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˜˜˜˜˜˜Take a bow (Cassandre)
maybe life should be about more than just surviving


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06/12/2015 Lux Aeterna Nuna Cortez 36135 Sophia Bush Lux Aeterna (vava & sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 1220


Sujet: Take a bow (Cassandre)
Jeu 21 Juin - 1:41



❝ Take a bow ❞
Murphy Cavendish & Cassandre Darcy
(19 juin 2118)


L'hiver cantonnait aux intérieurs. Ce n'était pas un grand mystère que les nouveaux arrivés avaient encore du mal à se faire aux froids ardus. Murphy se considérait parmi les plus impactés par ces mois qui paralysaient les troupes. Ils lui imposaient une parenthèse dans ses activités de découvertes et d'exploration. Elle devait se contenter des patrouilles qui demeuraient nécessaires à la protection de tous. Les dangers n'avaient pas grand chose à faire des températures ou des épais tapis de neige. Alors lorsqu'elle quittait le camp, ce n'était jamais pour aller bien loin ou s'aventurer dans des contrées inexplorées. Elle suivait les parcours établis par les troupes et devait s'en contenter. Antarès aussi, devait s'en contenter. Il chassait toujours avec le même enthousiasme, mais préférait gambader sur les terrains dégagés du village que dans les hauteurs enneigées de la forêt. C'était le premier hiver qu'ils passaient dans ce village, et quelque part, Murphy trouvait du réconfort dans les bâtisses qui les abritaient. Elles étaient plus solides, mieux isolées. On se sentait chez soi, enfin. Mais chez soi devint vite bien trop étriqué pour Murphy.

Le printemps fut une renaissance pour la forêt mais aussi pour celle qui pouvait à nouveau la pratiquer. Les fleurs tachaient à nouveau les environs de lueurs multicolores, les oiseaux reprenaient leurs chants étranges, les animaux courraient sortaient de terre, les arbres se paraient de leurs atours tissés de chlorophylle. Et Murphy se mélangeait à nouveau à tous ces éléments. Antarès était peut-être le premier heureux de retrouver le monde sauvage et tous les repas qui y gambadaient, réveillés par les températures plus clémentes, mais sa maîtresse ne parvenait pas à s'ôter de l'esprit que c'était probablement elle qui se sentait le plus renaître. La forêt était devenu un besoin physiologique. Elle était à la fois synonyme de calme et d'aventure, de silence et de tous les bruits du monde. Enfermé dans le village, on oubliait trop vite ce qui se trouvait au-delà des remparts qu'il avaient élevés. Pour Murphy, les alentours étaient un terrain de jeu. Elle avait retrouvé son terrain de jeu, elle il n'avait de cesse de s'agrandir. On était monté chez les Terriens, on avait échangé quelques propositions, et les choses avançaient. Ce n'était plus seulement elle ou Antarès qui revivait. Ce n'était plus seulement la forêt qui retrouvait de ses couleurs. Le monde entier semblait décidé à sortir de sa torpeur. Le monde entier, ou peut-être au moins le sien, et c'était déjà pas mal.

Parfois, il n'y avait pas meilleure compagnie qu'un peu de solitude. Elle permettait de tout entendre, tout sentir, tout voir, mais pour Murphy, elle avait très vite ses limites. Elle ennuyait trop les siens en rentrant après quelques aventures qui lui tardaient de partager. Les vivre avec l'un d'eux, c'était encore mieux. Beaucoup trop rare, mais beaucoup mieux. Il ne fallait pas grand chose de fou. Juste un proche, un ami même, pour partager une escapade. Peut-être lui montrer avec fascination et enthousiasme tout ce qu'elle avait découvert d'elle-même au fil des mois qui s'étaient écoulés depuis leur installation. Probablement lui faire visiter les coins qui lui plaisaient le plus, qui se démarquaient des arbres tous semblables les uns aux autres. Il demeurait un lieu secret, pourtant, qui n'avait pourtant pu échapper à tous ceux qui s'étaient aventurés suffisamment loin. Mais elle y avait traîné quelqu'un sans le vouloir et il avait perdu de son sacré; il était hors de question qu'elle y associe quelqu'un d'autre encore que celui qui en avait fait sa grandeur. Plus tard, peut-être. Maintenant, sûrement pas.

Et puis, il y avait une promesse qui était restée en suspend trop longtemps. A force de ramener fièrement aux cuisines des trophées qui n'étaient pourtant pas les siens, elle avait gagné en exercices et en dextérité lorsqu'il s'agissait de transformer un cadavre de petit mammifère en repas. Cassandre avait été sa professeure privilégiée, si ce n'était sa seule professeure. Murphy pouvait aujourd'hui se targuer de plutôt bien se débrouiller lorsqu'elle se retrouvait face à un cadavre animal sans aucune aide extérieure prête à voler à son secours. Elle savait sauver viande et fourrure, cuisiner la première juste suffisamment bien pour ne risquer aucune maladie, et préserver la seconde suffisamment longtemps pour l'amener aux tanneurs spécialisés du village. Grâce à Antarès, elle attrapait de la viande, posait un pied sur le terrain des chasseurs qui avaient fait de l'exercice leur activité principale. Grâce à Cassandre, elle savait gérer ce que son chien ramenait, la gueule ensanglantée, une fois qu'il s'était lui-même repu de tout ce qu'il avait pu chasser avant. Et les invitations de Murphy à Cassandre à la rejoindre pour chasser étaient restées en suspend bien trop longtemps, confrontées à l'hiver rude, puis aux priorités de reconstruction. Mais parfois, il fallait savoir s'accorder quelques priorités soi-même.

Elle l'avait pêchée aux cuisines, en pleine fin de service, alors que les derniers retardataires finissaient encore leur déjeuner. En sortant du réfectoire avec la jeune fille à ses côtés, Murphy présenta son arc, ses flèches, et les deux couteaux qui ornaient ses cuisses. « Mais notre meilleure arme est... » En sortant du bâtiment, ses prunelles durent se faire à l'éclat lumineux caractéristique de ces beaux jours de Juin. Elles cherchèrent pendant quelques instants l'arme en question, qui finit par courir vers le duo pour faire sa fête à la cuisinière. « ... en train de te baver dessus. Ouais, c'est notre arme. » Elle soupira, attendrie, face à toute l'affection que démontrait Antarès. « Alors c'est comme tu veux. On peut s'entraîner à l'arc ou directement tenter la chasse. » Elle l'arrêta un instant en posant sa main sur son bras. « En vrai j'ai envie de sortir et de chasser. Si besoin, on pourra faire un peu d'arc dehors. » Son sourire retenu laissait entendre tout l'enthousiasme qu'elle tentait de maîtriser. « Antarès a déjà bien bouffé pendant ma patrouille de ce matin. Du coup il est de notre côté, pas de celui de son estomac. » Elles remontaient doucement vers la grande porte du village, sous le soleil écrasant de ce début d'été. Murphy avait déjà hâte de retrouver la fraîcheur et l'abri de la forêt. Dans son sac, il y avait même de quoi se faire un petit goûter, mais chut, c'était une surprise. Inutile de tenter les papilles d'une cuisinière trop en avance, elle ne pourrait qu'être déçue par les quelques baies que la militaire avait mises de côté pendant sa patrouille.
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Sujet: Re: Take a bow (Cassandre)
Mar 24 Juil - 14:55





Take a bow


Murphy & Cassandre, juin 2118


Elle n’avait pas profité de l’invitation des terriens pour se joindre à eux chez les Pikunis. Elle n’était pas méfiante mais préférait laisser faire ceux qui savaient parler de tout ça, c’était mieux ainsi puis elle était bien dans ce campement qu’ils avaient mis du temps à construire même si elle ne se voyait pas vraiment habiter dans un endroit à elle. Elle avait bien aidé à retaper des petites maisons ci et là mais se sentait toujours un peu mieux dans la grande bâtisse qui les avait bien accueillit lors de la tempête et qui avait de plus évité que quelqu’un ne se blesse. C’était rassurant cette grande bâtisse, cet endroit qu’ils avaient finalement trouvé, enfin pas elle mais ceux qui encore une fois étaient partis en exploration. Murphy en avait fait partie mais elle ne se souvenait plus si elle était venue ici ou ailleurs enfin c’était du passé tout ça maintenant, le principal était qu’ils avaient pris du temps avant de trouver ce terrain et qu’ils ne pensaient pas en changer de sitôt, du moins, c’est ce qu’elle espérait parce que préférant la stabilité, elle n’avait pas trop envie qu’ils changent sans arrêt de lieu de vie.

Il y avait la question des habitants de cette planète qui n’accepteraient probablement pas qu’ils s’approprient à nouveau un lopin de terre alors ça la confortait dans l’idée que cet endroit serait le leur pendant encore un bon bout de temps. Elle l’aimait bien cette endroit avec cette cuisine peut-être un peu plus solide que la précédente, un peu plus en brique tout en étant ouvert vers l’extérieur pour échapper aux odeurs, pour aérer, c’était assez important pour ne pas tourner de l’œil à force d’odeurs trop fortes si l’on était pas habitué. Elle était contente d’être avec d’autres en cuisine parce que cela rendait la tâche un peu moins ardue surtout lorsque tout ce beau monde se décidait à manger en même temps même s’il y avait toujours des retardataires. Elle fit signe à Murphy en la voyant, aujourd’hui c’était lapin et champignons, des bons, elle avait vérifié avec les autres plusieurs fois avant de servir, c’était toujours la crainte qu’un mauvais se mélange dans une cueillette pourtant prometteuse. Ils avaient leur propre potager là aussi mais il y avait toujours ceux qui adoraient récolter dans les bois, dans ces coins qu’ils connaissaient plus que les autres. Une erreur pouvait toujours arriver, l’erreur était humaine après tout. Elle s’était échappée avec plaisir des cuisines promettant de revenir au plus vite avec ce qu’elle aurait ramassé cette après-midi car c’était sur si elle passait la journée avec Murphy, ce ne serait pas pour rester au campement et elle était à la fois curieuse et anxieuse à l’idée de ce qui l’attendrait même si elle s’en doutait quelque part, elle n’avait pas oublié cette idée d’aller chasser avec la brune.

Elle regarda Murphy lui présenta les armes en se disant que tout ce qu’elle avait eu dans les mains même en étant en dehors du campement était un couteau de cuisine. Grand, certes, aiguisé, certes mais c’était tout autre chose que ceux réellement prévus pour la chasse. « Mais notre meilleure arme est... » Tellement occupée à observer la panoplie d’armes de son amie qu’elle n’avait pas fait réellement attention à Antarès. Mea culpa pourtant le chien savait qu’elle l’adorait. « J’en doute pas un seul instant. » Elle s’accroupit un moment pour lui gratouiller le dessus du crâne. « C’est bête, j’pensais que la technique des yeux doux fonctionnait aussi en chasse. » C’est sur que ça aurait été plus facile. Elle préférait nettement quand l’animal arrivait déjà mort dans les cuisines, n’était pas très à l’aise dans l’idée de tuer même si elle savait qu’ils ne le faisaient que pour qu’ils aient assez de nourriture pour tout le monde et non par simple plaisir. Elle se releva et sembla hésiter. Entre l’arc et la chasse hein ? Elle ne savait pas si elle serait plus douée à l’un ou à l’autre. Elle était plus douée à l’observation ça c’était certain mais l’arc, c’est qu’elle serait capable de blesser quelqu’un par nervosité. « Qui t’a appris toi ? » Elle était curieuse, ils n’avaient pas pu s’exercer sur le vaisseau alors il avait bien fallut que Murphy commence quelque part, un jour, en forêt. « En vrai j'ai envie de sortir et de chasser. Si besoin, on pourra faire un peu d'arc dehors. » Cassandre hocha la tête avec un sourire, elle se disait bien que la jeune femme avait la bougeotte. « Comme ça on pourra voir dans quel domaine je suis la moins pire. Puis j'en profiterais pour te dessiner en action, un souvenir fait maison ! » Elle plaisantait un peu, ne s’imaginait pas du tout avec un arc en main. Le couteau était l’arme qu’elle utilisait tous les jours sans le savoir même si ce n’était pas toujours pour se défendre. Elle ne savait pas comment l’utiliser en cas d’attaque contre elle mais elle se sentait plus sereine déjà avec un couteau qu’avec une arme aussi grande qu’un arc. « Antarès est toujours de ton côté. » Malgré l’estomac, ça elle en était certaine. Elle poursuivit avec un sourire, curieuse de voir ce que Murphy avait prévu pour elle en cette journée qui s’annonçait radieuse. « J’te suis, tu dois connaitre la forêt comme ta poche. » L’endroit avait du changer avec le cyclone c’était certain mais la nature reprenait facilement ses droits comme elle l’avait fait plus d’une centaine d’années plus tôt.



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Sujet: Re: Take a bow (Cassandre)
Sam 18 Aoû - 0:00



❝ Take a bow ❞
Murphy Cavendish & Cassandre Darcy
(19 juin 2118)


A dire vrai, Murphy n'avait pas de plans précis pour l'après-midi. Dès qu'elle avait été sûre d'arriver à piéger Cassandre pour qu'elle l'accompagne, elle s'était monté plusieurs scénarios possibles. Depuis qu'elles parlaient de laisser les cuisines de côté pour s'aventurer ensemble sur le terrain de la militaire, elle avait eu tout loisir de penser à ce qu'elle voulait montrer à Cassandre. Ca lui prenait parfois qu'elles étripaient un lapin ensemble, souvent quand elle vadrouillait seule et qu'elle imaginait le sourire de la brunette face à l'aventure qu'elle vivait. Depuis un bon moment maintenant, il n'agissait plus seulement d'un instinct de survie qu'elle souhaitait insuffler à sa cadette, mais de moments à passer ensemble. Bien entendu, Murphy n'oubliait pas que la survie de chacun dépendait de l'étendue de leurs capacités et de leur désir d'apprendre. Et bien sûr, elle savait qu'en groupe, ils pouvaient se permettre de disperser et répartir les connaissances. Mais elle savait aussi avec l'expérience qu'il suffisait parfois de quelques heures pour se retrouver confronté à soi-même et à ses propres capacités à survivre. Alors il fallait savoir s'abriter, se protéger, se défendre. Et si on ne trouvait pas une issue à la situation très rapidement, il fallait aussi apprendre à manger et le long terme était encore plus dur. A mesure du temps qui défilait, lorsque sa survie ne dépendait que de soi-même, chaque détail pouvait être fatal. De l'eau qui manque, des températures peu enclines à la survie sans que l'on soit capable de s'en protéger, une intoxication alimentaire... même si tout le reste filait droit, un seul faux pouvait suffire. Et il avait suffi des premières semaines passées sur Terre en tant que Débarqués pour le comprendre. La plupart des pertes avait été dénombrées à l’atterrissage et aux jours qui avaient suivi. On ne s'adaptait pas ou on s'adaptait de force. L'équilibre qu'ils avaient trouvé leur convenait à peu près, mais Murphy le savait, il était encore fragile. C'était leur communauté qui les faisait vivre, mais leur communauté ne servait à rien à quelqu'un qui s'était perdu un peu trop longtemps en forêt. On faisait confiance aux autres, mais il fallait aussi se donner à soi-même des raisons de se faire confiance, et ça passait par l'apprentissage. La route la plus longue de toutes.

Mais l'apprentissage n'était pas seulement un devoir, encore moins une corvée. C'était un moteur en soi-même, et à chaque fois qu'elle s'aventurait à l'extérieur, Murphy pouvait ajouter une raison de plus d'être reconnaissante de ce monde qui l'entourait. Bien sûr, il pouvait être leur pire ennemi, mais il fallait apprendre et savoir ôter ces œillères conditionnées par l'inquiétude constante des nouveaux venus. Et c'était aussi ça qu'elle voulait montrer à Cassandre, peu importe la façon dont elle le ferait. Ca passerait par un peu de chasse, certainement, quelques bases en maniement des armes, peut-être, et par une promenade par les coins qu'elle affectionnait particulièrement autour du village, avec certitude.

Alors quand elle retrouva Cassandre, ses idées n'étaient pas encore arrêtées. Elle savait qu'il était temps de quitter le village et de vadrouiller dans tous ces coins qu'elle avait listés depuis qu'ils étaient là et qu'elle découvrait les environs. Mais du reste, de la façon dont elles répartiraient leurs activités, elle ne savait pas grand chose. Peut-être fallait-il aussi laisser jouer une part de hasard; peut-être que les réponses seraient évidentes au point où les deux brunes ne se poseraient jamais vraiment la question de quoi faire en premier ou quoi faire ensuite. Elle avait préparé tout l'attirail dont elle disposait habituellement. Il s'agissait d'armes, de ses deux fidèles couteaux qu'elle trimbalait partout depuis qu'ils étaient sur cette planète, de son arc et des quelques flèches qu'elle fabriquait dès que le temps et le matériel lui étaient disponibles. Il s'agissait aussi de tout ce que son sac pouvait contenir pour une virée de la sorte : le matériel basique, comme la vieille boussole de Faust, une gourde remplie ou un pull; ou une boîte métallique regorgeant de baies de printemps récoltées un peu plus tôt, prêtes à être dévorées pour le goûter. Pendant une seconde, en préparant son barda, Murphy n'avait pu empêcher son cœur de se serrer. L'image de Thaïs dévorant le contenu de sa boîte de métal s'était imposée à son esprit. Il y avait de ces aventures intemporelles qui restaient marquées par le temps et les compagnons. Thaïs avait trop marqué celles de Murphy pour ne pas y laisser son empreinte, mais ainsi était faite la vie, ainsi était maintenant fait leur quotidien. Les souvenirs ne devaient pas nous retenir en arrière, ils devaient nous porter vers l'avant. Dans un soupir mais triste mais déterminé, elle avait glissé la petite boîte dans son sac, bien décidée à voir Cassandre se régaler de son contenu, elle aussi.

Cette pointe de mélancolie s'était évaporée au moment précis où elle avait reconnu Cassandre, un peu plus loin, qui la rejoignait. Le sourire qui étira ses lèvres était sincère et l'éclat dans ses prunelles pouvait en attester. Elle baissa le nez vers Antarès, attendrie par l'affection que lui offrait la jeune fille. Aux paupières mi-closes du chien, Murphy savait qu'il savourait ces retrouvailles autant que la cuisinière. Leur meilleure arme avait le cœur tendre. « Tu peux toujours essayer... mais je suis pas sûre que ça soit la technique qu'utilise Antarès. Tu risques de voir les steaks prendre la poudre d'escampette avec leurs petites pattes. » Un haussement de sourcils taquin plus tard, elle posait quelques questions à Cassandre pour essayer de défricher les plans de la journée. Mais elle avait déjà quelques réponses... il était hors de question de rester entre les quatre murs du village. Maintenant que les conditions étaient enfin réunies pour qu'elles puissent s'évader des cuisines ensemble, c'était inconcevable de laisser passer cette chance. Cassandre, quant à elle, semblait un peu moins enthousiaste à l'idée de vadrouiller dehors. Murphy ne pouvait pas lui en vouloir; l'un des objectifs de ces prochaines heures était d'atténuer cette appréhension. « J'ai appris avec Richard. On a galéré ensemble pendant un temps » Avec papy, s'était-elle retenu de dire. Le projet de l'arc s'était étendu sur plus de temps que ce qu'elle avait eu la patience de compter, mais la confiance en ses capacités d'archère grandissait graduellement, avec le temps et l'expérience. Elle avait toujours aimé et été douée dans tout ce qui demandait de la visée. L'arc semblait être une arme maîtresse, si ce n'était l'arme maîtresse, dans le domaine du combat à distance. Bander un arc était un exercice bien différent du lancer de couteau ou de n'importe quoi d'autre d'approchant, mais elle était redevable à sa nouvelle arme de lui permettre de laisser ses projectiles tranchants derrière elle. Quelques morceaux métalliques dans les poches ne s'appelaient pas des armes, et ils l'avaient sans doute accompagnée plus pour la rassurer que parce qu'ils étaient redoutables.

Sortir, sortir. Au moins sur ce point, Murphy ne comptait pas lui laisser le choix. A la réflexion de la jeune fille, elle s'arrêta subitement de marcher et posa la main sur la taille pour lui offrir une pause de mannequin. « Une image de belle gosse, j'espère. » Elle éclata de rire en reprenant la marche, enlaçant la jeune fille par l'épaule pendant quelques instants. « Sois pas si pessimiste, c'est comme tout, ça s'apprend. » Elle visualisait déjà le terrain d'entraînement qui avait été l'un des siens quand s'améliorer en archerie avait été l'une de ses priorités. Dehors, c'était toujours plus calme. Il fallait garder l’œil ouvert, mais on éloignait la probabilité d'un accident. « Antarès ? » Elle jeta un coup d'oeil au chien, qui trottait devant elles alors que le petit trio rejoignait tranquillement la grande porte du village. « Tu l'as jamais vu chasser... » Lorsqu'elle le sortait pour qu'il puisse faire ses courses dans la forêt, Murphy savait qu'elle n'existait plus vraiment pour lui. C'était comme ça, c'était l'ordre logique des choses. C'était sa seule façon de se nourrir et elle préférait le savoir vivre son instinct de chasseur que d'avoir déformé son caractère au point pour lui de mettre sa maîtresse tout en haut de sa hiérarchie de priorités. Murphy était prioritaire... lorsqu'aucune proie ou sorte de gourmandise n'entrait en ligne de compte. « Mais on va y remédier. »

Enfin arrivés devant la porte, ils s'arrêtèrent un instant. Antarès la grattait déjà impatiemment, sachant pertinemment ce qui l'attendait de l'autre côté. D'un geste de la tête poli, Murphy ordonna aux gardes en faction d'ouvrir le portail pour les laisser passer. Dès le début de l'entrebâillement, le chien glissa et passa du côté de la liberté. « Je sais pas, toutes mes poches sont différentes », lâcha-t-elle, taquine, en haussant les épaules, passant à son tour la porte. Lorsque celle-ci se referma derrière elles, elle ajouta : « on peut aller dans le coin où je m'entraîne, déjà. C'est pas mal pour le tir-à-l'arc. » Elle pointa la direction du bras. Antarès, pour une raison qui demeurait obscure à la brune, restait à leurs côtés. Il était peut-être conscient que l'heure de la chasse n'était pas encore venue, pas s'il voulait un public. Tout viendrait à point à qui savait attendre.
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Sujet: Re: Take a bow (Cassandre)
Mer 3 Oct - 1:55





Take a bow


Murphy & Cassandre, juin 2118


Elle aimait beaucoup Murphy. C’était quelqu’un de très naturel mais qui pouvait garder le sérieux parfois, bien plus qu’elle en y repensant mais elle avait plus de responsabilités qu’elle alors c’était plutôt logique d’un côté mais la voir citer Antarès comme arme principale la faisait sourire. Elle n’en doutait pas. A l’époque elle avait lu qu’à un certain moment il y avait eu des chiens réputés pour la chasse. Elle se souvenait des images vues dans les archives. Elle n’avait pas si souvent eu la passion pour la chasse ou la cuisine mais c’était une documentation toujours utile à avoir pour le jour où ils devraient descendre sur Terre. Elle n’avait pas eu d’instinct lui disant des années plus tôt qu’ils devraient un jour où l’autre descendre sur la terre mais même si elle s’était fait totalement à cette vie sur l’Odyssée, un espoir de redescendre sur terre ne n’était jamais réellement éteint. Ce qu’elle n’avait jamais imaginé par contre c’est qu’il se déroule ainsi avec tous ces morts dont elle n’aurait pas voulu connaitre le visage. Bien plus que des mois s’étaient passés depuis lors et si elle vivait mieux la perte de ses proches c’était grâce à quelques personnes dont Murphy qui ne l’avait jamais trouvé collante ou montré à quel point elle avait pu l’être par moments avant qu’elle ne juge qu’après quelques semaines passées dans les pattes de ceux qui voulaient bien d’elle, qu’elle pouvait être présente à leur côté sans être envahissante puisqu'elle aussi avait eu des choses à faire, des plats à préparer, de quoi lui garder l'esprit occupé.

Descendre sur Terre l’avait fait grandir bien plus que toutes ces années passées sur l’Odyssée même si personne ne lui disait bien évidemment qu’elle paraissait dix ans plus que son âge. Elle avait ses réactions encore de femme enfant et lorsqu’elle voyait Antarès à leurs côtés, c’était le sourire un peu naïf d’être contente d’avoir ce camarade qui ne boudait jamais ses gratouilles et bouts de viande qui trainaient par là. C’est qu’il était un être vivant comme les autres et qu’il aidait comme les autres y’avait pas de raison même si elle se doutait qu'il profitait des explorations avec murphy pour se nourrir à son tour, il ne boudait jamais ses petits morceaux qu'elle lui réservait bien souvent.

C’est sur les yeux doux pour la chasse ça aurait été plus facile. Ne pas voir l’animal que l’on devait tuer devait l’être encore plus. Elle n’était pas certaine d’être faite pour ça, elle était bien plus sereine lorsque l’animal était déjà mort, chacun son travail mais Murphy visait juste, il y aurait bien des moments où il n’y aurait personne d’autre qu’elle pour se nourrir et ce même si elle prenait le temps bien souvent de toujours partir accompagnée de quelqu’un ou d’une petite ration pour la journée, elle n’était pas une très grande mangeuse après tout, comme tous ici. Enfin c’était peut-être différent pour certains depuis qu’ils étaient arrivés sur terre : ils ne mangeaient plus la même chose, c’était désormais un peu plus varié, pas forcément équilibré mais bon ils essayaient.

Elle avait parlé dessin peut-être pour détourner l’attention de la patrouilleuse mais savait pertinemment qu’elle ne se laisserait pas berner longtemps, bien rapidement elle allait revenir sur ce pourquoi elles partaient, ce pourquoi Cassandre avait accepté de venir. Si c’était elle ou la plus grande qui avait fait cette proposition quelques mois plus tôt alors qu’ils s’occupaient du lapin, elle ne savait pas trop, tout ce qu’elle savait c’est qu’elle avait donné son accord et qu’elle n’était pas du genre à se débiner même si elle ne se sentait pas du tout capable de bien se débrouiller avec tout cet attirail d’arme que lui avait montré Murphy. « Pas les yeux doux hein. » Elle parlait a Antarès qui aboya comme pour lui donner la réponse à l’affirmative et elle hocha la tête comme pour signaler au chasseur né et à la chasseresse qu’elle avait compris même si cela ne la rendait pas bien euphorique. Elle apprendrait évidemment mais ne chasserait jamais plus que le nécessaire pour survivre si elle était bonne à quelque chose d’autre que la cuisine ou tout était facile ou rien ne bougeait, ou il n’y avait pas la nature pour vous jouer des tours au moment de l’attaque sur le gibier. Cassandre hoche la tête, compréhensive. Sur l’Odyssée tout était prêt, tout l’est encore pour la plupart des Odysséens aujourd’hui. Certains s’en contentent d’autres non, d’autres préfèrent se débrouiller tout seul et Cassandre les envie quelque part parce qu’elle sait pertinemment qu’elle ne pourrait juste pas faire un bout de chemin sur la terre toute seule. Elle n’avait jamais vraiment été seule, s’était toujours débrouillée pour ne pas l’être en tout cas. « J’imagine. » Elle n’allait pas faire de monologue pour le pourquoi de cette difficulté qu’ils avaient eue au départ : ils l’auraient tous, savaient pertinemment pourquoi c’était si difficile dès le départ, pourquoi les terriens qu’elle avait rencontré les pensaient assez souvent au début plutôt fragiles parce qu’ils n’avaient pas connu la difficulté de la terre. Ce qu’ils ne comprenaient pas tout de suite était qu’ils avaient connus d’autres difficultés. Chacun son problème. Mais aujourd’hui elle ne pouvait le dire alors qu’elle vivait sur leur terre et aujourd’hui elle allait tenter d’apprendre ce qu’ils avaient du apprendre tous très tôt, bien plus tôt qu'elle.

« Une image de belle gosse, j'espère. » Cassandre la rejoignit bien facilement dans son rire, cela faisait du bien de sortir des cuisines, de sortir du campement même si ça lui était arrivé, d’aller loin en plus - du côté de la mer - mais elle avait eu son salut qu’avec la présence d’une débarquée qui avait bien faillit lui ôter la vie par mégarde. C’était une rencontre toute nouvelle mais le chemin de vouloir apprendre à s’en sortir même si elle n’était pas très sur d’elle avait réellement commencé à partir de ce moment-là. Ses épisodes d’escapades n’étaient jamais bien longs et toujours entrecoupés de grandes pauses en retour au campement comme si le goût de l’aventure partait aussitôt dès l’aventure terminée, comme si ça l’épuisait plus facilement, qu’elle avait besoin de temps à autre aussi, de rester dans ce nouveau campement qu’elle avait aidé à construire (un peu) des mois auparavant. Pessimiste, elle ne l’était pas tant d’habitude mais généralement elle ne se retrouvait pas si souvent devant l’inconnu qu’était ce qu’elle allait découvrir aujourd’hui. Y’avait cette part de curiosité mais également cette anxiété qui venait là sans qu’elle ne puisse vraiment la contrôler. Si on tentait de la décrire, probablement que le mot pessimiste n’aurait jamais été cité. Du moins jusqu’à aujourd’hui pour cet apprentissage inédit en pleine nature.

Elles s’étaient avancées en parlant et  Cassandre pouvait voir qu’Antarès avait besoin de beaucoup se dépenser, tout comme de chasser, c’était vrai, elle ne l’avait jamais vu dans ces conditions, c’était une petite nouveauté que de voir cette adorable bouille revenir peut-être la gueule en sang venant d’un autre animal. Peut-être pas tout de suite puisqu’il ne pourrait pas aller bien loin enfin elle n’en savait rien, elle ne savait même pas si ça lui était arrivé un jour à Murphy d’appeler Antarès pendant plus d’une dizaine de minutes sans savoir où il pouvait bien être. La forêt lui paraissait si grande, il était bien facile de s’y perdre. « Tu me fais visiter ? Cet endroit il a du en voir de toutes les couleurs. » Sourire en coin, elle voyait bien l’endroit mais ce dernier avait une histoire et Murphy et Antarès étaient ces protagonistes, c’était tout naturel cette question. Tout comme la suivante qui concernait Antarès qu’elle voyait déjà filer même si elle avait cru comprendre que la chasse ce n’était pas pour tout de suite pour le chien. « Dis Murphy, as-tu déjà perdu Antarès ? » Peut-être que oui mais pas souvent, plus maintenant, du moins, elle l’espérait. Elle espérait que la petite boule de poil s’était faite à leurs présences depuis l’temps qu’elle s’était totalement faite à la sienne. Chasseur ou pas, ça ferait comme un vide s’il venait à disparaitre.

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Sujet: Re: Take a bow (Cassandre)
Lun 8 Oct - 1:24



❝ Take a bow ❞
Murphy Cavendish & Cassandre Darcy
(19 juin 2118)


Les alentours du village, Murphy était en passe de les connaître aussi bien que ceux de leur ancien campement. Ca ne faisait qu'un an qu'ils fréquentaient les lieux et l'hiver avait interrompu les expéditions les plus complètes et enrichissantes. Mais dès que les premiers rayons de soleil avaient fait fondre les neiges, la patrouilleuse était sortie de sa léthargie immobilisante des mois les plus froids. Il était temps de reconquérir le monde.

Et conquérir le monde passait aussi par le partage. C'était dans la solitude qu'elle découvrait le mieux, parce qu'elle aimait la liberté qui l'accompagnait. Elle était alors la seule responsable de la direction qu'elle prenait, la seule décisionnaire dont elle dépendait. Elle n'avait sans doute jamais autant appris que lorsqu'elle avait été confrontée à sa seule et propre personne. Ne dépendre de personne était libérateur; ça permettait de se découvrir des qualités et des capacités insoupçonnées. Lorsque Murphy était seule, dehors, dans un univers qu'elle ne connaissait que vaguement, elle ne dépendait de personne d'autre qu'elle-même. Forcée à observer et à apprendre vite, elle avait aujourd'hui emmagasiné un nombre d'informations dont elle ne se rendait plus compte. Elle savait appréhender la plupart des dangers avant d'y faire face, et rendre prévisibles ceux qui pouvaient l'être. Elle savait reconnaître le raisonnable de ce qui dépassait de loin les limites du rationnel. Et si la solitude n'allait pas sans quelques caractères qu'elle appréciait moins, Murphy avait appris à se contenter de sa seule compagnie et, un peu plus tard, à celle en pointillés de son compagnon canidé. C'était un équilibre parfait qu'elle avait trouvé avec Antarès. Il n'était pas de toutes ses sorties mais de la plupart d'entre elles, et elle aimait l'entendre chasser au loin et le voir revenir, les babines pourpres du sang de la bête dont il venait de faire un festin. Mais si elle avait trouvé dans cette solitude un point de vue différent et une façon plus que bienvenue de découvrir le nouveau monde dans lequel elle évoluait, Murphy ne l'apprécierait probablement jamais autant que la compagnie des autres. Elle vivait pour les autres, les sourires les rires, les longues conversations ou celles, plus courtes, qui se suffisaient à elles-mêmes. Elle vivait pour le partage de moments et de connaissances, et si elle s'enfonçait régulièrement et seule dans la grande forêt, c'était pour ramener aux siens de quoi avancer, de quoi continuer, de quoi construire quelque chose. Les observations avec lesquelles elle rentrait au bercail, elle les partageait avec les cartographes, les biologistes, les militaires. Elle avait ramené quelques conseils d'Isdès au Conseil, qu'elle avait fait glisser par Wyatt. Lorsqu'Antarès lui offrait de la viande fraîche, elle la ramenait fièrement en cuisine et toujours sans oublier de vanter les mérites de son compagnon. Cassandre était devenue son interlocutrice préférée lorsqu'elle se glissait dans les coulisses du réfectoire. C'était elle qui avait réussi à lui faire sauter le pas de dépeçage. Sans aller jusqu'à dire que c'était un exercice dans lequel elle était parfaitement à l'aise, elle avait appris que la nécessité pouvait lui donner des capacités hors du commun lorsqu'il s'agissait de réduire l'animal à sa fonction de repas. Les leçons de Cassandre lui avaient permis de subsister loin du village. Elle avait la chance d'avoir un chasseur à ses côtés, maintenant; si elle n'avait que la moitié du travail à fournir pour avoir de la viande à se mettre sous la dent, alors c'était un sacrifice qu'elle devait être prête à assumer.

Mais la symétrie était tout aussi vraie. On apprend à cuisiner l'animal mort, mais il faut apprendre à tuer l'animal pour l'avoir entre les mains et prêt à se transformer en blanquette ou en ragoût. Cassandre avait enseigné sa moitié, et c'était au tour de Murphy de partager sa moitié.

La proposition avait traîné un moment, ponctué par les emplois du temps combles et les saisons qui limitaient les possibilités. Mais cette fois était la bonne, et ça en perdait presque une Murphy qui n'était plus très sûre de ce qu'elle devrait montrer en premier à Cassandre. L'occasion était trop belle pour laisser passer la moindre des idées qui avaient pu lui venir au fil des mois et des sessions cuisine. Il y avait tant à découvrir en forêt, et à l'extérieur du village de façon générale, qu'elle n'était plus même sûre que la chasse était une des priorités. Mais elle ne voulait pas risquer d'attendre trop longtemps avant un prochain après-midi dehors avec la jeune fille, et ça la confrontait à une gestion du temps qu'elle ne maîtrisait plus très bien. « Pas d'yeux doux » admit-elle les lèvres pincées et dans un petit soupir triste. « C'est bête parce que je fais vraiment bien les yeux doux. Et je suis sûre que toi aussi. Mais on mettra notre talent au service d'autres choses, j'suis sûre. »

Mais comment introduire tout le reste ? Les arcs, les armes, les dangers, les surprises, la chasse ? La pratique ? L'habitude ? Son aisance à l'arc ne la dotait pas d'une visée exceptionnelle -pas encore, tout du moins. Le projet de fabriquer un arc avec Richard en était resté un suffisamment longtemps pour qu'elle perde de vue l'objectif qu'ils s'étaient fixé ensemble. Mais une fois les armes entre les mains, ils avaient réussi à dégager une heure de temps en temps pour apprendre à les apprivoiser, ensemble. C'était plus rassurant de le faire en compagnie d'un autre débutant que d'appréhender les nouvelles armes seul. Ils avaient progressé ensemble et en parallèle, conscients l'un et l'autre qu'ils ne devaient pas de se contenter de leurs entraînements communs pour faire tous les progrès qu'ils attendaient. L'aisance était venue avec l'expérience, et Murphy trouvait en son arc tout ce que ses anciennes armes fétiches n'avaient jamais pu lui offrir. Pas besoin de s'approcher du danger pour devenir elle-même un danger. Elle pouvait menacer sans risquer la proximité, et pointer une proie de sa flèche avant d'être vue. Mais elle ne se mettait pas le doigt dans l'oeil, Murphy : d'Antarès et elle, c'était encore Antarès le meilleur chasseur. Elle parvenait à abattre ses cibles lorsqu'elle était à la fois discrète et suffisamment calme, mais si elle ne sortait pas encore à chaque fois avec son arc, elle ne quittait jamais ses les deux poignards qui ornaient ses cuisses dès qu'elle était de garde, de patrouille ou qu'elle quittait le village pour des raisons qui n'avaient pas de lien direct avec son statut militaire.

Murphy plaisantait, mais elle comptait bien prouver à Cassandre qu'elle n'était pas aussi mauvaise que ce qu'elle semblait penser. Aucune compétence n'était donnée d'avance. Si la militaire avait réussi à apprendre à dépecer à un animal, alors la cuisinière arriverait à manier l'arc. Les plaisanteries et les rires installaient progressivement cette atmosphère dont elles avaient toutes les deux le secret. Murphy ne voulait rien d'autre pour les découvertes de Cassandre. A trop appréhender et imaginer les dangers de la forêt, on en oubliait d'accepter les découvertes pour ce qu'elle avaient aussi de chouette. Elle ne voulait pas d'une inquiétude paralysante qui occultait la légèreté des découvertes pour Cassie.

La haute porte du village laissa d'abord passer Antarès, qui glissa alors qu'elle s'entrouvrait à peine. Murphy avait l'habitude de le voir décamper comme ça et elle n'en tenait plus rigueur. Ses instincts primaires étaient ceux de la chasse. Il avait faim; qu'il se fasse plaisir.

Elles s'enfoncèrent à leur tour dans la forêt. Elles pouvaient vaguement entendre le chien au loin, qui en faisait probablement voir de toutes les couleurs à son futur repas. Murphy guida leurs pas, s'accrochant à la première décision qu'elle avait réussi à prendre pour organiser leur demi-journée. « Oh, surtout du blanc en hiver et du vert en été. » Avec un petit sourire, elle essayait de minimiser l'effet impressionnant que semblaient avoir les lieux sur Cassandre. « Par là-bas », lui accorda-t-elle en tendant le bras vers le nord, « c'est la rivière. On ira peut-être aujourd'hui si on a le temps, dans un coin où les gens vont pas trop. Si t'as besoin d'intimité pour te baigner ou te laver, c'est l'idéal. Sauf en hiver. » Elles continuaient d'évoluer entre les arbres, s'éloignant progressivement vers l'ouest. Les doux rayons du soleil qui glissaient à travers les feuillages rappelaient qu'elles étaient dans un mois idéal pour se promener sans souffrir ni du froid, ni de la chaleur. Que pouvait-elle donc lui présenter d'autre ? Elle connaissait les lieux par cœur mais tout se ressemblait. C'était ses souvenirs personnels qui lui permettaient de différencier un amas d'arbres d'un autre amas d'arbres. « Si tu continues vers l'ouest, y'a une grotte assez intéressante. » Avec quelques entrées qui peuvent être cachées par la neige en hiver et provoquer des petits traumatismes crâniens, aussi. Mais elle cachait aussi de drôles de trésors bleutés, dont Murphy n'avait jamais réellement su ce qu'elles étaient. Elle avait construit d'autres souvenirs que sa première chute là-bas, mais ils appartenaient à la fois à un passé révolu et à des réminiscences classées secrètes.

Mais la question de Cassandre la fit brusquement arrêter de considérer tout ce qu'elle pourrait présenter de la forêt à sa jeune amie. Il lui fallut quelques secondes où la réponse négative lui parût évidente avant de réaliser que si, elle avait déjà perdu Antarès. Et qu'elle lui en tenait rigueur, plus que c'était raisonnable de tenir rigueur de quoi que ce soit à un animal. Elle lui en voulait d'avoir pris la poudre d'escampette lorsque le cyclone avait frappé. Il l'avait éloignée des siens. L'option de ne pas le suivre ne l'avait jamais effleurée et même maintenant, elle était loin de lui paraître sensée. Mais pour lui, elle avait laissé tous les siens derrière elle, s'était inquiétée des heures durant du sort qui était réservé à son village et ses habitants. Elle aurait pu tout perdre sans s'en rendre compte. Elias n'avait pas compris son besoin de courir derrière Antarès, mais c'était quelque chose qu'elle ne remettrait jamais en question. Tout comme le fait qu'il avait suivi son instinct en fuyant la sécurité du village, d'ailleurs, mais il avait été celui qui l'avait retenue loin des siens dans un moment pareil. Elle l'avait appris plus tard : ce n'était pas chez eux que la situation avait été la pire. Elle avait eu un deuil à gérer qui n'avait rien eu à voir avec ceux qu'elle avait laissé au village Odysséen. Mais, et si, et si... ? Son sourire avait disparu en même temps que le pétillement excité dans son regard. Elle fixait la forêt au loin ou ses pieds. « Une fois, oui... j'étais pas au village, pendant le cyclone. » Elle se racla la gorge en les guidant un peu plus au sud. Dans une centaine de mètres à peine, elles trouveraient la petite clairière qui servait à ses entraînements au tir à l'arc. A l'aide de colorants végétaux trouvés alentour et au début du printemps, une cible avait été redessinée sur l'un des arbres qui la bordait. « Je sais même pas comment t'as vécu le cyclone, toi. Jveux pas dramatiser ma situation. Je suis là pour en parler, après tout. » Un privilège que n'avait plus Thaïs. Se plaindre pour si peu de choses et en vouloir à un animal qui n'avait pas le choix de ses décisions; c'était bien un luxe de survivante, ça.
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Take a bow (Cassandre)

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