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˜˜˜˜˜˜Help me to carry the fire (Nadja)
maybe life should be about more than just surviving


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Murphy Cavendish
06/12/2015 Lux Aeterna Nuna Cortez 37540 Sophia Bush Lux Aeterna (vava & sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 685
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Sujet: Help me to carry the fire (Nadja)
Jeu 24 Jan - 3:20



help me to carry the fire

Murphy Cavendish & Nadja Wolfkoff

(23 janvier 2119 / dîner au réfectoire)


Les nuits d'hiver s'abattaient lourdement, comme par surprise, à des heures qui paraissaient plus que déraisonnables à Murphy. Mais les années faisant, elle s'y était progressivement faite. Le ciel pouvait avoir fini sa journée en plein milieu de l'après-midi alors que ce ne serait pas son cas avant plusieurs heures encore. Son organisme, lui, avait plus de mal à s'adapter à ces luminosités imposés. Lorsque la nuit venait, il lui arrivait souvent de laisser échapper quelques bâillements sans même s'en rendre compte. Mais l'hiver avait ça de réconfortant, fort heureusement, qu'il n'allait pas vraiment sans les grandes flambées et les rires des compatriotes qui se réunissaient là où la chaleur et la vie illuminaient encore le village. On ne respectait jamais autant les horaires des repas que pendant ces mois sombres. On cherchait la présence de l'autre comme une accroche au monde réel, alors que l'obscurité semblait capable de tout engloutir en quelques minutes à peine tant elle était lourde, adroite et vicieuse. Pour les gardes et les patrouilleurs, il était presque impossible de travailler seulement pendant les jours; les gardes comptaient toujours au moins quelques heures de nuit, et pendant celles-là il fallait savoir redoubler de vigilance tant il était aisé de se faire avoir par la fatigue ou la lassitude. L'hiver rendait Murphy à la fois asthénique et blasée pour toutes ces raisons. Parce qu'elle devait se contenter des patrouilles, s'aventurer en dehors du village ne parvenait pas vraiment à assouvir son besoin d'aventures et de découvertes. Tout dehors devenait compliqué : le froid, les épaisses couches de neige et les vêtements qui faisaient doubler à la fois de volume et de poids ralentissaient la moindre progression, fatiguait différemment des chaleurs harassantes des étés qui avaient au moins le mérite de permettre de s'alléger au maximum. Oh il n'y avait plus aucun moustique pour lui bouffer les jambes, mais à la place il lui fallait dégager son propre chemin dans la neige et se préparer à devoir se défendre de n'importe quel danger avec des moufles. Alors quand elle démarrait des patrouilles elle y allait à reculons, et quand elle les achevait elle ne le faisait avec guère plus de conviction. L'hiver était un sale moment à passer pour retrouver le bonheur des premières notes de printemps et apprendre à apprécier les canicules qui suivaient. Il était beau, l'hiver, quand il se parait de son beau manteau blanc, mais il était toujours accompagné de ce repliement sur soi auquel Murphy tentait de se faire année après année sans jamais réellement y parvenir. Cette année était probablement encore pire que les autres pour des raisons qui lui étaient propres, intimes et secrètes. Cet hiver la coupait d'une chaleur toute particulière qui n'aurait rien à envier aux hautes flambées qui réchauffaient le village, si elle y avait eu sa place elle aussi. Mais les étreintes d'@Isdès Hakantarr appartenaient aux saisons douces qui permettaient les retrouvailles et l'abandon au reste du monde. Son hiver n'appartenait qu'au village.

Antarès, lui, aimait toujours les premières neiges. Mais lui aussi s'en lassait bien vite, une fois la magie des premiers instants passés. Il suffisait de le voir traîner la patte à côté d'elle pour rentrer au village pour en être convaincu. Il avait dîné tout seul dans un coin; ses babines sombres qui dénotaient sur son pelage clair et dans l'obscurité en témoignaient. En passant la haute porte du village, Murphy salua d'un geste de la main les collègues qui prenaient la relève et les plaint des horaires qui leur avaient été attribués. Ce serait son tour d'être de nuit dans quelques jours, mais pour l'instant, elle préférait savourer le réconfort d'un retour au bercail à l'heure du dîner.

Elle souffla de soulagement en fermant la porte du réfectoire derrière elle. Elle pouvait déjà sentir ses doigts se réchauffer dans ses moufles et les ôta doucement en cherchant du regard des visages connus. L'ambiance était animée et tout ce qu'elle aimait en plein hiver. La cheminée flambait sur le côté et autour d'elle s'étaient réunis des groupes d'amis ou de connaissances qui finissaient le repas ou traînaient un peu plus longtemps en bonne compagnie. En glissant une moufle dans chaque poche de son manteau, Murphy sourit doucement, le regard brillant du reflet des flammes dorées et brûlantes au loin. Elle ouvrit sa doudoune en se dirigeant du côté des cuisines et de l'endroit où les cuisiniers servaient le repas du soir. En se retournant vers la salle, sa gamelle à la main, la militaire fit un rapide tour d'horizon des tablées. L'endroit était bondé et les groupes se mélangeaient joyeusement. On riait, on parlait beaucoup trop fort et on imaginait aisément les platées refroidir en attendant qu'on y prête l'intérêt qu'elles méritaient. Mais même au milieu de toute cette agitation, même si tout le monde était collé à ses voisins, on pouvait discerner l'exception, le visage fermé, le regard attristé, la fourchette tenue au-dessus de l'assiette sans que jamais elle ne se plante dans les légumes.

Le petit sourire de Murphy s'évanouit brusquement dans une mélancolie qui la rendit hésitante pendant une seconde. Il était peut-être temps de s'approcher de Nadja, d'arrêter de prétendre ne jamais avoir compris ce qui avait fait naître cette lueur sombre dans son regard. Il était peut-être temps d'être son amie, tout simplement. Parce qu'il ne s'agissait pas seulement de se retrouver et de prétendre que les liens étaient réparés si jamais on ne le prouvait. Alors Murphy slaloma entre les tables sans jamais perdre de vue la chirurgienne, assise à un coin de table, à côté d'un groupe qui semblait décidé à parler plus fort que leurs voisins. Mais un obstacle se rua dans ses jambes en hurlant son prénom et manqua de peu de faire valdinguer son assiette jusqu'au premier destinataire qui viendrait l'arrêter. « Oh ! Astrae ! Mais elle est où, ta maman ? » Dans un réflexe bizarre, Murphy avait relevé son assiette devant elle, au-dessus du niveau de sa tête. Il était hors de question qu'elle ébouillante sa filleule. Du coin de l'oeil, elle guettait la table de Nadja. Son groupe de voisins se leva et deux d'entre eux lui demandèrent poliment de se lever pour les laisser passer. Quatre places de gagnées par là-bas, mais Murphy, maintenant, c'était Adelaide qu'elle cherchait du regard. « Tu me suis ? » demanda-t-elle en guettant la petite fille de deux ans, bien peu décidée à la laisser sans surveillance. La gamine, elle, commençait à demander des nouvelles d'Antarès en répétant son nom et sa condition de chien. « Attends attends, attends... suis-moi ! » serina-t-elle inlassablement sur les quelques mètres qui les séparaient de Nadja.

Elle ne sut réellement si elle surprit son amie en lâchant lourdement son assiette sur la table. Elle lui sourit doucement avant de se pencher et de déposer une baiser sonore sur sa joue. Ce fut ensuite au tour d'Astrae de recevoir sa tendresse et elle s'accroupit pour la taquiner quelques secondes et se redresser subitement, la petite fille dans les bras. Le groupe qui avait laissé la table à Nadja avait migré du côté de la cheminée, laissant tout loisir à Murphy de s'installer confortablement -jusqu'à ce que de nouveaux arrivants ne réquisitionnent les quelques places disponibles, tout du moins. « Antarès est dehors, mais tu pourras peut-être le voir ce soir si t'es sage ! » expliqua-t-elle avec un sourire affectueux au coin des lèvres à la gamine assise sur ses genoux. « Tu sais où est Addie ? Elle doit la chercher partout ! » Avec un large sourire qui creusait ses fossettes, Murphy observait Nadja, essayant de débusquer la moindre particule de joie qui irradierait ses traits. « Je... je suis désolée de te déranger, mais je me disais que ça faisait longtemps qu'on avait pas parlé... pas vraiment parlé. » Oh bien sûr, elles s'étaient croisées ça et là, avaient régulièrement échangé quelques mots et sourires, mais les longues conversations étaient laissées au moment beaucoup trop rares où elles parvenaient à se trouver plus de quelques minutes. « Si... si t'attends quelqu'un ou que tu préfères juste être seule, je peux partir. » C'est un sourire plus faible qui ponctua cette simple proposition. Ce qu'elle essayait de lui dire, c'est qu'elle était là pour elle mais qu'elle ne voulait pas la brusquer et qu'en fait, c'était exactement pour cette raison qu'elle n'avait pas osé revenir sur cette journée d'août où elle avait surpris le déferlement de chagrin duquel @Wyatt Sheperd avait été le premier témoin. Sur les genoux de Murphy, la petite fille gesticulait impatiemment alors que la militaire essayait maladroitement de la bercer contre elle.
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Nadja Wolkoff
01/10/2017 empty gold. aucun. 826 Felicity Jones thinkky (ava) - ASTRA (signa) - tumblr (gifs) membre du conseil, médecin et chirurgien de l'Odyssée. 214
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Sujet: Re: Help me to carry the fire (Nadja)
Mer 6 Fév - 21:41


Help me to carry the fire
Nadja & Murphy

« We can never go home We no longer have one I'll help you carry the load I'll carry you in my arms The kiss of the snow The crescent moon above us Our blood is cold And we're alone But I'm alone with you »
23 Janvier 2119 — Les yeux ne reflètent que le vide qui s’est installé dans sa poitrine. Depuis plusieurs mois déjà, elle se bat contre son propre manque de volonté. Donne des coup de poing dans le vide pour se débarrasser de cet état de léthargie qui la pousse à se comporter d’une manière qu’elle exècre, reflète le parfait contraire de ce qu’elle a toujours été. Elle s’épuise un peu plus chaque jour à tenter de maintenir des apparences qui ne bernent pourtant personne. Le regard ancré à cette assiette à laquelle elle n’a aucune envie de toucher, la scientifique semble avoir perdu toute rationalité. Elle s’efforce à faire bonne figure en public mais cherche la solitude pour qu’on ne remarque pas son mal être. Elle s’embourbe dans cette situation impossible comme l’hiver s’accroche à leurs semelles. Le froid l’irrite, littéralement et métaphoriquement parlant. Elle n’en peut plus de ce froid qui déteint de plus en plus sur elle. Espère que l’arrivée du printemps sera synonyme d’aller mieux, pour elle aussi. Persuadée que continuer d’avancer sans parler est la meilleure solution pour oublier la culpabilité. Ce sentiment qui la ronge, lui grignote le cerveau et l’empêche de se consacrer à son rôle. Le vrai.

Dans la grande salle commune, elle s’est isolée, naturellement, comme elle en a pris l’habitude depuis des semaines. D’ordinaire, elle ne traîne pas au repas. Ne savoure plus ce moment depuis longtemps. Bercée le brouhaha ambiant, elle fait pâle figure au milieu de la foule réunie à l’abri du vent et de la neige. Nadja ne prête pas plus d’attention au groupe qui s’est installé à sa table, leur a à peine accordé un regard depuis qu’ils ont pris place sur le même banc qu’elle. Coeur givré qui transparaît jusque dans les traits de la chirurgienne. Seule dans la bulle qu’elle a forgé tout autour d’elle, dernier rempart jusqu’à l’immensité polaire qui règne au fond d’elle. Elle ne remarque pas non plus Murphy qui s’approche. Pas tout de suite. Ne relève les yeux vers son amie qu’au moment où elle distingue sa voix prononcer le nom d’Astrae. Comme un réflexe, la médecin plisse le front en dirigeant ses iris vers la gamine qu’elle a vu naître et sa marraine. Pendant une seconde, Nadja hésite à se lever précipitamment, quitter la salle en prétendant n’avoir ni vu ni Murphy ni l’enfant qui la suit inlassablement. Ça serait plus facile que d’affronter le regard de l’ancienne militaire. Le même qu’elle a du affronter le jour où elle a du lui dire en face qu’elle serait incapable de sauver Thaïs.

Elle se ravise finalement, fait preuve d’un élan de lucidité. Consciente que cela ne ferait qu’aggraver les choses. Elles se sont promis de ne plus laisser le temps les séparer. Nadja n’est pas prête à laisser quoi que ce soit d’autre se mettre entre elles. Ce serait trop bête. Perdue entre deux pensées contradictoires, elle ne s’est pas rendue compte de la proximité de la lieutenant et de sa filleule, sursaute légèrement lorsque la brune lâche son assiette sur la table qu’elle occupe. Nadja pense esquisser un sourire en réponse à celui lancé par Murphy, mais n’est pas certaine que son intention se traduise réellement sur son visage. Le baiser laissé sur sa joue est aussi une surprise, agréable cependant. Mais la scientifique n’est pas capable d’y répondre sur l’instant, laisse passer quelques secondes avant d’adresser un rictus tendre à son amie, puis de baisser les yeux vers l’enfant gigotant sur ses genoux, alors que le groupe à côté d’elle se décide à s’éloigner. « - Elle doit pas être loin, je l’ai vue passer en arrivant », répond-elle machinalement. Une réponse aussi mécanique qu’abstraite. Elle ne fait tellement plus attention à ce qui l’entoure qu’elle ne reconnaît les visages autour d’elle que si elle s’y attarde réellement. Comme endormie à chaque instant.

« - Tu me déranges pas, Murphy. Jamais » Vérité qu’elle formule sans y penser tellement ça lui paraît naturel. « - J’attends personne, tu peux rester » S’il te plaît, reste. Elle l’implore intérieurement de ne pas la laisser. Le manque laissé par la militaire la frappe maintenant qu’elle se trouve en sa présence. C’est comme se rendre compte de ce que l’on a une fois qu’on l’a perdu. Le regard de Nadja divague un instant avant que la réalité ne refasse surface. Elle n’est pourtant que très rarement seule, réellement seule. Malgré tout, ce sentiment ne la quitte plus depuis tellement longtemps qu’il semble s’être fait une place durable au fond de son crâne. Le rire d’Astrae est contagieux, parvient à arracher quelques sourires à la scientifique qui se redresse, puis se penche vers la gamine pour lui caresser brièvement la joue, avant de lui glisser son assiette à laquelle elle n’a pas touché. « - Tiens, mange si tu as faim », souffle-t-elle doucement en approchant de sa petite main la cuillère qu’elle n’utilisera pas. Pendant de longues secondes, le regard de Nadja reste ancré sur la petite fille, sur son innocence. La chance qu’elle a de n’avoir connu que ce monde là.

« - Tu voulais me parler de quelque chose ? Tout va bien ? » Les iris neurasthéniques plongent de nouveau dans celles de son amie, le front plissé, elle oriente les questions pour que les réponses lui conviennent. Pas certaine d’être prête à mettre des mots sur ce qu’elle ne comprend pas elle-même. « - J’ai été un peu… Occupée, ces derniers temps, mais tu sais que tu peux venir me voir quand tu veux si quelque chose ne va pas » Occupée, elle choisit bien ses mots. Le demi mensonge ne passera pas, elle le sait. Pourtant, elle le prononce quand même. Elle s’inquiétera toujours pour Murphy, parce qu’elle est ce qui se rapproche le plus d’une famille pour elle, et pense toujours devoir être celle qui prend soin des siens. Jamais l’inverse. Elle a du mal à lâcher prise. S’autoriser des états-d’âme. Encore moins qu’on les reconnaisse. Mais la brune en face d’elle semble avoir ce pouvoir sur elle. La faire céder, voir au travers des failles de son armure.
(c) DΛNDELION

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Murphy Cavendish
06/12/2015 Lux Aeterna Nuna Cortez 37540 Sophia Bush Lux Aeterna (vava & sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 685
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Sujet: Re: Help me to carry the fire (Nadja)
Lun 11 Fév - 2:38



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Murphy Cavendish & Nadja Wolfkoff

(23 janvier 2119 / dîner au réfectoire)


Dans les confidences secrètes qu'elle accordait à l'obscurité des nuits difficiles, Murphy se targuait d'être une bonne amie. Elle était fidèle, tendre, investie, présente, généreuse, ouverte, serviable. Peut-être un peu trop curieuse parfois, un peu trop franche ou taquine, un peu trop violente, un peu trop exigeante. Mais elle n'était pas une mauvaise amie. Au contraire, l'amitié était l'une des valeurs qui lui étaient les plus chères. On ne devenait pas ami avec Murphy en un claquement de doigts : il fallait gagner sa confiance avant de gagner son cœur, mais quand quelqu'un y trouvait votre place, oh, elle pouvait tout faire pour lui. Ses amis étaient une extension d'elle-même. Quand un ami pleurait, c'était l'être entier de Murphy qui pleurait, comme si on cherchait à lui arracher quelque chose. Voilà pourquoi le deuil de Faust avait été si difficile et l'était encore; voilà pourquoi lorsqu'on brisait la confiance qu'elle avait si difficilement donnée, elle reconsidérait jusqu'à la personne qu'elle était. Oui, Murphy mettait sans doute l'amitié au-dessus de tout le reste, et pourtant, il y en avait une qui à laquelle elle faisait défaut, qu'elle avait probablement un peu fuie sans vraiment le vouloir. C'était une forme de préservation, sans doute, parce qu'elle savait, elle comprenait. Le malheur, elle l'avait vécu à deux. Pas de la même manière, pas du même côté, mais c'était ensemble qu'elles avaient vu les dernières étincelles de vie quitter le regard de Thaïs. C'était ensemble qu'elles avaient fait front, accueilli la réalité et assisté à cette fin de vie. Mais elle s'étaient départies l'une de l'autre, ensuite. Et ça faisait mal, pour Murphy, de se rendre compte d'une telle chose. Elle n'était pas une si bonne amie, parce qu'elle n'avait pas pu faire face à un autre deuil, à une autre peine, à une autre détresse. Et le temps avait laissé les choses se creuser encore, et elle avait attendu, d'aller mieux peut-être, d'accepter sans doute. C'était auprès de @Wyatt Sheperd que Nadja avait trouvé du réconfort, et Murphy s'était sentie misérable en les trouvant toutes les deux, réalisant seulement à ce moment-là l'ampleur de la détresse de son amie, coupable de son égoïsme, du poids de son propre deuil.

Mais elles se l'étaient promis, toutes les deux, de ne plus laisser le temps les séparer. Et c'était une promesse tue, aussi, celle de ne jamais laisser l'autre seule face à son désarroi, à son chagrin, à l'adversité. Murphy avait failli, si longtemps, tant de fois, préféré la fuite à l'épreuve dont elle craignait la douleur d'un effet miroir. Était-ce égoïste de se réparer pour essayer de réparer l'autre ? Était-ce honorable d'affronter d'abord ses propres démons pour mieux être armé face à ceux de l'autre ? Peu importait les réponses : le sentiment de culpabilité rongeait Murphy, spécialement depuis qu'elle avait surpris le chagrin de Nadja par accident. Elle n'avait pas été dans la confidence, pas été invitée à partager cette intimité, cette vulnérabilité, cette sensibilité. Alors elle le savait, elle aurait dû dire un mot, faire un geste, mais rien n'aurait jamais suffi à exprimer toute la désolation qui était la sienne, toute l'impuissance qui la saisissait lorsqu'elle posait son regard sur Nadja. Ca faisait un an, maintenant. Un an que Thaïs était partie, un an qu'elles l'avaient laissé partir. Un an d'occasions manquées et évitées de tendre une main à Nadja. Un an passé à repousser à plus tard, quand le courage serait là, quand la culpabilité serait moins omniprésente. Mais le courage ne venait pas et la culpabilité gagnait du terrain plutôt que d'en perdre, et peut-être qu'il suffisait d'un moment, de quelques minutes, de quelques mots simples pour que la main se tende, que le contact se reprenne. Que les amies se retrouvent et avancent main dans la main, apprivoisent ensemble cette disparition.

Mais la détresse et la solitude de Nadja irradiaient jusque dans cette pièce de vie, de flammes endiablées, de rires et de retrouvailles. Au milieu de tout ça, son amie était isolée, perdue dans un monde loin du leur, et ce désarroi sonna comme un appel à la brune, qui réunit son courage et donna un coup de pied au cul de sa culpabilité. Il était temps. Il était tard, trop tard sans doute, mais Murphy ne pouvait plus rester silencieuse et se contenter d'être témoin de cette chute sans pouvoir faire autre chose qu'imaginer ce que Nadja pouvait traverser. Car elle ne pouvait pas prétendre savoir ce qui se tramait dans son esprit : Nadja avait été la médecin, Murphy l'amie. C'était deux perceptions d'un même deuil.

En posant son assiette face à la chirurgienne, Murphy était déterminée. Elle comptait la couvrir d'amour, la noyer sous son affection, rattraper tout le temps perdu et tout celui qui ferait encore mal. Avec Astrae posée sur ses genoux, elle espérait aussi réveillait un peu de l'innocence que seuls les enfants savaient faire réapparaître dans les situations les plus sombres. Mais le sourire de Nadja était faible, presque mensongeux, et la militaire sut immédiatement que trop de temps avait passé, que les blessures s'étaient infectées et qu'elle arrivait bien trop tard. La culpabilité la fit soudainement pâlir alors que la gamine chahutait sur ses genoux. En levant le nez vers le reste de la salle, Murphy cherchait Adelaide, hâtive de laisser la petite fille à sa mère pour qu'enfin, les deux vieilles amies se retrouvent entre quatre yeux. Sa filleule méritait de passer une soirée heureuse avec sa mère; elle retrouverait sans doute Antarès plus tard et ferait de beaux rêves, encore préservée du monde des adultes où les choses pouvaient être sombres longtemps, bien trop longtemps.

Elle pouvait rester, lui confirmait Nadja. Murphy lui sourit faiblement, aussi persuadée de la tendresse par laquelle elle souhaitait étouffer son amie que de l'affliction qui s'était emparée d'elle. Elle n'avait pas mangé, ou à peine, et poussait son assiette vers la petite fille, qui reporta son énergie sur les couverts qu'on lui tendait. « Nadja... » souffla-t-elle comme une imploration alors qu'Astrae s'arrachait à son étreinte pour courir vers sa mère, qui les saluait de plus loin, prête à aller se poser pour la soirée. Parce que tout son être restait engagé auprès de Nadja, le signe de main de Murphy fut poli plus que chaleureux. Son regard ne s'était déporté vers la collègue de Nadja que quelques secondes, par nécessité, mais il avait retrouvé la mine abattue de cette dernière presque aussi vite. « Je... non non, ça va. Enfin... » Prise au dépourvu par la question sans qu'elle ne sache réellement pourquoi, Murphy baragouina quelques instants, chercha ses mots. Elle soupira et s'accouda sur la table, évitant de justesse les deux assiettes posées devant elle. « Il faut que tu manges, tu le sais mieux que moi. Une machine fonctionne pas sans carburant. » Elle poussa la platée de Nadja vers elle, avec la cuillère laissée par Astrae plantée au milieu des légumes. « Attends pas que ça soit complètement froid, ça sera dégueulasse. » Pendant une seconde, elle crût entendre les remontrances de sa mère et sourit un peu tristement en attrapant sa propre cuillère pour farfouiller dans son plat. « Je, heu... » Elle se racla la gorge en remplissant sa cuillère sans grand conviction, le regard rivé sur les légumes comme si sa survie en dépendait. « Je suis désolée, pour l'autre fois, avec Wyatt, et je heu... » Elle soupira, cherchant ses mots, encore, paniquant à l'idée que Nadja puisse l'interrompre pour mettre fin à ce qu'elle souhaitait dire. Elle releva finalement son regard vers elle pour planter ses prunelles dans celle du médecin. Il fallait qu'elle l'entende, il fallait qu'elle l'écoute. « Comment tu vas, toi ? » Nerveusement, elle balaya d'un revers de main la potentielle réponse de son interlocutrice. « Je suis désolée pour tout, en fait. Ca va pas, Nadja, jle vois bien, jsais pas pourquoi je joue le jeu de la question alors que jconnais la réponse. J'aurais dû être là. » Agitée, un peu fébrile, Murphy enfourna une première bouchée de légumes. Elle reprit aussitôt, sans prendre la peine ou le temps d'avaler la cuillerée, de peur que Nadja l'interrompe, la rejette ou la repousse, se lève et prenne la poudre d'escampette. Murphy n'avait plus aucune légitimité à ce rôle d'amie. Elle l'avait perdue un an auparavant, quand elle ne s'était pas assurée qu'elle pouvait se relever, elle aussi, de cette épreuve. Elle avait été égoïste, avait prétendu que tout allait bien trop longtemps, jusqu'à s'effondrer dans les bras d'@Isdès Hakantarr, jusqu'à passer le cap égoïstement, loin de celle qui l'avait laissé partir avec elle. « On a... vécu ça ensemble, quand c'est arrivé. On aurait dû vivre ça ensemble, après. On devrait, maintenant. » Elle avala ses légumes avec difficulté, tentant d'éventer les choses comme elle le pouvait. Ca brûlait, ces conneries. Y'en a qui comptaient sur la chaleur des légumes pour ouvrir un sauna, ou quoi ? Brusquement, presque violemment, elle poussa les deux assiettes devant elle et attrapa la main de Nadja, pour la serrer entre les siennes. « Même si j'arrive trop tard, me repousse pas. On s'est promis qu'on laissait plus ces conneries nous faire du tort. » Elle marqua une pause, un peu émue, avant de désigner la platée de son amie d'un mouvement du menton un brin malicieux, comme pour apporter un peu de légèreté à l'instant. « Et mange tant que c'est chaud. T'y as probablement jamais eu le droit, mais ma mère me le disait souvent. Ecoute Ofelia, sinon elle viendra te hanter en te forçant à manger des légumes froids. »
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