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˜˜˜˜˜˜« What's left to do with these broken pieces on the floor? » Murphy&Wyatt
maybe life should be about more than just surviving


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01/08/2018 Totoro's Child. TC Jones. 355 Rami Malek Ma Reine d'amour ♥ - imaginarium - ariana grande, breathin Conseiller Odysséen. - Botanique & Zoologie. Dana 779
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« Let beauty come out of ashes and when i pray to god all i ask is can beauty come out of ashes? can you use these tears to put out the fires in my soul? cause i need you here, woah cause i've been shaking i've been bending backwards till i'm broke watching all these dreams go up in smoke »

☁️ 12 août 2118
Il a de la peine dans le regard, pas de cette peine que les gens comprennent au premier coup d'oeil mais de celle qui fait vraiment mal, celle qui fait qu'on est paumé et qu'on sait plus vraiment qui on est. Lorsqu'il sort de sa chambre de fortune, traverse le bordel du nouveau camp alors que presque plus un bruit ne se fait entendre, Wyatt ne sait plus vraiment pourquoi il s'est mis ça en tête, pourquoi il a décidé de faire ça, encore moins ce soir, encore moins maintenant.

Alors il s'arrête, quelques instants. Il bouge plus, ferme les yeux et tente de faire taire son palpitant. Il déglutit un peu vainement, cherchant son courage là où y en a jamais eu, vraiment. Il fait de ces mouvements qu'on associe au doute, tourne un peu la tête et gigote les mains, un peu comme un écho de son crâne qui ne sait plus dans quelle direction partir. Parce qu'il y a les souvenirs qui reviennent, les souvenirs qui s'enchaînent. C'est presque à l'en déséquilibrer cette histoire.

Wyatt se revoit pas très grand, avec Murphy à côté de lui. Murphy, sa meilleure amie, celle qui a percé tous les murs que les autres n'ont jamais su qu'effleurer. Elle est là et elle lui sourit. Elle lui raconte des trucs qu'il comprend pas trop et qui lui passent au dessus de la tête, mais il s'en fout, elle est là, avec lui. Quand elle est là, il est pas seul. Quand elle est là, le monde vaut un peu la peine et l'espoir existe. Tous les deux la tête collée aux vitres ils observent les étoiles et ils en parlent des heures, ils en parlent jusqu'à ce que leurs yeux tombent de fatiguent, que leurs paupières se ferment et qu'ils ne voient des étoiles que dans leurs rêves. L'un à côté de l'autre, juste comme ça, à rêver d'un monde où le ciel a une autre dimension, une autre signification.

Et les voilà sur terre depuis deux ans déjà. Deux ans, c'est long. Encore plus quand on sait qu'en vérité, ça fait bien plus longtemps que ça qu'ils ne se sont plus parlés, ces deux là. Mais deux ans, deux ans à voir le ciel, à se tourner vers sa droite pour dire à Murphy de regarder, parler des constellations qu'ils n'avaient vu que dans des livres sans réussir à bien les distinguer mais qui sont là maintenant, avec eux, auprès d'eux. Deux ans de silence, pas un bonjour, pas un pardon, pas un merci.

Il a jamais vraiment su dire merci, Wyatt. Encore moins quand il le fallait vraiment. Et à Murphy, y aurait vraiment fallu lui dire merci. Merci d'avoir été une si bonne amie, merci d'avoir été toujours là, de jamais avoir baissé les bras. Merci d'avoir fait le premier pas l'autre fois. Pardon d'être moi. Pardon de pas avoir fait le deuxième mais je sais pas, je comprends pas.

Alors la vérité c'est qu'il sait très bien pourquoi il décide de faire le pas maintenant et pas un autre temps. Il sait qu'il y a un semblant de « maintenant ou jamais » qui règne dans sa tête de gamin déséquilibré. Les étoiles ne sont jamais plus belles qu'en cette période et personne ne le sait mieux qu'elle. Alors il ouvre à nouveau les yeux, souffle un coup et quitte définitivement le sol bétonné du bâtiment pour venir traîner dans le campement. Les veilleurs le saluent, personne n'est surpris de le voir dehors, personne sauf peut-être lui. Ça ne fait pas bien longtemps que Wyatt pointe à nouveau un réel nez dehors, encore moins de nuit. Alors il a le cœur serré, les entrailles qui se tordent lorsqu'il reconnaît le dos de sa camarade de toujours entre mille, la tête vers le ciel. Le brun sourit, alors qu'il sait même pas comment l'aborder, même pas par où commencer.

Les quelques pas qui le séparent de son amie lui semblent être une torture éternelle. À chaque pas il se demande s'il ne serait pas plus judicieux de faire demi-tour, abandonner tout simplement et faire son deuil de Murphy, finalement. Mais il serre les poings, comme le gosse qu'il a un jour été, celui à qui la fille non loin a appris le courage et à se battre pour ses idées. Celle qui l'a aidé à devenir qui il est, depuis tant d'années, même avec le silence, même avec cet affreux silence. Alors il coupe la distance et lui tapote sur l'épaule. Trop tard pour faire demi-tour, il serait ridicule de partir en courant le temps qu'elle se retourne. D'autant qu'elle a toujours été plus rapide et qu'il finirait la tête la première sur le sol par un beau plaquage version Cavendish, qu'il se dit.

Et puis, comme d'habitude, à se perdre dans ses pensées absurdes, il se retrouve face à ses pupilles sans avoir eu le temps de se préparer réellement à quoi dire ou comment faire. Alors nerveusement, il passe une main derrière son crâne, comme à son habitude pour gagner du temps pour finalement entamer une conversation avec les premiers mots qui lui viennent en tête. « Hey... Murphy... » C'est quand-même un bon début, non ? Bonjour, et son nom. Il a fait pire comme introduction. « Je... je me demandais si tu voulais bien qu'on aille regarder les perséides ensemble... ? J'veux dire on est le douze alors ce soir ça devrait être... » Il finit pas sa phrase, se sent affreusement con, resserre ses mâchoires et hoche la tête de façon désespérante et désespérée. Pourquoi elle voudrait ça ? Pourquoi elle voudrait passer du temps avec lui ? Alors il n'attend même pas la réponse, lève une main en signe de drapeau blanc et articule difficilement. « Laisse tomber, tu dois probablement avoir mieux à faire, je suis désolé d'avoir demandé. »

Et il s'apprête à faire demi-tour, l'idiot. Baisser les bras sur sa seule amie, sa seule vraie famille. La seule qui l'a toujours compris sans jamais le juger. Il commence déjà à tourner un talon alors qu'il murmure, comme un con. « Puis désolé pour tout, aussi. » Et ça, ça lui arrache la gorge et le cœur. Parce que c'est pas comme ça qu'on dit pardon, c'est pas dans ces conditions. Mais il a jamais su faire, Wyatt. Jamais su dire merci. Jamais su dire pardon.
doctor sleep | quote : Céline Dion, Ashes (Deadpool 2 Soundtrack).


Dernière édition par Wyatt Sheperd le Mer 24 Oct - 19:10, édité 3 fois

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06/12/2015 Lux Aeterna Nuna Cortez 36215 Sophia Bush Lux Aeterna (vava & sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 1356





❝ What's left to do with these broken pieces on the floor ? ❞
Murphy Cavendish & Wyatt Sheperd
(12 août 2118)


Il y avait de ces dates qui marquaient l'Histoire, et puis de celles qui marquaient notre histoire. Elles témoignaient d'un jour aléatoire qui avait vu naître un être aimé ou disparaître un autre, un jour où les choses avaient changé pour le meilleur ou le pire; certaines marquaient une union, d'autres une rupture; certaines un petit quelque chose qu'il faisait bon se rappeler de temps à autres tandis que d'autres vous avaient blessé à vif, là où elles laisseraient à jamais une cicatrice. C'était parfois des célébrations, d'autres fois des journées un peu plus lourdes à porter que les autres. Elles étaient parfois partagées avec des proches et des moins proches, d'autres fois tenues secrètes par pudeur ou respect. Pour Murphy, entre son anniversaire et les fêtes hivernales se glissait une date particulière, de celles qui avaient fait paniquer les plus inquiets qui avaient peuplé la capsule odysséenne. Les Perséides, pour les scientifiques et les pragmatiques, représentaient une menace pour leur abri céleste. Pour Murphy, c'était une pluie d'étoiles filantes; pas de celles qu'avaient décrites leurs ancêtres dans les écrits et le histoires racontées et que l'on regardait en levant le nez. Le ciel, là-haut, était leur monde. Pour voir les étoiles prendre feu, il fallait le baisser, le nez. On les voyait illuminer la planète bleue, se frayer un chemin au milieu de l'épaisse atmosphère nuageuse. Elle se demandait parfois si quelqu'un était en-dessous et quel dégât ces météores pouvaient laisser sur son passage -rien de dramatique, à en croire les récits anciens. Les étoiles filantes étaient sources d'admiration, de poésie. C'était comme ça que sa mère lui avait appris à les regarder et lorsque les peurs de la jeune enfant avaient laissé place à une fascination indescriptible, ce n'était plus les dégâts qu'elle imaginait, en bas. Elle imaginait le monde tel qu'il était sous ces couches de nuages épais, ce qu'il pouvait en rester, ce qui avait pu y renaître depuis que ses ancêtres l'avaient déserté. Et c'est avec Ofelia qu'elle avait commencé à s'imaginer des histoires pendant les quelques heures qu'elles accordaient à l'admiration de ces boules de feu. Elles les contaient à tour de rôle, au rythme de leurs imaginations débordantes. Elles murmuraient, riaient, criaient à l'approche d'une nouvelle étoile filante, et puis elles demeuraient silencieuses de longues minutes, chacune perdue dans ses pensées, chacune respectant celles de l'autre.

La tradition avait demeuré au fil des ans, évolué avec les deux femmes. Adolescente, Murphy avait commencé à tromper les histoires de sa mère avec le silence d'un nouveau compagnon. Avec Wyatt, le silence était de mise. Assis face à de hauts hublots, ils désignaient du doigt chaque nouvelle illumination en contrebas et admiraient le spectacle dans une quiétude respectueuse. De temps en temps, ils échangeaient un mot. Ils n'avaient pas besoin de plus. Les étoiles, c'était leur famille commune, c'était leur lien, et les plus belles choses n'avaient pas besoin d'être étouffée sous des descriptions qui ne rendraient jamais justice à la réalité. Avec Wyatt, ça avait toujours été ça. Devant les étoiles ou lorsqu'elles tombaient à leurs pieds, dans les salles de classe et même lorsque le lien s'était effrité sous leurs yeux. C'était une amitié trop pudique, sans doute, pour qu'ils osent y mettre des mots, même pour essayer de la sauver. Alors les mois avaient fait leur travail et s'étaient transformées en années. Les Perséides de Murphy avaient perdu Wyatt. Puis, elles avaient perdu Ofelia.

Et les étoiles filantes, maintenant, portaient le poids insoutenable de la perte. Ofelia ne les verrait jamais tomber du ciel. Elle ne vivrait jamais aucune des histoires qu'elle avait inventées pour cette Terre au-dessus de laquelle elle avait été en orbite toute sa vie. Elle n'aurait jamais de réponses à toutes les questions qu'elle s'était posées là-haut. Wyatt, quant à lui, n'avait sûrement pas abandonné ce genre de spectacle lorsqu'elle s'était évaporée de sa vie malgré elle. Il avait probablement trouvé d'autres compagnons en lesquels il se reconnaissait davantage. Comment avait-elle jamais pu penser être une bonne amie pour lui ? Elle avait laissé derrière elle la famille Sheperd presque contrainte. C'était le temps qui avait forcé les choses. Des fois elle se demandait s'il pensait à elle et dans quel genre de moments il pensait à elle. Il avait été son frère et elle pensait à lui dans les moments les plus difficiles comme les moments les plus joyeux, où la famille avait toujours sa place. Orpheline de parents, orpheline de meilleure amie, Murphy avait vu son univers s'effondrer peu à peu. De loin et timidement, elle avait longtemps observé Wyatt. Les années ne l'avaient pas changé. Brillait dans son regard toujours la même lueur de curiosité, peut-être ici plus vive encore qu'elle ne l'avait été là-haut. Elle était vivifiée par le monde dont il avait toujours rêvé et dont il foulait enfin le sol. De loin, non, Wyatt ne semblait pas changé. Ses traits ne semblaient pas avoir été marqués par toutes les horreurs qu'ils avaient vécues; et des horreurs et des chagrins, elle le savait de là où elle était, il en avait vécu. De nombreuses fois l'idée de poser une main réconfortante sur son épaule s'était glissée dans son esprit; à chaque fois elle l'avait repoussée, convaincue par le temps passé qu'il était trop tard pour réapparaître dans sa vie. Comme avec Nadja, avait-elle pensé trop souvent.

Ces nuits portaient le poids du manque. Loin des sources de lumière qui berçaient le village, le regard levé vers les astres, Murphy observait le ciel noir qui se parsemait de lueurs claires à intervalles irréguliers. Ses prunelles se perdaient parfois au sol ou sur les tours de garde au loin. Les météores chantaient du rire de sa mère, du doux silence de Wyatt. Elle ne se rappelait jamais des raisons qui la poussaient à quitter son lit. Les étoiles n'étaient plus une raison suffisante, plus lorsqu'elles faisaient face au chagrin des disparitions. Elles se teintaient de mélancolie et peut-être que c'était ce qu'elle recherchait ce soir comme elle l'avait fait les années précédentes : dénicher les souvenirs de sa mémoire pour le revivre un peu, juste le temps de quelques étoiles filantes.

Le silence n'était brisé que par les animaux de l'été, ceux qui chantent d'un chant bizarre qu'ils ne réservaient qu'aux températures les plus accablantes. Encore habillée comme si elle était en plein soleil, Murphy appréciait silencieusement l'air de la nuit, à peine plus léger que celui qui l'avait précédé. Sous ses pieds, la terre réverbérait encore la chaleur de la journée, mais c'était toujours moins terrible que ce dont était capable le béton, plus près des bâtiments principaux. Au loin, les couche-tard riaient encore, profitant du temps plus clément que seules les nuitées savaient apporter en cet été de feu. Ce moment représentait le contradictoire qui déchirait Murphy en cet instant : la solitude du chagrin faisait face au besoin d'une compagnie lointaine, que seuls en cet instant semblaient capables d'apporter ses souvenirs d'un autrefois bien trop lointain. C'était une torture salvatrice. Ofelia était à ses côtés. Une traînée claire vint marquer le ciel d'encre, une main vint glisser sur son épaule.

Vivement, brusquement, la brune se retourna, s'attendant déjà à voir Chris troubler son moment de quiétude. Son regard dur et agacé trouva Wyatt et elle dut cligner des yeux ou deux fois pour s'assurer que ce n'était pas sa fatigue qui la rattrapait. « Salut... » Elle le fixait, comme sonnée. « Tu cherches quelqu'un ? Je peux t'aider ? » L'arrivée de Wyatt semblait avoir été calculée par l'univers, mais Murphy avait trop de bouteille pour croire aux signes qu'il pouvait envoyer. Elle croyait au hasard, elle, et savait que les hypothèses les plus simples devaient toujours être privilégiées. L'hypothèse la plus simple, c'était que Wyatt cherchait son acolyte pour la soirée, qui qu'il ou elle puisse être. Définitivement pas elle. Définitivement celui ou celle avec qui il avait vécu toutes les autres pluies d'étoiles filantes, avec qui il avait admiré les premières Perséides en tant que nouveau Terrien. Définitivement pas elle. Son regard se plissa avec plus de dureté qu'elle l'aurait souhaité lorsqu'il reprit la parole. Peut-être elle, alors ? « Je... je sais... » Elle pointa du doigt le ciel sans le regarder, juste au moment où une météore passait au-dessus d'eux. « Tu croyais que j'attendais que la foudre me frappe ? » Le regard de Wyatt lui fendit le cœur tant il paraissait persuadé de ne pas avoir sa place avec elle ce soir. Elle ne comprenait pas vraiment ce qui était en train de se passer. C'était comme avant, sans être comme avant. Malgré leur proximité, un gouffre béant semblait les séparer. Mais sa place à ses côtés, il l'avait eu tous les soirs et tous les jours, toutes les nuits même, depuis toujours. Ils avaient juste perdu le chemin l'un de l'autre, puisque la vie semblait en avoir décidé ainsi. « Mieux à faire ? Genre rester debout toute seule ici, comme une conne ? » A penser à elle, à penser à toi ? A penser à autrefois ? A rêver à là-haut sans toi ? « T'as pas changé, tu dis toujours autant de conneries. » Un petit sourire à la fois taquin et tendre étira ses lèvres dans l'obscurité nocturne. Comme si elle lisait dans ses traits à demi-éclairés ses intentions de la laisser derrière lui, elle posa une main sur son avant-bras et le fixa. « Désolé pour quoi ? » demanda-t-elle dans un hoquet avant de le forcer à se rapprocher d'elle; de lui interdire de s'éloigner. « T'en dis, des conneries. Et pis tu sais très bien que je sais quel jour on est. » Elle le lâcha, redoutant qu'il en profite pour la planter là, mais leva le nez vers une étoile filante qui s'effilochait au-dessus de leurs têtes. « Fais un vœu. » Le sien, il était évident. Il s'était matérialisé sous son regard. Les prunelles de Murphy le trouvèrent une nouvelle fois et dans un murmure timide, elle demanda si « c'est moi que tu cherchais ? » Au loin, après avoir fait deux fois le tour du village, Antarès cherchait sa maîtresse. Elle pouvait l'entendre trottiner de son pas caractéristique de canidé ensommeillé. Peut-être qu'avec Wyatt, ça pouvait vraiment être comme avec Nadja. L'espoir était responsable de bien des cœurs brisés --mais peut-être qu'ils pouvaient retrouver le chemin l'un de l'autre, eux aussi.

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Wow. Le regard de Murphy. Ça fait partie des trucs que Wyatt avait dans un coin du crâne sous tellement de poussière que lorsqu'elle se retourne vers lui il en loupe un ou deux battements. Cet air assassin qui lui va terriblement bien et qui donne à l'autre envie de se retourner sans même avoir parlé. Mais il se retient et prend sur lui alors que la jeune femme face à lui lui laisse quelques secondes de répit avant d'ouvrir la bouche. Juste quelque seconde. Et une première claque, pas forcément volontaire. Juste parce qu'elle lui parle et qu'ils ne parlent plus. Juste parce qu'entendre ce « salut » ça lui fait mal et ça lui tord les entrailles. Il a vraiment été le dernier des cons sur ce coup. Le dernier des cons avec elle depuis tellement de temps qu'il est plus capable de savoir quand ça a commencé vraiment.

Mais il s'accroche. Comment, on sait pas vraiment, à quoi, il sait pas vraiment. Il continue et elle aussi. La militaire lui demande s'il cherche quelqu'un et lui, il se demande s'il a parlé la même langue qu'elle. Il la cherche elle, c'était pas évident ? Il a pas dit son prénom après l'avoir salué ? Elle lui fout le doute en pleine gorge et Wyatt se perd dans son flot de pensées. Il regrette déjà l'acte qu'il vient de faire sans même qu'il se soit vraiment passé. C'était une mauvaise idée. Mauvaise idée de venir jusque là, lui taper sur l'épaule. Mauvaise idée. Tout était une mauvaise idée. Des alarmes faisant un bruit insupportable s'enchaînent dans son crâne lorsque sans savoir vraiment pourquoi, il continue quand-même sur sa lancée. Le regard de son amie d'enfance s'assombrit et il est prêt à se faire engueuler. Il le sait, il le mérite. Il en a conscience mais pourtant, la réaction première de la femme face à lui n'est pas vraiment celle qu'il espérait. Elle répond juste qu'elle sait. Et parmi toutes les choses qu'il sait pas, ça il le savait, pour le coup. Évidemment qu'elle sait, il serait pas là sinon, ça n'aurait pas vraiment d'intérêt. Mais elle pointe le ciel du doigt et le regard du brun la suit par réflexe, dans ce monde à l'envers par rapport à leur enfance. Un silence d'une seconde le temps de voir la météore passer.

Et pendant un court instant, ça frappe Wyatt. Violemment. Ça le frappe comme ça ne l'avait pas fait jusque là. Il savait que Murphy lui manquait, il ignorait juste à quel point. Mais suivre la direction indiquée par son doigt comme ça et voir le ciel dans ses plus beaux moments ça le brise, ça l'épuise d'un coup. Un coup de poing en plein cœur. Mais qu'est ce qui lui a pris ? Il avait tout, il avait une famille. Et dans sa tête, le bras de Murphy manque de quelques centimètres, leur tête est derrière un hublot et ils peuvent pas s'échapper de leur cage en fer mais les météores, qu'est ce qu'elles sont belles vues d'en haut. Elles sont grandes et puissantes, elles font peur aux plus rationnels et se reflètent dans les yeux des deux jeunes passionnés. Il regrette amèrement ce temps. Ce temps où seul la voix de Murphy venait percer son bulle, seule elle, entrait dans sa bulle. Sans jamais rien bouger ni déranger. Elle était là, les mots choisis toujours juste, les gestes qui suivaient toujours doux. Son amie lui manquait, sa famille lui manquait. Elle lui manquait et il avait jamais vraiment réalisé à quel point jusqu'à cet instant précis. Jusqu'à se rendre compte de quel genre d'abrutis il faisait partie. Du pire genre, celui qui laisse tomber sa famille pour l'oublier, qui ne se préoccupe que de lui sans s'occuper des besoin de l'autre. Mais quel con, putain, quel con.

Il se retient de lui dire et il a bien raison, parce qu'il arrangera rien. Pas comme ça, pas maintenant. Et puis il retrouve sa Murphy, celle qui va pas lui laisser passer les années écouler avec une simple tape dans le dos. Celle qui est prête à lui dire que c'est qu'un sale con et qu'il lui dira qu'elle a forcément raison. Est-ce qu'il attendait que la foudre la frappe ? Pas vraiment. Enfin, peut-être un peu, après tout c'est un cyclone qui lui a remis les idées en place donc elle n'est pas vraiment loin du compte. Mais pour lui c'est dur, dur à admettre, dur à réaliser. Il a perdu sa place auprès de celle qui compte le plus pour lui, sa meilleure amie, sa seule véritable amie. Sa famille, celle qui ne juge pas, qui est toujours là. Celle qui a subi les pleurs et les cris des adolescentes insupportables que Wyatt frôlait à tour de bras. Celle qui a pris la place qu'il n'était pas capable de prendre pour ses parents. Celle qui n'a jamais manqué à l'appel, pas une seule fois, pas un seul instant. Et lui, il a tout bousillé, il sait plus vraiment comment mais il sait que c'est lui. Il sait qu'il a tout gâché et qu'il a plus vraiment ni de droit ni de place auprès d'elle. Qu'elle l'a probablement remplacé avec un ami bien plus simple et surtout plus fidèle. Alors il déglutit, se confond en excuses sans trop savoir comment s'y prendre et elle le rattrape avec ce ton, ce ton qui putain lui avait manqué. Qui lui fait mal en cet instant précis mais tellement de bien aussi. Elle a pas tort, Murphy, ils avaient quoi de mieux à faire au juste ? S'ignorer et regarder les étoiles dos à dos ? Sans un mot, sans un bruit ? C'est ce qu'ils faisaient depuis trop d'années et clairement ça portait pas vraiment ses fruits. Alors il soupire et il hausse les épaules quand elle dit qu'il a pas changé.

Toujours autant de conneries, hein. Un sourire qui se dessine timidement, presque invisible à l’œil, encore plus dans la pénombre. Mais dieu sait qu'il a changé, qu'il a l'impression d'être un inconnu pour elle et que ça le bouffe tellement intérieurement. Mais il peut pas, il peut pas lui faire ça. Parce qu'il saura pas dire un vrai pardon, pas mieux que ce qu'il articule là, parce qu'il saura pas être un vrai ami, parce qu'il saura pas être celui qu'elle attend. Alors il tourne un talon, s'apprête à faire demi-tour et faire comme si de rien n'était. Mais elle pose sa main sur son bras et lui, son contact le fait se stopper net. Il a jamais été du genre tactile, mais il n'a jamais non plus été du genre à mal réagir lorsqu'on le touchait. Pourtant, là, il a l'impression que la main fraîche de son amie est à la fois une douceur et une douleur. Il souffre de devoir la décevoir et sa voix qui s'élève en rajoute une couche, un pic violent dans son cœur. Il n'a pas le temps de répondre qu'elle le tire vers lui. Il se laisse faire, l'idiot du ciel, parce qu'il a besoin d'elle. Parce qu'il a l'impression d'avoir quatorze ans à peine et que Murphy le traîne on-ne-sait-où parce qu'on y voit mieux. Il dit rien, hanté par des souvenirs qu'il a longtemps balayé tandis qu'elle s'évertue à lui répéter qu'il dit des conneries.
Non pas qu'il l'ait pas mérité, bien au contraire. Probablement pour ça qu'il se tait, d'ailleurs. Il ose pas sourire, il ose pas réagir lorsque son bras quitte le sien. Wyatt ne bouge plus d'un seul centimètre, comme l'enfant qu'il était à l'époque. L'enfant rêveur qui écoutait son amie parce qu'elle avait bien plus souvent raison que lui. Son regard ne quitte pas le visage de celle qui tenait toute sa vie dans son cœur, dans sa mémoire et dans ses souvenirs, alors lorsqu'elle lève les yeux au ciel, il le fait aussi. Dans un silence qui leur appartient. Comme deux gamins. Des gamins descendus du ciel. Et puis elle lui dit de faire un vœu alors qu'une étoile file sous leurs yeux. Sa langue s'écorche et sa gorge s'arrache alors qu'il articule sans savoir pourquoi. « Quoi ? » Il sait très bien ce qu'elle a dit et ferme quasi instantanément les yeux, d'ailleurs. Il fait un vœu, parce qu'ils ont vu une étoile qui file sous leurs yeux. Il a longtemps fait le vœu de quitter cette foutue cage en fer, de tout péter et descendre sur Terre.

Alors maintenant c'est quoi son vœu ? Maintenant, c'est quoi, qu'il veut ? Il le sait très bien et n'y réfléchit pas. Il veut son amie. Il veut Murphy à ses côtés. Sa seule vraie famille, celle qui l'a toujours compris. Et puis il ouvre à nouveau les yeux, regarde les pupilles ambrées de la débarquée et se surprend de la question qui suit. D'ailleurs, dans une telle surprise qu'il en tomberait à la renverse, si l'expression collait en cet instant. Mais au lieu de ça, il recule juste d'un pas, pour mieux la regarder, mieux la fixer. Et sa voix déchirée, abîmée, sa voix qui regorge de tous leurs souvenirs et de tout ce qu'il a jamais su dire, toujours aussi honnête avec elle. Plus qu'avec personne, plus que jamais, même. « Évidemment que c'est toi que je cherchais. À moins que tu ne sois le sosie de Murphy ? J'ai pas dit ton nom quand je suis arrivé ? » Vraiment, elle lui a foutu le doute à force de poser des questions du genre. Vraiment intrigué, il regarde autour d'eux et ajoute, comme une évidence pour lui, parce qu'évidemment, pour lui c'est bien plus facile. Comme si elle devait deviner tout ce qu'il y a dans sa tête, comprendre son cheminement de pensée. « Murphy, je sais que je dis beaucoup de conneries mais je crois pas me planter en disant que t'es la seule personne avec qui j'ai jamais voulu regarder le ciel depuis le jour où on s'est rencontré ? » C'est brut, peut-être même un peu trop. Mais c'est Wyatt et il réalise pas vraiment tout ce qu'il y a derrière ses mots. « Je sais pas pourquoi je suis désolé. Pour tout, pour rien. Tout ce que j'ai pas fait et le rien qui s'est accumulé. » Il parle et cette fois-ci, c'est à son tour de poser une main sur le bras de celle qui lui a trop manqué.

« T'es... » T'es quoi ? Il est plus légitime dans ce rôle et il le sait. Il a beau avoir coupé la distance et toucher le bras de son amie, il est plus personne pour lui dire ce qui traverse sa tête alors il y a une larme qui coule sur sa joue dans l'ombre. Une larme parce qu'il sait pas prononcer tout ce qui se passe là dedans. Une larme parce qu'il arrivera pas à lui dire tout ce qu'il ressent. Sa poigne se resserre, il se donne de la force comme il peut alors qu'ils ont enfin tout une Terre et plus une cage de fer. Il aura fallu trois ans, trois ans à respirer du vrai air pour qu'il vienne à la trouver. Trois ans pour que les mots de Murphy entrent enfin dans la bonne case de son crâne abîmé, trois ans pour qu'il sache à quel point elle lui a manqué. Et il refuse d'abandonner, même s'il a pas les mots, même s'il sait pas lui dire. Il refuse de la laisser partir. Parce qu'il y arrive plus sans elle, il y est jamais arrivé sans elle. C'est sa famille, son sang sans qu'ils le partagent. La seule qui le comprend vraiment. « Je veux plus continuer à regarder les étoiles sans toi. »

C'est tout ce qui sort de sa bouche, tout ce qui traverse ses lèvres alors qu'il renifle un peu, cache tout ce qui se trame à l'intérieur. Il arrive pas à dire les bons mots, il peut pas effacer le passé non plus mais il essaie. Il essaie parce qu'il a besoin de sa famille. Besoin de cette sœur qui lui a rendu la vie plus facile à l'instant où elle a commencé à parler. Besoin de cette femme qu'elle est, cette sœur qui n'a pas changé. Qui le rassure à chaque fois qu'elle ouvre la bouche pour parler. Il a besoin de son pilier, parce que sans elle il s'est écroulé, Wyatt, il est tombé et il s'en est pas bien relevé. Il a besoin d'elle, parce qu'elle est le sens même du mot famille. Le sens même de son existence. « Tu... tu veux bien regarder les perséides avec moi ? » Il se tue à articuler sans s'effondrer. Dire des mots qui résument des milliards de non dits. Il a le cœur en miettes et les yeux qui brillent tellement qu'il y voit flou. Mais elle est là, Murphy, elle est en vie. Il la touche du bout du doigt, il a ses doigts sur sa peau. Sa sœur est là, avec lui. Alors il peut respirer pour de vrai, il peut arrêter de faire semblant. Il peut y croire encore, juste un instant. « Fais un vœu. » Qu'il murmure en levant les yeux au ciel, une météore qui se glisse de nouveau entre eux et leurs visages qui se quittent pour qu'elle ne voit pas les larmes qui coulent lentement sur ses joues. Il est plus seul, putain. Elle est là, elle est toujours là.

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Murphy Cavendish & Wyatt Sheperd
(12 août 2118)


Certains disaient que le pire moment de la journée, c'était le soir, en cherchant le sommeil. Il forçait à se retrouver face à soi-même et surtout face à ses démons, ceux que la journée parvenait à noyer à grands coups de conscience, de détermination et d'occupations. La nuit forçait au face à face, et on n'aimait pas toujours ce qu'on trouvait dans son reflet. Les insomnies prenaient bien source quelque part, non ? Pour Murphy, depuis quelques années, la recherche du sommeil n'était pourtant pas celle qui lui donnait le plus de tracas. L'observation des étoiles était devenu un moment plus intime encore. Les astres semblaient se glisser sous sa peau pour révéler tout ce qu'elle aurait préféré laisser enseveli sous une bonne dose de déni. Ils étaient ceux qui faisaient appel à sa nostalgique de là-haut avec le plus de férocité et de mélancolie. Ils lui rappelaient que ce qui avait été et n'était plus; et que pourtant, ce qui était là-haut et au-delà de tout ça était encore et serait toujours. Ils lui rappelaient sa petitesse et son insignifiance, mais ce vertige n'avait plus rien à voir avec celui d'autrefois, dans lequel il faisait bon se perdre. Il emparquait tout sur son passage avec la force et l'intransigeance d'un typhon. Certaines nuits étoilées étaient moins cruelles que d'autres. Certaines réveillaient ses souvenirs les plus douloureux; les disparitions accumulées, les ruptures, et puis ce nouveau monde dont il lui arrivait de croire qu'elle n'y trouverait jamais sa place malgré toute sa bonne volonté. D'autres étaient un peu plus douce: ne subsistait alors qu'une autre forme de nostalgie, plus douce, moins violente, qui donnait envie de se battre pour demain. Mais parmi toutes les nuits qui exposaient leurs joyaux célestes, il y en avait qui était plus à même de réveiller des souvenirs douloureux. Parmi elles, cette nuit d'été particulière, cette date qui avait subsisté, qui avait signifié de nouvelles choses les années passant. Sur Terre, elle avait perdu de sa saveur, et à cette saveur disparue s'était substituée la violence des souvenirs d'autrefois, de ceux qu'elle avait alors cru éternels. C'était les plus beaux souvenirs, ceux qui se glissaient dans le quotidien sans qu'on se rende compte de leur valeur, non ? C'était aussi ce qui faisaient le plus mal lorsqu'ils ne pouvaient plus puiser dans aucune ressource. La rupture avec ceux-là avait paru violente, mais Murphy s'en était rendu compte au fil des années passées sur Terre à observer seule cette pluie de météores seule : la solitude qui l'entourait cette nuit-là s'était préparée depuis des années. Wyatt avait été le premier à la laisser au-dessus de leurs étoiles. Elle ne lui en voulait pas. Elle s'en voulait, elle, de l'avoir laissé filer entre ses doigts sans se rendre compte du vide qu'il s'apprêtait à laisser derrière lui. Ce qui avait paru éternel à l'époque s'était évaporé en même temps que lui. Que lui restait-il, maintenant, de ces nuits remplies d'étoiles et de sourires silencieux ? Que restait-il des narrations inventées par dizaines entre une mère et sa fille ? Que restait-il des longs silences, des quelques mots échangés, des index pointés vers les météores qui illuminaient l'atmosphère terrestre sous leurs pieds ? Il ne restait que des souvenirs, et c'était leur poids qu'elle portait sur ses épaules. C'était leur seule compagnie qui lui restait pour regarder les étoiles tomber sur Terre.

Cette nuit de Perséides, comme les deux autres qu'elle avait déjà passées sur Terre, était emprunte de cette lourde solitude que seuls les souvenirs savaient réveiller. Elle était calme. Elle était douce. Un peu trop chaude, peut-être, mais quiconque ne se noyait pas dans les pensées de Murphy ne pouvait qu'apprécier la quiétude du lieu et du moment. Elle était coupée du monde, perdue là-haut, là-bas, en arrière, à des dizaines d'années et des centaines d'années-lumière, là où les unités n'avaient plus guère d'importance. C'était grand, c'était beau, mais ça engloutissait. Les météores étaient fugaces et ponctuelles; les pensées de Murphy laissaient de longues traînées de souvenirs regrettés derrière elles. Et lorsqu'elle se retourne, elle n'y croit pas. Comme si le ciel avait entendu son désemparement, comme si le hasard avait voulu lui donner un coup de pouce, comme si ses pensées s'étaient matérialisées sous la forme d'un mirage. Mais dépêtrée de ses rêveries, Murphy était de retour à la réalité. Et dans cette réalité et aussi irréel que ça puisse paraître, Wyatt se tenait devant elle.

Il était le protagoniste qui manquait à la compagnie des étoiles.

Mais Murphy ne s'emballait pas. Wyatt avait toujours été de cette réalité, même si un gouffre les séparait. Il avait foulé la même terre. Ils avaient dormi dans le même dortoir, au premier campement, puis ici. Ils avaient mangé la même cuisine, aidé à retaper les mêmes bâtiments, s'étaient réchauffé autour des mêmes feux. Quelques sourires timides échangés au nom de l'autrefois n'équivalaient pas au pont dont ils avaient besoin pour se retrouver, au-dessus de ce gouffre béant.

Mais les mots semblaient se réverbérer infiniment, sans aucune autre forme de réponse que l'écho d'eux-mêmes. Wyatt demeurait silencieux, mais son regard hurlait pour lui. C'était ses yeux qui avaient fait réaliser à Murphy la tangibilité de l'instant. Il avait ce regard dont lui seul était le détenteur du secret. Alors elle le scrutait, cherchait à comprendre, à décrypter toutes ces dernières années, à remonter jusqu'au début du tout, de l'univers même -voilà ce que les étoiles offrent comme illusions à ceux qui les cherchent d'un peu trop près... une douce folie que l'on laisse aux illuminés. Dans le regard de Wyatt, Murphy s'était toujours sentie chez elle. Elle en avait la clé. Elle connaissait les réponses à ce qui se tramait derrière les rétines de son ami, là où la matière grise entrait en ébullition. Ils avaient parlé le même language, tous les deux, de ceux qui n'avaient pas besoin de mots. Et ce regard, Murphy n'était plus sûre de pouvoir le décrypter. Faire un vœu, c'était ridicule. C'était digne des gamins qu'ils avaient été; c'était en mémoire aux gamins qu'ils avaient été. Mais son vœu, Murphy, c'était de tout son être qu'elle l'avait émis en direction des instances responsables de la réalisation des vœux.

Et il était mauvais de croire aux signes du ciel, d'espérer des miracles, de se laisser happer par les souvenirs au point d'en oublier la réalité du présent. Murphy n'était pas dupe. Une dizaine d'années ne pouvait pas être effacée d'un claquement de doigts, et malgré la présence de Wyatt en cette nuit particulière, Murphy n'était pas dupe. C'était elle qui l'avait retenu, pourtant, mais c'était uniquement pour connaître le fond des choses. Il ne pouvait pas être là pour elle, alors pour qui ? Pour quoi ? La réponse fut gênée mais immédiate. « Le monde se remettrait pas de deux Murphy... » Son regard glissa vers le sol, comme pour accompagner la fuite de ses mots. C'était elle qui composait avec sa gêne, maintenant, cherchant à démêler toutes les pensées perdues et... pleines d'espoir. Les lèvres pincées, le regard fuyant, Murphy essayait tant bien que mal d'encaisser ce que Wyatt venait de dire. C'était quelques mots, mais quelques mots d'un rare pouvoir. Elle les avait tellement attendus qu'ils en étaient devenus irréels et irréalistes. A présent, les étoiles n'étaient plus celles qui la faisaient voyager le plus loin. Il avait suffi de quelques secondes mais quelques secondes étaient insuffisantes. Un instant plus tôt seulement, elle pleurait l'absence de celui qui venait de réapparaître. Et ça, Wyatt l'avait probablement senti. « Je sais pas, je suis pas dans ta tête... et plus à tes côtés non plus. » Doucement, elle osa enfin relever son regard vers lui. Ces quelques phrases étaient trop belles pour être vraies. Murphy avait trop été déçue pour se laisser l'être une fois encore. Mais il était désolé, il le répétait. Que faisait-il là, vraiment ? Pourquoi maintenant, pourquoi ce soir ? Les étoiles représentaient une partie de la réponse. Mais elles avaient toujours été là, toujours veillé sur eux. Elles avaient toujours été ce dernier lien subsistant entre eux, rappelant constamment à leur amitié d'autrefois. « Je suis désolée aussi, tu sais », répondit-elle en haussant les épaules, le regard virevoltant derrière Wyatt pour éviter son regard, « on a peut-être juste vieilli. Peut-être que nous deux, c'était censé marcher juste tant qu'on était des gamins. » Elle n'y croyait pas. Mais elle ne croyait pas plus à des retrouvailles; lorsqu'il s'agissait de relations perdues, elle avait trop essayé l'espoir. Ca ne marchait pas très souvent, l'espoir. Mais il naissait de détails, parfois, et la main que Wyatt posa sur son bras lui fit l'effet d'un électrochoc. Ils n'avaient jamais eu besoin de parler, tous les deux. Ils se comprenaient à travers cet autre language qui leur était propre, et elle venait de comprendre.

Les étoiles et les quelques lueurs chaudes du village au loin se réverbéraient sur la joue humide de Wyatt. Le cœur de Murphy manqua un coup. Combien d'étoiles avaient couru au-dessus d'eux déjà ? Combien s'étaient écrasées plus loin sans derniers témoins de leur existence ? Regarder les étoiles sans toi. Elles perdaient de leur éclat, les étoiles, dans la solitude. Elles réconfortaient autant qu'elles lacéraient l'esprit du poids des souvenirs. Les observer était devenu un moment incroyablement solitaire, de ceux qui ne faisaient pas dans la demi-mesure, pouvaient vous enterrer six pieds sous terre ou vous procurer une quiétude sans égale. Car les étoiles, même sans Ofelia, même sans Wyatt, même sans Faust, demeuraient des reines célestes, qui avaient vu le monde à son commencement et le verraient vivre encore bien après que les petits humains ne l'aient quitté. Regarder les étoiles, c'était toujours une expérience comme il n'en existait que peu d'autres. Mais regarder les étoiles, sans ceux qui les avaient fait chanter comme elles avaient autrefois chanté, ce n'était plus pareil. Moi non plus, je veux plus regarder les étoiles sans toi, pensait-elle. « Jcrois qu'un oiseau a du te pisser dessus... », dit-elle. Un petit sourire crispé se dessina sur ses lèvres alors que d'un petit mouvement de tête, elle désignait le visage humide de celui qui fut son ami. C'était ça, leur language. Et sans un mot, en réponse à sa requête, elle se glissa à côté de lui, épaule contre épaule, les bras croisés, pour jeter un coup d'oeil au ciel que les étoiles continuaient ça et là d'enflammer. « On a jamais été doués pour parler... » souffla-t-elle de façon à peine perceptible dans l'air tiède. Ses prunelles claires suivirent une danseuse céleste. Wyatt parlait mieux qu'elle; quand est-ce que c'était arrivé ? Depuis quand avaient-ils besoin de forcer les mots pour tenter de se comprendre ? Elle, elle n'arriverait jamais à exprimer le manque qu'elle avait de son ami et la nostalgie qu'elle avait de tous les souvenirs qu'ils avaient bâtis ensemble. Regarder les étoiles, c'était sa réponse. Un vœu; c'était au tour de Wyatt de lui offrir un vœu. Doucement, comme pour ne pas brusquer l'air et le ciel, elle décroisa les bras et les laissa glisser le long de son corps. Sa main droite trouva du bout des doigts celle de Wyatt, comme avant. Et à leurs pieds, une boule de poils clairs s'était calmement fait une place, cherchant l'attention de celui que Murphy ne lui avait jamais présenté. L'aboiement impatient retentit violemment dans le silence de la nuit, leur rappelant que l'avenir ne s'écrivait pas seulement dans les étoiles.

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01/08/2018 Totoro's Child. TC Jones. 355 Rami Malek Ma Reine d'amour ♥ - imaginarium - ariana grande, breathin Conseiller Odysséen. - Botanique & Zoologie. Dana 779
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Elle répond du tac-o-tac Murphy. Elle l'a toujours fait. Là où Wyatt a toujours un temps de pause, une réflexion absurde et une perte de temps monumentale sur des détails qui n'intéressent personne, Murphy, elle, elle prend le pas dessus, elle se met entre lui et son cerveau, lui et ses pensées. Elle le déstabilise autant qu'elle le rattrape du bout des doigts, elle lui offre l'équilibre parfait en étant tout simplement elle-même. Et si Wyatt ne l'avait pas vraiment oublié, il avait enterrées les réelles sensations avec les sentiments, bien au fond dans un coin de son cerveau qu'il arrive jamais à atteindre. Et Murphy, elle, de son naturel, en étant elle même, elle a foutu une main sur lui et elle a enlevé toute la poussière, toutes les couches de terre. Il a tout qui lui remonte à la gorge, son crâne qui explose dans les souvenirs qu'elle a ravivé de simples gestes et d'encore plus simples mots. Lorsqu'il lui demande s'il n'a pas été clair en arrivant, elle répond. Elle répond comme elle l'a toujours fait, simplement, sans faire de détours. Et lui, il analyse un peu trop sa phrase. Évidemment que le monde se remettrait de deux Murphy, qu'il se dit intérieurement. Elle est géniale, elle lui apporte tout ce qui lui manque et tout ce qu'il oublie. Alors s'il y en avait deux, peut-être que les jours où elle fatigue, les jours où elle peut pas être partout, l'autre prendrait le relais. Mais il dit rien, enfin si, il dit des trucs, mais il dit pas ça. Il rebondit sur ce qu'elle a dit plus tôt, toujours avec ce décalage, cette analyse qui lui prend trop de temps et qui finit par arriver alors que plus personne ne s'y attend vraiment.

On pense toujours que Wyatt baisse les bras ou alors qu'il écoute pas vraiment. Encore plus quand on parle la même langue que lui, mais la vérité c'est qu'il fait d'abord le tri. Une chose que Murphy elle-même lui a appris. Écouter les autres, les écouter parler avant de leur parler. Ne plus se blesser comme un débile à chaque fois qu'il ouvre la bouche face à des idiots qui se moquent de lui. Il a jamais oublié, un peu trop appliqué en vérité. Mais peu importe, celle qui détient son passé lui sort la phrase la plus douloureuse qu'il ait eu à entendre jusque là. Phrase à laquelle il ne réagit pas, pas maintenant, pas tout de suite, pas comme ça. Elle n'est pas dans sa tête, ou plus vraiment. Et surtout, plus à ses côtés. Il déglutit, simplement, détourne le regard de courts instants pour avaler les coups qu'elle vient de lui coller en pleine poitrine. Puis il reprend, sur un énième sujet d'avant. Il détourne les coups, le temps de reprendre son souffle, il se rattrape peut-être un peu, se relève comme il peut. Mais cette fois-là, elle ne l'attaque pas, pas de crochet du droit qu'il n'évite pas. De simples excuses, prononcées dans sa simplicité et sa sincérité habituelle. Sourire en demi-teinte, soupire de rigueur. Ils savent plus comment s'y prendre, des frères et sœurs qui se parlent comme des inconnus. Cette chose étrange qui n'existe plus mais qui n'est jamais partie. Le fil d'or qui les lie. Wyatt le voit, comme une étoile dans la nuit. C'est une nuit obscure, remplie d’embûches et de noir tellement noir qu'on tombe tous les trois mètres mais il y a ce fil, ce fil qui s'est effiloché, un peu, avec le temps, mais qui n'a pas perdu sa couleur. Ce fil doré qui les lie, d'un cœur à l'autre, qui les unit et qui retrace leur chemin, encore et encore. Il a survécu aux épreuves et il suffirait qu'ils le suivent pour trouver à nouveau le chemin du cœur de celui d'en face. Mais ils le font pas, têtus d'humains. Ils restent plantés là à se confondre dans des excuses et des mots sans trop savoir s'y prendre et s'y reprendre. Vraiment, on croirait voir une mauvaise pièce de théâtre c'est à s'y méprendre.

Et une fois de plus Wyatt reste sans mot. Il s'enlève un droit, celui de dire réellement ce qu'il pense. Il rajoute des clous dans les barrières qui les séparent déjà et Murphy en rajoute une couche avec une phrase tout aussi simple que stupide. Wyatt l'entend sans la comprendre sur l'instant. Il met du temps, ce temps où il oublie tout et se concentre autant qu'il peut pour articuler, lui proposer un nouveau marché. Il ne répond pas, fait comme si de rien n'était. Non, au lieu de ça, il laisse la larme couler sur sa joue et tait tous leurs maux, tous ses mots. Il ne dit rien et puis finit par dire les seules choses qui semblent encore avoir un minimum de sens entre eux deux. D'avoir son bras sur elle, faire un geste à son tour avec des mots qui concernent les étoiles sans les concerner eux pour le premier venu et qui pourtant en disent plus que tous ce qu'ils pourront se dire. C'est un peu sa façon de dire pardon, de lui dire combien elle lui a manqué et surtout combien il y arrive plus sans elle, plus même à respirer vraiment, simplement. Et Murphy fait ce qu'elle fait toujours quand elle sait que Wyatt est sur le point de s'effondrer, que le sol sous ses pieds craquelle et qu'il n'y a qu'elle pour le rattraper. Elle le distrait, et ça marche. Il sourit, timidement, un peu bêtement. Tourne la tête de cette façon presque insignifiante et qui pourtant veut tout dire. Et puis elle se rapproche, laisse son épaule fraîche du soir se coller à celle du brun qui souffle à son contact. Comme un rêve, un truc qu'on veut qui continue et qu'on a peur de rater. Un truc qu'il a vraiment peur de faire exploser sans même que ça se soit complètement passé. Il déglutit, la laisse s'installer, à la fois si près et si loin de lui pour finalement dire la plus facile des vérités. Celles qu'ils taisent depuis le premier jour et qui pourtant est vrai depuis toujours.

Il acquiesce dans un silence d'or et lui demande à son tour de faire la demande la plus simple du monde. Celle qui éloigne le visage de Murphy du sien, laisse les larmes couler sur ses joues fatiguées alors que les astres et leurs dorures viennent peu à peu les entourer. Murphy, elle, c'est son étoile filante à lui, ça l'a toujours été. Elle fera peur aux plus avisés, leur fera l'effet d'une bombe à retardement qui peut exploser si les choses ne vont pas dans le bon sens. Elle remettra en place, instaurera le respect, fera se sentir minuscule le plus grand des hommes s'il la laisse parler. Mais pour Wyatt, Murphy, c'est avant tout cette infinie beauté, cette douceur et cette sérénité. Celle qui lui offre le pouvoir de respirer, de voir le monde d'un autre côté. Celle qui, en cet instant précis, laisse ses doigts trouver ceux bien plus rugueux qu'avant du débarqué. Murphy, c'est pas la demi-mesure, pour personne jamais. Un tout ou alors c'est rien. Et ce tout, il effraie souvent les gens, parce qu'elle ment pas suffisamment, parce qu'elle fait pas semblant comme les autres souvent. Mais Murphy, c'est le tout de Wyatt. Toute son humanité, son cœur tout entier dans les mains de celle qui l'a toujours compris, jamais jugé. Avec elle il sait respirer. Sa sœur, la moitié de son âme. Celle qui lui a appris tout ce qu'il sait, selon lui, du moins, tout ce qu'il sait des humains, tout ce qu'il sait pour survivre avec les humains. C'est son fil doré, celle qui le rattache à la vie quand y a plus trop d'espoir, quand y a que du noir. Parce qu'elle le comprend, quelque part, près ou loin de lui. Sa sœur est en vie, alors lui aussi.

Stupide, qu'il se dit, stupide, qu'il se pense, de la voir encore ainsi. Des gamins avec des pactes de sang, ceux qui se disent famille pour l'éternité et lui, le sale con qui l'a abandonné. Il s’essuie le visage du revers de la main gauche avant que quelque chose à ses pieds attire son attention. Wyatt avait bien vu l'animal de compagnie de celle qui avait été le guide de sa vie. Il l'avait vu dans le camp se balader avec sans jamais poser une question dessus. Et c'est pas maintenant qu'il va commencer, alors quand la bestiole aboie, il retient un rire à demi-mot. « Aussi patient que toi. » Qu'il murmure sans un bruit, accompagné par la nuit. Il se penche, attrape plus fermement les doigts de son ami et les lâche en quelques secondes, se coupe de son contact pour s'accroupir à hauteur de l'animal à poils. Il lui sourit, pose ses mains calmement autour de la tête de la boule de poils et lui offre des caresses derrière les oreilles dans un simple sourire. Ses yeux dans ceux de l'animal, sans plus regarder Murphy. Probablement parce que c'est plus facile comme ça, de pas la regarder pour dire ce qu'il a à dire, ce qu'il peut plus retenir.

Parce que y a ses mots qui reviennent sans cesse heurter dans sa tête, ses mots qu'elle a dit tout à l'heure, et auxquels il a pas répondu, ses mots qu'il a mis trop de temps à écouter avant de les analyser. Mais c'est le moment de parler, peu importe la voix fatiguée et cassée. De toutes façons il a ce ton calme, presque neutre, pour ne surtout pas inquiéter l'animal face à lui, sur lequel il pose les doigts qu'il glisse dans la fourrure, tentant de se rappeler de ce nom, qu'il avait entendu la jeune femme à ses côtés siffler plusieurs fois. Qu'il avait entendu d'autres appeler pour elle, avec elle. Mais pas pour tout de suite, pour le moment, c'est au tour de ses mots à elle, ceux qu'il ne peut décemment pas laisser tels quels. « On a vieilli, oui. Mais je peux pas te laisser dire ça, Murphy. Je peux pas te laisser dire que nous deux c'était sensé marcher tant qu'on était gamins. Parce que ça n'a pas de sens. T'es ma famille, Murphy. Ma vraie famille. Pas celle qui m'a donné la vie, on partage pas de sang, je suis pas encore assez sénile pour avoir oublié ça. Mais t'es la famille que j'ai choisi. »

Il remonte les yeux, trouve le regard clair de son ami avant de reprendre. « Tu te souviens du jour où on s'est réellement rencontré ? Le jour où j'étais le seul idiot à lire et que les autres se moquaient de moi sans que je m'en rende compte et tu t'es assis avec... » il a oublié le nom de son ami, c'est le genre de choses qu'il oublie. « … ton amie, qui n'avait pas franchement envie d'être là. Et t'as commencé à parler. Parler à un mec dont personne voulait savoir le nom. Tu m'as fait lever les yeux de ce que je lisais pour t'écouter et tu te foutais du monde. » Il sourit, c'est comme ça qu'il s'en souvient, lui. Probablement pas exactement comme ça que ça s'est passé parce que Wyatt a une sacré tendance à oublier ce qui ne comptait pas pour lui. Et vu que dans son enfance, à part Murphy, pas vraiment grand chose a compté. Il manque sans doute des morceaux d'histoire qu'il ne voit pas l'intérêt de combler. Alors il continue, comme si de rien n'était. « Enfin, moi je l'ai vécu comme ça. Et si ça s'est pas passé comme ça, je m'en fous un peu. Tout ce que je veux dire par là c'est qu'à partir de ce moment précis, simplement parce que ce jour là j'étais en train de lire un livre sur les constellations, t'as plus arrêté de me suivre, plus arrêté de me parler. Murphy, t'es la seule qui a jamais compris ce qui pouvait se passer dans ma tête et t'es la seule qui a jamais su dire si j'allais bien ou mal. T'es la seule qui me connaisse réellement dans toute cette foutue galaxie. Alors non, c'était pas un truc de quand on était gamins. Parce que t'as refait la même chose ce soir, là. T'as su que j'allais craquer, m'effondrer et tomber à terre. Alors t'es venue contre moi et t'as fait ce que tu sais faire de mieux. »

Un temps de pause et ses yeux humides dans un sourire, toujours une main sur la tête de l'animal. « Me faire respirer. » Il parle jamais de ses sentiments Wyatt et même à Murphy il en a jamais dit autant. Mais y a eu le cyclone, ce déchirement qui lui a ouvert le cœur et ces années de dénis qui sont revenus comme des coups tous plus violents les uns que les autres. Des cauchemars et des peurs. Que de ça, tout le temps. La peur de tout, de vivre et de plus savoir vivre aussi. La peur de rien, que rien se passe, que rien ne change, qu'il respire plus jamais comme avant. Qu'il retrouve pas son chemin vers Murphy, vers une vie. « An...tarès, c'est ça ? » Qu'il dit avec ce regard qui prouve qu'il y pense depuis bien trop longtemps. Il en est pas sûr, mais presque. Ça doit être ça, le nom de sa bestiole à poils. Ou du moins ça s'en approche. Pourvu qu'il se soit pas planté putain. « Il s'occupe bien de toi ? » Un sourire alors qu'il détourne enfin son attention du canin pour retrouver son ami et faire cette chose qu'il ne faisait jamais, qu'il aurait du faire à la mort de sa mère. À la mort de tous les autres aussi. À celle de leur vie là haut. À la célébration qu'ils soient en vie tous les deux ici. Sans la prévenir, sans un mot, il se relève, se redresse et la prend dans ses bras. Il l'entoure simplement, sa tête contre son épaule et ses doigts plein de nouvelles cicatrices qui serrent le dos de son amie. « Pardon, de pas avoir été là. »

Parce que c'était ça, le seul vrai pardon qui importait. Qu'il savait pourquoi et elle aussi. Qu'il savait qu'elle comprenait ce qu'il disait et pourquoi il le disait. Pourquoi en articulant ses doigts serraient un peu plus le tissu qui ornait le dos de son amie. Ce pardon, qui disait tout, enfin. Celui qui le disait correctement et pour de vrai alors que son étreinte elle, disait tous les mots qui restaient cachés. Pas très doués pour parler mais rien ne les empêchait d'essayer, au moins ce soir. Ce soir hors du temps, ce rêve qu'ils ne briseront pas tant qu'ils seront là, un truc comme ça. Alors il desserre son emprise et lui montre une petite hauteur un peu plus loin, un peu plus au calme, derrière elle. « Tu veux qu'on aille s'asseoir là bas pour regarder les étoiles ? »

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06/12/2015 Lux Aeterna Nuna Cortez 36215 Sophia Bush Lux Aeterna (vava & sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 1356





❝ What's left to do with these broken pieces on the floor ? ❞
Murphy Cavendish & Wyatt Sheperd
(12 août 2118)


Comment les choses étaient supposées se passer ? Il n'y avait pas de guides pour ce genre de retrouvailles. Il n'y avait jamais eu de guides pour Wyatt et Murphy. Mais ils avaient toujours su se trouver et se comprendre, à la lumière laiteuse de la Lune ou à celle brûlante des étoiles, au son de leurs voix hésitantes et de leurs sourires silencieux. Cette fois, les choses étaient différentes. Il n'y avait plus de chemin entre eux, le gouffre des années s'en était bien assuré. Mais pourtant subsistait de parfum d'antan, celui qui laissait entendre et comprendre que cette différence n'était qu'une illusion créée par leurs raisons, celles qui rappelaient à la réalité de la séparation. Murphy s'y perdait. Le Wyatt qui se tenait devant elle était le même que celui avec lequel elle avait admiré les étoiles, partagé des centaines de repas, discuté de ses lectures, de ses rêves et de ses peurs. Elle réalisait à présent qu'elle avait fait le deuil de quelqu'un qui n'était jamais vraiment parti. Ils n'avaient pas choisi ce qui leur était arrivé; ou bien peut-être leurs inconscients l'avaient-ils fait pour eux ? La situation n'était pas inconfortable. Au contraire, elle avait quelque chose d'aussi doux et réconfortant que rafraîchissant. C'était un saut dans le passé autant qu'une invitation à vivre le présent différemment, en lui ajoutant un petit quelque chose de ces temps trop vite oubliés. Mais malgré ce qui réchauffait le cœur, Murphy se retrouvait bloquée, confrontée à l'idée qu'elle ne connaissait plus rien de l'homme qui se tenait devant elle. Après toutes ces années, il avait du refaire sa vie, trouver d'autres amis, peut-être une femme ou un homme qui le rendait heureux. C'était douloureux, de ce se rappeler de tout ce qu'ils avaient partagé sans plus trouver naturel de s'imaginer le partager à nouveau. Ils semblaient devenus deux étrangers, tout autant que leur amitié d'autrefois leur explosait en plein visage, réveillant le manque de l'autre comme il s'était atténué au fil des ans, sous l'effet du temps. De loin, Wyatt avait toujours semblé demeurer le même. Elle l'avait guetté, par hasard parfois, d'autres fois sans que le hasard ne soit de la partie. Elle l'avait guetté là-haut, elle l'avait épié ici. Elle s'était posé des questions, comme elle l'avait fait aussi pour Nadja. Que devenait-il, sans elle ? Était-il plus heureux ? Se portait-il mieux de son absence ? Avait-il trouvé un substitut à ce qu'il avait pu apprécier chez elle ? Avait-il trouvé quelqu'un capable de combler de ce qu'elle n'avait pas pu lui offrir, ce qui lui avait fait tourner le dos ? La raison avait laissé place aux questionnements plus grands qu'elle, mais elle n'avait jamais compté y trouver de réponses. C'était la vie qui jouait des tours, encore, puisque c'était ce qu'elle savait faire de mieux.

Alors les retrouvailles étaient comme eux : elles étaient maladroites. Les tentatives tombaient à l'eau, et Murphy ne voulait pas croire que les choses puissent être aussi simples. Elle ne voulait pas croire à un peu de cette chance qui semblait s'être matérialisé sous ses yeux. Elle avait trop souvent été bernée par sa naïveté. On n'effaçait pas dix années d'un revers de main. Elle avait envie de le faire, Murphy, de les faire valser bien loin d'eux, mais elle n'était ni maîtresse du temps ni magicienne. Elle voulait y croire et son cœur entier s'était déjà jeté dans le précipice, sans attendre les directives de sa propriétaire. Elle connaissait encore Wyatt par cœur, la voilà, la vérité. Elle n'avait rien de difficile, la vérité. Il fallait l'encaisser. Il fallait l'accepter. Il fallait accepter que ces dix années puissent avoir été le fruit du hasard, que la présence de Wyatt ce soir-là puisse ne rien avoir à voir avec une sorte de mirage. En gardant Wyatt à distance, c'est son cœur qu'elle essayait de préserver. Mais le bougre était déjà parti devant elle. Il encaissait la larme qui brillait dans les lueurs chaudes des feux lointains. Il se laisser porter par la perspective des retrouvailles et de tous les beaux jours à venir, de toutes les belles nuits à admirer. Mais Murphy, elle, brandit un bouclier. Elle sort les armes et les arguments, comme les derniers remparts pour éviter l'inévitable. Elle n'était plus à ses côtés. Elle n'était plus à ses côtés, et peut-être que c'était normal. Peut-être que c'était l'âge qui voulait ça, peut-être que leur amitié avait fait partie de celles qui se consument progressivement, lorsque l'on devient de vrais adultes, lorsque l'on laisse derrière soi son âme d'enfant et ses grands rêves inaccessibles.

Des conneries. Des putains de conneries. Elle ne croyait pas à son propre discours, la brune. Elle mentait éhontément et sa voix peu convaincue en était à la fois une preuve et un témoin. A ces remarques ne répondit qu'un silence lourd, qui raisonnait en Murphy comme son propre refus d'admettre ce qu'elle avait pourtant affirmé comme sa propre vérité.

Les choses avaient toujours été simples, entre eux. Ensemble, ils avaient échappé dès le premier jour à ces artifices que certains installent à la fois comme des barrières ou des moyens de parader. Le silence ne leur avait jamais fait peur. C'était un language comme un autre. Ils se comprenaient dans le silence, plus qu'ils n'étaient à l'aise dans les grands discours. Peut-être que le manque de mots était ce qui les avait tués, tous les deux. Elle repensait aux parents de Wyatt, aux mains qu'ils avaient tendues pour leur fils. Ils avaient toujours été plus loquaces que leur fils, et ils n'avaient jamais été leur fils. Il n'en existait pas deux comme Wyatt. C'était probablement ce qui avait fait leur lien si fort. En lui elle avait trouvé une forme de respect oubliée. Il avait toujours semblé être capable d'accepter Murphy sous toutes ses formes. Il aurait probablement accepté ses secrets les plus sombres. Il était de ces êtres disparus qui étaient capables d'un attachement et d'un amour inconditionnels. Il l'aurait aidée à cacher un cadavre si elle lui avait demandé, et elle l'aurait aidé à cacher un corps s'il lui avait demandé. Il l'acceptait avec et pour tout ce que les autres lui reprochaient. Elle l'aimait pour tout ce qu'il était, et pour toute l'image qu'il lui renvoyait d'elle-même. Elle aimait la Murphy qui se reflétait dans son regard. Avec lui, elle avait l'impression d'être suffisante. Avec lui, elle avait l'impression d'être capable de grandes choses, elle avait l'impression de pouvoir accomplir tous ses projets et ses rêves. Il avait fait partie des premiers à lui donner envie de croire en elle. Il était à la fois le confort et le réconfort, celui dont les rares étreintes étaient capables de faire naître une énergie sans pareille. Ceux qui n'étaient pas capables de reconnaître la richesse de Wyatt étaient aveugles et bien misérables. Elle les plaignait, Murphy, mais se satisfaisait du trésor que la bêtise lui laissait.

Peut-être était-elle devenue aujourd'hui aussi bête que tous ceux qu'elle avait tant méprisé. A faire sa vie sans lui, à prétendre qu'elle n'avait pas besoin de lui pour exister, elle avait oublié tout le cocon de douceur qu'il représentait. Au fil des années, elle avait dressé ses propres remparts et y avait trouvé un drôle d'équilibre, ne les abaissant que pour quelques rares privilégiés. Mais Faust n'était plus là, et avec elle l'avait quittée une bonne fois pour toutes toute l'illusion de la relation pérenne. Les liens qu'elle tissait étaient solides pour un temps, peut-être, mais finiraient par périr, eux aussi. On la quittait toujours.

Et puis, de baisser ses défenses, c'était se laisser espérer à nouveau que l'on méritait ce qui nous échappait à chaque fois. Wyatt avait beau se tenir devant elle et lui offrir de son regard humide toutes les promesses de retrouvailles, Murphy ne savait pas de quoi serait fait le lendemain, de quoi seraient faits tous les lendemains à venir. Ce qui les avait séparés, peu importe ce dont il pouvait s'agir, veillait peut-être encore sur eux, à cet instant précis, prêt à frapper à nouveau. C'était doux, de se rappeler de cette jeunesse partagée; mais c'était cruel de se rendre compte du révolu, de ce qui avait été si fort mais qui n'existait plus. Alors elle dressait ses défenses, Murphy; peut-être pour être sûre de quelque chose, sans doute parce que c'était le réflexe de la peureuse. Mais cette fois, ce n'était pas les souvenirs qui étaient cruels; c'était elle. Elle l'était envers Wyatt et envers elle-même. Elle insultait la mémoire de ce qui avait été, juste parce que ça n'était plus. Ce n'était pas une menace qui les guettait timidement du ciel, c'était les réminiscences de ce qu'ils avaient crée ensemble, de ce qu'ils avaient construit ensemble, de ce qu'ils avaient vécu et partagé ensemble.

Alors comme pour se faire pardonner de ses mensonges insultants, Murphy se laissa silencieusement glisser aux côtés de celui qui avait été son ami. Côte à côté comme des amis, et plus face à face comme des adversaires. L'épaule nue de la militaire frôlait celle de Wyatt, comme avant, comme si la chaleur de leurs corps perdus pouvait parler pour eux. Les doigts hésitants de la brune trouvent ceux de l'homme, timidement, comme ceux de la gamine qu'elle avait été. Parler, elle ne l'avait jamais très bien fait. Et parler quand on avait peur, qu'on se sentait obligé de rester sur sa réserver, c'était encore pire. Ils n'avaient jamais été bons pour ça, tous les deux, parce qu'ils ne savaient pas mentir, mais surtout parce qu'entre eux, ils n'avaient jamais ressenti le besoin d'envelopper la vérité dans des couches inutiles de fioritures polies. Et lorsqu'on enlevait les dorures superflues, il ne demeurait que la vérité crue, nue, celle pour laquelle les mots devenaient moins aisés. On comprenait alors d'où les grands discours pompeux et superficiels tiraient toute leur utilité. C'était dur, de mettre des mots sur ce que sentait le cœur, sur ce qu'endurait l'âme. Alors les doigts de Murphy enlaçaient ceux, étonnamment moins doux, de Wyatt. Et sous leurs regards s'étendait le champ d'étoiles qu'ils connaissaient, celui duquel, quelques fois dans l'année, s'échappaient quelques lueurs rebelles.

Et au vieux duo maladroit vint se greffer un troisième parti. Gigotant à leurs pieds, Antarès rappelait aux deux humains que se perdre dans les étoiles venait aussi avec une sensation de vertige qui pouvait nous perdre. Il les rappelait sur Terre, en cette nuit particulière d'été, et Murphy réalisa doucement que le prisme de gravité à travers lequel elle avait observé ces retrouvailles avaient tout à voir avec la grandeur du monde là-haut; pas grand chose à voir avec cette réalité qu'elle connaissait par cœur, ses valeurs et aspirations, ses convictions, ses propres discours. Combien de fois avait-elle scandé à des amis perdus qu'il leur fallait se retrouver ? Combien de leçons avait-elle données en prônant ces arguments qui brandissait maintenant dans l'autre sens ? La perte était inévitable. Faust n'avait pas choisi de l'abandonner. Sa mère n'avait pas choisi de l'abandonner et bien avant elle, son père n'avait pas choisi de l'abandonner. L'abandon n'était pas toujours un choix. Il pouvait être une fatalité. On ne pouvait pas en vouloir à quelqu'un qui avait pris un autre chemin que celui que vous continuez à emprunter. Et elle ne pouvait pas en vouloir à Wyatt, mais alors il lui fallait aussi apprendre à se pardonner elle-même. Peu importe ce qui les avait séparés, c'était derrière eux. Sinon, pourquoi seraient-ils là, ce soir, admirant cette marée d'étoiles comme au premier jour ? La perte était inévitable. Ce sur quoi ils avaient du pouvoir, c'était le présent. C'était accepter les erreurs et les dépasser, c'était projeter un avenir en construisant un présent. Car lorsque l'inexorable intervenait, alors il était trop tard, et ne restait pour seule compagnie les larmes et les regrets. Les derniers mots qu'elle avait dits à Faust la hantaient encore : les reproches de l'inquiétude, la promesse qu'elle lui demandait de ne plus lui faire de frayeurs comme celles-là. Quelle ironie... Ce jour des séparations arriverait avec chacune des personnes qu'elle aimait. Il arriverait avec Wyatt aussi, tôt ou tard. Elle refusait les regrets, Murphy, maintenant. Avec le jour des séparations, il y avait tant de jours à vivre, ensemble, tant de rires, des sourires, de conversations, de silences, d'étoiles à regarder, de découvertes à faire, de confidences à partager. Il y avait tant de temps à rattraper, avant de ne plus en avoir du tout.

Les doigts se séparèrent pour Antarès. Wyatt faisait la connaissance de l'animal sous le regard tendre de la brune. « On s'est bien trouvés » répondit-elle simplement et non sans un petit sourire. Le reste de l'histoire viendrait peut-être plus tard. Elle aurait tant de choses à lui raconter, à Wyatt, si on lui en donnait le temps, la chance et l'opportunité. Le silence s'installa à nouveau, sans trop que Murphy ne sache s'il était pesant ou confortable. Ces repères étaient brouillés, et pour se forcer à laisser de côté les milliers de questions inquiètes qui continuaient à affluer, elle leva à nouveau le nez vers les étoiles. Mais elles ne parlaient, plus les étoiles. Curieuses, elles semblaient regarder ce qui se tramait dans le public, prêtes à rire du ridicule des retrouvailles. Lorsque Wyatt prit la parole, elle l'écouta gravement. Il n'était pas si mauvais avec les mots, lui. Sa gorge se nouait, à Murphy, en réalisant que ce qui avait si vrai à l'époque l'était encore aujourd'hui. Il parlait de famille, et de famille, Murphy manquait cruellement. Les pertes l'avaient poussée à ne plus vraiment y croire. De la famille qui l'avait vue grandir ne demeurait plus que Richard, figure paternelle autant que grand frère, mentor et ami, il était celui qui avait survécu à tout ce que Murphy semblait portait de malheurs. Mais la vérité, c'est que Wyatt avait été sa famille, le frère que les lois de là-haut ne l'avait jamais laissée avoir. Toujours fourré chez elle, appréciée de sa mère comme elle l'était de ses parents à lui, ils se connaissaient autant qu'ils se complétaient, aussi différents l'un de l'autre que l'étaient le jour et la nuit, aussi nécessaires l'un à l'autre que l'étaient la nuit et le jour. Elle avala sa salive avec difficultés alors que son regard quittait brièvement la voûte céleste pour trouver celui de Wyatt. Antarès restait immobile sous les doigts de l'homme, comme s'il comprenait qu'il se tramait quelque chose d'important. « Bien sûr que je me souviens » dit-elle gravement parce qu'elle se sentait obligée de répondre, et qu'elle n'arrivait pas à réunir ses pensées pour en dire davantage. Bien sûr qu'elle se souvenait de leur première rencontre. Elle se souvenait de tout ce qu'ils avaient partagé, les moments sérieux et ceux où ils avaient déconné, les grandes conversations qui parlaient d'avenir, les derniers livres qu'ils avaient lu, et puis il y avait eu le boulot, et les vies des adultes qu'ils devenaient progressivement, bien loin de leurs préoccupations d'adolescents. Et sous son regard, Wyatt s'effondrait. Il s'écroulait et elle ne pouvait rien faire, parce qu'elle aussi, elle était submergée. Là où on ne voyait rien, là où elle cachait tout, elle se noyait; à la fois dans les souvenirs et dans les espoirs, dans les confessions de son ami, qui n'avaient jamais été aussi sincères et lourdes, et dans celles qui lui venaient, mais qu'elle n'arriverait jamais à prononcer. Alors elle fuit son regard, à Wyatt, le laissa à nouveau s'élever vers là-haut, en espérant qu'il ne verra pas l'humidité s'en emparer. « Oui, oui... c'est ça. Ca t'étonnera pas... » Un petit sourire se perdit en direction des étoiles. Si elle avait cherché un nom à son compagnon canidé avec Wyatt, il aurait sûrement approuvé celui-là; celui de l'étoile la plus visible dans la constellation du Scorpion. Ca lui allait bien, à la boule de poils claire. Mais sa gorge était serrée, à la brune, et elle encaissait encore les confidences de Wyatt, consciente que parler davantage mettrait en péril sa carapace. Elle ne voulait pas pleurer, pas maintenant qu'elle commençait à croire que quelque chose pouvait renaître ce soir. « Oui... » Elle avala sa salive encore une fois, juste pour essayer de se donner un peu de prestance. « il en a pas l'air comme ça, mais quand il sent le danger, il sait montrer les crocs. Et pis, c'est un très bon chasseur. T'as déjà du manger des trucs qu'il a ramené fièrement. » Mais voilà, il fallait l'admettre : c'était les fioritures qu'ils avaient toujours évité. A contourner ce qui effrayait, on perdait de vue l'important. Il lui tournait autour, l'important, pourtant, mais il ressemblait drôlement à une menace.

Et comme il l'avait toujours comprise, comme s'il lisait dans son esprit tout en brouillon, Wyatt se redressa subitement et se jeta dans ses bras. Murphy, surprise, posa timidement une main dans le dos de son ami, avant de laisser l'autre s'y aventurer aussi et de le serrer contre elle. Ses paupières se fermèrent doucement, laissant s'échapper quelques larmes à leurs coins. « Pardon de pas être restée » répondit-elle dans un souffle, contre son épaule. Ils avaient tous les deux perdu, trop perdu, et puis ils s'étaient perdus, aussi. « Je suis désolée, t'es définitivement meilleur à tout ça que moi... » Le murmure et Murphy se perdirent dans l'étreinte, qui semblait sceller à la fois les excuses et les pardons, les retrouvailles et les promesses. Mais il s'en échappa finalement, Wyatt, parce que ces moments d'éternité n'avaient jamais rien d'éternel. Elle observe la petite butte qu'il désigne un peu plus loin et approuve d'un signe de la tête. « Tu sais, c'est pas pour la hauteur qu'on gagnera là-bas... » se moqua-t-elle, plus pour entendre son propre rire que pour l'offrir à son voisin. Sans doute parce qu'elle avait besoin d'être entourée encore et encore, rappelée au présent et sur Terre, elle s'assura qu'Antarès les suivait bien, et s'installa finalement par terre, d'abord en tailleur, puis allongée, les jambes croisées, les doigts croisés sous sa poitrine. « Tu... » Elle se racla la gorge et ferma les paupières, intimidée par celles et celui qui la regardaient. Elle soupira pour se donner du courage ou fournir un peu d'oxygène à son cerveau fatigué, et reprit. « Je sais pas si tu te souviens de Faust. Celle que j'ai rencontrée quand j'ai commencé chez les militaires... » Sa voix dérailla et elle marqua une pause. « J'ai choisi une partie de ma famille, moi aussi. A part ma mère, je... j'ai choisi toute ma famille. Et t'as du en entendre parler, mais Faust a disparu. Et ma mère est morte. Et... » Même les paupières fermées, même protégée du monde extérieur, Murphy comptait sur la lecture que Wyatt avait toujours su faire de ce qui se cachait entre les lignes et entre les mots. Sa famille, c'était sa mère, c'était Faust, et c'était lui... Et tu es parti. Comme elle était partie, elle. Elle avait besoin de cette sécurité qu'il lui avait autrefois offerte. Les étoiles en étaient témoins, de ces retrouvailles, mais Murphy avait besoin de plus que ça. « T'as pas changé, Wyatt. Je sais que tu viens de t'exposer à vif. » Doucement, elle ouvrit les paupières alors que de nouvelles perles salées glissaient le long de ses tempes pour rejoindre l'herbe brûlée qui irradiait encore de la chaleur de la journée d'été. « Merci pour ça, mais je suis désolée, j'arrive pas à... » Elle étouffa un sanglot. J'arrive à pas dire les mots. « Je suis désolée pour ta mère, Wyatt. Je pense beaucoup à elle, tu sais. » Comme un signe étrange, deux météores chaudes vinrent enflammer la nuit presque en même temps, sous le regard humide de celle qui souhaitait y voire les deux mères restées là-haut.

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01/08/2018 Totoro's Child. TC Jones. 355 Rami Malek Ma Reine d'amour ♥ - imaginarium - ariana grande, breathin Conseiller Odysséen. - Botanique & Zoologie. Dana 779
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Il y a une douceur qui s'installe lentement entre les deux êtres autrefois coincés dans le ciel. Une douceur accentuée par la venu d'un être extérieur et totalement impartial, enfin, du moins pour ce qui est du passé. Antarès n'avait pas le poids d'une vie, le poids des non dits. Non, l'animal lui, n'avait que la vision de présent et de ce précieux cadeau que la vie faisait en cet instant. Wyatt n'a pas eu le cœur si léger depuis tellement de temps que ça lui paraît être presque irréel comme moment. Y a longtemps eu que lui, puis il a fini par retrouver le chemin vers Mila et maintenant Murphy. Celui qui lie les deux derniers est plus complexe, plus tordu. Parce qu'entre temps il y a eu des coups violents et durs qu'ils ont su, l'un comme l'autre, sans jamais être là. Sans dire qu'il lui en veut, il peut par contre affirmer que lui, ne se le pardonnera jamais. Avoir abandonné Murphy, l'avoir laissée s'endeuiller encore et encore sans jamais attraper sa main c'est une scène qu'il repasse en boucle et qui lui donne envie de s'arracher le cœur pour le donner à celle à ses côtés. Lui prouver, réellement, sans mot et sans truc farfelu qu'il s'en veut vraiment et que son cœur il bat différemment parce qu'il peut pas faire autrement. Il a mal de ses actions depuis qu'il ouvre les yeux, de son égoïsme depuis qu'ils sont sur une Terre dont ils ont rêvés ensemble et qu'il a pourtant choisi de parcourir seul pendant trois foutues années. Trois années à faire comme si de rien n'était, à se trouver des excuses encore et encore pour ne jamais retrouver le chemin tracé vers sa famille, son alliée. Alors il parle, Wyatt. Parce qu'il a appris un peu avec le temps, avec Mila mais aussi à cause du Conseil et tous ces trucs là. Il parle, il entend les murmures de Rürik qui lui dit d'ouvrir un peu plus son cœur et se perd dans un souvenir, le souvenir qui lui a fait se dire que Murphy était folle et qu'elle courait à sa perte en s'avançant vers lui. La nostalgie et tout le reste dans la voix il arrive malgré tout à continuer là où elle, ne peut plus parler. Les quelques mots qui s'échappent de la bouche de la brunette sont un peu plus un pansement à son cœur. Si elle n'a pas oublié, alors ce qu'elle avait dit avant, elle ne pouvait pas vraiment le penser. Il ne dit pas ça, pourtant, il le garde pour lui.

Parce qu'il respire enfin à nouveau, parce qu'il arrive à nouveau à aligner ses pensées, comme les étoiles qui les regardent toujours aussi fixement malgré les années. Wyatt s'aventure sur un terrain moins dur, un terrain sur lequel il lui donnera un souffle à elle, un souffle pour elle. Parce que c'est comme ça que ça marche, pour lui. Elle l'a fait respirer et il lui a enlevé le souffle alors il doit lui rendre. Prononçant le nom du chien avec une malice qu'il tente de cacher, des années à l'observer qu'il tente d'atténuer comme pour laisser la cicatrice se refermer enfin, qu'elle arrête de tirer partout, de tous les côtés. Elle lui confirme le nom, lui laisse un sourire au coin des lèvres. Évidemment, que c'était ça. Il l'aurait parié même s'il ne l'avait pas déjà entendu d'une oreille un peu trop curieuse trop de fois maintenant. Le Conseiller sent la faiblesse dans la voix de son amie, cette faiblesse qui lui crie de lui donner encore un peu de temps, juste un peu. Alors il le fait, avec une question toute bête, une question qui n'a pas le poids des maux et encore moins de leurs mots. Elle prend son temps, Murphy, et puis elle articule plus d'un mot. Elle lui parle du canidé sans qu'il ait à insister. Wyatt écoute d'une oreille plus attentive que jamais les mots de celle qu'il a trop longtemps ignoré. Il acquiesce ce qu'elle dit sans en rajouter. Évidemment qu'il savait déjà que l'animal chassait bien, évidemment qu'il était au courant que c'était le sien. Mais ça n'avait pas la même saveur, pas la même valeur, si ce n'était pas de la bouche de son amie que les mots étaient dits. Alors il la sent un peu plus forte, il la sent qui reprend son souffle, Wyatt fait quelque chose qu'il ne fait que trop rarement. Il prend Murphy dans ses bras sans l'avertir auparavant. Juste parce que c'est ce moment. Ce maintenant ou jamais qui n'arrive que trop peu souvent. Alors il prend le moment, il ne le laisse pas filer comme les étoiles qui s'évertuent à traverser le ciel. Son étoile à lui, il la rattrape enfin, il l'attrape avant qu'elle ne tombe ou qu'elle ne lui échappe, il ne sait plus vraiment. Tout ce qui importe c'est qu'elle est bien là. Vivante et dans ses bras. Les mains de Murphy se glissent timidement dans le dos de l'odysséen et il le sait, elle est surprise du geste, coupée dans un élan dans lequel ils s'aventurent depuis trop longtemps. Celui d'une vie sans l'autre. Sans cette sécurité et ce côté rassurant, tout simplement. Et puis elle le serre enfin en retour et il s'excuse de pas avoir été là. Il s'excuse de la bonne manière, celle qui dépasse les mots, celle qui se ressent jusqu'aux tréfonds de l'âme.

Et Murphy lui répond, comme toujours. L'exact inverse de sa propre excuse. Parce que c'est un peu comme le soleil et la lune, finalement. Murphy brille trop, elle éblouit le monde et elle sait s'imposer et lui, discret, il paraît invisible aux yeux de ceux qui ne savent pas bien regarder. Alors ils s'excusent, comme les deux entités qui ne se croisent jamais assez. Une sorte d'éclipse au final, dans ces retrouvailles. Pour les faire redevenir deux étoiles. Ils sont enfin à nouveau eux-mêmes, Wyatt a enfin un équilibre qui s'installe dans les pensées de son crâne. Et pourtant, elle le fait rire, un tout petit rire qui se dégage à peine de sa poitrine lorsqu'elle lui dit être meilleure que lui à ce jeu là. Celui des mots, celui des gestes et tous ces trucs là. C'est loin d'être vrai, enfin, du moins pas à son sens à lui. Mais il ne dit rien, il n'ajoute pas un mot à ça, parce qu'il s'en fout au fond, tant qu'elle est là, qu'elle bouge pas. Mais le brun s'éloigne de celle qui lui a trop manqué, incapable d'être aussi proche trop longtemps, sans doute à cause du poids des remords qui pèse encore un peu trop précisément. Mais il lui propose une espèce de trêve, dans cette nuit sans pareil. Il lui propose un lieu, au final n'importe lequel, qu'il souffle un peu, lui aussi. Qu'il perde pas pieds et que son cerveau se mette pas à dérailler. Mais Murphy a toujours été juste et droite, quelque soit la situation. Les faux semblants ça la connaît pas vraiment, tout du moins, lui, il ne lui connaît pas vraiment. Alors lorsqu'elle lui fait remarquer que ce n'est pas réellement plus haut que là où ils sont actuellement il ne peut que s'incliner dans un sourire maladroit. Ouais bon, encore une fois. Touché coulé, comme toujours avec elle. Mais c'est pas grave, parce que c'est comme ça qu'il l'aime, comme ça qu'il veut la retrouver. Comme elle est vraiment, pas en faisant semblant. Du coup il se délecte de son rire dans une moue mi-désolé mi-amusé. C'est bon, putain, de l'entendre rire. C'est bon, putain, de plus avoir à autant souffrir.

Puis elle se met à marcher et il la suit, dans un silence de quelques instants hanté par les rires et la légèreté de l'instant. La marche est plus facile, les poumons moins lourd et le cœur moins fragile. Le biologiste s'assoit aux côtés de son amie pour la voir s'allonger sans suivre instantanément le mouvement. Il s'apprête à le faire mais elle le coupe dans son geste. Les yeux droits vers les étoiles il entend sa voix percer sans oser se retourner, sans oser la regarder vraiment. Il prend seulement le droit de détourner le regard du ciel par micro secondes pour la laisser poursuivre. Murphy se met à parler et Wyatt, lui réfléchit. Faust sur le coup, ça lui évoque rien, il a jamais été très doué avec les noms et puis ça lui a jamais trop importé les autres êtres humains. Mais il farfouille sa mémoire alors qu'elle lui donne une autre information et remet le visage sur le nom. Il acquiesce, dans son ombre, toujours assis, les yeux face aux étoiles et non à Murphy. Et puis elle enchaîne les mauvaises nouvelles, comme s'il n'avait pas su tout ça, comme s'ils se retrouvaient alors qu'ils avaient vécu séparés à des milliers de kilomètres l'un de l'autre. Mais la vérité c'est qu'il a toujours été juste là. Qu'il l'a entendue hurler, pleurer et ne plus rien dire. Il l'a entendue pour la disparue, il s'est renseigné sans oser s'approcher et pour sa mère, il a évidemment su. Il déglutit durement, le poids de ses propres regrets venant lui foutre un nouveau coup dans les entrailles. Il ne dit rien, laisse une larme couler sur sa joue alors que le ciel face à lui lui semble si lointain et les temps plus simples aussi.

Il l'a détestée sa cage en fer. Il l'a haïe du plus profond de son être et pourtant putain, il la regrette. Parce qu'il a salement merdé depuis qu'ils se sont crashés, parce qu'il a fait tout ce qu'il n'aurait pas du faire, parce qu'il l'a laissé vivre l'Enfer sans lui tenir la main, sans jamais être à ses côtés. Impossible de se pardonner mais interdit à montrer. Alors il essuie ses larmes d'un geste de la main et son nez du revers du bras avant de s'allonger lentement aux côtés de Murphy, enfin. Il ne dit pas un mot et elle, elle continue de lui dire les siens. Ses yeux sont grands ouverts et lentement sa tête se tourne vers celle de celle qui lui a trop longtemps manqué. Il observe les larmes qui glissent le long des joues de sa seule vraie famille sans un mot, ses yeux qui fixent les perles que les étoiles reflètent. Elle est belle sa sœur, même quand elle pleure. Mais c'est un sale con, de la laisser pleurer, d'être la raison pour laquelle elle pleure. Il devrait intervenir, là, maintenant, mais il ne le fait pas. Il la laisse continuer et s'arrêter en plein dans ses phrases il ne l'arrête pas avant qu'elle lui renvoie son propre deuil en pleine gueule. Le temps s'écoule lentement et Wyatt ne répond pas tout de suite. Non pas qu'il ne veuille pas, simplement qu'il ne peut pas. Il prend le temps  de laisser son bras quitter l'herbe sur laquelle ils sont installer et trouver le visage de Murphy alors qu'il se détourne en même temps des étoiles pour ne voir plus qu'elle. Son doigt abîmé effleure sa joue trop douce et trop brûlante, il lui sèche ses quelques larmes sans réellement le faire, plus pour le geste que pour une quelconque utilité derrière. Et puis il sourit alors que lui, c'est sa gorge qui brûle et qui n'en finit plus de brûler. Mais il prend sur lui alors que sa main se décale de son visage à son épaule et lentement il s'allonge de nouveau, face au ciel, inversant ses mains et laissant celle du côté de Murphy se glisser jusqu'à ses mains qu'elle tient sous sa poitrine. Il glisse sa main entre les siennes et serre sa prise pour quelques secondes. Des secondes précieuses qui lui font gagner du temps, le temps que sa gorge brûle moins, qu'il parle mieux.

« Tu sais, ma mère t'a toujours préféré à moi. Il s'autorise un rire fin, sans amertume aucune alors qu'il reprend. Elle m'a répété toute ma vie que j'avais de la chance que tu existes et que je devrais t'épouser. J'ai jamais osé la contrer, tellement elle t'aimait. Elle adorait te voir à la maison et t'entendre rire. » Il se souvient de sa mère qui lui reproche encore et encore de moins en moins voir la jeune fille. « Et puis les choses ont changé et je crois qu'elle m'en a plus voulu de t'avoir laissé filer que d'être jamais vraiment resté. » Il a les yeux humides, lui aussi. Il resserre la main de son amie, n'ose plus réellement bouger et se donne un courage qu'il se force à trouver. Parce que ce deuil là, il ne l'a jamais fait. Il l'a mis dans un coin de sa tête, il a pensé à la masse et non l'individualité. Il n'a jamais vraiment réalisé qu'elle n'était plus là. Pour lui, c'était une image lointaine, de toutes façons il n'avait jamais été le fils idéal. Mais là, ça le frappe, comme l'étoile qui file sous leurs yeux. Elle est morte. Elle, il ne la retrouvera jamais. Et elle, jamais il ne lui a dit qu'il l'aimait. Alors une larme perle sur sa joue et il s'autorise à renifler. Dans un sourire pourtant, parce que c'est la nostalgie qui prime sur la violence de la réalisation. « Elle disait tout le temps à mon père que tu étais trop gentille et que je ne te méritais pas. » Et elle avait raison. Qu'il n'ajoute pas. Au lieu de ça, il reprend sur sa lancée. « Et elle me l'a dit, un jour, tu sais. On ne se voyait déjà plus depuis quelques années et elle m'a dit que je faisais l'erreur de ma vie et qu'elle, elle n'avait jamais su me comprendre que quand toi tu lui parlais. Qu'en te perdant, elle m'avait perdu en même temps. » Des aveux qui lui tordent les tripes mais qui sont salvateurs aussi. Parce que tout ça, c'est à elle que sa mère voulait le dire et pas à lui. Et s'il ne peut plus s'excuser auprès de cette dernière il peut au moins porter son héritage de manière un peu plus vraie, un peu plus réelle. Dire ce qui n'a pas été dit.

Et puis les larmes s'enchaînent parce qu'il sait une chose, c'est que si sa perte à lui a été d'une facilité déconcertante jusqu'à ce jour, pour son amie c'est une autre histoire. « Murphy je... » Il ne sait même pas par où commencer, comment faire pour ne pas terminer avec une claque dans la figure et Murphy qui s'en va, cette fois-ci pour de bon. Alors il soupire et il lâche sa main, il rompt le contact en laissant ses propres mains se trouver, il détourne sa propre attention pour s'obliger à continuer. « Je suis tellement désolé de pas être venu te voir quand ta mère est morte et quand Faust a disparu. J'ai su tout ça, j'ai su tout ça parce que j'ai peut-être pu passer des années sans te parler mais je ne pouvais pas me résoudre à ne pas savoir un minimum comment tu allais. Et pourtant... » J'ai été le plus égoïstes de tous. Le plus salaud des salauds. « Je n'ai jamais franchi le pas, même quand t'étais au plus bas j'étais pas capable de faire ça pour toi. » Il déglutit et il sent sa poitrine lui faire mal et se contracter. Parce que malgré lui il retient ses émotions, parce qu'il est trop submergé pour comprendre réellement tout ce qui se passe en ce moment même. « Je me le pardonnerai jamais, Murphy. » Qu'il dit, avec plus d'aplomb que depuis le début de leur conversation. « Je dis pas ça pour que tu me dises que c'est pareil à l'inverse. Tu sais que non. C'est pas pareil. Tu sais que ça n'a rien à voir. Et je dis pas ça pour que tu me pardonnes non plus. Je dis ça parce que c'est un fait. Murphy, t'es peut-être pas restée mais j'ai fait les pires atrocités qu'on peut faire à une famille. Tu mérites mieux que ça, que moi. T'as toujours mérité mieux. » Il le dit en pensant à toutes les fois où elle a pris sa défense, où elle s'est interposé entre lui et le monde, toutes les fois où elle a pris des risques où elle a pris sur elle. Toutes les fois où elle a été sa famille sans que lui soit capable d'être la sienne. « Mais je veux que tu saches une chose, parce que t'es encore là, toi. C'est que s'il devait y avoir une seule personne parmi les nôtres qui reste en vie sur cette Terre, ça devrait être toi. Tu mérites de découvrir les étoiles et le ciel sous tous les angles, la Terre sous tous les autres. Tu mérites d'avoir tout ce que le monde t'a enlevé depuis trop longtemps. » Il ne fait même plus attention à ses larmes alors qu'il finit par ajouter sans plus réfléchir, juste parce qu'un moment justement, il faut arrêter de trop penser et finir par parler. « Arrête de croire que t'es pas faite pour le bonheur où que t'as mérité quoique ce soit de mal qui a pu t'arriver Murphy. T'es l'étoile la plus brillante de la galaxie. Je suis sûr qu'ils te voyaient d'en bas. » Il sourit, renifle et ajoute dans un ton qui se veut tellement honnête. « Faut que tu te battes, Murphy. Bats toi, n'arrête jamais d'être toi. » et puis, plus doucement, il confesse presque. « Ta mère aurait tellement aimé le ciel, vu d'ici. Et je parie qu'elle adore te voir le regarder, qu'importe où elle est. »


Dernière édition par Wyatt Sheperd le Mer 24 Oct - 18:59, édité 1 fois

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06/12/2015 Lux Aeterna Nuna Cortez 36215 Sophia Bush Lux Aeterna (vava & sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 1356





❝ What's left to do with these broken pieces on the floor ? ❞
Murphy Cavendish & Wyatt Sheperd
(12 août 2118)


Murphy n'osait pas parler de retrouvailles. Elle avait trop souvent espéré l'inespérable et elle avait payé les pots cassés. Wyatt avait quitté sa vie comme elle avait quitté la sienne; d'un commun et tacite accord, comme s'ils avaient laissé le temps et la vie suivre leur cours, comme si leur amitié avait fait leur temps, comme s'il était juste... temps de passer à autre chose. Murphy n'en avait jamais voulu à Wyatt. A elle, par contre, elle avait eu tant de reproches à faire. Comme avec Nadja, elle s'était tenue responsable d'une séparation dont personne d'autre que cette pute de destin n'aurait dû se sentir responsable. Avec le temps qui avait creusé le gouffre s'était installé des doutes dans l'esprit de Murphy. Des questions par dizaines, des suppositions, des choses qu'elle n'aurait pas dû faire, d'autres qu'elles auraient dû faire. Ne pas le retenir avait été l'une des plus grandes erreurs qu'elle se reprochaient encore aujourd'hui. Elle avait toujours été entourée, Murphy, et même dans ses heures les plus sombres, elle avait toujours eu des épaules sur lesquelles pleurer. Même lorsque sa mère était partie dans l'océan, même lorsque Faust était partie dans la forêt, elle avait été entourée de ceux qu'elle considérait comme sa famille. Mais aimer ceux qui vous accompagnent dans les pires moments ne retient en rien le manque des absents. Etre entourée ne lui avait jamais fait oublier ceux qui ne marchaient plus à ses côtés. Le cœur était un organe complexe, et là où il pouvait créer de nouveaux espaces à l'infini pour plus d'amour encore, il pouvait aussi se calcifier par endroits, là où quelqu'un y avait laissé un vide. Wyatt faisait partie de ceux qui avaient laissé une des crevasses les plus profondes dans son palpitant. Et en échangeant quelques mots ce soir avec lui, Murphy réalisait ce qu'elle aurait préféré ne jamais oser espérer : si les fissures ne se comblaient pas avec le temps, si elles persistaient, alors c'est qu'elles attendaient d'être comblées à nouveau par ceux qui les avait creusées. Son cœur de soeur éprouvée tendait doucement la main vers Wyatt, appelant à des retrouvailles dont elle ne pouvait s'empêcher de redouter quelque chose.

Mais même en essayant de mettre des mots secrets sur ce qu'elle redoutait, Murphy ne savait pas ce qu'elle redoutait. Qu'on lui brise le cœur, encore une fois, sans doute. Elle avait peur de la fausse joie, de croire retrouver un frère qu'elle perdrait à nouveau par la force des choses. Elle avait peur de ne plus suffisamment le connaître, de se tenir devant un semi-inconnu que les années avaient transformé, de croire à une réunion qui ne pouvait plus vraiment avoir lieu. Elle aussi avait dû changer, depuis toutes ces années. Les biologistes avançaient bien que le corps entier se régénérait en sept ans. Qu'en était-il de ce qu'il abritait ?

Le monde dans lequel ils avaient évolué gamins n'avait plus rien à voir avec celui d'aujourd'hui. Leurs vies respectives, là-haut, avaient probablement été les seules responsables de leur éloignement, puis de leur séparation. Murphy se reprochait d'avoir accordé tant de poids à son quotidien, mais c'était sans doute bel et bien lui qui expliquait ce qui s'était passé. Ils étaient passés à l'âge adulte, et parfois ça ne pardonnait pas. Mais depuis trois ans, il y avait autre chose que ce quotidien-là. Il y avait eu la Terre, la vie ici et tout ce qu'elle avait engendré de si dur dès les premières heures qu'ils y avaient passées et jusqu'au premiers mois, à la première année. Sur leur ancien campement et aujourd'hui leur village, il était devenu impossible qu'ils ne se croisent pas. Elle se demandait régulièrement ce qu'il devenait, et en se rappelant qu'il siégeait maintenant au Conseil réalisait qu'il avait grandi, évolué, qu'il avait enfin réussi à faire ces preuves qu'elle avait tant souhaité pour lui. Et elle se rappelait qu'elle était rebelle et que ce n'était peut-être pas pour rien; que dans le fond, elle aurait probablement dû le détester. Mais elle n'était pas de ces rebelles qui semblaient carburer à la haine viscérale de la hiérarchie. Murphy s'était engagée au sein du corps militaire parce qu'elle croyait à l'ordre, aux règles et au Conseil. Elle y avait évolué parce qu'elle l'avait montré plus d'une fois. Et avec Nadja et Wyatt qui y siégeaient, elle n'avait pu s'empêcher de poser un regard plus compréhensif encore sur ceux qui les dirigeaient. Mais leur place avait aussi un revers, comme si quelque chose de nouveau les avait séparés, comme si ça marquait définitivement leur appartenance à deux mondes différents.

Alors, avec Wyatt, même s'il y avait le drôle de goût confortable de l'autrefois, il y avait aussi la menace latente de tout ce qui les avait séparés, de l'avenir commun qui se dessinait trop facilement pour que Murphy ne se méfie pas. Elle faisait confiance à Wyatt et encore aujourd'hui, elle lui aurait confié son existence toute entière si on lui en avait donné l'occasion. Elle lui avait confié une information précieuse dont la confidentialité de la source lui demeurait peut-être plus précieuse encore. La confiance qu'elle accordait à Wyatt ne serait donc jamais rediscutée et ou remise en doute. Mais la confiance qu'elle avait en les années et au hasard était bien plus bancale et hésitante.

Alors elle écoutait, d'abord, cherchait désespérément dans les mots de Wyatt de quoi faire taire ces craintes. Elle voulait étouffer les voix qui lui disaient tout ce qu'elle ne voulait pas entendre. Elle voulait juste s'autoriser à retrouver son frère, à oublier, même juste le temps d'une soirée, toutes les années et toutes les aventures et mésaventures. Elle voulait le retrouver avec leurs étoiles pour seules témoins, comme avant, comme quand ils avaient l'impression de conquérir l'univers, plaqué à leur haut hublot, là-haut. Antarès fut le seul à la rappeler au présent et ça avait une forme de confort, de ne plus se perdre dans toute ces considérations qui n'auraient probablement pas dû en être. Juste retrouver ceux qu'on aime, pourquoi se l'interdire ? Par mécanisme de défense, sans doute. Mais la défense n'avait pas lieu d'être avec Wyatt. Elle n'avait jamais eu lieu d'être. Contre lui, elle s'autorisa à fermer les yeux, juste quelques temps, savourant le parfum d'autrefois qui se dégageait de l'étreinte. Ils n'avaient jamais été démonstratifs, ni l'un ni l'autre, et c'était peut-être l'une des premières choses sur lesquels ils s'étaient compris. Mais Murphy voulait voir là un signe que les années n'avaient pas seulement cassé des choses. Elles avaient aussi permis de faire resurgir, à ce moment et à cet endroit précis, tout ce qui avait été tu si longtemps. Les choses avaient changé; ils pouvaient le deviner au vent qui glissait dans leur nuque et faisait voleter quelques mèches de cheveux de la brune, ils pouvaient le voir aux têtes qu'ils devaient lever pour regarder les étoiles, ils pouvaient le sentir à la spontanéité et à la force de l'étreinte.

Au lieu de rester paralysée dans la nuit, Murphy, bien que moqueuse, accepta plus que bien volontiers la proposition de Wyatt de grimper un peu plus loin, là où par miracle, il y avait encore un peu d'herbe dans laquelle on pouvait s'asseoir ou s'allonger. Les quelques secondes de silence qui la conduisirent sur le talus lui parurent salvatrices, comme si elles achevaient de l'appeler dans le présent et d'omettre toutes les pensées abstraites dans lesquelles elle se noyait depuis que Wyatt avait fait son entrée au milieu du grand spectacle des météores. Elle n'aurait jamais qu'un retour sur Terre pourrait avoir de telles vertus, mais quitter les grandeurs célestes rappelait à leur petitesse à eux tous, au fini du monde qu'il fréquentaient ici-bas et à celle de leur existence. A fortiori, il suggérait à Murphy tout ce qu'elle avait tant de fois répété à ceux qui avaient eu besoin de l'entendre. Elle avait besoin de l'entendre, elle aussi, que la paralysie de la peur ou du déni nourrissait les regrets, qui nourrissaient à leur tour nostalgie et renoncement. Mais Murphy n'avait jamais vécu pour ça. Elle exécrait l'abandon et les regrets. Elle vivait pour les remords, pour avoir trop fait au lieu de pas assez. On ne pouvait pas avancer si on se laissait retenir par le révolu ou tout l'éventail de ce qui aurait pu ou du être. En s'allongeant doucement par terre, Murphy savait ce qu'elle devait faire, presque comme si ça retournait d'un instinct primaire. Elle ne pouvait pas laisser filer Wyatt. Elle ne pouvait pas refuser les retrouvailles juste parce qu'elle avait trop peur ou trop de questions. Alors ses prunelles abandonnèrent la voûté étoilée quelques instants, laissant à d'autres spectateurs la vision folle des bolides de feu qui tombaient jusqu'à frôler l'horizon. Les paupières closes, elle s'autorisait à rejoindre le monde secret de ce qu'elle avait tant répété à Wyatt dans ses songes et les fantasmes de leurs retrouvailles. Dans l'obscurité, elle entendit l'herbe sèche à sa droite craqueler sous le poids de Wyatt, qui devait s'installer à ses côtés.

Oublié Antarès. Oubliées les étoiles. Oubliée la chaleur, oubliées les inquiétudes. Il n'y avait plus que Wyatt, elle et tout ce qu'elle avait tant souhaité lui dire, un jour ou l'autre, d'une façon ou d'un autre. Tout ce qu'elle n'avait plus espérer lui dire depuis des années. Elle n'avait pas plaisanté, quand elle avait dit, quelques minutes plus tôt, qu'il était plus doué qu'elle pour toutes ces choses-là. Elle, elle avait besoin de se cacher pour oser les ressentir et tenter de les exprimer. Il avait fait plus de chemin qu'elle. Il avait sans doute plus grandi qu'elle ne grandirait jamais. Après tout, il était conseiller ! Peut-être était-il destiné à atteindre le poste le plus brigué de tous. Elle voterait pour lui sans hésiter s'il se présentait au poste de chancelier. Il avait toujours été responsable pour eux deux, posé et consciencieux, observateur, intelligent, vif d'esprit. Murphy ne doutait pas une seule seconde qu'il avait aiguisé ces qualité au fil des ans. Mais cette nuit, sous les étoiles, il ne s'agissait pas du conseiller ou de la militaire. Il s'agissait des deux gamins qu'ils avaient été autrefois et qu'ils avaient laissés derrière eux sans leur donner d'explication. Il s'agissait de ceux qui avaient grandi l'un sans l'autre, dont la vie adulte avait décidé de choses auxquelles ils n'avaient jamais donné leur accord. Et cette gamine que Murphy avait laissée derrière elle, elle la mettait à nu. Progressivement, avec ses mots peut-être un peu mal choisis, elle exposait l'intime dont elle ne voulait pas alourdir le reste de sa vie et de son quotidien. Elle aurait dû le laisser à sa seule identité, le passé, mais il y avait trop d'inachevé. Il n'avait jamais connu Faust. Pas comme elle l'avait connue, pas comme la soeur qu'elle était devenue, la double, la confidente. Les paupières closes comme si sa vie en dépendait, Murphy espérait dans chaque souffle qu'il ne la regardait pas, qu'il s'épargnait la vue déplorable qu'elle devait donner au monde maintenant. Mais même dans cette forme d'intimité qu'elle s'accordait, Murphy peinait à démêler ses sentiments, tous ceux qu'elle avait accumulés au fil du temps sans jamais y poser de mots. Elle ne parlait plus de la disparition de Faust depuis longtemps, parce que ceux qui la connaissaient faisaient leur deuil à leur façon, et que subir le sien et toutes les phases folles par lesquelles il l'avait fait passer était déjà une épreuve suffisante sans qu'elle y ajoute la peine de ceux que les circonstances avaient transformés en amis. La règle tacite, lorsqu'on parlait de Faustine, c'était de n'évoquer que les souvenirs qu'elle avait laissés derrière elle. Tous basculaient encore dans un drôle d'équilibre entre le déni et l'acceptation. Tant qu'il n'y aurait pas de corps à enterrer et de tomber sur laquelle pleurer, accepter demeurerait un objectif inatteignable. Approchable au plus près, de façon asymptotique, mais hors d'atteinte. C'était peut-être pour ça que parler de sa brusque disparition éveillait encore un flot de larmes incontrôlable. Mais il n'y avait pas que Faust, et à son prénom s'ajoutait tous la farandole d'autres prénoms. Harley, qui avait laissé derrière elle une fille inconsolable; Thaïs, sur la tombe de laquelle elle lisait encore quelques pages de bouquin lorsqu'elle se recueillait; et Ofelia, sa mère disparue, première amie et première confidente, première alliée, premier modèle, seule famille de sang. Entre ses hésitations, Murphy entendit à nouveau le chant désespéré de l'herbe sèche. Il s'allongeait à côté d'elle.

S'arrêtant finalement dans un petit soupir hésitant, Murphy ne savait plus trop quoi dire tant il y avait à dire. Il lui manquait. Il lui manquait terriblement mais ce qui était plus terrible encore, c'était tout ce temps perdu qui la percutait de plein fouet. C'était de sa faute. Elle n'en avait jamais voulu à Wyatt. Elle était maladroite, l'avait toujours été. Elle voulait lui dire encore et encore combien elle était désolée d'avoir été une si mauvaise amie, et une encore bien plus piètre soeur. En ouvrant les paupières, Murphy admettait abdiquer, être trop faible pour ces choses à dire. Et pour ces mêmes raisons, elle n'osait pas regarder Wyatt. De le coin de son angle de vision, elle pouvait deviner qu'il avait tourné la tête vers elle. Ca lui faisait peur. Que pouvait-on répondre à un pareil tas d'ineptie ? Elle était désolée pour beaucoup trop de choses, et ses tentatives de l'exprimer s'étaient soldées par un échec infâme. En témoignait le silence qui retombait lourdement entre les deux anciens amis. Près de son mollet nu, Murphy sentit une boule douce de chaleur glisser et s'installer. Antarès était là, avec eux. Et quelques météores continuaient de temps à autres d'éblouir le ciel, comme c'était le cas maintenant. Le monde continuait de tourner, mais c'était peut-être le début d'un monde qu'ils ne fréquenteraient plus chacun de leur côté.

Elle vit doucement arriver contre sa joue humide la main de son compagnon. Mais son regard ne quittait pas la voie lactée. Elle ferma les yeux une seule seconde sous le contact et avala sa salive en même temps que ses sanglots. Il se retournait vers elle, mais son regard ne quittait toujours pas la voie lactée. Il essuyait une ou deux larmes et la proximité d'un ami n'avait jamais été aussi douce qu'en cet instant. Comme s'il avait compris que les mots n'étaient pas suffisants, pas lorsque c'était elle qui les choisissait; comme si un seul geste pouvait porter le poids des sentiments à leur place, comme si un regard était le seul messager dont ils pouvaient avoir besoin. Mais Murphy, elle, ne le regardait toujours pas. Il ne retrouvait pas la gamine qu'il avait aimée, à l'époque, pour une raison ou une autre. Il retrouvait une adulte un peu cassée, éprouvée par le temps et les épreuves. Il retrouvait une faiblesse, un inconfort, une maladresse, bien loin de l'assurance qu'elle s'efforçait de dégager à chaque seconde de son existence, même au lit, même aux toilettes. Lorsque la main chaude de Wyatt quitta sa joue, un regard furtif trahit son inquiétude. Elle aurait dû le regarder, elle aussi, mais son regard était trop humide et trop vacillant. S'il se perdait dedans, s'il le décryptait, il détesterait ce qu'il y trouverait. Il ferait demi-tour. Mais il demeurait à ses côtés et la respiration coupée, Murphy cherchait ses mots et ses gestes. C'est lui qui y répondit. Doucement, sa main gauche trouvait les siennes, liées sur son abdomen. Au plus près de son cœur, elle laissait les trois mains se lier, serrant celle de son ami pour tous les autre gestes qu'elle n'avait pas eus et tous les mots qu'elle n'avait pas trouvés.

Le silence fut brisé d'une des façons les plus violentes qui soient. Les mains de Murphy lâchèrent brièvement leur prise autour de celle de Wyatt avant de la serrer plus fort encore. Elle revoyait Darleen et l'une des dernières conversations qu'elles avaient eues. Elle avait toujours eu une tendresse toute particulière pour les parents de Wyatt, et Darleen en particulier. Elle avait quelque chose de sa propre mère, et les deux femmes s'étaient d'ailleurs toujours appréciées. C'était un brin ironique lorsque l'on connaissait leur fin. « Dis pas de conneries, ta mère t'aimait plus que sa propre vie. » Sa voix était rauque, sa gorge nouée. Parce qu'elle savait qu'il y avait quelques trames de vérités dans le discours de Wyatt. C'était l'une de leurs dernières conversations. Darleen avait essayé de comprendre ce qui les avait séparés, avait suspecté une embrouille de couple. Le regard pétillant de la même tendresse que celle qu'elle avait pour son propre enfant, elle lui avait expliqué qu'elle était celle dont elle avait toujours rêvé pour lui et qu'elle ne pouvait pas la laisser partir, que les choses pouvaient être réparées. La main de Wyatt serrait les siennes à son tour et doucement, Murphy tourna la tête vers lui, à son tour, alors qu'il reprenait la parole. La révélation la glaça au point de lui coller des frissons. C'était elle qui ne le méritait pas. Darleen n'avait jamais pu dire de pareilles inepties.

Elle fut sentir son cœur se rompre sous leurs trois mains serrées. Sa respiration haletante soulevait sa cage thoracique alors qu'elle cherchait désespérément de l'oxygène pour l'aider à contrôler les larmes. Mais elle ne le quittait pas du regard. Les lumières, d'où qu'elles proviennent, des étoiles ou des feux de camp au loin, se reflétaient dans le regard humide de son compagnon et dans les larmes qui ornaient son visage. « Elle a pas pu dire ça. Si elle a dit ça, alors elle le pensait pas. » Mais cette possibilité la frappait de plein fouet. Darleen avait essayé de lui dire la même chose, probablement, à l'époque. Elle ne pouvait pas avoir été le lien entre les parents et leur fils. Mais si c'était le cas, qu'avait-elle fait en disparaissant de leur vie aussi égoïstement ? Darleen et Ofelia avaient toujours aimé les voir ensemble. Ils s'apportaient un équilibre comme peu de relations en sont capables. Murphy avait aimé les parents de Wyatt comme une seconde famille, comme peut-être on aimait autrefois un oncle et une tante. Puisqu'ils étaient toujours fourrés l'un chez l'autre, l'inverse aurait rendu leur relation invivable sur bien des aspects. Ils étaient frère et soeur de parents différents, de parents qui avaient assez de place pour accueillir un autre enfant dans leur quotidien. Ofelia avait toujours eu beaucoup d'affection pour Wyatt, elle aussi, et quelques mois avant sa mort, elle avait encore tenté de prendre des nouvelles de lui auprès de sa fille, mais sa fille ne savait plus trop quoi dire. Murphy n'avait jamais prétendu à une de ces responsabilités familiales qu'on semblait vouloir lui coller sur le dos. « Pleure-pas, pleure-pas, arrête de chialer » le supplia-t-elle presque dans un souffle contre sa joue, alors qu'il prononçait son prénom, prêt à partager un peu plus de sa vérité encore. En perdant les mains de Wyatt, elle crût perdre la seule bouée de sauvetage dont elle disposait. Sans attendre une seconde, elle redressa sa tête pour ne plus voir que le ciel à nouveau. « Arrête arrête arrête... » Ses murmures étaient à peine audibles entre chacun des mots de l'homme. Mais il n'arrêtait pas. Il racontait encore des conneries. Wyatt avait toujours été sa famille, une partie de la famille qu'elle avait choisie. Elle avait été une soeur épouvantable, et les dires de Darleen l'assommaient plus encore de cette terrible vérité. « Arrête arrête... » Sa voix portait un peu plus de la force avec laquelle elle voulait le contraindre à cesser de dire de pareilles atrocités. Mais il n'arrêtait toujours pas, et elle se tût, immobile face à l'immensité du ciel d'où tombait à nouveau un morceau d'étoile. Il ne se rendait pas compte.

Il ne se rendait pas compte de la façon dont il se traitait et dont il se voyait. Darleen et Kenny avaient toujours aimé leur fils, de cette tendresse dont seuls les parents les plus bienveillants sont capables. L'avaient-ils jamais vraiment compris ? Peut-être pas. Pas totalement, pas toujours. Mais Wyatt avait toujours mérité cet amour-là. Il avait semblé à Murphy qu'à leur façon, ils finissaient toujours par se trouver et se comprendre. Elle savait que si, c'était pareil. Parce que l'amour avait été en jeu dans les deux familles, peu importe la forme qu'il avait pris et la façon dont il avait été exprimé.

Il ne se rendait pas compte non plus que tout ce qu'il lui souhaitait, elle n'y croyait pas. Il parlait peut-être de l'ancienne Murphy, de la gamine qu'elle avait pu être. Elle semblait avoir réussi à lui cacher toute la détresse de son regard. Elle ne croyait pas à une quelconque justice dans ce bas monde, comme elle n'avait jamais cru à une réelle justice cosmique là-haut. Elle était droite, Murphy, mais pas parce qu'elle espérait quelque chose en retour, ne serait-ce que l’approbation du hasard qui dirigeait leurs vies. Elle était droite parce qu'elle ne pouvait pas être autrement. Ce qui arrivait à tout le monde ici, les pertes, les disparitions, les humeurs de la nature, tout n'était que le fruit de ce putain de hasard qui s'amusait avec leurs nerfs fragiles de Débarqués. Elle n'avait aucun mérité à grand chose, Murphy. Elle avançait pour les mêmes raisons : parce qu'elle ne pouvait pas faire autrement. Elle avançait parce qu'elle savait que chaque pas pouvait être le dernier, chaque aventure la dernière, chaque conversation la dernière. Elle ne savait pas ce qu'était vraiment le bonheur. Probablement l'illusion idyllique d'un avenir qui ne viendrait jamais, diraient certains. Pour elle, c'était les petites choses du quotidien. C'était les sourires, les rires, les longues conversations, les blagues de mauvais goût, les aventures dans le coin ou beaucoup plus loin d'ici. C'était chaque moment qui faisait oublier ce dessin parfait qu'on avait de sa propre conception du bonheur. Etre heureux, c'était ne pas penser à ce qu'on pourrait bien faire pour le devenir. Murphy était heureuse un peu tous les jours, parce qu'on ne lui en donnait pas vraiment le choix. Malgré elle, elle pensa à cette part de bonheur qui résidait en un seul être, perdu dans ses montagnes reculées. Et quand il chuchota quelques derniers mots, Murphy crut sentir se personnifier Ofelia à côté d'eux ou au-dessus d'eux, perdue entre leurs étoiles. « ARRÊTE ! » Elle donna un coup dans les côtes de Wyatt avant de se retourner, dos à lui, en remontant un genou vers elle. L'exclamation raisonna dans le silence de la nuit et elle sentit Antarès bouger à ses pieds. Brusquement et à deux doigts de se griffer, elle essuya d'un revers de main son visage. Elle fixait l'obscurité d'un groupe d'arbres non loin de là. « T'as pas le droit de me dire tout ça. J'ai jamais rien demandé. Ta mère peut pas avoir dit ça, c'est pas possible. » Sur la défensive, presque boudeuse, Murphy niait en bloc tout ce qu'il venait de lui dire. Il lui avait semblé avoir trop connu Darleen pour se l'imaginer dire des saloperies pareilles à son propre fils. Elle ne voulait pas être un prétexte ou une raison pour des parents de tout abandonner avec leur fils. « Compare pas nos expériences. Tu pleures en parlant de ta mère alors me dis pas que t'es une mauvaise famille. J'ai pas été là quand t'as perdu ta mère non plus. On a merdé, tous les deux on a merdé, c'est tout, compare pas. » Sa voix rauque était féroce. Elle refusait d'accepter tout ce qu'il venait de lui dire comme une vérité absolue. Elle ne voulait pas de la responsabilité que Darleen semblait lui avoir mise sur le dos, mais elle réalisait qu'elle l'avait su, bien avant aujourd'hui. Elle ne voulait pas non plus comparer leurs situations et leurs familles. Elle avait merdé, Murphy, en passant à autre chose après cette conversation qu'elle avait eue avec Darleen. « Et puis l'univers en a rien à foutre de moi ni de personne, alors arrête avec tes grands discours. Personne m'a vue d'en bas. Je fais chier ceux que je croise ici. Tu comprends pas, en regardant les étoiles, à quel point on est des petites merdes ? » Pendant un instant, elle avait oublié qu'elle avait à faire à un conseiller. C'était juste un frère et une soeur en pleine engueulade, sans doute.


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01/08/2018 Totoro's Child. TC Jones. 355 Rami Malek Ma Reine d'amour ♥ - imaginarium - ariana grande, breathin Conseiller Odysséen. - Botanique & Zoologie. Dana 779
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Il entend ses mots sans les écouter vraiment. Lorsque Murphy parle Wyatt sait pertinemment qu'il ne doit pas se laisser distraire, sinon c'est foutu, sinon il ne parlera jamais assez, il ne dira jamais tous les maux qui pèsent depuis trop d'années. Alors il ignore la brune dont la voix glisse dans ses oreilles, il l'ignore et il continue coûte que coûte de parler, de dire tout ce qui n'a pas été dit, de faire ce que sa mère aurait voulu qu'il fasse. Lui dire combien elle compte, lui dire combien y en a pas deux comme elle. L'amour fraternel est quelque chose d'incroyablement particulier. Beaucoup, souvent, les ont longtemps crus en couple. Et pourtant, l'idée ne leur a jamais effleuré l'esprit. Mais de l'amour inconditionnel et une confiance aveugle, ça ils ont, depuis longtemps, tellement longtemps qu'il saurait pas dire quand ça a commencé vraiment. Tout ce qu'il sait Wyatt, c'est que s'il regarde la définition de famille dans le dictionnaire, c'est Murphy qu'il voit, ça a toujours été Murphy. Il prendrait des balles pour elle, il quitterait le Conseil et quitterait cette vie là si elle lui demandait. Parce qu'il n'a plus qu'elle, il n'a jamais eu qu'elle. Sa famille lui a offert tout l'amour dont un enfant à besoin mais jamais totalement celui dont lui avait besoin. Alors que Murphy l'a toujours compris. Et c'est pour ça que ça lui arrache les tripes, que ça lui torture les poumons, de devoir continuer à parler alors qu'elle refuse d'entendre ce qu'il lui dit.

Il entend ses mots, d'abord des phrases qui se glissent ci et là et ensuite de simples mots. Des supplices. D'arrêter, de faire comme si ça ne s'était pas passé. Mais la militaire sait parfaitement que son frère ne ment pas, qu'il ne lui ment pas à elle, encore moins sur ces choses là. Alors que ses joues le brûlent et que sa poitrine le tiraille il continue malgré tout ses mots. Malgré son souffle frais contre sa peau qui s'abîme. Malgré tous les signes et tous les mots qu'elle peut bien faire. Wyatt ne s'arrête pas, non, il continue pour toutes les années où il n'a rien dit. Pour cette mère qu'il a profondément déçue et à qui il n'a jamais pu dire pardon. Pour ce père qu'il croise sans jamais le voir. Cette famille qu'il ignore depuis bien avant le crash, ces gens qu'il oublie depuis qu'il est trop petit pour l'avouer. Mais Wyatt le sait, il l'a toujours su. Si Murphy avait été un souffle dans la vie de ses parents lui, par contre, jamais vraiment. Non pas qu'ils n'aient pas aimé leur fils simplement qu'un monde entier les séparaient déjà alors qu'une simple cage de fer les entouraient. Murphy avait le droit de savoir combien sa mère l'aimait, elle avait le droit d'entendre des mots qu'elle n'avait probablement jamais su, du moins selon lui. Alors il s'entête et ne s'arrête pas. Il continue et se torture pour continuer malgré la voix de cette seule confiance qui semble peu à peu s'étioler. Malgré Murphy qui semble peu à peu lâcher. Il prend sur lui plus que jamais, s'efforce à ne rien lâcher, lui dire tout ce que lui-même ne pourra peut-être jamais lui redire. Son honnêteté qui le bouffe et le torture et tous les souvenirs qui s'ajoutent violemment dans son crâne. Il n'y voit presque plus, la vision cachée par des larmes qu'il ne cherche plus vraiment à contrôler. Le biologiste ne sait même pas pour qui elles sont vraiment, en vérité. Peut-être que ce sont des larmes égoïstes, de regrets qui se dessinent devant sa vision floue du monde ou alors que ce sont des larmes pour sa mère, qu'il ne reverra jamais, Ofelia, à qui il n'a jamais su dire merci, ni au revoir. Ou alors Murphy, la sœur perdue, celle qu'il tente désemparement de retrouver tout en sachant que les blessures qu'ils ont tous les deux sont tellement profondes que celles-ci, il arrivera peut-être pas à les panser. Et ça le tue, bordel, de s'imaginer qu'il ne puisse plus voir sa sœur heureuse, réellement heureuse. Ça le tue de s'imaginer qu'elle ne revivra jamais vraiment, jamais complètement. Il a mal rien que d'y penser. Alors les larmes sont sans doute un peu plus pour elle que pour toutes les autres raisons, elles sont peut-être même rien qu'à elle au final. Parce qu'il a l'impression que c'est la personne qu'il a le plus déçu au monde et que c'est celle qu'il n'aurait jamais du décevoir. Il n'est pas dupe pour autant, non, il sait très bien qu'il ne pouvait pas revenir en arrière et qu'il n'aurait probablement rien pu faire contre les épreuves de la vie de son amie.

Mais il y a toujours un si. S'il avait été plus proche d'Ofelia et de sa mère ce jour là ? S'il avait pu tenir la main de Faust et la guider dans la forêt qu'il a tant traversée. Il ne dit pas, qu'il a cherché lui-même, il ne dit pas que lorsqu'il s'éloigne et qu'une silhouette se pose en face de lui en plein milieu de ses expéditions solitaire il a toujours l'espoir fou que ce soit elle. Wyatt n'est pas vraiment physionomiste, il n'a pas la mémoire des visages, simplement parce que ça ne l'intéresse pas vraiment. Mais étrangement, ceux des disparus restent collés dans un coin de son crâne, un coin dont il ne parle pas et qu'il ne dévoile jamais. Ce coin rien qu'à lui qui fait mal et qui lui donne se regard un peu différent sur ce qui entoure les arbres. Il ne dit jamais ça, qu'il cherche les disparus à tout va, dans cet espoir fou et stupide qu'il rendra la vie moins dure d'au moins une personne parmi les siens. Depuis le cyclone il ne cherche plus que les siens, il cherche des visages inconnus, des noms qu'il n'a même jamais entendu. Wyatt cherche constamment les fantômes du passé pour éviter les siens, les rendre moins vrai. Mais la vérité c'est que les seuls qui hantent son passé sont bel et bien réels et ne reviendront jamais. Sa mère est morte, pour de vrai. Elle ne va pas apparaître au milieu des bois, peu importe combien il se voile la face. Mais tout ça, il ne le dit pas. Non, l'odysséen garde cette face de lui, cette horreur constante qui tourne en boucle dans sa tête, rien que pour lui.

Alors c'est salvateur d'enfin dire à Murphy ce qu'il pense, de ne pas attendre qu'elle devienne un fantôme elle aussi. C'est à la fois horrible et un soulagement sans nom de lui parler de toutes ces choses qui ne sont que dans sa tête depuis trop longtemps. Alors lorsqu'elle finit par arrêter les murmures, arrêter de le laisser parler, arrêter de lui laisser cette place qu'il a tant cherché et qu'il veut absolument retrouver, il sursaute. La voix de sa sœur perce tous les alentours et avant même qu'il n'ait le temps de réagir les mots s'accompagnent d'un geste violent dans les côtes, lui coupant définitivement le souffle pendant quelques instants. Wyatt esquisse une grimace de douleur et serre les dents. Il ne dit plus rien, cherche à calmer ses tempes qui cognent et sa cage thoracique qui lui fait la misère. Les mâchoires vraiment serrées, les larmes qui coulent pendant les secondes qui suivent le coup sont destinées à la douleur. Et ça fait du bien, d'un côté. De ne plus pleurer pour le passé, de ne plus s'enfoncer lentement dans cette dérive des fantômes qui nous tirent en arrière. Cette douleur vive qui le rappelle à la réalité et le fait grimacer le fait finalement de nouveau respirer. Le temps qu'il se remette du coup, Murphy a bougé. Elle ne lui fait plus face à lui, ni même aux étoiles. Tournée sur le côté, dos à lui, elle l'évite plus que jamais, plus que depuis toutes ces années sans se parler. Une main qui se balade sur la côte qu'elle a frappé, Wyatt en profite pour essuyer ses yeux du revers de la main. Sans aller jusqu'au black-out, les dernières minutes deviennent un peu floues. Il sait ce qu'il a dit mais il ne sait plus les détails, trop perdu dans sa propre tête pour que son cerveau marque réellement le moment. Tout ce qu'il a toujours redouté, au fond. Retrouver Murphy et ne pas savoir comment faire, comment faire de ce moment un réel bonheur. Il a tout gâché, autant pour elle que pour lui. Alors il ferme les yeux, massant sa côte un peu maladroitement, prêt à tout quitter, à la quitter de nouveau.

Persuadé qu'elle ne veut plus de lui, au final, il aura fait tout ça pour rien. Tout ce chemin envers lui-même, tous ces efforts et ces mois à entendre sans écouter pour en arriver là. Perdre la seule qui comptait pour de bon, fini les espoirs du et si ? complètement balayés par sa connerie et sa foutue tête pas capable de mesurer ce qu'il faut dire ou ne pas dire. Il déglutit, les quelques secondes de silence qui se sont installées entre eux étant sans doute le moment parfait pour s'éclipser à tout jamais. Mais la brune au dos tourné ouvre à nouveau la bouche, elle le coupe dans son idée, dans son crâne qui le ramenait tous ces mois en arrière pour lui filer la boule au ventre et l'envie de se jeter d'une falaise. Il l'écoute parler, maintenant. Il se tait, soupire juste lentement à ce qu'elle lui dit. Parce qu'il ne va pas en rajouter une couche, parce qu'il ne peut plus en rajouter une couche. Mais il se détend, lâche sa côte et se tourne dans la même direction qu'elle dans des grimaces cachées par l'obscurité. Wyatt regarde Murphy de dos, comme il la voit depuis des années. Une ombre vivante qu'il esquive un peu à n'importe quel prix. Ridicule, putain. Il la regarde qui s'évertue à vouloir atténuer ses propos, qui se bat pour tenter de trouver un équilibre dans leur passé, leurs aventures alors qu'ils étaient profondément éloignés. Terre à terre et toujours trop droite dans ses bottes, la militaire lui sort une explication complètement futile à ses yeux. Elle lui expose des faits, dont il se fout royalement. Tout va plus loin que ce « elle n'a pas été là, il n'a pas été là ». Elle le sait, il en est persuadé. Qu'importe combien Murphy se voile la face elle ne peut clairement pas croire tout ce qu'elle dit. Mais après tout, il sait trop bien ce qu'est le déni, il a trop conscience de tous ces mois, toutes ces années durant lesquelles il a agit de la même manière qu'elle. Sur la défensive, sa carapace impossible à briser qui s'interpose entre lui et le reste du monde. Et même entre lui et lui-même aussi. Alors il se tait encore, la laisse déverser ses défenses et ses armes à travers les mots. Il la laisse parler parce qu'en même temps, n'était-ce pas ce qu'il avait du faire lui-même pour se libérer de ses chaînes ? Aller trop loin, toujours trop loin et encore plus loin ? N'avait-il pas du se retrouver à deux doigts d'abandonner le monde et la vie, à deux doigts de faire des pas dont il ne reviendrait pas pour enfin accepter les fantômes de sa vie ? Ses erreurs et ce passé dont il ne parle jamais ?

Et tout pourrait s'arrêter là, d'ailleurs. Murphy qui se tait et Wyatt qui la prend dans ses bras, comme il s'apprête à le faire. Pour lui montrer qu'il est là et qu'au fond, tant pis pour tout ça. L'important c'est maintenant. Mais comme toujours avec eux ou entre eux, ça ne peut pas s'arrêter aussi simplement, ça ne peut pas se passer aussi facilement. Le poids des années est bien là et la voix de Murphy s'élève une fois de plus entre eux, le coupe dans un énième élan qui ne verra jamais le jour. Et là, elle dit ce qu'il ne faut pas dire, elle va trop loin, réellement trop loin. Il s'était juré d'accepter, juré de faire en sorte que tout se passe bien et que ce soit elle, l'important. Qu'importe ce qu'elle peut lui renvoyer dans la gueule, il s'était préparé à encaisser. Qu'importe ce qu'elle pouvait lui reprocher, il s'était préparé à l'accepter mais ce qu'elle dit là ? Ça non, jamais. Alors il serre les poings, Wyatt, les mâchoires toujours aussi tendues et par un miracle quelconque il se contrôle jusqu'à ce qu'elle ait fini de parler. Mais la colère monte à chacun de ses mots. Elle veut jouer sur ce terrain là ? Très bien, lui aussi il peut jouer.

« Mais putain tu te fous de ma gueule Murphy ? » Qu'il dit dans un ton sombre et cassé, encore brisé de tout ce qu'il vient de se passer. « Tu crois vraiment les conneries que tu racontes ? » Il s'énerve trop, lui aussi. Il réagit trop parce que c'est de sa sœur dont on parle. Et c'est sa sœur que Murphy essaie de blesser et décrédibiliser. « Tu vas m'écouter putain, j'te jure que tu vas m'écouter. » Dans un geste qui lui demande des forces dont il commence à manquer à force de rester constamment sur la défensive les nerds tendus, il attrape son épaule droite et retourne un peu trop brusquement sa seule famille. La main appuyée sur son épaule, il se décale vers elle, les yeux droits dans les siens, au dessus d'elle. Et putain, qu'il a mal partout, putain, qu'elle le maîtrise en une seconde si elle veut vraiment partir. Il sait tout ça, mais il peut pas la laisser dire ça. Alors il a ses yeux qui ne pleurent plus qui se plantent dans les billes de la débarquée tandis qu'il continue. « Stop maintenant. Je veux bien comprendre qu'il y a des choses que t'es pas prête à accepter mais ça, non. Je t'interdis de dire ça ? » Il regarde sa sœur comme une inconnue, le cœur brisé en mille des mots qu'elle vient de dire, de la force avec laquelle elle l'a contré, lui et sa façon de lui dire combien elle compte et combien il l'aime. « Que tu veuilles pas me pardonner ? Soit. Que tu veuilles me coller ton poing dans les côtes ou dans la gueule ? Mais fais-le putain, je t'en prie. Mais par contre Murphy. » Sa voix se pose, la colère vive laisse place à une terreur froide, de ce ton qu'il n'emploie que rarement avec elle. Que lorsqu'elle va aussi loin, que lorsque ça va trop loin. Et ça le brise putain, alors une larme perle contre son œil et il continue, maintenant comme il peut sa voix tremblante et cassée. « Jamais de la vie tu peux dire ça. Tu peux pas dire que tu fais chier qui que ce soit. Tu peux pas dire que toi, t'es une petite merde, pas après tout ce qu'on a traversé. » Sa larme tombe, quitte son visage pour se poser sur celui de son amie alors qu'il lâche son emprise et s'écrase à nouveau violemment contre le sol à ses côtés.

« Si tu veux te barrer et plus jamais me parler, t'as le droit. Mais tu pourras faire ce que tu veux Murphy, moi vivant, jamais tu ne seras autre chose que l'étoile la plus brillante de cette connasse de galaxie. » Il pose à nouveau les yeux contre les étoiles. Les regarde filer les bras croisés contre son torse et il laisse à nouveau le silence se poser entre eux pendant quelques secondes. Les secondes pour encaisser la douleur de ses mouvements trop brusques et pour ne pas dire des mots qu'il va lui-même regretter lorsqu'il va ouvrir à nouveau la bouche. Il prend le temps de souffler, de trouver à nouveau le chemin entre ses poumons et l'oxygène de cette foutue planète avant d'ajouter. « Tu sais, j'ai plus mal vécu le cyclone que n'importe quelle mort qui a pu traverser le camp ou ma vie. Ce cyclone je l'ai pas compris et je ne le comprends toujours pas. Parce que la Terre, Murphy, c'était toute ma vie. Si j'ai tenu aussi longtemps là haut c'était dans l'espoir d'y foutre les pieds. Alors quand elle fait des trucs comme ça, quand elle tue ses propres plantes, sa propre vie et qu'elle s'auto-détruit, je peux pas accepter ça. » Il soupire, il n'en parle jamais de ça non plus, pas à voix haute et encore moins avec des gens qui ne partagent pas sa passion pour la belle bleue. « Parce que comment on peut croire en quelque chose capable de faire de telles atrocités dis-moi ? Comment, en plus de trente ans d'existence je n'ai jamais douté, j'ai toujours eu ce pilier et je dois maintenant apprendre qu'il est tout sauf ce que je croyais ? Tu m'expliques toi ? Comment je remets pas toute ma vie en cause et ma foutue existence avec ? » Il n'attend pas de réponse et d'ailleurs il enchaîne, une étoile filant juste sous leurs yeux. « J'ai failli pas m'en sortir de ce truc. Parce que mon crâne, qu'il dit dans un sourire de douleur, il me fait la misère chaque jour sur le moindre choix que j'ai fait dans ma vie. J'ai passé des mois à ne parler à personne et à rester seul avec mes pensées. »

Il se tourne à nouveau vers elle, sa tête qui fixe ses prunelles que seule la nuit éclaire. « J'ai peut-être perdu foi en la planète pendant un temps, ce pilier qui m'a tenu en vie depuis tout ce temps. Mais jamais, jamais, pas une seule seconde, je n'ai perdu foi en toi. Et tu pourras dire et faire ce que tu veux Murphy, c'est pas moi que tu persuaderas. » Il la regarde avec ce défi dans les yeux. Ces yeux de gamins qui lui disent qu'elle peut vraiment essayer si elle y tient, mais sur ce coup là, elle l'aura pas. Pas lui, pas comme ça. « Alors vas-y, tire toi, ignore moi, ignore ce que je t'ai dit et crois ce que tu veux. »

Sans la quitter du regard, il ajoute, dans un murmure presque inaudible mais qu'il est sûr et certain qu'elle entendra. « C'est pas comme si j'avais déjà du passer des années à t'observer de loin. Une de plus ou une de moins. » Gosse insolent, blessé par ce pilier qui lui reste, la seule qui soit l'équilibre de sa vie. Là ou non, Murphy a toujours été le fil conducteur de ses pensées. Lorsqu'il pète un plomb, lorsqu'il déçoit, lorsqu'il voit dans Eris un regard qui dit qu'il lui a trop menti, lorsqu'il voit dans Rürik une admiration pour les étoiles, lorsqu'il voit dans Harlan celui qui lui dit qu'il faut qu'il se calme, lorsqu'il voit tout le monde, peu importe le pourquoi et le comment, c'est elle qu'il voit. Cette sœur qui était là avant tous les autres et qui sera là après. Cette sœur qui a dit, déjà, tous ce que ces gens lui disent. Et Wyatt n'est pas seul, non plus depuis des années, mais personne n'a jamais remplacé Murphy. Personne ne lui suffit comme elle lui suffit. Personne ne traverse et transperce son crâne comme elle, elle le fait. Alors il s'en fout, au fond, si c'est pas ce soir, si elle lui colle son poing dans la gueule ou qu'elle part, sans dire un mot. Il s'en fout qu'elle l'engueule encore et encore. Il s'en fout, parce qu'il abandonnera pas. Parce qu'elle, il la perdra pas. Alors il resserre son poing pour se donner du courage et il finit par dire, comme un aveu à demi-mot. « Je bougerai pas, Murphy. Tant que je serai vivant, je serai toujours là. Et tu m'empêcheras jamais de te voir comme je te vois. »

Ça le brûle de l'intérieur et de partout de dire ça. Mais tant pis, foutu pour foutu, engueulés pour engueulés. Au moins il lui a dit, de ce ton qui n'appelle en rien au doute. Il lui a dit qu'il l'abandonnerait plus jamais, qu'il ne referait plus les erreurs du passé et ce, quoiqu'elle fasse ou dise. Parce que c'est sa sœur, et qu'il n'y en a qu'une comme elle dans la galaxie. Il le sait, il a cherché. Alors il abandonnera pas, pas cette fois. Pas comme ça.

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06/12/2015 Lux Aeterna Nuna Cortez 36215 Sophia Bush Lux Aeterna (vava & sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 1356





❝ What's left to do with these broken pieces on the floor ? ❞
Murphy Cavendish & Wyatt Sheperd
(12 août 2118)


En moins de temps qu'il lui en fallait pour réaliser les choses, le monde s'était embrumé. Pas des brumes qui peuvent être expliqué par les millions de gouttelettes en suspension dans l'air, pas même des voilages que laissent les larmes sur les iris lorsqu'elles s'en évadent. C'était un brouillard des idées, qui filtrait tout la perception qu'elle avait du monde qui l'entourait. Elle en oubliait presque la beauté des étoiles fixées au plafond céleste et de celles qui trouvaient le chemin de la Terre de temps à autres. Elle en oubliait Antarès, qui se rappelait à elle timidement à intervalles réguliers. Elle en oubliait la chaleur qui émanait encore du sol après la longue journée caniculaire qui s'était achevée quelques heures plus tôt, et elle en oubliait la sueur qui perlait toujours le long de ses tempes, à la fois sous le coup des émotions et celui de l'été, qui même la nuit, choisissait de ne pas vraiment tirer sa révérence. Et puis elle en oubliait les remparts qu'elle avait dressés au fil des années pour les autres, et peut-être même plus encore pour elle. Allongée, le regard rivé sur les lueurs stellaires sans prendre le temps de les vraiment les voir, Murphy avait essayé, en vain et dans un exercice plus que malhabile, d'exprimer tout ce qu'elle aurait aimé qu'il sache maintenant, des années après; des années trop tard, peut-être.

Mais elle avait mal dit les choses. Elle ne les avait pas dites comme elle les avait ressenties, peut-être. Le discours de Wyatt ne lui plaisait pas. Elle sentait sa souffrance comme si c'était la sienne, pleurait des larmes qui étaient les siennes. Et son cœur se déchira brusquement. Elle pouvait le sentir sous sa poitrine haletante. Alourdie de deux nouveaux poids : celui d'une responsabilité qu'elle ne s'était jamais connue, et celui d'avoir pu représenter pour Darleen ce qu'elle aurait aimé que son fils représente pour elle. Elle ne pouvait pas y croire. Ses suppliques étaient discrètes, soufflées, au point où Murphy n'était pas sûre qu'elles puissent être entendues par Wyatt. Elle ne voulait pas l'arrêter. On ne faisait pas taire quelqu'un qui s'exposait comme il s'exposait maintenant. On écoutait les vérités et on les acceptait, parce qu'on avait pas le choix. Absolues ou non, elles appartenaient au moins à la personne qui les exprimait. Mais cette fois-ci, Murphy ne pouvait pas les accepter. Partagée entre le besoin viscéral qu'il se taise et le respect qu'elle avait pour celui qui disait ce qu'il n'avait jamais probablement jamais dit avant, elle les refusait dans le compromis de murmures à peine audibles. Mais elle aurait aimé qu'il se taise, parce que tout ce qu'il disait faisait trop mal. Il lui reprochait le rapport qu'il avait eu avec ses parents depuis qu'elle n'était plus là; et puis il prétendait qu'elle était quelqu'un d'autre que tout le monde, que tous ces cons qui faisaient mal les choses ou faisaient du mal autour d'eux. Il ne pouvait pas lapider sa famille, Wyatt, et il ne pouvait pas mettre sur ses épaules un poids pareil à travers les regrets de Darleen.

Alors elle s'enferma un peu plus dans cette brume qui subitement, trouvait à ses yeux un drôle de confort. En se retournant, elle se protégeait de tout ce qu'il venait de lui dire, se recroquevillait derrière ses tranchées et ses murailles. Il ne comprenait rien. Il lui manquait terriblement et si elle n'était pas prête à lui pardonner quoi que ce soit, c'est parce qu'il n'y avait rien à pardonner. Ils avaient merdé, tous les deux. Ils avaient merdé ensemble, dans un accord parfait qui rappelait ironiquement qu'ils s'étaient toujours compris. Mais là, ils ne se comprenaient plus. Elle ne voulait pas le voir encaisser ce qu'elle disait, mais dans son dos, elle pouvait le sentir, qu'il encaissait. Il n'y avait que ses mots et le poids du silence. C'était dur, de s'engueuler avec Wyatt, parce qu'il respectait trop son droit à la parole pour lui gueuler dessus. Elle aurait aimé qu'il l'interrompe, qu'il lui donne des coups peut-être, qu'il la contredise. Le silence devenait son pire ennemi, parce qu'il laissait champ libre à toutes ses pensées et à tous les mots qu'elle alignait dessus, volontairement ou par accident, avec justesse ou maladresse. Et Murphy ne savait plus trop ce qui était juste, ce qui l'était pour elle ou ce qui l'était pour lui. Elle n'était pas juste avec lui. Elle refusait catégoriquement ses vérités et l'image d'elle qu'il lui reflétait. Il ne mentait pas, il ne savait juste pas. Il ne comprenait pas qu'elle ne lui en voulait pas et ne lui en voudrait jamais, même de leur séparation, parce qu'elle le comprenait mieux que quiconque, peut-être mieux encore qu'elle ne se comprenait elle-même. C'était à elle qu'elle en voulait d'avoir laissé les choses se faire sans se battre un peu plus, sans écouter Darleen, sans voir qu'avec Wyatt elle laissait partir la première famille qu'elle avait jamais choisie, là-haut. Entre eux, ça avait toujours été évident, même dans l'éloignement. Elle lui jetait des coups d'oeil de temps en temps, s'assurait par les rumeurs et quelques curiosités mal placées qu'il vivait une vie douce, lui aussi. Elle lui avait souri timidement des centaines de fois en le croisant dans les couloirs de leur Odyssée métallique, se demandant s'il l'avait vue, craignant presque ça soit le cas. Mais dans ses rêves un peu dingues, elle avait voulu croire que même avec cette distance qui s'était creusée au fil des ans, ils se comprenaient toujours; que même les adultes qu'ils étaient devenus se connaissaient toujours. C'était pour la confiance entière qu'elle avait toujours en lui qu'elle en avait fait son point d'accroche au conseil, lui confiant les quelques conseils d'Isdès comme le bien précieux qu'elle les considérait être. Et quand il avait accepté ces avertissements sans rien demander de plus, ni leur provenance ni les raisons qui l'avaient conduite à se confier à lui, Murphy avait cru que les choses étaient encore aussi simples qu'autrefois, aussi simple qu'elle les avait rêvées. Maintenant, elle n'était plus réellement sûre que ça puisse être le cas.

Mais maintenant, elle laissait le silence parler pour elle. Elle n'arrivait plus à éclaircir ce brouillard dans lequel ses idées se noyaient, et encore moins à exprimer tout ce qui écrasait son âme. Et elle aurait aimé qu'il parle, qu'il pose sa main sur son épaule, souffle quelques mots rassurants à son oreille, la prenne dans ses bras. Elle aurait aimé qu'il comprenne pour elle tout ce qu'elle ne saisissait pas elle-même et qu'il redevienne le grand frère qui l'avait toujours mieux décryptée qu'elle ne s'était jamais décryptée elle-même. Elle aurait aimé qu'il admette que sa mère l'avait toujours aimé et que si elle avait aimé Murphy aussi, ça n'était pas pareil. Elle aurait aimé qu'il lui dise que ce n'était pas son absence qui les laissés dériver les uns de l'autre comme ça semblait avoir été le cas. Elle aurait aimé qu'il accepte l'amour de ses parents et celui qu'il avait pour eux. Elle aurait aimé qu'il se pardonne lui-même avant de lui demander un pardon qu'elle n'avait jamais eu à lui donner.

Mais il n'y avait aucune douceur dans ce qui brisait le silence. Malgré elle, Murphy se raidit, subitement effrayée à l'idée de l'état dans lequel semblait se mettre Wyatt. Voilà, elle avait encore merdé. Elle aurait dû profiter du silence pour le combler encore et encore, plutôt que d'attendre l'impossible. Elle subissait ses exclamations en fermant les yeux, laissant s'échapper encore quelques larmes au passage. En les rouvrant, elle ne trouvait que le sombre du bosquet à quelques mètres, des ruines de maisons plus loin, de la palissade encore plus loin. Mais cette obscurité la rassurait plus que ne le faisaient chacun des mots que Wyatt scandait à la fois comme défense et attaque. Et avant qu'elle n'ait eu le temps de réagir, elle se retrouvait tournée vers lui, hébétée une seconde avant de tenter de dégager son épaule de sa prise, les sourcils froncés. Elle n'avait plus l'obscurité du village pour la rassurer mais seulement le regard accusateur dont Wyatt la couvrait sans qu'elle n'ait d'autre choix que de le subir. L'incompréhension et la tristesse laissait place à une colère naissante; en témoignaient son regard défiant et la main droite qu'elle avait posée sur l'avant-bras de Wyatt pour essayer de le faire la lâcher. Ce n'était plus de l'eau qui s'échappait de son regard mais des flammes. On la brusquait, et Murphy n'était pas de ceux qui se laissaient brusquer, pas même par un frère, pas même sous les étoiles brûlantes du mois d'août. Accepter ça ? Son regard se détendit alors qu'elle essayait de saisir de quoi il parlait exactement. Sa mère ? Sa famille ? Leur amitié ? La vie ici ? La vie tout court ? Le bonheur ? Ils avaient tant de choses à rattraper que Murphy s'y perdait. Et il ne comprenait pas, toujours pas. Et il s'énervait, le ton et les larmes montaient. Elle le perdait. Dans un geste qu'elle aurait aimé être une reprise de contrôle, elle arracha violemment son épaule de la main de Wyatt. « Mais putain, tu comprends toujours pas que soit y a rien à pardonner, soit il y a tout à pardonner. Si j'accepte tes excuses, tu dois accepter les miennes. » Mais ses prunelles claires se perdaient sur le visage de Wyatt, qu'elles découvraient sous un angle qui lui glaça le sang. Elle n'avait pas souvenir de l'avoir déjà vu dans un tel état -en tout cas, jamais à son égard. Il était aussi cassé qu'elle; par leur séparation peut-être, mais bien plus probablement par les années qui avaient manqué de bienveillance et par ces retrouvailles qui prenaient un tournant qu'aucun d'eux n'avait jamais souhaité. Il l'avait appelée par son prénom et Murphy redoutait ce qui pouvait suivre une telle introduction. Elle le fixait, raide comme un cadavre, accrochée aux lèvres et au regard de celui qui avait été son frère.

C'était donc ça, qu'il n'acceptait pas. La petitesse de sa personne. Malgré la larme qui tomba sur sa joue rougie par ses propres larmes, elle roula des yeux et soupira. « Tu sais que j'ai jamais cru au destin ou à toutes ces conneries. » C'était sa vérité à elle et celle du hasard qui avait conduit le monde à ce qu'il était aujourd'hui. Tout résultait d'un enchaînement hasardeux qui répondait aux loins de probabilités. Il suffisait d'admirer les étoiles pour le comprendre. Les plus poétiques disaient que la vie était faite de poussières d'étoiles; Murphy disait qu'il étaient les déchets de ce qui n'était plus. Dans ce vaste univers, ils n'étaient que des pions insignifiants, assujettis aux impitoyables lois probabilistes. Ca ne voulait pas dire qu'ils ne méritaient pas leur part de bonheur. C'était d'ailleurs pour toutes ces convictions que Murphy croyait fermement que l'on était le créateur de son propre bonheur. On ne pouvait pas rêver à contrôler ce qui ne pouvait pas l'être; on pouvait juste faire en sorte d'être la meilleure personne possible, pour les autres mais aussi pour soi, pour son cœur et pour son âme. « Je fais trop chier ceux qui comptent. De là-haut ou d'ici. » D'ici... son regard fuit, effaré, celui de Wyatt, réalisant qu'en un mot elle venait de dévoiler plus qu'elle n'avait jamais révélé à quiconque. Mila était la seule détentrice de ce secret. « Regarde toi, là, maintenant. Dis-moi que je te fais pas chier. » Avec un sourire en coin tristement satisfait, elle se souvenait de toutes les preuves qui abondaient dans son sens. Celui d'ici, d'abord, avec qui elle semblait vouée à vivre ce cycle infernale des retrouvailles, de la séparation et du manque qui menait aux retrouvailles. Chris et Devos qui la prenaient pour une hystérique insatisfaite. Tennessee qu'elle avait bien failli perdre, elle aussi. Et puis Richard, dont elle avait défendu sa relation avec un peu trop de témérité. « On en a tous trop chiés pour pas mériter un peu d'bonheur. Mais c'est pas pour ça qu'on vivra de grands et beaux trucs. » Oh, bien sûr, il y avait des contre-exemple. Elle n'oubliait pas ceux qui s'étaient insurgés à la reprise de contact avec les jeunes, quelques mois après leur arrivée. Ceux-là traînaient encore sur le village. Ce n'était pas parce qu'on ne les voyait plus qu'ils n'existaient plus. Ceux qui étaient capables de ce genre de violences, Murphy ne leur souhaitait pas beaucoup de bonheur. « Arrête de me comparer à une étoile. Je suis juste un caca d'étoiles. On est tous des cacas d'étoiles. » Mais elle s'adoucissait, Murphy, abdiquait presque. C'était bien son frère, celui qui la forçait à entendre ça. Mais son frère ne la regardait plus. Il s'était perdu au milieu de ces étoiles qu'elle ne voyait plus. Doucement, à son tour, elle le laissa à sa contemplation et se retourna à nouveau vers les arbres, la palissade et le petit coin qui semblait abriter quelques grillons chanteurs. « Arrête » le freina-t-elle encore, comme si c'était l'unique argument avec lequel elle était capable de le contrer. Si elle était encore ici, c'était parce qu'elle voulait encore être ici. Quand est-ce qu'il allait comprendre qu'elle ne se serait pas embarrassée de sa présence si elle n'en avait pas voulu ? Le village était assez grand pour qu'ils observent les météores chacun dans leur coin. Mais un peu plus tôt, elle avait les armes, Murphy. Les armes et les remparts. On avait attaqué tout ce qu'on n'avait probablement jamais cru pouvoir aborder avec l'autre. Ils se retrouvaient violemment, confrontaient les idées qui avaient été développées des années durant sans se faire face. C'était peut-être juste parce qu'il fallait recommencer que c'était si violent. Mais si Murphy ne voulait pas le pardonner, c'est parce qu'elle n'acceptait pas ses excuses; et si elle l'engueulait comme ça, c'est parce qu'elle voulait de lui à ses côtés, maintenant et tout le temps. Les retrouvailles étaient douces amères, mais elles venaient avec la perspective d'un horizon commun. Ca ne servait à rien de appesantir sur leurs erreurs passés; pas lorsqu'elles étaient communes et partagées dans une égalité qui prouvait que ce n'était pas la différence qui les avaient séparés. Mais pourquoi c'était si compliqué et si douloureux, avec Wyatt ? Pourquoi les choses ne glissaient pas dans une simplicité presque vertigineuse, comme ça avait été le cas avec Nadja ?

Parce que même si elle aimait tendrement Nadja, elle n'était pas sa soeur. Elle n'avait eu qu'une soeur et cette soeur avait disparu pour de bon. Wyatt était son frère. La première famille qu'elle s'était choisie, sans s'en rendre compte et sans se poser la question, juste parce que c'était comme ça. Sans qu'aucun des deux jeunes ne s'en soient rendu compte, il avait probablement ouvert la porte aux grandes amitiés qui avaient ponctué sa vie plus tard.

Les cris laissèrent place à des confidences douloureuses. Doucement, alors que Wyatt confessait ses douleurs, Murphy passa un œil par-dessus son épaule et laissa son dos progressivement retrouver l'herbe sèche à côté de son ami. Elle ne trouverait jamais les mots pour lui dire, mais elle avait pensé à lui à chacune des catastrophes qui avaient bouleversé leur quotidien de survivants. Le tremblement de terre et le cyclone l'avaient traumatisée, elle aussi, et il lui avait semblé qu'il n'y a que ce frère de passé qui aurait pu comprendre tous les sentiments qui l'assaillaient. Mais progressivement, elle avait accepté que cette Terre n'avait jamais été vouée à les accueillir eux ou n'importe qui d'autre, que ce n'était pas elle qui devait s'adapter à ses habitants mais l'inverse, et qu'ils devaient oublier les discours qui avaient perdu leurs ancêtres. La Terre vivait pour elle-même et les accueillait comme des enfants dont elle savait prendre soin autant que traumatiser, par accident, des fois. Wyatt avait toujours rêvé de Terre plus qu'elle et que n'importe qui d'autre dont elle avait pu croiser le chemin. Elle l'avait écouté de longues heures parler de ce monde sous leurs pieds, de ce qui pouvait encore y grouiller ou des paysages qu'il avait tant de fois admirés dans les documents informatisés. Il avait eu raison tout du long. Avait-il vu l'océan ? Ce n'était pas seulement le cimetière dans lequel reposaient Darleen et Ofelia. Avait-il vu les montagnes ? Ce n'était pas seulement des pics acérés prêts à dévorer les plus aventureux. Avait-il vu la forêt ? Ce n'était pas seulement un dédale végétal. Ce monde regorgeait de raisons d'être heureux, mais Wyatt décrivait les déceptions qui avaient effondré son monde, et celui de Murphy s'effondrait à mesure qu'elle lisait la détresse sur son visage. Comment pouvait-il prétendre être plus fautif qu'elle lorsqu'il lui décrivait un tel désarroi ? Elle aurait dû être là pour lui. Peut-être avait-il trouvé quelqu'un qui aimait la Terre autant qu'il l'aimait ou qu'il l'avait aimée pour l'aider à surpasser tout ça. Mais si cette personne existait, elle n'était pas Murphy; et si cette personne existait, Murphy lui en voulait de ne pas avoir su éradiquer cette peine qui le bouffait encore. La tête tournée vers lui, une main laissée perdue dans l'herbe à sa gauche, Murphy laissa l'autre glisser vers le menton de Wyatt, qu'elle frôla délicatement pour qu'il la regarde. Elle souriait d'un petit sourire tendre et peiné. « Tu comprends toujours pas ? » La question était soufflée comme une suggestion, comme le début d'une réponse. « C'est pas le destin, c'est le hasard. La Terre a jamais rien eu contre nous. Son instabilité c'est ce qui la rend si vivante par rapport à l'Odyssée. » Il lui avait répété de s'en aller, de le laisser derrière elle, mais elle n'en ferait rien. Elle avait besoin de lui, et elle avait besoin de le voir sourire, de le voir aimer à nouveau cette planète comme il en avait tant rêvé lorsqu'il observaient ses étendues nuageuses ou océaniques de tout là-haut. « Mais je partirai pas, arrête de répéter ça, on dirait vraiment une conversation de sourds. Je bougerai pas non plus. » Murphy laissa son regard quitter celui de Wyatt pour retrouver les étoiles. Sans la brune, elle les voyait à nouveau. « Tu me vois comme je me suis jamais vue. » Le murmure soufflait le compromis qu'elle était prête à faire. Il l'avait toujours vue comme jamais elle ne s'était vue. Peut-être qu'ils auraient dû être plus que frère et soeur, comme certains l'avaient suggéré parfois, comme Darleen l'avait tant espéré. Autant qu'elle redoutait de ne pas être à la hauteur de cette image qu'il lui renvoyait, elle aimait se voir à travers le regard de Wyatt. Il avait été l'une des seules personnes à lui accorder tant de choses à la fois : écoute et considération, respect, confiance, amitié, bienveillance, protection, encouragement et soutien. Peu importaient les circonstances, si Murphy se vantait, si Murphy paradait, c'était toujours pour cacher ses insécurités et tout le travail qui l'avait conduite à ce qu'elle était devenue aujourd'hui. Contredire les mâles alphas qui l'avaient refusée dans les rangs au point de transformer les classes militaires en cours de récréations primaires; imposer sa façon de penser, empathie comprise, aux plus hauts gradés sans démordre sous l'effet des points de vue divergents; tenir tête à ceux qui ne partageaient pas ses valeurs, quels qu'ils soient, juste parce qu'il fallait bien essayer de faire entendre raison à ceux qui semblaient en être dépourvus. Prétendre que c'était facile pour cacher ses failles et ses doutes, c'était tellement plus simple. Les compliments, elle les avait toujours acceptés avec un grand sourire, le torse bombé, mais il était rare qu'elle les prenne pour argent comptant, parce que ceux qui les lui faisaient ne connaissaient pas tous les coulisses. Lorsqu'on la félicitait de savoir abattre un lapin du haut d'une tour de guet, on ne savait pas toutes les heures qu'elle avait passées dehors, qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige, à peaufiner sa maîtrise de l'arc et sa visée. Lorsqu'on admirait son sens de l'orientation ou sa connaissance des environs, on ne réalisait pas le temps qu'elle avait passé dehors à cartographier dans son esprit la moindre marque qui différenciait un terrain forestier de son voisin. « Je compte pas perdre une année de plus, mais me demande pas de te pardonner. » Elle ne pleurait plus depuis plusieurs minutes, et passa son avant-bras sur son visage pour effacer les traces salées qui avaient laissé leurs marques. « Me répète jamais que ta mère me préférait à toi. Tu te fais du mal pour rien, parce que c'est pas vrai. » Et son père, pensait-il les mêmes atrocités de son père ? Se trouvaient-ils encore seulement dans ce nouveau monde ? Et comment allait Kenny ? Comment avait-il vécu la mort de sa femme, la disparition de son ancienne vie ? Lui aussi, elle le croisait de temps à autres, échangeait un regard bienveillant mais fuyant avec celui qui lui avait ouvert les portes de son foyer comme si elle avait été sa propre fille. Elle se demandait s'il avait su, pour Ofelia, mais avait finalement réalisé que c'était du bon sens. S'il n'avait pas su au moment du crash, il l'avait déduit au fil des jours, des semaines ou des mois. Elle se consolait parfois en se disant qu'Ofelia, où qu'elle soit, n'était pas seule. Elle était avec Darleen et peut-être que toutes les deux, elles parlaient de leurs enfants, conspiraient pour les réunir d'une façon ou d'une autre. Peut-être qu'elles étaient là ce soir, qu'elles faisaient partie des lueurs célestes qui veillaient sur eux cette nuit. Peut-être qu'elles tendaient le dos lorsque l'un d'eux criait ou pleurait, peut-être qu'elles versaient une larme lorsqu'ils se confiaient l'un à l'autre, sachant pertinemment qu'ils s'étaient réservé ce privilège pendant toutes ces années. « T'as déjà vu l'océan ? Et la montagne ? On ira ensemble. Tu comprendras que pour chaque saloperie qui arrive ici, y'a cent belles choses à découvrir. » Une étoile fila sous leurs yeux et Murphy lui sourit, à la folle comète, comme si elle venait étayer son discours. « C'est pas parce que tout est le fruit du hasard et qu'on est insignifiant qu'on a pas le droit de savourer ce qui peut l'être. Je suis pas malheureuse, tu sais. Je crois même que je suis plutôt heureuse. » Elle haussa les épaules avec un petit sourire triste. Elle serait plus heureuse s'il retrouvait le chemin de sa vie. « Jveux que tu vois la Terre pour ce qu'elle est vraiment. » Peut-être que si elle s'autorisait un peu de fatalité, Murphy se demanderait si ce n'était pas la raison pour laquelle ils s'étaient retrouvés ce soir. Peut-être qu'elle était là pour lui montrer sa Terre à elle, celle qui brisait les cœurs parfois, les faisait grandir souvent. On ne pouvait pas retenir les instincts meurtriers et destructeurs de la nature si on voyait ses plus belles productions. L'océan, les rivières, les lacs et les cascades; les montagnes escarpées, les grottes lumineuses, les plages de galets arrondis et de sable doux, les rencontres brèves et silencieuses que l'on pouvait faire d'animaux. Il avait besoin de quitter sa brume, lui aussi.


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01/08/2018 Totoro's Child. TC Jones. 355 Rami Malek Ma Reine d'amour ♥ - imaginarium - ariana grande, breathin Conseiller Odysséen. - Botanique & Zoologie. Dana 779
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Le problème de Wyatt c'est qu'il n'est pas foutu d'écouter correctement. Lorsqu'il se persuade de quelque chose il reste accroché à son idée et rien ne l'en éloigne. C'est un problème pour beaucoup, ça n'a jamais vraiment été un problème entre Murphy et lui. Pourtant, aujourd'hui, ça semble en être un. Parce que Wyatt lui fait subir ce qu'il fait subir à tout le monde, il s'accroche à son idée, s'enferme dans celle-ci et la formule de bout en bout peu importe combien on lui dit qu'il a tort ou qu'il y a d'autres choses à prendre en compte. Normalement, Murphy sait le faire taire, elle a toujours su, mais pas cette fois. Peut-être parce qu'il y a autre chose à prendre en compte que juste eux deux, qu'ils ne sont plus seuls depuis des années, qu'ils ont trouvés l'un et l'autre d'autres ancres qui les ont stabilisés. Alors les mots de Murphy l'atteignent sans le toucher complètement, pas sur l'instant en tous cas. Lorsqu'il entend sa voix traverser l'air pour se glisser entre ses mots il l'ignore purement et simplement.

Qu'importe ses gestes ou ses mots. Qu'importe la force avec laquelle son bras tient celui de Wyatt et qu'elle le repousse. Qu'importe les mots qui sont sensés entrer avec un peu plus de force dans sa tête. Non, ça ne prend juste pas. Ça ne passe pas dans l'esprit embué de l'odysséen qui fait comme si de rien n'était. Perdu sur sa route sur laquelle il s'enfonce depuis des années, il n'arrive plus à trouver le réel chemin vers Murphy. Et si la jeune femme n'est pas prête à accepter les dires qui ont pu lui être transmis, lui, n'est clairement pas prêt à se pardonner lui même, c'est certain. C'est peut-être pour ça, qu'il se perd autant entre la colère et la désillusion, peut-être pour ça qu'aveuglément il s'enfonce un peu plus profondément sur cette route qui le mène à sa perte malgré la présence de la lumière de sa vie. Parce qu'il ne veut pas y croire, pas en lui. Parce qu'il n'est plus capable de faire confiance à son propre esprit. Alors il continue, sans doute pour la pousser à bout et se donner raison. Se dire qu'elle n'a pas besoin de lui et qu'elle n'en a jamais eu besoin. Parce que pour lui il n'existe pas d'autre vérité que celle-ci. Murphy a fait l'erreur de sa vie en s'abaissant à poser les yeux sur lui, elle n'aurait jamais du passer autant de temps à croire en lui, à se perdre avec lui. Parce qu'il n'en vaut pas la peine, parce qu'il ne la vaut pas elle. Il se déteste autant qu'il déteste la Terre, depuis le cyclone le tout n'a fait qu'un tour et est devenu un lot. L'un ne fonctionne pas sans l'autre. Sa rage se dirige autant contre sa bien aimée que contre lui-même. Complètement paumé au milieu de rien, il n'est plus capable de faire semblant, encore moins face à elle et tous les sentiments qu'elle lui renvoie en pleine gueule rien qu'en respirant. Il n'a jamais été trop doué pour les mensonges et même si avec l'âge il a appris à se calmer, exposer ses idées controversées ou non avec un calme relatif, face à Murphy il en est incapable.

Parce que la seule et unique vérité, celle qui le dépasse autant lui qu'elle, que tout le reste autour d'eux, c'est qu'elle est la seule détentrice de sa vérité à lui. Il n'existe qu'elle, sur Terre ou dans le Ciel, il n'existe qu'elle qui voit à travers tous les masques et tous les tours de passe-passe de Wyatt. Et s'il adorait Murphy pour ça, pour être lui-même et ne pas avoir à faire semblant. S'il aimait sa sœur de cet amour inconditionnel simplement parce qu'elle lui donnait le droit d'exister en tant que tel, c'est pour ça qu'aujourd'hui il ne peut plus l'accepter. C'est pour ça qu'aujourd'hui, il vire à la haine, lentement. Pas contre elle, mais contre cette image qu'elle lui renvoie de lui-même. Wyatt refuse d'exister encore comme il se voit dans ses yeux. Le conseiller n'est plus capable d'accepter la bienveillance du regard de sa cadette alors qu'il se considère comme le plus horrible des êtres humains. C'était peut-être ça, qu'il était venu chercher, au fond, une confrontation pure et dure. Là où il se voyait comme le monstre qu'il se sentait dans ses yeux et qu'il se donnait enfin le droit de tout abandonner. Là où il n'avait plus d'espoir parce qu'elle n'avait plus ce regard là pour lui.

Là où ils n'étaient plus frères et sœurs et qu'elles ne perçaient plus tous les murs qu'il avait construit. Mais il avait été con, comme toujours et trop souvent. À croire que ce serait si simple. Murphy n'avait jamais été simple et si elle avait bien fait une chose dans sa présence comme dans son absence, c'était de ne jamais le précipiter dans le vide. Toujours son bras pour le retenir. Toujours son regard pour le stopper dans la connerie qui germait dans son esprit. Et pourtant, il s'accroche à cette idée qu'elle va l'abandonner, qu'elle va lâcher prise. Le laisser derrière pour qu'à son tour il abandonne tout. La vie sans le regard de sa sœur n'a pas d'intérêt, pas si elle le voit comme un monstre. Alors indirectement il fait tout pour, il déclenche volontairement toutes les alarmes pour la faire exploser, partir dans tous les sens et la faire craquer. Plus horrible que pendant ces années de silence, Wyatt est dur face à elle plus qu'il ne l'a jamais été. Incapable d'écouter ce qu'elle dit il encaisse et laisse les phrases de son amie se perdre dans un coin de sa tête. Il ne s'en fait pas, elles frapperont quand il ne s'y attendra plus. Parce que c'est un putain de cyclone là dedans aussi, qu'il a pas le contrôle de son propre esprit. Il ne la reprend pas alors qu'elle se dénigre encore, il ne lui répond pas alors qu'elle cherche à contre-balancer la conversation, la tourner à son avantage pour le sortir de ses névroses. Parce qu'il est perdu, au fin fond de cette route dont il ne voit plus le bout. Lui et le gamin qu'il était un jour, au milieu d'une route qui n'a ni début ni fin et de laquelle, désemparement, il demande de l'aide sans réussir à se faire entendre.

Il avait essayé, plus d'une fois. Avec Eris, de se rattraper sans se mettre en avant, avec Mila, de la remettre en place et sur pieds alors qu'il n'arrivait plus à avancer, avec Rürik, à regarder les étoiles comme si de rien n'était. Il avait tenté d'être honnête avec le dernier, autant qu'il le pouvait. Mais la vérité c'est que personne n'était sa sœur, personne d'autre que celle à ses côtés. Personne n'avait le pouvoir qu'elle avait, encore moins celui de le ramener, lui tendre la main et le sortir de sa propre tête après tant d'années. Alors il s'acharne dans sa contradiction, lui articule de partir quand il lui supplie de rester, au fond. Mais toujours dans ce silence, celui qu'il n'arrive pas à briser, ce mur qui s'est imposé et que lui-même n'arrive plus à casser. Elle est son seul espoir, elle a toujours été. Et puis il dérive, comme toujours, se perd dans le fil de sa tête qui l'embrouille et lui déverse ses douleurs les plus monstrueuses en pleine gueule. Parce qu'il n'en parle jamais, parce qu'il en a besoin et parce qu'elle est la seule qui peut comprendre réellement combien ça a pu lui faire mal. La militaire et lui n'ont jamais vraiment partagé les mêmes passions, à part les étoiles mais ils se sont toujours écoutés. Et la brunette a subi bien avant tout le monde pendant de trop longues années son amour fou pour la planète de malheur sur laquelle ils avaient fini par foutre les pieds. Alors non, il ne prend même pas le temps de lui parler de ce qui est bon, de tout ce qui l'a émerveillé. Le brun ne prend pas la peine d'articuler tout ce qu'il a trouvé merveilleux à la minute où il a foutu les pieds ici. Il lui tait les cours de langue acharnés qu'il a fait subir à Rowena ou Harlan pendant des mois, il lui tait qu'à la minute où le camp allait mieux, se remettait de cette douleur de la perte immense qui les avait traversé, il s'était tiré. Il lui tait toutes les rencontres, animales, humaines et autres qu'il a pu faire. Il ne dit pas un mot sur tous ces moments où il a failli mourir dans son émerveillement tellement il n'en avait plus rien à foutre du danger. Oh non, Wyatt ne dit pas combien il a respiré, combien il a aimé avant de tout remettre en question. Il ne dit pas combien c'est encore plus dur que ce qu'il peut imaginer parce qu'il a vu une partie du monde comme il l'avait rêvée. Que lorsqu'il s'est approché du sable fin, ses pieds ont frôlé l'eau et qu'il a pleuré. Pas que les morts, pas que leurs morts, mais aussi la beauté de ce bleu à perte de vue qu'ils apercevaient de là haut. Il ne lui dit pas toutes les émotions fortes et uniques qu'il a pu sentir et ressentir pendant ces années. Il lui tait tous les jolis mots pour ne lui laisser que ses maux. Wyatt ne voit plus la peine de parler du bon de toutes façons, parce qu'il n'y en a plus en lui, parce que son cœur s'est noirci et qu'il va finir par y passer lui aussi.

Mais il finit par se taire, laisser ses peines derrière lui, s'éteindre dans le silence de la nuit. Seul face aux étoiles il sent la main de son amie trouver son visage, dans un mouvement qu'il retient de l'empêcher d'approcher, comme s'il allait la contaminer, il se force à se laisser guider, lentement tourner son visage comme elle lui demande sans un mot pour retrouver son regard. Elle est belle, sa sœur, belle même quand c'est la dernière fois qu'il imagine la voir en tant que telle. Belle même quand il ne voit plus d'espoir au fond de ses pupilles. Belle même quand il arrive plus à y croire et qu'il s'accroche de plus en plus difficilement à la vie et l'envie. Mais sa voix perce le silence, perce ce monde qui s'est foutu entre eux, lentement, doucement. Ses yeux glissent vers la bouche de son amie, à la fois brisée et pleine des rêves qu'il n'a plu. Il a perdu son regard pour retrouver son sourire. Son cœur lui, refuse d'y croire, les battements durs et serrés tentent de ramener le débarqué à la réalité, celle dans laquelle il s'est perdu pendant tant d'années. Mais personne ne peut lutter, pas même son inconscient face à celle qui se trouve enfin en face de lui. Il aurait adoré lui articuler un quoi ? à sa question sur ce qu'il comprend pas. Un quoi qui venait du fond des tripes, de son vrai lui, enterré depuis presque une longue année mais il en est incapable, alors il retrouve ses pupilles fondues dans la nuit. Il retrouve son regard sans plus rien dire, et il l'écoute enfin. Il laisse lentement les briques tomber. Elle lui donne des vérités qu'il a toujours énoncées là haut. Des vérités parfaites sur pourquoi croire en la Terre. Parce qu'elle vit, comme eux. Que parfois elle se perd, comme lui. Et que parfois, elle revit, comme leur amitié. Sa respiration saccadée le laisse malgré tout plus calme, ses côtes encore brûlantes du coup qu'il avait reçu quelques minutes auparavant il n'arrive pas à y croire, il n'arrive pas à comprendre ce qui se passe réellement en cet instant précis. Et pourtant, il le ressent tellement profondément. Il sent sa cage thoracique se dégager d'un poids, il se voit sur cette route qui n'a ni début ni fin, lentement approcher d'une sortie, enfin. Il se voit à travers cette bulle que personne n'arrivait à percer, il se voit plus clairement au fur et à mesure qu'elle parle. Il respire à nouveau, face à sa sœur, qui explose le mur brique par brique, qui lui tend la main là où lui-même n'était pas capable de s'atteindre. Il ferme les yeux alors qu'elle quitte ses yeux. Comme un rêve trop beau, trop dur à croire enfin réalisé.

Persuadé que malgré ses mots elle va quand même partir, sa part sombre tentant comme elle le peut de le tenir, de le tirer vers le bas avant que Murphy ne réussisse complètement à le sortir de là. Mais le problème c'est que même les yeux fermés elle est encore là. Elle n'a pas bougé, toujours à ses côtés. Les mots qui lui prouvent ça lui retourne son cœur déjà mal en point, son cœur qui ne sait plus comment battre, comment faire pour avancer ou y croire encore vraiment, à bout des faux espoirs. Mais il bat, parce que les mots finissent d'éclater tout ce qui les séparaient, parce qu'il était capable d'enfin comprendre ces mots et surtout de les entendre. Parce que ceux là, ils avaient une signification encore plus importante qu'elle ne pouvait l'imaginer. « Toi aussi... » Qu'il murmure douloureusement, trouvant lentement le chemin vers sa lumière, sa seule étoile à lui. Dans sa douleur, il n'ouvre pas les yeux, laisse juste sa tête se tourner face aux étoiles qu'il n'ose même plus regarder ou ne serait-ce qu'affronter. Mais elle ne s'arrête pas là, elle fait plus que percer tous les murs qu'il avait durement bâti, elle l'attrape à pleine main de toutes ces perditions au milieu de rien et elle le sort violemment de toute cette folie dans laquelle il s'était enfermé. Alors elle reparle de pardon et cette fois-là il écoute pour de vrai. Il ne pleure plus et elle non plus. Il sourit même à la remarque sur sa mère. Peut-être qu'elle avait raison au fond, peut-être qu'il cherchait à se faire du mal pour justifier un peu plus son état. S'enfoncer dans son malheur pour boucher toutes les portes de sorties que Murphy avait salement défoncées. « D'accord. » Qu'il murmure même, encore dans la difficulté mais pour lui prouver sa sincérité. Ce merci qu'il ne peut pas lui dire et tout ce qu'il ne peut pas expliquer. Tous les mots qu'il n'a pas su dire et tous les gestes qu'il n'a pas pu faire. Tout ce qu'elle a toujours fait et qu'elle fait encore pour lui. Tout ce qui se cache dans sa tête qui passe au calme après la tempête. Ses tempes le cognent violemment et lorsqu'il ouvre enfin les yeux pour affronter ce Ciel dont ils avaient fait partie, il sent le tout tourner.

Comme s'il avait trop longtemps fermé les yeux, perdu l'équilibre entre temps et manqué d'oxygène tout ce temps. Alors il ravale sa salive difficilement et n'est pas capable de prononcer un mot de plus là où ce serait à lui d'en aligner des milliers. Mais il n'y arrive pas et Murphy, une fois de plus, prend le relais. Dans cet accord silencieux, celui dans lequel elle vient de lui sauver la vie et qu'elle le porte encore à bout de bras pour qu'il ne s’effondre pas alors qu'ils arrivent enfin près des lumières, près d'un espoir nouveau et de tout ce qui a toujours rendu Wyatt vivant. Elle balaye le cyclone, elle balaye tout ce qu'il a pu sortir comme atrocité sur la belle bleue pour lui parler de ses mystères et ses merveilles. Il sourit, parce qu'il les revoit petits. Il se revoit paniquer, à l'idée de jamais frôler l'herbe sèche qu'ils ont sous les pieds et il voit Murphy qui le rassure, encore et toujours. Il se voit lui dire que les paysages sont tous différents et qu'ils ne peuvent pas vivre sans connaître ça. Il se voit lui décrire des images d'archives de montagnes et d'océans qui étaient si loin de la réalité qu'ils avaient finalement foulée. S'il ne répond pas encore, le gamin qu'il redevient enfin sourit. Celui qui a bien trop de rêves pour toute une vie revit. Il écoute encore sa sœur dans un silence qui le régénère un peu, sa voix qui l'apaise enfin, peu à peu. Wyatt respire doucement, enfin presque inaudible tandis que celle à ses côtés lui dit penser être heureuse. Il sent son haussement d'épaule et tourne le regard vers ce sourire dans lequel il ne voit pourtant pas le vrai bonheur. Parce que rien n'est si simple, parce qu'il n'est pas le seul à se perdre dans ses démons, parce qu'il n'est pas le seul à avoir manqué de la moitié de son cerveau ou de son âme selon les traditions. Il n'est pas le seul à avoir perdu une sœur. Alors il se décale lentement dans des grimaces de douleurs qui lui rappellent tout ce temps à être constamment sur les nerfs pour couper la distance entre eux et poser sa tête contre celle de sa sœur perdue.

Les yeux fermé, perdu entre ses cheveux et son épaule, Wyatt sent son cœur battre à travers sa carotide. Il laisse sa main droite quitter sa place pour retrouver celles de Murphy, en dessous de ce dernier. Quelques secondes, juste quelques secondes, il se suffit de ça. De ce silence et de cette proximité. De cette réalité dans laquelle il n'est plus réellement utile de faire un vœu, dans cette réalité dans laquelle tout ce qu'il avait de plus précieux était là, à portée de bras. Et puis il finit par parler, toujours les yeux fermés, toujours en boudant le ciel céleste et ses étoiles qui dansent pour eux. Toujours à en oublier le reste pour ne la voir plus qu'elle, ne l'avoir plus qu'elle. « Je l'ai vue, tu sais. » Ce sont des murmures qui s'échappent de sa bouche, parce qu'il n'a plus vraiment la force de parler, de crier et encore moins de faire semblant. Il lui impose sa fatigue, tous ces mois sans une seconde de répit ou de repos. « J'ai vu la Terre comme elle était. » S'installant un minimum plus confortablement, cherchant à faire taire les douleurs physiques liées à toutes les émotions qu'ils venaient de subir. « Quand on est arrivés... enfin, un peu après, quelque chose comme six mois après, juste à la fin de l'hiver je dirai. Je suis parti tout seul pendant au moins aussi longtemps que le temps qu'on avait passé à pleurer nos morts et rendre ce truc vivable. J'ai visité la Terre en écoutant les conseils des Naoris, je me suis perdu et tellement perdu que j'ai vu l'océan et les montagnes. J'étais tellement émerveillé par tout ce qu'elle renfermait, de la voir enfin en vrai que j'en oubliais de manger, de dormir ou même d'être un minimum vigilant. » Il sourit à ses propres dires. Il n'avait jamais été réellement prudent Wyatt, parce qu'ils n'avaient jamais réellement eu à l'être non plus. Suivre des règles et les appliquer au pied de la lettre ne relève de pas grand chose finalement. Alors Harlan et Rowena avaient tenté de le prévenir, ils avaient tout fait pour calmer ses ardeurs et le prévenir des dangers qu'il pouvait croiser. Vivants ou non. Pourtant il s'en foutait et d'un côté, il s'en fout toujours autant. « Je pense que j'ai failli mourir un bon paquet de fois. » Il dit ça dans une douceur qui en est presque inquiétante alors que sa tête se dégage de celle de son amie pour retrouver le plafond d'étoiles mais sans lâcher leur proximité. Il attrape sa main dans le noir et la guide sur son autre bras, il lui fait remonter ainsi la pire cicatrice qui se trouve sur son corps. Toutes les autres, Nadja a pu faire en sorte qu'elles ne soient pas trop moches mais celles-ci, à part l'engueuler comme le gamin sans limite qu'il avait été, elle n'avait rien pu faire de plus. Pourtant, il sourit lorsqu'il partage ce souvenir avec la seule à qui il a toujours voulu le dire.

« Celle-ci elle date d'avant ma grande expédition. Je suis sûr que tu souviens de ce jour, quand on était gamins, et que je t'ai dit que tous les mecs qui parlaient d'explorations dans les archives avaient des gueules pleines de cicatrices. Et pas de celles qu'on connaissaient. Des trucs un peu moches et pas tellement esthétiques quoi. Bin j'ai compris pourquoi, tu vois. » Il laisse échapper un rire alors que son bras retombe, l'un contre son propre corps et l'autre pour Murphy. « Je me suis vautré salement et j'ai détalé quelques mètres de haut pour finir sur des ronces. J'étais pas fier, putain. C'était la première fois que je partais pour plus d'une journée et j'allais revenir avec une balafre immense. Du coup, par peur que Nadja m'engueule, j'ai allongé mon voyage et je me suis recousu tout seul. » Il marque un temps de pause et il ajoute, dans une moue qui montre une fausse honte et tellement de joie dans ce souvenir. « C'était très moche à voir et Nadja m'en a foutu plein la gueule. Mais j'ai compris ce jour là, pourquoi, pourquoi ces mecs là ils étaient comme ça. Et ça m'a pas empêché de partir pendant la moitié d'une année. » Ce temps tendre où les doutes n'avaient pas traversé son esprit, où le nuage noir ne s'était pas propagé de sa tête à ses veines, de ses veines à son cœur meurtri. Il soupire et alors qu'une comète illumine le ciel qui vacille toujours un peu et que sa voix n'a jamais pu monter en volume depuis qu'il s'est remis à parler, il finit par lui dire, de ce ton plus sincère et brisé qu'il ne le voudrait. « Peut-être que je peux pas te demander de me pardonner mais laisse moi te dire ça, s'il te plaît. » Il se prépare d'avance à se faire couper une millième fois. Sauf que cette fois il veut pas, parce qu'il l'entend et qu'il l'écoute. Qu'il a besoin de lui dire ce qu'il a à dire. « Merci. Merci de jamais avoir baissé les bras, de croire encore en moi. Merci d'être toi, aussi insignifiante que tu penses être, tu m'as sauvé la vie. » Un souffle, qui perce à peine les bruits de la nuit. Juste pour elle, juste à elle. Un truc qu'il ne répétera jamais et qui n'existera que pour ce soir, que pour eux et les comètes qui dansent dans le ciel noir.

Et puis il ferme à nouveau les yeux une seconde, le temps de sortir toutes les pensées de son esprit. Faire le tri entre ce qu'il aimerait dire, ce qu'il aurait du dire et ce qu'il ne devrait pas dire. Et au milieu, il reste les phrases de sa sœur, sa douceur à lui parler de cette Terre avec laquelle il lui a cassé la tête pendant des années. Il reste qu'elle a visité et qu'il n'a jamais trop su toutes ses aventures à elle. Il reste qu'elle a probablement plus vu qu'il ne l'imagine. Entre ça et les informations secrètes, elle menait définitivement une vie un peu secrète. Alors il se la joue un peu taquin, filou et plus malin. Plus léger et plus fin, il exagère son interrogation alors qu'il reprend, les yeux toujours rivés vers le ciel. « Mais dis moi, il semblerait que tu l'aies pas mal visité ma belle planète qui te cassait tellement la tête. La montagne et la plage, carrément ? T'as trouvé quoi sur ton chemin ? Parce que ma Murphy militaire je connais, ma Murphy très aventurière au point de voir ce que peu d'entre nous ont vu, ça me rend curieux... » Il marque une pause, lui jette un regard discret, sachant pertinemment qu'il touche une corde sensible dont elle ne veut pas parler et il reprend. « Non mais après, si t'as pas de belles anecdotes pour moi et que tu les gardes toutes pour un bel inconnu j'comprends tu vois. C'est toi qui vois. » Il ne cherche pas à la mettre en difficulté, loin de là, tout le montre et le laisse ressentir. Parce que ce n'est qu'un frère qui parle à sa sœur. Qui la taquine un peu mais qui veut réellement savoir comment elle, elle l'a perçue, sa Terre. « Ou alors, tu me le caches depuis tout ce temps et tu m'as volé l'amour de ma vie. T'es tombée amoureuse d'elle aussi ? C'est pour ça que tu m'as pas encore traité de fou depuis qu'on est là ? J'suis sûr qu'il y a de ça. » Il se laisse rire à la suite de sa dernière phrase, laissant sa main serrer celle de la brune à ses côtés. Ce geste anodin et qui renforce pourtant tous les mots dits et non dits. Ce geste là, de lui montrer qu'il est là. Et qu'il va tout faire pour la rendre complètement heureuse. Sans haussement d'épaules cette fois. Parce qu'il la lâchera plus. Jamais. Pas jusqu'à ce qu'il arrête de respirer.

Parce qu'elle lui a encore sauvé la vie.

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06/12/2015 Lux Aeterna Nuna Cortez 36215 Sophia Bush Lux Aeterna (vava & sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 1356





❝ What's left to do with these broken pieces on the floor ? ❞
Murphy Cavendish & Wyatt Sheperd
(12 août 2118)


Dès qu'elle avait lâché ses premières confessions, Murphy s'était demandé ce qu'elle faisait. Pas seulement parce qu'elles les savait gauches, mais parce que les réponses qui étaient tombées n'avaient rien de celles qu'elle avait espérées. Mais qu'aurait-elle dû espérer, au juste ? Que pouvait-elle espérer, après tant d'années ? Ils avaient tant à rattraper qu'ils n'étaient plus sûrs d'être sur la même page, avec la drôle de conviction doucereuse qui contredisait cette crainte. Mais quand Wyatt lui racontait Darleen, Murphy perdait de vue cette conviction. Quand il la couvrait de jolis mots inadaptés, Murphy la croyait disparue pour de bon. Dix ans passés éloignés de l'autre; dix ans et une fin de monde, ça laissait des traces. Allongée à côté de lui, elle n'était plus très sûre qu'ils puissent un jour admirer les étoiles comme ils l'avaient tant fait, avant. Le vouloir comme ils le voulaient pourtant tous les deux ne suffisait pas. La violence de Wyatt aurait tout aussi bien pu être physique. Elle l'aurait même préférée, parce que celle-là, elle savait l'amortir. Mais recevoir ce genre de vérités blessait bien plus qu'un uppercut. Il lui semblait qu'une partie de tout ce qu'ils avaient vécu ensemble avait été biaisée. Elle n'avait jamais réalisé à quel point Wyatt avait douté de sa mère, ou à quel point sa mère avait douté de lui. Dans son esprit venaient se greffer d'autres étranges idées; celles que Wyatt avait pu choisir de prendre ses distances avec elle en réalisant le poids qu'elle avait pu devenir dans l'équilibre de sa famille. Elle n'avait jamais souhaité ça. Alors si elle gueulait, Murphy, c'était pour lui faire comprendre qu'elle ne voulait pas de ces responsabilités retardataires. Il était trop tard pour s'expliquer avec Darleen, mais il était encore temps de faire taire Wyatt et de tenter de lui remettre les idées en place.

Mais ce n'était pas elle qui remettait ses idées en place, c'était l'inverse. Et c'était au tour de Wyatt de crier et de devenir quelqu'un qu'elle n'avait que rarement côtoyé. Autant de peine, de défi et d'acharnement pour un seul homme, c'était trop. Ce qu'il disait et répétait, pourtant, l'abordait d'une toute autre façon. Au milieu de tout ce qu'elle ne voulait pas entendre se cachaient de jolies choses, et c'est à elle que Murphy s'accrocha. Parce que c'était peut-être à ces gestes que tenaient leurs retrouvailles. Elle n'avait pas laissé sa peur parler plus tôt; il était hors de question de laisser sa colère la remplacer. Cette dernière naissait de drôles de sentiments, à commencer par une culpabilité dont elle avait toujours évité de croiser le chemin. Wyatt n'était pas le seul à payer pour elle l'affront de la culpabilité. Quand Faust avait disparu, elle avait balancé des mélanges déséquilibrés de colère, d'obstination et de désespoir au visage de ceux qui l'avaient épaulée. Exprimer la profondeur de son désarroi lui avait pris du temps. Ca avait à peine apaisé sa douleur. Si Murphy avait été avec elle, ce jour-là ? Si elle ne l'avait pas engueulée ? Si les tours de garde avaient été différents ? Dans sa tête, elle n'avait eu de cesse de refaire l'histoire. Dans son cœur, elle avait rêvé à tous ces multiverses dans lesquels Faust était encore vivante; ou peut-être, c'était elle qui était partie. Faust ne méritait que de vivre cette douleur-là à sa place, voilà ce qu'elle avait pensé trop de froid. Ce n'était pas celui qui partait qu'il fallait plaindre, c'était celui qui restait. Mais réécrire l'histoire ne changeait rien. Elle n'avait pas été là, elle n'avait pas fait ce qu'elle aurait dû faire -peu importe ce que ça pouvait être. Et cette culpabilité était mieux cachée dans les tréfonds de son esprit, sous une couche respectable de déni. Dans le discours de Wyatt, elle en voyait naître une cousine. Murphy ne voulait pas être celle qui avait séparé les parents de leur enfants. Peu importe la signification qu'il ait voulu donner à cet aveu, Murphy ne voulait pas être cet idéal aux yeux de la regrettée Darleen. Et il lui semblait subitement que certaines choses lui avaient été tues à l'époque. Elle n'était pas bête, pourtant; les parents de Wyatt avait été loin d'être les seuls à suggérer l'idée qu'ils puissent être ou devenir plus que des amis. Mais Murphy ne s'en était jamais formalisée. Avec Wyatt, ils en riaient. Parfois, ils en jouaient un peur aussi. Mais elle avait toujours été sincère avec Darleen et Kenny. Elle les aimait trop pour ça. Si la première avait eu tenu son discours à son propre fils, peut-être qu'elle ne l'avait pas si bien connue. Mais Murphy voulait croire qu'il s'agissait d'amalgames maladroits, d'interprétation ou d'incompréhension; c'était sa façon de se débarasser de cette nouvelle culpabilité. Elle l'avait vue tant de fois, Darleen, entre quatre yeux. Elle l'avait trop connue pour que cet amour inconditionnel que Wyatt décrivait à son égard lui échappe. Elle s'était bien immiscée dans leur relation, plusieurs fois, en glissant aux deux jeunes gens qu'ils étaient mignons, ensemble, ou en rattrapant Murphy quand elle avait compris que tout foutait doucement le camp. Mais elle n'avait pas compris que leur relation n'appartenait qu'à eux. Elle n'avait jamais appartenu à ceux qui se les étaient imaginés mariés quelques années plus tard, ou à ceux qui avaient moqué le rapprochement de tels antagonistes. Ce que ces gens là n'avaient jamais compris, c'est qu'ils étaient frère et soeur, et qu'un frère et une soeur n'avaient pas besoin de ces sottises que font les adultes pour s'aimer. Ce qu'ils n'avaient jamais compris, c'est que si leurs points communs les avaient rapprochés, leurs différences avaient scellé leur amitié avec une force dont elles seules étaient capables. Mais les années avaient laissé filer ce lien entre leurs doigts, et même les appels attristés d'une mère n'avaient pas convaincu Murphy. Même les réflexions nostalgiques d'Ofelia n'avaient pas sauvé leur amitié. Et maintenant, dix ans plus tard, que restait-il d'eux ? Toutes ces années, la brune avait voulu se convaincre que les choses étaient restée intactes, comme cryogénisées, et qu'il suffirait de leur apporter une nouvelle étincelle pour qu'elles s'éveillent à nouveau, s'épanouissent comme avant.

Mais le premier contact depuis dix ans était violent. Bien plus violent que leur amitié ne l'avait jamais été. Parce qu'il fallait se synchroniser à nouveau, peut-être; ou parce que la cryogénisation n'était qu'un fantasme de scientifiques un peu fous, et que ce qui restait de leur relation s'était progressivement effrité pour définitivement disparaître sans ne laisser d'autres traces que quelques regrets de grands enfants.

Sa colère, à Murphy, était dirigée autant contre Wyatt que contre elle-même. D'avoir cru à l'impossible, espéré qu'il l'avait attendue, tout ce temps, comme elle l'avait attendu, la gamine. Et si elle lui tournait le dos, c'était pour ne pas voir son cœur se briser dans le reflet de ses prunelles foncées. Mais les mots de Wyatt, eux, faisaient leur bout de chemin dans sa carcasse. Les dernières et vives remontrances avaient laissé place à un silence presque religieux. On ne savait plus qui encaissait les mots de l'autre.

Ce n'était pas elle qu'il avait perdu, c'était lui-même. Et c'était encore pire.

Elle lui en voulait de ne pas avoir été là, parce qu'elle en voulait trop au monde pour ne s'en vouloir qu'à elle-même. Il avait tant rêvé de la Terre, là-haut, et elle l'avait tant écouté en parler. C'était peut-être ça, le vrai amour. C'était peut-être ça, un vrai cœur brisé. On arrachait à un être ce qui comptait le plus, et l'être n'était plus. C'était peut-être ce qui manquait à Wyatt, maintenant, le morceau de cœur qui lui avait été si violemment arraché par la planète. C'était peut-être lui manquait à leur connexion, qui rendait les retrouvailles si difficiles et si compliquées. Mais un cœur mis à nu, dans toutes ses blessures et ses cicatrices, était peut-être ce qui avait manqué. Le Wyatt qui rêvait devant les hauts hublots de la station spatiale n'était plus tout à fait; et pourtant, il était complètement. L'amour qu'on lui avait arraché faisait si mal parce qu'il avait tant aimé. Celui qui se tenait devant elle était son Wyatt, abîmé par le temps, par les accidents, par les expériences. Mais ce rêve qui avait couru dans son regard s'était éteint, et avec lui, une étincelle de jeunesse avait péri. Ca faisait mal de réaliser le poids des années. Ca faisait mal de réaliser tout ce qu'elles lui avaient fait subir, tout ce pour quoi elle n'avait pas été là. Elle se demandait si elle aussi avait perdu quelque chose de sa jeunesse, de ses rêves, de sa détermination. Avait-elle jamais seulement rêvé comme lui ?

Doucement, insidieusement, c'est le chagrin qui s'installa sur sa poitrine pour l'écraser de tout son poids. Elle ne criait plus; ne pleurait plus non plus. Elle regorgeait d'une énergie nouvelle, comme si elle se réveillait d'une torpeur trop longue. Murphy était une rêveuse, mais elle rêvait à sa manière. Elle rêvait de grandes choses inexplicables et de petits gestes. Elle rêvait du bonheur des siens, d'une caresse réconfortante sur la joue de celui qui en avait besoin, de sourires tendres et de mains entrelacées. Elle rêvait d'avenir, parfois; souvent, même. En arrivant sur cette planète qui n'avait rien du bleu qu'ils avaient tant admiré là-haut, elle avait cru voir périr tout ce qui l'avait toujours caractérisée. Mais elle s'en était étonnée, de son acharnement. On n’éteignait pas sa hargne et sa ferveur comme ça. L'instinct le plus primaire de survie avait progressivement laissé place à cette ténacité qui lui avait toujours autant valu de critiques que d'encensements. Murphy regardait Wyatt, qui regardait les étoiles. Il fallait qu'il comprenne, qu'il ouvre les yeux, qu'il laisse derrière lui tout ce qui le retenait en arrière avec une telle haine. Les rêves qu'il croyait détruits ne l'étaient pas. Mais comment accepter que ses plus grands rêves puissent changer aussi brutalement ?

Leur atterrissage ici avait été une catastrophe. A ceux qui n'avaient pas péri dans la chute était réservée une lutte plus cruelle encore : celle de la survie. Peut-être qu'il aurait plus doux d'y échapper, peut-être qu'il aurait été plus confortable de ne pas être confronté à ce monde qu'ils n'avaient eu d'autre choix que de faire le leur. Même les plus informés, même les plus cultivés, même les plus curieux n'avaient pas pu imaginer ce que renfermaient les continents et les grands océans. Baigner dans les fables du passé n'avait permis que de tisser quelques trames d'idées, mais ils s'en étaient vite rendu compte : imaginer le monde d'en bas et en fouler le sol, c'était deux expériences radicalement opposées. Quand Murphy s'était extirpée de la carcasse de leur Odyssée, c'était l'air qui l'avait marquée. Il avait quelque chose de différent, ici, l'air. Il volait, il était libre, et cette affranchissement l'avait effrayée. Et si chaque respiration la tuait à petit feu ? Et si elle était en train de vivre ses derniers instants, ses dernières heures, ses derniers jours ? Ces premières peurs balayées par le temps, un tas d'autres venaient s'accumuler. S'adapter ou mourir. On se demandait parfois pourquoi on devrait s'adapter; après tout, ce n'était pas notre monde. On n'y était pas né et on n'en savait pas grand chose que ce que les écrits embarqués par les générations précédentes en avaient décrit, ce que le bouche à oreilles en avait déformé. Tout était une menace, ici. Mais tout était une menace jusqu'à ce qu'on en apprenne ce qu'il y avait à en savoir. L'air n'atrophiait pas les poumons, ne brûlait pas la peau. Les brumes n'avalaient pas la vie. Les animaux n'étaient pas tous affamés de leur chair, les plantes pas toutes disposées à leur faire voir des choses qui n'étaient pas. Ce monde était un monde de contrastes à découvrir. Survivre n'était pas une raison suffisante de s'adapter. S'adapter, c'était pour vivre, pour reconstruire, pour devenir un citoyen de cette Terre à part entière. Ca prendrait peut-être plus d'une génération; peut-être que Murphy ne vivrait pas pour voir ce fou rêve prendre vie, mais elle voulait être de ceux qui en avaient planté les premières graines. Tous les jours, la trouille dansait autour de l'émerveillement. Des fois, c'était elle qui gagnait et laissait Murphy à genoux. Ce monde lui avait trop pris pour qu'elle veuille lui en donner plus. Sa mère, et puis Faust, et puis le tremblement de terre, et puis son traumatisme crânien, et puis le cyclone. Mais la majorité du temps, c'était la détermination qui abreuvait son sang de Céleste. Ce qui était passé était passé, ce sur quoi on n'avait pas de pouvoir ne pouvait être changé. Toutes les variables sur lesquelles on avait un pouvoir; c'était sur elles qu'il fallait agir. Quitter leur campement précaire où baignaient trop de mauvais souvenirs, s'installer dans un village où tout était à construire, pour de vrai, pour les années, les décennies et les générations à venir. S'il fallait une raison de continuer, alors il y avait Astrae. Quand elle l'avait prise dans ses bras la toute première fois, Murphy avait compris que leur avenir prévalait sur tout le reste. Pour sa filleule, elle traverserait le monde, construirait un univers de ses seules mains. Il y avait tout à reconstruire, aussi. Oublier la vie stellaire n'était pas une mince affaire, mais il semblait à Murphy qu'elle quittait peu à peu ses veines. Il lui arrivait parfois de se demander comme ils avaient pu vivre enfermés pendant si longtemps; la force de l'habitude, sans doute. Ils avaient oublié l'air frais et les vents, le rythme du Soleil et de la Lune, la pluie, les montagnes et les océans.

C'était avec Wyatt qu'elle avait compris que la Terre n'était pas un de ces mondes lointains, flous et inaccessibles. C'était avec lui qu'elle avait réellement compris leur attachement à tous à cette planète qui les avait vu naître. Il aimait la Dame Bleue parce qu'elle était leur première maison et leur vraie maison. Pour lui, elle avait toujours été une finalité. Quand Murphy rêvait à ses étoiles, qu'elle se perdait dans les cartes de constellations qui s'enchaînaient sous son regard au rythme de rotation de leur Odyssée, c'était à l'inconnu qu'elle rêvait. Elle rêvait d'exploration, de grandes découvertes, de révélations, de nouveaux mondes. Elle rêvait à tout ce sur quoi l'Homme n'avait pas encore posé le pied. Mais quand Wyatt regardait la Terre avec cette tendresse amoureuse, c'était leur foyer, qu'il voyait. Leur mère à tous, celle qu'ils avaient exploitée jusqu'à ce que ce qu'elle les rejette, le temps qu'ils retrouvent leur esprit. Lui, il avait toujours compris la nocivité de relation parasitaire que leurs ancêtres avaient établi avec elle. Ils était né avec la conviction que c'était une symbiose qu'il fallait trouver, et qu'il ferait partie de ceux à l'atteindre. Il voulait faire la connaissance de leur mère nature, il voulait se faire pardonner pour tous ceux qui l'avaient tant maltraitée. Il voulait être celui qui tendrait la main vers elle pour lui expliquer toute la leçon qu'il avait retenue des conneries de leurs ancêtres.

Mais la confrontation des rêves et de la réalité était souvent douloureuse. L'imagination transforme le raisonnable en des fantasmes inaltérables. Lorsque la réalité les rattrape et que les mondes s'entrechoquent, les retombées sont dévastatrices. Mais la Terre, comme tout l'univers, ne se résumait pas à ses accès de colère. Dans le vide interstellaire, les atomes les plus précieux naissaient des plus grandes fins : celles des étoiles. La violence faisait partie de cette infiniment complexe équation qui dirigeait le cosmos. Mais si elle existait, alors son opposé existait aussi. Comme protons et électrons, comme cations et anions, comme Soleil et Lune, la destruction n'allait pas sans la naissance. La violence n'allait pas sans la douceur; la déception sans l'espoir. Parfois, une part de l'équation s'enfonçait dans l'obscurité, au point que vous oubliiez jusqu'à son existence. C'était peut-être pour ça qu'ils avaient trouvé le chemin l'un de l'autre ce soir. Ce n'était pas la fatalité qui jouait son rôle déshumanisant, c'était le hasard qui leur donnait un coup de pouce; qui leur rappelait que l'un avec l'autre, ils étaient plus forts.

Le rejet et la frustration avaient laissé place à une tendre douceur, de celles que l'on réserve à ceux qui caressent le cœur et s'y infiltrent. Etre persuadé qu'on n'était rien d'autre dans cet univers que des poussières insignifiantes n'appelait pas le désespoir. Ca appelait au combat. Et Murphy, en le forçant à la regarder, cherchait à réanimer cette flamme dans les prunelles de celui qui s'était désintégré sous son regard. Ca prendrait peut-être des années de se relever de telles déceptions, mais elle ne comptait pas partir. Si elle voulait le contaminer, ce serait de cette foi inébranlable en eux-mêmes, en leurs capacités et en toute la générosité dont était capable la Terre malgré ses quelques accès de colère.

Mais c'était encore dans sa propre intimité que Murphy savait le mieux trouver ses mots. En regardant les lumières stellaires, elle n'avait plus à redouter de trouver l'incompréhension dans le regard de Wyatt. Parce que si sa vérité ne trouvait sa cible, alors peut-être que la distance était devenue infranchissable. Le silence à peine entrecoupé de quelques mots du biologiste remplaçait les cris de plus tôt, répondait à ses inquiétudes de la plus douce des façons. Ce silence, elle n'avait pas besoin de le soupeser pour le comprendre. C'était un de ces silences paisibles que seuls ceux qui se connaissent par cœur savent décrypter. Les éclats des étoiles, là-haut, sur leur toile d'encre, devenaient un peu plus floues. Un voile translucide recouvrait ses iris; quelques frêles larmes émues qui accompagnaient les souvenirs de ce qu'elle avait déjà vécu, ici. Peut-être que c'était ça, le bonheur : retrouver dans ses souvenirs de quoi verser quelques larmes heureuses et croire à un avenir capable de coller des frissons d'excitation. Elle sentit le visage de Wyatt se nicher dans le creux de son cou et ses doigts trouver les siens, encore logés sous sa poitrine. Son souffle caressait doucement sa peau fine et pendant une seconde douloureuse, elle pensa au dernier homme qui avait trouvé un foyer si près sa jugulaire. Son palpitant s'emporta pendant quelques secondes avant de se laisser rattraper par la quiétude de l'instant. A son tour, elle laissa ses doigts fins serrer ceux de Wyatt. Et lorsque sa voix douce surgit contre la peau de la militaire, les lèvres de Murphy s'entrouvrirent à nouveau, comme pour mieux respirer, comme pour mieux accueillir les expériences et aventures qu'elle n'avait pas vécues à ses côtés.

Et quelles aventures.

Les révélations de Wyatt lui collèrent un frisson. Il avait été si loin d'elle pendant si longtemps, et elle ne s'en était pas rendu compte. Et elle n'avait pas été avec lui. Violemment, sans aucune indulgence, elle se prenait en pleine gueule la perspective d'avoir manqué de le perdre, lui aussi. Combien de temps lui aurait-il seulement fallu pour s'en rendre compte ? L'épaule sur laquelle il s'était posé se contracta malgré elle et elle tourna la tête vers les grillons pour cacher toute la marée de sentiments qui accompagnait les aveux de Wyatt. Il avait tant vécu, sans elle; tant perdu, aussi. Mais elle panserait ses blessures, s'il la laissait faire. « Crétin. » L'insulte, un peu sèche, totalement impulsive, suivit la confession de Wyatt dans la seconde. Il avait failli crever un bon paquet de fois. Crétin. Et sans qu'elle ne comprenne sur immédiatement, elle était en train de sentir les restes de ces fins qu'il avait frôlées. Ses doigts frôlèrent à peine le volume de la cicatrice avant de s'en éloigner, à la fois surpris et effarés. Le regard de la brune cherchait à associer la vue au toucher, mais le bras était trop loin et l'obscurité trop opaque. Hésitante, elle laissa la pulpe de ses doigts délicatement retrouver la marque épaisse. « Crétin » répéta-t-elle après qu'il eût conté l'histoire de la naissance de la balafre. « C'est encore pire de manquer de crever que d'aller demander l'aide de Nadja. » Elle laissa le bras de Wyatt et lui donna un violent coup dans l'épaule. « Espèce de con ! » Il avait préféré se rafistoler lui-même sans savoir ce qu'il faisait que de jouer la carte de la sécurité et de trouver Nadja, ou Adelaide. Ou n'importe qui avec un minimum d'expérience médicale. Il avait préféré prendre le risque de ne plus jamais la revoir que d'affronter la déception d'une première sortie à travers le regard d'un médecin.

Dans un soupir encore un brin rancunier, elle l'écouta reprendre la parole. Une comète venait d'illuminer le ciel, une fois encore, et Murphy arrivait à cours de vœux. « N'importe quoi. Je te sauverai la vie le jour où t'auras besoin de soins et que je te traînerai de force à l'infirmerie. » Mais c'était doux, d'être accepté comme lui seul l'avait jamais réellement acceptée, sans être remise en cause, sans être jugée. Même après des années, la première chose qu'il lui répétait encore et encore, c'était tout ce qu'elle représentait à ses yeux, et toute la valeur qu'elle avait à ses yeux. C'était seulement en réceptionnant ces beaux hommages que Murphy réalisait à quel point ce genre d'approbations avait pu lui manquer. A force de vouloir convaincre les autres de ses mérites, elle n'avait eu d'autre choix que de se considérer elle-même convaincue. Les autres nous voient à travers le prisme du regard que l'on porte sur soi-même, voilà ce dont elle avait été consciente très tôt. Il fallait qu'elle entende quelqu'un d'autre prendre le relais pour réaliser tout le nuage de doutes qui l'accompagnait constamment.

Elle jeta un coup d'oeil bref à Wyatt, les sourcils froncés, avant de laisser à nouveau son regard retrouver leur monde d'autrefois. Elle ne comprenait pas tellement où il voulait en venir, avec ce ton de celui qui avait deviné des secrets intéressants à déterrer. Sa curiosité l'étonnait-elle ? « Ca fait partie de mon job... » La réponse n'en était qu'à moitié une. Ne se souvenait-il pas de son esprit explorateur ? Elle ne rêvait pas de cicatrices et aux aventures, là-haut. Elle ne lisait les écrits que d'un œil, n'écoutait les histoires que d'une oreille. Elle, ses grands rêves, c'était d'explorer. Elle se moquait de comment le faire; elle voulait juste bien le faire. Et si Faust avait été la première à la forcer à explorer plus que le raisonnable, c'était sa seule volonté qui la guidait encore régulièrement au-delà des frontières habituelles. Mais il suffit de quelques mots pour qu'elle comprenne qu'il avait une idée en tête, Wyatt. Peut-être qu'il la connaissait toujours, peut-être qu'il la connaissait mieux qu'elle se connaissait elle-même. Elle lui jeta plusieurs très brefs regards, comme si elle cherchait à prendre la température. Qu'est-ce qui avait pu trahir la présence d'un bel inconnu dans sa vie. Malgré elle, elle lâcha la main de Wyatt pour retrouver la chaîne accrochée à son cou, les deux anneaux et le fermoir d'améthyste qui avait glissé entre ses clavicules. « L'amour de ta vie ? Qui ça, moi ? » Le visage en feu, elle avait attrapé la perche plus que bienvenue qu'il lui avait tendue. Un peu perdue dans ses pensées, elle tourna la tête vers lui, un petit sourire crispé figé sur ses lèvres. Il était quand même plus beau quand il riait, Wyatt. Et son cœur à elle battait la chamade à l'idée qu'il puisse avoir deviné l'une des raisons qui la poussaient à explorer le monde extérieur. Et elle sentait les battements irradier sous sa main gauche, restée posée sur son sternum. « Je sais pas ce que c'est, l'amour d'une vie. » Ses prunelles hâtives, inquisitrices, détaillaient le visage de son ami à la recherche d'une réponse à ses questions, à la recherche d'une réaction à ce qu'elle considérait être un premier pas vers une confession, quelle qu'elle soit. « C'est con mais j'ai le vertige. On se serait pas douté que ça existait, là-haut, hein ? » Elle eut un sourire crispé et soupira, mal à l'aise, les doigts toujours nerveusement emmêlés dans la chaîne qui portait un petit bout d'Ofelia, un petit bout de Faust, et un petit bout d'Isdès. « Mais les montagnes, je les aime quand même. Et quand je suis là-bas, je crois que c'est un morceau de mon bonheur. » Elle glissa sur le côté pour faire face à Wyatt, un bras lâchement abandonné sur sa taille, et l'autre soutenant sa tête. « Moi j'ai pas de cicatrices, mais j'ai merdé, dehors, aussi. Et je suis contente d'avoir merdé ce jour-là. » Parce qu'elle n'avait pas été seule. Parce qu'elle était tombée inconsciente sous le regard d'un homme qui n'avait plus réussi à échapper au sien. Elle en avait payé le prix fort pendant de longs mois, consignée aux tâches les plus basiques de ses fonctions par Nadja, inquiète du traumatisme crânien qui avait résulté de l'incident; mais elle se souvenait de cette journée d'hiver comme le début de grandes choses, peu importe ce qu'elles avaient pu devenir ensuite, peu importe ce qu'elles pourraient devenir demain. « J'ai pas oublié le tremblement de terre ou le cyclone. J'ai pas oublié ma mère ou la tienne, et j'ai pas oublié Faust non plus. J'y pense tous les jours. Ca fait partie de moi, mais ça doit pas nous définir. Tu sais, je sais que l'amour de ta vie, c'est pas moi », rit-elle pour contraster avec le sérieux de ce qu'elle essayait de dire. « Et tu l'aimes encore, alors donne-lui une autre chance. »

Spoiler:
 

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01/08/2018 Totoro's Child. TC Jones. 355 Rami Malek Ma Reine d'amour ♥ - imaginarium - ariana grande, breathin Conseiller Odysséen. - Botanique & Zoologie. Dana 779
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L'éloignement est quelque chose de cruel et inexplicable. Il ya tellement de formes d'éloignement que personne ne peut décrire les dégâts des retrouvailles. Dans les histoires et les légendes, dans un passé lointain et romancé on raconte toujours que les retrouvailles sont la plus belle chose au monde. Que lorsqu'un être nous a trop manqué, on se sent vivant quand on le retrouve. Le problème étant que personne n'a jamais dit à quel point il pouvait être douloureux d'être à nouveau vivant. Personne n'a pris la peine de laisser une note et de dire aux gens de se préparer aux coups, à la violence et au souffle qui se coupe. Le manque de sentiments et la solitudes ne sont que de vieilles amies, on s'habitue à tout, même au pire. Et une fois dans le confort de son inconfort, on ose plus bouger, plus sortir. On a peur du mieux, peur de cette vie qui pourrait s'avérer plus belle que de la simple survie. Alors on reste caché, parmi la noirceur et ses propres peurs. On s'enferme dans un monde et on pose des briques pour être sûr que personne ne nous sauve. Ce petit quelque chose qui répète encore et toujours que lorsqu'on s'enterre tout seul c'est pour que personne ne le fasse à notre place. La lâcheté pure et dure de l'être humain, celle qui a détruit la Terre et qui la détruira s'ils ne se réveillent pas tous en même temps. Des zombies stupides qui font encore et encore les mêmes erreurs et à leur tête, le plus idiot de tous.

Wyatt a toujours prétendu comprendre, il a tellement lu, tellement appris. Il a touché les centimètres précieux de Terre entre ses doigts fins. Il a passé son temps à hurler au scandale sur sa propre race, se détacher de leurs idioties et leurs pensées. Il ne sera pas comme eux, qu'il se dit et se répète, il ne l'a jamais été. Et pourtant, il est tout sauf différent. Un idiot parmi les idiots. Celui qui s'est enfermé dans sa lâcheté depuis bien avant qu'ils s'écrasent sur la Terre et toutes les fractures ouvertes. Le brun n'a jamais valu mieux que les autres et en découvrant que la Planète était capable de commettre des erreurs il a fait la plus grosse de sa triste vie. Ne plus essayer. Ne plus essayer d'être mieux, de faire mieux. Ne plus essayer de convaincre le monde et de se battre pour ses idées contre vents et marées. Il a baissé les bras et rajouté des briques, il s'est foutu en vrac et s'est laissé convaincre par le confort de ses propres briques. Pourtant, aujourd'hui face à Murphy, il réalise qu'il n'a pas fait mieux, qu'il a fait pire que tous ceux qu'il a renié d'une force et d'une vaillance sans pareil. Il réalise qu'il s'est contenté de catastrophes quand il aurait pu voir le soleil à travers les nuages. Il s'est contenté de la solitude pour ne pas avoir à s'excuser. Et lorsqu'il le fait, lorsqu'il déplace les briques pour respirer à nouveau, vivre pour de vrai, ne plus être un zombie, il a du mal à tenir l'oxygène dans ses poumons. Parce que vivre est plus douloureux que survivre. Parce qu'y croire c'est plus dur que d'abandonner. Parce que ne pas lâcher, rester et faire face est plus violent que faire demi-tour. Parce que la peur d'avoir tout gâcher et plus facile à accepter que prendre le risque de rendre cette peur vraie. Alors il a mal quand il parle, il a mal quand elle parle. Tout lui fait mal parce que tout lui rappelle une vie dans laquelle la solitude n'avait pas de place, dans laquelle il existait pour ce qu'il était et il la voyait pour ce qu'elle était. Il a peur de louper sa dernière chance, de se planter un couteau dans ce cœur qu'il prétend plus ou moins mort. Mais il s'habitue, au fond, il s'habitue à cette douleur de vivre, aux peurs qui reviennent et la solitude qui le quitte. Il s'habitue à parler à travers les cicatrices et la douleur, il arrive à maîtriser sa voix au fur et à mesure, contrer les peurs et se convaincre que c'était une bonne idée. Y a que comme ça que ça peut marcher, y a que comme ça qu'il peut continuer.

Et puis il se met à parler de cette vie, cette bulle un peu irréelle du rêve devenu vrai. De cette violence là, celle d'un rêve qui devient autre chose que de l'imaginaire. Il avait les montagnes et leurs dangers, la mer et ses monstres cachés. Il avait son imagination qui devenait image, et en en parlant il se souvient du sentiment de plénitude qui l'envahissait, parce que c'était ça, la vraie vie. Celle qui n'a duré que quelques temps, qui s'est vue happée par la débilité et la lâcheté. La vie qui lui a valu des cicatrices physiques là où celle d'avant lui avait valu des cicatrices mentales, la vie qui tâche et qui fait mal, qui use et qui fatigue. Celle qui fait battre le cœur de tous les Hommes qui ont survécu ici, celle qui fait la différence entre ceux qui fuient et ceux qui restent. Et Wyatt ne veut plus partir, et surtout ne plus fuir sa sœur. Il veut l'affronter, quelqu'en soit le prix, quelque soit la douleur. Il a besoin d'elle pour passer de la survie à la vie, du bonheur qui traverse un rayon de temps à autres à un bonheur qui plane au dessus d'une vie. Il a besoin d'elle parmi tous les autres parce qu'elle est la seule capable de le voir suffisamment pour le rendre vivant. Il sent l'épaule de la militaire se contracter sous ses mots, sous la dureté qu'impliquent ses propos. Il a frôlé la mort tellement de fois et aucune fois il n'a pensé en revenant à la prendre dans ses bras, juste au cas où il n'y ait pas de prochaine fois. Mais l'heure n'est plus aux regrets, encore moins aux remords. Wyatt doit avancer, continuer et tirer sa sœur avec lui, lui prendre la main et ne pas lui laisser le choix, les mettre sur un pied d'égalité pour reprendre la course de la vie, celle qui s'était violemment arrêtée. Il l'entend l'insulter, glisse un sourire un peu discret au milieu des mots, elle n'a pas tort. C'est stupide, il l'est, l'a toujours été. Les doigts de Murphy frôlent sa peau matraquée et elle a des réflexes de recul, de réalisation de tous ces mois sans se parler, à simplement se croiser. Il ne dit rien, la laisse aller à son rythme alors qu'il la sent hésitante mais qu'il continue, parce qu'il a besoin de le dire et qu'elle doit le savoir. Que ce soit beau ou non, que ce soit dur ou non. Le conseiller laisse un soupir un peu rieur accompagner la phrase de la brune sur l'aide de Nadja, elle n'avait pas tort et il l'avait un peu appris à ses dépends. Des jours et des jours à se battre pour qu'il finisse par l'écouter, pour qu'il donne un poids à sa vie et qu'il ne fasse plus comme si lui seul comptait.

Le coup qui accompagne les mots lui fait serrer les mâchoires. L'écho des phalanges rappellent au brun qu'elle a toujours et aura toujours le dessus sur lui. Son épaule le cogne et donne compagnie à ses côtes, précédemment victimes des mêmes os un peu trop durs à son goût. Mais il ne relève pas, se mord la lèvre pour éviter de jurer et la laisse placer l'insulte à sa place. Elle a raison, une fois de plus, parce qu'il n'a pensé qu'à lui, qu'il n'a jamais été lui dire et la prendre dans ses bras en lui disant qu'il était désolé, qu'il regrettait et qu'elle lui manquait. Mais Wyatt n'a jamais eu ce genre d'instinct de survie, il n'a jamais mesuré la violence de ses actes. Sans les Naoris il serait déjà mort et il le sait alors il encaisse, comme elle aurait du le faire si ça avait été l'inverse. Parce qu'il le sait, si Murphy lui racontait ce qu'il lui raconte il en serait malade, malade d'avoir failli la perdre sans même le savoir, malade de ne pas avoir été là pour la rattraper quand elle était au plus bas. Donc il reprend, ne perd pas le fil de sa pensée et continue, il lui étale tout ce qu'il a à lui dire avant que ce soit trop tard, avant la fois de trop, celle dont un des deux ne reviendra pas. Alors il lui dit merci, ce merci qui vient du cœur et qui vaut plus que tous les pardons. Merci de la violence de ses mots et de ses coups. Merci d'être comme elle est et de ne jamais avoir réellement changé. Merci d'être sa sœur malgré toutes ses années, son encre dans une vie qu'il n'a plus vraiment compris. Merci de faire tout ce qu'elle fait et d'être tout ce qu'elle est. Alors qu'elle, elle lui répond qu'elle ne l'a pas fait, pas de la manière la plus primaire du terme et lui, il sourit, comme un idiot un peu heureux. Parce qu'elle a fait bien plus que le traîner de force à l'infirmerie, elle l'a traîné de force hors de sa propre tête, et ça, personne n'a réussi. Pas même Rürik et sa tendresse, pas même Mila et sa passion acharnée pour la belle bleue. Personne n'a réussi à virer les démons de son cœur à grands coups comme elle le fait. Parce que personne ne le connaît comme elle le connaît.

Et puis, il renverse la balance. Il s'éloigne des maux pour trouver les mots. Il essaie de contenir la violence de toute cette vie pour retrouver l'innocence dans laquelle ils s'étaient quittés. Les deux pieds dans le plat, une subtilité envolée très loin, Wyatt taquine la brune à ses côtés sans pour autant la pousser sous les roues du camion. Il lui offre des portes de sorties par milliers, s'il ne peut s'empêcher une certaine curiosité en vue de ce qu'il sait il refuse de faire une erreur et de la brusquer. Il refuse d'être celui qui ne laisse aucun choix, parce qu'entre eux ça n'a jamais été comme ça. Mais il ne peut s'empêcher de laisser un petit rire s'échapper de ses lèvres lorsqu'elle dit que ça fait partie de son job. À d'autres, qu'il se dit sans le dire. Parce que c'est une belle connerie de se cacher derrière cette excuse là mais bon, après tout, il ne lui forcera pas la main. Le débarqué sent les regards de son alliée se poser furtivement sur lui, cherchant à peser la tension et le poids de ce qui se passe en cet instant. Ce poids inexistant qu'il refuse de lui mettre sur les épaules. Leurs mains se lâchent et Wyatt dépose cette dernière derrière sa propre tête. Si le contact physique avec Murphy depuis ces longues minutes était apaisant, le fait de ne plus en avoir besoin pour savoir qu'elle ne va pas bouger et rester là l'est encore plus. Pour la première fois depuis les premiers mots qu'il a prononcés il se sent un peu en sécurité. Beaucoup moins sur la sellette à risquer de la voir disparaître entre ses doigts. Cette fois, il est presque sûr qu'elle va rester et qu'elle ne va pas le planter là. Pas ce soir, pas demain non plus.

La confiance s'installe doucement alors qu'elle lui lance une de ses plus belles réparties, comme à son habitude. Il ne retient pas son rire et lui répond directement, sur un ton rieur. « Tu le sais bien, t'es la seule femme de ma vie. » Et puis son visage se perd dans celui de celle qui semble renfermer plus d'un secret qu'elle n'est pas prête à avouer. Si Murphy ne peut pas lui dire tout ce qu'elle cache, Wyatt lui, lui offre un sourire qui lui dit qu'elle n'a pas à le faire, qu'il n'attend pas tout ça, pas ce soir en tous cas. Mais elle devient un peu plus sérieuse, sans que ce ne soit aussi dur qu'avant. Parce que c'est une question qui n'a rien à voir avec la Terre ou leur venue ici. Une question qui les dépasse tous les deux, là haut ou ici. Il hausse les épaules de manière imperceptibles. Le sait-il, lui, ce que c'est que l'amour de toute une vie ? Il n'en est pas vraiment sûr, alors il la laisse parler, ne dit rien sur l'instant. Et puis elle dévie le sujet, elle se met à l'aise et comme ils le font finalement depuis toujours instaure cet équilibre entre vérité qui fait trop mal et réalité un peu trop douce. Il sourit, il avait lu des choses sur certaines phobies, des choses qui étaient impossibles pour eux pendant tellement temps dans leur vie. Alors il lui dit, presque directement. « Peut-être qu'on a trop regardé en bas, là haut, alors notre cerveau ne sait plus regarder des distances réelles et palpables. » Une explication un peu bête mais à laquelle il avait songé dans les premiers passages en hauteur. Ils avaient vécu leur vie plus haut que personne ne l'avait jamais fait mais chez eux, le risque de chute n'existait pas. Lorsqu'ils étaient collés aux hublots et qu'ils voyaient le vide, ils n'imaginaient pas tomber, s'écraser sur le sol et devoir s'en relever. Sur Terre tout était plus réel, l'air, le ciel et ses images, l'eau et sa saveur, les montagnes et leurs hauteurs. Le risque de tomber et ne pas se relever, le risque de goûter un truc infect, des risques nouveaux auxquels personne n'était préparé. Et puis elle continue, sur une note plus douce, celle qui rend le tout bien réel. Le fait d'avoir une peur de quelque chose et de la combattre pour sa beauté ou ses courbes précieuses. Il sourit toujours, plus détendu et presque entièrement calmé de toutes leurs mésaventures. Puis il la sent se tourner vers lui et la suit dans son mouvement. Les étoiles oubliées pour un moment et seulement ce face à face qui devient de plus en plus facile à maintenir et à supporter.

Et c'est à son tour de lui raconter une histoire. Une histoire qui dit rien et tout à la fois. Et Wyatt, lui, il se dit qu'il aurait peut-être pu la perdre ce jour où elle dit avoir merdé. Il ne demande pas de détails mais il y pense, à ce que ça lui aurait fait, à la douleur vive qu'il aurait eu dans la poitrine et qu'il n'aurait jamais pu guérir. Mais il balaye ses propres craintes et laisse le bonheur de son amie prendre place dans son cœur aussi. Si elle considère ce souvenir comme un bon souvenir, alors c'est que c'en est un. Il ne dit rien, lui sourit, encaisse à son tour dans un silence un peu doux et murmure, par principe. « Crétine. » C'est trop doux pour être pensé. Un simple retour des choses pour lui montrer qu'il y tient, lui aussi, à sa vie. Et puis ses yeux se perdent dans les siens alors qu'elle parle de tout ce passé. Ce passé qui le tranche et le retourne à chaque instant. Ce passé qui le définit trop quand elle lui explique qu'il ne peut plus faire ça, à sa manière, douce et chaleureuse. Et puis elle revient sur l'amour de sa vie et il en sourit, plus tendrement, moins amusé et plus fatigué. Parce qu'elle a raison, qu'elle tape en plein dedans. Il l'aime encore, sa belle grande bleue. Parce que c'est toute sa vie cette Planète, alors il peut pas l'abandonner, il peut pas arrêter d'essayer.

Et puis il prend son temps, Wyatt. Il ne répond pas immédiatement, simplement son regard posé dans les yeux de son amie. Il n'y lit ni avenir ni passé mais un présent bien vivant. Il ne voit pas les regrets et les peurs, il n'y voit que ce qui lui a manqué. Parce qu'elle n'est peut-être pas l'amour de sa vie mais elle est certainement la personne la plus importe qui existe pour lui. Alors il mesure les mots, il se souvient de ce qu'elle a dit, avant tout ça, avant le calme, à la fin de la tempête. Il se souvient de cette affirmation dure qui laissait un doute violent sur une vie, celui de connaître l'Amour, le vrai. Celui qui fait mal comme il fait du bien, qui retourne dans tous les sens mais dans lequel on fonce encore et encore sans hésiter. Alors quand il se met enfin à parler, il le fait d'un ton doux, laissant sa main pointer respectivement son cœur et celui de Murphy à tour de rôle. « Tu sais, je pense que tant qu'on a un cœur qui bat, on sait ce que c'est que l'amour d'une vie. Je dis pas qu'on sait le décrire ou qu'on est capable de le comprendre mais je sais qu'au fond de toi, tu sais qu'il est là et tu sauras le reconnaître. » Il lui sourit doucement, laisse sa main retomber sur ses côtes et puis il reprend, tendrement. « Peut-être que c'était ça, le problème là haut. On avait pas de possibilité d'erreur. Soit on était un criminel, soit on en était pas un. Je pense que merder fait partie de la vie, la notre et celle de la Terre. » Il repense aux mots de Rürik et ajoute du même ton. « Un ami m'a dit qu'il fallait pardonner la Terre parce qu'elle, elle nous avait pardonné de l'avoir laissée dans un état pitoyable. »

Il détourne le regard quelques secondes, la regarde et aperçoit les étoiles du coin de l’œil avant de continuer doucement. « Je crois que j'en veux encore trop à nos ancêtres de s'être pensés supérieurs, d'avoir cru que leur survie valait plus que celle de la Terre et des autres. Je me sens coupable à chaque fois que je croise un terrien et qu'il me parle de leur passé, ce passé auquel on a échappé sur des prétextes bidons. Pourquoi nous ? » Il n'attend pas de réponse et reprend en retrouvant ses yeux. « Je pense qu'on a appris à vivre que depuis qu'on est ici. C'est dur et violent, on se fait mal, on a le vertige ou peur des bêtes sauvages. Mais c'est ça, la vie. C'est un cœur qui s'emballe et qui loupe des battements. C'est un sol qui vit sous nos pieds et une vie dont on est pas le centre. L'Homme n'est pas fait pour être le centre de l'existence. » Des aveux qu'il confesse en les acceptant lui-même. La place de l'Humanité à laquelle il a longtemps pensé et pour laquelle il se bat vu sa place, directement ou indirectement. Alors il soupire, passe une main sur son visage et dit. « Merde autant que tu veux si ça te rend heureuse, tant que je ne te perds plus. » Un sourire un peu maladroit qui accompagne les paroles du débarqué alors qu'il cherche à trouver à son tour cet entre deux presque parfait. « Tu crois qu'on aurait été amis, si on était nés sur cette Terre ? » Une question parmi les autres alors qu'il se pose de nouveau sur le dos, ses côtes et son épaule le rappelant à l'ordre. Il soupire, face aux étoiles. « Je sais qu'on ne pourra jamais balayer ni le passé, ni les années, qu'on doit accepter les cicatrices invisibles pour avancer. Mais s'il y a une chose que je peux t'apprendre de mon expérience depuis toutes ces années, c'est qu'il ne faut jamais être seul, seul, on a plus de raison d'exister. » Ses yeux retrouvent ceux de sa sœur alors qu'il lui prouve à sa manière qu'à travers son regard à elle il existe un peu mieux et qu'il espère qu'il en sera de même pour elle. « Ne t'empêche pas de vivre parce que tu as peur de ne pas savoir ce que sont les choses où de savoir où tu mets les pieds. On a peut-être pas de quoi explorer de la manière dont tu voulais mais je crois qu'on peut explorer plus qu'on aurait imaginé, notre propre humanité. Laisse toi être aimée, laisse toi aimer. Tu verras, c'est beau d'aimer. » Un sourire qui se glisse sur ses lèvres alors que les étoiles plafonnent le Ciel et qu'il ne pense qu'à sa Terre. « Je lui donnerai mille chances, tant qu'elle ne m'enlève pas ce qui fait de moi ce que je suis. » Des murmures parmi tant d'autres, des douceurs dans des douleurs. Et pourtant il reprend, d'un ton plus léger une fois encore. « Peut-être que tu pourras me montrer les montagnes comme toi tu les vois, si t'as envie. »

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06/12/2015 Lux Aeterna Nuna Cortez 36215 Sophia Bush Lux Aeterna (vava & sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 1356





❝ What's left to do with these broken pieces on the floor ? ❞
Murphy Cavendish & Wyatt Sheperd
(12 août 2118)


Murphy ne s'était jamais réellement rendu compte du vide que Wyatt avait laissé derrière lui. Ce n'était pas  insensible de sa part de le réaliser seulement maintenant; c'était juste qu'elle allait toujours de l'avant. Et aller de l'avant, ça se faisait en contournant les problèmes, en s'enfonçant dans des dénis si forts qu'on en oubliait la vérité vraie, la toute première, celle qui effrayait et qu'on voulait cacher sous une montagne de fioritures qui, aussi superficielles et utopistes soient-elles, ne représentaient rien d'autre que des bombes à retardement. Ces vérités douloureuses finissaient toujours par resurgir, Murphy l'avait appris à ses dépends. Se convaincre pendant des mois que Faust était encore vivante et pouvait réapparaître du jour au lendemain n'avait pas été la façon la plus maligne d'accueillir et gérer sa disparition. Sur le coup, elle avait paru évidente, pourtant. On attendait un jour de plus, jour après jour, et on s'octroyait une semaine de plus, et un mois de plus, juste pour refuser l'évident. Elle avait continué à chercher autour du camp, de plus en plus loin, ratissé des dizaines de fois les mêmes terrains. Mais lorsque ces parades et techniques d'évitement décidaient de se faire la malle pour une raison ou une autre, la violence de la vérité était multipliée par mille. Du jour au lendemain, Murphy avait dû apprendre à gérer la mort de Faust, même sans corps, même sans adieux, même sans explications, juste parce que trop de temps s'était écoulé depuis la dernière fois qu'elle avait vu son joli minois. Il lui avait fallu des mois pour s'en remettre, des fois durant lesquels elle n'avait été qu'un fantôme qui continuait de fonctionner parce qu'il fallait bien le faire, après tout.

Avec Wyatt, ça avait été pareil. En lui souriant de loin, toutes ces années, en lui confiant l'une des informations les plus importantes qu'elle ait pu avoir en sa possession, Murphy avait voulu croire qu'il faisait toujours partie de sa vie. Peut-être juste qu'ils les vivaient un peu plus loin l'un de l'autre qu'avant, leurs vies. Mais il n'y avait pas eu d'adieux, pas eu de raisons, pas eu d'engueulade, alors c'est qu'ils étaient toujours ensemble, non ? Ce soir, ces excuses et protections débiles étaient tombées. Wyatt avait laissé un vide derrière lui, que même les plus grandes amitiés qu'elle avait pu vivre ensuite n'avaient jamais su combler. Il avait laissé un vide dans son cœur comme Faust l'avait fait après lui. Le regarder de loin n'avait jamais suffi et n'avait jamais pu suffire, pas après qu'il ait fait partie intégrante de son existence. Tout avait semblé si évident, à l'époque. Dès leur rencontre et à chacune de leurs retrouvailles, tout avait toujours été évident. Ils n'avaient jamais eu besoin de se cacher l'un à l'autre. Alors le retrouver ce soir, ça lui avait fait peur, et les masques étaient tombés. Parce que s'il n'était plus ce qu'il avait été autrefois, qu'adviendrait-il de tous les souvenirs qu'ils avaient construits ensemble ? Qu'adviendrait-il des sourires et des espoirs qu'elle avait eus chaque fois qu'elle avait croisé sa route ou entendu des petites histoires à son sujet ? Et surtout, qu'adviendrait-il de cette part d'elle un peu naïve qui rêvait un jour à de grandes retrouvailles, à des excuses dégoulinantes d'un amour qu'ils n'avaient pas pu exprimer pendant une décennie ?

Elle la nourrissait, sa naïveté. C'était difficile, les retrouvailles, mais à mesure que la brume s'écartait de leur chemin, elle voyait à nouveau poindre la beauté et la force de ce qui avait autrefois fait leur lien. Ils étaient durs, peut-être, mais c'était parce qu'ils s'aimaient trop, et parce qu'ils avaient vécu trop de choses l'un sans l'autre.

Murphy avait loupé dix ans de l'existence de son frère. Ca laisserait une marque, ça, et ça méritait aussi toutes les remontrances qu'elle n'avait pas pu faire plus tôt, en temps en en heures, si elle avait eu conscience de ce qui avait pu se tramer pour lui. Peut-être que c'était sa naïveté qui, justement, avait refusé de voir tous les dangers qui avaient pu guetter Wyatt même lorsqu'elle n'était pas là. Toutes ces années, elle l'avait cru en sécurité et heureux. Il avait grimpé les échelons, atteint l'un des grades les plus importants, valorisés, valorisants et demandeurs de leur hiérarchie. Il était devenu la référence de tous les biologistes, et si c'était pour ça que leur amitié s'était évanouie, alors Murphy était fière d'avoir contribué à son ascension, même à sa toute petite échelle. Il avait l'air heureux, en fin connaisseur du monde d'en bas. Mais tout ça, toutes ces révélations qu'il était en train de le faire dans le silence de la nuit et sous le regard de leurs bonnes vieilles étoiles, Murphy ne s'y était pas attendu un seul instant. Sa Terre, il l'avait enfin trouvée. Toutes ces années déjà passées ici, Murphy avait cru qu'il était comblé. Il avait perdu sa mère, lui aussi, mais il faisait enfin la rencontre de celle dont il avait tant rêvé, au point parfois de la lasser elle-même d'un monde qu'elle ne connaissait pas. La Terre, Murphy l'avait toujours vue comme un mirage, quelque chose qui appartenait à un lointain passé et resurgiraient peut-être dans une page lointaine de leur avenir. Elle en était curieuse, mais comme on était curieux de vieilles traditions, de vieilles histoires et de ce que notre présent avait pu en hériter. Elle appartenait aux étoiles. Elle était née parmi elles et c'était là qu'elle finirait son existence avant d'être larguée dans le vide comme chacun d'eux, destinés à finir leur course en orbite autour de la planète qui avait vu naître leurs ancêtres et les avait vu prendre les pires décisions. Il avait fallu mettre Murphy devant le fait accompli pour qu'elle comprenne que la recolonisation des terres d'autrefois n'appartiendrait pas aux générations à venir. Mais Wyatt n'était plus à ses côtes, à ce moment-là. Elle avait beaucoup pensé à lui. Elle se demandait quels étaient ses rêves, à lui, maintenant; ce qu'il comptait faire en premier en posant le pied dans ce monde auquel il s'était toujours senti appartenir. Mais sans lui, elle s'était contentée de se poser des milliers de questions sur la vie en bas, avait suivi d'aussi près que possible ce qui avait pu se tramer avec les Cents. Elle s'était surprise à se demander et à imaginer toutes ces choses pour de vrai, toute seule, consciente que ce serait bientôt son tour de redécouvrir ce monde que leurs ancêtres avaient laissé derrière eux.

Jamais elle n'avait pensé que ce rêve ait pu tourner au cauchemar pour Wyatt. Elle l'avait souhaité heureux beaucoup trop fort, beaucoup trop pour voir toutes les failles de ce vœu secret. Elle avait failli le perdre plus encore qu'elle ne l'avait déjà perdu, et cette seule idée méritait plus encore que quelques insultes et un simple coup. Il avait failli partir sans lui dire au revoir, et il ne serait resté à Murphy que ses regrets et ses larmes. Elle avait été tellement heureuse qu'il rencontre enfin sa Terre qu'elle en avait laissé de côté les travers, lorsqu'elle pensait à lui. Elle avait appris à la connaître, la Terre, pourtant. Elle savait de quoi elle était capable. Elle avait d'ailleurs clarifié les choses dès le début en prenant tant d'entre eux, y compris leurs deux mères. Murphy l'avait crainte bien avant de commencer à l'aimer, cette planète. Elle avait redouté de respirer l'air, de traîner sous la pluie, de mettre un pied dans la neige. Elle avait craint la moindre plante, le moindre animal, comme si tout ici savait que leurs ancêtres étaient responsables de l'apocalypse passée, comme si le monde entier savait qu'ils venaient retrouver un monde qu'ils avaient fui et dans lequel, paradoxalement, ils venaient trouver refuge. Elle se sentait coupable d'un passé duquel elle n'avait jamais été responsable et pendant longtemps, elle avait vu dans chaque élément de ce monde une menace, une vengeance prête à éclater. Ce n'est que lorsqu'il lui avait fallu prendre sa défense face aux habitants de cet univers-là qu'elle avait compris qu'ils descendaient des mêmes ancêtres et que c'était eux qui avaient tout fait merder ici. Peu importe ceux qui avaient pris la fuite en montant dans le ciel et ceux qui avaient reconstruit quelque chose ici comme ils le pouvaient. Même s'ils en portaient encore tous le poids, plus personne, aujourd'hui, n'était responsable de ce qui avait marqué si sévèrement leur existence. Et peut-être que cette Terre, s'ils apprenaient à la côtoyer, s'ils l'approchaient doucement, elle apprendrait à son tour à les choyer. Non sans quelques maladresses, parce qu'ainsi était faite la vie; mais aussi avec une dose d'amour tendre que certains moments particuliers rappelaient régulièrement à Murphy.

Ce monde, pour eux, c'était un nouveau défi à relever. Il y avait tant de découvertes qui attendaient d'être faites, tant de personnes à rencontrer. Il y en avait qu'ils regretteraient, mais aussi dont ils se souviendraient toute leur vie pour le bien qu'ils leur auraient fait. Les mésaventures qu'elle avait vécues ici, Murphy avait arrêté de les compter. Elle avait vu la mort de près et à plusieurs reprises et les traces de sa rencontre avec le monstre des mers, plus tôt dans l'été, restaient sévèrement ancrées dans sa mémoire. L'océan était à l'image du monde dans lequel il évoluait : il pouvait offrir les plus beaux paysages et ouvrir aux plus grands rêves, refléter les tonalités brûlantes d'un soleil couchant et bercer les âmes un peu perdues qui s'assoupissaient sur son rivage, mais il pouvait aussi emporter et ensevelir dans ses profondeurs sans pitié des êtres chers ou recracher au monde de la terre parmi les pires créations qu'il avait enfantées. Mais malgré ça, malgré les visions cauchemardesques dont ce monde regorgeait, Murphy ne voulait pas oublier tous les rêves qu'il avait fait naître chez l'indifférente qu'elle avait été. Alors pourquoi Wyatt, celui qui avait toujours été tendrement amoureux de cette planète, n'aurait plus le droit de l'aimer, lui ?

La conversation devenait plus douce. Les reproches et les coups laissaient place à des confidences plus calmes, rappelant les premières heures de leur amitié, alors teintées de longs silences respectueux et d'encore plus longues conversations passionnées. Les étoiles qui veillaient sur eux n'étaient probablement pas pour rien dans la facilité qu'ils avaient à se confier l'un à l'autre après toutes ces années, mais la seule directrice de ce moment demeurait leur amitié, passée ou à venir, tout ce qu'ils avaient partagé et tout ce qu'ils comptaient partager encore. En se tenant la main et même en se frappant, ils prouvaient toute l'indifférence qu'ils n'avaient jamais eue l'un pour l'autre. Ils écrivaient ensemble les premiers mots d'un nouveau chapitre. Leur amitié était indélébile et on révélait l'encre oubliée d'autrefois. Il y avait tant à rattraper, oh oui, tant à rattraper, et tant à vivre encore. « J'espère bien... » le menaça-t-elle avec un sourire taquin et un bref regard en coin. Mais une autre question vint s'immiscer dans ses tripes comme une évidence. Dix années, c'était long, c'était presque interminable. Avait-il rencontré quelqu'un ? Quelqu'un d'autre qu'elle, ou que cette Terre qu'il aimait tant ? Avait-il était heureux, avait-il été amoureux ? « Tu me le dirais hein, si y'avait quelqu'un d'autre ? » Elle avait plongé la tête la première, le regard rivé sur le plafond étoilé, avant de lui jeter un coup d'oeil gêné et de s'excuser platement. « Désolée. Ca me regarde pas. » Et puis d'autres questions s'étaient emparées d'elle, et dans le regard de Wyatt elle cherchait une réponse, comme s'il était seul détenteur de celles qui sauraient la soulager du poids qu'elle portait seule depuis trop longtemps. Le secret n'appartenait qu'à sa Montagne et elle, même si une souris trop curieuse leur en avait volé l'exclusivité. Pour la première fois, à Wyatt, elle voulait glisser quelques mots, quelques regards, sans oser partager plus ou trop, sans oser partager ce qui rendrait réel ce qu'elle préférait garder dans cette bulle qu'ils étaient deux à avoir crée, quelque part dans les montagnes, quelque part au bord de l'océan. « Ou peut-être que je suis juste pas faite pour les montagnes... » souffla-t-elle plus gravement qu'elle ne l'aurait voulu, un coin de lèvre à peine étiré en un quart de sourire. Perdue quelques instants dans toutes ces grandes questions dont elle seule connaissait à la fois l'existence et l'essence, elle pensait à tout ce qui prouvait l'inverse de ce qu'elle avançait, s'horrifiait à l'idée de pouvoir leur donner tort. Quand elle parlait de bonheur, Murphy ne mentait pas. Et elle parlait d'une montagne qui se dressait au-dessus de toutes les autres, peut-être. Un sourire apaisé et involontaire étirait ses lèvres alors qu'elle repensait à ces journées de printemps et d'été passées dans ce monde là-haut, là-bas, dans son monde. Rien que pour ces journées, rien que pour ces nuits, rien que pour ses bras et sa peau, elle était prête à encaisser tous les cyclones et tremblements de terre, tous les changements d'humeur que voudrait lui infliger cette Terre. Elle se demandait s'il avait raison, Wyatt, si d'en bas ils les avaient vus naviguer dans le ciel, une fois de temps en temps, en levant le nez. Son monde encapsulé, en tout cas, avait été bien différent de celui qu'elle côtoyait maintenant. Il ne s'agissait pas que de l'air qui glissait dans ses cheveux ou des pluies acides qui avaient laissé quelques cicatrices foncées sur ses épaules. Il s'agissait aussi de ce dont les livres ne lui avaient jamais parlé, de ces rencontres un peu étranges qui changeaient les perceptions et faisaient naître de drôles d'envies et de drôles de besoins. Elle les détestait. Elle les détestait et pourtant, quand elle parlait de bonheur, Murphy ne mentait pas.

Quand on aimait quelqu'un, on l'acceptait tel qu'il était. L'amour sincère ne naissait pas de fantasmes et d'idéaux. Il naissait d'authenticité. On aime quelqu'un pour tout ce qu'il nous faisait sourire, rire, sentir en sécurité, pour tout ce qu'il provoquait dans la chimie de nos sentiments. On aimait aussi quelqu'un pour toutes les imperfections qui accompagnaient ses qualités. Wyatt avait trop longtemps baigné dans l'idéal qu'il se faisait de cette planète. Il l'avait découverte d'en haut, là où l'immensité des océans n'était pas grand chose d'autre qu'une grande étendue paisible bleutée; il l'avait découverte à travers tous les écrits que leurs ancêtres avaient rapatriés sur le vaisseau en quittant le champ de bataille, et les descriptions qui avivaient les imaginations les plus curieuses. Le choc de la réalité n'avait jamais rien à voir avec ces belles théories. La nature, ici, depuis qu'ils l'avaient quittée, avait fait son bout de chemin. La planète était en vie. Comme ceux qu'on aimait, il fallait accepter ses failles pour en aimer les beautés; apprendre à découvrir ce qu'elle réservait de pire pour en apprécier le meilleur. La vie n'avait jamais été peinte de blanc ou de noir; tout n'était que nuances de gris. Et ses montagnes, sa Montagne, Murphy ne les auraient pas connues si elle n'avait pas abîmé son crâne par mégarde. Elle voulait croire que chaque sacrifice venait avec sa consolation, parce que chaque bonheur savait bien venir avec son lot de malheurs. C'était un équilibre constant. C'était peut-être pour ça que Murphy avait du mal à comprendre le concept de bonheur, d'ailleurs. Lorsqu'elle se sentait vivante, c'était peut-être ça le bonheur; mais lorsqu'elle se sentait vivante, Murphy savait qu'elle se sentirait mourir un peu plus tard, peut-être quelques heures, jours, mois plus tard. Ce monde de gris était fait de contrastes qui se contrebalançaient dans un équilibre asymptotique, en mouvance constance, définitivement inatteignable. Ils n'avaient d'autre choix que de s'adapter aux déséquilibres qui en résultaient. Encaisser le pire pour avoir le droit au meilleur. Il pouvait la traiter de crétine à son tour; elle le méritait. Elle sourit une seconde et lui poussa l'épaule dans un gloussement grave. Touché.

Ils étaient un peu cons, tous les deux. Mais Wyatt aimait tendrement sa Terre. Ca se lisait dans ses mots, se détectait dans son regard nostalgique et rancunier. On n'en voulait pas à quelqu'un qu'on n'aimait pas ou plus. L'indifférence : c'était elle qu'il fallait redouter. Wyatt en voulait trop à leur Terre pour ne plus l'aimer. Les relations les plus passionnées se bâtissaient sur les conflits autant que la complicité. Même là-haut, même à des centaines de kilomètres de l'amour de sa vie, Wyatt avait toujours eu avec la Terre une relation presque symbiotique. Il ne pouvait pas la détester et elle ne pouvait pas le détester. Une mère prétendait toujours ne préférer aucun de ses enfants, disait-on : si on l'autorisait à avoir un préféré parmi tous ses enfants, pourtant, la bleutée choisirait sans conteste Wyatt, qu'elle avait vu grandir de loin et à qui elle avait probablement toujours rêvé secrètement de confier quelques uns de ses secrets de planète un peu malaimée, beaucoup maltraitée. Si Murphy pouvait ouvrir les yeux à Wyatt sur tout ça, alors elle serait la plus heureuse des sœurs de ce monde.

C'est le silence qui lui répondit en premier. Ils se regardaient, scrutaient les prunelles l'un de l'autre. Au-dessus d'eux, vingt comètes pouvaient bien enflammer l'encre du ciel qu'ils ne les verraient pas. Wyatt comptait bien plus que n'importe quel météore. Leurs regards se transmettaient toute la tendresse qui n'avait jamais disparu, tout le besoin qu'ils avaient l'un de l'autre, tout le bonheur et le soulagement qu'ils avaient d'enfin se retrouver. Même s'ils s'étaient essayé à l'exercice ce soir, leurs silences avaient toujours beaucoup plus et mieux parlé que leurs mots. Dans le regard brillant de Wyatt, elle lisait une affection sans nulle autre pareille. Il lui donnait l'impression d'exister, pour de vrai, d'être quelqu'un de bien, d'être utile à ce monde. A ce moment précis, Murphy était vivante; elle était heureuse.

Avait-il compris, Wyatt, quel était l'amour de sa vie ? Se rappelait-il de ce qui l'avait uni à la Terre, autrefois, voyait-il ce qui allait à nouveau les réunir ? Alors qu'il pointait du doigt sa poitrine, Murphy partait vers d'autres horizons. Dans l'obscurité, ses joues la brûlaient un peu trop. L'amour d'une vie, elle avait peur de pouvoir lui donner un sens. Mais donner un sens à quelque chose d'aussi abstrait, c'était se perdre dans des trucs auxquels elle n'avait jamais aspiré. Sa gorge s'était nouée, son sourire paisible s'était crispé. Est-ce que l'amour d'une vie pouvait blesser ? Est-ce qu'on pouvait le craindre, est-ce qu'on pouvait l'éviter ? Est-ce qu'on pouvait vivre sans lui, se construire sans lui, être quelqu'un sans lui ? « Mais tu as des doutes, toi, sur l'amour de ta vie... » souffla-t-elle, apeurée à l'idée qu'il la contredise, espérant qu'il la contredise. Il avait trop aimé la Terre pour la nier maintenant. Mais s'il annihilait ses doutes, alors elle devrait faire taire les siens. Cette décision ne lui appartenait pas vraiment, pourtant. Elle voulait juste les montagnes, sans mettre de mots dessus. « Un ami bien sage », admit-elle en mettant de côté ses doutes. « Sans doute pas autant que moi, parce que je suis exceptionnelle et tellement sage... mais un ami sage quand même. 8,5 sur une échelle de 0 à Murphy. », gloussa-t-elle avant de se ressaisir. Tout ça était trop important pour s'en écarter dans un trait d'humour mal approprié. « Pense pas à ça, Wyatt. On peut pas porter le poids d'erreurs ou de décisions qui sont pas les nôtres. » Mais elle ne comprenait que trop bien ce qu'il voulait dire. Malgré eux, ils avaient hérité de cette culpabilité, celle de la destruction mais aussi celle de la fuite, de la sélection de ceux à qui on donnait une chance de survivre, peu importe comment elle avait pu être faite. En retrouvant le regard de Wyatt, elle voit le reflet de tout ce qu'elle avait enduré si longtemps elle-même. Ils auraient dû le vivre ensemble, tout ça. Ils auraient souffert ensemble, se seraient relevés ensemble. « Ceux qui ont envoyé nos arrières-grands-parents là-haut pensaient sûrement pas à mal, tu sais. » Ils avaient tous nié trop longtemps la catastrophe à venir pour se pouvoir se permettre des décisions mûrement réfléchies. L'Odyssée, ça avait probablement été le fruit de réflexions minimales et de projets gérés en panique. S'ils avaient pu le faire, nul doute qu'ils auraient mis en boîte des centaines de groupes. Ne pas mettre tous les œufs dans le même panier, aurait dit sa mère. C'est ce qu'elle aurait fait en tout cas; elle aurait cru les mathématiques, les statistiques, les probabilités. Ils avaient merdé et jeté une bouteille à la mer, en espérant faire germer là la possibilité d'un lendemain pour ce petit bout d'humanité maladroite. Mais il n'y avait plus de doutes possible : l'amour de sa vie l'était toujours. C'était avec elle qu'il vivait, pour de vrai; c'était son son bonheur à lui. « Ca te manque jamais, là-haut, alors ? » demanda-t-elle d'une petite voix, comme un aveu qu'elle faisait pour la toute première fois. Elle aimait ce monde et ce qu'elle y découvrait. Elle aimait explorer, redouter, elle aimait découvrir, apprendre; elle aimait l'air doux, les vents glacés, les hautes neiges, le vertige des montagnes, les profondeurs invisibles des lacs. Elle acceptait les secrets les plus sombres de cette planète parce qu'elle aimait toutes les beautés et joies qu'elle distillait le reste du temps. Se jeter sur la créature cauchemardesque des mers, Murphy l'avait fait par inconscience, mais cette inconscience avait trouvé naissance dans la perspective de voir une source de son bonheur disparaître. Pour Isdès, Murphy était devenue inconsciente et beaucoup trop bête. « T'as entendu parler de l'exploration du mois dernier, je suppose... ? A la mer, chez les Calusas... » Elle se laissa glisser à demi sur le dos, les paupières closes en repensant aux souvenirs encore brûlants de ces aventures. « J'ai merdé, là aussi... » Mais ce qu'elle voulait dire, c'est qu'elle ne l'aurait jamais fait différemment. « T'as raison, y'a des choses qui comptent ici. C'est pour ça qu'on merde. On prend le risque d'être heureux. Ca peut pas être un voyage simple. Sinon, tout le monde connaîtrait le secret du bonheur, tu crois pas ? » Elle ouvrit les yeux et tourna la tête vers lui avec un petit sourire. « Sur la Terre ou sur Pluton, tant que nos chemins se seraient croisés, on aurait été amis. » La sentence était nette, parce qu'elle n'en doutait pas une seule seconde. Dans toutes les réalités alternatives où ils s'étaient croisés, ils étaient amis. Certaines satisfaisaient peut-être même Darleen en les mariant. Les traits se durcirent un peu alors qu'il reprenait la parole. Elle n'était pas sévère, Murphy. Lui revenaient en mémoire tous les exemples qui donnaient raison à Wyatt. « Je crois que je déteste encore plus la solitude depuis que j'ai vieilli. » La seule chose qui pouvait la faire la supporter, c'était l'exploration. Perdue dans la nature avec sa boussole, Antarès et quelques vivres, Murphy pouvait se passer de relations humaines pendant quelques jours; mais elle était un être social et sociable. Elle avait toujours eu besoin des autres, et encore plus d'une poignée de personnes pour lesquelles elle donnerait sa vie entière. « Je suis contente si... si tu reviens dans ma vie... » Sa gorge se noua, comme si elle craignait qu'il lui confesse ne plus réellement pouvoir en faire partie. En croisant son regard, elle sut pourtant qu'elle s'en faisait pour rien.

Et en une seconde à peine, ses prunelles s'humidifièrent. Il venait de lui dire quelques mots qu'on ne lui avait jamais dits, qu'elle n'avait jamais osé penser pour elle-même. Il venait de toucher l'une de ses cicatrices les plus anciennes et douloureuses. Ses lèvres s'entrouvrirent à plusieurs reprises. Elle peinait à trouver ses mots. Elle se demandait s'il avait compris ce qu'elle cachait. Elle se demandait s'il avait encore ce pouvoir-là, mais elle le savait, en fait. Il avait toujours eu le pouvoir de traduire la moindre lueur dans son regard, le moindre trésaillement de ses fossettes. « Vous vous trouverez, tous les deux. Donnez-vous du temps. Vous vous rencontrez pour de vrai. Même l'amour d'une vie, ça s'apprivoise, je suppose. » Mais elle se raidit, se laissa définitivement rouler sur le dos, les bras écartés, l'un d'eux perdu quelque part sur l'estomac de son ami. Une nouvelle étoile filait sous ses yeux. S'il avait vraiment compris, alors il lui demandait l'impossible. Sa bulle montagnarde était un endroit bien trop éloigné d'ici. Un endroit secret dans lequel elle-même avait à peine le droit de mettre un pied. Elle se demanda un instant ce que pourrait donner une rencontre entre Wyatt et @Isdès Hakantarr. Comment présenterait-elle l'Athna à son ami ? De toute façon, dans quelques mois, sûrement, cette montagne s'écroulerait à nouveau; ne lui resterait alors que de vieux souvenirs de crâne cabossé, de fonds de cascades humides, de descentes en rappel et d'attaque de Kraken. On ne pouvait pas introduire à quelqu'un un monde si chancelant et incertain qu'il n'existait que quelques mois de temps en temps. « Je... je sais pas si tu pourras les voir un jour comme moi je les vois. » Elle ferma les yeux, très fort, comme pour échapper à l'une des confessions les plus honnêtes de la soirée, et se mordit fort la lèvre qui venait à peine de cicatriser de sa rencontre avec le mollusque des mers. « Non, non, m'écoute pas, jdis des conneries. » Elle tentait subitement de se rattraper, appréhendant déjà tout ce que Wyatt pouvait déduire de ce qu'elle avait dit, de ce qu'elle venait d'ajouter, de ce que son regard et ses joues rosées trahissaient. « On pourra aller se promener vers les montagnes, un de ces jours. »

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« What's left to do with these broken pieces on the floor? » Murphy&Wyatt

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