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˜˜˜˜˜˜Le goût de l'éther.
maybe life should be about more than just surviving


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03/12/2018 Anticarde. Néant. 137 Evan Peters Nexus (avatar). Sorcier. (apothicaire, chirurgien) Rahjak. 145


Sujet: Le goût de l'éther.
Mer 2 Jan - 22:18

Le goût de l'Ether.
Kieran & Cassian.

Juillet 2107.

La canicule estivale qui assaille la Cité Rouge a quelque chose d’un fléau divin. C’est à sa demander si quelque dieu, offensé par l’anathème et les sévices de la culture Rahjak, n’a pas choisi de leur infliger une épreuve annuelle afin d’expurger leurs crimes. Ce midi, le soleil torpille sans pitié le pisé des toitures et des façades. Se promener dans la rue relève d’une prouesse de fakir. La poussière que soulèvent les charretiers et les rares émissaires enturbannés se dresse telle une brume de poix, et vient pigmenter les suées qui dévalent le front des hommes, le dos nus des esclaves, pareils à des coulures de boues. Pas un chat ne rôde dans les promenades des bazars. Pas un salon de thé n’offre une relâche miséricordieuse. Toutes les portes semblent verrouillées, les tentures des fenêtres, tirées parfaitement. Les plus irréductibles gamins trouvent à s’amuser auprès des puits, caracolant à demi-nu.

Cassian n’a pas idée de la fournaise qui abasourdit la Cité, au dehors. Depuis des mois, il s’est retranché dans un vieux réduit. Un ancien cellier transformé en étude provisoire, afin de se couper du monde et du temps. Afin de pouvoir livrer son esprit et son corps aux rebondissements de la science, sans être importuné par le tout-venant. Afin d’être prêt, quand il sera l’heure. Là, au creux de son ermitage, il feuillette des encyclopédies du matin au soir et du soir au matin, s’adonne à ses premières concoctions, approfondit certains procédés, en attendant qu’enfin, elle daigne lui lâcher la bride. Jezabel.

Elle lui a promis que bientôt, il passerait à la pratique, non sans exiger de lui un ancrage théorique fourni. De manière imminente, elle lui a dit qu’elle lui rapporterait de quoi se faire la main. De quoi se faire le bistouri. Le scalpel. Le maillet. La spatule. La sonde. A défaut d’avoir fricoté avec la belle, Cassian tient ses notions anatomiques de liasses de vélin et de papyrus, couverts de croquis approximatifs et de planches d’écorchés-vifs. Chaque muscle et chaque os à un nom, qu’il se délecte à prononcer. Comme un navigateur rêve de terres lointaines en caressant sa mappemonde, l’apprenti Sorcier s’impatiente de longer la rivière des veines, le torrent des artères, le bief des ventricules, la anse de l’estomac, de balayer des arantèles de neurones, de synapses et de nerfs qui se dresseront sur son passage. La hâte lui scie cruellement le ventre.

Mais il patiente sagement, enfant docile, taillé de retenue. Il a déjà effectué de menues chirurgies sur de petits animaux ; rats, gerboises, des chats et des chiots errants, des porcelets malades ; de quoi se faire les crocs, de quoi ronger son frein. Il s’est même aventuré à recoudre une mule et à opérer une pouliche sous l’œil vigilant de son mentor, prémisses à la médecine humaine. Sa main tremble peu. Son amour pour le détail et son goût pour l’abject le prémunissent efficacement au moment des gestes les plus techniques, à l’heure des craquements sordides. Il avance vite. Il apprend follement. Il acquiert effrontément. Il a assimilé les bases à la vitesse d’une comète. Et aujourd’hui, du haut de ses quinze ans, il a déjà secondé Jezabel au décours de chirurgies fines et plus barbares, à la faveur d’amputations ou d’avortements, et jamais il ne cille lorsque s’ouvrent les panses turgides. Jamais il ne titube alors que lui monte aux narines le bouquet d’arômes fétides. Il observe sans pâlir la tenaille ensanglantée. Il ne sourcille pas quand une giclée de sang sabre son tablier de boucher. Il voit le corps humain comme une machine complexe, comme un bain de réactions chimiques ininterrompues, comme une usine à prodiges, comme une magie dont les secrets cabalistiques sont tangibles, saisissables, à portée de rétines.

« Viens, Cassian. Une occasion à saisir ! »

Séance tenante, l’apprenti s’arrache à son pupitre, mouche la chandelle et abandonne l’exigüité de sa retraite. A grandes enjambées, Cassian gagne le vestibule de l’échoppe de la Sorcière. Elle l’attend paisiblement, juchée sur une échelle, étiquetant sur une étagère haut-perchée une multitude d’horreurs fraîchement mises en bouteille. Elève studieux et aussi discret qu’une souris, le puîné Saada patiente qu’elle en ait fini avant d’ouvrir la bouche. Il se tient les bras croisés dans le dos, affectant une raideur quasi-martiale, et rien de l’appréhension qui le gagne n’a pouvoir de contaminer le bandé de ses muscles au garde-à-vous. Son corps est une armure insonorisée et capitonnée, qui ne laisse rien filtrer des remous titanesques qui l’ébranlent. Son visage à la candeur lisse et absente d’une marionnette de Vienne. Ses prunelles semblent des rondelles de basaltes fixées dans des orbites vacantes. Son esprit est une forteresse hyperboréenne prises dans les glaces, et dont les brisants verglacés éconduisent la moindre tentative d’investigation.

« De quoi s’agit-il, Jezabel ? Est-ce que je dois préparer des instruments en particulier ? Demande t-il d’une voix blanche, comme désinfectée à l’alcool de bois.

La Sorcière ricane dans sa barbe, avant de tourniquer sur elle-même avec la grâce d’un échassier. Depuis les hauteurs de son échelle, son rire caustique résonne comme la stridulation d’un insecte qu’on vient d’épingler et qui se meurt. Une trille éraillée et sinistre.

- Ne brûle pas les étapes. Aujourd’hui, c’est toi qui observe, c’est toi qui choisit, c’est toi qui officie. Sauf si bien sûr… Tu as encore besoin de moi. Estimes-tu avoir encore besoin de moi ? » Pure rhétorique, bien sûr. Un long silence se balance entre les deux rebouteux, et Jezabel n’attend pas même une confirmation pour reprendre son travail d’abécédaire. Faisant mine d’être absorbée par sa besogne, elle lâche sur un ton distrait, par-dessus son épaule : « C’est une affaire commune. Encore une chiourme qui s’est essayée à prendre la poudre d’escampette, mais les gardes lui sont tombés dessus à bras raccourcis et il s’est fait souffleter sur la place publique. Apparemment, il n’ont pas lésiné sur l’huile de coude, car le petit est souffreteux et pâtit d’une fièvre terrible. Ses plaies sentent, et tu sais ce que cela signifie… Bref, ils sont partis le chercher… Gère-le à ta manière. Gère-le selon ton inspiration et suit ton intuition de Sorcier. Les manuels ne souffrent pas, ne se répandent pas en doléances et autres larmoyades… Je veux que tu côtoies la souffrance et la réticence du malade. Je veux que tu te sentes seul et démuni au chevet de ton patient. Je veux que tu vois ses yeux voilés par les funestes perspectives qui glissent sous ses paupières. Je ne t’aiderais pas, Cassian. A aucun moment. Si tu te montres négligent, il crève. »

Bien sûr, Jezabel exagère à plaisir, Jezabel ménage son effet histoire de tisonner les appréhensions de son pupille. Mais s’il y a bien une part de jeu dans ses hyperboles cruelles, il est aussi nécessaire que son disciple se retrouve seul avec ses doutes, avec ses pressentiments, avec les risques qu’il compte prendre, avec les différents itinéraires de la guérison, des chemins dégagés aux méandres plus boueux. Quelques lacérations infectées, cela est un cas plus que courant qui se veut une parfaite épreuve initiatique. Toutefois, mal désinfectées, mal évaluées, les plus piètres blessures peuvent tourner à la gangrène et à la septicémie, une escalade qui prend souvent de cours les plus émérites guérisseurs.

« Je n’ai pas besoin d’aide. Merci. » Annonce l’apprenti-sorcier d’une voix atone. Néglige t-il la tâche qui l’incombe, présumant de ses capacités, ou alors l’angoisse s’est-elle éprise de ses entrailles profondes à l'emmurer en lui-même ? Il ne laisse rien affleurer, s’occupant déjà de prédisposer la table d’auscultation.

Spoiler:
 

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18/09/2018 Lexis Kai Collins 630 Francisco Lachowski Avatar - myself / Code sign - Wild heart / Gifs sign - MONTCLAIRE Esclave domestique / cuisinier Rahjak 591
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Sujet: Re: Le goût de l'éther.
Mer 9 Jan - 22:24


Le goût de l'Ether.

Joue, Docteur joue !

Début juillet 2107 (14 ans).

Cet épisode de sa vie, Kieran ne devra pas s’en souvenir, et heureusement pour lui. Il n’en gardera comme trace que des cicatrices marquées, le bruit et la douleur provoquée par le fouet sur son dos, mais il ne se rappellera pas la fièvre et son passage chez une Sorcière. Non, cet épisode, il n’en gardera aucunes images nettes pendant plusieurs années. Il verra cela comme un mauvais rêve, juste un mauvais rêve…

La punition dépasse le crime même si les complications n’étaient pas prévues. Ce qui devait être une punition classique au fouet s’est transformée en cauchemar dont la brûlure n’a rien à voir avec le soleil éclatant qui rôtit l’extérieur. Il s’agit ici de flammes intérieures qui consument le corps du garçon en entier, lui lèchent le dos et font bouillir ses entrailles. Un feu ardent qui le fait hurler de douleur alors que son corps reste immobile, sur le ventre, le respiration saccadée et une sueur glacée recouvrant sa peau brûlante.

Kieran a perdu toute notion du temps. Il ne sait combien de jours se sont écoulé depuis sa punition et encore moins depuis que la fièvre l’a frappé. Peut-être cela ne fait qu’une journée, peut-être plus… Cela a bien peu d’importance au final. Son esprit est enfermé dans une fournaise qui rend l’astre de feu bien accueillant à côté. Il délire, probablement, mais il ne s’en rend pas compte. Les plaies dans son dos sont chauffées au fer rouge. Est-ce seulement réel ? Impossible à dire.

Une voix l’interpelle dans la fumée suffocante qui l’aveugle, une voix familière. Sa mère ? Sa maman oui, maman…


La tante de Kieran tente de faire réagir le malade, épongeant son front brûlant et sa nuque avec un chiffon rafraichis et l’interpellant d’une voix douce. Il doit se lever, on va le soigner. Mais Kieran ne bouge pas, il appelle faiblement sa mère, ce qui provoque un sanglot chez la jeune femme qui redoute le sort du garçon. Certes, leurs maîtres ont décidés de le soigner, mais il n’est pas encore sauvé…
Ils auraient trouvés un moyen de ne pas dépenser d’argent, si tout se passe bien, et offrent donc une chance à l’enfant qui aurait pourtant essayé de s’enfuir (malgré qu’il ait juré le contraire). Mais pour être soigné, il doit se lever. Comment mettre debout un jeune garçon à la fièvre telle qu’il délire ? La question est vite réglée lorsque deux hommes l’attrapent chacun par un bras et le relève sans plus de cérémonie. Ce mouvement brusque semble faire revenir Kieran à lui l’espace d’un instant. Il prend conscience qu’on l’emmène et, malgré sa faiblesse, il se redresse et tente, en vain évidemment, de se dégager de la prise des deux hommes.

« Non, pitié, je n’essayerai plus jamais de sortir, je le jure ! Pitié ne m’emmenez pas, je vous en supplie ! »

Un instant de lucidité dans cet enfer, une brève éclaircie pour se rendre compte qu’on l’emmène. Il a fauté et il n’est plus utile, ils se débarrassent de lui. Mais il lutte, il ne veut pas. Il ne veut pas partir, peu importe où on l’emmène. Il se débat avec la force d’un nouveau né, même pas de quoi faire lâcher légèrement ne serait-ce qu’une des mains qui le tiens fermement. On l’emmène, c’est fini pour lui…

La tante de Kieran tente de le calmer en lui répétant qu’ils l’emmènent pour le soigner, rien d’autre, mais l’enfant n’entend pas. Il est tiré au dehors malgré ses cris et ses faibles tentatives de faire demi-tour. Mais à peine le trio a-t-il fait quelques pas hors de  la maison que Kieran s’écroule de nouveau, terrasser par la chaleur du soleil qui rappelle à lui la fièvre. Une blouse large lui est passée afin de protéger un minimum ses plaies de la poussière et du soleil et il est porté tel un sac de farine inerte sur l’épaule d’un des deux hommes venus le chercher, non sans que celui-ci ne marmonne dans sa barbe son mécontentement.

La poussière vient embrumer un peu plus l’incendie qui irradie dans le corps du garçon. Loin de l’éteindre, elle ajoute à son délire des silhouettes fantomatiques tenant un fouet à la main et des sensations d’étouffement, ou peut-être étouffe-t-il vraiment ? Sa gorge est sèche, sa langue semble transformée en pâte et ses poumons sont deux brasiers incandescents. Son corps se balance mollement alors qu’il n’a pas conscience d’où on l’emmène. Le trajet peut n’avoir duré que quelques minutes comme des heures, tout ce que le garçon sent ce sont les effets du mal qui le ronge.

- Je vous le met où ?

Le trio vient d’arriver à l’échoppe de la Sorcière. La tante n’a pas pu venir, le maître ne va pas tarder pour négocier les soins. L’homme qui porte Kieran est pressé de se débarrasser de son fardeau. Il est espère qu’il n’est pas contagieux au moins, sinon il aura à faire à lui, s’il s’en sort.

- Il a vaguement repris connaissance quand on l’a levé, sinon il ne fait que marmonner des trucs incompréhensibles.

Les deux hommes ont hâte de partir. Le maître arrive enfin. Kieran remue faiblement avant de s’immobiliser de nouveau. Il n’a aucune idée de ce qui l’attend…

AVENGEDINCHAINS

 

Le goût de l'éther.

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