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le Jeu 21 Juin 2018, 18:28
Roue du RP → Ciro & Rachel
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Le continent était à portée de main désormais, la forêt s’étendait sous les yeux des nouveaux arrivants. Maintenant que les beaux jours arrivaient, certains se sentaient attirés par le vent de liberté qui leur soufflaient dessus, d’autres hésitaient encore…

Ćiro, tu penses pouvoir atteindre le village athna dans les jours à venir. Depuis la foire avec les Rahjaks, tu n’as qu’une envie, c’est découvrir les autres cultures qui peuplent les lieux, et surtout voir comment vendre et améliorer tes arcs. Cependant, tu n’es pas encore au fait en termes d’orientation, et tu finis par errer, en quête d’aide, te rapprochant dangereusement du camp des cents…
Rachel, tu as pris congé du campement dans l’optique de récolter quelques plantes pour les plats à venir. Evidemment, tu n’as pas prévu de trop t’éloigner, trop tendue à l’idée de te perdre ou simplement tomber sur un animal sauvage particulièrement féroce. Cependant, après quelques minutes, tu perds le campement de vue, et ton regard est attiré par une silhouette inconnue. Intriguée, tu t’en approches…



précisions


→ GM ne repassera plus sauf si demande explicite par mp. Dans ce cas, contactez Rowena Chakraan (ou Eris Garfagnini). De même si vous avez la moindre question ou précision à quémander.

→ Ce rp est laissé entre vos mains et votre imagination, n'hésitez pas à être créatif quant à vos aventures. Roue du RP → Ćiro & Rachel 484338566  

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le Sam 23 Juin 2018, 14:47



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Quelle expérience ! Cette foire lui avait ouvert les yeux sur beaucoup de choses et notamment la différence culturelle. Il n’avait pas eu l’occasion de vraiment faire le tour de tous les stands, mais cela lui avait suffi à se rendre compte de ce que pouvait lui offrir le continent. C’était dingue ! Ils étaient si nombreux et si talentueux. Il ne pouvait pas rester les bras croisés à attendre que l’inspiration et les nouveautés lui tombent dessus par magie. Ils n’étaient plus sur son île, il devait l’accepter et avancer. Tout, comme il devait en profiter. Il avait déjà trouvé des perles en matière de pierres volcaniques, maintenant, c’était le bois qui l’intéressait. Si celui des Iskaars restaient le plus impressionnant, il espérait trouver d’autres spécimens aux alentours d’autres tribus et après un court échange durant la foire, il se décida à se diriger vers le peuple des montagnes. Mais avant de se lancer dans cette nouvelle aventure – c’est Hécate qui allait être fier de le voir partir ainsi – il devait tout de même en parler à sa mère. L’hiver passait, celle-ci semblait se remettre petit à petit de la maladie qui l’avait pris par surprise durant la traverser de la mer vers le continent. Elle retrouvait des couleurs, comme disait Ćiro. Cependant, elle n’était pas très à l’aise chez les Naoris, mais prenait sur elle. Survivre après la tempête (et la maladie) l’avait rendu incroyablement… calme. Ćiro ne savait pas trop comment l’expliquer, mais elle exigeait moins de lui et tentait d’apporter sa part des choses à la tribu qui hébergeait les Kovariis. Ćiro lui parla donc sans crainte de son idée, accentuant l’aspect commercial. Il n’était pas vraiment très doué pour convaincre, mais sa mère semblait comprendre. Il n’avait plus les troqueurs habituels pour récupérer du bois, ce sera donc l’occasion pour lui d’aller plus loin et d’aller chercher ce dont il avait besoin lui-même. Il trouva ça drôle qu’elle se moque même de lui en disant qu’il s’endurcirait peut-être ainsi ! Face à l’acceptation de celle-ci, sa sœur ne fit aucune remarque. Il avait donc le feu vert pour s'en aller et revenir !

Le problème, malgré toute sa bonne volonté, les indications qu’il avait avec lui et son sac de voyage un peu trop lourd – il transportait plusieurs de ses affaires et outils, ainsi qu’œuvres – c’est qu’il était perdu. Définitivement perdu.

ô Déesse, j’ai besoin de vous. Dit-il, un peu paniqué s’accrochant à son sac de voyage, regardant les alentours s’en trouver le moindre repère. Il décida, au bout d’un instant, de poser ses affaires contre un vieil arbre et de se concentrer. Le nord est… par là. Non, par là. Donc… Il se gratta la tête, réfléchissant plus qu’il ne le devrait. Peut-être que si je monte au sommet de cet arbre, j’arriverais à y voir plus clair. Il hésita, regardant autour de lui. Et si on lui volait ses affaires pendant qu’il allait là-haut . Non, hors de question ! Alors il ne sortit que son arc et ses flèches, prêt à agir si quiconque s’approchait de trop prêt. Il tenta ensuite lamentablement de grimper sur l’un des plus gros arbres. Pour aller plus haut, c’était autre chose. Il resta bloqué, se demandant quelle branche choisir et comment s’y prendre.

C’est alors qu’il entendit un bruit et tenta d’attraper son arc et une flèche, mais dans le mouvement, il manqua de peu de tomber et lâcha son arc qui tomba au sol.

Oh non ! Décidément, il n’était pas doué. Il sauta rapidement et le ramassa, reprenant une posture de défense, flèche bien tendue, observant les feuilles, plus paranoïaque que jamais de voir une bête dont il ignore tout lui sauter dessus.

Rachel A. Gomez
Rachel A. Gomez
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le Lun 02 Juil 2018, 07:38

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Journées répétitives, le fléau de ceux cherchant à se raccrocher à quelque chose pour ne pas en perdre la tête. Je voulais de l’inattendu, une petite aventure, quelque chose qui me donnerait l’impression que la routine n’existe plus. Malheureusement, mon poste m’obligeait à garder certaines habitudes, dont celle de garnir le garde-manger, jour après jour. Parfois, je n’avais qu’à me promener dans le jardin pour trouver ce qu’il me manquait. Aujourd’hui, cependant, je me levais plus tôt que d’habitude car je savais devoir sortir des sentiers m’étant devenus familiers. Avec cette idée en perspective, mon attitude n’était pas exactement la même. Oui, je paraissais toujours froide et sans grande réaction, mais au moins, je me réveillais avec l’envie d’affronter la journée. Du changement, pour une journée au moins, bien que ce ne soit pas nécessairement là pour rester. Subtile dans mes mouvements, question de ne pas réveiller mes amis, encore endormis. Je ne pris que le nécessaire avec moi, passant tout de même en cuisine afin de grignoter quelque chose et d’apporter de quoi survivre pour plusieurs heures. Puis, je scrutais avec attention ce dont j’aurais besoin de chercher, une fois en plein cœur de la forêt. Une fois toutes ces étapes franchies, j’entamais la longue marche jusqu’à je-ne-sais-où. L’apothéose-même de l’aventure, maintenant que j’y pensais. Pas exactement l’épopée d’un voyageur, … mais assez pour me pousser à continuer.

Marcher, écouter mes pas résonner dans le silence quasi-total, sentir une douce brise sur mon visage … il n’y avait rien de plus délivrant! Je passais une grande partie de mon temps à préparer les repas de tout le monde, je restais des heures dans la cuisine, acharnée sur mon travail car cela m’aidait à ne pas songer à autre chose. Sortir de cette zone de confort, m’éloigner du campement, au risque de ma vie, ce n’est sûrement pas ce que j’avais en tête, du moins au début. Maintenant, en revanche, je donnerais tout pour que je puisse me réveiller dans une telle ambiance. L’envie de construire un nid douillet par ici me faisait presque rêver. Et … en parlant de ma localisation … où est-ce que je me trouvais, bien exactement? Il me semble avoir marcher pendant un temps fou, m’arrêtant et me baissant de temps à autre pour cueillir de l’épiaire des bois, puis de la Grande Bardane. Joindre l’utile à l’agréable, de façon si spontanée, on dirait que ça m’a fait perdre la tête. Ma garde était baissée, ce qui donnait une chance à un quelconque ennemi de m’attaquer. Ma distraction me fit également oublier que je m’éloignais du campement. J’étais perdue, au beau milieu de nulle part, sans aucun moyen de communication avec qui que ce soit. Pire encore, personne n’était au courant de mon emploi du temps, aujourd’hui, comme à n’importe quel autre moment de ma vie. C’était la poisse que de me renfermer sur moi-même.

Ce qui aurait dû être une simple sortie se transformait bien vite en survie, du moins jusqu’à ce que je retrouve le chemin vers le campement. Quelle direction prendre? Eh bien, j’eus droit à une réponse inattendue, alors que derrière moi, je perçus le bruit de quelque chose qui tombait. De la fille impassible, qui cherche ce qu’il lui faut pour manger, voilà que je devins une poule sans tête, à la recherche de la source du son. Sans être armée nécessairement, je m’approchais tout de même, voyant d’abord un objet quelconque par terre, à quelques mètres de là. Je marchais donc en cette direction. Soudainement, mon regard fut attiré par une énième plante, cet ‘Ail des ours’. Distraite de la sorte, je ne reposais mon regard que lorsque j’aperçu, au loin … une silhouette. Serait-ce l’un des Cents, m’expliquant que je ne m’étais tant éloignée que ça. Je m’approchais donc doucement de cette personne, mais une fois arrivé à quelques mètres, je m’arrêtais net. Un homme … et pas issus des divers campements non loin. Posture étrange à mes yeux, du moins jusqu’à ce que j’aperçoive une flèche pointée en ma direction. Là, je figeais sur place, les bras levés, seul mouvement qui me vint en tête pour lui prouver mes intentions. « Mes intentions ne sont aucunement mauvaises. » Parler sincèrement serait la meilleure option afin de désamorcer tout de suite la tension. « Je fais partie des Cents, je ne suis ici que pour ramasser quelques plantes, et après, je vous laisse. » N’étant pas armée, je n’avais d’autre choix que d’y aller avec l’approche plus douce.
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le Mer 25 Juil 2018, 12:49



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2 JUIN 2118

Ce n’était pas une bête ! Ah, merci Déesse. Mais tout de même. C’était une fille. Ou une femme. Elle lui paraissait jeune quand même, ou peut-être était-ce une illusion. Gardant sa posture, il préférait ne pas jouer avec le feu. Il n’avait aucune idée d’où il se trouvait et ça l’embêtait vraiment ! Lui qui avait décidé de se lancer dans cette aventure, le voilà au point mort. Quelle tristesse ça serait de retourner chez sa mère, vaincue par une forêt inconnue. La honte, en fait. Ce n’était pas toujours évident pour lui de se détacher des siens. Il n’avait jamais quitté l’île avant que sa sœur ne se décide à lui donner un rôle, l’année dernière. Aujourd’hui, l’île était sous l’eau et après avoir tout fait pour que sa famille ait la sensation de vivre confortablement et en sécurité, voilà qu’il trouvait l’opportunité d’aller dans le désert et de partager ses connaissances. L’expérience lui a réchauffé le cœur ! D’une part, parce qu’il sentait qu’il pouvait de nouveau vivre de son travail et de sa passion, d’une autre parce qu’il y avait tant de belle chose à découvrir dans la conception des armes. Aucune tribu ne voyait ce monde de la même façon et ça, c’était extraordinaire. C’était magique ! Surtout, Ćiro rêvait de voir ce qu’ils faisaient. Leurs arts, leurs techniques. Il se sentait revivre, sincèrement. Alors forcément, il se dirigea d’abord vers le peuple des montagnes. Pour lui qui aimait les pierres précieuses et de qualité, il se disait que c’était la destination de ses rêves !

Jusqu’à maintenant.

Maintenant, il donnerait n’importe quoi pour un peu d'aides. Ils finiraient par mourir suffoqués entre ses arbres, vraiment. Rien n’était familier et pourtant, dès qu’il tournait la tête il avait une impression de déjà-vu. Une horreur ! Mais peut-être bien qu’il tournait en rond depuis des heures…

Face à son arc et sa flèche – malgré un début maladroit – la demoiselle se mit en position de défense. Les mains en l’air, elle n’avait clairement pas d’armes. Alors Ćiro baissa tout de suite la sienne, sans pour autant les ranger. Il ne ferait jamais de mal à quelqu’un qui n’avait pas d’armes, c’était malhonnête. Comme son anglais restait assez limité et qu’il ne l’avait pas vraiment pratiqué depuis son enfance, il resta donc mitigé.

Cents ? Les cent quoi ? Ce chiffre le perturba. Cents esclaves ? Ils étaient cent hommes armés un peu plus loin ? Est-ce qu’il devait avoir peur de voir d’autres personnes débarquer ? Est-ce qu’elle n’était pas seule ? Étais-ce un piège ? Pas comprendre. Dit-il avec son accent. Il observa alors sa posture, ses vêtements, son visage… Elle ne ressemblait pas à ceux qu’ils avaient vus durant la foire. Il se pointa du doigt puis ajouta dans sa la langue natale : Ćiro kom Plangonakru. Il tente de retrouver dans le terme anglais pour sa tribu, puis ajoute : Kovarii.


C’est alors qu’une étrange pensée lui traversa l’esprit. Serait-il possible qu’il soit en face d’une des enfants du ciel. Les rumeurs lui avaient semblés si absurdes, mais pourtant cela semblait être une possibilité. Là, tout de suite, il espérait simplement ne pas être en face d’un fantôme ou d’un esprit malfaisant. Mais même ça, ça serait plus probable qu’une enfant venue du ciel. C’était vraiment impossible… Il repensa alors aux mots de son amie Cyd, à l’échange qu’il avait eu avec elle sur ce peuple qui avait apporté tant de tension sur le continent. Certains Naoris en avaient parlé d'eux et il ne pouvait pas nier le fait qu’ils y croyaient, fermement… Serait-ce donc possible, alors ?


Rachel A. Gomez
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le Ven 27 Juil 2018, 06:20

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J’en entendrais encore parler, de ma grande naïveté. M’éloigner sans m’assurer des distances, c’est une erreur qui pourrait me coûter ma vie. Des pensées sur lesquelles je ne m’attardais pas trop, puisque mon esprit s’éloigna immédiatement des mises en garde pour ne me concentrer que sur le paysage, sur la beauté dans cette simplicité, dans ce silence complet. D’apercevoir la cime des arbres si inatteignable me donnait d’autant plus l’envie de m’éloigner du campement, de trouver ma place dans un lieu tel que celui-ci, où on ne se mêlera plus de ma vie privée, où je pourrais simplement décider de ma propre routine et arrêter de me cacher sous un visage froid et une attitude fort désagréable avec les autres. La nature aidait au calme intérieur, anesthésiait la douleur et me faisait presque croire que le lendemain ne serait pas aussi gris et morose que d’habitude. Une décision telle que celle-ci était malheureusement difficile à prendre, car je me savais sous surveillance. Comparativement à lorsque Chris était trop occupé avec son propre deuil pour venir me parler, maintenant, il s’intéressait un peu trop à moi, à ce que je faisais ou disais. Faire un sac et déguerpir ne serait donc pas une tâche facile, car il me retrouverait avant même que je n’aie franchi le quart du trajet.

Mes quelques sorties quotidiennes restaient donc ma seule source de rêveries. Je pouvais m’y réfugier, oublier le temps d’un instant mes pensées noires afin de me consacrer à la cueillette des plantes les plus importantes. C’est ce que je fis pendant un bon moment, du moins, jusqu’à ce que j’aperçoive quelqu’un au loin. L’insouciance prenant une fois de plus le dessus, je m’approchais en pensant qu’il s’agissait d’un Cent ou d’un Odysséen. Je ne songeais pas une seule seconde à la possibilité de m’être éloignée un peu trop des deux campements. J’aurais usé de ma tête, et non de mon cœur. Une autre preuve que je n’étais pas vraiment faite pour autre chose que la cuisine. Pas l’âme d’un guerrier, ni la logique d’un militaire. Je ne réfléchis pas, comblant rapidement l’espace entre moi et cet individu. Ce ne fut qu’une fois devant lui, ou plutôt, devant sa flèche pointée en ma direction, que je me rendis compte de la gaffe commise. Un grounder, armé, et probablement prêt à tirer. Pas le temps de faire contre-attaquer, car de toute façon, ce serait suicidaire de ma part. Mon seul choix; lever les mains, essayer de lui faire comprendre que je n’étais pas armée, que mon but n’était pas d’attaquer qui que ce soit. Ce geste, quoiqu’anodin, me fut très utile, à en juger par son geste. En effet, l’étranger baissa son arme, ne la lâchant cependant pas complètement. Un point de gagné, même si tout pouvait changer en un instant.

Je me résiliais à parler, ce qui n’étais pas facile pour quelqu’un n’appréciant pas vraiment les terriens. J’osais croire qu’en négociant, je pourrais le pousser à faire demi-tour, me donnant ainsi l’occasion de continuer ma petite activité habituelle. Je ne visais pas très juste, car j’avais complètement oublié la barrière de la langue qui nous séparaient parfois des diverses tribus. Pas étonnant qu’il me dit ne pas comprendre, lorsque je me présentais en tant que ‘Cents’. Un terme qui leur était étrange, quoique familier à nos yeux. Un besoin de réflexion, me remémorant tant bien que mal le surnom qu’ils nous donnèrent. Des mots bien spécifiques qui ressortirent souvent du traité, et qui ne me venaient pas immédiatement en tête, vu que je n’y étais pas allée. Mon oreille capta, au même moment, la voix de l’homme qui se mit à parler dans sa langue natale. Je n’y compris rien, si ce n’est de ce qui pourrait potentiellement être son prénom. « Ćiro? C’est … c’est comme ça que vous vous appelez? Désolé, mais je ne comprends pas le reste. » Depuis quand je m’excusais devant un grounder? La crainte, c’est ça. Je ne pouvais qu’estimer la peur de voir une arme pointée sur moi comme étant l’excuse parfaitement de ce changement de comportement. Kovarii. Une des tribus, mais laquelle, je ne savais pas. Mon cerveau n’arrivait pas à les départir, car je les voyais tous capables de nous attaquer, comme après notre arrivée sur Terre. Oui, je sais, je mettais tout le monde dans le même sac, ce qui n’était pas nécessairement la meilleure chose à faire. « Je m’appelle Rachel. Je … » Petit silence, mais cette fois, de courte durée, car soudainement, elle se souvint de l’expression, ou d’un assortiment de mots qui pourrait y ressembler et ainsi relayer le message. « Peuple du ciel. » Je me pointais, non sans me rendre compte de l’idiotie dans ce geste. « On se surnomme les Cents, car nous somm… nous étions cents. Mais c’est plus le cas. » Trop de pertes, des êtres chers perdus. Un nom sur la liste des défunts qui me sautait toujours au visage, qui me rappelait momentanément la futilité de la vie.
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le Mer 15 Aoû 2018, 14:14



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La passion avait son lot de surprise. Quand Ćiro vivait à travers ses créations et sa curiosité, il parvenait à oublier tout ce qui l’entourait. Même les obligations qu’il s’était imposées pour survivre dans la tribu qui était la sienne. Le masque tombait, se brisait et disparaissait dans la terre comme si elle n’avait jamais existé. Car Ćiro était un maître artisan dévoué. Son intelligence apparaissait à travers chacun de ses gestes et ses armes étaient le reflet d’une précision certaine. Oui, l’idiot du village savait faire quelque chose de ses deux mains ! Et ce quelque chose était beau et puissant. Avec le temps, il y avait une réputation à ses ouvrages et il en était fier. Cependant, il avait toujours affiché son sourire le plus béat pour ne pas effrayer les femmes de la tribu. Pour ne pas se montrer plus important qu’elle ou plus malin. Il n’arrêtait pas de sous-valoriser son travail pour espérait continuer de se cacher dans un coin. Ce qui comptait, pour lui, rare homme parmi les Kovariis, c’était de passer inaperçu. C’était de jouer son rôle et de soutenir les autres, mais de ne jamais sortir de l’ombre. Après la mort de son père, cette crainte d’être pointé du doigt et envoyé chez les Iskaars l’avait tellement terrorisé, qu’il n’avait rien trouvé de mieux que de jouer les parfaits crétins serviables. Un rôle qui lui allait comme un gant et qui a fini, quelque part, par devenir une partie de lui-même. Toutes ces années, à prétendre ont fini par avoir raison de l’homme qu’il était réellement. Par laisser une trace.

Mais naturellement, face à une forêt inconnue, sans expérience véritable, il ne pouvait que se perdre et s’égarer. Non pas que ça le dérangeait vraiment, mais il ne connaissait pas encore tous les dangers de ce continent et s’en méfiait un peu. Que sa mère et sa sœur l’aient laissé partir, c’est un miracle. Il ne veut pourtant pas en abuser et vite plier l’affaire.

Jusqu’à croiser cette fille. Au départ, il se persuada que ce n’était probablement qu’une Pikuni égarée, mais son anglais parfait installa en lui des doutes plus grands. Il se présenta d’abord, lui et sa tribu, espérant que cela l’aiderait et, dans un premier temps, ça semblait être le cas. Il fit oui de la tête comme elle lui demanda si c’était ainsi qu’il se nommait, hésitant à reprendre la parole pour redonner le nom de sa tribu.

« Kovarii… Peuple des femmes guerrières. » Il pointa en direction de l’océan, puis abandonna l’idée. L’île, elle avait été emportée par la tempête. Dévastée. Il vivait désormais chez les Naoris, près du grand arbre. Des réfugiés… « Ami. » Finit-il par dire. « Ami Trikru » ajouta-t-il pour parler de cette tribu généreuse qui avait pris la peine de leur faire une place. Il tâcha de lui sourire, priant pour qu’elle ne soit pas dangereuse ou qu’elle ne tente pas de lui faire du mal. De toute manière, elle n’avait pas d’arme et lui avait toujours une main sur sa flèche. Idiot, ou pas, du village, il était rapide dans ses gestes, et même bien plus précis que certaines chausseuses.

« Pas possible. » Le peuple du ciel. Il n’y croyait pas. Il releva son arme. « Mensonge. Pas possible. Personne vivre là-haut. Là-haut vide. » Dit-il, plus effrayés que trahis, mais il n’y pouvait rien. À ses yeux, ces histoires-là, c’était des mythes. Une excuse peut-être, inventé par les Rahjaks pour trouver plus d’esclaves et venir dans le coin ? Oui, les Naoris lui avaient fait un petit résumé bien sympathique sur cette tribu du désert, mais Ćiro préférait ne pas s’attarder sur les rumeurs… sauf maintenant. Maintenant ça l'arrangeait, même. Cette fille lui paraissait jeune, d’ailleurs. Et similaire à toute personne vivante sur terre. Elle était plus petite que lui, par contre, vingt centimètres en moins presque. Elle avait la peau un peu plus bronzée que lui, mais ça ce n’était pas nouveau. Ćiro a toujours été le plus clair de tous.

« Je cherche peuples de la montagne. Maunkru. » Il chercha le nom anglais et reprit : « Athna. »

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le Sam 18 Aoû 2018, 07:33

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Mon attitude n’était certainement pas des plus bénéfiques, que ce soit pour moi ou pour les autres. Mais je n’avais pas toujours agi ainsi. Il fut un temps où je souriais bien plus facilement, et où mon goût pour l’aventure équivalait à mon amour éternel pour la cuisine. Une certaine partie de moi voulait retrouver cette Rachel-là, posséder son insouciance ne serait-ce que pour une journée, afin de voir le monde d’une façon beaucoup moins négative. Au moins comme ça, je ne sentirais plus le regard des autres, probablement choqués de me voir agir si froidement. Pas que je leur en veux; je ne pouvais que porter moi-même le blâme. En répondant toujours très brusquement, n’importe qui finirait par en avoir assez. Cela m’étonnait, que Chris continue de me parler, alors que je ne mâchais pas mes mots en sa présence. Bon, je l’avoue, je ne sais pas si j’ai très bien fait de lui avouer ce qui n’allait pas, mais au moins, en révélant une certaine partie de ce secret que je trimballais avec moi depuis un certain temps déjà, eh bien je prenais ma revanche, en me plaignant presque tout le temps. Est-ce qu’il viendrait à en avoir assez? Pire encore, en avait-il discuté avec quelqu’un d’autre? Je ne pouvais qu’attendre de voir, mon sort laissé entre ses mains.

Pourtant, ce n’est pas avec une telle pensée en tête que je devrais partir à la recherche de plantes diverses. Être prête à toute éventualité, rester sur mes gardes … c’est que la plupart des gardes et des guerriers me diraient. Des conseils que je n’écoutais pas, en vérité, car non seulement m’étais-je plus éloignée qu’à l’habitude, mais voilà qu’en plus, je croise le chemin d’un Grounder. Y’a pas à dire, les malheurs me suivent partout où je vais, ce qui ne me rassurais pas, quant à mon sort actuel. Pétrifée, je ne savais pas quoi dire, à part ce qui semblait le plus normal. Une conversation que j’aurais voulu éviter, préférant toujours traîner avec les Cents plutôt que ces gens hostiles. Qu’est-ce qui me prouve qu’il n’a pas l’envie de me tuer? Sûrement pas son arme pointée sur moi, les premières minutes. La tension qui se coupait toujours au couteau, et ce, malgré sa gestuelle et ses paroles. « Un peuple de femmes guerrières? C’est pas mal, ça. » Kovarii … mon dieu, je n’étais du tout douée pour me remémorer les divers noms des tribus. Oui, il pointait vers l’océan, mais ça ne m’aidait pas à les situer. Pire encore, je ne comprenais rien de sa langue, n’ayant jamais pris le temps de l’analyser plus que ce qu’il ne fallait. À noter qu’il faisait des efforts pour parler ma langue, quoiqu’il pourrait s’agir d’une méthode pour m’amadouer, justement. Ami? Je sais bien qu’on nous fit une place, que certains ne nous traitèrent pas aussi sévèrement. Néanmoins, je n’étais pas prête à lui faire complètement confiance. « Désolé, mais vu les attaques et les gens qui en sont mort, je ne donne plus ma confiance si facilement. » Regard noir que je lui lançais, une preuve flagrante que finalement, étouffer ses sentiments n’était peut-être pas la meilleure solution. En tout cas, mes interactions en prennent un sale coup.

La preuve de ça juste là, devant moi, alors que, paniqué, il releva son arme. Il ne croyait pas un seul mot de ce que je disais, estimant que le ciel était vide, que la vie y était impossible. « Non. Là-haut, c'était plein. Plein d’amis et de la famille. Plein de … vie. » Ces derniers mots qui se coincèrent dans ma gorge. « C’est ici que les gens ne semblent pas vivre, à se faire attaquer, à s’entretuer. » Pas nécessairement une critique, mais je me demandais sincèrement comment ils faisaient pour non seulement rien craindre d’une contre-attaque soudaine, sans compter leur manie d’apprendre aux enfants, dès leur plus jeune âge, à se battre. Non mais c’était quoi? Les pauvres ne pouvaient pas simplement s’amuser, ne pas se soucier des problèmes d’adultes immédiatement? Ainsi perdue dans mes pensées, je ne m’en défis que lorsque je l’entendis parler de nouveau. Athna … non mais il me prenait pour qui, une bibliothèque, peut-être? « Je peux demander à quelqu’un du campement, si tu veux. Mais moi, je ne peux pas t’aider; je … » Soupir las, alors que je ne savais pas s’il me comprenait entièrement. « Je n’ai aucune confiance en qui que ce soit. Trop de morts pour que j’oublie, pour que je m’approche. » Réunion ou pas, il n’y aurait jamais une façon simple de tourner la page. Je gardais la rancune trop souvent, et celle-ci se divisait entre l’Odyssée et les Grounders.
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le Jeu 30 Aoû 2018, 14:55



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2 JUIN 2118

Habitué à son île, Ćiro ne pensait pas avoir besoin de justifier d’où il venait. Sur place, personne ne posait vraiment de question même si ça avait quelque chose d’assez étonnant. Là-bas, sa seule présence justifiait la tribu à laquelle il était associé. Mais, chose très étrange pour lui sur le continent, cela avait été bien plus compliqué de le croire. Entre ceux qui trouvaient ça un peu improbable, ceux qui pensaient qu’il n’était qu’un Naori comme un autre et ceux qui osaient parler d’Iskar… Ćiro avait passé de nombreuses minutes à rappeler sa situation. À expliquer. Ils étaient très peu d’hommes, oui, mais cela ne voulait rien dire. Il était fier d’être un Kovarii. Fier des femmes de sa tribu, de ce qu’elle représentait, de ce qu’elle accomplissait. Il remerciait souvent la déesse de la place qu’elle lui avait offerte et priait pour que sa tribu puisse surmonter les obstacles à venir. Le cyclone avait détruit beaucoup. D’une part, l’île n’était plus un lieu vivable. Cela avait toujours été sa maison, mais maintenant, elle ne restait qu’un espace abandonné au loin. Et puis surtout, il y avait tous ces morts. Toutes ses belles âmes, disparues. Effacées même. Souvent, il repensait à eux, à ceux qui ne pouvaient plus savourer cette vie. Il repensait aussi au cimetière où se trouvait le corps de son père. Pendant des années, cette tombe lui avait offert du réconfort et aujourd’hui, il devait apprendre à faire sans.

C’était vraiment inhabituel pour lui. D’une part, il avait l’occasion d’aller explorer d’autres tribus et d’améliorer ses compétences et d’une autre, il devait s’accoutumer à un nouveau territoire. Alors quand il croisa le chemin de Rachel, il puisa en lui le peu de ses connaissances pour ne pas faire de bêtise. Heureusement, elle ne lui voulait aucun mal. D’ailleurs, elle semblait apprécier l’idée de la tribu dont il faisait partie, ce qui le fit sourire brièvement. C’était compliqué de parler avec quelqu’un qui ne comprenait rien à ce qu’il disait, mais ayant appris les bases de l’Anglais plus jeune, Ćiro essayait.

« Qui mort ? » Dit-il sans comprendre le lien entre ce qu’elle disait et ce que lui-même, disait. Le regard qu’elle lui lança lui donna des frissons. Il ne voulait pas lui faire de mal, mais maintenant, il doutait d’elle. Peut-être bien qu’elle pourrait lui sauter dessus, se venger pour quelque chose qu’il n’a pas commis ? Puis elle affirma venir de ciel et, dans la panique, Ćiro préféra se mettre en position d’attaque. Hors de question de se faire avoir par cette inconnue qui pourtant tenta de lui expliquer que là-haut, ce n’était pas vide. Qu’il y avait de la vie. « Si là-haut plein de vie, pourquoi toi être ici ? Pourquoi pas rentrer là-bas ? » Il ne baissa pas son arme. Ce n’était pas un guerrier, mais si, nécessaire, il savait utiliser les armes qu’il créait. Trouvant qu’il perdait assez de temps comme ça, il préféra donner les raisons de son départ et de sa solitude. Il cherchait le peuple des montagnes. Il comprit rapidement qu’il agaçait la jeune femme. Il ne cherchait même pas à se défendre en cas de flèche en plein cœur. Elle avait l’air… de ne pas s’inquiéter. Cette fois, il rangea sa flèche et tendit son arc.

« Moi créer… ça. Pas guerrier. Pas tuer. Femme Kovarii guerrière, pas homme. Pas moi. » Il laissa le temps à ladite Rachel d’observer l’objet, voire même de le prendre. Si elle n’avait confiance en personne, alors il devait la rassurer. Et si elle ne pouvait pas l’aider, il se débrouillerait. Peut-être bien que c’était son destin de la trouver elle, et pas le peuple des montagnes. Il n’aurait qu’à faire demi-tour et repartir une prochaine fois.

« Kovarii vivait sur île, loin derrière océan. » De nouveau, il tenta de pointer une direction. « Mais grosse tempête et nous venir ici. Plus de maison, mais Naori aider nous. Moi avoir famille. Maman, sœur… euh... femme très importante chez nous. Elle avant homme. Ćiro pas important. » Il se gratta la tête, ne sachant pas comment lui expliquer. « Je connais pas ici. Ni histoire, ni personnes. » De nouveau, il indiqua l’arc. « Je veux apprendre, avec Maunkru… Athna… comment faire mieux. Comment… améliorer, mais moi perdu. Forêt trop grande. » Il décida de se taire une seconde, puis tendit la main. « Moi, ami. Ami Ra... Rachel ? »

Rachel A. Gomez
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le Mar 04 Sep 2018, 06:30

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Retrouver les minuscules chambres du vaisseau, là où je passais le plus clair de mon temps. Je n’avais pas besoin de plus que ça pour vivre heureuse, si ce n’était la présence de mon frère et de ces amis, ceux qui devinrent les miens, par la même occasion. Quoique l’on me dise, la vie là-haut était plus simple. On ne craignait les attaques sanglantes d’ennemis et on célébrait bien plus souvent. La fraction, cette séparation si abrupte qui se faisait encore, entre criminels et innocents, entre Cents et Odysséens, elle se faisait ressentir. Entre autres, elle m’arrêtait dans mes soudaines envies de sortir, et peut-être aller voir Chris et Devos. À leurs yeux, je n’étais pas nécessairement quelqu’un méritant d’être prisonnière, mais le mal avait été fait. Ils vivaient parmi les autres, ils se liaient d’amitié avec des Odysséens que je ne connaissais pas, ou de qui je ne voulais rien entendre. À chaque fois que je partais en direction de leur campement, je m’imaginais faire face à un mur, à une division si énorme que plus les mois avanceraient, et moins je me sentirais confortable, de demander que l’on me laisser entrer. Advenant un tel changement, je leur dirais de venir me visiter, s’ils en ont envie, mais que moi, je ne bougerais pas de chez moi.

Égoïste, je sais bien. Ce n’est certainement pas ainsi que je survivrais plus longtemps, que je trouverais de l’aide, advenant une escapade plus longue que prévue, telle que celle-ci, et avec une rencontre pour le moins surprenante. Pourquoi, dites-moi, fallait-il que je croise un Grounder? Normalement, lorsque je pars faire le tour des plantes, que je me perds dans mes notes, je ne vois jamais qui que ce soit. Même les autres jeunes du campement ne me suivent pas dans mes aventures. Il faut croire que la poisse me suit, d’autant plus que cet inconnu tient un arc, tendu en ma direction, la pointe de la flèche pouvant m’atteindre le cœur en un instant. Est-ce que j’avais peur? Énormément. Néanmoins, je ne sourcillais pas, faisant comme toujours, portant le masque de mon choix. Cette fois, je choisis celui du dédain, ce qui n’était pas vraiment difficile, vu que je ne voyais pas les terriens d’un très bon œil. Toujours prêt à nous tuer, en nous voyant comme l’envahisseur alors que moi, tout ce que je souhaitais, c’était un peu de paix, et à l’époque de notre arrivée, un petit recoin tranquille où moi et mon frère pourrions vivre heureux.

« Beaucoup trop pour que je ne te les nomme, un à un. » Je ne me souciais aucunement du message que je lui transmettais, en le toisant si froidement du regard. Qu’il se mette en position d’attaque et qu’il tire. Ce n’est pas comme si j’avais quoi que ce soit à perdre, quoique je sais que certains m’en voudraient, de ne pas avoir fait attention, de ne pas y être aller avec plus de délicatesse. Mais j’en avais assez, de cette vitesse si lente. Les choses se passaient tout juste sous notre nez, et on restait là, à attendre la suite. Tant qu’à y être, pourquoi ne pas attendre patiemment que d’autres tribus viennent nous attaquer, juste pour que je puisse leur faire voir que des sauvages, eh bien ils ne changent pas. « Parce que tout a été détruit, et que maintenant, on est coincé ici. Si ce n’était pas le cas, crois-moi, je ne serais plus ici. » J’aurais certainement pris la première des places pour un retour dans l’espace, quitte à laisser tout le monde sur Terre. Et si personne ne me suivrait, alors ce serait d’autant mieux. J’aurais l’endroit à moi toute seule, je pourrais me défouler et vivre comme je le souhaite, sans que l’on ne vienne me dire que c’est mal.

Perdue dans mes pensées, j’entrevis cependant qu’il changeait de posture. En observant d’un peu plus près, je compris qu’il rangeait sa flèche et … qu’il me tendait son arme, tout en m’expliquant la culture de sa tribu. Pitoyable dans ma tentative de ne pas paraître intéressée, je ne pus que m’attarder sur l’arc, ma main s’approchant presque de l’arme. Dans un mouvement de recul, pourtant, je ne tardais pas à regagner ma position initiale. « Guerrier ou pas, tu as une arme entre les mains. Et tu dois savoir t’en servir aussi. » Je fixais encore quelque secondes les courbes de l’arc avant de poursuivre. « En tout cas, ça m’a l’air plus intéressant que les poignards, quoique je ne sache utiliser ni l’un, ni l’autre. » Rien qu’une théorie, quoique je détestais l’idée de manier des objets tranchants.

La conversation reprit des tons bien plus personnels, alors qu’il réitéra un peu plus en détail l’histoire de sa tribu. « Une île? Vous étiez à l’abris de tout le monde, alors. » Moi aussi, j’aimerais bien trouver un lieu éloigné et très peu joignable, afin de mieux m’adapter à la vie en solo. Malheureusement, selon ce qu’il me disait, la tempête avait tout détruit, et emporter certains membres de la tribu. « Tu as une mère et une sœur, ce qui est mieux que n’importe quelle maison. » Mon ton pouvait paraître brusque. Un peu de jalousie, que de savoir qu’il avait la plus belle des richesses avec lui, c’est-à-dire des membres de la famille auprès de lui. Bien que dans sa culture, c’étaient les femmes qui prévalaient, de toute façon, j’aurais tout donné pour avoir ne serait-ce qu’un seul membre de ma famille encore vivant. « Eh bien c’est simple. Par ici, ce sont des gens dont on a voulu se débarrasser, et là-bas, c’est ceux qui vivent plus confortablement. » Je pointais le campement des Cents, puis des Odysséens. Je ne l’aidais probablement pas à comprendre de qui il s’agissait, mais peu importe, je ne croyais pas qu’il voudrait les voir d’un peu plus près, de toute façon. « Si tu crois qu’ils peuvent t’aider, alors je te dirais de chercher encore un peu. La forêt est très grande, moi aussi je m’y perds souvent. Mais on finit toujours par trouver. » Je croyais qu’on en resterait là, qu’il comprendrait mon manque de confiance envers les terriens. Pourtant, il posa un geste qui me laissa sous le choc. Il me … il venait de me tendre la main, de se dire ‘ami’, de prononcer mon prénom. Serait-ce une manigance? Je ne saurais le dire. Toutefois, je réagis exactement comme au campement, ces derniers temps. « Ćiro, être ami avec moi, ce n’est pas … pas bon. Je ne suis pas bien là, et là, pour être ami avec qui que ce soit. » Je posais mes doigts d’abord sur ma tête, puis sur mon cœur, avant de reprendre, avec une mine plus basse. « Je suis tout aussi perdue que toi, sinon plus, et dans mon cas, il n’y a rien à f… » Je sentis mon cœur se tordre, l’impression que mon regard s’embrouillait, et question d’ego, je pris mes distances pour reprendre mon calme.
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le Dim 30 Sep 2018, 11:24



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2 JUIN 2118

Plus il passe de temps dehors, plus il hésite à faire demi-tour. Cela ne serait sans doute pas difficile de reprendre la bonne direction pour retrouver les Naoris, du moins il l’espère. Peut-être bien qu’elles ont raison, sa mère et sa sœur, de l’enfermer dans un coin bien limité. Il n’est peut-être pas fait pour découvrir l’inconnu, pour se lancer dans l’aventure. Lorsqu’il est parti, ce matin, il n’a pensé à rien. Il a foncé, curieux plus que jamais, excité à l’idée d’être enfin capable de faire quelque chose par soi-même. Maintenant qu’il est perdu, cela lui semble ridicule. Qu’est-ce qui s’est passé dans sa tête pour qu’il se laisse pousser des ailes aussi facilement ? Là, au centre d’une forêt inconnue, il regrette presque. Presque, parce que c’est quand même une première fois et que les premières fois ne sont pas facilement oubliables ou regrettables. Elles sont sources d’apprentissage et ça, il ne peut pas le nier. Mais les femmes ne verront pas les choses de cette manière. Elles se moqueront de lui, à son retour, et tâcheront de lui rappeler qu’il n’est qu’un homme : faible et sans savoir. Inutile, tout simplement.

Ćiro persiste, pourtant, à croire que cette rencontre peut l’aider. Que Rachel, même sans le savoir ou le vouloir, parviendra à lui donner une idée du chemin à prendre. N’importe quoi. Ou alors, il fera demi-tour et toute cette histoire ne sera plus qu’un vague souvenir pour une prochaine fois. Ce n’est pas difficile de se quitter, c’est plus compliqué de se faire confiance et il peut bien le sentir que Rachel, elle ne le croit pas vraiment. Qu’elle le juge pour quelque chose qu’il n’est pas. Pour un homme monstrueux, violent, prêt à attaquer et à tuer d’autres, comme elle. Ćiro n’a encore jamais attaqué qui que ce soit, ce n’est pas un guerrier. Même pour se défendre, il se contente de lever les bras et d’attendre que la tempête passe.

De son regard, il s’excuse pour ses morts. Peut-être qu’elle ne comprendra pas, mais c’est le cas. Il a si bien vécu dans son île que toutes ses histoires le dépassent. Il n’est pas responsable, mais il s’excuse. Il s’excuse au nom des autres hommes, aussi bête sont-ils. La mort n’est jamais simple et n’est jamais facile à accepter. Et puis elle ajoute que dans le ciel, ils ne peuvent plus y retourner. Que c’est impossible et qu’ils sont simplement coincés là, dans la forêt. Ils n’ont pas le choix que de survivre ici. Donc, la rumeur comme quoi ils sont là pour conquérir toutes les terres, elle est digne d’un conte de fées bien racontée. Il peut sentir dans sa voix que oui, elle aimerait rentrer. Alors il lève les yeux aux ciels et se demande comment il pourrait faire pour l’aider, mais ignore si la déesse répondra à sa prière.

« Tu veux essayer ? » Dit-il alors, gardant son arc à sa portée, n’ayant absolument pas peur de ce qu’elle peut faire. Ses regards noirs et sa voix grave ne changent pas le fait que Ćiro peut sentir sa peur. Peur que lui-même, possède. Face à l’inconnu, face aux autres, face à n’importe quoi, en fait.

« Oui, abris. » Répète-t-il, espérant avoir bien saisi ce qu’elle dit. Mais effectivement, son île l’a toujours protégé de tout et surtout des autres. La tristesse l’envahi à chaque fois qu’il y pense, à sa maison. Elle lui manque, elle et sa jungle folle. Il note ensuite la pointe d’amertume dans sa phrase, mais n’ajoute rien. Combien de ses proches sont mort ? C’est tout ce qui lui traverse l’esprit, mais il n’ose pas demander. Puis, elle lui indique deux directions et il fronce les sourcils. Il ne comprend pas de qui elle parle, mais comme il n’entend pas le nom des Athnas, il doute que ce soient eux qu’elle indique. Elle ne sait pas, tout simplement. Alors il imagine qu’elle doit parler des autres comme elle, mais il n’a pas envie de s’approcher d’eux. Il a peur, il ne veut pas y croire.

« Toi malade ? » Il observe les gestes qu’elle fait : une sur la tête, une sur le cœur. Enfin, elle s’éloigne, ajoute qu’elle aussi, est perdue. Égarée sans doute, aussi bien physiquement que mentalement. « Ami utile pour partager… » Et il fait les mêmes gestes. La tête, puis le cœur. Il n’a pas besoin de dire qu’il comprend, que l’esprit soit rongé par la souffrance, que le cœur pleure les pertes. Il y a peut-être des choses en plus, des choses que lui n’a pas vécues, des choses qu’il ne peut pas ressentir, mais il sait que ses amis lui tendent toujours la main, alors lui veut tendre la sienne. « Peut-être moi aider ? » Il pose alors ses affaires, se défait de tout ce qu’elle peut considérer comme étant un danger et ajoute. « Mériter confiance ? » À cet instant, il se fiche pas mal de ce qui peut lui arriver. Il en oublie même ses objectifs. Peut-être que la déesse l'a conduit ici pour une raison précise et que cette raison, c'est Rachel.

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le Dim 07 Oct 2018, 07:53

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Quoiqu’il arrive, je ne ferais pas demi-tour tout de suite. Mon plan, à la base, s’était de passer du temps dans un lieu tranquille, à faire une activité qui me plaît. Je n’allais tout de même pas jeter tout ça par la fenêtre simplement parce que je venais de croiser le chemin de quelqu’un que je ne connaissais pas. Oui, je sais bien, avec certains terriens, il faut marcher sur des coquilles d’œufs, faire attention à nos gestes et nos mots. Un conseil que je ne suivais pas, bien que mon premier instinct, en voyant l’arc pointé vers moi, fut d’y aller de façon posée et lui faire comprendre que je n’étais pas l’ennemie. Encore là, je prenais une chance, car il aurait parfaitement pu en profiter pour me tuer instantanément. Je ne savais rien ou presque des tribus aux alentours et je ne me questionnais pas tant sur ceux et celles avec qui les tensions étaient encore palpables. Je me facilitais la vie en disant simplement que tout le monde pourrait éventuellement essayer de se venger, de nous attaquer, et cela me suffisait à me mettre toujours en garde. On aurait beau me critiquer, si cela me permet de rester en vie un peu plus longtemps, c’est tout ce qui importe.

Et si cette rencontre soudaine m’a immédiatement mise sur mes gardes, ce n’est pas pour autant qu’on ne s’attaqua. De mon côté, ce n’est pas bien étonnant, vu que je suis de celles qui courent comme une poule sans tête, à la recherche d’un endroit où me cacher jusqu’à ce que les choses se calment. En revanche, dans son cas … je m’attendais à ce qu’il tire d’abord et pose les questions ensuite. À mes yeux, ils étaient tous des êtres presque sauvages, capables des plus grandes horreurs que pour démontrer leurs forces. Mais alors … pourquoi est-ce qu’il abaissa son arme? Pourquoi me demandait-il des directions? Et pourquoi est-ce qu’il me racontait son histoire? N’était-ce qu’un guet-apens, en attendant que des renforts n’arrivent? Aucune idée, mais si je n’en ai pas encore vu pour l’instant, il me semble évident qu’il n’y a personne d’autre dans les environs. Je me délie donc la langue à mon tour, en avouant d’abord que je ne sais pas où peut bien se trouver la tribu Athna. S’il voulait vraiment s’y rendre, ce sera sans mon aide, vu que je ne sais même pas de quelle tribu il s’agit, bien précisément. Puis, je lui avouais certains détails à propos des Cents, autant de la mort tragique de certains, que l’endroit d’où on venait. En lui indiquant cela, je lui transmis ma terrible envie de quitter la Terre pour justement retrouver le vaisseau.  

Son silence me surprit quelque peu, mais ce fut surtout son regard qui me laissa sans voix. On aurait dit qu’il demandait pardon, qu’il me montrait à quel point il s’en voulait, même si je me doute que ce ne soit pas lui, l’auteur des meurtres passés. Oh, je ne pouvais nier l’importance de ce message. Cependant, comme Robb n’avait pas été tué par un grounder, je ne me sentais qu’un peu moins anxieuse, sans pour autant croire qu’une confiance puisse régner. La tension règne encore, malgré les efforts mutuels des Cents et de quelques tribus. Ce n’est pas tout le monde qui adhère ou qui accepte le traité. Bordel, ne serait-ce pas plus simple que de nous croire, quand on disait ne pas vouloir envahir la place et les renvoyer ailleurs?

« Je … » J’étais pour le moins intrigué devant l’arc, et le fait qu’il me le tende ainsi, à ma portée, n’aidait en rien ce mélange de peur et d’envie qui me traversa. « Je ne devrais pas non. Je ne sais déjà pas me battre, alors avec des armes, ce sera pire. » Des mots que je répétais mentalement, question de me dissuader d’un quelconque geste que je pourrais regretter plus tard. Je ne saurais pas le tenir comme il le faut, je ne parviendrais à rien de plus, sinon à avoir l’air complètement ridicule. Lui donner la chance de se moquer d’un Cent, ce n’était pas très agréable, quoiqu’en le regardant, il ne m’avait pas l’air de ceux qui nous attaquèrent, peu après notre arrivée sur Terre. N’avait-il pas dit que son île fut détruite, et qu’il y perdit ses proches et amis? Je me doute qu’il ait eu le courage de laisser sa rage ou sa tristesse parler en venant se défouler sur les nouveaux arrivants. « Moi aussi, j’aurais aimé trouver un abri comme ça. C’était tout ce que je voulais, en débarquant ici. Un endroit où je me serais senti bien, protégée. Tu ne me croiras probablement pas, mais je rêvais d’une petite cabane, un jardin avec plein de légumes, et rien que beaucoup d’espace vert … partout. » Je me remis à penser aux dessins que je faisais, enfant, avec une maison, un arbre à côté, et moi et mon frère, de chaque côté, chacun avec un énorme sourire. Heureusement que ce genre de choses restèrent sur le vaisseau, car je ne sais pas si j’avais eu le courage de les regarder.

Même si mes témoignages les plus sincères étaient probablement coupables de sa réaction, je ne m’attendais pas à ce qu’il soit si amical. Me tendre la main, se dire ‘ami’ et prononcer mon nom … je ne savais pas quoi en penser. Je ne lui cachais pas que je n’étais pas de celles avec qui l’amitié se faisait difficile, voire impossible, indiquant par la même occasion que je n’allais pas assez bien mentalement et émotionnellement. Peut-être qu’en sachant ça, il partirait. Mais non, il fit tout le contraire. « En quelque sorte. » Il me fallait maintenir mes distances afin d’insister sur le fait qu’il ferait mieux de partir. Comme depuis le début de cette conversation, il continua de me prendre au dépourvu, imitant mes gestes tout en disant que des amis, c’est utile pour partager. Je n’en croyais pas mes yeux, ni même mes oreilles. Il croyait pouvoir aider. Il voulait prouver qu’il était de confiance, déposant ses affaires par terre. « Pourquoi tu voudrais m’aider? » Mes jambes tremblaient, que ce soit de rage ou de trouble émotionnel, car pendant un instant, je crus entendre et voir mon frère, juste là, à la place de Ćiro. Était-ce un signe, devais-je comprendre cela comme une preuve que ce grounder était de confiance? Je ne saurais dire si c’était le choc de cette vision ou le temps passé à garder tout cela pour moi, mais en tout cas, sous le coup de l’émoi, je sentis quelques larmes coulées, et je m’accrochais à un des troncs, me laissant doucement glisser. Puis je hochais de la tête, lui indiquant que je lui accordais ma confiance, même si en ce moment, je ne semblais pas dans le meilleur des états. « Mon frère … il est mort … et je … je me sens vide … complètement vide. » Je retrouvais un peu de calme, après quelques minutes d’acharnement, avant de poursuivre. « Et si je deviens ami avec qui que ce soit, j’ai peur … peur qu’il meurt, … que tout le monde meurt … » Après que cette vague de sentiments ne se mette doucement à s’éloigner, je ressentis un brin de mélancolie. N’était-ce pas quand j’étais troublée ainsi que mon frère m’entourait de ses bras pour me consoler? Oui. Malheureusement, je n’avais que les miens, et il fallait me contenter de ça, pour m’aider à passer outre la tristesse.
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le Dim 04 Nov 2018, 12:09



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C’est peut-être encore trop tôt pour partir à l’aventure. Oui, c’est ça. C’est trop tôt. La prochaine fois, il demandera l’aide d’un Naori, il fera l’effort d’étudier un peu plus le chemin pour aller chez les Athnas. Peut-être bien qu’après, il ira voir d’autres tribus, peut-être… Que peut-il faire seul ? Vraiment, il se demande. En fait, il se sent bien incapable sans ses femmes à ses côtés. Sans ses amies, sans sa famille. Il n’est peut-être pas fait pour ça. Pour voyager. Pour découvrir. C’est presque déprimant, lui qui avait vécu une si belle expérience à la foire. La déesse a peut-être eut raison de générer cette rencontre. Ćiro a vécu trop d’années dans sa bulle, il doit d’abord se préparer mentalement avant de plonger dans l’inconnu. C’est fou, pendant si longtemps, il s’était contenté d’être l’idiot du village par crainte de se retrouver ici, sur le continent, livré à lui-même, sans tribu, solitaire. Et là, il ose partir seul. Il ose croire qu’il peut accomplir quelque chose, s’améliorer, devenir quelque chose même. Oh, il est déjà un très bon artisan – le meilleur si on lui demande. Appliqué, passionné, aimant… Il est la main de la mort, celui dont les flèches ne ratent jamais ses cibles...

« Si tu vises arbre, moi pas avoir mal. » Il a du mal à comprendre ce qui la retient, mais il ne veut pas la forcer non plus. Ce n’est pas quelqu’un qui frappe avant de parler, pas lui. Non, Ćiro n’est pas un guerrier. Il n’a pas appris à chasser, à se battre. Il vise très bien, il est même excellent dans le domaine, mais de là à viser une femme, hors de question ! La honte, le blasphème même… Peut-être qu’il aurait été plus ses gardes facent à un homme. Il a une image bien dépravée de ces êtres, lui se considérant comme étant un peu plus éduqué et civilisé. Il ne veut pas faire peur à Rachel, il veut son aide et si besoin, il veut lui offrir la sienne. Parce que c’est comme ça que le monde avance, qu’il continue de briller.

« Pas assez vert pour toi ? » Il regarde autour de lui, observant les grands arbres qui montent haut dans le ciel. Il n’est pas sûr de tout comprendre, mais il repense inévitablement à sa maison, son atelier et le lit dans le jardin, où il s’allongeait si paisiblement l’été. À part les moustiques, ce n’était franchement pas désagréable comme lieu de vie. Rachel aurait sans doute adoré, car si elle cherche un endroit où vivre à l’écart du danger et des problèmes, l’île aurait été parfait. La preuve, Ćiro ne sait rien sur ce qui s’est produit ici. De la guerre, des trêves, des différentes mésententes. Il ne sait pas. Il connaît vaguement les noms des différentes tribus, mais leurs règles ? Pas vraiment. Il continue de découvrir, d’apprendre, d’observer, de reculer parfois. Il n’est pas sûr de lui et en dehors des Iskaars, il n’a que des fragments d’informations. C’est donc naturellement qu’il essaye de ne pas faire de faux pas. Il sait qu’il doit éviter le désert, au risque de se retrouver prit en esclavage par les Rahjaks, mais les autres ? Quelles sont les différences entre leurs cultures et la sienne ? Il sait qu’il peut se retrouver enfermé ou pire, tuer, pour un oui ou pour un non. Il sait. Crétin, mais pas entièrement. Son masque se brise chaque jour un peu plus depuis qu’il est ici. Va-t-il, bientôt, pouvoir être lui-même ?

Il ne sait pas quoi répondre à sa question. Pourquoi il veut l’aider ? Parce que la déesse le veut. Mais peut-il le dire à voix haute ? Il ne sait pas. Elle risque de ne pas comprendre. « Parce qu’il faut aider toi et moi, pour… pour être bien. » Ce qu’il veut dire, c’est qu’il faut s’entraider dans la vie, pour survivre et pour être heureux. C’est ensemble qu’il est possible d’avancer, d’aller mieux, de se reconstruire et de ne pas sombrer. « Naoris aidait nous. Moi, aidez-toi ? » Un peu comme un partage, qui évolue de tribus en tribus, pour le bien-être de chacun. Il a peur d’avoir dit quelque qu’il ne fallait pas et se maudit de ne pas avoir exercé davantage ton anglais avec les marchands. Cela aurait peut-être facilité cet échange…

Il se sent mal pour elle. Ce n’est pas compliqué de comprendre que son frère est mort. Peut-être bien qu’elle se sente vide et ça, il comprend. « Moi pas mourir. Pas encore, trop tôt. » Dit-il sans s’en rendre compte. L’habitude de l’idiot qu’il joue depuis toujours. Sentant qu’il fait peut-être une erreur, il essaye de reprendre : « Papa mort, tué par jaguar. Devant moi. » Un frisson le parcourt en repensant à la scène. « Ćiro seul. Femmes trouver homme pas utiles. Mère pas pleurer sa mort et moi… seul. » Il ne sait pas comment dire la suite, alors il se baisse, retourne un peu de terre et ajoute « Enterrer tout seul, comme grand. Moi dix ans. » Il est hanté par le cadavre de son père, par toute la cérémonie qu’il avait accomplie avec les rares autres hommes. Il en tremble encore. « Moi souvenirs plus mort papa que lui vivant. Triste, non ? Alors moi essayer de garder souvenirs heureux. » Et puisque c’est fatiguant de parler en anglais, il reprend dans sa langue : « Em ste hir, en hir » (Il est là, et là.) Il désigne la tête et le cœur. « Comme toi, frère. » Par habitude, il fait un pas en avant puis s’arrête. Il ne veut pas la brusquer. « Lui, avoir toi… euh voir toi, avoir œil sur toi. Toi, rend lui fier ? » Il se mord la lèvre. « Anglais… pas terrible. Désolé. » Il s’en veut de pas pouvoir dire plus, se sentant frustré de ne pas trouver les bons mots. C’est compliqué de tenir une conversation avec la langue en moins, mais il espère que les gestes ont suffi. Qu’elle a compris. Ce vide, il le ressent aussi. Cette peine, il la partage. Qu’il soit d’une autre tribu, d’un autre monde même. Il sait ce qu’elle ressent.

Soudain, Ćiro perçoit un craquement à droite. D’une rapidité qui lui est propre, il reprend son arc et se prépare à viser la bête qui ose s’aventurer si près d’eux. Puis, doucement, un chevreuil apparaît. Il n’est pas très beau, il semble même un peu blessé à la cuisse et il a plusieurs yeux, mais ce n’est pas un animal dangereux. La bête les étudie une seconde, puis continue son chemin. « Moi avoir toujours peur. Peur jaguar revenir pour moi. » Dit-il en baissant sa flèche, regardant l’animal disparaître derrière les feuillages.

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le Sam 01 Déc 2018, 08:14

a help will always come for those who believe
J’oublie trop souvent que de partir à l’aventure, par ici, signifie de constamment surveiller ses arrières. Malheureusement, beaucoup font la même erreur, et parfois, ça leur coûte leur vie. Bien que la faute retombe sur les animaux sauvages, en grande partie, je ne pouvais m’empêcher de craindre que des tribus encore insoupçonnées se cachent dans les parages. Il n’y avait aucune garantie qu’à force de cohabiter avec plusieurs d’entres elles, que les Cents et les Odysséens les connaissaient toutes. Tant de territoires restaient inexplorés, donc il se pouvait que l’on y découvre d’autres habitants. Du temps, beaucoup de temps, en fait, pour pouvoir en prendre note, au fur et à mesure. Rien qu’en ce moment, je faisais exactement ça, croisant un grounder, ne soupçonnant pas une seconde de quelle tribu il venait. En réalité, la première chose qui me vint à l’esprit, c’est l’instinct de survie. Ainsi, j’estimais que cet inconnu apparu de nulle part était un ennemi. Je me braquais immédiatement, levant les mains comme pour lui prouver que je n’étais pas armée, mais je me préparais à détaler à grade vitesse, advenant une confrontation. M’enfin … tout ces plans tombèrent à plat dès que l’on se mit à parler. Tout se faisait dans le calme, l’arme qu’il pointa vers moi lorsqu’il m’aperçu maintenant à porter de mes mains, voulant que j’essaie l’arc à mon tour. Je ne savais pas trop quoi en penser, mais refusait aux premiers abords, n’ayant aucune connaissance niveau maniement d’armes. « Je sais bien que si je vise l’arbre, je ne te ferais pas de mal. Mais justement, je ne sais pas comment utiliser ça, alors comment je fais faire pour viser quelque chose? » Je lui fis la démonstration, prouvant ainsi que je ne savais même pas tenir l’arc. « Tu vois? » Je le lui rendis, ne voulant pas causer plus de problèmes, advenant l’apparition soudaine de l’un des siens.

« C’est vert, je sais. Mais malheureusement, on dirait que le vert est devenu banal depuis que je me retrouve toute seule, à marcher dans la forêt. » C’était fort agréable que de me promener avec mon frère, à s’émerveiller tout à tour, à s’imaginer pouvoir grandir et vieillir par ici. On s’amusait souvent à s’allonger et apprécier l’immensité des arbres. Sans lui pour m’accompagner, je ne pourrais pas dire que le paysage retient de sa beauté. On aurait dit que le monde plein de couleurs avait repris des tons de noirs et de gris. Je comprenais cependant que pour Ćiro, il n’y avait pas mieux que la nature. C’est tout ce qu’il a connu, donc c’est tout à fait normal. De mon côté, la noirceur de la voûte céleste prenait toute la place dans mon cœur, maintenant. Autant ne pensais-je pas à l’Odyssée auparavant, autant je ne peux que souhaiter, nuit après nuit, qu’un vaisseau passe par ici et que je puisse y embarquer pour aller loin de tout ça. Des pensées que je ne verbalisais pas, sachant parfaitement que de tels aveux rendraient Chris et Devos furieux, qu’ils trouveraient tous les moyens possibles pour moi de ne pas partir.

Et mon passé continuait à me hanter, à me faire comprendre que je ne pourrais partir d’ici, alors que, le temps d’un instant, je crois voir mon frère juste à côté de Ćiro. Pourquoi diable est-ce que ce grounder voulait m’aider? N’avait-il pas autre chose à faire? Quelle est la raison de sa présence ici? Pourquoi crois-je voir mon frère? Aucune réponse ne me venait à l’esprit. Tout ce que j’entendais, c’était les mots de cet inconnu, qui continuait de faire de son mieux, avec un anglais que je comprenais facilement. « Ce n’est jamais si facile. M’aider pourrait t’éloigner des autres tribus, si elles ne nous aiment pas. Tu devrais t’allier avec les gens qui ont grandi sur Terre, qui savent exactement ce qu’il faut faire. Je ne peux pas t’être d’une grande aide … je ne connais que les plantes et la préparation de la nourriture. » Pour être bien. Est-ce que cela se pourrait vraiment, dans mon cas? Je ne sais pas si je trouverais un jour cet équilibre qui semble venir si facilement aux autres. « La seule façon que tu pourrais m’aider, c’est de poursuivre ton chemin, essayer de trouver ce que tu cherches. » Je souris brièvement, ne serait-ce que par amertume de ce que j’allais prononcer. « Quand on sait ce qu’on cherche, c’est toujours plus facile. » Un conseil que je devrais prendre avec moi, mais que je délaissais, plutôt. La douleur de ma peine trop grande pour juste rester là, à l’observer. Sentant le besoin de m’éloigner, de le mettre en garde contre moi et contre la mort qui rôde constamment. C’est à ce moment qu’il se mit à me raconter l’histoire de son père, de lui, de sa solitude. J’avais beaucoup de peine pour lui, mais gardais respectueusement le silence. « Je suis … désolée. C’est … c’est difficile, de devoir faire tout les préparatifs seul, et ne pas avoir qui que ce soit pour en parler. » Néanmoins, il avait une façon de voir les choses complètement à l’opposé, misant sur le positivisme, les bons souvenirs. Pointant du doigt sa tête et son cœur, je compris, malgré la langue, qu’il disait que son père se trouvait toujours là, et donc, que mon frère aussi. Il s’avança encore un peu, avant de s’arrêter et marmonner encore quelques mots, non sans s’excuser pour son anglais. « Ne t’en fais pas, j’ai compris l’essentiel. Et c’est pas comme si je connaissais ta langue, donc je ne peux pas faire le même effort que tu fais. » Ça, c’était la partie facile de son discours. Le plus dur restait à suivre. « Je ne sais pas, si mon frère a un œil sur moi, ou si je devrais essayer de le rendre fier. Il est mort, y’a rien à faire. C’pas comme si je pouvais lui parler une dernière fois. Et sans lui pour veiller sur moi, je me retrouve perdue. » J’essuyais rapidement les gouttelettes voulant commencer à glisser le long de mes joues.

À ce même moment, Ćiro entendit un bruit quelconque, le mettant tout de suite aux aguets, arc en main, cherchant la source de ce qu’il perçu. En un rien de temps, un chevreuil apparu, nous rassurant un peu plus, quoique la quantité de yeux me laissa dégoûtée. Heureusement, l’animal reprit son chemin rapidement. « La peur … c’est un mal avec lequel on doit apprendre à vivre. Pendant les premiers mois, quand on est arrivé ici, j’avais tellement peur d’être la prochaine à mourir. Je tremblais à chaque fois que j’entendais marché. C’est mon frère qui me rassurait. » Une trombe émotive, voilà ce que j’étais. Il n’y avait qu’une solution, pour calmer les choses. « Ćiro, … je … est-ce que je peux te demander de rester là, avec moi, rien qu’un peu? Je ne veux pas … être seule. Pas tout de suite. » Je le regardais brièvement avant de simplement m’assoir dans les grandes herbes, observer le mouvement du vent sur les feuilles. Je ne pouvais pas lui demander d’être Robb, de m’enlacer ou de juste me permettre de déposer ma tête sur son épaule. Tout ce que je voulais, c’était de la compagnie, pendant que je revivais le deuil de façon plus prononcée.  
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le Mar 25 Déc 2018, 13:07



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2 JUIN 2118

Ćiro ne s’attendait pas à croiser qui que ce soit dans la forêt. Bien entendu, lorsqu’il a réalisé qu’il était perdu, il espérait trouver de l’aide. Quelqu’un pour lui indiquer une direction, un chemin à suivre. Il réalise maintenant que Rachel ne lui dévoile qu’une seule route et c’est celui des Naoris. Il doit rentrer, il doit prendre sur lui et attendre un peu avant de se lancer comme ça à l’aventure. Il doit apprendre, aussi, à connaître davantage sur les peuples du continent. Si Rachel ne sait rien des Kovariis, alors c’est que Ćiro a du travail devant lui. Il a une histoire à raconter, une légende sur des femmes exceptionnelles. Depuis, il sait que si c’est ce que la déesse attend de lui, alors il serait bien capable de le faire. Sauf que ce n’est pas un prêtre et qu’il n’a pas le pouvoir de la Kuhaani pour rependre la bonne parole. Peut-être qu’avec l’âge, il pourra prétendre à un tel titre, mais il est encore loin d’avoir acquis l’expérience nécessaire.

La seule chose dont il est certain, c’est que Rachel n’est pas un danger pour lui. Il ne sait pas vraiment l’expliquer, mais il finit par baisser son arc et par même lui tendre. Il lit dans son regard une espèce de peur qu’il connaît et partage, mais qu’il refuse de voir associé à lui. Ćiro n’est pas dangereux. Il sait se défendre et il confectionne des armes, mais ce n’est pas un guerrier. Il n’attaque pas, il ne tue pas. C’est difficile de le dire dans une langue qu’il ne pratique pas assez, mais il fait de son mieux. Il l’observe tenir son arc sans savoir, sourit un peu face à l’évidence : elle ne sait pas. « Si toi vouloir, moi, un jour, apprendre toi. » Et elle apprendrait alors de l’un des meilleures. Elles ne le savent peut-être pas dans sa tribu, mais le meilleur viseur, c’est lui. Lui qui créer chacune de ses flèches avec une attention particulière et qui sait ce dont a besoin chaque personne en jugeant à vue d’œil leur force. Bien entendu, personne ne le sait vraiment. Il est juste bon à créer, c’est tout. Il ne peut pas montrer qu’il est fort, intelligent, qu’il comprend plus qu’il ne le prétend. Cela risquerait de changer sa position dans la tribu. Sa plus grande crainte, c’est qu’il ne soit plus accepté. Qu’il soit banni, abandonné à d’autres.

« Il y a désert, sinon. » Il tente d’indiquer une direction, mais finalement laisse tomber. Après tout, il est perdu. Il ne sait même pas comment retrouver les Naoris, mais il verra plus tard. Il peut comprendre que l’environnement qui entoure Rachel l’étouffe. Après tout, c’est naturel. Ćiro, lui, est en manque de son île. Un jour, peut-être, il y retournera, mais en attendant, le continent est le seul espace qui lui permet de vivre. « Mais dangereux. » Pourtant, durant la foire, tout s’était bien passé. Le peuple du désert ne s’était pas montrés hostile avec lui et, au contraire, il avait même pu échanger avec eux. Pourtant, il a vu ce qu’était un esclave et il peut comprendre pourquoi beaucoup évitent de s’approcher de la cité de feu. Un jour, il irait. Il pourra voir les choses par lui-même.

Mais tout ceci n’avait aucune importance à cet instant précis. Ćiro perçoit une tristesse qui lui est familière et se refuse d’ignorer un tel signe. S’il peut l’aider, il le fera. Il ne sait pas ce que ça va lui coûter, il s’en fiche un peu, mais il ressent comme un appel au fond de lui. Quelque chose lui dicte de ne pas partir tout de suite. La Déesse, sans aucun doute.

« Mais toi, chercher quoi ? » Il est un peu confus, il n’a pas tout compris. Il a l’impression qu’elle lui donne plusieurs options, mais ne vois pas lesquelles. Est-ce que pour l’aider, il doit la suivre ou est-ce qu’elle doit l’accompagner ? Les Naoris pourraient-ils accepter sa présence ? Les Kovariis, c’est autre choses, mais si elle se plie à leurs règles, pourrait-elle devenir l’une d’elles ? Tout se bouscule dans sa tête, sans qu’il ne parvienne à trouver les réponses. Il faut qu’il pose la question à la grande prêtresse. Peut-être que ça pourrait être une solution, qui sait ? Lui, c’est ainsi qu’il a survécu à la perte. C’est sa foi qui le maintiens toujours, peu importe les obstacles. Il réalise alors la perte que Rachel a subie avec son frère, il réalise à quel point, ils ont vécu quelque chose de similaire. Ce n’est pas juste le fait de perdre un être cher. C’est aussi le fait de perdre un repère. De perdre la personne qui était là pour eux, pour les guider, pour les faire avancer dans la vie.

« Lui entendre toi, toujours. » Lui, il y croit. Il est persuadé qu’en retournant à la terre, son père ne fait plus qu’un avec la nature qui l’entoure. Parfois, une légère brise le rassure et il pense alors que c’est l’âme de son paternel qui lui dit que tout va bien. « Esprit pas disparaître. Esprit partout. » Il ne sait plus le mot exactement, mais il sait que l’âme de son père est encore là. Il ne faut pas voir la mort comme une fin radicale. Comme un mur géant qui s’installe entre deux personnes. Tout comme Rachel, il ne retient pas une larme, ému par ces propres souvenirs et sa propre peine, mais aussi par celle de la jeune femme. Il peut ressentir sa douleur, comme si c’était l’écho de la sienne.

« Mourir être destin de tous. » dit-il en regardant l’ombre du chevreuil. C’est la triste réalité, personne n’est immortel. Il ravale sa salive et ranger son arc et ses flèches. Il en profite pour lever la tête vers le ciel, fermer les yeux un instant et respirer. C’est ainsi qu’il gère sa peur, il la laisse s’échapper doucement. Puis, les mots de Rachel le ramènent à la réalité et, en silence, il s’assoit à ses côtés. Pour être honnête, lui non-plus n’a pas envie d’être seul…

Rachel A. Gomez
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le Dim 30 Déc 2018, 08:18

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Ce n’est pas comme si je me surprenais d’avoir croisé un grounder, alors que je m’étais éloignée un peu plus du campement des Cents. D’habitude, je ne cherche que des plantes assez proches de notre groupe, pouvant ainsi rebrousser chemin sans trop de difficultés. Aujourd’hui, cependant, je m’étais aventurée plus loin, ce qui me valut cette rencontre inédite, mais également très angoissante pour quelqu’un tel que moi, qui voit ces gens comme suspicieux, ou carrément des ennemis. Comment les voir d’un autre œil, alors que celui-ci me pointait une arme au moment où nos chemins se croisèrent. Ma première pensée, en le voyant, fut de détaler immédiatement, de prendre de la distance. Pourquoi n’avais-je donc pas écouté mes propres conseils? Aucune idée. Je me surpris à communiquer, à lui faire comprendre que je n’étais pas là pour lui faire du mal. Une conversation qui prit tout une tournure, alors qu’il dévoila son histoire. Les Kovariis, un peuple que je ne connaissais pas … ce qui, en fait, s’appliquait à toutes les tribus en général. Je ne connaissais que quelques noms et leur signification. Pour de plus amples informations, il faudrait se référer à quelqu’un en sachant plus, mais ça ne m’intéresse pas non plus.

Je ne saurais dire si mon approche envers lui fut la bonne, ou si je sus trouver les bons mots. Tout ce que je sais, c’est qu’à force de parler, il finit par baisser son arc. Puis, sans que je comprenne exactement pourquoi, il me le tendit, me donnant ainsi l’opportunité de voir une telle arme de plus près. Impressionnant? Oui, très. J’enviais toujours à bien des Cents et Odysséens leurs capacités à manier des armes et à se battre sans sourciller une seule seconde. Non mais merde, c’est à se demander si le conseil a lu ma fiche. Je n’avais pas la trempe de certains, la survie ne me venait pas si naturellement que ça. La seule véritable capacité que je possède, c’est celle de courir comme une poule sans tête dès que je sens le danger nous guetter. Est-ce que j’aurais voulu changer? Oui, c’est bien vrai. Néanmoins, plus le temps passe et plus je sens que je n’apprendrais rien. Soudainement, il me proposa de m’enseigner le maniement de l’arc, remarquant mon regard fixé sur l’arme, probablement. « M’apprendre? Tu es sûr que tu veux perdre ainsi ton temps? J’suis pas la meilleure des élèves, et je n’ai pas manié beaucoup d’arme dans ma vie. » Plus simple lorsqu’on a déjà baigné dans l’univers du combat. Quant à moi, je n’y connaissais pas grand-chose.

Le désert … ah ça, je savais pertinemment qu’il ne me fallait jamais aventurer dans ces environs. Si je ne supportais déjà pas les tribus voisines à notre campement, alors celle-là, je n’ose même pas croire ce qui nous arriveraient à tous, compte tenu d’une attaque soudaine de ces terriens dangereux. « Je n’y mettrais jamais les pieds. Le désert en soit est déjà dangereux, mais puisque des véritables monstres habitent là-bas, je m’en tiendrais très … très loin. »  Un soulagement que de nous savoir à une distance plus que raisonnable du désert. En cas d’urgence, on pourrait toujours prendre la fuite rapidement. Des plans que j’échafaudais de mon côté, ne sachant pas si les autres avaient déjà pensé à tout cela. M’enfin, j’y songeais de façon plus constante auparavant, avec mon frère, au cas où on se voit aux prises avec d’autres grounders. Maintenant qu’il n’était plus là, je ne pouvais en discuter avec personne. La solitude qui me fouettait encre en plein visage, alors que j’exprimais bien plus facilement ma tristesse à Ćiro, doutant qu’il ne me pose des questions. Grave erreur! « Qu’est-ce que je cherche? Bonne question … » On ne m’avait jamais demandé ça, de façon si directe. En revanche, cela me permit de réfléchir un peu plus clairement à mes supposées aspirations. « Je cherche … je cherche une façon de trouver ma place, de devenir plus fort. Et si je pouvais trouver tout cela sans que ce soit sur le campement, je serais aux anges. » Non, il manquait encore quelque chose. « J’aimerais bien aussi parcourir un peu, trouver un recoin plus éloigné pour y habiter … c’est ce que mon frère aurait voulu. » Je souris brièvement. « Mais tout est très difficile parce que je ne sais pas me défendre, et parce que je ne m’entends pas bien avec les tribus. » Dernier point encore plus important; mon frère n’était plus là pour m’aider. Et merde! Dès que je pensais à lui, mon cœur se tordait et les larmes embrouillait ma vue.

Mon vœu le plus cher que de pouvoir lui reparler, une dernière fois. Les conseils de Robb étaient ce qu’il me fallait le plus, en ce moment, et le silence qu’il laissa derrière lui, à sa mort, me tuait toujours un peu plus de l’intérieur. Aux yeux de Ćiro, lui qui connut la perte de son père, un être d’une aussi grande importance, la mort ne semblait pas le dissuader d’un contact traversant le temps et l’espace. Robb m’entendait? Je n’en étais pas sûre. « S’il m’entend, alors pourquoi ne fait-il rien pour m’aider? Je suis à un point dans ma vie où je ne sais plus quoi faire, où tout me dégoûte et rien ne me pousse à continuer. » Je m’emportais encore une fois, le chagrin toujours plus fort que le reste. « Je ne veux pas que son esprit soit partout. Je veux qu’il soit là, à côté, et qu’il m’aide. Je veux juste qu’il m’aide. Je ne veux pas … qu’il m’abandonne. » C’était horriblement difficile de sortir ces derniers mots. Ce fut justement ce sentiment d’abandon qui propulsa ma rage, lorsque Chris m’annonça la triste nouvelle. Pourquoi est-ce que Robb m’avait … abandonné?

Un bruit soudain nous sortit immédiatement de cet échange, mais ce ne fut qu’une fausse alerte. Un simple chevreuil passait par là, et quitta tout aussi vite les lieux. La peur … tous possédaient ce joli petit défaut, mais certains le refoulaient. Moi, je n’avais aucun problème à avouer que la mort me terrorisait, lors de notre arrivée ici. Ironiquement, Robb me rassurait à chaque fois, alors que c’était lui qui décéda en premier. Oui, c’est bien vrai, nous étions tous destinés à mourir, que ce soit maintenant ou plus tard. Mais je ne souhaitais guère penser à cela d’une façon si philosophique. À mes yeux, la faucheuse me vola un être cher, et jamais je ne la verrais d’un bon œil. Je n’avais cependant pas envie d’en reparler, préférant m’assoir par-terre, non sans demander à Ćiro s’il voudrait bien rester. Il le fit, après avoir pris quelques secondes pour se calmer. Le silence s’établit, non sans quelques interruptions de ma part, de pleurs étouffés, de larmes qui continuaient de couler. Je dus prendre quelques minutes pour respirer, pour faire taire la souffrance incessante. « J’aimerais être moins fragile que je ne le suis maintenant. On dirait qu’après sa mort, je ne suis jamais très loin de fondre en larmes, de me briser. Peut-être … peut-être devrais-je partir, essayer d’apprendre autrement qu’en étant entourée des gens qui me font toujours rappeler ce que je n’ai plus. » Je repense à Chris et à sa vie parmi les Odysséens. Tout comme bien des Cents, ils se sentent guidés par un but précis, par une soif d’améliorer la vie sur leur campement respectif. « J’aimerais … être forte. Et trouver ma place, même si cela ne m’aide qu’à survivre pendant quelques temps. » Je m’éloignais de tous, au campement, et par ce fait, je n’avais plus la vision d’une famille unie. Il me fallait reconstruire ailleurs, trouver un endroit où je ne serais pas tant hanté par des visions du passé, et où je pourrais grandir.
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