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˜˜˜˜˜˜The world turns too fast (Devos)
maybe life should be about more than just surviving


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06/12/2015 Lux Aeterna Nope 32846 Sophia Bush AVENGEDINCHAINS de mon ♥ (vava) ; Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 394


Sujet: The world turns too fast (Devos)
Dim 25 Fév - 23:40



❝ The world turns too fast ❞
Murphy Cavendish & Devos Acciaro
(25 février 2118)


S'occuper les idées, continuellement, pour ne pas les laisser voguer à leurs propres instincts. Elle ne pouvait pas les laisser faire, parce qu'elle savait où ça la mènerait. Le processus réquisitionnait tout ses esprits et sa concentration, et c'était lorsqu'elle acceptait de s'abandonner au sommeil que les démons et les fantômes prenaient possession du terrain qui leur était interdit le reste du temps. Thaïs n'était jamais loin. C'était la première fois qu'elle pouvait sentir une telle présence à ses côtés. De jour, de nuit, lorsqu'elle patrouillait, promenait Antarès, voguait dans des contrées lointaines ou errait sur le camp à la recherche d'une tâche ingrate pour l'occuper, Murphy avait toujours Thaïs dans les pensées, à ses côtés. Elle pouvait presque entendre ses rires et ses moqueries et il lui était arrivé plusieurs fois de se retourner, persuadée de la trouver là, impatiente à l'idée de manger quelques marrons au coin d'un confortable feu. Même si elle n'était plus vraiment là, elle n'était pas tout à fait partie. Mais elle n'était pas stupide, Murphy; l'absence de la jeune fille n'avait rien à voir avec les longs mois qu'elles avaient déjà vécus séparées l'une de l'autre. Cette fois, c'était une absence sans retour. Cette fois, elle avait vu l'éclat de la vie quitter les yeux de son amie. Cette fois, il y avait eu un corps à enterrer, des pleurs à consoler. Aucune place pour le doute qui accompagnait encore la disparition de sa mère et de Faust, aussi. Cette disparition-là avait tout de définitif, et Murphy avait entamé un vrai processus de deuil, de ceux qui ne peuvent être ponctués d'espoirs fugaces ou d'un déni sans fin. Elle repensait souvent à ce qu'elle avait échangé avec Tamara, la jeune Naori qui avait connu la mort bien avant elle. Elle se considérait illégitime à la peine, Murphy, convaincue qu'une seule année passée aux côtés de Thaïs ne pouvait justifier tout le chagrin qui était le sien. Que pourraient dire ses amis, ceux qui l'avaient vue grandir, ceux qui avaient survécu avec elle, connu le meilleur et le pire de ce monde avec elle, ceux avec qui elle avait dû détester ses aînés et peut-être un peu leur pardonner ceux qui avaient dû la séparer de l'arme qui l'avait traversée ? Murphy n'avait été qu'une connaissance fugace. Elle n'avait été qu'une connaissance fugace, et pourtant elle avait été celle qui avait dû annoncer la nouvelle à Isdès, qui avait vécu par deux fois la mort de son amie.

Il lui semblait parfois qu'il n'y avait plus guère que son enveloppe charnelle qui lui permettait de continuer. Le reste suivait par dépit, par défaut. La flamme semblait progressivement perdre de son ardeur et de son éclat. Elle voulait croire qu'il ne s'agissait que de quelques coups de vent, qu'elle retrouverait toute sa vivacité au printemps, mais il lui arrivait de croire que toutes ces pertes ne pourraient la laisser indemne. Elles faisaient partie d'elle. Ofelia, Faust, Thaïs. Harley, Billy. Tous faisaient partie d'elle, et, de façon contradictoire, tous lui avaient arraché une part d'elle en disparaissant de son existence. Les mois défilaient en lui rappelant que c'était ça, la plus grande menace, ici. Le monde. Ce n'était pas le Conseil ou les embrouilles puériles de ceux qui se considéraient meilleurs que ceux qui les dirigeaient. Ce n'était pas les grandes questions qui pouvaient prendre possession du village des jours et des mois durant qui étaient importantes. Tout ça, il suffisait d'un peu de jugeote et de décence pour y mettre fin, mais elle ne croyait plus à celles des siens, plus maintenant qu'ils avaient vécu leurs propres disparitions et ne démordaient pas de ces questions si peu dignes d'intérêt. Face au deuil, plus grand chose ne l'était tout à fait, digne d'intérêt. A force de croire de tout son être et de se voir démontrée sa propre stupidité, ne demeurait plus grand chose d'autre que des espoirs et des rêves de grandeur terrassés, abandonnés à l'oubli.

Mais Tennessee lui étaient revenus. Ils n'avaient probablement jamais vraiment disparu, d'ailleurs, mais les choses avaient paru si apocalyptique au regard de la brune qu'elle s'était volontiers laissée porter par l'idée que tout ne pouvait qu'être terminé. Non, ne restait morte que cette rébellion à laquelle elle n'arrivait plus à croire. Les deux leaders tentaient de la faire s'enflammer à nouveau pour tout ce à quoi ils avaient cru ensemble, mais Murphy se contentait d'hausser les épaules, de les laisser parler, d'accepter à demi-mots d'y penser. La vérité, c'était qu'elle n'arrivait plus à croire à quelque chose qui avait trop traîné. La vérité, c'était aussi qu'il était sans doute utopiste de croire à une alliance avec des Terriens, à une vie partagée sans menaces. Elle n'arrivait plus à croire qu'il suffisait de s'ouvrir aux autres, puisque plus grand monde ne lui donnait de raisons de croire que ça serait assez. S'ils arrivaient à tous vivre ensemble, un jour, alors elle ne serait plus là pour le voir. Ils auraient probablement commis le pire avant d'accepter de laisser le meilleur arriver. Elle n'oubliait pas ce qu'Isdès lui avait dit, près d'un an auparavant. Eviter les montagnes, éviter l'est du village. Eviter, contourner et craindre n'étaient que des parades qui ne sauraient suffire à long terme. Elles ne permettaient pas la découverte et l'ouverture de l'apprentissage.

Alors Murphy se laissait porter par le vent, se remettait comme elle le pouvait de ses émotions, acceptait d'être entourée autant que de refuser de l'être. Elle s'accrochait à ces neiges fondantes qui s'apprêtaient à dévoiler, elle l'espérait, un printemps plus doux. Un printemps que Thaïs ne connaîtrait pas, mais un printemps plus doux. Il y avait du travail et c'était bien là l'un de ses seuls réconforts; après le passage de la tempête, il y avait à reconstruire. Le plus urgent était déjà laissé derrière eux depuis quelques semaines, mais les travaux ne tarissaient pas pour autant. Après ce qui relevait de la survie, il y avait tout ce que certains appelleraient sans doute du luxe, mais ce que Murphy appelait leur vie. Car elle avait souhaité vivre bien plus que survivre, elle se faisait un point d'honneur à participer aux tâches pour lesquelles on lui reconnaissait quelque capacité. L'idée de sa propre maison lui paraissait bien loin, maintenant, mais elle avait fait un trait dessus -pour l'instant, tout du moins. Elle n'y pouvait pas grand chose pendant l'hiver, de toute façon. Et en attendant, il y avait tout le reste, tout le prioritaire, tout ce qui concernait cette communauté pour laquelle elle pourrait donner sa vie jusqu'à ne plus en être elle-même en possession.

La question de Devos avait été brève, sa réponse aussi efficace. Ça lui ferait quelques heures d'occupées entre deux patrouilles, quelques heures à se rendre utile. Elle n'avait pas bien saisi le pourquoi du commun mais à Devos, elle était à nouveau prête à offrir de son temps. Il n'y avait sans doute qu'un pas pour parler de confiance, mais elle était encore timide. Comme avec Tennessee, elle se reconstruisait peu à peu, et Murphy avait appris qu'elle était la seule à pouvoir lui donner une chance de s'installer. Elle avait besoin de Devos comme elle avait besoin de Tennessee, et de savoir son ami loin d'eux pendant et après la catastrophe de novembre avait contribué à ce poids constant qu'elle avait traîné des semaines durant. Ce n'était que lorsqu'elle l'avait vu de retour de ses propres yeux qu'elle l'avait réalisé. Que les jeunes lui confirment sa présence chez eux n'avait pas changé grand chose; non, elle avait eu besoin de le voir, de le serrer une seconde dans ses bras pour être sûre de l'avoir encore à ses côtés. Du coin de l’œil, elle s'inquiétait encore de ses blessures mais bénissait ce putain de hasard de le lui avoir laissé. Alors si elle devait lui servir de béquille pendant une promenade sylvestre, elle le faisait bien volontiers. « Antarès a hâte de courir entre les arbres », accueillit-elle son ami qui la rejoignait près des portes du village. Le chien voguait près des gardes en faction, revenait vers elle, haletait en direction du leader rebelle qui arrivait, s'impatientait de sa promenade patiemment attendue. Les mains croisées devant elle, elle se tourna vers ses collègues de service et d'un mouvement de la tête, leur demanda d'ouvrir les portes pour les laisser sortir. « On devrait pas en avoir pour trop longtemps », leur glissa-t-elle par prudence, comme elle le faisait toujours. Devos ne l'avait pas encore rejointe mais Antarès filait déjà comme une flèche.

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20/12/2016 ELOW ; ĆIRO ALDARIM & IRINA DRAGHSTEEL ; 950 JAI COURTNEY ; ELOW ; INFORMATICIEN ET LIEUTENANT REBELLE / SPECIALISTE EN INTELLIGENCE ARTIFICIELLES, NOTIONS EN MÉCANIQUE ET ELECTRONIQUE, GÉNIE INCOMPRIS ; 106
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Sujet: Re: The world turns too fast (Devos)
Dim 1 Avr - 13:55




The world turns too fast.
25 FEVRIER 2118

Devos ne dormait plus. Lui qui n’utilisait que rarement la nuit pour trouver le sommeil, n’avait plus fermé les yeux depuis son retour dans le village. Les dégâts lui avaient sauté à la gueule comme une pluie interminable. Incessante. Plus il avançait, plus les problèmes s’accumulaient. Une montagne gisait sous ses yeux impuissants, lui qui avait pourtant l’habitude d’avoir toujours une solution sous le coude. Cela ne l’empêchait pas d’être utile. De retrouver la place qui était la sienne. Le mécano de service, la cheville boiteuse, les bras en feu. Il y avait tellement à réparer qu’il préférait s’épuiser à la tâche, sacrifiant presque son corps pour la cause. De toute manière, la récupération allait être longue. Il n’allait pas guérir comme par magie et il refusait le repos. Un mois, c’était déjà trop. La jambe allongeait, le monde sous les yeux, le bras tendu pour rien. S’il y a bien une chose pour laquelle Devos était doué, c’était rendre service. Il pouvait être grincheux, balançais des mots pas franchement sympathiques, mais au moins, il savait construire et réparer. Sur l’Odyssée, même avec une cheville fracturée, rien ne l’aurait empêché d’accomplir ses missions. Il pouvait s’asseoir devant un écran et faire ce qu’il savait faire de mieux en ce monde. Sur terre, il était réduit à rien, comblant son esprit des idées qu’ils pourraient mettre en place plus tard : comme transformer les écorces de bois en papier et utiliser le charbon pour écrire et faire de l’encre. Et puis, surtout, il pensait à l’oxydation des éléments électroniques sauvegardés. Comment savoir ce qui fonctionnaient encore ou non ? Il devait trouver un moyen de protéger et d’empêcher la corrosion des circuits électroniques. Mais enchainait les hypothèses sans rien pouvoir appliquer, ce n’était pas bon pour sa santé. Il allait devenir fou à réfléchir pendant des heures. Il savait que ce qu’il faisait, avec les autres, étaient une priorité. La tempête avait fait trop de dégât, mais Devos n’était pas toujours le plus patient et cette situation le pesait.

Cela se répercutait sur son sommeil, et donc sur son humeur. Il ne fallait pas s’attendre à voir un sourire, le père de l’informaticien l’avait bien compris. Ils passaient plus de temps ensemble, ce qui n’était pas forcément ce dont Devos avait besoin, mais l’inquiétude de son paternel était tout de même bonne à savoir. Il avait toujours eu l’impression que depuis la mort de sa femme, celui-ci s’était détaché de tout et même de son fils. Que ça n’avait pas d’importance qu’il soit en vie ou non. Il s’était trompé. En réalité, Fillipe était un rayon de soleil dont l’optimiste et la persévérance contribué largement à l’ambiance global. Il avait changé. Cette planète l’avait changé. Devos se demandait comment il faisait et une fois son père lui avait simplement répondu que le simple fait de respirer lui suffisait pour être heureux. Au fond, peut-être bien qu’il était la seule raison pour laquelle Devos n’avait pas tout abandonné tel un enfant en colère et désabusé. Parce qu’il aurait pu. Lorsqu’il avait vu ce gouffre, il avait ressenti de la rage. Profonde, terrifiante, destructrice. Il aurait pu fermer les yeux sur toutes ses ambitions pour se laisser dévorer par une bête dans la forêt. Il aurait pu laisser tomber. Balancer ses envies dans l’espace sans plus y repenser, déversant sa fureur sans jamais s’arrêter. Mais Devos était un Acciaro. Et les Acciaro n’abandonnaient pas. Jamais. Alors il avait tout de suite rangé sa colère dans un coin, cherchant à s’occuper jusqu’à ce que les solutions les plus adaptés lui parviennent.

Quand il ne dormait pas, Devos s’échauffait. Il vérifiait la capacité de tous ses muscles, cherchant à ne pas briser la routine qu’il suivait depuis son plus jeune âge. Il ne pouvait plus s’entrainait, mais essayait de faire ce qu’il pouvait pour se maintenir en forme. Son jeu de jambe allait être médiocre, pendant longtemps. Ses mouvements de bras, en revanchent, ne perdrait en rien de leurs rapidités. Devos était un ours. Imposant, rebelle, prêt à braser les tempêtes sans se laisser tomber. Au fil des dernières semaines, il se découvrait. Toujours aussi peu bavard certes, mais toujours prêt à se plier en quatre pour l’avenir. Il était encore dans un détour, un long détour, mais le point d’arrivée resterait le même.

Il pensa pendant longtemps qu’il devrait se rendre dans les ruines de l’odyssée pour vérifier les vieux serveurs endormis, mais laissa d’autres s’en charger vu sa condition. Il ne le montrait pas, mais sa cheville était douloureuse. Elle résonnait le long de sa jambe comme une lame invisible et froide. Et puis alors qu’il avait terminé l’une des réparations dans le coins cuisine, il se rendit compte que la température était un peu moins glaciale et que l’hiver était déjà en déclin. Ils étaient encore loin du printemps, mais c’était un début. Sa patience finirait par être récompensé, en attendant, il y avait une chose qu’il n’avait pas vérifié et qui risquait d’alimenter la flamme haineuse en lui s’il ne faisait rien.

Ah. Il remarqua le chien et l’observa près des gardes, se demandant pourquoi il ne parvenait pas à se lier un peu d’affection pour les animaux. Mais non. C’était presque l’inverse. Devos n’était pas à l’aise avec ce chien, mais il ne voulait pas l’exprimait – car son visage le disait déjà bien assez. Il se passa la main sur le crâne, là où une masse de ses cheveux avaient disparus. Il n’avait plus rien du look terrifiant des mois derniers, les cheveux en bataille et la barbe volumineuse. Durant son séjour, on lui avait proposé de tout coupé et il avait accepté. Cela lui donnait un coup de jeune, étrangement.

Il s’appuyait sur une béquille improvisée. Un cadeau de son père. Par chance son état était moins catastrophique et il n’avait pas tant besoin de s’appuyer sur l’objet, mais s’il voulait aller légèrement plus vite, il ne pouvait pas s’en passer. Marcher pendant des heures allaient lui demander un sacré effort. Peut-être aurait-il dû préciser ça à Murphy ?

Ton chien à trop d’énergie pour moi. Il l’observa filait, puis se mit en marche, profitant pour aller en direction de la rivière. En réalité, Devos ne connaissait pas le chemin le plus court. Il savait simplement qu’il avait longé la rivière jusqu’à des chutes, un peu plus loin. Sans doute à 25 ou 30 kilomètres du campement, ses approximations étaient vagues. Ce jour-là, il avait beaucoup réfléchi et le temps était passé plus vite. Une chose était certaine, Devos n’avait rien perdu de sa capacité à conserver des détails pour lui.

Encore merci d’avoir accepté de m’accompagner. Ça ne devrait pas être trop long...


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Sujet: Re: The world turns too fast (Devos)
Sam 14 Avr - 1:58



❝ The world turns too fast ❞
Murphy Cavendish & Devos Acciaro
(25 février 2118)


Ce que Devos avait besoin de vérifier, Murphy s'en moquait un peu. C'était probablement important, au moins un peu, mais elle saurait bien assez tôt ce dont il s'agirait. Ce qui comptait, c'était qu'on réquisitionnait ses services, et ses services, elle les offrait à foison. Au premier inconnu et à la première occasion, elle quittait le campement, probablement encore plus en cette fin d'hiver, avide des grands espaces qu'elle avait laissés à l'automne. Il lui tardait de retrouver la forêt sans les dangers de la neige qu'elle avait constatés et appris à ses dépends et au prix fort un an déjà auparavant. En attendant, elle se contentait de quitter le village quand l'occasion lui en était donnée, pour des aventures un peu plus intéressantes que des patrouilles devenues lassantes. Elle n'allait pas encore très loin, arrêtée par la prudence dans ses pérégrinations, et puis il fallait encore payer le prix que leur avait coûté la tempête qui avait dévasté les terres et les cœurs quelques mois auparavant. Tant qu'il y avait à faire, l'esprit demeurait anesthésié. Tant qu'il y avait à faire, le corps arrivait à dormir, assommé par la fatigue. Par-dessus tout, Murphy avait appris à redouter le statique de l'inactivité. Elle n'était pas faite pour contempler le monde ou en tout cas, elle n'y était pas encore prête. Les moments d'accalmie lui paraissaient bien loin, peut-être perdus dans les sommets montagneux avec le sourire fugace d'un homme qu'elle n'avait revu que pour annoncer ce que personne ne souhaitait avoir à annoncer à personne, même au pire de ses ennemis.

Alors, s'éclipser dans le monde, c'était s'éclipser hors du quotidien assommant, c'était trouver une autre façon d'échapper à la lourdeur de pensées que l'on était pas encore prêt à accueillir -pas trop longtemps, pas trop souvent. Et s'éclipser dans le monde avec quelqu'un que l'on avait réussi à considérer comme un ami au fil des années, c'était encore autre chose. C'était une parenthèse plus douce. Elle espérait croire, d'ailleurs, qu'il ne lui avait pas proposé cette virée uniquement parce qu'elle était militaire, mais qu'il avait besoin d'elle, un peu, d'une accalmie dans ce crépitement quotidien qui ne laissait pas le répit suffisant à un repos rassasiant, de ceux qui vous redonnent une nouvelle jeunesse. Elle avait perdu Thaïs, elle, mais lui était revenu abîmé de sa propre aventure. Elle avait redouté qu'une autre nouvelle atterrante ne s'ajoute à la première, mais il était revenu. C'était tout ce qu'elle avait retenu et c'était tout ce qu'elle s'autorisait aujourd'hui à retenir. Il était un peu abîmé, mais il se remettrait. Le soulagement avait été palpable comme jamais lorsqu'il avait été de retour au village. Elle avait laissé de côté tous ses pudeurs et toutes celles de Devos pour se jeter dans ses bras. Quelques secondes qui avaient parlé pour tout ce que les mots n'exprimeraient probablement jamais avec une justesse idéale. Mais depuis lors, ils n'avaient pas eu l'occasion de se côtoyer; pas vraiment, pas pour de bon. Tout était à reconstruire et chacun se noyait corps et âme dans ses propres responsabilités. Murphy connaissait suffisamment l'informaticien pour savoir qu'il devait chercher le travail au moins autant qu'elle.

Devos apparût au loin, dans les lueurs des premiers soleils timides de printemps. Antarès s'impatientait à ses côtés et Murphy savait déjà que dès que les portes s'ouvriraient, il filerait comme une flèche et qu'ils ne verraient plus pendant de longues minutes. « Je sais que tu l'avais pas invité, mais c'est mon invité d'honneur. » Taquine, elle imposait pourtant la présence du chien à celui qui, comme Richard, ne semblait pas parvenir à se faire à ces présences canines parmi eux. En attendant que le rebelle ne la rejoigne, elle glissa aux gardes en faction aux portes de les ouvrir. Comme prévu, l'animal démarra au quart de tour et Murphy accueillit la remarque de Devos avec un sourire en coin. « Il est là pour compenser ta canne », s'amusa-t-elle sans ménager son ami. Alors que les lourdes portes de bois se fermaient derrière eux, et avec un sourire amusé, la brune jeta un coup d'oeil à son compagnon de route. « Je m'y fais toujours pas... » De l'index, elle désigna son propre visage pour signifier le sien à Devos. Elle l'avait connu trop longtemps perdu dans sa chevelure et sa barbe et la voilà qui redécouvrait l'homme. Probablement pas pour longtemps, d'ailleurs, s'il faisait preuve du même détachement vis à vis de son faciès que pendant les mois précédents. « Tu m'as pas trop dit ce qu'on allait chercher... » répondit-elle à ses remerciements. Elle ne savait presque rien de cette mission, en fait. Pour le peu qu'elle savait, ils pourraient même partir pour la journée ou plusieurs jours, se retrouver dans les montagnes ou au bord de la mer. Elle gardait juste en tête les conseils d'Isdès comme une règle d'or : ne jamais s'aventurer trop à l'est. « Ni même où c'est. Tu sauras retrouver de mémoire ou t'as une carte ? » Elle réajusta son sac et le semblant de carquois qui lui pendaient dans le dos, la main refermée sur son arc. Elle n'avait pas oublié que dans le duo, alors qu'il était le responsable de la mission et des recherches, quelles qu'elles soient, elle était en charge de la sécurité. Même si c'était loin d'être ses seules expériences, elle était déjà tombée sur suffisamment de Terriens barrés pour savoir que quelques armes n'étaient pas de trop. « D'ailleurs, tu m'as pas dit le plus important... ils ont retrouvé des animaux, dans tes cheveux ? »

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Sujet: Re: The world turns too fast (Devos)
Sam 28 Avr - 20:37




The world turns too fast.
25 FEVRIER 2118

Une chose que l’Hiver s’évaporait petit à petit, que la neige disparaissait totalement, que le froid du matin laissait place à un air plus léger l’après-midi. Devos pourrait rapidement retrouver le temps qui lui convenait, à mi-chemin des brises glacé et des rayons de soleil trop étouffant. Il avait un amour profond pour les équilibres naturels, alors entre l’hiver et l’été, il se sentait revivre. Mais il était encore un peu tôt pour trouver cette température idéale et cette environnement qui lui plaisait tant. Le problème, c’était qu’il ne supportait pas l’idée de rester les bras croisés, surtout depuis ce qui était arrivé à la bouche de métro. Un détail comme un autre pour certains, un effondrement total pour lui. C’est dingue comme ses priorités n’étaient jamais les mêmes que son entourage. Même en y étant habitué, l’étonnement était souvent palpable. Comme une évidence, il avait parfois envie de secouer les idiots qu’ils croisaient pour leurs expliquer les conséquences de ce désastre. Finalement, à quoi bon ? La rage qui sommeillait en lui, il devait l’apprendre à la contrôler, à l’apprivoiser. Et comme souvent, il devait se débrouiller seul.

Avec sa cheville en amélioration, l’informaticien continuait pourtant de boiter, utilisant souvent une béquille pour avancés et tenir debout plus longtemps. Ce n’était pas l’idéal, mais il prenait sur lui, ignorant parfois la douleur qui lui criait de ne pas faire plus d’effort. Devos était ainsi, toujours en train de dépasser ses limites, toujours en train d’avancer quoi qu’il arrive. Il était têtu, un peu comme son père quelque part. Les différences qu’il avait toujours observées chez son père, finalement, n’avaient plus d’importance. Désormais, Devos y apercevait des similitudes, rassurés quelques parts, de ne pas être un cas à part et d’être lié à un autre. Toujours considéré comme un être atypique, désormais, il parvenait à trouver des petites mimiques que lui et son paternel avaient en communs.

En se retrouvant chez les jeunes pendant un mois, Devos sentait qu’il avait manqué certaines choses. Peut-être que personne ne s’en était rendu compte, mais quand Devos sortait de son trou et que ses oreilles captaient des informations, il aimait s’en saisir pour maintenir une certaines chronologies de la communauté. Il se sentait légèrement perdu, légèrement perplexe quand il entendait les nouvelles conversations. Il sait qu’il n’est pas doué pour rassurer et épauler, mais dans les moments difficiles, il a conscience qu’il doit être là. Même sans rien dire, juste se tenir aux côtés de ceux qui en auraient besoin. Pour montrer qu’il était présent, prêt à écouter, prêt à soutenir dans les plus cruelles peines. Il ne saisissait peut-être pas tout, mais avec le temps, il avait adopté des habitudes pour compenser son manque d’empathie. Mais où était-il quand les morts avaient frappé le campement ? Quand les dégâts ont anéanti une partie du village ? Qu’avait-il réellement accomplis depuis son retour, malgré ses propres blessures ? Et puis, surtout, qu’elle avait été ce frisson qui l’avait parcouru quand Murphy l’avait pris dans ses bras ? Peut-être de la joie, du soulagement aussi. Parce qu’elle était en vie, parce qu’elle était là… Il n’y avait pas vraiment réfléchi, mais oui, sa présence lui manquait. Alors forcément, quand il devait réfléchir à quelqu’un pour l’accompagner et l’aider, son nom était apparu en premier.

Il haussa des épaules en observant l’invité d’honneur, essayant de prendre sur lui. Puis, s’autorisa un léger sourire quand Murphy avoua qu’il était là pour compenser sa canne. Pouvait-il croire que les choses s’étaient arrangés, qu’elle lui laissait vraiment une seconde chance, qu’il retrouvait la confiance qu’elle lui avait accordé ?

Pourquoi ? Ça me change tant que ça ? De toute façon, ça repoussera. Dit-il, même si quelque part, il aimait bien ne plus être embêtait par ses cheveux indisciplinés. C’était plus simple comme ça. Plus léger aussi, comme s’il pouvait désormais, sentir les brises sur son crâne.

Oh eh bien… Il s’apprêtait à lui répondre, à lui dire le chemin qu’il avait emprunté la dernière fois, mais aussi l’importance de cette mission et ce qu’il avait laissé, caché, là-bas, quand Murphy fit une blague. N’importe qui aurait ri face à sa question, mais le seul exploit qu’elle pouvait se vanter d’avoir accomplis, c’était le sourire de Devos. Qui, malheureusement, n’avait pas vraiment la capacité pour rebondir là-dessus.

Non, il n’y avait rien dedans. Cela avait pris du temps, par contre. Il ne sait plus comment le jeune s’était débrouillé, mais il avait d’abord coupé une bonne partie, avant taillé au plus près de son carne. Cela avait été pareil pour sa barbe, qui étrangement, semblait toujours présence, même si elle était bel et bien inexistante désormais. Il se gratta le menton comme en souvenir, puis, s’accrocha à sa béquille pour avancer.

Je ne saurais pas te dire le chemin le plus court, mais j’ai en tête l’itinéraire que j’ai pris la dernière fois. Je suis allé jusqu’à la rivière, puis j’ai remonté son court jusqu’à trouvés des chutes d’eaux, un peu plus loin. Je voulais tester un prototype de pompe volumétrique automatique que j’ai finalement laissé là-haut, pour qu’à la fin de l’hiver, je puisse poursuivre mes recherches. Il n’avait pas grand-chose sur lui, outre un sac à dos avec quelques éléments, dont une petite pelle et de l’eau. J’ai creusé un trou et j’ai caché ma male dedans. Ensuite j’ai recouvert de feuillage, en espérant que l’hivers passe sans que personne ne le remarque. Je me dis que peut-être, elle y est toujours et dans ce cas, je n’ai donc pas tout perdu. Il faisait référence au métro, mais sans doute avait-elle compris.





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Sujet: Re: The world turns too fast (Devos)
Mer 2 Mai - 15:52



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Murphy Cavendish & Devos Acciaro
(25 février 2118)


De voir Devos traîner continuellement une béquille avec lui faisait mal au cœur. Après le premier soulagement des retrouvailles, Murphy avait réalisé que ce cyclone leur avait coûté, à tous. A Devos, il avait coûté un peu de sa motricité; à Thaïs, il avait coûté la vie; à tous, il avait coûté le peu de confort qu'ils avaient réussi à se créer à force d'efforts continus. La nature était cruelle car elle laissait voguer ses humeurs au gré de l'aléatoire. Que ses victimes se relèvent derrière, elle n'en avait pas grand chose à faire. Certains se relevaient, d'autres pas.

Devos s'était relevé. Ils n'avaient pas parlé de ce cyclone, de ce qui leur avait traversé l'esprit au moment où il leur était passé dessus, de l'état dans lequel ils avaient retrouvé les villages dans lesquels ils logeaient respectivement l'un et l'autre. Murphy n'avait pas été parmi les siens. Ça avait été parmi les heures les plus angoissantes de sa vie. Loin du village, enfermée dans une maison dont rien ne garantissait la solidité, accompagné d'un compagnon qui avait confessé à demi-mots se moquer de vivre ou de mourir. Ces quelques heures avaient paru hors du temps; quelques heures pendant lesquelles elle avait imaginé les pires scénarios, pensé à ses proches et jusqu'à ses plus brèves rencontres. Des visions cauchemardesques l'avaient fait frissonner au coin d'un feu qui ne l'avait pas vraiment réchauffée, et une fois la tempête calmée, de retour devant le haut portail du village, elle avait hésité quelques minutes avant de s'autoriser à découvrir l'étendue des dégâts. Mais le vécu de Devos, elle ne le connaissait pas. Peut-être qu'il y avait de ces choses qu'il était malvenu de discuter lorsqu'elles sont encore trop jeunes. Raviver une plaie encore suintante ne lui permettait pas de cicatriser.

Alors, il y avait toujours l'humour. La meilleur arme pour oublier, même pendant quelques secondes seulement, toute la lourdeur des non-dits, du vécu, des inquiétudes de l'avenir. Devos avait gagné une béquille au campement des jeunes, mais il y avait aussi perdu barbe et cheveux. De quoi redécouvrir l'homme sous la fourrure. « J'ai failli pas te reconnaître, de loin. Heureusement que t'avais ta béquille. » Elle haussa les épaules avec un sourire malicieux. Taquine et amusée, elle appuyait volontairement là où ça pouvait faire mal, histoire de rendre ces restes de cyclone triviaux et de les ancrer dans leur nouvelle réalité. Accepter, c'était déjà passer à autre chose, non ?

Antarès avait filé au loin, revenait de temps en temps les taquiner -et probablement s'assurer qu'ils suivaient le même chemin. Murphy savait tout l'inconfort qui était celui de Devos face à l'animal mais elle ne perdait pas espoir de le faire changer d'avis. Même face à Richard, elle n'avait jamais baissé les bras. Tomber amoureux d'Antarès, ce n'était toujours qu'une question de temps. Devos aussi finirait par succomber à son charmer, et de ça, Murphy n'avait aucun doute. Elle regarda la boule de poils blanche les quitter à nouveau pour s'enfoncer dans les bois, sans doute à la recherche de ce qu'ils transformerait en un casse-croûte.

Malgré la légèreté des premiers instants, elle n'oubliait pas leur objectif. Ou plutôt, elle n'oubliait pas qu'elle en savait rien de leur objectif. Elle ne savait pas jusqu'où ils allaient, si ça allait leur prendre quelques heures ou la journée entière, pas plus qu'elle ne savait ce qu'ils cherchaient avec tant de dévotion. La seule chose qu'elle savait, c'est qu'elle avait confiance en Devos, et même si cette confiance qui renaissait à peine n'était pas consolidée, elle faisait écho à toute celle qui avait existé avant les mensonges de l'été. Peu importait ce qu'il semblait si important, caché au fond des bois -si Devos considérait le voyage digne d'intérêt, voire nécessaire, alors elle se pliait à son appréciation. Elle jouait là son rôle de militaire, assistait l'informaticien dans la mission qu'il s'était donnée. Pour le reste, elle aurait les réponses à temps... peut-être maintenant ? Les questions curieuses fusèrent presque aussi vite que le faisait Antarès entre les arbres, mais il n'était pas encore temps. Elle avait arraché un sourire à Devos et s'en contenta quelques instants. « Oh... », soupira-t-elle, feignant d'être dépitée, « je suis déçue... » Taquiner Devos sur sa chevelure et sa barbe perdues apportaient à l'instant de cette insouciance qui se faisait trop rare depuis trop longtemps. Discuter coiffure était l'une des choses les plus superficielles et inutiles qu'ils pouvaient faire ici, et ça avait quelque chose de doux, de réconfortant et de rassurant de se l'autoriser malgré tout. « Oh non non, jte confirme, t'as plus rien, hein... » lança-t-elle en le voyant se gratter le menton à la recherche de la barbe perdue.

Mais les questions qu'elle avait lancées plus tôt n'étaient pas tombées dans l'oreille d'un sourd. Sous leurs pas crissait encore la terre humide de printemps. C'était l'heure des réponses. Ses sourcils se fronçaient à mesure que Devos précisait leur objectif. « Pompe volumétrique automatique ? » répéta-t-elle bêtement en cherchant quelques précisions. « Y'avait besoin d'eau, pour ça ? » Dubitative, elle essayait de comprendre ce qui pouvait exiger de s'éloigner tant de la sécurité de leur village pour remettre au point quelques-unes des technologies dont ils avaient pu être bercés là-haut. Les réponses de Devos s'achevèrent avec une note d'amertume qui la fit laisser voguer son regard sur les arbres alentour. Ils avaient tant perdu dans cette tempête qu'il était facile d'oublier certains des préjudices qu'elle leur avait coûté. La militaire qu'était Murphy se contentait de sécuriser les lieux tant que possible. Elle avait aidé à reconstruire l'enceinte du village là où elle avait été dommagée. A trop se concentrer sur ses propres missions, on en oubliait toutes celles qui avaient découlé du même incident. « Vous avez vraiment tout perdu ? » demanda-t-elle en réalisant que puisque ça n'était pas son domaine et sa responsabilité, elle avait laissé de côté tous les dégâts qui ne la regardaient que de plus loin. « Avec la neige qu'il y a eu cet hiver, ça m'étonnerait que quelqu'un ait trouvé quoi que ce soit », le rassura-t-elle alors qu'ils s'enfonçaient de plus en plus dans la forêt. Elle n'arrivait pas à estimer le temps qu'ils mettraient à arriver là-bas, mais elle commençait à regretter de n'avoir pris que le strict minimum avec elle -et pas de quoi manger. « Tu veux le ramener au village, ton truc ? »

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20/12/2016 ELOW ; ĆIRO ALDARIM & IRINA DRAGHSTEEL ; 950 JAI COURTNEY ; ELOW ; INFORMATICIEN ET LIEUTENANT REBELLE / SPECIALISTE EN INTELLIGENCE ARTIFICIELLES, NOTIONS EN MÉCANIQUE ET ELECTRONIQUE, GÉNIE INCOMPRIS ; 106
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Sujet: Re: The world turns too fast (Devos)
Hier à 12:07




The world turns too fast.
25 FEVRIER 2118

Sa barbe recommençait à pousser. Elle le grattait légèrement. Lentement, mais indéniablement. Dans quelques semaines, elle reprendrait du volume pour finalement atteindre ce point culminant où elle prendra possession de la moitié de son visage. Il ne pouvait s’empêcher de se gratter le menton, cherchant instinctivement ce qu’il avait rasé deux mois plus tôt. Bientôt, il pourrait recommencer sans avoir l’impression de le faire inutilement. Bientôt. Et peut-être que d’ici là, sa cheville sera plus opérationnelle. C’était sans doute ce qu’il détestait le plus, dans l’existence humaine. Ne pas être certains. Ne pas savoir. Le langage numérique avait son lot d’erreurs et de problèmes, mais la solution n’était jamais bien loin. Jamais bien compliqué. Depuis ce qui s’était produit dans la forêt, le seul allié de Devos était le temps. Seul le temps pourrait dire si oui ou non, un jour, il retrouverait le contrôle de son corps. C’était le seul facteur capable de lui fournir une réponse. L’informaticien devait donc faire preuve de patience et ça, c’était difficile. Il s’était tellement habitué à la rapidité d’une navigation internet, que la lenteur d’un pas l’irritait. Encore plus maintenant qu’il était douloureux.

Il n’avait rien dit, à personne. Aucun détail, ni à son père, ni à Chris. Il était parti explorer, il s’était retrouvé pris dans la tempête. Il était ensuite resté chez les jeunes, avant de récupérer un peu de force et de revenir parmi les adultes. Voilà. La seule chose qu’il pouvait affirmer, c’était que les jeunes n’étaient plus des jeunes. Il fallait arrêter de les traiter ainsi, certains ayant parfaitement l’âge adulte. Ils étaient les sacrifiés, les cent, les prisonniers. Mais ils étaient aussi des êtres humains, des âmes qui avaient vécu dans l’espace, comme eux, et qui méritait une nouvelle chance ici, sur terre. Ce passage l’avait confirmé dans sa volonté de réunir les deux groupes. De ne former qu’un. Il ne savait pas comment permettre une telle action, mais il savait que les rebelles pensaient comme lui. Que cette idée, était l’une de leurs valeurs. Ils devaient en parler, mais avec la tempête, ils n’avaient pas encore pris le temps de se réunir et ce moment avec Murphy n’était pas une raison pour lancer une possible réunion. Il avait besoin d’elle pour autre chose. Et peut-être bien qu’il avait besoin de sentir qu’ils étaient encore parfaitement mais, qu’ils se faisaient confiance. Ce que Devos fabriquait, ce qu’il tentait de réaliser, pas grand monde ne suivait. À part les mécaniciens et autres anciens ingénieurs qui, parfois, essayait d’y jeter un coup d’œil, la plupart des survivants de l’Odyssée n’avaient pas la moindre idée de ce que Devos Acciaro faisait de ses journées.

Je devrais peut-être y incruster mon nom, pour que ça soit encore plus simple la prochaine fois ? Dit-il en faisant référence à sa béquille de fortune. Son père finirait par lui faire quelque chose d’autres, plus proche d’une canne et peut-être plus solide. Néanmoins, en remarquant le sourire sur le visage de Murphy, Devos avait l’impression d’être retourné en arrière. Comme si rien n’avait changé. Comme si l’humour de la jeune femme était toujours à son maximum, prêt à se moquer de lui à la moindre occasion. Et c’était une sensation agréable. Même avec Antarès dans les parages. Il s’y ferait, il le sait. Il se sentait capable de s’accoutumer à la présence de l’animal, mais il n’en restait pas moins anxieux. Si cette chose était plutôt amicale, il y avait d’autres bêtes dans la forêt, plus voraces, plus violent.

Qu’est-ce que tu croyais qu’ils trouveraient dedans ? Les cousins d’Antarès ? Il s’arrêta, souriant. Heureusement pour lui, rien de la sorte. Ou peut-être s’était-il endormi durant la procédure, oubliant le monde qui l’entourait, pour s’échapper une petite minute. Mais il dormait déjà si rarement qu’il se souvient parfaitement de chaque étape. Il pourrait lui tout ça, tout ce qui a été demandé pour cette nouvelle tête, mais ça n’avait pas d’importance et, se souvenant du temps qu’il avait passé avec Murphy, Devos essayait aussi, parfois, de jouer son jeu – peut-être bien trop maladroitement, mais ça ferait sans doute son effet.

Dans une démarche la plus assurée possible, Devos s’avançait tout en révélant à son amie les détails de cette fraîche aventure.

C’est ça. Dit-il sans en faire plus, lui qui pourtant adoré donné des informations. Elle essayait déjà de comprendre et d’assimiler tout ce qu’il racontait, autant ne pas en rajouter. Pourtant, des détails sur la conception et l’utilisation de cette pompe, il pourrait les lui démontrer. Peut-être plus tard. Il ne voulait pas se donner de faux espoir et préférait faire le chemin dans la sérénité. La découverte du métro l’avait déjà retourné, autant se préparer au pire.

En réalité, nous n’en savons rien. L’entrée du métro est bouchée et peut-être qu’une partie de l’éboulement a endommagé tout ce que nous avons stocké dans la vieille rame présente. Mais tant qu’on ne fait rien, on reste dans le flou et déboucher l’entrée n’est pas une priorité de survie. Et ça, c’était une évidence pour tout le monde, sauf pour lui. Lui, il aurait pu s’y mettre, même seul. Il aurait pu passer l’hiver à essayer de trouver une solution. Il aurait pu, s’il n’avait pas été blessé. Sa cheville ne l’empêchait pas seulement de marcher, elle l’empêchait aussi de faire ce qu’il avait réellement envie de faire : connaître l’étendue des dégâts. Savoir si son travail était complètement perdu.

C’est ce que je me dis aussi. Avec un peu de chance, la neige a recouvert les lieux, camouflant plus que jamais la terre retournée. Oui, je veux le ramener. Je me dis que ça pourrait donner… Un peu d’espoir. Il pensait à tous ceux qui, comme lui, avaient un métier devenu obsolète. Et puis cette tempête, elle m’a prouvé une chose : un dispositif aérogénérateur est peut-être une solution plus viable qu’une pompe volumétrique. Je suis persuadé que les autres seront d’accord avec moi. Mais cela prendra sans doute des mois, voire peut-être encore un an, avant de pouvoir atteindre un tel objectif. Sauf que Devos, il n’était pas le genre à baisser les bras face à la durée. Au contraire. Il trouvait ça prometteur.

D’ailleurs comment ça s’est passé, ici, pendant la tempête ? Il lança un coup d’œil à Murphy, qui devait sans doute ralentir son rythme habituel pour ne pas le forcer à aller plus vite qu’il ne pouvait.



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Sujet: Re: The world turns too fast (Devos)

 

The world turns too fast (Devos)

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