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˜˜˜˜˜˜After the storm (Jonas)
maybe life should be about more than just surviving


Nuna Cortez
12/10/2018 Lux Aeterna Murphy Cavendish 858 Zazie Beetz Lux Aeterna (vava, sign, gifs) Forgeronne et orfèvre (joaillière) Athna 1237


Sujet: After the storm (Jonas)
Sam 24 Nov - 19:35



after the storm

Nuna Cortez & Jonas Webber

(27 avril 2118 / intrigue entre les Débarqués et les Terriens du Nord)


Elle n'avait aucune idée des raisons de sa présence ici. Ici, en retrait, derrière touts les autres, à regarder les présentations et négociations de loin, si. Ici, au village pikuni, face aux Débarqués et à écouter tout le monde faire l'état des dégâts endurés pendant l'hiver et le cyclone duquel il s'était accompagné, pas du tout. Elle avait voulu être courageuse, vaillante, représenter les siens, alors elle s'était persuadée d'être et d'être capable tout ce qu'elle n'était pas et tout ce dont elle ne serait jamais capable. Elle faisait partie des rares personnes qui étaient venues sans armes, d'ailleurs, et on l'avait regardée d'un drôle d'air hébété quand elle l'avait confié à ceux postés à l'entrée du village, chargés de les récupérer. C'était un premier signe qu'elle n'avait pas sa place ici, mais ce n'était vraiment pas le dernier.

A regarder tous ceux qui se reniflaient, tentaient de communiquer, de partager et de s'apprivoiser, Nuna se sentit particulièrement hors de propos. Se tordant les mains contre le mur d'une petite maison, elle n'arrivait pas à s'avancer, ne serait-ce que pour grappiller un truc à manger sur l'une des tables de buffets installées pour accueillir les invités. Elle se mordillait les lèvres, observait les autres en espérant devenir invisible, n'attendait que la fin des événements. Qu'est-ce qu'elle faisait là ? Un élan de courage qui n'avait jamais existé, et le besoin d'être aux côtés des siens dans un moment aussi important. Au loin, là où tout se jouait, elle avait repéré @Isdès Hakantarr et ne pouvait s'empêcher de redouter que quelque chose lui tombe dessus -la maladresse d'un Débarqué ou une hache bien acérée, un truc de ce genre. Les choses semblaient calmes, par là-bas, mais tout était en ébullition. Les invités et les hôtes se mélangeaient, comme pour montrer toute leur bonne foi et leur motivation à changer les choses. Si elle voulait changer les choses, Nuna ? Elle ne le savait pas trop bien. Elle voulait ce que les siens voulaient; elle, de son volcan, ça ne lui changerait sûrement pas grand chose. Ce qu'elle voulait par-dessus tout, c'était écarter au maximum le moindre risque de litiges qui pourraient mener à des combats, à des guerres, à des morts par dizaines. Elle craignait qu'un incident aujourd'hui puisse mener à ce genre de cauchemars, mais elle espérait de tout son cœur qu'il conforterait chaque parti dans ses idées qu'ensemble, c'était mieux que les uns contre les autres. Elle n'était pas dupe ou stupide : elle savait qu'elle ne servait à rien. Elle n'était pas téméraire, pas grande parleuse. Lorsqu'elle quittait son volcan, c'était aux autres qu'elle s'en remettait. C'était eux qui savaient au mieux gérer l'étranger et la diplomatie que la plupart des rencontres pouvait nécessiter. Si elle était là, c'était parce qu'elle ne pouvait pas ne pas être là. Elle ne pouvait pas ne pas assister à un moment si important, peu importe la tournure que devaient prendre les choses. Mais elle restait en retrait parce que ce n'était définitivement pas le courage qui l'avait menée ici mais la curiosité. La curiosité et l'inquiétude. Son cousin était là, garde rapprochée des chefs, et son père n'était guère plus loin de lui. Il avait été hors de question de voir sa famille quitter le volcan sans les accompagner. Nuna n'acceptait le retrait que lorsqu'il n'en n'était pas tout à fait un et qu'elle pouvait garder un œil sur ce qui se passait, peu importe le sentiment d'impuissance que ça pouvait faire germer dans ses tripes. Alors elle regardait les échanges de loin, cherchant presque à se fondre parmi les pierres du mur auquel elle était adossé. Elle observait plus qu'elle ne se sentait observée et c'était tout ce qui lui convenait. Ce qu'elle faisait là ? En réalité, elle ne le savait toujours pas vraiment. Elle était probablement la présence la plus effacée et inutile pendant ces négociations. Elle n'avait même pas idée de ce qui se disait là-bas, à la table où les choses se construisaient. Tant qu'il n'y avait pas de grands gestes, d'airs effarés ou coléreux, tant qu'aucun cri ne dominait sur les bavardages alentours, alors c'est que tout allait bien -ou en tout cas, pas trop mal.

Il sembla à une ou deux reprises qu'on la regardait, Nuna, alors elle se déplaça, juste de quelques mètres, le regard fuyant. Elle voulait se faire oublier, parce que si on s'adressait à elle, qu'est-ce qu'elle pourrait dire, devrait dire ? Sans s'en rendre compte, la brune avait fini détachée de tout l'attroupement et le regardait d'une distance qui la rassurait, pas loin de là où on avait laissé les chevaux. Son regard vif ne cessait d'observer, pourtant, s'accrochant au moindre mouvement étrange, au moindre rire un peu trop fort. Aux conversations dont elle saisissait des bribes ça et là, elle ne comprenait pas tout; des fois à cause de la distance, d'autres fois parce que son niveau d'anglais se rapprochait de ses capacités à dire non à un enfant qui lui demanderait de raconter une petite histoire -à savoir, presque nul.

Son regard trouva finalement une flèche au milieu de ce calme. Un jeune homme venait de se glisser hors des groupes et se dirigeait vers elle -vers les chevaux, peut-être, vers l'entrée du village. Elle se redressa, les mains toujours nerveusement liées devant elle, et chercha à capter son regard en fronçant très fort le sien. « Eh... psst... » Elle fit un pas un en avant pour l'apostropher en cours de route, un main levée en l'air comme si elle voulait lui saisir le bras pour être sûre de le retenir. « Yu na nou bants ! » Et la voilà, vivante alors qu'elle aurait voulu demeurer inanimée tout le temps, fondue à son mur. Il lui fallut quelques secondes pour se rendre compte qu'elle venait d'apostropher quelqu'un de l'autre parti, et que c'était loin d'être la chose la plus maligne qu'elle aurait pu faire aujourd'hui. « Tu... pas... aller... ! » tenta-t-elle, plus qu'hésitante, le sang lui montant aux joues alors qu'elle cherchait à minimiser l'impulsivité de son geste. Elle eut un mouvement de recul, plus assimilé à une forme de respect qu'elle essayait de prouver qu'à une réelle méfiance. Ses deux mains se retrouvèrent devant son bas-ventre, signe de l'effacement qu'elle cherchait à retrouver. « Tu... manger ! » Elle désigna avec un petit sourire gêné une table de banquet à une dizaine de mètres de là, comme l'argument imparable qui allait le faire retrouver le reste du groupe. Les choses devaient bien se passer, c'était une obligation. Peu importe ce qui pouvait se construire aujourd'hui, rien ne devait être détruit, pas même pas une petite maladresse, pas même par le geste volontaire de quelqu'un qui voudrait foutre la merde là elle n'avait plus sa place.

Jonas Webber
26/06/2018 ELOW ; DEVOS, ĆIRO & IRINA ; 136 GEORGE MACKAY ; ELOW ; JARDINIER & CUEILLEUR, VOUS LE TROUVEREZ AUSSI SOUVENT PRÈS DU GRAND FEU (IL AIME S'EN OCCUPER). 112
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Sujet: Re: After the storm (Jonas)
Mar 27 Nov - 22:17



after the storm
27 avril 2118

Oh non, il n’aurait pas dû venir. Oh non, non, non. Alors que les autres le quittent petit à petit, Jonas se sent ralentir. Il se fige presque sur place alors que la foule grandis. Chacun trouve un peu sa place, discute avec d’autres, écoute attentivement des informations qui échappent complètement au garçon. La seule raison de sa présence, c’est parce que son petit potage a subi des dégâts et que, pour une fois, lui aussi, il veut participer à quelque chose. Lui aussi, il veut trouver une solution pour ne pas se retrouver sans rien à cultiver. Lui aussi, il veut faire entendre sa petite voix. Sauf qu’il aurait très bien pu laisser les autres le faire à sa place, comme toujours. Très vite durant la marche, il désire retourner dans son petit espace tranquille. Dans sa zone de sécurité. Premièrement parce que le chemin vers le village, il ne l’a jamais pris auparavant. Il traîne donc des pieds, étant l’un des derniers à fermer la marche. Il hésite tellement qu’il regarde trop derrière lui et, qu’il manque de perdre l’équilibre face à une racine surprise. Vraiment, quel crétin. Il ne représente pas les siens, il est tellement loin d’être un exemple… Sauf qu’il est trop tard pour faire marche arrière, alors il résiste à ses envies et suit le mouvement essayant le plus possible que ses épaules ne touchent personne. Le moindre effleurement le fait sursauter, comme une bête qui n’est pas à l’aise. Évidemment, il n’a pas d’arme. Jamais. Il s’est encore coupé en essayant de déraciner des carottes, une semaine plus tôt. Ridicule.

Il ne lui faut pas plus d’une minute pour étudier la situation, ne pas la supporter, et s’écarter. Une minute. Rien à faire, il n’est pas captivé par les échanges, ni par le buffet. Peut-être que s’il fait le tour du village, il pourra trouver des indices sur leurs façons de faire ? Un champ ou des cultures ? Peu importe ? Est-ce qu’il peut ? Aucune idée. Les bras croisés, le dos collé à un arbre, il espère que les branches le préservent d’être remarqué. Comme si une ombre peut avoir un tel pouvoir, il peut rêver. D’ailleurs, c’est sa spécialité. Il n’écoute plus rien et se laisse envahir par sa curiosité vis-à-vis des… c’est quoi leur nom déjà ? Pikoni ? Pikani ? Pikachu ? Ce n’est pas important. Il regarde une petite pousse à ses pieds et regrette d’avoir mis ses chaussures. Quand il fera plus chaud, il pourra de nouveau marcher et sentir la terre. Ce n’est qu’une question de jour encore, il fait meilleur et Jonas adore cette saison où tout, autour de lui, reprend vie. Il regarde la feuille et le la fleure dont les pétales sont encore renfermés sur elles-mêmes. Peut-être que s’il regarde attentivement, il pourra la voir éclore. Ce serait tellement magnifique ! Soudain, un Terrien passe devant lui, grignotant quelque chose et parlant dans une langue étrangère. Il écrase la petite fleur et poursuit sa route, accompagné d’autres grands hommes. Ils sont grands, ils sont plutôt puissants et effrayants. Pourtant, tout ce que Jonas retient, c’est l’action de cette inconnue. La pauvre petite plante est toute écrasée, anéanti par les pas d’un géant. Étrangement, il se sent alors lui-même écrasé par ce si grand nombre de personne. C’était trop stupide de sa part de croire qu’il pourrait, aujourd’hui plus qu’un autre jour, dire quelque chose. Alors, un peu dans la panique, il cherche à s’en aller. Il sait pourtant qu’il risque de se perdre à chercher le campement, n’ayant aucun sens de l’orientation, mais qu’il advienne que pourra. Peut-être qu’en restant aux alentours, @Andrew Harrington pourra le retrouver lorsqu’ils s’en iront tous ? Oui, voilà, mais d’abord, Jonas doit respirer et pour ça, il doit partir.

Ce qui est bien, c’est qu’il passe parfaitement inaperçu. Qui se soucie d’un pauvre gamin comme lui ? Personne. Avec sa tête de chien battu, il donne l’air d’avoir encore seize ans et aucune expérience. Surtout, ceux qui croisent son regard a tendance à vite chercher quelque chose de plus intriguant. Il fait pitié, Jonas. Pour une raison qu’il ignore, il voit ce monde avec des yeux tristes. Des yeux qui en ont trop vus et qui ne sont plus capable d’admirer grand-chose en dehors de la simplicité de la nature. Ni une, ni deux, il file. Il trouve une direction à l’opposé des autres et s’avancent. Si les Pikunis l’ont laissé entrer, sortir ne doit pas être si compliqué. Oui, voilà. Sauf qu’une femme lui barre si soudainement la route que Jonas bondit en arrière, les yeux plus ouverts qu’il ne le devrait. Choqué, il reste sans voix, incapable de bouger, incapable d’articuler le moindre mot. Que dire, de toute façon ? Il regarde alors autour de lui, le cœur lourd. Où est @Charlie Solomons pour l'aider ? Le rassurer ? Lui dire que ce n'est rien, qu'il ne va rien se passer. Ses yeux rougissent d’inquiétude, alors que la femme s’éloigne à son tour. Sans doute, s’est-elle rendu compte de l’impact que ça avait eu sur lui ? Peut-être peut-elle voir maintenant qu’il est au bord des larmes… oui, si vite, pour si peu. Son regard se pose vers la table qu’elle désigne et, pendant une seconde il l’observe.

« Je n’ai pas faim. » Il se demande alors si, plutôt que de lui dire de manger, elle ne lui demanderait pas de lui ramener quelque chose alors. Il hésite, fait un pas en avant, puis un pas en arrière, se gratte la tête, marmonne des mots que lui seul entend puis se décide. Il se retourne, se dirige vers la table, attrape quelques aliments dans ses mains, puis retourne face à l’inconnue. Il lui tend alors ses deux mains et les ouvrent. Peut-être qu’elle a faim et que cela suffira à le laisser passer. Il regarde alors ce qu’il a apporté, puis avoue : « Je ne sais pas si c’est bon, mais si tu veux manger… »


Nuna Cortez
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Sujet: Re: After the storm (Jonas)
Sam 1 Déc - 1:21



after the storm

Nuna Cortez & Jonas Webber

(27 avril 2118 / intrigue entre les Débarqués et les Terriens du Nord)


Sur le chemin du village pikuni, Nuna n'avait pas pensé une seule seconde à faire demi-tour. Ce chemin, elle le connaissait par cœur; elle l'avait fréquenté de jour ou de nuit, pas beaux temps et temps apocalyptiques. Lorsqu'elle se décidait à quitter son volcan, c'était l'un de ceux qu'elle empruntait le plus souvent. Et ce jour-là, malgré les enjeux des prochaines heures, ne changeait rien à la donne. Elle n'avait pas réfléchi bien longtemps, quand on lui avait annoncé cette rencontre. Il avait suffi qu'elle comprenne que son père et son cousin seraient de la partie pour entériner sa décision. Même si sa présence avait un intérêt plus que limité, son absence était hors de question. C'était étrange, pour quelqu'un de nature aussi tempérée et inquiète qu'elle pouvait l'être; mais c'était instinctif. Pas une seule fois, entre l'annonce de la rencontre et ces longues minutes passées en retrait du rassemblement, Nuna n'avait considéré que sa décision puisse être une erreur. Mais postée contre son mur de pierres, elle n'avait maintenant d'autre choix que de constater toute sa passivité et la crainte qu'elle avait de la tournure que pourraient prendre les choses. Les laisser entièrement entre les mains d'autres personnes, c'était à la fois le soulagement de n'avoir à prendre aucune responsabilité, et l'angoisse de laisser une part de son avenir à quelqu'un qui n'était pas soi-même.

Ce n'était pas de l'ennui ou de la lassitude qu'elle ressentait, c'était une forme latente d'inquiétude qu'elle percevait à peine, juste quand elle comprenait que sa mâchoire serrée n'avait rien d'habituel. Elle se redressait alors contre son mur, se raclait la gorge, se forçait à observer ailleurs que là où tout se passait et où leur avenir à tous se dessinait sans qu'elle ne parvienne à en voir les premières teintes. Mais les minutes défilaient et elle finissait toujours pas retrouver le groupe au loin, par contracter la mâchoire d'angoisse, par froncer les sourcils pour essayer de percevoir l'imperceptible, essayer d'envoyer un optimisme sans fin à des diplomates qui étaient bien loin de ces choses-là, eux qui affrontaient le concret pour avancer, vraiment. Nuna, dans son coin, ne pouvait s'empêcher d'attendre et d'espérer une fin. Le temps défilait sans qu'elle ne sache réellement s'ils s'agissaient encore de minutes ou déjà d'heures; elle voulait juste que le groupe se disperse, lire des sourires et le soulagement sur les visages de ceux qui étaient au cœur des négociations. Lorsqu'elle parvenait à voir le visage d'Isdès ou de son père, qui jouaient à cache parmi la marée humaine, elle essayait de lire dans les expressions qu'elle connaissait par cœur un quelconque indice sur la tournure que prenaient les choses. Plusieurs fois, Nuna se surprit à se demander si elle n'aurait pas sa place, là-bas, même en retrait. Peut-être qu'elle pourrait se glisser au milieu de tout ce beau monde et qu'on ne la remarquerait pas; elle était assez effacée pour ça. Mais elle savait aussi que se glisser au cœur de l'action, c'était prendre le risque de tout faire déconner. Et Nuna n'avait pas assez confiance en son éloquence ou à son aisance pour prendre de tels risques. Il y avait des gestes qui pouvaient être mal perçus, des sourires qui pouvaient être malvenus, des réactions qui pouvaient être maladroites, des mots qui pouvaient être mal choisis -d'autant plus lorsqu'il n'appartenaient pas à sa propre langue. Nuna ne se faisait pas assez confiance pour prendre de tels risques. Il y avait des gens, de toutes les parties, qui en faisaient leur fer de lance. Les diplomates vivaient pour ce genre de discussions. Ca les faisait vibrer, sans doute -ce que Nuna ne comprendrait jamais, mais ce qu'elle admirerait toujours. Ce qui lui donnait envie de rejoindre le cœur de l'action, ce n'était pas de faire partie de l'action mais d'en être témoin. Collée à son mur, c'était tout ce qui lui manquait. A quoi pouvait bien lui servir d'être venue si elle n'approchait même pas de la table où tout se jouait ?

Elle n'en avait pas le courage, et elle pestait intérieurement de ne pas le trouver, ce courage. Mais quelque chose bouger et d'un pas pressé, quelqu'un quittait ce centre de tout, passait à une dizaine de mètres devant, s'approchait dangereusement de la sortie du village. Sans se poser une seule question, avec une imprudence qui ne lui ressemblait pas, Nuna fit quelques pas en avant, le bras tendu dans un geste qui cherchait à retenir le fuyard, le regard hurlant la panique qui s'emparait d'elle. Cet homme, elle le suppliait de rester. Parce que si elle avait peur d'éternuer de travers près des adultes, de ceux qui faisaient que tout pouvait arriver, alors qu'est-ce que pourrait déclencher une fuite, un abandon ? Peu importe le côté duquel elle était, Nuna savait qu'il suffisait parfois de pas grand chose pour tout faire déraper. De loin, postée encore à quelques mètres de lui, elle souffla à l'inconnu de ne pas partir, le regard suppliant, faisant appel à tout ce qu'il avait d'humanité en lui. Elle fit encore un pas, puis deux, pour s'approcher de lui, pour s'assurer qu'il ne prendrait pas la poudre d'escampette sans qu'elle ne puisse rien y faire. Mais de qui se moquait d'elle, hein ? S'il continuait sa course vers la sortie, elle ne lui sauterait pas dessus pour le retenir. Elle le regarderait partir, paralysée, n'oserait pas crier de peur d'attirer l'attention de ceux qui pouvaient peut-être encore passer à côté de cette maladresse. Ce n'est que lorsqu'il s'immobilisa, à quelques pas d'elle, qu'elle comprit que ce n'était pas sa langue qu'il parlait. Et Nuna puisa dans toutes ses ressources pour parvenir à articuler quelques mots d'un language qu'elle était loin de maîtriser. Lui, il la regardait d'un drôle et elle ne savait plus vraiment quoi dire. Il avait l'air effaré -aussi effaré qu'elle. Ils s'observèrent en chiens de faïence pendant quelques secondes et Nuna, polie, inquiète, se décida à faire un pas en arrière. Elle allait merder, elle avait merdé, peu importait. Tout ça ne sentait pas très bon, et c'était de sa faute. Il lui répondit quelque chose d'une petite voix et Nuna le regarda, interloquée, bouchée bée, cherchant en repassant la phonétique de sa phrase en boucle si elle pouvait y déceler un mot connu, mais rien. Elle ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois, se sentant plus bête que ça avait été le cas depuis un bon moment. « Je... pas... connaître... tu... » De l'index, elle désigna ses lèvres hésitantes pour essayer de lui faire comprendre qu'elle ne comprenait pas un traître mot de ce qu'il disait. Lui ne semblait pas plus dans son élément qu'elle et elle trouva dans ses gestes hésitants quelque chose d'incroyablement humain qui la délesta d'un poids étrange. Elle fronçait les sourcils en essayant de comprendre ce qu'il disait, mais rien à faire. Ils ne se comprenaient pas. « Tu... pas... aller... » Bornée, de pouce, elle désigna à nouveau la sortie du village, à une dizaine de mètres de là, et fit jouer index et majeur dans les airs pour mimer les pas, la marche, le départ, la fuite -quelque chose qu'il pourrait comprendre.

Mais sans qu'elle ne parvienne à le retenir ou à savoir si elle voulait le faire, Nuna le vit faire volte-face pour retourner du côté de là où tout se passait. Soulagée, persuadée que la mésaventure s'achevait là, elle se recula de quelques pas pour retrouver son mur et se sentir respirer à nouveau. Peut-être que son geste avait été un petit acte héroïque à lui tout seul -ou peut-être qu'ils avaient frôlé la crise diplomatique à cause d'elle. Un peu perdue dans ses pensées, Nuna ne réalisa pas tout de suite que l'homme était un boomerang et qu'il s'apprêtait à revenir à la charge. Elle se décolla à nouveau de son arbres et ses bras croisés tombèrent le long de son corps alors qu'elle le regardait s'approcher et dévoiler quelques fruits qu'il venait de cueillir sur l'une des tables du banquet. Les lèvres ouvertes comme si elle cherchait ses mots, elle cligna plusieurs fois des yeux, totalement perdues. « Non » répondit-elle plus sèchement que ce qu'elle se serait permis dans sa langue natale. « mer...ci ? » Son regard se faisait fuyant, comme si elle cherchait la moindre aide extérieure pour l'extirper de cette situation délicate. Elle n'était pas faite pour ça. Elle allait gaffer, il allait partir et faire un scandale, et elle aurait une guerre sur la conscience. « Toi ? » Elle le désigna encore de son index, comme pour lui demander pourquoi il ne mangeait pas, lui, et répéta une ultime fois, comme une supplique : « Tu pas aller ! »

Jonas Webber
26/06/2018 ELOW ; DEVOS, ĆIRO & IRINA ; 136 GEORGE MACKAY ; ELOW ; JARDINIER & CUEILLEUR, VOUS LE TROUVEREZ AUSSI SOUVENT PRÈS DU GRAND FEU (IL AIME S'EN OCCUPER). 112
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Sujet: Re: After the storm (Jonas)
Lun 24 Déc - 18:29



after the storm
27 avril 2118

Ce genre de regroupement, ce n’est pas bon pour lui. De base, il ne supporte pas d’être entouré, alors pourquoi être venue ? Comment peut-il croire que les choses seront différents, alors qu’il sait ? Dans le genre élément instable qui pourrait tout changer, il y a lui. Lui qui ne comprend pas tout, lui qui ne réagit pas comme les autres. Lui qui essaye naïvement, sachant pertinemment qu’il est et sera toujours un danger pour les autres. Il se sait idiot, mais maintenant qu’il est sur place, il n’a pas d’autres choix que de s’insulter de crétin à chaque fois que son regard croise celui d’un terrien. Il baisse automatiquement les yeux, d’ailleurs, par crainte d’offenser qui que ce soit. Livr2 à lui-même, il n’ose pas non-plus retrouver ses amis pour être guidé quant à la manière dont il doit agir. C’est un grand garçon, se dit-il, mais même à son âge, il reste d’une fragilité ahurissante. Le boulet de service que sa communauté se traine depuis trois ans, c’est lui. Son absence aurait été préférable, mais il voulait, pour une fois, faire partie des événements. Il voulait croire que c’était possible pour lui de sortir du campement, de s’éloigner de son potager. Il espérait qu’en s’impliquant un peu, il arrive à prouver qu’il est bien plus qu’un danger public ou un jardinier dont on ne connait pas forcément le nom. Forcément, l’écart dans lequel il s’est placé, à un contrecoup aujourd’hui. Il ne pense pas avoir la même place que les autres et il se doute que beaucoup ne veulent même pas lui donner davantage d’importance. Quelque part, il est responsable lui-même de cette position, mais il est blessé par le fait que personne ne vienne à lui, que personne ne cherche à le connaitre ou à lui faire confiance. Les blâmer seraient stupide, ils ont raisons, mais tout de même. Il sait la responsabilité qu’il est, il sait qu’ils ne sont pas nombreux à lui tenir la main quand c’est nécessaire et il refuse de demander plus de temps à Charlie ou Andrew. Ils ont mieux à faire que de rester à ses côtés, pourtant, il est humain Jonas. Il a besoin de se connecter, de temps en temps, avec les autres. D’entendre des mots gentils, d’avoir l’impression d’être normal.

Au fond, c’est peut-être pour ça qu’il a franchi le pas aujourd’hui. Parce qu’il veut être comme tout le monde. Il veut connaitre les terriens, échanger avec eux, peut-être même apprendre d’eux ? Il ne veut pas d’ennemis, mais d’amis et il espère qu’aujourd’hui, c’est ainsi que les choses vont se terminer : sur une note positive et bienveillante. Le problème c’est qu’il n’arrive pas à savoir si les choses se passent correctement ou non. Il ne comprend pas leur langue et le peu de mot qu’il arrive à entendre, sont trop vague hors de leur contexte. Autant partir, donc. De retourner là où il se sent libre d’être lui-même, sans avoir à craindre de dire un mot de travail ou de faire un geste mal interprété. Peut-être même que certains se sont offensés de ne pas croiser son regard ? Il ne veut même pas y penser tant cela l’angoisse. Il sait qu’il ne ressemble qu’à un gamin, que tout son corps ne respire que l’innocence et qu’il n’a rien d’un guerrier qu’on pourrait considérer comme dangereux, pourtant, puisqu’il a déjà tué, il est convaincu que certains peuvent voir sur ses doigt le sang qui coulent.
Alors quand l’inconnue lui bloque la route, il est d’abord paralysé. Il ne trouve plus les mots pour s’exprimer, ne respire presque plus tant il a peur de faire quelque chose qu’il ne devrait pas. C’est bête, mais même un enfant pourrait avoir cet effet là sur lui. Il ne veut pas faire d’erreur, alors il sait que la meilleure option c’est de ne rien faire du tout. Jusqu’à ce qu’elle désigne la table, alors il pense comprendre quelque chose. Il pense à des choses simples, car si elle point des aliments, c’est que, gentil comme devrait être le monde, elle veut s’assurer qu’il ait bien manger. Cependant, ce n’est pas ainsi que fonctionne le monde et encore moins les autres tribus. Il l’observe alors mimer tout, sans saisir. C’est peine perdu, il ne comprend pas, pire, il croit qu’elle veut de lui quelque chose et décide donc de faire marche-arrière pour aller chercher quelques choses à grignoter. Après tout, elle est seule dans son coin. Seule et peut-être affamée. Peureux comme il est, il préfère la servir plutôt que de se faire balancer dans une nouvelle prison pour manque de respect envers un terrien. Il ne connaît pas les règles malheureusement, alors il imagine tout et n’importe quoi. Surtout n’importe quoi, d’ailleurs. D’ailleurs, la seule communauté dont il comprend un peu le fonctionnement, c’est celle des Naoris. Mais ça, c’est parce qu’il y a Ashiri et Karah. Les deux apprenties sont d’une infimes gentillesse avec lui.

Les mains tendues, il espère que c’est bon. Qu’avec ça, il pourra partir. Il lui sourit même, se disant que c’est ce qu’elle attendait et qu’elle est sans doute contente de le voir revenir avec ça. Mais non. Son sourire se perd tout de suite et ses yeux jongles entre ses mains et la guerrière – parce que pour lui, elles sont toutes aussi dangereuse que les hommes.

« Non merci ? Tu ne veux pas manger alors ? C’est dommage, qu’est-ce que je vais faire de ça. » Il décide finalement de ranger ça dans ses poches, il imagine que ça ne doit pas être dramatique s’il range ça dans ses poches. Puis, soudain, elle reprend la parole. « Je ne peux pas partir ? Mais pourquoi ? » Il regarde autour de lui, cherchant une explication s’il y en a une, en vain. Puis, illumination. « Oh, parce que ce n’est pas fini ? » Il désigne alors le groupe de personne, plus loin. Là où il devrait être, en fait. Et elle aussi. Cela lui parait logique alors. S’il part maintenant, peut-être qu’ils vont mal le prendre. Et s’il part maintenant, peut-être que ça va enclencher quelque chose de plus grave encore ! Oh non, non, non, non ! Il bouge négativement la tête, refusant d’être responsable du pire.
Sauf qu’il ne veut pas retourner là-bas.

« Je vais attendre alors. » Il s’approche et s’assoie par terre, non-loin de la jeune femme – mais à bien un mètre d’écart, car il ne pourrait supporter d’être trop proche. Ses yeux se posent automatiquement sur les autres et il aperçoit, plus loin, Eris. Il sourit, mais pourtant, elle ne le voit pas. C’est bête, alors il arrête.

« Pourquoi tu n’es pas là-bas, avec les autres ? » Il désigne le regroupement, pour qu’elle comprenne. C’est dommage, lui n’a pas réussi à apprendre grand-chose de sa langue. Il faut dire qu’il n’a pas eu le temps et les quelques informations donnés par les Naoris se sont déjà… envolé. Cela le rend triste de ne pas avoir pu retenir une chose aussi simple que ‘bonjour’ ou ‘merci’.


Nuna Cortez
12/10/2018 Lux Aeterna Murphy Cavendish 858 Zazie Beetz Lux Aeterna (vava, sign, gifs) Forgeronne et orfèvre (joaillière) Athna 1237


Sujet: Re: After the storm (Jonas)
Mar 1 Jan - 17:55



after the storm

Nuna Cortez & Jonas Webber

(27 avril 2118 / intrigue entre les Débarqués et les Terriens du Nord)


Nuna n'était pas une exploratrice ou une meneuse, parce qu'elle n'était pas une courageuse. Elle était incapable d'assumer ses décisions lorsqu'elles prenaient une envergure un peu trop large pour elle, et dès qu'elles touchaient quelqu'un d'autre qu'elle. Elle admirait ceux qui étaient sûrs de ce qu'ils disaient, justifiaient, avançaient. C'était eux qui résolvaient les problématiques lorsqu'ils se présentaient. C'était en affrontant les difficultés qu'on parvenait à les laisser derrière soi. Nuna, elle, s'était embourbé dans le confort que représentait la délégation de ces choses importantes à ceux qu'elles considéraient plus compétents en la matière qu'elle. Et pour la plupart des choses importantes, n'importe qui s'avérait plus compétent qu'elle à son regard. Elle avait trop peur de faillir au plus minime des obstacles, trop peur de regretter un incident pour le restant de ses jours. Elle était à peine capable d'être responsable d'elle-même; pourquoi s'infligerait-elle le poids de la responsabilité de quelqu'un d'autre ? Elle était toujours spectatrice. Ca n'était pas une position inconfortable pour quelqu'un comme elle : elle apprenait un peu plus à chaque fois, et puis admirait ceux qui semblaient ne jamais hésiter sur les marches à suivre, sur les mots à choisir. On la considérait comme une grande enfant pour ces raisons : pas parce qu'elle était incapable, rêveuse ou conteuse d'histoires, mais parce que prendre des responsabilités la terrifiait plus que de raisons, et qu'elle préférait laisser son propre avenir entre les mains de personnes qu'elle connaissait à peine. Parce qu'eux, même eux, semblaient mieux savoir qu'elle ce qui pourrait être bon pour elle et pour tous les autres. Le village athna n'avait jamais eu besoin d'elle. Elle ne se faisait pas d'illusions : elle ne serait jamais l'héroïne du volcan. On ne l'admirerait jamais pour toute la diplomatie dont elle aurait fait preuve face à un ennemi féroce. On ne tomberait jamais en pâmoison devant son agilité à la hache ou à la lame ; on ne lui devrait jamais la survie des siens. Ca avait été une démarche de deuil, d'accepter de ne jamais devenir cette femme-là. Le deuil continuait un peu plus chaque jour, notamment lorsqu'elle sentait poindre un peu de regrets, lors de ce genre de rassemblements dont elle savait qu'ils pouvaient changer la donne sur des mois, des années, des générations peut-être. Elle était inutile : le village athna n'aurait jamais besoin d'elle. Pas pour ces choses-là, du moins. Sa force, elle essayait de s'en convaincre chaque jour, elle la puisait ailleurs. Elle la lisait dans les yeux des gamins qui buvaient ses histoires, des parents qui faisaient d'elle un membre de leur famille en lui confiant leur progéniture et lui offrant respect et bienveillance. Elle la sentait auprès de ses amis, de sa famille, de tous ceux qui savaient trouver en elle une confidence, une conseillère, presque comme s'ils lui soufflaient qu'elle était l'une des personnes les plus douces, ouvertes et avisées qu'ils connaissaient. Ces qualités ne sauvaient pas face à un combat, mais elles faisaient battre le cœur d'une Nuna, creusaient ses premières rides du sourire et des yeux rieurs.

Si elle était là aujourd'hui, ce n'était donc pas pour jouer un rôle quelconque. Elle était assise sur le banc de spectatrice. Peu importe ce qui devait se dessiner aujourd'hui, quelque chose allait ressortir de cette réunion. C'était un tout premier pas, quelque chose de nouveau, et si Nuna aurait préféré être un esprit pour zoner sur le village sans être vue, perçue, écoutée ou observée, elle était de ceux qui savaient se fondre au décor. Contre son mur, on l'avait à peine remarquée. Silencieuse, observatrice, elle guettait les allées et venues des siens et des débarqués, craignait de manquer quelque chose d'important dans les gestes des autres et redoutait d'avoir à être celle à remarquer que quelque chose clochait.

Alors, quand elle avait arrêté le Débarqué qui s'approchait dangereusement de la haute porte d'entrée du village pikuni, Nuna avait immédiatement souhaité disparaître sous terre. En quelques secondes, elle s'était rendue visible à nouveau, et particulièrement à ce jeune homme dont elle ne savait rien, et dont elle imaginait déjà le pire malgré elle. Prudence était mère de sûreté, après tout. Des étrangers on imaginait toujours tout ce que notre inconscient avait stocké dans l'imaginaire de l'inhumain, et celui qu'on ne connaissait pas était réduit à état de menace sauvage trop vite, peut-être par instinct de survie, très probablement par ignorance et par peur. Il y avait venir de terres voisines, et puis il y avait venir de deux mondes opposés, et Nuna devait admettre que l'arrivée des enfants du ciel dans leur monde avait troublé sa perception des choses. Soudainement, ses voisins des plaines et des mers n'étaient plus les étrangers qui lui avaient coûté une mère et un frère. Parce qu'elle avait réalisé leur histoire commune et tout ce qu'ils avaient construit ensemble depuis des années, Nuna avait aussi compris que les terriens n'avaient à priori pas grand chose en commun avec ceux du ciel. Leur histoire commune remontait à des générations, des décennies, et ils n'avaient rien construit ensemble. Le rêve de l'idéaliste qu'elle était était simple, presque enfantin : ignorer ce qu'on ne savait pas de l'autre pour mettre en commun tout ce qu'ils pouvaient apprendre les uns des autres, et ainsi construire un monde commun où plus aucune de ces questions ne se poserait. Mais des débarqués, elle en avait côtoyé trop peu, de trop loin. Et maintenant qu'elle se retrouvait face à l'un deux, la théorie était confrontée à la pratique, et elle ne savait plus rien.

Elle ne voulait pas que la réunion déconne. Elle ne voulait pas que les groupes repartent d'ici mécontents ou offusqués. Et elle savait que les susceptibilités étaient différentes, qu'il pourrait peut-être suffire d'une seule maladresse pour revoir les ambitions de cette réunion à la baisse. C'était cette conviction qui l'avait guidée quand elle avait arrêté d'un geste vague l'homme qui lui passait devant. Maintenant, c'était une autre peur qui s'emparait d'elle : et si c'était elle, qui foutait la merde ? Et si en cherchait à éviter les incidents diplomatiques, elle devenait responsable d'un incident diplomatique ? Comment expliquer au jeune homme qui lui faisait maintenant face que tout ça, c'était tout ce qu'elle cherchait à éviter ? Elle ne parlait pas sa langue, et il fallait se débrouiller avec les gestes, les regards désespérés, toutes les moyens possibles pour faire comprendre précisément ce qui se tramait dans son esprit. La diplomatie était toujours un exercice périlleux car il demandait un précision infinie, mais elle était encore plus risquée lorsque l'on perdait la netteté chirurgicale des mots. Tout devenait flou, presque hasardeux, et avec le peu d'outils dont disposait Nuna, elle essayait tant bien que mal de faire comprendre au Débarqué que si elle lui bloquait la sortie, c'était pour leur bien à eux tous. En le voyant faire demi-tour pour rejoindre l'attroupement du côté où tout se passait, Nuna crût que son rôle s'arrêtait là pour aujourd'hui, et ressentit une pointe de fierté à l'idée d'avoir peut-être évité un malentendu malencontreux. Maintenant, elle avait le droit à un peu de répit. Elle avait le droit de se fondre à nouveau au paysage et d'observer.

Mais la trêve ne dura que quelques instants, le temps pour lui de revenir avec la main pleine de victuailles -des fruits, des baies, tout ce qui colorait les paysages en ce printemps qui renaissait. La partie n'était pas terminée; elle ne faisait que commencer. Et Nuna cherchait de regards paniqués la moindre aide extérieure, mais c'était aussi le prix à payer quand on s'isolait de la foule. Il n'y avait vraiment pas grand monde par ici, et les plus proches d'eux devaient probablement être les guerriers qui maintenaient la garde à l'entrée du village, à une dizaine de mètres à sa gauche. Elle refusa la proposition de l'homme plus abruptement qu'elle l'avait souhaité et regretta aussitôt sa maladresse. C'était à elle qu'elle en voulait d'être subitement aussi bête, aussi incapable, aussi désemparée. Et, entre la panique et son manque d'expérience en anglais, Nuna ne comprenait pas grand chose de ce qu'il disait, le dévisageait comme si ça allait lui permettre de capter un ou deux mots de plus. Les sourcils froncés, elle le regarda glisser dans ses poches la nourriture qu'il avait ramenée et tenta de l'en empêcha en avançant les deux mains vers lui, l'air subitement paniqué et désolé. « Couleur tache » tenta-t-elle de lui expliquer en bégayant un peu que les les baies rouges, dès qu'elles s'écraseraient dans le tissu, laisseraient des marques indélébiles. Malgré elle, elle fit une grimace désolée en relevant son regard vers lui. Elle avait été incapable de prévoir et d'arrêter le massacre et déjà il lui semblait deviner dun coin de l’œil que le pantalon du Débarqué commençait à prendre quelques couleurs. Elle porta nerveusement un pouce à ses lèvres en regardant l'homme, les sourcils froncés, la mine déconfite. Lui se demandait pourquoi il avait été retenu si près de la sortie -qui plus est, par une fille un peu bizarre qui ne prenait pas la peine de parler sa langue. Mais lui non plus ne parlait pas sa langue, après tout, n'est-ce pas ? Pourquoi devrait-elle être la seule à faire un pas vers l'autre ? Pourquoi ne pas se retrouver au milieu, tenter à deux de se comprendre dans un language à construire ensemble ? « Non » dit-elle simplement en se rongeant l'ongle du pouce une seconde. Non, il ne pouvait pas partie : n'était-ce pas ce qu'elle s'évertuait à répéter depuis tout à l'heure ? L'homme se retourna vers le groupe au loin derrière lui, et Nuna en profita pour y jeter un coup d'oeil elle-même. Concentrée sur le semblant de conversation qu'elle menait elle-même, elle avait complètement perdu le fil de ce qui se tramait là-bas et n'avait plus aucune idée de la teneur des discussions. Elle fronça brièvement les sourcils, le nez tendu vers la table des décideurs, tentant de détecter quoi que ce soit. De quoi être rassurée, de préférence. De quoi se préparer au pire s'il le fallait. De quoi savoir ce qui se tramait dans tous les cas. « No, em ste nou odon » souffla-t-elle en retrouvant l'homme et le présent, laissant derrière lui toutes les négociations à ceux qui en avaient pris les responsabilités. « Ai nou get ha yu laik hir ba ai nou gaf tings kom go sut. » Il ne comprenait peut-être pas ses mots; c'est ce qu'elle essayait de déterminer dans son regard, tout en essayant de transmettre avec le sien la traduction de ce qu'elle ne savait pas comment exprimer. Dans les expressions de l'homme, pourtant, elle lisait une forme de détresse qu'elle finit par comparer à la sienne, comme si tout ce qui se passait ici, aujourd'hui, autour d'eux, était hors de leurs terrains habituels. Peut-être était-il aussi étranger à ce genre de grandes choses qu'elle l'était. Peut-être que c'était parce qu'ils étaient deux outsiders qu'ils se retrouvaient ensemble, si proches de l'entrée du village, sans trop savoir comment s'exprimer, sans trop savoir quoi se dire, de peur de trop en dire ou de ne pas assez en dire.

Attendre, disait-il ? Silencieusement, elle le regarda passer à sa gauche et s'asseoir contre le mur, à une distance respectueuse d'elle. Elle grimaça en imaginant les baies s'écraser encore davantage dans les poches et finit par se laisser glisser à son tour contre le mur pour s'asseoir dans la terre sèche. Pourquoi... elle répéta la question plusieurs fois dans sa tête, se touchant nerveusement les mains qu'elle avait posées sur ses cuisses. Elle décortiquait les mots, ralentissait leur rythme. C'était un exercice compliqué que de mettre autant d'importance dans des mots qu'elle n'avait que trop peu côtoyés. Elle était en retard sur tous ceux qui avaient gambadé ce monde ces dernières années, rencontré des Débarqués et perfectionné leur langue à leur contact. « Mebi seimon as yu. » Elle n'était pas une leader, pas une diplomate, pas quelqu'un à qui on confierait des choses d'adultes, pas quelqu'un à qui on confierait des choses aussi importantes. Elle tourna la tête vers lui et, hésitante, avec un petit sourire timide, se tenta à de l'anglais maladroit. « Sûrement... toi ? Comme... toi ? » Son accent était à couper au couteau et elle détourna aussitôt son regard, qui retrouva malgré elle le groupe au loin. « Quoi... tu penses, dire, là-bas ? » Elle désigna du menton la table où tout se passait, et se tritura un peu plus les mains au moment de faire un premier pas plus personnel. « Ai laik Nuna kom Maunkru. Yu ? »

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Jonas Webber
26/06/2018 ELOW ; DEVOS, ĆIRO & IRINA ; 136 GEORGE MACKAY ; ELOW ; JARDINIER & CUEILLEUR, VOUS LE TROUVEREZ AUSSI SOUVENT PRÈS DU GRAND FEU (IL AIME S'EN OCCUPER). 112
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Sujet: Re: After the storm (Jonas)
Dim 6 Jan - 16:33



after the storm
27 avril 2118


C’était naïf de sa part d’être là, mais au moins, pour une fois, Jonas a essayé. Il a pris sur lui, il a fait la moitié du chemin et maintenant, tout ce qu’il veut, c’est rentrer. Faire marche-arrière, prétendre qu’il en avait déjà fait assez, se limiter à ce petit moment. Il n’a pas besoin d’écouter ce qu’ils se disent. Il ne veut pas non-plus être au premier rang si tout se passe mal – car les choses ont tendance à se passer mal. De toute manière, Jonas ignore les enjeux réels de cette rencontre. Il est vite dépassé par tout et quand ça concerne les autres tribus, il a du mal à suivre. Il ne sait rien de leur habitude, de leur langue, de leur savoir-faire. Il n’y a que les Naoris qui ont, quelque part, réussi à gagner sa curiosité sans doute parce qu’ils maîtrisent la même langue que lui et qu’il peut dire et expliquer les choses à sa manière. Là, tout ce qu’il gagne, c’est d’être mal compris ou ignoré, ou pire encore, maltraité. La seule idée d’offenser quelqu’un par sa bêtise, l’effraie. Il aurait dû coller Andrew et ne pas le quitter, garder la bouche close et baisser la tête. Peut-être que la journée aurait été plus rapide, peut-être qu’il serait déjà rentré si ça avait été le cas. Qui sait ? Maintenant, il est là, face à elle.


Elle, elle est légèrement plus petite que lui. Pourtant, il a l’impression qu’elle pourrait bien lui briser les os s’il fait un geste de travers. Sa peau est aussi plus bronzée que la sienne et Jonas trouve ça jolie. Lui, il est trop blanc, trop pâle, comme un fantôme qui rôde dans les bois obscurs à la recherche d’une chaleur. Il est si blanc qu’à chaque fois qu’il rougit, cela se voit à des kilomètres. Impossible de passer inaperçu. Aussi, elle a des yeux plus sombre que les siens, mais il les trouve plus expressifs. D’une certaine façon, elle lui fait peur. Il ne sait pas ce qu’elle cherche à lui dire, ce qui ne vas pas ou pourquoi il ne peut pas partir. Qu’elle refuse la nourriture qu’il lui apporte ne fait que confirmer à quel point il a du mal à comprendre des choses simples. Il range donc les baies dans ses poches, ignorant alors les dégâts sur son pantalon. Ce sont des choses qui lui échappent, des choses auxquels il ne se préoccupe pas. Comme d’habitude, il va sans doute oublier ce qui se trouve dans ses poches avant de se rendre compte, bien plus tard, ce qu’il avait fait. En attendant, il préfère attendre là. Oui, c’est bien d’attendre là. De rester, de faire acte de présence, et d’attendre la fin pour partir avec les autres. L’idée de devoir y retourner lui fait bien trop peur, alors il préfère rester à coté de cette fille. Il ignore complétement ce qui se dit, plus loin, il oublie même qu’il se passe quelque chose. Tout ce qu’il sait, c’est qu’il doit attendre maintenant et ça, ce n’est pas très compliqué à faire.

« Je ne comprends pas, désolé. On est peut-être destiné à ne pas se comprendre, d’ailleurs. » Il se gratte la tête, baisse les yeux et regarde ses pieds – chose qu’il fait souvent quand tout le dépasse un peu. Ils sont pourtant identiques, des êtres humains, mais pour communiquer, c’est une autre paire de manche. Pourtant, dans son charabia, il se dit qu’elle essaye sans doute de lui expliquer qu’il ne doit pas partir, que ce n’est pas terminé et qu’il est préférable qu’il y retourne. Il essaye d’y voir une logique, et puis sa voix est moins menaçante alors il se sent plus à l’aise. C’est peut-être pour ça qu’il décide de s’asseoir à ses côtés, d’attendre avec elle. En s’asseyant, il sent qu’il écrase certaines baies. « Oh zut… » Maladroitement, il enlève ce qu’il avait sur les poches et le pose par terre à ses côtés. Il fait ça doucement et ses doigts changent de couleur. Il remarque ensuite l’état de ses poches puis hausse les épaules. De toute manière, il ne va pas essayer de nettoyer ça maintenant. C’est ridicule. « Je ne suis pas très doué. » Il sourit à l’inconnue, comme si elle peut comprendre, puis essaye de se frotter les mains pour qu’elles ne collent pas. Elle doit avoir une piètre image de lui, maintenant.

« Comme moi ? » Il fronce les sourcils. Peut-être bien qu’elle craint, elle aussi, la foule. Qu’elle ne supporte pas le contact des autres ou alors, qu’elle préfère garder ses distances. Qu’elle sait, comme lui, que sa voix n’a pas forcément d’importance et que d’autres dirons des choses plus intéressantes. « Je ne sais pas. Je ne sais pas pourquoi je suis là, en fait. » Sans doute qu’elle ne comprend pas, mais c’est la vérité. « Mais j’espère qu’ils parlent de paix. La paix, c’est bien non ? » Il ne sait pas comment parler de paix avec ses mains, alors il dessine sur le sable un cœur. Un symbole universel, il imagine. Ou alors il y avait autre chose pour parler de la paix, mais il ne sait plus.

« Nuna ? C’est ton prénom ? » Et il présume que Maunkru, c’est sa tribu. Il y en a plusieurs, mais il n’a pas retenu tous les noms. Maintenant, il regrette de ne pas avoir fait plus d’effort. De ne pas avoir fait plus attention à ce qu’il entend parfois. Il met pourtant une bonne minute avant de se souvenir d’un détail. « Les montagnes, c’est ça ? » De nouveau, il dessine par terre ce qui ressemble au col des montagnes qu’il aperçoit de loin. « C’est la tribu des montagnes ? » Soudain, un frisson le parcourt. C’était avec eux, non, qu’ils étaient en guerre ? Oh, il ne sait plus. Il a des doutes et il est préférable de ne pas parler d’un tel sujet surtout avec quelqu’un dont il ne comprend pas tous les mots. Et puis, est-ce que c’est nécessaire, comme discutions ? Pas du tout. Surtout que lui, pendant cette affreuse journée, tout ce qu’il fait, c’était se cacher.

« Moi c’est Jonas. » Il articule chacun de ses mots, se désignant quand il donne son prénom. « Tu peux m’appeler Jo. C'est plus court. » Il rapproche ses mains pour expliquer le raccourissement.


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Nuna Cortez
12/10/2018 Lux Aeterna Murphy Cavendish 858 Zazie Beetz Lux Aeterna (vava, sign, gifs) Forgeronne et orfèvre (joaillière) Athna 1237


Sujet: Re: After the storm (Jonas)
Sam 12 Jan - 1:56



after the storm

Nuna Cortez & Jonas Webber

(27 avril 2118 / intrigue entre les Débarqués et les Terriens du Nord)


Si elle avait tout loisir de se demander ce qu'elle faisait là, Nuna avait aussi tout loisir de se demander pourquoi et comment on pouvait avoir accepté sa présence. Oh, avec du recul, on savait bien qu'elle était incapable de faire du mal à cette réunion. Elle était trop effacée, trop timide, trop craintive pour que n'importe quoi puisse arriver par sa faute. Tout le monde avait dû s'y attendre, à ce qu'elle s'isole dans un coin et se contente d'être là sans vraiment être avec eux. Mais pourquoi diable avaient-ils accepté de s’embarrasser de quelqu'un comme elle ? Était-elle là parce que les adultes étaient généreux, ou parce qu'ils voulaient prouver la diversité de leurs rangs ? Qu'ils n'étaient pas tous des guerriers forgés dans la roche ? De loin, Nuna guettait les deux repères pour lesquels elle craignait le plus. Son père et son cousin étaient au cœur des pourparlers et si les choses venaient à mal tourner, ils seraient sans doute parmi les premiers impactés -peut-être les premiers tués. C'était peut-être pour ça qu'elle était venue. Qu'elle avait voulu être là et qu'on l'avait laissée l'être. Elle veillait de loin sur les deux hommes qu'elle craignait de voir disparaître comme avaient disparu sa mère et son frère, beaucoup trop tôt, beaucoup trop vite.

Pourtant, en quelques secondes à peine, tous ses plans avaient changé. Elle ne pouvait plus rester isolée dans son coin à attendre que les choses se passent, à compter les secondes et les minutes qui défilaient, à voir le soleil poursuivre sa course, à féliciter silencieusement les participants à chaque instant passé sans qu'aucune goutte de sang ne coule. Ce plan-là avait été avorté dès qu'elle avait compris qu'elle n'était pas tout à fait isolée, en fait, et que les choses se dérouleraient ici aussi, qu'elle l'accepte ou non. Elle avait un rôle à jouer. Elle n'aimait pas ça, elle allait faire des bêtises, mais elle avait un rôle à jouer. A elle de s'en montrer digne. A elle d'empêcher que les choses s'enveniment parce qu'elle serait restée les bras croisés, incapable, paralysée par la peur d'empirer les choses. Mais elle se débrouillait très mal. Il suffisait de voir l'allure des vêtements du Débarqué après qu'il y ait rangé sa nourriture pour s'en rendre compte. Ses alertes ne l'avaient pas empêché de se préserver de pareil accident. Et dans la panique, le peu d'anglais qu'elle avait appris et retenu avec les années semblait se volatiliser. Quand elle essayait de le retenir, c'était dans sa propre langue que ça lui venait. Les regards qui exprimaient ce que la barrière des mots empêchait, c'était un ramassis de bêtises. A ce moment précis, elle avait l'impression qu'ils ne se comprenaient pas. Il aurait pu lui tourner le dos, passer devant les gardes pikunis et prendre la poudre d'escampette que ça ne l'aurait pas étonnée. Ils ne se comprenaient pas. Et parce qu'elle ne le comprenait toujours pas, elle le regardait d'un drôle d'air.

Mais finalement, ils étaient assis ensemble, côte à côté, séparés par une travée respectueuse, peut-être craintive. Nuna n'arrivait pas encore vraiment à le cerner, le jeune. Probablement parce qu'ils ne parlaient pas la même langue, et qu'elle accordait trop d'importance à ce qu'elle ne comprenait pas. Avec lui, elle perdait l'un des meilleurs indicateurs qu'elle avait de l'autre. Mais les indices ne manquaient pas pour autant. Il était serviable; en témoignait son aller-retour vers la table de banquet, à laquelle il avait piqué les armes colorées qui avaient maculé ses vêtements. Il était maladroit; en témoignait la couleur de ses poches. Il était pacifiste, en témoignait sa présence ici, plutôt que de l'autre côté des portes ou au cœur de l'action, à hurler comme un putois sur les preneurs de décision ou les guerriers. Il était timide, craintif peut-être; en témoignait le fait que ce soit à ses côtés à elle qu'il ait choisi d'être, plutôt que là où tout se passait. Ca lui suffisait, à Nuna, pour entrevoir un jeune homme de qui elle pouvait faire un allié, un collègue, peut-être un ami de quelques heures si les choses se présentaient bien, s'ils arrivaient à se comprendre sans partager le même language. Elle baissa le regard sur le reste de baies qui trouva place entre eux, posé à terre comme une offrande à quiconque voudrait leur offrir une seconde vie, après la mort qu'elles avaient frôlé dans ses poches. Ils n'étaient peut-être pas si différents, tous les deux. Peut-être qu'ils étaient excentrés, qu'ils se rejetaient du reste du groupe pour les mêmes raisons. Peut-être qu'ils avaient chacun trouvé un allié dans leur isolement volontaire. « Tu sais pas ? » répéta-t-elle avec un accent à couper au couteau. Elle non plus, elle ne savait pas ce qu'elle faisait là. Sans doute s'était-elle senti obligée de l'être, juste parce que l'idée de ne pas l'être lui paraissait inconcevable. Mais ça, comment l'exprimer dans une langue qu'on ne maîtrise pas ? « Moi non plus. » Les épaules affaissées, Nuna se blâma de devoir se contenter de cette réponse-là. Et quand le regard de l'Athna se dirigea vers le groupe plus loin, elle ne put s'empêcher de se demander à quoi ressemblait leur conversation, là-bas. Eux, ils devaient se comprendre. Et pour ceux qui ne se comprenaient pas, il y avait des traducteurs. Eux deux, de leur côté, n'avaient pas cette chance-là. Ils devaient se contenter du peu de moyens mis à leur disposition pour espérer avoir une conversation un minimum intéressante, avec ne serait-ce qu'un peu de répondant. La paix ? Les sourcils froncés, Nuna baissa le regard vers la terre dans laquelle son interlocuteur dessinait un motif étrange. Un cœur, sans doute. « Je... moi... pas... » Intéressée ? Comment on repoussait quelqu'un, dans leur langue ? Elle plaqua son dos contre le mur derrière elle, raide comme un piquet. Si c'était ça, elle ne voulait pas faire la paix avec lui. Intimidée, elle détourna le regard en cherchant les deux hommes de sa famille. En le guettant du coin de l’œil, elle glissa ses fesses dans la terre à l'opposé de lui, juste pour instaurer une distance de sécurité supplémentaire. Ce qu'elle avait compris du dessin ne coïncidait pas avec ce qu'elle avait perçu de lui, mais on n'était jamais trop prudent. Ce n'était pas le moment de créer un esclandre pour une drague qui aurait mal tourné. Nuna était contre toute forme de violence, mais si on la touchait sans qu'elle soit d'accord, elle n'hésiterait pas à frapper.

Comme pour se rattraper aux branches et changer de sujet, Nuna se présenta. Malgré elle, elle laissa un sourire se tracer sur ses lèvres lorsqu'il le répéta. Ils étaient à égalité maintenant. Ils avaient chacun découvert l'accent de l'autre dans la langue qui n'était pas la sienne. Et son prénom, à Nuna, sonnait étrangement dans cette langue anglaise. Elle approuva d'un signe de tête en osant enfin relever ses yeux vers lui. Peut-être qu'elle avait vraiment compris ses avances. Elle voulait tellement les avoir mal comprises. Ses prunelles retrouvèrent doucement la terre quand l'homme s'afféra à y dessiner ce qu'il tentait de dire. Montagnes. Par terre, il dessinait des trucs anguleux, simples, un peu moches, mais Nuna avait compris. Elle se pencha à son tour et, dans un sourire rêveur, réajusta quelques lignes, aplanit les monts trop pointus, ajouta quelques détails. Ses montagnes étaient belles, grandes, contrastées, douces et rudes. « Montagnes » répéta-t-elle en se redressant fièrement du dessin pour l'admirer. « Maunkru », confirma-t-elle alors que c'était à son tour de se présenter. Elle tenta de détacher les mots et les syllabes, les sourcils froncés, lisant autant sur ses lèvres que les sons qui parvenaient à ses oreilles. « Jo... » répéta-t-elle mollement. « Toi... premiers ou deuxièmes ? » De l'index, elle désigna le ciel, espérant qu'il comprenait de quoi il parlait. La conversation risquait d'être compliquée. Mais au moins, il n'avait pas quitté l'enceinte du village et au loin, elle capta le regard d'un des guerriers qui gardaient les armes et l'entrée du village. Son visage était étrangement moins engageant que celui du Débarqué assis à côté d'elle. « Toi pourquoi partir de là-bas ? » Chacune des syllabes se détachait durement de celles qui l'encadrait, mais elle espérait parvenir à se faire comprendre. Lui qui avait été près de la table où tout se passait... que s'y passait-il ?

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Jonas Webber
26/06/2018 ELOW ; DEVOS, ĆIRO & IRINA ; 136 GEORGE MACKAY ; ELOW ; JARDINIER & CUEILLEUR, VOUS LE TROUVEREZ AUSSI SOUVENT PRÈS DU GRAND FEU (IL AIME S'EN OCCUPER). 112
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Sujet: Re: After the storm (Jonas)
Dim 27 Jan - 23:54





after the storm
27 avril 2118

Maintenant qu’il est là, que peut-il faire de plus ? Il ne peut pas faire marche-arrière, il ne peut pas aller demander de l’aide pour se faire comprendre. Être coincé, comme ça, c’est habituel. Peut-être que dans quelques minutes, il oubliera même ce qui l’avait guidé vers la sortie, ou peut-être qu’il recommencera à vouloir partir et qu’elle l’arrêtera, de nouveau. Il suffit qu’il pose ses yeux sur elle pour qu’il se demande. Quelle est son histoire, à cette fille. Cette femme plutôt. Elle a une carrure particulière, quand même. Peut-être son métier lui impose-t-il une certaine main d’œuvre, peut-être est-elle une guerrière sans pitié. Peut-être, aussi, est-elle sa fin. L’épée qui sera responsable de sa mort, parce qu’il n’est pas capable de dialoguer avec une Terrienne sans l’offenser. Jonas peut envisager beaucoup d’éventualité, parfois à répétion se perdant dans le fil de ses pensées. Il sait qu’il n’a pas sa place dans la communauté, qu’il n’est pas fait pour ce genre de réunion. Pourtant, sa voix compte autant que celle d’un autre ? Non ? Son avis, mais qui veut vraiment l’entendre ? C’est un meurtrier. Instable, bavard pour un rien, maladroit comme le monde. Son innocence camoufle le sang sur ses mains, mais l’éternel visage coupable qui est le sien. La culpabilité, d’ailleurs, coule dans ses veines, le forçant toujours à baisser la tête, à courber l’échine. Il essaye de faire attention, de ne pas faire de faux pas, parce qu’il sait… Il sait qu’il ne peut pas se contrôler. Que ça peut encore arriver. Qu’il peut faire du mal.

Pourtant, ces dernières années de paix l’ont leurré. Il se trouve plus normal, bercé par un quotidien de liberté qui lui va si bien. Aujourd’hui, il voulait prouver qu’il avait sa place, malgré tous ses défauts. Cela durer un petit instant, avant que la crainte ne reprenne le dessus. Sa venue, c’est une erreur. Le fait qu’il soit en vie en est probablement une autre. Ce n’est pas avec Nuna qu’il va parler de tout ça, elle ne va pas comprendre. Elle ne va saisir que les grands mots, coller le pire à son visage et peut-être interprété négativement quelque chose qui vient en réalité du cœur. Personne ne le connaît vraiment, en fait. Il ne se laisse pas forcément aller, ni avec ceux qui lui sont cher. Même maintenant, il reste un mystère vivant. Pire, ils ne se comprennent pas. La conversation est d’autant plus délicate qu’elle ne se rejoint pas. Jonas n’est pas difficile pourtant et puisqu’il ne veut pas être responsable de quoi que ce soit, il se retient de partir en courant. Il se retient de pleurer aussi, mais finalement, elle ne lui fait plus si peur que ça. Elle est peut-être aussi désemparée que lui face aux manques de vocabulaires.

Face à sa question, il n’a qu’une réponse. Toute sa bonne volonté s’envole. Il ne sait pas. Il ne sait plus, peut-être. Il veut prouver quelque chose, mais au fond, il s’en sait incapable. Il avait simplement suivi le mouvement, oui c’est ça. Un mouton, en fait. « Peut-être qu’on veut juste être là. Parce que c’est important. » Il joue avec les baies, classant par couleur et par forme celles qui ne se sont pas trop écrasé contre sa poche. De là où ils sont, ils n’entendent rien. Au final, ils ne participent même pas. Ils ne sont que des témoins, des regards extérieurs.

« Tu es contre la paix ? Tu ne veux pas que les tribus s’entendent bien ? » De nouveau, il se gratte la tête, efface son cœur puis réfléchi à un autre symbole. Il essaye vaguement de dessiner deux mains qui se serrent, mais il n’est pas certain que ça soit compréhensible. Il y met du sien, pourtant. Il y va doucement, dessinant avec précaution dans la terre comme si ça avait une réponse capitale. Peut-être était-il en face de quelqu’un de fermer. Cela ne serait pas étonnant. Mais il préfère ne pas tirer de conclusion, ça serait bête. Et puis, depuis toujours, on lui dit bien de toujours réfléchir à deux fois avant de croire ce qu’on lui dit. Parce qu’il a tendance à interpréter les choses de manière très direct, très simple au final. Le second degré, cela lui échappe toujours. « Avec la tempête, j’imagine que tout le monde a besoin d’aide. » Il lève le regard vers la foule, plus loin. Le partage, c’est sans doute la seule chose qui compte.

Son sourire se fit automatiquement quand Nuna ajusta ses montagnes. « Manku. » Non, ce n’était pas ça. « Maunkru ». Il le répète plusieurs fois, il a peur d’oublier la manière dont il doit le prononcer. « C’est joli. » Et puis le dessin aussi, beaucoup mieux que ce qu’il avait commencé à faire. En même temps, il a un niveau dessin digne d’un enfant. Cela ne s’est pas amélioré avec le temps et la prison ne l’a pas aidé. « Oui, Jo ! Tu as vu, c’est facile. » C’est comme un petit miracle, qu’elle parvienne à prononcer son nom. Il trouve ça chouette. Il pourra dire, maintenant, qu’il connait Nuna de la tribu Mankru. Ah non, Maunkru. Décidément.

« Premiers ou deuxièmes ? » Il réfléchit, il se demande de quoi elle parle, il regarde même le ciel puis réalise. Il lui faut parfois un peu de temps. « Les premiers. » Et cette chute est encore vif, dans son esprit. Il croyait qu’on lui arrachait le peu de vie qui lui restait. Il croyait mourir, pour de bon. Pourtant, il a découvert à quel point la liberté est d’une beauté revigorante. Toutes ses années à rêver des forêts et du soleil sur sa peau… Aujourd’hui, il peut dire que ce qu’il préfère dans ce monde, c’est dormir sur une plaine un soir d’été, laisser le soleil s’effacer plus loin, entendre les oiseaux chanter dans le calme. La nuit fait baisser les températures, mais c’est agréable. C’est parfait.

« Parce que j’ai peur. » Il regarde Nuna droit dans les yeux. « Je ne veux pas créer de problème, je veux simplement rentrer chez moi. À la maison. » De nouveau, il baisse les yeux, recommence à dessiner sur la terre ce qui ressemble à une cabane. Son potage lui manque. C’est une bonne saison, d’ailleurs. Il y trouve son bonheur. Le calme qui le rassure et le maintien dans le monde réel. « Je voulais être là pour soutenir mes amis. Mais ce genre d’événement, ce n’est pas pour moi, tu sais. Je suis… » Quel mot pourrait-elle comprendre ? « Faible. Inutile. Personne n'a besoin de moi. » De nouveau, il l’observe. Il se demande, si elle comprend. Si elle perçoit sa détresse. Son mal-être. Ce n’est pas un guerrier, il a des mains de jardinier. Il cultive, protège, il ne frappe pas. Personne n'a besoin de lui, mais lui il a besoin des autres...




Nuna Cortez
12/10/2018 Lux Aeterna Murphy Cavendish 858 Zazie Beetz Lux Aeterna (vava, sign, gifs) Forgeronne et orfèvre (joaillière) Athna 1237


Sujet: Re: After the storm (Jonas)
Mar 5 Fév - 4:00



after the storm

Nuna Cortez & Jonas Webber

(27 avril 2118 / intrigue entre les Débarqués et les Terriens du Nord)


Pour la première fois depuis un bon moment, Nuna se surprenait à être gênée de la présence de quelqu'un. Pas pour la personne que ce quelqu'un était, mais pour ce qu'elle représentait. Sa solitude interrompue quelques minutes auparavant lui manquait subitement. Tout seule, elle n'avait rien risqué, à aucun moment. Avec cet inconnu à ses côtés, elle gagnait une responsabilité, aussi infime soit-elle, et prenait part à cette rencontre qu'elle s'était promis de suivre d'aussi loin que possible. Mais même s'ils étaient près de l'entrée du village, excentrés de ce qui se passait plus loin, ils étaient rentrés au cœur des enjeux débattus aujourd'hui. A leur échelle, à leur façon, ils étaient un échantillon représentatif de tout le reste; des efforts prêts à être fournis par l'une ou l'autre partie; des non-dits et de ce qu'on voulait se dire, transmettre, apprendre, partager; de ce qu'on préférait taire, des ruminations accentuées par le temps et le silence, des idées arrêtées depuis longtemps, des incompréhensions, des deux mondes qui se rencontraient pour la première fois. Pour quelqu'un comme Nuna, c'était beaucoup ; beaucoup trop à supporter, même, peut-être, pour de si frêles épaules. Elle n'avait pas la carrure pour porter le poids de telles responsabilités. Elle ne voulait pas décider à la place des siens, les pousser dans une voie qu'ils n'auraient pas choisis pour eux-mêmes. Elle ne voulait pas réduire leurs options par des maladresses qui n'avaient plus grand chose d'attendrissant dans de telles circonstances. On pardonnait à l'enfant qui disait une bêtise ; on ne pardonnait pas à l'adulte dont le pouvoir des mots était devenu indéniable. Car les mots pouvaient être aussi forts et tranchants que les haches qui naissaient sous les coups de son marteau et Nuna le savait. Elle imprégnait chacun des siens d'intentions et d'attentions aussi fines et louables que possible; les distillait et les choisissait avec soin et ingéniosité, consciente du pouvoir que chacun d'eux pouvait avoir sur son destinataire. Mais dans des circonstances pareilles, Nuna redoutait que la maladresse ou l'imprécision ne se mêle à ses habitudes polies. Elle ne parlait pas anglais, devait réquisitionner toute sa concentration pour comprendre seulement quelques mots qu'elle espérait être de mots clés. Comment, dans un tel contexte, pouvait-on parvenir à éviter la catastrophe ? Elle ne se faisait pas confiance. Alors se retrouver coincée aux côté d'un Skaikru s'avérait être une situation particulièrement pénible pour elle. Pas parce qu'il était lui, mais parce qu'il était de ce monde qu'elle ne connaissait pas, parlait une langue qu'elle ne connaissait pas, et pouvait représenter le début de heurts qu'elle ne connaissait que trop bien. Elle ne voulait pas d'une autre guerre, elle ne voulait pas perdre son père ou son cousin ou ses amis. Elle ne supportait pas l'idée que certains des enfants dont elle s'occupait régulièrement au cœur du volcan puisse devenir orphelins, eux aussi, et c'était pourtant l'une des seules idées qui s'imposaient à elle quand elle considérait l'homme installé à côté d'elle. Le pire qui pouvait découler de ce moment de rien du tout, qui devrait avoir quelque chose d'un peu plus doux que ces images noires et lointaines qui s'imposaient à son esprit craintif.

Ce qu'elle faisait là, c'était donc une énorme erreur. Elle aurait dû penser à ce genre de scénarios et le redouter suffisamment pour l'éviter. En d'autres termes, elle n'aurait pas dû venir. Elle ne savait pas ce qui avait pu lui donner l'illusion de pouvoir gérer une pareille pression. Elle pensait sans doute pouvoir échapper à la moindre responsabilité, en s'isolant comme elle l'avait fait. Elle pensait sans doute qu'on en aurait rien eu à faire d'elle, qu'elle se serait fondue au paysage. La crainte de ne pas voir revenir au volcan ses proches avait sûrement été plus forte que tout le reste, y compris que celle de faire voler en éclat à elle seule tous les efforts qui finissaient enfin par payer. Et finalement, c'est peut-être l'inconnu et ses drôles de mots qui finirent par cerner tout ce qu'elle avait tant de mal à comprendre. Important. Oui, c'était important. Et doucement, elle lui jeta un regard approbateur et bienveillant, un petit sourire timide au coin des lèvres. Important, c'est tout ce qu'elle avait compris de son charabia, mais c'était tout ce qui comptait. Ils la savaient l'un comme l'autre, alors, l'importance de ce moment. Et peut-être que c'était le meilleur moyen de connaître les intentions de l'autre. A s'effacer comme ils le faisaient tous les deux, ils se montraient sans le vouloir qu'ils savaient ce qui se passait à la table des adultes, et toute la crainte qu'ils avaient à en faire partie. Leur absence du cœur des négociations ne pouvait prouver que la part belle qu'ils laissaient à la délégation de ces responsabilités aux autres. Ni lui, ni elle n'était leader. Ils étaient là parce que c'était important et parce qu'ils voulaient que ça le soit, chacun à leur façon sans doute. Mais aucun des deux n'était là pour faire vriller les choses. Sinon, ils ne seraient pas adossés à cette maison excentrée, à guetter de loin ce qui se passait, là où il se passait des choses.

Mais il suffit d'un instant seulement, d'un motif dessiné dans la terre à leurs pieds, pour que cette tranquillité de quelques secondes ne laisse place à une panique nouvelle. Que voulait lui dire l'inconnu avec un dessin pareil ? Le sang était monté aux joues foncées de Nuna, qui essayait de façonner une phrase claire et convenable dans un anglais approximatif, ne parvint qu'à bredouiller quelques mots qui ne voulaient pas dire grand chose. Elle les laissa en suspend de peur d'aggraver la situation, quelle qu'elle puisse être, et son regard s'échappa d'ici pour trouver une parade, n'importe laquelle. Aux intonations par lesquelles le blond lui répondait, Nuna comprit pourtant que c'était des questions qu'il lui renvoyait en retour. Elle lui jeta un coup d'oeil par dessus une épaule dressée en réflexe protecteur. Dans son regard, elle essayait de trouver la signification de ses questionnements. Il avait parlé de paix, mais qu'en disait-il ? Remettait-il en question la trêve parce qu'elle avait essayé de lui faire part de son absence d'intérêt ? Sa raison émit cette supposition aussi vite qu'elle l'écarta. Dans le regard de l'inconnu il n'y avait pas une once de malveillance ou d'inapproprié. Il ne comprenait pas. Alors les prunelles de la brune glissèrent à nouveau sur la terre à leurs pieds, où il dessinait quelque chose à la place du cœur. Et finalement, Nuna lui tapota sur l'épaule, presque sûre d'avoir compris où il voulait en venir. Son épaule se détendit et elle lui sourit timidement en lui tendant une main amicale, prête à être serrée. « Paix ? » répéta-t-elle par mimétisme, comme pour s'assurer qu'ils se comprenaient finalement. Elle suivit le regard du jeune homme, qui se dirigea vers les corps dirigeants qui continuaient de bavasser dans leur coin, peu conscient de la rencontre qui était en train de se faire et des incidents maladroits qu'on évitait tant bien que mal. Il parlait de tempête, le Skaikru, mais Nuna ne comprenait pas ce qu'il en disait. Ce qu'elle savait, c'est qu'ils avaient sans doute été parmi les plus épargnés, protégés par leur volcan. Les vents avaient soufflé fort, il avait fait froid, mais les dégâts avaient été minimes. Elle savait que les choses avaient été bien différentes dans d'autres tribus, parmi d'autres groupes. « Toi... tempête ? Grave ? » Elle remonta ses genoux vers elle pour s'y accouder en attendant une réponse. Malgré elle, elle tentait d'imaginer ce que ça pouvait faire de découvrir les éléments naturels pour la première fois. Ils avaient toujours fait partie d'elle, fait partie de sa communauté. Comment pouvait-il en être autrement ? Comment réagissait-on quand on rencontrait une tempête violente pour la première fois ? Sans doute de la même manière qu'elle réagirait si on l'enfermait dans une boîte métallique pour l'envoyer dans le ciel, bien plus haut que ses montagnes, bien trop loin de son volcan et de sa planète mère et tant aimée.

Elle fit retomber ses jambes pour s'installer en tailleur et s'appliquer à son tour sur le dessin qu'il avait commencé dans la terre et par lequel il avait remplacé les schémas précédents. Pendant qu'elle s'afférait à l'exercice, il répétait le nom de sa tribu, lui arrachant quelques sourires discrets, presque tendres. Il apprenait. « Maun, c'est montagne... Toi, être Skaikru... » De l'index, elle désigna le ciel d'un bleu azuré. « Skai » Les présentations furent faites et Nuna répéta le prénom de Jo, comme pour s'assurer qu'elle parvenait à le prononcer sans trop se ridiculiser et le ridiculiser. L'approbation du sus-nommé la fit sourire doucement, presqu'un peu fièrement, et elle tendit à nouveau le doigt vers l'arc céleste, cette fois-ci pour lui demander quand il était arrivé. Il y avait des dizaines d'autres questions qui grouillaient, mais beaucoup trop intimes, et beaucoup trop difficiles à formuler. Alors elle se contenta d'apprendre qu'il faisait partie de ceux qui étaient là depuis le plus longtemps. Comment pouvait-on se faire à un monde qui n'était pas le sien ? Il avait sans doute plus de courage qu'elle n'en aurait jamais, incapable de quitter son volcan seule ou trop longtemps, ou pour des raisons aussi basiques que la simple curiosité. Alors elle se contenta de lui jeter un coup d'oeil sans trop savoir quoi répondre, persuadée de sentir poindre une mélancolie ou quelques douleurs encore latentes. Elle ne voulait pas réveiller ces choses-là, Nuna. Alors elle remonta ses genoux contre elle, laissant les montagnes dessinées à la terre, et, pensive, tenta de savoir ce qui l'avait poussé à quitter les alentours de la table des négociations. Elle, elle ne l'avait même pas approchée.

Elle se sentit observée et elle tourna la tête vers lui pour trouver son regard, la tempe posée sur ses genoux. Elle le regardait, attentive. Peur. Peur. Elle avait compris ce mot, peur. Et même quand il eut baissé les yeux, Nuna continuait de l'observer, silencieuse, le regard un peu froncé, les lèvres entrouvertes. Sans qu'elle ne parvienne à attraper tous les mots, il y avait quelque chose dans cet instant, dans ces quelques secondes. Quelque chose de grave, de triste, de presque tangible, quelque chose qui émanait de l'aura de l'homme et envahissait l'atmosphère autour d'eux. Elle respecta la brève pause qu'il marqua avant de reprendre la parole, sans cesser d'essayer de capter des mots, juste quelques mots pour illustrer tout ce qu'elle ressentait sans parvenir à l'expliquer. Peut-être que les mots n'étaient pas ceux qui avaient le plus de pouvoir, finalement. Peut-être que c'était les émotions les plus fortes, parce qu'elles ne pouvaient pas être maladroites. Elles étaient toujours vraies pour ceux qui les ressentaient et on ne pouvait les reprocher à personne. Elles étaient les seules capables de faire se tendre la main deux inconnus. « Chez toi... skai ? » La question avait été posée d'une petite voix alors que dans tête courraient déjà des dizaines d'idées, à commencer par celle qu'il avait sa place ici, comme n'importe lequel d'entre eux. Il était un enfant de la Terre, lui aussi. Peu importe ce qu'elle, elle ressentait ou redoutait de ces arrivées récentes. Ils n'avaient pas moins le droit à ce foyer qu'eux. « Je suis... faible et inutile aussi. » Elle accrocha sur les adjectifs malgré la lenteur de sa diction. « Moi aussi, peur. » Peut-être que pour ne pas avoir peur, il fallait être au centre des décisions. Peut-être que c'était encore pire de rester en retrait, simples témoins de résolutions prises pour eux tous, en leur nom, et dont ils ne sauraient la teneur que lorsqu'ils seraient trop tard pour pouvoir y faire quelque chose. « Passer bien, non ? » Elle invita Jo à regarder le groupe au loin en en faisant de même. « Toi pas chef. Toi autre chose. Pas inutile... » souffla-t-elle sans quitter du regard la table au loin, le menton posé sur ses genoux. Il n'était pas chef ou diplomate, pas garde ou cartographe. Comme elle, il n'avait pas de place privilégiée là-bas. Leur absence s'y remarquait sans doute à peine, tout comme leur présence ici, contre le mur de cette maison, se remarquait sans doute à peine. « Ca finir. Maintenant ou tard. Ils besoin toi pour ce que tu fais, alors. » Elle haussa les épaules en prétendant de la nonchalance, non sans lui jeter un bref d'oeil inquiet par-dessus le bras enroulé autour de ses jambes. « Ca va ? » La question la ramena à ses premières leçons d'anglais, et elle fut presque fière de la certitude avec laquelle elle prononça ces simples deux mots qui avaient déjà le pouvoir de former une phrase.

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After the storm (Jonas)

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