Partagez | 
 

˜˜˜˜˜˜“ you can't let a ghost harm you ” (Isaak)
maybe life should be about more than just surviving


avatar
03/01/2018 ELOW ; DEVOS, ĆIRO & JONAS 304 BHUMI PEDNEKAR ; ELOW ; PRINCESSE A TEMPS PLEIN, ENSORCELEUSE EXPERTE, CONSPIRATRICE ET RÊVEUSE DE TRÔNE CAMOUFLÉE ; RAHJAK ; 95
— SMOKE MADE OF TEARS —






you can't let a ghost harm you
20 DECEMBRE 2118

Le soleil, plus loin, rayonne. Impossible de ne pas baisser les yeux face à sa puissance, et même Irina, s’incline. La journée ne fait que commencer et pourtant, elle sent que la nuit a été courte pour certain. Notamment pour son cher cousin dont les ébats n’ont pas été ignorés. Elle a pourtant attendu que les heures filent avant de pouvoir sortir de sa chambre dorée pour se diriger vers celle du prince. Comme si elle avait parfaitement connaissance de ses caprices d’héritier. Oh, Irina sait ce qui ne va pas. Elle sait qui est partie. Elle sait aussi qu’elle ne peut pas débarquer comme ça, sans faire un minimum attention. Elle est proche d’Isaak, mais il ne faut pas abuser du lien qui les unit.

Debout face à l’entrée, elle réajuste sa robe provocatrice. Du rouge, sombre et similaire au sang qui coule dans ses veines. Montrer sa peau n’a jamais dérangé Irina, elle sait l’effet que ça donne sur les plus faibles. Elle n’a pas besoin de patienter très longtemp quand plusieurs âmes se décident à quitter la pièce, partiellement vêtu pour certains. La nuit à dû être vive et épuisante. Elle remarque rapidement Isaak plus loin, impossible d’ignorer sa carrure d’héritier au trône. Il impose, le cousin, élevé depuis toujours à reprendre les choses en main. Il ne ressemble pas à son père, mais sa présence peut être tout aussi effrayante. Irina est souvent impressionnée par la manière dont sa voix s’élève. C’est un meneur, un guerrier. Il est facile d’oublier qu’il y a un cœur qui bat sous son armure de pierre.

Une fois qu’elle se retrouve seule avec son cousin, elle décide de fermer les portes de sa chambre pour qu’ils restent en tête-à-tête. Une manière aussi de privatiser les lieux – les gardes n’ont pas besoin d’entendre ce qu’elle dit à son cher cousin.

« Tu comptes t’arrêter prochainement où, dois-je déclarer ta chambre comme le nouveau bordel de la cité ? » Elle s’avance vers des ouvertures dont elle examine l’entrée d’air. Oh oui, cet endroit a besoin d’air, de frais. Isaak ne se rend pas compte du parfum dans lequel il baigne depuis quelque temps. Même Irina ne se laisse pas aller aussi souvent et pourtant, sa colère avait été monstrueuse quand Noah avait fui. Cet ancien amant d’enfance qui s’était retrouvé dans la garde royale, il avait fait battre son cœur. Aujourd’hui, il vivait probablement une autre vie et Irina lui en veut toujours. Sa rancune est même trop grande. Pourtant, elle n’avait pas enchaîné les nuits de débauche comme Isaak, mais chacun a sa manière de gérer ce genre de peine.

« Qu’est-ce qui te met dans un tel état ? » Elle sait, mais pour l’instant, elle ne voit pas l’utilité de l’affirmer. En revanche, elle essaye d’adoucir un peu la situation en se moquant librement de lui. Irina se sait assez proche d’Isaak pour être l’une des rares à pouvoir s’aventurer dans un tel sentier. « Ah moins que soit ta manière à toi de trouver une nouvelle femme ? Pas sûr que ton père accepte une putain comme future reine. » Elle hausse les épaules avant de retirer d’un siège une robe oubliée. Une robe de seconde zone d’ailleurs. La princesse le laisse tomber au sol comme si ce n’était qu’une vulgaire serpillière. Cet endroit respire l’animal, et même si ça a quelque chose de très séduisant, ce n’est pas le moment. La raison de sa présence, c'est le caractère de cet héritier. Ce genre de besoin ne l'aidera pas à avoir le trône plus vite, où à améliorer sa réputation auprès du peuple. D'ailleurs, depuis ce qui s'est passé avec les Naoris, la situation est... délicate ? Oh, pas pour lui. Mais pour elle...


avatar
15/05/2018 Haeny 961 Jon Bernthal Laenai aka Tasha <3 pisteur et guerrier Rahjaks 180



Le lever du jour pouvait être particulièrement cruel. Et il le fut, ce jour-là. Impérieux, il éveilla brutalement Isaak, perdu parmi ses convives d’une nuit. Déjà, les souvenirs, agréables mais peu reluisants, affluaient dans son esprit, lui rappelant avec violence l’égarement des dernières heures. Chose encore plus désagréable : le Prince était le premier à s’éveiller dans sa royale chambre. Ses invités, eux, semblaient toujours plongés dans un sommeil profond, qui contrastait étrangement avec l’animation qu’avait connue cette pièce plusieurs heures auparavant.

Le Prince grogna en se redressant, sentant soudainement un poids sur sa poitrine : la dernière esclave qu’il avait fait sienne avant de sombrer. Ely ? Elia ? Peu lui importait, au fond. Il la repoussa sans ménagement pour se lever, une main portée à la tête. Trouver l’équilibre. Ignorer ce mal de crâne, qui passerait d’ici plusieurs heures. Enfiler quelque chose, n’importe quoi. Cette routine, ces gestes, lui semblèrent alors monotones, un peu trop familiers. Dans sa chute du haut du lit royal, l’esclave avait entraîné le réveil de ses semblables. Plaintes, murmures … Il n’était déjà plus seul.

Sortez… Murmures de désapprobation, voix mielleuses. J’ai dit : sortez ! ... Il lui suffisait de tonner, de mettre un brin de puissance dans sa voix pour obtenir ce qu’il souhaitait. Immédiatement, les filles et les quelques hommes qui s’étaient invités dans cette orgie sans nom, quittèrent grossièrement la pièce, y laissant pour la plupart leurs vêtements et leur dignité. Alors qu’il se désaltérait près de la fenêtre monumentale qui donnait sur la Cité, il entendit dans son dos une voix qu’il aurait reconnue entre mille.

« Tu comptes t’arrêter prochainement où, dois-je déclarer ta chambre comme le nouveau bordel de la cité ? » Isaak se retourna vers sa cousine en essuyant les quelques gouttes qu’il avait laissé couler sur ses lèvres. La visite d’Irina ne l’enchantait pas particulièrement… les circonstances s’y prêtaient mal. Bien sûr, sa cousine savait quels vices occupaient ses nuits en ce moment. Mais il aurait préféré qu’elle attende au moins qu’il soit en meilleur état pour avoir cette conversation. A quel sujet, d’ailleurs. Tu aurais voulu être invitée, sans doute. Qu’est-ce que tu veux ?

Il laissa traîner son regard sur les courbes infernales d’Irina. Elle avait le don de mettre sa plastique constamment en valeur que c’en était presque fatigant pour les yeux, même pour quelqu’un de familier comme lui. Isaak devait bien admettre qu’il faisait pâle figure en comparaison de la princesse, avec sa gueule de bois qui le vieillissait d’au moins 10 ans et sa tunique noire souillée (était-ce la sienne ?) enfilée au saut du lit.  

« Qu’est-ce qui te met dans un tel état ? » Si par « un tel état », elle désignait son comportement de ces derniers mois, Isaak n’était pas assez lucide pour en déterminer l’origine. Ou du moins pour l’admettre. Il le savait, au fond, ce qui clochait. Le départ d’Ariane. Mais il aurait préféré danser nu devant la Cour entière plutôt que répondre sincèrement à Irina. Cesser de se mentir à soi-même, quand on s’enfonce à ce point dans le déni, demandait une force de caractère dont il n'avait ni la force ni la volonté en ce moment. Cela aurait été comme renoncer à tous ces efforts d’indifférence qu'il s'imposait depuis des mois. A tout ce qu’il a fait pour oublier. Pour l'oublier. Le sourire narquois de la brune, sa question, sa venue inopinée de bon matin : bien sûr qu’elle le savait. Il n’en doutait pas un instant. Mais elle n’aurait pas de confidence sincère de sa part. Et si c’est ce qu’elle était venue chercher, elle pouvait aller au diable. La vie. L’ennui. La peur de perdre la tête au détour d’une ruelle… Théâtralement, il leva les bras en l’air pour en appeler à l’imagination de son interlocutrice. Il conclut, amer Tu dois connaître, pas vrai ?

La venue des Naoris, et l’incident qui s’en était suivi, avait changé pas mal de choses dans la Cité. Irina en avait fait les frais. Il se remémorait encore les paroles de la conseillère qui avait osé souiller leur nom devant le peuple entier. Et ses insinuations n’étaient pas tombées dans l’oreille d’un sourd. Si Isaak avait toujours choisi de faire confiance en sa cousine en dépit du bon sens, ces allégations avaient trouvé en lui un écho lointain qui ne cessait de le suivre quand il voyait Irina sourire à sa vue. Il se savait trop peu subtil. Trop peu malin. Et s’il admirait son intelligence, sa perfidie et son esprit, il y voyait à présent, bien plus qu’auparavant, une menace nouvelle. Mais clairement, Irina n’était pas venue pour parler de ça.

« Ah moins que soit ta manière à toi de trouver une nouvelle femme ? Pas sûr que ton père accepte une putain comme future reine. » Isaak ne put s’empêcher de porter la main au visage, excédé. Toujours tout ramener aux femmes, au mariage. C’était d’un ennui. Il allait bientôt avoir 40 ans. Même les prêtres s’accordaient à dire qu’une union devenait inutile, un héritier désespéré. Et déjà, nombreux reportaient leurs souhaits et leurs espoirs sur Demyan. Isaak se voyait mal aux bras d’une noble. Et la seule qui remplissait parfaitement ce rôle n’était plus là pour le faire.

Comme toujours, parce qu’il n’avait ni la répartie de son frère ni la gentillesse de sa sœur, Isaak choisit de se défendre en attaquant. Ca marchait plutôt bien, en combat. En société beaucoup moins : il le savait pour en avoir déjà fait les frais. Mais on ne change pas de style aussi facilement. Et toi… cousine ? Tu te fais vieille aussi. Bientôt, il sera trop tard. L’injustice de la nature était en sa faveur. Avec toute sa sournoiserie et son orgueil d’homme, il s’approcha de sa cousine, un sourire moqueur aux lèvres. Tu n’as jamais songé à te poser ? A fonder une famille ? Au lieu de courir les amants comme une fille de joie ?

Il n’avait pas employé le mot « putain » par pur respect. Parce qu’il en avait énormément pour elle, et qu’il devait au moins admettre qu’elle était l’un des seuls vrais alliés sur lesquels il pouvait compter. Mais ce matin-là, à ce moment précis, il aurait tout donné pour la voir ravaler ses paroles et ses insinuations déplacées.

Spoiler:
 

avatar
03/01/2018 ELOW ; DEVOS, ĆIRO & JONAS 304 BHUMI PEDNEKAR ; ELOW ; PRINCESSE A TEMPS PLEIN, ENSORCELEUSE EXPERTE, CONSPIRATRICE ET RÊVEUSE DE TRÔNE CAMOUFLÉE ; RAHJAK ; 95
— SMOKE MADE OF TEARS —








you can't let a ghost harm you
20 DECEMBRE 2118

Elle ne devrait même pas être surprise par un tel comportement, au fond, elle le connaît par cœur Isaak. Elle sait ce qui l’irrite, ce qui lui fait plaisir, ce qui le fascine, ce qui l’ennuie… C’est comme si elle avait passé toutes ses années à noter mentalement tout ce qui fait d’Isaak, Isaak. Le prince est peut-être difficile à aborder, mais elle, elle sait. Toutes ses années à vivre à ses côtés, à l’observer, à l’écouter… Au fond, elle aurait adoré avoir un frère comme lui. Avoir quelqu’un avec sa force de caractère, sa fierté. Ils se ressemblent, c’est ce qui la dérange le plus sans doute. Ils se retrouvent de bien des façons et petit à petit, Irina a dû mal à le conserver dans la catégorie ennemie. Le fils, doit-il forcément payer pour les péchés de son père ? Elle commence à douter de toutes ses belles paroles qu’elle a toujours soufflé à son oreille. Elle ne se laissera pas faire, cependant. Le trône, c’est à elle qu’il revient. Il a beau avoir grandi avec cette idée, ce but ultime, Irina le lui arrachera des mains le moment voulu. S’il doit y avoir un Draghsteel dont la mort ne l’affectera sans doute pas, c’est l’autre frère. Un bon à rien à ses yeux. Trop effacé, trop éloigné de tout ce qui fait la splendeur de la cité et de son peuple.

« Qu’est-ce qui te fais croire que je veux forcément quelque chose ? » Elle soupire légèrement et hausse les épaules. Elle n’a pas forcément de raison spécifique derrière la tête. Pas vraiment. « N’ai-je pas le droit de te rendre visite simplement parce que j’en ai envie ? » Bien qu’au fond, elle est là pour le secouer un peu. Cette mauvaise humeur, il baigne dedans depuis trop longtemps maintenant et Irina n’est pas très patiente dans le genre. Elle fonce dans le tas quand il faut parler de sujet sensible, sans crainte. Il n’y a qu’elle qui puisse vraiment le faire. De plus, elle sait que le comportement d’Isaak ne va pas passer inaperçu longtemps vis-à-vis du Roi. Il suffit qu’Arkhip voit en son fils quelqu’un de faiblard pour qu’il décide de changer d’héritier. Il a deux fils, il a le choix.

« Non, je ne vois pas de quoi tu parles. » Elle se moque, et en même temps, elle ne sort pas aussi souvent qu’elle aimerait. Les rues, elle les parcourt camouflée, se fondant souvent dans la foule. Elle n’a pas le choix, elle ne peut pas donner des raisons au Roi d’être plus paranoïaque qu’il ne l’est déjà. Irina se contente de faire ce qu’on lui demande, de rester là où on lui demande. Quelque part, elle vit dans une cage dorée, de la même manière que Tasha. La différence étant qu’elles sont toutes deux pleines de ressource pour trouver des échappatoires là où les hommes ne voient pas d’option.

Évidemment, provoquer Isaak de bon matin, c’est suicidaire. Elle le voit approcher, montagne vivante de froideur, ce sourire narquois qu’elle aimerait lui arracher, mais qui lui va si bien. Elle ne baisse pas les yeux, ne recule pas. Irina ne redoute pas ses attaques, elle s’y est habituée. Il ne sait pas communiquer autrement de toute manière…

« Ce n’est pas moi, l’héritier au trône. » Elle le pointe du bout de son petit nez, sans répondre à son insulte. Elle n’a que faire d’être traité de fille de joie, elle assume les hommes qui ont partagé son lit. Ceux qu’elle a dû séduire pour arriver à ses fins aussi. « Et puis, toi et moi on sait que ton père n’a aucunement envie de me voir marier et avec des enfants. Ce n’est pas mon destin, que je le souhaite ou non. » De nouveau, elle soupire, puis s’approche du siège le plus proche pour s’y installer. Si elle se marie, c’est simplement parce que la dot sera assez conséquente pour faire plaisir au roi, mais des enfants ? Arkhip ne risquerait pas de voir la lignée de son frère se poursuivre dans le futur, car ses enfants seraient un danger pour les siens. « Je dois ma vie au roi, réclamer plus serait abuser de sa générosité et j’y perdrais bien la tête. » Son regard se perd, l’espace d’un instant, car malgré les propos d’Isaak, elle se rend compte qu’elle n’y a jamais songé, à cette vie simple. À un mari, à un enfant… Peut-être que Noah aurait pu être ce mari, s’il n’avait pas fui la cité une première fois pour mieux l’abandonner une seconde fois. Si jamais il revient, sa tête se retrouvera sur une pique devant les portes de la cité de feu. Oui, elle comprend Isaak, elle comprend la peine qu'il n'osera jamais avouer et ce qui le pousse à agir comme il le fait.

« Toi, cousin, tu as le choix. Et avec un fils, tu consolideras ton statut… » Elle marque une légère pause, un peu dramatique sur les bords, certes, mais c’est Irina. Ses mots sont toujours réfléchis. « Mais j’imagine qu’il ne se préoccupe pas plus de ta succession que de mon future… » Le roi pense régner pendant encore longtemps, alors effectivement, peut-être que d’ici là, Demyan, ou son enfant, aura repris les choses… Sur ces paroles, elle se remplit un verre de vin. Oui, de bon matin, mais il faut dire qu’il n’y a pas de bonne heure pour un verre de vin.


avatar
15/05/2018 Haeny 961 Jon Bernthal Laenai aka Tasha <3 pisteur et guerrier Rahjaks 180



Malgré toute l'hostilité qu'elle recevait en pleine figure, Irina gardait une parfaite maîtrise de ses émotions. Les mots, au contraire, semblaient glisser sur son sourire en coin, qu'elle arborait comme un pied de nez au Prince. Isaak ne s'en étonnait pas, et au fond ça lui faisait presque du bien de parler à quelqu'un qui ne courbait pas l'échine à la moindre agression, mais qui se plaisait au contraire à renvoyer la politesse. C’était presque devenu un jeu quotidien entre eux, une façon de s'apprivoiser et finalement de s'apprécier bien plus que ce qu'ils ne le devraient. Et derrière ses réponses sanguines, un peu irréfléchies aussi, Isaak enviait presque la répartie de sa cousine qui lui venait si naturellement. Si Demyan maniait les mots à la perfection, il connaissait peu de personnes qui avaient autant d'esprit qu'elle. Quelque part, il ne pouvait s'empêcher de les jalouser, ses cadets de presque dix ans, eux et leur sens du langage. Un don qui lui avait échappé à lui, l’aîné, l’héritier… Les armes, elles, parlaient une autre langue : celle de la violence. Et c’est là-dedans qu’il se sentait le plus à l’aise, au grand dam de son père. Qu’est-ce qui te fais croire que je veux forcément quelque chose ?  N’ai-je pas le droit de te rendre visite simplement parce que j’en ai envie ? Isaak ne put retenir un léger ricanement. Bien sûr qu’elle avait une idée derrière la tête : ça crevait les yeux. Mais la Princesse jouait le désintéressement le plus pur. Un jeu qu’elle maîtrisait à la perfection. Surgir dans ses plus beaux atours aux aurores, alors qu’il s’éveillait à peine, entouré d’esclaves dépenaillés, n’était pas une manœuvre anodine. Elle dérangeait et elle le savait. Mais Isaak ne se démontait pas pour autant. L’orgueil lui donnait une contenance qui ne lui allait pas, au vu de la situation.
Il te prend ce genre d’envie à de drôle de moments…  Soit, ma porte t’est toujours ouverte. 
Il n’allait pas la rejeter sous prétexte qu’elle l’avait surpris dans une drôle de posture. Et puis Isaak n’était pas du genre à s’embarrasser de gêne ou de culpabilité. Il laissait ça aux autres, à ceux qui avaient la malchance d’être sous ses ordres.

Irina nia innocemment ses allusions. Le Prince savait qu’elle était bien moins exposée que lui au courroux du peuple. Dans ses murs de marbre et d’ébène, elle ne pouvait que se douter de ce que l’opinion publique disait d’elle. Et pourtant, elle se leurrait complètement si elle se croyait en sécurité au palais.

Mais ce n’était pas là le sujet de la discussion, qui prit rapidement l'allure d'un affrontement. Ses allusions outrancières ne déstabilisèrent pas Irina, et il s'en doutait. Il savait les nombreux amants de sa cousine. Il savait ses vices les plus sombres. Elle ne s'en cachait pas. Alors, c'est tout naturellement qu'elle lui renvoya ses reproches mal placés. Ce n’est pas moi, l’héritier au trône.

Quelque part, il l'avait cherché. Pour faire passer le coup, Isaak se servir un verre d'eau, qui aurait peut-être le mérite de lui éclaircir l'esprit après ses frasques de la veille. Elle marquait un point. Encore et toujours, on le ramenait à son devoir de Prince, aux attentes que de nombreuses personnes nourrissaient pour lui, et pour la couronne.
Je n'ai pas besoin d'une femme pour régner. 
Mais Isaak ne se voilait pas la face : ce n'était pas une épouse qu'il lui fallait. Du moins, pas essentiellement. Irina le tenait et il le savait. Elle comptait bien le mettre devant le fait accompli, plonger son museau dans ses torts les plus sombres, dans ce qu'il fuyait depuis trop longtemps. Il était temps pour lui de produire une descendance. Il était plus que temps. Car s'il savait qu'il avait encore des « possibilités » en tant qu'homme, ce temps ne durerait plus longtemps. A son âge, bien des hommes étaient déjà père, voire grands-pères dans certains cas. Et cette pensée l'abattit presque aussitôt. Irina touchait un point sensible, au moment le plus opportun sans doute pour s'attaquer au Prince. Encore sonné, décontenancé, il but quelques lampées pour gagner de précieuses secondes ...

Et puis, toi et moi on sait que ton père n’a aucunement envie de me voir marier et avec des enfants. Ce n’est pas mon destin, que je le souhaite ou non. Isaak répondit par un silence presque gêné. Irina avait raison. Il ne l'avait jamais réellement envisagée mère mais comprit que ce serait une très mauvaise idée, pour elle. Il connaissait assez bien son père pour savoir que ce dernier ne tolérait aucune menace à la royauté, quelle qu'elle soit. Et laisser Irina en vie relevait déjà d'une faiblesse, à ses yeux. Alors, autoriser une descendance, c'était tout bonnement rêver. Isaak n'avait jamais songé à cela, à cette injustice que devait ressentir sa cousine. S'il la savait trop volage pour fonder une famille et s'attacher à un homme, il n'avait jamais imaginé que ce comportement était peut-être une contrainte, et non un choix.

Je dois ma vie au roi, réclamer plus serait abuser de sa générosité et j’y perdrais bien la tête.Isaak tourna vers elle un regard dubitatif, s'appuyant nonchalamment sur le buffet qui faisait face à la Princesse. Il savait qu'elle haïssait Arkhip presque autant que lui. Du moins, elle désapprouvait le roi en tout point, et ils avaient déjà, par le passé, échangé des pensées conspiratrices, qui leur vaudraient de sérieux ennuis si elles arrivaient aux oreilles du monarque.
D'où te vient cette gratitude si soudaine ? Il n'est pas là pour nous écouter tu sais.
Son père avait épargné Irina. Il l'avait laissé vivre, malgré tous les avertissements de ses conseillers et de ses chefs de guerre. Malgré le bon sens. Mais ce faisant, il avait fait d'elle son pantin. La preuve vivante de sa grandeur, qu'il affichait aux yeux du peuple quand bon lui semblait. Et Irina, elle, avait perdu son statut, sa famille, son avenir. Quelle générosité y avait-il là-dedans.
Etre un oiseau en cage qu'on exhibe au solstice, c'est être généreux à tes yeux ?
Que cherchait-il au fond ? Il savait très bien ce que sa cousine pensait, mais il avait besoin de l'entendre. Il supportait mal ces faux-semblants derrière lesquels elle se cachait. Elle n'avait pas besoin de faire ça avec lui. Qu'elle réserve cette attitude aux autres crétins qu'elle dupait sans mal.
Si j'étais Roi, tu n'aurais pas à avoir ce genre de craintes. Je te laisserais fonder une famille, une lignée vassale
Ce mot. Il l'avait glissé presque innocemment. Bien sûr qu'il savait les risques qu'impliquait une branche proche du pouvoir, avec assez de légitimité pour le reprendre. D'autant plus si lui-même était sans héritier ... Isaak ne perdait pas la Couronne de vue. Elle restait son objectif, et serait sienne. Uniquement. Irina ne devait pas oublier qu'elle était hors course pour de bon. Et depuis le Solstice, le Prince savait qu'il faudrait la surveiller pour qu'elle le reste ...

Toi, cousin, tu as le choix. Et avec un fils, tu consolideras ton statut… Mais j’imagine qu’il ne se préoccupe pas plus de ta succession que de mon future…A nouveau la remarque fit mouche. Isaak se voilait sans doute la face pour ne pas avoir remarqué que son père était loin d'être... pressant. Arkhip l'exhortait parfois à se marier, mais pas comme aurait dû le faire le père d'un fils de presque 40 ans. 40 ans... A nouveau, ce chiffre cruel lui revint à l'esprit.

Le Prince n'avait jamais réellement envisagé les choses sous cet angle : concevoir un héritier au trône, c'était quelque part pousser son père vers la sortie. Mais à nouveau, on en revenait au même point.
Et qu'est-ce que tu suggères ? Que je fourre une noble pour la Couronne ? Une putain guindée qui ne verrait que le titre ? Au fond, qu'ont-elles de plus qu'une vulgaire prostituée, si ce n'est le sang ?
On aurait fouetté un homme pour moins que ça. Heureusement, Isaak était au-dessus de la plupart des hommes... et se savait en présence d'oreilles complices. Il laissa un regard couler sur Irina et son verre de vin matinal... et choisit de l'imiter, parce que l'eau le lassait déjà, et que cette discussion éveillait en lui un besoin pressant d'ivresse.

Contenu sponsorisé



 

“ you can't let a ghost harm you ” (Isaak)

Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» GHOST ISLAND
» GHOST IN MY HEAD (ft. THE peacekeeper)
» Ghost in the Shell Arise
» 07-ghost, la quête de l'équilibre
» AERIN ▽ Misguided Ghost

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
The Hundred :: no one came back :: Le désert :: La cité Rahjak :: Le Palais-