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Cassian Saada
DATE D'INSCRIPTION : 03/12/2018 PSEUDO/PRENOM : Anticarde. MULTICOMPTES : Néant. MESSAGES : 306 CELEBRITE : Evan Peters COPYRIGHT : Nexus (avatar). METIER/APTITUDES : Sorcier. (apothicaire, chirurgien) TRIBU : Rahjak. POINTS GAGNES : 12
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Et je te dirais les arcanes d'horreurs couvées.

le Ven 28 Déc 2018 - 20:57

Et je te dirais,
les arcanes d'horreurs couvées.

Tasha & Cassian


Disons-le, Cassian n’a jamais été matinal. La plupart de ses nuits se soldent par des insomnies tiraillantes, qu’il occupe comme il peut. Des études à bâtons-rompus. La mise au point de nouveaux philtres capiteux. Des spéculations sur les cas cliniques de ses esclaves, drogués à leur insu. La surveillance de ses chaudrons de fonte, de ses marmites de cuivre, de ses erlenmeyers dont les cols de verre recrachent perpétuellement d’âcres vapeurs. Toute la nuit, le trou à fumée de sa boutique ne cesse d’expectorer dans la nuit sombre du désert tout un bouquet de parfums inouïs, tantôt exquis, tantôt méphitiques. Nul ne sait vraiment ce qu’il se trame dans le huis-clos du Noctarium. Une chose est certaine : cet espace est maudit, empli de secrets inviolables. Son atmosphère, plus irrespirable que la chambre d’un volcan. A plusieurs reprises, le taciturne Sorcier a été surpris en public, graillonnant du sang, sans doute à force de respirer les fumerolles soufrées de ses expériences terribles, qui crachent impunément sur l'homme et la nature.

Des nuits palpitantes de travaux, en somme, qui l’abandonnent sur la grève du petit jour, vaseux et blafard comme jamais. A l’accoutumée, alors, Cassian Saada s’en va prendre un peu de repos dans la soupente qui lui sert de chambrée, au Noctarium. C’est qu’il se prend à déserter la vaste demeure familiale et son confort bombé, pour y préférer l’exigüité de ces murs là, rassurant comme un trou à souris. Il y a ramené tous ses livres. Tous ses rapports. Tous ses écrits, les amoncelant dans des réduits et des excavations, forés dans les sous-sols. Lorsqu’il se rend au domaine agricole des Saada, ce n’est plus que pour administrer les cohortes de forçats qui y travaillent, pour remanier la hiérarchie au gré de ses envies, pour faire de la comptabilité, pour observer ses cobayes humains à pied d’œuvre et pour écouter les comptes-rendus de ses gardes-chiourmes. Et puis il repart aussitôt se claquemurer dans son échoppe. Son sanctuaire. Son alvéole d’abeille. Si la nuit, la boutique accueille l’ivraie de ses clients, assassins conspirateurs et vengeurs bafoués, le jour, elle attire des mères inquiètes pour un bambin fébrile, des vieillards aux articulations cagneuses. Mais le matin, durant cette poignée d’heures filantes, le sorcier s’offre un moment pour faire relâche. Un temps mort. Pour reprendre vie.

Sauf ce matin là.


La fatigue rougit ses paupières, bleuit ses cernes et accable ses épaules, mais l’Empoisonneur ne compte pas volter en si bon chemin. Ce matin, il va rencontrer Tasha Draghsteel. Enfin, rencontrer n’est pas le terme idoine. Disons plutôt qu’il va faire la connaissance de cette princesse folâtre, maintes fois croisée au hasard des corridors palatiaux, jamais véritablement apostrophée. Il a eu vent de ses frasques. De son attrait pour l’amusement. Et compte bien lui insuffler la rigueur, la méthode, le goût de l’effort, la maladie-curiosité, autant de qualités indispensables aux grands Sorciers de ce Monde, que son précédent mentor avait semble t-il vaguement mises de coté. Oui. Sa carrière s’apprête à prendre un nouveau virage, et ce renouvellement est une bouffée d’air frais, les bras tendus d’une nouvelle vie à l’heure où il se retrouve si seul, environné de fantômes et d’absents, comme planté au sommet d’un tas de cendres. Repartir de zéro. Resurgir ex-nihilo. Rebâtir un royaume dans un univers jonché d’inconnus. Car si Cassian connaît plus que bien le palais Rahjak, s’il y a séjourné à plusieurs reprises à la faveur d’évènements, d’invitations, il n’y avait encore jamais pris fonctions officiellement. L’angoisse s’est repliée dans le goulet de sa gorge, prête à déferler à la moindre tentation. Non, il ne décevra pas. Pas lui. Jamais lui.

Arrivé au portique du palais, les portes-glaives en faction lui roulent une œillade verte et reniflent de mépris. Qu’ils ne s’inquiètent pas, leur dédain est tout à fait partagé, aussi il n’est pas l’ombre de la plus élémentaire civilité pour attenter à ce silence qui arrange tout le monde. Cassian se contente de brandir une lettre de marque, indispensable va-tout ici, dans les murs du pouvoir, afin que les sbires lui débarrassent proprement le plancher. Ses pas résonnent comme ceux d’un guerrier lourdement armé sur les dalles marmoréennes. Volées de marches joliment nervurées, main-courante aux éclats bistrés, flambeaux chatoyant dans les passages nuiteux, il n’a même pas besoin de plan pour situer le lieu de la convocation. Il a un peu grandi ici, par intermittence. Il y a cultivé son arrogance et son intime conviction d’être supérieur. Ses exigences et ses caprices premiers y ont trouvé un écho ronronnant et, alors, les coutumes, les certitudes et les présomptions Rahjaks se sont jetées comme autant de fauves sur son esprit de glaise. Assez tendre pour accueillir en leur sein les pires jugements, les plus abjectes valeurs.

Il s’est vêtu sans fantaisie, jamais, pour honorer son premier cours. Une chemise de lin impeccable, aux lacets sans doute trop serrés. Un pantalon de coton noir, qui n’accuse pas la moindre empreinte de sable ou de poussière, comme s’il n’avait jamais quitté le cordeau des sentiers murés, comme s’il n’avait jamais osé une foulée à l’assaut des espaces ouverts. Un rat dans les canalisations. Il a rehaussé la sangle d’une besace ventripotente, pleine à craquer des documents ronflants et des encyclopédies fournies qu’il compte bien lui offrir à titre d’amuse-gueule. De quoi faire disparaître la petite princesse sous d’interminables pensums et études. Un heurt sur l’huis. Pas deux, ni trois. Un seul, bien distinct, le fils craché d’un coup de boutoir. Il n’a pas l’habitude de toquer. Il ne sait pas, toquer. D’habitude, on vient le trouver lui, on tambourine à sa porte, on attend qu’il daigne se manifester. Et ce renversement de vapeur n’est pas pour lui plaire. Déjà deux secondes passées, et l’empoisonneur s’impatiente, piaffe discrètement, se triture la lèvre inférieure. Il ne sera pas question de s’en prendre à la princesse au même titre qu’on semonce une esclave un peu dure de la feuille. Non. Il va falloir être plus fin, plus respectable. Il va falloir se contenir.
Tasha Draghsteel
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Re: Et je te dirais les arcanes d'horreurs couvées.

le Ven 4 Jan 2019 - 15:18

Depuis que j'avais présenté mes excuses au Roi, ma vie commençait à rependre un cours à peu près normal. Mais plusieurs choses avaient changé. Et j'avais appris la veille que j'allais rencontrer mon nouveau professeur de sorcellerie. Lorsque la nouvelle m'avait été révélée, je n'avais pu me contenir : pourquoi changer alors que tout se passait bien avec l'ancien ? Mais, suite à mes anciennes frasques pour lesquelles je venais de m'excuser, j'étais finalement parvenue à ne pas en faire une montagne. Il fallait que j'accepte ce changement. Et je n'avais plus vraiment intérêt à m'opposer ouvertement aux choix de mon père avant un bon moment, au risque que la punition soit bien plus sévère la prochaine fois.

C'est donc avec les pieds de plomb que je m'étais levée ce matin-là pour rencontrer mon nouveau professeur. Il fallait voir le bon côté des choses : je pouvais toujours apprendre. Le contraire aurait été dramatique pour moi. J'étais curieuse de tout et je cherchais à emmagasiner toujours plus de connaissances. Au moins, mon père n'avait pas jugé bon de me retirer ce privilège. Essayant de penser de manière positive, j'avais déjeuné en compagnie de Zara, qui ne m'accompagnerait pas pour ma rencontre avec le nouvel arrivant. De ce que j'en savais, il s'agissait d'un noble de la famille Saada. Je ne connaissais pas grand chose sur eux, mais j'en avais déjà entendu parler. À un moment donné, ils avaient été proches de la royauté, mais c'était moins le cas à présent. Je ne me souvenais pas avoir croisé l'un de ses membres. C'était peut-être le cas, dans mon enfance, mais cela ne m'était pas revenu.

Il était convenu que notre première rencontre ait lieu dans le premier salon. Je m'y étais donc rendue en compagnie de deux gardes. Comme souvent, j'étais en avance, même si mon enthousiasme était mitigé. Mais après tout, ce n'était pas dans mes habitudes de juger les gens avant de les avoir rencontrés. Seule la déception de perdre un bon professeur rendait ce moment plus difficile à affronter. Attendant l'arrivée du nouveau, je restais debout, parcourant du bout des doigts la grande bibliothèque ornant le mur du fond. J'avais déjà lu plusieurs de ces livres, mais il en restait encore tellement. Et la grande bibliothèque du palais en contenait bien plus encore.

Il n'y eut qu'un seul coup frappé à la porte. Je sursautai et me retournai. J'adressai un léger signe au garde pour lui signifier qu'il pouvait ouvrir. C'était l'heure. La porte laissa apparaître un jeune homme, ce qui me surpris. Je l'avais imaginé bien plus vieux que cela, mais il ne devait pas avoir plus de trente années. Je fis quelques pas dans sa direction, me rapprochant des fauteuils.

- Bonjour, professeur Saada. Entrez, je vous en prie.

Autant commencer à l'appeler ainsi, puisque nous allions passer pas mal de temps ensemble. Quand il eut passé la porte, je désignai les fauteuils et m'installai dans l'un d'eux. Si j'avais préféré être debout dans l'attente de sa venue, je me sentais à présent plus à l'aise assise. Je cherchais un peu de réconfort dans ces vieux fauteuils bien connus. Nous allions certainement parler des horaires, des cours, du matériel, et de bien d'autres choses afin de nous organiser. J'espérais également qu'il se présenterait plus amplement. Pour le moment, il ne me disait rien, pourtant ses traits me rappelaient légèrement quelqu'un.

Spoiler:
@Cassian Saada Si quelque chose ne convient pas ou qu'il te manque des infos, n'hésite pas
Cassian Saada
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Re: Et je te dirais les arcanes d'horreurs couvées.

le Sam 12 Jan 2019 - 21:34
Un bruit de pas qui claque et s’en vient à sa rencontre. Le visage rougeaud d’un porte-glaive, qui apparaît dans l’entrebâillement de la porte, et qui se permet de le passer au crible, comme à la recherche d’une preuve pouvant justifier son statut. Sait-on jamais, que sa fonction figure gravée en lettre d’or sur son front, où qu’il lui ait pris la lubie de parader un fier écusson, renseignant le tout-venant sur ses activités maléfiques. Un piètre excès de zèle, aux yeux de l’empoisonneur, qui se laisse ainsi reluquer non sans se défendre d’un regard patibulaire. Il se refuse à se présenter à la face de ce rebus, à s’abaisser à le considérer une seule seconde. Il patiente qu'on lui déblaie le champ, tout en étudiant le corniaud. Sur les ailes de son nez comme sur ses pommettes pelliculées de sébum, les vaisseaux d’une couperose qui renseignent sur son affinité avec le godet. Bedonnant, son fier ceinturon le saucissonne impitoyablement. Une fois son inspection faite, le bougre esquisse un pas de coté pour dégager le passage, révélant le salon où doivent se tenir les présentations.

Cassian lui passe sous le nez, sans plus un regard pour le tâcheron. Le second planton est un brin plus racé que son co-équipier, d’un pedigree plus noble. Grand escogriffe au cuir épais et basané, ses avants bras cerclés de bracelets de cuir tressés semblent des cuisseaux de catin, et son nez d’épervier saille tel un long esquif. Tour à tour, il les examine comme s’il s’agissait d’éléments du mobilier, quand bien même les splendides reliures de cuir des ouvrages, et les joyaux de connaissances qu’ils gardent jalousement valent dix fois leurs médiocres existences. L’empoisonneur se demande si ses cours auprès de la princesse devront toujours souffrir cette compagnie disgracieuse. Certaines arcanes de la sorcellerie, certains savoirs occultes, certaines sciences secrètes, faites de techniques avancées qui confinent à la magie, ne seront jamais révélées en présence de ces deux spadassins indignes. Enfin, pour l’heure, il ne s’agit que d’effleurer les bases de l’herboristerie, il ne s’agit que de s’en tenir aux facultés génériques des racines, des plantes et des minerais. Et encore avant cela, il s’agit de faire simplement la connaissance de cette jeune héritière, dont Isaak l’a très vaguement entretenu. Tasha Draghsteel. Que voilà.

« Merci, princesse. » Murmure Cassian avec sa voix de soupirail. Il imprime une légère inflexion à son épine dorsale, juste de quoi appuyer ses salutations d’un semblant de révérence. Ni la courbette d’un assujetti, ni la légèreté d’un alter ego. Sa juste place de précepteur et d’obligé naturel. C’est seulement alors qu’il recouvre toute sa hauteur et qu’il peut se permettre de l’étudier sous toutes ses coutures, de ses deux billes qui passent en revue chaque quartier de peau de la petite princesse. Un regard intrusif, qu’il ne contrôle pas, qui cille peu. L’œil d’un chirurgien, qui coupe et qui tranche dans le vif, jamais au hasard, qui recoud l’artère et dissèque ce filament tendineux, et pas un autre. L’œil d’un cueilleur, qui coupe la menthe juste au-dessus des ramifications, et surtout pas trop haut. L’œil d’un chimiste, qui compte les gouttes et observe les précipités danser dans ses béchers. Rien ne lui échappe, du choix des étoffes de sa toilette au léger négligé de sa coiffure, qui laisse transparaître un caractère entier, encore naïf, peut-être boute-en-train, loin des calculs de la Cour. Ce n’est encore qu’une enfant. Que le monde et la vie attendent de croquer. Elle a la peau tendre, qui palpite à la moindre curiosité, et un pétillement logé au fond des yeux, qui trahit sa fougue.

Elle se dirige vers les fauteuils, et il lui emboîte le pas. Profite de cet intermède, de ce dos-tourné, pour étudier la tenue de ses épaules, la longueur de sa foulée. Le langage du corps est bien plus révélateur que celui des langues. Et Cassian a besoin de savoir qui elle est. Est-ce une curiosité volage qui l’a porté vers les contrées de la Sorcellerie, cette science qui mène au ban et à l’incompréhension de ses pairs, cette science qui peut vous claquemurer dans une solitude terrible, cette science qui suscite la peur et le rejet ? A moins qu’une réelle motivation ne sculpte les aspirations de son élève ? Il s’installe en face d’elle. Pas à coté. Pas à l'oblique. En parfait vis-à-vis, dans une position de pur antagonisme, de confrontation, honorant une symétrie comme peut le faire un miroir rigoureusement vertical. Non qu’il la défie, mais il se comporte toujours ainsi avec l’Autre. Avec L’inconnu. Et ce poste privilégié du face-à-face lui permet de détailler à loisir son interlocuteur. Interlocutrice.

« Je vous ai apporté un corpus de documents, qui reprend les bases de la botanique. » Dit-il, fourrageant dans sa besace pour en exhumer une épaisse liasse de feuillets, proprement reliés par ses bons soins au moyen de cordons de chanvre. Des présentations ? Que nenni. Cela ne semble pas lui effleurer l’esprit le moins du monde, tant l’univers de la bienséance lui est étranger. A gestes méticuleux, il dépose les documents sur la table en acajou massif qui s’érige entre eux. Les deux soldats observent les échanges, pourvus d’un entrain qui dénote l’étendue de la corvée auxquelles ils se sont livrés bon gré mal gré. Sans doute un pari perdu, aux jeux de dès souvent pratiqués en salle de repos. Cassian tâche de les occulter, ce qui n’est pas une mince affaire.

« Car tout commence par les plantes, par les mousses et les moisissures. Des organismes parfois microscopiques et déjà complexes, doués de génie et de stratégies défensives qui vous laissent… Pantois. Songeur. Songeur quant à la complexité de notre propre Corps. » Introduit-il du bout des lèvres, guère habitué à s’exprimer de manière magistrale. A l’exception d’Avogadro, gros rat hirsute qui lui tient le crachoir, au fond de cette tanière qui se prétend un laboratoire, Cassian n’a plus l’habitude des longues discussions à bâtons-rompus, des civilités les plus élémentaires, de ces sujets passe-partout qui permettent d’établir un contact aisé. Il cesse d’observer le grain des vélins et les stries des parchemins classés devant lui, pour rendre son attention à la Princesse. Certaines informations lui sont cruciales, pour lui dresser un enseignement sur mesure. A ce titre, le voilà qui questionne en premier, qui rentre dans le vif du sujet au mépris de toute convention. Les Sorciers ne sont pas, conventionnels.

« Où en étiez-vous ? Avec votre précédent professeur, j’entends ? » Interroge t-il, essayant de s’exprimer plus distinctement, forçant un tantinet sur sa voix, si basse, qui semble ne jamais vouloir réveiller les Morts. « C’est si vaste, Princesse, la Sorcellerie. Il me faut faire le point sur l’état de vos connaissances. Pour savoir où reprendre le flambeau. Pour ne pas devoir vous ressasser des évidences, pour ne pas vous perdre lors d’exposés trop… techniques. » Explique t-il, cherchant par moments ses mots. Sur le fauteuil, il se tient de la même façon qu’un pantin qu’on aurait rangé à la diable en haut d’une étagère, pas vraiment à sa place, pas vraiment à son aise. A force de côtoyer des carcasses baignées de saumure, de natron et de sciure, sans doute a-t-il acquis quelque chose, de la perfection de leur immobilité, de leur tétanie mortifiée. Seules ses prunelles roulent et décortiquent, brassent et harponnent, voyagent et assiègent. « Il existe autant de sorcelleries qu’il existe de sorciers, selon que vous préfériez les longues balades botaniques où les expériences à huis clos, selon que vous choisissiez de porter assistance au corps ou de le saboter. »

Le saboter. Car il ne peut tout à fait faire l’impasse sur ce tabou, sur cette fonction terrible qu’ont revêtue les Guérisseurs. Ils sont soigneurs tout autant qu’ils véhiculent mort, affres et fièvres sous des formes nubiles, parfaitement inoffensives, dans des flacons diamantins, faits de verres colorés et joliment soufflés. Mais ce n’est qu’une passade dans le discours de Cassian, qu’un détour hasardeux, afin de s’assurer que son apprenti nouvellement promue ne prenne pas la sorcellerie pour une œuvre de charité. La connaissance est une arme à double tranchant, une merveille entre des mains miséricordieuses, un instrument de torture raffiné dans celles d'un bourreau.

« Qu’est ce qui vous plaît, dans la Sorcellerie ? » Se fend t-il, et ses paupières se plissent. Deux encoches. Deux meurtrières inversées, qui entaillent délicatement la muraille blafarde de son visage. Une question bien plus indiscrète qu’il n’y paraît. « Pour vous, qu’est ce qu’un Sorcier, une Sorcière ? Que font-ils ? » Le ton est devenu plus vif, plus ardent. Des braises couvent sous les mots qui montent dans l’espace, qui résonnent entre les milles ouvrages regorgeant d’arcanes. Et comme sa question peut paraître brutale, étrange, peut-être même insultante, si on s’imagine qu’il n’attend rien d’autre qu’une définition de bestiaire, Cassian voit bon de préciser, à mi-voix : « C’est… Pour vous. J’élaborerais mes cours en fonction de vos… Attentes, disons. »

De vos Limites, aussi.
Tasha Draghsteel
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Re: Et je te dirais les arcanes d'horreurs couvées.

le Lun 21 Jan 2019 - 21:13
Après m'avoir saluée, le nouveau professeur me suivit jusqu'aux fauteuils et s'y installa à son tour. Je remarquai alors son regard inquisiteur. Il m'observait avec attention. Je le faisais également, mais avec plus de retenue, comme j'en avais l'habitude. Allait-il commencer les présentations ou allais-je devoir m'en charger ? J'attendis quelques instants. Mais lorsqu'il prit la parole, ce fut pour me montrer une liasse de documents qu'il avait apporté, documents reprenant les bases de la botanique. Il continua avec entrain, m'expliquant que tout commençait par les plantes et autres organismes microscopiques. Il avait l'air passionné par ce qu'il disait. Je me surpris un instant à me dire qu'il l'était sans doute plus que mon ancien professeur et qu'il pourrait peut-être m'apporter bien plus que lui... Mais je fis disparaître cette pensée qui me faisait culpabiliser : j'aimais mon ancien professeur et j'étais triste de l'avoir vu partir. Je devais encore faire le deuil de ces cours, car je savais pertinemment que je n'avais pas mon mot à dire.

Je restais silencieuse alors qu'il me posait des questions afin de savoir justement où nous en étions arrivés, avec mon ancien professeur. J'aurais pu lui répondre rapidement, mais il ne m'en laissait pas l'occasion, continuant à parler. Il cherchait parfois ses mots, comme si les pensées se dessinaient dans son esprit et qu'elles voulaient franchir ses lèvres avant même qu'il ne les ait changées en mots. Pendant ce temps, ses yeux passaient des documents aux bibliothèques et à moi, dans un ballet incessant. Je me dis à cet instant que cet homme était étrange. Spécial. Je n'avais jamais vraiment rencontré quelqu'un comme lui auparavant.

Finalement, il me demanda ce qui me plaisait dans la sorcellerie et ce qu'était une Sorcière à mes yeux. Il précisa qu'il avait besoin de mes réponses afin d'orienter ses cours. Ces questions me plurent, car en effet j'avais une petite idée de ce que je désirais faire de ce futur don. Il me laissa enfin la parole, et j'en profitai pour lui répondre.

- Nous étions en train d'étudier les effets des plantes et herbes aromatiques, commençai-je pour répondre à sa première question. Et nous avions commencé à concocter des tisanes et des potions revigorantes.

Cela ne faisait pas encore deux ans que j'avais commencé à apprendre la sorcellerie, et la botanique était un domaine tellement vaste. Mon professeur... enfin, mon ancien professeur me répétait souvent que nous n'en ferions jamais réellement le tour.

- J'ai décidé d'apprendre la sorcellerie afin d'aider ceux qui m'entourent. Je ne cherche en aucun cas à... saboter les corps. J'avais tiqué sur le mot qu'il avait employé. Foncièrement, j'avais du mal à imaginer qu'on puisse le vouloir. Un Sorcier est un être qui a le pouvoir de soigner et de sauver des vies. C'est ce que j'aimerais devenir.

Ma mère était morte en couche, sans que personne ne puisse rien y faire. Mais peut-être qu'un bon Sorcier aurait pu la sauver ? Peut-être qu'un jour, moi aussi, je pourrais sauver des vies... Ou en tout cas, faire quelque chose d'utile, moi qui n'accéderais jamais au trône et qui n'aurais jamais à porter le poids de lourdes fonctions.

- Mais avant tout, j'aimerais en savoir plus sur vous. J'ai entendu dire que vous reveniez d'un long voyage ?

J'admirais les gens qui voyageaient. Enfin, les envier était plus exact. Moi aussi, j'aurais aimé parcourir la Terre et découvrir de nouveaux horizons. Mais ma question avait aussi pour but d'en apprendre plus sur lui, évidemment. Et surtout à savoir ce qui l'amenait ici, devant moi, en ce jour...
Cassian Saada
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Re: Et je te dirais les arcanes d'horreurs couvées.

le Mer 13 Mar 2019 - 2:57
De prime abord, la princesse paraît sous un jour affable. Disciplinée, respectueuse, elle lui laisse emplir l’espace de ses indications premières sans dénoter la moindre humeur. Une des inquiétudes qui tenaillait l’empoisonneur résidait en l’idée d’avoir à faire à l’une de ces petites pestes promotrices d’esbroufe et d’insolence, comme peuvent l’être certains héritiers bien à cheval sur leurs privilèges. Mais Tasha Draghsteel ne semble pas être faite de ce bois là. A moins qu’elle ait besoin d’un temps d’accommodation, de quelques tours de piste avant de laisser éclater son potentiel véritable. Calme, sa prunelle pétille néanmoins comme jamais. Miroir d’un esprit zélé, d’une curiosité galopante, d’un goût pour la vie sauvegardé de tout temps. Cassian se sent quelque peu pris au dépourvu, d’être ainsi livré au regard bien éveillé de cette adolescente, dans cet espace qui le prive de ses repères habituels. Aussi ses doigts compulsent mécaniquement le feuilleté des documents qu’il connaît par cœur, aussi son esprit se concentre t-il sur les motifs bien établis de cette entrevue. Sans doute lui faudra t-il quelques séances pour détendre un peu le collet, le temps pour lui de cerner cette jeunesse pleines d’impétuosités tapies.

Des tisanes. Des potions revigorantes. L’empoisonneur opine lentement du chef et encode l’information sans piper mot. La vision de la sorcellerie que lui dépeint la princesse manque de lui arracher un sourire caustique, dégoulinant de condescendance, comme il arbore souvent. Mais il ne se tient pas à la face d’un de ces va-nu-pieds qu’il peut fustiger à loisir, alors il se réprime modiquement. S’attache à demeurer magnifiquement impassible, offrant un visage qui semble un masque de guerre tribal parfaitement inamovible. C’est une vision idyllique et chantante, tendrement innocente, qu’elle lui brandit là. C’est une vision pétrie de bons sentiments et d’altruisme. L’espace d’un instant, Cassian se demande à quel point la famille royale a pu couver cette petite âme, joyau rare dans ce filon d’esprits scabreux. S’agit-il d’une bonté puissamment ancrée dans son caractère où d’une faiblesse issue de sa naïveté, qui volera en éclats lorsqu’elle cognera aux premiers écueils qui font l’existence ? Il s’abstient de tout commentaire. Accueille, collecte l’information pour ce qu’elle est. Sent poindre en son esprit un drôle de ressentiment, entretissé de mépris et d’admiration. Du reste, son interrogation le prend de court. En savoir plus sur lui ? Est-ce vraiment nécessaire ? Afin que leur relation soit un canal de transmission efficace, Cassian escompte à des contacts policés, décortiqués de toute confidence, aussi lève t-il un œil circonspect sur la princesse. Il l’aurait mouché volontiers si elle n’était pas de sang bleu. A ses lèvres, les mots brimbalent, trébuchent.

« Moi ? Euh… Oui. Voilà. Un long voyage, comme vous dîtes. » Murmure t-il, bien conscient que cela ne suffira guère, qu’elle tend à ce qu’il développe, au moins un peu. Peut-être a-t-elle eu vent de la déchéance de sa famille, à moins que le cocon que tissent autour d’elles ses affidés la sauvegarde à ce point des sons de cloches de la Cour. Dans tous les cas, il ne ressent pas le moins du monde l’envie de s’épancher, et il doute que Tasha lui tende la perche en ce sens. Le connaître davantage. Il aimerait des questions plus précises, plus pointues, afin de pouvoir y répondre par quelque réponse lapidaire et clôturer définitivement le chapitre des présentations. Un soupir ripe. Un regard dérive, pour les deux plantons qui sont tout ouïe. Avec l’air d’un poète maudit qui chercherait un éclair dans son inspiration maussade, Cassian s'éclaircit la voix.

« J’avais besoin de renouveler ma pharmacopée. » Avance t-il dans un premier temps, ce qui n’a rien d’un boniment. « Chaque région à ses espèces d’exception, et nul moyen de percer à jour leurs secrets si on ne prend pas le temps de les observer longuement. Si cela vous intéresse, j’ai séjourné plus particulièrement dans les montagnes athnas, dans les forêts occidentales, ainsi que dans les marécages, au sud du continent. Vous connaissez un peu ? » Relate t-il, bien incapable de détailler l’itinéraire désorbité qu’il a pu suivre au gré de son inspiration. Il laisse passer quelques secondes, sondant à nouveau les grands yeux de la princesse. Connaît-elle un peu le monde qui l’entoure, ou n’a-t-elle eu affaire qu’à des fables, qu’à des cartes, qu’à des gravures, qu’à des mappemondes, qu’aux descriptions enjolivées de ces riches marchands jacasses, qui viennent plastronner à la Cour du palais ? A-t-elle déjà mis un pied dans le désert, jusqu’à la lisière qui donne sur la canopée des Naoris, ou n’a-t-elle fait jamais que frayer derrière les murailles de grès ? Cassian la sait étroitement surveillée. Les deux porte-glaives ne guettent pas seulement ses faits et gestes à lui, n’est-ce pas ? A-t-elle le pouvoir de les congédier, ou sont-ils ici sur autorité sinon d’Isaak, du Roi en personne ? Des questions délicates sur lesquelles le Sorcier fait motus. Il se rencogne plus profondément dans son assise, brassant les multiples raisons qui l’ont poussées au grand départ. Il choisit la plus pertinente.

« A vrai dire, j’ai du passer plus de dix ans dans le huis-clos de mon laboratoire. » Un peu comme vous, se retient-il d’ajouter. « Malgré de petites excursions qui n’excédaient jamais un mois. Alors... Il fallait que je fasse de nouvelles expériences, que je découvre de nouvelles espèces, que j’aille plus loin. Tout cela pour stimuler l’état de mes connaissances. La théorie… a des limites très tangibles. » Ajoute t-il avec un regard entendu, paré à lui renvoyer la balle. « A ce sujet... Est-il prévu que vous quittiez le palais au décours de nos leçons ? Tout du moins, si je devais prévoir une promenade botanique, faut-il que j’en réfère à un intendant, à vous-même, peut-être ? Bénéficierons-nous d’une escorte en armes ? » Un sourire de pur façade s’invite à la commissure de ses lèvres, reluisant d'ironie.
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