Nadja ne la trompait pas. Elle y avait trop souvent croisé les lueurs du désemparement et de la culpabilité cette dernière année qu'elle les savait bientôt de retour.

Mais elle ne plongea pas la tête la première. Elle plongea d'abord un orteil, timidement, pour prendre la température. Manger; il fallait qu'elle mange... mais la perte d'appétit n'était qu'un symptôme de tout ce qui se tramait dans ce crâne qui ne parvenait pas à se délester de ces quelques heures qui avaient tout changé un an plus tôt. « J'ai pas besoin d'être médecin pour savoir que manger c'est aussi nécessaire que respirer ou boire. Mets ça sur mon expérience du terrain, si ça me donne une légitimité. » Un petit sourire timide qui laissait oublier toute la taquinerie de laquelle elle aurait abreuvé cette remarque en temps normal. Mais on n'était pas en temps normal. Car en temps normal, on n'avait pas à s'inquiéter de la santé d'une amie qui se laissait dépérir malgré elle. En temps normal, on ne fuyait pas le regard de détresse d'une personne qui nous était chère, juste parce qu'on avait peur que ses propres démons ne resurgissent. On n'était pas en temps normal. Satisfaite de cette première victoire, pourtant, Murphy observa Nadja avec un petit sourire alors qu'elle acceptait enfin de se nourrir. Comme en réaction miroir, elle attrapa ses couverts pour s'occuper de ses propres légumes. Murphy savait ce que c'était, de ne plus avoir faim, plus vraiment faim autrement que comme une réponse physiologique à un simple besoin physique. Elle se souvenait de ses traits qui s'étaient creusés lorsque Faust avait disparu, et puis de ce fantôme qu'elle était devenue d'elle-même avant de parvenir à... à quoi faire donc ? A aller de l'avant, à accepter, à passer à autre chose ? Avait-elle seulement fait quelque chose de tout ça ? Elle avait continué, en tout cas. Repris la vie là où elle l'avait laissée, parce que les parenthèses qu'on y glissait finissaient toujours par laisser des gouffres d'un temps qu'on ne pourrait plus jamais récupérer.

Quand elle mentionna [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] entre deux bouchées de légumes encore chauds, Murphy sut que ça y était : elle faisait le grand saut dans l'inconnu, dans le redouté. Il fallait parler de ce qui faisait vraiment mal, parce le superficiel n'avait jamais eu le pouvoir de grand chose. Et pour Nadja, Murphy voulait faire quelque chose, même si ça faisait mal et même s'il lui avait fallu un an. Mais elle était devenu un moulin à paroles maladroit, Murphy, parce qu'elle avait peur d'entendre ce que Nadja pourrait avoir à lui dire. Lui demander comment elle allait ? Il n'y avait rien de plus superficiel, inconscient ou naïf que de poser une question pareille à un moment pareil. « Prétends pas que j'ai été une bonne amie cette année, depuis que... » Sa voix rauque dérailla et elle se racla la gorge pour reprendre, un peu émue à l'idée de remettre des mots sur ce qui s'était passé. Cet hiver, il n'y avait plus les bras d'[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] pour accueillir ses larmes et son désespoir. « On s'était promis qu'on s'était retrouvées pour de vrai, et j'ai pas été là. Donc si, c'est de ma faute. Je suis désolée. J'ai pas... j'ai pas assuré. » Parce que j'avais peur de moi et peur de toi, peur de nos larmes et de ce souvenir commun, peur de ne pas être assez pour ton chagrin, peur d'être trop pour le mien. Mais Murphy capta le regard de Nadja, et se perdit dans l'humidité qui commençait à naître. Ca y est, elle avait déjà merdé. Alors elle trouva du regard ses fidèles légumes, maintenant incapable d'en prendre une nouvelle bouchée. En quelques minutes à peine, elle avait tout foiré. Mais le silence était pire que tout et pour l'assommer, Murphy reprit la parole, enchaînant les arguments, espèces de suppliques destinées à lui ouvrir la voie vers une discussion douce avec son amie.

Mais Nadja mange, et Murphy s'accroche à cette victoire comme au début d'un partage qui les renforcerait, peut-être, toutes les deux.  « Je la laisse où elle est, mais elle est fière de toi ! » Avec un petit sourire, elle se décide enfin à reprendre sa fourchette. Mais l'accalmie ne fut que brève. Elle avait trop parlé, Murphy, et c'était à son tour d'écouter Nadja. Ce n'est que mollement qu'elle mâchait ses légumes, déjà prête à serrer son amie dans ses bras pour la faire taire ou faire taire des larmes qui viendraient se mêler à la conversation. Et c'est que Murphy avait redouté tout ce temps, et spécialement depuis qu'elle avait surpris Nadja et Wyatt, qui tomba comme un couperet. La culpabilité de Nadja. Elle entrouvrit les lèvres pour répliquer, déjà prête à lui assurer qu'elle avait tort sur toute la ligne, mais Nadja, enfin, s'exprimait. Ca lui arrachait les entrailles, mais c'était le début de tout. Sa fourchette se planta dans les légumes alors que sa main s'aventura vers le milieu de la table pour chercher celle de Nadja. « T'es coupable de rien. Tu le sais pourtant : t'es un médecin, pas une divinité capable de ressusciter les morts. » Elle se redressa sur son banc, un pied sur les fesses pour se pencher par-dessus la table et la forcer à capter son regard. Son buste s'écrasa dans ses légumes, qu'elle poussa d'un mouvement pressé sur le côté. « Regarde-moi : t'es pas responsable. Répète-le : je. Ne. Suis. Pas. Responsable. » Elle détacha chaque mot en la fixant solidement droit dans les yeux, le regard levé vers elle. « Il faut pas ressasser, il y a rien de pire. Je sais que tu sais que t'aurais pas pu faire les choses différemment. J'ai vu la tête de la plaie, Nadja. Même avec tous les antibios du monde, t'aurais rien pu faire. » Elle soupira et ferma les yeux une seconde, les narines gonflées en prenant sur elle pour ne pas verser quelques larmes. « Il y a personne à qui en vouloir, alors prends pas cette place. Le seul responsable, c'est le hasard. » Elle se redressa sur son banc et se leva pour faire le tour de la table et s'asseoir à côté de Nadja, la poussant de quelques coups de fesses. Elle attrapa la main de son amie et la serra des deux siennes, sur ses genoux. « T'es pas responsable, Nadja. Ancre-toi ça dans la tête où je le ferai entrer moi-même de force, à coups de pelle ou à morsures d'Antarès affamé. » Elle posa sa tête sur son épaule, fermant les yeux une seconde pour profiter de cette étreinte, de celles qui lui avaient tant manqué. Et puis pour y puiser un peu du courage dont elle avait besoin, aussi. « Je t'ai pas évitée parce que je t'en veux. Je t'ai évitée parce que j'ai peur de pas avoir le pouvoir de faire disparaître ton chagrin. » Sa gorge se noua et ses paupières demeurèrent closes sur un regard qui s'embuait en secret.
Nadja Wolkoff
— caught in the middle —
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DATE D'INSCRIPTION : 01/10/2017 PSEUDO/PRENOM : empty gold. MULTICOMPTES : aucun. MESSAGES : 950 CELEBRITE : Felicity Jones COPYRIGHT : luxaeterna ♥︎ (ava) - excelsior (signa) - chrysalis (icons) METIER/APTITUDES : membre du conseil, médecin et chirurgien de l'Odyssée. POINTS GAGNES : 0

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le Sam 22 Juin - 23:28

Help me to carry the fire
Nadja & Murphy

« We can never go home We no longer have one I'll help you carry the load I'll carry you in my arms The kiss of the snow The crescent moon above us Our blood is cold And we're alone But I'm alone with you »
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]23 Janvier 2119 — La proximité lui paraît presque étrangère, le temps de quelques instants, alors que Murphy semble décidée à rester près d’elle. Partager un moment toutes les deux, des mois que ça ne leur était pas arrivé. Pas comme ça. Pas depuis ce jour qui a tout changé malgré ce qu’elle veut bien penser. La scientifique sait très bien que ce n’est pas hasard si la militaire a choisit de partager son repas avec elle. Ce n’est pas juste par envie d’être en sa compagnie. Ce n’est pas juste pour être en sa présence qui n’a plus de rien de l’aura réconfortante et sécuritaire qu’elle a pu être. Les deux femmes sont parvenues à s’éloigner de nouveau pendant des mois. Après s’être promis tout l’inverse. Et pour ça aussi, Nadja se sent coupable. Si au départ, elle a préféré ne pas s’imposer auprès de son amie en deuil, elle s’est par la suite enfermée dans une solitude désirée, provoquée par sa propre culpabilité. Ses remords qui la rongent depuis l’instant où elle a compris qu’elle ne pourrait rien faire pour ramener Thaïs. Décision raisonnable, prise à contre cœur. Diagnostique fatal qu’elle aurait préféré ne pas avoir à prononcer. Infliger à tout un groupe dont la cohésion demeure si fragile. De même que le lien qui unit les deux brunes, visiblement. Nadja l’a compris trop tard pour pouvoir s’en protéger. Et quand elle a voulu réparer son erreur, il était déjà trop tard. Elle se retrouve maintenant prisonnière de l’isolement qu’elle a choisi de s’infliger. Et ne peut que s’en blâmer.

Pourtant, la chirurgienne semble retrouver naturellement le sourire que seul Murphy est capable de lui arracher lorsqu’elle la sermonne en lui intimant de manger. Il est fade, son sourire, sans saveur, comme les légumes qu’elle se force à avaler. Mais c’est la première fois qu’il apparaît sur son visage depuis bien longtemps. Les marques qu’il laisse sur ses traits fatigués en témoignent. La militaire se met à manger à son tour, et Nadja lui lance quelques regards furtifs alors qu’elle semble essayer de rassembler tout ce qui se trame dans sa tête pour en sortir une phrase cohérente et compréhensible. Mais ce qu’elle finit par articuler ne fait que raviver l’amertume planquée au fond de sa gorge nouée. « - Oublie ça. J’ai pas assuré non plus » Elle balaie les doutes d’un revers de la main. Éloigne les mauvaises pensées de son amie tout aussi rapidement alors que ses prunelles s’accrochent à celles de son vis-à-vis. le simple fait de s’imaginer Murphy aux prises avec un tel sentiment de culpabilité alors qu’elle n’a vraiment rien à se reprocher lui noue l’estomac. Et de nouveau, la brune s’arrête de manger, laisse tomber sa cuillère dans assiette et son coude sur la table. Attentive au moindre battement de cil de la militaire. Évoquer Ofelia ravive des souvenirs qu’elle n’aurait jamais imaginés si lointains. Presque flous tant ils semblent dater d’un autre âge. Elles étaient jeunes, quand elles se sont rencontrées. Quand elles ont commencé à s’apprivoiser. Elles ne devraient sans doute pas se cacher derrière des masques plus épais que leur fierté, lui laissant l'impression de se comporter encore aujourd'hui comme les adolescentes qu'elles étaient alors.

Ses explications sont confuses. Mal construites. Comme sa vie ces derniers temps. Reflet du désordre qui a pris place dans son esprit. Elle tressaille quand la main de la lieutenant vient s’abattre sur la sienne alors qu’elle repousse à son tour son assiette. Responsable, elle l’est pourtant. Elle est censée l’être, tout du moins. Responsable médicale, chirurgienne, médecin. Conseillère. Elle est responsable de ce qu’il se passer sous son champ d’action. Dès l’instant où Thaïs à franchit la porte de l’infirmerie, elle est devenue sa responsabilité. Tout comme sa mort. Et si perdre un patient n’est jamais facile, Nadja n’a jamais connu ce sentiment d’impuissance flagrant et frustrant, au point de la détruire à petit feu. Le regard acide vient s’ancrer dans celui de son amie, incapable de répéter les quelques syllabes qu’elle lui intime. Ce n’est qu’un soupire las qui échappe à la barrière de ses lèvres alors que ses doigts se serrent autour de ceux de Murphy. « - On saura jamais ce que j’aurais pu faire dans d’autres conditions. C’est ce qui rend tout plus compliqué » Le timbre est étrangement calme mais la frustration est palpable derrière la façade. Ce n’est qu’un murmure doucereux, formulé comme pour rassurer la militaire alors que celle-ci se lève pour faire le tour de la table et venir s’asseoir près d’elle. Nadja lui laisse tout le loisir de s’installer à ses côtés alors que l’étreinte autour de sa main se resserre. Elle baisse un instant les yeux alors que la voix rassurant de la brune finit par s’infiltrer jusqu’aux endroits les plus sombres de son esprit. Parvenant même à lui arracher un léger rire nerveux.

Sentir la chaleur de son amie sur son épaule est suffisant pour que sa poitrine se serre un peu plus fort. Lèvres pincées, elle lève les yeux vers le plafond pour ravaler les larmes qui se sont accumulées derrières ses paupières, ne pas les laisser s’échapper maintenant. Ni jamais. L’aveu de la Cavendish la pousse un peu plus à se sentir bête de ne pas avoir cherché son contact plus tôt. La solitude dans laquelle elle s’est plongée volontairement lui semble désormais bien stupide, quand tout ce dont elle avait besoin était là, juste sous ses yeux. Instinctivement, Nadja se redresse alors que son bras enveloppe Murphy d’une étreinte attendue, sa seconde main toujours prisonnière de celles de la militaire. Ses doigts glissent le long de son dos dans un geste réconfortant alors qu’une larme finit par trouver un chemin le long de sa joue. Elle la chasse rapidement d’une revers de la main en cherchant intensément quelques mots assez justes pour traduire tout ce qui bouillonne à l’arrière de son crâne. Mais rien n’est suffisant. Elle laisse alors cette marque d'affection parler d'elle-même, persuadée que la lieutenant saura lire entre ses lignes, déceler tout ce qu'elle peut vouloir dire. « - T’as tous les pouvoirs, Murph’ » C’est tout ce qu’elle parvient à souffler au creux de l’oreille de son amie alors qu’un demi-sourire trouve sa place le long de ses joues. « - Je sais pas si je pourrais arrêter de m’en vouloir un jour, mais si toi, tu m’en veux pas, c’est suffisant pour le moment » Elle prolonge l’étreinte pendant quelques secondes, s’imprègne de l’aura bienfaisante de la brune tant qu’elle le peut encore avant de s’en détacher. Replongeant un regard à la fois désolé et rassurant dans les prunelles de la militaire qu’elle espère apaisée.
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le Jeu 27 Juin - 3:38


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Murphy Cavendish & Nadja Wolfkoff

(23 janvier 2119 / dîner au réfectoire)


Les mois s'étaient écoulés et à chaque minute qui s'était ajoutée, Murphy avait l'impression de perdre un peu plus Nadja. L'éloignement était devenu de plus en plus palpable et semblait de plus en plus solide. Son amie devenait inaccessible, hors d'atteinte. Elle n'était plus sûre de pouvoir trouver les mots un jour et puis chaque jour passé semblait aller dans ce sens. Si elles ne s'étaient pas retrouvées dans les premiers moments du deuil, ceux qui étaient censés déterminer toute la suite, alors quand étaient-elles supposées se retrouver ?

Elles se perdaient, à nouveau; s'étaient perdues, à nouveau. Et c'était l'électrochoc qu'il avait fallu à Murphy. Il était probablement déjà trop tard, mais il finirait forcément par être trop tard. Elle avait déjà vécu de ces séparations que l'on reprochait à la vie, grande vie responsable de ce dont on était pas vraiment capable de porter la responsabilité. [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], ça avait été la vie. Nadja aussi, ça avait été la vie. Mais la vie avait bon dos, et Murphy en avait marre de se laisser faire par elle. Accepter cette forme de fatalité c'était accepter l'inaction et l'acceptation de ce qu'on aurait tellement de mal à accepter si on s'en considérait le seul maître. Mais accepter de n'être que témoin et victime de ce qu'on redoutait tant, c'était accepter d'abdiquer, accepter de ne pas être l'acteur principal de sa propre existence. A quoi bon se battre pour quoi que ce soit, alors ? Murphy voulait se battre pour sa vie, pour ce qu'elle en souhaitait et en attendait. Se battre pour sa survie dans les moments les plus critiques n'était plus suffisamment. Ca n'avait pas de sens si on n'en donnait pas. Elle voulait se battre pour ce qu'elle espérait faire de ce monde pour elle et pour les siens, et puis elle voulait se battre pour Nadja.

Elle l'avait déjà perdue une fois, Nadja. Elle savait déjà ce que faisait la vie sans elle et ce que pouvait être le soulagement des retrouvailles. Elle savait aussi ce que pouvait coûter le premier pas et la nuée de doutes et de questions qui l'entouraient. Cette fois-ci, elle savait que les circonstances étaient différentes. C'était la vie qui les avait séparées, pouvait-on dire, mais la vie avait pris des aspects bien plus sombre que le simple déroulé du temps. Thaïs était partie de ce monde, alors Nadja et Murphy s'étaient départies l'une de l'autre. Ce n'était pas une réponse, ce n'était pas un avenir. Ce n'était pas une expérience à reproduire.

Depuis que leurs chemins s'étaient éloignés, Murphy avait donc su que ce n'était qu'une question de temps avant qu'elles ne se retrouvent. Ce serait l'une ou l'autre qui ferait le premier pas, mais la promesse de leurs retrouvailles flottait toujours entre elles. Aucune des deux ne pouvait l'avoir oubliée. Et alors, ce soir, ce serait Murphy qui ferait le premier pas. C'était Murphy qui faisait le premier pas.

Elle avait fui trop longtemps devant la douleur de son amie. Surprendre les larmes que son amie avait libérées avec Wyatt aurait dû lui faire l'effet d'un électrochoc et en réalité, ces quelques instants n'étaient pas pour rien dans cette main qu'elle tendait ce soir. Mais sur le coup, Murphy avait fait ce qu'elle savait faire de mieux, ce qu'elle faisait avec sa propre détresse : elle avait fui. Elle était incapable de gérer ce qui semblait prendre possession d'un être tout entier, capable de ronger l'âme avant de s'attaquer au corps. Elle avait refusé de sombrer, elle, et elle avait ignoré tous les appels aux profondeurs. Ses peines, c'est comme ça qu'elle avait appris à les gérer, pour le temps que ça pouvait durer. Elle savait qu'il finissait toujours pas y avoir un retour de flamme. Mais quand il s'agissait de ses complices, les choses étaient différentes. Chaque larme qui coulait sur leur joue brisait son cœur avec deux fois plus de véhémence que les siennes. Alors c'était là ses seules certitudes : la peine de la peine et la vigueur de la réponse par laquelle elle voulait la contrer.

Mais face à Nadja, Murphy n'était plus sûre de grand chose d'autre. Elle tapait à côté; ses mots étaient maladroits, tremblants, presque comme des enfants de mots qui n'avaient pas fini de grandir. Il y avait une force invisible qui laissait dans son cœur l'impression de n'être rien d'autre qu'une miette insignifiante au mieux, irritante au pire.

Qu'est-ce qu'elle ne pouvait pas comprendre ? Pourquoi ne comprenait-elle pas que c'était elle, s'il fallait en désigner une, la fautive des deux ? Pourquoi ne comprenait-elle pas que c'était elle qui avait pris la fuite face au pleurs de son amie ? Pourquoi ne comprenait-elle pas qu'un médecin, malgré tous ses pouvoirs, n'avait pas celui de réécrire ce qui était déjà écrit ? Elle voulait lui hurler tout ça, Murphy, lui crier qu'il fallait qu'elle ouvre les yeux, qu'elle était la meilleure chose qui avait pu arriver à Thaïs malgré la fin, qu'elle était la meilleure chose qui pouvait arriver à plein de gens, y compris elle, et qu'elle n'était pas prête à la laisser se perdre, à la laisser filer entre ses doigts. Mais comment disait-on ces vérités ? « Alors on peut dire qu'on a toutes les deux merdé. On est bonnes à ça, entre nous » lâcha-t-elle donc simplement d'une petite voix, avec un faible sourire pudique. C'était pour ne plus se battre, ne plus tenter de convaincre Najda que ce n'était pas elle qui avait merdé. Elles s'étaient retrouvées et c'était sans doute le plus important; inconcevable de mettre le moindre obstacle entre eux, impossible de laisser un désaccord s'immiscer entre elles.

Mais chaque mot qui passait la frontière de ses lèvres était une menace, le début d'une maladresse. Alors quand elle reprenait la parole, c'était pour ajouter une plaisanterie et tenter d'alléger un peu l'atmosphère. Ofelia était avec elle, quelques instants, et couvait les deux adultes du regard protecteur d'une mère inquiète et touchée. Mais Nadja prenait la parole, pour de vrai, pour de bon, et Murphy sentait ses épaules s'affaisser d'un poids qu'elle n'aurait plus deviné possible. Tout ça, elle s'en était douté. Tout ça, elle l'avait vu dans les larmes que Najda avait laissé s'échapper face à Wyatt. Sa main se fraya un chemin entre couverts et assiettes pour trouver celle de la chirurgienne. Dans les mots et le regard de Murphy, toute la conviction qui l'animait. Elle intimait Nadja de la croire, de capter au vol tout ce qu'elle lui envoyait désespérément, mais la militaire comprenait que ce serait un travail de longue haleine. Elle serait là, tout du long, pour lui rappeler chaque jour qu'elle. N'était. Pas. Responsable. Personne ne pouvait être responsable de ce que les circonstances avaient déjà décidé. C'était porter un fardeau bien trop lourd - c'était, si c'était un argument qui sonnait mieux aux oreilles de son amie, s'octroyer trop d'importance. « Dans d'autres circonstances ou dans d'autres conditions, ça mène jamais nulle part. Les circonstances et les conditions sont pas de ton ressort, jamais. » S'il n'y avait pas eu d'ouragan, Thaïs ne serait pas morte. Si elle n'avait pas cherché à sauver son hérisson, Thaïs ne serait pas morte. Si les jeunes avaient pu arriver chez eux plus tôt, Thaïs ne serait pas morte. Si eux avaient disposé de cures miraculeuses contre les infections avancées, Thaïs ne serait pas morte. « Ce qui est de ton ressort, c'est de soigner ce qui peut l'être. Thaïs était... » Sa voix se brisa et elle fuit le regard de son amie pendant une seconde, le temps de se reprendre. « On pouvait plus rien faire, quand elle est arrivée. Si jle sais, tu le sais aussi. » Ca n'avait pas paru évident, pourtant, quand la sentence était tombée. Murphy s'était désespérément accrochée à l'idée qu'elle n'était pas médecin, qu'elle ne pouvait pas savoir mais qu'il devait exister l'option d'un miracle. Mais elle avait su dès qu'elle avait vu le regard de Nadja, dès qu'elle avait vu l'ampleur des dégâts sur le corps de la jeune fille. Ele s'était laissée reposer sur son amie et jamais elle ne le regretterait. Elle avait été son pilier, médecin et amie, la plus compétente de toutes pour ce moment noir, la plus douce de toutes pour accompagner la jeune fille et ses proches, y compris Murphy, dans ce moment tragique. En avait-elle seulement conscience ? Probablement pas. Elle se tenait comme responsable et uniquement responsable; le regard qu'elle lui avait lancé au lieu de répéter la phrase convaincue avait répondu à sa place.

Alors maintenant, Murphy voulait s'immiscer plus encore, devenir envahissante au point d'en faire crever Nadja. Elle savait la solitude l'une des pires ennemies des endeuillés et de ceux qui portaient le poids de culpabilités. En s'asseyant à côté d'elle, la militaire voulait qu'elle sente sa présence jusqu'à s'en plaindre. Elle était là, pour de vrai, et elle ne repartirait plus. Elle ne tournerait plus le dos à cette peine qui lui brisait le cœur, parce que la peine de Nadja était la sienne. Elles en porteraient le poids à deux.

Elle serrait la main de la conseillère dans les deux siennes et c'était doux, comme moment. Ca appelait aux sourires masqués qui marquaient une pause dans la gravité du moment, et puis un petit rire, c'était une petite victoire. Elle les prenait là où elle parvenait à les trouver, les victoires. Et le calme appelait aux confessions, aussi, et les paupières closes, Murphy avoua ce qui l'avait retenue si loin d'elle, si longtemps. Elle avait toujours eu les mots; ils n'avaient jamais quitté son être, n'avaient été matérialisés dans l'air. Ses prunelles s’humidifiaient secrètement sous des paupières qu'elle n'était plus sûre de vouloir ouvrir. Elle avait mal choisi l'endroit pour tout ça; pour ces retrouvailles, pour cette peine à partager, pour ces aveux à formuler, pour ces larmes à pleurer. Dans le noir, Murphy pouvait à nouveau entendre toute l'effervescence de la cantine à cette heure tardive. Mais sa tête était posée sur l'épaule de son amie et trois mains se serraient sur ses cuisses. Elle était là, Nadja, et peut-être qu'offrir sa présence n'était pas tout ce qu'elle avait souhaité en la poussant sur son banc. Peut-être qu'elle avait aussi cherché celle de son amie. En sentant le bras de cette dernière envelopper ses épaules, Murphy serra un peu plus sa main dans les sienne, mêlant doucement leurs doigts, comme pour lui prouver qu'elles étaient liés l'une à l'autre, collées l'un à l'autre, et que plus rien, cette fois, ne pouvait plus les séparer. Et puis quelques mots vinrent se lover au creux de son oreille, doux et porteurs d'un pouvoir que peu de mots pouvaient contenir. Ses paupières demeuraient fermées, mais un petit sourire tendre vint illuminer les traits de la brune. Le long de sa joue était venu glisser les quelques larmes qu'elle n'avait pu contenir plus tôt. Mais si elle avait tant de pouvoirs, elle aurait dû être là plus tôt. Elle aurait dû être là dès le début et tout du long.

Lorsqu'enfin, Murphy ouvrit les yeux et posa son menton sur l'épaule de la brune pour la regarder de son regard encore humide, cette dernière lui offrit une seconde victoire, après ce petit rire qui avait illuminé son cœur plus tôt. « Comment t'as pu croire une seule seconde que je pouvais t'en vouloir de quoi que ce soit... lâcha-t-elle tristement avant de déposer un baiser sur la joue de Nadja. « Ce qui compte vraiment, c'est pas moi... C'est toi... » Presque comme une enfant, Murphy titilla la mâchoire de Nadja du bout de son nez avant de laisser sa tête retrouver le confort de son épaule. « Je t'ai laissée trop longtemps, je te laisserai plus. Et si je dois te faire un exposé en trois parties tous les jours pour que tu finisses par comprendre que t'es pour rien dans ce qui s'est passé, je le ferai. » Et ça n'avait pas grand chose d'une plaisanterie. Si sa ténacité pouvait finir par convaincre Nadja, nul doute qu'elle l'aurait à l'usure. Il était hors de question qu'elle imagine un avenir où sa tendre amie continuerait à porter le poids d'une culpabilité qui n'était celle de personne; qui n'était, avant tout, pas la sienne. « Mange tes légumes », coupa-t-elle brusquement d'un ton autoritaire, avec un sourire en coin, en se décidant enfin à libérer ses mains. « Tu sais que... que je suis là, toujours, hein ? Pour t'emmerder avec des légumes et pour tout le reste ? » 
Nadja Wolkoff
— caught in the middle —
Nadja Wolkoff
DATE D'INSCRIPTION : 01/10/2017 PSEUDO/PRENOM : empty gold. MULTICOMPTES : aucun. MESSAGES : 950 CELEBRITE : Felicity Jones COPYRIGHT : luxaeterna ♥︎ (ava) - excelsior (signa) - chrysalis (icons) METIER/APTITUDES : membre du conseil, médecin et chirurgien de l'Odyssée. POINTS GAGNES : 0

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le Dim 21 Juil - 12:34

Help me to carry the fire
Nadja & Murphy

« We can never go home We no longer have one I'll help you carry the load I'll carry you in my arms The kiss of the snow The crescent moon above us Our blood is cold And we're alone But I'm alone with you »
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]23 Janvier 2119 — Le contact de la militaire est salvateur pour la scientifique. La culpabilité souveraine trouve un opposant sérieux dans le regard que lui lance la brune en face d’elle, prête à en découdre. Et Nadja se laisse volontairement prendre au jeu, laissant l’armure glisser le long de l’enveloppe charnelle. Pour la première fois depuis longtemps - trop longtemps - elle déverrouille chaque serrure menant jusqu’à cette part d’elle-même bien dissimulée derrière un masque porté depuis toujours, laisse l’alliée tout le loisir d’y pénétrer. En lui intimant silencieusement de ne rien casser sur son passage. Consciente du risque qu’elle est pourtant tout à fait prête à prendre. Elle frissonne quand Murphy admet son erreur. Celle qu’elles partagent douloureusement. Celle de deux gamines qui n’ont pas su prendre leur courage à deux mains pour faire le premier pas vers l’autre quand c’est tout ce qu’elles attendaient. Fierté dévorante ou peur de dépasser des limites toujours un peu plus floues et obscures. Nadja n’est pas capable de faire la différence entre les deux, pas maintenant. Pas après ce qu’elles ont vécu. Mais ça n’a plus d’importance maintenant qu’elle est là. Maintenant que ses phalanges glacées sont délicatement prisonnières de celles de la militaire et que son regard réchauffe son palpitant gelé. Les signaux envoyés par la lieutenant sont multiples mais la chirurgienne choisit de ne pas les admettre, bien qu’elle les capte, les uns après les autres. Perdue trop loin dans la solitude qu’elle s’est imposée. Il est plus facile de s’engager sur un chemin sombre et tortueux que d’en revenir. Elle a besoin d’une lumière pour lui montrer la direction à suivre, éclairer la route sur son passage. Murphy devient son phare.

« - J’aurais aimé que ce soit le cas », souffle-t-elle en écho aux paroles réconfortantes de son amie. Évidemment, elle a toujours été consciente de ne pas avoir le pouvoir de décider des circonstances dans lesquelles ce genre de drame arrivent. Parce qu’ils finissent par arriver, nécessairement. Ça n’enlève rien au fait qu’elle déplore les conditions dans lesquelles elle est contrainte d’exercer, alors qu’elles pourraient être meilleures. Qu’elles auraient du être meilleures. Et elle ne peut s’empêcher de penser que si ça avait été le cas, malgré tout, malgré la sévérité de la blessure de Thaïs, elle aurait peut-être pu faire plus. Elle aurait peut-être pu la sauver. Idée utopiste qui ne lui ressemble pas mais dont elle ne parvient pourtant pas à se défaire. Le regard de Nadja s’accroche à celui de son vis-à-vis alors qu’elle le fuit une seconde. Condamnée, elle l’était, c’est vrai. Elle l’a sur à la seconde où ses yeux se sont posés sur la plaie de la gamine. C’était déjà trop tard. Mais ça ne rend pas le diagnostique plus facile. Le deuil encore moins. La brune hoche la tête, incapable d’ajouter quoi que ce soit qui ne serait de toute façon pas très utile. Murphy le sait. Elle était là, du début à la fin. C’est aussi pour ça qu’elle est la seule autorisée à lui dire tout ça. La seule qu’elle serait capable de croire, ultimement. Parce qu’elle était présente. Témoin de son échec. Pilier solide en toutes circonstances. Même les pires.

Proximité provoquée, et bienvenue, Nadja doit l’admettre. Sa main toujours prisonnière de celles de la militaire, et c’est comme si tout avait disparu autour d’elles. La médecin ne fait plus attention au brouhaha ambiant. L’esprit entièrement focalisé sur son amie et son contact. L’éteinte initiée par la scientifique est aussi naturelle qu’attendue. Elle en a besoin. Admet enfin avoir besoin de cette présence rassurante que représente la lieutenant. Celle qu’elle a toujours représenté. Malgré les épreuves que leur relation a traversé. Ce n’est peut-être pas le meilleur endroit pour ce genre de retrouvailles, mais les circonstances n’ont plus vraiment d’importance du moment qu’elles ont lieu. Elle devine les larmes de son amie sans avoir besoin de les voir. Et cette observation la conforte dans l’idée qu’elle a vraiment été égoïste de penser que s’éloigner était la bonne chose à faire. Mais il est trop tard pour reculer, elle ne peut que tenter de rattraper son erreur en étant présente, maintenant. Tout comme Muprhy est présente pour elle. Malgré les regrets et l’amertume. Les quelques mots qu’elle prononce se veulent rassurants. Rassurants comme la Nadja qu’elle a toujours été. Brutalement honnête mais rassurante dans son objectivité. Tout ce qu’elle redevient doucement, lentement, au contact de son amie. Elle qu’elle espère redevenir complètement bientôt. Laissant la solitude désirée de côté pour retrouver un fonctionnement normal. Caractéristique de la Conseillère. Les regards se croisent une seconde quand la lieutenant relève la tête et Nadja lui offre un léger rictus alors qu’un baiser atterri sur sa joue.

« - Je suis à peu près sûre que tu m’en as voulu de t’avoir forcée à jouer les cobayes pour ma première piqûre » Le sourire s’élargit lorsqu’elle repense à leurs jeunes années. Le souvenir est resté gravé à jamais dans sa mémoire. Adolescentes, elles ont toujours été douées chacune dans leur domaine. Et si Nadja était considérée comme une espèce de prodige, elle a toujours eu cette peur dévorante de faire mal son travail. De faire mal, tout court. Le bras de Murphy doit encore s’en souvenir. Déjà à cette époque, la militaire était la seule autorisée à voir les failles de l’apprentie médecin. À constater ses imperfections. Alors qu’elle offrait au reste du monde une image froide, lisse et dénuée d’aspérités. Elle a toujours été présente en coulisses, chaque fois que le rideau se ferme. Une des seules à qui la chirurgienne a toujours laissé voir ce qui reste invisible aux autres. « - Je sais que tu le feras quoi qu’il arrive » Elle acquiesce machinalement de la tête en levant les yeux vers le plafond. Sachant pertinemment que Murphy ne plaisante qu’à moitié. Et en cet instant, elle ne pourrait pas être plus ravie que ce soit le cas. Les démons s’effacent peu à peu, chassés par l’aura bienfaisante de l’alliée qui s’accroche à côté d’elle. Et pour longtemps. Elle hoche de nouveau la tête en reprenant sa cuillère en mains. Les prunelles s’accrochent finalement à celles de la brune à ses côtés. Soulagée de l’avoir finalement près d’elle. Elle tend le bras pour rapprocher l’assiette de Murphy devant elle, lui intimant silencieusement de faire de même. « - Moi aussi je suis là. Pour t’emmerder avec tes légumes » Les iris jonglent entre le plat qui doit maintenant être froid et les prunelles avelines de la lieutenant. « - Mais surtout pour tout le reste » C’est une promesse. Une nouvelle promesse formulée maladroitement mais elle est certaine que Murphy la comprendra. Le regard qu’elle plonge dans ses yeux est celui de la gratitude qu’elle ne parvient pas à formuler avec des mots. Celui de celle qui réalise enfin qu’elle sera toujours mieux avec elle à ses côtés.
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