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˜˜˜˜˜˜Your eyes betray what burns inside you (Isdès)
maybe life should be about more than just surviving


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06/12/2015 Lux Aeterna Nuna Cortez 36420 Sophia Bush Lux Aeterna (vava & sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 1597
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❝ Your eyes betray what burns inside you ❞
Murphy Cavendish & Isdès Hakantarr
(18 au 22 juillet 2118)


La main claqua violemment sur la cuisse nue. Quelle idée, aussi, de porter un short en pleine forêt. Les moustiques grouillaient en ce début de soirée. Il devait y avoir quelque chose dans l'air; un taux d'humidité supérieur à l'habituel, des pollens quelconques, ou alors une Murphy offerte en pâture aux bestioles assoiffées de sang. Assise sur son éternel rocher, point de rendez-vous fidèle au poste, elle attendait plus ou moins patiemment celui qui l'y avait invitée. Sans Antarès, elle avait l'impression de ressentir la solitude au centuple. Elle avait guetté les environs des dizaines de fois en arrivant, des centaines de fois lorsqu'elle était en chemin. Il avait été hors de question que l'expérience de novembre se répète. Mila n'était rien d'autre que source d'ennuis, et les ennuis, aujourd'hui et les prochains jours, elle préférait les oublier.

Consciente qu'Isdès avait probablement passé sa journée à traverser la forêt, elle ne pouvait pourtant s'empêcher de sentir poindre une certaine impatience. Peut-être se jouait-il d'elle, encore une fois. Après les quelques mots qu'ils avaient échangés au village terrien, Murphy préférait espérer que non, mais se détestait d'attendre de lui quoi que ce soit. A nouveau. Dans un soupir, elle s'allongea sur la longue roche et observa le vent caresser les branches en hauteur. Elle pouvait deviner le ciel bleu azur de l'été par-delà la canopée sylvestre. La roche était fraîche contre son dos; avec la chaleur qui émanait d'elle en cet été étouffant, cette accalmie rafraîchissante ne durerait pas longtemps. Elle essuya une perle de sueur qui coulait le long de sa tempe et laissa sa nuque se courber pour observer la grotte derrière elle. Est-ce que les éclats bleutés étaient encore là ? Quelques traces du sang qu'elle y avait laissé ? Y coulait-il encore un fin filet d'eau ? Avait-elle gardé un peu de ce froid qui avait failli les geler pendant l'hiver ? Si c'était le cas, ils y trouveraient peut-être une fraîche embellie pendant la nuit.

Ses prunelles retrouvèrent rapidement le chemin du ciel bleu entrecoupé des branches sombres qui lui apportaient l'ombre nécessaire à sa survie. Une fois les fortes chaleurs de la journée passées, les températures descendaient toujours un peu, mais on avait atteint ce moment de l'année où ce n'était plus suffisant pour alléger l'atmosphère. Murphy suffoquait à nouveau, comme à chaque fois, comme si elle découvrait les mois d'été pour la première fois. Qu'est-ce que lui voulait Isdès ? Elle n'en savait trop rien. Peut-être suffisamment de bien pour l'emmener en hauteur ou près d'une étendue d'eau. Elle avait laissé les étendues découvertes du village avec joie. Le vieux béton emmagasinait la chaleur en journée et la restituait la nuit avec une vivacité qui donnait envie à la patrouilleuse de disparaître au fond d'un lac gelé. Comment des Hommes avaient pu vivre et survivre des millénaires ici ? C'était rare que les températures de ce monde en soient la raison principale, mais sa capsule céleste lui manquait encore parfois. L'inconfort de sa peau moite lui rappelait que la rivière était trop loin pour s'y rafraîchir ce soir. Peu importe où Isdès voulait l'emmener, ce serait seulement là-bas qu'elle pourrait compter sur une halte revigorante. Ce soir, elle se contenterait d'éviter de se faire manger par les assoiffés de sang qui voguaient dans les lueurs solaires filtrées à travers les arbres.

En écrasant un énième moustique sur son bras, baragouinant au passage quelques impolitesses, Murphy se demandait si elle attendait de ces prochains jours ce qui était raisonnable d'en attendre. Ca faisait plus d'un an, maintenant... ça paraissait éternellement loin, à présent. Le lac et la cascade, les montagnes, l'edelweiss et le souffle d'Isdès contre sa peau... ça appartenait à une autre vie, à présent, presque au même titre que les étoiles. En un an, le monde avait changé. Leur amie commune l'avait quitté. Une tierce personne s'était immiscée dans leur bulle déjà explosée, leur rappelant toute la réalité avec laquelle leur illusion n'était pas miscible. Mais cette chimère, quelque chose semblait continuellement la nourrir. C'était inexplicable. Au village terrien, elle avait cherché Isdès du regard bien trop souvent pour croire que cette bulle n'existait plus. Il restait au moins quelques souvenirs, au moins quelques réminiscences de quelques jours, quelques aventures, quelques retrouvailles. Est-ce qu'elle vivait dans le passé ? Non, elle vivait avec l'espoir risible de le voir la chercher du regard, lui aussi.

Après avoir vérifié une dernière fois les mots qu'il avait choisis et la date qu'il avait donnée, elle avait laissé la lettre d'Isdès dans un coin de sa maison, à l'abri des potentielles intempéries qui pourraient venir soulager ses amis odysséens pendant son absence. Antarès avait été confié aux bons soins de la deuxième maîtresse qu'il trouvait en Tennessee, et à ses supérieurs hiérarchiques et amis elle avait prétexté une exploration quelconque. Car c'était ce dont il s'agissait, non ? La découverte de ces terres, peu importe celles que le Terrien avait décidé de lui présenter. Elle avait encore du mal à croire qu'il avait oublié les cris et les adieux de septembre. Elle ne les avait pas oubliés, elle. Qu'est-ce que disait d'elle sa présence ici, ce jour précis, sur invitation -ou ordre- du guerrier ? Elle disait que sa curiosité était plus forte que son amour-propre -oui, sa curiosité. Et ça faisait déjà suffisamment mal que quelque chose dépasse son amour-propre.

Elle entendit un bruit de branche sèche écrasée. En cette période de l'année, tout était sec au point d'être écrasé par une plume d'oiseau -y compris Murphy elle-même, d'ailleurs. Elle se redressa pourtant à une vitesse éclair sur son rocher et, les mains lâchement abandonnées sur ses cuisses, le vit s'écarter d'entre les arbres. Il ne lui avait pas fait faux bond mais elle peinait à croire en sa présence. Elle cligna des yeux une ou deux fois avant de parvenir à prononcer les quelques mots basiques de retrouvailles. « Salut. » D'un geste lâche elle désigna le côté de la forêt d'où elle venait. « J'ai vérifié que j'étais seule. » Mieux que la dernière fois. Sa main s'abattit violemment sur l'une de ses cuisses pour exploser le paquet protéique qui venait de s'y poser, près à se servir au banquet. « Je pense qu'à l'intérieur y'a moins de bestioles » soupira-t-elle en frottant sa cuisse et ses mains pour se débarasser du reste de cadavre. « Je sais pas si t'avais prévu ça quand tu m'as dit de venir ici. On va dire que non. » Elle leva brièvement ses prunelles claires vers lui, à la fois taquine et accusatrice. Il n'avait probablement aucune idée du terrain de jeu qu'étaient les environs de leur grotte ce jour précis. Ils n'avaient jamais eu à affronter pareille nuée de moustiques en ces lieux -même un an auparavant, en plein été déjà, la seule fois où ils s'étaient retrouvés après leurs aventures montagnardes. Elle se leva finalement de son rocher pour se dégourdir les jambes en entrant dans leur caverne, les mains sur les hanches. « T'as fait bon voyage ? »

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06/05/2016 Dandan/Sonia Aucun. 293 Jason Momoa lux #demonkeur Garde pour sa tribu, il s'occupe aussi parfois des oiseaux messagers. Athna, à la vie, à la mort. 80



the sound of love is out of tune

Le revers de main essuya le front duquel perlaient quelques gouttes. Quelle idée de voyager sous les hauteurs feuillues du continent en une telle période. Isdès regrettait déjà ses montagnes. Le soleil avait beau cogner, il y avait toujours cette légère brise pour respirer. Ici, l’atmosphère était oppressante, étouffante. Chaque pas qu’il faisait était une épreuve de plus. Il avait refusé d’emmener un cheval, afin de lui épargner un tel labeur et avait pris ses dispositions pour arriver à temps au point de rendez-vous. Ce qu’il lui avait pris en invitant une nouvelle fois Murphy à le rejoindre ? Il n’en avait fichtrement aucune idée. Il fallait croire qu’il fallait l’éloigner de l’encre et du papier, dès qu’il réfléchissait un peu trop. Sitôt que l’ennui et l’inactivité pesaient sur ses épaules, il trouvait toujours une bêtise à faire. L’homme ne supportait pas d’être immobile, à prendre le risque de ressasser des choses. Mais l’hiver avait porté conseil. La rencontre au village des Pikuni aussi. Isdès n’était pas encore en mesure de dire quelles conséquences tout cela provoquerait-il, mais il avait l’impression d’être dans un tournant de la cohabitation entre Skaikru et habitants de la Terre. Il s’inquiétait, c’était sûr, plus que jamais. Mais Tyee lui avait bien fait comprendre que leur avenir ne reposait pas entre ses mains. Il n’avait d’autre choix que d’attendre et de réagir, le moment venu. Et puis, il y avait eu ces quelques mots échangés avec la seule Skaikru qui pouvait revendiquer de l’avoir côtoyé de près. Isdès s’était montré prudent, préservant la distance de rigueur entre deux êtres de deux camps différents, quand bien même les négociations avaient eu pour but d’instaurer une éventuelle entente et pourquoi pas une collaboration des plus fragiles. Il n’avait pas pu s’empêcher d’exprimer ses doutes quant à cette dernière possibilité et Murphy était certainement la mieux placée pour comprendre son appréhension à ce sujet. N’étaient-ils pas d’accord sur cette seule chose, l’incompatibilité chronique du ciel et de la terre ? À moins qu’il se soit forgé tout seul une vérité qui l’arrangeait bien. C’était peut-être ça au fond qui l’avait poussé à réitérer son initiative, l’été venu. Vérifier si depuis plus d’un an maintenant, Isdès s’était protégé de la mauvaise menace.

Même si le point de rendez-vous demeurait le même, en raison de sa facilité d’accès, la destination, elle, avait changé. L’Athna se refusait de l’emmener dans son territoire, une nouvelle fois. Elle avait laissé une telle empreinte qu’il lui était devenu impossible de s’y rendre, sans penser à ce printemps qui n’aurait jamais dû se dérouler ainsi. Tout n’avait été que cris et fracas, depuis. L’indifférence de deux inconnus n’avait jamais été aussi préférable. Mais le mal était fait, désormais. Aujourd’hui, il comptait l’emmener ailleurs.  Les plages de cette région étaient des plus agréables en cette saison. Il pensait qu’elle n’avait jamais eu droit qu’aux côtes glaciales de la région des Cents, en plein hiver. La proximité avec les montagnes athnas faisait profiter d’un relief assez inégal. La nature prenait ses droits et offrait toutes sortes de possibilités : énormes étendues de plage dégagées, comme falaises étroites qui pointaient vers l’horizon et petites criques dont on ignorait l’existence jusqu’à être découvertes. Les côtes du nord étaient beaucoup plus accueillantes en été. Isdès ignorait si ce nouveau voyage allait lui plaire, ni même pourquoi il croyait qu’elle allait répondre présente. Au pire des cas, il en profiterait seul, jusqu’à ce que le devoir ne le rappelle à son volcan chéri.

Malgré tout, l’adrénaline pointa le bout de son nez au moment fatidique où il approcha des lieux. Ses pieds craquaient à chaque pas et il n’avait qu’une hâte, c’était de s’arrêter et boire un coup. Après avoir écarté une dernière branche, Isdès se retrouva nez à nez avec Murphy. Elle se tenait à quelques mètres de lui, mais elle semblait aussi peu certaine que lui de leurs retrouvailles ici même. « Heya. » se contenta-t-il de répondre, tout en ignorant sa prochaine remarque. Elle avait intérêt à venir seule, à moins de chercher véritablement les ennuis. Il n’avait plus de temps à perdre avec ses futilités et savait parfaitement comment réagir, si toutefois elle l’avait mené dans un autre traquenard. Il aurait alors la preuve irréfutable que les Skaikru ne leur voulaient aucun bien. Ils avaient beau se retrouver seuls, chaque rencontre était un pas en avant – ou en arrière – pour la cohabitation entre les deux peuples. Quand il la vit s’acharner contre les moustiques affamés, il esquissa un sourire en coin. Ils n’avaient même pas à se protéger des bestioles volantes, comment espéraient-ils survivre ici ? « Les bêtes adorent la forêt. Chaude et humide. Vous avez choisi le mauvais endroit. » Il se délectait déjà rien que d’imaginer les nuits affreuses que devaient passer les Odysséens dans leur campement. Il prit le temps de sortir sa gourde puis avala quelques gorgées avant de s’éclabousser le visage sans vergogne. Il était en train de se liquéfier sur place. La sueur perlait à l’orée de ses cheveux noués en une longue tresse. Les nouveaux tatouages qui ornaient ses bras commençaient déjà à être tannés et le noir commençait à perdre de sa profondeur pour se fondre un peu plus à la couleur de sa peau.

« Je te préviens, on a pas fini. » dit-il après avoir rangé sa gourde dans son sac. Autant annoncer la couleur immédiatement. « On attend pas demain. Trop chaud. » Il voulait profiter du léger regain de fraîcheur du début de soirée pour finir les quelques kilomètres qu’il restait à parcourir. « On repose ici un peu puis on continue. Pas longtemps. Moins de deux heures de marche si tu es rapide. » Pour confirmer ses dires, il leva ses yeux vers le ciel pour essayer d’évaluer les heures qu’il restait avant le crépuscule. « Et toi, tu as bien marché ? » Il sortit de son sac un flacon qu’il tendit à Murphy. « Pour les moustiques. » Ce n’était ni plus ni moins qu’une espèce de remède à la citronnelle, concoctés par les Naoris. Il recommençait à jouer les guides distants, dévoué à des détails superficiels plutôt qu’à ce qui comptait vraiment : elle était venue sans sourciller.


Dernière édition par Isdès Hakantarr le Mar 9 Oct - 15:07, édité 1 fois

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Murphy Cavendish & Isdès Hakantarr
(18 au 22 juillet 2118)


La chaleur était écrasante. Murphy exécrait cette sensation que seul l'été ici savait lui réserver; celle de fondre et de fusionner avec tout ce qui l'entourait, à commencer par les vêtements qu'elle prenait le courage tous les matins de mettre sur le dos. Réduire les surfaces de tissu n'aidait qu'à peine et comme aujourd'hui, elle se rappelait de temps en temps que ça pouvait aussi se placer comme handicap. Elle n'avait jamais connu leur caverne entourée d'autant de moustiques et, assise sagement sur son rocher, elle s'était demandé à plusieurs reprises si quelque chose avait changé dans son environnement proche. Elle n'avait pas eu ni le cœur ni le courage de quitter son poste, épuisée rien qu'à l'idée de faire le moindre geste sous le poids de cette chaleur, attristée à celle qu'Isdès arrive sur les lieux, la croie absente et fasse demi-tour sans attendre plus longtemps.

Elle ne savait même pas ce qu'elle faisait là, quelle était la réelle teneur de l'invitation qu'elle avait reçue ou ce qu'Isdès lui réservait. Dès qu'elle avait eu l'impression de saisir l'homme, il avait fui un peu plus et ça semblait être une danse constante entre les deux, comme si elle était persuadée qu'ils étaient condamnés à se fuir et à se retrouver pour se fuir de nouveau. Pourtant, il demeurait l'attrait bizarre que l'on pouvait attribuer à une drôle de forme de magnétisme peut-être. Peu importait la rancoeur qu'elle éprouvait envers lui, peu importaient toutes les saloperies qu'elle pensait à son sujet, toutes celles qu'il pensait d'elle et tout le défi qu'il lui inspirait, elle n'aspirait qu'à l'orage passer pour retrouver le bonheur de ces éclaircies, aussi brèves soient-elles. Les montagnes semblaient appartenir à un autre espace et un autre temps, maintenant, à ces souvenirs d'une autre vie dans lesquels elle avait aussi classé Ofelia et Faustine. Isdès appartenait déjà à ce qui n'existait plus, et pourtant il demeurait l'espoir déraisonnable et insultant de revivre de tels grandeurs, des parenthèses irréelles dans un monde bien trop réel. Ajouter de nouvelles images, de nouvelles impressions, de nouvelles sensations à celles laissées au passé, c'était à la fois un moteur et un frein à tout ce pour quoi Murphy s'était toujours battue, mais la seule perspective était bien trop exaltante pour qu'elle ne pointe pas le bout de son nez en cette fin d'après-midi.

Lorsqu'enfin Isdès se détacha d'entre les arbres, il sembla à Murphy qu'elle revivait ce moment en boucle depuis bien trop longtemps. Le visage de l'homme était toujours aussi fermé et ses ses salutations parurent lui être arrachées de justesse. Ses mots à elles flottaient dans les airs un peu trop, lui rappelant qu'elle était la bavarde des deux et lui celui qui pesait et choisissait soigneusement chacun d'eux. Ca faisait tellement longtemps qu'ils n'avaient pas été en tête-à-tête qu'elle l'aurait presque oublié. Puisqu'il refusait de répondre au rappel qu'elle faisait de leur rupture et de la mésaventure qui l'avait scellée, Murphy conclut qu'il préférait laisser ça derrière lui. Ce qu'il ne savait probablement pas, c'est que ce n'était pas son intention. Elle, elle avait dû se battre contre les questions incisives de Mila, et elle n'avait aucun doute sur le fait qu'une revanche lui pendait au nez. Elle ne pourrait pas faire bouclier longtemps et elle comptait bien faire savoir à Isdès qu'ils étaient tous les deux dans la même merde -probablement la dernière chose qui les unissait, de près ou de loin. Mais il y avait d'autres ennemis desquels se préoccuper sur l'instant, et il lui répondit avec ce même sérieux qui le caractérisait toujours, ou en tout cas dès lors qu'il quittait ses montagnes natales. « La preuve » lâcha-t-elle d'un air mutin en désignant l'Athna du menton. Les bêtes rodaient assurément dans les parages. Un sourire ? Mutin ? Merde. Elle le perdit brusquement et se racla la gorge, se rappelant qu'elle n'avait aucune idée de ce qui l'avait guidée ici, elle et son sac rempli du bordel organisé qui lui était propre. Pour ce qu'elle savait, il pouvait très bien avoir prévu de l'emmener dans ses montagnes pour la tuer et la laisser pourrir dans un coin reculé.

En se relevant pour s'approcher de lui, Murphy étouffa un soupir accablé. La position debout lui coûtait deux fois plus de transpiration que celle, assise, qu'elle venait de quitter -trois fois plus que celle allongée. Lorsqu'il s'hydrata de son fond d'eau qu'elle imaginait tiédasse, le regard de la brune s'autorisa à se perdre sur ses muscles et ses sourcils se froncèrent. Il y avait de l'encre nouvelle, par ici. « Hmm », apprécia-t-elle malgré elle. Elle avait suffisamment côtoyé la peau de l'Athna pour y trouver des différences lorsqu'elles apparaissaient. Que lui était-il arrivé cet hiver pour la marquer de la sorte ? Entre autres choses, il venait de piquer sa curiosité. Sans qu'elle s'en rende compte, un léger sourire était venu étirer ses fines lèvres. « Hm ? » Elle leva finalement le nez vers lui lorsqu'il reprit la parole, avant de pencher la tête, dubitative. « Ah oui, parce que là il fait... frais » grogna-t-elle en sachant pertinemment qu'il avait raison. Les soirées et les nuits n'apportaient plus la fraîcheur espérée depuis quelques semaines, mais elles étaient le seul répit qu'ils pouvaient attendre ces prochains mois. « Mais je suis rapide ! » s'offusqua-t-elle, heureuse d'avoir une légère longueur d'avance sur Isdès, qui comptabilisait sans doute plus de kilomètres dans les pattes qu'elle. Elle avait hâte de lui montrer qui était le plus en forme ce soir. « Oui, je... » Surprise de la question, elle désigna du pouce sa provenance, comme si c'était évident que son parcours à elle avait plutôt relevé de la promenade que de l'expédition, comme c'était probablement son cas à lui. « Le plus pénible, c'était de t'attendre au milieu de l'arène à moustiques. » Elle évalua d'un coup d'oeil peu convaincu la petite bouteille que lui tendit Isdès, qui prétendait que c'était un remède contre les attaquants assoiffés de sang. « T'as besoin de te reposer longtemps ? » En attrapant le flacon, Murphy lui lança un regard empreint de défi. Elle n'avait pas besoin de se reposer, elle; elle l'avait déjà fait suffisamment longtemps. « Mais c'est vrai que t'as une sale tronche. » Elle haussa les épaules pour feindre l'indifférence et ouvrit la file pour en renifler le contenu, dont l'odeur lui arracha une grimace. « Merci. Et on va où, alors ? » demanda-t-elle en portant la bouteille à ses lèvres, se demandant s'ils allaient ignorer encore longtemps tout ce qu'ils s'étaient dit des mois auparavant.


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C’était étrange d’être à l’initiative d’une proposition dont la pertinence était déjà remise en doute. Pourquoi persistait-il à l’inviter sur ses terres, alors que tout finissait par tourner au vinaigre ? Pourquoi ne pas laisser l’oubli faire son travail et tourner la page d’un chapitre qui finirait assurément comme il avait commencé ? Peut-être que l’entretien avec les Skaikru et le semblant de paix entre eux avaient fini par faire son chemin dans son esprit aussi… Voilà une idée des plus désagréables. Non, Isdès refusait de s’avouer que tout ça n’avait rien à voir avec un peuple, mais concernait bel et bien une unique personne qui avait fait le déplacement jusqu’ici. Murphy semblait souffrir de l’atmosphère étouffante, propre au paysage au sein duquel ils s’étaient retrouvés. Elle l’ignorait, mais bientôt, il lui offrirait l’occasion de respirer. Tout comme lui, elle semblait préférer les grandes étendues ouvertes aux espaces confinés. Les arbres avaient beau s’avérer être un refuge des plus rassurants, ils pouvaient se révéler être de véritables pièges à rats pour qui ne savait pas s’y adapter. Parfois, l’homme se surprenait à vouloir devenir oiseau ou souris, rien que pour le plaisir d’aller épier le campement des Skaikru. Comment s’en sortaient-ils dans leur nouvel environnement ? Prospéraient-ils ? Se développaient-ils ? C’était désormais la tribu la plus proche du village Athna, et c’était un fait qu’ils ne pouvaient désormais plus ignorer. Tyee gardait un œil sur ses concitoyens encore trop différents pour qu’un quelconque lien de confiance s’installe. Tant qu’aucun geste ne déclarait les hostilités… Il en était de même pour la jeune femme avec qui il se montrait étonnamment patient. Après tout, il considérait qu’il lui devait bien de faire quelques efforts, puisque c’était lui qui l’avait conviée ici. Pourquoi déjà ? Alors qu’il lui expliquait qu’ils ne camperaient pas ici, elle tint à lui rappeler qu’elle était arrivée la première. Évidemment, tant la marche jusqu’ici était beaucoup moins pénible que son propre voyage. Mais dès qu’ils sortiraient des bois, le relief se ferait de nouveau sentir et même si Murphy avait déjà fait ses preuves, il n’y aurait pas de temps à perdre. Si elle voulait profiter de ce qui allait s’offrir à elle…

Isdès ne put s’empêcher un léger rictus moqueur, quand elle lui conta son calvaire avec les moustiques. Sans protection, une escapade ici pouvait vite devenir un enfer. Il donna à la jeune femme de quoi se protéger des agresseurs ailés. Elle le taquina quant à la longueur de la pause qu’il allait prendre, ce à quoi il lui répondit sans détour : « Le temps d’assoir un peu et d’aller... » Comment disait-on déjà ? « Pisser. » ajouta-t-il en débitant le mot que Thaïs lui avait sorti une fois. Il haussa un sourcil, sur un air de défi. Voulait-elle plus de détails ? À sa tentative de provocation, il pointa un index en sa direction. « On verra ta tête, ce soir. » Non seulement, ils allaient devoir dévaler une falaise pour atteindre la destination qu’il avait en tête, mais en plus il était certain de retrouver l’air légèrement béat auquel il avait eu droit, quand il lui avait fait découvrir des choses. Il lâcha son sac à dos à ses pieds et s’apprêtait à s’éloigner pour aller se soulager, lorsqu’il la vit en train de porter le flacon à ses lèvres. « Branwoda ! » s’exclama-t-il en se précipitant vers elle. « Toi vas même pas arriver à l’endroit, si ça continue. Tu seras morte avant. » Il retrouvait la Murphy qu’il avait connue : spontanée jusqu’à en être inconsciente, toujours sur la défensive et dans l’inquisition. Elle n’était pas capable de se laisser porter. Il lui arracha le flacon des mains. D’une main, il attrapa son poignet et enduit son bras de la mixture de laquelle s’échappait une puissante odeur d’agrume. Il frotta énergiquement sa peau pour faire pénétrer l’onguent, finissant par sa main et ses doigts – rien de pire que des piqûres entre les doigts. Il la fit pivoter sur elle-même avant de s’occuper de l’autre bras. « Compris ? » finit-il par dire, en lui rendant la fiole. Elle était assez grande pour s’occuper du reste, non ? « Tu recommences ce soir avant de dormir. La nuit, c’est leur préféré. »

Enfin, l’homme disparut momentanément derrière quelques fourrés pour satisfaire l’envie qui était devenue pressante. Quand il revint, il lui répondit comme si de rien n’était : « Tu verras où on va. » Il récupéra son sac et le balança sur son épaule. « Si je te dis, tu vas fuir. » Autant la laisser gamberger quelques heures, le temps de terminer le trajet. Avec un peu de chance, elle ne serait pas aussi volubile qu’elle avait pu l’être. Avant. Quand ils étaient plongés dans l’illusion que tout se passerait bien entre eux. Sans l’attendre, Isdès se remit en marche. Il avait tout autant hâte d’arriver. Il se permit même de donner un dernier indice à la marcheuse qui lui emboîta le pas : « Tu sauras qu’on arrive quand elle a disparu. » Il pointa un doigt en l’air pour faire référence à la buse, encore obstruée par les troncs à perte de vue, qui n’attendait que de déboucher sur l’air pur des côtes du nord.


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Murphy n'avait aucune idée de ce qu'elle faisait là. La seule chose qu'elle savait, c'est que la réponse à cette invitation avait été évidente dès le début et que pour une raison obscure, elle le demeurait encore maintenant. Elle n'arrivait juste pas à expliquer ce qui pouvait lui donner la fureur et la force de braver les moustiques et la chaleur au milieu de la forêt, juste pour attendre. Attendre qui, attendre quoi ? Attendre Isdès, mais quoi de leurs retrouvailles ? Leur dernière rencontre en tête-à-tête avait été teintée d'un deuil que chacun avait accueilli à sa façon. Ils n'avaient pas crié, cette fois-là. Ils n'avaient pas non plus crié lorsqu'ils étaient tombés l'un sur l'autre, à la première réunion officielle entre Terriens du Nord et Odysséens. Chacun trop focalisé sur la protection des siens, sans doute, et sur le bon déroulement de la rencontre. Ils avaient au moins ça en commun, donc : leur rôle au sein de leur groupe respectif. Était-ce la seule raison qui avait mené à cette discussion brève mais cordiale ? Peut-être que Thaïs avait veillé sur eux, à ce moment-là, et que l'idée de partager le poids de ce deuil n'était pas une entière illusion. Peut-être que c'était la seule raison qui avait poussé Isdès à initier une nouvelle rencontre. Elle ne savait pas quoi attendre de ces retrouvailles ou de vouloir en attendre quelque chose. Pourtant, elle avait attendu au milieu des moustiques, et plus que la raison l'aurait laissée attendre à peu près n'importe quoi d'autre dans de telles conditions. Peu importe ce qui avait pu se passer avec l'Athna, ça gardait un goût d'inachevé. Et c'était probablement de gagner le pouvoir de la conclusion dont elle avait besoin.

Mais il avait parlé de plusieurs jours, dans sa lettre. Il ne pouvait pas s'agir d'un hommage à Thaïs qu'il voudrait lui faire passer, à elle qui lui avait proposé de faire le lien entre lui et la dernière maison de la jeune étoile. Et au milieu des nuits qui l'écrasaient encore de cette chaleur intarissable, Murphy s'était surprise à imaginer la montagne ou la mer, des grandeurs comme elles lui manquaient ici; et puis le goût sucré d'un passé révolu était venu titiller ses lèvres et son esprit. Chaque jour qui l'avait approchée de celui-là avait un peu plus embrouillé ses idées, ses envies et ses convictions. La seule chose qui demeurait inaltérable, c'était son besoin de répondre à cette drôle de main tendue. Pour les fois où il n'était pas venu, lui; pour les fois où elle l'avait attendu comme jamais elle n'attendait personne; pour tout ce qu'elle s'était pris en pleine gueule à l'automne; pour la résistance bornée dont elle devait faire preuve chaque jour face à Mila, juste pour préserver ce qui pouvait encore l'être -si ce n'était pas le bordel de leur relation, au moins tout ce qui l'accompagnait, de près de ou de loin. C'était sans doute au nom de tout ce qui avait été rattaché à Isdès et à ce qui l'était encore, qu'elle le veuille ou non, qu'elle était ici.

Pourtant, l'acharnement constant de Mila n'avait rien à voir avec la sensation de soulagement et d'étrange confort qui la saisit lorsque la silhouette montagnarde se dessina parmi les feuillages avant de s'en détacher. L'instant fut de courte durée; la gêne prit bientôt le dessus, lui rappelant qu'elle ne savait toujours pas pourquoi elle avait fait le déplacement ou attendu si longtemps au milieu de moustiques murphyvores. Les premiers échanges avaient tout de banalités, comme pour montrer à la brune qu'aucun des deux ne semblait être à l'aise dans la situation. Comme s'il avait parfaitement organisé les prochains jours d'avance, Isdès décrivit déjà de quoi les prochaines heures seraient faites. Sans lui donner de droit de réponse ou de contestation, il avait l'air de compter sur le fait que les choses aillent le plus simplement possible. Le regard froncé, Murphy se rappelait de leurs derniers échanges en ces lieux, lorsque la forêt s'était parée de ces couleurs chaudes qui brûlaient les dernières traces d'été pour laisser place aux saisons les moins généreuses. Lui non plus n'avait pas oublié; ça se voyait sur ses traits, dans ses gestes, dans son regard. Tous les deux demeuraient animés de cette même rage que celle qui avait fait voler en fumée le reste d'eux, des mois auparavant. Mais tous deux étaient habités par ce même doute, par ce besoin irrépressible de compléter cet inachevé constant qui les définissait. Elle laissait un goût amer, cette hésitation, et tout ce qui leur restait, c'était l'espoir d'y mettre fin. Si l'automne n'avait pas suffi, ils trouveraient peut-être une conclusion plus consistante au terme de ces quelques jours à venir. C'était l'issue irrémédiable à tout ça, non ? La fin du supplice; la fin des doutes, des questionnements, des fantômes qui hantaient les nuits solitaires.

Mais il y avait quelques réflexes dont elle n'arrivait pas encore tout à fait à se défaire. La chaleur ramollissait ses idées, les moustiques pompaient avec son sang toute sa détermination. Il la rappela sur Terre en lui expliquant que sa pause ne serait que brève et qu'ils feraient une partie du chemin dès maintenant, pour éviter les fortes chaleurs que l'on retrouvait en journée. Si on lui avait donné le choix, Murphy aurait tout plaqué pour plonger dans une rivière ou un lac; n'importe quoi qui lui donnerait l'impression de transpirer rien qu'un peu moins. Au lieu de ça, il venait de mettre un terme au projet intermédiaire qui consistait à s'asseoir ou s'allonger pour attendre que le temps passe. Isdès n'avait pas tort, pourtant; même si c'était difficile à croire, les soirées et les nuits étaient bien plus indulgentes que les journées accablantes. Deux heures de marche, annonçait-il. Un sourcil froncé, elle se demandait ce qui était accessible à une distance aussi peu importante. Deux heures, ça paraissait incroyablement proche. Son côté enfantin ne pût s'empêcher de se réjouir à l'idée à la fois d'une nouvelle découverte et d'une surprise. Il transparût dans son regard clair et sur ses lèvres. « OK, fais juste gaffe à rien te laisser bouffer par ces saloperies... » Elle écrasa encore une bête sur son bras alors qu'il s'éloignait. Peu importe ce qu'il venait de lui donner, ça avait intérêt à être miraculeux. « Je serai fraîche et pimpante, comme toujours », répondit-elle, peu convaincue, en louchant sur l'index d'Isdès. Ca ne faisait pourtant aucun doute que dans ces circonstances, plus personne ne pouvait l'être, frais et pimpant. Sous des températures pareilles, tout le monde ressemblait à un poisson pas frais -et sentait comme un poisson pas frais. Elle déboucha la petite bouteille et grimaça brièvement alors que l'odeur citronnée s'emparait de sa gorge. C'était à se demander si c'était vraiment le moustique que l'on cherchait à abrutir. Le sac d'Isdès était tombé à ses pieds et du coin de l’œil et pendant une ou deux secondes, elle le regarda s'éloigner. Elle puisa dans ses dernières forces pour inspirer une dernière fois avant d'annihiler tous les sens possibles pour ingurgiter le poison qu'il venait de lui donner. L'apnée, la meilleure arme contre ces conneries.

Le cri de l'Athna déchira le silence pesant de la forêt et fit sursauter la brune, qui laissa quelques gouttes de la mixture tomber à côté de ses lèvres malgré elle. Elle eut à peine le temps de tourner la tête vers lui, horrifiée, cherchant la raison de son hurlement partout autour de lui, avant qu'il ne s'empare du flacon. Les sourcils froncés, prise par surprise, elle ne résista pas à la prise d'Isdès, qui se saisissait à présent de sa main pour recouvrir de la potion tout son bras. Il ne l'épargnait pas dans la manœuvre et ça se voyait à sa posture et à son nez retroussé : si elle avait pu laisser son bras derrière elle et prendre la fuite, elle l'aurait fait. La plus grande menace, ici et maintenant, c'était donc ce flacon; ou peut-être la personne qui avait essayé d'en avaler le contenu plutôt que de l'appliquer sur sa peau. Pour autant, elle ne méritait pas l'acharnement dont il semblait faire preuve sur son épiderme; une chance que ce dernier soit si bien attaché à sa petite personne, d'ailleurs. La mixture se mélangeait à la poisse de sa sueur et le contact achevait de réchauffer sa peau, qui était à deux doigts de prendre feu. Lorsqu'il glissa ses doigts entre les siens pour répartir le produit, Murphy sentit à quel point il avait chaud, lui aussi. Il ne s'attarda pas une seconde de plus et attrapa son autre bras en la forçant à se tourner de l'autre côté pour réitérer l'opération. Sans s'en rendre compte, Murphy avait arrêté de respirer, réalisant au passage que le liquide qui avait coulé près de ses lèvres lui brûlait la peau. « Ouais, compris... » Elle attrapa la fiole, vexée, respirant de brèves respirations par la bouche, avant de se frotter le visage du bout des doigts, peu convaincue, pour étaler ce qui y avait accidentellement chuté. « Va pisser avant que ta vessie explose. » Elle le regarda s'éloigner d'un air un peu bête et sans plus oser bouger. Elle fixait bientôt les arbres, bras ballants, et hurla à l'attention d'Isdès que « je pue !! ». Mais elle abdiquait. Si c'était le miracle dont elle avait besoin pour s'épargner d'autres morsures, elle était prête au sacrifice du confort de l'odorat. Elle s'occupa de son décolleté et de son cou, puis se baissa pour protéger ses jambes nues. Ca valait le coup d'essayer. Quitte à puer, autant puer un peu plus et tenter l'expérience complète.

Elle leva le nez de ses jambes et se redressa, la fiole à la main, en attendant Isdès revenir. Il ne voulait toujours pas lui dire où il comptait l'emmener, et sous son regard curieux et dubitatif, il récupéra son sac, annonçant le départ imminent. Finalement, il avait court-circuité le repos -peut-être était-ce une façon de répondre à sa provocation ? Elle ne fut amusée qu'une seconde, le temps qu'il reprenne la parole. Fuir ? Elle aurait bien eu peur, si ça n'avait pas eu l'effet inverse. Curiosité attisée, besoin de prouver qu'elle n'était pas une trouillarde; peu importe ce qui la poussait dans la direction de ce danger annoncé par Isdès, elle était bien déterminée à foncer droit dessus. Elle retourna prestement près de son rocher pour attraper son sac, dans lequel elle glissa la fiole avant de le jeter sur son dos. « Fuir ? » Elle leva fièrement le menton pour le jauger, le rejoignant. « Rappelle-moi qui a eu les couilles de sauter la première, l'été dernier ? » Le rappel à la cascade et à tout ce qui était supposé rester coincé là où on pouvait l'oublier : dans le passé. « Je fuis pas, moi. » Moi. Le rappel à ce qui avait suivi la parenthèse de l'idylle perdue dans le temps. Avec un geste du menton satisfait, elle le toisa une seconde, le regarda prendre la route et se glissa dans son sillage, constatant sans aucune surprise que l'odeur citronnée la suivait.

Au bout de quelques mètres dans la forêt, Isdès lâcha un premier et sans doute unique indice. Elle suivit sa main et ses sourcils se froncèrent pour faire face à la lumière du ciel qui contrastait avec les hauteurs ombragées. Il lui fallut quelques secondes pour comprendre que ce qu'elle ne pourrait pas voir ce qu'il désignait -ou plutôt, celle qu'il désignait. « Ah », se contenta-t-elle de répondre alors que ses circuits neuronaux essayaient de mettre en lien tout ce qui pouvait l'être. Mais qu'est-ce qu'il y connaissait en oiseaux, hein ? Si elle réunissait toutes les informations dont elle disposait, on ne pouvait que constater que l'état de ses connaissances était plutôt pitoyable : Tennessee en avait peur, ça avait des plumes et ne connaissait par le vertige. « On va en intérieur ? » La question était peu convaincue. Ils continuaient à marcher à la suite l'un de l'autre et Murphy fulminait à l'idée de ne pas deviner ce qui l'attendait. « Tu te rappelles que les grottes sont pas mes copines, hein ? » Il marchait plus vite qu'elle, avec ses grandes jambes, et elle ne cessait de tenter d'adapter son rythme à celui de la montagne. « Ou alors elle a encore plus peur que moi. » Elle haussa les épaules avant d'attraper les sangles de ses sacs pour alléger le poids de ce dernier, au moins pendant quelques dizaines de mètres.

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06/05/2016 Dandan/Sonia Aucun. 293 Jason Momoa lux #demonkeur Garde pour sa tribu, il s'occupe aussi parfois des oiseaux messagers. Athna, à la vie, à la mort. 80



the sound of love is out of tune

Isdès s’était éloigné, le temps de quelques minutes, sans savoir si Murphy serait encore vivante à son retour. Si elle lui avait simplement demandé comment se servir de la mixture anti-moustiques, il ne se serait même pas moqué. Ce qu’il trouvait risible, c’était cette assurance mal placée et cette manie de foncer tout droit, avant même de se soucier de l’existence d’un mur. Il n’osait pas imaginer l’état dans lequel elle serait maintenant, si elle avait ingurgité le liquide. La décoction ne contenait que des plantes mais son odeur ne présageait pourtant rien de comestible. Mais le mal était passé et quand il revint, il supporta une fois de plus ses geignements. Elle ne puait pas, elle sentait les agrumes qui avaient mariné puis séché – pour ne pas dire pourri – avant d’être broyés. Il n’y avait rien de plus naturel et bientôt, elle le remercierait de ne plus être le plat de résistance d’un festin pour insectes. Le temps de lui expliquer qu’elle découvrirait par elle-même leur destination, il sortit sa gourde de son sac puis se rinça rapidement les mains. Même l’eau était devenue tiède, à peine agréable sur sa peau déjà rendue moite par le trajet jusqu’ici. Il fallait se convaincre que maintenant que l’après-midi avait bien avancé, tout ne pouvait aller que mieux. Les températures ne devraient pas tarder à se radoucir et Isdès seul savait qu’une fois arrivés, l’air serait beaucoup plus respirable. Alors qu’ils commençaient à marcher, l’Athna se fit un plaisir de la faire tourner en bourrique en la mettant sur de fausses pistes. Néanmoins, il tendait un peu le bâton pour se faire battre puisque ça n’incitait absolument pas la jeune femme à cesser d’ouvrir la bouche pour rien. Elle devait tout commenter et réagir à tout. Prouvant qu’elle n’était pas aussi poule mouillée qu’il pouvait le sous-entendre, elle lui rappela qu’elle fut la première à sauter, lors de leur dernière escapade agréable. Déjà le printemps dernier, une année auparavant. Avant que l’orage ne gronde et que leur entente fragile ne tourne au pugilat. Ça lui semblait être une éternité en arrière, et pourtant il n’avait aucun mal à se remémorer de ce qu’il avait pu ressentir ces jours-là. Des émotions qui lui semblaient sortir tout droit d’une illusion dont il s’était réveillé avec fracas. Il esquissa un sourire en coin, brièvement amusé, avant de se concentrer sur la route qui leur restait à parcourir.

Au bout de quelques minute, Isdès lui fit la gentillesse de lui offrir un premier indice. Elle n’en serait pas plus avancée, parce qu’elle ne connaissait pas sa buse et les réactions qu’on pouvait observer chez elle. L’oiseau était comme n’importe quel autre animal ; doté d’un comportement typique et d’actes dictés par un seul et même instinct réfléchi. L’homme continuait d’enjamber racines et mottes de terre, sentant déjà les gouttes perler sur son front. Il écoutait d’une oreille les hypothèses totalement erronées de Murphy, se plaisant à la laisser se torturer l’esprit pour rien. S’ils comptaient aller en intérieur, il n’aurait pas évoqué le fait qu’il faudrait se protéger à nouveau des moustiques, une fois la nuit tombée. Les grottes, quant à elle, n’étaient pas suffisamment cloisonnées pour protéger des moustiques, mais suffisamment étroites pour qu’un feu les fasse fuir. Non, elle pouvait continuer à chercher et son silence en disait long. Parfois, il s’autorisait de brefs sourires, qu’elle pouvait intercepter quand il vérifiait par-dessus son épaule qu’elle suivait toujours le rythme. On ne pouvait pas dire qu’il était parfaitement détendu à la perspective de passer plusieurs jours avec elle, mais il était concentré sur sa mission de l’arriver à bon port, ce qui le faisait baisser quelque peu sa garde. Elle émit alors l’hypothèse que la buse était effrayée, mais c’était tout le contraire : elle avait tellement hâte de rejoindre les côtes que sitôt qu’elle les aurait en visu, elle abandonnerait complètement son maître. C’était d’ailleurs la seule raison pour laquelle elle pouvait disparaître de son champ de vision, sans qu’il ne lui ait demandé. « Va lui dire, elle va te répondre. » D’un coup de bec mérité, certainement.

Les deux voyageurs firent régulièrement des pauses, car même si le soleil commençait lentement à décroître, les températures couplées à l’effort physique continuaient de tenir chaud. Heureusement qu’ils n’avaient pas de côte à grimper, sinon ils n’auraient pas pu arriver avant le crépuscule. Afin de ménager l’effet de surprise, il avait calculé le temps de trajet pour qu’ils arrivent justement à l’heure où les couleurs du ciel se métamorphosaient. À partir de là, ils auraient encore une heure ou deux avant que l’obscurité n’ait totalement pris ses droits. Isdès ne se montra pas spécialement bavard, concentré à préserver son souffle pour la marche. Il avait hâte d’arriver et de pouvoir enfin poser ses fesses. Au bout d’un peu plus d’une heure de marche, la densité de la forêt autour d’eux commença à diminuer. La roche et les cailloux remplaçaient progressivement le humus fourni du sol. Quinze minutes encore passèrent et devant eux, l’horizon se dégagea de plus en plus. La buse s’enfuit soudainement dans un bruissement d’ailes, poussant un long cri de ce qu’il croyait être de la joie. Les mains accrochées aux bretelles de son sac à dos, Isdès se retourna alors vers Murphy, se mettant à marcher à reculons : « Tu crois que c’est de la peur, ça ? » Malgré lui, il ne put s’empêcher de continuer à guetter la réaction de la Skaikru.

Ils quittèrent brutalement l’orée de la forêt vers une falaise abrupte qui donnait sur la mer. Elle ressemblait sensiblement à celle sur laquelle ils s’étaient retrouvés la dernière fois, sauf que le terrain était plus grisâtre, moins friable. La proximité avec ses montagnes de l’est donnait un relief très différent à celui des autres côtes du continent. En contrebas, on pouvait apercevoir une crique protégée du vent par les parois rocheuses. Un peu plus loin à l’horizon, un pan de roche s’était détaché du reste de la falaise et formait une arche naturelle que rien n’ébranlait. La plage n’était pas faite de sable, mais plus de galets polis. Isdès s’arrêta là, quelques instants, pour laisser le temps à Murphy de profiter de la vue. Au loin, la buse virevoltait au-dessus de la crique. Ils avaient mis un peu plus longtemps que prévu, mais le soleil commençait tout juste à baisser. « Là où la montagne et la plage se rencontrent. » Une autre facette de sa région, à la frontière du territoire des Pikuni. Là où il pensait, dans sa plus grande naïveté, qu’elle ne risquerait pas de marquer son environnement de sa trace indélébile. Il ne referait pas deux fois la même erreur. « Il y a un chemin là qui fait le tour, mais trop long. Nous, on va là. » Il désigna du bout de son index, une falaise à la paroi raide, à quelques mètres de là. Oui, ils allaient descendre. Sans lui laisser le choix de refuser, Isdès reprit sa marche. L’éprouver elle, encore un peu plus, pour se préserver lui.


Dernière édition par Isdès Hakantarr le Mar 9 Oct - 15:08, édité 1 fois

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06/12/2015 Lux Aeterna Nuna Cortez 36420 Sophia Bush Lux Aeterna (vava & sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 1597
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❝ Your eyes betray what burns inside you ❞
Murphy Cavendish & Isdès Hakantarr
(18 au 22 juillet 2118)


La transition entre la réalité du quotidien et les parenthèses créées en compagnie de l'Athna, quelles qu'elles soient, était un exercice gênant pour Murphy. Pendant quelques instants, son assurance habituelle laissait place à une drôle de gêne qui n'avait rien à voir de la politesse. Il y avait toujours ce moment de retrouvailles un peu curieux qui lui rappelait qu'ils ne s'étaient pas vus depuis longtemps et que tous les deux, ils n'avaient jamais vraiment trouvé cet équilibre qui caractérise la plupart des relations humaines, dans le bon ou le mauvais sens. C'était presque comme si, pendant quelques secondes ou minutes, ils devaient se réapprivoiser. Ces retrouvailles-ci portaient aussi le poids de leurs dernières rencontres, du rixe de l'automne, d'une absence de Thaïs... d'une disparition de Thaïs. Perdue entre l'annihilation et la reconstruction timide de quelque chose, la relation qu'elle entretenait avec Isdès était devenu encore plus inclassable qu'avant. Peu importe ce qu'ils pouvaient penser et nier, il faisait partie de sa vie. Il était entré dans sa vie dès leur première rencontre, même si elle ne s'en était pas rendu compte à ce moment-là. Et les mois étaient passés, et s'étaient doucement transformés en années. Malgré tout ce qui s'était passé entre eux et ailleurs, malgré tout ce qui aurait du les séparer, ils semblaient toujours retrouver le chemin l'un de l'autre. Aujourd'hui en était la dernière preuve : sans savoir ce qui l'avait conduite au point de rendez-vous à part sa paire de jambes, il y avait bel et bien une drôle de force indéfinissable qui l'avait convaincue que le refus n'était même pas une option à considérer. Mais de ne s'accorder qu'une brève pause avorta ce moment de gêne étrange. Il ne fallait pas perdre trop de temps et tout fut un peu précipité. Après qu'Isdès ait évacué le peu d'eau qu'il n'avait pas transpiré, ils se mirent en route, laissant derrière eux la caverne qu'ils avaient découverte ensemble. Motivée à la fois par sa détermination à donner tort à son compagnon d'aventure et son envie de découvrir la destination qu'il lui avait réservée, Murphy oublia la chaleur écrasante pendant quelques instants. Les pouces crochetés autour des sangles de son sac, elle revenait régulièrement près de lui avant de se laisser à nouveau distancer malgré elle. Elle cherchait des indices sur son visage dès qu'il lui jetait un coup d'oeil, mais c'était peine perdue. Il se moquait d'elle, elle pouvait le voir à son sourire en coin et à son regard brillant. C'était une image assez exceptionnelle et elle se surprit à la mettre de côté, dans un coin spécial de sa mémoire, pour les jours sans doute prochains où les choses tourneraient à nouveau mal. Elle en oubliait presque le sourire naissait de la raillerie impertinente.

Mais elle devait l'admettre, elle ne connaissait pas suffisamment les habitudes de la compagne ailée d'Isdès pour tirer une quelconque conclusion de l'indice qu'il lui avait accordé. Il le savait, de toute façon -c'était bien pour ça qu'il s'était montré si généreux. Qu'est-ce qui pouvait éloigner une de ces bêtes ailées ? L'intérieur; voilà sa première réponse. Sa seule réponse, à dire vrai. Mais elle se refusait à se cloîtrer là où l'air pouvait être plus étouffé encore que dans la forêt. « Ah, non merci, même quand je lui dis rien elle me répond. Elle a le caractère de son compagnon à deux pattes. » Elle râlait derrière lui sans perdre de vue son objectif. Elle n'avait pas oublié la fois où elle avait cru être acceptée par l'animal, et que celui-ci lui avait répondu d'un pincement dont elle n'oublierait probablement jamais l'aigu de la douleur. Le caractère de l'oiseau l'avait vexée plus qu'il n'aurait dû, et elle lui tenait encore rigueur de cet échange. C'était lorsqu'il volait au-dessus d'eux, et encore plus lorsqu'une barrière d'arbres les séparait, que les deux individus s'entendaient le mieux. Mais à l'heure présente, son esprit était bien loin de se préoccuper de vexer la buse. Le seul indice qu'elle pouvait rajouter à la liste de un indice qu'Isdès lui avait accordée, c'était qu'ils semblaient se diriger vers le nord, nord ouest. Elle profita de l'une de leurs pauses pour récupérer la vieille boussole de Faust dans son sac pour l'épier les minutes suivantes et confirmer cette théorie. Mais qu'y avait-il vers le nord ou l'ouest ? Les montagnes ? Elle reverrait volontiers le grand lac et tout ce qu'il l'environnait, mais elle doutait que c'était là les seuls trésors dont regorgeait la région. Aux présentations et aux mimiques espiègles d'Isdès, Murphy devinait que la destination qu'il avait en tête serait une nouveauté pour ses mirettes de débarquée.

C'est sans doute un mélange de réflexion intense, d'effort physique, de parfum puissant et de chaleur insoutenable qui parvint progressivement à faire fermer le clapet de Murphy. Elle le suivait sagement, se perdant dans ses pensées de temps à autres, se plaignant à elle-même et intérieurement de tout le tas de poisse qu'elle devenait. Aux rayons du soleil qui parvenaient à traverser la haute canopée pour parvenir jusqu'à eux, elle voyait qu'Isdès souffrait du même inconfort. Elle se plaignit à plusieurs reprises, mais ce n'était que la partie émergée de l'iceberg que représentait toutes les plaintes qu'elle ne réservait qu'à elle. Elle ne préservait pas Isdès; elle se préservait de l'effort supplémentaire que demandait une quelconque prise de parole. De temps en temps, elle sortait à nouveau la boussole de la poche de son short, comme si elle avait encore l'espoir d'une épiphanie soudaine et miraculeuse. L'ouest se confirmait mais ne lui inspirait rien de plus. Elle n'avait plus aucune idée du temps qui s'était écoulé depuis qu'ils avaient quitté la grotte tant il semblait être dilaté, lui aussi, par les chaleurs. A mesure que son projet de mettre le doigt sur l'idée d'Isdès se perdait de vue, celui de voir apparaître sous leurs yeux leur destination finale grandissait. La végétation semblait progressivement changer, l'air et le terrain aussi. La marche se faisait un peu plus aventureuse au milieu des cailloux et le cerveau ramolli de Murphy commençait à imaginer quelques possibilités. Ils quittaient progressivement la forêt, c'était une première déduction logique. Mais ils restaient sur un terrain plat, et l'éventualité de retrouver des montagnes, quelles qu'elles soient, était à bannir. C'est là le seul cheminement que furent capable d'effectuer les neurones asthéniques de la militaire. L'accablement de la chaleur la força à admettre secrètement qu'elle s'en remettait totalement à Isdès, peu importe ce qu'il avait prévu pour elle. Qu'il ait choisi de l'amener à sa mort pour enfin se débarasser d'elle ne lui faisait plus même chaud ni froid. Elle ne se débattrait même pas; lui tendrait même l'un de ses poignards pour l'accompagner dans sa tâche macabre.

Non, la chaleur ne réussissait pas à Murphy.

La journée tombante n'atténuait qu'à peine son calvaire. Elle lorgnait parfois sur Isdès, qui trottait toujours devant elle, en se demandant s'il ressentait le poids de l'atmosphère aussi difficilement qu'elle. A mesure qu'elle ressentait le changement du terrain, Murphy s'accrochait à l'idée que le calvaire était sur le point de s'achever. Si elle ne surprenait aucun moustique dans leur exercice de moustiques assoiffés, Murphy en était persuadée, c'était parce qu'ils redoutaient sa peau dégueulasse. L'odeur forte d'agrumes n'avait pas grand chose avec ça, si ce n'était que la chaleur qui émanait de son frêle être rendait les molécules odorantes encore plus volatiles et perceptibles, achevant, elle en était persuadée, la moindre particule vivante à plusieurs mètres à la ronde. Son tour viendrait bien assez tôt, elle le savait.

C'est le cri de la buse qui la fit sursauter et manquer de trébucher sur un rocher. Elle eut un mouvement réflexe de recul, s'attendant presque à la voir descendre en piqué sur elle pour la pincer de son bec cruel. Son regard trouva Isdès, quelques mètres devant elle, qui se retournait pour fanfaronner. Elle marcha à vive allure pour le rattraper, les lèvres pincées, les fossettes creusées et les prunelles pétillantes dans un tableau parfait d'agacement malicieux. Elle lui donna un coup dans le bras comme représailles. « Je sais pas, je parle pas le busien ! Si ça se trouve elle a juste vu ta tête... » Fière de sa réplique, aussi basse en soit le niveau, elle se laissa à nouveau distancer, consciente que ça y était : le supplice de la randonnée prenait fin.

Quelques instants plus tard, son vœu devenu prédiction se matérialisa. Ils laissèrent la forêt derrière eux et devant eux s'étendait le vide, qui s'ouvrait sur une mer infinie. Les lumières étaient particulières, aussi chaudes que l'atmosphère, et Murphy n'était plus très sûre de savoir si c'était la ciel qui se reflétait dans la mer ou l'inverse. Le soleil se dressait droit devant eux, pas loin de jouer avec les vagues paisibles au loin. C'était le plein ouest dans toute sa splendeur crépusculaire. Doucement, le regard rivé au loin, lâchant les bretelles de son sac, elle s'avança à côté d'Isdès. Elle resta silencieuse de longues secondes, les lèvres entrouvertes devant ce paysage à couper le souffle. L'air était plus frais, aussi, ici. Il y avait un peu d'un vent salvateur qui faisait voleter quelques mèches de cheveux qui n'étaient pas prises dans sa sueur. Lorsque ses prunelles se détachèrent de l'horizon, Murphy aperçut les splendeurs de plus en plus proches. A droite, on pouvait deviner de hautes montagnes se dresser; probablement celles qu'ils avaient côtoyées un an auparavant, la maison de celui qui se dressait à ses côtés. En contrebas, une plage isolée sur laquelle venait mourir les vagues tranquilles de la mer. Et un peu plus loin, une construction étrange des roches qui trônait au milieu des flots comme si elle se moquait éperdument des éléments. Encore une fois, c'est la buse qui la ramena à la réalité. « Oh, si si, elle a l'air d'avoir peur... » lâcha-t-elle en jetant un bref regard amusé à l'homme à sa droite. En une seconde, elle comprit qu'il avait probablement autant d'affection pour ce lieu que pour celui qu'il lui avait présenté la dernière fois. C'était son voisinage. Là où la montagne et la plage se rencontrent. Elle passa devant lui pour s'approcher du bord de la falaise qui surplombait la plage isolée, mais non sans laisser une marge de sécurité confortable entre le vide et elle. « C'est vraiment pas dégueulasse... » lui accorda-t-elle alors que son visage entier trahissait tout l'envoûtement qui était le sien. Elle se retourna en l'entendant parler de chemin, déjà prête à descendre au cœur de ce petit coin de paradis perdu, et s'arrêta en plein vol en fixant Isdès, refusant catégoriquement de suivre l'index qu'il tendait vers la falaise à laquelle elle venait de tourner le dos. « Y'a un escalier taillé dans la roche, c'est ça ? » s'empressa-t-elle de demander alors que ses traits changeaient déjà, horrifiée à l'idée de ce qu'il était en train de lui annoncer. Est-ce qu'il se souvenait de son vertige ? Était-ce justement parce qu'il imaginait l'état dans lequel pouvait la laisser une pareille aventure qu'il la lui imposait ? « Non non, non... non. » Les hochements de tête accompagnaient son refus catégorique. « C'est où l'autre chemin ? Je prends l'autre chemin. Tu me dis où c'est et je prends l'autre chemin, on se retrouve en bas et... » Son débit de paroles incroyablement trop élevé trahissait toute son angoisse. Elle se voyait déjà suspendue contre la roche, avec le vide sous les pieds, du vide derrière le dos, et rien d'autre que du vide pour la retenir. Du vide pour accueillir sa chute. Elle se voyait coincée au milieu de la façade de roche sans aucun moyen de se dépêtrer de là, paralysée, obligée de choisir son heure pour se laisser tomber et écraser sur la merveilleuse plage qui l'attendait en contrebas. « Ca me dérange pas de marcher dans la nuit, je peux me faire une torche, jveux dire, j'ai du tissu à brûler de toute façon, qui a besoin d'un débardeur en ce moment, hein ? » Elle se précipita vers lui et attrapa ses mains pour le tirer loin du bord de la falaise. « Viens, viens, montre-moi où est l'autre chemin. » Son courage de tête brûlée avait tout de même ses limites.

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06/05/2016 Dandan/Sonia Aucun. 293 Jason Momoa lux #demonkeur Garde pour sa tribu, il s'occupe aussi parfois des oiseaux messagers. Athna, à la vie, à la mort. 80



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Jusqu’ici, Murphy avait plutôt bien suivi le rythme. Les conditions de sa nouvelle vie l’avaient très certainement forcée à prendre sur elle et à crapahuter plus qu’elle en avait l’habitude, rien que pour trouver des vivres. C’était inévitable qu’au fil des mois, son endurance s’allonge et sa condition physique s’entretienne. Elle avait peut-être chaud, sentait tous les efforts tirer sur son corps déjà fatigué, mais c’était le lot de n’importe quel fou qui aurait entrepris de faire de la randonnée par ce temps. En plein temps de canicule comme celui-ci, il n’était pas rare que les Terriens préservent leurs forces en pleine journée et soient plus actifs que la normale, le crépuscule venu. Ils avaient toujours vécu avec les cycles du soleil et des saisons, ils savaient combien l’adaptation était indispensable. C’était sans doute la raison pour laquelle il n’avait pas demandé à la Skaikru de la rejoindre plus tôt dans la journée, sinon la pire partie du périple aurait été effectuée sous un soleil de plomb et une atmosphère plus qu’étouffante. Réfugiés dans leur volcan, les Athnas étaient sans doute la tribu qui souffrait le moins de la chaleur. Ils étaient facilement cachés du soleil et la roche volcanique asséchait l’air ambiant, si bien qu’ils n’avaient pas à craindre l’humidité. Être en forêt en juillet, c’était comme être dans la jungle et Isdès plaignait sincèrement les imprudents qui avaient décidé d’élire domicile en ces lieux. Alors, si Murphy le lui demandait, il consentirait peut-être à lui dire qu’elle méritait sa récompense en bout de course. De toute manière, elle ne tarderait pas à le découvrir par elle-même. Dès qu’elle en avait eu l’occasion, la buse d’Isdès était partie en éclaireuse, volatile amoureux de sa liberté. Ce spectacle ravissait toujours le cœur de son maître qui n’oubliait pas que même si elle était apprivoisée, elle demeurait un animal sauvage qui satisfaisait ses besoins instinctifs. Contrairement aux autres espèces plus dépendantes qu’il avait à sa charge, elle se nourrissait toute seule et partait parfois une journée entière, sans qu’il ne s’en inquiète. Elle vivait sa vie et n’avait aucun autre intérêt de l’accompagner. Le jour où la buse estimerait qu’Isdès n’aurait plus rien à lui apporter, elle s’en irait voguer certainement vers d’autres contrées. Mais ça, c’était une réalité que l’humain avait un peu plus de mal à avaler, quand bien même il ne ferait rien pour la retenir. Il profita de son départ pour interroger la jeune femme à son sujet, savoir si elle arrivait à faire la distinction entre la peur et la joie. Poussée dans ses retranchements, la concernée préféra s’offusquer, plutôt que d’avouer qu’elle s’était trompée. La buse voyait la tête d’Isdès chaque jour, bon comme mauvais, elle ne saurait jamais être surprise de la mine de son compagnon à deux pattes.

La surprise se révélait enfin sous le regard ébahi de l’étrangère. Sitôt qu’on posait les yeux dessus pour la première fois, la crique avait tout pour plaire. C’était un tableau de la nature dans toute sa splendeur, encore intacte de la main de l’être humain. Elle dévoilait ses beautés comme ses risques et se moquait bien de susciter la mort comme l’admiration. En ces lieux, ils n’étaient pas les maîtres. Il n’y avait presque aucune ressource à tirer de cet endroit, il se suffisait à lui-même. Les Athnas regorgeaient de mines où tailler la roche serait beaucoup plus aisé qu’ici. Il y avait des plages bien plus accessibles pour pêcher et aucune faune ne s’aventurait véritablement ici. Invincible et intouchable, la crique éblouissait les gens de passage et résignait les conquérants. Isdès profita de cet instant pour se repaître de la brise ambiante, très rafraîchissante après des heures sous les canopées. Il lui laissa aussi quelques instants de répit avant de lui annoncer la manière dont ils allaient descendre. Murphy devait commencer à le connaître et savoir qu’il aimait prendre des risques. Celle-ci lui confia qu’elle était convaincue par le paysage qu’il lui présentait et l’homme trouva le moment opportun pour déclarer qu’ils allaient descendre par les parois rocheuses. Ni une, ni deux, il reprit sa marche en direction de l’est. Au vu de l’exposition de la falaise, c’était toujours plus prudent de descendre en fin de journée. Le soleil crépusculaire éclairerait encore parfaitement la roche, sans les éblouir toutefois. Comme il put s’y attendre, la jeune femme s’opposa aussitôt à sa proposition. Il se souvenait qu’elle avait le vertige, mais pensait qu’elle l’aurait au moins un peu combattu depuis. Elle continuait de protester, avec un débit de voix des plus insupportables, mais Isdès ne pouvait pas s’empêcher de sourire. Ça l’amusait tellement de la voir se battre en vain, contre une tête de mule qui ne changerait pas d’avis. Il la toisait de temps en temps du regard, sachant qu’aucun argument ne serait recevable. « Tu es capable de tomber dans le chemin et de mourir. Alors, sans vêtements, les vautours viendront vite te manger. » Bien entendu, les vautours ne sévissaient pas dans cette région, trop froide pour leur plumage épars. Quand elle attrapa ses mains, il en profita pour saisir son poignet et continuer à marcher. Il la traînerait, s’il le fallait. « Non, tu me suis. »

La seule chose qui l’inquiétait véritablement, c’est qu’il avait prévu de la faire descendre en même temps que lui, mais sur sa propre corde. Vu l’angoisse que Murphy était en train d’exprimer, il n’était même pas sûr qu’elle ait le courage de faire seule le premier pas. Il y avait bien la solution de descendre à deux sur la même corde, mais il allait falloir être sacrément synchronisés, sans parler des risques multipliés par dix en cas de faux pas. Enfin, ils finirent par arriver sur le spot concerné. À une distance suffisamment raisonnable pour que ce soit sécurisé, des anneaux de fer épais avaient été plantés là et permettaient aux amateurs d’escalade de descendre en rappel. D’aussi loin qu’ils s’en souviennent, ils avaient toujours été là. Personne n’était capable de se souvenir d’un moment datant d’avant leur installation, c’est pourquoi certains avait émis l’hypothèse qu’ils dataient d’avant tout ça mais ils étaient si régulièrement vérifiés et entretenus qu’espérer pouvoir les dates relevait désormais du miracle. Isdès laissa tomber son sac à dos à ses pieds. « Fais une pause. Assis-toi. Respire. » Aussi taquin qu’il pouvait être, il n’en était pas un monstre pour autant et comptait lui laisser quelques minutes, le temps de se reprendre et de se faire à l’idée. La pause n’allait pas durer une heure cependant, histoire que ne lui vienne pas l’idée de s’enfuir à toutes jambes. « On fera ça qu’une fois. » Il sortit sa gourde et but de longues gorgées avant d’ajouter. « Tu as deux choix. On descend tous les deux. Deux cordes. Je suis à côté je peux t’aider, mais tu es seule sur la corde. Ou on descend tous les deux, mais une seule corde. Je fais tout, mais tu peux rien faire et si tu glisses, on tombe tous les deux. » Dit comme ça, les deux options n’avaient rien d’engageantes, mais il préférait qu’elle s’imagine le pire et que la descente paraisse finalement moins effrayante qu’elle ne l’aurait crue. Isdès haussa les épaules, montrant bien qu’il se fichait de la solution. Dans tous les cas, ils descendraient.

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06/12/2015 Lux Aeterna Nuna Cortez 36420 Sophia Bush Lux Aeterna (vava & sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 1597
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❝ Your eyes betray what burns inside you ❞
Murphy Cavendish & Isdès Hakantarr
(18 au 22 juillet 2118)


Le paysage était à couper le souffle. Si c'était leur destination, alors elle était heureuse. Oubliée l'heure de marche dans l'humidité et la chaleur étouffantes. Oubliée l'odeur d'agrumes qui prenait la gorge de l'Homme juste pour arracher celle des moustiques. Ici soufflait une bise fraîche qui faisait croire à un autre monde. Les montagnes se dessinaient au loin, au nord. La mer, en face, semblait incapable de trahir ces côtes en flirtant avec d'autres littoraux. Elle aurait probablement pu rester debout de longues heures, juste à savourer la douceur de l'air marin qui glissait sur son visage, dans ses cheveux, sous son débardeur. Elle aurait pu regarder le soleil se coucher d'ici, et ça aurait été le plus beau coucher de soleil auquel elle n'aurait jamais assisté -bien différent de tous ceux, là-haut, qui avaient dans leur majestuosité quelque chose de si commun. Les tonalités que prenait le ciel étaient chaudes, brûlantes -plus encore, si c'était possible, que celles des feuilles de arbres lorsque l'été abandonnait les terres. Des heures durant, elle aurait pu observer le monde d'ici, du sommet qu'Isdès venait de lui offrir, sans se demander si c'était vraiment leur destination, s'ils s'apprêtaient à passer plusieurs jours sur ce coin de terre qui surplombait les profondeurs de l'océan.

Sa quiétude fut violemment brisée par l'annonce d'Isdès, qui ne lui avait accordé que de trop courtes minutes pour amortir le trajet. Elle savait, pour son plus grand malheur, qu'il n'y avait aucun escalier taillé dans la roche. Il suffisait de voir le sourire ravi de l'Athna pour comprendre qu'il se souvenait de son vertige et se délectait de la situation. Ainsi donc, elle avait été piégée. Peut-être qu'il souhaitait sa mort, finalement, ou la pousser bien loin de sa zone de confort. Pendant une seconde, elle s'imaginait le Isdès du passé qui avait choisi cette aventure particulière pour eux deux -pour elle, surtout, qui détestait les hauteurs vertigineuses. Il était sadique, et ce putain de sourire dont il ne se séparait pas rappelait à Murphy que les choses ne s'étaient jamais résolues entre eux. En acceptant de le retrouver, elle avait signé son arrêt. Elle avait couru à sa perte, bêtement, parce qu'il avait eu la politesse de le lui demander. Son flot de paroles, ses refus en pagaille ne changeraient rien. « Sans vêtements ? Tu comptes me désapper, en plus ? » s'offusqua-t-elle au milieu de tout le reste, comme si le flot de paroles était sa seule et dernière arme pour tenter de réchapper à l'inévitable. « Je préfère être bouffée par des bêtes que rester coincée au milieu de la falaise. » Elle se moquait de finir à poil sur le chemin qui descendait jusqu'à cette plage. Elle se moquait des vautours qui viendraient la bouffer. Tout sauf descendre cette falaise comme ça. Le point de vue était parfait d'ici, pourquoi prendre des risques inconsidérés pour descendre plus bas ? C'était dans un mélange de colère et de panique qu'elle s'adressait à Isdès, et en attrapant son bras elle espérait qu'il comprendrait qu'il avait trouvé son point faible. Elle aurait préféré crever que de l'admettre, ce point faible, elle qui se vantait encore une heure avant d'être prête à relever tous les défis. Elle n'avait jamais eu le vertige, là-haut, à quatre-cent kilomètres de la Terre, dans son Odyssée natale. Quelle ironie, n'est-ce pas, de flipper de quelques dizaines de mètres ?

Mais il n'entendait pas raison. Plutôt que de lui accorder une trêve, il lui avait attrapé le poignet, bien décidé à rejoindre cette falaise. Murphy se débattit quelques instants avant de comprendre que c'était peine perdue : ce ne serait pas par la force qu'elle obtiendrait gain de cause. Traînée contre son grès, elle n'opposait plus qu'une résistance symbolique, brandissant sa dernière arme comme si sa survie en dépendant. « Je descends pas ça. Tu veux me tuer, je sais que tu veux me tuer, mais je me laisserai pas faire. Je suis courageuse, pas inconsciente » vociférait-elle, la voix plus chevrotante qu'elle l'aurait souhaitée. Comment avait-elle pu se tromper à ce point sur ses intentions ? Il ne voulait pas la tuer lui-même; il voulait qu'elle le fasse toute seule comme une grande, grâce à son inexpérience. Ca lui donnerait raison sur toute la ligne, à ce crétin. Ca lui prouverait qu'elle n'avait jamais eu sa place dans ce monde et lui, il reprendrait sa vie avec la satisfaction d'avoir forcé la sélection naturelle et débarrassé son monde du parasite qu'elle était à ses yeux. A mesure qu'ils s'approchaient et longeaient la falaise qu'Isdès comptait descendre, Murphy se raidissait, cherchait désespérément à récupérer son poignet pour prendre la fuite. Où ? N'importe où ailleurs qu'ici. Elle s'était à peu près repérée en venant ici et pourrait sans doute retrouver le chemin, même s'il lui faudrait bien plus d'une heure pour retomber sur son village. Elle sentait encore sa boussole contre sa hanche, plongée dans la poche de son short. Elle avait un peu de bouffe dans le sac, ça lui suffirait. Sans son arc, il lui manquerait quelque chose, mais elle avait toujours ses deux couteaux. Elle savait se débrouiller toute seule; si elle arrivait à fuir Isdès et sa putain de falaise à la con, elle arriverait à s'en sortir sans trop de dégâts.

Mais tout ça, tous ces projets d'évasion, c'était sans compter sur la poigne d'Isdès, qui s'accrochait bien trop fermement à son frêle poignet. Lorsqu'enfin il daigna la lâcher, Murphy était paralysée, le bras suspendu en l'air, le regard perdu en contrebas. D'un coup, la fraîcheur de la bise lui collait des suées froides. D'un coup, l'océan l'attirait, et la plage encore plus. Elle allait tomber. Subitement silencieuse, Murphy avala sa salive avec difficultés, les traits salement tirés par toute l'inquiétude qui l'envahissait. Le sac d'Isdès tomba à ses pieds mais elle était perdue dans l'infinité de l'océan, qui avait perdu en quelques minutes tout le charme qu'elle lui avait trouvé plus tôt. Qu'elle s'asseye, qu'elle respire. Elle fit un pas en arrière, puis un second, et se laissa tomber à genoux pour trouver la stabilité du sol et s'y accrocher comme on s'accrochait à une bouée du sauvetage. A Isdès, elle avait envie de gueuler qu'elle ne faisait que ça, essayer de respirer, mais qu'elle n'y arrivait plus vraiment et que quelque chose lui écrasait la cage thoracique. Mais aucun son ne sortait de sa bouche. Même son sac semblait avoir doublé de poids; même à genou, elle perdait de son équilibre, appelée à l'avant par le vide, à l'arrière par tout le bordel que contenait son sac à dos. « Qu'une fois, c'- c'- c'est ça... » s'emporta-t-elle en bégayant, mimant la remontée de gestes tremblants. Si elle survivait à la descente, nul doute qu'il remettrait ça pour son plus grand plaisir de sadique. « Je peux-peux pas... » Comment pouvait-il boire ? N'avait-il donc vraiment aucune notion de vertige ? Se plaisait-il donc tant à l'idée de la voir crever au milieu de la paroi rocheuse ? Murphy n'était pas prête à mettre sa vie entre les mains d'anneaux disposés ici, qui attendaient sans doute leurs prochaines victimes en leur jetant des regards charmeurs d'anneaux innocents. C'était eux, leurs prochaines victimes. « Crever ensemble ?? Comme c'est romantique !!! » Le hurlement rageur et ironique raisonna sur les hauteurs de la falaise, probablement jusqu'en contrebas. La rancoeur lui avait permis de retrouver ses capacités d'élocution. S'il lui donnait le choix, c'est qu'il ne comprenait vraiment pas. Mais ce qu'elle était sûre de comprendre, elle, c'est que si elle était seule sur cette paroi, elle crèverait pour de bon.

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Depuis l’annonce de la dernière épreuve qui attendait le duo, Murphy n’écoutait plus rien ni personne. Elle était prostrée dans sa phobie, persuadée qu’elle irait s’écraser au pied de la falaise, sitôt le premier pied posé sur la roche. Elle rebondissait sur absolument toutes ses paroles, comme si ça pouvait le détourner de son objectif. Elle préférait choisir le chemin le plus sûr, sans réellement penser aux dangers qui pouvaient tout de même exister. Isdès était entièrement sourd à ses supplications et avait continué de la traîner jusqu’à l’endroit qu’ils étaient censés descendre en rappel. Elle aurait tout le temps de refuser, une fois arrivés. C’était ce qu’il se disait. Bien qu’il adorait la pousser dans ses retranchements, il n’allait pas non plus la pousser jusqu’au malaise, pour le plaisir d’obtenir gain de cause. Comme à son habitude, il finissait par la traîner jusqu’à leur destination, tandis que la rebelle freinait des quatre fers. En même temps, avait-elle cru une seule seconde qu’il n’y aurait pas de hauteur, là où ils iraient ? Les Athnas ne se nommaient pas Maunkru pour rien. Ils vivaient au cœur des montagnes et respiraient son air vivifiant qui s’avérait irrespirable pour certains. En se retrouvant au nord de son campement, la Skaikru ne pouvait logiquement s’attendre à ce qu’ils marchent vers le sud. Si elle voulait découvrir des plains ou étouffer dans les jungles luxuriantes, libre à elle. Mais ce n’était pas un guide comme lui qui lui fallait. Si tel était son choix, il pourrait lui recommander quelques très bons habitants locaux, mais c’est tout. Depuis le temps, elle devait être habituée aux défis et aux difficultés avec Isdès. C’était ainsi qu’il se sentait vivant et chaque fois qu’elle traînait, elle avait malgré tout un aperçu de sa façon de vivre et de sa conception de la vie. Au-delà de la rendre chèvre une nouvelle fois, le but de la manœuvre était bel et bien de montrer à Murphy qu’il n’y avait rien à craindre des hauteurs. Pas plus que le fait de se fouler une cheville et de finir dévorée par les loups. Ou de se tromper de feuilles comestibles et de finir agonisante, bave aux lèvres et yeux révulsés. Il y avait mille façons de mourir sur le continent, mille raisons d’avoir peur, mais mille fois plus de raisons de puiser de la force et du courage. Sans se l’avouer, Isdès essayait aussi de lui prouver qu’elle était encore plus téméraire que ce qu’elle voulait bien se l’avouer. Et bien plus insouciante, dès que l’occasion se présentait.

Une fois qu’ils furent enfin sur place, Isdès lui laissa le temps d’accepter l’inacceptable. Qu’elle s’approprie les lieux, elle lui trouverait certainement un charme. Ne sentait-elle pas l’air de la côte caresser son visage et glisser dans ses cheveux d’ébène ? Ne voulait-elle pas profiter de la plage qui l’attendait en contrebas ? De toute manière, le soleil allait bientôt disparaître à l’horizon, il allait falloir prendre une décision. Bien qu’il ne voulait pas la presser, il était évidemment hors de question de descendre si la luminosité ne lui permettait pas de voir où il mettait les pieds. Il omit donc volontairement de lui dire qu’il suffisait qu’elle hésite encore une trentaine de minutes, pour qu’elle n’ait même pas besoin de se faire violence. Il l’observait du coin de l’œil, elle qui était paralysée près du bord. Il n’était pas totalement ignorant du sentiment de vertige, puisque certains Pikunis en souffraient. Il paraîtrait que certains Rahjak préféraient la stabilité mouvante de leur sable. C’était aussi extrêmement rare, mais pas impossible qu’un des leurs redoute même les hauteurs. Mais à la différence de Murphy, ils étaient obligés de s’en accommoder tôt ou tard. Question de survie. Il rangeait sa gourde dans son sac, au moment elle hurla combien c’était romantique de mourir à deux. Il esquissa un sourire en coin : « Tu préfères mourir toute seule comme une bête ? » Qui ne rêvait pas de mourir aux côtés de son âme sœur ou de ses frères d’armes ? « J’ai compris. » soupira-t-il bruyamment, lui faisant comprendre qu’il avait tranché.

Isdès n’était pas véritablement ravi de la faire descendre avec lui, mais il fallait se rendre à l’évidence : Murphy n’y parviendrait jamais seule. « Lève-toi. » ordonna-t-il en sortant tout le matériel. Il ne fallait plus retarder l’échéance. Concentré, l’homme enfila son propre baudrier avant de s’occuper de celui de sa partenaire. Il le plaça devant elle, de sorte à ce qu’elle n’ait qu’à mettre les pieds dedans. Une fois que ce fut fait, il le remonta jusqu’à sa taille et le serra de sorte à ce qu’elle soit tenue, sans que sa circulation soit coupée. Affairé sur son ventre, il sentait son regard qui pesait sur ses gestes. « Me regarde pas comme ça. Ça va bien se passer. » Il souleva son visage d’un geste de la main, avant de contraster sa délicatesse d’une voix sérieuse, presque autoritaire. « Tu dois juste regarder devant toi. Jamais en bas. »  Un instant, les yeux dans les yeux pour qu’elle trouve un point d’ancrage. Elle devait absolument lui faire confiance. L’Athna lui donna une paire de gants, puis se détourna d’elle pour préparer les mousquetons et la corde. Il vérifia plusieurs fois que cette dernière était solidement attachée à l’anneau planté dans le sol. Ça faisait des années que ça tenait, il n’y avait pas de raison qu’il lâche maintenant. Il attrapa les deux sacs à dos et s’installa près du bord. Il fallait trouver un moyen de les descendre d’abord, car il n’aimait pas l’idée de se les trimballer sur le dos pendant la descente. Il fit coulisser le brin de corde dans les deux bretelles d’un sac à dos et entreprit de le descendre ainsi, donnant de plus en plus de jus au gré de la descente. Puisque la corde était censée toucher le sol, une fois qu’il arriverait au bout, c’est le sac à dos était censé être en bout de course. Là, il n’avait plus à lâcher l’extrémité et remonter sa corde. Il procéda de la même façon pour celui de Murphy. Et là, il ne restait plus qu’eux.

Il était temps d’y aller. L’homme s’empara de la main de la jeune femme pour l’attirer vers lui. Il ne la quittait pas des yeux, afin qu’elle reste concentrée sur lui et non le vide qui se rapprochait d’elle. « Assieds-toi. » Sans attendre, il fixa son baudrier à la corde et par précaution, un mousqueton à son propre baudrier. « Tu vas être contre moi, face à la falaise. Je fais les mouvements. Tu suis. Tu es mon ombre. » C’était difficile d’expliquer en anglais, mais il espérait qu’elle aurait compris. De toute manière, il fallait qu’elle se laisse porter. « Tu vas y arriver. » Après avoir enfilé ses gants, Isdès fixa à son tour son mousqueton et descendit de quelques pas, juste assez pour lui dégager le passage. Grâce au nœud autobloquant qu’il avait confectionné, il put tendre les mains en direction de Murphy.  « Prends la corde et tourne-toi. » Par un quelconque miracle, elle trouva la force de poser un pied sur la paroi. Aussitôt, Isdès attrapa sa taille et l’incita à se tourner dos à lui. Dès qu’elle fut en position, il remonta pour coller son torse contre elle, l’enveloppant de ses bras. Elle avait fait le plus dur. « Un pied et un autre. Doucement. » Il illustra ses propos en esquissant un pas en arrière, assurant sa descente en faisant coulisser la corde. Il vérifia qu’elle l’accompagnait bien et se retrouvait toujours contre lui. Jusqu’ici tout se passait bien et tant qu’elle ne paniquait pas, la descente se déroulerait dans les meilleures conditions. Près de son oreille, Isdès se permit une remarque de sa voix la plus rassurante possible : « Parfait, Skaikru. »

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Murphy Cavendish & Isdès Hakantarr
(18 au 22 juillet 2118)


Le pire pour Murphy, c'est que si on lui avait présenté le projet en même temps qu'on l'avait invitée pour ces quelques jours, elle n'aurait pas trouvé la force de refuser le voyage. Son esprit désespéré s'accrochait à cette idée en se forçant à croire qu'il n'y avait donc aucune alternative possible. Le haut des falaises avait subitement perdu tout son charme, parce qu'on faisait de leur pied un objectif à atteindre. Oubliée la douce étendue d'eau qui s'étalait à l'infini contrebas; oubliée la brise rafraîchissante qui soulageait de la poisse qui s'était accrochée à eux dans la forêt. Les falaises n'avaient plus rien de majestuosité qu'elle leur avait trouvée dans les premiers instants; elles étaient devenues sombres et menaçantes, promesse de mort.

Il en avait conscience, pourtant, de sa peur des hauteurs. Il l'avait côtoyée, là-haut, dans ses montagnes, l'été précédent. A deux ils avaient réussi à l'apprivoiser, parce qu'ils avaient évité l'escarpé et la raideur sévère des hauteurs les plus abruptes. Peut-être qu'il n'avait pas compris, alors, ce qui pouvait se tramer au delà de son esprit, dans tout son être, lorsqu'elle se sentait appelée par un sol qui n'avait rien à voir avec celui sur lequel reposaient ses pieds. On l'avait déjà poussée à grimper dans un arbre peu après son arrivée ici mais Murphy ne s'était jamais leurrée, et elle avait connu preuve après preuve que sa phobie n'en était pas ressortie apaisée. Elle avait juste appris à éviter les situations qui la pousseraient dans ses retranchements, et si les hauteurs montagneuses regorgeaient d'un charme auquel elle n'avait trouvé aucun autre pareil, elle savait aussi que la menace grandissait à chaque mètre gagné en dénivelé. Elle avait frôlé un point de non retour avec lui, un an auparavant, mais s'était contentée de longer prudemment la ligne en faisant en sorte de ne jamais la dépasser. Les sommets étaient trop beaux pour que la peur la paralyse. En évitant les situations qui poussaient à l'inquiétude paralysante de la prudence excessive, Murphy avait presque oublié la réalité de cette sensation d'angoisse que seule cette phobie semblait capable de réveiller. Ce n'était pas de la tristesse ou une inquiétude comme celles que l'on pouvait côtoyer tout au long de sa vie. On était englouti, entièrement, et sitôt que l'on s'était laissé happer malgré nous il ne semblait plus y avoir aucune porte de sortie. Elle se débattait, Murphy, tentait encore de convaincre Isdès de prendre ce chemin de traverse qu'il avait mentionné. Comment pouvait-il avoir remarqué quoi que ce soit, l'été précédent, s'il ne comprenait pas ce qui se tramait dans sa tête, ce qui ankylosait chacun de ses membres, jusqu'à ses doigts, jusqu'à son sourire ?

En réalité, Murphy n'avait pas pensé une seule seconde être confrontée à nouveau à ce genre de paralysies. Elle croyait qu'il avait compris, lu dans ses trajectoires qui semblaient parfois un peu aléatoires qu'elle refusait de s'approcher de ce qui était trop vertigineux ou de terrains qui s'effritaient sous la moindre contrainte. Mais lui, la montagne, c'était son domaine, sa vie, son foyer. Il ne pouvait certainement pas comprendre; il n'avait certainement pas remarqué, et la voilà aujourd'hui forcée d'admettre que descendre le long d'une paroi rocheuse aussi raide était hors de ses capacités. Elle aurait mille fois préféré pouvoir mentir que d'avoir à supplier et à se débattre juste pour éviter pareille torture, mais le choix ne lui était pas donné. C'était son inconscient ou son corps qui avait pris la décision pour elle; peu importe ce qui la gouvernait à ce moment-là, elle n'avait plus contrôle de grand chose, même sur ses suppliques qui devenaient désespérées au point de frôler le ridicule.

Comment pouvait-il rester aussi calme ? S'il n'avait pas compris un an auparavant l'ampleur de ses angoisses de hauteur, ne comprenait-il pas maintenant ? Il buvait, rangeait sa gourde comme si de rien n'était, comme s'il attendait que la crise boudeuse de l'enfant à ses côtés s'achève enfin. Mais elle n'était pas une enfant et elle n'était pas en train de faire un caprice : Murphy était terrifiée par ce qui semblait l'attendre, et l'attitude indifférente de l'homme n'aidait pas à la calmer. Peut-être que son assurance aurait dû, au contraire, lui donner confiance en ses capacités et ses expériences, mais il n'y avait rien à faire. Sans y croire vraiment, une part d'elle hurlait qu'il obtenait enfin ce qu'il voulait : si ce n'était pas sa mort, au moins de quoi se sentir supérieur une fois, de quoi prouver à la nouvelle arrivante de ce monde qu'elle n'y appartenait pas et que jamais elle ne parviendrait à y creuser son nid, elle l'étrangère, elle la colonisatrice. Il avait gagné; était-ce donc ça qu'il voulait entendre pour enfin accepter de remplacer la descente en rappel par le chemin sinueux ? Son sourire en coin était celui d'un homme aussi satisfait que tranquille. Elle ne savait pas ce qu'il voulait pour accepter d'utiliser la voie de la terre plutôt que celle des airs, et ça la rendait folle. « T'es en train de me menacer ? » vociféra-t-elle en arquant un sourcil mécontent. « Ou t'es en train de me dire qu'on va crever ensemble ? » Elle ne savait pas quelle technique elle utilisait ou si c'en était vraiment une. Elle voulait juste lui donner tort et en ce faisant, lui prouver que son envie de faire le tour par le sol était une idée plus que raisonnable. Elle ne pensa qu'une demi-seconde à ce qui pouvait se lire entre les mots, à la mort tragique de deux âmes sœurs qui quitteraient le monde ensemble, comme si leurs destinées avaient toujours été entremêlées. Mais lui, il était déjà passé à autre chose. Il avait pris sa décision -il avait pris sa décision pour eux deux, et à son calme, Murphy crût pendant quelques instants qu'elle était celle pour laquelle elle avait tant argumenté, celle qu'elle avait tant espérée.

Le soulagement fut pourtant de bien courte durée. Elle répondit à son ordre en levant le nez, le regard froncé par l'inquiétude, cherchant dans celui de son interlocuteur de quoi être rassurée sans y trouver quoi que ce soit d'autre qu'une forme de sévérité qui ne lui disait rien qui vaille. La gorge nouée, la vision floutée, elle regarda Isdès enfiler un baudrier recouvert de cuir et mécaniquement, sans doute parce qu'elle savait reconnaître la fermeté de l'homme lorsqu'elle la voyait, elle se releva. Il n'y avait plus que le silence dans lequel elle pouvait se perdre. Peut-être que c'était une façon pour elle de se préparer à la catastrophe qui pointait le bout de son nez; peut-être qu'en projetant le pire, tout le reste paraîtrait dérisoire. Ou peut-être que tenir sur ses deux jambes lui pompait toute son énergie et qu'elle était incapable de gérer la réflexion et la prononciation du moindre mot ou encore pire, de la moindre phrase cohérente. Elle fit un pas tremblant pour s'enfiler dans le harnais; aussi tremblant que la laissait la désagréable réalisation de ne plus pouvoir reculer face à l'adversité. Isdès remontait le matériel jusqu'à sa taille, serrait les liens sans qu'elle ne parvienne à savoir si ça la rassurait d'être attachée ou la terrifiait d'avoir à l'être. Son regard vague se perdait dans les gestes de son compagnon alors que ses doigts se perdaient mollement sur les lanières qui serraient progressivement sa taille et ses cuisses. « Si tu le dis » souffla-t-elle d'une voix cassée en laissant ses bras retomber, refusant de regarder la mer qui s'étendait en contrebas, derrière Isdès. Un geste, pourtant, lui fit monter les larmes aux yeux. L'index de l'homme avait délicatement trouvé son menton, dans une tendresse inhabituelle et étrange, comme la preuve inespérée qu'il souhaitait que tout se passe bien, y compris pour elle. Il ne voulait pas la voir s'écraser dans les galets en bas ou rester coincée au milieu de la falaise, paralysée par des peurs seulement à moitié rationnelles. Perdue dans les prunelles claires de l'Athna, elle murmura à son tour, sur le même ton grave qui signifiait qu'elle savait qu'elle se confiait à lui toute entière. « Je te fais confiance. » C'était quelque chose d'incroyablement désagréable, pour quelqu'un comme Murphy, de s'en remettre entièrement aux connaissances, compétences et expériences de quelqu'un d'autre. Mais elle lui faisait confiance et elle lui confiait sa vie sans plus hésiter, parce qu'il le lui demandait, parce qu'elle n'avait guère d'autre choix et parce que, peut-être, seulement peut-être, elle lui avait toujours fait confiance. Dès la première nuit passée dans une grotte exiguë, elle avait fait confiance à cette Montagne brute et rustre. Dans son regard elle lisait une forme de bienveillance rare et précieuse, presque affectueuse, et c'est dedans qu'elle puisa le peu de force qu'elle parviendrait à réunir avant de s'abandonner au vide.

Pourtant, quand il se retourna pour attacher le matériel à cet anneau métallique ancré au sol, Murphy ne put s'empêcher de loucher sur ses gestes et le matériel. Elle s'en remettait à Isdès, mais Isdès s'en remettait à une vieille attache plantée dans la roche. Elle était en bas de l'échelle de la confiance. Malgré elle, Murphy eut un geste pour le retenir lorsqu'il s'approcha du bord de la falaise, faisant un pas elle-même vers le vide dans un réflexe qui la laissa bien peu assurée. Elle enfila, tremblante, les gants protecteurs qu'il lui avait donnés, et se demanda une seconde si ses jambes et bras nus risquaient de prendre, eux aussi. Peu importait, en réalité, elle s'en moquait totalement -qu'est-ce que pouvaient valoir quelques écorchures ou griffures face à la menace qui se profilait. En le regardant s'arranger pour faire descendre son propre sac à dos avant eux, Murphy laissa tomber le sien dans son dos avant de le lui tendre. Ils arriveraient en bas avant eux.

Et ils arrivèrent en bas avant eux.

Bêtement, Murphy fuit le regard d'Isdès, consciente que le moment où leurs prunelles se trouveraient serait le moment où il faudrait plonger. Elle trouva l'océan derrière lui, les falaises qui les séparaient de lui, et tout autour d'eux n'était qu'étendue vertigineuse. Mais il ne comptait pas attendre, Isdès, et il attrapa sa main sans plus de cérémonie, la forçant à le trouver lui. Elle fit deux pas vers le vide, sans s'en rendre compte, plongée désespérément dans le regard de celui qui, comme sur les hauteurs d'autres sommets, devenait son phare et son repère. Obéissante, elle s'assit sagement par terre et laissa le connaisseur s'occuper des réglages techniques, à présent bien trop loin de ces préoccupations pour veiller au bon déroulement des choses. Elle lui faisait confiance, maintenant plus que jamais. Ils allaient être ensemble; ainsi peut-être allaient-ils pouvoir mourir dans ce romantisme qu'elle avait hurlé un peu plus tôt. Quelle ironie ce serait... Mais il ne voulait pas sa mort ou sa détresse. Sans savoir ce qu'il voulait exactement, elle était persuadée d'une seule chose qui lui réchauffait les entrailles : elle pouvait lui faire confiance, parce qu'il serait là à chaque pas, pour chaque centimètre à descendre. Il veillerait sur elle. Elle acquiesça les consignes d'un simple clignement d'yeux, terrifiée par ce qui se rapprochait trop vite. D'ici quelques secondes, une minute tout au plus, elle serait suspendue dans le vide, et cette simple idée la terrifiait au-delà du descriptible. Son corps tout entier voulait la rattacher au sol et aux hauteurs, à l'intérieur du continent; il hurlait son inquiétude en lui nouant la gorge, en plombant son estomac, en affolant cœur et poumons, en rendant amorphes ses membres.

Dans ce même réflexe qui lui tordait les boyaux d'inquiétude, elle tendit une main vers Isdès, qui disparaissait contre la falaise. Elle s'approcha doucement du bord, les traits crispés par l'angoisse, la respiration haletante, pour vérifier qu'il était toujours là. C'était son tour. Ca se comptait en secondes. Elle jeta un coup d'oeil à l'anneau duquel dépendait son compagnon et nerveuse, reporta son attention sur lui, qui lui tendait les bras comme s'il s'agissait pour lui d'un des exercices les plus familiers. Tremblante, elle ferma les yeux pour avancer les fesses jusqu'à avoir les pieds dans le vide. La sensation était l'une des plus désagréables qui lui avaient été données de vivre. Le rien face à elle l'attirait, comme si la montagne se penchait progressivement pour la larguer violemment sur la plage en contrebas. Elle inspira tout l'air que ses poumons lui permettaient d'inspirer, une fois, deux fois, et en rouvrant les yeux chercha directement le visage de son allié et tortionnaire. L'un de ses pieds tenta de trouver le contact de la roche et de s'y coller. Elle suivit le conseil d'Isdès presque instinctivement et se saisit de la corde comme du seul rempart qui la protégeait de la chute fatale. Je crois pas que je puisse hurlaient ses traits et les larmes qui commençaient à couler sur ses joues. Mais lui revinrent en mémoire les quelques secondes d'accalmie qu'il lui avait offertes plus tôt et elle chercha à nouveau son regard, occultant volontairement tout le vide dans lequel il était suspendu. Dans un soubresaut d'inconscience -ou de courage, prétendrait-elle-, les mains serrées autour de la corde au point de se couper la circulation, elle glissa contre la paroi et fut accidentellement et extrêmement violemment confrontée à la vue de la plage en contrebas. Dans un mouvement de panique, elle chercha à se tourner comme il le lui avait soufflé plus tôt mais c'est seulement lorsqu'elle sentit la prise de l'homme sur sa taille qu'elle comprit qu'il ne lui avait pas menti : il était là.

La paroi rocheuse était moins flippante. Elle s'interdisait d'imaginer ce qui se tramait sous ses pieds ou derrière elle, mais le vide, elle pouvait le sentir partout autour d'elle. Les deux mains ne lâchaient pas la corde et elle s'apprêtait à hurler à Isdès que ça y est, elle était coincée lorsqu'elle sentit sa présence l'envelopper toute entière. « Me... lâche pas... » Elle voulait se saisir de ses bras pour qu'il la serre plus fort encore mais ses mains gantées restaient crispées sur la corde dont sa survie dépendait. Sans comprendre comment elle y parvint, elle suivit le premier pas d'Isdès, puis le second, puis le troisième. Elle avait une idée, pourtant, de ce qui poussait son instinct à ne pas broncher face à l'exercice de la descente : tout sauf perdre l'étreinte d'Isdès, qui pouvait rivaliser avec la corde lorsqu'il s'agissait de nommer ce dont elle dépendait. Elle faisait coulisser la corde avec une fermeté plus que nerveuse, terrorisée à l'idée de la lâcher accidentellement dans la manœuvre et d'entraîner Isdès dans sa chute débile. En sentant le souffle chaud de la future victime collatérale qui susurrait quelques doux mots à son oreille, Murphy ne put s'empêcher de relever son regard vers lui avec un petit sourire crispé, presque choquée de la forme de tendresse dont il était capable quand les circonstances l'exigeaient. Même s'il était responsable de la séance de torture qu'elle vivait, elle avait envie de le serrer contre elle pour le féliciter des mots, du regard et de la douceur justes, le remercier de partager un peu du poids de sa détresse avec elle. Mais coincée entre lui et la falaise, elle se contenta de lui jeter sa tendresse et sa reconnaissance à travers un regard encore humide. « Alors on meurt ensemble, c'est ça ? » En lâchant d'une main la corde pour la faire coulisser, elle se permit enfin de faire ce qu'elle souhaitait depuis deux ou trois pas déjà et attrapa l'avant bras qui était resté serré autour de sa taille pour faire perdre de son lest à la prise. « Tu me lâches pas, on a dit. » Un pas de plus, deux pas, et bientôt ils arriveraient en bas, n'est-ce pas ? Ne pas regarder sous leurs pieds, ne pas regarder sous leurs pieds...

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Your eyes betray what burns inside you (Isdès)

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