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˜˜˜˜˜˜On a Wire ▬ Rürik
maybe life should be about more than just surviving


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11/09/2018 kamo 17 Joseph Gilgun lux aeterna - Exordium Solitaire, originairement Athna 10


Sujet: On a Wire ▬ Rürik
Sam 15 Sep - 0:44


On a Wire
La pluie s'écrasait sur l'abri de fortune, chacune des gouttelettes distincte de ses consœurs alors qu'elle tombait sourdement sur le tissu tendu qui les protégeait. Est-ce que c'était ça, la fin ? Ecouter les percussion de la pluie, la respiration sifflante d'Enya, le nez enfoncé dans son pelage rêche, le dos offert aux prédateurs ? Est-ce que c'était comme ça que tout allait se finir ? Falk grelotta, se resserra contre le flanc de sa mule. Ses doigts tremblants s'enroulèrent autour de sa dague. Si les bêtes sauvages les attaquaient, il donnerait toutes ses forces pour la protéger. C'était à cause de lui qu'ils étaient dans cet état. Ce n'était que justice qu'il soit le premier à partir.
Tout s'amorçait si bien, pourtant...


Leur dernier contact humain remontait à des mois, déjà. Un homme ni jeune, ni vieux, un de ces nuisibles tombés du ciel, perdu dans une clairière au beau milieu de la forêt. Il n'avait été d'aucune aide viable, sinon pour leur donner suffisamment d'eau pour poursuivre leur périple. Quant au reste, Falk n'avait pas en tête de s'appesantir sur le sujet. Leur progression avait repris comme initialement prévu, vers l'Est, à la recherche de cette tribu fantôme qui était supposée élire domicile dans les tréfonds de la forêt, à l'Est. A mesure qu'ils avaient suivi la piste, celle-ci s'était progressivement effacée sous leurs pas. Le sentier relativement praticable était devenu une succession de bosquets, de fourrés et de racines solides où il fallait redoubler de vigilance pour éviter de tomber. Enya, ragaillardie par toutes les forces glanées dans la clairière, rechignait moins à avancer. Peu importait au final que la piste ait été inexistante. Elle comprenait que son maître n'était pas prêt de faire machine arrière. La démarche nonchalante, quelques soupirs abrupts marquant les injonctions de son propriétaire, elle avait fini par se faire une raison. Il n'y a que les cons qui ne changent pas d'avis.
Et Falk n'avait pas changé d'avis.

Ils avaient fini par trouver un ruisseau, et en suivirent le cours. Suivant une logique qui n'appartenait qu'à lui, le camelot avait estimé que s'il y avait une source d'eau, il y avait forcément de la vie pour l'exploiter. Le filet s'enfonçait dans les bois en direction de l'Est. Si tous les points concordaient pour lui donner raison, bien évidemment, le destin en voulut autrement. Aucun village, aucun campement sortant de l'ordinaire sur leur route. Seulement quelques animaux effrayés d'entendre le claquement des sabots de la mule, ou les éclats de voix de Falk.
Au terme de longues journées de progression à en perdre halène, ils s'arrêtèrent. Un bivouac de fortune, deux toiles de jute pendues en travers d'arbres aux branches solides pour les protéger du froid. La végétation alentours était luxuriante, ils ne manquaient pas d'eau, ni de rations. Enya était suffisamment bruyante pour le prévenir de rôdeurs, pour peu qu'elle prenne peur. Il pourrait explorer la végétation à l'envie, et repartir une fois ses sacoches pleines de toutes nouvelles découvertes à exploiter sur le chemin.

Un petit manège qu'ils appliquèrent sur la durée. Des journées de marche, suivies d'une semaine de repos sur place pour mieux s'engorger de ce que la nature pouvait leur procurer. Si la sensation était qu'ils poursuivaient continuellement vers l'Est, jamais ils ne quittèrent la forêt. Au contraire, les arbres semblaient se resserrer toujours plus tout autour d'eux, les engloutissant toujours plus dans leurs entrailles noueuses. Les semaines se transformèrent en mois. Mais le décor, lui, restait inchangé.
Comme s'ils tournaient en rond depuis tout ce temps. Comme s'il n'y avait jamais eu de tribu cachée, comme si tout cela n'avait jamais été qu'une énième de ces légendes que l'on conte au coin du feu. Un beau conte, un mythe sympathique, mais sans réelle manifestation physique. Et s'il était persuadé, au fond, de n'avoir pas gâché son temps à ce point, Falk finit par considérer qu'il serait peut-être temps d'abandonner pour revenir à la civilisation. Tant pis pour les Naoris. Tant pis pour les légendes. Ils auraient été son plus beau Dahu, et, il devait bien l'admettre, ses camarades de beuverie au village Pikuni étaient certainement en train de ricaner alors qu'ils ne le voyaient toujours pas revenir.

On dit du chemin du retour qu'il semble toujours plus court que l'aller. Falk s'était toujours fait ce type de réflexion au cours de ses voyages. Quand ces derniers n'impliquaient pas de retrouver l'Ouest dans une forêt si dense que la mousse avait du mal à se développer sur l'écorce des troncs. Remonté sur le dos de sa monture, il donna deux légers coups de talons dans ses flancs. Jeta un dernier coup d’œil en arrière, à regret.
C'était couillon qu'ils repartent aussi vite. Il aurait juré avoir aperçu une silhouette entre les troncs. Mais bon, il avait toujours été particulièrement imaginatif, comme garçon.

Enya avançait avec son indolence habituellement. Ni trop vite, ni trop lentement, des petits coups de sabots réguliers martelant le sol meuble suffisamment fort pour chasser les rampants. Suffisamment tranquilles pour profiter du paysage. Les espèces d'arbres étaient différentes, par ici. Des feuillus pour la grande majorité, chargés de champignons, une forêt dense et pleine de vie. Bien lointaine des rangées de conifères auxquelles il avait été habitué pendant des années. Ce qui l'avait impressionné, tout le long de leur périple, c'était cette aura particulière qui nappait les lieux. Une vie grouillante, chargée de ses codes et de ses chants qui n'opéraient pas de la même manière que les autres. Et, malgré tout, un calme incroyable.
Enya sursauta, sous ses cuisses. Elle piétina sur place, les oreilles basses, agitée. Ses grands yeux sombres balayèrent tour à tour le sol, l'horizon, le ciel. Se penchant vers la large tête de sa monture, Falk marmonna.

-Qu'est-ce que t'as, Jambon, t'as eu peur d'une feuille ?

Il pouvait sentir le poitrail de l'animal se gonfler rapidement. Toujours plus rapidement. Falk donna un coup de talons contre ses flancs. Sous ses doigts, elle tremblait. Et refusait catégoriquement d'avancer.
Ce fut à ce moment qu'il réalisa que quelque chose avait changé, dans la forêt. Les oiseaux déchiraient la cime des arbres, détachant plumes et feuilles sur leur passage. Les fougères ployaient, tout autour d'eux. Des ombres furtives, plus ou moins grosses, filaient vers le Sud. Tous types d'animaux. Un brame puissant, dans leur dos. Un cerf bicéphale, imposant, qui appelait deux biches à le suivre.

-Mais que...

Et, comme répondant à un appel venu du fin fond de ses entrailles, Enya se mit à courir elle aussi. Malgré sa charge. Malgré que son cavalier, surpris, s'accrochât comme il le put à sa crinière sans comprendre ce qu'il se passait.

Puis vint le tremblement. Une secousse violente, venue de la terre elle-même. Galopant aussi vite que ses petites pattes le lui permettait, la mule suivit le mouvement amorcé par les autres créatures. Les arbres craquèrent autour d'eux, certains tombant, entraînant d'autres dans leur chute. Des cris perçants, venus de partout alentours, alors que la vie se déchirait en même temps que l'intérieur de la terre. Et, encore, ces secousses terribles qui n'avaient pas d'oreilles pour les entendre et s'arrêter. Cramponné à la crinière de sa mule, Falk fourra la tête entre ses épaules. N'eut pas même le temps de tirer sur les poils de sa monture pour l'intimer de s'arrêter.
Enya n'avait pas vu le trou. Un sabot frappa le vide, puis un autre. Puis vint la chute.
Et le noir.

Quand Falk reprit conscience, ce fut dans un gémissement plaintif. Une douleur violente irradiait son bras et son épaule gauches, si bien qu'il resta au sol sans bouger. Le nez dans les feuilles, il ferma les yeux. Respirer. Se recomposer. Tout autour de lui, un silence de mort. Mais plus de grondements venus des entrailles de la terre. Plus de danger... Et pas d'Enya. Portant sa main valide à sa bouche, il siffla entre ses doigts. Silence. Un nouveau sifflement. Une réponse, sonore, à quelques mètres sur sa gauche.  
Se redresser s'avéra plus difficile qu'il ne le présumait. Engourdi par la chute, il s'en serait tiré à bon compte si ce n'était pour son côté gauche. Serrant les dents, il finit par rassembler suffisamment de forces pour s'asseoir. Et constater l'étendue des dégâts. Si la majorité de la forêt semblait avoir tenu le coup, ça et là, il aperçut des enchevêtrements de branches et de racines. Un nouvel appel sonore. Sa forme massive se dessinait, grise, imposante, à travers les fourrés. Arrivé difficilement à sa hauteur, il ne put que constater l'évidence. Elle n'était pas plus belle à voir que lui. Une de ses pattes avant se prenait pour une arabesque. A bien y considérer, exactement comme son bras. Une des deux sacoches en cuir qu'elle transportait s'était fait la malle. Mais le pire était son regard.
Deux grands yeux noirs, implorants.

Il devait faire quelque chose. Il ne pouvait pas, il ne pouvait juste pas la laisser dans cet état. Comme il ne pouvait pas lui imposer de reprendre la route avec sa patte dans cet état. Alors il fit ce que tout Athna ferait dans cette situation. Balayant les alentours, il chercha la plus grosse pierre possible qu'il pourrait soulever et abattre sur le crâne de sa monture. Mais il n'y en avait aucune. Mais il ne pourrait de toutes façons pas la porter. Mais il y avait ces grands yeux noirs, cette expression docile alors que la mule comprenait ce qu'il cherchait à faire. Comme si elle acceptait.
Sauf que ça non plus, il ne le pouvait pas. A genoux à côté de la bête à lui flatter l'encolure, Falk se mordit la lèvre inférieure. Il y avait forcément une autre solution.
Celle qu'il trouva n'était pas la bonne. Quelques lanières de cuir avaient tenu le choc et finirent par faire une attelle de fortune avec quelques branches autour de la fracture de la mule. Autour de la sienne. Son bras en écharpe autour de son cou, il attrapa les rênes d'Enya et l'incita à se redresser. Redresse-toi Jambon... Elle trébucha. S'il te plait, redresse-toi... Au bout de longues minutes, elle parvint à se remettre difficilement sur pattes. L'achever aurait été plus simple. Pour elle. Pour lui. Mais maintenant qu'elle était debout, et que lui aussi, il fallait continuer.
Autant que possible.
Jusqu'à la fin.

Vers où ? Il n'était plus question de Nord, d'Est, d'Ouest ou de Sud. Dans le chaos environnant, il n'était plus question que d'avancer pour ne pas laisser les rôdeurs les dévorer. Le tissu qui soutenait son bras s'imbibait progressivement de sang, à force d'éraflures dues à la chute. Enya peinait à avancer et devait s'arrêter tous les dix pas, la respiration lourde, l’œil vitreux. Alors il tirait sur ses rênes. L'implorait d'avancer. Et la marche reprenait.
Jusqu'à ce qu'elle s'effondre une nouvelle fois. Que ce soit trop, pour elle, pour lui.


C'était comme ça que tout finirait, alors ? Il avait donné toutes les plantes médicinales qui restaient dans la sacoche à la bête. Pour l'apaiser. Pour faire baisser sa fièvre, pour la faire somnoler. Tout ce qu'il avait, une écuelle d'eau à portée de museau, l'unique couverture qu'il restait dans le paquetage pour la tenir au chaud. Le ciel se mit à pleurer, la pluie à s'abattre sur la forêt. Comme une plainte accompagnant la fin de plusieurs vies tout autour d'eux, la désolation d'une mère qui venait de punir sévèrement ses propres enfants. Et, avec elle, la nuit qui approchait avec son infini voile noir pour achever l'oraison. Sentant les premières gouttes sur sa peau, il tira la dernière des toiles de jute au dessus de la mule, lui offrant un abri de fortune. Plus rien pour faire du feu, tout était dans l'autre sacoche.
Aucun moyen de repousser les bêtes sauvages, cette nuit.

Le nez enfoncé dans le pelage rêche, Falk soupira. S'allonger entre Enya et le monde extérieur, offrant son dos au danger, sa dague à portée de main, avait été la réponse la plus logique à toute la situation. Si quelqu'un devait partir, cette nuit, attaqué par les prédateurs, ce ne devait être que lui. Il lui faisait confiance pour le réveiller si jamais il s'endormait à cause de la fièvre.
Aussi, quand elle s'agita, tentant de se redresser en soupirant lourdement, ses doigts se resserrèrent-ils autour de son couteau. Les yeux fermés, il écouta. Des pas feutrés, proches. Un renard ? Un loup ? Ou une de ces créatures sans nom, aux crocs acérés, issues de la radioactivité.
Il misa sur la dernière option alors qu'il se tourna vers l'origine des pas. La vue trouble, basse, il discerna une silhouette sombre, humanoïde, entre les arbres. Coassa en Trigedasleng dans sa direction, incapable de savoir s'il s'agissait d'un homme... ou d'autre chose.

-Ami ou ennemi ?

Il ne ferait pas le poids contre une bestiole, il le savait pertinemment. Et s'il pointait la lame de son couteau en direction de la silhouette, sa main tremblait déjà au bout de quelques secondes.

-T'as pas intérêt à vouloir bouffer ma mule, saloperie...

L'ombre se rapprochait doucement, presque prudemment. Plissant les yeux, Falk distingua des traits qui tenaient plus de l'humain que de la créature sanguinaire. Ou peut-être qu'il divaguait. C'était sûrement ça. Sûrement divaguait-il.

-Moi, t'as le droit, mais pas elle...

Une secousse de douleur, le long de son bras. Ses doigts qui ne tenaient plus rien. Le couteau tomba dans un bruit mat entre les feuilles et il n'eut pas même la force de se redresser pour le reprendre en main. Se hissant le dos contre la bête pour se placer entre elle et la silhouette, il ricana.

-T'as vu ça, Jambon ? Le Dieu de la Mort a les yeux noirs.

Noirs comme la nuit. Comme ses cheveux. Comme cette petite barbe qu'il distinguait à peine sur un visage tout aussi flou que le reste. Etait-il grand ? Petit ? Costaud ou longiligne ? Falk ne saurait pas le dire. La fièvre exsudait de sa peau, le long de son dos, froide comme la mort elle-même. Et Enya qui avait cessé de s'agiter, fixant l'inconnu de ses grands yeux sombres.

-C'est drôle, Enya aime pas les inconnus d'habitude. A croire qu'elle te fait confiance. Embarque-la avec toi une fois que tu m'auras achevé. C'est une brave bête.

Incapable de se tenir droit, il dodelina de la tête en flattant une dernière fois le poil rêche de sa monture. Si la Mort était aussi belle, elle le serait d'autant plus à califourchon sur sa mule.
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08/08/2018 Cocopix - 53 Kit Harington Lux Aeterna Apprenti conseiller chaman Naoris (forêt) 42


Sujet: Re: On a Wire ▬ Rürik
Sam 20 Oct - 19:43


On a wire

Les yeux rivés devant moi, je l’observais, cet homme. Je ne savais pas qui il était ni d’où il venait, mais il avait réussi à se retrouver dans notre forêt, proche du campement. Accompagné de sa mule, il évoluait à-travers les bois, parlant à l’animal comme à une amie. Et moi je l’observais. Intrigué par cet accent qui n’était pas le mien, inquiet de le voir découvrir notre village, envieux de sa liberté. Je le suivais depuis plusieurs heures à présent. J’étais tombé sur lui par hasard, lors d’une de mes promenades régulières. Ces promenades pour m’aérer l’esprit, sortir de cette routine d’apprenti qui m’épuisait parfois. J’avais marché à-travers les bois comme à mon habitude avec pour seul guide l’envie de mes pieds de se poser où bon leur semble. Je n’ai jamais eu de but durant ces promenades à part me vider la tête. Seulement, pour cette fois, je ne pourrai me contenter de partir et revenir sans qu’il ne se passe rien. Cet homme, je devais m’assurer qu’il ne nous trouve jamais. Je ne connaissais pas ses intentions, mais les étrangers n’étaient pas vraiment les bienvenus, du moins, pas de leur plein gré. On n’entrait pas dans notre village comme dans un moulin. Bien souvent, le chemin était caché. On ne voulait pas que des inconnus viennent constamment demander refuge ou que si la guerre se déclenchait une nouvelle fois, elle se retrouve devant notre porte.

Je le suivais, prudemment, m’arrêtant en contre-haut pour le regarder évoluer, chercher à comprendre s’il avait un but, s’il nous cherchait ou si comme moi, il se contentait de suivre ses pieds. Enroulé dans une peau de bête, je sentais cet air froid qui faisait danser mes cheveux malgré moi. De petits tourbillons de feuilles se déplaçaient par-ci, par-là. J’avais un mauvais présentiment pour cette météo. Comme si la Terre nous préparait encore une fois une petite surprise. Il faisait plus froid que les autres jours et ce n’était pas le moment de déjà tomber vers un temps d’hiver. Et ce vent. Il était bien trop fort pour que ce ne soit qu’un hasard.

Nous continuions tous d’avancer, lentement, suivant le rythme de la mule. Je prenais garde à toujours me cacher entre les arbres, du côté ombragé, profitant de la noirceur de mes cheveux pour m’en servir comme camouflage. Pourtant, alors que la tribu n’était plus si loin, l’homme sembla abandonner. Il regardait autour de lui, l’air désespéré. Mon cœur se serra presque, l’envie de l’aider pointant doucement dans mon esprit. Non. Je ne pouvais pas l’aider. Je n’avais pas le droit de le mener dans le campement. Je ne connaissais pas ses intentions. Je secouai vivement la tête et le regardai s’éloigner. Je continuai de le suivre encore un moment, pour être sûr qu’il retournait d’où il venait.

C’est un peu de temps plus tard que mes craintes devinrent réelles. La mule s’agita et mon cœur se serra un peu. Je sentais une ambiance spéciale dans la forêt, pas habituelle. Quelque chose se tramait vraiment et je n’étais pas rassuré. Et ce présentiment toujours présent. Rowena m’avait appris à toujours en ressortir quelque chose de ces présentiments, qu’ils n’étaient pas là par hasard et qu’il était toujours bon de les écouter. Seulement, elle n’était pas là pour me guider et je ne savais pas dans quelle direction me diriger. D’où pouvait venir ce présentiment.

Et puis je compris. La forêt s’agita, des animaux sortirent de partout tout autour de nous, je dus me plaquer derrière un arbre pour ne pas me faire piétiner. Et j’entendais l’homme se faire embarquer par sa bête, celle-ci emportée par son instinct grégaire. La fuite, la survie. Et puis le sol se mit à trembler et la peur m’empoigna la gorge. La Terre était-elle encore en colère ? Qu’avions-nous fait cette fois-ci ? Les arbres s’agitèrent tout autour de moi et je dus courir moi aussi. L’un de mes bras vint faire barrière devant mon visage, sentant quelques branches tomber. J’avais peur, sincèrement peur. Que la Terre m’avale, qu’un animal me piétine et bizarrement, je m’inquiétais pour l’inconnu. Alors je filais à-travers la forêt jusqu’à ce que tout ça ne cesse dans un immense fracas.

Je m’accroupis, regardant enfin autour de moi pour constater les dégâts. Des arbres étaient tombés, laissant ainsi voir leurs racines, à certains endroits, le sol s’était même ouvert. Et des branches. Partout. Je contemplai cette horreur sans savoir que dire. Pourquoi étions-nous punis de la sorte ? Qu’avions-nous encore fait ? Et puis je pensai aux Naoris, à mon village. Le tremblement s’était-il arrêté avant eux ou les avait-il atteints ? Mon cœur s’accéléra, je le sentis battre dans ma tempe, les muscles s’agiter. J’avais peur pour ma tribu, peur qu’il ne leur soit arriver malheur. Alors je me relevai et tentai de retrouver un chemin parmi les débris. Je dus escalader des racines, passer sous d’autres, soulever des branches. Tout était sens dessus-dessous. Et je sentis une légère douleur sur ma joue. J’avais dû être éraflé par une branche ou quelque chose. Ce n’était rien comparé à ce qu’il aurait pu se passer. J’aurais pu y rester.

Et puis j’entendis ce gémissement. Toute la douleur d’un homme en une seule exclamation. Était-ce l’inconnu de toute à l’heure ? Je le cherchai un instant même si mon cœur hurlait de courir retrouver ma tribu. Il siffla, l’inconnu et je pus donc situer sa position. Une masse bougea non loin de moi et je compris qu’il s’agissait de la mule. Elle se traina jusqu’à son maître et je constatai son état. Elle n’était pas belle à voir. Et puis je posai le regard sur l’homme qui n’était pas dans un meilleur état. J’avais eu bien plus de chance qu’eux et mon cœur se serra toujours plus.

Il se remirent en route et je dus me retenir de toute mes forces pour ne pas les amener vers notre village. Là-bas j’aurais de quoi les soigner. Harlan pourrait y faire quelque chose, c’était certain. Mais au lieu de ça, je me contentai de les suivre encore, de loin, jusqu’à ce que la bête n’en puisse plus et s’effondre une nouvelle fois. L’homme tenta tant bien que mal de l’abriter sous ce qu’il avait à portée de main alors que la bruit montrait à nouveau le bout de son nez et s’allongea à ses côtés, dos face au danger.

C’est alors que je décidai d’agir. La tribu était trop loin pour que je ne puisse faire quoi que ce soit immédiatement et ils étaient bien assez. Cet homme avait besoin d’aide maintenant et j’étais certainement le seul à pouvoir faire quelque chose en l’instant présent. Il ne passerait sûrement pas la nuit sans mon aide. Alors je m’avançai vers lui, lentement, prudemment et il s’adressa à moi, dans notre langue à tous, tous ceux de la Terre. Il me menaça d’un couteau qu’il tentait vainement de tenir, me montrant une fois de plus à quel point il était mal. Je m’avançai encore vers lui, le corps proche du sol, toujours prêt à fuir en cas d’attaque de sa part, même si je doutais qu’il en soit encore capable. Le couteau ne tarda d’ailleurs pas à tomber et mon regard se posa sur son bras. Il était gravement blessé et j’eus mal pour lui. Il se redressa péniblement pour me faire face et je restai accroupi devant lui. Il s’adressa à sa mule, me compara au Dieu de la Mort puis s’adressa une nouvelle fois à moi, me priant d’emmener la bête avec moi une fois que je l’aurais tué lui. J’eus une moue de surprise face à ces paroles. Cet homme ferait passer son animal avant lui alors qu’il n’était même pas sûr qu’elle puisse remarcher un jour.

Je soupirai discrètement, me penchai vers ma besace pour en ressortir ma gourde d’eau et la tendre à l’inconnu. Je sortis également un peu de viande séchée pour la tendre également vers lui. Je ne savais pas depuis quand il se promenait exactement, s’il s’était nourri convenablement, mais c’était toujours ça. Et peut-être m’accorderait-il un peu de sa confiance. Une fois qu’il eut attrapé ce que je lui tendais, je fis le tour pour du couple pour tenter d’arranger son abri. Vu leur état, il n’était pas question de les déplacer. Il leur fallait donc quelque chose de solide pour passer la nuit et ne pas trop subir les intempéries. Je tentai tant bien que mal d’accrocher sa bâche sur les racines non loin afin qu’ils aient davantage de place. Une fois fait, je revins me placer face à eux et sortis les herbes qui se trouvaient dans ma besace. « J’ai de quoi panser vos plaies, si vous me permettez. » Je m’avançai doucement vers l’homme, l’interrogeant du regard. Je ne savais pas d’où il venait, ce qu’il avait vécu et à quel point j’étais idiot de vouloir l’aider, mais la détresse des gens m’avait toujours interpellé et j’estimais que personne ne méritait de mourir dans la forêt.

Je cherchai de quoi faire un bandage autour de moi et pris donc quelques feuilles. Harlan m’avait appris quelques bases concernant certains soins et je m’appliquai à les mettre en pratique avec cet inconnu. Tout en prenant garde à lui, je sentis ma méfiance diminuer au fur et à mesure que je me trouvais à ses côtés. Après tout, il était tellement mal en point qu’il n’arriverait certainement pas à me faire le moindre mal. Mais pour le moment, ce qui m’inquiétait le plus, ce n’était pas ses blessures que j’avais bander avec soin, c’était sa fièvre. Il menaçait de sombrer à tout instant. Et contre ça, je ne savais pas vraiment que faire.

Je soupirai une nouvelle fois et regardai l’homme durant quelques secondes avant de me tourner vers la mule. Ma main se tendis vers elle pour la laisser me renifler. Le contact doux de ses naseaux contre ma peau m’arracha un sourire et je finis par poser ma main sur son chanfrein. Sa respiration était difficile et je ne savais comment soigner sa jambe. Les plaies je pouvais toujours essayer, mais les os ? Seulement le temps pourrait l’aider et pour l’instant, passerait-elle seulement la nuit ? Je sortis tout de même une pomme de mon sac pour la lui tendre. Elle la croqua péniblement, comme si le moindre effort était surhumain pour elle.

Et puis je me tournai à nouveau vers son maître et m’assis face à lui. « Je m’appelle Rürik. » Je n’allais pas lui dire d’où je venais, je n’allais pas lui raconter mon histoire. Il se contenterait de mon nom car pour le moment, c’était tout ce dont il avait besoin de savoir.



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On a Wire ▬ Rürik

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