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Wyatt Sheperd
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Wyatt Sheperd
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le Lun 8 Oct - 22:14
Unforgiven
« New blood joins this earth and quickly he's subdued through constant pain disgrace the young boy learns their rules with time the child draws in this whipping boy done wrong deprived of all his thoughts the young man struggles on and on he's known a vow unto his own that never from this day his will they'll take away


☁️ 8 octobre 2118

Wyatt est agacé. Il l'est souvent, faut dire, c'est pas un scoop. Mais aujourd'hui particulièrement parce qu'il a trop ressassé, trop perdu de temps depuis qu'ils sont sur Terre. Il s'est pris plus de claques dans la gueule en trois ans que dans toute une vie. Et si Murphy lui a fait réaliser qu'il avait perdu sa mère, réellement, devenue poussière, partie définitivement, elle lui a aussi fait comprendre qu'il fallait qu'il s'occupe de ceux qui étaient encore là. Ceux qu'il pouvait encore toucher du bout du doigt.

Et ça compte Eris. La douce Eris. Petite fleur complètement perdue dans cette planète trop grande pour eux. Il a mal de ce qu'il a fait et de tout comment s'est passé. Mal de pas avoir su dire les mots quand il le fallait et de l'avoir blessé. Il a mal de la voir autant souffrir sans jamais savoir comment l'aider. Elle lui brise le cœur Eris et il sait jamais comment le recoller. Enfin, ça c'était avant de faire quelques petites recherches. Il a pas suffit de grand chose, les gens sont bavards et curieux. C'était en janvier qu'il l'avait retrouvée en larmes et bouleversée, presque incapable de la réconforter. Il y avait un coupable derrière ces larmes et pour une fois, ce n'était pas lui. Non, ce n'était autre que Kayden.

Kayden et Wyatt c'est pas ce qu'on appelle une grande histoire. Ils n'ont pas spécialement eu besoin de Terre pour avoir un espace de millions de kilomètres entre eux. Comme dirait Mila, Kay, il est de ceux qui ne comprennent pas. Mais ça, Wyatt, il a longtemps eu du mal à l'intégrer. Les gens qui n'étaient pas comme lui, les gens qui n'aimaient pas la Terre aveuglément et qui ne quittaient pas tout pour elle. Finalement, il était devenu moins radical avec le temps, le cyclone et toutes les rencontres qu'il avait faite mais son avis sur Kayden, tristement, n'allait pas en s'arrangeant. Si Wyatt avait trouvé Eris en pleurs dans les bois par sa faute il n'avait jamais confronté l'odysséen, d'abord parce qu'il avait sa propre peine en tête et ensuite parce qu'il ne l'avait plus en tête. Mais depuis cette discussion avec Murphy, c'est comme s'il sortait la tête de l'eau. Comme si tout ce qui s'était passé depuis qu'ils sont ici remontait lentement à la surface pour venir le frapper en pleine face. Wyatt avait souvent du mal à respirer tant son crâne cognait. Et aujourd'hui, il cognait pour Eris et ce jour, ce souvenir parfait de son visage abîmé.

Alors il part se calmer, il a repris ses vieilles habitudes et il sait quand il ne doit plus affronter l'autre. Et clairement, s'il croise Kayden maintenant, ça va mal tourner, partir dans tous les sens et sans doute beaucoup trop loin alors qu'ils pourront simplement en parler. Juste pas aujourd'hui, ni demain. Ni dans deux ou trois jours. L'odysséen fait son sac, prend ses clics et ses clacs et se tire une fois de plus tout seul. Tout le monde s'en fout et personne n'y prête réellement attention. C'est Wyatt, il a l'habitude de partir en prévenant à peine. Il sera de retour d'ici quelques jours. Alors il prend la route, l'automne déjà bien présent et l'humidité qui pointe bien le bout de son nez aussi. Couvert comme il le faut grâce à l'aide des Naoris et autres commerçants qu'il a pu apprendre à apprivoiser au cours des années. Remontant sur ses épaules le sac qui glisse doucement il s'aventure seul dans les bois, là où finalement, il est le mieux. Là où il peut se calmer, s'apaiser avant de confronter qui que ce soit. Quelques jours passent et lentement, le biologiste perd la notion du temps. Il s'émerveille de cette saison qu'il n'a jamais réellement pu apprécier, finalement. La première année ils avaient autre chose à penser et l'an passé le cyclone venait tout ravager. Alors seul, dans les bois, face aux couleurs qui changent et l'atmosphère qui se charge de cet air qui prépare l'hiver, il se balade et s'avance toujours plus en profondeur jusqu'à s'y perdre, dans ces alentours qu'il connaît comme le dos de sa main. Sans paniquer, bien au contraire, il continue d'avancer jusqu'à se retrouver face au phare qu'il avait déjà vu et revu.

Mais cette fois-ci c'est différent. Si le soleil tape encore, il s'apprête à se coucher et Wyatt ne cesse de vouloir se rappeler de rumeurs dont on lui a parlé. Le problème avec lui c'est qu'il écoute pas souvent suffisamment et en l'occurrence il aurait sans doute mieux fait. Mais comme à son habitude, il ne s'en soucie pas vraiment et s'avance jusqu'à l'entrée de la bâtisse, les yeux rivés vers le haut de cette dernière il admire quelques instants son immensité d'un autre temps. Un temps avant lui mais aussi avant tous ceux qu'il connaît par ici. Perdu dans ses pensées, calmé de ses journées à vadrouiller seul dans la forêt il sursaute pourtant en entend le bois mort craquer derrière lui. Instinctivement, il se retourne pour faire face à une silhouette bien connue. Kayden, justement, celui qu'il a tant voulu éviter se trouve au milieu de nulle part, pile ce soir. C'est quand-même fascinant, non ? Wyatt sourit et son cœur se calme alors qu'il fait signe à l'autre de s'approcher de lui. « Kayden, qu'est-ce que tu fais par ici ? T'es seul ? » Une interrogation sincère, sans amertume aucune. Calmé par les bois, happé par le phare qui se trouve juste derrière lui et dans lequel il s'apprêtait à passer la nuit. « Tu sais qu'il est tard ? Tu n'auras pas le temps de rentrer avant la tombée de la nuit... » Le moment lui paraît irréel et hors du temps. Il ne savait pas Elwood du genre aventurier et pourtant, les voilà là, tous les deux, perdu avec pour seul refuge le phare à leur côté. « J'ai de quoi faire un campement pour la nuit. Je comptais dormir dans le phare, si ça te dit. » Il ne l'oblige à rien, il hausse les épaules même, pour accentuer ses mots.

Le hasard fait parfois les choses de manière bizarre et finalement, pour le moment, il oublie Eris et surtout la colère qu'il avait en lui. Il oublie les questions qu'il a longuement répétées pour le blond face à lui. Non, ça lui importe peu. Parce qu'il va mieux, pour le moment. Parce qu'il se sent mieux, pour l'instant. Ç'en est même surprenant, puisque Wyatt en vient à chercher dans ses souvenirs si le débarqué lui avait parlé de vouloir se balader ci et là. Mais rien ne lui revient, alors comme un réflexe un peu stupide, il demande, les sourcils froncés et le regard réellement interrogateur. « Tu vas bien ? »




Dernière édition par Wyatt Sheperd le Dim 27 Jan - 0:57, édité 1 fois
Kayden Elwood
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le Jeu 1 Nov - 23:58
Ça ne tourne plus tout à fait rond dans la tête de Kay. À vrai dire, ça fait plusieurs mois que ça ne tourne plus tout à fait rond. Qu'il est un peu paumé dans sa tête et sa vie. Qu'il dort mal. Que, aux lueurs du petit matin, quand son cerveau se réveille avant son corps mais qu'il est encore plongé dans les cauchemars et qu'il se retrouve paralysé, incapable de bouger, mais éveillé et encore en proie aux cauchemars...Kay doute. Il doute de la réalité, de ce qui est hallucination ou vérité, de ce qui est tangible ou ne l'est pas.

Il a été si sûr, pendant si longtemps. Si certain. Il n'a peut-être jamais été le plus solide et logique des hommes, il a toujours plutôt eu la tête dans les étoiles, c'est vrai, mais Kay a toujours été plutôt optimiste. Plutôt du genre à penser au positif, à ne pas se laisser enfermer dans des peurs et cauchemars. À douter de tout.

Mais évidemment, c'était avant le monstre marin. Avant d'être balancé comme une vulgaire poupée de chiffon contre un roc, d'être sonné, de voir le sang s'écouler de son crâne, de se demander s'il va crever, là, sur cette plage, comme un con, pour rien.

De toute évidence, il n'est pas mort. Mais ça l'a pas empêché de penser pendant plusieurs secondes – une éternité – que ce serait plus simple si son coeur lâchait. Que ce serait moins douloureux que tout ça.

Depuis, Kay ? À sa peur du vide, il peut ajouter la peur de la mer. De la noyade. Il peut ajouter les cauchemars, et la nausée. Ça a duré un moment et au bout d'un mois, quand les symptômes se sont calmés, Kay pensait que ce serait fini, que tout redeviendrait normal. Qu'il serait exactement comme avant.

C'était avant de se réveiller avec comme la sensation de ne plus pouvoir respirer, coincé sous l'eau.

Alors, oui, il est parti au petit matin, à la hâte, il ne sait pas où, pourquoi, comment. Les préparatifs, ce qu'il a pu emporter ou pas avec lui...tout ça est trop flou. Il avait juste...juste besoin de bouger, évacuer l'énergie fébrile. Peut-être tombe-t-il malade ? Avec la chute des températures, les systèmes immunitaires fragilisés, ce serait totalement possible. Il frisonne, dans l'air frais, mais ça peut aussi bien être un signe de maladie que de froid ou simplement l'emprise encore trop forte du cauchemar sur lui. Il a toujours la sensation qu'il étouffe. Même avec le vent qui souffle, il n'est pas rassuré pour autant. Il fonctionne sur auto-pilote, Kay. Il se dirige vers le solide, vers la certitude, en sachant que sa boussole interne est totalement déréglée. Elle l'a toujours été. Il pourrait se diriger droit vers la plage, droit vers les ruines de ce village calusa, et il ne s'en rendrait peut-être même pas compte.

Il sait pas combien de temps il marche. À un moment, il réalise  que le soleil a changé de position. Qu'il a faim. Qu'il est fatigué. Que ses membres tremblent. Il est con, Kay. À fuir et fuir et fuir ses démons, il s'est perdu un peu plus. Aussi bien dans sa tête qui ne va plus tout à fait bien que dans la nature. Et quand il se rend compte, trop tard, qu'en voulant fuir la mer, c'est directement vers elle, et le ressac qu'il peut entendre, de façon lointaine, qu'il s'est dirigé, il a juste...juste envie de péter un plomb. Juste un peu. Juste...craquer un instant. Parce que ça va plus tout à fait comme avant, dans sa tête, et il sait pas vraiment comment réparer ça et ça fait des mois, et ça allait mieux, alors pourquoi ça revient, putain ? Pourquoi ?

Ses jambes tremblent. Il est probablement juste exténué. Dieu sait combien d'heures il a pu marcher, sans s'en rendre compte. À marcher dans la  forêt comme un homme possédé, sans réel souvenir de comment il est arrivé là.

Il a envie de s'effondrer, Kay, et de ne plus se relever. De fuir, à nouveau, loin de la mer. Aller vers la carcasse de l'Odyssée, peut-être ? Il en sait rien. Franchement, il ne sait même pas où il est, à part qu'il a réussi à se trouver près de la mer. Y'a un sombre et grande silhouette devant, qu'il a confondu de loin avec un grand arbre, avant que ses yeux ne s'adaptent et qu'il ne comprenne de quoi il s'agit. Le phare. Il ne l'a jamais vu lui-même mais il sait qu'il y en a un dans le coin. Au moins, maintenant, il a une vague idée d'où il se trouve. Et ça veut dire qu'il a passé une bonne partie de la journée à marcher, sans vraiment avoir conscience d'où il allait. Trop détaché, Kay. Trop perdu, Kay. Il faudrait qu'il arrive à se recentrer, à se tirer de cet état dans lequel il a plongé il ne sait trop comment. Les souvenirs, les cauchemars ne devraient pas avoir une telle influence. Il ne devrait pas être si paniqué, juste à entendre le bruit des vagues sur les rochers. Mais c'est le cas, c'est le cas, et même alors qu'il essaie de se calmer, de réguler sa respiration et se ressaisir, bon sang, y'a toujours la mer, encore et encore, en fond sonore, qui le rend doucement dingue.

Il sait pas combien de temps il passe là, à juste respirer pour retrouver un semblant de sanité. Des minutes, des heures ? Tout est possible. Il se sent un peu mieux, même si toujours fragile comme du verre, quand il bouge, se dirigeant vers le phare. Même s'il déteste être si près de la mer, avec la nuit qui tombe, il sait que c'est probablement encore moins dangereux que la forêt. Et il est peut-être en train de virer fou, parfois, Kay, mais il est pas totalement con. Et il a pas envie de crever. Ça, il l'a durement appris.

Il ne fait peut-être pas assez gaffe à son entourage, Kay. Ou peut-être qu'il ne s'attendait juste tellement pas à ce qu'il y ait quelqu'un ce soir qu'il est surpris  quand il entend son nom. Surpris de reconnaître le visage à quelques mètres de lui. Un instant, Kay ne sait pas trop quoi faire, comment agir, perdu comme un animal ébloui par les phares. Mais il est con, alors quand Wyatt lui sourit et lui fait signe d'approcher, Kay avance. Il ne doute pas encore de sa réalité au point qu'il imagine que Wyatt ne puisse pas être réel. Ses cauchemars sont centrés sur des sensations, des bruits, des odeurs, des  choses. Pas vraiment des gens.

Il essaie de lui rendre son sourire, l'ex-professeur, mais il n'est pas sûr de totalement y parvenir. Peut-être qu'il est un peu bancal, comme Kay l'est en ce moment. Il espère que Wyatt ne verra rien.

« Hm, oui, je suis venu seul. » Il ne répond pas à la première question. Parce qu'il ne sait honnêtement pas comment y répondre. Il tourne les yeux vers le soleil couchant, quand le conseiller fait remarquer qu'il est tard. « Je n'avais pas réalisé qu'autant de temps était passé. » Mauvaise réponse, probablement. Trop réelle. Mais Kay n'a jamais été très doué pour mentir. Il est trop naïf, a trop l'âme d'un enfant pour ça. « Je...oui, pourquoi pas. » Phrases décousues, qui ne répondent qu'à moitié à ce qu'on lui demande. Il essaie de lancer un sourire, qu'il s'efforce de rendre plus vaillant, cette fois. « Je n'ai pas vraiment...prévu ou anticipé quoi que ce soit. » La vérité qui coule, comme l'eau, d'entre ses lèvres. Il déborde, Kay. Ses idées s'entremêlent et lui échappent, comme une tasse trop remplie.

Et puis y'a la question fatidique, qui tombe. Tu vas bien ? Kay n'aime pas mentir, il n'y est pas doué. Mais il n'a pas envie de dire la vérité. Dire que son esprit, pour le moment, a l'air d'être en ruines.

« Ça va. » répond-t-il, fixant un instant les yeux de Wyatt, avant de les fuir. « Et...et toi ? Que fais-tu ici ? »

Il en oublie même la politesse de demander comment il va. Quelque part, il se désespère.
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le Mar 18 Déc - 20:17

Il n'a pas l'air d'aller bien. C'est la pensée qui s'immisce lentement dans les veines du Conseiller alors qu'il observe celui qui se trouve face à lui. Totalement ailleurs, presque aussi rêveur que lui, Kayden et Wyatt ne sont pas si différents dans le fond. Chacun avec leur monde bien à eux, leurs rêves bien à eux. Et si s'ordinaire les rêveries de son camarade ne l'atteignent pas plus que ça, celles-ci ont quelque chose d'étrange. Ce qui se dégage de ses mots, de sa manière d’articuler à ce petit goût d'anormal que l'on arrive pas vraiment à identifier. Pourtant l'Odysséen s'acharne dans les quelques questions de banalité ou plutôt de surprise. Pourquoi être ici ? Pourquoi maintenant ? Et si l'autre ne lui donne pas vraiment de réponse en retour, le biologiste en profite tout de même pour acquiescer par rapport à sa demande de logement.

Il ne l'avouera pas pour des raisons que lui-même ignore mais il est rassuré de savoir que le rêveur à ses côtés veuille bien lui tenir compagnie. Demi sourire en réponse à celui qui lui parle, petit rire qui s'échappe d'entre ses lèvres et quelques mots, à la va-vite, qui viennent accompagner ce geste d'épaule, haussement presque infime. « C'est rien, j'ai ce qu'il faut. » Profondément sincère, habitué à voyager et à anticiper l'imprévu, Wyatt se balade toujours avec un minimum de survie sur lui et sait relativement où chercher ce qui pourrait leur manquer. Mais tout ça s'efface subitement, plus rapidement qu'avec un coup de vent. La pensée qui revient sans cesse, qui ne quitte pas le brun finit par traverser ses lèvres. Va-t-il bien ? Wyatt s'est-il tellement déconnecté de la réalité, de ceux avec qui il avait l'habitude de parler qu'il n'est plus capable de reconnaître un comportement tout à fait normal d'un anormal ? Est-il à ce point loin de Kay ? Sa haine l'a-t-elle emportée sur toutes les années passées ? Pourvu que non, putain. La réponse du blond ne se fait pas trop attendre et laisse ce goût amer sur les papilles de l'explorateur. Le regard fuyant qui s'ensuit n'est pas pour rassurer le conseiller. Pourtant il n'insiste pas, détourne le regard à son tour pour observer ce qui les entoure. Puis Kay enchaîne avec la réciproque, les questions logiques et sensées, celles que tout le monde d'à peu près civilisé se doit de poser.

L'instant d'hésitation se lit dans le regard de Wyatt. Les yeux rivés sur la nature qui les entoure il finit par se ressaisir et trouver de nouveau le regard de l'ex-professeur. Après tout, n'y avait-il pas un lien avec Kayden au tout début de cette histoire ? Pour être franc, il ne s'en souvient plus vraiment. Au dessus de lui plane comme un nuage de flou, un nuage qui lui fait perdre les notions de réalité et d'illusion. La présence de l'odysséen à ses côtés le perturbe comme il l'a rarement fait. Se raclant la gorge pour retrouver le fil de ses pensées, Wyatt commence à articuler. « Je... je ne sais pas trop ? » Un peu trop sincère. Accompagné d'un nouvel haussement d'épaules et d'une main qu'il glisse dans sa nuque, il continue sur ce ton toujours un peu incertain. « Je suis parti dans la forêt pour me ressourcer, comme je le fais souvent. Puis j'ai fini par arriver ici. Et tomber sur toi. » Une vérité qui n'a pourtant rien d'une réponse précise, mais en même temps, y a t'il vraiment plus à dire ? Il n'en a plus la moindre idée. Oubliée Eris, oubliée la colère et tout le reste. Dans cet instant trop brut et trop inattendu, plus rien ne semble avoir d'importance.

« Je comptais récupérer du bois avant que le soleil ne se couche. Les nuits peuvent être un peu froides par ici, tu veux... tu veux venir avec moi ? » Tout semble un peu déconnant, un peu à l'ouest. Ce n'est pas dans l'habitude des deux hommes de faire des sorties en tête à tête. Attaché à sa solitude, Wyatt a souvent du mal à s'en sortir lorsqu'un élément inattendu vient interférer avec cette dernière. Encore plus quand l'inattendu est un être connu. Mais il essaie, c'est ça qui compte, pas vrai ? « T'es pas obligé, j'en ai pas pour longtemps, d'ici trente minutes j'aurais trouvé ce qu'il faut. » Un aveu à demi-mot, voulant se montrer ouvert sans pour autant le forcer, le Conseiller jongle entre deux tableaux. Mais putain, ça va continuer encore longtemps ce bizarre ?

Et puis une pensée lui frappe le crâne, celle qu'il avait mise de côté en croisant le regard du blond. Une pensée qui lui a torturé la tête jusqu'à ce qu'il vienne à le trouver. Peut-être que Kay à la réponse, il est intelligent, bien plus à l'écoute et sensé que l'autre à ses côtés. « Tiens, Kay, j'ai une question... » Qu'il commence à dire sous ce ton d'hésitation. Ses billes brunes venant se poser dans celles d'Elwood. « Depuis que j'aperçois le phare j'me dis que j'ai entendu un truc dessus mais... j'arrive pas à savoir quoi. Ça te dit quelque chose ? » Encore une fois profondément sincère, Wyatt quitte le regard du débarqué pour trouver celui de l'immense phare à leurs côtés. Peut-être que c'était mieux, non ? Plutôt que de continuer dans cette atmosphère étrange qu'il n'arrive pas à percer, c'était peut-être mieux de complètement changer de sujet ?

Ou alors il faisait la connerie de sa vie, et Kay à ses côtés avait peut-être vraiment besoin de lui. Lui dirait-il ? Lui montrerait-il ? Le cœur serré et le regard toujours aussi hésitant, Wyatt tente de garder le sourire tout en y réfléchissant. Comment fait-on pour tendre la main à quelqu'un qu'on ne connaît plus vraiment ? Comment fait-on pour être un réel soutien quand l'autre a sans doute besoin de tout le monde, sauf de nous ? Pas la moindre idée, qu'il se contente de penser. Alors il soupire discrètement et tente la seule chose qu'il croit pouvoir faire pour montrer à Kayden qu'il est en capacité de l'écouter. Même si, avec toutes ces pensées, il ne l'a pas totalement fait jusque là. Sa voix lui semble lointaine et finalement, les réponses à ses questions précédentes sont d'un flou sans pareil.

« Kay... J'suis désolé, tu sais. » Qu'il dit en éclaircissant sa voix doucement. Mais désolé pour quoi ? Il ne sait même pas la moitié de ce qui a pu se passer dans la petite tête du brun. « Je... J'sais que j'ai jamais été d'un très grand soutien, un peu trop... » Les hésitations s'enchaînent, marchant sur des œufs autant pour l'enfant des étoiles que pour lui. « … radical dans mes idées. Mais hm, avec tout ce qui s'est passé depuis qu'on est ici, j'veux... J'veux pas que tu penses que tu peux pas me faire confiance. » Un regard discret et une moue un peu désolée.

La confiance c'est quelque chose de terrible, de fragile et de précieux. Wyatt en a brisé des milliers de confiance au cours des années. Que ce soit sur l'Odyssée ou ici, sur Terre. Mais ce soir, il semble vouloir faire table rase du passé, de cette colère qu'il n'est pas toujours capable d'expliquer. Les gestes, la voix, le ton, les expression du blond lui donnent envie de se mettre de côté. Lui, ses convictions et tout ce qu'il a bien pu penser ces dernières années. De la compassion, de la vraie. Celle qui traverse le corps et donne des frissons. Sans comprendre un traître mot et encore moins une pensée qui traverse la tête de l'autre, Sheperd a pourtant envie de l'aider. Mais l'aider à quoi, au juste ? L'aider pour quoi ?

Ça n'a pas d'importance, n'est-ce pas ? Tout ce qu'on veut quand on dégage autant de détresse, c'est quelqu'un qui est là.
Kayden Elwood
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le Mar 1 Jan - 23:47
Il ne sait pas pourquoi il veut l'aider, Wyatt. Il n'a jamais été terriblement proche du conseiller. Peut-être qu'ils auraient pu se ressembler, d'une certaine façon. Et, superficiellement, ils ne sont pas si différents. Mais Kay est peureux et lâche et modéré là où Wyatt fonce sans peur et sans craindre quoique ce soit. Kay a toujours craint les conséquences, mais ça n'a pas l'air d'être le cas du conseiller. Mais après tout, il ne le connaît que superficiellement, et il le sait. Ils auraient peut-être pu s'entendre, autrefois, autrement. Mais un fossé s'est creusé avec le temps, avec la position de Wyatt et Kay n'a jamais cherché à effacer l'écart. Il n'est pas du genre à bousculer les choses.

Il perd un peu la tête, Kay. Il est plus fragile, a plus peur que d'habitude. Il sait qu'il ne va pas bien. Le bruit de la mer et des vagues le rende nerveux, la présence humaine de Wyatt aussi. Il s'est perdu dans sa tête et il ne sait pas trop comment en sortir. Comment agir correctement. Il est parti pour s'échapper. Il ne comptait pas tomber sur quelqu'un. Devoir prétendre à la sanité aussi vite. Il n'est pas prêt à jouer la comédie, Kay. Il n'y a jamais été doué.

Pourtant, égoïstement, il est un peu soulagé que Wyatt soit là. Parce que la mer, si proche, et les souvenirs qu'elle fait remonter à la surface, le rend doucement dingue. Elle le fait trembler, lui donne la nausée. Rien que l'odeur du sel et de l'iode le tétanise de peur. Il est con, Kay. Il est débile. Tout ça n'était pas réel. Parce que les monstres marins ne sont pas réels. Jamais une pieuvre géante ne l'a saisi pour en faire son jouet et le projeter contre la falaise. Non, jamais, tout ça était dans sa tête. Mais c'est presque pire, d'un côté. Parce que ça le fait douter de tout. Si son esprit est capable de conjurer de telles choses, et les faire paraître si réelles...alors qu'est-ce qui est réel ? Qu'est-ce qui ne l'est pas ? Kay ne sait pas, ne sait plus, la frontière est trop floue et même avant tout ça, la limite n'avait été très claire pour l'ex-professeur. Trop perdu dans ses romans, dans ses poèmes, ses traités de philosophie, il a trop souvent été détaché de la réalité. Maintenant, il flotte totalement, comme un ballon remplit d'air qui s'envole sans plus rien pour le rattacher. Il vole trop haut, s'éclatera contre quelque obstacle. Il ne sait juste pas quand la chute viendra.

Wyatt dit qu'il a tout ce qu'il faut et Kay hoche simplement la tête. Il n'est pas capable de lâcher un merci du bout des lèvres. Doit-il dire merci ? C'est comme si même la politesse lui échappait, désormais. Est-il si cassé que ça ? La question passe, puis s'envole. Il ne retient que l'essentiel, avant que son esprit ne replonge dans une énième spirale : Wyatt a ce qu'il faut et il veut bien l'aider et partager. C'est ce qui est important.

Même Wyatt ne sait pas trop ce qu'il fait là. Lui aussi est parti pour se ressourcer, est tombé sur lui par hasard. La question « tu cherches à fuir quoi ? » est sur le bout des lèvres de Kay, mais il la ravale. Wyatt ne cherche probablement à rien fuir. Il n'est pas comme lui. Il n'a pas peur de sa propre imagination cauchemardesque. Alors, même si c'est probablement trop peu, même si une personne normale aurait probablement creusé un peu plus, Kay est trop déstabilisé, trop peu solide en lui-même pour dire autre chose que « okay ». C'est nul, c'est terriblement nul, mais Kay use déjà de toute l'énergie qu'il possède pour ne pas se briser en mille morceaux devant Wyatt.

L'ex-professeur essaie de suivre, même s'il y peine. Tout semble passer trop vite ou trop lentement. Il ne sait pas. Il sursaute un peu, Kay, en entendant la proposition de Wyatt. Il a l'air d'hésiter, lui aussi, ne pas trop savoir comment l'aborder. Peut-être que Kay agit de façon vraiment trop bizarre ? Mais l'alternative c'est d'être seul, avec ces vagues qui frappent et frappent encore les rochers et le bruit le rend dingue, il ne veut pas être seul avec ça. Alors il s'accroche comme un con, comme un parasite, au fond, à l'offre de Wyatt. « Je te suis. » qu'il affirme, après un bref hochement de tête. Après tout, c'est censé de chercher du bois, faire du feu pour chasser le froid. C'est normal. Kay doit s'accrocher comme il peut à cette normalité. Pour ne pas s'envoler.

Il se tend, Kay, en entendant que Wyatt a une question. Il la redoute. Il craint le « qu'est-ce que tu as ? », « qu'est-ce qu'il se passe ? », « pourquoi t'es si étrange ? » ou encore, encore une fois « est-ce que ça va ? ». Kay ne sait pas quoi répondre à ces questions. Il ne veut pas y répondre. Il prie si fort, silencieusement, pour qu'il ne pose pas ces questions.

Mais non, c'est autre chose, qui franchit les lèvres du conseiller, et ça le tétanise presque tout autant. Quelque chose sur le phare ? Comme...le kraken à nouveau ? Rien que l'idée fait accélérer sa respiration, alors qu'il essaie de s'intimer au calme. Ce n'était pas prévu. Il devait échapper à ses cauchemars, pas replonger en plein dedans !

« Je...non, je ne sais pas. Je n'ai pas...ce n'était pas volontaire que je...tu crois que c'est en lien avec la mer ? » demande-t-il, la fin de sa phrase presque bouffée par la vitesse avec laquelle il a prononcé les mots.

La question n'a pas pu lui échapper. Parce que c'est tout à ce à quoi il est capable de penser, maintenant. Un autre monstre. Une autre hallucination trop réelle. Un autre tour de son esprit. Le fait de savoir que plusieurs en parlent, apparemment, ne le rassure même pas. Ils sont aussi plusieurs à avoir halluciné le monstre. Le regard de Wyatt quitte le sien et heureusement, il ne peut pas lire la peur dans ses yeux, ainsi.

Les propos de Wyatt le surprennent, l'alertent comme un animal pris en chasse. Il devient nerveux, Kay, encore plus qu'auparavant. Agité, fébrile. Peut-être qu'il a vu, finalement. Peut-être qu'il a vu, et Kay ne veut pas expliquer. Il ne veut pas paraître pour un fou. Il doute déjà de sa propre santé mentale, il ne veut pas que les autres le pensent aussi. Il veut guérir, Kay. Il peut guérir. Il ne sait juste pas encore comment.

Il parle d'excuses, de confiance et Kay ne sait pas d'où ça sort, pourquoi et pourquoi maintenant. Est-il si transparent ? Que se passe-t-il dans l'esprit de Wyatt ?

« Je ne comprends pas pourquoi tu t'excuses. On a...on a jamais été proches. » bredouille-t-il. C'est probablement dit de façon trop abrupte, trop franche, trop naïve, mais Kay a un contrôle trop ténu sur ses propres pensées et propos. Tout coule et coule et coule. Comme une plaie ouverte. Et il ne sait sincèrement pas de quoi parle Wyatt. Ça le perturbe, ça le perd. Il a l'impression qu'il y a une conversation qu'il ne suit pas, ailleurs.

Il ne sait pas quoi dire sur cette confiance. Que lui veut-il ? Qu'attend-t-il de lui ? Mais Kay parvient à retenir ces questions. Il a trop peur de leur réponse.

« Je...ça va. » répète-t-il, peut-être pour se convaincre lui-même que ça va aller. Qu'il finira par aller bien. Pour essayer de retrouver un semblant de normalité, pour s'éloigner de ce terrain dangereux qu'est son bien-être mental, il ajoute, avec un sourire vacillant et avec toute l'énergie qu'il parvient à réunir : « On devrait aller chercher ce bois, hein ? »
Wyatt Sheperd
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le Mer 3 Avr - 20:16

On dit souvent que moins et moins font plus. On pourrait donc croire que l'association Wyatt et Kayden mènerait à de longues discussions ou personne n'est capable de se taire et où tout s'enchaîne plus vite qu'on n'arrive à l'assimiler. Ce n'est pas le cas. Aucun des deux n'est à l'aise, pour des raisons qu'ils ne saisissent probablement même pas entièrement. Là où Wyatt devient extrêmement pragmatique en expliquant qu'il a de quoi les faire survivre pour au moins cette nuit, Kayden répond par l'affirmative sans chercher plus loin.

Le malaise qui s'installe dans l'air est presque palpable tellement il est présent. Si l'ex-professeur le suit pour aller récupérer du bois sans trop poser de questions, le conseiller ne sait pas trop comment le prendre ni même comment continuer cette soirée qui s'annonce pour le moins étrange. Alors il fait ce qu'il finit toujours par faire, il dérive, son esprit s'attache à une pensée qui n'a rien à faire là et il l'articule à haute voix. Le phare, ce phare qui lui reste en tête sans qu'il sache pourquoi, peut-être que l'autre sait, lui. Le biologiste a l'impression d'avoir dit une connerie, la peur saisit le visage du blond et sans qu'il comprenne pourquoi, même ses mots deviennent hésitants. S'il avait su, il aurait gardé sa question pour lui. La question qui termine l'hésitation de l'odysséen laisse Wyatt perplexe. La mer ? Pourquoi lui parler de la mer ? Quelques secondes pour que toutes les informations traversent son crâne et pourtant, le lien ne lui semble pas évident. Haussement d'épaules, il finit par répondre avec une douceur honnête. « Non, j'crois pas... Du moins la mer ne me rappelle rien, donc ça doit vraiment pas être ça. Mais c'est peut-être vraiment rien, tu sais. » Se voulant maladroitement rassurant, il se permet de rajouter. « J'ai trop l'habitude de n'écouter que d'une oreille ce qu'on me dit, résultat je finis par associer des choses qui n'ont rien à voir les unes avec les autres. » Sourire un peu douteux, il se gratte l'arrière du crâne et se demande s'il a encore empiré les choses ou s'il a réussi à un peu aider son camarade.

Mais évidemment, Wyatt ne peut pas s'arrêter là. Ce besoin de calmer l'angoisse qu'il ressent jusque sur lui le pousse à se confondre dans des excuses maladroites, des explications bancales que personne n'a demandé et dont il n'a pas la moindre idée de l'utilité. C'est pas tellement qu'il ne pense pas ce qu'il dit, il le pense, mais savoir si c'est vraiment ce qu'attend le blond de lui, ça, par contre, il n'en sait rien. Le biologiste n'est pas ce qu'il y a de plus doué en relations humaines, souvent il agit par réflexes des codes appris et calqués sur les autres depuis tout petit. Et il a appris que souvent, lorsque quelqu'un était aussi mal en sa présence, c'est qu'il l'avait blessé. Qu'à un moment donné, il avait fait quelque chose qu'il ne fallait pas faire. Alors il a appris à s'excuser, sans même comprendre pourquoi il le faisait. Simplement pour calmer l'autre, ne plus le blesser.

Complètement happé par ce que dégage le débarqué, il oublie tout le reste et s'oublie lui aussi, parce qu'il a besoin que tout s'apaise, que l'autre s'apaise. Mais Kayden lui offre une réponse qu'on ne lui avait jamais offerte. Il n'attendait pas d'excuses, il n'avait pas besoin d'excuses, peut-être même qu'il n'en veut tout simplement pas, pas de Wyatt en tous cas. La remarque saisit le brun qui se sent plus con qu'il ne se sentait déjà, ayant passé de la couverture à la quatrième de couverture son bouquin sur les relations humaines dans sa tête. Entièrement démuni, à nu face à une détresse qu'il ne comprend pas, qu'il ne saisit pas, le conseiller a l'impression d'avoir à nouveau dix ans. Dix ans dans une cage de fer, à voir les gens pleurer sans savoir quoi y faire. Cette impression de plus avoir sa place, ni ici ni ailleurs, d'être de trop, vraiment de trop.

Puis l'angoissé reprend, lui affirme que ça va, alors que rien ne va. Peut-être que c'est entre eux, avec eux, que rien ne va. Qu'au fond, Kay va bien quand Wyatt n'est pas dans le coin. Mais en cet instant précis, à ce moment précis, rien ne va. Tout semble comme décalé, bancal, dans un équilibre qui se casse la gueule sous leurs pieds. Le conseiller déglutit alors que son interlocuteur le ramène à une réalité plus stable et plus réelle : une tâche à accomplir. Quelque chose de palpable, un but commun. Le brun acquiesce sans un mot de plus, complètement déstabilisé par cet échange irréel alors qu'il pointe la direction à Kay. « Y a toujours du bois sec par là. » Sa voix s'étrangle un peu alors qu'il marche, plus lentement que d'habitude, histoire de vérifier que l'autre le suive et ne se perde pas.

Les minutes passent et tout semble toujours aussi bizarre. Le bois bon pour le feu finalement à leurs pieds, Wyatt se permet de briser le silence pour reprendre, pragmatique. « Est-ce que ça te gêne d'en porter une partie ? On en ramènera plus si on peut en prendre tous les deux. » Des flashs de sa soirée avec Eris lui reviennent en pleine gueule et si des choses semblent étrangement pareil, tout est pourtant si différent. Ce n'est pas tellement un fossé qui s'est installé entre eux avec ces retrouvailles mais bien une planète entière. Prenant silencieusement les bouts de bois pour les réunir dans ses bras, le brun finit par se redresser et tourner la tête vers celui à ses côtés. « Kay, j'suis peut-être pas très doué avec les autres mais... j'vois bien que t'es pas à l'aise... » Dans quoi il se lance, là, au juste ? « Si c'est moi qui te dérange, je t'aide à t'installer pour cette nuit et je m'en vais. J'comprendrai, tu sais ? » Est-ce qu'il a vraiment envie d'entendre que c'est lui qui fout l'autre si mal ? Peut-être pas, mais ce sera toujours mieux que de supporter cette angoisse qui le prend jusque dans la gorge. Alors il sourit toujours aussi maladroitement, détourne les yeux pour ne pas ajouter de la pression à sa question déjà problématique et se racle la gorge avant de finir par dire. « Pas besoin de faire semblant pour moi. » Parce qu'il est conseiller, et qu'il y a cet espèce de faux respect qui règne dans le camp. Déjà que Wyatt n'était pas très doué avec les autres, depuis qu'il est conseiller il a parfois l'impression d'avoir ajouté une carte à tout ce qui le sépare du reste du monde. Mais ça ne lui a pas enlevé sa sincérité. Probablement pour le pire, au vu des questions qu'il vient d'oser poser.
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le Lun 22 Avr - 23:09
T'as foutu le malaise, Kay. Forcément, tu l'as foutu, et pourtant, tu n'arrives pas vraiment à t'en vouloir totalement. Tu devrais paniquer, chercher à réparer les choses, parce que t'as jamais aimé les conflits, les malaises, qu'on t'en veuille. T'as toujours été du genre à chercher à réparer ou à fuir et nier quand ce n'était pas possible. Mais là, y'a le contrôle sur ta propre tête qui paraît déjà si ténu, y'a déjà la panique qui veut monter dans ta gorge et t'as pas le courage de faire des efforts en plus. T'as pas le courage de plus que ce dont tu es déjà à peine capable. Et puis, y'a ce phare et la mer toute proche et tu continues d'entendre le bruit des vagues. Même avec le bruit de vos pas, de vos respirations, de la forêt qui reste proche et vivante autour de vous, y'a une part de ton esprit qui peut juste se concentrer sur les vagues. Ça te demande déjà trop de tout faire pour ignorer ça.

Peut-être que t'es trop malade, à penser directement à ce monstre marin tiré de ton imagination empoisonnée quand on te parle de phare. Mais tu peux pas empêcher la peur de te prendre à la gorge, de transparaître à travers tes mots, ton expression. Et ça, Wyatt doit le voir, à son ton qui s'adoucit, devient rassurant. Il te ménage, tu le sais, il te prend peut-être en pitié, et si une part de toi déteste ça, une autre est juste soulagée devant ce mensonge évident.

« D'accord. » murmures-tu après avoir dégluti difficilement. Tu ne peux empêcher ton regard de se diriger furtivement vers la mer, comme si elle allait se rapprocher pour t'engloutir. La marée peut-elle faire ça ? Oui, sûrement, au mauvais moment. Est-ce que l'eau pourrait te submerger à nouveau ? Tu frissonnes rien que d'y penser et t'essaies de te contrôler, de penser à autre chose. Tu prends une inspiration, tournes ton regard vers Wyatt. Wyatt qui a l'air perdu, autant que toi. À cause de toi ? Tu ne sais pas. Ça te paraît fou, de pouvoir influencer l'autre. Le conseiller t'a jamais paru comme pouvant être facilement dévié de son cap. Et pourtant, t'as l'impression que ta réponse le désarçonne, que ce n'est pas ce qu'il attendait, qu'il ne sait pas quoi en faire. Il attendait quoi de toi, Kay ? Que t'acceptes ses excuses ? Mais tu sais même pas pourquoi il s'excuse, c'est ça le pire. T'es peut-être pas en état de fonctionner à 100 %, c'est vrai, y'a la peur qui coule dans tes veines, ternit ta vision, mais tu penses pas que le conseiller ait fait quelque chose qui puisse te porter préjudice. T'es dans un état trop fragile pour penser à quelqu'un d'autre qu'à toi, pour être honnête.

Vous essayez de revenir à la normalité, tous les deux, et même toi, à côté de la plaque à cet instant, tu le sens, ce malaise, tu la sens, cette envie viscérale de retrouver un terrain neutre, où les choses ne sont pas si inconfortables entre vous. Est-ce ta faute ? C'est sûrement ta faute. Tu dois suinter le mal-être par tous les pores, mais t'arrives pas à faire semblant, Kay, pas de façon convaincante, quand déjà t'es pas bien doué pour mentir.

Alors tu le suis, Wyatt. Tu le suis à travers la forêt et peut-être que t'es un peu trop près, mais ça te rassure, quelque part, sa présence. Elle éloigne les fantômes et la peur de la mer, rien qu'un peu, parce que tu dois te concentrer sur autre chose. Et puis la forêt te rassure, elle aussi. La terre est solide sous tes pieds, fraîche, loin du sable de la mer. Les minutes passent ainsi, et t'arrives à te calmer, un peu. À force de gestes habituels, t'arrives à tromper ton esprit que tout ça, c'est normal.

« Bien sûr. » que tu murmures quand Wyatt demande si tu peux prendre une partie. T'en ramasses un paquet, et c'est con, mais le poids du bois t'ancre un peu plus à la réalité, te permet d'éviter de flotter trop loin, vers la mer, vers les monstres.

Mais forcément, l'équilibre ne peut pas tenir. Mais c'est pas toi qui craque, cette fois, c'est Wyatt. Et tu clignes les yeux, incrédule, peinant à comprendre pourquoi Wyatt pense tant que c'est lui le problème. Est-ce que tu le fusilles du regard sans t'en rendre compte ? Tu penses pas être comme ça, mais c'est pas impossible, t'es tellement pas dans ton état normal en ce moment. Les cauchemars, le manque de sommeil, ça ne rend pas ton esprit tout à fait clair.

« Non, non, c'est pas toi. Pourquoi ce serait toi ? » demandes-tu, avec la subtilité et l'incompréhension d'un enfant de cinq ans. « Je ne comprends pas pourquoi tu penses que je t'en veux ou que tu me déranges. » réponds-tu sincèrement.

Puis, tu te rappelles que ton comportement doit paraître vraiment très suspect. Peut-être que tu arrives à bien le cacher sur le campement odysséen, tu ne sais pas. Mais c'est certainement plus grave ici, avec la mer si proche. Est-ce ton comportement anormal qui alerte Wyatt, qui lui fait penser que c'est lui le problème ?

Tu te mords les lèvres, essaies de réparer un problème que tu sembles avoir créé sans le vouloir.

« C'est juste... » commences-tu, avant que ta voix ne meure dans ta gorge. La honte étrangle tes cordes vocales.

Peut-être que tu devrais parler à quelqu'un, Kay. Peut-être que tu devrais parler à un de ceux qui étaient sur la plage, un de ceux qui comprendraient. Peut-être que tu n'aurais pas à traverser ça tout seul. Mais tu ne sais pas comment faire. Tu ne sais pas comment t'y prendre.
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le Sam 8 Juin - 17:23

Wyatt n'est pas de ceux qui sont à l'aise avec les autres. Il n'est pas de ceux qui ont la conversation facile ou même qui mettent les autres en confiance. Depuis gamin, il est admiratif de ceux qui savent manier les mots d'une telle manière qu'ils font disparaître tout le négatif autour de nous. Kayden était un peu comme ça, peut-être l'est-il encore. Elwood faisait partie des passionnés, de ceux qui avaient des étoiles plein les yeux mais surtout de ceux qui savaient les transmettre. Le brun n'a jamais trop su transmettre ce qui le faisait vibrer. Pourtant aujourd'hui, il a envie d'essayer. Ce n'est pas une passion que lui transmet le blond mais une détresse sans nom. Elle traverse ses veines à une vitesse folle et Wyatt ne sait pas comment l'arrêter. Il a déjà du mal à gérer ses propres angoisses alors devoir assumer celles des autres, ça lui paraît impossible. Mais les deux hommes ont changé. Leurs pas ne résonnent plus contre du métal, le bruit de la forêt craque lentement sous leurs pieds. Ils ne respirent plus le même air et surtout, ils ont vécu tellement de nouvelles choses depuis la dernières fois qu'ils se sont croisés.

Les connaissances du biologiste n'étaient pas vraiment des plus utiles là haut. Loin de ne servir totalement à rien, le brun était quand-même loin d'être indispensable. Clairement, pour s'occuper d'une si petite serre il ne fallait pas avoir des connaissances monstrueuses et son intérêt pour toutes les choses qui ne concernaient que la planète bleue n'avait que peu d'intérêt là-haut. Sur Terre, c'était tout autre chose. Wyatt avait trouvé sa place, fait de ses années de théorie une pratique infinie. Il pouvait enfin vérifier, corriger et améliorer son savoir, et ça, sans jamais en voir la fin. Le brun respirait, depuis qu'il était ici. Qu'importe les tempêtes et les tremblements de terre, qu'importe la douleur, parce qu'ici, y avait l'odeur de la mer. Sa Terre le faisait vivre plus qu'il n'aurait cru ça possible, et pourtant, plus les secondes passent et plus le conseiller à l'impression que c'est sa Terre, qui pose problème à Kayden. Il voit ses regards furtifs, cette peur qui se glisse dans ses prunelles autrefois pleines de magie.

Le problème c'est que la planète n'attend pas de savoir que deux hommes perdus se sentent bien pour avancer, alors il faut passer au dessus des sentiments et des pressentiments pour ne pas se retrouver dans le noir, dans le froid, sans feu, sans plus rien qu'eux deux. Les deux débarqués traversent la forêt, le blond suit à la trace son aîné et ce dernier tente comme il peut de détourner les sujets, tant pour son propre cerveau que pour celui du professeur à ses côtés. Tout aurait pu continuer comme ça mais c'est trop pour le brun, toute la tension le bouffe et le brûle, il a besoin que ça change, besoin que ça éclate pour respirer à nouveau comme il faut.

L'innocence de l'Odysséen traverse son malaise et ressort dans sa question. Cette innocence d'un autre monde, d'un autre temps, qui finalement, soulage un peu le biologiste. Les phrases qui s'échappent des lèvres du cadet font baisser les yeux à Wyatt. Il soupire, lentement. Est-ce que tout ça c'est dans sa tête ? Est-ce que le fossé entre eux est tellement grand qu'il n'est même pas capable de savoir si l'autre est simplement lui-même ? Profondément désolé, gêné, le brun se tait, fixant les branches qui s'accumulent entre ses bras et cherchant à savoir quoi faire désormais. Est-ce qu'il faut simplement se taire, faire signe à l'autre que c'est bon, demi-tour et on se fixe dans le blanc des yeux jusqu'au bout de la nuit ? Ou est-ce qu'il faut tenter de s'expliquer, s'enfoncer, se foutre dans un bordel dont il est pas sûr de voir la fin un jour ?

Mais la voix de Kayden s'élève de nouveau, le regard noir du brun se pose dans les yeux océan de l'odysséen. Le ton qu'il utilise lui glace le sang. Wyatt était peut-être en train de virer fou mais tout ce que le blond dégage lui fait mal, comme s'il était en train de mourir d'une plaie béante que personne ne pouvait voir. Qu'une noirceur l'attrapait de l'intérieur et le saisissait à la gorge pour l'empêcher de parler. Mais c'est pas tellement la place de Wyatt d'imaginer ces choses là. C'est pas non plus son rôle vis à vis d'Elwood. Parce qu'ils n'ont jamais été proches. Ni là haut, ni ici. Wyatt était trop lui pour un Kayden trop gentil. Et même si leur monde avait radicalement changé et eux aussi, il n'en restait pas moins que trente ans à ne pas s'apprivoiser, c'est tellement plus marqué qu'une soirée à vouloir essayer.

Alors il lui reste deux options. Laisser Kay, là, avoir ce frisson qui lui paralyse le dos pendant des micro-secondes et l'ignorer. Passer le reste de la nuit en silence, et attendre sagement le lendemain, faire comme si rien de tout ça ne s'était passé. Ou alors essayer. Essayer quitte à se brûler, se faire mal et lui faire mal aussi. Essayer d'enlever cette sensation horrible à chaque fois qu'il le regarde et peut-être malgré tout, demain matin, faire comme si rien ne s'était passé.

Les secondes d'hésitation durent un simple instant et Wyatt se racle la gorge avant de dire calmement. « C'est bon on en aura assez, vas-y. » Le ton est neutre, presque froid, trop froid, même, pour tout ce qui avait été dit. Et ce n'est qu'une fois Kayden dos à lui que le brun recommence à parler, plus mal à l'aise qu'il ne l'a jamais été à ses côtés. « Parce que ça a toujours été moi, le problème entre nous. » Il marque une pause et continue de marcher, vérifiant soigneusement les pas de l'autre à ses côtés. « Je sais que t'as essayé de me comprendre là haut. Je sais aussi qu j'étais un sale con incapable d'entendre un autre point de vue que le sien. » Il baisse les yeux, Wyatt a beaucoup appris depuis leur arrivée sur Terre. Beaucoup appris des autres mais aussi beaucoup de lui-même. « Je... J'ai toujours admiré cette façon avec laquelle t'arrivais à transmettre ce qui te passionnait. J'aurais aimé réussir à transmettre mon amour de cette Terre de la même manière. » Les aveux sont un peu difficile, heureusement, les pas et leur souffle, la forêt qui vit, cache un peu tout ce qui aurait rendu un simple face à face impossible à supporter. « Je ne sais pas ce qui t'arrives, Kay, et je me trompe peut-être, mais j'ai pas l'impression que t'ailles bien. Et si tu dis que ça ne vient pas de moi ou de ma présence, je te crois. Mais y a quelque chose qui va pas, ça s'entend dans ta voix. » Le conseiller avait toujours été un bon observateur, quand il prenait le temps d'observer. Il avait écouté des cours, des discours sur des sujets, des livres et n'importe quoi de l'autre, il savait qu'il n'y avait pas ce sous-ton dans sa voix. Pourtant, le doute planait encore, puisque ses souvenirs dataient déjà d'il y a des années. Peut-être simplement que l'arrivée sur Terre l'avait aussi changé, lui. Peut-être que la belle Bleue avait donné un souffle à l'un et enlevé le sien à l'autre. Peut-être que sa Terre bien aimée avait tué cette part de tendresse infinie qui vivait en lui. « Je... je suis désolé, si je me trompe. C'est juste que... ça fait bizarre de te voir comme ça. » Malgré la distance, malgré les années.

Ils arrivent à l'endroit initial et Wyatt laisse tomber délicatement les branches à ses pieds. Il reprend son souffle alors que leurs regards vont inévitablement de nouveau se croiser. « Tu as déjà fait un feu tout seul ? » Question un peu stupide, un peu hors de tout, mais faut se donner une porte de sortie, au cas où. Il n'avait pas à imposer ses propres ressentis à Kayden. Parce qu'il n'était personne pour lui, avec lui, et il le savait. Depuis déjà de nombreuses années.
Kayden Elwood
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le Mer 26 Juin - 20:05
Wyatt ne répond pas. T'as dû dire ou faire quelque chose de mal. Tu pensais le rassurer, en disant que c'était pas lui qui posais problème, mais son silence t'angoisse. Est-ce que t'as fait quelque chose de mal ? Est-ce que tu devais dire autre chose ?

Tandis que tu ramasses le bois, tes doigts tremblent, mais t'essaies de le calmer, de le cacher.
Son silence te fait peur, irrationnellement. Tu devrais t'en foutre, Kay, parce que c'est vraiment le cadet de tes soucis, quand la mer est si proche. Mais la voix de Wyatt éloignait la mer, éloignait les monstres, et maintenant, elle ne se résonne plus. Tu l'as fait taire, tu as fait disparaître le peu de lumière qu'il te restait et tu ne sais pas comment la retrouver. T'as l'impression d'être un bateau perdu dans la nuit, à la dérive, sans phare pour le guider au rivage.

Tu lâches une branche, t'excuses à tout, à rien, sans trop savoir, tu ramasses. Tu détestes ce contrôle qui t'échappe, qui coule et coule comme l'eau. La forêt, rassurante il y a quelques secondes, devient peu à peu oppressante. Y'a le noir qui t'entoure, qui t'engloutit, qui t'aveugle.

Tu essaies de parler, mais ta voix meurt dans ta gorge, à peine quelques mots passés. Tu ne sais pas quoi faire, Kay. Tu ne sais pas pourquoi t'es si perdu, si stressé, si désemparé. Ça devrait appartenir au passé, non ? Ça fait des mois. Ça ne devrait plus t'affecter autant. Alors pourquoi, pourquoi ?

T'as envie de te refermer sur toi-même, Kay. T'as envie d'être loin d'ici. T'as envie de trouver un coin où rien ne pourra t'atteindre. T'as plus ta bulle que t'avais là-haut. T'as plus tes histoires où tu pouvais t'échapper. T'as juste ton esprit pour les conserver, désormais, et ton esprit est en ruines, hanté par des monstres imaginés et trop réels à la fois. Ils n'auraient jamais dû sortir des lignes noires. Ils n'auraient jamais dû te happer dans cette vie-ci. T'étais à l'abri, là-haut. Dans ta cage de verre et de métal, ces monstres qu'on met en veille avec la simple pression d'un bouton, t'étais à l'abri.

Tu dérives, sur Terre. Sans plus réelle utilité, sans talent particulier. Trop désorienté, plein de bonne volonté mais sans cap, sans rien à quoi t'accrocher dans ce monde si vaste, tu es perdu. Tu es juste perdu.

Tu ne te rends pas compte que ton dos s'est arqué, comme pour mieux se défendre, comme pour mieux te protéger d'ennemis invisibles. Tu ne remarques le regard de Wyatt que quand sa voix résonne à nouveau, transcende le nuage de brume paniquée qui te suffoque.

Ils sont durs, ses mots. Ou peut-être pas, mais froids, terriblement directs et sans émotion. T'as presque l'impression de te prendre une gifle. Tu cilles légèrement, mais en vrai, c'est con, mais t'es soulagé. Même si c'est une lumière si froide, si lointaine, la lumière du phare s'est rallumée. Elle te guide, t'évite de te perdre. Et n'est-ce pas tout ce que tu peux demander à Wyatt ? T'empêcher de sombrer un peu plus ?

Alors, tu laisses ton corps essayer de prendre la relève. Le physique, le manuel, n'a jamais été ton fort, mais ramasser des bouts de bois, prendre la route, tu sais encore faire. Alors tu suis Wyatt, comme un chiot perdu, de retour vers votre campement de fortune. Du bois, du bois pour du feu, du feu pour de la lumière, de la lumière pour éloigner les monstres. C'est ce qu'il te faut, simplement.

Tu ne t'attendais pas à ce qu'il reparle, Wyatt, mais t'es soulagé qu'il le fasse. Si soulagé que tu ne te rends pas compte de la réelle teneur de ses mots, de prime abord. Il te faut un peu de temps pour que tu les digères, que tu les comprennes. Et tes yeux s'écarquillent de surprise dans la nuit, parce que tu ne t'y attendais pas, à ça.

T'admirer, toi ? Petit professeur à la matière si peu importante, si secondaire ? Un passionné de poésie quand il fallait penser survie, sciences, mécanique ? Toi, lâche, qui n'as jamais cherché à s'imposer nulle part, dans quoi que ce soit, qui a trop peur des conflits et des vérités qui fâchent ?

« Je... » Tu as envie de dire que tout va bien. Que tu vas bien. Mais Wyatt est vulnérable, face à toi, et tu le sens, le poids dans ses mots. La confession. L'émotion. Le sentiment d'échec, qui transpire de ses paroles. Et bizarrement, y'a une part de toi qui refait surface, celle qui veut rassurer, consoler. Celle qui veut écouter les difficultés des autres, les guider. T'as peut-être pas fait le meilleur boulot du monde, là-haut, mais t'as essayé de les guider, tous ces enfants, ces adolescents. T'as essayé de leur donner le goût de la vie, du beau. T'as essayé de les faire penser par eux-mêmes, découvrir les choses par eux-mêmes, apprendre à s'exprimer comme ils le souhaitaient. Et il te fait un peu cette bizarre impression-là, Wyatt. Comme un de tes protégés qui venait te voir après les cours, pour te parler de problèmes qu'il n'osait pas aborder avec d'autres.

Et ça t'ancre, Kay, ça te rappelle qui tu es. Pas juste une coquille traumatisée, l'esprit qui erre et s'enfonce dans les abîmes. Non, t'es Kay, Kayden. Professeur sans élèves, avec juste son beau et ses rêves.

« T'es pas un problème. » réponds-tu en premier. Parce que t'aimes pas ce terme, t'aimes pas l'appliquer aux gens. Les gens ne sont pas des problèmes, ne sont pas des erreurs. Ils ont des visions du monde différentes, des façons de faire différentes. Mais ça ne fait pas d'eux une anomalie pour autant.

Tu ne t'es pas rendu compte de suite, mais tu t'es arrêté, figé, les bras chargés de bouts de bois. T'espères que Wyatt s'arrêtera à son tour, parce que t'as pas envie de lui courir après. T'as pas envie qu'il s'éloigne et emmène sa lumière avec lui.

« On a tous le droit de voir les choses différemment. J'étais peut-être pas toujours d'accord avec toi, mais ça voulait pas dire que j'avais forcément raison. » Tu déglutis difficilement, reprends tes mots : « T'étais préparé à la terre, toi. Tu l'aimais déjà, avant même de la connaître. Moi, j'étais juste...un rêveur. Je l'imaginais, je la voyais à travers les récits, les poésies. Je l'idéalisais. Mais c'était un rêve, et je n'imaginais pas que ça deviendrait un jour une réalité. J'étais pas préparé. »

C'est peut-être ça, ta plus grande tragédie, Kay. T'étais pas préparé à la Terre. Comme un rêveur romantique qui se languit sans cesse d'une chose inatteignable, tu te complaisais dans tes rêves, dans ton imagination, dans la sûreté que ces choses, tu ne les aurais jamais. Le crash a été violent. Trop violent. T'as réussi à t'y faire, à cette Terre, tu l'as aimée, parce que tu y as retrouvé des choses imaginées. Mais tu ne l'imaginais pas si cruelle. Tu n'osais pas la croire si cruelle. Comme un amant trompé, tu t'es senti floué, trahi. Ces monstres, il ne devait rester qu'entre les pages. Ces cataclysmes, ils devaient appartenir au passé.

Mais c'est jamais comme ça que ça se déroule, pas vrai ?

Et puis, enfin, les mots fatidiques veulent forcer le barrage de ta honte. Ceux que t'as pas voulu dire depuis le début, parce que c'est admettre que quelque chose ne va pas. C'est admettre que ton camouflage ne fonctionne pas, que tu n'arrives pas à jouer la comédie comme tu le devrais alors que tu sais pertinemment que tu n'y as jamais été doué. C'est admettre que tu n'arrives pas à aller bien comme tu le devrais.

Tu prends une profonde inspiration. Mais les mots, quand ils quittent enfin ta gorge, sont faibles, tremblants. Manquant de force. Comme si t'espérais que Wyatt ne les entendrait pas. Comme si, comme ça, il ne te jugerait pas.

« Je...je ne vais pas bien. » Tu déglutis, encore une fois. Tes yeux trouvent le sol. Tu vois à peine sur ce quoi tu marches. Ça devrait te faire paniquer. Mais tu préfères encore le sol, solide, à cette mer qui gronde et gronde. « Mais c'est pas toi, c'est...la mer. Je ne sais pas comment je suis arrivé ici. Je ne voulais pas venir ici. »

Tu essaies de faire taire la panique dans ta voix, tu ne sais pas si tu y arrives. Dois-tu expliquer ? Dois-tu expliquer pourquoi tu crains tant la mer ? Pourquoi tu crains tant ton esprit qui déraille ?

Peut-être que vous étiez plus proches du campement que tu ne le pensais quand tu t'es arrêté. Peut-être que tes pieds ont repris leur marche, sans que tu ne t'en rendes vraiment compte. Mais bientôt, tu recroises à nouveau le regard de Wyatt, et tu la sens, cette branche d'olivier qu'il essaie de te tendre, de façon si hésitante, si tentative.

« Hm... » Tu essaies d'y réfléchir. T'as déjà fait un feu tout seul ? T'as entretenu des feux, réussi à faire avec une base déjà présente. Mais de A à Z...oui, tu as déjà essayé, mais tes tentatives n'ont jamais été formidables. De maigres feux, qui mouraient presque aussitôt, ou rallumés ou avivés par d'autres. Jamais très doué, Kay. « Oui ? Mais jamais très bien. » admets-tu, un peu gêné.
Wyatt Sheperd
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le Ven 20 Sep - 0:05

La vérité c'est que Wyatt avait souvent l'intention de bien faire. Il était très rare que le scientifique pense à mal et pourtant, il était parfaitement au courant qu'il avait fait souvent énormément de mal. Des mots trop directs, trop durs, des mots qu'ils pensaient tendre, qui n'étaient que lames d'argent pour ceux qui les recevaient. On le lui avait longtemps répété, pendant des années. Toute sa vie dans cette boîte en fer au milieu des étoiles était ponctué de cette bienveillance de voix brisée. Ses amis, sa famille, blessés, qui tous, lui murmuraient, le suppliait de regarder le monde autrement. Il risquait de perdre ce qui comptait vraiment sans même s'en rendre compte. Risquait de voir le monde s'écrouler entre ses doigts abîmés.

Pourtant, il avait fallu bien pire que ce que tout le monde aurait pu imaginer pour que Sheperd ouvre les yeux sur ce qui l'entourait. Il avait fallu que la terre l'empêche de respirer, pour qu'il comprenne qu'elle n'était pas sa seule source d'oxygène. C'était dur, violent, et qu'importe le temps qui passait, la chute semblait ne jamais complètement s'arrêter. Aujourd'hui en était la preuve, parce qu'alors qu'il expliquait à Kayden tout ce qu'il avait pu l'admirer, tout ce qu'il pouvait être désolé, Wyatt ne prenait pas en compte l'élément principal de cet instant. Les yeux d'Elwood et leur détresse, la tristesse profonde au fond de ses billes immaculées. Là où le brun voyait des compliments, est-ce que c'est ce que le blond recevait réellement ? Peut-être n'avait-il pas tant appris, finalement. Peut-être était-il toujours aussi aveugle malgré tout ce temps.

La pensée lui glace le sang un instant alors que les mots se sont déjà enchaînés, qu'il n'y a plus rien à arrêter. Le professeur ouvre enfin la bouche, il répond presque trop durement, avec un ton si sûr que ça force Wyatt à croiser son regard. Il n'est pas un problème, qu'il lui dit avec un aplomb sans pareil. Toute la dynamique instable qui s'était installée entre les deux hommes s'effondre. D'abord avec les mots, puis avec cet arrêt total, au milieu de rien, des bois qui les écoute en silence. Le brun fait face au blond, baisse les yeux, comme prêt à se prendre tout ce qu'il n'a pas changé en pleine gueule. À quel point il a fait du mal, qu'il en fait toujours. Il s'apprête à recevoir tout ce qu'il se répète sur lui-même depuis des mois mais pourtant, comme à son habitude, le blond le surprend. Son cœur s'arrête et loupe un battement. Il dit qu'il n'avait pas forcément raison, que Wyatt n'avait pas toujours tort et pourtant. Le biologiste regarde le bois dans les bras de l'odysséen, plus capable de faire face à son regard qui reflète le sien. Pourtant, les mots qui sortent de la bouche du professeur résonnent en l'homme plus qu'il n'aurait jamais cru ça possible.

Il y a peu de gens qui l'ont jamais compris, encore moins sa vision et son amour de la terre. À ses yeux, Kayden n'en a jamais fait partie. Et pourtant, ce qu'il dit là, c'est ce que Wyatt vit, chaque jour depuis qu'ils sont là. C'est ce qui le tue à petit feu, lui et son rêve merveilleux. Peut-être qu'ils n'étaient pas si opposés après tout, qu'ils n'avaient simplement pas su se parler pendant toutes ces années. Avait-il eu sous les yeux durant tout ce temps, celui qui pouvait comprendre, vraiment ? N'avait-il juste pas su voir au delà des idées noires ? Peut-être qu'il faudrait le lui dire, que c'est le moment de faire tomber toutes les barrières, les armes par terre. Kayden mérite de savoir la vérité, cette vérité, pas vrai ? Alors pourquoi les mots ne sortent pas ? Pourquoi il ne les articule pas ? Au lieu de ça, il le laisse continuer.

« Je...je ne vais pas bien. »  Qu'il dit, tristement. La suite laisse le brun interrogateur. Il cherche silencieusement à lier tout ce qu'il sait et tout ce qu'il devrait savoir, tout ce qu'il a écouté et qu'il aurait dû écouter. Il cherche à voir les mots que le blond n'a pas prononcé. Mais en attendant, les deux doivent souffler, respirer et avancer. Alors le sujet change au détour du vent et le professeur mord à l'hameçon sans trop d'hésitation. La gêne palpable laisse un sourire aux coins des lèvres de Wyatt. « Il y a une première fois à tout. »

Alors qu'il tourne le regard partout autour d'eux, il pointe du doigt l'endroit parfait pour commencer le feu. « Là, on sera bien. » Il montre du doigt le phare qui les protège du vent et les bois qui ne peuvent pas les surprendre. Emplacement idéal pour garder un feu vivant, une lumière tout le temps. « Tu veux bien commencer à rassembler le bois en tas ? Je vais attraper quelques pierres pour mettre en cercle autour du feu. » Les mots sont tendres, le ton est doux, comme si les minutes qui venaient de passer n'avait pas vraiment existé. Le brun frotte ses mains et s'affère à sa tâche en quelques minutes, Elwood toujours dans son champ de vision. Peut-être que c'est cette mini distance qui le rassure, qui lui laisse un semblant de confiance pour avouer toute sa douleur à son tour.

Parce que si Wyatt avait appris une chose avec les années, c'est que le monde avait besoin d'entendre qu'il n'était pas le seul à avoir mal, trop mal. Les gens avaient besoin de sentir qu'ils n'étaient pas seuls dans le noir, et là seulement, ils voyaient enfin la lumière au bout du tunnel. « Je n'étais pas préparé, tu sais. » Il se racle la gorge et jette des petits regards à celui qui prépare le bois alors que les petites pierres se cumulent entre ses doigts. « Je l'aimais... je l'aime, de tout mon cœur. Mais je l'idéalisais autant que toi, tu sais. Même si je voulais que mon rêve devienne réalité, j'avais pas... » Il s'étrangle alors que les images du cyclone lui reviennent, que toutes les fois où sa terre a blessé les siens s'enchaînent. « … elle est comme toi, comme moi. Elle aussi elle fait des erreurs, elle se blesse et nous blesse, peut-être même sans savoir pourquoi. » Il soupire alors qu'il se résout à casser la distance entre eux et calmement installer les petites pierres en cercle autour du tas qui les attendait. « J'ai cru pendant plus de trente ans que la seule chose qu'il me fallait pour être heureux, c'était fouler cette Terre, Kay. » L'aveu est dur, tellement dur même pour lui. « La vérité c'est que si quelque chose ne m'a jamais rendu aussi heureux, rien ne m'a jamais rendu aussi malheureux non plus, tu sais. » Les mots s'éteignent et il renifle péniblement dans la pénombre.

Alors qu'il reprend un peu ses esprits, il tend deux cailloux qu'il a toujours dans ses poches à Kayden et lui offre, paume vers le ciel. « Tiens, ils sont parfaitement taillés. Frotte les quelques instants et le feu va s'allumer. » Peut-être même que les ténèbres vont s'échapper. Rêve toujours aussi illusoire et naïf alors que ces instants concrets, vrais, permettent à Wyatt de s'accrocher à la réalité, ne pas craquer. Sourire tendre, il observe le blond avec les pierres dans les doigts et constate, presque trop naïvement. « Je n'aurais jamais cru t'apprendre quelque chose un jour, tu sais. » La considération que le brun avait pour l'autre était réellement immense, il avait toujours admiré son intellect. Les mots qu'il avait prononcés plus tôt étaient entièrement vrais, même s'il n'avait jamais su comment le montrer. Et puis Wyatt reprend, tout en accordant une pleine confiance en les capacités du blond à ses côtés, pour le feu qu'il est en train d'allumer. « Je ne sais pas ce que t'as fait la mer mais je pense que t'es pas ici par hasard. » Il s'installe un peu mieux, les genoux relevés et les miens liées contre ces derniers, regardant Kay sans trop le regarder. « La peur c'est le pire des aimants. Notre cerveau la vit tellement fort et tellement grand qu'il est incapable d'en rester loin. Tout ce qui nous paraît le plus dangereux, le plus affreux, consciemment ou inconsciemment, on finit toujours par s'y coller. Comme un aimant. »

Dans sa tête, il y a la belle Astrid et tous ces dangers. La peur de mourir seul durant ces mois d'aventures sans jamais reculer. « Si c'est pas toi qui combats ta peur, c'est ta peur qui le fera. » Qu'il lui avoue avec tristesse en pensant à la folie douce dans laquelle la sienne l'a fait sombrer durant cette dernière année. « En tous cas... t'es pas seul, tu sais. » Qu'il avoue à demi-mots en baissant les yeux sur le côté.
Kayden Elwood
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DATE D'INSCRIPTION : 05/10/2015 PSEUDO/PRENOM : Electric Soul MULTICOMPTES : Harlan Tikaani & Einar Helgusson MESSAGES : 7171 CELEBRITE : Dan Stevens COPYRIGHT : Blondie & e-ripley (tumblr) METIER/APTITUDES : Professeur de litté/philo sur l'Odyssée, s'occupe des cultures sur Terre | Education & notions d'agriculture TRIBU : Odysséen POINTS GAGNES : 65
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le Dim 13 Oct - 22:57
Tu as toujours été doux, Kay. Doux, poli, affable, calme, apaisant, modéré. (Faible, crédule, lâche.) Le type gentil par définition. Inoffensif. On a toujours été facilement vers toi, parce que tu rends les choses si aisées. Tu juges rarement, ou du moins, tu essaies. Tu aides quand tu peux. Mais ça ne veut pas dire que tu n'as pas tes opinions. Ça ne veut pas dire que tu es prêt à tout accepter.

Tu n'aimes pas les extrêmes. Les comportements radicaux. Pendant longtemps, tu as considéré Wyatt comme trop extrême, dans son amour pour la Terre. Tu comprenais l'idée, mais tu n'aimais pas ses méthodes que tu jugeais trop excessives. Trop dures. Là où tu es pâle, blond, aux yeux bleus, aux joues rondes, presque angélique, Wyatt est fait d'angles et arrêtes, de traits ciselés dans un marbre olivâtre, yeux et cheveux sombres comme la nuit. Vous êtes opposés en tempérament, aussi bien qu'en physique. Et pourtant, tu crois que vous n'êtes pas si différents. Pas si contraires que tu l'as cru tout ce temps.

Il y a une certaine vulnérabilité chez Wyatt. Une vulnérabilité que tu n'as jamais vraiment senti auparavant, peut-être simplement parce que tu n'as jamais été proche du conseiller. Tu le sens maladroit, incertain mais jamais tu ne sens vraiment de mauvaises intentions venant de lui. Tu t'attends presque à des moqueries, quand tu admets que tu ne sais pas faire un feu correctement, après ces années passées sur Terre. Mais aucun mot vil ne franchit ses lèvres, au contraire, il se fait professeur à son tour, encourageant, presque. Tu as l'impression que les rôles sont inversés et que oui, peut-être, il te prend un peu comme un enfant. En un autre temps, tu pourrais en être vexé. Mais tu es suffisamment perdu, suffisamment fragile, à cet instant, pour t'accrocher à cette douceur plutôt que t'en éloigner.

Tu suis les instructions, sans un mot. Quelque part, tu es un peu soulagé que Wyatt ne semble pas vouloir revenir sur votre discussion précédente. Vous concentrer sur le tangible, le manuel, t'aide à éloigner les ombres et les monstres des recoins où ils se cachent. La vue du phare te rend mal à l'aise, avec la mer si proche, et tu as envie de rappeler désespérément Wyatt quand il dit s'éloigner pour aller chercher des pierres pour le feu. Mais tu te mords la langue, retiens l'impulsion enfantine. Faire un feu, faire de la lumière, te concentrer pour lui donner vie, tu peux le faire, non ? Oui, tu peux le faire. Garder Wyatt dans ton champ de vision, ombre mouvante, te rassure probablement plus que tu ne veux l'admettre, t'empêche de vouloir fuir.

Tu amasses le bois comme instruit, pour en faire un tas inflammable comme il faut. Tu te rappelles les instructions, mettre le plus inflammable en premier, à la base, pour mieux faire partir les flammes, ne pas mettre trop de bois, pour ne pas étouffer la flamme avant qu'elle ne naisse.

La voix de Wyatt te parvient, d'un peu plus loin, et elle te surprend. Tu pensais qu'il resterait silencieux.

Tu écoutes, bouche cousue, tandis que Wyatt déballe ses propres sentiments. Réponds à tes propos, que tu pensais qu'il allait ignorer. Ta gorge se serre, un peu. Et en même temps, un poids semble s'envoler de tes épaules. Oh, pas un poids énorme, pas la peur panique de la mer, pas le malaise qui continue de te transir les os. Mais tu comprends un peu mieux Wyatt, à travers ses mots étranglés, nerveux. Tu comprends un peu mieux Wyatt, tandis qu'il te renvoie, comme un miroir, tes propres sentiments, te dit qu'il n'était pas vraiment prêt, lui non plus. Que c'était un idéaliste et un rêveur, juste pas tout à fait de la même espèce que la tienne – toi, observateur, lui, faiseur.

Tu es tant distrait par la notion de volonté de la Terre, par les questions qu'elle te fait te poser – peut-elle faire des erreurs ? peut-elle blesser consciemment, inconsciemment ? doit-elle être considérée comme une entité avec sa propre volonté, comme la personnifiaient les religions antiques ? – que tu manques presque de remarquer que la voix de Wyatt se fait de plus en plus étranglée. De plus en plus lourde, et triste, aussi. Quand le conseiller revient vers toi, installe ces petites pierres comme autant de petits soldats fidèles d'une armée destinée à se battre contre le vent, tu sens sa désillusion, son amertume, son chagrin. S'est-il senti trahi, lui aussi, comme toi tu l'as été ? Oui, souffle une part de ton esprit, oui et plus encore. Plus encore que toi, Wyatt n'aimait pas la Terre comme on aime un concept, une femme idéale. Il l'aimait comme on aime une compagne qu'on a connu toute sa vie, qu'on a perdu des suites de terribles circonstances.

« C'est une maîtresse cruelle. » réponds-tu avec un sourire triste. Des mots si faibles, si banals, presque, face à la détresse que tu sens chez Wyatt. Tu n'es pas aussi doué que tu le serais normalement avec ces choses-là, Kay. Pas quand tu es si près de la mer, si fragile toi-même. Tu déglutis légèrement, avant de continuer : « Je comprends. Je pensais que tu serais mieux préparé mais t'as été blessé aussi. » Simple, enfantin, presque, mais sincère.

Tu pourrais lui offrir mille vérités. Toutes différentes, toutes des visions philosophiques qui pourraient répondre à ses questions. Peut-être certaines pourraient le soulager, peut-être d'autres ne feraient que le mettre en colère, le désespérer. La vérité, Kay, tu le sais, c'est qu'il n'y a pas de réponse toute prête. Pas de réelle justification. Les choses arrivent d'une certaine façon et on peut y voir la main de Dieu, du Destin, les conséquences des actes des Hommes, tout est possible. La vérité, c'est que le vent et la mer et le feu et la terre tuent autant qu'ils donnent. Qu'on peut les traiter avec révérence et ils vous tueront quand même. Il n'y a pas vraiment de justification. C'est comme ça, c'est tout. Il faut faire avec.

Alors, tu n'offres rien. Tu ne veux pas donner une multitude de réponses et aucune en laquelle tu crois véritablement complètement.

Tu saisis les deux cailloux avec une certaine hésitation, mais une certaine révérence, aussi. À la lumière pâle de la lune, ils ont un reflet presque argenté. « Ça risque de prendre longtemps. » préviens-tu Wyatt, tandis que tu les frottes et les cognes comme on t'a appris. Tu sens de la chaleur s'en échapper, mais trop faible, et l'étincelle n'est pas suffisante pour quoi que ce soit. Tu continues, avec une moue un peu boudeuse face à tes échecs, mais reste tout de même concentré. Avec un haussement d'épaules, tu rétorques à Wyatt, tes yeux toujours fixés sur ces pierres qui ne veulent pas donner exactement l'étincelle qu'il faut : « Je suis un cas désespéré pour tout ce qui est manuel, j'ai deux mains gauches. Et il y a énormément de choses que je ne connais pas. Mon savoir est livresque et abstrait. À quoi peut me servir Kant, pour faire un feu ? Shakespeare, pour monter une tente ? Tu pourrais certainement m'apprendre beaucoup plus de choses que je ne te peux t'enseigner. » Tu ne dis pas ça avec un ton boudeur, juste réaliste. Il y a différentes sortes d'intelligences. Tu sais pertinemment que les sciences dures n'ont jamais été pour toi, pas plus que tout ce qui requiert le travail des mains. Tu es un rêveur, Kay, un méditateur si pas médiateur.

Et finalement, au bout de longues, longues secondes (minutes ?) le feu prend. Tu lâches un léger cri victorieux, oubliant un instant que tu n'es pas seul et que la joie gamine qui émane de toi sera peut-être prise avec moquerie ou condescendance de la part de Wyatt (c'est une réaction commune, tu t'y es fait). Mais sur l'instant, tu t'en fiches, préférant te concentrer sur le feu que tu attises doucement, pas prêt de lâcher ta victoire de sitôt.

Ta joie est de courte durée, cependant, quand Wyatt te rappelle le sujet que tu voulais éviter à tout prix. C'est comme recevoir un seau d'eau glacée et tu te figes, frissonnes, soudain frigorifié. Soudain à nouveau conscient de la mer si proche, trop proche. Et de son hurlement, de sa colère, prête à t'engloutir à n'importe quel instant.

Tes doigts se resserrent sur les cailloux, jusqu'à te faire mal aux paumes. Bien, mieux vaut te concentrer sur ça plutôt que la mer. Du coin de l'oeil, tu peux voir Wyatt bouger, continuer à parler. Tu ne le fixes pas.

La peur est le pire des aimants. Tu n'avais pas réfléchi à ça. Mais l'autre homme a probablement raison. Inconsciemment, tu as foncé droit dans la gueule du loup.

Un rire cassé t'échappe. « Tu as probablement raison. J'aimerais juste un moyen magique pour ne plus être aimanté de cette façon. »

Combattre ta peur. Combattre. Tu n'as jamais été doué pour te battre, hein, Kay ? Tu as toujours fui et évité les conflits. Tu fuis et évites ta peur aussi. Mais tu ne sais pas comment faire pour la battre. Comment détruit-on un nuage de fumée ?

« Comment combattre quand on doute de soi-même ? Comment combattre quand on est soi-même l'ennemi ? » réponds-tu doucement, cependant, les mots coulant de ta bouche sans que tu ne puisses les retenir. Ta langue se délie, autour de Wyatt, avec sa sincérité, son côté fragile auquel tu ne t'attendais pas. De ta main libre, tu te passes les doigts dans tes mèches blondes, tires légèrement dessus comme si la douleur pouvait y changer quoique ce soit. Comme si en t'arrachant quelques follicules, tu pourrais t'arracher cette peur de ton cerveau. « Tout ça, c'est dans ma tête. C'est moi qui ai créé ce monstre. Et je n'arrive pas à m'en débarrasser. » fais-tu à voix basse, brisée.

Tu n'as parlé de ça à personne d'autre qu'à Murphy. Même pas à Leary. C'est toujours difficile, même après tous ces mois, de douter de ta propre santé mentale. Ça disparaîtra avec le temps, on guérira. Ces mots de réconfort te semblent loin, désormais, et tu te demandes quand tu guériras. Ça fait déjà des mois.

Tes yeux bleus se relèvent, pour se plonger dans ceux de Wyatt. Il n'y a pas que toi de brisé, ici.

« De quoi as-tu peur, toi ? »
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