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˜˜˜˜˜˜I heard a whisper on my shoulder (Isdès)
maybe life should be about more than just surviving


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06/12/2015 Lux Aeterna Nope 34836 Sophia Bush AVENGEDINCHAINS de mon ♥ (vava) ; Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 977
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Sujet: I heard a whisper on my shoulder (Isdès)
Lun 29 Jan - 0:22



❝ I heard a whisper on my shoulder ❞
Murphy Cavendish & Isdès Hakantarr
(15 février 2118)



De ses mains tremblantes, tâchées d'une hémoglobine sèche qui ne lui appartenait pas, Murphy était accrochée à un morceau de papier qu'un seul coup d'oeil lui avait suffi à reconnaître. Le papier avait vieilli; il avait vécu un peu avec elle, près de la mer, mais beaucoup avec celle qui n'était plus. Elle l'avait fixée de longues minutes, assise dehors, isolée de tout et de tous, les cheveux humidifiées par une de ces bruines qui gelait l'être trop imperceptiblement pour que ça ne soit pas vicieux. Elle avait taché le morceau de papier malgré elle, s'était empressée d'essuyer le sang et avait fondu en larmes en se rendant compte qu'elle ne faisait qu'étaler le pourpre sur la petite feuille pliée. On ne distinguait plus le prénom du Terrien qu'à travers le film organique et à dire vrai, c'était probablement plus sa foi que les faits qui lui permettaient de deviner la belle calligraphie. C'était seulement maintenant qu'elle réalisait ce qui venait de se passer. Thaïs n'était plus. Elle lui avait échappé devant elle, lui avait glissé entre les doigts, les avait abandonnés à une vie sans elle. Elle avait supplié Nadja de la sauver mais contre les infections, on ne pouvait maintenant plus grand chose. Elle n'en voulait pas à son amie. Elle n'en voulait à personne avait essayé de la faire échapper à ce triste sort. Elle n'en voulait même plus au monde; maintenant, elle avait compris comment il fonctionnait. Elle avait compris qu'une demi-seconde pouvait suffire à faire basculer les choses d'un extrême à un autre, de la vie à son antagoniste morbide. Elle avait compris que c'était le hasard à l'oeuvre, toujours le hasard qui jouait de cette belle ironie dont il avait le secret. C'était à lui qu'elle en voulait. A cette saloperie de hasard qui avait choisi Thaïs pour rire un coup et l'oublier aussitôt, préparant déjà ses prochains coups macabres. Murphy, elle, avait reniflé un coup, s'était forcée à reprendre ses esprits pour déplier le morceau de papier sur lequel s'échouait quelques unes des lourdes larmes qu'elle n'avait pu retenir. Ses doigts étaient gelés, toujours couverts de cette couleur rubis dont ils ne semblaient plus prêts à se défaire. Ses mains tremblaient, son ventre s'était noué, ses épaules affaissées. Elle s'essuya le nez et les yeux d'un revers de main peu élégant et dans un hoquet destiné à laisser derrière elle sa peine, au moins pendant quelques secondes, elle lût la note que Thaïs avait écrite à Isdès au moins de novembre pour s'excuser de sa grippe. Ses lettres étaient rondes, légères; elles volaient sur le papier d'une liberté que celle qui les avait dessinées n'avait plus. Murphy passa doucement ses doigts sur les mots tendres qu'elle avait écrits à son aîné, puis laissa ses prunelles encore trempées glisser sur ceux du Terrien, qu'il avait griffonnés devant elle. C'était à elle qu'incombait la tâche de lui apprendre la nouvelle.

Insignifiant; tout le reste était devenu insignifiant. Une piqûre de rappel de laquelle elle avait probablement eu besoin des mois durant. Le monde continuait de tourner comme il savait si bien le faire, avec seulement quelques parenthèses de douceur qui ponctuaient ça et là tout le reste, les tempêtes et les tremblements de terre, les pluies infernales, les chaleurs assommantes et les froids paralysants. Le poids de la disparition de sa jeune amie la hantait comme celles d'Ofelia ou de Faust l'avaient hantée à l'époque. A chaque fois, il fallait réapprendre à vivre. Il fallait accuser le coup, amortir le choc et recommencer. La douleur ne s'apaisait pas encore, la réveillait la nuit, la poussait aux rêves mélancoliques le jour. Tout ce qu'elle traversait maintenant lui rappelait que ce n'était pas la première fois, lui suggérait qu'elle était capable d'aller de l'avant, peu importe le temps que ça pouvait prendre. On ne s'habituait pas à la mort. On ne la côtoyait jamais trop; on apprenait juste à s'apprivoiser soi-même, à apprivoiser ses peines et ses douleurs, à en faire des alliées avant qu'elles ne se mettent à vous ronger et que vous vous y perdiez entier. Elle avait crié l'injustice de la perte d'un être si jeune et voué à de si grandes et belles choses, avait pleuré la disparition de sa fidèle amie, avait trouvé du réconfort dans les bras de Tennessee. Aux moments les plus incongrus, il lui revenait des images de ses derniers instants et ils ne la quittaient plus pendant de trop longues heures, la suivant à chaque instant comme un fantôme posé sur son épaule. Depuis qu'elle l'avait vu rendre son dernier souffle au monde, Thaïs ne l'avait jamais vraiment quittée. Ses épaules s'étaient accablées d'un poids nouveau duquel elle n'arrivait plus vraiment à se départir. Le monde avait changé de tonalité; elle n'arrivait plus à en vouloir à ceux qui lui avaient causé du tort. Il suffisait de côtoyer la faucheuse et de réaliser la finesse de la frontière entre l'état de vie et celui de mort pour comprendre que tout le reste n'avait guère d'intérêt. La rancune appartenait à ceux qui pouvaient se la permettre, à ceux qui n'avaient pas poids plus lourd à porter de leurs frêles épaules.

Elle pensait souvent aux amis de Thaïs, aussi; à ceux qui l'avaient accompagnée dans le froid et pendant la nuit jusqu'au village odysséen, dans l'espoir que ceux qu'ils supposaient mieux équipés puissent faire quelque chose pour elle. Elle pensait à leur épuisement, à l'espoir qui avait guidé jusqu'aux derniers de leurs pas et les avait menés à l'infirmerie encore à semi paralysée par le cyclone qui grondait toujours. Elle pensait à la nouvelle qu'ils avaient dû ramener chez eux, au corps sans vie qu'ils avaient enterré, à cette perte supplémentaire qui s'ajoutait à toutes celles qui les avaient faits grandir trop vite. Et puis elle pensait à ceux qui ne savaient pas encore, à celui, plutôt, qui ne savait pas encore. Elle enviait son ignorance et plaignait le moment où tout basculerait. S'imaginait-il les dégâts des vents ici ? Les avait-il subis, lui aussi, dans ses montagnes ? S'était-il inquiété de Thaïs ? S'était-il inquiété d'elle, aussi; peut-être un peu, peut-être une seconde ? Elle avait parcouru les environs du village dans l'espoir vain de tomber sur lui ou sur sa fidèle compagne ailée, mais ils étaient demeurés calmes, couverts d'une neige qui se moquait de tout ce qui l'avait précédée. Les semaines avaient défilé sous ses yeux; étaient arrivés Noël et la célébration d'une nouvelle année qui ne promettait rien de plus ou de moins que celle qui l'avait précédée. Février s'approchait, Février arrivait.

Février était là.

Elle avait réussi à organiser deux jours pour encadrer la date qui avait été griffonnée sur le papier. Les neiges commençaient à fondre dans la forêt mais les déplacements n'avaient qu'à peine perdu de leur laborieux. Elle en avait pour une journée entière de marche, n'osait pas estimer avec plus de précisions les heures supplémentaires que les neiges y ajouteraient. Elle partit au petit matin, alors que le soleil se levait, laissant derrière elle un village ensommeillé. Les tours de garde et les patrouilles furent changées lorsqu'elle était déjà bien enfoncée dans la forêt. Elle allait vers l'ouest, un gros sac calé dans le dos, un Antarès regorgeant de vitalité trottant derrière elle.

La journée lui offrit la course du soleil comme guide et paysage. Le ciel était d'un bleu clair qui agressait les rétines déshabituées à la lumière. Il faisait glacial, encore, mais l'astre solaire tapait de ses rayons un sol qui se délestait des neiges, qui glissaient sous les pas sous forme de gouttelettes fuyantes. Elle ne s'autorisa que quelques minutes pour manger; elle redoutait plus que tout d'avoir à chercher le lieu de rendez-vous dans le noir et sans aucun autre repère que les quelques étoiles qui s'inviteraient -si seulement elle était chanceuse et que les nuages leur laissaient encore un peu de répit une fois la nuit tombée. Ses pensées, elle s'efforçait de les diriger uniquement vers sa route et les directions à prendre. Elle connaissait le chemin qui menait au campement des Cents, mais il lui faudrait bifurquer un peu plus tôt vers le nord, pour atteindre ces monts mentionnés par écrits, ceux qui dominaient à la fois la terre et la mer. Mais malgré sa marche régulière et vive, malgré toutes les précautions qu'elle prit pour n'avoir à faire aucun détour, Murphy ne put que suivre la chute progressive de l'astre du jour dans le ciel. Ses rayons inondaient d'une lumière basse que l'on commençait à chercher. La vision des reliefs et des détails se faisait de plus en plus mauvaise. Par delà les hauts arbres, elle devinait les lumières se teinter de cet or sirupeux qui caractérisait l'éclat crépusculaire. Son regard se perdit un instant vers des lueurs au loin qui se détachaient sur l'obscurité naissante de la forêt. Elle devinait le campement des Cents à quelques kilomètres de là. Il était temps de bifurquer vers le nord-ouest.

Gravir les hauteurs des premières montagnes l'achevait. Le souffle lui manquait et elle commençait à sentir ses membres hurler leur fatigue, mais elle n'en démordait pas. Il lui fallait trouver un repère avant la nuit, avant de s'écrouler. Elle aurait toute la nuit pour se remettre de sa longue marche. Elle qui craignait d'emmener Antarès avec elle réalisait que ce n'était pas fondé; il était plus à l'aise sur ce terrain qu'elle, courait devant jusqu'à la rejoindre, comme pour l'encourager à gravir quelques mètres encore, puis quelques mètres à nouveau. A mesure qu'elle gagnait en altitude, la végétation se faisait un peu plus éparse. Le ciel apparaissait, clair de tout nuage, et les premiers rayons lunaires commençaient à remplacer ceux de son antagoniste de feu. Elle espérait ne pas faire fausse route, s'accrochait à cette impression que ce n'était pas le cas. Quelques lueurs chaudes semblaient émaner du sommet et elle sentit brusquement ses tripes se nouer. Le plus difficile restait à venir.

Un vent vif vint s'ajouter à la liste des contraintes dans les dernières centaines de mètres qui la séparaient de ce halo lumineux, phare dans le monde baigné de la seule lueur laiteuse de l'astre sélène. C'est à bout de souffle, pantelante, qu'elle arriva au sommet de la haute colline pour trouver un haut feu dont les hautes flammes semblaient ignorer tout des rafales que seules les hauteurs pouvaient connaître. Elle devinait la lumière blanche de la Lune se refléter sur l'étendue infinie d'eau de l'autre côté de la montagne mais c'était par l'homme assis près des flammes crépitantes sur que son regard s'était laissé happer. Et d'un coup, elle se rappela des raisons de sa présence ici. Elle se rappela de ce qu'elle transportait avec elle, le matériel et l'immatériel, elle se souvint de la raison de sa présence et son cœur se brisa une nouvelle fois. Antarès était allé renifler celui qui lui était encore inconnu et s'était déjà assis à ses côtés. « Je... je suis désolée, Thaïs est pas là... » Tremblante, les cheveux se plaquant nerveusement contre son visage, elle ouvrit son manteau pour sortir de la poche intérieure le petit morceau de papier couvert de sang. Elle n'avait jamais eu à annoncer ce genre de nouvelles. Celle de la mort de son amie s'était répandue sur le village comme une traînée de poudre. Elle avait été la seule victime du cyclone à sa connaissance. Comment apprenait-on ce genre de choses à quelqu'un ? Ses mains tremblantes se serraient autour de la feuille abîmée, encore teintée du sang de son ancienne propriétaire, et ses lèvres entrèrent dans une sorte de danse d'hésitation, s'entrouvrant pour se refermer aussitôt. Elle cherchait les mots, elle cherchait les attitudes. Ses yeux s'étaient embués, déjà, et elle n'osait pas regarder le Terrien. Elle n'avait jamais voulu être celle à lui annoncer ça. Elle enviait les quelques mois qu'il avait gagnés avec Thaïs dans sa vie, bien loin de la réalité des choses, inconscient qu'elle n'appartenait plus au monde, et se refusait seconde après seconde à être celle qui l’assommerait d'une pareille nouvelle, comme la Lune elle-même se refusait instant après instant à se laisser tomber sur la Terre. « Isdès... » hoqueta-t-elle alors que son visage se déformait sous la peine et l'afflux de larmes. Elle ne viendra pas, disait-il. Elle ne viendra plus.

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06/05/2016 Dandan/Sonia Aucun. 281 Jason Momoa lux #demonkeur Garde pour sa tribu, il s'occupe aussi parfois des oiseaux messagers. Athna, à la vie, à la mort. 41


Sujet: Re: I heard a whisper on my shoulder (Isdès)
Dim 18 Fév - 18:42

Pretending life is worth the fight

Février, le mois de la libération. Sitôt le dégel arrivé, une horde d’Athnas en besoin d’air frais s’étaient précipités aux frontières de leur village. Planqués entre deux hauteurs, ils avaient levé le nez vers le ciel blanc et avaient inspiré jusqu’à ce que leurs poumons soient entièrement remplis. C’était bon de respirer l’air de la montagne et de retrouver ses immensités encore neigeuses. Seules les collines, aux abords de la rivière, commençaient à revêtir le vert de leurs plaines et l’anthracite de leur roche. Le printemps était en route. Chacun s’était regardé, le sourire aux lèvres, prêts à se reconnecter avec le reste du monde. Isdès avait esquissé un léger sourire, attrapant par la nuque l’adolescent nonchalant qui traînait près de lui. « Chit yu na dula op, Liv ? » Qu’avait-il prévu pour cette nouvelle année ? C’était un nouveau chapitre qui s’écrivait et après les émotions de la fin d’année, il était temps de retrouver sa place. Isdès était plein d’entrain et d’espoir pour les autres. Il appréciait de partager avec eux leurs desseins, leurs intentions et leurs craintes. Il aimait l’ambition des siens. « Hit ai niron op. » Les yeux clairs d’Isdès exprimèrent de la surprise, avant de luire de curiosité. Depuis quand Liv avait-il quelqu’un ? Et s’il comptait la retrouver, c’était qu’elle n’était pas de leur tribu. « Krei ? Chon em bilaik ? » Il resserra la prise autour de la nuque du garçon, comme pour l’inciter à ne pas mentir. Les poils de la fourrure de son manteau chatouillèrent les joues encore imberbes de Liv qui commençait déjà à essayer de se libérer de l’étau. « Isdès... Em ste Trikru. » L’aîné laissa échapper un rire avant de relâcher brusquement l’étreinte. Liv se frottait la nuque, jetant un regard presque désolé en direction de son voisin qui pointait un index vers lui. « Yu hod briyon plan in. Ste kefa. » « Yu ? » L’expression sur le visage d’Isdès se figea, avant qu’il ne retrouve un sérieux étonnant. « Ai ? Nou ai gada eni niron. » Il secoua la tête, comme il faisait lorsqu’une mèche de cheveux le dérangeait. Pourtant, aucune brise n’avait fait s’envoler ses cheveux soigneusement calés derrière ses oreilles. « Ai get em in. Ai sei, chit yu na dula op nau. » Sans pouvoir l’expliquer, Isdès sentit une vague de soulagement le submerger. Il avait cru devoir réprimander la curiosité mal placée de Liv, mais il n’en était rien. « Ai na hit ai lukot op. » Liv avait néanmoins compris que le quiproquo avait quelque peu entamé la bonne humeur d’Isdès, c’est pourquoi il se contenta d’hausser les épaules pour acquiescer. « Oso na strech au ogeda. Den, ai na gyon au lesad. » proposa finalement le garde pour alléger l’atmosphère. Il n’allait pas lui tenir rigueur de ses démons intérieurs qui ne l’avaient pas quitté malgré le gel de l’hiver. Même si un certain camarade s’était fait un réel plaisir de les lui rappeler, chaque fois qu’il passait devant lui.

Après avoir fait un bout de chemin ensemble, Liv avait continué vers le sud tandis qu’Isdès avait bifurqué vers l’ouest. Dans cette partie du continent, le ciel était beaucoup plus dégagé et un soleil éclatant régnait malgré la brise qui n’avait cesse de souffler pendant tout le voyage. Quelques heures de route seul, avant qu’il n’atteigne enfin les côtes qui surplombaient le village des Cent. Même s’il ne s’était pas suffisamment approché pour avoir un aperçu correct, il suffisait de constater les dégâts aux alentours pour comprendre qu’ils avaient gravement souffert du cyclone. Ce n’était pas étonnant vu l’exposition de leur territoire. Devaient-ils à nouveau tout reconstruire ? Isdès avait été là, la dernière fois que c’était arrivé et il n’était pas certain de pouvoir le refaire. Les Pikunis avaient certainement été affairés à venir en aide aux Calusas qui avaient manqué de disparaître de la surface de la Terre. Seuls subsistaient quelques déracinés et les Athnas s’attendaient à ce que certains tentent d’atteindre leur village volcanique, dans l’espoir de retrouver un foyer. C’était toujours difficile de voir une tribu faire face à l’extinction, mais les autres étaient là pour les soutenir, selon les affinités. Après s’être posté près d’une falaise, Isdès avait allumé un feu pour se réchauffer, mais aussi pour se faire voir de Thaïs qui ne devrait pas tarder. Il l’avait installé dans le sens de la pente, de sorte que les forts vents ne viennent pas trop perturber les flammes. Il se posa également entre le feu de camp et le précipice pour faire barrage, non sans s’emmitoufler dans son manteau. Puis il s’était perdu dans les méandres de son esprit, songeant à la discussion qu’il avait eu avec un Liv tombé follement amoureux d’une Naori. Il ne se rappelait pas qu’à son âge il ait ressenti la même chose ou alors, il s’était empressé de l’oublier. C’est alors que l’arrivée d’un animal l’extirpa de ses pensées. Un chien somme toute très proche de l’homme vint joyeusement le renifler, ignorant tout sens inné de la méfiance. « Hey ! » Il se pencha en arrière, aux aguets, prêt à faire face à son propriétaire qui gravissait la falaise. Thaïs n’avait quand même pas hérité d’un pauvre chien ? Il se releva, poussant du bout de sa botte l’animal envahissant, avant de faire face à la silhouette épuisée de Murphy.

Encore, se dit-il aussitôt. Thaïs était encore malade et elle avait encore choisi d’envoyer Murphy ? N’avait-elle pas d’autres amis ? Il n’eut pas même le temps d’ouvrir la bouche qu’elle lui confirma ses doutes : Thaïs ne viendrait pas. Isdès poussa un soupir, incapable de cacher son mécontentement. Il avait fait la route pour rien, une fois de plus. Si seulement il s’était écouté et lui avait offert une foutue chouette, ça lui aurait au moins évité des pertes de temps et des déceptions telles que celles-ci. Il observa la jeune femme sortir de sa poche le bout de papier qu’il lui avait confié, quelques mois plus tôt et il ne put s’empêcher de s’exclamer : « Cette gamine est trop faible. » Fragile aurait été un mot plus approprié. Il allait lui prendre la lettre des mains, la ranger dans son sac et probablement réfléchir à un nouveau message, mais l’appel de détresse de Murphy résonna à ses oreilles. C’est alors qu’il remarqua, sous la lueur orangée des flammes, son visage rougi non pas de froid, mais de ce qu’elle avait pleuré. Ses yeux ambrés étaient embuées de larmes et dans sa voix, il n’y avait rien d’autre que du désespoir. « Que... » Il ne comprenait pas ou plutôt, il refusait de comprendre. Son regard tomba sur le papier qu’il était en train de saisir. Il était taché d’un sang qui avait séché avec le temps et le froid. Mais à qui appartenait ce sang ? Thaïs n’aurait jamais laissé cette lettre, il le savait. Quand il releva les yeux vers Murphy, dévastée, il n’y eut plus aucun doute. Thaïs était morte. Elle n’était plus. Si Isdès savait parfaitement réagir à ce genre de nouvelles – et souvent avec une attitude qui en décontenançait plus d’un – celle-ci le laissait interdit. « Comment ? » parvint-il à articuler, figé sur place. Son visage était dénué de toute expression. Il sombrait. Pourquoi ça faisait mal, déjà ?

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06/12/2015 Lux Aeterna Nope 34836 Sophia Bush AVENGEDINCHAINS de mon ♥ (vava) ; Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 977
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Sujet: Re: I heard a whisper on my shoulder (Isdès)
Dim 18 Fév - 20:34



❝ I heard a whisper on my shoulder ❞
Murphy Cavendish & Isdès Hakantarr
(15 février 2118)


Il n'y avait rien de pire que de marcher seul lorsque l'on était en proie à ses pensées. Elles vous accaparaient, pouvaient vous accabler et vous ralentir autant que vous faire presser le pas, dans l'espoir de pouvoir leur échapper. Mais elles se collaient à l'épiderme, rongeait l'esprit. Quelques larmes floutaient parfois la vue de la brune, ses membres tremblaient mais il faisait froid; oui, c'était le froid, rien de plus. Elle ne pouvait pas se laisser bouffer par quelque chose que la bienséance voudrait d'elle qu'elle ait déjà accepté. Elle était porteuse de la nouvelle et si elle était incapable de tenir le coup lorsqu'elle était seule, qu'en serait-il lorsqu'elle l'apprendrait à l'Athna ?

Le soulagement de le trouver au sommet de la montagne était à peine perceptible. Elle ne s'était pas attendu un seul instant à ne pas le trouver. Sans en avoir conscience, elle avait compté sur lui tout du long. Sans en avoir conscience, elle avait attendu de reconnaître sa silhouette, comme un marin perdu cherche désespérément ses repères, la réponse d'un compas ou la lumière d'un phare au loin. Les lueurs chaudes du feu furent les premières à s'inviter à son regard et elle sut dès lors que tout allait finir -ou bien que tout s'apprêtait à commencer. Elle ne voulait pas annoncer la nouvelle; elle ne savait pas comment on faisait ces choses-là sans blesser l'autre, elle ne savait pas s'il y avait de bonnes façons de le faire. Elle avait vu Thaïs mourir, elle l'avait vu abandonner son dernier souffle au monde. Pourquoi devait-elle ajouter à cette peine celle de raconter ? En gravissant le mont, elle préférait laisser ces pensées et angoisses à plus tard. Elle ne lui servaient à rien, pour l'instant. Elle ne pouvait rien prédire; ni l'accueil qu'Isdès lui réservait, ni la façon dont elle arriverait à aborder les choses en arrivant. Pour une raison qui lui demeurait inconnue, pourtant, elle comptait sur lui. Elle guettait le feu au loin, suivait son éclat comme un papillon de nuit malade. Murphy perdait son souffle et ses jambes commençant à trembler sous l'effort inhabituel. Elle s'accrochait désespérément à l'idée de le trouver, lui, là-haut, encore naïf de cette nouvelle, l’œil brillant de cette lueur que seule Thaïs, à sa connaissance, était capable de faire éclater. Elle ne durerait pas longtemps, quelques secondes peut-être; quelques minutes tout au plus, si elle ne parvenait pas dès les premiers instants à transmettre le message pour lequel elle avait fait le déplacement. Il y aurait d'abord la déception de la trouver elle à la place de son amie, et puis il y aurait l'inévitable. Elle allait voir cet éclat mourir dans son regard. C'était elle qui allait le lui arracher.

La chaleur du feu enfin lui parvint. Elle chauffa son visage, même à quelques mètres, mais Murphy se moquait du froid et du chaud, maintenant. Elle se moquait de l'air qui lui manquait, de ses jambes qui la portaient à peine, de l'équilibre que la pente rendait précaire et de la caillasse par terre qui menaçait ses chevilles inexpérimentées à chaque pas. La silhouette se dessinait par-delà les flammes, calme mais toujours aussi imposante. Murphy cherchait son regard comme le point d'ancrage dont elle avait désespérément besoin. Elle pouvait deviner Antarès s'agiter au pied de l'homme mais n'en avait que faire. Son chien ne comprenait pas la gravité du moment. C'était ce qui rendait sa présence à la fois si réconfortante et si frustrante.

Elle, elle était perdue. Elle le savait, maintenant : il n'y avait pas de bonnes façons d'annoncer la perte d'un être cher. Isdès exprimait déjà tout son mécontentement et Murphy se surprit à vouloir retrouver toute la violence de leurs anciens échanges. La douleur de ces cris-là ne valait rien à côté de celle qui la consumait depuis novembre. Leurs désaccords lui apparaissaient maintenant comme un luxe futile auquel elle n'aurait plus jamais aucune légitimité. De ses mains froides et tremblantes, elle s'était contenté de sortir le morceau de papier qui avait tant voyagé. Il avait vieilli, son état certifiait de toutes ses aventures et il annonçait déjà les choses. Elle le brandit pour tous les mots qui ne lui venaient pas encore. « Dis pas ça ! » Elle avala sa salive avec difficulté. Il ne comprenait pas encore. A elle, ces quelques mots faisaient l'effet d'un impact violent en plein thorax. Thaïs n'avait jamais été faible, même lorsqu'elle avait été assommée par la grippe, même lorsqu'elle avait été abandonnée par la vie. Elle avait été trahie par son corps et par le hasard, par l’existence entière, par les règles du monde, mais jamais elle n'avait été faible. Mais Isdès, ce n'était encore que de sa présence à elle qu'il souffrait. Elle l'en aurait bien volontiers épargné, mais Murphy savait que dans quelques instants, sa simple existence paraîtrait dérisoire à la montagne. Bientôt, il ignorerait tout d'elle, parce que bien pire poids serait tombé sur ses larges épaules. Même lui plierait. Les mots de Murphy furent minimalistes et maladroits. Elle les lançait presque au hasard, y allait à tâtons, en espérant qu'Isdès sache s'en saisir et en saisir les sens cachés. Ses poumons criaient de détresse sous le manque d'air, mais ils ne devaient maintenant leur peine qu'à la multitude de hoquets de chagrin qui accompagnèrent ses tentatives d'explications. Quand il fit le tour du feu pour la rejoindre, Murphy sut que le moment s'approchait. Elle allait changer sa vie à tout jamais.

Elle la vit mourir, l'étincelle. Il suffit d'un instant, d'une petite seconde. Il restait sans voix mais il avait compris. Elle lui laissa la lettre abîmée et fuit son regard, la gorge nouée, s'essuyant le visage d'une main hâtive. Murphy refusait d'ajouter à sa propre peine celle d'Isdès. Aux hésitations et au lourd silence de l'homme, elle réalisait qu'il était finalement doté d'un semblant de palpitant. Il y avait quelque chose qui vivait, tout là-dessous, quelque chose qu'elle venait de violemment écharper. Thaïs l'avait atteint, ce cœur jalousement gardé, et c'était elle, en quelques secondes, qui venait de le briser. Elle se détestait d'être cette personne-là, celle qui tuait son affection en même temps qu'elle tuait sa jeune amie. Elle se détestait d'être l'oiseau de mauvais augure. Un vent froid soufflait sur les hauteurs, comme pour lui rappeler toute la dureté de ce monde. Elle pouvait voir les houles violenter la mer au loin, derrière la haute falaise de laquelle ils la surplombaient. La douce chaleur du feu ne semblait plus capable de l'atteindre. Son corps entier semblait décidé à lui faire comprendre que cette fois, il ne pouvait plus échapper au chagrin du deuil. Comment ? La question la laissa sans voix. Elle était légitime mais elle appelait de douloureux souvenirs. Antarès courut jusqu'à eux et s'assit à côté de Murphy, la truffe levée vers elle, attendant sans doute une marque d'affection qu'elle était incapable de lui offrir. D'un vague mouvement du bras et sans quitter la mer du regard, elle désigna le village des Cents qui devait se trouver dans la plaine derrière elle, en contrebas de la montagne. L'état du camp répondrait pour elle. « Le vent a été trop violent... Elle... ils l'ont amenée chez nous et... on a... » Son regard embué se leva une seconde vers Isdès mais elle ne put le soutenir plus longtemps. On a pas pu la sauver. En moins de temps qu'il en fallait à un éclair pour fendre le ciel, elle laissa l'homme planté là, à côté de son feu, et monta de quelques mètres supplémentaires pour trouver au sommet de la haute colline une roche capable d'accueillir ses fesses et sur laquelle elle se laissa lourdement tomber. D'un regard vide, elle fixait l'océan agité, chamarré d'une multitudes de teintes de bleus profonds qu'il semblait être le seule capable de peindre, même dans l'obscurité naissante d'un début de nuit. Les hautes vagues venaient mourir en contrebas de la falaise, encore et encore, dans un cycle infernal qui les voyait naître à nouveau au loin, comme si le monde pouvait continuer à tourner sans plus porter Thaïs. Ses lèvres entrouvertes accueillaient malgré elles les gouttelettes salées et iodées qui s'échappaient de l'agitation des flots. « C'est son sang, sur ta lettre... » souffla-t-elle dans le vent, peu convaincue que sa voix porte jusque lui, et d'ailleurs peu convaincue de le souhaiter. Il avait été assez malin pour le deviner lui-même. Entre ses mains subsistait un petit peu de ce qui avait fait Thaïs, et de ce qui lui avait coûté la vie, aussi. Ses cheveux volaient, se délogeaient de sa nuque, la laissant en partie à la merci du froid des lieux. Elle se moquait de tout ça. Elle ne voulait pas être témoin de la déchéance d'Isdès. C'était plus que ce qu'elle pouvait supporter. « Je suis pas sûre que ça soit utile que je te décrive son sort... »

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06/05/2016 Dandan/Sonia Aucun. 281 Jason Momoa lux #demonkeur Garde pour sa tribu, il s'occupe aussi parfois des oiseaux messagers. Athna, à la vie, à la mort. 41


Sujet: Re: I heard a whisper on my shoulder (Isdès)
Dim 15 Avr - 21:20

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La réaction de Murphy avait été virulente, instinctive. Comme si Isdès aurait pu vraiment se permettre une telle critique envers Thaïs. Elle l’ignorait peut-être, mais il était tout bonnement incapable de lui trouver des défauts. Alors, quand elle lui fit comprendre la réalité de la situation, sans doute cela expliqua-t-il un peu sa réaction. Pour la première fois de sa vie, l’Athna tombait des nues. Il ne savait pas comment réagir, comment assimiler un événement qui n’avait pas existé, jusqu’à il y a quelques secondes à peine. Depuis combien de temps avait-il vécu dans le mensonge ? Depuis combien de temps s’imaginait-il une Thaïs bel et bien vivante, alors qu’elle avait déjà rejoint le ciel ? Certainement dans son cas, elle côtoyait de nouveau les étoiles tandis que les croyances de sa tribu pousseraient plutôt Isdès à croire qu’elle était désormais dotée de plumes. Les volatiles étaient des espèces très respectées, à qui on prêtait souvent les âmes des défunts. C’était une sorte de réincarnation, que les Athnas préféraient interpréter comme une continuité. Ils n’allaient pas chercher plus loin dans la spiritualité, préférant s’ancrer dans le moment présent. Mais maintenant, Isdès s’en voulait de ne jamais avoir cherché plus loin. Il s’en voulait de ne pas être certain de la destinée de l’adolescente. Il s’en voulait de ne pas avoir été mis au fait plus tôt, d’avoir préféré se réfugier dans sa montagne jusqu’à l’orée du printemps. Que faire maintenant ? C’est sans doute ce qui motiva Isdès à poser une question morbide. À recherches les détails d’un trépas qui ne méritait pas d’être abordé. C’était du moins ce que lui transmit le regard outré de la jeune femme. Visiblement, les Skaikru n’avaient pas le même rapport qu’eux à la mort. Il s’en souvenait aisément, quand il s’était heurté à la tenacité futile d’une Murphy à la recherche d’une amie probablement déjà morte. Il se remémorait la détresse dans ses prunelles affolées, quand elle avait cru voir se matérialiser la présence d’une âme disparue. Ils géraient mal le deuil, préférait-il se dire, pour se convaincre qu’eux faisaient indubitablement mieux. Alors pourquoi ça faisait mal ? Pourquoi sentait-il sa gorge se serrer, son ventre se nouer ? Murphy essayait tant bien que mal de clarifier les circonstances de la mort de Thaïs et Isdès s’en trouvait toujours insatisfait. Ce n’était pas une fin digne de Thaïs. Il avait envie de crier à l’injustice, alors qu’il avait toujours clamé que la mort intervenait pour une raison. Elle avait fait son temps, elle avait accompli ce qu’elle avait à accomplir. Non, ce n’était pas ça. C’était impossible. La gamine était destinée à faire encore tellement de choses...

Ses yeux se dirigèrent brièvement en contre-bas, vers les cimes qui abritaient encore maladroitement un camp dévasté. Il aurait dû être là. Personne n’aurait pu prévoir une telle catastrophe, mais Isdès se retrouvait étranglé par l’impuissance et par une promesse qu’il n’avait pas su tenir. Dès que Murphy leva son regard larmoyant vers lui, la situation devint insoutenable. L’homme se mura dans le silence, en quête de contrôle. Elle aussi regrettait de ne pas avoir été là au bon moment, c’était clair. Tout comme lui, elle se sentait peut-être coupable de ne pas avoir pu la sauver. Leurs émotions se rejoignaient et pourtant, elles se manifestaient de manières totalement différentes. C’était troublant de faire à une détresse si ostensible. Est-ce que ça la soulageait de laisser tout aller ? Se moquait-elle de paraître faible devant autrui ? Des deux, Isdès n’était plus certain d’être le plus solide. Bientôt, on le planta là, près d’un feu qui ne réchaufferait personne. Il l’observa continuer à s’approcher du précipice, puis s’asseoir au bord de la falaise qui accueillait les fortes brises maritimes. Il l’entendit à peine parler, mais distingua les mots clefs qui l’aidèrent à comprendre. La lettre qu’il détenait au creux de sa main était devenue le vestige d’une agonie et sans y réfléchir à deux fois, Isdès froissa le papier avant de le laisser tomber dans les flammes. Incapable d’entendre la nouvelle intervention de Murphy, il contempla le papier se consumer en une poignée de secondes, aussi rapidement que la vie avait quitté le corps de Thaïs. Il en voulait à la terre entière et aurait voulu trouver des coupables sur qui il pourrait déverser sa colère. Mais il n’y avait rien d’autre que la fatalité pour porter la responsabilité de cet événement. Isdès resta là immobile, quelques minutes durant, avant que la solitude ne soit de plus en plus difficile à supporter. Aussitôt, il céda au besoin irrépressible de rejoindre Murphy. Son silence était insoutenable, car il croyait pouvoir entendre les larmes dévaler sur ses joues de porcelaine et voir le chagrin peser sur ses fines épaules.

Il fut près d’elle et il sentit son rythme cardiaque s’accélérer. Ainsi, ça n’avait pas changé... Dans une tentative de faire croire que lui non plus n’avait pas changé, qu’il était toujours si supérieur, il se départit d’une remarque peu convaincante : « Ça ne sert à rien de pleurer. » Son regard s’attarda sur sa nuque, envahie d’une chair de poule provoquée par les vents côtiers. Elle ne méritait pas d’avoir aussi froid. Sa fierté ne fit pas longtemps le poids contre cette pulsion qui le poussait vers elle. Son cœur semblait vouloir s’arracher de sa poitrine, pour se rapprocher toujours plus de la silhouette recroquevillée. Isdès se laissa tomber à genoux, arrivant non sans mal à la hauteur de la jeune femme assise. Son visage vint s’approcher de son oreille droite pour murmurer les condoléances les plus sincères qu’ils soient. « Fiya. » Un mot qui prenait ses origines de sa langue à elle : feel ya. Je te comprends. Je ressens la même peine que toi. Ses bras enroulèrent sa taille et l’attirèrent contre son torse. Tempête. Se retenant d’enfouir son visage dans le parfum enivrant de sa nuque, il se contenta d’être l’épaule sur laquelle s’épancher. Ses larmes étaient les siennes.

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Sujet: Re: I heard a whisper on my shoulder (Isdès)
Mar 17 Avr - 23:27



❝ I heard a whisper on my shoulder ❞
Murphy Cavendish & Isdès Hakantarr
(15 février 2118)


Elle n'avait toujours pas prononcé les mots. Elle avait souhaité ne pas avoir à le faire, et elle souhaitait ne jamais avoir à le faire. Il y avait de ces phrases qui sonneraient toujours faux, malgré l'ancre qui les enfonçait dans la réalité. Thaïs est morte. Ça sonnait terriblement faux. Même si elle n'était plus là, même si elle ne riait plus, même si elle ne râlait plus, même si elle ne lisait plus, même si elle ne s'entêtait plus à rien, ne fouinait plus entre les bâtiments, ne courait plus après des lapins ensanglantés, ne cajolait plus Antarès, ne racontait plus ses journées à personne, même si son corps reposait sous cette terre loin de leurs étoiles, ça sonnait terriblement faux.

Isdès n'avait pas eu besoin d'entendre la phrase. Peut-être redécouvraient-ils là les vestiges d'une relation qui avait autrefois existé, qui leur avait donné l'impression que les mots, entre eux, étaient aussi dangereux que superficiels. Murphy s'était refusé à prononcer le mot. Ça aurait sans doute été plus simple pour lui de l'entendre, même dans la langue des célestes, mais elle avait repoussé cette seconde, encore et encore, et espéré secrètement que chacune d'elle l'éloigne un peu plus de la verbalisation de la nouvelle. C'était dans son regard larmoyant qu'il avait lu le message. Et à l'instant même où il avait comprit, il sembla à Murphy que leur amie mourrait une seconde fois sous ses yeux. En même temps que l'étincelle qui venait de quitter les prunelles claires de l'Athna, elle s'éteignait à nouveau.

Elle aurait aimé qu'elle soit là à sa place, Thaïs. Elle aurait aimé ne pas avoir à faire le trajet, ne pas avoir eu à lire la note qu'il avait écrite sous ses yeux au début de l'hiver. Elle aurait aimé n'avoir eu à annoncer qu'une mauvaise grippe et se contenter de transmettre une petite lettre, juste une fois. Elle aurait aimé que le reste ne la regarde plus, comme tout ce qu'ils avaient connu avant ne la regardait pas. Elle aurait aimé pester dans son coin, à fixer les étoiles pendant de longues insomnies, à se demander ce qu'il pouvait lui raconter, à elle, ou ce qu'elle pouvait bien lui raconter, à lui, quel était ce lien mystérieux qui les unissait. Elle aurait aimé pouvoir se demander ce qu'il avait pu griffonner sur le morceau de papier, ce jour de novembre, de l'autre côté des flammes capricieuses. Ces questions paraissaient maintenant perdues à des années lumières de là. Le morceau de papier taché du sang de leur amie commune avait trouvé refuge entre les doigts épais de l'homme. Murphy ne voulait plus le voir. Elle s'y était désespérément accrochée, comme un témoin et un souvenir, mais elle n'en supportait plus la vue. Il appartenait maintenant à son unique propriétaire, le seul qui en avait la légitimité. Si elle en avait eu la force, elle se serait probablement excusé d'avoir ouvert cette note et d'y avoir trouvé la date et le lieu qui les réunissait maintenant. Mais il comprenait, non ? Il comprenait sa présence ici, qu'elle était forcée par la fatalité; il comprenait qu'elle se soit tant offusquée de la remontrance qu'il avait faite, encore naïf de cette funeste nouvelle. Il devait comprendre tout ça parce qu'elle était incapable de le lui expliquer.

Elle n'arrivait plus à soutenir le regard d'Isdès. Elle voyait l'existence de Thaïs s'en évanouir, elle voyait une incompréhension, une détresse peut-être, commencer à poindre. C'était trop pour elle. Le vent glaçait ses larmes sur ses joues mais elles ne cessaient de quitter ses prunelles par vagues incessantes. C'était la première fois qu'elle pleurait. Qu'elle s'autorisait à pleurer vraiment.

On disait que pleurer soulageait les maux et les peines. On disait qu'avec le temps, c'était le meilleur moyen d'accepter les choses pour mieux se reconstruire en dépit d'elles, ou en accord avec elles. Mais pleurer faisait se sentir vulnérable, pleurer affaiblissait, dévoilait à tous, y compris à soi-même, tout ce que l'on préférait cacher. Pleurer rendait les chagrins réels. Thaïs est morte. Ses cheveux volaient dans sa nuque, devant ses yeux, alors que son regard embrumé essayait de trouver un repère en contrebas, là où les vagues rejoignaient violemment les falaises. Elle pouvait sentir les embruns contre sa peau; ils se mélangeaient aux larmes et à la transpiration de l'ascension, venaient se coller à ses lèvres sèches et y déposer un fin voile de sel. Recroquevillée sur elle-même, Murphy avait perdu à la fois toute notion du temps et tout désir de le voir défiler. Isdès demeurait silencieux, quelque part derrière elle. Thaïs était la seule capable de le faire taire. Murphy était perdue en pleine mer déchaînée, abandonnée à l'océan et sujette à ce qu'il voudrait bien faire d'elle. Aucun repère devant elle. Ses mains tremblantes, nerveuses et pressées venaient parfois essuyer son visage dans un espoir vain de marquer une pause dans ces interminables minutes. Les vents fous l'assourdissaient; ou peut-être était-ce les rouleaux salés qui s'écrasaient à quelques dizaines de mètres sous ses pieds. Elle était épuisée. Elle était épuisée et elle s'écroulait, à bout de forces et pour toutes les fois où elle avait tenu bon, juste un peu plus longtemps, juste pour les jeunes, juste pour Nadja, juste pour tous ceux qui avaient déjà bien suffisamment à faire.

Elle trouvait moins de charmes aux hauteurs, d'un coup, et se surprit même à les redouter. Elle n'était qu'à quelques mètres du précipice. Ses vertiges s'imposèrent violemment à elle et les vagues ne se contentaient plus de l'assourdir; elles l'attiraient vers elles. La voix d'Isdès raisonna derrière elle et au milieu de tout ce vacarme. Elle retint sa respiration quelques instants et ne s'en rendit compte qu'en cherchant l'air à nouveau. Ses lèvres tremblaient en cherchant une de ces répliques cinglantes dont elle était pourtant spécialiste. Mais pour ça aussi, elle était trop épuisée. Pleurer ça ne servait à rien. Pleurer c'était faire resurgir tout ce qu'il était trop douloureux de ressentir. C'était laisser s'échapper les démons de son propre être. Certains disaient qu'ils n'étaient pas ça d'éviter les larmes. Murphy, elle, préférait à ça l'impassibilité de ceux qui attendent que les choses passent toutes seules, que l'irréel devienne réel par simple évolution des choses. A force de le vouloir, on finissait par y croire. Elle redoutait par-dessus tout cet instant, l'instant de rupture où tout changeait, où tout faisait mal, où le cœur et l'âme étaient arrachés de l'être et dont on se pensait incapable de sortir. Elle n'avait pas pleuré Faust tout de suite et lorsqu'enfin elle s'y était autorisée, elle avait compris qu'elle venait de passer la frontière qui séparait l'abstrait du concret. C'était la première fois qu'elle pleurait Thaïs en bonne et due forme. C'était donc seulement maintenant qu'elle réalisait qu'elle ne la reverrait jamais plus. L'enterrement de la jeune fille ne lui avait pas suffi. Elle avait encaissé, elle était restée silencieuse, avait réconforté les jeunes avant qu'ils ne partent assimiler leur propre deuil dans les ruines de ce qui avait été leur village. Et puis elle avait fait ce qu'elle faisait de mieux : elle avait laissé le temps passer, espéré qu'il lui offre l'oubli ou une autre alternative que celle du deuil. La simple acceptation.

La mer appâtait toujours son vertige en contrebas. Elle cherchait ses mots mais chaque seconde semblait pire encore que la précédente. Elle ne voulait pas vivre le chagrin d'Isdès. Elle ne voulait pas qu'il lui brise le cœur une seconde fois. Elle aurait aimé vouloir hurler contre lui, ou avec lui, mais les mots lui manquaient. Quelques gémissements rauques de débuts de phrases avortées furent tout ce que ses cordes vocales offrirent au vent. Elle entendait quelques bruits feutrés derrière et devinait Antarès s'agiter, chercher son attention peut-être. Son regard ne parvenait pas à se détacher des flots froids. Mais elle le sentait contre elle, près d'elle. Ce n'était pas Antarès qui faisait chanter la neige. Le souffle chaud d'Isdès glissa un mot à son oreille, un seul mot.

Les vagues n'étaient plus les eaux les plus violences en ces lieux. Murphy fondit à nouveau en larmes, laissant en détresse ses poumons. Elle aussi, elle était désolée. Elle aussi, elle comprenait. Ses mains se perdirent face à elle, cherchèrent instinctivement un repère duquel se saisir, se posèrent nerveusement sur ses genoux avant de s'en détacher à nouveau. Avec l'énergie du désespoir, elle se saisirent des bras qui vinrent entourer sa taille et s'y accrochèrent de toutes leurs forces. Instinctivement, elle s'était tournée vers Isdès. Sur son visage pourpre coulait un torrent de larmes. Il cherchait le réconfort de l'étreinte et sa joue humide s'était écrasée contre son torse. Ses mains tremblaient sur son bras et elles le quittaient de temps en temps pour mieux le retrouver, désespérées. Isdès était sa bouée de naufragée. « Moi aussi... » lâcha-t-elle dans une plainte rauque et entre deux sursauts de pleurs. « J'aurais préféré... ne pas... avoir... à venir. » Malgré elle, elle avait glissé sur le petit rocher qui la portait et s'était laissée lover contre Isdès et ses fourrures. Parvenait à ses narines le doux parfum de son cou et de sa peau dont elle s'était tant abreuvée. L'une de ses mains glissa contre son omoplate pour le serrer un peu plus contre elle. Le flot de larmes s'apaisait doucement. Les pleurs devenaient silencieux. « Je suis désolée, Isdès... Elle avait hâte de te voir... » Dans un soupir épuisé, elle laissa ses paupières brûlantes se fermer. Elle retrouvait progressivement son souffle mais ses mains ne lâchaient pas leurs prises. Quelque part à sa gauche, elle entendit Antarès japper discrètement. Il s'était installé à côté d'Isdès et observait la scène d'un air curieux et dubitatif. « Je suis désolée... »

Sa main quitta le dos de l'Athna pour doucement chercher son visage. Lorsqu'elle parvint à ouvrir ses paupières endolories, Murphy leva le visage vers lui. Tremblante, le visage bouffi, elle laissait ses doigts glisser sur sa joue, comme pour le rassurer, elle aussi, comme pour lui rendre le réconfort, lui manifester sa présence et transmettre tout ce que ce que son regard faillait peut-être à transmettre, rouge comme il l'était devenu. Elle était prête à affronter son regard et son deuil. Elle était prête à accueillir le chagrin d'Isdès. « Je suis désolée... » Thaïs est morte. Elle était morte, mais au cœur des mers affolées par la tempête, la naufragée avait trouvé un phare dont elle avait depuis bien trop longtemps abandonné les recherches.
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Sujet: Re: I heard a whisper on my shoulder (Isdès)
Dim 13 Mai - 14:24

Pretending life is worth the fight

Les vagues qui s’écrasaient en contre-bas étaient une parfaite allégorie de ce qui se passait chez Isdès. Des remous incontrôlables qui balayaient tout sur son passage et qui ne laissaient aucun répit à l’être endolori avant de l’assaillir de nouveau. Il ne pourrait pas trouver la paix, pas ce soir, alors que Murphy avait fait tout ce déplacement pour lui avouer sa peine. Il ne pouvait pas lui tourner le dos maintenant, sans quoi il serait le monstre à tout jamais. La solitude demeurait encore la meilleure compagne pour surmonter une épreuve et se reconcentrer sur le moment présent, mais il avait compris que la jeune femme ne fonctionnait pas de la sorte. Était-elle venue seulement lui annoncer la nouvelle, alors qu’il aurait fini par l’apprendre d’une façon ou d’une autre ? Ou bien était-elle venue dans l’élan du désespoir rechercher le réconfort auprès du fantôme d’un homme qu’il n’était pas ? La réponse importait peu puisqu’il sentit tout de même ses mains agripper ses bras comme s’ils étaient son dernier rempart. Comme le dernier filet avant qu’elle ne se laisse emporter et ne tombe, dans les abysses du chagrin. Se rattacher au vivant pour mieux tenter d’oublier la mort qui guettait à chaque nouvelle catastrophe. Les Skaikru auraient dû rester perchés dans leur ciel aseptisé, enfermés dans une bulle que rien ne pouvait menacer. Là, ils faisaient face aux caprices de la nature et à une impuissance chronique qui les définissaient justement comme des mortels. Murphy devait apprendre, malgré elle. Elle ne pouvait pas compter sur sa présence. Jamais. Sur personne. Mais pour cette fois-ci, Isdès était prêt à fournir l’effort. Il était prêt à se mettre dans la peau de celui qu’elle voulait qu’il soit. Quand elle leva son visage sanglotant vers lui, elle lui brisa le cœur. Ce n’était pas tant la disparition de Thaïs qui lui faisait mal, mais le cyclone émotionnel qu’elle provoquait. Un torrent d’émotions qu’il n’était pas en mesure de contrôler. Isdès laissa la jeune femme pleurer contre lui, n’accordant aucune réponse à ses interventions. Il n’était pas fait pour ça, pas plus qu’il n’était fait pour assumer tout ce qui bouleversait son être intérieur, depuis plusieurs minutes déjà. Son regard, vide, se perdit dans la contemplation du paysage devant lui. Ça le rongeait, ça lui faisait mal. C’était difficile de se combattre soi-même. Il ne cilla même pas quand elle se laissa glisser contre lui pour resserrer une étreinte déjà trop complexe. Il était ailleurs, dans des méandres qu’il avait tant de fois évitées, qu’elle avait tant de fois suscitées.

La mention de son prénom le ramena un peu sur l’instant présent. Isdès l’écoutait dire que Thaïs avait tellement hâte de le voir, sans vraiment en saisir la portée. Qu’est-ce que ça pouvait bien changer, maintenant ? La volonté de l’adolescente n’avait jamais eu aucune influence sur son destin. C’était le plus difficile à accepter quand on était si jeune et encore si emplie d’espoir. Il n’avait pas eu le courage de la décevoir sur ce point, elle qui avait eu des rêves plein la tête. Il baissa sa tête pour observer le chien manifester sa présence, avant de s’installer auprès d’eux. Qu’est-ce qu’il pouvait bien y comprendre ? Il osa enfin la regarder elle, quand elle s’excusa une nouvelle fois. Pour une fois, ce n’était pas de sa faute. C’est alors qu’elle choisit ce moment pour lever la tête à son tour et rencontrer ses prunelles. Lui qui croyait se montrer incroyablement détaché à cet instant précis eut l’impression qu’elle venait de le transpercer de toute part. Son âme venait de pénétrer la sienne sans qu’elle ne l’y ait invitée. Elle lisait des choses que lui-même n’était pas en mesure d’accepter. Murphy posa ses doigts sur sa joue barbue et semblait l’inviter dans un silence à partager sa peine. Mais il n’était pas comme elle. Qu’elle retire sa main, qu’elle le laisse expérimenter son deuil comme il le souhaitait. Mais elle le tirait, attisait un peu plus une douleur qui n’avait pas lieu d’être. Qu’elle se taise. « Arrête. » murmura-t-il, à bout de souffle. Bizarrement, Isdès se sentait privé de toutes ses forces. Il ressentit le besoin de se laisser tomber assis, attirant la frêle silhouette toujours plus contre lui. Un long frisson désagréable parcourut son échine, faisant trembler l’intégralité de son corps. Sa gorge était étranglée. Et il y avait toujours ce nœud qui faisait mal au creux de ses entrailles. « Laisse-la partir. » essaya-t-il de la convaincre. Ou peut-être était-ce pour lui ? Si les pleurs avaient cessé, la proximité de leurs corps encourageait celui de Murphy à s’apaiser. Son cœur invitait le sien à retrouver un rythme plus soutenable, son souffle à l’imiter. Il la blottit contre lui, puisqu’il ne trouvait pas le courage de l’affronter à nouveau. Deux corps perchés sur le haut d’une falaise, entre le vide et le plein, entre la floraison des bois et la violence des flots. Deux âmes qui subsistaient dans un monde qui paraissait ne pas vouloir d’eux, ensemble et unis.

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Sujet: Re: I heard a whisper on my shoulder (Isdès)
Lun 14 Mai - 2:11



❝ I heard a whisper on my shoulder ❞
Murphy Cavendish & Isdès Hakantarr
(15 février 2118)


Lovée au creux de ses bras, la douleur n'était plus tout à fait la même. Elle se perdait avec ses pleurs dans les vents houleux des sommets qui surplombaient l'océan. Le poids qui alourdissait ses épaules ne s'allégeait pas vraiment, mais il se diffusait partout autour d'elle, là où il se faisait plus discret, là où il pouvait offrir un peu de répit. Noyée par son propre chagrin et les larmes qui n'avaient de cesse de couler, Murphy pleurait pour tout ce qu'elle n'avait pas pleuré depuis novembre, pour tout ce qu'elle s'était interdit de pleurer depuis novembre. On se retenait pour les autres et puis on en venait à le faire pour son propre quotidien, perdu dans l'illusion que ça n'était pas nécessaire et que ça aidait à mieux appréhender la suite, de ne pas s’appesantir sur ce qui était passé. Ses larmes, ces derniers mois, avaient été rares, calmes, pudiques et solitaires. Elle les essuyait en quelques secondes et passait à autre chose; il y avait cette tour à reconstruire, cette barricade à redresser, ce bâtiment à renforcer. A force, on s'emmurait dans un enchaînement de journées qui se ressemblaient, perdaient de leur caractère en même temps qu'elles perdaient de leur difficulté. Ne pas penser, c'était laisser le chagrin dehors, lui claquer la porte au nez en lui faisant un bras d'honneur. Il y avait les gardes et les patrouilles, les responsabilités, l'organisation, les journées interminables et les nuits qui n'étaient pas toujours plus calmes. Et puis il y avait la tombe de Thaïs auprès de laquelle elle laissait sa mélancolie à chaque fois qu'elle fermait le livre dont elle venait de lire à voix haute quelques lignes, pour elle, parce qu'elle n'avait pas eu le temps de le faire elle-même. Le luxe du recueillement n'était pas donné pour tous ceux qui disparaissaient du monde. Ça n'avait jamais été le cas là-haut, mais là-haut, il y avait toujours eu la certitude du néant qui avalait ceux que l'on aimait. Faust, comme Ofelia, n'étaient nulle part. Thaïs, elle, reposait au cœur du village du ses aînés, mais c'était une illusion que de croire que ça rendait le deuil plus facile.

Murphy ne se serait jamais crue capable de tels torrents de larmes. Pleurer, c'était ce qui nous arrivait lorsqu'il ne nous restait plus rien d'autre, lorsque tous les remparts tombaient, lorsque l'envahisseur prenait le dessus. Elle ne laissait jamais l'envahisseur prendre le dessus. Mais au creux de ses bras, les remparts tombaient encore. C'était le pouvoir de ses étreintes; ils lui ôtaient ses forces, ils lui volaient sa combativité, la privaient de sa détermination. Elle fermait les yeux, très fort, se cachait un peu plus contre lui à chaque instant de peur de devoir soutenir son regard, de peur de plonger à nouveau dans la réalité crue qui l'entourait. Sa réalité, pour quelques instants, elle la choisissait. Pour quelques instants, elle s'offrait le privilège de la chaleur des montagnes. Pour quelques instants, elle s'autorisait à oublier le vent glacial, les vagues qui venaient crever en contrebas, les hauteurs vertigineuses qui l'attiraient inexorablement vers le fond. Pendant quelques instants, même mise à nue, dénuée de ses remparts, Murphy se sentit en sécurité. Si elle ne laissait pas ses souvenirs la rattraper, elle pouvait même oublier les cris et les menaces qui avaient marqué leur dernière entrevue. Elle pouvait oublier les reproches, l'absence et le manque, se bercer des doux souvenirs du lac et de la cascade, des montagnes, de l'Edelweiss et de toutes ces étreintes dans lesquelles elle s'était tant de fois perdue.

L'épuisement, probablement, força le flot de larmes à prendre fin. Asséchée, épuisée, elle se décidé enfin à lever son regard bouffi vers lui. Il ne pleurait pas. Il demeurait silencieux, impassible, mais il y avait quelque chose dans son regard qui le trahissait. Il y avait cette pointe de quelque chose qui était née en même temps qu'une lueur y était morte. C'était toujours là. Ça donnait à ses prunelles une drôle de tonalité qu'elle essayait de déchiffrer mais les reflets gardaient jalousement leurs mystères. La brune laissait ses doigts glacés s'égarer sur la joue de l'homme, dans sa barbe, comme pour s'assurer qu'il était là, encore, qu'il était dans sa réalité et qu'elle était dans la sienne. Ses excuses répétées dans les murmures se perdirent dans l'air iodé. Isdès l'avait arrêtée d'un souffle. Murphy se raidit, avala sa salive avec difficultés. La lueur de son regard se dévoilait dans le mot, dans le murmure, dans l'abandon. Elle l'accompagna jusqu'au sol. Elle ne supportait pas ce que ses sens lui renvoyaient. Sa voix, son regard; tout portait un deuil qu'il rejetait fiévreusement. Le bout de ses doigts s'arrêta dans sa barbe alors qu'elle abdiquait une nouvelle fois, laissant son nez redescendre contre la chaleur de son cou. Contre sa poitrine, elle put jurer le sentir trembler. La montagne vacillait. Les vents, le froid ? Le deuil. L'hiver n'avait jamais eu raison du roc. Même en plein gel, perdu dans les entrailles de la terre, Isdès n'avait jamais laissé le froid dicter ses réflexes nerveux. « Je suis désolée » répéta-t-elle encore dans un sanglot discret. Et les mots d'Isdès raisonnèrent contre son corps entier. Laisse-la partir. Ses doigts se crispèrent dans la barbe avant de redescendre sur son épaule. Ses paupières se fermèrent sur quelques nouvelles larmes qui fondirent silencieusement sur ses joues rouges. « Je l'ai laissée partir... » souffla-t-elle contre sa peau. « Justement, je l'ai laissée partir... » Son nez froid trouva le battement de sa jugulaire et respira tout ce qu'il pouvait respirer de cet instant hors du temps, de cette réalité un peu plus douce. Elle sentait les bras d'Isdès autour d'elle et trouvait du réconfort dans ces contacts volé au passé. Leur monde, à nouveau, et de longues minutes de silence, leurs respirations se faisant écho, accompagnées de rafales violentes qui faisaient voler leurs cheveux autour de leurs silhouettes unies. Murphy aurait probablement pu s'endormir, même gelée, contre lui. Il était devenu son rempart.

Brusquement, dans un sursaut de conscience, elle se détacha d'Isdès et essuya ses joues humides. « Je... » tenta-t-elle de s'excuser encore. Ses bras lui manquaient avant même qu'elle ne s'arrache à leur étreinte. En contrebas, le feu ne semblait plus très vigoureux. Antarès était descendu près du foyer et la silhouette blanche était couchée dans l'herbe brune. « On devrait... refaire un feu, plus bas, à l'abri des arbres, pour dormir. » Elle se releva pour lui faire face un instant. Le vent côtier faisait violemment voler ses cheveux devant son visage, lui-même agressé par les attaques incessantes de l'air glacé. Son équilibre vacillait sous les rafales et la chaleur d'Isdès lui manqua plus encore. Il était temps d'abandonner l'océan et de s'abriter de ses violences. Avec regrets, laissant Isdès derrière elle, elle descendit le flanc de la haute colline et chercha l'abri des sapins. Un instant, elle se retourna vers les hauteurs. Elle croisa un instant le regard de la montagne. Sa silhouette, même perdue sous toutes ces fourrures, il lui semblait encore la connaître par cœur. Sa gorge restait nouée, mais il ne s'agissait plus tout à fait, ou plus seulement, de Thaïs. Est-ce qu'un phare pouvait aussi avoir besoin d'être guidé ? Est-ce qu'un rempart pouvait aussi avoir besoin d'être protégé ?
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Sujet: Re: I heard a whisper on my shoulder (Isdès)
Jeu 7 Juin - 18:50

Pretending life is worth the fight

Encore la veille, la montagne n’aurait jamais cru tenir l’étoile céleste dans ses bras. Elle était si légère contre lui, presque autant que son alter-égo immatériel. Si Isdès ne touchait pas ses vêtements, il aurait sans doute pu croire à un mirage. Cette situation tenait du miracle, de l’irréel, tant les éléments s’étaient dressés contre eux. Et plus tragique encore, il fallait la mort d’une adolescente pour qu’ils trouvent le courage de se rapprocher de nouveau. L’Athna n’était pas en mesure d’interpréter tout ça, ni même d’essayer d’expliquer son propre comportement. Il semblait juste que plus il s’acharnait à s’éloigner d’elle et plus il revenait irrémédiablement vers la cause de ses tourments. Et cette fois-ci, le chagrin d’une perte lui causait bel et bien un trouble inévitable. Il ne parvenait pas à assimiler la nouvelle, comme lors d’une matinée brumeuse. Les faits repassaient en boucle dans son esprit, sans qu’elles ne trouvent leur caractère immuable. Qu’aurait-il pu faire ? Rien, il le savait déjà alors pourquoi il n’avait cesse de se poser la question ? Pourquoi elle ? Le cercle vicieux s’alimentait tout seul et il restait là, les bras autour d’une jeune femme qu’il s’était promis de ne plus jamais revoir. Il essayait de mettre des mots, d’y incorporer du sens et de la raison tandis qu’il intimait à Murphy de faire ce que lui se retrouvait incapable de faire. Il était temps de l’accepter. De tourner la page. Les morts n’avaient que faire des pleurs. La vie attendait le lendemain, nouveau et grand. L’avenir se moquait bien du passé, surtout quand il n’était qu’entrave au destin. Dans leurs longues années de réhabilitation suite à la catastrophe qui avait frappé la planète Terre, les Athnas avait mis du temps à comprendre cela, avant que ça ne devienne un héritage inné. Isdès avait souvent entendu son père évoquer son grand-père, cet homme percé de toutes parts par les failles. Il n’avait jamais réussi à avancer, lui avait-on dit. Fruit de l’accident nucléaire, victime de la chute de leur civilisation, il n’était jamais parvenu à outrepasser les obstacles. Son corps avait foulé la Terre, trente-huit années durant, mais son esprit avait toujours été embrumé par les pertes et les craintes qui en résultaient. Il pleurait beaucoup le père de son père, secrètement. Et de l’homme aux bras forts et au courage invincible, on ne retenait que les yeux rouges de la veille. C’est peut-être pour ça qu’il n’avait pas fait de vieux os et que le père d’Isdès lui avait compensé en s’avouant le plus solide des rocs. Impénétrable, inextinguible, invincible. Rien qu’il n’ait jamais souhaité se lisait dans son regard. Le fils n’avait jamais entendu son père clamer l’amour qu’il portait à sa mère et pourtant Dieu sait quelle attention il lui dévouait, chaque jour. Il n’avait jamais clamé la fierté qu’il ressentait en tant qu’Athna et pourtant, il continuait de prouver sa consécration indéfectible à la tribu dans laquelle il s’était forgé homme. Il ne semblait jamais avoir connu la frustration, la tristesse, l’injustice, ni même l’impuissance. C’était cet exemple-là qui avait bercé Isdès et aujourd’hui, c’était avec détresse qu’il se rendait compte qu’il n’était peut-être pas la parfaite reproduction de son éternel modèle.

Quand Murphy glissa ses doigts dans sa barbe, Isdès se figea sur place. Le contact était douloureux, brûlant d’inconfort. Il aurait voulu la repousser, ne pas la laisser s’immiscer comme ça si près de lui, et pourtant, il n’en fit rien. Elle parlait de nouveau pour rien dire, pour se faire sa place dans un gouffre qui ne lui appartenait pas. Elle n’y pouvait rien. Elle n’était responsable de rien, sinon d’être la porteuse d’une telle nouvelle. Elle n’avait pas à se flageller pour une mort dans laquelle elle n’était pas impliquée. C’était le destin qui avait repris ses droits. Il était temps de l’admettre et de laisser justement Thaïs rejoindre le monde qui était le sien désormais. Elle n’avait pas le droit de la retenir avec des regrets et de la douleur. Le bout de son nez vint à l’encontre de son cou chaud et il frissonna malgré lui. Le silence revint enfin et Isdès put puiser la force de faire le vide tandis que le corps fébrile de Murphy contre le sien le revigorait d’une énergie nouvelle. Le grognement manqua de franchir ses lèvres, dès qu’elle se détacha de lui, même si sur son visage, rien ne transparut. La Skaikru avait retrouvé un peu de bon sens puisqu’elle s’enquit soudain de leur condition en cette nuit froide. Dormir ? Sur l’instant, c’était clair : il était hors de question qu’il dorme près d’elle. Quitte à faire le voyage de nuit, quitte à s’épuiser pour retrouver son volcan. Mais la demoiselle n’attendit pas même sa réaction qu’elle fit demi-tour pour retrouver l’abri des arbres. Prisonnier de son obstination, Isdès résista aussi longtemps qu’il put à l’envie de la suivre. Toutes les possibilités défilaient sans qu’il ne trouve de réelle justification au fait de les préférer à la solution de facilité.
L’homme sortit une écuelle dans laquelle il recueillit tout le bois et les braises encore viables du feu près de la montagne. Au vu des températures, refaire un feu pouvait s’avérer laborieux, voire vain, alors autant profiter de celui qui était en train de mourir à petit feu. Il prit le temps de descendre la pente, le temps que Murphy prépare de quoi disposer les restes. Ses gestes étaient maîtrisés, contrastaient avec la tornade qui ravageait son être. Une fois qu’il fut près d’elle, il ouvrit la bouche seulement pour la prévenir : « Le temps est pas sûr à cette saison. Il faut partir tôt demain. » Qui sait ce que Mère Nature leur réservait encore. Maintenant que Thaïs n’était plus là, Isdès n’avait plus rien à faire dans cette partie du continent. Il entreprit d’alimenter les braises et souffla dessus jusqu’à ce que celles-ci veuillent bien redonner une flamme. Une fois, les petites branches consumées, le feu crépitait joyeusement. L’Athna n’espérait pas un autre geste de rapprochement de la part de Murphy. Il s’empressa de s’allonger, calant son sac à dos sous sa tête. Il croisa les bras et réajusta son manteau de fourrure autour de lui. Il ne trouverait pas le sommeil, mais il ferma les yeux pour lui faire comprendre que rien n’avait changé. Il finit pourtant par dire : « Ton gardien, il a un nom ? » Il changeait de sujet, pour ne pas plonger un peu plus Murphy dans la détresse dans laquelle il l'avait trouvée, tout à l'heure. Il parlait du chien qui l’accompagnait. Elle n’avait plus besoin d’être protégée, maintenant qu’elle avait une telle bête à ses côtés. C’était peut-être ça qu’il lui avait fallu tout ce temps : un clep’s.

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Sujet: Re: I heard a whisper on my shoulder (Isdès)
Lun 11 Juin - 0:44



❝ I heard a whisper on my shoulder ❞
Murphy Cavendish & Isdès Hakantarr
(15 février 2118)


La mort de Thaïs n'avait jamais paru si réelle à Murphy. Elle avait pourtant été la première à recevoir le pronostic de Nadja. Elle avait été l'une des deux femmes à l'annoncer aux amis de la jeune fille. Et puis, elle l'avait vue s'éteindre. Elle l'avait enterrée. Régulièrement, elle prenait le temps de s'asseoir là où elle reposait et de lire quelques paragraphes du dernier livre qu'elle lui avait trouvé, puisqu'elle n'aurait plus l'occasion de le lui donner. Quelque part, c'était presque devenu routinier. Il lui arrivait d'être frappée par l'absence de la jeune fille et le grotesque de ses approches, mais puisqu'il demeurait ce contact, puisqu'il faisait partie du quotidien qu'elle avait reconstruit après l'apocalypse, alors Thaïs n'était pas tout à fait partie. Trois mois durant, il était resté dans son esprit une date précise, marquée dans le fer et le sang. C'était un phare, un récif, et elle le savait, il y aurait un avant et après. Avant, c'était un équilibre précaire. Elle jonglait entre l'acceptation et le déni, la présence et l'absence. C'était trois longs mois d'un jeu d'équilibre peu confortable, mais d'un équilibre salvateur. Mais après ? Après avait commencé. Après avait pris vie lorsqu'une lueur s'était éteinte dans le regard d'Isdès. Après grandissait au creux de ses bras, bercée par le flot de larmes de la réalité. Après, c'était annoncer, affronter, accepter. Après, c'était maintenant.

C'était violent. Les vents houleux, le froid des sommets, la neige fondue sous ses jambes, le roc glacé duquel elle s'était laissée glisser. L'acceptation. C'était violemment douloureux, de la laisser partir.

S'épuiser dans les pleurs, contre lui, sentir Thaïs la quitter pour de bon; un mélange d'un réconfort nécessaire et d'une torture inévitable... Elle n'avait pas prononcé les mots, elle n'en avait pas eu besoin. Il avait compris et ça lui avait suffi, à elle, pour s'effondrer. Comment pouvait-il rester de marbre ? Elle ne le sentait pas bouger. Ses quelques paroles raisonnaient dans sa cage thoracique, contre son visage, mais elle était celle des deux qui accueillait la nouvelle comme si elle était une révélation soudaine. Isdès ne bronchait pas, lui intimant quelques conseils écailleux, presque indifférents. Restait-il solide pour elle, comme elle était restée solide pour les jeunes ? Avait-il déjà pensé à cette éventualité, avait-il redouté cette nouvelle, s'y était-il déjà préparé ? Comment accueillait-on le deuil, chez lui ? Comment accueillait-il la mort, lui ?

Bientôt, c'est le souffle du vent qui vint remplacer les sanglots de l'Odysséenne, épuisée. Sa respiration retrouvait son calme alors que ses paupières lourdes commençaient à chercher du réconfort dans un demi-sommeil. Les lèvres entrouvertes, elle cherchait l'air frais, pouvait sentir le sel marin imprégner sa langue sèche. Pendant ces longues minutes, elle oublia son vertige et la falaise abrupte qui tombait sur l'océan quelques mètres plus loin. Contre Isdès, elle oublia le vent glacé, savourant la chaleur et la protection qu'il lui offrait malgré lui. Contre lui elle se faisait toute petite, presque comme si elle voulait se faire oublier du monde. Elle n'était pas même sûre de vouloir encore exister aux yeux de l'Athna. En plus de tout ce qu'il détestait d'elle, elle était devenue l'oiseau de mauvais augure, la présence indésirée, et le poids de trop. Pourtant ce n'était que contre lui qu'elle semblait capable de s'apaiser, de laisser la vérité la traverser. Ça faisait mal de revenir sur ces derniers mois, de poser sur son déni le regard de quelqu'un qui n'était plus bercé d'illusions, mais Isdès avait raison. Thaïs devait partir et avancer. Sans eux désormais.

Si elle s'était accordé le choix, Murphy se serait sans doute laissée emporter par le sommeil dans les bras de l'Athna. Mais le choix, elle ne voulait pas se l'octroyer. Elle avait déjà abusé du privilège du réconfort, avait déjà suffisamment prouvé à Isdès toute sa faiblesse. A regrets, elle se détacha de lui et se releva. Le monde extérieur se rappela aussitôt à elle; la houle et les embruns, l'air froid et salé, les hauteurs, la falaise, la pente descendante, le feu au loin qui ne donnait même plus l'illusion de réchauffer qui que ce soit. Le soleil s'apprêtait à tirer sa révérence au profit de l'astre lunaire et de ses compagnes stellaires. C'était l'heure de se préparer à la nuit et aux froideurs encore plus brutales. Avait-il considéré de dormir sur le flanc de la montagne avec elle pour seul abri ? Elle se posa la question une seule seconde parce que la réponse, elle l'avait déjà. Il était ici dans son élément. Il ne craignait pas le froid, lui. Il venait encore de le lui prouver en la protégeant involontairement des éléments, sans que ceux-ci ne lui arrachent un seul frisson désagréable.

En descendant la pente et le laissant derrière elle, Murphy ne savait pas de quoi les prochaines minutes et heures pourraient être faites. Ils s'étaient quittés en se promettant pour la centième fois ne plus jamais se voir, en se crachant au visage toutes les différences et incompréhensions qui les séparaient. Elle ne lui pardonnait pas la façon dont il avait mis fin à ce qui avait pu exister entre eux, peu importe ce dont il avait bien pu s'agir. Lui n'avait jamais cherché à s'en faire pardonner. Pourtant, l'ironie du hasard semblait toujours les réunir. Elle se présentait sous la forme d'une chute vertigineuse dans une caverne ou d'une grippe handicapante, mais elle semblait aussi capable de faire preuve d'une cruauté qui dépassait tout le reste. Thaïs lui avait offert son dernier cadeau, avec les bras d'Isdès. Elle se détestait d'avoir trouvé du réconfort dans un pareil moment, d'avoir érigé la montagne en soutien inégalable. Elle se détestait d'avoir flanché devant lui, alors qu'elle a refusé de le faire devant n'importe qui d'autre. C'était le pendant, le début de l'après. Maintenant que la nouvelle était transmise, elle était incroyablement réelle.

Antarès resta quelques secondes auprès d'Isdès, resté seul au sommet, face à l'océan, puis se décida à suivre sa maîtresse, qui le laissa finalement dans son sillage, au côté du feu qui crépitait encore dans le vide, contre vents et marées. A l'abri des conifères, Murphy souffla un peu. L'oxygène était plus accessible aux poumons ici. Son visage endolori par les vents se rappela à elle et elle passa hâtivement la main dans ses cheveux pour y voir plus clair. Les arbres rendaient les environs plus sombres que les hauteurs qu'elle venait de quitter, et la nuit tombante leur donnait des teintes ternes, presque menaçantes. Sans prendre le temps de les admirer, elle se mit à chercher des pierres pour commencer à préparer le feu. Quelques minutes plus tard et seulement quelques unes d'elles assemblées à l'orée du bois de conifères, Murphy se décida à nouveau à affronter les éléments. Isdès était venue à cette conclusion avant elle : le feu, il ne fallait pas le recommencer, il fallait le déplacer. Elle le rejoignit près de l'âtre pour récupérer les quelques pierres qui lui manquaient, avec mille précautions et la protection des manches de son manteau. Il était hors des questions de laisser ses mains se faire rôtir. « Je sais » lâcha-t-elle un peu froidement, se retenant d'ajouter que de toute façon, elle ne comptait pas s'éterniser. Elle comptait encore tenir cette promesse de ne jamais recroiser le chemin d'Isdès; et tant qu'à faire, faire en sorte de séparer les deux leurs dès que possible. A l'abri du bois, la zone du feu délimitée par les pierres, Murphy aida Isdès à trouver un peu de petit bois, juste pour aider les braises à reprendre leur petit bonhomme de chemin ici. Quelques minutes plus tard, ce n'était plus une source d'inquiétude. Le feu crépitait entre et Murphy se laissa tomber, assise sur ses talons, dans la terre boueuse, là où la neige avait commencé à fondre. Antarès était installé de son côté du feu, lui aussi, et se léchait les babines d'un dîner qu'il venait de s'offrir, laissant sans doute un peu plus loin un demi-cadavre de lapin déchiqueté.

Le regard de la brune passa d'Antarès à Isdès pour suivre ses mouvements. Elle arqua un sourcil avant de les froncer. Sa présence le dérangeait au point où il lui préférait n'importe quoi d'autre, à commencer par le sommeil, même à une heure pareille. Petite nature, ouais. De son sac à dos, Murphy sortit le petit dîner qu'elle avait préparé avant de partir: un peu de viande séchée et quelques légumes déjà cuits, dans une écuelle métallique qu'elle posa sur le feu pour les réchauffer un peu. La voix de l'Athna s'éleva entre le silence et les crépitements chauds du feu. « Mon gardien ? » Confuse, elle lâcha son récipient métallique pour le laisser chauffer encore un peu et posa sagement ses mains sur ses cuisses, les sourcils froncés, tentant de comprendre de qui il voulait parler. Essayait-il encore d'amener le sujet d'Elias ? Si c'était le cas, elle était trop fatiguée. C'était le plus intelligent qui abdiquait le premier. Mais Antarès se manifesta en baillant de tout le peu d'énergie qui lui restait après la longue marche. « Antarès ? » Interloquée, il lui fallut deux secondes de plus pour répondre. Les pleurs avaient laissé sa voix encore plus rauque que d'habitude. « Heu, oui, Antarès. » Il cherchait à lui faire la conversation ? Elle n'était pas sûre de préférer la pitié au silence. « Comme l'étoile. » Elle ne la verrait plus jamais, Antarès. Elle était réservée à l'autre côté de la Terre. Mais maintenant, elle avait la sienne, petite étoile filante sur pattes, qui consolait des pires chagrins et partageait les plus exaltantes des joies. Elle se pencha par-dessus le feu pour récupérer ses légumes et laissa ses fesses tomber au sol pour s'installer en tailleur. « T'as plus besoin de bouffer, maintenant ? » s'enquit-elle en reniflant son triste plat. La tiédeur qui en émanait consolait à peine. L'instant était fade, fait de politesses et de nourriture qui la dégoûtaient de leur approximation. Même ici, à l'abri des arbres, le froid parvenait à s'immiscer. La nuit promettait d'être longue malgré le feu. S'il n'y avait personne pour l'entretenir, il finirait par les laisser en proie au froid des montagnes. Murphy ne dormirait probablement pas vraiment, préférant accumuler du sommeil que de mourir gelée. « T'en veux ? » En signe d'invitation, elle tendit brièvement le contenant métallique au-dessus du feu. Son regard se perdit un instant dans les hautes flammes et ses lèvres s'étirèrent dans une expression empreinte de doute et de chagrin. De qui se moquait-elle ? Isdès avait raison. Dormir, c'était laisser la douleur prendre une pause. Elle mordit sans grande conviction dans son morceau de viande et commença à préparer son nid. Posant son assiette dans la neige, elle ôta son manteau en tremblant de froid pour enfiler par-dessus son premier pull un autre plus large, qu'Isdès connaissait bien. Qu'il ne s'y trompe pas; elle était pratique, cette laine, suffisamment large pour être superposée à plusieurs autres couches de vêtements. Renfilant son manteau en le fermant jusqu'au menton, elle installa sa couverture sur ses genoux. A la recherche d'un peu de réconfort, elle laissa ses prunelles asséchées par les larmes et le feu trouver Antarès. Elle l'appela d'une main tendue mais l'animal, épuisé, la regarda d'un œil morne. Déçue, elle soupira malgré elle et récupéra son assiette. Après s'être délectée du triste festin, ce serait l'heure de se laisser saisir par le sommeil.
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06/05/2016 Dandan/Sonia Aucun. 281 Jason Momoa lux #demonkeur Garde pour sa tribu, il s'occupe aussi parfois des oiseaux messagers. Athna, à la vie, à la mort. 41


Sujet: Re: I heard a whisper on my shoulder (Isdès)
Mer 5 Sep - 22:28

Pretending life is worth the fight

La falaise n’était plus aussi agréable. Elle était devenu un lieu de mort, où le poids de la réalité avait fracassé la légèreté des illusions. Isdès n’était plus certain de vouloir y remettre les pieds. Non pas parce qu’elle lui rappellerait le jour de cette funeste annonce, mais parce qu’il y laisserait le souvenir de celle qui ne l’avait pas rejoint. C’était ici même qu’il lui disait adieu, par sa présence, par son acceptation silencieuse. Et une fois qu’il tournerait le dos, alors Thaïs n’appartiendrait plus à ce monde. Elle prendrait la forme de réminiscences dans son esprit, d’une allégresse face à une personne qu’il n’aurait jamais pensé apprécier. Elle était l’étincelle d’un peuple qui ne trouvait pas sa place ici, l’exception qui confirmait combien l’acclimatation des Skaikru était impossible. Il fallait être spécial comme Thaïs pour trouver sa place. Dans ce monde, le courage ne suffisait pas. Il aurait voulu repartir aussitôt, l’Athna, retrouver ses montagnes réconfortantes. Ici, tout était trop froid, trop calme. En ravageant le paysage, la tornade avait aussi balayé le peu de vie humaine qui subsistait ici. Plus âme qui vive. La nature avait repris ses droits et ils n’étaient pas les bienvenus. Il ignorait comment le feu avait réussi à prendre dans cette atmosphère si humide, tout comme les raisons qui l’avait poussé à rester auprès d’elle. Chaque fois qu’il pensait à elle, son esprit se refusait à formuler son prénom. Retour à l’époque où il s’était complètement trompé sur sa véritable identité, où elle n’était pas la personne qu’il s’était imaginée. Le déni dans les règles de l’art, mais aussi le déni du déni. L’homme s’enfonçait un peu plus dans sa torpeur, tandis qu’il refusait de se rapprocher de celle qu’il avait étreinte quelques instants auparavant. Fermement ancré dans ses bêtes certitudes, il évitait tout contact, jusqu’à oublier même son estomac qui ne tarderait pas à gronder. Elle lui coupait l’appétit, après en avoir éveillé un autre, auparavant, il y a longtemps, dans une autre vie. Sa présence même l’étouffait, alors que son aura transpirait sur lui, dès qu’elle posait les yeux sur lui. Fuir, vite et loin, voilà ce qui obsédait son esprit de guerrier que rien n’effrayait. Malgré tout, ses prunelles dévièrent légèrement, lorsqu’il surprit Murphy en train de se préparer son en-cas. De la viande séchée et quelques légumes. Les Skaikru avaient-ils trouvé le secret de l’agriculture ? Peut-être bien une sorte de commerce s’était développée entre eux et d’autres Terriens. Les Ingrankru n’étaient pas aussi réfractaires à une entente que leurs cousins des montagnes. Les Naoris étaient également réputés pour leur altruisme sans faille et leur soif de découverte. Les tombés du ciel étaient sans nul doute un très bon sujet d’étude qui nourrirait un peu plus le savoir incommensurable des Trikru. À son grand damne, Tyee, lui-même, s’interrogeait sur la relation des Athnas avec le nouveau peuple décidé à prospérer en ces terres. Rien n’était impossible désormais. Quant aux autres tribus, l’idée d’un accord demeurait bien plus improbable.

Grave erreur quand il laissa son instinct parler pour lui. La question inopinée franchit le seuil de ses lèvres, sans qu’il n’ait eu le temps de la retenir. Qu’est-ce que ça pouvait bien lui faire que la bête ait un nom ? Sa buse n’en avait jamais vraiment eu, pourtant ça ne l’empêchait pas d’être sa meilleure compagne. Il n’y avait pas besoin de mettre des mots sur des évidences. Mais quelque chose lui disait que les Skaikru tenaient encore fermement au concept de l’identité et de l’appartenance ostentatoire. Il fallait que ce chien ait un nom pour qu’il existe. La jeune femme lui offrit aussitôt la confirmation. Il haussa un sourcil devant sa surprise ? De qui pouvait-il bien parler d’autre ? Avait-elle un autre gardien pour surveiller ses arrières ? Cette perspective lui flanqua un mauvais frisson dans le dos et il remercia le ciel d’avoir une barbe épaisse pour avaler le rictus pincé qu’il exprima inconsciemment. Elle lui expliqua l’origine du nom, qui était sans grande surprise. Elle se raccrochait encore une fois à son passé, comme lors de leur première rencontre. Pourquoi choisir le nom d’une étoile, alors qu’elle les avait délaissées ? La mauvaise foi intérieure d’Isdès dissimulait la frustration d’ignorer même ce qu’était Antarès. Il leva brièvement les yeux au ciel, dans l’espoir d’apercevoir une lueur entre les bois décharnés. Il ne connaissait rien à l’astronomie, sachant à peine déterminer le moment de la journée à la position du soleil. Les Athnas n’avaient pas tellement préservé ce savoir, se raccrochant à des connaissances bien plus pragmatiques. Murphy capta de nouveau son attention. Son ventre grommela en guise de réponse. « Non. » mentit-il, alors qu’il se redressa en position assise. Elle n’avait même pas assez pour se nourrir elle-même. Il fouilla dans son sac pour en sortir sa propre ration qu’il déposa près du feu, afin qu’elle se serve. Il n’y avait rien de plus qu’elle n’ait déjà goûté. Il se réinstalla dans son coin, se faisant violence pour essayer de dormir. La fatigue était si intense qu’elle en enrayait tout sommeil. De toute façon, il fallait quelqu’un pour veiller sur le feu.

Isdès se contenta de laisser son regard vagabonder devant lui, jusqu’à ce qu’une fois de plus, Murphy ne suscite de nouveau son intérêt. Elle était en train d’enfiler son pull. Ses mailles à lui qu’une consœur avait tricotées elle-même. Il déglutit difficilement, tandis que des flashs lui revenaient en mémoire. Des choses qu’ils auraient préféré oublier, tant elles étaient douloureusement délicieuses. La douce torture de la mémoire insolente. Elle l’avait donc gardé. Se souvenait-elle seulement que le vêtement lui appartenait ? Est-ce qu’elle lui tenait si chaud que ça ? Est-ce que la laine était désormais empreinte de son odeur ? Il réprima l’envie d’évoquer le sujet. De nouveau, le fossé s’était creusé entre eux. Alors qu’elle se préparait à dormir à son tour, elle ne lui jeta aucun regard, préférant quémander la présence du canidé qui ne daigna pas bouger. Sans vraiment comprendre pourquoi, Isdès sentit un sentiment désagréable poindre dans son estomac. La jalousie qu’il n’ait plus l’ascendant qu’il avait sur elle autrefois ?  Non, se convainquit-il, ce n’était qu’une gêne quelconque… Une souffrance futile qu’il fallait évacuer avant qu’elle ne prenne ses aises. « Merci d’être venue. » trouva-t-il le temps de conclure, de façon sincère. Comme s’il scellait un pacte de non-agression, même si le mal était déjà fait. Les aimants combattaient leur propre nature.

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Sujet: Re: I heard a whisper on my shoulder (Isdès)
Jeu 6 Sep - 20:15



❝ I heard a whisper on my shoulder ❞
Murphy Cavendish & Isdès Hakantarr
(15 février 2118)


Soustraits aux vents glaciaux des falaises, ils goûtaient à une sorte de répit nouveau. C'était ce dont Murphy essayait de se convaincre, tout du moins. Elle avait laissé ses larmes dans les fourrures et sur la peau d'Isdès, là-haut, là où l'air était brûlant de froid, mais ce soulagement salvateur et miraculeux se faisait encore attendre. Au poids du deuil s'était ajouté un nouveau poids, et tous deux se mélangeaient au point de les rendre indémêlables l'un de l'autre. La réalité à flanc de falaise n'était pas la même que celle de la forêt. Là-haut, elle avait l'air coupée du temps. Là-haut, elle se détachait autant que possible de la définition que l'on pouvait lui donner. Là-haut, la réalité avait pris des tonalités d'un autre monde. C'était peut-être la dureté des éléments qui avait voulu ça, ou bien les pleurs qu'elle avait enfin accordés à la terrible nouvelle, ou bien l'étreinte de celui qui s'en faisait récepteur. L'abri de la forêt, c'était son premier foyer sur Terre, pour ce qu'il avait de meilleur et de pire. C'était sa réalité, et cette réalité la rattrapait. Avec tout ce qu'elle avait de déni et de violence, elle la rattrapait. Les larmes et le chagrin n'avaient plus réellement de place ici; il fallait se raccrocher aux wagons du temps et accepter cette réalité pour ce qu'elle était. Avec la neige qui craquait sous les pas, la nuit qui finissait de tomber, le feu à faire crépiter, l'énergie à reprendre, le retour à venir et la présence, cette présence...

Quand elle avait trouvé le mot d'Isdès dans les poches de Thaïs, la question ne s'était pas posée. Dans sa tête se dessinait déjà le trajet qui ne se ferait que des mois plus tard. Elle devait le prévenir, peu importe qu'il s'agisse d'Isdès, peu importent les termes en lesquels ils s'étaient séparés. Il y avait des nouvelles qui avaient le pouvoir d'éluder tout le reste; la disparition de Thaïs en faisait partie, comme sans doute en seraient capables de bien meilleures choses -de ce dernier point, Murphy ne pouvait être sûre; ces nouvelles-là se faisaient bien trop rares. En arrivant là-haut et en lui faisant comprendre avec ou sans mots, avec ou sans regards, elle ne savait plus très bien, elle avait aussitôt su qu'Isdès était sur la même longueur d'ondes. Il n'aurait pas pris dans ses bras la Murphy de l'automne, celle qu'il avait fini par laisser sur le carreau pour des raisons obscures. Celle qu'il avait serrée contre lui, c'était la messagère, la porteuse de mauvaise nouvelle; c'était celle qui encaissait l'information en même temps qu'elle la délivrait. Maintenant, les limites étaient réinstaurées. On se rappelait de la dernière entrevue et des reproches, de la rupture jugée définitive et que trop tardive. Alors l'ambiance se faisait lourde d'une autre lourdeur. Plus de celle du deuil, que l'on laissait aux moments les plus isolés, mais de celle de l'animosité peut-être, de la gêne très probablement. Il avait fallu un drame pour les réunir, et l'un comme l'autre savait très bien que ce genre de réunions était toujours fugace. Ils se sépareraient aux premiers rayons du soleil et disparaîtraient à nouveau de la vie l'un de l'autre. C'était ça, la réalité. Ce n'était pas le réconfort d'une étreinte et d'un flot de larmes au sommet d'une falaise escarpée; c'était tout ce qui les menés jusque-là, c'était le retour à la tombe de Thaïs et aux responsabilités militaires dans lesquelles elle préférait se perdre. Ce soir, c'était des au revoir.

C'était définitivement de gêne dont était tintée cette soirée. Ils savaient que les minutes étaient comptées avant qu'ils ne se séparent pour de vrai, cette fois. La question d'Isdès retentit donc comme une preuve de pitié ou une contrainte. Elle qui était persuadée qu'il avait toujours préféré le silence à sa voix se vit prise de court. Son gardien ? Elle n'avait pas de gardien. Murphy savait très bien s'occuper d'elle-même, merci bien. Mais il lui suffit de se rappeler de l'identité de celui à qui elle parlait pour comprendre de qui il parlait. Il était l'un de ceux qui la considéraient la plus soit naïve soit incompétente -probablement les deux, d'ailleurs, et en tout cas profondément inadaptée à ce monde dans lequel il évoluait; suffisamment, en tout cas, pour porter son chien au rang de protecteur ou de gardien. Mais c'était la première fois qu'il rencontrait Antarès; ce serait donc l'unique fois qu'il le côtoierait. Qu'est-ce que pouvait bien lui foutre son nom ? Les voilà qui avançaient sur un terrain rocailleux et inconnu : celui des banalités et autres politesses superflues. Les lèvres encore sèches des pleurs, Murphy répondit, un peu sonnée sur l'instant, avant d'expliquer qu'elle avait nommé le canidé après l'une de ses chères étoiles. De l'autre côté des flammes, elle vit Isdès lever fugacement le regard vers les hauteurs célestes. La connaissait-il, cette étoile ? Elle se surprit à penser qu'il pourrait probablement faire un bon compagnon pour une nuit contemplative. Il aimait ses montagnes, ses lacs et tout ce qui rendait ce monde si grand et si beau. Il devait aimer ces autres dimensions célestes de la même passion.

Mais retour sur Terre, puisque c'est là qu'ils étaient destinés à évoluer, maintenant, tous autant qu'ils étaient. D'un œil dubitatif, elle le regarda se redresser, presque fière et soulagée d'avoir réussi à repousser le moment des silences et du sommeil. Quelques minutes de plus, juste quelques minutes... Avalant son morceau de viande sans grande conviction, elle regarda l'homme poser son propre repas pour le mettre à sa disposition. Un rictus amusé se dessina brièvement sur ses traits. « T'as un long trajet, demain. Tu ferais mieux de bouffer. » Elle le moralisait sans s'en rendre compte, de cette force protectrice et affectueuse dont elle avait nourri sa relation avec Thaïs. Les pires nouvelles coupaient l'appétit, mais le corps avait toujours besoin de sa matière première pour fonctionner. Pour aider l'esprit à se reconstruire malgré les tumultes, il lui fallait un peu d'aide. Elle l'avait appris à ses dépends, Murphy, lorsque Faust avait disparu sans laisser aucune trace. Manger n'avait pas à procurer du plaisir; ça, c'était un luxe réservé aux meilleurs moments, comme lorsque du miel venait se mélanger à un peu de viande fraîchement chassée et cuite au feu de bois. Manger, c'était avant tout un besoin physiologique.

Le soulagement de le voir se redresser fut bref. Déjà il se réinstallait pour dormir, bien décidé à couper court à ces politesses maladroites. Elle n'avait plus vraiment la force de se battre contre le silence, à présent. Même les quelques bouchées de son repas insipide n'avaient pas le pouvoir de la lui donner, cette force. Lassée d'attendre ce qui ne devrait pas l'être, elle abdiqua et ajouta une couche de laine à tous les vêtements qui la protégeraient du froid pendant la nuit. Assise dans la terre humide, elle remonta sa petite couverture au-dessus de ses genoux avant de chercher le contact réconfortant de celui que certains considéraient être son gardien. Antarès n'était pas de cet avis. Épuisé, il accueillit l'invitation avec autant d'enthousiasme que si on lui proposait d'être végétarien, et s'allongea de son côté du feu, à mi-chemin entre Montagne et Etoile. Le soupir sembla raisonner dans le silence de la forêt sombre, qui se faisait peut-être encore un peu plus menaçante sans la tiédeur rassurante de son chien contre elle. Lasse, elle finit de manger les quelques légumes qui traînaient encore dans son écuelle avant de grossièrement la laver dans la neige et de la poser à côté de son sac, qui lui servirait d'oreiller pour la nuit. Comme à son habitude, elle ôta les deux couteaux qui ornaient ses cuisses pour les glisser sous son oreiller de fortune, là où ils seraient les plus accessibles au sortir du sommeil, si besoin en était. Après un bref coup d'oeil à Isdès, elle se laissa glisser sous sa couverture, qu'elle remonta aussi haut que possible sans que ça ne découvre ses pieds déjà gelés. Le vacarme du silence l'assomma presque aussitôt qu'elle fut installée. Ne chantaient que la nuit, ses oiseaux et le feu qui séparaient les trois âmes solitaires. Murphy fixait les arbres au-dessus d'elle et par-delà l'ombre de leurs branches, la voûte céleste. Le moment avait quelque chose de la quiétude, mais un poids indéfinissable continuait de peser sur sa poitrine, ses épaules et son être tout entier. C'était peut-être celui du fantôme de Thaïs, qu'elle avait amené ici avec elle, ou bien quelque chose d'autre qui avait à voir avec ces retrouvailles qui avaient paru évidentes des mois auparavant, qui le paraissaient bien moins maintenant. Le sommeil, elle ne le trouverait pas tout de suite. Elle ne le chercherait pas maintenant. C'est la voix profonde de l'Athna qui interrompit cette parenthèse de quelques secondes à peine.

Murphy tourna doucement la tête vers lui. Son visage se détachait de l'obscurité environnante à travers le filtre chaud des flammes qui s'élevaient entre eux. Un silence s'étendit sur de longues nouvelles secondes. Elle ne savait pas quoi répondre. Elle voulait savourer l'authenticité de ses mots et du moment. Il avait probablement pris sur lui comme rarement il le faisait. La perte d'êtres chers pouvait révéler de drôles de facettes chez ceux qui leur survivaient. « Je suis désolée d'avoir eu à le faire... » Désolée d'avoir été là à la place de Thaïs, désolée d'avoir rompu leur promesse de ne jamais se revoir. De sous la couverture, elle la remonta au-dessus de son nez et découvrit ses pieds malgré elle. Elle gigota pour arranger la situation, bien peu décidée à laisser ses extrémités à découvert et en proie aux températures nocturnes. Elle se racla la gorge et, avec une sincérité gênante, souffla à son tour dans le froid de la nuit. « Merci pour... là-haut. » Pour la petite bulle qu'il avait créée avec et pour elle, pour la chaleur réconfortante de ses bras, pour son silence respectueux, pour tout ce dont elle avait cru ne jamais avoir besoin.
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I heard a whisper on my shoulder (Isdès)

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