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Murphy Cavendish
DATE D'INSCRIPTION : 06/12/2015 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Nuna Cortez MESSAGES : 39255 CELEBRITE : Sophia Bush COPYRIGHT : Avengedinchains ♥ (vava) Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) METIER/APTITUDES : Conseillère diplomate; militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. POINTS GAGNES : 1381
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le Sam 1 Déc - 22:37


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We threw our hearts into the sea

Murphy Cavendish & Isdès Hakantarr

(30 juillet 2118 / nuit post intrigue 22/Kraken)


Elle avait fermé les yeux, mais pas moyen de trouver le sommeil. Elle avait envie d'insulter tous ceux qui ronflaient à côté d'elle; pas seulement parce qu'ils faisaient plus de bruit que ce qu'elle pouvait supporter, mais aussi et surtout parce qu'eux, ils arrivaient à trouver un peu de réconfort dans le sommeil. Alors Murphy se retournait inlassablement, tentant désespérément et par tous les moyens de se délester de toutes les images qui continuaient de lui revenir violemment comme si elle était encore au cœur de l'action. Elle revoyait le corps inanimé être englouti dans les profondeurs sombres d'un océan qui lui faisait plus peur que jamais. Elle sentait la prise de la bête sur son abdomen et l'air qui lui manquait. Encore asphyxiée, les poumons écrasés; encore noyée, les poumons remplis de ce qui lui paraissait être la moitié de la mer. Encore épuisée de son combat contre le tentacule, encore éreintée de son combat contre la flotte. Elle revoyait les profondeurs de l'océan et tout ce qui se cachait sous la surface, le corps de l'immonde bête à laquelle étaient rattachés tous ces tentacules à la force et à la cruauté démesurées. Elle revoyait Isdès se faire attraper par l'un d'eux, et elle se revoyait courir après, tenter de le faire libérer, juste parce que ça avait été la seule solution envisageable. Elle se revoyait manquer d'air dès cet instant, sans aucune contrainte physique; dès qu'elle avait perçu la possibilité de le perdre à tout jamais, en quelques minutes à peine, alors qu'ils avaient perdu tant de temps comme des cons à essayer de savoir qui pouvait avoir raison sur des conneries qui n'avaient rien à voir avec eux. Écrasée sur le sable par le poids de ses vêtements trempés, agressée par les vagues qui continuaient de venir mourir sur la plage comme si de rien n'était, elle vomissait encore tout ce qu'avaient contenu ses poumons trop longtemps. La conscience qu'elle avait perdue et retrouvée; l'obscurité qui avait envahi ses idées et le désespoir qui avait avalé son esprit tout entier; la sensation de fin, de fin d'elle et de fin du monde, de son monde, de ce et de ceux qui comptaient. Tout le reste avait paru si minable. Tout le reste lui paraissait si minable, maintenant.

Peu importe ce qu'on avait pu tenter d'expliquer les instants qui avaient suivi; tout ça, elle l'avait vécu. Au tapis d'océan qui dégoulinait encore sur son visage était venues se mêler des dizaines de larmes muettes. Le soulagement de retrouver les siens n'occultait pas l'angoisse de les avoir perdus pour toujours. Les jambes tremblantes, elle avait remonté la plage avec [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] sans comprendre ce qui parvenait à la faire tenir debout. En trouvant Isdès au loin, elle avait pleuré plus encore, dans un silence qui lui nouait la gorge et laissait s'échapper quelques hoquets indéchiffrables. Ses pensées et son cœur s'étaient jetés vers lui, désespérément, à corps perdu, comme s'ils retrouvaient un trésor perdu, une part d'eux-mêmes qui leur avait été arrachée de force. Son être, quant à lui, était demeuré inerte, paralysé par l'adrénaline en chute libre, et Murphy l'avait regardé de longues secondes en rêvant de pouvoir le serrer contre elle, s'assurer qu'il était encore là, avec elle, entier et en vie.

Sur le campement que tous avaient installé pour passer la nuit, Murphy avait erré comme une âme en peine passée en mode automatique pour parvenir à une quelconque efficacité. Les groupes s'étaient réunis entre eux et quelques feux avaient été allumés pour maintenir éloignées les bêtes qui pouvaient rôder une fois la nuit tombée. On était resté entre le village et la forêt, là où la zone était à peu près sécurisée et calme. Plus personne n'osait vraiment s'approcher de la plage; ou tout du moins, il était hors de question pour Murphy de s'en approcher à nouveau. Au loins pourtant, on entendait les vagues calmes caresser le sable, comme si ce cauchemar n'avait été que fiction. Mais malgré les explications que l'on cherchait à donner à ces minutes interminables autour du feu et d'un repas, rien ne parvenait à la rassurer. Tout était encore trop réel. Elle voulait oublier, mais tout lui rappelait inlassablement que ce ne serait pas pour tout de suite. Il suffisait pour elle de mordre dans un fruit qu'on lui avait donné pour que sa lèvre explosé lui rappelle que l'imagination avait bon dos, mais pas réponse à tout. Ses fringues et cheveux avaient séché doucement sous la canicule de juillet, qui avait laissé les premiers froissés, et les secondes aussi ondulés que fous et emmêlés. Respirer la peinait et elle n'osait pas regarder l'état de son abdomen. Quand la nuit était tombée, elle avait cherché du réconfort là-haut, mais rien n'y faisait. Les étoiles ne lui parlaient plus vraiment, ce soir. Ce n'était pas d'évasion dont elle avait besoin.

Perdue dans un dédale de souvenirs aussi réels qu'irréels, aussi nets que maltraités par une perception étrange du temps, Murphy ne parvenait pas à apaiser son esprit. Les heures avaient défilé sous les étoiles et les rayons lactés de la Lune, et dans une grimace de douleur, elle se redressa en regardant autour d'elle. Le monde était silencieux. Allongée non loin d'elle, Tennessee lui tournait le dos. Sa respiration calme laissait suggérer à Murphy que son amie était parvenue à s'endormir, la chanceuse. Elle finit par se lever, laissant derrière elle ses armes et son sac, qui lui avait servi d'oreiller, et traversa le groupe d'Odysséens assoupis. Tout le monde s'était éloigné des feux pour ne pas avoir à subir une chaleur inutile une fois l'accalmie de la nuit venue couper court aux canicules du jour. La terre sèche craquait sous ses pas et elle marchait doucement pour s'assurer de ne réveiller ou de n'attirer l'attention de personne. Les gardes et patrouilleurs qui demeuraient éveillés suffisaient à l'inquiéter dans sa discrétion; il était inutile de risquer davantage d'exposition encore.

La séparation entre les petits groupes n'était pas vraiment marquée, mais on pouvait aisément reconnaître ceux qui voulaient rester ensemble de ceux qui se côtoyaient de loin, parce qu'il était plus prudent de ne pas trop s'éloigner les uns des autres. Lui, elle le reconnaissait de loin; à sa carrure et aux tatouages qui ornaient ses bras. Silencieusement, elle s'approcha du dos qu'il lui montrait et s'accroupit derrière lui, non sans retenir une plainte de douleur. Doucement, elle glissa un index sur son bras pour le ramener dans ce monde, s'il avait eu la chance de le quitter, et se pencha par-dessus son épaule, à quelques centimètres à peine de son oreille. « Au village » se contenta-t-elle de souffler en fermant les yeux une seconde, à peine capable de ne pas laisser s'échapper un baiser par là, au creux de son cou ou sur son épaule. Elle se redressa dans la douleur et fit demi-tour pour s'enfoncer dans les ruelles du village en ruines. C'était une ville fantôme aux chemins de terre éclairés par les lueurs pâles et froides de la Lune, seul point de lumière lorsque l'on quittait les flammes rassurantes qui se dressaient au milieu du campement dressé pour la nuit. Une main posée sur ses côtes, elle observait autour d'elle, cherchait un lieu où se poster pour être sûre d'être perceptible sans crier au premier passant qu'elle était là. Un peu plus loin à sa droite, les vagues infatigables continuaient de venir s'échouer sur la plage. Elle remonta à leur opposé et se posta contre le mur d'une maison qui semblait encore tenir debout. Elle se perdit un instant dans la contemplation de son ombre, projetée dans une netteté impressionnante sur le fond clair de la lumière pâle aux tonalités laiteuses. Murphy ferma les yeux une seconde, cherchant un peu de répit dans ses pensées, là où elle était pourtant sûre de ne pas pouvoir en trouver. Elle soupira en rouvrant les paupières et se décida à soulever son tee-shirt froissé, histoire d'évaluer les dégâts laissés par ces tentacules -ou peu importe ce que certains prétendaient que ça avait pu être.
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le Ven 21 Déc - 23:06

We packed our bags and said farewell
Untied the knot and raised the sail


Le Kraken… Le mythe repassait encore et encore dans sa tête, essayant de mettre des mots sur les images qu’il avait vues. Il y avait bien eu ses tentacules si représentatifs de la créature. Il les avait vus de ses propres yeux, il avait aperçu les corps disparaître sous ses yeux, être emportés au large. Il avait senti la force des muscles visqueux écraser ses côtes et le soulever de terre. Il se souvenait encore de cette sensation désagréable, entre l’asphyxie et l’instinct de survie. Il avait côtoyé la mort de près, il le savait, alors pourquoi tout avait paru si différent, sitôt qu’il avait relevé les yeux vers la berge ? Pourquoi le choc de sa chute sur le sable semblait l’avoir réveillé d’un mauvais rêve ? S’il en parlait à son voisin, sa version de faits serait-elle la même ? Rien n’était moins sûr. De toute façon, il n’avait pas envie d’en discuter avec les autres. Le sujet viendrait forcément sur le tapis, sitôt que les Athnas se seraient remis en route. Ils attendaient tous d’être de nouveau entre eux pour que les langues se délient. Comme si la confiance était brisée, comme s’ils redoutaient une nouvelle duperie. Des heures que l’événement était passé et Isdès tournait comme un lion en cage. Il s’était renfermé depuis dans un mutisme qui n’annonçait rien de bon. Tous, proches comme inconnus, avaient compris qu’il valait mieux le laisser tranquille. Il ruminait, incapable de trouver une explication logique à ce qui s’était passé. Il enrageait d’avoir perdu possession de ses moyens au prix de quelque chose qui n’avait peut-être pas même existé. Où était la réalité, où s’arrêtait l’illusion ? Le plus dur était encore de faire le tri dans des souvenirs qui étaient pourtant encore tout frais. Reclus toute la soirée durant, il s’était contenté de jeter un coup d’œil régulier aux siens, vérifiant que tous allaient bien. Au fond, il s’inquiétait, mais Isdès n’était pas prêt à laisser s’exprimer cette inquiétude sans faire éclater les mille autres émotions qui se bousculaient en lui.

La nuit était finalement tombée près de l’ancien village des Calusas et c’est en silence que le petit campement avait fini par s’endormir. Une par une, les âmes éreintées se laissaient aller dans les bras de Morphée pour un sommeil réparateur. Avec un peu de chance, demain tout serait oublié. C’était peut-être ce qu’espéraient les autres, mais l’homme ne comptait pas oublier. Il n’oublierait pas cette erreur d’inattention qui avait failli lui coûter sa santé mentale, si ce n’était sa vie. Isdès avait tourné le dos à tout le monde, avait fait comme si de rien n’était. Allongé, ses côtes et ses épaules lui faisaient légèrement souffrir, juste assez pour lui rappeler que tout n’avait pas pu être le fruit de son imagination. Sa respiration était trop calme pour ne pas trahir l’agitation de son être. Intérieurement, il enrageait. En plus de ces interrogations impossibles, s’entremêlaient d’autres émotions qui le perturbaient plus que de raison. Plus tôt, il ne s’était pas seulement inquiété pour les membres de sa tribu, mais bel et bien pour une personne qui n’aurait pas dû prendre autant d’importance. Dès que le danger s’était révélé, il l’avait cherchée du regard. Il avait eu aussitôt le réflexe d’aller la rejoindre et d’essayer de la protéger. Quand il avait quitté terre et sentit que c’était peut-être sa dernière heure, une fois de plus, ses pensées s’étaient dirigées vers elle. C’était frustrant de n’avoir aucun contrôle sur ses sentiments et les instincts irrépressibles qu’elle avait développés chez lui. Peut-être encore plus agaçant qu’il suffise qu’il pense à elle pour qu’il sente sa présence dans son dos. Il ne sursauta même pas, lorsqu’il sentit ses doigts sur son bras, se retenant à grande peine de laisser échapper un frisson. Murphy lui murmura une destination, avant de s’éclipser, non sans gratifier sa peau d’un baiser éphémère. Pour qu’elle vienne prendre le risque de lui donner rendez-vous si près des autres, c’est qu’elle devait être empreinte des mêmes doutes. Sur l’instant, Isdès hésita à ne pas répondre présent. Ne pas donner raison à tout ce qui se bousculait en lui. Ne pas lui donner raison à elle qui avait partagé cette même angoisse. Mais de la même manière qu’il s’efforçait de désobéir sciemment à sa volonté, son corps agit naturellement et il se sentit obligé de se redresser.

L’Athna se frotta le visage, comme après un mauvais rêve, et jeta un œil autour de lui. Tout le monde était paisible. En silence, il se leva et rejoignit discrètement ce qui restait du village des Calusas. Il quittait peu à peu la chaleur des feux de camp pour la fraîcheur de la côte éclairée par la lune. L’air était plus respirable et pourtant, il n’arrivait pas à se débarrasser de ce nœud dans son estomac. Que lui dirait-il une fois qu’il l’aurait retrouvée ? Qu’allait-elle lui annoncer ? Il redoutait cet instant, lui qui était si peu doué pour les mots. Sa réflexion prit brutalement fin, quand il aperçut son ombre se détacher de celle d’un mur qui tenait encore debout. Il tomba sur Murphy, en train d’examiner les traces laissées par l’étrange rencontre de la journée. Aussitôt, il s’approcha et s’empressa de jeter un œil par lui-même. À nouveau, ses entrailles se tordirent en une désagréable sensation. Qu’est-ce qu’il s’était passé ? « Ça va ? » marmonna-t-il, la voix encore enrouée. Il restait planté là, près d’elle, sans oser la toucher, ni dire quoi que ce soit d’autre. C’était trop difficile pour lui, alors que son corps entier réclamait la proximité, d’être rassuré. Il avait eu peur.
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le Mer 26 Déc - 3:34


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(30 juillet 2118 / nuit post intrigue 22/Kraken)


Murphy avait toujours compté sur ses idées comme l'une de ses seules certitudes. Elle savait ce qu'elle pensait, ce qu'elle aimait, ce qu'elle choisissait de croire ou refusait d'espérer. Même le déraisonnable était encadré, parceque dans sa tête, il se présentait toujours sous les mêmes traits. C'était le déni et les angoisses, les insomnies et les rêves qui partaient trop loin, au-delà de ce qui aurait dû être imaginable, au-delà de ce qui était concevable. Sa tête était de béton; avait les années, elle avait appris à comprendre ce qui pouvait se tramer là-haut, dans tous ces circuits électriques qui formaient des idées. Elle se connaissait car elle connaissait les réflexes de son inconscient autant qu'elle connaissait ses convictions, ses idéaux et ses valeurs. Elle fléchissait parfois quand le poids de la flèche du temps se faisait accablant, mais elle se relevait toujours. Parce qu'elle se connaissait.

Mais ces dernières heures lui avaient fait perdre tous ses repères. Son corps et ses souvenirs disaient autre chose que le discours que tous se martelaient depuis des heures, sans doute aussi peu convaincus les uns que l'autres, cherchant tant bien que mal à chacun s'en convaincre avant d'en convaincre les autres. Et puis dans ses souvenirs s'étaient insérées des angoisses étranges, inattendues, nouvelles : celle de disparaître, elle, bien trop tôt, bien loin de l'idée qu'elle se faisait de son grand départ; et celle de le voir disparaître pour de vrai, lui, alors qu'il avait disparu longtemps déjà et disparaîtrait encore longtemps dans ses montagnes, bien loin d'elle. De sa noyade ratée, Murphy s'était réveillée dans un drôle d'état et si elle avait pensé que les heures l'aideraient à ratterir dans ce monde, rien n'y faisait. Le repas qu'elle avait ingéré n'avait été en fait qu'une bribe de repas, avalé machinalement, le regard perdu ça et là, l'esprit perdu bien plus loin encore. La tombée de la nuit avait encore apporté une nouvelle dimension à cet étrange état dans lequel elle semblait bloquée. Le sommeil, peut-être, donnerait un nouvel éclairage à tout ce qui se tramait dans son esprit, mais encore fallait-il le trouver. Allongée, il semblait que toutes ses questions et inquiétudes s'amplifiaient sans fin, comme si la gravité aidait les pensées à affluer plus vite encore au cœur de son esprit. Elle se demandait si les autres arrivaient à dormir, et quelques ronflements répondaient pour elle. Comment pouvait-on dormir ? En se réconfortant dans l'idée de l'achevé, de la sécurité retrouvée ? En se rassurant avec celle que les choses allaient revenir à la normale, maintenant que tout était terminé et qu'ils pouvaient forcer leurs esprits à croire ce qu'ils attendaient d'eux ?

Murphy ne savait pas vraiment lequel, entre son corps et son esprit, était à deux doigts de disjoncter. Mais quelque chose ne tournait pas rond; elle, à force de tourner en rond, elle ne tournait plus rond. Elle ne pourrait pas dormir cette nuit et c'était à se demander si elle retrouverait le sommeil à jour. Il y avait trop qui se tramait dans sa tête pour qu'elle espère trouver suffisamment de répit et bientôt, une pensée de plus vint s'ajouter à la suite infinie de celles qui la tracassaient déjà. En se levant, elle fit attention de n'attirer l'attention de personne, si toutefois il demeurait quelques insomniaques dans les environs. En voyant la silhouette de dos, au loin, son ventre se noua. Chaque mètre qui la rapprocha d'elle lui parût infini. Rien ne la rapprocherait assez vite d'Isdès et pourtant, quand elle l'invita à la rejoindre plus loin, Murphy dût se contenter de contacts minimalistes. Elle n'était pas encore assez folle pour risquer de les exposer ici, au milieu des autres, de ses autres à lui et de ses autres à elle.

Marcher dans la nuit était loin d'être aussi salvateur qu'elle l'avait rêvé, quelques instants plus tôt, installée par terre, se retournant inlassablement dans l'espoir de trouver une position qui suffirait à faire taire les démons qui l'accompagnaient en cette nuit claire. Le sol de l'ancien village était à peine en meilleur état que les bâtiments qui longeaient l'artère qu'elle avait empruntée. Tout le long du chemin, un doute l'avait subitement saisie : et s'il ne l'avait entendue ? Et si lui, il dormait ? Et s'il choisissait sciemment d'ignorer son invitation ? Il semblait à Murphy qu'il était le seul à pouvoir lui offrir une accalmie au milieu de tout ce tonnerre tonitruant qui déchirait ses pensées. Peut-être avait-il des réponses; peut-être avait-il le pouvoir de faire taire ses questions.

En soulevant son tee-shirt pour évaluer l'étendue des dégâts sur son abdomen, Murphy cherchait à faire taire la panique. Peut-être que de voir pour de vrai les résultats de cette journée sur sa peau pourrait y contribuer, mais ce n'était pas ce qu'elle espérait. Ce qu'elle espérait, c'était trouver une feinte, un court-circuit à toutes ses pensées. En cherchant les taches sombres sur sa peau claire, il lui semblait presque oublier tout le reste. C'était quelques instants à peine. Du bout des doigts, elle frôlait les hématomes qui ornaient son ventre. Ca ne lui donnait pas de réponses. Les douleurs, elles, ne venaient pas de sa tête. Voilà tout ce que sa peau mouchetée de noir lui disait. Perdue dans cette conclusion, refrénant quelques soupirs de douleur au contact de ses doigts, Murphy n'était plus réellement sûre de ce qu'elle aurait aimé constater. L'air frais et iodé qui arrivait par vagues lui rappelait qu'ils étaient encore trop près de la mer et il apparaissait comme une évidence maintenant qu'ici non plus, elle n'était pas bien. Elle n'était plus réellement bien nulle part. Son regard un peu perdu dans le vague accrocha finalement à un peu de mouvement dans la terre éclairée par l'astre lunaire. Une haute ombre qui se mélangea doucement à la sienne au sol la força à lever le minois vers son propriétaire. Elle se détacha du mur, les mains encore collées à son ventre, et observa l'Athna une seconde sans savoir quoi dire. Il lui semblait venu d'un autre monde, lui aussi. Un monde qu'ils avaient côtoyé de trop près, sans doute, ou qu'il avait côtoyé de trop près sans elle, ou qu'ils avaient côtoyé de trop près, mais trop loin l'un de l'autre. Sans prendre la peine de lui répondre, elle se jeta dans ses bras. En cherchant le réconfort de sa nuque, elle sentait ses pieds quitter le sol. Elle le serrait de toutes ses forces de rescapée, quitte à réveiller les douleurs de tous ses membres et celles qui lançaient son ventre. Elle ferma les yeux et respira à plein poumon la peau de son cou, même si elle ne sentait pas tout à fait comme d'habitude. Il sentait la mer, lui aussi, et il sentait comme la noyade à laquelle elle avait échappé de si peu. « Maintenant ça va mieux... » souffla-t-elle contre sa peau avant d'y parsemer plusieurs baisers et de remonter chercher son visage et ses lèvres, qu'elle trouva alors qu'une larme coulait silencieusement sur sa joue. Elle s'éloigna un peu de lui pour prendre son visage entre ses mains et l'observer sous la lumière nocturne. Elle avait failli le perdre à jamais, et elle le voulait à ses côtés toujours. « T'étais pas censé te faire attraper par un tentacule, t'étais pas censé... pouvoir mourir... » Le visage affaissé par le désemparement, elle caressa doucement celui d'Isdès. « Je veux pas te perdre, Myrtille... Pas si c'est pas moi qui choisis... » Un petit sourire taquin se dessina sur ses lèvres alors que ses prunelles continuaient à briller de désolation. Ses mains se détachèrent du visage de l'Athna pour glisser le long de ses bras et attraper ses mains brièvement. Elle se détacha finalement de lui pour l'observer, une boule au ventre. « Et... et toi ? » Peut-être n'avaient-ils pas vécu la même chose, après tout. A écouter ceux qui tentaient d'expliquer les choses, c'était à se demander combien de réalités alternatives avaient pu exister au même moment, au même endroit. Peut-être n'avait-il vu aucun tentacule, lui. Peut-être la prenait-il pour une folle. Peut-être l'était-elle vraiment, folle. Alors son regard voguait derrière lui, sur les maisons qui semblaient figées dans le temps, juste pour fuir celui qui comptait vraiment, de regard.
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le Dim 13 Jan - 23:04

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En déambulant au milieu des ruines du village Calusa, Isdès tournait le dos à tout ce à quoi il aurait dû se raccrocher. Derrière lui, il y avait les siens. Les membres de son peuple, les proches de sa tribu. Il n’y avait qu’eux qui pouvaient réellement comprendre ce qu’il ressentait. Il en avait été intimement persuadé depuis sa plus tendre enfance. On lui avait répété mille fois que les Athnas étaient les seuls en mesure de l’aider, de le protéger. Pourtant, ses camarades s’étaient révélés aussi impuissants que lui, une fois venue la menace invisible. Il s’était retrouvé face à une illusion aussi réaliste qu’inquiétante. Naïvement, inconsciemment, il avait participé à une hystérie collective et c’était sans doute ça le plus grand danger. Toutes ces marques, tous ces souvenirs cauchemardesques et cette impression de fin du monde, ils en seraient donc les seuls responsables ? L’humain avait réussi à devenir son propre prédateur. Si tel était la réalité de la situation, comment pourraient-ils jamais tous se faire à nouveau confiance ? Comment se faire confiance à soi-même, quand même leurs sens les plus primaires leur faisaient défaut ? L’homme réalisait progressivement qu’il n’était pas invincible et que les gens du ciel n’étaient pas les seules éventuelles proies de ce monde. Cette pensée était douloureuse. Douloureuse pour l’égo et pour toutes les certitudes qu’ils s’étaient fondées en des décennies d’existence. Cet événement lui avait fait perdre ses repères. Peut-être cela expliquait-il le fait qu’il ait rejoint aussi vite Murphy. Intérieurement, il espérait ne pas avoir à subir ses questionnements. Lui qui s’était toujours fait un plaisir de se montrer supérieur et de prouver combien cette Terre n’avait plus de secrets pour lui ne supporterait pas de devoir lui avouer son ignorance. Ce soir-là, il ne pourrait pas être le guide qu’il avait tant été pour elle. Dans cette nuit noire emplie de doutes, elle semblait être le seul refuge qui saurait le réconforter.

Il n’était peut-être pas aussi fort qu’il aurait voulu l’être. Cet écrasant dénuement le frappa de plein fouet, quand il posa les yeux sur les ecchymoses qui mouchetaient la peau de porcelaine de Murphy. Il avait été incapable d’empêcher ça, et c’était difficile à avaler. Combien de fois l’avait-il sauvée d’une mort certaine, qu’elle eut été lente ou brutale ? À quoi ça servait de jouer les anges gardiens, s’il suffisait d’une seule fois pour qu’elle lui échappe à tout jamais ? Ça le rendait fou. Quand la jeune femme s’élança dans ses bras, il lui fallut quelques secondes pour passer cette aigreur qui lui ravageait l’estomac. Maintenant qu’elle était encore plus proche de lui et qu’il pouvait sentir son odeur, tout l’accablait. Tout ce qu’il n’avait pas pu faire ou dire, lorsqu’ils étaient échoués sur cette plage maudite, revenait à grands flots. Il entoura sa taille gracile de ses bras épais, prêt à la serrer jusqu’à lui en couper le souffle. Il inspira son odeur mêlée aux effluves du bord de mer, chercha la chaleur de sa peau, lors d’une nuit qui lui semblait trop froide. Il ne voulait plus la lâcher, refusait qu’elle lise la culpabilité sur son visage. Même lorsqu’elle décida de le gratifier de baisers çà et là, il ne trouva pas la force de s’en abreuver. Il voulait simplement se fondre auprès d’elle, se cacher et tenter d’apaiser ce chaos qui remuait ses entrailles. Mais le destin semblait déterminé à le pousser dans ses derniers retranchements. Isdès réprima à grande peine un grognement de frustration, après qu’elle eut décidé de l’exposer à la lueur de la lune. Il remarqua alors la larme qui avait perlé le long de sa joue et sa mâchoire se crispa brutalement pour refouler la colère qui menaçait d’exploser à tout instant. Il n’était pas habitué à ressentir autant, à devoir contenir autant. D’ordinaire, il laissait tout échapper, sans se soucier des dommages collatéraux. Mais là, le dommage collatéral, c’était elle.

Ce fut elle qui finit par trouver les mots. Elle avait toujours su mieux s’exprimer que lui, de toute manière. Il ne l’avait jamais nié et c’était bien pour cette raison qu’il détestait les mots : ça faisait mal. Ça matérialisait la vérité, souvent lorsqu’elle était la plus acérée. Elle usa du sobriquet qu’il détestait le plus au monde, mais qui avait pourtant marqué le début de leur étrange lien. Elle formula ce que lui était incapable d’exprimer. La peur de voir l’autre en danger, l’angoisse de ne plus le voir revenir… Elle aurait pu mourir, sans qu’il puisse l’aider. Au lieu de ça, il avait préféré balancer sa hache en direction d’une cible qui n’avait peut-être jamais existé. Figé, Isdès se laissait bercer par ses paroles qui le transperçaient toutes parts. Même en silence, elle pouvait comprendre sa détresse, la perdition dans laquelle il s’était plongé depuis les événements. Il ne saurait pas lui dire combien c’était réciproque. Elle tentait de quérir une réalité qui ne franchirait pas le seuil de ses lèvres. Parce qu’Isdès ne savait pas faire autrement. C’était nouveau pour lui, déstabilisant, paralysant. « Je sais pas… » souffla-t-il, torturé. L’anglais rendait le tout encore plus difficile. Ses mains s’étaient mises à trembler et s’il n’avait pas la moindre considération sur les vestiges de l’ancien village, il aurait très certainement passé ses nerfs dessus. « Ai nou get in… Moba. » Il baissait les yeux, car il ne pourrait pas soutenir son regard. Les images lui revenaient en tête, plus limpides que jamais. L’anxiété gagnait du terrain et les poings se serraient. Dans un dernier élan de contrôle, ils attrapèrent le tee-shirt de la jeune femme, froissant le tissu. Son front étreignit le sien, pour éviter d’aller se cogner contre la pierre la plus proche. « Ai nou don ste hir kom sis yu au. » Il l’attira contre lui, sans jamais lâcher son vêtement. Qu’elle ne s’éloigne plus jamais. Elle était son dernier rempart. Il avait besoin d’elle.
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le Lun 14 Jan - 5:00


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Murphy Cavendish & Isdès Hakantarr

(30 juillet 2118 / nuit post intrigue 22/Kraken)


En cherchant le sommeil, une part de Murphy avait espéré ne pas le trouver. Parce que si elle fermait les yeux un peu trop longtemps et qu'elle donnait l'opportunité à son inconscient de prendre le dessus, alors comment différencier le réel de ce qui ne l'était pas ? Était-elle seulement sûre d'être éveillée et totalement consciente ? En serrant Isdès contre elle, en se perdant dans la chaleur moite de son cou, elle en fût persuadée pour la première fois depuis qu'elle avait échappé aux flots marins. Ca, c'était réel. Le parfum de sa peau, ses cheveux qui venaient titiller son visage, l'étreinte qu'il lui rendait au centuple. Tout ça ne pouvait pas être le fruit de son imagination. Ou si c'était un mensonge, alors c'était un mensonge dans lequel elle se perdrait volontiers jusqu'à en crever. Contre lui, elle revoyait des images dont elle n'était plus sûre de la véracité. Mais contre lui, elle se faisait à nouveau assaillir de sensations et sentiments qui eux, n'avaient rien de fabriqué. Peu importe ce qui avait pu être réel sur ce bord de plage : elle, elle avait cru le perdre à jamais. Elle avait cru le voir partir dans les fonds sous-marins ou abandonner son dernier souffle, prisonnier de ce tentacule. Elle vivait encore l'impuissance et la panique, le chagrin de n'être rien d'autre qu'un putain de grain de sable sur cette plage, comme il existait des milliers d'autres. Elle vivait encore l'abandon de la résilience qui la caractérisait, l'acceptation de la fin. Elle vivait encore l'eau dans ses poumons, l'étouffement, la peur d'ouvrir les yeux et de ne plus le voir là. Elle vivait l'angoisse de lui avoir survécu. Dans l'écho de sa solitude, encore tremblante, cherchant le sommeil allongée dans la terre asséchée par l'été, elle avait réalisé que cette conclusion ne lui suffisait pas. On ne pouvait pas sagement accepter cette journée et passer à autre chose. Elle, elle en était incapable.

Et c'était dans ses bras qu'elle retrouvait tout le réconfort et toute la force que l'océan lui avaient volés. Il était là, contre elle, sous ses lèvres, contre son être entier. Si elle tremblait encore, c'était parce que c'était presque trop beau. Presque trop beau, à s'en demander si ça n'appartenait pas à la même réalité que celle qui avait failli les séparer. Alors elle le serrait plus fort contre elle, cherchait par tous les moyens à contenter ses sens, à prouver à sa conscience qu'il était bien là. Son odeur était à la fois identique et transformée, comme la preuve ultime qu'il avait traversé les mêmes horreurs. Sa peau sentait le sel et elle aurait pu jurer sentir quelques grains de sable se mêler aux baisers dont elle constellait son cou, son visage, puis ses lèvres. C'était tout ce dont elle avait besoin. Elle en aurait pleuré des flots de larmes tant il était tout ce dont elle avait besoin. Elle ne l'aurait jamais serré assez fort et jamais trop embrassé pour réparer ce qu'on lui avait arraché plus tôt. Toutes ses convictions, toute la confiance qu'elle avait en ce monde et tout ce qu'elle savait d'elle-même; tout s'était évaporé en quelques instants décisifs et il semblait qu'il était le seul à pouvoir l'aider à se relever de cette chute sans pareille. Ici, sans les autres laissés à leur sommeil, loin des feux destinés à garder éloignés les prédateurs de la forêt, c'était eux et eux seuls.

Alors quand il lui avait demandé si ça allait, il n'y avait qu'une réelle réponse. Maintenant qu'il était là, ça allait mieux. Elle caressa son visage avec tendresse pour trouver son regard. Elle tenta de couper la gravité du moment avec une pointe de légèreté, mais elle-même n'y croyait pas. Myrtille et Pamplemousse n'existaient plus réellement depuis longtemps. Ce n'était pas ce prénom qu'elle avait tant de fois susurré, soufflé, gémi, crié. Ils n'avaient plus grand chose de l'innocence de leurs premières rencontres. Celle-là avaient été laissée à ceux d'autrefois, qui ne se seraient jamais imaginé s'étreindre avec une telle force et conviction. Mais elle essayait, Murphy, elle essayait. Elle essayait de dire tout ce qui la faisait trembler, ce qui l'avait projeté si loin du monde, peu importe celui dans lequel ils venaient de se retrouver. Elle essayait de transmettre sa détresse, ses peurs, les images qui resurgissaient encore et les cauchemars à venir; et dans le regard d'Isdès se reflétait chacune d'elles. Cette lueur étrange qui brillait dans les prunelles de la Montagne, ce n'était pas la Lune. C'était quelque chose qu'elle ne lui connaissait pas et qui lui tordait les boyaux. Elle avait lâché ses mains pour lui laisser un peu de la liberté qu'elle lui avait volé dès qu'il l'avait rejointe. Elle était probablement la seule à aimer l'idée de mourir étouffée dans ses bras. Alors, craintive, polie, elle avait fini par lui retourner la question. Mais la réponse, elle pouvait déjà la lire dans son regard.

Et quand il prit la parole, le cœur de Murphy se serra de douleur. La voix rauque de l'homme n'avait pas grand chose à voir avec celle qu'elle lui connaissait. Il était aussi brisé qu'elle. Il ne savait pas. Elle ne l'avait jamais entendu dire qu'il ne savait pas. Les voilà naufragés, tous les deux, perdus au milieu d'un monde nouveau où il leur faudrait réapprendre tout ce qu'on leur avait volé en quelques heures. Elle esquissa le début d'une caresse réconfortante lorsqu'il répéta qu'il ne savait pas, qu'il s'excusait. Elle ne savait plus quoi faire. Elle ne savait pas réellement elle-même ce dont elle avait besoin si ce n'était d'être réparée. Comment pouvait-elle prétendre savoir panser ses blessures ? C'était tout ce qu'elle voulait, pourtant. Elle voulait retrouver son regard moqueur, l'entendre rire de son vertige encore, subir ses cris courroucés quand elle gravait ses initiales dans une roche ou un arbre. Elle voulait encore le voir la suivre dans un saut fou des hauteurs d'une cascade, et puis que sous son rideau d'eau, il la supplie du regard de l'arrêter. Mais les prunelles vertes de l'homme, cette nuit, étaient fuyantes, et doucement, Murphy osa enfin relever sa main vers son visage pour doucement le frôler, la gorge nouée. « Daun ste gud » souffla-t-elle dans un murmure en poussant une mèche de cheveux noirs qui était tombée devant les yeux d'Isdès. Son accent, encore plus marqué que d'habitude, ne l'empêcha de répéter tout aussi délicatement. « Daun ste gud... » Ce n'était pas grave parce qu'elle était là, et parce qu'elle ferait tout pour qu'il sache, tout pour qu'il puisse répondre qu'il allait mieux, juste un peu mieux. Elle ferait disparaître ses blessures, atténuerait la douleur de ces souvenirs étranges, ferait mourir ce déchirement qui envahissait son regard. Mais la vérité, c'est qu'elle n'en savait rien non plus. De ce qui s'était passé, de ce qui se passait, de ce qui allait se passer. Elle savait juste qu'à ses côtés elle avait trouvé un refuge inespéré, et qu'elle serait ce refuge pour lui s'il le souhaitait.

Murphy sentit le tissu se froisser sur son ventre endolori par les ecchymoses et les paupières mi-closes, laissa malgré elle une seconde larme lui échapper alors que leurs fronts se trouvaient. Ses deux mains grimpèrent dans son cou et trouvèrent son visage pour le forcer à la regarder alors qu'elle-même était incapable de le faire. Elle pouvait juste sentir son souffle chaud contre ses lèvres, et pour le moment, ça lui suffisait. « T'étais trop là pour m'aider... » Sa tête se pencha alors qu'elle refrénait péniblement un sanglot. Dans ses souvenirs, peu importe de quoi ils étaient tissés, il était descendu titiller la bête pour elle. Pour elle. C'était par sa faute qu'il avait été attrapé par cette horreur des profondeurs océaniques. Elle avait failli le perdre à cause de sa propre inconscience. Mais elle n'avait jamais voulu être sauvée, Murphy. Elle n'avait jamais demandé à ce qu'on risque sa vie pour elle. Si elle n'avait pas été aussi épuisée, elle lui aurait sûrement servi un discours réprobateur à ce sujet. Mais elle était épuisée. Elle était épuisée, et puis dans cette obscurité qui avait failli coûter sa vie à Isdès, elle voyait une lueur doucereuse : il n'avait pas considéré envisageable de la perdre. Il ne lui disait pas avec des mots, ici et maintenant, comme elle l'avait fait. Mais cette douleur suintait de son regard et de ces drôles de souvenirs qu'ils semblaient partager. Finalement, elle osa enfin ouvrir ses paupières pour retrouver ses iris. « Regarde-moi... » murmura-t-elle en glissant un index sous son menton. « T'iras bien, Isdès... j'irai bien. On ira bien. » Les liens les plus forts se forgeaient dans les âtres les plus impitoyables. Ce n'était pas la première fois qu'il la voyait pleurer; elle, c'était la première fois qu'elle le voyait dans un état pareil. Comme il l'avait été en haut des falaises qui surplombaient l'océan, elle serait son phare, son roc. Elle le guiderait en même temps qu'elle chercherait le chemin dans cette brume opaque et angoissante. Un bruit lointain indiqua quelques mouvements du côté du campement. Murphy ne le perçut que d'une oreille, bien loin de se préoccuper des autres, de ceux qui semblaient être capables de reprendre le cours de leur vie comme si de rien n'était. « On est encore là, tous les deux... » Sa voix se brisa avant qu'elle ne succombe à la chaleur de son souffle et à ses lèvres, l'emprisonnant dans un baiser qui disait tout ce sur quoi ses mots avaient buté. Ils étaient encore là, tous les deux.
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le Dim 10 Fév - 21:36

We packed our bags and said farewell
Untied the knot and raised the sail


Qu’était-elle venue quérir en le réveillant ? Peut-être du réconfort, peut-être ce guide qu’il avait été pour elle, tant de fois ? Une protection de bras puissants et d’un corps sur lequel il faudrait passer pour espérer l’atteindre. Par sa folle tentative d’écarter Murphy des griffes de tentacules meurtriers, Isdès lui avait prouvé qu’il y avait bien plus qu’un simple lien entre eux. Il n’avait pas peur de mourir pour les autres et il n’avait pas eu peur de se jeter bêtement à l’encontre du danger. Elle ne le comprendrait peut-être pas, mais c’était la déclaration la plus équivoque qu’il puisse lui faire. Elle ne saisirait peut-être pas la profonde signification d’une impulsion fugace parmi les élans de survie de chacun. Ou peut-être qu’elle avait été marquée et qu’elle cherchait une vérité parmi toutes ces hypothèses. À cet instant, l’Athna était incapable de réfléchir, incapable de raisonner davantage. Il perdait ses repères. Avec elle, son monde était en train de se métamorphoser. Il ne l’avait pas voulu, ça. Il avait tant de fois combattu ces sentiments qui risquaient de l’éloigner de son chemin. Il avait toujours rejeté ce qui menaçait de l’atteindre et de le changer. Il ne se reconnaissait plus, dans ce désarroi. Faiblesse dévorante qui grignotait peu à peu son assurance. Il était au bord du précipice, piégé entre la rage et l’apathie. Ce qu’il souhaitait s’opposait désormais à ce qu’il ressentait et cette angoisse le paralysait complètement. Lui en voudrait-elle de ne pas avoir pu la sauver une fois de plus ? Le tiendrait-elle responsable pour ces hématomes qui marquaient sa peau, pour cette douleur qui ankylosait son corps entier depuis ? Si elle n’était pas capable de lui reprocher cette impuissance éhontée, il portait déjà le poids de la culpabilité. Ses mots dans sa langue natale ne parvinrent même pas à le rassurer. Tentative vaine d’apaiser des maux, tandis que la montagne se repaissait seulement des doigts qui s’égaraient sur son visage. Plus le temps passait, plus le vide béant se creusait. Le souffle commençait à lui manquer et Isdès ne redoutait plus qu’une chose désormais : sombrer.

Son front contre le sien. Ce simple contact parvenait à le garder les pieds sur terre, l’empêcher de s’emporter ailleurs et contre tout. Elle était son ancre et sans elle, Isdès savait qu’il ne répondrait plus de lui. Il essayait tant bien que mal d’accepter les paroles expiées contre ses lèvres. Mais quand il levait les yeux pour tomber sur un visage meurtri par des souvenirs terrifiants, son cœur se serra un peu plus. Ses entrailles se tordaient violemment, tandis que son corps entier devenait une statue de marbre. Les poings contractés, les phalanges blanches, la mâchoire scellée. Il contenait la fureur à l’intérieur de cette carcasse, de crainte qu’elle ne finisse par la blesser elle aussi. Pourquoi tout n’avait pas été plus simple ? Pourquoi l’hallucination n’avait-elle pas frappé un seul d’entre eux ? Pourquoi n’avaient-ils pas rêvé d’un grand soleil et d’un village intact de toute catastrophe ? Le sort continuait de s’acharner sur un duo qui n’avait pourtant jamais demandé à être unis de la sorte. L’étoile filante et le volcan n’avaient jamais souhaité se heurter de plein fouet et se bousculer comme ils l’avaient fait. L’étoile écorchée par sa chute, le volcan érodé d’un coup porté en plein cœur. La jeune femme lui intima de trouver son regard et de n’y lire que de la sincérité. C’était si difficile qu’il manqua presque d’essayer de s’y dérober, mais il s’y accrocha comme si sa vie en dépendait. Sa vie en avait dépendu, de toute manière. La réalité crevait toutes les illusions dans lesquelles il pouvait se bercer. Elle lui affirmait que tout irait bien, qu’ensemble à deux, ils iraient bien. Mais les événements de la journée ne leur avaient-ils pas prouvé le contraire ? Que même le plus valeureux des gardiens n’était qu’un grain de poussière pour la toute-puissance du destin. Même la plus pure des intentions n’était rien, sitôt que la fatalité avait décidé d’y apposer son glas. Isdès se noyait dans les prunelles brillantes de Murphy, cherchant la bouée qu’il n’avait pas trouvé plus tôt dans la journée, ni dans son sommeil inexistant.

Comprenant que les mots n’avaient que peu d’effets face à l’immensité de doutes qui se dressait devant elle, l’envoyée du ciel finit par choisir la voie des souffles entremêlés. Le cœur se regonfla, sitôt qu’il goûta de nouveau à cette bouche tant désirée. Il lui sembla retrouver un peu de force, à travers ce baiser. Le plus délicatement possible, Isdès souleva la frêle silhouette, l’invitant contre lui. Cette étreinte lui confirma un peu plus qu’elle était bel et bien là, qu’elle ne lui tournerait pas le dos cette fois. Il n’y avait que par cette proximité qu’il se sentait véritablement vivant. Lui qui avait toujours vécu à travers ses propres émotions, qui avait toujours puisé dans ses propres pulsions, se rendait compte qu’une autre personne était devenue son véritable moteur. « Ai nu na ban yu au. » murmura-t-il, sans se séparer de ses lèvres. Promesse lancée, avec la lune comme témoin. « Ai na ste der. » Chimères, désillusions, réalité, tangibilité. Qu’importe l’état de son existence, il était prêt à la remettre en question.
Murphy Cavendish
DATE D'INSCRIPTION : 06/12/2015 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Nuna Cortez MESSAGES : 39255 CELEBRITE : Sophia Bush COPYRIGHT : Avengedinchains ♥ (vava) Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) METIER/APTITUDES : Conseillère diplomate; militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. POINTS GAGNES : 1381
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le Lun 18 Fév - 23:18


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We threw our hearts into the sea

Murphy Cavendish & Isdès Hakantarr

(30 juillet 2118 / nuit post intrigue 22/Kraken)


Avec Isdès, les choses n'avaient jamais été simples. C'était le hasard qui semblait les avoir forcées pour eux, astreignant encore et encore leurs chemins à se croiser. Ils s'étaient trouvés, un peu, et puis ils s'étaient trouvés beaucoup. Ils étaient devenus invincibles ensemble, et puis avaient été vaincus tous les deux. Leurs chemins s'étaient transformés en dédales infinis ponctués d'intersections. Ils se séparaient autant qu'ils se trouvaient. Murphy crevait de son absence autant qu'il lui arrivait de rêver de le voir disparaître. Ils avaient hurlé de rage et de colère et d'incompréhension et de frustration autant qu'ils avaient soupiré et râlé et soufflé dans les bras l'un de l'autre. Entre eux deux, les choses n'avaient jamais été simples. Elles avaient été un défi dès le premier jour, dès la première rencontre, dès la première nuit. Mais aujourd'hui, ce soir, cette nuit, elles étaient limpides comme jamais elles ne l'avaient été. Murphy avait plus de questions que jamais mais une seule réponse à beaucoup d'entre elles. Elle était là, sous ses yeux, sa réponse. Elle la regardait comme jamais, lui crevait le cœur comme jamais, sa réponse. Elle voulait l'étouffer de sa présence et de son existence, sa réponse. Elle voulait s'en enivrer pour ne jamais l'oublier, ne plus jamais qu'elle lui manque, l'empêcher de se volatiliser. Elle voulait la marquer pour ne pas être oubliée, elle non plus, la serrer contre elle pour qu'elle n'aille pas chercher un autre complément qu'elle, ailleurs, jamais. Sous cette lune pâlotte, au milieu de ce village détruit par les humeurs d'un monde qui semblait décidément avoir beaucoup de choses à reprocher au genre humain, Isdès était la seule évidence, la seule présence capable d'atténuer ses tremblements, de stabiliser l'état pitoyable dans lequel les aventures de la journée l'avaient enfermée malgré elle. Elle était perdue dans un monde à part, maintenant, entre la détresse et la quiétude, entre la réalité et quelque chose qui lui échappait totalement. Peut-être que tout ça n'était qu'un rêve ou une hallucination, mais de ces visions, elle voulait en avoir tous les jours. Elle réconfortait, mettait du baume au cœur, faisait taire les questionnements, pansait les plaies, faisait oublier les douleurs des muscles et des membres qui avaient salement morflé plus tôt. De se dire qu'il faudrait qu'ils se séparent le lendemain lui arrachait déjà les tripes et le cœur et l'âme; comment pourrait-elle avancer sans lui, sans sa présence et la certitude qu'il allait bien, sans celle qu'il ne l'oubliait pas ? Alors elle repoussait violemment cette idée du lendemain et se contentait du Isdès coincé dans le présent avec elle. Ils avaient le reste de la nuit pour se réparer l'un et l'autre, pour se préparer à se laisser partir une fois les lueurs du matin arrivées.

Mais le Isdès de cette nuit n'était pas celui de tous les jours d'avant, de toutes les nuits d'avant. Quelque chose en lui avait changé. Quelque chose s'était brisé, chez lui aussi. Ses traits étaient différents, son regard n'était plus tout à fait le même. Ca l'achevait, Murphy, de découvrir que l’inépuisable était épuisable, que l'invincible était vincible. C'était à son tour, alors, de tenter d'apaiser ses maux. Elle serait tout ce dont il pourrait avoir besoin d'elle; une épaule, une oreille, des bras, des mots. Ce n'était pas grave, lui répétait-elle dans des souffles à peine audibles, tout doucement. Ce n'était pas grave et elle le pensait sincèrement; pour l'une des premières fois, ils étaient ensemble, pour de vrai, sur un pied d'égalité. Dans la détresse, dans le chagrin, dans l'incompréhension, dans les angoisses, dans tout ce qu'il pouvait y avoir de pire, ils se trouvaient enfin soldats ensemble, duo engagé malgré lui dans un duel qui dépassait leurs différences et leurs différends. Mais c'était doux-amer, de trouver Isdès dans un état pareil. Son sourire arrogant lui manquait; il habillait bien mieux son visage que ce regard, que ces traits marqués par l'épreuve.

Pendant un instant, leurs fronts se trouvèrent. La main de l'Athna était accrochée à son tee-shirt et Murphy ne voulait pas qu'il la lâche. Terrorisée à l'idée qu'ils puissent se perdre, elle voulait l’engloutir dans ses étreintes, le noyer dans ses larmes et le perdre dans ses baisers. Mais elle demeurait muette, paupières closes, et savourait chacune des expirations qui venaient mourir contre ses lèvres encore salées de la mer qui avait failli la prendre. Il lui fallut réquisitionner tout le peu de forces qui lui restaient après le combat pour exprimer tout ce qu'elle ne lui en voulait pas. Il avait été trop là, trop là, trop près à sacrifier sa vie pour essayer de la sortir d'une situation dans laquelle elle avait été happée par mégarde. Ils s'étaient entraînés l'un et l'autre dans ces tentacules cruels, et c'était plus que ce qu'elle pouvait supporter. Qu'il ait couru à sa perte par sa faute lui donnait envie de disparaître. S'il avait survécu, c'était pour les mêmes raisons qu'elle : seulement parce que tout ça n'avait été qu'une illusion, à ce qu'on disait. Ce qui les avait réellement sauvé, peu importe ce que c'était, ce n'était pas eux ou leur habileté ou leur force au combat. C'était un truc incompréhensible qui n'avait pas grand chose à voir avec eux. Ils auraient dû mourir ensemble, comme elle l'avait scandé quelques jours plus tôt, accrochée à une paroi dont elle avait été persuadée qu'elle avait été l'une des menaces les plus importantes auxquelles elle avait eu à faire face au cours de son existence. Mais dans le souffle qui s'écrasait contre son visage, dans les muscles de la nuque d'Isdès qu'elle sentait tendus sous ses doigts, Murphy sentait qu'il fallait rouvrir les yeux sur le monde, sur son monde. Elle lui intima d'en faire de même, de la regarder, de la trouver là où elle était, peu importe où c'était. Elle avait besoin de lui et l'idée que ça puisse être réciproque réchauffait ses entrailles d'une tiédeur indescriptible et incomparable. Mais pour le rassurer, Murphy n'avait pas grand chose d'autre qu'elle-même et sa présence. C'était là la dure réalité des choses : elle ne pourrait rien faire à part le prendre dans ses bras et lui promettre que le passé était derrière eux, et que ce qui s'était produit n'appartenait même pas réellement à leur réalité. Mais la vérité, c'est qu'elle n'arrivait pas elle-même à se convaincre de tout ça. Tout ce qu'elle pouvait lui dire, donc, c'est qu'elle était là. Qu'elle le comprenait l'incompréhension, qu'elle vivait avec lui l'invivable et que c'était ce qui faisait leur force. Comment les autres vivaient ça ? Dans leur sommeil, semblait-il. Le campement était calme à cette heure-ci; et en soirée, avant que les âmes n'aillent chercher la douce compagnie de Morphée, les sourires et les rires et les conversations avaient remplacé les inquiétudes et les terreurs. Personne ne pouvait bien aller; pourtant, il semblait que certains avaient moins de difficultés à passer à autre chose. Peut-être que les choses étaient différentes pour ceux qui, comme eux, avaient frôlé la mort. Mais il semblait à Murphy qu'un gouffre les séparait de ceux restés au camp. C'était eux deux contre le reste du monde. Et à son allié, Murphy donnerait tout. A son allié, elle se donnerait toute entière.

Ils iraient bien. Parce que ce qu'ils venaient d'affronter n'aurait pas dû les étonner, que Murphy avait été habituée à la fragilité de chacune des vies sur cette Terre. Tout ce qui la frappait si violemment depuis toutes ces heures, elle le savait déjà. Elle avait perdu tant de proches et de moins proches depuis qu'elle était ici... mais pourquoi les choses étaient si différentes avec Isdès ? Probablement parce qu'une part d'elle l'avait décrété invincible, au-dessus de toute forme de difficulté ou de peine. Après tout, même lorsqu'elle lui avait annoncé la mort de Thaïs, c'était lui qui l'avait serrée dans ses bras. Ca n'avait jamais été l'inverse. C'était lui le roc, c'était lui la montagne. Peut-être que si les choses étaient si différentes avec Isdès, c'était aussi à cause de tout ce temps perdu, de ces engueulades sans queue ni tête, de ces séparations allongées, de ces retrouvailles si maladroites avant d'être complètes. La possibilité même qu'il puisse disparaître sans qu'elle ne soit là, sans qu'elle n'ait l'occasion de lui faire ses adieux ou de le serrer si fort une dernière une fois venait d'apparaître probable. Elle existait, cette possibilité, et c'était déjà beaucoup trop. Pour autant qu'elle savait, ils pourraient se séparer le lendemain et ne jamais se revoir. Personne ne pourrait lui annoncer la disparition de l'Athna. Elle resterait dans l'ignorance toujours, et elle avait assez donné dans l'ignorance. Elle avait assez donné dans le semi-deuil éternellement incomplet. Alors ils iraient bien parce que la vie, sur cette Terre, était faite pour être vécue malgré ces menaces et avec ces menaces. Avec ces menaces comme moteurs, comme stimulants constants. Elle voulait s'enivrer de lui à en crever avant que ce ne soit lui qui crève.

Alors doucement, parce que c'était la seule réponse viable, la seule qui transmettrait tout, Murphy se saisit de ses lèvres. Des siennes il pansait doucement la plaie laissée par la maladresse d'un compatriote odysséen, et des souffles entremêlés naissait à nouveau leur bulle, celle dans laquelle le reste du monde n'avait ni place, ni autorité. Dans ce baiser vinrent se perdre quelques larmes silencieuses mais c'était lui qu'elle cherchait et qu'enfin elle trouvait. Il était là, dans ses bras et sous ses lèvres. Les siennes sentaient le sel, encore et aussi. Il fallait le faire disparaître pour oublier. Elle voulait y laissait son empreinte, un goût doux et réconfortant. Elle voulait qu'il puisse penser à elle lorsqu'elle ne serait plus là. Elle voulait le suivre même lorsqu'elle ne pourrait pas le faire. Et Isdès la soulevait et la serrait contre lui, et elle se perdait contre lui, là où était sa seule et véritable place. Et elle aurait pu pleurer de cette proximité qui avait failli lui être volée pour toujours quelques heures plus tôt, et elle aurait pu pleurer de toutes les journées et tous les mois à venir l'un sans l'autre. Mais là, elle pouvait sentir ses cheveux et la peau de sa nuque sous ses doigts encore tremblants. Elle pouvait sentir ses lèvres trop salées sous les siennes, encore abîmées par l'aventure de la journée. Elle pouvait sentir son souffle saccadé sur sa peau, ses mains dans son dos, et tout ce qui lui faisait dire que lui aussi, peut-être, il avait besoin d'elle. Elle s'était jetée à corps perdu dans ces retrouvailles sans réaliser réellement qu'il puisse en retirer autant qu'elle. Peut-être qu'ils venaient de trouver un réel équilibre pour la toute première fois. Peut-être que même si ça avait été amené par les pires circonstances, ils venaient de se trouver vraiment, de se comprendre vraiment, de s'écouter vraiment. Entre leurs souffles vinrent se glisser quelques mots doux, quelques mots inespérés, quelques mots qui la firent s'emparer de ses lèvres avec plus d'envie encore. « Otaim ? » Son seul mot se perdit à nouveau entre leurs lèvres avant qu'elle ne brise volontairement le contact, posant son front contre le sien. Elle le voulait à ses côtés, toujours. Cette nuit et toutes les nuits à venir. Pour tous les cauchemars de noyades qui la réveilleraient en plein cœur de l'obscurité, pour les rêves qu'elle avait de lui, pour le sourire qu'elle rêvait de le voir arborer à nouveau. Loin à sa droite, du côté du campement, Murphy pouvait entendre quelques uns de leurs collègues s'agiter. Leur secret n'avait jamais été si exposé à l'indiscrétion qu'aujourd'hui mais elle s'en moquait. Le monde autour d'eux pouvait bien s'effondrer cette nuit, tant qu'elle restait dans ses bras. « Tu te rends compte ? On a encore frôlé la mort ensemble... Comme c'est romantique. » La plaisanterie était maladroite et elle ne s'éternisa pas, Murphy, parce que ça s'agitait un peu trop à droite, et son front se décolla de celui d'Isdès une seconde pour s'assurer que personne ne les observait, même de loin. Sous les lueurs de la Lune, on pourrait facilement observer leurs deux ombres, même de loin, et il ne faudrait pas très longtemps pour trouver les deux absents du camp. Sa main glissa le long du bras d'Isdès pour trouver la sienne dans son dos et la saisir. Elle ne lui jeta qu'un bref coup d'oeil avant de faire volte-face et de l'attirer vers l'intérieur de la ruine de maison devant laquelle ils s'étaient arrêtés. Il n'y avait plus de toit, mais les murs et les éboulis les protégeraient des regards indiscrets. Elle se retourna au milieu de la pièce et lacha sa main. « Je... je sais pas comment je vais arriver à dormir, ni ce soir ni tous les soirs d'après. Il faut... » Elle soupira, pestait un peu contre son incapacité à dire clairement ce qui était si facile à transmettre dans des gestes. « Demain, tu vas partir. » Et je vais partir. On va encore se séparer. Et puis ils attendraient encore, et elle espérerait un courrier, une rencontre fortuite au cours d'une patrouille. « Je veux pas connaître le monde sans toi... » Elle ne parvint pas à retenir son sanglot et porta une main à son nez qui la piquait sévèrement. Elle ne voulait plus savoir à quoi ressemblait la vie sans lui. Alors il faudrait qu'ils se revoient, souvent, toujours, que leurs retrouvailles arrivent à combler le vide laissé par chacun de leurs séparations.
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le Dim 26 Mai - 14:05
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