Aller en bas
Accro des points
Nuna Cortez
DATE D'INSCRIPTION : 12/10/2018 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Murphy Cavendish MESSAGES : 1815 CELEBRITE : Zazie Beetz COPYRIGHT : Lux Aeterna (vava, sign, gifs) METIER/APTITUDES : Forgeronne et orfèvre (joaillière) TRIBU : Athna POINTS GAGNES : 674
Voir le profil de l'utilisateur
Accro des points

After the storm (Jonas) Empty After the storm (Jonas)

le Sam 24 Nov - 19:35


[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image] [Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]
after the storm

Nuna Cortez & Jonas Webber

(27 avril 2118 / intrigue entre les Débarqués et les Terriens du Nord)


Elle n'avait aucune idée des raisons de sa présence ici. Ici, en retrait, derrière touts les autres, à regarder les présentations et négociations de loin, si. Ici, au village pikuni, face aux Débarqués et à écouter tout le monde faire l'état des dégâts endurés pendant l'hiver et le cyclone duquel il s'était accompagné, pas du tout. Elle avait voulu être courageuse, vaillante, représenter les siens, alors elle s'était persuadée d'être et d'être capable tout ce qu'elle n'était pas et tout ce dont elle ne serait jamais capable. Elle faisait partie des rares personnes qui étaient venues sans armes, d'ailleurs, et on l'avait regardée d'un drôle d'air hébété quand elle l'avait confié à ceux postés à l'entrée du village, chargés de les récupérer. C'était un premier signe qu'elle n'avait pas sa place ici, mais ce n'était vraiment pas le dernier.

A regarder tous ceux qui se reniflaient, tentaient de communiquer, de partager et de s'apprivoiser, Nuna se sentit particulièrement hors de propos. Se tordant les mains contre le mur d'une petite maison, elle n'arrivait pas à s'avancer, ne serait-ce que pour grappiller un truc à manger sur l'une des tables de buffets installées pour accueillir les invités. Elle se mordillait les lèvres, observait les autres en espérant devenir invisible, n'attendait que la fin des événements. Qu'est-ce qu'elle faisait là ? Un élan de courage qui n'avait jamais existé, et le besoin d'être aux côtés des siens dans un moment aussi important. Au loin, là où tout se jouait, elle avait repéré [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] et ne pouvait s'empêcher de redouter que quelque chose lui tombe dessus -la maladresse d'un Débarqué ou une hache bien acérée, un truc de ce genre. Les choses semblaient calmes, par là-bas, mais tout était en ébullition. Les invités et les hôtes se mélangeaient, comme pour montrer toute leur bonne foi et leur motivation à changer les choses. Si elle voulait changer les choses, Nuna ? Elle ne le savait pas trop bien. Elle voulait ce que les siens voulaient; elle, de son volcan, ça ne lui changerait sûrement pas grand chose. Ce qu'elle voulait par-dessus tout, c'était écarter au maximum le moindre risque de litiges qui pourraient mener à des combats, à des guerres, à des morts par dizaines. Elle craignait qu'un incident aujourd'hui puisse mener à ce genre de cauchemars, mais elle espérait de tout son cœur qu'il conforterait chaque parti dans ses idées qu'ensemble, c'était mieux que les uns contre les autres. Elle n'était pas dupe ou stupide : elle savait qu'elle ne servait à rien. Elle n'était pas téméraire, pas grande parleuse. Lorsqu'elle quittait son volcan, c'était aux autres qu'elle s'en remettait. C'était eux qui savaient au mieux gérer l'étranger et la diplomatie que la plupart des rencontres pouvait nécessiter. Si elle était là, c'était parce qu'elle ne pouvait pas ne pas être là. Elle ne pouvait pas ne pas assister à un moment si important, peu importe la tournure que devaient prendre les choses. Mais elle restait en retrait parce que ce n'était définitivement pas le courage qui l'avait menée ici mais la curiosité. La curiosité et l'inquiétude. Son cousin était là, garde rapprochée des chefs, et son père n'était guère plus loin de lui. Il avait été hors de question de voir sa famille quitter le volcan sans les accompagner. Nuna n'acceptait le retrait que lorsqu'il n'en n'était pas tout à fait un et qu'elle pouvait garder un œil sur ce qui se passait, peu importe le sentiment d'impuissance que ça pouvait faire germer dans ses tripes. Alors elle regardait les échanges de loin, cherchant presque à se fondre parmi les pierres du mur auquel elle était adossé. Elle observait plus qu'elle ne se sentait observée et c'était tout ce qui lui convenait. Ce qu'elle faisait là ? En réalité, elle ne le savait toujours pas vraiment. Elle était probablement la présence la plus effacée et inutile pendant ces négociations. Elle n'avait même pas idée de ce qui se disait là-bas, à la table où les choses se construisaient. Tant qu'il n'y avait pas de grands gestes, d'airs effarés ou coléreux, tant qu'aucun cri ne dominait sur les bavardages alentours, alors c'est que tout allait bien -ou en tout cas, pas trop mal.

Il sembla à une ou deux reprises qu'on la regardait, Nuna, alors elle se déplaça, juste de quelques mètres, le regard fuyant. Elle voulait se faire oublier, parce que si on s'adressait à elle, qu'est-ce qu'elle pourrait dire, devrait dire ? Sans s'en rendre compte, la brune avait fini détachée de tout l'attroupement et le regardait d'une distance qui la rassurait, pas loin de là où on avait laissé les chevaux. Son regard vif ne cessait d'observer, pourtant, s'accrochant au moindre mouvement étrange, au moindre rire un peu trop fort. Aux conversations dont elle saisissait des bribes ça et là, elle ne comprenait pas tout; des fois à cause de la distance, d'autres fois parce que son niveau d'anglais se rapprochait de ses capacités à dire non à un enfant qui lui demanderait de raconter une petite histoire -à savoir, presque nul.

Son regard trouva finalement une flèche au milieu de ce calme. Un jeune homme venait de se glisser hors des groupes et se dirigeait vers elle -vers les chevaux, peut-être, vers l'entrée du village. Elle se redressa, les mains toujours nerveusement liées devant elle, et chercha à capter son regard en fronçant très fort le sien. « Eh... psst... » Elle fit un pas un en avant pour l'apostropher en cours de route, un main levée en l'air comme si elle voulait lui saisir le bras pour être sûre de le retenir. « Yu na nou bants ! » Et la voilà, vivante alors qu'elle aurait voulu demeurer inanimée tout le temps, fondue à son mur. Il lui fallut quelques secondes pour se rendre compte qu'elle venait d'apostropher quelqu'un de l'autre parti, et que c'était loin d'être la chose la plus maligne qu'elle aurait pu faire aujourd'hui. « Tu... pas... aller... ! » tenta-t-elle, plus qu'hésitante, le sang lui montant aux joues alors qu'elle cherchait à minimiser l'impulsivité de son geste. Elle eut un mouvement de recul, plus assimilé à une forme de respect qu'elle essayait de prouver qu'à une réelle méfiance. Ses deux mains se retrouvèrent devant son bas-ventre, signe de l'effacement qu'elle cherchait à retrouver. « Tu... manger ! » Elle désigna avec un petit sourire gêné une table de banquet à une dizaine de mètres de là, comme l'argument imparable qui allait le faire retrouver le reste du groupe. Les choses devaient bien se passer, c'était une obligation. Peu importe ce qui pouvait se construire aujourd'hui, rien ne devait être détruit, pas même pas une petite maladresse, pas même par le geste volontaire de quelqu'un qui voudrait foutre la merde là elle n'avait plus sa place.
— BETWEEN TRUTH AND WEAKNESS
Jonas Webber
DATE D'INSCRIPTION : 26/06/2018 PSEUDO/PRENOM : ELOW ; MULTICOMPTES : QUEEN IRINA + GENIUS DEVOS MESSAGES : 194 CELEBRITE : GEORGE MACKAY ; COPYRIGHT : ELOW ; METIER/APTITUDES : JARDINIER & CUEILLEUR, VOUS LE TROUVEREZ AUSSI SOUVENT PRÈS DU GRAND FEU (IL AIME S'EN OCCUPER). POINTS GAGNES : 49
Voir le profil de l'utilisateur

After the storm (Jonas) Empty Re: After the storm (Jonas)

le Mar 27 Nov - 22:17

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image][Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]

after the storm
27 avril 2118

Oh non, il n’aurait pas dû venir. Oh non, non, non. Alors que les autres le quittent petit à petit, Jonas se sent ralentir. Il se fige presque sur place alors que la foule grandis. Chacun trouve un peu sa place, discute avec d’autres, écoute attentivement des informations qui échappent complètement au garçon. La seule raison de sa présence, c’est parce que son petit potage a subi des dégâts et que, pour une fois, lui aussi, il veut participer à quelque chose. Lui aussi, il veut trouver une solution pour ne pas se retrouver sans rien à cultiver. Lui aussi, il veut faire entendre sa petite voix. Sauf qu’il aurait très bien pu laisser les autres le faire à sa place, comme toujours. Très vite durant la marche, il désire retourner dans son petit espace tranquille. Dans sa zone de sécurité. Premièrement parce que le chemin vers le village, il ne l’a jamais pris auparavant. Il traîne donc des pieds, étant l’un des derniers à fermer la marche. Il hésite tellement qu’il regarde trop derrière lui et, qu’il manque de perdre l’équilibre face à une racine surprise. Vraiment, quel crétin. Il ne représente pas les siens, il est tellement loin d’être un exemple… Sauf qu’il est trop tard pour faire marche arrière, alors il résiste à ses envies et suit le mouvement essayant le plus possible que ses épaules ne touchent personne. Le moindre effleurement le fait sursauter, comme une bête qui n’est pas à l’aise. Évidemment, il n’a pas d’arme. Jamais. Il s’est encore coupé en essayant de déraciner des carottes, une semaine plus tôt. Ridicule.

Il ne lui faut pas plus d’une minute pour étudier la situation, ne pas la supporter, et s’écarter. Une minute. Rien à faire, il n’est pas captivé par les échanges, ni par le buffet. Peut-être que s’il fait le tour du village, il pourra trouver des indices sur leurs façons de faire ? Un champ ou des cultures ? Peu importe ? Est-ce qu’il peut ? Aucune idée. Les bras croisés, le dos collé à un arbre, il espère que les branches le préservent d’être remarqué. Comme si une ombre peut avoir un tel pouvoir, il peut rêver. D’ailleurs, c’est sa spécialité. Il n’écoute plus rien et se laisse envahir par sa curiosité vis-à-vis des… c’est quoi leur nom déjà ? Pikoni ? Pikani ? Pikachu ? Ce n’est pas important. Il regarde une petite pousse à ses pieds et regrette d’avoir mis ses chaussures. Quand il fera plus chaud, il pourra de nouveau marcher et sentir la terre. Ce n’est qu’une question de jour encore, il fait meilleur et Jonas adore cette saison où tout, autour de lui, reprend vie. Il regarde la feuille et le la fleure dont les pétales sont encore renfermés sur elles-mêmes. Peut-être que s’il regarde attentivement, il pourra la voir éclore. Ce serait tellement magnifique ! Soudain, un Terrien passe devant lui, grignotant quelque chose et parlant dans une langue étrangère. Il écrase la petite fleur et poursuit sa route, accompagné d’autres grands hommes. Ils sont grands, ils sont plutôt puissants et effrayants. Pourtant, tout ce que Jonas retient, c’est l’action de cette inconnue. La pauvre petite plante est toute écrasée, anéanti par les pas d’un géant. Étrangement, il se sent alors lui-même écrasé par ce si grand nombre de personne. C’était trop stupide de sa part de croire qu’il pourrait, aujourd’hui plus qu’un autre jour, dire quelque chose. Alors, un peu dans la panique, il cherche à s’en aller. Il sait pourtant qu’il risque de se perdre à chercher le campement, n’ayant aucun sens de l’orientation, mais qu’il advienne que pourra. Peut-être qu’en restant aux alentours, [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] pourra le retrouver lorsqu’ils s’en iront tous ? Oui, voilà, mais d’abord, Jonas doit respirer et pour ça, il doit partir.

Ce qui est bien, c’est qu’il passe parfaitement inaperçu. Qui se soucie d’un pauvre gamin comme lui ? Personne. Avec sa tête de chien battu, il donne l’air d’avoir encore seize ans et aucune expérience. Surtout, ceux qui croisent son regard a tendance à vite chercher quelque chose de plus intriguant. Il fait pitié, Jonas. Pour une raison qu’il ignore, il voit ce monde avec des yeux tristes. Des yeux qui en ont trop vus et qui ne sont plus capable d’admirer grand-chose en dehors de la simplicité de la nature. Ni une, ni deux, il file. Il trouve une direction à l’opposé des autres et s’avancent. Si les Pikunis l’ont laissé entrer, sortir ne doit pas être si compliqué. Oui, voilà. Sauf qu’une femme lui barre si soudainement la route que Jonas bondit en arrière, les yeux plus ouverts qu’il ne le devrait. Choqué, il reste sans voix, incapable de bouger, incapable d’articuler le moindre mot. Que dire, de toute façon ? Il regarde alors autour de lui, le cœur lourd. Où est [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] pour l'aider ? Le rassurer ? Lui dire que ce n'est rien, qu'il ne va rien se passer. Ses yeux rougissent d’inquiétude, alors que la femme s’éloigne à son tour. Sans doute, s’est-elle rendu compte de l’impact que ça avait eu sur lui ? Peut-être peut-elle voir maintenant qu’il est au bord des larmes… oui, si vite, pour si peu. Son regard se pose vers la table qu’elle désigne et, pendant une seconde il l’observe.

« Je n’ai pas faim. » Il se demande alors si, plutôt que de lui dire de manger, elle ne lui demanderait pas de lui ramener quelque chose alors. Il hésite, fait un pas en avant, puis un pas en arrière, se gratte la tête, marmonne des mots que lui seul entend puis se décide. Il se retourne, se dirige vers la table, attrape quelques aliments dans ses mains, puis retourne face à l’inconnue. Il lui tend alors ses deux mains et les ouvrent. Peut-être qu’elle a faim et que cela suffira à le laisser passer. Il regarde alors ce qu’il a apporté, puis avoue : « Je ne sais pas si c’est bon, mais si tu veux manger… »

Accro des points
Nuna Cortez
DATE D'INSCRIPTION : 12/10/2018 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Murphy Cavendish MESSAGES : 1815 CELEBRITE : Zazie Beetz COPYRIGHT : Lux Aeterna (vava, sign, gifs) METIER/APTITUDES : Forgeronne et orfèvre (joaillière) TRIBU : Athna POINTS GAGNES : 674
Voir le profil de l'utilisateur
Accro des points

After the storm (Jonas) Empty Re: After the storm (Jonas)

le Sam 1 Déc - 1:21


[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image] [Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]
after the storm

Nuna Cortez & Jonas Webber

(27 avril 2118 / intrigue entre les Débarqués et les Terriens du Nord)


Sur le chemin du village pikuni, Nuna n'avait pas pensé une seule seconde à faire demi-tour. Ce chemin, elle le connaissait par cœur; elle l'avait fréquenté de jour ou de nuit, pas beaux temps et temps apocalyptiques. Lorsqu'elle se décidait à quitter son volcan, c'était l'un de ceux qu'elle empruntait le plus souvent. Et ce jour-là, malgré les enjeux des prochaines heures, ne changeait rien à la donne. Elle n'avait pas réfléchi bien longtemps, quand on lui avait annoncé cette rencontre. Il avait suffi qu'elle comprenne que son père et son cousin seraient de la partie pour entériner sa décision. Même si sa présence avait un intérêt plus que limité, son absence était hors de question. C'était étrange, pour quelqu'un de nature aussi tempérée et inquiète qu'elle pouvait l'être; mais c'était instinctif. Pas une seule fois, entre l'annonce de la rencontre et ces longues minutes passées en retrait du rassemblement, Nuna n'avait considéré que sa décision puisse être une erreur. Mais postée contre son mur de pierres, elle n'avait maintenant d'autre choix que de constater toute sa passivité et la crainte qu'elle avait de la tournure que pourraient prendre les choses. Les laisser entièrement entre les mains d'autres personnes, c'était à la fois le soulagement de n'avoir à prendre aucune responsabilité, et l'angoisse de laisser une part de son avenir à quelqu'un qui n'était pas soi-même.

Ce n'était pas de l'ennui ou de la lassitude qu'elle ressentait, c'était une forme latente d'inquiétude qu'elle percevait à peine, juste quand elle comprenait que sa mâchoire serrée n'avait rien d'habituel. Elle se redressait alors contre son mur, se raclait la gorge, se forçait à observer ailleurs que là où tout se passait et où leur avenir à tous se dessinait sans qu'elle ne parvienne à en voir les premières teintes. Mais les minutes défilaient et elle finissait toujours pas retrouver le groupe au loin, par contracter la mâchoire d'angoisse, par froncer les sourcils pour essayer de percevoir l'imperceptible, essayer d'envoyer un optimisme sans fin à des diplomates qui étaient bien loin de ces choses-là, eux qui affrontaient le concret pour avancer, vraiment. Nuna, dans son coin, ne pouvait s'empêcher d'attendre et d'espérer une fin. Le temps défilait sans qu'elle ne sache réellement s'ils s'agissaient encore de minutes ou déjà d'heures; elle voulait juste que le groupe se disperse, lire des sourires et le soulagement sur les visages de ceux qui étaient au cœur des négociations. Lorsqu'elle parvenait à voir le visage d'Isdès ou de son père, qui jouaient à cache parmi la marée humaine, elle essayait de lire dans les expressions qu'elle connaissait par cœur un quelconque indice sur la tournure que prenaient les choses. Plusieurs fois, Nuna se surprit à se demander si elle n'aurait pas sa place, là-bas, même en retrait. Peut-être qu'elle pourrait se glisser au milieu de tout ce beau monde et qu'on ne la remarquerait pas; elle était assez effacée pour ça. Mais elle savait aussi que se glisser au cœur de l'action, c'était prendre le risque de tout faire déconner. Et Nuna n'avait pas assez confiance en son éloquence ou à son aisance pour prendre de tels risques. Il y avait des gestes qui pouvaient être mal perçus, des sourires qui pouvaient être malvenus, des réactions qui pouvaient être maladroites, des mots qui pouvaient être mal choisis -d'autant plus lorsqu'il n'appartenaient pas à sa propre langue. Nuna ne se faisait pas assez confiance pour prendre de tels risques. Il y avait des gens, de toutes les parties, qui en faisaient leur fer de lance. Les diplomates vivaient pour ce genre de discussions. Ca les faisait vibrer, sans doute -ce que Nuna ne comprendrait jamais, mais ce qu'elle admirerait toujours. Ce qui lui donnait envie de rejoindre le cœur de l'action, ce n'était pas de faire partie de l'action mais d'en être témoin. Collée à son mur, c'était tout ce qui lui manquait. A quoi pouvait bien lui servir d'être venue si elle n'approchait même pas de la table où tout se jouait ?

Elle n'en avait pas le courage, et elle pestait intérieurement de ne pas le trouver, ce courage. Mais quelque chose bouger et d'un pas pressé, quelqu'un quittait ce centre de tout, passait à une dizaine de mètres devant, s'approchait dangereusement de la sortie du village. Sans se poser une seule question, avec une imprudence qui ne lui ressemblait pas, Nuna fit quelques pas en avant, le bras tendu dans un geste qui cherchait à retenir le fuyard, le regard hurlant la panique qui s'emparait d'elle. Cet homme, elle le suppliait de rester. Parce que si elle avait peur d'éternuer de travers près des adultes, de ceux qui faisaient que tout pouvait arriver, alors qu'est-ce que pourrait déclencher une fuite, un abandon ? Peu importe le côté duquel elle était, Nuna savait qu'il suffisait parfois de pas grand chose pour tout faire déraper. De loin, postée encore à quelques mètres de lui, elle souffla à l'inconnu de ne pas partir, le regard suppliant, faisant appel à tout ce qu'il avait d'humanité en lui. Elle fit encore un pas, puis deux, pour s'approcher de lui, pour s'assurer qu'il ne prendrait pas la poudre d'escampette sans qu'elle ne puisse rien y faire. Mais de qui se moquait d'elle, hein ? S'il continuait sa course vers la sortie, elle ne lui sauterait pas dessus pour le retenir. Elle le regarderait partir, paralysée, n'oserait pas crier de peur d'attirer l'attention de ceux qui pouvaient peut-être encore passer à côté de cette maladresse. Ce n'est que lorsqu'il s'immobilisa, à quelques pas d'elle, qu'elle comprit que ce n'était pas sa langue qu'il parlait. Et Nuna puisa dans toutes ses ressources pour parvenir à articuler quelques mots d'un language qu'elle était loin de maîtriser. Lui, il la regardait d'un drôle et elle ne savait plus vraiment quoi dire. Il avait l'air effaré -aussi effaré qu'elle. Ils s'observèrent en chiens de faïence pendant quelques secondes et Nuna, polie, inquiète, se décida à faire un pas en arrière. Elle allait merder, elle avait merdé, peu importait. Tout ça ne sentait pas très bon, et c'était de sa faute. Il lui répondit quelque chose d'une petite voix et Nuna le regarda, interloquée, bouchée bée, cherchant en repassant la phonétique de sa phrase en boucle si elle pouvait y déceler un mot connu, mais rien. Elle ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois, se sentant plus bête que ça avait été le cas depuis un bon moment. « Je... pas... connaître... tu... » De l'index, elle désigna ses lèvres hésitantes pour essayer de lui faire comprendre qu'elle ne comprenait pas un traître mot de ce qu'il disait. Lui ne semblait pas plus dans son élément qu'elle et elle trouva dans ses gestes hésitants quelque chose d'incroyablement humain qui la délesta d'un poids étrange. Elle fronçait les sourcils en essayant de comprendre ce qu'il disait, mais rien à faire. Ils ne se comprenaient pas. « Tu... pas... aller... » Bornée, de pouce, elle désigna à nouveau la sortie du village, à une dizaine de mètres de là, et fit jouer index et majeur dans les airs pour mimer les pas, la marche, le départ, la fuite -quelque chose qu'il pourrait comprendre.

Mais sans qu'elle ne parvienne à le retenir ou à savoir si elle voulait le faire, Nuna le vit faire volte-face pour retourner du côté de là où tout se passait. Soulagée, persuadée que la mésaventure s'achevait là, elle se recula de quelques pas pour retrouver son mur et se sentir respirer à nouveau. Peut-être que son geste avait été un petit acte héroïque à lui tout seul -ou peut-être qu'ils avaient frôlé la crise diplomatique à cause d'elle. Un peu perdue dans ses pensées, Nuna ne réalisa pas tout de suite que l'homme était un boomerang et qu'il s'apprêtait à revenir à la charge. Elle se décolla à nouveau de son arbres et ses bras croisés tombèrent le long de son corps alors qu'elle le regardait s'approcher et dévoiler quelques fruits qu'il venait de cueillir sur l'une des tables du banquet. Les lèvres ouvertes comme si elle cherchait ses mots, elle cligna plusieurs fois des yeux, totalement perdues. « Non » répondit-elle plus sèchement que ce qu'elle se serait permis dans sa langue natale. « mer...ci ? » Son regard se faisait fuyant, comme si elle cherchait la moindre aide extérieure pour l'extirper de cette situation délicate. Elle n'était pas faite pour ça. Elle allait gaffer, il allait partir et faire un scandale, et elle aurait une guerre sur la conscience. « Toi ? » Elle le désigna encore de son index, comme pour lui demander pourquoi il ne mangeait pas, lui, et répéta une ultime fois, comme une supplique : « Tu pas aller ! »
— BETWEEN TRUTH AND WEAKNESS
Jonas Webber
DATE D'INSCRIPTION : 26/06/2018 PSEUDO/PRENOM : ELOW ; MULTICOMPTES : QUEEN IRINA + GENIUS DEVOS MESSAGES : 194 CELEBRITE : GEORGE MACKAY ; COPYRIGHT : ELOW ; METIER/APTITUDES : JARDINIER & CUEILLEUR, VOUS LE TROUVEREZ AUSSI SOUVENT PRÈS DU GRAND FEU (IL AIME S'EN OCCUPER). POINTS GAGNES : 49
Voir le profil de l'utilisateur

After the storm (Jonas) Empty Re: After the storm (Jonas)

le Lun 24 Déc - 18:29

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image][Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]

after the storm
27 avril 2118

Ce genre de regroupement, ce n’est pas bon pour lui. De base, il ne supporte pas d’être entouré, alors pourquoi être venue ? Comment peut-il croire que les choses seront différents, alors qu’il sait ? Dans le genre élément instable qui pourrait tout changer, il y a lui. Lui qui ne comprend pas tout, lui qui ne réagit pas comme les autres. Lui qui essaye naïvement, sachant pertinemment qu’il est et sera toujours un danger pour les autres. Il se sait idiot, mais maintenant qu’il est sur place, il n’a pas d’autres choix que de s’insulter de crétin à chaque fois que son regard croise celui d’un terrien. Il baisse automatiquement les yeux, d’ailleurs, par crainte d’offenser qui que ce soit. Livr2 à lui-même, il n’ose pas non-plus retrouver ses amis pour être guidé quant à la manière dont il doit agir. C’est un grand garçon, se dit-il, mais même à son âge, il reste d’une fragilité ahurissante. Le boulet de service que sa communauté se traine depuis trois ans, c’est lui. Son absence aurait été préférable, mais il voulait, pour une fois, faire partie des événements. Il voulait croire que c’était possible pour lui de sortir du campement, de s’éloigner de son potager. Il espérait qu’en s’impliquant un peu, il arrive à prouver qu’il est bien plus qu’un danger public ou un jardinier dont on ne connait pas forcément le nom. Forcément, l’écart dans lequel il s’est placé, à un contrecoup aujourd’hui. Il ne pense pas avoir la même place que les autres et il se doute que beaucoup ne veulent même pas lui donner davantage d’importance. Quelque part, il est responsable lui-même de cette position, mais il est blessé par le fait que personne ne vienne à lui, que personne ne cherche à le connaitre ou à lui faire confiance. Les blâmer seraient stupide, ils ont raisons, mais tout de même. Il sait la responsabilité qu’il est, il sait qu’ils ne sont pas nombreux à lui tenir la main quand c’est nécessaire et il refuse de demander plus de temps à Charlie ou Andrew. Ils ont mieux à faire que de rester à ses côtés, pourtant, il est humain Jonas. Il a besoin de se connecter, de temps en temps, avec les autres. D’entendre des mots gentils, d’avoir l’impression d’être normal.

Au fond, c’est peut-être pour ça qu’il a franchi le pas aujourd’hui. Parce qu’il veut être comme tout le monde. Il veut connaitre les terriens, échanger avec eux, peut-être même apprendre d’eux ? Il ne veut pas d’ennemis, mais d’amis et il espère qu’aujourd’hui, c’est ainsi que les choses vont se terminer : sur une note positive et bienveillante. Le problème c’est qu’il n’arrive pas à savoir si les choses se passent correctement ou non. Il ne comprend pas leur langue et le peu de mot qu’il arrive à entendre, sont trop vague hors de leur contexte. Autant partir, donc. De retourner là où il se sent libre d’être lui-même, sans avoir à craindre de dire un mot de travail ou de faire un geste mal interprété. Peut-être même que certains se sont offensés de ne pas croiser son regard ? Il ne veut même pas y penser tant cela l’angoisse. Il sait qu’il ne ressemble qu’à un gamin, que tout son corps ne respire que l’innocence et qu’il n’a rien d’un guerrier qu’on pourrait considérer comme dangereux, pourtant, puisqu’il a déjà tué, il est convaincu que certains peuvent voir sur ses doigt le sang qui coulent.
Alors quand l’inconnue lui bloque la route, il est d’abord paralysé. Il ne trouve plus les mots pour s’exprimer, ne respire presque plus tant il a peur de faire quelque chose qu’il ne devrait pas. C’est bête, mais même un enfant pourrait avoir cet effet là sur lui. Il ne veut pas faire d’erreur, alors il sait que la meilleure option c’est de ne rien faire du tout. Jusqu’à ce qu’elle désigne la table, alors il pense comprendre quelque chose. Il pense à des choses simples, car si elle point des aliments, c’est que, gentil comme devrait être le monde, elle veut s’assurer qu’il ait bien manger. Cependant, ce n’est pas ainsi que fonctionne le monde et encore moins les autres tribus. Il l’observe alors mimer tout, sans saisir. C’est peine perdu, il ne comprend pas, pire, il croit qu’elle veut de lui quelque chose et décide donc de faire marche-arrière pour aller chercher quelques choses à grignoter. Après tout, elle est seule dans son coin. Seule et peut-être affamée. Peureux comme il est, il préfère la servir plutôt que de se faire balancer dans une nouvelle prison pour manque de respect envers un terrien. Il ne connaît pas les règles malheureusement, alors il imagine tout et n’importe quoi. Surtout n’importe quoi, d’ailleurs. D’ailleurs, la seule communauté dont il comprend un peu le fonctionnement, c’est celle des Naoris. Mais ça, c’est parce qu’il y a Ashiri et Karah. Les deux apprenties sont d’une infimes gentillesse avec lui.

Les mains tendues, il espère que c’est bon. Qu’avec ça, il pourra partir. Il lui sourit même, se disant que c’est ce qu’elle attendait et qu’elle est sans doute contente de le voir revenir avec ça. Mais non. Son sourire se perd tout de suite et ses yeux jongles entre ses mains et la guerrière – parce que pour lui, elles sont toutes aussi dangereuse que les hommes.

« Non merci ? Tu ne veux pas manger alors ? C’est dommage, qu’est-ce que je vais faire de ça. » Il décide finalement de ranger ça dans ses poches, il imagine que ça ne doit pas être dramatique s’il range ça dans ses poches. Puis, soudain, elle reprend la parole. « Je ne peux pas partir ? Mais pourquoi ? » Il regarde autour de lui, cherchant une explication s’il y en a une, en vain. Puis, illumination. « Oh, parce que ce n’est pas fini ? » Il désigne alors le groupe de personne, plus loin. Là où il devrait être, en fait. Et elle aussi. Cela lui parait logique alors. S’il part maintenant, peut-être qu’ils vont mal le prendre. Et s’il part maintenant, peut-être que ça va enclencher quelque chose de plus grave encore ! Oh non, non, non, non ! Il bouge négativement la tête, refusant d’être responsable du pire.
Sauf qu’il ne veut pas retourner là-bas.

« Je vais attendre alors. » Il s’approche et s’assoie par terre, non-loin de la jeune femme – mais à bien un mètre d’écart, car il ne pourrait supporter d’être trop proche. Ses yeux se posent automatiquement sur les autres et il aperçoit, plus loin, Eris. Il sourit, mais pourtant, elle ne le voit pas. C’est bête, alors il arrête.

« Pourquoi tu n’es pas là-bas, avec les autres ? » Il désigne le regroupement, pour qu’elle comprenne. C’est dommage, lui n’a pas réussi à apprendre grand-chose de sa langue. Il faut dire qu’il n’a pas eu le temps et les quelques informations donnés par les Naoris se sont déjà… envolé. Cela le rend triste de ne pas avoir pu retenir une chose aussi simple que ‘bonjour’ ou ‘merci’.

Accro des points
Nuna Cortez
DATE D'INSCRIPTION : 12/10/2018 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Murphy Cavendish MESSAGES : 1815 CELEBRITE : Zazie Beetz COPYRIGHT : Lux Aeterna (vava, sign, gifs) METIER/APTITUDES : Forgeronne et orfèvre (joaillière) TRIBU : Athna POINTS GAGNES : 674
Voir le profil de l'utilisateur
Accro des points

After the storm (Jonas) Empty Re: After the storm (Jonas)

le Mar 1 Jan - 17:55


[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image] [Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]
after the storm

Nuna Cortez & Jonas Webber

(27 avril 2118 / intrigue entre les Débarqués et les Terriens du Nord)


Nuna n'était pas une exploratrice ou une meneuse, parce qu'elle n'était pas une courageuse. Elle était incapable d'assumer ses décisions lorsqu'elles prenaient une envergure un peu trop large pour elle, et dès qu'elles touchaient quelqu'un d'autre qu'elle. Elle admirait ceux qui étaient sûrs de ce qu'ils disaient, justifiaient, avançaient. C'était eux qui résolvaient les problématiques lorsqu'ils se présentaient. C'était en affrontant les difficultés qu'on parvenait à les laisser derrière soi. Nuna, elle, s'était embourbé dans le confort que représentait la délégation de ces choses importantes à ceux qu'elles considéraient plus compétents en la matière qu'elle. Et pour la plupart des choses importantes, n'importe qui s'avérait plus compétent qu'elle à son regard. Elle avait trop peur de faillir au plus minime des obstacles, trop peur de regretter un incident pour le restant de ses jours. Elle était à peine capable d'être responsable d'elle-même; pourquoi s'infligerait-elle le poids de la responsabilité de quelqu'un d'autre ? Elle était toujours spectatrice. Ca n'était pas une position inconfortable pour quelqu'un comme elle : elle apprenait un peu plus à chaque fois, et puis admirait ceux qui semblaient ne jamais hésiter sur les marches à suivre, sur les mots à choisir. On la considérait comme une grande enfant pour ces raisons : pas parce qu'elle était incapable, rêveuse ou conteuse d'histoires, mais parce que prendre des responsabilités la terrifiait plus que de raisons, et qu'elle préférait laisser son propre avenir entre les mains de personnes qu'elle connaissait à peine. Parce qu'eux, même eux, semblaient mieux savoir qu'elle ce qui pourrait être bon pour elle et pour tous les autres. Le village athna n'avait jamais eu besoin d'elle. Elle ne se faisait pas d'illusions : elle ne serait jamais l'héroïne du volcan. On ne l'admirerait jamais pour toute la diplomatie dont elle aurait fait preuve face à un ennemi féroce. On ne tomberait jamais en pâmoison devant son agilité à la hache ou à la lame ; on ne lui devrait jamais la survie des siens. Ca avait été une démarche de deuil, d'accepter de ne jamais devenir cette femme-là. Le deuil continuait un peu plus chaque jour, notamment lorsqu'elle sentait poindre un peu de regrets, lors de ce genre de rassemblements dont elle savait qu'ils pouvaient changer la donne sur des mois, des années, des générations peut-être. Elle était inutile : le village athna n'aurait jamais besoin d'elle. Pas pour ces choses-là, du moins. Sa force, elle essayait de s'en convaincre chaque jour, elle la puisait ailleurs. Elle la lisait dans les yeux des gamins qui buvaient ses histoires, des parents qui faisaient d'elle un membre de leur famille en lui confiant leur progéniture et lui offrant respect et bienveillance. Elle la sentait auprès de ses amis, de sa famille, de tous ceux qui savaient trouver en elle une confidence, une conseillère, presque comme s'ils lui soufflaient qu'elle était l'une des personnes les plus douces, ouvertes et avisées qu'ils connaissaient. Ces qualités ne sauvaient pas face à un combat, mais elles faisaient battre le cœur d'une Nuna, creusaient ses premières rides du sourire et des yeux rieurs.

Si elle était là aujourd'hui, ce n'était donc pas pour jouer un rôle quelconque. Elle était assise sur le banc de spectatrice. Peu importe ce qui devait se dessiner aujourd'hui, quelque chose allait ressortir de cette réunion. C'était un tout premier pas, quelque chose de nouveau, et si Nuna aurait préféré être un esprit pour zoner sur le village sans être vue, perçue, écoutée ou observée, elle était de ceux qui savaient se fondre au décor. Contre son mur, on l'avait à peine remarquée. Silencieuse, observatrice, elle guettait les allées et venues des siens et des débarqués, craignait de manquer quelque chose d'important dans les gestes des autres et redoutait d'avoir à être celle à remarquer que quelque chose clochait.

Alors, quand elle avait arrêté le Débarqué qui s'approchait dangereusement de la haute porte d'entrée du village pikuni, Nuna avait immédiatement souhaité disparaître sous terre. En quelques secondes, elle s'était rendue visible à nouveau, et particulièrement à ce jeune homme dont elle ne savait rien, et dont elle imaginait déjà le pire malgré elle. Prudence était mère de sûreté, après tout. Des étrangers on imaginait toujours tout ce que notre inconscient avait stocké dans l'imaginaire de l'inhumain, et celui qu'on ne connaissait pas était réduit à état de menace sauvage trop vite, peut-être par instinct de survie, très probablement par ignorance et par peur. Il y avait venir de terres voisines, et puis il y avait venir de deux mondes opposés, et Nuna devait admettre que l'arrivée des enfants du ciel dans leur monde avait troublé sa perception des choses. Soudainement, ses voisins des plaines et des mers n'étaient plus les étrangers qui lui avaient coûté une mère et un frère. Parce qu'elle avait réalisé leur histoire commune et tout ce qu'ils avaient construit ensemble depuis des années, Nuna avait aussi compris que les terriens n'avaient à priori pas grand chose en commun avec ceux du ciel. Leur histoire commune remontait à des générations, des décennies, et ils n'avaient rien construit ensemble. Le rêve de l'idéaliste qu'elle était était simple, presque enfantin : ignorer ce qu'on ne savait pas de l'autre pour mettre en commun tout ce qu'ils pouvaient apprendre les uns des autres, et ainsi construire un monde commun où plus aucune de ces questions ne se poserait. Mais des débarqués, elle en avait côtoyé trop peu, de trop loin. Et maintenant qu'elle se retrouvait face à l'un deux, la théorie était confrontée à la pratique, et elle ne savait plus rien.

Elle ne voulait pas que la réunion déconne. Elle ne voulait pas que les groupes repartent d'ici mécontents ou offusqués. Et elle savait que les susceptibilités étaient différentes, qu'il pourrait peut-être suffire d'une seule maladresse pour revoir les ambitions de cette réunion à la baisse. C'était cette conviction qui l'avait guidée quand elle avait arrêté d'un geste vague l'homme qui lui passait devant. Maintenant, c'était une autre peur qui s'emparait d'elle : et si c'était elle, qui foutait la merde ? Et si en cherchait à éviter les incidents diplomatiques, elle devenait responsable d'un incident diplomatique ? Comment expliquer au jeune homme qui lui faisait maintenant face que tout ça, c'était tout ce qu'elle cherchait à éviter ? Elle ne parlait pas sa langue, et il fallait se débrouiller avec les gestes, les regards désespérés, toutes les moyens possibles pour faire comprendre précisément ce qui se tramait dans son esprit. La diplomatie était toujours un exercice périlleux car il demandait un précision infinie, mais elle était encore plus risquée lorsque l'on perdait la netteté chirurgicale des mots. Tout devenait flou, presque hasardeux, et avec le peu d'outils dont disposait Nuna, elle essayait tant bien que mal de faire comprendre au Débarqué que si elle lui bloquait la sortie, c'était pour leur bien à eux tous. En le voyant faire demi-tour pour rejoindre l'attroupement du côté où tout se passait, Nuna crût que son rôle s'arrêtait là pour aujourd'hui, et ressentit une pointe de fierté à l'idée d'avoir peut-être évité un malentendu malencontreux. Maintenant, elle avait le droit à un peu de répit. Elle avait le droit de se fondre à nouveau au paysage et d'observer.

Mais la trêve ne dura que quelques instants, le temps pour lui de revenir avec la main pleine de victuailles -des fruits, des baies, tout ce qui colorait les paysages en ce printemps qui renaissait. La partie n'était pas terminée; elle ne faisait que commencer. Et Nuna cherchait de regards paniqués la moindre aide extérieure, mais c'était aussi le prix à payer quand on s'isolait de la foule. Il n'y avait vraiment pas grand monde par ici, et les plus proches d'eux devaient probablement être les guerriers qui maintenaient la garde à l'entrée du village, à une dizaine de mètres à sa gauche. Elle refusa la proposition de l'homme plus abruptement qu'elle l'avait souhaité et regretta aussitôt sa maladresse. C'était à elle qu'elle en voulait d'être subitement aussi bête, aussi incapable, aussi désemparée. Et, entre la panique et son manque d'expérience en anglais, Nuna ne comprenait pas grand chose de ce qu'il disait, le dévisageait comme si ça allait lui permettre de capter un ou deux mots de plus. Les sourcils froncés, elle le regarda glisser dans ses poches la nourriture qu'il avait ramenée et tenta de l'en empêcha en avançant les deux mains vers lui, l'air subitement paniqué et désolé. « Couleur tache » tenta-t-elle de lui expliquer en bégayant un peu que les les baies rouges, dès qu'elles s'écraseraient dans le tissu, laisseraient des marques indélébiles. Malgré elle, elle fit une grimace désolée en relevant son regard vers lui. Elle avait été incapable de prévoir et d'arrêter le massacre et déjà il lui semblait deviner dun coin de l’œil que le pantalon du Débarqué commençait à prendre quelques couleurs. Elle porta nerveusement un pouce à ses lèvres en regardant l'homme, les sourcils froncés, la mine déconfite. Lui se demandait pourquoi il avait été retenu si près de la sortie -qui plus est, par une fille un peu bizarre qui ne prenait pas la peine de parler sa langue. Mais lui non plus ne parlait pas sa langue, après tout, n'est-ce pas ? Pourquoi devrait-elle être la seule à faire un pas vers l'autre ? Pourquoi ne pas se retrouver au milieu, tenter à deux de se comprendre dans un language à construire ensemble ? « Non » dit-elle simplement en se rongeant l'ongle du pouce une seconde. Non, il ne pouvait pas partie : n'était-ce pas ce qu'elle s'évertuait à répéter depuis tout à l'heure ? L'homme se retourna vers le groupe au loin derrière lui, et Nuna en profita pour y jeter un coup d'oeil elle-même. Concentrée sur le semblant de conversation qu'elle menait elle-même, elle avait complètement perdu le fil de ce qui se tramait là-bas et n'avait plus aucune idée de la teneur des discussions. Elle fronça brièvement les sourcils, le nez tendu vers la table des décideurs, tentant de détecter quoi que ce soit. De quoi être rassurée, de préférence. De quoi se préparer au pire s'il le fallait. De quoi savoir ce qui se tramait dans tous les cas. « No, em ste nou odon » souffla-t-elle en retrouvant l'homme et le présent, laissant derrière lui toutes les négociations à ceux qui en avaient pris les responsabilités. « Ai nou get ha yu laik hir ba ai nou gaf tings kom go sut. » Il ne comprenait peut-être pas ses mots; c'est ce qu'elle essayait de déterminer dans son regard, tout en essayant de transmettre avec le sien la traduction de ce qu'elle ne savait pas comment exprimer. Dans les expressions de l'homme, pourtant, elle lisait une forme de détresse qu'elle finit par comparer à la sienne, comme si tout ce qui se passait ici, aujourd'hui, autour d'eux, était hors de leurs terrains habituels. Peut-être était-il aussi étranger à ce genre de grandes choses qu'elle l'était. Peut-être que c'était parce qu'ils étaient deux outsiders qu'ils se retrouvaient ensemble, si proches de l'entrée du village, sans trop savoir comment s'exprimer, sans trop savoir quoi se dire, de peur de trop en dire ou de ne pas assez en dire.

Attendre, disait-il ? Silencieusement, elle le regarda passer à sa gauche et s'asseoir contre le mur, à une distance respectueuse d'elle. Elle grimaça en imaginant les baies s'écraser encore davantage dans les poches et finit par se laisser glisser à son tour contre le mur pour s'asseoir dans la terre sèche. Pourquoi... elle répéta la question plusieurs fois dans sa tête, se touchant nerveusement les mains qu'elle avait posées sur ses cuisses. Elle décortiquait les mots, ralentissait leur rythme. C'était un exercice compliqué que de mettre autant d'importance dans des mots qu'elle n'avait que trop peu côtoyés. Elle était en retard sur tous ceux qui avaient gambadé ce monde ces dernières années, rencontré des Débarqués et perfectionné leur langue à leur contact. « Mebi seimon as yu. » Elle n'était pas une leader, pas une diplomate, pas quelqu'un à qui on confierait des choses d'adultes, pas quelqu'un à qui on confierait des choses aussi importantes. Elle tourna la tête vers lui et, hésitante, avec un petit sourire timide, se tenta à de l'anglais maladroit. « Sûrement... toi ? Comme... toi ? » Son accent était à couper au couteau et elle détourna aussitôt son regard, qui retrouva malgré elle le groupe au loin. « Quoi... tu penses, dire, là-bas ? » Elle désigna du menton la table où tout se passait, et se tritura un peu plus les mains au moment de faire un premier pas plus personnel. « Ai laik Nuna kom Maunkru. Yu ? »

Spoiler:
Bonne annééée p'tit Kiwi After the storm (Jonas) 484338566  j'ai répondu rapidement avant de partir, je me suis encore moins relue que d'habitude donc hésite pas si y'a des phrases pas finies qui trainent au milieu ou quoi ! Et pour la trad du trig, je sais plus si je t'avais dit mais tu peux survoler les textes (merci Isdou pour le code, again)
— BETWEEN TRUTH AND WEAKNESS
Jonas Webber
DATE D'INSCRIPTION : 26/06/2018 PSEUDO/PRENOM : ELOW ; MULTICOMPTES : QUEEN IRINA + GENIUS DEVOS MESSAGES : 194 CELEBRITE : GEORGE MACKAY ; COPYRIGHT : ELOW ; METIER/APTITUDES : JARDINIER & CUEILLEUR, VOUS LE TROUVEREZ AUSSI SOUVENT PRÈS DU GRAND FEU (IL AIME S'EN OCCUPER). POINTS GAGNES : 49
Voir le profil de l'utilisateur

After the storm (Jonas) Empty Re: After the storm (Jonas)

le Dim 6 Jan - 16:33

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image][Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]

after the storm
27 avril 2118


C’était naïf de sa part d’être là, mais au moins, pour une fois, Jonas a essayé. Il a pris sur lui, il a fait la moitié du chemin et maintenant, tout ce qu’il veut, c’est rentrer. Faire marche-arrière, prétendre qu’il en avait déjà fait assez, se limiter à ce petit moment. Il n’a pas besoin d’écouter ce qu’ils se disent. Il ne veut pas non-plus être au premier rang si tout se passe mal – car les choses ont tendance à se passer mal. De toute manière, Jonas ignore les enjeux réels de cette rencontre. Il est vite dépassé par tout et quand ça concerne les autres tribus, il a du mal à suivre. Il ne sait rien de leur habitude, de leur langue, de leur savoir-faire. Il n’y a que les Naoris qui ont, quelque part, réussi à gagner sa curiosité sans doute parce qu’ils maîtrisent la même langue que lui et qu’il peut dire et expliquer les choses à sa manière. Là, tout ce qu’il gagne, c’est d’être mal compris ou ignoré, ou pire encore, maltraité. La seule idée d’offenser quelqu’un par sa bêtise, l’effraie. Il aurait dû coller Andrew et ne pas le quitter, garder la bouche close et baisser la tête. Peut-être que la journée aurait été plus rapide, peut-être qu’il serait déjà rentré si ça avait été le cas. Qui sait ? Maintenant, il est là, face à elle.


Elle, elle est légèrement plus petite que lui. Pourtant, il a l’impression qu’elle pourrait bien lui briser les os s’il fait un geste de travers. Sa peau est aussi plus bronzée que la sienne et Jonas trouve ça jolie. Lui, il est trop blanc, trop pâle, comme un fantôme qui rôde dans les bois obscurs à la recherche d’une chaleur. Il est si blanc qu’à chaque fois qu’il rougit, cela se voit à des kilomètres. Impossible de passer inaperçu. Aussi, elle a des yeux plus sombre que les siens, mais il les trouve plus expressifs. D’une certaine façon, elle lui fait peur. Il ne sait pas ce qu’elle cherche à lui dire, ce qui ne vas pas ou pourquoi il ne peut pas partir. Qu’elle refuse la nourriture qu’il lui apporte ne fait que confirmer à quel point il a du mal à comprendre des choses simples. Il range donc les baies dans ses poches, ignorant alors les dégâts sur son pantalon. Ce sont des choses qui lui échappent, des choses auxquels il ne se préoccupe pas. Comme d’habitude, il va sans doute oublier ce qui se trouve dans ses poches avant de se rendre compte, bien plus tard, ce qu’il avait fait. En attendant, il préfère attendre là. Oui, c’est bien d’attendre là. De rester, de faire acte de présence, et d’attendre la fin pour partir avec les autres. L’idée de devoir y retourner lui fait bien trop peur, alors il préfère rester à coté de cette fille. Il ignore complétement ce qui se dit, plus loin, il oublie même qu’il se passe quelque chose. Tout ce qu’il sait, c’est qu’il doit attendre maintenant et ça, ce n’est pas très compliqué à faire.

« Je ne comprends pas, désolé. On est peut-être destiné à ne pas se comprendre, d’ailleurs. » Il se gratte la tête, baisse les yeux et regarde ses pieds – chose qu’il fait souvent quand tout le dépasse un peu. Ils sont pourtant identiques, des êtres humains, mais pour communiquer, c’est une autre paire de manche. Pourtant, dans son charabia, il se dit qu’elle essaye sans doute de lui expliquer qu’il ne doit pas partir, que ce n’est pas terminé et qu’il est préférable qu’il y retourne. Il essaye d’y voir une logique, et puis sa voix est moins menaçante alors il se sent plus à l’aise. C’est peut-être pour ça qu’il décide de s’asseoir à ses côtés, d’attendre avec elle. En s’asseyant, il sent qu’il écrase certaines baies. « Oh zut… » Maladroitement, il enlève ce qu’il avait sur les poches et le pose par terre à ses côtés. Il fait ça doucement et ses doigts changent de couleur. Il remarque ensuite l’état de ses poches puis hausse les épaules. De toute manière, il ne va pas essayer de nettoyer ça maintenant. C’est ridicule. « Je ne suis pas très doué. » Il sourit à l’inconnue, comme si elle peut comprendre, puis essaye de se frotter les mains pour qu’elles ne collent pas. Elle doit avoir une piètre image de lui, maintenant.

« Comme moi ? » Il fronce les sourcils. Peut-être bien qu’elle craint, elle aussi, la foule. Qu’elle ne supporte pas le contact des autres ou alors, qu’elle préfère garder ses distances. Qu’elle sait, comme lui, que sa voix n’a pas forcément d’importance et que d’autres dirons des choses plus intéressantes. « Je ne sais pas. Je ne sais pas pourquoi je suis là, en fait. » Sans doute qu’elle ne comprend pas, mais c’est la vérité. « Mais j’espère qu’ils parlent de paix. La paix, c’est bien non ? » Il ne sait pas comment parler de paix avec ses mains, alors il dessine sur le sable un cœur. Un symbole universel, il imagine. Ou alors il y avait autre chose pour parler de la paix, mais il ne sait plus.

« Nuna ? C’est ton prénom ? » Et il présume que Maunkru, c’est sa tribu. Il y en a plusieurs, mais il n’a pas retenu tous les noms. Maintenant, il regrette de ne pas avoir fait plus d’effort. De ne pas avoir fait plus attention à ce qu’il entend parfois. Il met pourtant une bonne minute avant de se souvenir d’un détail. « Les montagnes, c’est ça ? » De nouveau, il dessine par terre ce qui ressemble au col des montagnes qu’il aperçoit de loin. « C’est la tribu des montagnes ? » Soudain, un frisson le parcourt. C’était avec eux, non, qu’ils étaient en guerre ? Oh, il ne sait plus. Il a des doutes et il est préférable de ne pas parler d’un tel sujet surtout avec quelqu’un dont il ne comprend pas tous les mots. Et puis, est-ce que c’est nécessaire, comme discutions ? Pas du tout. Surtout que lui, pendant cette affreuse journée, tout ce qu’il fait, c’était se cacher.

« Moi c’est Jonas. » Il articule chacun de ses mots, se désignant quand il donne son prénom. « Tu peux m’appeler Jo. C'est plus court. » Il rapproche ses mains pour expliquer le raccourissement.


Spoiler:
T'inquiète, je le savais déjà et c'est parfait ! T'as pas besoin de te relire avec moi, je lis tes rps depuis trop d'années After the storm (Jonas) 117344292 Bonne année à toi !
Accro des points
Nuna Cortez
DATE D'INSCRIPTION : 12/10/2018 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Murphy Cavendish MESSAGES : 1815 CELEBRITE : Zazie Beetz COPYRIGHT : Lux Aeterna (vava, sign, gifs) METIER/APTITUDES : Forgeronne et orfèvre (joaillière) TRIBU : Athna POINTS GAGNES : 674
Voir le profil de l'utilisateur
Accro des points

After the storm (Jonas) Empty Re: After the storm (Jonas)

le Sam 12 Jan - 1:56


[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image] [Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]
after the storm

Nuna Cortez & Jonas Webber

(27 avril 2118 / intrigue entre les Débarqués et les Terriens du Nord)


Si elle avait tout loisir de se demander ce qu'elle faisait là, Nuna avait aussi tout loisir de se demander pourquoi et comment on pouvait avoir accepté sa présence. Oh, avec du recul, on savait bien qu'elle était incapable de faire du mal à cette réunion. Elle était trop effacée, trop timide, trop craintive pour que n'importe quoi puisse arriver par sa faute. Tout le monde avait dû s'y attendre, à ce qu'elle s'isole dans un coin et se contente d'être là sans vraiment être avec eux. Mais pourquoi diable avaient-ils accepté de s’embarrasser de quelqu'un comme elle ? Était-elle là parce que les adultes étaient généreux, ou parce qu'ils voulaient prouver la diversité de leurs rangs ? Qu'ils n'étaient pas tous des guerriers forgés dans la roche ? De loin, Nuna guettait les deux repères pour lesquels elle craignait le plus. Son père et son cousin étaient au cœur des pourparlers et si les choses venaient à mal tourner, ils seraient sans doute parmi les premiers impactés -peut-être les premiers tués. C'était peut-être pour ça qu'elle était venue. Qu'elle avait voulu être là et qu'on l'avait laissée l'être. Elle veillait de loin sur les deux hommes qu'elle craignait de voir disparaître comme avaient disparu sa mère et son frère, beaucoup trop tôt, beaucoup trop vite.

Pourtant, en quelques secondes à peine, tous ses plans avaient changé. Elle ne pouvait plus rester isolée dans son coin à attendre que les choses se passent, à compter les secondes et les minutes qui défilaient, à voir le soleil poursuivre sa course, à féliciter silencieusement les participants à chaque instant passé sans qu'aucune goutte de sang ne coule. Ce plan-là avait été avorté dès qu'elle avait compris qu'elle n'était pas tout à fait isolée, en fait, et que les choses se dérouleraient ici aussi, qu'elle l'accepte ou non. Elle avait un rôle à jouer. Elle n'aimait pas ça, elle allait faire des bêtises, mais elle avait un rôle à jouer. A elle de s'en montrer digne. A elle d'empêcher que les choses s'enveniment parce qu'elle serait restée les bras croisés, incapable, paralysée par la peur d'empirer les choses. Mais elle se débrouillait très mal. Il suffisait de voir l'allure des vêtements du Débarqué après qu'il y ait rangé sa nourriture pour s'en rendre compte. Ses alertes ne l'avaient pas empêché de se préserver de pareil accident. Et dans la panique, le peu d'anglais qu'elle avait appris et retenu avec les années semblait se volatiliser. Quand elle essayait de le retenir, c'était dans sa propre langue que ça lui venait. Les regards qui exprimaient ce que la barrière des mots empêchait, c'était un ramassis de bêtises. A ce moment précis, elle avait l'impression qu'ils ne se comprenaient pas. Il aurait pu lui tourner le dos, passer devant les gardes pikunis et prendre la poudre d'escampette que ça ne l'aurait pas étonnée. Ils ne se comprenaient pas. Et parce qu'elle ne le comprenait toujours pas, elle le regardait d'un drôle d'air.

Mais finalement, ils étaient assis ensemble, côte à côté, séparés par une travée respectueuse, peut-être craintive. Nuna n'arrivait pas encore vraiment à le cerner, le jeune. Probablement parce qu'ils ne parlaient pas la même langue, et qu'elle accordait trop d'importance à ce qu'elle ne comprenait pas. Avec lui, elle perdait l'un des meilleurs indicateurs qu'elle avait de l'autre. Mais les indices ne manquaient pas pour autant. Il était serviable; en témoignait son aller-retour vers la table de banquet, à laquelle il avait piqué les armes colorées qui avaient maculé ses vêtements. Il était maladroit; en témoignait la couleur de ses poches. Il était pacifiste, en témoignait sa présence ici, plutôt que de l'autre côté des portes ou au cœur de l'action, à hurler comme un putois sur les preneurs de décision ou les guerriers. Il était timide, craintif peut-être; en témoignait le fait que ce soit à ses côtés à elle qu'il ait choisi d'être, plutôt que là où tout se passait. Ca lui suffisait, à Nuna, pour entrevoir un jeune homme de qui elle pouvait faire un allié, un collègue, peut-être un ami de quelques heures si les choses se présentaient bien, s'ils arrivaient à se comprendre sans partager le même language. Elle baissa le regard sur le reste de baies qui trouva place entre eux, posé à terre comme une offrande à quiconque voudrait leur offrir une seconde vie, après la mort qu'elles avaient frôlé dans ses poches. Ils n'étaient peut-être pas si différents, tous les deux. Peut-être qu'ils étaient excentrés, qu'ils se rejetaient du reste du groupe pour les mêmes raisons. Peut-être qu'ils avaient chacun trouvé un allié dans leur isolement volontaire. « Tu sais pas ? » répéta-t-elle avec un accent à couper au couteau. Elle non plus, elle ne savait pas ce qu'elle faisait là. Sans doute s'était-elle senti obligée de l'être, juste parce que l'idée de ne pas l'être lui paraissait inconcevable. Mais ça, comment l'exprimer dans une langue qu'on ne maîtrise pas ? « Moi non plus. » Les épaules affaissées, Nuna se blâma de devoir se contenter de cette réponse-là. Et quand le regard de l'Athna se dirigea vers le groupe plus loin, elle ne put s'empêcher de se demander à quoi ressemblait leur conversation, là-bas. Eux, ils devaient se comprendre. Et pour ceux qui ne se comprenaient pas, il y avait des traducteurs. Eux deux, de leur côté, n'avaient pas cette chance-là. Ils devaient se contenter du peu de moyens mis à leur disposition pour espérer avoir une conversation un minimum intéressante, avec ne serait-ce qu'un peu de répondant. La paix ? Les sourcils froncés, Nuna baissa le regard vers la terre dans laquelle son interlocuteur dessinait un motif étrange. Un cœur, sans doute. « Je... moi... pas... » Intéressée ? Comment on repoussait quelqu'un, dans leur langue ? Elle plaqua son dos contre le mur derrière elle, raide comme un piquet. Si c'était ça, elle ne voulait pas faire la paix avec lui. Intimidée, elle détourna le regard en cherchant les deux hommes de sa famille. En le guettant du coin de l’œil, elle glissa ses fesses dans la terre à l'opposé de lui, juste pour instaurer une distance de sécurité supplémentaire. Ce qu'elle avait compris du dessin ne coïncidait pas avec ce qu'elle avait perçu de lui, mais on n'était jamais trop prudent. Ce n'était pas le moment de créer un esclandre pour une drague qui aurait mal tourné. Nuna était contre toute forme de violence, mais si on la touchait sans qu'elle soit d'accord, elle n'hésiterait pas à frapper.

Comme pour se rattraper aux branches et changer de sujet, Nuna se présenta. Malgré elle, elle laissa un sourire se tracer sur ses lèvres lorsqu'il le répéta. Ils étaient à égalité maintenant. Ils avaient chacun découvert l'accent de l'autre dans la langue qui n'était pas la sienne. Et son prénom, à Nuna, sonnait étrangement dans cette langue anglaise. Elle approuva d'un signe de tête en osant enfin relever ses yeux vers lui. Peut-être qu'elle avait vraiment compris ses avances. Elle voulait tellement les avoir mal comprises. Ses prunelles retrouvèrent doucement la terre quand l'homme s'afféra à y dessiner ce qu'il tentait de dire. Montagnes. Par terre, il dessinait des trucs anguleux, simples, un peu moches, mais Nuna avait compris. Elle se pencha à son tour et, dans un sourire rêveur, réajusta quelques lignes, aplanit les monts trop pointus, ajouta quelques détails. Ses montagnes étaient belles, grandes, contrastées, douces et rudes. « Montagnes » répéta-t-elle en se redressant fièrement du dessin pour l'admirer. « Maunkru », confirma-t-elle alors que c'était à son tour de se présenter. Elle tenta de détacher les mots et les syllabes, les sourcils froncés, lisant autant sur ses lèvres que les sons qui parvenaient à ses oreilles. « Jo... » répéta-t-elle mollement. « Toi... premiers ou deuxièmes ? » De l'index, elle désigna le ciel, espérant qu'il comprenait de quoi il parlait. La conversation risquait d'être compliquée. Mais au moins, il n'avait pas quitté l'enceinte du village et au loin, elle capta le regard d'un des guerriers qui gardaient les armes et l'entrée du village. Son visage était étrangement moins engageant que celui du Débarqué assis à côté d'elle. « Toi pourquoi partir de là-bas ? » Chacune des syllabes se détachait durement de celles qui l'encadrait, mais elle espérait parvenir à se faire comprendre. Lui qui avait été près de la table où tout se passait... que s'y passait-il ?

Spoiler:
Bonne année à toi aussiii p'tit Kiwi After the storm (Jonas) 171928021
— BETWEEN TRUTH AND WEAKNESS
Jonas Webber
DATE D'INSCRIPTION : 26/06/2018 PSEUDO/PRENOM : ELOW ; MULTICOMPTES : QUEEN IRINA + GENIUS DEVOS MESSAGES : 194 CELEBRITE : GEORGE MACKAY ; COPYRIGHT : ELOW ; METIER/APTITUDES : JARDINIER & CUEILLEUR, VOUS LE TROUVEREZ AUSSI SOUVENT PRÈS DU GRAND FEU (IL AIME S'EN OCCUPER). POINTS GAGNES : 49
Voir le profil de l'utilisateur

After the storm (Jonas) Empty Re: After the storm (Jonas)

le Dim 27 Jan - 23:54


[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image] [Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]

after the storm
27 avril 2118

Maintenant qu’il est là, que peut-il faire de plus ? Il ne peut pas faire marche-arrière, il ne peut pas aller demander de l’aide pour se faire comprendre. Être coincé, comme ça, c’est habituel. Peut-être que dans quelques minutes, il oubliera même ce qui l’avait guidé vers la sortie, ou peut-être qu’il recommencera à vouloir partir et qu’elle l’arrêtera, de nouveau. Il suffit qu’il pose ses yeux sur elle pour qu’il se demande. Quelle est son histoire, à cette fille. Cette femme plutôt. Elle a une carrure particulière, quand même. Peut-être son métier lui impose-t-il une certaine main d’œuvre, peut-être est-elle une guerrière sans pitié. Peut-être, aussi, est-elle sa fin. L’épée qui sera responsable de sa mort, parce qu’il n’est pas capable de dialoguer avec une Terrienne sans l’offenser. Jonas peut envisager beaucoup d’éventualité, parfois à répétion se perdant dans le fil de ses pensées. Il sait qu’il n’a pas sa place dans la communauté, qu’il n’est pas fait pour ce genre de réunion. Pourtant, sa voix compte autant que celle d’un autre ? Non ? Son avis, mais qui veut vraiment l’entendre ? C’est un meurtrier. Instable, bavard pour un rien, maladroit comme le monde. Son innocence camoufle le sang sur ses mains, mais l’éternel visage coupable qui est le sien. La culpabilité, d’ailleurs, coule dans ses veines, le forçant toujours à baisser la tête, à courber l’échine. Il essaye de faire attention, de ne pas faire de faux pas, parce qu’il sait… Il sait qu’il ne peut pas se contrôler. Que ça peut encore arriver. Qu’il peut faire du mal.

Pourtant, ces dernières années de paix l’ont leurré. Il se trouve plus normal, bercé par un quotidien de liberté qui lui va si bien. Aujourd’hui, il voulait prouver qu’il avait sa place, malgré tous ses défauts. Cela durer un petit instant, avant que la crainte ne reprenne le dessus. Sa venue, c’est une erreur. Le fait qu’il soit en vie en est probablement une autre. Ce n’est pas avec Nuna qu’il va parler de tout ça, elle ne va pas comprendre. Elle ne va saisir que les grands mots, coller le pire à son visage et peut-être interprété négativement quelque chose qui vient en réalité du cœur. Personne ne le connaît vraiment, en fait. Il ne se laisse pas forcément aller, ni avec ceux qui lui sont cher. Même maintenant, il reste un mystère vivant. Pire, ils ne se comprennent pas. La conversation est d’autant plus délicate qu’elle ne se rejoint pas. Jonas n’est pas difficile pourtant et puisqu’il ne veut pas être responsable de quoi que ce soit, il se retient de partir en courant. Il se retient de pleurer aussi, mais finalement, elle ne lui fait plus si peur que ça. Elle est peut-être aussi désemparée que lui face aux manques de vocabulaires.

Face à sa question, il n’a qu’une réponse. Toute sa bonne volonté s’envole. Il ne sait pas. Il ne sait plus, peut-être. Il veut prouver quelque chose, mais au fond, il s’en sait incapable. Il avait simplement suivi le mouvement, oui c’est ça. Un mouton, en fait. « Peut-être qu’on veut juste être là. Parce que c’est important. » Il joue avec les baies, classant par couleur et par forme celles qui ne se sont pas trop écrasé contre sa poche. De là où ils sont, ils n’entendent rien. Au final, ils ne participent même pas. Ils ne sont que des témoins, des regards extérieurs.

« Tu es contre la paix ? Tu ne veux pas que les tribus s’entendent bien ? » De nouveau, il se gratte la tête, efface son cœur puis réfléchi à un autre symbole. Il essaye vaguement de dessiner deux mains qui se serrent, mais il n’est pas certain que ça soit compréhensible. Il y met du sien, pourtant. Il y va doucement, dessinant avec précaution dans la terre comme si ça avait une réponse capitale. Peut-être était-il en face de quelqu’un de fermer. Cela ne serait pas étonnant. Mais il préfère ne pas tirer de conclusion, ça serait bête. Et puis, depuis toujours, on lui dit bien de toujours réfléchir à deux fois avant de croire ce qu’on lui dit. Parce qu’il a tendance à interpréter les choses de manière très direct, très simple au final. Le second degré, cela lui échappe toujours. « Avec la tempête, j’imagine que tout le monde a besoin d’aide. » Il lève le regard vers la foule, plus loin. Le partage, c’est sans doute la seule chose qui compte.

Son sourire se fit automatiquement quand Nuna ajusta ses montagnes. « Manku. » Non, ce n’était pas ça. « Maunkru ». Il le répète plusieurs fois, il a peur d’oublier la manière dont il doit le prononcer. « C’est joli. » Et puis le dessin aussi, beaucoup mieux que ce qu’il avait commencé à faire. En même temps, il a un niveau dessin digne d’un enfant. Cela ne s’est pas amélioré avec le temps et la prison ne l’a pas aidé. « Oui, Jo ! Tu as vu, c’est facile. » C’est comme un petit miracle, qu’elle parvienne à prononcer son nom. Il trouve ça chouette. Il pourra dire, maintenant, qu’il connait Nuna de la tribu Mankru. Ah non, Maunkru. Décidément.

« Premiers ou deuxièmes ? » Il réfléchit, il se demande de quoi elle parle, il regarde même le ciel puis réalise. Il lui faut parfois un peu de temps. « Les premiers. » Et cette chute est encore vif, dans son esprit. Il croyait qu’on lui arrachait le peu de vie qui lui restait. Il croyait mourir, pour de bon. Pourtant, il a découvert à quel point la liberté est d’une beauté revigorante. Toutes ses années à rêver des forêts et du soleil sur sa peau… Aujourd’hui, il peut dire que ce qu’il préfère dans ce monde, c’est dormir sur une plaine un soir d’été, laisser le soleil s’effacer plus loin, entendre les oiseaux chanter dans le calme. La nuit fait baisser les températures, mais c’est agréable. C’est parfait.

« Parce que j’ai peur. » Il regarde Nuna droit dans les yeux. « Je ne veux pas créer de problème, je veux simplement rentrer chez moi. À la maison. » De nouveau, il baisse les yeux, recommence à dessiner sur la terre ce qui ressemble à une cabane. Son potage lui manque. C’est une bonne saison, d’ailleurs. Il y trouve son bonheur. Le calme qui le rassure et le maintien dans le monde réel. « Je voulais être là pour soutenir mes amis. Mais ce genre d’événement, ce n’est pas pour moi, tu sais. Je suis… » Quel mot pourrait-elle comprendre ? « Faible. Inutile. Personne n'a besoin de moi. » De nouveau, il l’observe. Il se demande, si elle comprend. Si elle perçoit sa détresse. Son mal-être. Ce n’est pas un guerrier, il a des mains de jardinier. Il cultive, protège, il ne frappe pas. Personne n'a besoin de lui, mais lui il a besoin des autres...



Accro des points
Nuna Cortez
DATE D'INSCRIPTION : 12/10/2018 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Murphy Cavendish MESSAGES : 1815 CELEBRITE : Zazie Beetz COPYRIGHT : Lux Aeterna (vava, sign, gifs) METIER/APTITUDES : Forgeronne et orfèvre (joaillière) TRIBU : Athna POINTS GAGNES : 674
Voir le profil de l'utilisateur
Accro des points

After the storm (Jonas) Empty Re: After the storm (Jonas)

le Mar 5 Fév - 4:00


[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image] [Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]
after the storm

Nuna Cortez & Jonas Webber

(27 avril 2118 / intrigue entre les Débarqués et les Terriens du Nord)


Pour la première fois depuis un bon moment, Nuna se surprenait à être gênée de la présence de quelqu'un. Pas pour la personne que ce quelqu'un était, mais pour ce qu'elle représentait. Sa solitude interrompue quelques minutes auparavant lui manquait subitement. Tout seule, elle n'avait rien risqué, à aucun moment. Avec cet inconnu à ses côtés, elle gagnait une responsabilité, aussi infime soit-elle, et prenait part à cette rencontre qu'elle s'était promis de suivre d'aussi loin que possible. Mais même s'ils étaient près de l'entrée du village, excentrés de ce qui se passait plus loin, ils étaient rentrés au cœur des enjeux débattus aujourd'hui. A leur échelle, à leur façon, ils étaient un échantillon représentatif de tout le reste; des efforts prêts à être fournis par l'une ou l'autre partie; des non-dits et de ce qu'on voulait se dire, transmettre, apprendre, partager; de ce qu'on préférait taire, des ruminations accentuées par le temps et le silence, des idées arrêtées depuis longtemps, des incompréhensions, des deux mondes qui se rencontraient pour la première fois. Pour quelqu'un comme Nuna, c'était beaucoup ; beaucoup trop à supporter, même, peut-être, pour de si frêles épaules. Elle n'avait pas la carrure pour porter le poids de telles responsabilités. Elle ne voulait pas décider à la place des siens, les pousser dans une voie qu'ils n'auraient pas choisis pour eux-mêmes. Elle ne voulait pas réduire leurs options par des maladresses qui n'avaient plus grand chose d'attendrissant dans de telles circonstances. On pardonnait à l'enfant qui disait une bêtise ; on ne pardonnait pas à l'adulte dont le pouvoir des mots était devenu indéniable. Car les mots pouvaient être aussi forts et tranchants que les haches qui naissaient sous les coups de son marteau et Nuna le savait. Elle imprégnait chacun des siens d'intentions et d'attentions aussi fines et louables que possible; les distillait et les choisissait avec soin et ingéniosité, consciente du pouvoir que chacun d'eux pouvait avoir sur son destinataire. Mais dans des circonstances pareilles, Nuna redoutait que la maladresse ou l'imprécision ne se mêle à ses habitudes polies. Elle ne parlait pas anglais, devait réquisitionner toute sa concentration pour comprendre seulement quelques mots qu'elle espérait être de mots clés. Comment, dans un tel contexte, pouvait-on parvenir à éviter la catastrophe ? Elle ne se faisait pas confiance. Alors se retrouver coincée aux côté d'un Skaikru s'avérait être une situation particulièrement pénible pour elle. Pas parce qu'il était lui, mais parce qu'il était de ce monde qu'elle ne connaissait pas, parlait une langue qu'elle ne connaissait pas, et pouvait représenter le début de heurts qu'elle ne connaissait que trop bien. Elle ne voulait pas d'une autre guerre, elle ne voulait pas perdre son père ou son cousin ou ses amis. Elle ne supportait pas l'idée que certains des enfants dont elle s'occupait régulièrement au cœur du volcan puisse devenir orphelins, eux aussi, et c'était pourtant l'une des seules idées qui s'imposaient à elle quand elle considérait l'homme installé à côté d'elle. Le pire qui pouvait découler de ce moment de rien du tout, qui devrait avoir quelque chose d'un peu plus doux que ces images noires et lointaines qui s'imposaient à son esprit craintif.

Ce qu'elle faisait là, c'était donc une énorme erreur. Elle aurait dû penser à ce genre de scénarios et le redouter suffisamment pour l'éviter. En d'autres termes, elle n'aurait pas dû venir. Elle ne savait pas ce qui avait pu lui donner l'illusion de pouvoir gérer une pareille pression. Elle pensait sans doute pouvoir échapper à la moindre responsabilité, en s'isolant comme elle l'avait fait. Elle pensait sans doute qu'on en aurait rien eu à faire d'elle, qu'elle se serait fondue au paysage. La crainte de ne pas voir revenir au volcan ses proches avait sûrement été plus forte que tout le reste, y compris que celle de faire voler en éclat à elle seule tous les efforts qui finissaient enfin par payer. Et finalement, c'est peut-être l'inconnu et ses drôles de mots qui finirent par cerner tout ce qu'elle avait tant de mal à comprendre. Important. Oui, c'était important. Et doucement, elle lui jeta un regard approbateur et bienveillant, un petit sourire timide au coin des lèvres. Important, c'est tout ce qu'elle avait compris de son charabia, mais c'était tout ce qui comptait. Ils la savaient l'un comme l'autre, alors, l'importance de ce moment. Et peut-être que c'était le meilleur moyen de connaître les intentions de l'autre. A s'effacer comme ils le faisaient tous les deux, ils se montraient sans le vouloir qu'ils savaient ce qui se passait à la table des adultes, et toute la crainte qu'ils avaient à en faire partie. Leur absence du cœur des négociations ne pouvait prouver que la part belle qu'ils laissaient à la délégation de ces responsabilités aux autres. Ni lui, ni elle n'était leader. Ils étaient là parce que c'était important et parce qu'ils voulaient que ça le soit, chacun à leur façon sans doute. Mais aucun des deux n'était là pour faire vriller les choses. Sinon, ils ne seraient pas adossés à cette maison excentrée, à guetter de loin ce qui se passait, là où il se passait des choses.

Mais il suffit d'un instant seulement, d'un motif dessiné dans la terre à leurs pieds, pour que cette tranquillité de quelques secondes ne laisse place à une panique nouvelle. Que voulait lui dire l'inconnu avec un dessin pareil ? Le sang était monté aux joues foncées de Nuna, qui essayait de façonner une phrase claire et convenable dans un anglais approximatif, ne parvint qu'à bredouiller quelques mots qui ne voulaient pas dire grand chose. Elle les laissa en suspend de peur d'aggraver la situation, quelle qu'elle puisse être, et son regard s'échappa d'ici pour trouver une parade, n'importe laquelle. Aux intonations par lesquelles le blond lui répondait, Nuna comprit pourtant que c'était des questions qu'il lui renvoyait en retour. Elle lui jeta un coup d'oeil par dessus une épaule dressée en réflexe protecteur. Dans son regard, elle essayait de trouver la signification de ses questionnements. Il avait parlé de paix, mais qu'en disait-il ? Remettait-il en question la trêve parce qu'elle avait essayé de lui faire part de son absence d'intérêt ? Sa raison émit cette supposition aussi vite qu'elle l'écarta. Dans le regard de l'inconnu il n'y avait pas une once de malveillance ou d'inapproprié. Il ne comprenait pas. Alors les prunelles de la brune glissèrent à nouveau sur la terre à leurs pieds, où il dessinait quelque chose à la place du cœur. Et finalement, Nuna lui tapota sur l'épaule, presque sûre d'avoir compris où il voulait en venir. Son épaule se détendit et elle lui sourit timidement en lui tendant une main amicale, prête à être serrée. « Paix ? » répéta-t-elle par mimétisme, comme pour s'assurer qu'ils se comprenaient finalement. Elle suivit le regard du jeune homme, qui se dirigea vers les corps dirigeants qui continuaient de bavasser dans leur coin, peu conscient de la rencontre qui était en train de se faire et des incidents maladroits qu'on évitait tant bien que mal. Il parlait de tempête, le Skaikru, mais Nuna ne comprenait pas ce qu'il en disait. Ce qu'elle savait, c'est qu'ils avaient sans doute été parmi les plus épargnés, protégés par leur volcan. Les vents avaient soufflé fort, il avait fait froid, mais les dégâts avaient été minimes. Elle savait que les choses avaient été bien différentes dans d'autres tribus, parmi d'autres groupes. « Toi... tempête ? Grave ? » Elle remonta ses genoux vers elle pour s'y accouder en attendant une réponse. Malgré elle, elle tentait d'imaginer ce que ça pouvait faire de découvrir les éléments naturels pour la première fois. Ils avaient toujours fait partie d'elle, fait partie de sa communauté. Comment pouvait-il en être autrement ? Comment réagissait-on quand on rencontrait une tempête violente pour la première fois ? Sans doute de la même manière qu'elle réagirait si on l'enfermait dans une boîte métallique pour l'envoyer dans le ciel, bien plus haut que ses montagnes, bien trop loin de son volcan et de sa planète mère et tant aimée.

Elle fit retomber ses jambes pour s'installer en tailleur et s'appliquer à son tour sur le dessin qu'il avait commencé dans la terre et par lequel il avait remplacé les schémas précédents. Pendant qu'elle s'afférait à l'exercice, il répétait le nom de sa tribu, lui arrachant quelques sourires discrets, presque tendres. Il apprenait. « Maun, c'est montagne... Toi, être Skaikru... » De l'index, elle désigna le ciel d'un bleu azuré. « Skai » Les présentations furent faites et Nuna répéta le prénom de Jo, comme pour s'assurer qu'elle parvenait à le prononcer sans trop se ridiculiser et le ridiculiser. L'approbation du sus-nommé la fit sourire doucement, presqu'un peu fièrement, et elle tendit à nouveau le doigt vers l'arc céleste, cette fois-ci pour lui demander quand il était arrivé. Il y avait des dizaines d'autres questions qui grouillaient, mais beaucoup trop intimes, et beaucoup trop difficiles à formuler. Alors elle se contenta d'apprendre qu'il faisait partie de ceux qui étaient là depuis le plus longtemps. Comment pouvait-on se faire à un monde qui n'était pas le sien ? Il avait sans doute plus de courage qu'elle n'en aurait jamais, incapable de quitter son volcan seule ou trop longtemps, ou pour des raisons aussi basiques que la simple curiosité. Alors elle se contenta de lui jeter un coup d'oeil sans trop savoir quoi répondre, persuadée de sentir poindre une mélancolie ou quelques douleurs encore latentes. Elle ne voulait pas réveiller ces choses-là, Nuna. Alors elle remonta ses genoux contre elle, laissant les montagnes dessinées à la terre, et, pensive, tenta de savoir ce qui l'avait poussé à quitter les alentours de la table des négociations. Elle, elle ne l'avait même pas approchée.

Elle se sentit observée et elle tourna la tête vers lui pour trouver son regard, la tempe posée sur ses genoux. Elle le regardait, attentive. Peur. Peur. Elle avait compris ce mot, peur. Et même quand il eut baissé les yeux, Nuna continuait de l'observer, silencieuse, le regard un peu froncé, les lèvres entrouvertes. Sans qu'elle ne parvienne à attraper tous les mots, il y avait quelque chose dans cet instant, dans ces quelques secondes. Quelque chose de grave, de triste, de presque tangible, quelque chose qui émanait de l'aura de l'homme et envahissait l'atmosphère autour d'eux. Elle respecta la brève pause qu'il marqua avant de reprendre la parole, sans cesser d'essayer de capter des mots, juste quelques mots pour illustrer tout ce qu'elle ressentait sans parvenir à l'expliquer. Peut-être que les mots n'étaient pas ceux qui avaient le plus de pouvoir, finalement. Peut-être que c'était les émotions les plus fortes, parce qu'elles ne pouvaient pas être maladroites. Elles étaient toujours vraies pour ceux qui les ressentaient et on ne pouvait les reprocher à personne. Elles étaient les seules capables de faire se tendre la main deux inconnus. « Chez toi... skai ? » La question avait été posée d'une petite voix alors que dans tête courraient déjà des dizaines d'idées, à commencer par celle qu'il avait sa place ici, comme n'importe lequel d'entre eux. Il était un enfant de la Terre, lui aussi. Peu importe ce qu'elle, elle ressentait ou redoutait de ces arrivées récentes. Ils n'avaient pas moins le droit à ce foyer qu'eux. « Je suis... faible et inutile aussi. » Elle accrocha sur les adjectifs malgré la lenteur de sa diction. « Moi aussi, peur. » Peut-être que pour ne pas avoir peur, il fallait être au centre des décisions. Peut-être que c'était encore pire de rester en retrait, simples témoins de résolutions prises pour eux tous, en leur nom, et dont ils ne sauraient la teneur que lorsqu'ils seraient trop tard pour pouvoir y faire quelque chose. « Passer bien, non ? » Elle invita Jo à regarder le groupe au loin en en faisant de même. « Toi pas chef. Toi autre chose. Pas inutile... » souffla-t-elle sans quitter du regard la table au loin, le menton posé sur ses genoux. Il n'était pas chef ou diplomate, pas garde ou cartographe. Comme elle, il n'avait pas de place privilégiée là-bas. Leur absence s'y remarquait sans doute à peine, tout comme leur présence ici, contre le mur de cette maison, se remarquait sans doute à peine. « Ca finir. Maintenant ou tard. Ils besoin toi pour ce que tu fais, alors. » Elle haussa les épaules en prétendant de la nonchalance, non sans lui jeter un bref d'oeil inquiet par-dessus le bras enroulé autour de ses jambes. « Ca va ? » La question la ramena à ses premières leçons d'anglais, et elle fut presque fière de la certitude avec laquelle elle prononça ces simples deux mots qui avaient déjà le pouvoir de former une phrase.
— BETWEEN TRUTH AND WEAKNESS
Jonas Webber
DATE D'INSCRIPTION : 26/06/2018 PSEUDO/PRENOM : ELOW ; MULTICOMPTES : QUEEN IRINA + GENIUS DEVOS MESSAGES : 194 CELEBRITE : GEORGE MACKAY ; COPYRIGHT : ELOW ; METIER/APTITUDES : JARDINIER & CUEILLEUR, VOUS LE TROUVEREZ AUSSI SOUVENT PRÈS DU GRAND FEU (IL AIME S'EN OCCUPER). POINTS GAGNES : 49
Voir le profil de l'utilisateur

After the storm (Jonas) Empty Re: After the storm (Jonas)

le Mar 2 Avr - 12:03

— after the storm
27 AVRIL 2118

Avec Jonas, tout part toujours d’un bon sentiment. Sa sensibilité vis-à-vis de la terre est différente, profonde dans son cœur. Il aime cette nature incertaine qui l’entoure et il espère bien faire les choses. La respecter et ainsi éviter des catastrophes. Il n’a peut-être jamais été complétement doué pour apprendre et comprendre, mais en ce qui concerne la planète, c’est comme si son cerveau refuse d’oublier. C’est si important qu’il ne peut pas ignorer à quel point la terre sous ses pieds peut lui offrir.

Jonas, dans sa bonne volonté, se croyait capable de trouver sa place lors de cet événement majeur. L’importance flagrante de cette réunion lui prouve que la communauté va grandir, s’enrichir des échanges, s’améliorer avec le temps. Le souvenir de la guerre le hante parfois, mais il ne peut s’empêcher de croire que la paix est une véritable option. Un mot simple, universel peut-être. Il ne sait pas pourquoi Nuna ne comprend pas, mais la barrière de la langue y est pour beaucoup. Ils sont d’ailleurs, ensemble, une représentation à petite échelle de ce qui se passe plus loin. Deux étrangers qui se rapprochent, s’écoutent et tente de trouver un terrain d’entente. Si Nuna ne l’avait pas interrompu, Jonas serait déjà rentré, la tête dans son potager à regarder les insectes grimpers sur sa peau blanche. L’envie de disparaître ne s’en va jamais, pour lui. C’est un bourdonnement constant. Cache-toi, vite. Baisse les yeux. Cours. Ses réflexes se limitent à la fuite. Partir en courant, tomber et s’enfermer derrière ses paupières, c’est ce qu’il fait le plus souvent. Heureusement, cette fois, conscient de ce qu’un geste pouvait risquer au reste du groupe, il est resté. Il s’est posé à côté d’une étrangère, le cœur ouvert, espérant rassurer ses craintes autant que les siennes. Parce qu’ils ont peur, l’un comme l’autre. Ils ont peur que le sang coule de nouveau, que les proches y perdent la vie et tout ça par leur faute. Différent, mais avec la même volonté. Celle de garder le silence, d’éviter d’offusquer, de jeter la pierre qui va détruire le calme. Un simple coup d’œil suffit à Jonas pour saisir que l’ambiance est tendue. Il refuse d’être l’aiguille qui fait tout exploser.

Assis, il ressemble encore plus à un enfant. Sa posture, son dos, ses grands yeux. Il y a clairement en lui l’aura de l’innocence qui ne veut pas évoluer. La violence a laissé ses marques aussi, plus invisible. L’autre évidence, c'est le danger qu’il ne représente pas. Sa voix est d’une douceur et d’un calme persistant. Il se sent plus apaiser loin de la foule, et même si c’est compliqué d’échanger, Jonas s’accroche. Rester là lui permet peut-être de sauver les autres, de sauver le monde d’une nouvelle guerre. Attendre la fin de l’événement est une option qu’il accepte.

S’il sursaute lorsqu’elle lui tapote l’épaule, il ne peut que se détendre en se disant que malgré la pauvreté de son explication, elle a compris. Elle lui tend la main, elle sait ce que Paix signifie et Jonas lui offre alors un énorme sourire. « Paix ! » Peut-être est-ce un peu trop fort, mais en même temps, il est content. Une petite joie qui ne retire pas son sourire qui s’attarde un peu. Si eux, ils arrivent à se serrer la main, les autres devraient pouvoir y arriver aussi. Ce n’est pas difficile de tendre la main d’ailleurs. Délicatement, il accepte donc de glisser ses doigts dans la paume d’une nouvelle alliée. Il n’ose pas trop, il est toujours un peu intimidé. Au final, il se dit qu’il veut se souvenir de cet instant. De cette main dans la sienne, et de cette force dans l’acceptation. Car lui, l'idiot, s'est fait une amie.

« Il y a eu des morts. » Il grimace. « Beaucoup de choses cassées, aussi. Le vent à emporter pleins de choses et les arbres sont tombés ! » Avec ses bras, il essaye d’imiter les éléments. De bruiter ce qu’il entendait alors que lui, il a été épargné. « Mon pauvre potager. » Sa tête bouge de droite à gauche, triste de l’état dans lequel il a retrouvé ses pauvres plantes. Il soupire, mais il se dit que la mort reste le pire résultat d’une telle tempête. La mort, qui a emporté des âmes sincères, des âmes si douces. Son regard se vide un peu, il imagine que les autres tribus aussi, on subit des pertes, autant humaine que matériels.

« Maun, Maun… » Il va s’en souvenir, oui. Il en est capable. Impossible de mentir ou de cacher quoi que ce soit, le visage de Jonas transpire de sincérité. Un « oh » sort naturellement de sa bouche quand il parvient à comprendre la signification de ‘Skai’. « Je vais apprendre. » Oui, il doit apprendre. C’est peut-être bien le résultat positif qu’il gardera en tête après cette journée. Trouver un moyen de communiquer davantage avec les autres, de comprendre les tribus même s’il ne risque pas de les croiser souvent. Jonas n’est pas vraiment du genre à se balader en forêt seul, c’est bien trop dangereux, il risque de se perdre. Il se connaît assez maintenant pour éviter, à moins vraiment que quelque chose lui tient à cœur. Nul doute désormais qu’apprendre cette autre langue va faire partie de ses priorités (après le potager). Au fond, il espère que cette rencontre n’est pas la dernière. Finalement, les Naoris ne sont pas les seuls gentils. Nuna est gentille, aussi. Parce qu’elle essaye, elle est attentive. Elle lui paraissait brusque au tout début, mais maintenant, il ne peut qu’apprécier l’espace qu’elle lui donne.

Aussi, de savoir qu’elle avait peur, comme lui, et qu’elle se sentait aussi faible et inutile, le surprend complétement. Elle ne lui dit pas ça pour lui faire plaisir, il peut sentir qu’elle y croit. Il se retrouve à l’admirer, peut-être que Nuna va le prendre mal s’il s’attarde comme ça, mais il ne peut pas s’en empêcher.

« Oui, oui. C’est bien. » Il se reprend, regarde de nouveau les autres. « Non, moi, je suis jardinier. » Il en profite pour dessiner des plantes avec son doigt. Des feuilles, des fleurs. Parfois, il répond sans se rendre compte du sens que la personne en face, donne à ses mots. Il n’y peut rien, malheureusement. Cependant, il ne peut cesser de se dire que Nuna essayer, d’une manière ou d’une autre, de le rassurer. De le soutenir vis-à-vis de ses craintes, de lui prouver qu’il a autant sa place sur cette planète qu’un autre. « T’es gentille, tu sais. » Lui aussi, il rapproche ses genoux et pose son menton dessus, la tête tournée vers les âmes qui, aux loin, semblent éterniser la paix. Les lèvres ne cessent de s’agiter, mais rien ne grave ne semble se produire. C’est que tout va bien, que tout se passe bien.

« Et toi ? Tu fais quoi ? Euh… Moi je m’occupe des plantes et toi ? Qu’est-ce que tu… » Soudain, il a envie de deviner. Mais même s’il dit à voix haute plusieurs métiers, il doute se faire comprendre. Alors sa bouche s'ouvre pour mieux se fermer. Il dois lui laisser le temps. Et, de toute façon, il se satisfera de dire que Nuna est gentille.

« Dès que c’est fini, on rentre à la maison. » Il enroule ses bras autour de ses jambes, un sourire tendre sur le visage. Oui, dès que c’est fini. « C’est grand chez toi ? Ta maison ? »

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
Accro des points
Nuna Cortez
DATE D'INSCRIPTION : 12/10/2018 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Murphy Cavendish MESSAGES : 1815 CELEBRITE : Zazie Beetz COPYRIGHT : Lux Aeterna (vava, sign, gifs) METIER/APTITUDES : Forgeronne et orfèvre (joaillière) TRIBU : Athna POINTS GAGNES : 674
Voir le profil de l'utilisateur
Accro des points

After the storm (Jonas) Empty Re: After the storm (Jonas)

le Lun 8 Avr - 1:43


[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image] [Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]
after the storm

Nuna Cortez & Jonas Webber

(27 avril 2118 / intrigue entre les Débarqués et les Terriens du Nord)


Tout le monde aimait croire que l'humain était capable d'apprendre de son histoire et l'humanité de son Histoire. Tout le monde se targuait de savoir apprendre ses leçons, mêmes les pires d'entre elles, et être capable de refuser de voir de nouveaux cycles de catastrophes reprendre. Mais l'Histoire elle-même pointait du doigt l'incompétence de l'Homme à retenir ce qu'il avait déjà fait de pire. Les siècles passés traçaient un éternel recommencement, accalmies qui succédaient à la noirceur, accalmies qui faisaient oublier la noirceur à leurs contemporains. Voilà comment le monde avait fini par exploser, voilà comment l'Humanité avait frôlé sa propre fin, incapable de se rendre compte de l'ampleur de son individualisme, de sa vanité, de sa propension à se croire invincible. Cette apocalypse aurait dû marquer un tournant, voir naître de nouvelles façons d'appréhender l'autre, de nouvelles façons de communiquer, d'exprimer ses divergences. Mais les guerres avaient continué d'exister, comme si elles faisaient partie intégrante de la condition humaine. Depuis cent ans, chaque conflit les rapprochait un peu plus de ce que leur espèce avait été autrefois, ingrate, pressée, orgueilleuse. Nuna voulait croire que non; elle voulait croire qu'ils réussissaient chaque jour à se reconstruire différemment, autour des leçons que leurs ancêtres avaient appris et leur avait transmis, contraints par la force des choses. Mais les guerres ne pouvaient pas être effacées d'un revers de main. Tous avaient trop perdu. Nuna avait perdu une mère et un frère, son père avait perdu son amour et son fils prodigue. Leur famille n'était suspendue qu'à un fil depuis la plus tendre enfance de la forgeronne. Elle était déchirée par l'absence de personnes qu'elle n'avait jamais connues, et dont les seuls souvenirs qui lui subsistaient étaient ceux dessinés au fil des années par un père amer et nostalgique. De cette guerre était née une entente entre tribus voisines, transformant rivalité en sororité. Il s'y était fait sans trop savoir pourquoi ou comment, mais il semblait à Nuna que c'était elle qui avait hérité de cette rancoeur, dont le poids, malgré les rencontres, les rires, les discussions et les danses endiablées, continuait à être porté par ces frêles épaules. Elle n'avait pas choisi d'être méfiante envers quiconque n'était pas de son volcan. Elle n'avait pas choisi de n'accorder l'inconditionnel de son amour qu'à ceux qui remplissaient la seule condition d'être des siens. Avec les autres, il demeurait une barrière difficile à surmonter. Le poids de l'Histoire était là, chaque jour à ses côtés, comme une compagne funeste, lui rappelant l'absence d'une mère et d'une frère qu'elle n'avait porté sur un piédestal que sur les dires de ceux et celles qui les avaient connus.

Quand les premiers Débarqués étaient arrivés, la donne avait brutalement changé. D'un coup, les tribus voisines étaient devenues sœurs, de vraies sœurs. D'un coup, elle avait réalisé tout ce qui les rassemblait, laissant de côté tout ce qui avait pu les séparer, tout ce qui les continuait à les maintenir au rang étrange de menaces potentielles, de responsables de la destruction de sa famille. Ces nouveaux arrivants, peu importe qui ils pouvaient être, peu importe quelles pouvaient être leurs intentions, ne venaient pas du même monde qu'eux. Ils ne venaient plus du même monde qu'eux. Dès lors que leurs ancêtres avaient emprunté deux voies différentes, leurs mondes s'étaient séparés. Ils étaient devenus ceux du ciel quand eux étaient restés à la terre pour réapprendre à l'apprivoiser, pour apprendre à se faire pardonner d'elle. La réunion des deux univers ne pouvait qu'être timorée, précautionneuse. Il fallait se redécouvrir l'un et l'autre après toutes ces années. Il fallait accepter que peu importe les chemins opposés qu'ils avaient pris, ils venaient du même monde, de la même Histoire, de la même apocalypse.

C'était quelque chose de difficile à appréhender pour Nuna qui, toute sa vie, avait vécu avec des convictions solides bâties pour elle par son père, par sa famille, par le reste de son volcan. On ne pouvait pas apprendre de l'Histoire comme on apprenait de son contemporain, parce qu'on ne pouvait pas être marqué par l'Histoire comme le fer rouge du présent pouvait nous marquer.

Mais c'était ça, leur nouveau monde : c'était la réunion des anciens, de tout ce qu'avaient connu les uns et les autres. Et ça, il avait fallu à Nuna un petit moment pour le digérer, enfermée dans son volcan avec la ferme attention de ne pas se frotter aux nouveaux arrivants avant de se faire à l'idée de leur présence. Ca avait pris un peu de temps d'accepter que la grande inconnue n'était peut-être pas la pire des menaces en ce bas monde. Ca lui avait pris du temps de reconsidérer le monde dans lequel elle avait évolué jusque-là, et celui dans lequel elle était condamnée à évoluer à partir de maintenant. Ca ne lui déplaisait pas vraiment; autant qu'il aiguisait sa curiosité, l'inconnu et les rencontres à venir lui collaient juste des sueurs froides. Jusque-là, pendant ces quelques années, les Athnas étaient restés en retrait de toutes ces choses-là, comme si le grand nombre reflétait sa méfiance pourtant timide, tenue secrète. Car ce n'était pas Nuna, de refuser le contact. Ce qui était Nuna, par contre, c'était de le craindre. Marquée au plus profond de son être par une guerre qu'elle n'avait jamais vraiment connue, marquée par une guerre d'un jour qui n'aurait jamais du le voir, le jour, elle avait l'impression que son existence et que celle des siens pouvait ne tenir qu'à un fil. Le confort de leur volcan ne les protégerait jamais de l'extérieur, et à l'extérieur venait de s'ajouter une nouvelle inconnue.

Cette inconnue, maintenant, était assise à ses côtés. C'était étrange de mettre un visage sur cette idée floue qu'elle s'était faite des Débarqués au fil des années. C'était drôle de les voir échanger avec les siens, plus loin. Son optimisme étirait ses lèvres dans un sourire fin et discret. Elle était peut-être en train d'assister au début du reste de sa vie, de leur vie à tous. Les minutes défilaient et aucun cri ne déchirait l'air; pas de grands débats animés pour susciter ou donner raison à son inquiétude. A ses côtés, l'échantillon de Débarqués lui filait quelques remords, d'avoir pu penser si sérieusement que leur arrivée à tous marquait un moment grave dans leur Histoire. C'était important, mais ça n'avait pas à être grave. Preuve en était sous ses yeux, sous leurs yeux à tous. Jonas ne semblait pas si différent d'elle et il était bon de lui rappeler qu'un humain restait un humain, peu importe le chemin qui avait pu le mener au moment présent, peu importe la vie qu'il avait eue. A mesure qu'ils échangeaient, Nuna réalisait qu'ils avaient plus de points d'accroches, peut-être, qu'elle n'en avait avec certains des siens. Il se dégageait de Jonas une sincérité sensible. Malgré tout ce qui semblait prouver le contraire, tous les deux parlaient la même langue. Tous les deux étaient là sans trop savoir pourquoi, ou parce qu'ils en connaissaient trop les raisons pour pouvoir les exprimer. Ils étaient là parce qu'ils ne pouvaient pas ne pas être là. Ils étaient là, aussi, sans réellement être là, simples témoins d'un moment qu'aucun d'eux n'avait pu se résoudre à manquer, malgré le confort des foyers laissés en arrière pour la journée.

Et puis, Nuna ne l'oubliait pas, ça faisait quelques temps déjà que les nouveaux arrivés ne l'étaient plus tellement, des nouveaux arrivés. Les deux groupes ne se différenciaient plus vraiment, maintenant. Ils prenaient leurs marques chacun dans leurs coins, mais ils commençaient à fouler le sol terrien depuis suffisamment longtemps l'un et l'autre pour commencer à se confondre. Quelques mois de différence ne représentait plus grand chose, après quelques années. C'était ces quelques années qui faisaient la différence avec ceux qui avaient débarqué. Ils avaient appris, ils avaient grandi, et ils avaient montré qu'ils n'étaient pas là pour prendre possession d'un monde qui n'était pas tout à fait le leur -pas plus qu'il appartenait à ceux qui ne l'avaient jamais quitté.

Peu importe ce qu'ils avaient vécu avant, peu importe ce qui les avaient mené là les uns et les autres, ces quelques années avaient mêlé leur histoire et leurs histoires, leurs expériences et leurs tracas. Il suffisait de parler de cette tempête pour s'en rendre compte; quelques mois déjà qu'elle avait ravalé des terrains et des vies, quelques mois qu'on apprenait à construire et à se reconstruire malgré tout ce qui n'était plus tout à fait, tous ceux qui n'étaient plus. Le menton posé sur ses genoux, Nuna accueillit la réponse du Cent avec un mélange de peine et de désolation. Les Athnas avaient la chance de faire partie de ceux qui avaient à peine vu passer cette tempête, protégés par les hauteurs de leurs montagnes et la niche que représentait leur volcan. Des mots que soufflait Jonas, Nuna n'en comprit que quelques uns; mots clés complétés par les traits de son visage qui s'étendaient dans la peine et le regret. « Je désolée » lâcha-t-elle d'une petite voix, le regard fuyant, accablée par le sentiment d'injustice que faisait naître leur différence de traitement face à ce cataclysme qui avait détruit plus que quelques arbres et maisons. « Toi... perdre quelqu'un ? » Elle avait entendu 'mort'. Elle avait entendu 'casser'. Et elle avait entendu... « Pota... ? » Elle se retourna vers lui, inquiète de ce que ces vents avaient pu violenter d'autre que les hommes et les arbres. Subrepticement, dans un geste vif et peu maîtrisé, Nuna passa une main sur son épaule. Elle voyait la tristesse dégouliner de tous les pores du jeune homme à ses côtés. Il avait payé un prix, ce jour-là, qu'elle n'avait jamais approché. Leurs montagnes les protégeait de tout, là-haut. Les Athnas naissaient dans la forge des sommets glacés, qui étaient leur monde, une extension de leurs propres corps. Les avalanches n'effrayaient aucun d'entre eux. Les hauteurs ne leurs collaient pas le vertige. Ils s'ennuyaient du plat des plaines parce que qu'il n'était pas dans leurs gènes.

Ses jambes retombèrent dans la terre alors que la conversation se poursuivait. Maun, c'était elle. Skai, c'était lui. A cet instant précis, Nuna réalisa tout le retard qu'elle avait pris sur ces rencontres, sur les perspectives qui s'ouvraient sous son regard aussi éberlué qu'optimiste. Ce n'était pas la première fois qu'elle croisait un Débarqué; c'était la première fois qu'elle ne les craignait pas, pourtant. C'était la première fois qu'elle prenait vraiment le temps et la peine d'échanger avec eux malgré le gouffre de la langue, dont elle avait pleinement conscience. C'était la première fois qu'elle parvenait à imaginer un avenir commun, un avenir qui n'impliquerait pas de sang, pas de menaces, pas de pertes mais juste une forme de cordialité qui ferait naître des entraides lorsqu'elles seraient nécessaires, des échanges qui deviendraient une habitude dont se lasseraient les futures générations qui les auraient toujours connu. Ce moment ferait bientôt de l'histoire de Nuna. Ce moment, un jour, ferait partie de leur Histoire à tous. Peut-être que certains en apprendraient quelques choses; peut-être qu'on se rendrait compte que la guerre n'était pas la réponse aux inconnus, et qu'on pouvait construire progressivement des choses bien plus fortes, bien plus importantes, bien plus prometteuses, bien plus solides, bien plus pérennes.

Apprendre ? Ca, elle comprenait. Et ça, elle devait le faire aussi. Comment et avec qui ? Un jour. Ce n'était pas dans ses priorités. Pour parler à ses métaux, elle n'avait besoin de parler aucune autre langue que celle de la forge. Pour parler à ses proches, elle n'avait pas besoin d'apprendre aucune autre langue. Elle eut un petit sourire encourageant mais ne sut quoi répondre, parce que le fait demeurait : elle ne parlait toujours pas leur drôle de langue.

Dans ce jeune homme, elle retrouvait beaucoup d'elle; à l'en impressionner, d'ailleurs. Ils étaient peu, ici, à redouter les conversations sérieuses qui prenaient place plus loin, sur la table centrale qui portait le poids de toutes les négociations qui dirigeraient les prochaines mois, voire les prochaines années. Tous avaient été attirés par le sérieux là-bas, par ce pouvait changer la trame de leur monde, de leurs mondes. Peu considéraient l'option de rester en retrait, à la place des spectateurs, à la place de ceux qui tissaient d'autres choses, un peu moins graves, un peu moins impactantes, mais tout aussi importantes. En restant tous réunis là-bas, ils accentuaient le sentiment d'infériorité et de faiblesse qui rongeait Nuna. Témoin, quand on voyait ça, ça semblait négligeable. Ridicule. Ca faisait reconsidérer tous ses rôles, toute son importance, toute l'utilité de sa présence. Mais sa présence ne pouvait pas être utile, parce qu'elle ne voulait pas qu'elle le soit. Elle voulait vouloir, mais n'y parvenait pas. Elle n'était pas une leadeuse, pas une diplomate, pas de ceux qui prennent des décisions pour les autres, pas de ceux qui pouvaient porter le poids de ces responsabilités. Pourtant, en guettant la réunion au loin, Jo semblait d'accord avec elle et ça la rassurait : tout se passait bien. Pas de cris, pas de départs précipités ou énervés. Rien pour les inquiéter, en réalité. Chaque minute de calme était une minute gagnée, chaque minute de calme les rapprochait un peu plus d'un terrain d'entente, d'un avenir doux.

Et puisqu'elle comprenait ce que Jo lui disait, plus peut-être qu'il pouvait le deviner, Nuna chercha à apaiser sa peine, son impression de ne pas être celui qu'il aurait dû être, ou peu importe comment on pouvait appeler ce drôle de mal qui rongeait ceux qui manquaient de cette confiance dont certains semblaient pourtant faire une overdose. Son regard quitte le visage de l'homme pour glisser jusqu'à la terre qui prend d'autres formes sous les doigts de Jo. « Jardi... ? » Encore un mot bien compliqué pour expliquer qu'il s'occupait de plantes. Ce qu'il ne semblait pas capable de comprendre, c'est que les plantes, dans ce monde, c'était la base de tout. On n'aurait pas appris à les apprivoiser comme on apprivoise certains animaux, si on n'en avait pas besoin. Même si c'était moins le cas des montagnards que d'autres peuples, l'agriculture était la base de l'alimentation. « Toi important » affirma-t-elle en plantant un regard d'aplomb dans celui du Débarqué. De l'index, elle désigna rapidement les dessins botaniques qui marquaient la terre à leurs pieds, et fit signe de manger. « Manger. Important. » Manger et tout le reste : soigner, boire, construire, fabriquer. Sa joue glissa à la place de son menton sur ses genoux pour le regard d'un air doux et apaisé, ses bras enveloppant sereinement ses genoux. Son regard se fronça alors qu'elle l'observait. Gentille... « C'est quoi, gentille ? » La question était bête, innocente. C'était quelque chose de bien, être gentil. C'était ce que le regard de Jo lui glissait en même temps qu'il le lui disait. Mais c'était bien comment, être gentil ? C'était bien pour elle ? C'était bien pour les autres ? C'était bien pour maintenant, c'était bien pour plus tard ? Un petit sourire éclairait le visage mat de l'Athna. C'était bien et peut-être que c'était tout ce qu'elle avait besoin de savoir.

Il continuait de guetter la réunion pour eux deux. Nuna ne se sentait plus ni le besoin ni l'obligation de le faire. Elle savait que les choses étaient trop bien lancées pour que tout puisse dégénérer en quelques instants seulement. Elle savait aussi qu'elle s'en faisait pour quelque chose sur laquelle elle n'avait aucun pouvoir, et il n'y avait rien de pire que cette impuissance qui rongeait les inquiets. Elle voulait croire que tout allait bien et que tout irait bien, parce que tout allait bien là-bas, et que tout allait bien ici aussi. « Plantes bien. Plantes importantes. » Mais elle, comment expliquerait-elle sa forge ? Comment pouvait-on expliquait le feu, les métaux, la fonte, la chaleur, la transpiration, le marteau et l'enclume ? Comment pouvait-on expliquer les armes, les gobelets, les bijoux ? Silencieusement, elle passa sa dans ses cheveux pour dévoiler son cou à Jo. Contre sa mâchoire pendait une grande boucle d'oreille de cuivre. L'une de ses dernières créations. « Moi... feu. » C'était ridicule de réduire ses travaux à ses bijoux, mais ils étaient les seuls dont elle disposait à cet instant présent.« Ai ste stagma. Ai gran kom ayon. » Elle relâcha sa boucle, qui retomba contre sa mâchoire dans quelques doux cliquetis métalliques. Et Jo, lui, parle encore de maison. En trouvant le jeune homme sur son chemin, Nuna en avait presque oublié sa propre maison. Elle ne faisait plus tellement envie, quand elle partageait des instants comme ça, quand elle faisait de telles rencontres, quand elle ouvrait son propre monde sur l'extérieur. « Ici... pas aimer ? » s'inquiéta-t-elle, un peu touchée dans son orgueil qu'il préfère encore la solitude et l'habitude de sa maison aux découvertes et aux discussions qui se tramaient ici, entre eux ou ailleurs. « Ai... » La question de Jo la prit un peu par surprise. Sa maison était ce qu'elle était, dans la moyenne de celles de Athnas. C'était son foyer, sa bulle, son repaire. Elle l'avait vue pleurer, être heureuse; elle l'avait vu découvrir plein de choses de la vie, les pires et les meilleures, elle avait vu passer de la famille, des amis, des amants. Elle protégeait ses secrets et tout ce qu'elle avait de plus précieux, souvenirs et témoins physiques de la fertilité de son imagination. Mais si elle était grande ? Elle était suffisamment grande pour elle. « Je... sais pas. Je l'aimer. Yu ? »
— BETWEEN TRUTH AND WEAKNESS
Jonas Webber
DATE D'INSCRIPTION : 26/06/2018 PSEUDO/PRENOM : ELOW ; MULTICOMPTES : QUEEN IRINA + GENIUS DEVOS MESSAGES : 194 CELEBRITE : GEORGE MACKAY ; COPYRIGHT : ELOW ; METIER/APTITUDES : JARDINIER & CUEILLEUR, VOUS LE TROUVEREZ AUSSI SOUVENT PRÈS DU GRAND FEU (IL AIME S'EN OCCUPER). POINTS GAGNES : 49
Voir le profil de l'utilisateur

After the storm (Jonas) Empty Re: After the storm (Jonas)

le Ven 26 Avr - 14:23

— after the storm
27 AVRIL 2118

La tempête s’était abattue sur sa tête et sur celles des siens comme le poing d’un dieu en colère. Jonas n’est pas croyant, mais ce jour-là, c’était comme si un être suprême marqué son mécontentement. Imposé sa rage. La peur l’avait emporté, elle l’avait forcé à se cacher avec les autres, à espérer que le pire passerait vite. Lui qui ne supportait pas le contact physique, s’était retrouvé coller contre la peau des autres, coller contre leur propre peur. Difficile de respirer, difficile de rester conscient face à tant d’instabilité, alors Jonas s’était écroulé. Le néant plutôt que la vérité. Le vide plutôt que la réalité. Ne pas savoir, ça engendre trop de possibilités. Trop de questions, aussi. Entre les murs métalliques, personne ne pouvait deviner ce qui se produisait dehors. Les arbres détruits, les structures envolées. Ils avaient tous perdus une partie d’eux-mêmes, une partie de leurs travaux, une partie de leurs rêves. Depuis qu’ils sont sur terre, ils survivent, mais ce jour-là, l’espoir avait diminué. La possibilité de ne jamais trouver d’accord avec la planète est plus effrayante encore qu’un éclair qui brûle et coupe un arbre en deux. Ils sont jeunes, habitués à une cage depuis, pour certains, toujours, mais cette liberté, ils ne la laisseront pas filer. Jamais. Jonas en particulier, mais il sait qu’ils partagent tous le même avis. Enfermé deux jours ou dix ans, c’est le même vice. Le même étouffement.

Certains n’ont pas eu la chance d’être épargné, de trouver un refuge. Il y a eu des morts, en effet. Des visages familiers qui ont définitivement disparu du quotidien. Des derniers souffles, des derniers regards. S’il fait plus attention, peut-être serait-il davantage affecté par ses pertes, mais Jonas est bien trop dans sa bulle pour réellement se souvenir de chacun. Bien sûr, si c’était Andrew qui était mort, là tout serait différent. Il aurait perdu son repère, son guide. Il se sentirait de nouveau abandonné, seul. Par empathie, puisqu’il en possède un peu, il respecte ces morts. Il respecte aussi ceux qui sont tristes, qui ont perdus des êtres chers. Il essaye de comprendre, de saisir cette douleur et de ne pas l’accentuer. De ne pas ajouter plus à tout ce qu’ils subissent déjà. La difficulté pour lui, c’est de ne pas oublier. Sa mémoire flanche toujours, finie par abandonner certains détails et malheureusement, il n’a aucun contrôle là-dessus.

Répéter plusieurs fois la même chose ne l’aide pas plus que ça, mais ce petit mécanisme le rassure. Il se dit qu’à force, cela finira bien par s’incruster dans une partie de son cerveau. Que le temps ne pourra pas l’effacer. Il s’illusionne l’inconscient. Depuis ce fameux accident, sa mémoire s’est brisée. Elle se fracture un peu plus chaque jour, elle s’effrite comme un mur qui ne peut pas tenir en place. Comme un mur près à s’écrouler. Déjà que Jonas n’est pas très intelligent, ce défaut accentue davantage son incapacité à être comme les autres. Être normal, pourtant, c’est l’un de ses désirs. Une raison supplémentaire à sa présence, une espérance qu’il n’ose toujours pas prononcer. Faire comme les autres, essayer. Écouter, prendre la parole, dire des choses justes, des choses utiles. Même simplement écouter, cela lui est difficile. Un rien peut le déconcentrer, l’attirer vers autres choses. Un rien pourrait détruire la paix fébrile qui unit les différentes tribus. L’entente nouvelle après l’apocalypse. Dans la douleur, c’est l’espoir qui naît. La volonté de s’entre-aider, de trouver un chemin plus serein à emprunter, ensemble. Jonas n’a pas saisi tous les enjeux de cet instant, mais c’est suffisant de partager. De découvrir comment les uns et les autres peuvent apporter un soutien, une aide parfois. La moindre main tendue est précieuse, mais la sienne ? Tellement maladroit, tellement imprévisible. En voulant bien faire, il pourrait faire pire. Et ça, il ne peut pas l’ignorer. Malgré tout, il se connaît. Il sait ses différences, ses faiblesses. Il sait que ses réactions ne paraîtront pas logique aux autres, qu’elles lui sont propres, uniques, parfois dangereuse.

Nuna, elle aussi, parait différente. Peut-être n’a-t-elle pas ses problèmes psychologiques, mais il doit bien y avoir quelque chose qui explique sa présence à l’écart de la foule. Pourquoi quelqu’un se mettrait-il ainsi en retrait ? Ce qui est drôle, c’est de trouver une ressemblance, dans ses peurs et ses doutes. Jonas apprécie être aux côtés de quelqu’un qui, comme lui, ne veut pas faire d’erreur. Être là pour les autres, oui, mais ne pas être un fardeau. Un souci en plus. Plus loin, les tribus se dissipent, se mélangent. Ils ne forment plus qu’une même entité, un même peuple. Faire confiance à ses étrangers et un début, comme pour Jonas. Il a du mal à se livrer, à accepter les autres. Il a toujours la sensation que quelque chose va mal tourner, que ça va être sa faute. Il craint ses réactions. Assis par terre, non-loin de Nuna, loin du groupe, mais assez proche pour faire office de présent. C’est un exploit, une victoire.

« Moi aussi, je suis désolé. » Parce qu’ils sont tous perdus quelque chose, tous écorché par les vents brutaux, les branches déchaînées. Les mois avaient défilé pour mieux mettre en avant la solidarité de chacun. Il sait qu’en comparaison, ce que son potager a subi n’est rien. Qu’une vulgaire miette dans un panier trop rempli. Nuna ne peut pas tout comprendre, mais elle arrive à attraper au vol le plus fort. C’est rassurant d’être compris, malgré tout. Même si la communication entre un garçon du ciel et une ville des montagnes restent fébriles, Jonas ne peut nier qu’il apprécie ce moment. Dans quelques mois, sans doute, s’il fait un peu d’effort, s’il trouve une solution pour apprendre de la bonne manière, alors ils échangeront plus librement et facilement. La vie dans les montagnes doit être si particulière. Les cultures, comment ça se passe ? Sa curiosité est grande, prête à foncer sur le premier chemin vers les hauts piques, mais il doit faire d’autres choses avant. Comme trouver comment ne pas perdre sa route dans la forêt, par exemple. Ou connaître les mots de bases pour ne pas se faire manger par n’importe qui.

Perdu dans ses pensées, il sait que sa place au sein des siens n’est pas des plus nécessaire. Lui, il essaye. Il se bat pour son rôle, pour trouver une utilisée. N’importe qui pourrait prendre sa place, n’importe qui de plus intelligent. Son aura d’innocence est très vite effacée par son crime passé. Par ses années en prison, par ses gestes instables. C’est encore un enfant, ça restera probablement un enfant toute sa vie.

« Vraiment ? » Important. Un mot qui n’était jamais lié à sa présence. Un mot qu’elle affirmait. « Ah oui, manger, c’est très important, je suis d’accord. » Pour la survie de tous, c’était essentiel. Son admiration pour la planète à commencer très jeunes et, étrangement, cette passion ne s’est jamais effacé. Aujourd’hui encore, Jonas découvre, s’épuise sur la terre. Quand l’été sera là, il va pouvoir s’étaler, enlever ses chaussures, libérées sa peau. Laisser le soleil le réchauffer, observer le ciel se dévoiler… Ses pensées le font sourire. Il se met à caresser la terre doucement, cassant son précédent dessin. De toute façon, Nuna avait compris. Même sans parler la même langue, les quelques notions qu’elle avait permettaient à cette conversation de se poursuivre et ça, ça rend Jonas admiratif. Nuna est décidément pleine de surprise !

« Gentille, c’est hummm. Quelqu’un de bien. De doux. » Trouver les bons mots, être attentif. Tendre la main, caresser une épaule. Essayer de comprendre avant d’agir. C’est primordial, ça. De ne pas être dans le jugement, surtout avec une communauté aussi imprévisible que la leur. Surtout avec un ennemi – car maintenant, qu’il y pense, il y a eu une guerre. D’autres morts. D’autres pertes. C’est loin derrière, mais jamais oublié. « Quelqu'un de bien. » Ajoute-t-il. Oui, c'est quelqu'un de bien, maintenant il le sait.

« C’est toi qui as ait ça ?! Wouah ! C’est impressionnant. » Des bijoux. Il n’en porte pas, il n’a pas de quoi échanger pour récupérer un collier ou même un anneau. De toute façon, il se débrouille très bien en collier de fleur et ça, ce n’est quand même pas mal. Pourtant, face aux travaux de Nuna, il est scotché. Comment peut-on maîtrisé les métaux et réussir à en faire des choses aussi jolies ? Aussi fin ? C’est précieux, comme savoir-faire. Finalement, elle n’est vraiment pas aussi dangereuse que ça, Nuna. D’un œil sincère, ils regardent tous les deux la suite de cette grande réunion. Ils attendent, sans doute, que ça se termine, que tout reste dans cette ambiance tranquille. Jonas pourra ensuite dire fièrement qu’il a participé, qu’il y est arrivé.

« Je suis bien avec toi. » Puis, il reprend : « Je suis content, ça se passe bien. » Entre eux, entre deux étrangers, deux personnes d’un monde complétement différent, pourtant réuni sur une même terre, prêt cohabiter l’espace de quelques minutes, peut-être même quelques heures. « Moi aussi, je l’aime ma maison. » Parce qu’il a enfin une maison, et non une cage. Enfin un espace où il peut s’épanouir et non s’enfermer sur lui-même. « J’aimerais beaucoup visiter ta montagne, mais c’est dangereux. Je me perds vite, tout seul. » Il retire de ses mains la terre qui s’est collée, puis croise les bras. Même s’il se sent mieux, maintenant, cela ne lui enlève pas de la tête qu’il a hâte que ça soit fini. Que rien de mauvais ne se soit produit pour briser cette paix. Alors, d’un regard tendre, il demande à Nuna : « Tu crois que c’est bientôt fini ? »


[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
Accro des points
Nuna Cortez
DATE D'INSCRIPTION : 12/10/2018 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Murphy Cavendish MESSAGES : 1815 CELEBRITE : Zazie Beetz COPYRIGHT : Lux Aeterna (vava, sign, gifs) METIER/APTITUDES : Forgeronne et orfèvre (joaillière) TRIBU : Athna POINTS GAGNES : 674
Voir le profil de l'utilisateur
Accro des points

After the storm (Jonas) Empty Re: After the storm (Jonas)

le Sam 18 Mai - 4:18


[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image] [Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]
after the storm

Nuna Cortez & Jonas Webber

(27 avril 2118 / intrigue entre les Débarqués et les Terriens du Nord)


Ils étaient deux spectateurs sur le banc de touche. Présents pour une ou des raisons qui leur semblaient aussi floues et imprécises qu'obscures, il avait pourtant fallu qu'ils soient là l'un et l'autre, aux côtés des leurs, pour ce jour que tous avaient attendu avec un mélange perceptible de crainte et d'espoir. Spectateur, c'était moins pire que de n'être rien du tout à cette journée. Même si cette idée semblait totalement loufoque, ça ouvrait à la possibilité d'interventions. Nuna ne faisait que couver cette rencontre de son regard inquiet et protecteur et de loin, mais c'était le milieu qui lui convenait. Elle plaignait ceux qui étaient restés au village volontairement ou involontairement, parce qu'ils n'assistaient pas à cette première rencontre. Elle les plaignait parce que ça pouvait être le début de quelque chose de grandiose à laquelle ils n'auraient pas assisté; elle les plaignait aussi parce que même si c'était ce qu'elle redoutait le plus, aujourd'hui pouvait voir disparaître une partie de leur groupe. Malgré sa propension à éviter toute source de danger, Nuna n'avait pu se résoudre à aucun moment à laisser partir son père et son cousin avec cette idée vicieuse ancrée dans son esprit. S'il devait y avoir des sacrifiés au nom d'un espoir de paix, elle voulait en faire partie. S'il devait y avoir des sacrifiés au nom d'un espoir de paix, elle en ferait très certainement partie. Elle savait prendre les armes parce que c'était écrit dans la nature athna mais face à un bon combattant, Nuna ne ferait jamais le poids. Si c'était pour voir les siens s'éteindre, elle ne serait même pas sûre de vouloir faire le poids. Elle était là pour représenter ses montagnes ici-bas, auprès des tribus sœurs et auprès de ceux qu'ils commençaient seulement à apprivoiser malgré les années de coexistence. Nuna n'avait pas oublié cette journée de guerre, non plus. Qui pouvait oublier cette journée ? Quelques heures qui auraient pu se transformer en bien plus que ça, mais quelques heures qui avaient suffi à voir tomber des Hommes de part et d'autre. Il y avait ces fantômes qui surplombaient la rencontre d'aujourd'hui. Ils étaient portés dans le cœur de ceux qui les avaient perdus, y compris de ceux qui pensaient qu'une vengeance pourrait alléger leur peine.

Nuna avait tout retourné dans tous les sens, ressassé tout ce qui pouvait dépasser ses espoirs les plus fous et tout ce qui pouvait dégénérer. Elle n'était pas quelqu'un de pessimiste, mais plus on s'éloignait des siens, de ses montagnes, de ses habitudes et de ce qu'elle connaissait, elle avait tendance à redouter le pire. C'était peut-être une façon de se protéger de l’inattendu, mais sans aucun doute une cicatrice qu'elle portait des guerres qui avaient laissé leurs marques indélébiles au volcan et dans sa famille. Elle aimait l'humanité, elle l'aimait tendrement et passionnément. Elle la savait capable de grandes choses, mais elle ne l'oubliait pas capable des pires atrocités. C'était les folies de l'Homme qui l'avaient contrainte à grandir sans sa mère, sans son frère. Sa douceur et ses sourires étaient réservés à ses montagnes et à ceux qui les gravissaient; par-delà les limites de son foyer, au-delà des plaines qu'elle ne côtoyait que trop peu, Nuna portait une armure de méfiance qu'on ne lui connaissait pas le reste du temps.

Pourtant, ce jour semblait être en passe de faire exception à cette règle aussi instinctive qu'élémentaire. Excentrée comme elle l'était des négociations, Nuna avait réussi à prendre un peu de recul et en observant les choses se faire d'aussi loin, elle constatait que c'était le calme et la bonne volonté qui dominaient cette rencontre. Personne pour hausser le ton, personne pour faire un geste violent; de là où elle était, pas une seule maladresse ne semblait émerger non plus. Elle n'avait pas compté les minutes et elle ne savait pas comment les choses avançaient là-bas, mais chaque instant de tranquillité était une avancée de plus vers une issue positive et vers des avancées concrètes. Elle, adossée au mur d'une maison qui lui était presque totalement inconnue, ne pouvait que poser sur cette réunion un regard inquiet, comme s'il était capable de les protéger de la tournure que pourraient prendre les choses dans les pires des cas. Mais même si elle était incapable de savoir combien de temps avait passé depuis le début de la rencontre ou combien de temps il pouvait rester à cette dernière, Nuna était capable d'apprécier la sérénité qui dirigeait les échanges. D'abord seule spectatrice, maintenant accompagnée d'un allié inattendu, elle gardait sur la rencontre un regard soucieux. Mais plus les minutes défilaient, plus les chances de voir la rencontre se transformer en fiasco funeste s'amenuisaient.

Si elle devait faire un parallèle entre les deux rencontres qui se tramaient en même temps, Nuna serait sans aucun doute rassurée. Puisqu'ils avaient dû faire face à un mélange d'incompréhensions, les premiers instants d'échange avec le jeune Cent avaient été un brin tendus, totalement perdus. Il avait suffi de quelques minutes supplémentaires, pourtant, pour tout clarifier. Nuna était réputée pour sa sensibilité, que certains des siens n'hésitaient pas à qualifier de tare ou d'inutile. Pourtant, lorsque le language ne suffisait pas à échanger et encore moins à se comprendre, elle était celle qui entrait en jeu. Sa sensibilité et son empathie, sans doute accompagnées de celles de son interlocuteur, étaient celles qui leur avait permis, à l'un comme à l'autre, de lire dans les regards, dans les sourires et dans les mimiques ce qui ne parvenait pas à être dit avec des mots. A mesure qu'ils s'étaient pris au jeu de l'échange, Nuna s'était raccrochée aux quelques bases d'anglais qu'elle connaissait -faibles et disséminées par l'absence d'exercice, elles lui avaient pourtant permis de reconnaître quelques mots qui étaient devenus clés dans la compréhension de ce qui était articulé.

Et il ne suffisait pas de grande chose, finalement, pour se trouver des points communs. Il y avait la nature humaine dont certains oubliaient trop vite qu'ils l'avaient en commun, dans l'espace ou sur cette Terre; et puis il y avait tout ce qui faisait d'eux des humains : l’inattendu, les pertes, les deuils, les peines et les sourires, l'empathie, la compréhension, le soutien. Quelques minutes avaient suffi à la brune pour éveiller en elle ce besoin d'épauler Jonas, même pour les quelques minutes qu'ils étaient en train de voler à cette rencontre qui allaient bien au-delà de leur duo. Au la désolation qu'il lui renvoyait, Nuna avait de lui répondre qu'il n'avait pas à l'être, désolé. Eux, là-haut, sur leur toit du monde, avaient été épargnés par les vents violents. C'était les plaines qui avaient pris, les plaines qui avaient perdu. Des tribus sœurs, ils avaient été ceux qui avaient apporté leur aide et leur soutien. Les Calusas avaient trouvé refuge chez les Pikunis, mais les Athnas étaient ceux dont les ressources avaient été les moins durement touchées par ces quelques heures qui avaient changé la face d'un monde. Alors ses lèvres s'étirèrent brièvement en un sourire désolé qui creusèrent un infime instant les fossettes en leurs coins.

Et puis parce que Nuna retrouvait toujours son essence de Nuna, elle cherchait à présent les mots pour le rassurer, lui exprimer tout ce qu'elle n'arrivait pas à penser d'elle-même. Il était important, même s'il n'était pas au cœur des négociations. Ce n'était pas son boulot, d'être au cœur des négociations ; on érigeait en héros ceux qui représentaient les leurs, se démarquaient par leur courage, par leurs prises de parole qui semblaient tout changer, par leurs capacités à défendre jusqu'au prix ultime tout ce qu'ils étaient et tout ce que les leurs étaient. On oubliait ceux qui rendaient le quotidien vivable et respirable. On oubliait ceux qui permettaient à de tels héros d'émerger parmi la foule. A quoi ça servait de chercher des alliances si on mourrait de faim, si on se laissait sombrer dans le désespoir ? A quoi servait un guerrier s'il mourrait avant de rencontrer des ennemis ? Peut-être que les vrais héros étaient ceux qui construisaient la base de la pyramide, plutôt que ceux qui s'exposaient fièrement à son sommet. « Alors toi important. » Avec un sourire doux et satisfait, Nuna appuyait son argumentaire en trois mots, persuadée que Jo venait de démontrer ce qu'elle avait désespérément chercher à prouver avec tous les mots qui lui manquaient. Et en réalité, il y aurait sans doute eu plein de choses qu'elle aurait aimé ajouter, mais c'était les mots qui les manquaient, encore et encore. Et toujours, à eux deux, il semblait que ce serait les mots qui leur manquaient. Il lui avait dit quelque chose, lui aussi, quelque chose qui avait l'air positif, mais quelque chose qui, puisque ça la désignait, l'inquiétait plus que de raisons. Puis qu'il savait qu'elle n'était pas en mesure de comprendre tout ce qu'il racontait, Nuna était persuadée que l'option de la moquerie n'était pas totalement à exclure. Tout ce que son visage exprimait disait l'inverse de ses craintes, mais la méfiance de la jeune femme la poussait à solliciter l'aide de Jonas jusqu'à en avoir le cœur net. Mais elle ne l'avait pas mis dos au mur : il n'était pas surpris, pas gêné; en d'autres termes, sa question ne l'avait pas piégé. C'était un second indice. Le troisième indice, celui qui acheva de la rassurer, résida dans les quelques mots qu'il choisit pour lui répondre, et le mal qu'il semblait avoir à les trouver. Doucement et involontairement, elle justifia la traduction du Cent dans un sourire doux. La tête penchée sur le côté, Nuna n'était plus très sûre de quoi répondre, mais elle observait silencieusement l'homme. Ce n'était le malentendu ou l'erreur de diplomatie qu'elle craignait, c'était ce à quoi elle avait toujours été habituée : aux compliments accidentels, de ceux qu'elle ne méritait pas, de ceux que les apparences avait réussi à voler sans que son cœur les ait mérités un seul instant. « Chof... » répondit-elle d'une petite voix gênée, le regard se perdant au sol, puis au loin, là où tout continuait de se passer loin d'eux. C'était calme; presque calme à en oublier l'importance des enjeux.

Lui, il connaissait les plantes. Il s'occupait des plantes et ici, elles étaient la base de tout. Avait-ce aussi été le cas là-haut, pour eux ? Apprenait-il encore; que savait-il, qu'avait-il besoin d'apprendre ? Elle n'aurait pas grand chose à lui apprendre, sans doute. Les plantes n'avaient jamais été sa spécialité; pas tant qu'elles n'avaient aucune chance de finir dans l'un de ses plats spécialités. Ce qu'elle connaissait ? Le métal. Les métaux. Les battre pour les forger à l'image de son imagination. Créer un morceau de l'identité athna dans les armes qui sortaient de sa forge; créer un morceau de son identité à elle dans les bijoux qu'elle portait comme un étendard, comme une fierté personnelle. En plaquant ses cheveux fous sur son crâne, Nuna dévoila à Jonas ce qu'elle portait ce jour-là. De massives boucles d'oreilles de cuivre dont elle avait achevé le travail quelques jours plus tôt à peine. Mais c'est dans sa langue qu'elle essayait d'expliquer ce qui la rendait si fière, ce qu'elle aimait tellement faire. C'est avec le bijou qui pendait à son oreille qu'elle espérait qu'il comprendrait ce qu'elle disait si mal. Elle sourit en lui jetant un coup d'oeil en coin, laissant sa boucle en premier plan quelques instants de plus. La fascination et l'admiration de l'homme semblaient authentiques; elles la touchèrent en plein cœur. Nuna était fière des bijoux qui naissaient sous ses doigts mais c'était une fierté pudique, de celles qu'on n'expose pas, qui nous réconfortent dans l'obscurité rassurante de notre intimité. « Chof... » répondit-elle une nouvelle fois, en se faisant la réflexion que s'il ne connaissait pas ce mot en venant ici, il avait de fortes chances de le retenir aujourd'hui. « Pas mon métier. Je... » Forgeronne, ce n'était pas joaillière, mais comment expliquer tout ça alors qu'elle ne maîtriser que les termes basiques de cette langue qui n'était pas la sienne ? Maladroitement, elle imita les gestes violents qui caractérisaient son travail à la forge. Dans le vide, elle battait un métal invisible. « Je... armes. Et autres. » Tout ce qui était fait de métal, du plus petit et inutile ustensile à ceux qui pouvaient sauver des vies, Nuna était capable de fabriquer tout ce qu'on lui demandait, avec plus ou moins de facilités mais toujours le même dévouement et la même passion. Il n'y avait rien de plus satisfaisant que de voir un objet prendre vie sous les coups acharnés, puis rejoindre les mains de quelqu'un qui lui ferait vivre sa vie d'objet. Mais les bijoux, c'était sa caverne personnelle. Les personnes qui portaient ses créations joaillières pouvaient se compter sur dix doigts, et à elles elle ne consacrait que les heures perdues ou volées, les aubes et les crépuscules, les nuits d'insomnies et les journées pendant lesquelles tout le village semblait satisfait de ce qu'il possédait déjà. Pourtant, en parlant d'armes, Nuna sentit le sang monter à ses joues. Avait-elle sous-entendu quelque chose qu'elle ne voulait pas sous-entendre ? Avait-elle parlé de guerre sans le vouloir ? Le regard se fit brutalement fuyant et elle accrocha le groupe au loin, qui continuait de converser calmement. Ses lèvres tremblantes s’entrouvrirent et se refermèrent plusieurs fois, nerveuses, alors qu'elle cherchait à rattraper le coup sans craindre d'empirer les choses. Faire une phrase construite, trouver les mots adéquats, expliquer sa maladresse, s'excuser peut-être... « Chasse », cracha-t-elle simplement après quelques longues secondes de réflexion. C'était ridicule. Aucune phrase n'était parvenue au stade ultime de la validation avant d'être exprimée à l'oral. N'était ressorti de l'exercice qu'un mot sec et gauche mais dont elle espérait qu'il pourrait changer la donne après son moment de stupidité. Elle n'avait jamais souhaité menacer Jonas.

Pour se rassurer, elle observait le groupe au loin, qui semblait bien loin de toutes les considérations qui l'envahissaient. Eux ne devaient pas craindre de parler de guerre, puisque la guerre avait jadis été réelle. Ils ne devaient pas craindre les maladresses parce qu'ils n'en faisaient pas, et parce que s'ils étaient capables d'en faire, ils étaient tout aussi capables d'en sortir. Nuna n'avait jamais souhaité s'imaginer capable de changer les choses pour les mieux, parce qu'elle se savait tout aussi capable de les changer pour le pire. Passées les limites de ses montagnes, ses capacités au dialogue et à la diplomatie semblaient annihilées par l'inconfort constant. Il suffisait de l'entendre parler d'armes pour s'en rendre compte : elle n'était pas ici à sa place. Pourtant...

Il était bien avec elle, c'était ce qu'il lui disait. C'était ce qu'elle comprenait. C'était cinq mots qu'elle comprenait. Son regard frôla le sol jusqu'à remonter au visage de celui qui était assis à côté d'elle. Elle souriait. Peut-être qu'elle n'avait pas tant merdé que ça, en fait. « Je aussi... » bégaya-t-elle maladroitement en réalisant que sa main était toujours perdue dans sa crinière, derrière sa boucle d'oreille. Elle la laissa retomber sur ses genoux en reportant son attention sur le groupe au loin. Ca se passait bien -ils en venaient à la même conclusion, et c'était plutôt une bonne chose. Après tout, Nuna ne connaissait pas les mœurs des Célestes ; ils auraient tout aussi bien pu être du genre à masquer leur mécontentement jusqu'à exploser dans le secret de leur seul groupe. Mais Jonas, en ces quelques mots, semblait informer cette théorie. « Quoi toi... attendre... aujourd'hui ? » Qu'attendait-il, lui, qu'attendaient-ils, eux ? Qu'attendait-elle, elle ? Elle ne s'était pas vraiment posé la question. Attendre que le moindre pire ne se produise pas, c'était déjà avoir des attentes de cette rencontre. Mais maintenant que cette possibilité semblait s'écarter de plus en plus sûrement, que pouvaient-ils espérer de cette réunion ? Qu'est-ce qui pouvait ressortir de cette conversation à laquelle ils n'avaient pas accès ? Une paix, une alliance, un partage ? Le début d'une coalition, ou un accord pour rester en dehors de la vie les uns des autres ? L'Athna se surprit à espérer plus que la seconde option. Ils n'étaient pas ici pour s'accorder à laisser les choses en l'état. Ils étaient tous là pour faire avancer les choses, non ? Aujourd'hui devait être le début de grandes choses. Aujourd'hui devait être le début d'un avenir commun, aussi maladroits puissent être les premiers entremêlements de leurs histoires. « Tu penses eux quoi dire... ? » Elle remonta une jambe vers elle pour s'y accouder et observer l'attroupement au loin, le menton posé sur son genou. Maintenant, ils étaient deux pour observer; deux à faire des suppositions, à se méfier et à être rassurée par chaque seconde passée dans le calme. Et à deux, ils rêvaient à leurs maisons, celles qui les attendaient loin d'ici. Jonas aimait la sienne, lui aussi. Nuna, elle, se demandait à quoi pouvait avoir ressemblé leur maison là-haut; c'était la première fois qu'elle avait cette curiosité-là. Peut-être qu'elle aurait quelques images, un jour, de ce que leur vie avait pu être au-dessus de leurs têtes. Mais elle, sa maison ? Elle n'arrivait pas à imaginer des Débarqués l'envahir. Pas encore, pas maintenant, pas tout de suite. Elle était athna, et à ce titre, elle aimait préserver leur volcan et tout son environnement. Là-haut, ils étaient presque inaccessibles, ou ne devenaient accessibles qu'aux autorisés et aux méritants. Elle doutait que les siens laisseraient des Débarqués approcher de trop près leur volcan, d'ailleurs. Il faudrait du temps pour ces choses-là... « Un jour peut-être. Oui, dangereux », répondit-elle maladroitement. Sans un guide qui connaissait les secrets et hostilités des montagnes, un néophyte pourrait bien vite y laisser sa peau. Nuna ne voulait pas vivre ce jour où il retrouverait le corps sans vie d'un Débarqué inconscient sur leurs terres. « Pour pas perdre... mousse arbre nord... » Elle soupira, atterrée par tout l'anglais qui lui faisait défaut. Si ce conseil permettait à Jonas de se sortir d'une situation délicate un jour, ce serait au moins ça de gagné. « Ai nou get in. » Elle plissa les yeux une seconde, comme si elle espérait pouvoir capter quelque chose de nouveau du groupe. Tout semblait aussi calme que quelques minutes auparavant, et c'était à se demander si les choses avançaient vraiment. « Manger ? Boire ? » proposa-t-elle en se redressant contre le mur. Se dégourdir les jambes ne lui ferait pas de mal, et peut-être qu'après avoir écrasé les baies dans sa poche, le Débarqué avait envie de se mettre un petit quelque chose sous la dent. « Je reviens. » D'un geste de la main, elle l'invita à rester là où il était, pour qu'elle le retrouve plus tard.

Calme, précautionneuse, Nuna s'approcha de la table de banquet, et par la même occasion du groupe de dirigeants qui dirigeait. Des soldats, parmi lesquels son cousin et son père, étaient immobiles près des tables, couvant de leur regard inquiet, méfiant et protecteur la table centrale où tout se déroulait. Nuna comptait sur ses capacités à se fondre dans le décor pour qu'on ne la remarque pas. Petite souris curieuse, elle attrapa deux gobelets métalliques qu'elle remplit de vin, le regard curieux attiré par le groupe qui n'était plus qu'à quelques mètres d'elle. Elle tenta de capter quelques mots mais se contenta des visages qui respiraient la concentration et l'affabilité. Dans un soupir qu'elle fut la seule à capter, elle attrapa les deux verres remplis et buta sur le reste du banquet. Deux mains, ça n'était pas assez pour ramener dans leur petit coin de quoi remplir les panses. Discrètement, elle regarda si quelqu'un dans l'assistance l'observait. Puisque ça ne semblait pas être le cas, elle reposa l'un des deux verres et, comme si elle était dans une mission à risques, attrapa un fromage qu'elle cala entre son menton et sa poitrine, le temps de récupérer le verre de vin et de déguerpir comme une gamine.
— BETWEEN TRUTH AND WEAKNESS
Jonas Webber
DATE D'INSCRIPTION : 26/06/2018 PSEUDO/PRENOM : ELOW ; MULTICOMPTES : QUEEN IRINA + GENIUS DEVOS MESSAGES : 194 CELEBRITE : GEORGE MACKAY ; COPYRIGHT : ELOW ; METIER/APTITUDES : JARDINIER & CUEILLEUR, VOUS LE TROUVEREZ AUSSI SOUVENT PRÈS DU GRAND FEU (IL AIME S'EN OCCUPER). POINTS GAGNES : 49
Voir le profil de l'utilisateur

After the storm (Jonas) Empty Re: After the storm (Jonas)

le Jeu 30 Mai - 22:08

— after the storm
27 AVRIL 2118

L’effort que ça lui a demandé, qui le demande ? D’être là, debout, parmi les siens. Un jeune, un ancien prisonnier. Une âme défigurée par la maladresse et par les coups du sort. Le genre fragile, peu compris, solitaire. Jonas ne le fait pas exprès, c’est une phrase trop souvent répété. Ce n’est pas de sa faute. Il est ce qu’il est. Moins intelligent, toujours un enfant. Faut croire qu’il n’y a pas d’option d’évolution pour les gens de son espèce, qu’il restera toujours ce qu’il est sans échappatoire. Pourtant, il a changé sur terre. À côtoyer un nouvel environnement, à savourer une vraie liberté, il a changé. Il apprend davantage à faire attention à lui, au danger qui l’entoure. Il sait aussi ce qu’il ne doit jamais faire, ce qu’il doit jamais toucher. Comme les armes, par exemple. Utile pour ceux qui savent s’en servir, mais lui ? Il se ferait du mal, il pourrait se tuer presque. Ce rassemblement, c’est un commencement. Son étroit cerveau à conscience qu’il ne peut pas uniquement parler avec les autres jeunes. Les adultes, ils sont têtus et un peu effrayant, mais les Terriens ? Outre les sauvages de la guerre, ce ne sont que d’autres âmes. Humain avant tout. Avec un cœur, palpitant, et des mots pour mieux se comprendre. Apprendre, il aimerait, mais pour que Jonas parvienne à réellement retenir ce qui lui est raconté, il faut alors changer la manière d’enseigner. Sur l’odyssée, tout a été si compliqué. Sa concentration était toujours mise à rude épreuve et les autres enfants peuvent se montrer plus cruelles que n’importe qui d’autres. Toujours joyeux, mais sans ami. Qui se souvient réellement de lui ? Jonas. Le malade. Le fou.

Que penserait Nuna de tout ça ? Qu’il soit là, assis à côté d’elle, c’est un autre exploit. C’est un autre effort. Oui, il lui sourit, il l’aime bien, mais il n’est pas inoffensif. La mort, il l’a déjà offerte à une autre. Ses années en prison, elles étaient méritées. Une sentence qui aurait dû s’achever à l’aube de ses 28 ans. La date approche. Il a oublié son âge, mais il sait. Il sait qu’il va bientôt franchir l’âge maudit de tous ses autres délinquants qui ont été éjecté dans l’espace. Combien de corps flotte encore, là-haut ? Est-ce qu’ils l’attendent toujours ? Vont-ils un jour s’écraser sur terre ? Doucement, il lève la tête vers le ciel. Il pense à eux, aux égarés. Aux oubliés. Aux pères, mères, enfants qui ont été tuées par la lourde justice de l’Odyssée. Non, plus jamais. C’est fini tout ça. Cette vie, ces lois qui s’imposent. Maintenant, il respire. Il prend un grand souffle et il se dit qu’il peut profiter, lui, de cette existence. Pour lui-même et pour tous ceux qui n’existent plus.

La guerre, il ne la veut pas non-plus. En grand lâche, il s’est caché pendant l'unique combat qu'il a connu. Effrayé par les coups qu’on risquerait de lui porter. C’est sa tête qu’on aurait vite retrouvée sur le sol, parmi tous les autres. Il ne possède rien, pas une once de défense, pas une once d’attaque. Incapable. Terrifié. Parfois, un bras se lève et lui, il tombe, il redoute. C’est automatique, c’est dans ses veines. C’est de sa faute, à lui. À ce père, jamais heureux, jamais satisfait de son garçon. Sur son crâne à jamais inscrit, des lettres d’amour d’un paternel passionné. S’il ne comprend pas tout, c’est parce qu’il a trop encaissé. Des coups qui se sont abandonnés sur sa tête, trop souvent, trop de fois, au point où sa propre mère à laisser tomber. La famille, il l’a découverte sur terre, avec Andrew et les autres. Les condamnés qui se soutiennent dans la survie.

Ils ne sont pas tous parfaits, non. Nombreux, ne le regarde même pas. Ne s’attarde pas sur lui. La seule certitude, c’est qu’avec de la distance, il ne risque pas d’exploser. Stupide bombe à retardement. Il veut bien faire, Jonas. C’est pour ça qu’il est là. Pour éviter des reproches sensibles. D’être accusé de ne rien faire pour la communauté. C’est fou comme certain ont du mal à comprendre que dans son éloignement, il cherche à protéger les autres. Là, le corps à des kilomètres de la foule, Jonas préserve le pire en lui. Être là sans être là, d’une certaine façon, et ça lui plaît. Il a un œil sur la situation et, en même temps, est invisible. Caché. Personne pour le pousser à commettre l’irréparable. Est-ce le cas de Nuna, aussi ? De fuir la mauvaise action, l’erreur fatale ? Ils sont deux gouttes de trop, qui finalement se complète parfaitement loin de l’océan.

Les négociations se poursuivent, la tranquillité de la foule persiste. Cela pourrait faire sourire, Jonas, jusqu’à la fin de la journée. Il entend même des rires, à un endroit. Peut-être que des âmes-sœurs se sont trouvées. Peut-être que cette rencontre va se finir dans le positif, et se trouver une place essentielle dans l’histoire de ce nouveau monde. Ne serait-ce pas fantastique, d’ailleurs, une tribu pour tous ? Chacun réunit pour vivre l’un avec l’autre sur cette planète qui a changé et qui change encore ? Peut-être pas tout de suite, mais qui sait ? Si nombreux sont comme Nuna, alors cela lui convient. Oui, complétement.

Parce que Nuna a un cœur. Il peut le sentir. Malgré un début tendu, maintenant, il pourrait presque lui confier sa vie. C’est étrange, mais elle a dans le regard une inquiétude féroce et en même temps, quand elle s’adresse à lui, du réconfort. Comme une lueur d’espoir accompagné de bonnes volontés. C’est quelqu’un qui prend le temps, qui essaye de comprendre parfois les mots inconnus et qui ajoute dans ses réponses des sentiments sincères. Jonas réagit à ça. Parce que les émotions sont toujours plus honnêtes que les belles paroles. Parce que le cœur a plus de force que l’esprit quand il le veut. Cette sensibilité, il s’y attache, au point de sentir plus à l’aise, plus serein. Si la paix est là, entre eux, alors là-bas ça doit être pareil. Des rencontres comme celles-ci doivent se faire, pour le meilleur de l’humanité.

« Chof… » Répète-t-il, sans en comprendre le sens, mais avec une intonation similaire. Comme s’il savait, mais pourtant, il ignore. Peut-être que ça veut dire gentille, peut-être que ça veut dire fille bien, peut-être que c’est simplement merci, mais, dans la beauté de l’instant, il sourit juste et fait comme elle : regarde plus loin et savoure le calme. Un instant suspendu dans le temps, où deux âmes se libèrent des règles pour profiter des choses simples.


Il aimerait en savoir plus sur elle, sur sa langue, sur son village et sa tribu. Il se répète encore, dans sa tête, le nom de sa tribu. En boucle, dès qu’il le peut. Il ne veut pas oublier, oh non, il ne veut pas oublier. Ni ce qu’elle lui a dit, ni ce qu’elle lui a montré. Car la boucle d’oreille est belle et que des bijoux, Jonas n’en a pas souvent vu. Il trouve ça impressionnant. Est-ce qu’il peut faire ça, lui aussi ? Se percer l’oreille pour laisser un morceau métallique polissés pendre ? Qu’est-ce qu’il y a d’autres, dans le genre ? Des bagues ? À quoi ça lui servirait, au fond ? Il ne sait pas, mais c’est joli. C’est précis. C’est un travail si loin du sien, mais précieux également. Elle répète soudain ‘Chof’ et il se dit que ça ne peut dire que merci. Oui, merci, alors il acquiesce comme s’il avait compris. Il sourit, fier de lui-même.

« Tu fais des armes, aussi ?! » Peut-être que son étonnement est un peu trop fort, mais il imagine parfaitement la scène. Elle, a la forge. Le métal coulant, rouge, brûlant. Plus il en apprend sur elle, plus il trouve Nuna incroyable. Si forte, si surprenante. « Moi je n’ai pas le droit d’avoir une arme. C’est dangereux. » Il se gratte la tête, par habitude, ou parce qu’une abeille est passée par là. « Pour le potager, on a parfois besoin d’outils. Tu fais des outils aussi ? J’imagine que tu es capable de tout faire ! » Il ne sait pas, en fait, mais il se sait incapable de rien, alors les autres savent tout. C’est aussi simple que ça. « Oh, tu chasses aussi ? » Encore une corde à son arc. « Incroyable. Moi je sais juste jardiner, tu sais. Je sais rien faire d’autres. Je peux pas faire autre chose, en fait. Je ne suis pas aussi fort que toi ou que les autres. » Il hausse des épaules, sans perdre de son admiration pour elle. Parce qu’elle n’essaye pas de se montrer supérieur à lui, ou de prouver qu’elle peut faire plus. Non, elle veut simplement lui expliquer et c’est admirable. Il pourrait presque apprécier de rester plus longtemps, juste pour écouter Nuna chercher des mots qu’elle a un peu de mal à dénicher. Au moins, elle a quelques bases. Lui, rien du tout. Elle fait de gros effort, lui un peu moins en fait. Il aimerait se rattraper. S’expliquer mieux, dessiner d’une meilleure façon sur la terre pour mieux illustrer ses propos, mais il est limité. Il a toujours été ainsi, limité par ses propres envies.

Attentif, il cherche une réponse à ses questions. Ce qu’il attend de cet événement, il ne sait pas. Ce qu’ils disent entre eux, il ne sait pas. C’est tellement rare que son avis soit sollicité.

« J’espère qu’ils sont comme nous, content. » Son sourire se fait plus large. C’est bien, non ? C’est plutôt simple, comme image. Il faut que tout se passe bien, tout simplement. Qu’ils discutent, puis qu’ils soient heureux. Malgré les évènements passés, malgré la douleur. C’est possible, non ? Qu’est-ce qui peut bien les empêcher de l’être, au fond ? Puis, un jour, Jonas ira rendre visite à Nuna, et le monde sera plus simple, plus léger. « Mousse arbre nord. » Il le répète, plusieurs fois, sous le regard de sa nouvelle amie. Elle doit le trouver bizarre, sans aucun doute, alors il reprend : « Pour pas oublier. » Mais il sait que ça sera le cas, comme à chaque fois, car ce n’est pas la première fois que quelqu’un lui dit ça.

Il a beau essayé, parfois, cela le dépasse. Et l’idée de l’oublier elle, d’oublier cette rencontre, ça lui fait peur. Cela peut arriver. Ses derniers temps, il parvient à se souvenir de ses journées, mais chacun en efface une autre. C’est aussi simple que ça. Et un jour, ça sera au tour de cette rencontre et une partie de son cœur va se briser un peu plus. C’est ainsi qu’il visualise son esprit. Un monde qui s’effrite. Plus il grandit, plus s'est compliqué.

Alors que Nuna est allé chercher de quoi boire et manger, Jonas sent un frisson le parcourir. Depuis toujours, il n’a pas été épargné par la vie. Son destin, il l’ignore. En revanche, il sait apprécier le moment présent et ça, c’est ce qu’il y a de plus important. La prison derrière lui, il sait que chaque jour compte, surtout ici. Une nouvelle tempête pourrait débarquer et l’emporter. Ou alors une nouvelle crise qui lui ferait faire l’irréparable et donc, le forcera à creuser sa propre tombe. Peu importe. Oui, car Nuna est là. Du vin et du fromage, plus douce que jamais, presque aussi maladroite que lui au tout début. Et, ravie de la voire revenir – une toute partie de lui à bien cru qu’elle ne reviendrait pas – il s’autorise à dire :

« Chof ! » Heureux.

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
Accro des points
Nuna Cortez
DATE D'INSCRIPTION : 12/10/2018 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Murphy Cavendish MESSAGES : 1815 CELEBRITE : Zazie Beetz COPYRIGHT : Lux Aeterna (vava, sign, gifs) METIER/APTITUDES : Forgeronne et orfèvre (joaillière) TRIBU : Athna POINTS GAGNES : 674
Voir le profil de l'utilisateur
Accro des points

After the storm (Jonas) Empty Re: After the storm (Jonas)

le Mer 5 Juin - 1:56


[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image] [Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]
after the storm

Nuna Cortez & [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]

(27 avril 2118 / intrigue entre les Débarqués et les Terriens du Nord)


Plus le temps passait, plus Nuna parvenait à se convaincre de la bonne tournure des événements. Depuis le début de la rencontre, chaque seconde était une seconde de gagnée, mais maintenant, chaque seconde pouvait être considérée comme un point qui menait vers la victoire. Le calme était indiscutable. Peut-être qu'il fallait adopter le point de vue éloigné qu'ils avaient tous les deux sur la scène pour réaliser à quel point les choses tournaient bien. Ceux qui étaient au cœur des négociations ne pouvaient sans doute pas voir tout ça; ils ne devaient pas compter le temps comme elle, ils ne devaient pas se rendre compte de ce qui passait autour d'eux. En réalité, ils devaient se concentrer sur ce qui comptait vraiment, sur les arguments à mettre sur la table et sur ceux à recevoir. Etre à l'épicentre de la prise de décision réduisait drastiquement l'horizon du visible. C'était eux qui faisaient tout, mais c'était eux qui en voyaient le moins. Jonas et Nuna étaient sans doute parmi les seuls qui étaient en capacité de comprendre tout ce qui se passait là-bas, même s'ils devaient reconnaître être incapables de préciser la teneur exacte des propos échangés. D'ici, ils pouvaient voir les faux-pas, les gestes de renfermement ou d'attaque. D'ici, ils avaient l’œil sur les gardes méfiants qui accompagnaient les délégations. D'ici, ils pouvaient mesurer ce que contenaient les regards des spectateurs qui supportaient leurs groupes. D'ici, en fait, ils pouvaient tout soupeser.

Alors Nuna, si elle n'oubliait pas les enjeux du jour, parvenait à laisser fondre ses réticences et inquiétudes. Ca soulageait d'un poids énorme, se rendait-elle compte en réalisant qu'un vent vrai soufflait sur sa peau. Le monde se paraît de nouvelles tonalités vives, quand on ne s'inquiétait plus de son avenir. La compagnie inattendue avait sans doute contribué à son apaisement, elle ne pouvait pas le nier. Elle qui redoutait tant des Débarqués, qui se sentait si incapable de les comprendre ou de les apprécier, se retrouvait confrontée à sa propre essence : en réalité, ce dont Nuna était incapable, c'était de déshumaniser l'humain. Face à quelqu'un d'autre, elle oubliait trop facilement son appartenance à un autre groupe, leurs différences et tout ce qui, quand elle avait les yeux fermés, était si facile à brandir comme une armure. Il y avait bien une raison qui la poussait à fêter tous les ans les premières récoltes avec les tribus voisines. Longtemps, elle avait fait des raccourcis. Longtemps, elle avait préféré pouvoir reprocher à tout un groupe d'avoir grandi sans mère et sans frère; elle y pensait encore parfois quand elle rencontrait un Pikuni ou un Calusa pour la première fois. Mais il y avait bien quelque chose qui la poussait à faire la fête avec eux tous les ans; il y avait quelque chose qui l'attirait hors de ses montagnes régulièrement, et ce n'était pas toujours et pas seulement la promesse de matériaux pour enjoliver ou consolider ses travaux d'orfèvre. Ce n'était pas l'alcool les soirs de fête, ce n'était pas l'aventure des visites, c'était la découverte et l'apprentissage de l'autre. Pour une Athna, c'était bien ironique, d'aimer l'autre au point de lui pardonner tout ce qui était pourtant si facile de lui remettre sur le dos. Mais un Homme n'était pas responsable des décisions les plus hautes et des incidents les plus précis. Un Homme n'était qu'un Homme, et souvent, il avait perdu, lui aussi. Un Homme n'était qu'un Homme.

Il suffisait de voir le Cent à ses côtés pour se rendre compte qu'ils étaient tous plus ou moins les mêmes. Chacun avait ses fiertés, ses ambitions, mais chacun comptait aussi avec ses failles. Certains les cachaient mieux que d'autres, mais il y avait chez son jeune acolyte quelque chose qui lui reflétait sa propre image, mélange de tout ce qu'on pouvait reprocher à l'Athna qu'elle était et de tout ce qu'elle exhibait maladroitement comme une force, l'étendard de la personne avec qui elle était coincée pour le reste de son existence. Alors quand on reconnaissait chez l'autre ce petit truc en plus ou ce petit truc en moins, un lien se tissait doucement, précautionneux mais solide. Si tous les Débarqués étaient comme Jonas, alors peut-être que Nuna pourrait finir par être convaincue que cette nouvelle ère ne pouvait pas être si mauvaise. Mais elle savait, Nuna, que si on pouvait avoir de bonnes surprises on pouvait aussi en avoir de mauvaises. Trente années qu'elle fréquentait l'espèce humaine et apprenait de ses forces et de ses faiblesses. Trente années qu'elle aiguisait son regard, trente années d'un long témoignage du bien et du mauvais, de l'espoir et de la noirceur. Elle, elle se demandait parfois de quel côté elle était. Constamment, elle remettait en question ses instincts et impulsivités; constamment, elle remettait en doute son entière personne, parce qu'elle n'était pas ce qu'on pouvait ou devait attendre d'elle, mais aussi parce qu'elle avait conscience qu'il y avait un bien vaste monde au-delà de sa personne et de son petit univers fini.

Pourtant, à ce moment précis, Nuna se sentait à sa place. C'était inattendu, ça, pour elle, de se sentir à sa place à un moment si particulier qui, d'une façon ou d'une autre, marquerait l'histoire de ce monde et de leurs mondes. Elle qui était venue ici guidée par le seul refus de rester dans ses montagnes à une heure si importante, se retrouvait plus qu'agréablement surprise par la tourne que prenaient les choses. C'était l'une des premières fois qu'elle travaillait son anglais avec quelqu'un dont c'était la première langue et c'était une autre barrière qui tombait pour elle. Il lui en restait quelques uns des souvenirs qu'on avait implantés dans son cerveau dans ses jeunes années. Et quelque part, Nuna avait l'impression que l'apprentissage se faisait du côté des deux parties...

Mais inévitablement, l'Athna avait fini par gaffer. A force de chercher ses mots dans l'autre langue, elle avait laissé s'échapper celui qui pouvait faire basculer les choses. L'équilibre était encore trop récent, trop chétif, trop instable. Parler d'armes lors d'une réunion qui était censé permettre d'établir une trêve ou une paix, c'était plus que malvenu. C'était maladroit, c'était suicidaire. Et si on ne connaissait pas Nuna, on pourrait même penser que tout ça était volontaire, fait pour entacher le déroulé des choses. Et si c'était elle qu'on prenait pour la fautrice de troubles ? Et si c'était ce qu'il pensait, maintenant, qu'elle était le grain destiné à faire dérailler toute la machinerie mise en place depuis qu'ils étaient tous là ? Elle évitait le regard de Jonas, à présent, parce qu'elle avait peur d'y voir disparaître l'étincelle de confiance qui naissait dans son regard depuis qu'ils s'étaient assis l'un à côté de l'autre. Il n'y eut pas ce silence lourd de sens auquel Nuna s'attendait. Juste une réponse simple, teintée d'une surprise qui, pourtant, ne laissait guère entrevoir davantage ce que Jonas avait saisi de son annonce maladroite. « Oui... armes... » répéta-t-elle d'une voix soudainement peu assurée. Pourtant, l'homme continuait dans un débit qui poussa Nuna à enfin oser lever le nez vers lui. Elle ne comprenait pas tout. Elle fronça les sourcils, fascinée par ce qui était en train de se passer. Jonas, il était intéressé. Authentiquement intéressé. En fait, il semblait même... était-ce de l'admiration qu'elle lisait dans ses yeux ? Elle voulut se faire subitement toute petite ou se fondre dans le mur auquel elle était adossée. « Je fais... » tenta-t-elle de confirmer d'une petite voix timide, sans parvenir à décrire ce qu'elle faisait. Elle faisait tout ce qui était fait de métal, armes, outils, objets domestiques... bijoux. « Jardiner... manger » abandonna-t-elle la description de ses travaux. Elle détaillerait quand elle parviendrait à le faire dans cette langue qui n'était pas la sienne. En attendant, elle valorisait les travaux de Jonas, ceux dont elle était incapable elle-même. Elle était la cuisinière, celle qui utilisait ce qu'on avait cultivé pour elle. Mais travailler la terre, c'était la base de tout le reste, et elle ne savait pas faire. Alors elle le lui répéterait autant de fois qu'il aurait besoin de l'entendre pour se mettre dans la tête que de tous les rôles que l'on pouvait compter sur un village, le sien était l'un des primordiaux. Sans culture, on ne mangeait pas. « Mais... je... pas chasser. » Ca, c'était sa certitude, comme celle du jardinage. Elle n'utilisait les aliments que lorsqu'ils étaient transformés en denrées comestibles. Tout ce qui les menait jusqu'à sa cuisine, c'était de la responsabilité des chasseurs, cultivateurs, cueilleurs. Les armes, elle ne les côtoyait que par habitude : lorsqu'elle les faisait naître ou les confiait à leur propriétaire d'une vie, ou lorsque sa condition d'Athna ou de voyageuse l'obligeait à en porter une à la ceinture. Mais pour Nuna, ce n'était jamais quelque chose de naturel. Elle se méfiait des lames parce qu'elles portaient le pouvoir de la mort. Leurs tintements métalliques la faisaient toujours dresser une barrière de méfiance.

Mais oui, là-bas, ils avaient l'air content. Là-bas, ils ne devaient pas parler d'armes, eux. Les diplomates et représentants étaient plus malins qu'elle : c'était d'ailleurs pour ça que c'était eux qui se tenaient là-bas et qu'elle était là, assise par terre, se terrant dans un coin comme la paria qu'elle était persuadée d'être. « On dirait », confirma-t-elle avec un petit sourire apaisé. Peut-être que c'était ça, le début du reste. Peut-être que dans quelques mois ou années, ils n'auraient plus à se demander s'ils pouvaient se côtoyer ou quand ils pourraient le faire. Peut-être qu'elle pourrait lui faire visiter quelques coins de ses montagnes natales sans avoir à craindre la méfiance de ses congénères. Mais d'ici-là, Nuna avait de quoi lui éviter de se perdre hors de ses potagers. Mousse arbre nord. Il le répéta -pour ne pas oublier, se sentit-il obligé de préciser. Mais Nuna, elle, avec un petit sourire, lui donna un petit coup de coude pour le forcer à la regarder. Elle répéta les trois mots une fois, puis deux, et entama une petite danse pour accompagner l'air musical qu'elle était en train de créer. « Toi apprendre », l'invita-t-elle au milieu de sa chanson à la rejoindre, sans cesser de danser au rythme de ces quelques indicatifs. « Mousse arbre nord, mousse arbre nord... » Un peu d'alcool aurait sans doute rendu le moment moins gênant, mais il aurait probablement entamé les capacités d'apprentissage et de mémoire du jeune homme. « Mousse arbre nord... » Elle se releva doucement et se planta devant lui, les bras ballants, avant de se donner en spectacle devant son public d'une personne. « Mousse arbre nord, mousse arbre nord... » La mélodie, facile, restait la même. Sa danse, par contre, cette fois, la fit voltiger dans un demi-tour qui la dirigea vers le banquet qui regorgeait de mets encore à peine touchés.

Elle retrouva Jonas, les bras remplis et un fromage drôlement calé pour tenir jusqu'à sa destination. Accroupie, elle posa les deux verres à terre et tendit le fromage au Cent le temps de s'asseoir. « Alors, toi retenu ? »
Contenu sponsorisé

After the storm (Jonas) Empty Re: After the storm (Jonas)

Revenir en haut
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum