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˜˜˜˜˜˜Monsters in our heads (Ft Isaïah and John B.)
maybe life should be about more than just surviving


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Un autre matin où il ouvrit les yeux sur un dortoir en ruine. Un campement encore hagard qui s’arrachait tout aussi péniblement que John à l’abandon de la nuit. Un énième réveil vers une journée tout aussi anonyme que la précédente. Jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus.

Il caressa distraitement l’idée de se lever, avant qu’elle ne s’évanouisse dans le néant grandissant de sa conscience qui s’éveillait. À quoi bon, car il n’accomplirait rien d’importance aujourd’hui. Pas plus qu’hier, ou que demain. Se maintenir en vie par simple instinct d’auto préservation. Mais ça ne nécessitait absolument pas de se lever.

Quelque seconde, minute ou heure plus tard, il parvint à s’extirper de son lit. Son petit espace pas si personnel, au sein du troupeau. Déjà, l’attente de la nuit lui apparaissait insurmontable.

Machinalement, il se traîna les pieds vers les cuisine pour y accomplir le rituel maintes fois répétés. Apporter à la bouche. Mastiquer. Avaler. Décontextualisé, même le fait de s’alimenter lui apparaissait complètement dénué de sens. Et pourtant…

Il parcourut distraitement des yeux les visages assemblés, engagés pour certains dans de discrètes conversation, alors que d’autres passaient ce moment en introspection. Fidèle à ses habitudes, John s’apprêtait à rejoindre ce second groupe en s’attablant seul dans un coin. Au tout dernier moment, son regard s’accrocha dans un profil qui ne manquait jamais de le fasciner. Mais qu’il évitait pourtant avec soin chaque fois que l’occasion se présentait.

Après quelques secondes d’une indécision qui le cloua le sur place, il changea finalement de cap pour se diriger vers Isaïah Stowaway. Pour qu’il y ait un demain, il fallait qu’aujourd’hui soit différent. Meaningful, somehow. S’étant efforcé de maintenir ses amis à distance ces derniers mois, qui de mieux que celle qu’il s’était promis de ne jamais encombrer de ses problèmes ?

Pour la première fois depuis des mois, il franchit ses barrières et vint prendre place devant Isaïah. La surprise de cette dernière était palpable.

« Isaïah… je suis désolé… »

Les larmes lui montèrent immédiatement aux yeux, et c’est avec la gorge nouée qu’il poursuivit difficilement :

« Ça ne va plus du tout… et je ne sais plus quoi faire… »

Son menton tremblait de façon incontrôlable, menaçant de le faire exploser en sanglot à tout moment.

« Je sais que c’est ni le bon moment, ni le bon endroit…mais…mais…je n’en peux plus…Je ne vais pas bien…J’ai besoin d’aide…»

Il venait d’ouvrir la porte au Monstre qui le dévorait depuis maintenant si longtemps.

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19/02/2018 Isis/Sara Artemia 509 Phoebe Tonkin philia informaticienne et mécanicienne Odyssey baby 141





 
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Encore une journée si semblable à la veille. Tu es à peine levée que tu as déjà envie de te renfoncer sous les couvertures. En ce moment, même ton acharnement à essayer de faire ce fichu modèle réduit de pelle mécanique ne suffit pas à t’absorber. Peut-être parce que tu as l’impression que cela ne verra jamais le jour. Parce que l’ampleur de la tâche te semble trop faramineuse. Tu n’as, pourtant, pas envie de laisser tomber. Parce que tu sais que ça peut être une bonne idée. Que ça peut être quelque chose d’utile. Plus que jamais, tu regrettes de ne pas avoir récupéré ce vélo à la décharge l’année dernière. Mais il était trop encombrant. Et face à des reapers, tu ne pouvais pas fuir avec. C’est du moins ce dont tu essayes de te persuader pour te donner bonne conscience. Ce vélo t’aurait donné une idée du mécanisme nécessaire pour faire marcher ta fabrication. Peut-être aussi pour vous donner des moyens de déplacement. Mais non… Tu as choisi la facilité : un vieux coucou. Bref.. Un gadget pas si utile que ça, comme toi, au final. Peut-être est-ce pour cela que tu l’as pris avec toi. Enfin…

Tu es là, posée à table, quelque peu à l’écart et le regard dans le vide lorsqu’il s’approche de toi. Il, c’est John. Cet homme avec lequel tu as passé beaucoup de temps, fut une période et moins maintenant. Cela te fait toujours quelque chose de le voir. En général, sa simple présence suffit à t’apaiser. Mais jamais il ne s’approche d’aussi près lorsque vous n’êtes pas seuls et c’est un regard surpris que tu lèves vers lui. Tu ne t’attendais visiblement pas à ça. Tu ne lui fais aucun reproche, pourtant. Tu le regardes s’asseoir et attends qu’il prenne la parole. Mais ce à quoi tu t’attends encore moins que sa présence en face de toi, c’est à ce qu’il s’excuse et tu fronces les sourcils. Tu n’as cependant pas le temps de lui demander pourquoi il le fait qu’il enchaine, des larmes dans les yeux et dans la voix en t’indiquant qu’il ne va pas bien et qu’il ne sait plus quoi faire. Mais il n’a pas terminé, encore. Il continue, t’indiquant l’ampleur de sa détresse. Lui, ton roc.

Tu ne sais pas quoi, mais tu sais qu’il faut que tu fasses quelque chose. Tu as trop bon cœur. Tu es sensible, empathique. Même si tu as le sang chaud et que tu démarres au quart de tour. Mais là, tu ne peux pas le laisser comme ça. Sans même regarder autour de vous si on vous observe, tu te lèves et attrapes sa main. Tant pis pour les quand-dira-t-on. Tu ne peux décemment pas le laisser comme ça. Pas lui. Tu ne l’as même pas fait avec Chris quand il était au fond du trou après la mort de Robb… Ce n’est pas pour laisser John dans cet état… « Viens » lui dis-tu de ta voix un peu trop grave en l’entrainant à l’extérieur du réfectoire. Tu débusques rapidement un endroit où il n’y a personne derrière une porte. « Que se passe-t-il, John ? » lui demandes-tu doucement après que tu aies refermé ce qui devait autrefois être une porte mais n’est plus aujourd’hui qu’un pan de bois brinquebalant derrière vous.

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Il y a quelque chose d’étrangement salvateur à sauter dans le vide. Plus de possibilité de retour en arrière. Plus d’hésitation ou d’indécision. Il ne reste que la certitude d’aller dans la seule direction possible, et la foi dans notre système de soutien.

La main dans celle d’Isaïah, la seule corde qu’il lui reste, il se laisse guider à travers une salle qu’il ne perçoit même plus. Seuls les regards inquisiteurs et les murmures interrogatifs parviennent à sa conscience. Ils sont cependant faciles à imaginer, étant littéralement inscrit dans l’ADN des odysséens. À vivre à quelques milliers dans un vase clos, porter une attention exagérée aux faits et gestes d’autrui est devenu le plus simple des mécanismes pour repousser l’ennui. Même maintenant que le vase avait éclaté, il s’agissait d’une habitude difficile à abandonner. John avait de longue date fait une croix sur sa fierté et ne se souciait guère plus de ce que l’on pouvait dire derrière son dos. Il espérait simplement ne pas avoir mis la brunette dans l’embarras avec ses frasques…

Étrangement, le mouvement calma le trouble qui l’envahissait. Comme s’il venait de prononcer la formule magique qui lui permettrait de revenir du bon côté du miroir s’il continuait de suivre le lapin blanc. C’était naïvement enfantin de croire que tout serait aussi simple, bien sûr, mais son esprit ne fonctionnait plus raisonnablement. Il emboîta le pas à Isaïah pour pénétrer dans une pièce déserte, qui semblait servir à entreposer les différents récipients de fortune utilisés pour la conservation des aliments. Alors que cette dernière referme la porte derrière eux dans un espoir de préserver une forme d’intimité, l’inertie emmène également le retour de l’obnubilant malaise.

Pour tenter de faire cesser le tournoiement de la pièce, John s’écrase lourdement au sol pour ensuite s’accrocher aux iris scintillants de son dernier espoir.

« Je ne sais pas ce qui se passe, Isaïah », répondit-il en hochant doucement la tête de gauche à droite.

« On dirait que plus rien ne fait de sens, depuis notre arrivée sur Terre. Je n’arrive plus à me trouver de repères… »

L’existence qu’il connaissait depuis plus de quarante ans s’était effondrée, ce jour-là. Il avait dû cheminer sur une route bien solitaire pour accepter son rôle de sacrifice dans la grande histoire de l’humanité. Aussi difficile que fût cette acceptation,elle n’était rien par rapport au fait de rebrousser chemin sur ce cul de sac pour devoir refaire face à un univers de possibilités.

Encore plus seul.

Baissant le regard, il ajouta :

« Je n’arrive plus à m’enlever de la tête que j’aurais été plus à ma place sur l’autre section de l’Odyssée… »

Celle qui s’était abimée dans un déluge de flammes, arrivée au bout de sa route.

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Personne ne vous a arrêtés sur le trajet, et c’est tant mieux. C’est même un soulagement pour toi, Isaïah. Qu’aurais-tu pu dire si on t’avait posé une question ? Pas grand-chose, en toute honnêteté. Tu aurais été bien incapable de justifier le fait que tu tiens la main de John. Et tu sais que les rumeurs n’auraient pas tardé à fleurir. Contrairement à celles qui ont pu fleurir concernant Devos, ou même Tennessee, celles-ci auraient été fondées. Heureusement, à part ceux qui vous ont vus partir du réfectoire, il n’y avait personne. Reste à espérer qu’ils sauront tenir leur langue. Non pas que tu as honte de tes rapports avec John, mais… Mais le fait que cela soit resté entre vous toutes ces années t’aide grandement à te contrôler. Ca et le fait qu’il soit plus âgé et que sa fille ne soit, au fond, pas si jeune que ça par rapport à toi. Oui… Tu es obligée de contrôler ton tempérament de feu. Tu pousses un petit soupir de soulagement lorsque le battant se referme derrière vous et tu te retournes vers John pour le voir se laisser tomber littéralement par terre. Tu fais de même, Isaïah. Tu te mets à genoux en face de lui en posant tes mains sur ses genoux. Et tu attends. Tu lui laisses le temps de te répondre. Vraiment, avec lui, tu n’es pas comme avec les autres, c’est indéniable.

Sa réponse te fait froncer les sourcils. Il ne sait pas ce qu’il a ? Se pourrait-il qu’il fasse une dépression ? En tout cas, tu ne vois pas d’autre solution. Tu presses doucement les genoux de John pour l’inciter à continuer. Il enchaine rapidement, t’expliquant que plus rien ne fait de sens, qu’il ne trouve plus de repères. Ton cœur se serre à cette annonce. Lui, il est ton repère, d’une certaine façon. Mais tu imagines que c’est aussi beaucoup lié à sa fille. Depuis qu’elle s’est fait arrêter, il n’est plus vraiment lui-même. Comme si… Tu l’as vu changer. C’est ce qui vous a rapprochés, finalement. Même s’il était marié. Et à l’arrivée sur Terre… « Je n’arrive plus à m’enlever de la tête que j’aurais été plus à ma place sur l’autre section de l’Odyssée… » « Non ! Ne dis pas ça ! » t’exclames-tu. Les larmes sont montées à tes yeux à cette simple idée et tu lâches ses genoux en te dressant sur les tiens pour entourer ses épaules de tes bras. Il n’a pas le droit de penser ça. Tu le serres fort contre toi, faisant passer par des gestes ce que tu ne parviens pas à exprimer à voix haute. « Tu es à ta place, ici, parmi nous. » finis-tu par dire avec moi. Tu as envie de lui demander ce que tu ferais sans lui, mais les mots ne sortent pas. A la place, ce sont d’autres mots qui sortent : « Et ta fille… Tu crois que ça lui ferait quoi, si elle te perdait aussi ? » Tu n’as pas envie de jouer la carte de la culpabilité. Réellement, tu t’en veux de demander ça. Mais c’est plus facile pour toi de parler d’elle que de parler de toi, de vous. Et… Mine de rien, c’est un peu égoïste aussi… Tu n’as pas envie d’être celle qui annoncerait à Aliénor la mort de son père… Ils ont trop de choses à vivre encore tous les deux.

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Depuis les derniers mois, ces mots, il a dû se les répéter des centaines de fois. Des milliers, même. Pourtant, ces idées inachevées qui virevoltaient dans sa tête possédaient toujours un caractère éthéré, comme si elles ne parvenaient pas à exister complètement. En les exprimant à haute voix, il venait de leur donner vie, à ces hideuses abominations. Et de les lâcher dans le monde, simplement pour ne plus les abriter dans sa tête. Sans aucune considération pour ceux et celles qui tenaient encore à lui… Déjà, il les voyait s’infiltrer sournoisement par les yeux et les oreilles d’Isaïah, alors qu’il assistait maintenant impuissant à la détresse qu’elles évoquèrent chez cette dernière.

Le contact de ses mains délicatement assurées, la chaleur de son regard qui ne recule devant rien et la force frêle de son étreinte qui n’accepte aucun compris parvint à repousser brièvement le lourd filet qui maintenait prisonnier ses espoirs. Pendant un bref instant, toute cette histoire ne lui semblait plus qu’être un mauvais cauchemar. Il se sentait vivant, à nouveau.

Pendant un bref instant. Et à quel coût…

«Non, il faut regarder la réalité en face- je ne sers plus à rien… Nous sommes à l’aube d’une nouvelle ère, et pour s’adapter, il faut laisser notre passé derrière nous. Et je fais partie de ce passé, Isaïah – j’ai trop vécu pour changer. Je deviens de plus en plus un fardeau…pour tout le monde. »

Et en bon Odysséen, il savait comment gérer les poids morts.    

Contre toute attente, un demi-sourire lui étira le coin des lèvres à l’évocation de sa fille.

«Aliénor n’a plus besoin de moi, depuis bien longtemps déjà, » répondit-il en hochant la tête de gauche à droite. Depuis qu’il l’avait laissée croupir en prison. Mais il savait qu’il n’avait pas besoin de mentionner ce douloureux point d’inflexion de sa vie.

«Après avoir traversé tant d’épreuves, la dernière chose dont elle a besoin, c’est de m’avoir dans les pattes, crois-moi. »

Il y croyait sincèrement. Les quelques circonstances où il s’était accordé de croiser la route d’Aliénor lui avaient suffi pour comprendre qu’elle disposait de tous les outils nécessaires pour mener une existence épanouie sur Terre. Elle devait, et avait, passé à autre chose que la vie avec papa. Par la force des choses, ça le plaçait maintenant sur le banc.

Parler de sa fille suffit cependant à raviver les braises son empathie, lui permettant de soudainement réaliser l’horrible situation dans laquelle son égoïsme venait de placer Isaïah. Ce fût à son tour de la prendre dans ses bras.

«Je suis vraiment désolé, Isaïah… Je te mérite pas…»

Il se retira et prit ses deux mains dans les siennes, faisant de son mieux pour chasser la honte et soutenir son regard hypnotisant.

«Sans toi, jamais je n’aurais pu franchir ces années. »

Il prit conscience d’à quel point cela lui apparaissait comme une épiphanie alors qu’il aurait dû le figurer depuis bien longtemps déjà. Il manqua un battement, mais ne lâcha pas les doigts de la brunette pour autant.

«C’est moi, je… Je n’arrive plus à voir en quoi je suis encore utile. Ni à voir ce que j’ai à offrir… »

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Tu n’en reviens pas de ce qu’il peut te dire là. Ses propos font tellement écho aux tiens qui te sens tellement souvent inutile au sein du campement. Tu presses ses genoux de tes mains avant de te mettre à côté de lui pour le prendre dans tes bras. « Tu sais… Il n’y a pas que toi, qui te sens inutile, ici… Pour nous, informaticiens et mécaniciens, c’est dur de trouver notre place… » Tu n’aurais jamais cru pouvoir un jour te placer ainsi en conscience, si l’on peut dire les choses ainsi. Tu as l’impression, en cet instant, de prendre la place d’une psychologue. Tu repenses à la conversation que tu as eue avec Allison, il y a… Tu as l’impression que c’était il y a des années. Alors que c’était seulement quelques mois après votre descente sur Terre. « Tu n’es pas un fardeau. Pour personne. » ajoutes-tu pas pour moi… Tu ne sais pas exactement comment tu peux exprimer les choses, mais en tout cas, tu es déterminée à essayer de faire passer ton message car tu n’as qu’une crainte : qu’il mette fin à ses jours et te laisse, t’abandonne comme ils l’ont tous fait jusque là, jusqu’à John. John est le seul qui est resté avec toi, auprès de toi. « Nous sommes intelligents… Nous pouvons apprendre autre chose, en attendant de trouver le moyen de ramener l’électricité… Aide-nous, Devos et moi… Et les autres. Je suis persuadée qu’avec toi en plus, nous pourrons y parvenir… » C’est, en tout cas, ce dont tu essayes de te persuader. Tu sais que tes deux amis ne sont pas prêts à baisser les bras. Toi non plus, si tu peux les idées, tu ne baisseras pas les bras. Mais pour l’instant… Il faut l’admettre, vous faites chou blanc.

Tu finis, ainsi, par dévier légèrement le sujet, et tu évoques Aliénor. Tu connais bien la fille de John. Avant que tout ça n’arrive entre vous, tu étais sa babysitter. Cela t’a bien aidée à tenir le coup à la mort de ta mère, quand ton père t’a abandonnée – la meilleure chose qu’il ait faite, celui-ci – et tu adores la jeune femme, même si tu ne l’as pas beaucoup vue depuis votre arrivée sur terre. Tu te souviens, en tout cas, d’une jeune fille sage, un peu renfermée sur elle-même mais adorable. Elle te faisait penser à toi, un peu, pour des raisons différentes. Tu n’étais pas très ouverte aux autres non plus. Mais contrairement à elle, tu n’as pas fait de crise d’adolescence. Tu t’es encore plus repliée, perdant le peu de confiance en toi que tu avais. « Elle aura toujours besoin de son père. Et tu le sais très bien, John… » rétorques-tu, secouant à ton tour la tête de gauche à droite en signe de dénégation. « Elle a effectivement traversé beaucoup d’épreuves. Mais elle a toujours besoin de toi… Comme moi, j’aurai toujours besoin de ma mère… Mais je l’ai perdue. Et rien ni personne ne pourra jamais prendre sa place… » Evoquer ta mère te fait mal, parce que c’est la vérité : elle te manque. Tu ne pouvais pas évoquer ton père, pas après ce que tu as vécu avec lui, à cause de lui. Ton père, tu es contente qu’il soit mort dans le crash. Lui, il ne te manque pas. « Elle s’est peut-être adaptée à la vie sur Terre, mieux que nous en tout cas, mais elle a besoin de ton amour, de ta compréhension, de ta présence dans sa vie. J’en suis certaine. »

A cet instant, tu peux constater que tu es parvenue à réveiller quelque chose en lui. Il te prend enfin dans ses bras avant de s’excuser. De nouveau, tu secoues la tête alors qu’il te dit ne pas te mériter. Ce n’est pas vrai, qu’il ne te mérite pas. C’est plus l’inverse. Cela fait des années que tu sais qu’il est trop bien pour toi. Il l’a toujours été, après tout. « Ne dis pas ça, John. Tu sais que c’est faux. Tu sais que tu vaux bien mieux que moi... Que je n’ai jamais su ce que tu m’avais trouvé il y a toutes ces années. » A ton tour, tu dégages une de tes mains des siennes et tu repousses une mèche de son visage en laissant trainer ta main. « Si je me contente d’être égoïste et de parler de moi, je dirais que tu me permets d’être équilibrée… De garder le cap, sur cette planète hostile. Tu es mon phare dans la nuit, ma boussole. Grâce à toi, j’ai survécu dans l’espace. Je ne sais pas ce que je serais devenue si tu n’avais pas été là. Si tu ne m’avais pas donné ton affection. » Tu marques un temps de silence en sentant les mots s’étrangler dans ta gorge.

Enfin, tu reprends la parole : « Et pour le campement aussi, tu es utile… Ta sagesse, ta maturité… Beaucoup des plus jeunes se tournent vers toi pour des conseils, pour que tu les guides… Et tu le sais aussi bien que moi, même si, pour l’instant, tu n’arrives pas à l’entendre. » conclus-tu en caressant sa joue.

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Fermant les yeux, John inclina la tête pour presser sa joue contre la main d’Isaïah. La chaleur humaine réverbérait de mille feux dans la froideur de son âme. Elle promettait espoir et félicité dans un futur dans lequel il ne prévoyait que ruine et désolation. Elle lui offrait, sans aucune retenue, une planche de salut. Alors que lui-même avait vécu ses dernières années dans un égoïsme qui le rendait malade. Malgré tous les fossés qu’il s’était efforcé de creuser, toutes les barrières érigées, elle parvenait à faire résonner justement toutes les notes importantes de la mélodie de sa vie. Il y avait une si grande sincérité dans son empathie : l’authenticité d’un cœur mis à nu. Toute leur relation s’illuminait d’un éclairage nouveau, alors que John prenait, pour la première fois, conscience de l’ampleur de l’investissement émotionnel d’Isaïah dans ce qu’ils construisaient ensemble.

Et encore une fois, il fut submergé par une honte incommensurable, générée cette fois-ci par la façon dont lui-même abordait leur relation.

Rouvrant les yeux, il prit la main que sa compagne avait posée sur sa joue et déposa un baiser dans le creux de sa paume.

«Merci de t’acharner à préserver l’estime du vieux mal commode que je suis, Isaïah. Tu as raison, bien entendu – notre petite communauté serait complètement démunie sans ma proverbiale sagacité… C’est juste qu’il y a tellement de choses qui ne se déroulent pas comme elles le devraient, tellement de problèmes à régler, que je ne sais plus par où commencer…»

Il garda cependant pour lui la plus effroyable de ses réflexions : qu’il vaudrait peut-être mieux que ces situations problématiques demeurent sans réponse…

«Mais je ne veux pas vivre juste pour l’importance relative que j’ai pour les autres – c’est un fardeau bien trop important à mettre sur les épaules de ceux que j’aime. Je veux une vie axée vers les autres, ça, c’est certain – mais je veux qu’elle soit propulsée par mes propres forces. Et ce sont celles-là qui s’épuisent…»

John poussa un lent soupir, s’accordant un moment pour admirer la profonde et apaisante beauté du visage de son interlocutrice.

«Merci, Isaïah. Je…»

Les mots lui manquèrent, car il se savait indigne de les prononcer.

«Tu es une femme formidable. Ne donne jamais d’importance à quiconque affirme le contraire. Et encore moins à ces petites voix dans ta tête.»

Il souligna son point en lui touchant le front de son index.

«Et peut-être as-tu raison. Peut-être que d’être utile, c’était essentiel lorsque nous étions sur l’Odyssée. Mais que maintenant, on peut se contenter d’être beau. Ou drôle, pour les plus de quarante ans. Voir simplement être heureux…»

Même si ça n’avait rien de simple.

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Tu détestes voir John ainsi, Isaïah. Ca te blesse, te fait de la peine. A croire qu’il ne s’en rend pas compte. Qu’il ne comprend pas qu’il est plus qu’un amant, pour toi. Là, haut, quand vous étiez dans l’espace, après que tu aies été abandonnée par ton père – ce qui n’était pas plus mal – suite à la mort de ta mère, il est devenu ton pilier. D’abord figure paternelle de remplacement, tu as fini par le voir autrement. Surtout après qu’Aliénor ait été emprisonnée. Tu voulais le voir sourire, tu as tout fait pour lui redonner le goût à la vie, et toi-même, tu as fini par éprouver plus pour lui. Il t’apaise, te tranquillise. Avec lui, ton tempérament de feu s’adoucit. Tu es nettement plus calme, méconnaissable, presque, sans que les gens qui pourtant ont l’habitude de te côtoyer ne comprennent pourquoi.

Tu fermes les yeux lorsqu’il presse sa joue contre ta main. Une joue  un peu rappeuse, comme tu l’aimes. Tu as toujours préféré les hommes mal rasés aux hommes glabres. C’est plus… viril, on va dire. « Arrête de dire que tu es vieux… » rétorques-tu rapidement lorsqu’il reprend la parole. « Tu crois vraiment que j’ai une tête à être avec un vieux croulant ? » C’est peut-être abrupte – en même temps, tu ne sais pas vraiment prendre de gants, Isaïah. Si tu es empathique avec les gens, faire dans la dentelle… ce n’est pas vraiment ton genre. « Prends les choses dans l’ordre dans lequel elles se présentent… Ca sert à rien de tout faire en même temps… On est pas des surHommes… On peut pas tout faire en même temps… Etre partout » Il n’y avait guère que le conseil pour penser ça… Et John, heureusement pour toi, n’en fait pas partie. Tu te gardes, cependant, de lui faire part de cette pensée, préférant ne pas risquer une brouille inutile qui ne mènerait à rien… Si ce n’est l’éclairer sur ce que tu penses vraiment et mettre les Rebelles en danger. Ce n’est pas parce que tu as toute confiance en John te concernant que tu peux risquer les autres. Même si, pour l’heure, la Rébellion a du plomb dans l’aile.

Le discours de John, en tout cas, ne gagne pas en optimisme et, sur l’instant, tu crains que son mal-être ne cache en fait les prémices d’une tentative de suicide. Tu blêmis, Isaïah alors que tu ne sais comment poser ta question dans le braquer. Finalement, tu gardes le silence tandis qu’il soupire en te regardant avant de te remercier. A tes yeux, cela sonne presque comme un adieu. Tu as envie de pleurer à cette idée, Isaïah, et il te faut toute ta force de caractère pour te contrôler tandis qu’il continue sur sa lancée : «Tu es une femme formidable. Ne donne jamais d’importance à quiconque affirme le contraire. Et encore moins à ces petites voix dans ta tête.» Finalement, tu craques et tu secoues la tête, des perles humides au coin des yeux. « Dis pas ça comme si tu me disais adieu… Dis pas ça comme si tu t’apprêtais à me quitter… A m’abandonner… » Tu as l’impression que ta voix sonne plaintive comme celle d’une petite fille à cet instant précis et tu te libères de son contact en te relevant, lui tournant le dos. Si ça doit être un adieu, tu es incapable de rester là tandis qu’il continue avec ses doutes, sans comprendre l’importance qu’il a pour toi, dans ta vie. « N’est-ce pas suffisant, d’avoir droit à un peu de bonheur ? » lui demandes-tu au moment d’ouvrir le panneau pour sortir de ce qui vous sert de cachette.

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Assis dans cette salle d'entreposage, par le biais d’une magie dont seule Isaïah connaissait le secret, son désespoir se muait en quelque chose de longtemps disparu. Quelque chose de beau, et de fantastique, il le savait, même s’il ne parvenait pas encore à complètement le saisir. Comme l’habitant de la grotte de Platon qui rencontrait finalement la lumière du soleil, après des années passée à regarder la projection d’une flamme.

Cette magie semblait avoir un funeste prix, cependant. Car à mesure que l’espoir ranimait son cœur à lui, il désertait celui de sa compagne. Et alors qu’il ne voulait que la prendre dans ses bras, elle se lève et s’apprête à partir, visiblement blessée. Par empathie, peut-être. Par ses propos, certainement. Et alors même qu’il commençait à appréhender toute la beauté de ce qui l’unissait à elle, beauté à laquelle il avait été aveugle jusqu’ici, il réalisait avoir transféré sa peine et sa mélancolie sur la personne qu’il souhaitait le plus voir sourire.

Il esquissa un geste incomplet pour la retenir. Une parole qui demeura muette. Elle avait raison. Sur toute la ligne. Et la force de cette vérité le stupéfia. Il ne voulait absolument pas lui dire adieu. Au contraire, même, en cet instant, il ne pouvait supporter même l’idée que leur intimité des dernières minutes puisse être rompue. Il ne désirait rien d’autre que de la savoir au bout de ses doigts et de regarder le feu dans ses yeux.

Pourtant, il la laissa partir.

«Jamais je ne te laisserai tomber, Isaïah. C’est la seule chose dont je suis absolument certain.», lui dit-il alors qu’elle s’apprêtait à franchir la porte.

Même s’il s’imaginait avec une appréhension grandissante depuis les tout débuts de leur aventure qu’un jour viendrait où elle réaliserait que son avenir ne passait pas par lui. Ne serait-ce que parce qu’il y avait trop longtemps que lui-même ne s’était pas projeté plus loin que demain.

Avoir un peu de bonheur ? Non, ce n’était pas suffisant. Ils méritaient tous mieux que ça. Ils devaient tous cesser leur obsession pour la survie, afin de se permettre de vivre. Et John et Isaïah mèneraient le mouvement par l’exemple. Elle cesserait d’être sa béquille.  

À nouveau seul, habité cette fois des relents d’une épiphanie aux allures d’une splendide brunette ayant libéré des émotions aussi salutaires qu’exaltantes, il se surprit à chantonner un passage de l’une de ses balades préférées.


"If the sky, that we look upon
Should tumble and fall
And the mountain should crumble to the sea
I won't cry, I won't cry
No I won't shed a tear
Just as long as you stand, stand by me"


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