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Nuna Cortez
DATE D'INSCRIPTION : 12/10/2018 PSEUDO/PRENOM : Lux Aeterna MULTICOMPTES : Murphy Cavendish MESSAGES : 1918 CELEBRITE : Zazie Beetz COPYRIGHT : Lux Aeterna (vava, sign, gifs) METIER/APTITUDES : Forgeronne et orfèvre (joaillière) TRIBU : Athna POINTS GAGNES : 788
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Les explorateurs du dimanche | Nuna - Page 2 Empty Re: Les explorateurs du dimanche | Nuna

le Lun 19 Aoû - 1:50


les explorateurs du dimanche

Nuna Cortez & Gen Deng


(22 novembre 2118 / intrigue Halloween)


« Alors on les écoutera, chez nous, et ils parleront... Enako et tous les autres. » Sa voix était douce, son regard paisible. Peut-être qu'ils n'avaient pas trouvé Enako ici, mais ils avaient trouvé une évidence qui s'était effacée à leur regard jusque-là : il n'y avait pas besoin de traverser le monde pour retrouver ce et ceux que l'on croyait perdu. Enako était restée à ses amours : son volcan, son homme, son fils, ses amis. Enako ne les avait jamais vraiment quittés pour de vrai et c'était maintenant qu'ils étaient si loin de chez eux qu'ils s'en rendaient compte. Ca avait pris un voyage et une sombre frayeur, mais maintenant ils savaient où trouver Enako -et les autres. Pas besoin de traverser les terres ou les océans ou de s'infliger les pires obscurités : ils étaient là, toujours un peu à leurs côtés, éternellement au sein de leurs montagnes. « On va bien, non ? » La remontrance était aussi sévère que celles qui l'avaient précédée. Nuna refusait que son ami se flagelle pour quoi que ce soit; elle était là, amie fidèle au poste, amie fidèle pour épauler celui qui en avait besoin. Les qualités de force des Athnas ne l'étouffaient pas; elle n'était pas une combattante et plutôt une force faible de la nature. Elle n'était pas une fonceuse ou une aventurière; elle préférait maîtriser les choses et être capable de les prédire. La tranquillité de la sécurité avait un charme que l'inconnu ne pourrait jamais lui offrir, malgré toutes les surprises dont il pouvait regorger. Mais au milieu de tous ces défauts qui l'isolaient des siens, Nuna savait se reconnaître une qualité, une unique qualité : elle était là pour ceux qu'elle aimait, entière et sincère, un peu candide parfois, toujours avec une tendresse qui lui ferait sans doute pardonner parmi les plus grandes fautes. Mais si Gen semblait convaincu de lui avoir failli, Nuna était convaincue en son for intérieur qu'il n'en était rien. Ils étaient sortis de la tour; ils en étaient sortis ensemble et entiers, et c'était tout ce qui comptait. Et puis, que pouvait-on faire contre des âmes égarées ?

Ou plutôt, que pouvait-on faire pour des âmes égarées ?

On ne pouvait pas qualifier Nuna de courageuse; ce n'était pas le trait le plus évident de son caractère, et il était masqué pour ne réapparaître que lorsque les circonstances l'exigeaient et qu'il devenait le dernier recours, la dernière alternative possible face à une catastrophe ou une réponse qui lui serait insupportable. C'était ce genre de circonstances qui était apparu ce soir, en ce début de nuit, en ce temps d'apocalypse automnale. Parce que l'alternative de laisser ces âmes perdues à leur perdition lui était inconcevable, Nuna avait plongé au plus profond de son être, juste pour y trouver une once de courage, juste pour parvenir à étouffer la frousse qui lui donnait envie de déguerpir jusqu'à retrouver son volcan, sa forge, sa maison, son petit jardin. Ici était un univers de fin du monde, un univers qui lui était suffisamment inconnu et fantasque pour faire naître chez elle frissons de peur et instincts de survie. Mais ce n'était pas eux qu'elle avait choisi d'écouter. Ce qu'elle avait choisi d'écouter, ce qu'elle avait choisi de laisser la guider, c'était cette plume de courage timide et à peine convaincu, c'était une envie et un besoin de faire quelque chose, c'était une incapacité à laisser derrière elle et dans la détresse des êtres vivants, des êtres à demi-vivants, des êtres qui avaient été vivants -peu importe ce qu'ils étaient ou avaient été, elle pouvait ressentir leur souffrance comme si elle était la sienne.

Non, elle n'avait pas d'herbes ou rien de ce que les avisés brandiraient dans ce genre de circonstances. Pas d'incantations ou d'alliés expérimentés. Il n'y avait qu'eux deux, mais ils étaient deux humains et ils disposaient des armes les plus vives et précieuses : ils avaient les mots. Ils avaient le cœur, ils avaient l'âme. Ils avaient l'humanité. Alors Nuna sourit timidement et tendrement à son ami, qui lui reconnaissait cette qualité, et lui caressa le bras pour seule réponse avant de retrouver le chemin du phare.

Il se dressait toujours là, intimidant au milieu de la nature sombre de ces mois d'automne. Mais il ne paraissait soudainement plus menaçant; il semblait presque humain, grand tas de pierres qui résistait comme il le pouvait au temps, érodé par les éléments, les années et ses interactions avec le genre humain. Et puisque ce qui les abritait devenait plus doux à l’œil et à l'âme, les esprits suivaient. Nuna n'irait pas s'aventurer sur les hauteurs de la tour; elle avait peur de la mer en contrebas, elle avait peur du vent qui fouettait le visage, elle avait peur des bris de verre qui jonchaient le sol, et elle avait peur de l'espace confiné et la prison qu'il pouvait devenir en l'espace de quelques instants. Alors elle restait là, sur le pas de la porte, purgatoire qui liait encore les morts et les vivants. Entre obscurité intérieure et brume extérieure, entre méfiance palpable et main tendue, il n'y avait qu'un pas, ce seul pas que l'on franchissait en une seconde. Nuna retenait la porte de son pied mais c'était à l'intérieur du bâtiment qu'elle s'adressait; à la cage d'escalier qui se dressait là, sombre et inquiétante, menaçante, mais probablement plus timide encore, réalisant à peine qu'elle s'ouvrait au monde. Derrière elle, Nuna devinait la chaleur d'une flamme que son ami avait allumée et ça la réconfortait. Il appelait les autres à la chaleur de la vie, à cette Terre qui n'était pas qu'obscurité et brumes lugubres. Elle croisa brusquement son regard et rechargea son courage dans les lueurs chaudes du feu qui s'y reflétaient.

Ses paroles étaient hésitantes mais ses gestes l'étaient probablement encore plus. Immobile d'un point de vue extérieur, elle était pourtant dans les starting blocks à chaque seconde, prête à prendre la fuite au moindre faux pas. Un pied dehors et un pied dedans, montée sur ressort même adossée à l'épaisseur du mur. Mais il n'y avait pour réponse que ces drôles de faibles lueurs chaudes qui la firent plisser du regard, silencieuse, attendant de chaque seconde quelque chose de plus ou de moins, un coup de vent ou une impression, un geste venu de ce purgatoire dans lequel s'étaient enfermées ces âmes esseulées. « Probablement » souffla-t-elle dans un sourire en jetant un coup d'oeil à Gen par-dessus son épaule. « Là où elles doivent aller, y'a sûrement plein de belles choses comme ça. » Des foyers chaleureux et tout ce qui s'y rapportaient : la chaleur humaine et les sourires, les rires et les histoires, de l'alcool et la vie, la vie humaine qui avait déserté ce qui restait des leurs. Et il ne resterait d'elles ici que les sourires et la légèreté d'âmes qui auraient trouvé une éternelle paisibilité. Comme Enako... Nuna baissa le regard vers Gen, qui était passé devant elle pour entrer dans le bâtiment et y récupérer un peu de ce qui paraissait être du sel. Il venait probablement de la mer qui continuait de s'écraser en contrebas des roches, sous le phare, et plus loin sur la longue plage de galets. « Nettoyer... » releva-t-elle en grimaçant. Nettoyer les lieux d'une présence qui ne demandait qu'à s'évaporer ? Les nettoyer de ce qui avait été une vie, une existence, un cœur, une âme ? « Ca vous aidera peut-être à trouver la suite... » s'excusa-t-elle dans un souffle à ceux qui les accompagnaient. Elle jeta un regard fuyant à Gen, tout aussi désolée de le reprendre. Mais le choix des termes était toujours un exercice périlleux pour quelqu'un qui, comme elle, les utilisait avec une précision dont il imaginait qu'elle avait un pouvoir de vie ou de mort sur ceux qui les recevait. Nettoyer les lieux, ça faisait de ces habitants malheureux des déchets à évacuer loin et vite, ça déshumanisait le peu d'humain qui restait de ces âmes abîmées par la prison des pierres et du temps. Le sel voletait dans les reflets tendres de la torche et au loin, sur le fond obscur de la cage d'escalier, les lueurs clignotaient sous les yeux de la brune, qui les observait avec une sérénité qui l'étonna elle-même. La fumée des feuilles qui se consumaient à leurs pieds envahissaient l'espace d'un de ces parfums simples que Nuna chérissait affectueusement. Gen avait offert à leurs interlocuteurs un environnement incroyablement doux et chaleureux et vivant; un échantillon, probablement, de ce qui les attendait s'ils faisaient le dernier pas vers la libération ultime. « Vous pouvez partir, maintenant. La suite vous attend... » murmura-t-elle en même temps que les lueurs furent soufflées par un air imperceptible, ne laissant derrière elles que le noir de l'escalier sur lequel dansait encore le reflet des flammes de la torche. Nuna sourit presque tendrement en se redressant contre l'épaisseur de la porte, jetant un coup d'oeil apaisé à Gen. Dehors, les chevaux étaient calmes et l'air était redevenu respirable au milieu de cette brume qui semblait s'être allégée. Les deux mondes s'étaient séparés, pour ce soir.
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Gen Deng
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le Sam 7 Sep - 16:00
La douceur de Nuna contrebalançait avec la dureté évidente de Gen. Elle parla de les écouter chez eux, les morts. Le brun hocha la tête, elle avait parfaitement raison et quelque part, cela le soulagea. Enako ne les avait pas complètement oubliés et cela le rassurait. Il avait toujours vécu sa mort comme un abandon et il avait mis de longues années à pardonner. Il s’était énervé la moitié du temps sans jamais pardonner. Aujourd’hui il pardonnait enfin il se rendait compte. Il tenait à s’excuser auprès de Nuna, se trouvant franchement gauche pour le coup. Il soupira quand elle affirma qu’ils allaient bien. Il hocha la tête, elle avait raison. Il décida de ne pas en rajouter une couche. Gen se dressa derrière Nuna avec sa torche en disant que le feu indiquerait le chemin. Il se demanda soudainement si quand on passait de l’autre côté, le chemin était si difficile à effectuer. Cela lui faisait peur pour quand son temps viendrait de partir et qu’il n’aurait pas le choix. Ferait-il parti des âmes colériques qui ne partaient jamais et rôdaient comme ici ? Gen frissonna. Il se demanda si Enako restait par colère ou si c’était pour autre chose, une sorte de mission. Il ne le saurait jamais, il devait faire confiance à son instinct.

Son épouse n’avait jamais été colérique, il n’y avait pas de raison qu’elle le soit devenue après sa mort, il l’espérait. Gen gardait toutes ces pensées en lui, ne voulant pas les partager. Il se sentait pudique sur ce sujet. Il ne savait pas si Nuna et lui faisaient les bons choix compte tenu qu’ils n’étaient pas des spécialistes des âmes. Le brun espérait juste qu’ils n’allaient pas s’attirer des problèmes, ils verraient bien. L’archer parla de nettoyer et perçut bien que les mots étaient bien trop maladroits pour être tolérés. Il aurait dû s’excuser, mais il haussa les épaules pour parer à la grimace de son amie. La réaction de l’homme était probablement enfantine, mais il ne savait pas comment réagir autrement. Il vit son regard fuyant quand elle le corrigea, mais il ne se vexa pas. Gen pouvait être orgueilleux, mais aussi reconnaître ses fautes aussi. Il reconnaissait bien qu’il avait merdé pour le coup. Son regard foncé était sans jugement et voulait bien dire qu’il acceptait ce qu’elle disait. L’odeur des feuilles brûlées emplit l’air et il se sentit si bien, si léger. Il laissa Nuna mener le bal et parler. Les mots étaient justes, posés. Ce fut à peine si l’athna remarqua les lueurs, un peu trop fermé d’esprit pour les voir correctement.

L’atmosphère changea et l’homme lâcha un soupir content et soulagé. Il se sentait mieux. Ils avaient visiblement réussi à apaiser les âmes perdues. Gen ressentit une intense fatigue. Il recula. Les chevaux étaient calmes et cela le rassurait. Il s’assit sur l’herbe fraîche et soupira un grand coup. Il avait la tête qui tournait un peu, mais cela passa. Il se sentit mieux. « Quelle journée de folie. On l’a vraiment échappé belle. » Il la regarda et sourit. Son sourire était sincère et joyeux. Gen ressentit une intense fatigue. Il regarda les chevaux. « On pourra dormir près d’eux. Ils font bien le système d’alarme. » Il n’y avait rien de mieux que des chevaux pour vous signaler quand il y avait un prédateur qui rôdait. Un cheval qui dormait restait alerte, en tout cas quand ils dormaient debout. Gen se redressa. Il frotta son pantalon. Le brun posa sa torche et l’éteint d’un coup de pied précis. « On peut partir demain, cela nous fera arriver pas trop tard chez nous. » Sauf si elle voulait visiter la mer. Il regarda au loin la mer sombre et agitée ce soir. S’il se souvenait bien, c’était la première fois qu’elle venait ici. Lui détestait l’eau, cela le rendait vraiment malade.
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le Ven 13 Sep - 0:40


les explorateurs du dimanche

Nuna Cortez & Gen Deng


(22 novembre 2118 / intrigue Halloween)


Ce qui comptait, pour Nuna, c'était d'avoir accompagné Gen dans une mission qui lui importait. De ne pas avoir tout su dès le départ ne changeait pas grand chose : elle lui faisait entièrement confiance et lui aurait confié sa vie sans ciller, alors peu importaient les raisons qui avaient poussé son ami à organiser un voyage à l'autre bout de leur continent. Et ce soir, en ce bord de mer, à l'intérieur d'un bâtiment qui semblait appartenir à un autre monde, il avait trouvé des réponses. Des réponses qui ne se prononçaient pas vraiment et auxquels les mots ne rendraient jamais justice, mais des réponses qui se ressentaient dans le cœur et dans l'âme. Il fallait sans doute avoir profondément aimé et passionnément perdu pour comprendre la force de quelque chose d'aussi intangible. Et ces quelques instants perdus dans le temps et dans l'espace, il fallait sans doute être soi-même un peu hors de ce monde pour les vivre. La douceur de Nuna était lourde à porter mais ces moments étaient de ceux qui lui rappelaient qu'elle pouvait trouver une place dans ce monde. Tutoyer l'impalpable, s'émouvoir de ce qu'on ne pouvait pas voir...

Et partager ces sensations, angoisses, sentiments, impressions et réflexes, c'était probablement l'une des plus belles preuves de l'existence d'une amitié. On pouvait ne pas comprendre ce qui avait pu tant les rapprocher, Gen et Nuna; mais il suffisait d'être un témoin invisible de cette scène pour que tout éclate au grand jour. Leur amitié se passait de mots. Elle s'était construite sur une présence et des absences, sur une tendresse aussi tangible que timide, sur une longévité affectueuse qui n'avait rien à envier aux liens de sang. Et puis ces quelques moments le mettait en évidence : elle s'était aussi construite sur une sensibilité commune, sur l'unisson de deux âmes un peu esseulées. C'était se perdre à l'autre bout de leur monde, au milieu d'une brume qui isolait des terres et des mers environnantes, qui révélait la profondeur de ce qui les unissait. Et ils n'avaient pas besoin de témoins pour approuver de ça; leur amitié n'avait pas besoin qu'on la valide parce qu'eux, ils savaient ce qu'elle valait. Ils savaient son importance et Nuna espérait qu'en cet instant, Gen sentait sa présence et son soutien au plus profond de son cœur. Elle voulait être son épaule et sa béquille à chaque moment sensible, et ce moment précis, elle le savait, en était un. Il était là pour Enako. Il était là pour retrouver sa femme, pour partager un instant et un morceau de son cœur avec la disparue. Et Nuna, si elle crevait d'envie de retrouver Enako elle aussi, n'était là qu'en second rang. Elle accompagnait le héros de cette narration et avait été choisie pour en être l'alliée.

Peu importait quelle pouvait être l'identité des inconnus qu'ils avaient croisés dans la tour, maintenant. Ce qui comptait, c'était qu'ils avaient été escortés pour quitter les lieux - et donc que les leurs s'avéraient toujours là, prêts à répondre au moindre appel. Appel des mots ce soir, mais appel des larmes au cœur des nuits les plus difficiles, appel des rires dans les journées les plus ensoleillées. La soirée, jusque-là, avait collé bien des frissons, mais la voilà qui réconfortait par la présence des êtres aimés. C'était des frissons de tendresse, maintenant, et il n'y avait plus que la bienveillance qui dirigeait Nuna. Elle n'était pas rassurée mais ce n'était plus l'angoisse qui parlait à sa place lorsqu'elle s'adressait aux âmes rôdaient en ces lieux, et elle s'adressait aux inconnus comme elle se serait adressée à n'importe quel vivant un peu désemparé. Il y avait encore de la méfiance mais elle n'était plus angoissée. La moitié de son corps qui avait investi l'entrée de la tour en était la preuve; l'autre moitié était signe de ce doute qui subsistait mais il était négligeable, parce que c'était vers les escaliers que son regard se dirigeait. C'était l'invisible et l'inconnu qu'elle fixait droit dans les yeux.

Et puis le monde fut moins lourd, subitement. Une succession de mots et de non-dits et la brume était plus légère sur leurs épaules. Le phare s'était vidé de tout un monde intangible. La mer rencontrait les galets en contrebas avec plus de douceur, et les couleurs carmines de fin de journée n'étaient plus agressives mais se contentaient de caresser la côte avec une chaleur enveloppante et réconfortante. Lorsqu'elle se redressa contre le mur, Nuna savait que la donne venait d'être changée. Pour leur soirée, pour sa conscience, mais sans doute avant tout pour ceux qui venaient d'être libérés de leur piège. Le regard qu'elle lança à Gen la laissa entendre qu'il avait capté tout ça, lui aussi, et qu'ils pouvaient maintenant se raccrocher au cours de leur vie sans plus se soucier des âmes esseulées du phare. Silencieusement, elle le regarda s'asseoir par terre, dans un mélange d'herbe humide et de la terre battue par tous ceux qui avaient visité les lieux avant eux.

Maintenant, c'était l'après. C'était la fin de l'angoisse et le début d'une nuit apaisée. Ils n'avaient plus à courir ni contre les menaces, ni contre le temps. « Oui, c'est fini... » souffla-t-elle avec un petit sourire en se glissant dans la semi-obscurité jusqu'à Gen, pour s'asseoir par terre, à ses côtés. « On peut même dormir à l'intérieur, maintenant... » Elle se permit le petit sourire en coin de ceux qui venaient de participer à la libération et mise à disposition des lieux. Mais Gen semblait avoir la bougeotte et déjà, elle le regardait se lever. Elle ne bougea et le regarda de contrebas en arrachant quelques brins d'herbe pour jouer avec. « T'as trouvé ce que tu voulais, ici ? » La question n'était pas naïve ou innocente; elle voulait l'entendre répondre par la positive. Elle voulait qu'il s'entende affirmer qu'Enako était toujours à ses côtés, parce que telle était la vérité -ou telle était sa vérité, mais telle devenait leur vérité d'amis en symbiose. Enako, comme tous ceux dont ils avaient du être séparés trop tôt, demeurait à leurs côtés tant qu'ils les portaient dans leur cœur. Ils n'étaient pas coincés, enfermés ou piégés comme avaient pu l'être ceux qu'ils venaient de libérer. Les leurs vagabondaient entre les deux mondes et laissaient toujours un peu d'eux ici pour veiller sur ceux qu'ils y avaient laissés. Leurs disparus, eux, avaient choisi. Leurs disparus n'étaient pas rattachés à des pierres ou à des malédictions; ils demeuraient liés à ce monde par l'amour qu'on leur y portait encore. S'ils avaient encore un pied ici, c'était par l'une des plus belles bénédictions qui avaient été données à l'Homme dans sa condition humaine : sa capacité à aimer profondément et de manière inaltérable. Alors Enako était là parce qu'ils y étaient; mais elle était aussi dans leurs montagnes, chez Gen, à tous les coins de leur village et partout dans leur volcan. Elle était auprès de son époux et de leurs fils; elle était avec sa famille et ses amis; elle était partout où elle avait laissé un peu d'elle et les traces de son propre amour pour ce monde. Enako était là où les cœurs lui laissaient une place.

Finalement, Nuna suivit Gen et se leva à son tour pour longer pour le bâtiment et faire face à l'étendue maritime sur laquelle le soleil achevait de se coucher. Les premières lumières apparaîtraient de l'autre côté de l'horizon, le lendemain matin. « Avant de partir, je voudrais juste voir le soleil se lever de là-haut. » Du menton elle désigna le sommet du phare. C'était la mer qu'elle avait regardée de là-haut, mais la vue sur la forêt devait être aussi exceptionnelle. Par temps clair, on pouvait peut-être même deviner leurs montagnes. « Je crois que je vais le regarder se coucher sur la mer. Tu veux ? » proposa-t-elle en posant le regard sur lui et en lui tendant la main, malgré la distance qui les séparait. Il n'y avait probablement pas plus belle paisibilité que celle méritée comme ils méritaient la leur; il n'y avait probablement pas plus belle paisibilité que celle de la danse des astres, là-haut, bien au-delà de leurs considérations humaines.
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