Partagez | 
 

˜˜˜˜˜˜The world turns too fast (Devos)
maybe life should be about more than just surviving

Aller à la page : 1, 2  Suivant

avatar
06/12/2015 Lux Aeterna Nuna Cortez 36181 Sophia Bush Lux Aeterna (vava & sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 1336


Sujet: The world turns too fast (Devos)
Dim 25 Fév - 23:40



❝ The world turns too fast ❞
Murphy Cavendish & Devos Acciaro
(25 février 2118)


S'occuper les idées, continuellement, pour ne pas les laisser voguer à leurs propres instincts. Elle ne pouvait pas les laisser faire, parce qu'elle savait où ça la mènerait. Le processus réquisitionnait tout ses esprits et sa concentration, et c'était lorsqu'elle acceptait de s'abandonner au sommeil que les démons et les fantômes prenaient possession du terrain qui leur était interdit le reste du temps. Thaïs n'était jamais loin. C'était la première fois qu'elle pouvait sentir une telle présence à ses côtés. De jour, de nuit, lorsqu'elle patrouillait, promenait Antarès, voguait dans des contrées lointaines ou errait sur le camp à la recherche d'une tâche ingrate pour l'occuper, Murphy avait toujours Thaïs dans les pensées, à ses côtés. Elle pouvait presque entendre ses rires et ses moqueries et il lui était arrivé plusieurs fois de se retourner, persuadée de la trouver là, impatiente à l'idée de manger quelques marrons au coin d'un confortable feu. Même si elle n'était plus vraiment là, elle n'était pas tout à fait partie. Mais elle n'était pas stupide, Murphy; l'absence de la jeune fille n'avait rien à voir avec les longs mois qu'elles avaient déjà vécus séparées l'une de l'autre. Cette fois, c'était une absence sans retour. Cette fois, elle avait vu l'éclat de la vie quitter les yeux de son amie. Cette fois, il y avait eu un corps à enterrer, des pleurs à consoler. Aucune place pour le doute qui accompagnait encore la disparition de sa mère et de Faust, aussi. Cette disparition-là avait tout de définitif, et Murphy avait entamé un vrai processus de deuil, de ceux qui ne peuvent être ponctués d'espoirs fugaces ou d'un déni sans fin. Elle repensait souvent à ce qu'elle avait échangé avec Tamara, la jeune Naori qui avait connu la mort bien avant elle. Elle se considérait illégitime à la peine, Murphy, convaincue qu'une seule année passée aux côtés de Thaïs ne pouvait justifier tout le chagrin qui était le sien. Que pourraient dire ses amis, ceux qui l'avaient vue grandir, ceux qui avaient survécu avec elle, connu le meilleur et le pire de ce monde avec elle, ceux avec qui elle avait dû détester ses aînés et peut-être un peu leur pardonner ceux qui avaient dû la séparer de l'arme qui l'avait traversée ? Murphy n'avait été qu'une connaissance fugace. Elle n'avait été qu'une connaissance fugace, et pourtant elle avait été celle qui avait dû annoncer la nouvelle à Isdès, qui avait vécu par deux fois la mort de son amie.

Il lui semblait parfois qu'il n'y avait plus guère que son enveloppe charnelle qui lui permettait de continuer. Le reste suivait par dépit, par défaut. La flamme semblait progressivement perdre de son ardeur et de son éclat. Elle voulait croire qu'il ne s'agissait que de quelques coups de vent, qu'elle retrouverait toute sa vivacité au printemps, mais il lui arrivait de croire que toutes ces pertes ne pourraient la laisser indemne. Elles faisaient partie d'elle. Ofelia, Faust, Thaïs. Harley, Billy. Tous faisaient partie d'elle, et, de façon contradictoire, tous lui avaient arraché une part d'elle en disparaissant de son existence. Les mois défilaient en lui rappelant que c'était ça, la plus grande menace, ici. Le monde. Ce n'était pas le Conseil ou les embrouilles puériles de ceux qui se considéraient meilleurs que ceux qui les dirigeaient. Ce n'était pas les grandes questions qui pouvaient prendre possession du village des jours et des mois durant qui étaient importantes. Tout ça, il suffisait d'un peu de jugeote et de décence pour y mettre fin, mais elle ne croyait plus à celles des siens, plus maintenant qu'ils avaient vécu leurs propres disparitions et ne démordaient pas de ces questions si peu dignes d'intérêt. Face au deuil, plus grand chose ne l'était tout à fait, digne d'intérêt. A force de croire de tout son être et de se voir démontrée sa propre stupidité, ne demeurait plus grand chose d'autre que des espoirs et des rêves de grandeur terrassés, abandonnés à l'oubli.

Mais Tennessee lui étaient revenus. Ils n'avaient probablement jamais vraiment disparu, d'ailleurs, mais les choses avaient paru si apocalyptique au regard de la brune qu'elle s'était volontiers laissée porter par l'idée que tout ne pouvait qu'être terminé. Non, ne restait morte que cette rébellion à laquelle elle n'arrivait plus à croire. Les deux leaders tentaient de la faire s'enflammer à nouveau pour tout ce à quoi ils avaient cru ensemble, mais Murphy se contentait d'hausser les épaules, de les laisser parler, d'accepter à demi-mots d'y penser. La vérité, c'était qu'elle n'arrivait plus à croire à quelque chose qui avait trop traîné. La vérité, c'était aussi qu'il était sans doute utopiste de croire à une alliance avec des Terriens, à une vie partagée sans menaces. Elle n'arrivait plus à croire qu'il suffisait de s'ouvrir aux autres, puisque plus grand monde ne lui donnait de raisons de croire que ça serait assez. S'ils arrivaient à tous vivre ensemble, un jour, alors elle ne serait plus là pour le voir. Ils auraient probablement commis le pire avant d'accepter de laisser le meilleur arriver. Elle n'oubliait pas ce qu'Isdès lui avait dit, près d'un an auparavant. Eviter les montagnes, éviter l'est du village. Eviter, contourner et craindre n'étaient que des parades qui ne sauraient suffire à long terme. Elles ne permettaient pas la découverte et l'ouverture de l'apprentissage.

Alors Murphy se laissait porter par le vent, se remettait comme elle le pouvait de ses émotions, acceptait d'être entourée autant que de refuser de l'être. Elle s'accrochait à ces neiges fondantes qui s'apprêtaient à dévoiler, elle l'espérait, un printemps plus doux. Un printemps que Thaïs ne connaîtrait pas, mais un printemps plus doux. Il y avait du travail et c'était bien là l'un de ses seuls réconforts; après le passage de la tempête, il y avait à reconstruire. Le plus urgent était déjà laissé derrière eux depuis quelques semaines, mais les travaux ne tarissaient pas pour autant. Après ce qui relevait de la survie, il y avait tout ce que certains appelleraient sans doute du luxe, mais ce que Murphy appelait leur vie. Car elle avait souhaité vivre bien plus que survivre, elle se faisait un point d'honneur à participer aux tâches pour lesquelles on lui reconnaissait quelque capacité. L'idée de sa propre maison lui paraissait bien loin, maintenant, mais elle avait fait un trait dessus -pour l'instant, tout du moins. Elle n'y pouvait pas grand chose pendant l'hiver, de toute façon. Et en attendant, il y avait tout le reste, tout le prioritaire, tout ce qui concernait cette communauté pour laquelle elle pourrait donner sa vie jusqu'à ne plus en être elle-même en possession.

La question de Devos avait été brève, sa réponse aussi efficace. Ça lui ferait quelques heures d'occupées entre deux patrouilles, quelques heures à se rendre utile. Elle n'avait pas bien saisi le pourquoi du commun mais à Devos, elle était à nouveau prête à offrir de son temps. Il n'y avait sans doute qu'un pas pour parler de confiance, mais elle était encore timide. Comme avec Tennessee, elle se reconstruisait peu à peu, et Murphy avait appris qu'elle était la seule à pouvoir lui donner une chance de s'installer. Elle avait besoin de Devos comme elle avait besoin de Tennessee, et de savoir son ami loin d'eux pendant et après la catastrophe de novembre avait contribué à ce poids constant qu'elle avait traîné des semaines durant. Ce n'était que lorsqu'elle l'avait vu de retour de ses propres yeux qu'elle l'avait réalisé. Que les jeunes lui confirment sa présence chez eux n'avait pas changé grand chose; non, elle avait eu besoin de le voir, de le serrer une seconde dans ses bras pour être sûre de l'avoir encore à ses côtés. Du coin de l’œil, elle s'inquiétait encore de ses blessures mais bénissait ce putain de hasard de le lui avoir laissé. Alors si elle devait lui servir de béquille pendant une promenade sylvestre, elle le faisait bien volontiers. « Antarès a hâte de courir entre les arbres », accueillit-elle son ami qui la rejoignait près des portes du village. Le chien voguait près des gardes en faction, revenait vers elle, haletait en direction du leader rebelle qui arrivait, s'impatientait de sa promenade patiemment attendue. Les mains croisées devant elle, elle se tourna vers ses collègues de service et d'un mouvement de la tête, leur demanda d'ouvrir les portes pour les laisser sortir. « On devrait pas en avoir pour trop longtemps », leur glissa-t-elle par prudence, comme elle le faisait toujours. Devos ne l'avait pas encore rejointe mais Antarès filait déjà comme une flèche.

avatar
20/12/2016 ELOW ; ĆIRO + IRINA + JONAS ; 1184 JAI COURTNEY ; ELOW ; INFORMATICIEN ET LIEUTENANT REBELLE / SPECIALISTE EN INTELLIGENCE ARTIFICIELLES, NOTIONS EN MÉCANIQUE ET ELECTRONIQUE, GÉNIE INCOMPRIS ; 82
— Chi cerca, trova —


Sujet: Re: The world turns too fast (Devos)
Dim 1 Avr - 13:55




The world turns too fast.
25 FEVRIER 2118

Devos ne dormait plus. Lui qui n’utilisait que rarement la nuit pour trouver le sommeil, n’avait plus fermé les yeux depuis son retour dans le village. Les dégâts lui avaient sauté à la gueule comme une pluie interminable. Incessante. Plus il avançait, plus les problèmes s’accumulaient. Une montagne gisait sous ses yeux impuissants, lui qui avait pourtant l’habitude d’avoir toujours une solution sous le coude. Cela ne l’empêchait pas d’être utile. De retrouver la place qui était la sienne. Le mécano de service, la cheville boiteuse, les bras en feu. Il y avait tellement à réparer qu’il préférait s’épuiser à la tâche, sacrifiant presque son corps pour la cause. De toute manière, la récupération allait être longue. Il n’allait pas guérir comme par magie et il refusait le repos. Un mois, c’était déjà trop. La jambe allongeait, le monde sous les yeux, le bras tendu pour rien. S’il y a bien une chose pour laquelle Devos était doué, c’était rendre service. Il pouvait être grincheux, balançais des mots pas franchement sympathiques, mais au moins, il savait construire et réparer. Sur l’Odyssée, même avec une cheville fracturée, rien ne l’aurait empêché d’accomplir ses missions. Il pouvait s’asseoir devant un écran et faire ce qu’il savait faire de mieux en ce monde. Sur terre, il était réduit à rien, comblant son esprit des idées qu’ils pourraient mettre en place plus tard : comme transformer les écorces de bois en papier et utiliser le charbon pour écrire et faire de l’encre. Et puis, surtout, il pensait à l’oxydation des éléments électroniques sauvegardés. Comment savoir ce qui fonctionnaient encore ou non ? Il devait trouver un moyen de protéger et d’empêcher la corrosion des circuits électroniques. Mais enchainait les hypothèses sans rien pouvoir appliquer, ce n’était pas bon pour sa santé. Il allait devenir fou à réfléchir pendant des heures. Il savait que ce qu’il faisait, avec les autres, étaient une priorité. La tempête avait fait trop de dégât, mais Devos n’était pas toujours le plus patient et cette situation le pesait.

Cela se répercutait sur son sommeil, et donc sur son humeur. Il ne fallait pas s’attendre à voir un sourire, le père de l’informaticien l’avait bien compris. Ils passaient plus de temps ensemble, ce qui n’était pas forcément ce dont Devos avait besoin, mais l’inquiétude de son paternel était tout de même bonne à savoir. Il avait toujours eu l’impression que depuis la mort de sa femme, celui-ci s’était détaché de tout et même de son fils. Que ça n’avait pas d’importance qu’il soit en vie ou non. Il s’était trompé. En réalité, Fillipe était un rayon de soleil dont l’optimiste et la persévérance contribué largement à l’ambiance global. Il avait changé. Cette planète l’avait changé. Devos se demandait comment il faisait et une fois son père lui avait simplement répondu que le simple fait de respirer lui suffisait pour être heureux. Au fond, peut-être bien qu’il était la seule raison pour laquelle Devos n’avait pas tout abandonné tel un enfant en colère et désabusé. Parce qu’il aurait pu. Lorsqu’il avait vu ce gouffre, il avait ressenti de la rage. Profonde, terrifiante, destructrice. Il aurait pu fermer les yeux sur toutes ses ambitions pour se laisser dévorer par une bête dans la forêt. Il aurait pu laisser tomber. Balancer ses envies dans l’espace sans plus y repenser, déversant sa fureur sans jamais s’arrêter. Mais Devos était un Acciaro. Et les Acciaro n’abandonnaient pas. Jamais. Alors il avait tout de suite rangé sa colère dans un coin, cherchant à s’occuper jusqu’à ce que les solutions les plus adaptés lui parviennent.

Quand il ne dormait pas, Devos s’échauffait. Il vérifiait la capacité de tous ses muscles, cherchant à ne pas briser la routine qu’il suivait depuis son plus jeune âge. Il ne pouvait plus s’entrainait, mais essayait de faire ce qu’il pouvait pour se maintenir en forme. Son jeu de jambe allait être médiocre, pendant longtemps. Ses mouvements de bras, en revanchent, ne perdrait en rien de leurs rapidités. Devos était un ours. Imposant, rebelle, prêt à braser les tempêtes sans se laisser tomber. Au fil des dernières semaines, il se découvrait. Toujours aussi peu bavard certes, mais toujours prêt à se plier en quatre pour l’avenir. Il était encore dans un détour, un long détour, mais le point d’arrivée resterait le même.

Il pensa pendant longtemps qu’il devrait se rendre dans les ruines de l’odyssée pour vérifier les vieux serveurs endormis, mais laissa d’autres s’en charger vu sa condition. Il ne le montrait pas, mais sa cheville était douloureuse. Elle résonnait le long de sa jambe comme une lame invisible et froide. Et puis alors qu’il avait terminé l’une des réparations dans le coins cuisine, il se rendit compte que la température était un peu moins glaciale et que l’hiver était déjà en déclin. Ils étaient encore loin du printemps, mais c’était un début. Sa patience finirait par être récompensé, en attendant, il y avait une chose qu’il n’avait pas vérifié et qui risquait d’alimenter la flamme haineuse en lui s’il ne faisait rien.

Ah. Il remarqua le chien et l’observa près des gardes, se demandant pourquoi il ne parvenait pas à se lier un peu d’affection pour les animaux. Mais non. C’était presque l’inverse. Devos n’était pas à l’aise avec ce chien, mais il ne voulait pas l’exprimait – car son visage le disait déjà bien assez. Il se passa la main sur le crâne, là où une masse de ses cheveux avaient disparus. Il n’avait plus rien du look terrifiant des mois derniers, les cheveux en bataille et la barbe volumineuse. Durant son séjour, on lui avait proposé de tout coupé et il avait accepté. Cela lui donnait un coup de jeune, étrangement.

Il s’appuyait sur une béquille improvisée. Un cadeau de son père. Par chance son état était moins catastrophique et il n’avait pas tant besoin de s’appuyer sur l’objet, mais s’il voulait aller légèrement plus vite, il ne pouvait pas s’en passer. Marcher pendant des heures allaient lui demander un sacré effort. Peut-être aurait-il dû préciser ça à Murphy ?

Ton chien à trop d’énergie pour moi. Il l’observa filait, puis se mit en marche, profitant pour aller en direction de la rivière. En réalité, Devos ne connaissait pas le chemin le plus court. Il savait simplement qu’il avait longé la rivière jusqu’à des chutes, un peu plus loin. Sans doute à 25 ou 30 kilomètres du campement, ses approximations étaient vagues. Ce jour-là, il avait beaucoup réfléchi et le temps était passé plus vite. Une chose était certaine, Devos n’avait rien perdu de sa capacité à conserver des détails pour lui.

Encore merci d’avoir accepté de m’accompagner. Ça ne devrait pas être trop long...


Spoiler:
 

avatar
06/12/2015 Lux Aeterna Nuna Cortez 36181 Sophia Bush Lux Aeterna (vava & sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 1336


Sujet: Re: The world turns too fast (Devos)
Sam 14 Avr - 1:58



❝ The world turns too fast ❞
Murphy Cavendish & Devos Acciaro
(25 février 2118)


Ce que Devos avait besoin de vérifier, Murphy s'en moquait un peu. C'était probablement important, au moins un peu, mais elle saurait bien assez tôt ce dont il s'agirait. Ce qui comptait, c'était qu'on réquisitionnait ses services, et ses services, elle les offrait à foison. Au premier inconnu et à la première occasion, elle quittait le campement, probablement encore plus en cette fin d'hiver, avide des grands espaces qu'elle avait laissés à l'automne. Il lui tardait de retrouver la forêt sans les dangers de la neige qu'elle avait constatés et appris à ses dépends et au prix fort un an déjà auparavant. En attendant, elle se contentait de quitter le village quand l'occasion lui en était donnée, pour des aventures un peu plus intéressantes que des patrouilles devenues lassantes. Elle n'allait pas encore très loin, arrêtée par la prudence dans ses pérégrinations, et puis il fallait encore payer le prix que leur avait coûté la tempête qui avait dévasté les terres et les cœurs quelques mois auparavant. Tant qu'il y avait à faire, l'esprit demeurait anesthésié. Tant qu'il y avait à faire, le corps arrivait à dormir, assommé par la fatigue. Par-dessus tout, Murphy avait appris à redouter le statique de l'inactivité. Elle n'était pas faite pour contempler le monde ou en tout cas, elle n'y était pas encore prête. Les moments d'accalmie lui paraissaient bien loin, peut-être perdus dans les sommets montagneux avec le sourire fugace d'un homme qu'elle n'avait revu que pour annoncer ce que personne ne souhaitait avoir à annoncer à personne, même au pire de ses ennemis.

Alors, s'éclipser dans le monde, c'était s'éclipser hors du quotidien assommant, c'était trouver une autre façon d'échapper à la lourdeur de pensées que l'on était pas encore prêt à accueillir -pas trop longtemps, pas trop souvent. Et s'éclipser dans le monde avec quelqu'un que l'on avait réussi à considérer comme un ami au fil des années, c'était encore autre chose. C'était une parenthèse plus douce. Elle espérait croire, d'ailleurs, qu'il ne lui avait pas proposé cette virée uniquement parce qu'elle était militaire, mais qu'il avait besoin d'elle, un peu, d'une accalmie dans ce crépitement quotidien qui ne laissait pas le répit suffisant à un repos rassasiant, de ceux qui vous redonnent une nouvelle jeunesse. Elle avait perdu Thaïs, elle, mais lui était revenu abîmé de sa propre aventure. Elle avait redouté qu'une autre nouvelle atterrante ne s'ajoute à la première, mais il était revenu. C'était tout ce qu'elle avait retenu et c'était tout ce qu'elle s'autorisait aujourd'hui à retenir. Il était un peu abîmé, mais il se remettrait. Le soulagement avait été palpable comme jamais lorsqu'il avait été de retour au village. Elle avait laissé de côté tous ses pudeurs et toutes celles de Devos pour se jeter dans ses bras. Quelques secondes qui avaient parlé pour tout ce que les mots n'exprimeraient probablement jamais avec une justesse idéale. Mais depuis lors, ils n'avaient pas eu l'occasion de se côtoyer; pas vraiment, pas pour de bon. Tout était à reconstruire et chacun se noyait corps et âme dans ses propres responsabilités. Murphy connaissait suffisamment l'informaticien pour savoir qu'il devait chercher le travail au moins autant qu'elle.

Devos apparût au loin, dans les lueurs des premiers soleils timides de printemps. Antarès s'impatientait à ses côtés et Murphy savait déjà que dès que les portes s'ouvriraient, il filerait comme une flèche et qu'ils ne verraient plus pendant de longues minutes. « Je sais que tu l'avais pas invité, mais c'est mon invité d'honneur. » Taquine, elle imposait pourtant la présence du chien à celui qui, comme Richard, ne semblait pas parvenir à se faire à ces présences canines parmi eux. En attendant que le rebelle ne la rejoigne, elle glissa aux gardes en faction aux portes de les ouvrir. Comme prévu, l'animal démarra au quart de tour et Murphy accueillit la remarque de Devos avec un sourire en coin. « Il est là pour compenser ta canne », s'amusa-t-elle sans ménager son ami. Alors que les lourdes portes de bois se fermaient derrière eux, et avec un sourire amusé, la brune jeta un coup d'oeil à son compagnon de route. « Je m'y fais toujours pas... » De l'index, elle désigna son propre visage pour signifier le sien à Devos. Elle l'avait connu trop longtemps perdu dans sa chevelure et sa barbe et la voilà qui redécouvrait l'homme. Probablement pas pour longtemps, d'ailleurs, s'il faisait preuve du même détachement vis à vis de son faciès que pendant les mois précédents. « Tu m'as pas trop dit ce qu'on allait chercher... » répondit-elle à ses remerciements. Elle ne savait presque rien de cette mission, en fait. Pour le peu qu'elle savait, ils pourraient même partir pour la journée ou plusieurs jours, se retrouver dans les montagnes ou au bord de la mer. Elle gardait juste en tête les conseils d'Isdès comme une règle d'or : ne jamais s'aventurer trop à l'est. « Ni même où c'est. Tu sauras retrouver de mémoire ou t'as une carte ? » Elle réajusta son sac et le semblant de carquois qui lui pendaient dans le dos, la main refermée sur son arc. Elle n'avait pas oublié que dans le duo, alors qu'il était le responsable de la mission et des recherches, quelles qu'elles soient, elle était en charge de la sécurité. Même si c'était loin d'être ses seules expériences, elle était déjà tombée sur suffisamment de Terriens barrés pour savoir que quelques armes n'étaient pas de trop. « D'ailleurs, tu m'as pas dit le plus important... ils ont retrouvé des animaux, dans tes cheveux ? »

Spoiler:
 

avatar
20/12/2016 ELOW ; ĆIRO + IRINA + JONAS ; 1184 JAI COURTNEY ; ELOW ; INFORMATICIEN ET LIEUTENANT REBELLE / SPECIALISTE EN INTELLIGENCE ARTIFICIELLES, NOTIONS EN MÉCANIQUE ET ELECTRONIQUE, GÉNIE INCOMPRIS ; 82
— Chi cerca, trova —


Sujet: Re: The world turns too fast (Devos)
Sam 28 Avr - 20:37




The world turns too fast.
25 FEVRIER 2118

Une chose que l’Hiver s’évaporait petit à petit, que la neige disparaissait totalement, que le froid du matin laissait place à un air plus léger l’après-midi. Devos pourrait rapidement retrouver le temps qui lui convenait, à mi-chemin des brises glacé et des rayons de soleil trop étouffant. Il avait un amour profond pour les équilibres naturels, alors entre l’hiver et l’été, il se sentait revivre. Mais il était encore un peu tôt pour trouver cette température idéale et cette environnement qui lui plaisait tant. Le problème, c’était qu’il ne supportait pas l’idée de rester les bras croisés, surtout depuis ce qui était arrivé à la bouche de métro. Un détail comme un autre pour certains, un effondrement total pour lui. C’est dingue comme ses priorités n’étaient jamais les mêmes que son entourage. Même en y étant habitué, l’étonnement était souvent palpable. Comme une évidence, il avait parfois envie de secouer les idiots qu’ils croisaient pour leurs expliquer les conséquences de ce désastre. Finalement, à quoi bon ? La rage qui sommeillait en lui, il devait l’apprendre à la contrôler, à l’apprivoiser. Et comme souvent, il devait se débrouiller seul.

Avec sa cheville en amélioration, l’informaticien continuait pourtant de boiter, utilisant souvent une béquille pour avancés et tenir debout plus longtemps. Ce n’était pas l’idéal, mais il prenait sur lui, ignorant parfois la douleur qui lui criait de ne pas faire plus d’effort. Devos était ainsi, toujours en train de dépasser ses limites, toujours en train d’avancer quoi qu’il arrive. Il était têtu, un peu comme son père quelque part. Les différences qu’il avait toujours observées chez son père, finalement, n’avaient plus d’importance. Désormais, Devos y apercevait des similitudes, rassurés quelques parts, de ne pas être un cas à part et d’être lié à un autre. Toujours considéré comme un être atypique, désormais, il parvenait à trouver des petites mimiques que lui et son paternel avaient en communs.

En se retrouvant chez les jeunes pendant un mois, Devos sentait qu’il avait manqué certaines choses. Peut-être que personne ne s’en était rendu compte, mais quand Devos sortait de son trou et que ses oreilles captaient des informations, il aimait s’en saisir pour maintenir une certaines chronologies de la communauté. Il se sentait légèrement perdu, légèrement perplexe quand il entendait les nouvelles conversations. Il sait qu’il n’est pas doué pour rassurer et épauler, mais dans les moments difficiles, il a conscience qu’il doit être là. Même sans rien dire, juste se tenir aux côtés de ceux qui en auraient besoin. Pour montrer qu’il était présent, prêt à écouter, prêt à soutenir dans les plus cruelles peines. Il ne saisissait peut-être pas tout, mais avec le temps, il avait adopté des habitudes pour compenser son manque d’empathie. Mais où était-il quand les morts avaient frappé le campement ? Quand les dégâts ont anéanti une partie du village ? Qu’avait-il réellement accomplis depuis son retour, malgré ses propres blessures ? Et puis, surtout, qu’elle avait été ce frisson qui l’avait parcouru quand Murphy l’avait pris dans ses bras ? Peut-être de la joie, du soulagement aussi. Parce qu’elle était en vie, parce qu’elle était là… Il n’y avait pas vraiment réfléchi, mais oui, sa présence lui manquait. Alors forcément, quand il devait réfléchir à quelqu’un pour l’accompagner et l’aider, son nom était apparu en premier.

Il haussa des épaules en observant l’invité d’honneur, essayant de prendre sur lui. Puis, s’autorisa un léger sourire quand Murphy avoua qu’il était là pour compenser sa canne. Pouvait-il croire que les choses s’étaient arrangés, qu’elle lui laissait vraiment une seconde chance, qu’il retrouvait la confiance qu’elle lui avait accordé ?

Pourquoi ? Ça me change tant que ça ? De toute façon, ça repoussera. Dit-il, même si quelque part, il aimait bien ne plus être embêtait par ses cheveux indisciplinés. C’était plus simple comme ça. Plus léger aussi, comme s’il pouvait désormais, sentir les brises sur son crâne.

Oh eh bien… Il s’apprêtait à lui répondre, à lui dire le chemin qu’il avait emprunté la dernière fois, mais aussi l’importance de cette mission et ce qu’il avait laissé, caché, là-bas, quand Murphy fit une blague. N’importe qui aurait ri face à sa question, mais le seul exploit qu’elle pouvait se vanter d’avoir accomplis, c’était le sourire de Devos. Qui, malheureusement, n’avait pas vraiment la capacité pour rebondir là-dessus.

Non, il n’y avait rien dedans. Cela avait pris du temps, par contre. Il ne sait plus comment le jeune s’était débrouillé, mais il avait d’abord coupé une bonne partie, avant taillé au plus près de son carne. Cela avait été pareil pour sa barbe, qui étrangement, semblait toujours présence, même si elle était bel et bien inexistante désormais. Il se gratta le menton comme en souvenir, puis, s’accrocha à sa béquille pour avancer.

Je ne saurais pas te dire le chemin le plus court, mais j’ai en tête l’itinéraire que j’ai pris la dernière fois. Je suis allé jusqu’à la rivière, puis j’ai remonté son court jusqu’à trouvés des chutes d’eaux, un peu plus loin. Je voulais tester un prototype de pompe volumétrique automatique que j’ai finalement laissé là-haut, pour qu’à la fin de l’hiver, je puisse poursuivre mes recherches. Il n’avait pas grand-chose sur lui, outre un sac à dos avec quelques éléments, dont une petite pelle et de l’eau. J’ai creusé un trou et j’ai caché ma male dedans. Ensuite j’ai recouvert de feuillage, en espérant que l’hivers passe sans que personne ne le remarque. Je me dis que peut-être, elle y est toujours et dans ce cas, je n’ai donc pas tout perdu. Il faisait référence au métro, mais sans doute avait-elle compris.





avatar
06/12/2015 Lux Aeterna Nuna Cortez 36181 Sophia Bush Lux Aeterna (vava & sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 1336


Sujet: Re: The world turns too fast (Devos)
Mer 2 Mai - 15:52



❝ The world turns too fast ❞
Murphy Cavendish & Devos Acciaro
(25 février 2118)


De voir Devos traîner continuellement une béquille avec lui faisait mal au cœur. Après le premier soulagement des retrouvailles, Murphy avait réalisé que ce cyclone leur avait coûté, à tous. A Devos, il avait coûté un peu de sa motricité; à Thaïs, il avait coûté la vie; à tous, il avait coûté le peu de confort qu'ils avaient réussi à se créer à force d'efforts continus. La nature était cruelle car elle laissait voguer ses humeurs au gré de l'aléatoire. Que ses victimes se relèvent derrière, elle n'en avait pas grand chose à faire. Certains se relevaient, d'autres pas.

Devos s'était relevé. Ils n'avaient pas parlé de ce cyclone, de ce qui leur avait traversé l'esprit au moment où il leur était passé dessus, de l'état dans lequel ils avaient retrouvé les villages dans lesquels ils logeaient respectivement l'un et l'autre. Murphy n'avait pas été parmi les siens. Ça avait été parmi les heures les plus angoissantes de sa vie. Loin du village, enfermée dans une maison dont rien ne garantissait la solidité, accompagné d'un compagnon qui avait confessé à demi-mots se moquer de vivre ou de mourir. Ces quelques heures avaient paru hors du temps; quelques heures pendant lesquelles elle avait imaginé les pires scénarios, pensé à ses proches et jusqu'à ses plus brèves rencontres. Des visions cauchemardesques l'avaient fait frissonner au coin d'un feu qui ne l'avait pas vraiment réchauffée, et une fois la tempête calmée, de retour devant le haut portail du village, elle avait hésité quelques minutes avant de s'autoriser à découvrir l'étendue des dégâts. Mais le vécu de Devos, elle ne le connaissait pas. Peut-être qu'il y avait de ces choses qu'il était malvenu de discuter lorsqu'elles sont encore trop jeunes. Raviver une plaie encore suintante ne lui permettait pas de cicatriser.

Alors, il y avait toujours l'humour. La meilleur arme pour oublier, même pendant quelques secondes seulement, toute la lourdeur des non-dits, du vécu, des inquiétudes de l'avenir. Devos avait gagné une béquille au campement des jeunes, mais il y avait aussi perdu barbe et cheveux. De quoi redécouvrir l'homme sous la fourrure. « J'ai failli pas te reconnaître, de loin. Heureusement que t'avais ta béquille. » Elle haussa les épaules avec un sourire malicieux. Taquine et amusée, elle appuyait volontairement là où ça pouvait faire mal, histoire de rendre ces restes de cyclone triviaux et de les ancrer dans leur nouvelle réalité. Accepter, c'était déjà passer à autre chose, non ?

Antarès avait filé au loin, revenait de temps en temps les taquiner -et probablement s'assurer qu'ils suivaient le même chemin. Murphy savait tout l'inconfort qui était celui de Devos face à l'animal mais elle ne perdait pas espoir de le faire changer d'avis. Même face à Richard, elle n'avait jamais baissé les bras. Tomber amoureux d'Antarès, ce n'était toujours qu'une question de temps. Devos aussi finirait par succomber à son charmer, et de ça, Murphy n'avait aucun doute. Elle regarda la boule de poils blanche les quitter à nouveau pour s'enfoncer dans les bois, sans doute à la recherche de ce qu'ils transformerait en un casse-croûte.

Malgré la légèreté des premiers instants, elle n'oubliait pas leur objectif. Ou plutôt, elle n'oubliait pas qu'elle en savait rien de leur objectif. Elle ne savait pas jusqu'où ils allaient, si ça allait leur prendre quelques heures ou la journée entière, pas plus qu'elle ne savait ce qu'ils cherchaient avec tant de dévotion. La seule chose qu'elle savait, c'est qu'elle avait confiance en Devos, et même si cette confiance qui renaissait à peine n'était pas consolidée, elle faisait écho à toute celle qui avait existé avant les mensonges de l'été. Peu importait ce qu'il semblait si important, caché au fond des bois -si Devos considérait le voyage digne d'intérêt, voire nécessaire, alors elle se pliait à son appréciation. Elle jouait là son rôle de militaire, assistait l'informaticien dans la mission qu'il s'était donnée. Pour le reste, elle aurait les réponses à temps... peut-être maintenant ? Les questions curieuses fusèrent presque aussi vite que le faisait Antarès entre les arbres, mais il n'était pas encore temps. Elle avait arraché un sourire à Devos et s'en contenta quelques instants. « Oh... », soupira-t-elle, feignant d'être dépitée, « je suis déçue... » Taquiner Devos sur sa chevelure et sa barbe perdues apportaient à l'instant de cette insouciance qui se faisait trop rare depuis trop longtemps. Discuter coiffure était l'une des choses les plus superficielles et inutiles qu'ils pouvaient faire ici, et ça avait quelque chose de doux, de réconfortant et de rassurant de se l'autoriser malgré tout. « Oh non non, jte confirme, t'as plus rien, hein... » lança-t-elle en le voyant se gratter le menton à la recherche de la barbe perdue.

Mais les questions qu'elle avait lancées plus tôt n'étaient pas tombées dans l'oreille d'un sourd. Sous leurs pas crissait encore la terre humide de printemps. C'était l'heure des réponses. Ses sourcils se fronçaient à mesure que Devos précisait leur objectif. « Pompe volumétrique automatique ? » répéta-t-elle bêtement en cherchant quelques précisions. « Y'avait besoin d'eau, pour ça ? » Dubitative, elle essayait de comprendre ce qui pouvait exiger de s'éloigner tant de la sécurité de leur village pour remettre au point quelques-unes des technologies dont ils avaient pu être bercés là-haut. Les réponses de Devos s'achevèrent avec une note d'amertume qui la fit laisser voguer son regard sur les arbres alentour. Ils avaient tant perdu dans cette tempête qu'il était facile d'oublier certains des préjudices qu'elle leur avait coûté. La militaire qu'était Murphy se contentait de sécuriser les lieux tant que possible. Elle avait aidé à reconstruire l'enceinte du village là où elle avait été dommagée. A trop se concentrer sur ses propres missions, on en oubliait toutes celles qui avaient découlé du même incident. « Vous avez vraiment tout perdu ? » demanda-t-elle en réalisant que puisque ça n'était pas son domaine et sa responsabilité, elle avait laissé de côté tous les dégâts qui ne la regardaient que de plus loin. « Avec la neige qu'il y a eu cet hiver, ça m'étonnerait que quelqu'un ait trouvé quoi que ce soit », le rassura-t-elle alors qu'ils s'enfonçaient de plus en plus dans la forêt. Elle n'arrivait pas à estimer le temps qu'ils mettraient à arriver là-bas, mais elle commençait à regretter de n'avoir pris que le strict minimum avec elle -et pas de quoi manger. « Tu veux le ramener au village, ton truc ? »

avatar
20/12/2016 ELOW ; ĆIRO + IRINA + JONAS ; 1184 JAI COURTNEY ; ELOW ; INFORMATICIEN ET LIEUTENANT REBELLE / SPECIALISTE EN INTELLIGENCE ARTIFICIELLES, NOTIONS EN MÉCANIQUE ET ELECTRONIQUE, GÉNIE INCOMPRIS ; 82
— Chi cerca, trova —


Sujet: Re: The world turns too fast (Devos)
Lun 21 Mai - 12:07




The world turns too fast.
25 FEVRIER 2118

Sa barbe recommençait à pousser. Elle le grattait légèrement. Lentement, mais indéniablement. Dans quelques semaines, elle reprendrait du volume pour finalement atteindre ce point culminant où elle prendra possession de la moitié de son visage. Il ne pouvait s’empêcher de se gratter le menton, cherchant instinctivement ce qu’il avait rasé deux mois plus tôt. Bientôt, il pourrait recommencer sans avoir l’impression de le faire inutilement. Bientôt. Et peut-être que d’ici là, sa cheville sera plus opérationnelle. C’était sans doute ce qu’il détestait le plus, dans l’existence humaine. Ne pas être certains. Ne pas savoir. Le langage numérique avait son lot d’erreurs et de problèmes, mais la solution n’était jamais bien loin. Jamais bien compliqué. Depuis ce qui s’était produit dans la forêt, le seul allié de Devos était le temps. Seul le temps pourrait dire si oui ou non, un jour, il retrouverait le contrôle de son corps. C’était le seul facteur capable de lui fournir une réponse. L’informaticien devait donc faire preuve de patience et ça, c’était difficile. Il s’était tellement habitué à la rapidité d’une navigation internet, que la lenteur d’un pas l’irritait. Encore plus maintenant qu’il était douloureux.

Il n’avait rien dit, à personne. Aucun détail, ni à son père, ni à Chris. Il était parti explorer, il s’était retrouvé pris dans la tempête. Il était ensuite resté chez les jeunes, avant de récupérer un peu de force et de revenir parmi les adultes. Voilà. La seule chose qu’il pouvait affirmer, c’était que les jeunes n’étaient plus des jeunes. Il fallait arrêter de les traiter ainsi, certains ayant parfaitement l’âge adulte. Ils étaient les sacrifiés, les cent, les prisonniers. Mais ils étaient aussi des êtres humains, des âmes qui avaient vécu dans l’espace, comme eux, et qui méritait une nouvelle chance ici, sur terre. Ce passage l’avait confirmé dans sa volonté de réunir les deux groupes. De ne former qu’un. Il ne savait pas comment permettre une telle action, mais il savait que les rebelles pensaient comme lui. Que cette idée, était l’une de leurs valeurs. Ils devaient en parler, mais avec la tempête, ils n’avaient pas encore pris le temps de se réunir et ce moment avec Murphy n’était pas une raison pour lancer une possible réunion. Il avait besoin d’elle pour autre chose. Et peut-être bien qu’il avait besoin de sentir qu’ils étaient encore parfaitement mais, qu’ils se faisaient confiance. Ce que Devos fabriquait, ce qu’il tentait de réaliser, pas grand monde ne suivait. À part les mécaniciens et autres anciens ingénieurs qui, parfois, essayait d’y jeter un coup d’œil, la plupart des survivants de l’Odyssée n’avaient pas la moindre idée de ce que Devos Acciaro faisait de ses journées.

Je devrais peut-être y incruster mon nom, pour que ça soit encore plus simple la prochaine fois ? Dit-il en faisant référence à sa béquille de fortune. Son père finirait par lui faire quelque chose d’autres, plus proche d’une canne et peut-être plus solide. Néanmoins, en remarquant le sourire sur le visage de Murphy, Devos avait l’impression d’être retourné en arrière. Comme si rien n’avait changé. Comme si l’humour de la jeune femme était toujours à son maximum, prêt à se moquer de lui à la moindre occasion. Et c’était une sensation agréable. Même avec Antarès dans les parages. Il s’y ferait, il le sait. Il se sentait capable de s’accoutumer à la présence de l’animal, mais il n’en restait pas moins anxieux. Si cette chose était plutôt amicale, il y avait d’autres bêtes dans la forêt, plus voraces, plus violent.

Qu’est-ce que tu croyais qu’ils trouveraient dedans ? Les cousins d’Antarès ? Il s’arrêta, souriant. Heureusement pour lui, rien de la sorte. Ou peut-être s’était-il endormi durant la procédure, oubliant le monde qui l’entourait, pour s’échapper une petite minute. Mais il dormait déjà si rarement qu’il se souvient parfaitement de chaque étape. Il pourrait lui tout ça, tout ce qui a été demandé pour cette nouvelle tête, mais ça n’avait pas d’importance et, se souvenant du temps qu’il avait passé avec Murphy, Devos essayait aussi, parfois, de jouer son jeu – peut-être bien trop maladroitement, mais ça ferait sans doute son effet.

Dans une démarche la plus assurée possible, Devos s’avançait tout en révélant à son amie les détails de cette fraîche aventure.

C’est ça. Dit-il sans en faire plus, lui qui pourtant adoré donné des informations. Elle essayait déjà de comprendre et d’assimiler tout ce qu’il racontait, autant ne pas en rajouter. Pourtant, des détails sur la conception et l’utilisation de cette pompe, il pourrait les lui démontrer. Peut-être plus tard. Il ne voulait pas se donner de faux espoir et préférait faire le chemin dans la sérénité. La découverte du métro l’avait déjà retourné, autant se préparer au pire.

En réalité, nous n’en savons rien. L’entrée du métro est bouchée et peut-être qu’une partie de l’éboulement a endommagé tout ce que nous avons stocké dans la vieille rame présente. Mais tant qu’on ne fait rien, on reste dans le flou et déboucher l’entrée n’est pas une priorité de survie. Et ça, c’était une évidence pour tout le monde, sauf pour lui. Lui, il aurait pu s’y mettre, même seul. Il aurait pu passer l’hiver à essayer de trouver une solution. Il aurait pu, s’il n’avait pas été blessé. Sa cheville ne l’empêchait pas seulement de marcher, elle l’empêchait aussi de faire ce qu’il avait réellement envie de faire : connaître l’étendue des dégâts. Savoir si son travail était complètement perdu.

C’est ce que je me dis aussi. Avec un peu de chance, la neige a recouvert les lieux, camouflant plus que jamais la terre retournée. Oui, je veux le ramener. Je me dis que ça pourrait donner… Un peu d’espoir. Il pensait à tous ceux qui, comme lui, avaient un métier devenu obsolète. Et puis cette tempête, elle m’a prouvé une chose : un dispositif aérogénérateur est peut-être une solution plus viable qu’une pompe volumétrique. Je suis persuadé que les autres seront d’accord avec moi. Mais cela prendra sans doute des mois, voire peut-être encore un an, avant de pouvoir atteindre un tel objectif. Sauf que Devos, il n’était pas le genre à baisser les bras face à la durée. Au contraire. Il trouvait ça prometteur.

D’ailleurs comment ça s’est passé, ici, pendant la tempête ? Il lança un coup d’œil à Murphy, qui devait sans doute ralentir son rythme habituel pour ne pas le forcer à aller plus vite qu’il ne pouvait.



avatar
06/12/2015 Lux Aeterna Nuna Cortez 36181 Sophia Bush Lux Aeterna (vava & sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 1336


Sujet: Re: The world turns too fast (Devos)
Jeu 24 Mai - 0:53



❝ The world turns too fast ❞
Murphy Cavendish & Devos Acciaro
(25 février 2118)


On ne pouvait pas dire que Murphy avait oublié l'épisode de l'été précédent. Elle retenait l'écart de Devos, mais le temps, les expériences et les excuses de son ami étaient passés par là. Ils avaient appris à refaire partie de la vie l'un de l'autre, progressivement, et puis les inquiétudes mortifères du cyclone avaient achevé de prouver à Murphy toute l'amitié qui était encore la sienne à l'égard de l'informaticien. Ses reproches, au fil des mois, étaient devenus des simples faits, délestés du poids de la rancoeur. Un jour, peut-être que sa sagesse l’amènerait à éprouver la même chose vis-à-vis de Chris. Elle en doutait fortement, mais elle trouvait un apaisement salutaire dans la disparition des conflits. Avec Devos, elle avait progressé sur ce terrain jusqu'à oublier sa rancune. Lorsqu'elle le voyait, elle ressentait encore quelques fractions de l'inquiétude qui avait été la sienne lorsqu'elle ne l'avait pas retrouvé au camp, lorsqu'elle avait compris qu'il avait été à l'extérieur lui aussi, et réalisé que lui n'avait peut-être pas eu la chance de trouver dans la tourmente un Terrien qui connaissait les terrains alentours et les abris les plus proches. Ce n'était pas pour rien qu'elle s'était jetée dans ses bras lorsqu'elle l'avait retrouvé. Le soulagement avait été physique et elle avait eu besoin de le sentir contre elle pour y croire.

Mais une inquiétude avait laissé place à une autre. Devos boitait. Elle ne le voyait plus sans sa canne. Il n'était pas de ceux qui crapahutaient à l'extérieur à longueur de journée et ça apportait sa pointe de réconfort à Murphy, mais elle ne pouvait s'ôter de l'esprit l'idée que sa blessure le rendait inadapté à ce monde. Il fallait qu'il guérisse, parce qu'il n'était plus en capacité de fuir le danger. Au-delà du service rendu, au-delà du moment passé en bonne compagnie, c'était peut-être la véritable raison qui l'avait poussée à accepter l'invitation de son ami à l'accompagner dans cette quête, quelle qu'elle soit. Elle avait besoin d'être là quand il décidait de s'aventurer à l'extérieur. Une canne ne suffirait pas à le faire éviter un coup de griffe ou de couteau. Elle, elle était armée. Et même si elle bavassait, et même si elle posait son regard sur Antarès dès qu'il passait dans son champ de vision, elle observait les alentours pour eux deux et comme la militaire qu'on avait formée là-haut et qui avait été formée ici-bas pour parer aux pires éventualités. Ses oreilles restaient accrochées au moindre bruit inhabituel, analysaient les signes de mouvement qui leur parvenaient. Ses sens étaient aiguisés et à l'éveil, vifs, redoutant à chaque instant de trouver une raison de dégainer une première flèche. Mais même en prenant ce rôle particulièrement à cœur, Murphy n'était pas particulièrement nerveuse. C'était son travail, elle y était habituée. Elle savait reconnaître l'inquiétant du dérisoire et même si elle ne se l'avouait pas, la présence de Devos à ses côtés apaisaient un peu les quelques tensions de l'inquiétude. La conversation apportait à l'atmosphère une légèreté plus que bienvenue. « Oh non, je voudrais pas que tu te coupes et que tu perdes l'usage d'une main en plus de ta jambe... » La moquerie la fit sourire malgré elle à un arbre qui passait par là. Et lorsqu'on ne parlait pas de sa jambe blessée pour dédramatiser sa situation, on parlait du kilo qu'il avait perdu en cheveux et en barbe. « Non », répondit-elle simplement avec une grimace de dégoût, « plutôt des trucs qu'on retrouve dans la terre ou dans les arbres, genre araignées... ». Des cousins d'Antarès ? Et puis quoi encore ? Antarès aimait ce qui était digne de l'être, comme les pommes, les lapins saignants, ou sa maîtresse. Murphy n'en attendait pas moins de la part de ses cousins.

Mais elle ne perdait pas des yeux l'objectif de cette promenade. Ils n'étaient pas là pour boire une infusion, assis au coin d'un arbre, admirant la beauté des environs sylvestres, discutant des dernières nouvelles du village comme deux commères un peu trop stimulées par l'ennui. Devos ne quittait pas le village sans raison importante -et encore moins dans cet état. Sa réponse resta brève et elle lui jeta un bref coup d'oeil, attentant davantage d'explications. Elle n'en savait guère plus que quelques secondes avant. Elle ne comprenait pas les mots clés qui devaient paraître évidents à tous les collègues de Devos. « Ça viendra, sois patient » répondit-elle d'un ton calme et sage qui ne lui ressemblait que dans les meilleurs moments. Elle se voulait rassurante et bienveillante. Elle ne pouvait pas imaginer ce qu'avait pu devenir le quotidien d'un scientifique avec le cyclone. Elle, quoi qu'il arrive, elle avait toujours du travail. Le village, debout ou à plat, avait toujours besoin d'être surveillé. Ses habitants, nombreux ou un peu moins nombreux, avaient toujours besoin d'être protégés. Mais que pouvait faire un scientifique sans son matériel ? Sans ses projets, laissés ensevelis comme s'ils n'avaient aucune importance ? La pyramide de Maslow ne jouait pas en leur faveur, mais leur patience serait récompensé. Ici, il s'agissait toujours de persévérance. Si on perdait, alors on recommençait. C'était ça, le jeu de leur nouveau quotidien. « Et puis tu peux en profiter pour t'occuper de toi. Évite de forcer sur ta jambe... » Un coup d'oeil protecteur prouva toute l'inquiétude qui était la sienne. A ses côtés, avec sa canne, il semblait peiner à suivre le rythme de celle qui avait l'habitude de virées du genre encore deux jambes disposées à la marche. « C'est lourd, ton truc ? » Son premier réflexe fut de penser au retour avec un engin dont elle ne savait rien. Elle était toute disposée à aider les siens et à donner de cet espoir qui semblait manquer à Devos et à ses collègues, mais elle n'oubliait pas les dangers qui poussaient à vouloir toujours garder une mobilité et un athlétisme convenable, pas plus qu'elle oubliait la jambe blessée de Devos. Ils n'auraient que trois jambes pour porter quelque chose qu'elle espérait donc aussi léger que possible. « Je... je sais pas de quoi tu me parles », répondit-elle après quelques instants d'hésitation, immobilisée au milieu de la forêt sous l'effort de la réflexion. « C'est bien ou pas, du coup, ce qu'on va chercher ? » Des sciences, elle ne comprenait que quelques termes médicaux. Si on essayait de lui parler d'informatique ou de mécanique, tous ses neurones abandonnaient la bataille d'office et se mettaient à vaquer à leurs propres occupations personnelles, comme jouer du trombone, s'essayer à la cuisine ou lire un bon petit bouquin au coin de la cheminée.

Mais peut-être qu'ils étaient là pour parler de tout ce qu'ils n'avaient pas pu discuter avant, finalement. Peut-être que le passé ne l'était pas tout à fait tant qu'il n'avait pas été abordé avec ceux qui comptaient. Le cyclone. Nerveuse, elle s'apprêta une seconde à reprendre la marche mais malgré un mouvement avorté, elle demeura immobile. C'était le visage de Thaïs qui lui revenait en mémoire, qui la frappait de plein fouet. Sa blessure sanguinolente et infectée, les traits de Nadja lorsqu'elle s'apprêtait à prononcer la sentence. C'était dans les bras d'Isdès qu'elle avait pleuré toutes les larmes que son organisme avait pu produire, mais les frissons, les regrets et les remords demeuraient. « J'étais pas au village. » Elle avala sa salive avec difficulté, les yeux rivés au sol. « Tu le sais peut-être déjà, d'ailleurs. J'ai pas pu aider Thaïs mais j'ai aidé personne. Pire que ça, j'ai été un poids pour celui qui m'a trouvée au milieu de la forêt. » Elle se racla la gorge et s'éclaircit la voix en relevant son regard brillant vers Devos. « Un bonheur, quoi ! » Le sourire était ironique mais elle donna une tape amicale dans le dos de Devos, espérant qu'il n'insiste pas, l'invitant à reprendre la marche. « J'ose même pas te demander, toi. Ta jambe répond un peu à ta place. » D'un mouvement du menton, elle désigna la-dite jambe et celle de bois qu'il tenait dans la main. « Si tu veux faire une pause, tu dis. Faudra pas compter sur moi pour te porter si t'es trop fatigué. »

avatar
20/12/2016 ELOW ; ĆIRO + IRINA + JONAS ; 1184 JAI COURTNEY ; ELOW ; INFORMATICIEN ET LIEUTENANT REBELLE / SPECIALISTE EN INTELLIGENCE ARTIFICIELLES, NOTIONS EN MÉCANIQUE ET ELECTRONIQUE, GÉNIE INCOMPRIS ; 82
— Chi cerca, trova —


Sujet: Re: The world turns too fast (Devos)
Sam 26 Mai - 21:04




The world turns too fast.
25 FEVRIER 2118

Si on lui avait dit qu’un jour, Murphy serait l’une de ses plus proches amis, Devos aurait rit. Durant la vie qu’ils avaient connue là-haut, leurs emplois du temps respectifs étaient si bien agencés, qu’à aucun moment leurs chemins ne s’étaient vraiment croisés. Murph était un visage parmi tant d’autres, dont les échos ne l'atteignaient que rarement. Son rôle et le sien n’avaient aucune similitude, aucun moyen de se compléter l’un et l’autre. Jusqu’à ce que la rébellion les rapproche, eux et d’autres. Peut-être bien que le regard qu’ils avaient sur la vie, n’étaient pas si différent. Peut-être que leurs pensées ne sont pas si éloignées. Il suffisait de le voir aujourd’hui, loin des murs protecteurs du village, le regard posé sur l’horizon. Il avait besoin d’elle, et qui sait, peut-être que Murphy avait besoin de lui. Qu’un jour, il saurait quoi faire pour lui prêter main-forte. Malgré tout ce qu’ils représentaient, ils parvenaient à trouver un équilibre. Comme un pont sur lequel ils se retrouvaient pour se rejoindre. L’informaticien savait que la confiance qu’elle lui accordait, était une chose précieuse. Qu’il devait prendre toutes les précautions du monde pour ne plus créer le moindre doute. La moindre ombre. Finalement, cette tempête avait peut-être joué en sa faveur, mettant en avant l’inquiétude de Murphy à son égard. Devos avait alors réalisé qu’il comptait. Vraiment. La situation avait fait d’énormes dégâts, c’est vrai. Elle avait pourtant renforcé quelque chose entre eux. Un sentiment sincère qu’il ne pourrait plus ignorer.

Car lui aussi, s’était inquiété. Il n’aurait pas su traduire cette émotion comme étant de l’inquiétude, mais le manque d’information sur ses liens les plus forts, avait suscité son côté nerveux. Tout le temps qui s’était écoulé chez les jeunes, ne lui avait pas permi d’en savoir plus sur Chris, Ten ou encore son père. C’est à son retour qu’il était parvenu à découvrir la réalité. La mort n’avait pas directement frappé à sa porte, du moins pas complètement.

Je laisserais quelqu’un d’autres s’en charger, tu sais à quel point j’aime déléguer ce genre de futilité. C’était pénible, cette démarche. Il avait beau s’appuyer sur sa béquille de fortune, il savait qu’ils étaient tout de même lents. Il sentirait sans doute sa cheville murmurait une douleur après quelques heures, mais le pire, c’était son bras. Celui avec lequel il tenait debout. Ses muscles allaient être douloureux, mais Devos devait prendre sur lui. Il se reposerait plus tard, une fois arrivée sans doute. Il savait aussi que s’arrêter ne l’aiderait pas. Il devait faire le chemin d’une traite, pour ne pas à devoir redoubler d’efforts après une pause. Il tâchait donc de respirer dans un rythme maîtrisait et de gérer son équilibre. Sa force avait diminué depuis la tempête, mais cela ne l’empêchait d’être assez costaud pour supporter le pire.

Je pense qu’une araignée ou tout autre insecte serait mort étouffée là-dedans. Soyons un peu logique. Il devait admettre, pourtant, que ce petit coup de frais sur le crâne lui faisait du bien. Surtout a l'approche future de l’été, même si d’ici là, la masse sera en partie revenue. C’était peut-être qu’un détail, mais il avait passé tant de temps immobile chez les jeunes que lorsqu’on lui avait proposés de tout coupé, cela avait occupé une partie de sa journée.

J’évite de forcer sur ma cheville depuis des mois. Un peu grincheux, un peu conscience qu’il n’avait pas le choix, Devos était prêt à lui dire qu’il préférait largement forcer dessus que de rien faire. Mais il n’était pas bête et ne voulait en aucun cas aggraver la situation. Il n’avait pas mal et il avait spécifiquement attendu jusqu’à maintenant, car aujourd’hui il se sentait capable de faire ce trajet. Maintenant, il n’avait demandé le feu vert à personne et il faisait en fonction de son instinct. D’ailleurs, la question de Murphy était des plus pertinentes. Est-ce que c’était lourd.Il laissa donc un petit blanc avant de donner une réponse convenable. Le temps de réfléchir et de l’observer un peu. Il avait porté son prototype seul, mais l’objet avait sa taille et son poids. Pour lui, ça avait représenté un certain investissement physique. Il se demandait maintenant si Murphy serait capable de supporter la charge.

Assez. Finit-il par dire. Mais rien infaisable, je te rassure. Elle allait sans doute le maudire et se demander comment il avait fait pour se balader avec une mallette en plastique de cette taille sans que personne ne se pose la moindre question. Le rythme du retour allait être encore plus lent que celui de l’aller, à moins que Murphy se sentent capables de porter à bout de bras un objet de plus de quinze kilos.

Il s’arrêta, posant son regard sur son amie. Il décida de faire ce qu’il ne faisait jamais : sourire. Un mouvement simple et rassurant, parce qu’il savait qu’elle avait du mal à suivre ce qu’il racontait. Mais comme c’était Murphy, il préférait ne pas l’embrouillait et tâcha de puiser dans ses connaissances pour expliquer calmement.

Il y a dans mon prototype des pièces qu’on pourra récupérer. C’est très important. Et donc… C’est bien. Il tâcha de reprendre la marche, sachant que la rivière n’était plus très loin. Ils entendraient bientôt le cours d’eau, un peu plus fort que ces dernières semaines, augmentait par la fonte des glaces et l’hiver en déclin. Il essaya de ne pas trop accéléraient, ne voulant pas se précipiter. Ce trajet, ce début d'aventure, c’était le plus facile. C’était maintenant qu’il devait se ménager, prendre son temps, ne pas forcer plus qu’il ne devrait. Il lui posa alors une question sur le cyclone et, ne voyant pas Murphy, se retourna. Elle était toujours là, immobile et il se rapprocha pour s’arrêter jusqu’à devant elle.

Toi non plus, alors. Dit-il loin d’être surpris. Peut-être qu’elle était en patrouille à ce moment-là, qui sait ? Il n’avait pas posé de questions à son retour, il avait gardé ses secrets et refusait d’imposer à qui que ce soit de parler si ce n’était pas nécessaire. Mais en voyant l’état de Murphy, il se demandait à quel point les choses étaient graves. Je suis désolée, pour la petite. Ah, Thaïs. Il n’avait pas entendu grand-chose sur ce qui s’était produit, mais les jeunes avaient été assez affecté par sa mort. Lui, se souvenait d’elle rapidement - cette petite fouine. C’était triste oui, mais Devos ne savait jamais s’exprimer face à de la peine.

Ne t'inquiète pas pour moi, va. Si je n'en peux plus, je te le dirais. Le bruit de l’eau se faisait entendre désormais et bientôt, la lumière du soleil fit étincelait la rivière. Tu sais, j’étais un poids, moi aussi. Et un sacré fardeau en plus de ça. Il pointa de sa béquille en bois la direction à prendre, pour remonter et se diriger vers les chutes.

J’étais allé explorer des ruines, à quelques kilomètres du campement des jeunes. Tennessee m'avait montré l’endroit une fois et comme je connaissais le chemin, je m’étais dit : pourquoi pas. Je commençais à peine à trouver quelques bricoles intéressantes quand le vent s’est levé. Et alors que je cherchais la bonne direction pour aller me réfugier, la tempête à éclater. Il avançait tout en racontant son histoire, évitant des passages un peu trop risqués pour lui. Soudain, j’ai aperçu une gamine et un éclair s’est abattu sur un arbre qui allait lui tomber dessus. Tout s’est joué sur ce moment. Je l’ai attrapé pour qu’elle ne se fasse pas prendre par l’arbre en feu et… Il se mit à rire. Je suis tombé comme un con. Mon sac plein de ferraille, j’me suis tout pris dans la chute. Mais je crois que le plus drôle c’est que la gamine en question… Il s’autorisa à lancer un regard à Murphy. C’est que c’était Charlie, Charlie Solomons. Elle faisait partie des cents qu’on a envoyés sur terre, tu sais. Quand elle était petite, j’ai dû la garder plusieurs fois. Et elle m’a sauvé. Elle m’a traîné jusqu’à une grotte, aidé à immobiliser ma jambe et accompagner ensuite jusqu’au campement le plus proche… Et je suis resté là-bas. Immobile et inutile… Il soupire, plantant férocement sa béquille pour remonter une petite pente. Ce chemin-là n’allait pas être une partie de plaisir, il le savait.

Tu sais, je suis tellement en colère. Contre moi-même, contre cette foutue planète, contre cette cheville… mais là-haut, mon grand-père disait souvent… Il était obligé de le dire en italien d’abord, afin de pouvoir le traduire : Ci sono sacrifici che non possiamo sfuggire. Il y a des sacrifices auxquels on ne peut échapper. Ce qui est arrivé, je ne peux pas le changer. Et toi non plus. C'est ainsi.




avatar
06/12/2015 Lux Aeterna Nuna Cortez 36181 Sophia Bush Lux Aeterna (vava & sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 1336


Sujet: Re: The world turns too fast (Devos)
Lun 28 Mai - 0:52



❝ The world turns too fast ❞
Murphy Cavendish & Devos Acciaro
(25 février 2118)


La randonnée était déjà bien enclenchée. A mesure qu'ils s'éloignaient du village, Murphy perdait peu à peu ses repères, majoritairement forgés pendant ses inlassables patrouilles. Elle avait l'avantage de bien s'orienter et ne perdait pas encore ses directions. Elle suivait Devos et était rassurée à l'idée qu'ils se dirigeaient bien vers le nord-ouest, comme indiqué par son ami. C'était son rythme qu'elle suivait, posant régulièrement un regard discret mais inquiet sur sa canne et la jambe blessée qu'il traînait tant bien que mal avec lui. A mesure que le temps défilait, Murphy commençait à douter du bien-fondé de cette excursion. L'immobilité frustrait mais pour survivre dans ce monde, elle était parfois la seule solution. Elle commençait à regretter d'avoir accepté d'accompagner Devos dans une telle folie. Peu importe les raisons qui pouvaient le pousser à quitter le village, elles ne pouvaient être suffisantes pour justifier de telles douleurs et toutes le mal que l'exercice pouvait donner à la cicatrisation en cours. Mais elle connaissait Devos et le savait aussi déterminé et actif qu'elle. Elle pouvait aisément imaginer que si ça n'avait pas été elle qui avait été à ses côtés, il aurait trouvé quelqu'un d'autre pour le faire. Certainement Chris, d'ailleurs, et cette idée la fit trop serrer la mâchoire pour qu'elle ne s'en rende pas compte. Heureusement, Devos, lui, arrivait à la rappeler au moment présent et à laisser ses idées s'évader. « Oh ! Dans ce cas tu devrais peut-être... si tu la perds, comme ça, on te la ramènera. » Ils savaient pourtant l'un comme l'autre qu'étant donnée l'affection réciproque qui existait entre Devos et sa béquille maladroite, ce scénario ne risquait pas de se produire. Avec un sourire mutin, elle ajouta : « Je sais un peu sculpter le bois, tu sais... » La proposition était à peine masquée, mais elle se gardait bien de faire référence à son propre prénom gravé quelque part dans la roche, derrière une cascade. Elle avait bien découpé une petite étoile dans du bois pour Aliénor... La proposition n'était donc pas tout à fait une plaisanterie. Elle était prête à pousser la blague jusqu'au bout. « En sois pas si convaincu. On a pas le monopole des conduits d'aération, tu sais », lâcha-t-elle de ce sérieux qui troublait ceux qui ne la connaissaient pas ou pas suffisamment bien. Avec ce que les animaux avaient pris comme radiation ces dernières décennies, il était plutôt aisé de s'imaginer certains d'entre eux capables d'organiser un système d'aération dans un environnement défavorable pour éviter l'anoxie et l'asphyxie - l'environnement favorable se trouvant être feu la tignasse de Devos. Ou en tout cas, c'était plutôt marrant. Devos avait peut-être contraint des familles entières à se délocaliser pour survivre. En était-il seulement conscient ? Ces idées saugrenues en tête, Murphy souriait en observant autour d'elle, un peu plus détendue que lorsqu'ils avaient pris la route. Elle tenait toujours fermement son arc et ne perdait pas de vue les possibles complications qui pouvaient surgir de n'importe où et n'importe quand, mais d'avoir Devos à ses côtés parvenait à lui faire apercevoir les bons côtés de cette échappée belle.

« Je parle pour maintenant, aussi. » Elle lui jeta un bref regard, consciente qu'il devait s'agir d'un sujet sensible pour l'homme hyperactif. Etre contraint au calme, même lorsqu'il promettait un rétablissement, n'était pas toujours simple. Son crâne et elle en avaient fait les frais l'hiver précédent. La raison poussait à rester tranquille mais le corps et le cœur s'ennuyaient de ce qui les nourrissait. La raison ne pouvait pas gagner à tous les coups, mais Murphy la rappellerait à lui tant que nécessaire pour qu'il ne pousse pas les limites trop loin. Pourtant, le silence qui suivit sa question suivant n'allait pas en la rassurant. Ce n'était que le début, voilà ce qu'il lui annonçait. Le retour serait plus laborieux, d'abord parce que la fatigue se serait déjà pas mal accumulée, mais aussi et surtout à cause de ce poids nouveau dont ils allaient s'alourdir. Rien d'infaisable ? Murphy ne put retenir un soupir plaintif. Quand on disait que ce n'était pas infaisable, c'était pour minimiser l'impression que l'on pouvait avoir que ça l'était. Elle ne savait plus trop quelle machine imaginer, mais elle se demandait comment il avait pu la gérer seul. Peut-être qu'elle se faisait des idées et qu'elle était tout à fait gérable. C'est sa réflexion qui les poussa tous les deux à l'arrêt et ses prunelles claires se levèrent vers Devos alors qu'il apportait quelques précisions plus disposées à sa compréhension, un sourire aux lèvres. « Bon », concéda-t-elle, rassurée d'avoir confirmation qu'ils ne faisaient pas le trajet pour rien, « tant mieux, alors. On a besoin de ça. Et puis ça t'occupera, le temps de guérir. » Ses fossettes se creusèrent dans une expression protectrice, presque maternelle. Pour le voir sourire comme ça, Murphy était prête à faire le double de trajet. Les sourires devenaient trop rares par chez eux.

La question de Devos claqua violemment dans l'atmosphère paisible de la forêt. Arrêtée en plein vol, Murphy demeurait immobile, le regard perdu dans le vague, l'esprit submergé par les souvenirs qui lui revenaient. Comment pouvait-on décrire pareille horreur ? Pendant ces heures interminables, elle avait été à l'un des endroits les moins touchés à sa connaissance. Pourtant, ce n'était pas sa chance et leur chance qui lui revenaient à l'esprit. C'était son inutilité, sa fuite inappropriée, c'était les aveux malheureux d'Elias, c'était le retour chez eux, l'étendue des dégâts, et puis l'arrivée de Thaïs, l'infirmerie, le regard de Nadja, et celui de la jeune fille, qu'elle ne verrait plus jamais briller. Son regard se leva vers Devos, qui s'était approché d'elle alors qu'elle avait essayé de mettre des mots sur ce qu'elle avait vécu. « C'est Antarès qui a paniqué. Il a pris la fuite. » Le ton était froid. Elle ne pouvait pas en vouloir à son jeune ami, mais elle ne pouvait s'empêcher de se dire que sans lui, elle aurait été aux côtés des siens dans une de leurs plus éprouvantes épreuves. Le chien avait toujours su faire preuve de calme, bien plus que beaucoup d'humains, mais cette seule fois avait suffi à faire réaliser à Murphy qu'il ne pèserait jamais tous les enjeux d'une décision avant de se laisser porter par son instinct. Son instinct, ce jour-là, l'avait poussé à quitter le village pour trouver refuge dans la forêt. Murphy l'avait suivi trop longtemps, avait même désespéré de le trouver, au point où elle avait commencé à se préparer à devoir lui faire ses adieux. Mais tout le reste du temps, aux côtés d'Elias, elle n'avait eu de cesse de penser à ceux qu'elle avait laissés derrière elle, au village.

Et Thaïs. Elle ferma les yeux une seconde, haletante sous l'émotion. Peut-être qu'elle avait encore quelques larmes enfouies là-dessous, en fait, mais elle ne comptait pas tester cette théorie. « Elle avait encore toute la vie devant elle. » Moi, non. Il n'y avait aucune logique dans le hasard. Il n'y avait aucune justice non plus. Murphy l'avait compris depuis longtemps, mais le hasard avait ça de rassurant qu'il pouvait frapper aussi rarement que régulièrement. Après toutes les pertes qui avaient été les siennes, la militaire avait espéré qu'il se serait lassé de la voir déplorer ses morts. Le hasard était vicieux. Pourtant, dans un grand sourire, elle reprit les rennes et la marche. Le récit de Devos fut plus détaillé que le sien et elle l'écouta religieusement, craignant de découvrir qu'encore plus de malheurs s'étaient produits pendant ces quelques heures apocalyptiques. « Je la connais pas, cette gamine », répondit-elle finalement. @Charlie Solomons, elle la chercherait, la trouverait, et la gratifierait de tous les remerciements que lui valait la survie de Devos. « J'ai vu l'état de leur camp. C'est une ruine... » soupira-t-elle, peinée rien qu'en se remémorant la vision de leur campement vu du dessus, du haut des collines où elle avait retrouvé Isdès pour lui annoncer la fatale nouvelle. Murphy commençait à entendre le chant de la rivière, qui coulait non loin de là. Elle aimait sa proximité, y trouvait un repère que l'immensité homogène de la forêt n'offrait pas. « Sois pas en colère contre toi... t'es un cerveau comme il en existe pas beaucoup. Moi j'ai merdé à mon propre rôle. Je suis faite pour défendre et protéger, j'ai même pas été foutue de protéger mon chien et de me protéger moi-même. » Elle soupira tristement alors que le soleil laissait entrevoir l'éclat de sa réflexion sur la surface de l'eau, au-delà d'une barrière d'arbres. « Et cherche pas à te venger de ta cheville parce que tu lui en veux. Vous avez un objectif commun, celui de marcher correctement à nouveau. Plus tu la brusqueras... » Elle ne finit pas sa phrase, persuadée qu'elle s'était fait comprendre, et se contenta d'un petit sourire entendu, lui tendant la main du haut d'une petite butte pour l'aider à la gravir. « Je suppose que ton grand-père avait raison. Ça me fait juste peur pour l'avenir. » Elle coupa entre deux arbres et jeta un coup d'oeil par-dessus son épaule pour garder un œil sur Devos. Le soleil filtrait à travers les feuillages, faisant danser ses lueurs blanches sur toutes les surfaces qui lui étaient offertes. Un léger vent apportait à ce début de journée la fraîcheur que Murphy aimait tant dans ces demi-saisons. « Tu sais toujours où on va ? Tu sais pour combien de temps on en a encore ? T'es sûr que ça va ? »

avatar
20/12/2016 ELOW ; ĆIRO + IRINA + JONAS ; 1184 JAI COURTNEY ; ELOW ; INFORMATICIEN ET LIEUTENANT REBELLE / SPECIALISTE EN INTELLIGENCE ARTIFICIELLES, NOTIONS EN MÉCANIQUE ET ELECTRONIQUE, GÉNIE INCOMPRIS ; 82
— Chi cerca, trova —


Sujet: Re: The world turns too fast (Devos)
Mar 29 Mai - 20:41




The world turns too fast.
25 FEVRIER 2118

Devos n’était pas le genre à sortir souvent. Il ne quittait que rarement le campement et le village. Une raison était toujours derrière chacune de ses sorties, comme aujourd’hui. Alors ce continent restait encore un mystère pour lui. Une énigme. Il ne s’était jamais aventuré très loin, jamais sans savoir le chemin du retour ou sans être accompagné. Il avait gardé un œil sur des repères qui ne pourraient pas être détruits par le temps et pourtant, ce chemin lui était aussi inconnu que la première fois. Il ne suivait qu’une direction qui était accompagnée par la rivière, si proche. L’informaticien était plus habitué aux ruines du métro, à ses salles vides et poussiéreuses, à son obscurité et à ses longueurs. Il pouvait facilement s’y retrouver, même sans plan. Du moins, jusqu’à un certain niveau. Il n’avait pas été autorisé de visiter les couloirs tant elles restaient dangereuses. Encore une chose qui n’avait pas figuré sur les listes de priorités. Ce n’était qu’un détail et peut-être qu’une fois débouché, Devos pourrait reprendre les choses en main, mais en attendant il y avait d’autres occupations à trouver. Comme cette aventure dans laquelle il avait embarqué Murphy. Lui et sa cheville blessée, boitant à rythme lent en espérant tenir la journée. Un jeu d’enfant pour un guerrier, sans doute. Pas pour lui. Sa force physique n’était pas liée à des entrainements intensifs aux combats. Oui, il avait commencé quelques cours, avec Gen et Chris, cela ne l’avait pas transformé par miracle. Des années de pratique pourraient faire de lui quelqu’un de capable de protéger et d’attaquer. Des années, pas des mois.

Cette canne en bois l’énervait. Mais pour éviter de trop appuyer sur sa cheville, il en avait besoin. Il y mettait sa force, priant pour qu’elle ne se brise pas. Elle l’accompagnait depuis son retour, allié et en même temps, ennemie. Elle lui rappelait la douleur, elle lui rappelait l’accident. Il brûlera sans doute l’objet une fois qu’il ira mieux, ou qu’il trouvera un substitue plus efficace.

Vraiment ? Murphy, sculpter ? Sans doute maladroitement, ou alors s’était-elle entraîne ses dernières années à travailler le bois durant son temps libre. Pourquoi pas, alors. En regardant sa canne, il imaginait déjà l’inscription que son ami pourrait y faire figurer. Quelque part, c’était rendre ce vulgaire objet trop précieux. Mais si elle voulait le faire, il ne pouvait pas refuser. Il avait confiance en elle et il savait qu’elle s’appliquerait avec joie.

Il n’y a que toi pour imaginer des conduits d’aération dans un monde capillaire. Je crois que personne ne peut égaler ton imagination. Elle était unique Murphy, s’était ce qu’il se disait à chaque fois. Elle voyait des choses qu’il ne parvenait même pas à penser. C’était particulier d’être à ses côtés. D’ailleurs, quand est-ce qu’ils avaient eu l’occasion de passer du temps comme ça, entre eux ? Sans la rébellion, comme sujet de conversation ? Il n’en savait rien. Aucune date ne lui venait à l’esprit. C’était peut-être parfait, finalement, qu’elle soit là pour lui et pas pour les rebelles. Que ce moment soit une parfaite excuse pour mieux la cerner malgré l’impression qu’il avait de la connaitre par cœur.

Il grogna légèrement, signe que sa jambe aller bien et qu’il ne comptait pas se reposer maintenant. Cela faisait trop longtemps qu’il faisait des efforts, trop longtemps qu’il patientait. Il avait son possible pour ne pas sombrer dans l’inutilité la plus totale et il jugeait qu’il était temps désormais de se tester. D’en savoir plus. De comprendre combien de temps de plus il lui resterait. Les calculs se faisaient machinalement dans sa tête et la réponse qu’il avait pour l’instant ne le satisfait pas vraiment. Il devra boiter jusqu’à l’été, peut-être juillet. Et ensuite, la patience devra rester sa meilleure amie car il était hors de question de forcer ou de courir trop longtemps. Il allait sans doute ressentir une gêne jusqu’à l’hiver prochain. Et encore… Sans doute que sa blessure ne sera jamais complètement guérie, un peu comme la cicatrice qu’il possède à l’épaule en souvenir du tremblement de terre et du morceau de l’Odyssée qui lui était tombé dessus. Combien d’heures avait-il passées debout, cette lame métallique planté dans sa chaire, à attendre qu’on vienne à son secours ? Il ne se souvenait plus très bien de ce jour-là, mais la douleur était présente, constante, elle l’électrisait parfois, comme un rappel qu’il n’était qu’un mortel.

Exactement. Ça m’occupera. Même si c’était totalement secondaire. Ce n’était pas pour lui qu’il allait chercher ce semblant de prototype. C’était pour tout le monde, c’était pour les ingénieurs, ceux qui ont foi en la technologie, ceux qui espèrent, ceux qui veulent un peu de bonne nouvelle dans cette nouvelle vie.

Le cyclone avait fait de gros dégât. L’expression sur le visage de Murphy était vide, si éloigné de ce qu’elle affichait d’habitude. C’était pénible d’y repenser. De se remettre dans le contexte. De se souvenir des douleurs qui n’ont pas vraiment disparu. Murphy lança amèrement qu’Antarès avait pris la fuite. L’animal avait sans doute senti le danger. Devos le chercha des yeux, se demandant ce que son amie pouvait bien ressentir. Avait-elle des regrets ? Qu’aurait-elle changé en restant au village ce jour-là ? Ils ne le sauront jamais. Et c’était bien ça, le problème. Il y a des moments qui nous échappent. Il y en a toujours.

Ouais, la tempête a été très dure pour eux. Pour y avoir vécu un temps, il s’était retrouvé au centre même des dégâts. Incapable de donner un coup de main directement, il avait essayé d’épauler Andrew et d’autres quant à la procédure pour tout remettre en place. Ils n’avaient pas forcément besoin de lui, mais Devos ne pouvait pas rester les bras croisés.

Personne n’est parfait, Murphy. Nous les premiers. Ils avaient un rôle et, quelque part, ils avaient un peu échoué à garder cette position. Lui, il aurait dû rester au village et être présent pour faire un constat avant de réparer et d’organiser avec les autres. À la place, il s’était retrouvé la cheville à l’air, allongé les premiers jours pour au final rester assis à côté de Rachel à écouter ses petits secrets culinaires. Aujourd’hui, ils allaient accomplir quelque chose. C’était important, c’était essentiel. Et il y avait peu de chances qu’une autre tempête ne leur tombe dessus. Pas aujourd’hui. Il ne répondit pas à Murphy directement, répondant à son sourire par un autre, avant d’attraper sa main.

La peur, c’est bien. C’est ce qui nous protège. Il s’appuya sur la canne, laissant Murphy prendre un peu les devants et observant la forêt. Il repensa automatiquement à Tennessee. À son poisson défoncé, à ses jambes trempées, ses cheveux en bataille et le petit feu… Il n’y en avait pas deux comme elle. Il se perdit un moment, avant que les questions de Murphy ne le poussent à reprendre la marche. Longeons la rivière et on finira par atteindre les chutes. Il tenta de se souvenir du temps qui s’était écoulé la dernière fois. On en a pour deux, peut-être trois heures. Il se passa la main sur le crâne, pointant la direction à Murphy. Je dirais une quinzaine de kilomètres encore. On n'aura qu'à faire une pause à la moitié du chemin.


avatar
06/12/2015 Lux Aeterna Nuna Cortez 36181 Sophia Bush Lux Aeterna (vava & sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 1336


Sujet: Re: The world turns too fast (Devos)
Ven 1 Juin - 2:33



❝ The world turns too fast ❞
Murphy Cavendish & Devos Acciaro
(25 février 2118)


Elle devait l'avouer, d'accepter d'accompagner Devos à l'extérieur avait quelque chose d'égoïste. Depuis leur réconciliation, les contacts avaient demeuré bien trop sommaires à son goût. Ils avaient d'abord été cordiaux mais avaient gagné en chaleur à mesure des mois. Le cataclysme de novembre avait fini de lui faire réaliser qu'il était temps de passer à autre. Quoi d'autre que des excuses pouvait-elle attendre de lui ? Il lui avait donné tout ce qu'elle attendait. C'était elle qui ne faisait pas l'effort de passer à autre chose, et c'était la tempête qui l'avait contrainte brutalement et sans aucun scrupule à le faire. Cette virée, quelle qu'en soit la raison sous-jacente que Devos ne lui avait pas encore dévoilée, c'était une opportunité tendue sur un plateau d'argent. Il fallait rattraper le temps perdu, créer des souvenirs pour le moment où ce ne serait plus possible. Ces constatations avaient quelque chose du glauque que seule la mort de proches pouvait faire naître chez quelqu'un, mais elles poussaient à prendre du recul sur ses propres valeurs et sur les limites qu'elle s'imposait parfois, enfermée dans des schémas qui la contrôlaient plus qu'elle les contrôlait. Tout était toujours relatif, et c'était bien ce que ce monde et ses malheurs lui avaient appris. Il n'y avait plus vraiment d'échelle de l'absolu. Il fallait adapter son regard aux circonstances, constamment, répondre à l'environnement par une adaptation immédiate. Et s'adapter, ce n'était pas forcément reconnaître les pluies acides en quelques instants pour s'en protéger aussitôt; ce n'était pas forcément savoir chasser ou se défendre des créatures que les bois abritaient. C'était aussi reconsidérer tout ce qu'on avait toujours connu pour ce qu'il était aujourd'hui devenu. Elle l'avait répété à Skylar et à Richard : ne pas perdre de temps, jamais, parce que le temps, lui, finirait forcément par vous perdre. Il était probablement temps pour elle de suivre ses propres conseils.

« Pourquoi ça t'étonne ? Parce que j'ai encore tous mes doigts ? » Un petit sourire en coin, Murphy avait perçu la surprise dans le regard de son ami. « Je promets pas que ça sera parfait, mais y'aura un truc qui ressemblera définitivement à ton prénom », ajouta-t-elle, convaincue, avec un sourcil arqué par l'assurance. L'étoile d'Aliénor pouvait témoigner, si ce n'était d'un véritable don pour la sculpture sur bois, d'au moins un minimum d'aisance. Graver un prénom dans le bois ne pouvait pas être plus compliqué que de le faire dans une paroi rocheuse -et cette fois, il n'y aurait personne pour essayer de l'en empêcher. Sa gorge se serra alors qu'elle se sentait presque revivre ces instants sous la cascade. Non. Il demeurait des choses qui ne pouvaient pas être changées. « Le pouvoir de l'imagination nous rend infinis... » lança-t-elle en haussant fièrement les sourcils, un peu vantarde, un sourire malicieux en coin creusant l'une de ses fossettes. Mais elle dût l'admettre,  « c'est pas de moi. Je sais plus où j'ai lu ça... » Sûrement dans l'un des livres qu'elle avait donnés à Thaïs. Qu'avait put-il devenir, ce livre ? Retourné et arraché par les vents au milieu des décombres ? Ou peut-être avait-il atterri dans les mains d'un autre jeune bibliophile ? Elle haussa les épaules et reprit, un peu plus sérieusement. « Je crois que c'est mon imagination qui m'a fait grimper les échelons, je vais pas m'en plaindre. » Elle l'avait mérité, son grade de lieutenant. Elle avait trimé deux fois plus qu'un homme pour faire ses preuves mais en regardant en arrière, maintenant, Murphy était capable de pointer du doigt ce qui lui avait probablement valu son ascension dans la hiérarchie militaire.

Mais même dans les plaisanteries, Murphy n'oubliait pas l'état de Devos. Si ça avait été le cas, le rythme auquel ils marchaient se chargerait de le lui rappeler. Elle préférait rire de sa situation, se moquer un peu, que d'insister sur ce qu'il devait déjà considérer comme un handicap. Ça ne l'empêchait de s'inquiéter de sa situation et de laisser apparaître quelques signes. Ses questions étaient un brin insistantes mais c'était parce qu'elle redoutait de l'entendre tomber à côté ou derrière elle, qu'elle craignait qu'il constate le réveil de douleurs dans les prochains jours et mois et que cette simple virée ait compromis ses chances de rétablissement. Il pouvait toujours râler dans son coin quand elle insistait; ça ne l'empêchait pas d'envisager ces scénarios. Mais elle savait tout aussi bien que rien ne l'arrêterait, même ses précieux conseils. Il devait probablement serrer des dents, en ce moment, peut-être même plus que ce qu'elle imaginait et redoutait. Elle ne pouvait pas le forcer à s'asseoir; juste lui assurer qu'elle était disposée à le faire s'il en avait besoin.

Du travail, ça lui permettrait d'oublier sa douleur, mais aussi de la déclencher. Si l'inquiétude de cette virée en forêt était le prix à payer pour quelques mois de tranquillité, elle le payait bien volontiers. En attendant, elle devait l'admettre, elle serrait un peu les fesses. Elle redoutait déjà que le corps de Devos réagisse à ces quelques premiers kilomètres. Qu'adviendrait-il de la suite de la randonnée ? « Un Devos sage est un Devos occupé » approuva-t-elle en réajustant la bandoulière de son sac pour qu'il se cale à nouveau dans le creux de ses reins, là où il ne l'embêterait pas.

Mais il y avait encore pire que de s'inquiéter des conséquences de la tempête; il y avait se rappeler à la tempête elle-même.

Les souvenirs de la catastrophe la consumaient encore quand elle les laissait l'envahir. Elle s'efforçait de les laisser de côté, de tenter de reconstruire quelque par dessus, histoire de les ensevelir sous quelque chose de positif. Mais la reconstruction n'annulait jamais totalement l'annihilation. Thaïs ne reviendrait pas. Sa culpabilité ne la quitterait pas. C'était comme ça, et c'était des faits avec lesquels elle devait simplement apprendre à composer. Laisse-la partir. Elle n'y arrivait pas. Les mots d'Isdès semblaient parfois vide de sens, et d'autre fois raisonnaient en elles avec la force d'une montagne qui s'effondrait. Elle devait la laisser partir parce qu'elle avait été incapable de la préserver de ce départ. Immobile, paralysée, le sang de la culpabilité et des remords lui montant aux joues, Murphy repensait à Elias, à Antarès, à ceux qu'elle avait laissés au village, au sang qu'elle avait du laver de ses mains, à la lettre qu'elle avait redonnée à Isdès. C'était encore trop frais. « Et pour elle... » souffla-t-elle malgré elle à sa seule intention, revivant une énième fois les derniers moments de sa jeune amie.

En levant le nez, pourtant, Murphy sut immédiatement qu'ils se retrouvaient. Timidement, ils se tendaient la main. Personne n'aurait été capable d'arrêter cette tempête folle. Personne ne pouvait être partout à la fois non plus, protéger tout le monde, protéger quelqu'un d'autre que soi. On n'anticipe jamais les moments de catastrophe mais ils sont ceux qui restent le plus longtemps à nos côtés. On les traîne comme des boulets. Murphy traînait ces journées infernales comme des boulets dont il semblait impossible de se délester. « J'ai été entraînée pour être parfaite dans mon job, et j'ai même pas été foutue d'être juste à mon job. » Elle soupira. On ne lui ôterait pas l'idée de la tête; elle avait failli à l'un des rôles qui lui tenaient le plus à cœur. Elle n'aurait pas pu changer le cours des choses; juste accompagner les siens, ou juste être aux côtés de Thaïs au moment décisif pour la pousser. Il suffisait parfois d'un détail, d'un geste pour tout changer. Le battement d'une aile de papillon à l'autre bout de la Terre... « Peut-être », répondit-elle, peu convaincue, « mais c'est aussi elle qui nous rend très con et inutile ». Son regard se baissa une seconde vers la main qui serrait la sienne et, malgré la surprise, Murphy se contenta d'apprécier le moment. Elle n'aurait jamais attendu une telle marque d'affection de la part de l'informaticien, mais elle l'acceptait bien volontiers. Et la vérité la frappa de plein fouet : à ce moment précis, perdus au milieu de la forêt, bercés par les clapotis de la rivière un peu plus, ils se réparaient. Maladroitement, progressivement, tendrement, en sortant de leur zone de confort commune et de leurs zones de confort respectives, ils pansaient leurs blessures.

Elle laissa la main de Devos glisser loin de la sienne en prenant les devants, inquiétée par un talus dont la cheville blessée devrait faire l'ascension. En se retournant pour s'assurer qu'il la suivait sans trop de difficultés, Murphy attrapa les conseils cartographiques qu'il lui offrait, jetant un coup d'oeil vers la direction indiquée. « On fait une pause quand tu veux, hein. »
***

« T'es sûr ? Tu m'as dit la moitié du chemin... » Borné. Il était au moins aussi borné qu'elle, putain. En une seconde, Antarès échappa à leur vue et disparût dans les bois, sans doute excité par un bruissement de feuilles qu'il était le seul des trois à avoir la faculté d'entendre.
***

Le silence avait recouvert la forêt. Ils n'entendaient plus que le bruit de leurs pas lents et de leurs souffles qui commençaient à fatiguer, marqués par la distance déjà parcourue. Le bruit de la rivière n'atteignait presque plus Murphy, qui avait eu tout le temps de s'y faire pendant ces quelques heures. Mais il y avait un nouveau parasite sonore qui progressivement s'imposait aux oreilles. « LES CHUTES ! » Le hurlement rauque raisonna alors qu'elle laissait Devos planté là pour courir vers la berge de la rivière pour admirer les petites chutes qui tombaient violemment dans la rivière. Moins impressionnantes et hautes que celles que lui avait présentées Isdès, elles étaient pourtant plus larges, s'étendant d'un rivage de la rivière à l'autre. « J'étais jamais venue jusqu'ici. » Le moment avait quelque chose de fascinant, presque magique, à en faire oublier tous les malheurs qui les avaient conduits jusqu'ici. Les œuvres de ce monde ne cesseraient jamais de l'émerveiller. « Alors, on est pas loin ? » Son regard ne quittait pas les chutes, ébloui par le spectacle, et sans qu'elle s'en rende compte, ses traits s'étaient progressivement apaisés, révélant tout le pouvoir qu'avait le lieu sur son être.

avatar
20/12/2016 ELOW ; ĆIRO + IRINA + JONAS ; 1184 JAI COURTNEY ; ELOW ; INFORMATICIEN ET LIEUTENANT REBELLE / SPECIALISTE EN INTELLIGENCE ARTIFICIELLES, NOTIONS EN MÉCANIQUE ET ELECTRONIQUE, GÉNIE INCOMPRIS ; 82
— Chi cerca, trova —


Sujet: Re: The world turns too fast (Devos)
Dim 3 Juin - 13:44




The world turns too fast.
25 FEVRIER 2118

Ce n’était pas tous les jours qu’il sortait. Mettre ce pied dehors lui demandait autant d’effort physique que mental. Devos n’avait en rien perdu de sa crainte des Terriens et s’il essayait de faire un effort, s’il s’accrochait aux visages qui avaient été doux avec lui, il n’en restait pas moins méfiant. Comme si une ombre planait au-dessus de ses inconnus, une ombre imprévisible. Que savait-il d’eux ? Pas grand-chose, trop peu même. Depuis le début, il gardait ses distances. Ce n’était pas à lui de savoir, de comprendre, de partager. Ce n’était pas son rôle, ce n’était pas son objectif. Même avec Murphy à ses côtés, il continuait de craindre le pire. De cette planète, oui, même si ses statistiques ne lui indiquaient pas de nouvelle tempête, mais surtout des Terriens. Ils pouvaient apparaitre du néant, sortir des profondeurs de la forêt et trouver en Murphy et lui des âmes faciles à détruire. Une catastrophe est toujours une option. Un problème peut survenir des plus calmes journées. Devos ne se faisait pas d’illusion quant à la mort qui rodait. Elle observait sa vie dans la plus extrême discrétion pour mieux le faucher. Oui, Devos avait des rêves et des ambitions, mais il avait des craintes aussi. Finalement, peut-être qu’il la connaissait, lui aussi, la paranoïa. Il avait cette sensation qu’une main aller se poser sur son épaule. Une main peu familière.

Pourtant, la présence de son amie métamorphosée la situation. Il faisait moins attention à ce qui l’entourait, sachant qu’elle était à l’affut du moindre problème. Il lui faisait confiance, plaçant sans hésitation sa vie entre ses mains. Si quelque chose devait se produire, elle était là. Plus fort, plus habitué que lui ne le serait jamais. Oh, bien sûr, il n’hésiterait pas à se défendre, même avec sa canne en bois et sa cheville affaibli. Il mettrait tout son poids et toutes ses forces pour la protéger. Quelle que soit la situation, il serait capable de faire quelque chose. Fuir, par contre, n’était pas une possibilité. Devos n’était peut-être pas un guerrier, mais c’était quelqu’un de fier. Quelqu’un qui fait face à ses problèmes.

C’est d’accord. Il marqua une pause, se demandant si au fond, ce petit geste, cette petite inscription qu’elle lui ferait, ne serait pas un signe profond de leur amitié. Comme une promesse scellée dans la matière. Il n’en savait rien. C’était ce genre de petite chose qui le dépassait. Des intentions qui venaient sans doute du cœur. Il se rendait compte aussi, que Murphy ne se limitait pas, elle non plus, au rôle qui lui avait été donné. Elle s’occupait quand cela était nécessaire, développant de nouvelle compétence.

L’espace d’un instant, j’ai cru que tu allais faire de la poésie. Des livres. Il en restait si peu et pourtant, maintenant qu’il y pensait, il avait déjà vu Murphy un bouquin à la main, ou même deux. S’ils réussissaient à trouver un accès à leurs archives, ce serait un monde infini de lectures qui s’ouvriraient de nouveau pour eux. Faire fonctionner une tablette n’était pas si difficile, mais sans des serveurs fonctionnels, ces écrans ne servaient à rien et il restait si peu de choses du vaisseau dans lequel ils avaient grandies. Peut-être, du coup, faudra-t-il reconstruire des imprimantes du Moyen Âge, ou réécrire sur papier ce qui est possible. Devos pouvait parfaitement s’imaginer, plus vieux, à faire du papier à base de copeaux de bois, et écrire avec une plume et du charbon. Une fin de vie douce, paisible et utile. Une fin de vie tranquille, loin du danger. Face à tout problème, Devos trouvait une solution. C’était sa manière à lui d’aider. Il cherchait toujours un plan B, mais ses souvenirs ne lui permettaient pas d’avoir tous les détails de tout ce qu’il avait un jour appris. Alors oui, il avait des idées, mais il n’avait pas toutes les cartes en mains. Il le ressentait et ça le frustrait. Malgré toutes ses connaissances, son cerveau n’était pas un disque dur parfait qui contenait les réponses à toutes les questions. Il avait besoin de savoir, ils en avaient tous besoin. Voilà pourquoi il s’acharnait sur les archives, voilà pourquoi il croyait dur comme fer à ce projet. Que ça soit praticable dans deux ou dix ans, ça ne changeait rien. L’importance, c’est qu’il aille jusqu’au bout.

Une raison de plus pour aller jusqu’à ces cascades, retrouver un projet qu’il avait laissé là, ramener quelque chose pour lui et pour les autres. Il essayait de ne pas s’éparpiller, Devos, mais cela ne l’avait jamais retenu de faire plusieurs choses à la fois. C’était inévitable. C’était quelqu’un d’actif, quelqu’un qui avait toujours un outil entre les mains. Quelqu’un qui réfléchissait vite et qui agissait vite. Ces derniers mois étaient un supplice et les prochains le seraient encore. Aujourd’hui, il avait un peu d’espoir. Il essayait de faire quelque chose, d’avancer. Oui, il avait mal. Son bras tremblait à chaque fois qu’il s’appuyait sur sa canne, preuve qu’il ne supportait déjà plus de devoir se tenir à un morceau de bois. Mais Devos était têtu et coriace. Il n’aimait pas s’arrêter, pas comme ça, pas si rapidement. Il se forçait, parce qu’il voulait y arriver. Il voulait continuer. Cette tempête avait fait assez de dégâts. Chez lui et chez Murphy aussi. Il n’était pas si aveugle que ça, Devos. Il pouvait comprendre qu’elle était triste. Qu’elle avait du mal à tourner la page sur la mort de Thaïs. Ce n’était pas si facile pour les autres et il le savait. Il l’avait observé, lorsqu’ils étaient tous arrivés. Il pouvait l’observer, même maintenant.

Je pense que tu auras l’occasion de prouver que tu es capable de faire ton job correctement, Murphy. Va savoir ce qui nous tombera dessus demain. Murphy avait mal. Comme si quelqu’un s’amusait à glisser un couteau sur sa chair à chaque fois qu’elle repensait à la tempête. Devos ne savait pas ce qu’il pouvait faire ou dire pour calmer ça. Pour empêcher ça, même. Elle avait échoué. Elle n’était pas parvenue à faire son job correctement. Rien ne changerait ou modifierait ce sentiment. Il n’était pas le genre à reprendre toutes ses paroles, trouvant une repartie à chacun de ses propos. Pas Devos. Son regard était sans doute assez expressif à ce moment-là. Il n’avait pas besoin de dire plus. Il n’était pas capable de dire plus, en réalité. Indiquant ensuite la direction, il grogna en guise de réponse. Plus tard. Voilà ce que ça voulait dire.

***

Il ne se souvenait pas que le chemin avait été si difficile. Si compliqué. Il s’était tellement enfouie dans ses pensées ce jour-là, que les détails lui avaient échappé. Tennessee était entré dans sa tête pour ne plus en sortir.

On est plus si loin, continuons. Dit-il, sûr de lui, et plus décidé que jamais à aller jusqu’au bout. Il en était capable. Sa motivation était à son apogée. Son sang bouillonnait et son bras lui brûlait. Sa cheville le titillait légèrement, mais rien d’insurmontable. En revanche, son épaule grimaçait. Il n’avait qu’une hâte : balancer sa canne, poser ses fesses au sol et retirer son sac à dos.

***

Antarès était un chien particulier. Au moins, il ne collait pas trop Devos qui se sentait assoiffé. Ils avaient avancé en silence et dans la tranquillité, parfois éclairer par un soleil qui n’était pas d’humeur à rester dehors. Et alors que Devos s’arrêta pour masser légèrement son poignet, Murphy s’exclama. Ils étaient arrivés. Un brin de force surgit du néant pour le pousser à aller jusqu’au bout. Jusqu’à cette vue, si envahissante et féérique. Ils étaient au plus proches des sources de la rivière. Devos chercha alors automatiquement du regard la masse qu’il avait laissée quelques mois plus tôt.

Là ! Dit-il en s’avançant un peu plus loin, vers un tas qui lui rappelait des souvenirs. La raison pour laquelle il s’était arrêté ici, c’était qu’il n’avait pas encore totalement réfléchi à la manière de faire tenir son prototype à côté des chutes sans que celle-ci ne le dégrade ou l’emporte. Et puisqu’une partie de sa journée avait filé, il avait décidé de tout laisser là et d’y revenir plus tard. Une fois qu’il ferait plus chaud, qu’il aurait plus de temps. Sans attendre Murphy, il planta ses genoux à terre et commença à retirer le plus gros : des branches et de la neige. Il n’y avait aucun doute : quelque chose était enterré là-dessous. Il s’arrêta donc, décidant de s’asseoir et de retirer son sac à dos.

On peut prendre une pause, maintenant. Un sourire apparut sur son visage.


avatar
06/12/2015 Lux Aeterna Nuna Cortez 36181 Sophia Bush Lux Aeterna (vava & sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 1336


Sujet: Re: The world turns too fast (Devos)
Sam 9 Juin - 20:58



❝ The world turns too fast ❞
Murphy Cavendish & Devos Acciaro
(25 février 2118)


Cette randonnée commençait à se présenter plus contrastée qu'elle l'aurait deviné. Il ne s'agissait plus seulement d'accomplir la mission pour laquelle elle avait été réquisitionnée ou de retrouver un ami, il s'agissait aussi d'aborder, bien malgré elle, des tranches d'un passé qu'elle aurait préféré laisser au passé. C'était encore tout frais, mais elle aurait préféré que le temps ait déjà pu creuser un gouffre entre celle qu'elle avait été autrefois et celle qu'elle était maintenant. C'était parfois plus facile d'imaginer avoir été une autre personne entièrement; ça aider à se pardonner, parce que l'on pouvait blâmer quelqu'un que l'on n'était plus. Elle n'était pas irrationnelle, pourtant : elle savait qu'elle n'était dotée d'aucune sorte de superpouvoir lui donnant la capacité de se dupliquer. Elle n'aurait jamais pu être chez les Cents, à moins d'un hasard plus que bienheureux. Elle n'aurait pas pu sauver Thaïs. Elle n'aurait pas non plus pu être à ses côtés au moment où sa vie avait basculé, à la seconde où un objet était venu sceller son sort. Sa place avait été chez les siens -aurait du l'être, chez les siens. Mais même ça, elle en avait été incapable. Ce n'était pas qu'elle était persuadée que sa présence aurait changé le cours des choses. Murphy n'était pas stupide. Mais son absence avait témoigné de son incapacité à gérer l'adversité. Elle s'était entraînée, même là-haut, pour faire face à n'importe quelle épreuve. Ici, bien sûr, la teneur des revers à affronter était toute autre. Il ne s'agissait plus seulement de l’ingérence de quelques brebis égarées qu'il fallait ramener au troupeau. Il s'agissait d'éléments sur lesquels on ne possédait aucune sorte de maîtrise ou de moyens de prédiction. Pourtant, même pour ça, elle devait être préparée. Même pour ça, elle avait fait en sorte de l'être. « J'espère que j'aurai jamais à le prouver... » souffla-t-elle avec un petit sourire triste. Si on lui donnait une autre façon de se prouver, alors c'est qu'on leur donnait à tous une autre épreuve à affronter. Et pourtant, silencieusement et non sans culpabilité, une part égoïste d'elle n'attendait que ça. Elle voulait prouver au monde qu'elle était débrouillarde et téméraire, qu'il n'était pas dans ses habitudes de fuir la détresse. Elle voulait peut-être se prouver par tous les moyens possibles qu'elle ne pouvait pas sauver le monde, aussi, et que sauver Thaïs n'avait jamais été dans ses capacités. Quoi de plus confortant dans cette idée que de donner un sens à ses incapacités ? Il fallait les contrebalancer avec leurs opposés. Murphy était capable, aussi. Et de se le prouver serait sans doute le début d'une acceptation, d'un pardon accordé à elle-même. Mais, de toute façon, encore une fois, ici... rien ne dépendait de leur bon vouloir.

***

C'est le bruit des eaux violentes qui trahit le premier la proximité des chutes. L'humidité de l'atmosphère fut la seconde. C'est en s'arrêtant pour leur faire face, à quelques dizaines de mètres de là, que Murphy réalisa tous les kilomètres qu'elle avait dans les pattes. Pendant quelques instants, pourtant, elle ne s'inquiéta pas de l'état de Devos, qui était resté derrière elle. Il avait refusé la pause malgré l'insistance de la brune et borné comme elle le connaissait, Murphy avait fini par comprendre que seul le fait d'atteindre leur destination serait capable de le convaincre de laisser reposer sa cheville. Non, pendant de longues secondes, elle se laissait submerger par la beauté de l'endroit. C'était pour ce genre de moments et de visions qu'elle accordait au hasard de ce monde tous les pardons. La planète lui avait volé parmi les êtres les plus importants à son cœur, mais elle trouverait toujours un moyen d'y garder sa place. Les montagnes, l'océan, les grands lacs, les beautés resplendissantes cachées au cœur de cavernes sombres; il y avait de ces somptuosités qui rappelaient que du hasard naissait le plus sombre et le plus lumineux, toutes les nuances de gris allant du blanc au noir. Et parfois il y avait besoin d'un peu de clarté pour contraster avec son antagoniste et rappeler son existence.

Au bout de quelques instants, les prunelles de Murphy cherchèrent Devos. Il n'était pas à ses côtés. Avait-il si peu d'intérêt pour ce paysage ou avait-il été retenu en arrière par un douleur ou un accident ? Elle se retourna, inquiète, pour retrouver la fraîcheur des sous-bois. « Devos ? » appela-t-elle, alerte. « T'es où, l'estropié ? » C'est Antarès qui répondit, se jetant sur elle avec les babines ensanglantées, en profitant pour tacher son jean d'un peu de l'hémoglobine de sa victime. Murphy n'était plus réellement surprise ou dégoûtée. La chasse faisait partie intégrante de son chien. Au sang, elle s'était habituée. Il savait se faire pardonner en ramenant régulièrement de quoi manger. Avec lui, elle avait perdu l'habitude de s'inquiéter de ses réserves alimentaires lorsqu'elle partait une ou plusieurs journées à l'aventure. Il représentait un garde-manger intarissable. Pourtant, à ce moment précis, Murphy avait bien compris qu'il s'était autorisé un repas. La chasse pour le sport, la chasse pour satisfaire sa maîtresse, c'était seulement lorsqu'il avait la panse bien remplie. La patrouilleuse s'accroupit quelques instants pour lui offrir quelques cajoleries et releva le nez en entendant la voix de Devos. Elle se releva, laissant tout loisir à Antarès de la suivre s'il n'avait pas meilleur endroit où aller, et finit par tomber sur Devos, agenouillé dans la neige, déjà délesté de son sac. « Ah bah, il était temps ! » Elle le rabrouait mais ne pouvait retenir sa satisfaction d'enfin le voir s'accorder et accorder à sa cheville un peu de répit. En s'approchant de lui, elle laissa à son tour son arc par terre, dans la neige à moitié fondue, et n'ôta son propre sac qu'en arrivant aux côtés de son ami. « Je suppose que c'est là ? » Du menton, elle désigna la parcelle devant eux, qui semblait déjà avoir profité d'un peu de ménage. Accroupie, accoudée à ses cuisses, Murphy évaluait l'ampleur du travail. « On creuse à la main ? En plus d'être lourd, c'est gros, ton truc ? » Un haussement de sourcil amusé laissa comprendre qu'elle avait entendu la double consonance de sa question. « Je veux dire, ton machin... de scientifique, là. » Du coin de l’œil, elle vit Antarès les rejoindre. Son regard se posa sur ce qu'il déposa entre les deux amis, dans la couche de neige à moitié fondue par les rayons solaires incisifs de cette belle journée. Un lapin. En quête de réaction, elle leva le nez vers Devos. Lui qui n'était pas encore tombé sous le charme indéniable de son ami à quatre pattes devait probablement exécrer cet instant sanguinolent, mais il ne pouvait qu'admettre le luxe que représentait la compagnie d'un chasseur tel qu'Antarès. « On commence par manger, ou par fouiller ? Antarès a déjà donné son avis... » Sans attendre sa réponse, elle se releva, les mains sur les hanches, et chercha du regard du bois mort, le plus sec possible, pour préparer un feu et la cuisson du pauvre animal. « Un pique-nique en face des chutes d'eau, ça te dit ? Ça nous donnera presque l'impression de juste profiter. » La voilà, sa réponse à elle. Deux contre un, n'est-ce pas ? La majorité était déjà atteinte.

avatar
20/12/2016 ELOW ; ĆIRO + IRINA + JONAS ; 1184 JAI COURTNEY ; ELOW ; INFORMATICIEN ET LIEUTENANT REBELLE / SPECIALISTE EN INTELLIGENCE ARTIFICIELLES, NOTIONS EN MÉCANIQUE ET ELECTRONIQUE, GÉNIE INCOMPRIS ; 82
— Chi cerca, trova —


Sujet: Re: The world turns too fast (Devos)
Mar 19 Juin - 20:14




The world turns too fast.
25 FEVRIER 2118

Chaque fois qu'il était dehors, Devos essayait de capturer du regard les choses qui l’intriguait. Avec le temps, il s’était créé son propre jeu, mais n’avait pas vraiment eu l’occasion ou la volonté de sortir de sa zone de confort. Il était bien, lui, entre quatre murs. Il n’avait rien à envier aux autres et encore moins le danger qui lui tombait dessus à chaque fois qu’il sortait du village. Aujourd’hui, il y avait Murphy à ses côtés et sans elle, Devos aurait sans doute repoussé sa sortie. De quelques semaines, histoires d’attendre que sa cheville puisse supporter sa solitude. Sans Murphy, il n’aurait rien fait. Elle était sa sécurité. Le détail de la journée qui le mettait en confiance et qui le rassurer. C’est drôle de voir la manière dont il tenait à elle, alors qu’il fut une époque où il l’ignorait volontiers. Tout était si différent, alors qu’aucun d’eux n’avait fait plus pour être si proche. Cela s’était fait naturellement. Le temps avait joué, oui, mais aussi leurs façons de se parler, de s’ouvrir, de se comprendre. Ils ne se ressemblaient pas, c’était une certitude. Mais ils s’écoutaient. Ils prenaient le temps d’accepter les différences pour mieux se rapprocher et ça, c’était une force. C’était un lien que Devos allait finir par chérir ouvertement. Finalement, ils n’étaient plus tellement que des rebelles prêts à tout pour renverser le pouvoir. Ils étaient devenus des amis. Le terme, peut-être, était même un peu étrange pour représenter ce qu’ils étaient l’un pour l’autre, mais il avait la capacité de prouver qu’il tenait à elle, qu’il lui faisait confiance et qu’il croyait en ce qu’elle était. Peu importe ce qui était arrivé pendant la tempête et les conséquences qui ont suivi, car Murphy restait identique à ses yeux. Tristes oui, et peut-être en colère aussi. Contre elle-même, comme lui. Finalement, même si les douleurs étaient différentes, ils en étaient au même point : à s’en vouloir de ne pas avoir mieux géré les choses.

Utiliser le mot « jamais », ce n'était se voiler la face. Mais Devos n’en tenu pas rigueur et tâcha de lâcher un soupir compréhensif. En effet, mieux valait imaginer un lendemain calme et sans souci, qu’une nouvelle tempête. Assez de malheur avait secoué leur quotidien comme ça. C’était bien suffisant. Il savait cependant son amie capable de se pardonner, d’aller de l’avant et de se préparer à toute éventualité. Parce qu’ils n’avaient aucun contrôle sur ce monde, sur cette vie. C’était cet instant précis qui étaient acquis, pas la suivante. Il n’avait pas peur de ce qui arriverait plus tard, parce que Murphy était capable. Parce qu’elle était plus forte que lui, déjà, et plus compétente dans ce genre de situation. Il n’échangerait sa place pour rien au monde, mais la terre pourrait bien se moquer de lui et le mettre à sa place. Qu’aurait-il fait, face à la mort ? Il n’en avait aucune idée et préféra tout de suite se concentrer sur cette marche plutôt que sur une possibilité trop amère.

***

Il y avait du bon à s’arrêter. D’une part, pour reprendre de l’énergie. D’une autre, sa cheville allait pouvoir se reposer. Il pouvait déjà sentir la pression s’envoler et la gêne disparaitre. Naturellement, il se pencha aussitôt vers son pied pour masser un peu et vérifier que ça n’avait pas gonflé. Il n’observait pas de différence, outre la température et l’impression d’avoir un poids qu’il trainait à chacun de ses mouvements. Cette fois, il pouvait prendre une prendre. Ils pouvaient la prendre ensemble. Il savait que le retour serait encore plus compliqué, alors il préférait ne pas ralentir la cadence. Aussi, il y avait quelque chose de serein à voir et entendre ces chutes. Devos se sentait plus calme, à chaque fois. C’était peut-être pour ça qu’il avait foncé vers l’eau pour l’électricité. Ce qui peut être assez drôle, quand on y pense. Mais c’était une source possible, tout comme ils utilisaient la salle de gym et l'effort physique humain dans l’Odyssée. Tout élément possède sa charge électrique, à eux de se débrouiller pour la capturer et l’utiliser. Mais après ce qui s’était produit, il semblait évident aujourd’hui qu’une éolienne serait bien mieux capable d’ajouter un semblant de source pour tout le village. Devos s’était concentré sur une option individuelle. Un dispositif qui se nourrirait peut-être, aussi, de la pluie et de la rivière, mais il est vrai que l’hiver risquerait de mettre un frein à chaque fois, alors que le vent… Voilà pourquoi il était là et même si Murphy ne saisissait pas tout, elle participait à ce qui pouvait être une très belle avancée pour eux tous. Pour leur communauté.

Oui. Dit-il, un peu trop souriant. Il était de bonne humeur, heureux que tout ne soit pas perdu. Heureux de ne pas avoir fait tout ce trajet pour rien. Je l’ai pas enterré six pieds sous terre, mais j’ai quand même pris ça… Il attrapa son sac pour en sortir une petite pèle. La même avec laquelle il avait creusé ici, quelques mois plus tôt. Ça va aller vite, ne t’inquiète pas. Et ce n’est pas si gros. Il tâcha de plonger dans ses souvenirs pour indiquer, avec ses deux mains, la taille de la mallette. Quelque chose comme cinquante centimètres, sur quarante avec une hauteur entre vingt et trente, il ne se souvient plus vraiment. Quelque chose comme ça. Ce n’est pas trop gros, mais assez conséquent tout de même. Le plus compliqué, c’était le poids.

Il fait souvent ça ? Dit-il, un peu perturbé par le lapin mort sous ses yeux, posé sur la neige brillante. Il fronça les sourcils, se demandant comment faire cuire ce truc. Clairement, ce n’était pas dans ses compétences. Mangeons avant, reprenons des forces. Il leva les yeux vers le ciel, en quête d’indication. Ils avaient encore une bonne partie de la journée devant eux, malgré le retard de sa marche. Ils étaient tranquilles, vraiment.

Chris dirait que c’est romantique, un pique-nique. Il observa les chutes puis Murphy qui cherchait du bois, sans doute. Tu veux que je fasse quelque chose pour t’aider ? Il se gratta le crâne se demandant comment avait fait Tennessee pour allumer un feu, la dernière fois.



avatar
06/12/2015 Lux Aeterna Nuna Cortez 36181 Sophia Bush Lux Aeterna (vava & sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 1336


Sujet: Re: The world turns too fast (Devos)
Lun 25 Juin - 3:24

❝ The world turns too fast ❞
Murphy Cavendish & Devos Acciaro
(25 février 2118)


On ne pouvait pas dire que la marche avait été reposante, mais pour autant elle avait été d'un calme serein, au point même où Murphy s'était surprise à plusieurs reprises à avoir perdu de son attention prudente, les yeux un peu trop perdus dans la vague pour chercher une quelconque source de danger avec la vivacité qui la caractérisait d'habitude. C'était peut-être la présence d'Antarès, courant dans un rayon délimité autour du duo, qui l'avait laissée s'autoriser à se perdre un peu dans ses pensées; ou bien peut-être était-ce celle de Devos qui la rassurait. A l'extérieur et spécialement parce qu'elle faisait partie du corps protecteur des Odysséens, Murphy n'avait pas le droit à l'erreur; jamais. Elle ne se faisait pas d'illusions : ce n'était pas au nom de leur amitié que Devos l'avait choisir ce jour-là pour l'accompagner. Il avait besoin de quelqu'un qui savait manier une arme et avait quelques connaissances de l'extérieur. Chris avait peut-être déjà refusé l'offre, qui savait ? Avant tout le reste, elle était là parce qu'elle était militaire, garde, patrouilleuse, armée, expérimentée. Si elle marchait aux côtés de Devos ce jour-là, c'était bien parce qu'elle était un peu de tout ça à la fois. Et avec lui à ses côtés venait le double de responsabilités. De sa vigilance ne dépendait plus seulement sa propre sécurité mais aussi celle de son compagnon de route. Alors cette quiétude qui l'avait accompagnée pendant ces quelques heures de marche ne parvenaient pas vraiment à se justifier. La tension avec laquelle elle avait quitté le village l'avait délaissée progressivement. C'était peut-être l'air vivifiant de l'hiver et les retrouvailles avec cette forêt qu'elle avait laissée derrière elle depuis la venue des premières neiges qui lui rappelait simplement à quel point elle aimait fouler ce sol-là, qu'il soit détrempé, terreux, sec, boueux, couvert de mousses ou couvert de neige. Elle retrouvait une liberté qui lui faisait oublier tout ce qui pouvait se cacher de pire entre les arbres.

Et heureusement, aucun danger ne se profila pendant ces longues heures de marche. Seule inquiétude qui demeurait à l'esprit de Murphy : l'état de la cheville de Devos et de Devos lui-même. Elle aurait pu jurer à plusieurs reprises l'entendre pousser quelques râles de douleur, mais lorsqu'elle jetait un coup d'oeil à l'informaticien, celui-ci restait de marbre, soit parce qu'il décidait de lui cacher sa douleur, soit parce qu'elle avait rêvé ces plaintes. La nature pouvait jouer de drôles d'illusions aux oreilles encore peu expérimentées d'elle. Après avoir un peu trop insisté auprès de Devos, elle avait fini par préférer se rassurer avec cette idée là. C'était juste la forêt qui chantait de drôles d'air.

L'arrivée à la cascade fut donc appréciée à sa juste valeur; pour le paysage qui s'offrait à leur vue, pour la pause qu'elle impliquait, mais aussi et surtout pour le repos que la cheville de Devos s'apprêtait enfin à s'accorder. Murphy resta silencieuse quelques instants devant la cascade qui tombait à une dizaine de mètres devant elle, puis se réveilla pour se renfoncer un peu parmi les arbres et retrouver Devos. Elle le retrouva assis dans la neige face à un terrain qu'il avait déjà commencé à dévoiler. La neige sale, mélangée à de la terre sous-jacente, s'était amoncelée autour de la petite parcelle dégagée. Le scientifique était installé à côté, tout sourire, quand Murphy le trouva enfin. Il dégaina une petite pelle sous ses yeux ébahis et un sourire rassuré, avant qu'elle ne se plaigne. « Et moi je fais quoi, je regarde ? » Il évalua de quelques gestes des mains les dimensions de l'objet qu'ils étaient venus chercher. C'était le poids qu'il fallait redouter plus que les dimensions. Super. Antarès coupa court aux discussions techniques en apportant à la fois son avis sur le programme des prochaines minutes et une viande prête à être cuisinée -ou presque. Murphy posa sur son compagnon à quatre pattes un regard tendre alors que Devos l'interrogeait, sans doute interloqué par le comportement du chien. « Oui, c'est un chasseur. Comment tu crois que je ramène souvent de la viande au village ? » Elle s'avança vers l'animal et s'accroupit devant lui pour le féliciter de quelques cajoleries. « Je suis devenue subitement bonne chasseuse au moment où Antarès est entrée dans ma vie. Coincidence ? » Elle jeta un coup d'oeil par-dessus son épaule. « Sage décision » le félicita-t-elle avec un sourire taquin, comme s'il y avait eu une bonne et une mauvaise réponse possibles. « Je vais préparer la viande. » Elle flatta l'encolure de leur compagnon chasseur une nouvelle fois avant de se redresser et de retourner près de la rivière, à terrain découvert, là où il serait plus facile de faire un feu. Elle posa le lapin à terre et son regard tomba sur Devos, resté un peu plus loin, entre les arbres. « Chris dit beaucoup de conneries » lâcha-t-elle abruptement en posant violemment ses mains sur ses hanches, presque comme si elle se tenait face à l'accusé. Il n'était jamais très loin, ce crétin, et encore moins quand Devos était là. Dur de rester loin de lui face à quelqu'un qui le vénérait comme c'était le cas de Devos. « Et surtout, tout est romantique pour lui. Tu peux le traiter de tous les noms ou faire tes besoins devant lui, tant que t'as des seins, c'est romantique. » Elle pesta un instant dans son coin avant de se forcer à respirer pour reprendre son calme. Elle se décida à s'afférer au bord du rivage pour trouver quelques pierres, de quoi commencer à construire ce qui deviendrait leur feu de camp pour leur pause. « Oh, heu... » Elle leva le nez de ce qu'elle avait préparé, soufflant sur une mèche de cheveux agaçante. « Tu sais faire un feu ? » Elle cala finalement la dernière pierre pour former le cercle de protection et se redressa. « Il faut du bois sec. Si tu peux faire ça, je m'occupe de la cuisine ? » Elle laissa son regard voguer jusqu'au lapin posé dans la neige. Ce n'était jamais une partie de plaisir de s'occuper de ça, mais l'aisance venait en pratiquant. Et pratiquer, ça, elle avait fait, et chaque fois en pensant à celle qui lui avait tout appris. « Sinon, tu peux aller nous chercher à boire... » Elle se laissa tomber à genoux dans la neige à moitié fondue par le soleil d'hiver et dégaina son couteau préféré pour commencer par dépecer l'animal, puis lui ouvrir le ventre pour l'éviscérer. La fourrure fut placée soigneusement dans la neige pour la conserver au mieux, le temps qu'ils rentrent auprès des tanneurs, et les organes jetés du côté de la rivière, laissant derrière eux quelques taches et traînées de sang.

Contenu sponsorisé



 

The world turns too fast (Devos)

Page 1 sur 2Aller à la page : 1, 2  Suivant

 Sujets similaires

-
» 6 Worst Fast-Food Burgers (and What You Should Eat Instead!)
» CNN: Food prices rising across the world
» Vente Elysien Forge World (GI)
» Rock My World
» Forge World

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
The Hundred :: place of death :: La forêt profonde-