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˜˜˜˜˜˜I'm still here
maybe life should be about more than just surviving


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21/12/2018 ΛURORΛ BOREΛLIS MILA SWANN 47 NADIA HILKER SWEETPOISON, ENDLESSLOVE, RILÈS ESCLAVE AFFRANCHIE LES ENFANTS DE LA FORÊT 95


Sujet: I'm still here
Sam 12 Jan - 0:36

I'm fighting a battle. I'm fighting my shadow. Herd fears like they're cattle. It's haunted me. Oh the past it's haunted me. Oh the past it wanted me dead. Oh the past tormented me. But the battle was lost. ‘Cos I'm still here. I'm lighting the long way home (@sia // beerus)


Tu ne sais quoi lui dire, comment lui dire, toutes ces choses qui compriment ton cœur jusqu’à l’usure. Chaque fois que tu trouves un mot, il te semble dépourvu de sens, dépouillé de tout, comme ton âme. Il n’en reste que des fragments, dispersés ici et là. Tu ne cherches pas à les récupérer, ayant accepté depuis bien longtemps l’idée qu’ils se soient envolés dans les tempêtes de sable.

Nuna. Tu écris son prénom tant de fois que tu as l’impression de l’abîmer. Alors tu arrêtes brutalement. Le doute t’assaille de part et d’autre, t’empêche de penser clairement. Ton propre esprit t’embrouille, c’est tellement dur de revenir vers elle. Même à travers une lettre. Vous n’avez plus rien en commun, si ce n’est ce passé que tu as transporté toutes ces années avec toi. Tu as imaginé la retrouver dans cette forêt qui vous a séparé pour la prendre dans tes bas, la rassurer. Sauf que tu ne peux pas. Tu ne peux lui annoncer que tu vas bien, que tu es en vie. C’est faux. Tu es morte là-bas, sous les coups de fouet qui ont transpercé ta chair. Tu as tout perdu, ton humanité, ta dignité, ton passé. Ils ont tout raflé, te laissant rentrer avec une carcasse amochée, un esprit fractionné.

Tu penses encore devoir fuir, résister, survivre. Alors non, tu ne vas pas bien. Tu ne vas pas bien du tout. Et la seule raison pour laquelle tu ne t’écroules pas instantanément, c’est parce que tu ne pourrais plus te relever. Tu ignores ce qui te maintient encore en vie. Surement un espoir corrompu qui te donne l’illusion qu’il demeure quelque chose en toi qui respire.

« Est-ce que tu peux m’aider ? » Tu demandes à TC de t’apprendre, te réapprendre. Tu ne sais plus comment cela fonctionne. Il t’explique, le sourire accroché aux lèvres, la façon dont les oiseaux vont et viennent entre les tribus. Messagers infaillibles qui bravent les distances à la force de leurs ailes. Dans le ciel, ils semblent libres comme l’air, insaisissables. Tu les regardes et les envies en silence. Il peut le voir mais ne rien dit, se contente de t’entraîner pour que tu sois prête. Quand tu seras prête. Il pense que tu vas reprendre contact, leur annoncer la bonne nouvelle et dans le fond, tu l’envisages mais les choses ne se déroulent pas de cette façon. Il s’écoule finalement une semaine avant que tu ne décides de combler le vide. Tu ne réfléchis pas cette fois, inscris ce qui te vient naturellement.

A défaut de lui livrer la vérité, tu espères la soulager d’un poids. Et surtout, l’inciter à croire ces quelques phrases qui relatent, au fond, ta perception de la réalité. Une perception erronée que le déni alimente à son grès. C’est la main tremblante que tu remets au volatile cette missive alors qu'il entreprend immédiatement le début du voyage.

Nuna de la montagne.

Je t’écris afin d’honorer le souhait d’une amie. Elle s’est éteinte dans la cité du feu avant de parvenir à s’échapper. Je lui ai promis de faire ça pour son peuple. Pour ses parents. Pour toi. J’espère que ses mots vous permettront d’avancer sans retenue, de tirer un trait sur le passé.

La survivante du désert.



→ nuna, échange épistolaire, premier envoi 9 décembre 2118


Dernière édition par Makenna Askaywen le Dim 13 Jan - 19:02, édité 3 fois

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12/10/2018 Lux Aeterna Murphy Cavendish 646 Zazie Beetz Lux Aeterna (vava, sign, gifs) Forgeronne et orfèvre (joaillière) Athna 797


Sujet: Re: I'm still here
Sam 12 Jan - 22:31



I'm still here

Nuna Cortez & Makenna Askaywen

(à partir du 16 décembre 2118 / correspondance épistolaire)


Interrompue dans son travail par son cousin, Nuna leva à peine le nez pour le voir poser un morceau de papier à l'extrémité de sa table de travail. « C'est arrivé pour toi » avait simplement dit @Isdès Hakantarr alors qu'elle posait le lourd marteau sur l'enclume pour le remercier d'un regard épuisé, les sourcils froncés pendant une seconde, se demandant de quoi il pouvait bien s'agir. Mais la nuit n'allait pas tarder à tomber; à travers les fenêtres de sa forge, elle pouvait déjà voir les rayons crus du soleil disparaître derrière les hauteurs du cratère volcanique. Il était encore tôt dans l'après-midi mais la lumière se perdait déjà bien loin d'ici, les laissait voguer dans une semi-obscurité qui laisserait bien assez tôt place à la longue nuit qui rythmait les hivers montagneux. Alors du jour, Nuna ne perdait jamais une miette, et elle se remit au boulot en laissant le petit papier loin de la chaleur de l'âtre.

Ses prunelles commencèrent à souffrir de l'obscurité et de son contraste avec la lumière douce et chaude du feu auquel elle revenait inlassablement pour rendre malléable ses matériaux. Comme d'habitude, ce n'est qu'à ce moment-là qu'elle accepta que la lumière s'était fait la malle, pour aujourd'hui. Et elle le savait trop bien, les lueurs de bougies n'auraient jamais le même pouvoir que les rayons solaires. Quand il faisait noir, il faisait noir. Et dans un soupir, elle ôta gants et tabliers avant d'admirer une seconde l'arme sur laquelle elle avait travaillé toute la journée. L'armurerie, ce n'était pas ce qu'elle préférerait dans son rôle d'orfèvre, mais elle devait admettre que les années lui avaient permis de trouver quelque chose de beau et de poétique au façonnage des armes. Elle avait appris à occulter le rôle de ces géants de métal qui naissaient sous ses doigts et ses coups de marteau. Elle, elle y voyait de fidèles compagnons qui naissaient sous son regard bienveillant. Les armes faisaient partie de ces biens qui accompagnaient quiconque s'aventurait hors du camp, vivait de grandes aventures. Elles étaient transmises de générations en générations et c'était elle, Nuna Cortez, qui faisait naître ce petit morceau de famille. Ce que son et ses propriétaires en feraient, ça ne la regardait pas. Elle ne voulait pas que ça la regarde. Si c'était sa façon de gagner sa place auprès des siens, alors qu'il en soit ainsi.

Mais dans l'obscurité seulement cassée par l'âtre qu'elle laissait mourir dans sa forge, Nuna rangeait ses affaires pour les trouver organisées le lendemain. S'assurant qu'elle était refroidie, elle plaça la hache dans un angle parfait avec les lignes de son plan de travail et conclut avec un sourire satisfait sans se rendre compte qu'elle chantonnait l'une des mélodies que les enfants athnas aimaient tant. Ce n'est qu'en passant devant le morceau de papier blanc que Nuna se rappela qu'Isdès était passé par là quelques heures plus tôt. Elle se tût subitement, plus curieuse qu'inquiète, et attrapa la lettre sur laquelle se dessinait les quatre lettres de son prénom. Une surprise ? Un de ses quelques amis d'ailleurs qui prendrait de ses nouvelles, chercherait à organiser une prochaine rencontre ? Elle ne reconnaissait pas l'écriture, mais elle embarqua la lettre avec elle en fermant la porte de la forge derrière elle, persuadée qu'Isdès lui avait amené de quoi chambouler sa vie pour le mieux, histoire de marquer une brève trêve dans le quotidien hivernal que les montagnards ne connaissaient que trop bien.

En rentrant chez elle, Nuna posa la lettre sur sa table et passa quelques minutes à raviver le feu qu'elle avait laissé le matin avant de partir à la forge. Les braises laissèrent vite place à des flammes naissantes, puis plus vives, qui s'élancèrent gracieusement vers le conduit de cheminée. Satisfaite, Nuna récupéra la lettre et s'assit devant le feu. Du regard, elle détailla la calligraphie du prénom mais ne reconnaissait pas l'écriture. Elle décacheta et déplia soigneusement le papier abîmé qui, avec l'oiseau qui s'en était occupé, avait dû subir un houleux voyage jusqu'ici.

Ce n'était que quelques mots, que quelques mots, mais elle se raidit toute entière. Sans s'en rendre compte, son souffle se bloqua et une boule d'anxiété vint se loger dans sa gorge. Ce qu'elle avait préféré laisser au passé était revenu en quelques secondes. Une dizaine d'année à occulter des souvenirs heureux et un moment, un seul moment qui avait tout détruit. Il suffisait donc de quelques secondes à peine pour réveiller le monstre endormi. Mais peut-être qu'elle avait mal lu, ou qu'elle avait lu ce qu'elle avait voulu y lire. Peut-être que ce n'était pas ce qu'elle pensait, que ces mots étaient destinés à une autre Nuna qui vivrait au sein du volcan ou concernaient quelqu'un d'autre, n'importe qui d'autre que la première personne qui lui était venue à l'idée. Après quelques secondes de paralysie, Nuna chercha subitement l'air en inspirant, haletante, cherchant du regard n'importe quoi ou n'importe qui; elle ne savait pas trop, juste de quoi annuler cette lettre.

Mais les parents de Nenna n'étaient plus, et garder secrète cette lettre était peut-être la plus simple de toutes les solutions. Elle la relût plusieurs soirs avant de chercher le sommeil sans le trouver, cherchant à débusquer des indices, à comprendre subitement qu'il ne s'agissait pas de sa tendre et disparue amie, qu'on ne lui annonçait pas la mort de ce dont elle n'avait eu de cesse d'espérer qu'elle vivait une belle vie, où qu'elle soit. Son monde à elle était chamboulé comme rarement il l'avait été. Makenna avait été volé à son monde et elle était restée plantée là, impuissante, paralysée, comme elle l'était toujours. Makenna avait dû la haïr. Makenna avait dû la maudire, lui souhaiter les pires malheurs de l'univers. Mais Nuna, elle, l'avait toujours portée dans son cœur, comme le dernier bastion de paix qu'elle pouvait lui offrir. Elle n'était pas bête ou naïve pourtant : dix ans, c'était beaucoup trop loin. Si elle vivait encore, ce n'était certainement pas la vie qu'elle lui rêvait. Ce n'était pas si difficile de croire à l'horrible nouvelle qu'on lui apprenait en quelques lignes. Ce qui était difficile, c'était d'avoir à l'encaisser après toutes ces années; des années passées à essayer de vivre avec, d'apprivoiser à la fois l'absence de Nenna et sa propre lâcheté. En quelques secondes, l'équilibre avait été rompu. Et en relisant cette lettre, Nuna cherchait une solution pour le reconstruire comme elle pouvait. Ce serait un équilibre d’équilibre si elle y parvenait, mais ce serait toujours moins pire que de dériver, perdue comme elle l'était maintenant. Au bout de quelques jours, tremblante, elle tendit à son cousin une réponse pliée autant qu'elle pouvait l'être, comme si elle espérait qu'elle ne trouverait jamais son destinataire.

le 16 décembre 2118

Chère survivante du désert,

Qui es-tu, survivante du désert ? Qui as-tu connu dans ton enfer ?
On m'a pris une amie il y a bien trop longtemps déjà. Je n'aurai de cesse de croire qu'on me la rendra tant qu'on ne me donnera pas de raison d'abandonner. Tu ne m'as pas encore donné cette raison.
Qui es-tu ? Qui est cette amie que tu cherches tant à honorer ? Raconte-moi ton histoire. Raconte-moi votre histoire.
Je ne tire pas de trait sur le passé.
Elle et moi, on se retrouvera. Dans ce monde ou un autre.

Nuna des montagnes


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21/12/2018 ΛURORΛ BOREΛLIS MILA SWANN 47 NADIA HILKER SWEETPOISON, ENDLESSLOVE, RILÈS ESCLAVE AFFRANCHIE LES ENFANTS DE LA FORÊT 95


Sujet: Re: I'm still here
Mar 15 Jan - 20:02

I'm fighting a battle. I'm fighting my shadow. Herd fears like they're cattle. It's haunted me. Oh the past it's haunted me. Oh the past it wanted me dead. Oh the past tormented me. But the battle was lost. ‘Cos I'm still here. I'm lighting the long way home (@sia // beerus)


Tu n’espères pas avoir une réponse, au contraire. Tu espères ne rien recevoir en retour. Seul le silence pour t’accompagner chaque jour. Puisse-t-elle trouver un peu de réconfort dans tes mots. Et surtout, tirer un trait sur ce passé qui vous raccroche l’une à l’autre. Tu imagines tes parents accablés d’apprendre la nouvelle, soulagée de te savoir libérée de ces chaînes. Loin de te douter de la réalité : ils ne sont plus de ce monde, ayant succombé des années auparavant. Cette idée te semble improbable car tu n’as pas conscience de la décennie qui te sépare d’eux. Pour toi, le temps s’est subitement suspendu. Exilée dans une contrée étrangère, recluse dans une atmosphère meurtrière. Chaque nuit avec les mêmes cauchemars. Tu as vécu dans un tourbillon sans fin, sans repère. Et tu dois désormais faire face à la vie. Tu n’es pas prête. Personne ne l’est. Parce que la vie est violente, compliquée. C’est plus facile d’abandonner, de mourir. Tu aurais préféré. Nuna. Quand tu aperçois l’oiseau voler au dessus du village comme une plume en apesanteur, ton cœur manque un battement. Est-ce pour toi ? Hélas. Il s’avère que ton amie ne compte pas en restée là. Tu ne déplies pas la lettre immédiatement, parvenant à peine à la tenir dans ta main tremblante. Tu l’emmènes avec toi, dans cette tanière qui semble-t-il t’appartient. L’ouvrir ? Tu en as terriblement envie pourtant quelque chose t’en empêche. Une appréhension nouvelle. Tu ne parviens à trouver le sommeil cette nuit, te posant des centaines de questions sans trouver une seule réponse.

Tu brûles de l’intérieur, à croire que des flammes rongent les parois de ton âme. Ne supportant plus cette fièvre nocturne, tu décides de te plonger à corps perdu dans l’inconnu. Et sous la lueur de la bougie, tu découvres le message tant redouté. Tu as l’impression d’avoir commis une erreur, ravivé un feu éteint, rouvert des plaies colmatées. Tu n’aurais pas dû. Et pourtant, l’espace d’un instant, tu as le sentiment d’avoir retrouvé ton amie. Des souvenirs t’assaillent de part et d’autre, te propulsent dans des recoins profondément enfouis de ta mémoire, là où les souvenirs de ton enfance gisent comme des guerriers blessés, abandonnés au combat. Tu effleures du bout des doigts les lettres formées, réalisant que c’est la première fois que tu lui parles depuis ton enlèvement. A cette simple pensée, tu sens une profonde tristesse te tirailler et les larmes ne tardent pas à venir. Ça fait si longtemps, tu avais oublié leurs goûts sur tes lèvres. Elles sont trop nombreuses pour que tu parviennes à les arrêter. Il te faudra attendre que ce torrent émotionnel s’épuise de lui-même. Et c’est ce que tu fais, dans le silence de ta souffrance capitonnée. Au petit matin, quand le soleil finit par franchir la ligne de l’horizon, tu te sens épuisée, vidée de toute énergie. C’est seulement le lendemain que tu entreprends de poursuivre, ce qui semble être, vos confidences. Tu souhaites lui raconter ton parcours, lui confier ton supplice mais cela te semble inapproprié. Egoïste. Pourquoi vouloir la conduire au plus près de tes blessures quand toi-même tu cherches à les fuir ?


Nuna de la montagne.

Je ne peux pas te délivrer mon identité sans prendre le risque de te mettre en danger. Alors pour ta propre sécurité, appelle-moi comme tu le voudras.
Dans mon péril, j'ai connu une fille du volcan. Elle s'appelait Makenna. Nous avons promis d'écrire à nos proches respectifs pour les informer, eux qui sont restés dans l'ignorance si longtemps.
Je suis désolée de t'écrire pour t'apprendre sa mort. Je sais que vous étiez proches autrefois. Mon amie, ton amie, parlait souvent de toi. Elle disait que tu étais une véritable force de la nature.
Hélas mon histoire ne mérite pas d'être contée. Je me suis échappée de la cité de feu après d’innombrables tentatives mais je ne sais pas si ça valait le coup. J'ai tant perdu dans les dunes dorées.
J’ai fait des choses terribles qui m’empêchent de dormir. Et ça me tue. Le plus dur ce n’est pas de survivre à la captivité. C’est après, quand tout est fini et que tu te retrouves seule avec ta conscience.
Tu réalises alors que tu n’es plus la même personne, que tu ne le seras plus jamais. C'est terrifiant de ne pas se reconnaître. Je suis ma propre inconnue.

La survivante du désert.



→ nuna, échange épistolaire, deuxième envoi 20 décembre 2118


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12/10/2018 Lux Aeterna Murphy Cavendish 646 Zazie Beetz Lux Aeterna (vava, sign, gifs) Forgeronne et orfèvre (joaillière) Athna 797


Sujet: Re: I'm still here
Dim 20 Jan - 23:40



I'm still here

Nuna Cortez & Makenna Askaywen

(à partir du 16 décembre 2118 / correspondance épistolaire)


Elle l'avait attendue, cette réponse. Attendue au point de craindre qu'elle n'arrive pendant son absence et qu'elle s'égare avant qu'elle n'ait pu mettre la main dessus. Elle comptait sur Isdès, resté au bercail, pour s'occuper de son courrier s'il le trouvait avant elle. Mais pendant toute sa visite sur l'île iskaar, l'idée de retrouver une lettre à son retour l'avait accompagnée, avec la boule d'angoisse que ça laissait dans ses entrailles. Pourtant, ce fut bel et bien de la déception qui l'accueillit chez elle à son retour. Aucune trace de lettre à son attention, avait confirmé plusieurs fois Isdès avant qu'elle n'accepte l'idée que peut-être il n'y en aurait aucune. Mais qu'avait-elle attendu de ce courrier pour qu'il lui manque à ce point-là ? C'était ce qu'elle en craignait qui la maintint éveillée plusieurs nuits encore, jusqu'à ce que de nouveau Isdès ne lui tende un morceau de papier éprouvé. L'écriture, elle la reconnaissait. Et ce soir-là, assise en tailleur devant son feu de cheminée, Nuna avait hésité longtemps, s'était préparée plusieurs fois et s'était dégonflée plus de fois encore. Et si elle jetait la lettre dans le feu ? Tout s'arrêterait là. Elle n'aurait pas de réponse, continuerait à se terrer dans le doute, seule solution salvatrice face à l'annonce qui lui avait été faite dans la première lettre. Nier l'existence de sa correspondante, quelle qu'elle puisse être, ou nier sa bonne foi, ou nier le morceau de papier sur lequel avaient été inscrit parmi les mots les plus douloureux qui lui avaient été donné de lire. En demandant les détails de son histoire et du morceau d'histoire que l'inconnue avait partagée avec sa chère amie disparue, Nuna avait remis en cause sa vérité d'une façon qu'elle ne se serait jamais permise en temps normal. Elle ne voulait pas de réponses à ces doutes et à ces questions. Parce qu'avec l'histoire précise qu'on pourrait lui conter viendraient des réponses qu'elle n'était pas prête à encaisser, même dix ans plus tard.

Elle avait vu les parents de Nenna se languir d'elle et puis disparaître sans avoir de réponses. Elle avait vu dans leurs yeux le manque, et puis y avait débusqué le reflet de toute la honte, la déception et la culpabilité qu'elle éprouvait. C'était de sa faute à elle si Nenna n'était plus à leurs côtés. C'était de sa faute à elle s'ils n'avaient pas pu lui dire au revoir avant de partir. C'était de sa faute à elle si le chagrin les avait emportés avant que leur heure ne soit arrivée. Mais elle, dans la solitude d'un demi-deuil, elle ne voulait pas y croire. Elle reviendrait, Nenna, peut-être demain ou peut-être dans dix ans, mais elle reviendrait. Ses parents ne seraient pas là pour l'accueillir. Ils la verraient d'où qu'ils soient et ils pourraient partir en paix, pour de vrai. Pour l'accueillir, il y aurait Nuna. Nuna qui ne l'avait jamais oubliée, qui se consolait de sa compagnie invisible chaque jour depuis dix ans. Il n'y avait que ça qui comptait, que ça qui lui permettait d'avancer : elle reviendrait un jour, Makenna, parce que sinon elle portait seule la responsabilité de son enlèvement et de sa mort. Mais chaque jour était un peu plus lourd que le précédent, parce que même si elles se retrouvaient un jour, aucun n'était insignifiant. Chacun portait son poids. Où qu'elle soit, quelque chose la retenait loin de son monde, de sa maison, de la seule famille qui lui restait ici. Où qu'elle soit, Makenna en payait le prix fort. Par sa faute.

Alors quand on lui avait annoncé la mort de son amie, Nuna n'y avait pas cru. Une fin qui achevait une vie dans le désert était une fin qui déchirait les âmes plus encore que les êtres. Le plus dur était de ne pas savoir, de ne pas tout savoir, alors on s'imaginait les mensonges et les complots là où la moindre faille le permettait. Qu'avait pu vivre Makenna si loin d'elle ? Pour quelles épreuves avait-elle était absente ? Dans quoi l'avait-elle poussée en restant immobile, tout juste capable d'hurler, lorsqu'on l'avait volée aux bras protecteurs de leurs montagnes natales ? Aussi fort qu'elle chérissait chacun des souvenirs tissés aux côtés de sa tendre amie, elle avait voulu oublier, tout oublier, juste pour oublier ces quelques minutes où tout avait basculé. Dix ans, c'était long. Dix ans passés à se demander de ce qu'il avait pu advenir de l'une des personnes les plus chères à son cœur avait été extrêmement long. Long au point où Nuna avait parfois laissé son être préférer croire que ces dix ans n'avaient jamais existé pour Makenna. Parce que dix ans qui la retenaient loin de leur foyer étaient dix années noires, dix années que personne ne pouvait mériter de vivre. Personne et surtout pas Nenna. Son cœur avait progressivement commencé à accepter l'idée que de ce monde elle n'était plus. Mais au fond de lui demeurait l'idée douce de l'inverse; qu'au lieu de l'obscurité ce soit la lumière qui la retienne si loin de chez eux. Peut-être était-elle trop heureuse pour revenir à sa vie d'avant. Peut-être avait-elle trouvé un bonheur que leur volcan et qu'aucun d'eux ne serait jamais capable de lui offrir. C'était doux et amer à la fois, comme idée. Réconfortant et triste. Mais dans cette réalité qui existait encore, Mak était heureuse. Même loin d'eux, même loin d'elle, Mak était heureuse.

Alors cette nouvelle lettre, Nuna n'était pas sûre de vouloir la lire. Elle craignait plus que tout d'y trouver des réponses et des détails contre lesquels elle n'aurait aucun argument à brandir. En fait, ce qu'elle souhaitait, c'était qu'on lui mente, qu'on lui donne toutes les raisons de laisser là cet échange et de continuer à se réfugier dans la multitude de vérités douteuses qu'elle s'était créées au fil des ans. Tant qu'on ne lui prouvait rien, Nuna pouvait encore croire à tout.

Alors quand enfin elle trouva la force de déplier la lettre, Nuna était prête à voir son monde basculer. Peu importe ce qu'on pouvait lui apprendre dans ce mot, ça ne satisferait jamais son besoin d'histoires à se raconter la nuit pour trouver le sommeil, étouffer la culpabilité et le manque. Peu importe qui lui écrivait, on ne lui mentait pas. On ne l'avait pas contactée pour rire de vieilles cicatrices qui ne guérissaient pas. Il lui fallut plus de courage encore pour dépasser la première formule de politesse que pour ouvrir la lettre. Mais ses prunelles furent emportées dans le flot de mots sans qu'elle ne parvienne à les en préserver. Et d'elles s'échappèrent des larmes qui glissèrent silencieusement sur les joues foncées de Nuna. On ne lui avait pas menti. On connaissait Makenna, on connaissait trop bien Makenna. On l'avait croisée. On avait été son amie à sa place. On avait essayé de la sauver de ce qu'elle n'avait pas su lui éviter. Son cœur se serra en même temps qu'en émanèrent des flambées de tendresse et d'affection pour cette survivante. Les Rahjaks étaient donc les fautifs; ils l'étaient toujours et la crainte qu'on lui avait inculquée d'eux se transforma en une haine viscérale. Elle posa ses doigts sur ses lèvres, comme pour en retenir les cris de chagrin, comme pour s'empêcher de rendre réel ce que l'écrit parvenait encore à garder à une distance respectable. C'est elle qui aurait dû être à la place de Makenna. C'est elle qui était incapable de se débattre ou de se battre, tout juste capable de reconnaître les torts qu'on pouvait lui faire. Elle n'était pas la tenace ou la combattante; elle n'était pas résistante, pas courageuse, pas dangereuse. C'était elle qui aurait dû être enlevée à la place de son amie. Et pourtant c'était la mort de Makenna qu'on lui confirmait en même temps qu'on lui confiait l'enfer qu'elle avait vécu avant de trouver le doux refuge de la fin. Assommée par le poids de la révélation, Nuna sentait son échine parcourue de décharges glacées et glaçantes, son visage brûler de tout le chagrin qui envahissait son être.

Elle se releva, les jambes flageolantes, pour aller récupérer un morceau de papier, une plume et son pot d'encre. Mollement, épuisée, Nuna se laissa retomber à plat ventre devant le feu, passant sa main dans ses cheveux pour essayer de retrouver ses esprits. Une perle salée s'écrasa sur la feuille sans que ça ne l'émeuve. Elle attrapa la plume, tremblante, et griffonna les mots que son cœur vomissait de chagrin. Ses regrets, c'était à Nenna qu'elle voulait les pleurer. Ses conseils réconfortants et protecteurs, c'était à Nenna qu'elle voulait les prodiguer. Elle ne savait pas à qui elle s'adressait, Nuna, mais c'était dans les bras de l'inconnue qu'elle voulait pleurer. C'était ses bras qu'elle voulait lui tendre à son tour parce que ce deuil, ce déchirement, elles les partageaient, le vivaient à deux. Il y avait un peu de Nenna dans la lettre qu'on lui avait adressée, alors elle s'adressait un peu à Nenna dans la sienne. Les trois feuilles de papier qui avaient voyagé entre les deux inconnues portaient déjà bien plus de vérités et de douleurs que bien des missives que les oiseaux messagers se chargeaient de mener à leurs destinataires.

le 30 décembre 2118

Chère amie,

Je ne sais quoi te dire à part te remercier de m'avoir confié sa disparition. Merci d'avoir été à ses côtés quand je n'ai pas été capable de l'être. Je n'aurais pas pu lui dire tout ce que j'avais à lui dire. Tu es aujourd'hui ce qui me reste de Nenna.
Je suis redevable au ciel qu'il ait permis à une personne chère au cœur de Nenna de sortir du désert. Peu importe ce dont il s'agit, n'oublie pas que ce que tu as fait fait de toi une battante et une survivante. Et un jour, tu redeviendras plus qu'une survivante. Ce que tu as vécu dans là-bas ne te définit pas. On devient son propre inconnu quand on se perd, mais tu te retrouveras. Ca prendra du temps, peut-être, mais accorde-toi le, ce temps. Reconstruis-toi. Récupère ce qu'on t'a volé là-bas. Tu n'es pas une coquille vide. Je te souhaite de retrouver ta famille et ta vie d'autrefois. Elle ne sera plus tout à fait la même et tu ne seras plus tout à fait la même. Maintenant, tu connais la valeur de la vie.

Nuna des montagnes


Pendant qu'elle avait écrit, quelques autres larmes étaient venues rejoindre la première et diluer l'encre par endroits mais Nuna laissa juste la lettre ouverte en attendant qu'elle sèche. Le regard perdu dans les flammes, elle reconsidérait chaque seconde de son existence depuis la disparition de Nenna. Disparus les rêves d'un retour flamboyant, envolées les projets d'étreintes étouffantes des retrouvailles, de soirées passées devant des hautes flambées à rattraper tout ce qui devait l'être. Dans un hoquet qui la fit manquer d'air, elle rajouta quelques mots impulsifs et désespérés après sa signature.


Makenna aurait sans doute aimé être rendue à la montagne. Crois-tu que ça soit possible ?


De peur de regretter ce qu'elle venait d'ajouter, Nuna plia abruptement le morceau de papier sans se soucier de l'état dans lequel ça pouvait laisser l'encre. Si elle réfléchissait ne serait-ce que quelques secondes de plus à ce qu'elle voulait répondre à une telle lettre, elle remettrait en cause tout ce qu'elle venait d'écrire sous le coup de l'émotion. Mais dans de telles circonstances, l'émotion était ce qui pesait le plus lourd et ce qui comptait le plus. Une part d'elle commençait déjà à lui souffler qu'elle ne connaissait plus Makenna et que peut-être que reposer parmi leurs montagnes natales aurait justement été quelque chose qu'elle aurait violemment refusé. La vérité, c'est qu'elle n'avait plus été l'amie de Nenna depuis dix ans; au mieux, elle avait été un vague fantôme qui l'avait suivie ça et là, quand quelque chose l'avait rappelée à son passé et à son existence. Alors c'était égoïste, purement égoïste de ne pas revenir sur cette phrase. Elle voulait lui dire au revoir, à Nenna. Elle voulait lui dire combien elle lui manquait, lui raconter des bêtises et de choses un peu moins bêtes, la confier à ses parents en même temps que le morceau de son cœur qu'on lui avait arraché. Elle voulait s'excuser dans un souffle, devant le bûcher qui emporterait son corps, devant les vents qui emporteraient son âme. Elle voulait pleurer pour de vrai, pouvoir serrer la main de son père ou de son cousin qui resteraient de marbre. Malgré tout son désir de ne pas l'être, Nuna était donc égoïste, et c'est submergée de remords et par les larmes qu'elle cacheta la lettre.

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