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Makenna Askaywen
DATE D'INSCRIPTION : 21/12/2018 PSEUDO/PRENOM : ΛURORΛ BOREΛLIS MULTICOMPTES : MILA SWANN MESSAGES : 89 CELEBRITE : NADIA HILKER COPYRIGHT : BOREΛLIS, ENDLESSLOVE, RILÈS METIER/APTITUDES : ESCLAVE AFFRANCHIE TRIBU : LES ENFANTS DE LA FORÊT POINTS GAGNES : 20
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le Sam 12 Jan - 0:36
I'm fighting a battle. I'm fighting my shadow. Herd fears like they're cattle. It's haunted me. Oh the past it's haunted me. Oh the past it wanted me dead. Oh the past tormented me. But the battle was lost. ‘Cos I'm still here. I'm lighting the long way home (@sia // beerus)


Tu ne sais quoi lui dire, comment lui dire, toutes ces choses qui compriment ton cœur jusqu’à l’usure. Chaque fois que tu trouves un mot, il te semble dépourvu de sens, dépouillé de tout, comme ton âme. Il n’en reste que des fragments, dispersés ici et là. Tu ne cherches pas à les récupérer, ayant accepté depuis bien longtemps l’idée qu’ils se soient envolés dans les tempêtes de sable.

Nuna. Tu écris son prénom tant de fois que tu as l’impression de l’abîmer. Alors tu arrêtes brutalement. Le doute t’assaille de part et d’autre, t’empêche de penser clairement. Ton propre esprit t’embrouille, c’est tellement dur de revenir vers elle. Même à travers une lettre. Vous n’avez plus rien en commun, si ce n’est ce passé que tu as transporté toutes ces années avec toi. Tu as imaginé la retrouver dans cette forêt qui vous a séparé pour la prendre dans tes bas, la rassurer. Sauf que tu ne peux pas. Tu ne peux lui annoncer que tu vas bien, que tu es en vie. C’est faux. Tu es morte là-bas, sous les coups de fouet qui ont transpercé ta chair. Tu as tout perdu, ton humanité, ta dignité, ton passé. Ils ont tout raflé, te laissant rentrer avec une carcasse amochée, un esprit fractionné.

Tu penses encore devoir fuir, résister, survivre. Alors non, tu ne vas pas bien. Tu ne vas pas bien du tout. Et la seule raison pour laquelle tu ne t’écroules pas instantanément, c’est parce que tu ne pourrais plus te relever. Tu ignores ce qui te maintient encore en vie. Surement un espoir corrompu qui te donne l’illusion qu’il demeure quelque chose en toi qui respire.

« Est-ce que tu peux m’aider ? » Tu demandes à TC de t’apprendre, te réapprendre. Tu ne sais plus comment cela fonctionne. Il t’explique, le sourire accroché aux lèvres, la façon dont les oiseaux vont et viennent entre les tribus. Messagers infaillibles qui bravent les distances à la force de leurs ailes. Dans le ciel, ils semblent libres comme l’air, insaisissables. Tu les regardes et les envies en silence. Il peut le voir mais ne rien dit, se contente de t’entraîner pour que tu sois prête. Quand tu seras prête. Il pense que tu vas reprendre contact, leur annoncer la bonne nouvelle et dans le fond, tu l’envisages mais les choses ne se déroulent pas de cette façon. Il s’écoule finalement une semaine avant que tu ne décides de combler le vide. Tu ne réfléchis pas cette fois, inscris ce qui te vient naturellement.

A défaut de lui livrer la vérité, tu espères la soulager d’un poids. Et surtout, l’inciter à croire ces quelques phrases qui relatent, au fond, ta perception de la réalité. Une perception erronée que le déni alimente à son grès. C’est la main tremblante que tu remets au volatile cette missive alors qu'il entreprend immédiatement le début du voyage.

Nuna de la montagne.

Je t’écris afin d’honorer le souhait d’une amie. Elle s’est éteinte dans la cité du feu avant de parvenir à s’échapper. Je lui ai promis de faire ça pour son peuple. Pour ses parents. Pour toi. J’espère que ses mots vous permettront d’avancer sans retenue, de tirer un trait sur le passé.

La survivante du désert.



→ nuna, échange épistolaire, premier envoi 9 décembre 2118


Dernière édition par Makenna Askaywen le Dim 13 Jan - 19:02, édité 3 fois
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Nuna Cortez
DATE D'INSCRIPTION : 12/10/2018 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Murphy Cavendish MESSAGES : 1641 CELEBRITE : Zazie Beetz COPYRIGHT : Avengedinchains ♥ (avatar), Lux Aeterna (sign, gifs) METIER/APTITUDES : Forgeronne et orfèvre (joaillière) TRIBU : Athna POINTS GAGNES : 180
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le Sam 12 Jan - 22:31


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Nuna Cortez & Makenna Askaywen

(à partir du 16 décembre 2118 / correspondance épistolaire)


Interrompue dans son travail par son cousin, Nuna leva à peine le nez pour le voir poser un morceau de papier à l'extrémité de sa table de travail. « C'est arrivé pour toi » avait simplement dit @Isdès Hakantarr alors qu'elle posait le lourd marteau sur l'enclume pour le remercier d'un regard épuisé, les sourcils froncés pendant une seconde, se demandant de quoi il pouvait bien s'agir. Mais la nuit n'allait pas tarder à tomber; à travers les fenêtres de sa forge, elle pouvait déjà voir les rayons crus du soleil disparaître derrière les hauteurs du cratère volcanique. Il était encore tôt dans l'après-midi mais la lumière se perdait déjà bien loin d'ici, les laissait voguer dans une semi-obscurité qui laisserait bien assez tôt place à la longue nuit qui rythmait les hivers montagneux. Alors du jour, Nuna ne perdait jamais une miette, et elle se remit au boulot en laissant le petit papier loin de la chaleur de l'âtre.

Ses prunelles commencèrent à souffrir de l'obscurité et de son contraste avec la lumière douce et chaude du feu auquel elle revenait inlassablement pour rendre malléable ses matériaux. Comme d'habitude, ce n'est qu'à ce moment-là qu'elle accepta que la lumière s'était fait la malle, pour aujourd'hui. Et elle le savait trop bien, les lueurs de bougies n'auraient jamais le même pouvoir que les rayons solaires. Quand il faisait noir, il faisait noir. Et dans un soupir, elle ôta gants et tabliers avant d'admirer une seconde l'arme sur laquelle elle avait travaillé toute la journée. L'armurerie, ce n'était pas ce qu'elle préférerait dans son rôle d'orfèvre, mais elle devait admettre que les années lui avaient permis de trouver quelque chose de beau et de poétique au façonnage des armes. Elle avait appris à occulter le rôle de ces géants de métal qui naissaient sous ses doigts et ses coups de marteau. Elle, elle y voyait de fidèles compagnons qui naissaient sous son regard bienveillant. Les armes faisaient partie de ces biens qui accompagnaient quiconque s'aventurait hors du camp, vivait de grandes aventures. Elles étaient transmises de générations en générations et c'était elle, Nuna Cortez, qui faisait naître ce petit morceau de famille. Ce que son et ses propriétaires en feraient, ça ne la regardait pas. Elle ne voulait pas que ça la regarde. Si c'était sa façon de gagner sa place auprès des siens, alors qu'il en soit ainsi.

Mais dans l'obscurité seulement cassée par l'âtre qu'elle laissait mourir dans sa forge, Nuna rangeait ses affaires pour les trouver organisées le lendemain. S'assurant qu'elle était refroidie, elle plaça la hache dans un angle parfait avec les lignes de son plan de travail et conclut avec un sourire satisfait sans se rendre compte qu'elle chantonnait l'une des mélodies que les enfants athnas aimaient tant. Ce n'est qu'en passant devant le morceau de papier blanc que Nuna se rappela qu'Isdès était passé par là quelques heures plus tôt. Elle se tût subitement, plus curieuse qu'inquiète, et attrapa la lettre sur laquelle se dessinait les quatre lettres de son prénom. Une surprise ? Un de ses quelques amis d'ailleurs qui prendrait de ses nouvelles, chercherait à organiser une prochaine rencontre ? Elle ne reconnaissait pas l'écriture, mais elle embarqua la lettre avec elle en fermant la porte de la forge derrière elle, persuadée qu'Isdès lui avait amené de quoi chambouler sa vie pour le mieux, histoire de marquer une brève trêve dans le quotidien hivernal que les montagnards ne connaissaient que trop bien.

En rentrant chez elle, Nuna posa la lettre sur sa table et passa quelques minutes à raviver le feu qu'elle avait laissé le matin avant de partir à la forge. Les braises laissèrent vite place à des flammes naissantes, puis plus vives, qui s'élancèrent gracieusement vers le conduit de cheminée. Satisfaite, Nuna récupéra la lettre et s'assit devant le feu. Du regard, elle détailla la calligraphie du prénom mais ne reconnaissait pas l'écriture. Elle décacheta et déplia soigneusement le papier abîmé qui, avec l'oiseau qui s'en était occupé, avait dû subir un houleux voyage jusqu'ici.

Ce n'était que quelques mots, que quelques mots, mais elle se raidit toute entière. Sans s'en rendre compte, son souffle se bloqua et une boule d'anxiété vint se loger dans sa gorge. Ce qu'elle avait préféré laisser au passé était revenu en quelques secondes. Une dizaine d'année à occulter des souvenirs heureux et un moment, un seul moment qui avait tout détruit. Il suffisait donc de quelques secondes à peine pour réveiller le monstre endormi. Mais peut-être qu'elle avait mal lu, ou qu'elle avait lu ce qu'elle avait voulu y lire. Peut-être que ce n'était pas ce qu'elle pensait, que ces mots étaient destinés à une autre Nuna qui vivrait au sein du volcan ou concernaient quelqu'un d'autre, n'importe qui d'autre que la première personne qui lui était venue à l'idée. Après quelques secondes de paralysie, Nuna chercha subitement l'air en inspirant, haletante, cherchant du regard n'importe quoi ou n'importe qui; elle ne savait pas trop, juste de quoi annuler cette lettre.

Mais les parents de Nenna n'étaient plus, et garder secrète cette lettre était peut-être la plus simple de toutes les solutions. Elle la relût plusieurs soirs avant de chercher le sommeil sans le trouver, cherchant à débusquer des indices, à comprendre subitement qu'il ne s'agissait pas de sa tendre et disparue amie, qu'on ne lui annonçait pas la mort de ce dont elle n'avait eu de cesse d'espérer qu'elle vivait une belle vie, où qu'elle soit. Son monde à elle était chamboulé comme rarement il l'avait été. Makenna avait été volé à son monde et elle était restée plantée là, impuissante, paralysée, comme elle l'était toujours. Makenna avait dû la haïr. Makenna avait dû la maudire, lui souhaiter les pires malheurs de l'univers. Mais Nuna, elle, l'avait toujours portée dans son cœur, comme le dernier bastion de paix qu'elle pouvait lui offrir. Elle n'était pas bête ou naïve pourtant : dix ans, c'était beaucoup trop loin. Si elle vivait encore, ce n'était certainement pas la vie qu'elle lui rêvait. Ce n'était pas si difficile de croire à l'horrible nouvelle qu'on lui apprenait en quelques lignes. Ce qui était difficile, c'était d'avoir à l'encaisser après toutes ces années; des années passées à essayer de vivre avec, d'apprivoiser à la fois l'absence de Nenna et sa propre lâcheté. En quelques secondes, l'équilibre avait été rompu. Et en relisant cette lettre, Nuna cherchait une solution pour le reconstruire comme elle pouvait. Ce serait un équilibre d’équilibre si elle y parvenait, mais ce serait toujours moins pire que de dériver, perdue comme elle l'était maintenant. Au bout de quelques jours, tremblante, elle tendit à son cousin une réponse pliée autant qu'elle pouvait l'être, comme si elle espérait qu'elle ne trouverait jamais son destinataire.

le 16 décembre 2118

Chère survivante du désert,

Qui es-tu, survivante du désert ? Qui as-tu connu dans ton enfer ?
On m'a pris une amie il y a bien trop longtemps déjà. Je n'aurai de cesse de croire qu'on me la rendra tant qu'on ne me donnera pas de raison d'abandonner. Tu ne m'as pas encore donné cette raison.
Qui es-tu ? Qui est cette amie que tu cherches tant à honorer ? Raconte-moi ton histoire. Raconte-moi votre histoire.
Je ne tire pas de trait sur le passé.
Elle et moi, on se retrouvera. Dans ce monde ou un autre.

Nuna des montagnes

Makenna Askaywen
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le Mar 15 Jan - 20:02
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Tu n’espères pas avoir une réponse, au contraire. Tu espères ne rien recevoir en retour. Seul le silence pour t’accompagner chaque jour. Puisse-t-elle trouver un peu de réconfort dans tes mots. Et surtout, tirer un trait sur ce passé qui vous raccroche l’une à l’autre. Tu imagines tes parents accablés d’apprendre la nouvelle, soulagée de te savoir libérée de ces chaînes. Loin de te douter de la réalité : ils ne sont plus de ce monde, ayant succombé des années auparavant. Cette idée te semble improbable car tu n’as pas conscience de la décennie qui te sépare d’eux. Pour toi, le temps s’est subitement suspendu. Exilée dans une contrée étrangère, recluse dans une atmosphère meurtrière. Chaque nuit avec les mêmes cauchemars. Tu as vécu dans un tourbillon sans fin, sans repère. Et tu dois désormais faire face à la vie. Tu n’es pas prête. Personne ne l’est. Parce que la vie est violente, compliquée. C’est plus facile d’abandonner, de mourir. Tu aurais préféré. Nuna. Quand tu aperçois l’oiseau voler au dessus du village comme une plume en apesanteur, ton cœur manque un battement. Est-ce pour toi ? Hélas. Il s’avère que ton amie ne compte pas en restée là. Tu ne déplies pas la lettre immédiatement, parvenant à peine à la tenir dans ta main tremblante. Tu l’emmènes avec toi, dans cette tanière qui semble-t-il t’appartient. L’ouvrir ? Tu en as terriblement envie pourtant quelque chose t’en empêche. Une appréhension nouvelle. Tu ne parviens à trouver le sommeil cette nuit, te posant des centaines de questions sans trouver une seule réponse.

Tu brûles de l’intérieur, à croire que des flammes rongent les parois de ton âme. Ne supportant plus cette fièvre nocturne, tu décides de te plonger à corps perdu dans l’inconnu. Et sous la lueur de la bougie, tu découvres le message tant redouté. Tu as l’impression d’avoir commis une erreur, ravivé un feu éteint, rouvert des plaies colmatées. Tu n’aurais pas dû. Et pourtant, l’espace d’un instant, tu as le sentiment d’avoir retrouvé ton amie. Des souvenirs t’assaillent de part et d’autre, te propulsent dans des recoins profondément enfouis de ta mémoire, là où les souvenirs de ton enfance gisent comme des guerriers blessés, abandonnés au combat. Tu effleures du bout des doigts les lettres formées, réalisant que c’est la première fois que tu lui parles depuis ton enlèvement. A cette simple pensée, tu sens une profonde tristesse te tirailler et les larmes ne tardent pas à venir. Ça fait si longtemps, tu avais oublié leurs goûts sur tes lèvres. Elles sont trop nombreuses pour que tu parviennes à les arrêter. Il te faudra attendre que ce torrent émotionnel s’épuise de lui-même. Et c’est ce que tu fais, dans le silence de ta souffrance capitonnée. Au petit matin, quand le soleil finit par franchir la ligne de l’horizon, tu te sens épuisée, vidée de toute énergie. C’est seulement le lendemain que tu entreprends de poursuivre, ce qui semble être, vos confidences. Tu souhaites lui raconter ton parcours, lui confier ton supplice mais cela te semble inapproprié. Egoïste. Pourquoi vouloir la conduire au plus près de tes blessures quand toi-même tu cherches à les fuir ?


Nuna de la montagne.

Je ne peux pas te délivrer mon identité sans prendre le risque de te mettre en danger. Alors pour ta propre sécurité, appelle-moi comme tu le voudras.
Dans mon péril, j'ai connu une fille du volcan. Elle s'appelait Makenna. Nous avons promis d'écrire à nos proches respectifs pour les informer, eux qui sont restés dans l'ignorance si longtemps.
Je suis désolée de t'écrire pour t'apprendre sa mort. Je sais que vous étiez proches autrefois. Mon amie, ton amie, parlait souvent de toi. Elle disait que tu étais une véritable force de la nature.
Hélas mon histoire ne mérite pas d'être contée. Je me suis échappée de la cité de feu après d’innombrables tentatives mais je ne sais pas si ça valait le coup. J'ai tant perdu dans les dunes dorées.
J’ai fait des choses terribles qui m’empêchent de dormir. Et ça me tue. Le plus dur ce n’est pas de survivre à la captivité. C’est après, quand tout est fini et que tu te retrouves seule avec ta conscience.
Tu réalises alors que tu n’es plus la même personne, que tu ne le seras plus jamais. C'est terrifiant de ne pas se reconnaître. Je suis ma propre inconnue.

La survivante du désert.



→ nuna, échange épistolaire, deuxième envoi 20 décembre 2118

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le Dim 20 Jan - 23:40


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Nuna Cortez & Makenna Askaywen

(à partir du 16 décembre 2118 / correspondance épistolaire)


Elle l'avait attendue, cette réponse. Attendue au point de craindre qu'elle n'arrive pendant son absence et qu'elle s'égare avant qu'elle n'ait pu mettre la main dessus. Elle comptait sur Isdès, resté au bercail, pour s'occuper de son courrier s'il le trouvait avant elle. Mais pendant toute sa visite sur l'île iskaar, l'idée de retrouver une lettre à son retour l'avait accompagnée, avec la boule d'angoisse que ça laissait dans ses entrailles. Pourtant, ce fut bel et bien de la déception qui l'accueillit chez elle à son retour. Aucune trace de lettre à son attention, avait confirmé plusieurs fois Isdès avant qu'elle n'accepte l'idée que peut-être il n'y en aurait aucune. Mais qu'avait-elle attendu de ce courrier pour qu'il lui manque à ce point-là ? C'était ce qu'elle en craignait qui la maintint éveillée plusieurs nuits encore, jusqu'à ce que de nouveau Isdès ne lui tende un morceau de papier éprouvé. L'écriture, elle la reconnaissait. Et ce soir-là, assise en tailleur devant son feu de cheminée, Nuna avait hésité longtemps, s'était préparée plusieurs fois et s'était dégonflée plus de fois encore. Et si elle jetait la lettre dans le feu ? Tout s'arrêterait là. Elle n'aurait pas de réponse, continuerait à se terrer dans le doute, seule solution salvatrice face à l'annonce qui lui avait été faite dans la première lettre. Nier l'existence de sa correspondante, quelle qu'elle puisse être, ou nier sa bonne foi, ou nier le morceau de papier sur lequel avaient été inscrit parmi les mots les plus douloureux qui lui avaient été donné de lire. En demandant les détails de son histoire et du morceau d'histoire que l'inconnue avait partagée avec sa chère amie disparue, Nuna avait remis en cause sa vérité d'une façon qu'elle ne se serait jamais permise en temps normal. Elle ne voulait pas de réponses à ces doutes et à ces questions. Parce qu'avec l'histoire précise qu'on pourrait lui conter viendraient des réponses qu'elle n'était pas prête à encaisser, même dix ans plus tard.

Elle avait vu les parents de Nenna se languir d'elle et puis disparaître sans avoir de réponses. Elle avait vu dans leurs yeux le manque, et puis y avait débusqué le reflet de toute la honte, la déception et la culpabilité qu'elle éprouvait. C'était de sa faute à elle si Nenna n'était plus à leurs côtés. C'était de sa faute à elle s'ils n'avaient pas pu lui dire au revoir avant de partir. C'était de sa faute à elle si le chagrin les avait emportés avant que leur heure ne soit arrivée. Mais elle, dans la solitude d'un demi-deuil, elle ne voulait pas y croire. Elle reviendrait, Nenna, peut-être demain ou peut-être dans dix ans, mais elle reviendrait. Ses parents ne seraient pas là pour l'accueillir. Ils la verraient d'où qu'ils soient et ils pourraient partir en paix, pour de vrai. Pour l'accueillir, il y aurait Nuna. Nuna qui ne l'avait jamais oubliée, qui se consolait de sa compagnie invisible chaque jour depuis dix ans. Il n'y avait que ça qui comptait, que ça qui lui permettait d'avancer : elle reviendrait un jour, Makenna, parce que sinon elle portait seule la responsabilité de son enlèvement et de sa mort. Mais chaque jour était un peu plus lourd que le précédent, parce que même si elles se retrouvaient un jour, aucun n'était insignifiant. Chacun portait son poids. Où qu'elle soit, quelque chose la retenait loin de son monde, de sa maison, de la seule famille qui lui restait ici. Où qu'elle soit, Makenna en payait le prix fort. Par sa faute.

Alors quand on lui avait annoncé la mort de son amie, Nuna n'y avait pas cru. Une fin qui achevait une vie dans le désert était une fin qui déchirait les âmes plus encore que les êtres. Le plus dur était de ne pas savoir, de ne pas tout savoir, alors on s'imaginait les mensonges et les complots là où la moindre faille le permettait. Qu'avait pu vivre Makenna si loin d'elle ? Pour quelles épreuves avait-elle était absente ? Dans quoi l'avait-elle poussée en restant immobile, tout juste capable d'hurler, lorsqu'on l'avait volée aux bras protecteurs de leurs montagnes natales ? Aussi fort qu'elle chérissait chacun des souvenirs tissés aux côtés de sa tendre amie, elle avait voulu oublier, tout oublier, juste pour oublier ces quelques minutes où tout avait basculé. Dix ans, c'était long. Dix ans passés à se demander de ce qu'il avait pu advenir de l'une des personnes les plus chères à son cœur avait été extrêmement long. Long au point où Nuna avait parfois laissé son être préférer croire que ces dix ans n'avaient jamais existé pour Makenna. Parce que dix ans qui la retenaient loin de leur foyer étaient dix années noires, dix années que personne ne pouvait mériter de vivre. Personne et surtout pas Nenna. Son cœur avait progressivement commencé à accepter l'idée que de ce monde elle n'était plus. Mais au fond de lui demeurait l'idée douce de l'inverse; qu'au lieu de l'obscurité ce soit la lumière qui la retienne si loin de chez eux. Peut-être était-elle trop heureuse pour revenir à sa vie d'avant. Peut-être avait-elle trouvé un bonheur que leur volcan et qu'aucun d'eux ne serait jamais capable de lui offrir. C'était doux et amer à la fois, comme idée. Réconfortant et triste. Mais dans cette réalité qui existait encore, Mak était heureuse. Même loin d'eux, même loin d'elle, Mak était heureuse.

Alors cette nouvelle lettre, Nuna n'était pas sûre de vouloir la lire. Elle craignait plus que tout d'y trouver des réponses et des détails contre lesquels elle n'aurait aucun argument à brandir. En fait, ce qu'elle souhaitait, c'était qu'on lui mente, qu'on lui donne toutes les raisons de laisser là cet échange et de continuer à se réfugier dans la multitude de vérités douteuses qu'elle s'était créées au fil des ans. Tant qu'on ne lui prouvait rien, Nuna pouvait encore croire à tout.

Alors quand enfin elle trouva la force de déplier la lettre, Nuna était prête à voir son monde basculer. Peu importe ce qu'on pouvait lui apprendre dans ce mot, ça ne satisferait jamais son besoin d'histoires à se raconter la nuit pour trouver le sommeil, étouffer la culpabilité et le manque. Peu importe qui lui écrivait, on ne lui mentait pas. On ne l'avait pas contactée pour rire de vieilles cicatrices qui ne guérissaient pas. Il lui fallut plus de courage encore pour dépasser la première formule de politesse que pour ouvrir la lettre. Mais ses prunelles furent emportées dans le flot de mots sans qu'elle ne parvienne à les en préserver. Et d'elles s'échappèrent des larmes qui glissèrent silencieusement sur les joues foncées de Nuna. On ne lui avait pas menti. On connaissait Makenna, on connaissait trop bien Makenna. On l'avait croisée. On avait été son amie à sa place. On avait essayé de la sauver de ce qu'elle n'avait pas su lui éviter. Son cœur se serra en même temps qu'en émanèrent des flambées de tendresse et d'affection pour cette survivante. Les Rahjaks étaient donc les fautifs; ils l'étaient toujours et la crainte qu'on lui avait inculquée d'eux se transforma en une haine viscérale. Elle posa ses doigts sur ses lèvres, comme pour en retenir les cris de chagrin, comme pour s'empêcher de rendre réel ce que l'écrit parvenait encore à garder à une distance respectable. C'est elle qui aurait dû être à la place de Makenna. C'est elle qui était incapable de se débattre ou de se battre, tout juste capable de reconnaître les torts qu'on pouvait lui faire. Elle n'était pas la tenace ou la combattante; elle n'était pas résistante, pas courageuse, pas dangereuse. C'était elle qui aurait dû être enlevée à la place de son amie. Et pourtant c'était la mort de Makenna qu'on lui confirmait en même temps qu'on lui confiait l'enfer qu'elle avait vécu avant de trouver le doux refuge de la fin. Assommée par le poids de la révélation, Nuna sentait son échine parcourue de décharges glacées et glaçantes, son visage brûler de tout le chagrin qui envahissait son être.

Elle se releva, les jambes flageolantes, pour aller récupérer un morceau de papier, une plume et son pot d'encre. Mollement, épuisée, Nuna se laissa retomber à plat ventre devant le feu, passant sa main dans ses cheveux pour essayer de retrouver ses esprits. Une perle salée s'écrasa sur la feuille sans que ça ne l'émeuve. Elle attrapa la plume, tremblante, et griffonna les mots que son cœur vomissait de chagrin. Ses regrets, c'était à Nenna qu'elle voulait les pleurer. Ses conseils réconfortants et protecteurs, c'était à Nenna qu'elle voulait les prodiguer. Elle ne savait pas à qui elle s'adressait, Nuna, mais c'était dans les bras de l'inconnue qu'elle voulait pleurer. C'était ses bras qu'elle voulait lui tendre à son tour parce que ce deuil, ce déchirement, elles les partageaient, le vivaient à deux. Il y avait un peu de Nenna dans la lettre qu'on lui avait adressée, alors elle s'adressait un peu à Nenna dans la sienne. Les trois feuilles de papier qui avaient voyagé entre les deux inconnues portaient déjà bien plus de vérités et de douleurs que bien des missives que les oiseaux messagers se chargeaient de mener à leurs destinataires.

le 30 décembre 2118

Chère amie,

Je ne sais quoi te dire à part te remercier de m'avoir confié sa disparition. Merci d'avoir été à ses côtés quand je n'ai pas été capable de l'être. Je n'aurais pas pu lui dire tout ce que j'avais à lui dire. Tu es aujourd'hui ce qui me reste de Nenna.
Je suis redevable au ciel qu'il ait permis à une personne chère au cœur de Nenna de sortir du désert. Peu importe ce dont il s'agit, n'oublie pas que ce que tu as fait fait de toi une battante et une survivante. Et un jour, tu redeviendras plus qu'une survivante. Ce que tu as vécu dans là-bas ne te définit pas. On devient son propre inconnu quand on se perd, mais tu te retrouveras. Ca prendra du temps, peut-être, mais accorde-toi le, ce temps. Reconstruis-toi. Récupère ce qu'on t'a volé là-bas. Tu n'es pas une coquille vide. Je te souhaite de retrouver ta famille et ta vie d'autrefois. Elle ne sera plus tout à fait la même et tu ne seras plus tout à fait la même. Maintenant, tu connais la valeur de la vie.

Nuna des montagnes


Pendant qu'elle avait écrit, quelques autres larmes étaient venues rejoindre la première et diluer l'encre par endroits mais Nuna laissa juste la lettre ouverte en attendant qu'elle sèche. Le regard perdu dans les flammes, elle reconsidérait chaque seconde de son existence depuis la disparition de Nenna. Disparus les rêves d'un retour flamboyant, envolées les projets d'étreintes étouffantes des retrouvailles, de soirées passées devant des hautes flambées à rattraper tout ce qui devait l'être. Dans un hoquet qui la fit manquer d'air, elle rajouta quelques mots impulsifs et désespérés après sa signature.


Makenna aurait sans doute aimé être rendue à la montagne. Crois-tu que ça soit possible ?


De peur de regretter ce qu'elle venait d'ajouter, Nuna plia abruptement le morceau de papier sans se soucier de l'état dans lequel ça pouvait laisser l'encre. Si elle réfléchissait ne serait-ce que quelques secondes de plus à ce qu'elle voulait répondre à une telle lettre, elle remettrait en cause tout ce qu'elle venait d'écrire sous le coup de l'émotion. Mais dans de telles circonstances, l'émotion était ce qui pesait le plus lourd et ce qui comptait le plus. Une part d'elle commençait déjà à lui souffler qu'elle ne connaissait plus Makenna et que peut-être que reposer parmi leurs montagnes natales aurait justement été quelque chose qu'elle aurait violemment refusé. La vérité, c'est qu'elle n'avait plus été l'amie de Nenna depuis dix ans; au mieux, elle avait été un vague fantôme qui l'avait suivie ça et là, quand quelque chose l'avait rappelée à son passé et à son existence. Alors c'était égoïste, purement égoïste de ne pas revenir sur cette phrase. Elle voulait lui dire au revoir, à Nenna. Elle voulait lui dire combien elle lui manquait, lui raconter des bêtises et de choses un peu moins bêtes, la confier à ses parents en même temps que le morceau de son cœur qu'on lui avait arraché. Elle voulait s'excuser dans un souffle, devant le bûcher qui emporterait son corps, devant les vents qui emporteraient son âme. Elle voulait pleurer pour de vrai, pouvoir serrer la main de son père ou de son cousin qui resteraient de marbre. Malgré tout son désir de ne pas l'être, Nuna était donc égoïste, et c'est submergée de remords et par les larmes qu'elle cacheta la lettre.
Makenna Askaywen
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le Dim 27 Jan - 18:38
I'm fighting a battle. I'm fighting my shadow. Herd fears like they're cattle. It's haunted me. Oh the past it's haunted me. Oh the past it wanted me dead. Oh the past tormented me. But the battle was lost. ‘Cos I'm still here. I'm lighting the long way home (@sia // beerus)


C'est le coeur lourd que tu observes le ciel tous les matins en te levant, toutes les nuits en te couchant. Et parfois, tu espères que l'oiseau revienne sans rien, sans le pression de cette peine trop lourde à porter. Tu n'en veux pas. Alors pourquoi avoir initié cet échange ? Parce qu'une part de toi a besoin de tourner la page, de titrer un trait sur ce passé inachevé. Tu es restée dans l'attente de ta famille, de ta tribu, de ta montagne pendant 10 ans. Il est venu le temps de leur dire adieu, de leur dire tout ce que tu n'as pu, tout ce que tu as retenu sous les coups de fouet qui sont tombés. Il est venu le temps d'accepter, d'avancer. Tu dois définitivement te libérer des chaines qui te retiennent dans le désert, prisonnière de la cité de feu. Tu dois guérir Makenna mais personne ne peut t'expliquer, te montrer, te guider. Parce que personne ne sait ce que tu ressens. Les mots sont absents de tes lèvres, ils se meurent au creux de ton palais avant que tu n'aies pu les prononcer.

Tu as peur de leur pouvoir, consciente que tu ne pourrais probablement t'arrêter une fois commencée. Peur de leur regard sur ta personne s'ils découvrent les crimes dont tu es coupable. Toi-même tu ne saurais pardonner un tel meurtrier. Et c'est justement ça le problème, tu ne peux pas te pardonner. La culpabilité te ronge de l'intérieur, te traque comme un prédateur. Tu la sens courir en toi, résonner le long de tes parois. Tu parviens presque à l'effleurer du bout des doigts. « Ne le répète pas à TC mais j'espérais que tu te perdes en route mon ami. » Que nenni. Le volatile est parfaitement entraîné, capable d'effectuer les trajets en toute sérénité. Il revient toujours, même lorsque rien ne le présage. Détenant la réponse, si près de toi et pourtant si loin. Tes doigts glissent le long de son pelage alors que tu récupères le morceau de papier entre ses griffes. Ce dernier semble avoir subi les dommages des intempéries. Par endroit, les lettres ont disparu, laissant apparaître une tâche noire. Est-ce que des flocons de neige se sont déposés dessus ?

Tu ignores la véritable raison, n'imaginant pas un seul instant que les larmes de ton amie ont contribué à l'état du message. Cependant, tu parviens sans difficulté à deviner le sens de ses phrases. Tu as l'impression que Nuna est bien plus apaisée cette fois, à croire qu'elle est désormais libérée d'un poids. Celui de t'attendre définitivement, celui de t'espérer désespérément. Au moins l'une de vous deux peut refermer la plaie entrouverte, panser l’hémorragie de cette décennie. Tu aimerais en faire autant mais la question du comment est hors de ta portée. Contrairement à ce que la plupart pensent, tu n'es pas seulement victime, tu es aussi bourreau. Et cette vérité te tue lentement, silencieusement. A qui peux-tu la confier ? Il serait tellement égoïste d'en parler, partager le fardeau. Tu ne veux pas qu'un autre se rende complice de ton crime, partenaire de ton tourment. Pourtant, tu aurais aimé pouvoir compter sur quelqu'un comme l'orfèvre le pense. Avoir un allié dans cette bataille féroce, sur lequel te reposer. Sauf que tu n'as pu compter sur personne avant le Palais. Avant que ta trajectoire ne croise celle de la princesse du désert.


Nuna de la montagne.

Ne me remercie pas, je n'ai rien fait qui mérite d'être saluée de cette façon. Nous n'avons seulement survécu aussi longtemps que possible, en espérant cette lutte salvatrice.
Et aujourd'hui, il m'incombe de devoir t'informer que celle que tu as connu ne reviendra jamais. Je pensais avoir enduré le pire mais ce fardeau me fait douter.
Cependant, je crois que c'était la chose à faire, non ? J'ai l'impression que tu vas enfin pouvoir lui dire au revoir. C'est long, dix ans sans savoir...

Je sens une véritable sincérité dans tes mots même s'ils ne me réconfortent pas. J'espère qu'un jour je parviendrai à les croire. A croire que je peux encore trouver la paix.
En tout cas, tu m'inspires ce sentiment, je comprends mieux pourquoi elle tenait autant à toi. Tu lui donnais du courage quand celui-ci manquait. Tu lui donnais de l'espoir.
Malheureusement, Makenna ne peut revenir à la montagne. Elle est partie il y a bien longtemps, engloutie par le désert. Il ne reste plus rien à récupérer, seuls nos souvenirs respectifs à raviver.


La survivante du désert.



Il te semble plus facile de lui répondre avec le temps car sans vraiment t'en rendre compte, tu te confies ouvertement. Les barrières continuent de tomber petit à petit et tu ne gardes plus pour toi, tous ces aveux qui te brûlent les lèvres. Ils se retrouvent dans tes écrits, des morceaux éparpillés de ta douleur, des craintes inavouées de ta captivité, des regrets par milliers de ton crime. Même si elle ignore que tu es l'auteur de ces lettres, tu as conscience qu'une partie de toi se trouve dedans. Nuna aussi. L'espace d'un instant, le mensonge et la vérité ne sont plus opposés mais forme une seule et même entité, vous permettant de frôler les vestiges de votre amitié. Alors tu regardes l'oiseau s'envoler avec un autre fragment de ta personne que tu offres à ton amie d'autrefois, puisse-t-elle t'aider à entrevoir une issue différente, une rédemption évidente. Parce que tu ne vois ni l'une ni l'autre, aveuglée dans ton déni, victime d'une cécité que tu t'imposes. Comme une punition, infligée pour supporter ce que tu as fait. Et par moment, tu as simplement envie de lui dire, c'est moi, c'est Makenna, viens me chercher, viens me retrouver là où tout a commencé et achève-moi, que je n'ai plus à vivre avec ce monstre que j'abrite... Sauve-moi.

→ nuna, échange épistolaire, troisième envoi 7 janvier 2119

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Nuna Cortez
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le Jeu 31 Jan - 3:19


I'm still here

Nuna Cortez & Makenna Askaywen

(à partir du 16 décembre 2118 / correspondance épistolaire)


Nuna avait besoin d'une clôture à cet échange qu'elle espérait devenir bref, autant qu'elle y espérait une suite, en attendait des réponses. En tentant de se raisonner et en analysant la situation, elle se rendait bien compte qu'aucune issue ne pouvait vraiment lui convenir. La nouvelle, elle n'avait plus qu'à l'encaisser. Peu importe ce qui pouvait se tramer ensuite entre elle et la destinataire mystérieuse de ses courriers, on lui avait déjà asséné le pire des coups. Il était trop tard pour hésiter, pour regretter d'avoir lu ces mots venus du sud et d'avoir souhaité gratter quelques certitudes. Les certitudes qu'on lui avait données, elle devait apprendre à les digérer. Elles semblaient venues d'un autre monde, appartenir à une autre réalité que la sienne. Sans doute habituée à l'absence de Makenna plus qu'elle l'aurait souhaité, Nuna ne parvenait pas à comprendre que sa tendre amie puisse ne plus être de ce monde. C'était étrange, cette conviction inébranlable que l'autre n'était pas mort, alors que plus rien ne pouvait donner à croire l'inverse. Elle aurait dû le sentir, non ? Leur lien était tel que si un cœur avait cessé de battre, l'autre aurait dû se briser. Même de l'autre bout du monde, même si elles avaient été séparées par un univers entier, elle aurait dû le sentir. Oh, son palpitant s'était serré de douleur en lisant la nouvelle, en réalisant qu'on lui confirmait la disparition de son amie de toujours. Mais il demeurait cette drôle d'impression qu'à aucun moment les choses n'avaient changé. Il n'y avait pas eu de rupture. Il n'y avait pas eu de fin à Mak et elle, pas même lorsqu'un gaillard qui faisait deux fois leur taille l'avait attrapée sous ses yeux. Les images étaient aussi limpides que floues, s'imposaient parfois dans son esprit avec une violence qui la laissait tremblante de peur et de sidération, comme si elles dataient de la veille. Mais le traumatisme avait ça de pernicieux qu'il était aussi récent qu'ancien, ballotté entre l'illusion de l'acceptation et la réalité de l'éternel déni. Et si les quelques mots répétés sur papier auraient dû faire l'effet d'un électrochoc à la jeune femme, il n'en était rien. Au fond d'elle, là où il n'y avait plus besoin de mots pour s'autoriser à ressentir l'inexplicable, elle demeurait persuadée que Makenna était là, quelque part. Peut-être sous une autre forme, peut-être dans un monde parallèle qui se juxtaposait au sien chaque jour, ou peut-être juste dans son cœur trop maltraité par les nouvelles pour les accepter aussi simplement qu'elles étaient crues et réelles.

Elle voulait la voir une dernière fois. La regarder brûler sur les cimes enneigées de leurs montagnes, comme elle l'avait fait tant de fois avant. Des au revoir de guerriers, de courageux, de roches brutes que le volcan faisait naître en son sein avant de les reprendre avec douceur, quand il jugeait que leur chemin s'achevait ici. Peut-être que c'est dans les flammes qu'elle trouverait cette liberté incertaine, la fin d'un combat, la fin d'un espoir latent qui avait duré trop longtemps. Une clôture, enfin. L'accueil d'un deuil qu'elle avait repoussé autant qu'attendu, qu'elle avait choisi malgré elle d'ignorer comme seule alternative viable et valable. Voir la dépouille de son amie lui briserait le cœur, elle le savait. La reconnaîtrait-elle seulement ? Qu'avaient pu lui faire subir ces dix années passées dans le désert ? Que pouvait faire subir à son enveloppe charnelle la réalité du temps, maintenant qu'elle l'avait quittée ? C'était dans les flammes qu'elle devait partir, comme leurs ancêtres, comme ses parents disparus. C'était elles qui la guideraient vers la voûte céleste, parmi les braises légères qui voletteraient avec grâce dans les airs endeuillés. Et puisque les parents de son amie n'étaient plus, alors ce serait à Nuna que reviendrait l'intimité de la dispersion des cendres, de la dernière matière d'une vie envolée. Dans les larmes discrètes de ceux qui restaient et n'avaient plus que des souvenirs à choyer, il fallait rendre à la terre ce qu'elle avait donné à cette existence unique. C'était dans les flammes et les cendres seulement que Nuna pourrait la voir partir, accepter de la voir partir. S'il le fallait, elle ferait le trajet elle-même et seule, ramènerait le corps cérémonieusement, aussi délicatement que les aléas du trajet le lui permettraient. Pour la retrouver, pour offrir à son cœur la certitude d'un au revoir, elle traverserait le continent; l'océan ou l'univers s'il le fallait. C'était devenu une nécessité au moment où elle avait accepté de laisser son dernier courrier s'envoler avec l'oiseau pour trouver la mystérieuse destinataire.

La réponse, elle ne l'attendait plus avec la même appréhension. Il y avait une forme de résilience qui la menait à croire qu'elle n'en aurait peut-être plus, maintenant que l'information lui avait été transmise. On ne lui devait rien et on ne lui avait jamais rien dû; pourtant, on avait accepté bien volontiers de se plier à son refus, puis à ses exigences et à son besoin de détails et de réponses. Peu importe qui pouvait bien être la femme à qui elle s'adressait : elle avait besoin de passer à autre chose, de se reconstruire, de laisser de côté ce passé le temps de l'accepter et de l'apprivoiser. La dernière chose dont elle avait besoin, justement, était qu'on lui rappelle le poids de ses expériences à chacune des lettres qu'elle recevait des montagnes. Elle n'avait pas besoin qu'on lui rappelle la mort et la corps sans vie d'une amie qui avait probablement tout été pour elle. Mais pour une fois, sans doute l'une des premières fois, Nuna avait accepté de faire ce sacrifice d'autrui. C'était ce qui l'avait mise dans tous ses états au moment de refermer la lettre : en plus de réceptionner l'irrecevable, elle avait demandé l’inacceptable. Pendant ces longues heures passées devant sa cheminée à lire et écrire, elle avait amorti la nouvelle en même temps qu'elle avait rebondi de la pire façon qui soit. En quelques instants seulement, ceux pendant lesquels elle avait griffonné ces quelques mots supplémentaires sous sa signature, Nuna avait perdu son identité. Elle était devenue égoïste, le cauchemar d'une personne endeuillée.

Mais à force de chercher des côtés plus doux à cet échange qui s'était installé depuis quelques lettres déjà, Nuna avait fini par trouver quelques idées réconfortantes. Même après toutes ces années, même après le cauchemar dans lequel elle avait été plongée, même après l'enlèvement que Nuna n'avait pu empêcher, c'était des bons souvenirs qu'elle avait laissés à Makenna. Si son interlocutrice n'enjolivait pas les dires de sa défunte amie, alors elle ne l'avait pas haïe viscéralement jusqu'à son dernier souffle. C'était un soulagement au milieu de tout ce chagrin dont elle ne savait plus quoi faire. Et puis, Nenna n'avait pas été seule. C'était peut-être pour ça qu'elle ressentait un lien si étroit et intime avec son interlocutrice : entre les deux femmes existait un lien indéfectible, celui de l'amie commune dont elles faisaient le deuil ensemble, pourtant si loin l'une de l'autre.

Cette fois-ci, c'est en ouvrant sa porte en fin de journée qu'elle trouva la lettre. Elle ramena à l'intérieur un bon paquet de la neige qui était tombée dans la journée, quand elle était la forge, et fit glisser sa capuche de sa chevelure en se penchant pour récupérer le papier humide qu'@Isdès Hakantarr avait dû glisser dans la journée en passant devant chez elle. La jeune femme fit quelques pas en arrière pour vérifier que son cousin n'était plus dans les environs -elle aurait volontiers repoussé l'ouverture de la lettre pour s'y préparer tranquillement, en compagnie d'Isdès et d'une infusion brûlante. Mais Isdès devait vaquer à ses propres occupations, et c'était à elle de faire face seule, encore une fois, au contenu d'un courrier qu'elle n'était pas sûre de savoir gérer. Cette fois, pourtant, Nuna choisit de ne pas faire traîner; parce qu'on se mettait à imaginer tous les possibles et impossibles, il n'y avait rien de pire que l'incertitude. Sans prendre la peine d'enlever sa fourrure, elle se laissa tomber sur l'une des chaises en bois qui entouraient sa grande table et décacheta le courrier pour lire les premiers mots.

Instinctivement, ses doigts froids trouvèrent ses lèvres tremblantes d'émotion. Il y avait quelque chose dans ces lettres et dans la netteté de leurs traits qui réveillait quelque chose de profondément sensible et intime. Dans les lignes et entre elles se glissait une mélancolie et une détresse qui arrachèrent de nouveau quelques larmes à la brune. Pour s'ancrer dans le présent, elle attrapa sa fourrure et la fit doucement glisser sur le dossier de sa chaise, les yeux toujours rivés sur la lettre. L'inconnue parlait pour Makenna dans son courrier et il sembla à Nuna qu'elle était encore là, qu'elle existait à travers les phrases griffonnées par l'amie qui lui avait survécu. Silencieusement et sans savoir ce qui le justifiait, l'Athna caressa le papier du bout des doigts. Une boule serrait sa gorge alors qu'elle réalisait toute l'impuissance qui était la sienne face au désespoir et au désarroi qui suintaient des mots griffonnés par son interlocutrice. Et puis les dernières lignes lui furent fatales. Elle laissa tomber la lettre sur la table alors qu'elle encaissait, accoudée au bois, ce qui venait de lui être annoncée. Peut-être était-il temps d'en parler à quelqu'un, de se confier à une oreille attentive et à une épaule solide. Car Nuna n'était rien de tout ça pour elle-même, et les Rahjaks et la vie lui avaient pris l'une des seules personnes qui avaient su prendre cette place. Mais qui l'écouterait ? Chez qui voulait-elle réveiller de si vieilles cicatrices ? Les parents Askaywen n'étaient plus de ce monde. Ceux qui avaient connu Makenna avaient pansé leurs plaies, eux. Ce n'était pas à elle de raviver de vieilles douleurs juste parce qu'elle-même était incapable de gérer les siennes. Elle n'avait pas à reporter sa peine sur autrui, à se reposer sur les épaules de quelqu'un qui n'aurait d'autre choix que de subir à la fois des nouvelles qu'il n'avait pas souhaitées et le chagrin d'une Nuna éplorée. L'Athna avait gagné des réponses qui aurait satisfait n'importe qui d'autre; mais pour elle, c'était à la fois trop et pas assez.

Nuna n'attendit guère plus longtemps avant d'attraper sa plume. Les mots étaient de plomb, alourdis par l'inutilité et l'hésitation qui en résultait. Chaque mot écrit par l'inconnue avait réveillé des sensations désagréables, celles de la familiarité et d'une douceur mélancolique, qui arrachaient toute une partie de l'âme. Nuna en venait à se demander à quoi avait pu ressembler sa vie toutes ces années, sans ces bribes de réponses, sans se début de clôture qu'elle voulait se forcer à saisir, puisque c'était la seule issue qu'on lui offrait. Dix ans de doute avaient été si doux comparés à la violence de ce qu'il fallait assimiler et supporter sans ciller. Mais elle cillait, Nuna, assommée par l’inacceptable.

le 11 janvier 2119

Chère amie,

Tu n'es pas responsable de la disparition de Makenna. Tu es celle qui l'a épaulée jusqu'à la fin. Et pour ça, je te serai toujours redevable. Je suis navrée d'avoir à te demander ce genre de choses, mais... a-t-elle souffert ? Comment est-elle partie ? Quels furent ses derniers mots ? C'est peut-être peu pour certains, sans doute énormément pour toi... pour moi, ça représente tout. J'ai besoin de savoir de quoi ces années furent teintées, de quoi sa fin a été faite. Elle ne te l'a probablement pas dit, mais je suis responsable de son détour par le désert. Je ne me le pardonnerai jamais.

C'est sans doute pour cette raison simple que je me permets de te dire qu'on peut se reconstruire, même si on ne se pardonne pas. On n'est jamais tout à fait la même personne. On porte un poids qu'il nous faut apprivoiser, mais quelles que soient les erreurs que l'on est amené à se reprocher, on peut vivre à nouveau. Je ne peux pas lui dire au revoir. Je n'ai jamais pu lui faire mes adieux et aujourd'hui encore, même à la lumière de ce que tu m'as appris, je ne peux pas. J'ai l'impression qu'il existe encore, ce jour futur où je la verrai passer la barrière de notre volcan. Mais j'en ai conscience, elle ne reviendra pas; pas même pour être rendue à nos montagnes natales. J'aurais aimé lui faire mes adieux. J'ai tant de choses à lui dire, après toutes ces années.

Je t'en supplie, mon amie, crois-moi lorsque je te dis que tu peux vivre à nouveau. Donne-toi du temps et sois clémente envers toi-même. Tu es ta première alliée. Je suis la seconde.

Nuna


Le lendemain matin, en attachant la lettre à la patte de l'oiseau messager, Nuna eut l'impression d'y laisser tout un morceau d'elle. Elle y avait glissé des mots jamais formulés auparavant, gardés secrets de peur de raviver ce qu'on faisait mieux de taire. C'était au rapace qu'elle confiait ses confidences, et malgré elle, la brune essayant de visualiser le visage de l'inconnue, peut-être ses expressions ou réactions lorsqu'elle lirait les tréfonds de son être qui ne parvenait pas vraiment à s'endeuiller. Mais le mystère de cette amitié demeurait complet, et lorsque l'oiseau prit son envol, Nuna eut l'impression de laisser partir avec lui un autre torchon rempli de bêtises insoutenables pour la rescapée qui les recevrait. Nuna était devenue égoïste, maladroite, antipathique. C'était peut-être ce que ça faisait aux gens, de perdre un être aimé.
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le Lun 4 Fév - 22:05
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Tu n’attends pas vraiment une réponse de sa part, considérant que ta dernière missive met un terme à votre conversation. Parce que tu es loin d’imaginer les innombrables questions qui ont germé dans l’esprit de ton amie au cours de la dernière décennie. Tu ne sais pas ce que ça fait, de vivre ainsi. D’être forcée de supporter le poids du passé à défaut de pouvoir tirer un trait dessus. Nuna attend des réponses, tes réponses, depuis si longtemps. Alors non, elle ne compte pas cesser cet échange épistolaire. Ni demain, ni la semaine prochaine, ni le mois suivant. Et tu t’en rends compte lorsque l’oiseau messager retrouve ton chemin, perché dans le village de la forêt, là où tu te sens suspendu dans les airs, libre de t’échouer. Il te suffirait d’un pas de trop, d’un pas de plus pour déraper et ton corps s’envolerait. Il finirait par s’éteindre une bonne fois pour toutes, réduit à néant comme ton âme. Sauf que tu l’aperçois, voler dans ta direction pour venir te déposer la lettre. Quelle lettre ? Tu es surprise, inquiète, ne perdant pas une seconde et l’ouvrant à la hâte. Tu comprends alors que c’est sans fin, sans repos. Elle ne peut se résoudre à t’abandonner avant de l’avoir décidé mais quelque chose te dit que ce n’est pas prêt d’arriver.

As-tu souffert Makenna ? Tu ne saurais exprimer toute la souffrance subie durant ces longues années de servitude. Comment es-tu partie ? Lentement, cruellement, dévorée vivante par les vautours de la cité, consumée par les méandres du désert. Quelles furent tes derniers mots ? Tu ne t’en rappelles pas très bien mais tu as sans aucun doute prononcé son prénom. Espérant qu’elle te retrouve là où vos chemins se sont séparés.

Tu es profondément touchée et chamboulée qu’elle porte la faute de ton enlèvement, ton dénouement. Et à cet instant là, tu aimerais t’en aller dans les montagnes, braver le froid de l’hiver, le danger de la glace, pour lui dire combien tu l’aimes. Mais tu n’en fais rien parce que l’amour est devenu un concept étranger pour toi; tu n’es pas certaine de parvenir encore à le ressentir. Pourtant, ton cœur bat plus fort à chaque phrase, paragraphe. Il te faut retenir les larmes qui menacent de se déverser sur ton visage. Il te faut être forte, pour elle, pour vous deux. Accepter de la laisser partir, définitivement. Tu ne sais comment lui dire, si bien que tu mets une semaine avant de rédiger le message. Une autre avant de le remettre au volatile. Tu le retiens quelques secondes supplémentaires près de toi, incertaine, hésitante. Pourquoi c’est si dur de le regarder s’en aller ? Parce que c’est elle que tu aperçois à l’horizon. Elle qui disparaît progressivement de ton champ de vision. Elle qui représente toute ton enfance, cette vie que tu n’auras connu, cette existence que tu as perdu. Ce n’est pas simple une amie, c’est un fragment de ton âme. Et tu ne peux le récupérer, tu as franchi une ligne dont personne ne revient.

Nuna de la Montagne,

Tu n’es pas non plus responsable de sa disparition. C’était son choix de s’arrêter, se retourner, s’élancer vers l’ennemi pour t’offrir ces dix années supplémentaires de vie. Son choix, pas le tien. Alors trouve la force, quelque part, de te pardonner. Pour effacer toute cette culpabilité que tu portes depuis bien trop longtemps.

Je suis désolée mais cette correspondance doit prendre fin. J’ai honoré ma promesse, tenté de répondre à tes questions mais tu en auras chaque fois des nouvelles. Je ne peux pas continuer ainsi. Je ne peux pas te raconter ce qui s’est passé. Je ne connais pas les mots pour le faire. Je crois que personne ne les connaît et c'est mieux ainsi.

Prends soin de toi, fille du volcan.
Et ne me recontacte pas.


La survivante du désert.


Les deniers phrases sont froides, presque brutales pourtant elles dévoilent une certaine tendresse à son égard. De toute évidence, tu veux la protéger de la vérité, la dissuader de la chercher. Et tu espères que ton silence suffira à traduire ce que tu n’as su dire. Adieu mon amie. Qu’est-ce que tu es supposé faire à présent ? Apprendre à vivre. Tu es supposée réapprendre à vivre Makenna.

→ nuna, échange épistolaire, quatrième envoi 28 janvier 2119

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Nuna Cortez
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le Mar 5 Fév - 22:30


I'm still here

Nuna Cortez & Makenna Askaywen

(à partir du 16 décembre 2118 / correspondance épistolaire)


Maintenant, Nuna les attendait, les lettres, comme une addict en manque. Elle cherchait du regard Isdès trop souvent dans la journée, espérant le voir débouler avec un courrier entre les doigts, un peu lassé d'avoir à prendre le relais de l'oiseau messager aussi régulièrement. Mais les jours défilaient et d'une lettre, il n'existait aucune trace. Peut-être avait-elle été trop loin en vomissant son désarroi auprès d'une inconnue. A quel moment avait-elle pu prétendre qu'entre elles, il y avait quelque chose de si fort et intime qu'il appelait aux confidences du cœur ? Dans les derniers mots envoyés par la survivante, pourtant, Nuna avait trouvé quelque chose qui avait résonné d'une façon trop intime, qui faisait écho à un passé à la fois heureux, et douloureux car révolu. Elle n'avait pas réfléchi au moment de répondre. Peut-être que de ne pas voir ou connaître la destinataire de ses mots avaient les avait fait couler plus fluidement qu'un face à face ne l'aurait jamais permis. Il n'y avait pas de regard à endurer, pas des larmes à essuyer, pas d'aura prêt à l'aveugler de son obscurité, d'atmosphère lourde à porter de ses frêles épaules. Sur la papier, il était aisé, rapide et fluide de laisser couler son chagrin. Il avait été trop aisé, rapide et fluide de le faire. Et jour après jour, puisqu'elle ne voyait pas revenir le rapace des forêts du sud, Nuna réalisait sa maladresse et son égoïsme, encore une fois. Une réponse, n'importe quelle réponse, aurait suffi à lui donner une idée de ce qui avait pu se tramer dans l'esprit de son interlocutrice lorsqu'elle l'avait lue. Elle avait remué ce qui était à la fois des interrogations pour elle, et un passé douloureux pour celle qui avait trouvé sa lettre. Et plusieurs fois, Nuna s'était mise à trembler. Peut-être avait-elle aggravé l'état de la survivante. Les mots avaient un poids qu'on avait tendance à omettre trop vite. Elle était de ceux qui les choisissait consciencieusement, toujours. Mais cette fois elle avait accepté volontairement de franchir certaines frontières. Par égoïsme, par nécessité. Elle avait perdu une partie de son identité pour cet échange, pour des réponses, des détails, pour faire vivre un peu plus longtemps Makenna à travers quelques mots portés par un oiseau messager. Mais de retour, elle n'en avait pas. Les jours se succédaient, les neiges tombaient en ce mois de janvier, et rien d'autre qui ne venait du ciel. Rien; pas un mot, pas une lettre, pas le moindre signe de vie. Alors c'est qu'elle avait été trop brusque, qu'elle avait poussé les choses au-delà du tolérable, qu'elle ne méritait pas de savoir plus que ce qu'on lui avait déjà dit. Elle n'en voulait pas à la survivante. Elle ne lui avait jamais rien du, pas même sa première lettre, pas même celles qu'elles avaient échangées depuis.

Il fallait apprendre à faire le deuil de cette survivante, et avec lui, celui de Makenna. Son amie ne reviendrait jamais et elle devait apprendre à l'accepter, même si son cœur se débattait, convaincu qu'il n'était pas encore temps de le faire. Elle n'aurait pas plus de réponse, pas de clôture propre. Il n'y aurait pas d'adieux, pas d'excuses qui s'envoleraient dans les volutes de fumées au milieu des montagnes, pas de vents qui emporteraient les dernières traces de l'existence de celle qui représentait tant pour elle. Alors pour essayer d'aller de l'avant, Nuna relut les lettres, lovée devant sa cheminée, cachée sous une fourrure. Aucune des lettre ne parvenait à sonner comme des au revoir, comme la clôture qu'elle recherchait sans parvenir à croire qu'elle existait vraiment. Alors chaque jour elle rejoignait sa forge le cœur lourd d'un poids nouveau, qui n'était pas celui du deuil ou de l'adieu, mais de l'inachevé, de la culpabilité, de l'absence qu'on lui avait rappelée après dix années passées en quête d'un oubli salvateur. Mais le temps passait et avec lui se dessinait l'obligation de croire, de passer à autre chose, d'assommer ses doutes et tout le reste, de simplement accepter. Accepter, juste. Arrêter de se battre, faire taire la naïveté, l'optimisme, l'insouciance. Elle n'était plus une gamine, pourtant, mais c'était bien la confiance caractéristique de la jeunesse qui la tenait si loin de l'acceptation simple. Passer à la suite lui semblait impossible. Elle ne pourrait jamais passer à la suite. Ignorer les lettres, alors, les brûler, les regarder s'envoler en fumée et avec elle les vérités qu'elle ne voulait pas entendre; mais face à sa cheminée, Nuna s'était accrochée aux courriers comme à des bouées de sauvetage en pleine mer agitée, et bien vite ils avaient retrouvé leur place privilégiée dans une boîte, à l'abri du monde. C'était là qu'ils finiraient, avec la réalité inacceptable.

Aussi, quand Isdès lui tendit la dernière arrivée, Nuna le regarda quelques instants, sonnée, osant à peine toucher le papier. Mais il était pressé, son cousin, et elle l'attrapa pour commencer un combat de regards -savoir qui des deux le baisserait en premier. Sans aucune surprise, ce fut Nuna qui, peu fière, fuit du sien la lettre glissée dans ses mains. D'un pas hésitant, elle se glissa vers sa cheminée pour doucement la déplier. Elle avait espéré qu'elle vienne de quelqu'un d'autre, de n'importe qui d'autre, mais elle avait reconnu l'écriture qui en ornait le dos et aussi tremblante qu'elle était, venait de s'ouvrir devant elle de nouvelles perspectives, de nouvelles solutions, la possibilité d'une issue, quelle qu'elle soit. Une suite à cette page qu'elle n'arrivait pas à tourner. A mesure qu'elle lisait ce que l'inconnue lui avait écrit, Nuna s'assit doucement par terre, s'appuyant sur une main posée derrière elle. Quelque chose clochait. Quelque chose clochait et son regard se perdit plusieurs fois dans les flammes pour essayer de trouver quoi, pour tenter d'accepter le plus simplement possible ce qu'on lui disait. Mais c'était impossible, même maintenant avec cette nouvelle lettre; surtout maintenant, au vu de cette nouvelle lettre. Elle la relit plusieurs fois pour être sûre de bien avoir compris qu'elle n'avait pas compris, et se releva comme si elle était montée sur un ressort.

Sans qu'elle ne puisse l'expliquer, des larmes de rage lui étaient montées aux yeux. On ne lui donnait pas de réponses en même temps qu'on lui en donnait trop. Rien ne collait, rien n'allait, et chaque lettre la blessait plus que la précédente; pourtant elle attendait de chacune plus encore, sans savoir ce qui pourrait lui donner cette acceptation tant espérée. Aveuglée par une colère qu'on ne lui connaissait que rarement, Nuna se planta sur sa chaise, plume à la main, pour répondre d'une main tremblante, d'une voix chevrotante. Les lettres avaient perdu de leur arrondi habituel, étaient devenues anguleuses, griffonnées à la hâte, dans un flot d'émotions qui envahissait Nuna au point de manquer de l'étouffer.

le 03 février 2119

Chère survivante,

Comment sais-tu comment les choses se sont passées ? En réalité, tu n'en sais rien : tu n'étais pas là. Ne parle pas pour mon amie disparue. Si elle n'est plus capable de le faire toute seule, alors laisse-moi avec cette culpabilité. Personne ne peut plus rien faire contre elle.

N'est-ce pas égoïste de m'annoncer pareille nouvelle et de te volatiliser ? Plutôt que de me laisser dans le doute, tu as préféré briser mes espoirs. Et maintenant, tu choisis de disparaître. Tu m'as fait tomber et tu me laisses à terre. Quel drôle de choix.

D'aucun pourrait rétorquer que ce sont mes questions qui sont égoïstes. Au nom de mon histoire avec Makenna, je m'autorise cet égoïsme. Pour une fois, juste pour cette fois. Comment peux-tu prétendre que de ne pas trouver les mots est mieux ? Ca ne l'est pas pour moi. Je n'ai aucun moyen de dire au revoir à ma meilleure amie, alors je ne le ferai pas. Elle vit toujours.

Nous aurions pu être alliées et amies; tu as choisi que nous ne serions rien. Garde tes réponses pour toi. Reconstruis-toi seule. De mon côté, Makenna vit toujours. Elle reviendra au volcan, un jour. Je la reconnaîtrai de loin et on dormira ensemble, dans mon vieux lit, avec un feu doux qui crépitera dans la cheminée. Voilà comment je me relève du coup que tu m'as donné.

Prends soin de toi et de tes réponses, je prendrai soin de mes espoirs.

A jamais,

Nuna
Makenna Askaywen
DATE D'INSCRIPTION : 21/12/2018 PSEUDO/PRENOM : ΛURORΛ BOREΛLIS MULTICOMPTES : MILA SWANN MESSAGES : 89 CELEBRITE : NADIA HILKER COPYRIGHT : BOREΛLIS, ENDLESSLOVE, RILÈS METIER/APTITUDES : ESCLAVE AFFRANCHIE TRIBU : LES ENFANTS DE LA FORÊT POINTS GAGNES : 20
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le Jeu 7 Fév - 18:45
I'm fighting a battle. I'm fighting my shadow. Herd fears like they're cattle. It's haunted me. Oh the past it's haunted me. Oh the past it wanted me dead. Oh the past tormented me. But the battle was lost. ‘Cos I'm still here. I'm lighting the long way home (@sia // beerus)


Toute la nuit tu demeures éveillée, le regard plongé dans l’obscurité, incapable de faire taire tes pensées. Elles te rappellent inlassablement ce que tu as rédigé dans cette lettre au parfum naufragé. Tu ne sais comment te positionner à son égard. Par moment, tu regrettes ton message, souhaite effacer les mots qui se sont formés parce qu’une partie de toi désire ardemment la revoir. Incapable d’abandonner ce passé lointain qui te semble à porter de main. Nuna est tout ce qu’il te reste. Tu as rapidement compris ce qu’il s’était passé. Jamais elle n’a mentionné tes parents, à aucun moment, comme s’ils avaient simplement cessé d’exister. Tu ne peux nier la vérité car au plus profond de toi, tu la connais. Pourtant, tu as l’impression qu’ils t’attendent là bas, tapis dans ces immenses montagnes, au cœur du volcan éteint. Parce que tu n’as pu leur dire au revoir. Et là, tu réalises que c’est sans aucun doute ce que ton amie ressent à cet instant. Sauf que toi, tu lui as donné l’opportunité de s’exprimer une dernière fois. A travers cette entité créée de toutes pièces pour échanger sans lui révéler ta véritable identité. Tu lui as offert une ultime étreinte, aussi lointaine que singulière.

Est-ce suffisant ? Non, évidemment mais tu ne peux lui offrir une autre fin. Elle aurait le cœur brisé en découvrant que tu n’es plus Makenna. Seulement une pâle copie. Un visage familier abritant une étrangère écorchée. Alors, au petit matin, quand ton souffle chaud vient caresser l’air frais, tu décides de te débarrasser des lettres. Il paraît que c’est libérateur, de tirer un trait sur le passé. Tu ne peux pas en dire autant. Tu te sens encore plus vide qu’avant. Eteinte. Presque morte. Et c’est le regard froid que tu déchires les feuilles volantes pour laisser le vent emporter les morceaux de papier. Tu aurais pu les brûler, ça aurait été plus facile. Tout comme il serait plus facile de céder à la rage qui circule dans tes veines. D’être en colère contre le peuple du désert. Tu es en colère, bien plus qu’ils ne peuvent l’imaginer quand leur regard se pose sur tes frêles épaules. Sauf que tu refoules cette émotion, consciente de ne pouvoir la contrôler. Elle est trop forte, féroce, farouche. Si tu lui permets de se réveiller, tu ne seras peut-être pas en mesure de l’anesthésier par la suite. Et tu n’aimes pas laisser de place au peut-être.

« Je savais que tu reviendrais. » Cette fois, tu n’es pas étonnée lorsque l’oiseau apparaît avec le message dans ses griffes. Qui aurait abandonné aussi facilement ? Certainement pas ton amie. Parfois, tu te demandes à quoi ressemble sa vie sans toi. Est-ce qu’elle habites seule ? Est-ce qu’elle occupe une place respectée au sein de la tribu ? Est-ce qu’elle continue de rêver ? Est-ce qu’elle trouve la force de se pardonner ? Tu meurs d’envie de lire cette nouvelle missive mais tes doigts la tiennent si fermement que tu ne parviens à leur arracher. Ils refusent de te laisser découvrir le contenu du papier et tu comprends pourquoi ton esprit s’acharne autant. Tu crains de retomber dans ce cercle vicieux qui t’empêche d’avancer. Alors tu te contentes d’effleurer les caractères marqués sur le dos avant de la ranger soigneusement dans ta petite tanière. Tu te fais violence pour ne pas la lire chaque jour qui passe. Tu ne peux t’en débarrasser sans savoir ce qu’elle renferme et tu ne peux l’ouvrir pour en prendre connaissance. Finalement, au bout d’une semaine, tu la remets au volatile reposé, persuadée que c’est la meilleure décision. Nuna finira par comprendre que tu n’es plus là-bas, que tu n’es plus nulle part, que tu t’es évanouie comme le souvenir de sa Makenna d'autrefois.


→ nuna, échange épistolaire, cinquième envoi 10 février 2119

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le Mar 12 Fév - 20:43


I'm still here

Nuna Cortez & Makenna Askaywen

(à partir du 16 décembre 2118 / correspondance épistolaire)


Nuna ne pouvait plus laisser tomber, maintenant. On avait trop titillé son déni pour qu'il reprenne sa place initiale. Tout avait été détruit en quelques lettres et mois seulement : l'équilibre précaire qu'elle avait trouvé au fil des années, les mensonges qu'elles s'étaient contés pour souffrir un peu moins, les promesses secrètes qu'elle avait faites auprès de la Makenna qu'elle retrouverait, un jour. Les adieux soufflés dans le silence et l'obscurité, ceux qui étaient encore teintés d'un espoir de retrouvailles; la brume qui s'était apposées sur les souvenirs terribles de cet instant à la fois brusque et éternel. On ne pouvait pas détruire ça sans lui donner plus, plus de réponses, plus de réconfort. Ce n'était pas au cœur de son volcan qu'elle le trouverait, son réconfort, car ce n'était pas là qu'elle le chercherait. Nenna n'avait plus de famille à prévenir et Nuna pas d'amis à détruire comme elle venait d'être détruite. Alors elle taisait ses peines et ses doutes, trouvait du réconfort auprès des flambées qui nourrissaient sa cheminée, dans les bijoux qu'elle faisait en pensant à son amie, à sa chevelure sauvage et à ses rires fous. Mais les souvenirs heureux se flétrissaient, comme s'ils ne pouvaient garder leurs couleurs que lorsque Makenna était de ce monde. Mais elle ne pouvait pas être partie, pas vraiment, pas tout à fait; quelque chose ne collait pas. Il semblait à Nuna que son amie, au contraire, n'avait jamais été aussi proche d'elle depuis qu'on l'avait prise à leur volcan. Elle pouvait presque la toucher, ou presque toucher ce qui restait d'elle à ce monde, ce qu'elle avait laissé derrière quand elle avait été à bout de force. Il fallait qu'elle se rende à l'évidence : l'inconnue avait été claire, avait répété les faits. Pourquoi était-ce si difficile ? Qu'est-ce qui pouvait retenir Nuna si loin de la vérité, si loin dans le passé, dans un espace auquel Mak appartenait encore ? La peur des adieux, sans doute, la peur de tout chambouler, de tout changer sur les seuls dires d'une inconnue.

Ce n'était pas de la haine, qu'elle avait envoyée à la patte du rapace. C'était de la colère, un sentiment d'injustice, un besoin de plus. On lui avait asséné le plus violent des coups, et on attendait d'elle qu'elle se débrouille seule. Mais Nuna n'était pas capable de prendre soin d'elle-même comme elle aimait prendre soin des autres. Elle était la seule à qui elle se permettait de faire endurer ses peines et, pire que toutes les autres, cette peine.

Elle ne savait pas ce qu'elle avait pu attendre d'un tel courrier. Les mots avaient coulé comme les larmes de rage sur ses joues mates, et elle s'en était débarrassée en accrochant le papier plié à la patte de l'oiseau. Cette fois-ci, elle n'avait pas eu besoin d'Isdès. Elle avait eu besoin que la lettre parte, mais le soulagement n'avait été que de courte durée. Elle n'avait pas ressenti de culpabilité, cette fois. Seulement du chagrin, une de ces peines qui semblent capables de creuser un gouffre à la place du cœur. Et le temps s'était étiré, et ses doigts s'étaient ankylosés sur son marteau, et son sommeil s'était troublé. Sa colère lui avait sans doute coûté le dernier lien qui subsistait entre elle et Makenna. Ou peut-être pas, après tout : c'était parce que la rupture avait été annoncée imminente que les mots avaient explosé sur le papier. Et c'était des questions supplémentaires, des regrets, des remords; les choses auraient pu être différentes. Elle aurait pu connaître le nom de son interlocutrice ou sa localisation. Elle aurait pu forcer une rencontre et faire réaliser à l'inconnue tout le besoin qu'elles avaient l'une de l'autre. Elle aurait pu réconforter la survivante au nom de son amitié avec Makenna, au nom de l'humanité et de l'empathie qui la rongeaient avant ses propres peines. Mais elle avait tout foiré. Elle s'était laissée emporter par les vagues de chagrin et de colère, par le refoulement d'un deuil qu'elle n'accueillerait jamais. Elle avait été insultante, Nuna, bien loin de la Nuna protectrice et douce que Makenna semblait avoir décrite à l'inconnue. Elle avait brusqué une survivante, une femme qui avait traversé l'enfer et en était revenue. Elle avait rouvert sauvagement des plaies qui peinaient à laisser les premières traces de cicatrices. Elle avait été violente, n'avait pas fait preuve de considération. Elle avait été égoïste, et à mesure des jours qui défilaient sans retour de courrier, c'est ce sentiment qui éclipsa à nouveau la colère. Elle avait foiré. Elle avait blessé quelqu'un qu'elle ne connaissait mais que Makenna avait connu et sans doute aimé. Elle avait blessé quelqu'un. Elle avait blessé. Nuna avait blessé.

Un frisson descendit salement le long de son échine, l'électrisa alors qu'une goutte de sueur commençait à perler sur sa tempe. Isdès venait de lui donner un courrier. Quelques secondes la virent passer d'un état de panique à un retour de la colère, accompagnée d'une incompréhension et d'une détresse qu'elle n'aurait jamais suspectées. Nuna n'avait pas blessé, elle avait été blessée. C'était son propre courrier qu'elle tenait entre ses doigts : on l'avait ignorée. On l'avait fait taire, on l'avait insultée en refusant de lui donner le droit à la parole. Mais non, se disait elle ; le courrier n'avait pas trouvé sa destinataire. Un oiseau pouvait-il ne pas retrouver son propriétaire ? Elle aurait aimé poser la question à @Isdès Hakantarr mais elle n'avait pas besoin de le faire. Il était hors de question qu'elle éveille davantage de soupçons auprès de son cousin pour une réponse qu'elle connaissait déjà.

Le plus sain aurait sans doute été de répondre au silence par le silence, mais Nuna était coriace, tenace, blessée à la fois dans son orgueil et dans son besoin d'issue. Elle ne pouvait pas abandonner comme on venait de l'abandonner. Elle ne pouvait pas laisser sa colère sans témoin, sans victime, sans destinataire. Elle réalisa non sans que ça lui colle une suée froide qu'elle était une tortionnaire, en fait; plus qu'égoïste elle était cruelle mais elle ne parvenait pas à se donner tous les torts. Ce serait plus simple, pourtant, de se reconnaître seule fautive. Mais l'inconnue avait survécu au désert, et ne pouvait s'infliger quelques échanges avec elle. Elle avait sciemment coupé le dialogue, s'était posée maîtresse du dialogue, imposée comme seule décideuse. Elle s'était délestée du poids de l'information comme on se délestait de la plus commune des corvées. Elle l'avait rayée de la liste pour passer à autre chose. Peu importaient les raisons et les motivations qui la poussaient à faire ainsi; rien ne justifiait de laisser quelqu'un dans la détresse qu'était celle de Nuna. Rien ne justifiait d'ignorer de tels appels à l'aide. Rien ne justifiait de la laisser sans réponse et pire encore, rien ne justifiait de ne pas lire la sienne. Le courage, elles devaient l'avoir à deux. L'épreuve, elles devaient la surmonter à deux. Peu importait les différences de parcours à ce moment-là, que l'inconnue ait survécu au désert et aux Rahjaks, que Nuna se soit contentée pendant trente années du confort de son volcan. Elles devaient se trouver, toutes les deux. On lui avait tendu une main et elle s'était accrochée, Nuna, mais elle avait filé trop vite et les doigts de l'Athna se refermaient sur le vide de la solitude.

le 13 février 2119

Tu as dû oublier d'ouvrir ma dernière lettre.

Je te la joins avec ce seul mot, de peur de rendre le voyage de ton oiseau compliqué.

Ne me fais pas taire.

Nuna
Makenna Askaywen
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le Dim 17 Mar - 15:52
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Sans même le savoir, Nuna se retrouve face à face à toi, la nouvelle toi. Celle que le Palais n’est parvenue à soumettre. Celle que le désert n’est parvenue à tuer. Celle qu’ils appellent la survivante de cette façon glorieuse que tu ne comprends pas. Tu n’es plus son amie d’autrefois, son soutien infaillible, sa confidente éternelle. Tu es cet esprit fracturé, ce corps usé, cette âme perforée dont l’humanité s’est heurtée à la rudesse de la vie. Tu n’es plus ruée sous les coups, tu les rends un par un avec la force de tes mots, la puissance de ton silence. Avec cette froideur que tu déploies d’une manière étrange, presque dangereuse, obscure. Comme si les choses ne t’atteignaient pas. En réalité, tu les ressens plus profondément qu’auparavant alors tu t’en détaches doublement. Tu crées instinctivement une frontière, un rempart pour ne plus endurer les maux qui sont tiens, les maux qui sont siens. Tu ne regrettes pas de lui avoir fait parvenir son propre courrier, au contraire. Tu as l’impression d’avoir tourné la page mais ne peut en attester.

Et quand l’oiseau revient, ses griffes acérées détenant de nouveaux papiers, tu doutes, l’espace d’un instant. Pourtant, quand tu découvres le message écrit, tu ne ressens pas une pression immense s’abattre sur tes épaules. Tu réalises simplement que tu n’es plus en position soumise, bien au contraire. C’est toi qui tire les ficelles. Tu lui as fait parvenir la première lettre, prenant le risque de bousculer toute son existence. Tu lui as fait parvenir ta dernière lettre, prenant la décision de mettre un point final à votre histoire. Chaque fois, tu t’es imposée. Et tu prends conscience que tu ne peux décemment lui refuser cet échange. Tu n’as pas le droit de la faire taire, personne n’a le droit de faire taire quelqu’un. Tu es bien placée pour le savoir. Alors elle parlera, autant que cela est nécessaire et tu écouteras comme autrefois. Tu ne répondras pas car tu n’es pas prête de confesser toutes ces vérités qui lui tiennent à cœur. Un jour, peut-être, le seras-tu.

En attendant, tu te tiendras debout, le regard rivé sur les cieux, à la recherche du volatile. Tu récupères le courrier que tu avais délibérément choisi d’ignorer pour découvrir ce qu’il renferme. Tu perçois aisément la colère, le chagrin, la frustration et toutes ces émotions explosives qui sont en train de se nourrir de Nuna. Tu perçois son besoin d’expression indéfectible, probablement enseveli sous ses années d’ignorance. Dix ans à se demander ce qui s’est passé ? Dix ans à prétendre que rien ne s’est passé ? Dix ans à imaginer qu’il s’est passé certains événements ? Tu ignores la voie choisie, la question poursuivie comme un fantôme qui hante sa vie. Tu n’es pas certaine de vouloir savoir mais une part de toi est persuadé que tu dois l’encaisser, peu importe la difficulté. Une part de toi se prélasse dans le tourment tandis que l’autre cherche désespérément à s’en extraire. Alors, tu ne griffonnes qu’un mot pour traduire un monologue. Un seul que tu remets à l’oiseau. Les prunelles humidifiées, tu retiens les larmes qui viennent s’accumuler. Tu les forces à regarder sans intervenir, sans rien dire.


Parle.


La survivante du désert.



→ nuna, échange épistolaire, sixième envoi 17 février 2119

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Nuna Cortez
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le Sam 30 Mar - 4:23


I'm still here

Nuna Cortez & Makenna Askaywen

(à partir du 16 décembre 2118 / correspondance épistolaire)


Les regrets et les pleurs de Nuna se dissolvaient dans le reste de son existence. Les mois se succédaient et parvenaient à lui faire oublier la teneur de ces lettres par poussées. Elle parvenait alors à prétendre, comme autrefois, que Makenna vivait une belle vie, même si c'était loin d'elle. Elle parvenait à laisser de côté les images de son enlèvement, la sensation de paralysie qui l'avait pétrifiée quand elle avait vu les larges bras de l'homme enserrer sa meilleure amie. Elle parvenait, sans trop savoir comment, à noyer la culpabilité qui continuait à la ronger dans le silence aliénant, dans la discrétion vicieuse. Quand elle battait le fer, quand elle côtoyait ses montagnes tant aimées, quand elle riait avec ses amis, quand elle racontait des histoires aux enfants, Nuna parvenait à oublier ces lettres qui s'étaient entassées dans une boîte en bois bleu, cachée dans un coin de sa maison, là où elle savait se faire discrète. C'était quand le calme de la nuit envahissait son foyer qu'elle lui revenait en tête, malgré toute la volonté qu'elle avait de la prétendre inventée de toute pièce. Elle n'osait pas remettre la main dessus. Cachée comme elle l'était, on pouvait presque se dire qu'elle n'avait jamais existé, comme toutes les lettres qu'elle contenait. Pourtant, Nuna n'avait pas la force de brûler le papier et les mots qui y étaient griffonnés. Il y avait une part d'elle qui se contentait de tout remettre à plus tard, pour s'interdire de ruminer dans coin, puisqu'on l'y avait laissée seule.

C'était terrible, de n'avoir que quelques semblants de réponses. C'était terrible, en fait, de réamorcer des douleurs qui avait été enfouies sous un mélange de déni et de nouvelles expériences censées combler celles qu'on lui avait volées. C'était terrible de se laisser à nouveau happer par la culpabilité, qui n'avait pas été enterrée suffisamment profondément. Et puis les regrets, maintenant, en plus des remords : tout ce qu'elle n'avait pas pu dire à Nenna, tout ce qu'elle ne pourrait jamais plus lui dire. Les au revoir qu'on lui avait volé, l'amie qu'elle n'avait pas su être pendant ces quelques minutes où tout avait changé, et pendant ces longues années où tout était changé. Elle aurait dû être une autre personne, Nuna, de celles capables de tout braver pour ceux qui comptaient. De celles qui auraient traversé le monde et affronté les pires menaces et ennemis. Elle aurait dû être de celles qui savaient fédérer des combattants et les rallier à leur cause. Elle aurait dû chercher Makenna, et puis la trouver. Elle aurait dû tuer des Rahjaks, des dizaines s'il l'avait fallu, avant qu'ils ne tuent Nenna. Elle aurait dû la trouver, la ramener saine et sauve, et puis lui offrir le réconfort de son foyer, et puis tenter de lui faire oublier l'enfer duquel elle n'avait pas su la préserver.

Mais elle avait échoué. Dès les premières minutes où tout avait basculé, celles qui auraient pu tout changer si elles avaient été différentes, Nuna avait échoué. Et maintenant, elle en payait le prix. Égoïstement et lamentablement, elle était maintenant la seule des deux anciennes amies à pouvoir pleurer l'absence de l'autre. Makenna avait vécu l'invivable par sa faute, jusqu'à ne plus vivre du tout. Une seule piqûre pour lui rappeler tous ces maux, tout ce qu'elle avait enfoui dans bien que mal dans le passé. Elle n'aurait pas dû oublier, pas dû se forcer à passer à autre chose juste parce que les combattants du village, eux, avait abandonné l'idée de la retrouver. Elle aurait dû être leadeuse plutôt que suiveuse, s'accrocher à cette conviction qui flambait encore que Nenna était vivante, quelque part, même loin, si loin d'elle. Mais cette conviction était morte dix années plus tard, tuée par quelques mots griffonnés par une inconnue. Et maintenant, elle n'avait personne, plus personne pour partager sa peine. Plus aucune envie de le faire, avec un besoin immense de le faire. L'idée d'infliger une telle peine à n'importe qui d'autre, pourtant, lui semblait à la fois irrespectueuse et irresponsable. Makenna n'avait plus de parents, mais il demeurait dans leur volcan natal des dizaines d'âmes qui l'avaient chérie et aimée, charriée, qui l'avaient vu grandir et lui avaient appris les petites et les grandes choses de la vie. On ne pouvait pas rouvrir les plaies cicatrisées d'autrui sous le triste prétexte de la vérité. On ne pouvait pas rouvrir les plaies de quelqu'un d'autre pour se sentir moins seul à panser les siennes.

Alors Nuna gardait le secret, et le gardait tellement bien qu'elle parvenait à se cacher l'atroce vérité d'elle-même. La vie réussissait à être presque la même, tant qu'on oubliait cette boite de bois bleu et son malheureux contenu. Quand elle était assez déterminée, suffisamment plongée dans les affaires de son quotidien, Nuna parvenait même à sentir la présence de Makenna quelque part dans ce monde. Comme avant, comme lorsqu'on ne l'avait pas contactée, la possibilité de la voir franchir la barricade de leur volcan l'effleurait à nouveau de temps en temps. Les retrouvailles avec son amie appartenait encore à un avenir probable, et un avenir commun se dessinait encore devant ses yeux. Elle panserait ses blessures, à Makenna, et puis à deux elles parviendraient à réparer un cœur et une âme qui avaient subi des tumultes impensables.

Mais la nuit, la réalité se réimposait parfois, glaçante, paralysante. La présence de la boîte dans son armoire se ressentait partout dans la pièce, l'atmosphère autour d'elle prenait de drôles de couleurs irradiantes, presque tangibles. Alors Nuna s'évertuait à les ignorant le plus fort possible, avec le plus de conviction possible, jusqu'à parvenir à les faire disparaître dans le monde de ce qui n'était plus tout à fait, ce qui n'était plus vraiment, juste parce qu'on le refusait. Il fallait clore le chapitre parce qu'on ne lui donnait pas le choix, parce qu'il n'y avait personne pour écouter ses chagrins et essuyer ses larmes, et parce qu'elle était incapable de faire face à sa propre détresse. Il fallait alors retrouver cette technique qui l'avait fait survivre jusqu'ici, un mélange de déni et de détermination à aller de l'avant. Peut-être que si elle se mentait assez fort, assez longtemps, tous les jours et toutes les nuits pendant des années, elle finirait par créer des souvenirs qui n'existaient pas, parviendrait à effacer des souvenirs qui avaient été trop réels. Peut-être qu'il lui faudrait finir par brûler ces lettres pour ne plus en garder aucune trace et donner à son imagination le droit de les croire inventées de toute pièce. Sans preuve, sans aucune autre preuve que des souvenirs dont elle était la seule gardienne et témoin, le doute serait permis; et du doute naîtrait une nouvelle réalité, beaucoup plus abordable, durable, viable.

Ne plus avoir de réponse, ne plus avoir personne pour lire son chagrin, c'était peut-être ce qui lui permettrait d'aller de l'avant en ignorant ce qui la retenait en arrière. Ce n'était pas raisonnable ou raisonné; c'était recouvrir les plaies d'un pansement qui finirait par succomber et laisser apparaître les dégâts devenus irrémédiables d'une blessure nécrosée. Mais c'était tout ce qu'elle était capable de faire, maintenant, pour continuer à avancer, pour ne pas se laisser happer par un passé venu la hanter après tant d'efforts pour se délester de son poids. Mais ça traînait, toujours, comme une menace latente, et Nuna n'oubliait pas la boîte. Elle n'oubliait pas le dernier courrier désespéré et vitriolé qu'elle avait envoyé à l'inconnue, et elle n'oubliait pas qu'elle attendait une réponse, une main tendue, un semblant de compagnie dans ce tunnel qui se présentait maintenant à elle, sombre et sans fin. Elle ne pouvait pas être seule. Elle ne pouvait happer personne dans son malheur retrouvé, mais elle ne pouvait pas être seule. Ne restait alors que cette alliée que le destin lui avait offert par mégarde. Peu importe qui elle était, quelque chose les liait maintenant pour toute une vie. Son interlocutrice le refusait, sans doute à raison; à vrai dire, c'était elle des deux la battante, celle qui avait vécu l'enfer et devait apprendre à s'en relever. C'était elle des deux qui avait vu leur amie commune rendre son dernier souffle, avait pris la fuite pour chercher une trêve sans jamais parvenir à le trouver. Nuna n'était pas l'héroïne. Au pire, elle était un dégât collatéral. Celle que l'on prévient des choses par correction, parce que ça devait être fait. Mais elle n'avait aucune légitimité à demander plus d'une inconnue, sous prétexte qu'elles avaient perdue une amie commune. Elle le savait pourtant : elle était égoïste, mais pour une fois, juste pour cette fois, elle s'autorisait cet égoïsme. Peut-être aussi parce qu'elle l'accompagnait d'un besoin d'aider l'autre, de soutenir l'inconnue à travers des lettres, une écoute calme et compréhensive et bienveillante. Mais on lui avait violemment claqué la porte au nez, et la voilà qui attendait une réponse autant qu'elle espérait pouvoir clôturer les choses. En attendant, une forme de répit s'était installée, poussée la force d'un déni qui paraissait à toute épreuve mais dont elle savait qu'il finirait par lui exploser à la figure, tôt ou tard. Demain ou dans cinq ans. Probablement quand elle s'y attendrait le moins.

Cette fois-ci, c'est un collègue de la volière qui n'était pas son cousin qui lui apporta la lettre. Il ne lui fallut que quelques secondes pour reconnaître l'écriture. Elle la reconnaîtrait entre mille, maintenant. Après un dernier sourire mi-crispé mi-reconnaissant lancé à celui qui lui avait amené son courrier, Nuna arracha, tremblante, ses gants de cuir. Le feu la forge crépitait derrière elle mais son cuivre avait bien le temps de se solidifier à nouveau. Elle avait plus important à gérer.

Perdue entre deux mondes, Nuna attrapa la lettre posée sur son établi pour aller lentement s'asseoir sur une chaise posée dans un coin. Elle ouvrit doucement le courrier, et trouva un mot. Un seul.

Elle s'effondra en larmes, recroquevillée sur sa chaise en bois, sans parvenir à museler ses cris plaintifs et malheureux.

On lui donnait la parole, mais qu'avait-elle à dire ? L'avait-elle méritée ?
On lui donnait la parole, mais était-ce par sollicitude, ou bien par lâcheté ?

Elle prit quelques minutes pour ravaler ses larmes et sortit pour trouver son père, qui s'occuperait de la forge le reste de la journée. L'épée dont elle s'occupait pouvait être mise de côté jusqu'au lendemain ; en attendant, il y avait besoin de quelqu'un à l’échoppe, et elle ne se sentait pas très bien. Le froid de l'hiver mettait son corps au défi, sans doute; elle allait se reposer sous une de ses innombrables fourrures et serait de retour à la forge le lendemain. Il pourrait alors reprendre ses entraînements avec les jeunes du village qui le demandaient -il prenait tellement ce rôle à cœur que Nuna en oubliait parfois qu'ils étaient encore deux à gérer la forge.

Affalée devant le feu qui était presque mort dans sa cheminée, Nuna n'eut guère besoin de chercher ses mots. Ils avaient tournoyé par dizaines sur le trajet, appelé des larmes qu'elle s'était refusée à leur offrir jusqu'à présent. Mais la plume dans la main, l'autre posée sur le parchemin, Nuna vomit son chagrin et ses souvenirs, ses regrets, ses remords, sa culpabilité et tout ce qu'elle s'autorisait à ressentir maintenant que quelqu'un avait soulevé le couvercle de cette boîte ensevelie sous le déni.

le 27 février 2119

Makenna et moi nous sommes toujours connues. Je n'avais jamais osé imaginer ma vie sans elle. On était censées vivre et vieillir ensemble. C'est ça, le cours de la vie. C'était ma soeur. Elle m'a acceptée avec mes travers et a su me faire aimer ce que d'autres me reprochaient. Elle était ma confidente, mon âme soeur, et maintenant je n'ai plus ni soeur, ni confidente, ni âme soeur. On m'a pris un morceau de moi.
Je ne sais pas ce qu'elle t'a dit de moi. J'aurais juste, moi, aimé pouvoir lui dire tout ça une dernière fois. Je pense à elle chaque jour. Elle est avec moi toujours, dans mes sourires et mes éclats de rire, dans mes peines, dans les bases solides qui font mon quotidien, mais aussi tout ce qui y est branlant, dans les certitudes qu'on m'a arrachées avec elle.
J'aurais aimé lui dire qu'elle est à mes côtés chaque matin quand je me réveille et chaque soir quand je m'allonge pour chercher le sommeil. Je rêve d'elle d'une façon si limpide que pendant quelques minutes, je crois encore en ce monde d'autrefois qu'elle foulait en toute innocence. Parfois, je rêve qu'elle revient malgré ta première lettre, et puis que je l'accueille avec son cœur lourd. Alors je la cajole, je l'écoute, je lui laisse mes épaules et mes bras, et puis je lui promets qu'elle ira mieux. Ce ne serait pas un mensonge. J'ai tant d'amour à donner à lui donner. Tout celui que j'ai gardé pendant dix ans, tout celui d'une vie qu'on ne vivra pas ensemble. Il existera jusqu'à la fin de mes jours, et il lui sera toujours dédié. On ne redistribue pas un amour comme celui-là. Si un jour je croise son chemin, peu importe le monde dans lequel ce sera, il l'attend, et il l'enveloppera avec la chaleur de mes larmes, de mes regrets et de ma culpabilité.
Qu'as-tu de souvenirs de Makenna ? A-t-elle connu quelques moments heureux avant de partir, y a-t-il eu quelques éclaircies dans votre ciel ombrageux ? As-tu connu son sourire, son rire ? Ils me manquent tant.
Tu es le dernier contact qu'il me reste de ma soeur, de ma confidente, de mon âme soeur. Je t'en supplie égoïstement, ne me laisse pas seule avec mes questions et ma culpabilité. Je promets de ne pas te laisser seule avec tes fantômes. Je te promets que tu iras mieux, et ce n'est pas un mensonge.

Nuna
Makenna Askaywen
DATE D'INSCRIPTION : 21/12/2018 PSEUDO/PRENOM : ΛURORΛ BOREΛLIS MULTICOMPTES : MILA SWANN MESSAGES : 89 CELEBRITE : NADIA HILKER COPYRIGHT : BOREΛLIS, ENDLESSLOVE, RILÈS METIER/APTITUDES : ESCLAVE AFFRANCHIE TRIBU : LES ENFANTS DE LA FORÊT POINTS GAGNES : 20
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le Sam 6 Avr - 21:03
I'm fighting a battle. I'm fighting my shadow. Herd fears like they're cattle. It's haunted me. Oh the past it's haunted me. Oh the past it wanted me dead. Oh the past tormented me. But the battle was lost. ‘Cos I'm still here. I'm lighting the long way home (@sia // beerus)


Tu t’attends à recevoir une lettre. Tu ne t’attends pas à recevoir cette lettre. Loin de là. Jusqu’à maintenant, tu t’es montrée féroce, indomptable, rude comme la roche mais les mots qui émanent du papier viennent à bout de tes remparts. Ils les détruisent, un par un, si bien que tu te retrouves démunie face à leur force. Ce n’est pas tant le chagrin de ton amie qui te met dans cet état car tu l’endures depuis le début. C’est la façon dont elle parle de toi, de l’ancienne toi, de ce que tu n’es plus. Comment peut-elle prétendre être capable de t’aimer encore quand tu n’as plus rien en commun avec ce souvenir qui lui est si cher ? Tu l’ignores. Tu ignores si tu es encore capable de l’aimer, comme tu as su l’aimer par le passé parce que ton cœur est devenu un tel étranger. Et tu ne veux pas qu’elle s’accroche à ce qu’il lui reste de toi. Tu ne veux pas qu’elle s’accroche à cette entité que tu t’es inventée, cette identité que tu as décidé d’incarner.

L’une comme l’autre, vous dissimulez des monstres au plus près. Tu ne sais comment t’y prendre pour lui dire cette vérité sans lever le voile sur ce mensonge que tu maintiens. Parfois, tu te demandes même si elle n’a pas compris, deviné, supposé que tu étais l’auteure de ces lettres. Peut-être qu’au fond, Nuna le sait depuis le premier mot, le premier échange. Depuis que son regard s’est posé sur tes majuscules maladroites. Mais qu’elle attend un signe, un geste de ta part qui lui confirme que tous ses espoirs ne sont pas vains. Peut-être. Tu ne le sauras pas car tu mets fin à tous ces signes, tous ces gestes avant même qu’ils ne puissent l’effleurer. Cependant, tu ne peux t’empêcher d’attraper un morceau de papier pour griffonner à ton tour. Incapable de demeurer dans l’ombre, le silence, quand elle s’ouvre à toi avec tant de sincérité que tu t’en retrouves chamboulée. Tu ne veux pas de son amour, de son soutien. Tu ne veux rien venant d’elle. Si ce n’est la promesse que son bonheur demeure.

Tu écris tous ces mots qui te brûlent la pulpe des doigts.
Tu écris tous ces maux qui te lacèrent les artères du cœur.

Et durant cet instant, tu te libères du terrible ce secret que tu transportes au fond de tes entrailles. Ce secret si lourd à porter qu’il est littéralement en train de t’achever.  Persuadée que lui révéler finira par étreindre la moindre parcelle d’humanité qu’elle te conférait.

Toutes les nuits, je fais le même rêve.

Je me trouve près d’une étendue d’eau que je ne vois pas. J’entends seulement le son des vagues qui vont et viennent de part et d’autre. Je suppose que c’est la mer sans jamais en avoir la certitude.

Le vent frappe mon visage. Je réalise que je suis perchée sur une falaise près d’un précipice. Je vois le bord, pas la chute. Pourtant je saute. Je me noie. L’eau se transforme, le bleu devient pourpre. Il y a du sang tout autour. Je baigne dans une marre de sang mais… ce n’est pas le mien.

Ce sang imbibe mes mains, s’incruste sous ma peau. Et le sable recouvre les cavités qu’il emprunte. Je suffoque sous la chaleur du désert mais ce n’est rien comparé à l’odeur des cadavres qui nichent à mes pieds. Ils forment un cercle. J’en suis le centre. J’en suis la cause.

Je finis par m’approcher de ce corps, si petit et si frêle. Pourquoi est-il si petit ? Parce que je l’ai empêché de grandir. J’ai mis fin à son combat avant même qu’il n’ait pu commencer. J’ai tué cette petite fille. Je devrais me souvenir de chaque instant sauf que j’ignore comment je suis arrivée là.

Je me suis simplement réveillée comme ça. Et j’ai réalisé que ce n’était pas un rêve, ce n’était pas un cauchemar.

C’était la réalité.

Ma réalité.


Tu ne prends pas la peine de signer, estimes que cela n’est pas nécessaire et il faut l’admettre, ayant bien trop peur qu’une personne trouvant ta lettre soit en mesure de faire le rapprochement. Tu ne prends pas non plus la peine de répondre à une seule des douces paroles qu’elle s’est foulée la main à t’écrire parce que tu ne peux lui offrir cette réponse. Tu n’es plus capable de le faire depuis bien longtemps et surtout, tu crains de n’être jamais capable de le faire à nouveau. Il y a quelque chose qui s'est éteint au fond de toi. Ce quelque chose qui rayonnait encore la dernière fois que tes yeux se sont posés sur elle.

→ nuna, échange épistolaire, septième envoi 4 mars 2119

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Nuna Cortez
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le Jeu 11 Avr - 4:25


I'm still here

Nuna Cortez & Makenna Askaywen

(à partir du 16 décembre 2118 / correspondance épistolaire)


Elle la redoutait tellement, cette lettre. Elle avait tant espéré que la trêve demeure, quelques jours de plus, quelques semaines de plus, qu'elle en avait oublié la crainte de ce qu'elle trouver dans les mots d'une inconnue. C'était salvateur, de verser tout son chagrin sur une feuille de papier. La plume libérait son encre en même temps que ses maux, au moins pour quelques heures, au moins pour quelques jours. C'était décharger cette peine sur les épaules d'une inconnue en même temps qu'en vider le contenu sur rien d'autre qu'un morceau de papier qui aurait pu connaître bien d'autres destinées bien moins dramatiques. C'était égoïste, toujours, mais depuis le début de cet échange comme il pouvait ne ne pouvait en exister aucun autre dans une vie, Nuna avait appris à côtoyer la culpabilité de l'égoïsme. Ce n'était pas par choix; c'était justement parce qu'on ne le lui donnait pas, le choix. Elle faisait au mieux mais le mieux pour elle n'était pas le mieux pour son interlocutrice, qui qu'elle puisse être. C'était juste un mieux qui lui permettait de survivre au jour le jour, qui lui permettait de repousser l'inquiétude d'un retour de lettre, d'un retour de bâton. Mais la réalité, c'était que l'attente avait ses limites. A mesure qu'elle se prolongeait, elle se transformait en inquiétude, portée par des remords naissants. Peut-être avait-elle poussé l'égoïsme et l'égocentrisme trop loin. Peut-être avait-elle abusé de l'espace que lui avait offert l'inconnue. Peut-être qu'elle aurait dû réfléchir un peu plus longtemps avant d'accrocher à la patte de cet oiseau messager tout le poids de ce qu'elle avait sur le cœur. Le commun des mortels ne partageait pas ses malheurs comme ça; le commun des mortels n'ajoutait pas un fardeau pareil sur des épaules déjà fragilisées par leur histoire. Nuna avait basculé de l'autre côté du commun des mortels. Cette nouvelle ère, qui s'ouvrait sur la disparition de sa tendre amie, se caractériserait donc par l'évaporation de son humanité. Nuna sans sa bienveillance, sans sa capacité à écouter et à soutenir, n'était plus tout à fait Nuna. Une Nuna incapable d'offrir son épaule à quiconque pourrait en avoir besoin était une Nuna dénuée de tout ce qui faisait son essence. Dépourvue de ce qui faisait d'elle qui elle était aux yeux des autres comme au sien, elle voyait son identité et son avenir s'effriter. Que pourrait amener demain, si elle n'était plus vraiment sûre de ce qu'était aujourd'hui ? Que pourrait amener demain, si elle laissait mourir cet espoir qu'elle avait cultivé toutes ces années ?

Au jour le jour. Elle fonctionnait au jour le jour, dans l'illusion que chaque journée supplémentaire était capable de la raccrocher à une réalité, quelle qu'elle soit, tant qu'elle pourrait lui apporter un lendemain un temps soit peu plus solide, plus tangible. Ca fonctionnait. La montagne avait délaissé ses habits d'hiver et se paraît des premiers rayons des soleils printaniers. Les neiges fondaient, les extérieurs se faisaient à nouveau accessibles. Le lien entre la plaine et leur volcan se restaurait progressivement. Le mois de février était parti avec cette dernière lettre qui changeait tout, et ne pouvait rien prétendre changer. Le monde continuait de tourner. Le village était chaque jour aussi en effervescence que la veille, inconscient des lettres qui voyageaient dans les airs et finissaient dans leur volière, inconscient de la vie qui s'était arrêtée dans la désert, inconscient de celle qui s'éteignait quelque part entre ses remparts. Nuna survivait, avec l'illusion étrange, parfois, de vivre comme avant. Ses doigts chantaient les mêmes airs aux métaux. Ses peines contaient d'autres histoires aux alliages, mais des histoires, elle en avait toujours à raconter. Son père ne cherchait pas à comprendre ce qui la gardait si longtemps à l'intérieur de leur forge : il était juste heureux de pouvoir en sortir, d'en laisser la responsabilité à sa fille, qui n'était pas tout à fait ce qu'il aurait aimé, mais plus tout à fait une déception. Il pouvait trouver chez d'autres jeunes tout ce que sa fille de sang n'avait pas pu lui donner, à commencer par une fierté paternelle -de celles que seuls certains parents peuvent connaître, sans doute. Ces derniers jours, c'était seulement l'abri de sa maison et de sa forge qu'elle cherchait; la compagnie des autres lui paraissaient insurmontable. Elle ne parvenait pas encore à se résigner à être cet être imbuvable qu'elle était dans ses lettres; elle ne voulait pas se transformer en l'une de ses personnes amères et haineuses, à peine capable d'échanger quelques politesses forcées avec leur voisin. Alors aux autres, à ceux avec qui elle avait échangé tant de rires, de soirées et de nouvelles durant des années, Nuna se contentait de sourire silencieusement, un peu tristement, et puis elle passait son chemin. Ca se remarquait sans doute à peine, et puis ça la détruisait de penser que ça pouvait ne se remarquer qu'à peine. Qu'avait-elle été, qui était-elle ? Elle était une forgeronne, une marginale, enfermée près de son âtre comme s'il était le seul capable encore de lui insuffler un peu de vie. Ca changerait, ça évoluerait. Il suffisait d'ajouter à chaque jour un nouveau jour, et puis peut-être qu'elle parviendrait à passer à autre chose ou à oublier, ou à s'armer de ce bouclier qui faisait des miracles : celui du déni.

Mais le déni devenait impossible quand on lui annonçait que cet oiseau messager était revenu avec une lettre. Il s'effondra brutalement sous le regard d'Isdès, sans même qu'il ne s'en rende compte. Il lui fallut prendre quelques minutes pour clarifier ses idées, accepter la sentence. L'inconnue allait donner raison à sa culpabilité, et lui donner toutes celles pour lesquelles cet échange devait s'arrêter dès maintenant. Elles ne s'apportaient rien de bon, dirait-elle. Et puis elle ne pouvait plus avancer, elle; pas tant que Nuna s'accrochait à elle et à ce que Makenna avait laissé à la survivante en quittant le monde. Il lui faudrait faire ses adieux, pour de vrai cette fois, et accepter l'idée d'être un poids pour quelqu'un qu'elle ne connaissait pas, alors qu'elle s'était toujours efforcée d'être l'inverse pour les autres; peut-être une toute petite luciole, un petit point de lumière au milieu de l'obscurité opaque que pouvaient traverser certains malchanceux, pendant une parenthèse de leur vie qui leur semblait interminable. Il lui faudrait accepter de devenir une Nuna qui évoluerait dans un monde sans Makenna, à la recherche d'une identité que le deuil lui aurait volé.

Ca n'avait pas à être sur l'instant. Elle pourrait encore tourner et retourner la lettre entre ses doigts, gagner quelques minutes de questionnements sur une vérité qu'elle n'était pas prête à accuser, et c'est ainsi qu'elle trouva la force de quitter la forge pour rejoindre la volière. Fébrile, la tête un peu dans la Lune mais surtout perdue du côté de l'esprit de Makenna, qui lui insufflait la majorité du courage dont elle avait besoin, Nuna heurta de plein fouet l'échappatoire auquel elle s'attendait le moins. Il lui accorda ces quelques minutes dont elle avait désespérément besoin, mais la sentence, même si elle était repoussée, demeurait la même. @Theodore-Charles Jones ne pouvait rien changer à ce qui avait été écrit. Il pouvait juste faire oublier quelques secondes à Nuna que cette lettre existait, qu'elle était quelque part dans la volière puis entre ses doigts tressaillant d'angoisse. La lettre était lourde; pas seulement de papier, mais d'autre chose. Et lorsqu'elle l'ouvrit, lorsqu'elle la lit, Nuna crut en un mauvais tour, en une erreur de lecture ou d'interprétation, en une erreur de lettre ou d'expéditeur ou de destinataire. Elle crut à tout sauf à ce qu'elle avait tant voulu croire.

Elle l'avait tellement redoutée, cette lettre, que c'en était le témoignage d'un instinct viscéral. Et elle l'avait tellement redoutée, cette lettre, que d'obtenir une réponse à plus encore que ses questions et inquiétudes la fit s'effondrer.

Le sol se dérobait sous ses pieds, le monde sous ses yeux, son cœur sous ses battements.

C'était Makenna. Depuis le début, c'était Makenna.

Et en fait, le choc de la descente ne tenait qu'à une chose : pas à la surprise, pas à l'incompréhension, mais à tout ce deuil qu'elle avait fait de son amie, au point de se persuader qu'elle était mieux là où elle était, hors de ce monde, plutôt qu'à continuer à endurer ce dernier, accablé par le poids d'une histoire de dix ans qu'elle n'avait pas choisie, qu'on lui avait forcée avec ses horreurs et tout ce qu'elle, innocente Nuna, ne pourrait jamais réellement comprendre. Celle qui souffrait, celle qui lui écrivait qu'elle ne pourrait plus jamais être la même, celle qui refusait de remonter jusqu'à ses racines, c'était Nenna. Celle qui refusait son aide, qui se recroquevillait sur elle-même de l'autre côté de cette ligne tracée inlassablement par l'oiseau voyageur à travers les forêts, c'était Nenna. Makenna était celle qui voulait tourner la page de sa vie d'autrefois de peur de ne pas réussir à y retrouver sa place. Et tant de choses devenaient limpides, subitement : l'absence de corps, l'absence d'adieux, le refus de continuer cette relation épistolaire, tout ce que l'inconnue savait d'elle, toute la coupure qu'elle voulait nette avec sa vie d'avant. Nenna était aussi celle qui n'avait plus de parents, et Nenna était aussi celle qui devrait se raccrocher à une vie à laquelle on l'avait arrachée dix ans plus tôt. C'était un peu moins douloureux, d'avoir cru pendant ces quelques mois que Mak avait échappé à un tel fardeau. C'était incroyablement déchirant, de réaliser que c'était elle, depuis le début, qui avait réalisé tout ce que serait sa vie après avoir échappé à ces années de survie. L'être de Nuna était déchiré; il acceptait à peine cette étincelle de joie qui naissait de la perspective de retrouvailles. Elle se sentait coupable rien que de la voir germer, sagement, dans son coin, et de visualiser quelques bribes de ce que pourraient être leurs retrouvailles. Makenna était vivante, mais à quel prix ? Makenna était vivante, mais pourrait-elle l'aider ?

le 6 mars 2119

Le passé construit une personne; il ne la définit pas.
L'Homme a été doté de conscience, et la conscience offre cette possibilité de s'affranchir de ce qui rend l'existence si lourde. Le passé façonne le présent, mais le présent façonne l'avenir. Ne l'oublie jamais. Un sourire que l'on t'arrachera aujourd'hui deviendra un rire demain; après-demain, tu pourras rire aux éclats. Le bagage que tu porteras sera toujours le même. Il ne sera plus aussi lourd, ou alors tu seras plus forte. Tu le transporteras avec moins de difficultés. Ce qui aujourd'hui t'accable sera demain une force. Tu sais la vie. Tu sais le désert et la mort, le malheur, la chaleur, et tout ce que je n'ose pas imaginer. Avec ce bagage tragique, tu as appris la valeur de l'existence. Tu sais la préciosité des moments d'accalmie. Distille un peu de joies et un peu de bonheur dans cette vie que tu as retrouvée. Demain, tu n'auras plus à les forcer. Reconstruis-toi. Réapprends à vivre la vie pour laquelle tu es née. Accepte les mains tendues. Aime, à nouveau. Aime, encore. Et par-dessus tout, aime-toi. Aime-toi d'avoir survécu à tout ça, aime ta ténacité et ta force, aime tout ce qui t'a menée à ce point précis, maintenant, qui te permet de lire cette lettre et de faire plein d'autres choses, sans doute bien plus inspirantes, qui te rappelleront le goût de la vraie vie. Prends la main de cette petite fille que tu as été contrainte à laisser derrière toi. Elle est devenue farouche et tu la crois inexistence mais crois-moi : on ne perd jamais vraiment qui on a été. Si tu te sens définie par celle qu'on t'a forcée à être ces dix dernières années, crois bien que toutes celles d'avant t'ont marquée, elles aussi. Souviens-toi des montagnes. Respire l'odeur de la résine des sapins. Sens le vent dans tes cheveux fous, revois les hauteurs qui dominent le monde, les neiges qu'on aime tant et les fourrures douces qui nous en protègent. Entends les ours gronder au loin, vois les rapaces tourner au-dessus des pins. Revois mon sourire. Le tien me manque terriblement.

Si tu sens les bagages de ton histoire te tirer en arrière, si tu te sens basculer dans tes souvenirs, rappelle-toi que tu n'as pas à en supporter le poids seule. Sens ma main sur ton épaule, sens ce poids s'alléger. Je le porte avec toi, ma tendre amie.

Tu te souviens peut-être de ce que je disais toujours : la vie, c'est dans la compagnie de l'autre qu'elle trouve son intérêt. Laisse-toi approcher, par moi, par ceux qui t'aident tous les jours, par tous ceux qui te tendent la main. Et laisse nous t'aimer et te redonner envie de t'aimer toi-même.

Je suis désolée.

Rencontrons-nous.

Si ta reconstruction doit se faire sans moi, qu'il en soit ainsi. Je veux juste te savoir vivante, à nouveau, pour de vrai. Je veux juste que tu te reconstruises.

Je t'aime, toujours et pour toujours.

Nuna
Makenna Askaywen
DATE D'INSCRIPTION : 21/12/2018 PSEUDO/PRENOM : ΛURORΛ BOREΛLIS MULTICOMPTES : MILA SWANN MESSAGES : 89 CELEBRITE : NADIA HILKER COPYRIGHT : BOREΛLIS, ENDLESSLOVE, RILÈS METIER/APTITUDES : ESCLAVE AFFRANCHIE TRIBU : LES ENFANTS DE LA FORÊT POINTS GAGNES : 20
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le Dim 9 Juin - 11:05
I'm fighting a battle. I'm fighting my shadow. Herd fears like they're cattle. It's haunted me. Oh the past it's haunted me. Oh the past it wanted me dead. Oh the past tormented me. But the battle was lost. ‘Cos I'm still here. I'm lighting the long way home (@sia // beerus)


Combien de temps faut-il pour guérir ? Cela dépend, forcément. Les blessures du corps semblent menaçantes mais en réalité, elles ne sont guère inquiétantes. Quand le cœur saigne, l’urgence, la vraie, se dévoile. Quand l’esprit se décompose, la folie, la vraie, se présente. Quand l’âme se fracture, la mort, la terrible, attend à quelques mètres de là. Elle sait pertinemment que tôt ou tard, le reste va suivre. L’âme va entraîner l’esprit dans son étau, le cœur dans son enfer, le corps dans sa débauche. Il ne restera finalement rien de l’humain, rien d’autre que le souvenir d’un autrefois. Parce que la mort emporte tout sur son passage et la mémoire, elle, peine à contrer ses effets. Puisse-t-on se rappeler les disparus pour qu’ils continuent d’exister. Combien de temps te faudra-t-il pour guérir Makenna ? Les mois ont passé depuis ta venue parmi les enfants de la forêt. Tu as découvert leurs coutumes, appris leurs traditions, retenu leurs leçons. Et parfois, durant quelques instants, tu sembles parfaitement te fondre dans la masse comme si tu faisais partie de leur tribu. Comme si tu étais une des leurs. Hélas, cette impression finit toujours par s’estomper. Parce que tu ne te sens pas l’une des leurs. Tu ne te sens pas à ta place malgré le sentiment de sécurité qu’ils t’offrent sans réserve. Tu te sens étrangère, étrange au milieu d’eux.

Ils sont si purs, si bienveillants et toi, tu es souillée, sale, abîmée, écorchée, à bout de souffle. Ta pourriture est comme la résine des arbres, elle ne s’enlève pas, elle ne part pas, l’odeur perdure. Tu as beau frotter, racler ta peau, tu peux encore la sentir.  Pourtant, tu n’as pas envie de partir, abandonner ce peuple qui te fait te sentir presque… humaine. C’est simplement que tu dois le faire. Tu dois la retrouver. Tu le comprends dès que tu lis sa lettre, dès que ses mots viennent chambouler les barrières que tu as plantées tout autour pour te protéger, pour protéger les autres. Nuna les fait tomber telles des brindilles qui craquent sous le poids de ses pas. Elle se fraie un chemin entre tes craintes, tes fautes, tes cauchemars. Cependant, tu ne lui réponds pas tout de suite. Tu laisses sa déclaration sans suite et gardes le papier près de toi, comme un précieux trésor. Le soir, avant que les ténèbres ne s’emparent du ciel, tu relis ses phrases qui te font mouvoir. Puis un matin, tu annonces à @Harlan Tikaani que tu vas t’absenter. C’est la première fois que tu envisages de quitter le village suspendu pour aller t’aventurer par-delà la forêt. Il ne paraît pas forcément surpris comme si une partie de lui s’attendait à ton annonce. Comme si tout le monde s’attendait, à ce que tu rentres chez toi, le moment venu.

Tu reviendras, sans le moindre doute. Tu ignores quand, comment, sous quelle forme. Tu ne connais pas la date de ton retour, tu ne connais pas la date de ton départ parce que tu attends quelqu’un. @Theodore-Charles Jones. Lorsque tu apprends sa venue, tu prépares immédiatement l’oiseau. Tu partiras à l’aube, dès que le soleil se lèvera. Le message doit arriver avant toi alors le messager doit prendre de l’avance. Entamer la distance avant que tu ne le rattrapes. Il est important que les évènements se déroulent dans cet ordre précis. « J’ai besoin d’emprunter ton compagnon une dernière fois. » Tu ne sais pas comment annoncer la nouvelle à ton sauveur, alors tu lui expliques simplement ce qui t’attend là-bas, quelque part dans la montagne. Tu mentionnes le prénom de Nuna sans entrer dans les détails. Tu ignores la raison qui te pousse à la nommer ainsi mais tu es prête à la rendre réelle, à rendre réelle cet échange épistolaire. Parce qu’il t’a permis d’affronter ton passé sans que tu ne t’en rendes compte. Est-ce qu’il te reste un avenir ? Tu l’ignores. Tu enlaces ton ami avant de prendre la route, consciente que vos routes vont être séparées pendant un certain temps. Peut-être des semaines, peut-être des mois. Perdue dans tes pensées, tu reviens à la réalité quand l’oiseau déploie ses ailes, emportant avec lui la promesse d’une décennie.

Nuna,

Retrouve-moi là où nos chemins se sont séparés.

Makenna


→ nuna, échange épistolaire, huitième envoi 18 avril 2119
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