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˜˜˜˜˜˜I heard a whisper on my shoulder (Isdès)
maybe life should be about more than just surviving


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06/12/2015 Lux Aeterna 32374 Sophia Bush AVENGEDINCHAINS de mon ♥ (vava) ; Oreste (image profil); Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 372


Sujet: I heard a whisper on my shoulder (Isdès)
Lun 29 Jan - 0:22



❝ I heard a whisper on my shoulder ❞
Murphy Cavendish & Isdès Hakantarr
(15 février 2118)



De ses mains tremblantes, tâchées d'une hémoglobine sèche qui ne lui appartenait pas, Murphy était accrochée à un morceau de papier qu'un seul coup d'oeil lui avait suffi à reconnaître. Le papier avait vieilli; il avait vécu un peu avec elle, près de la mer, mais beaucoup avec celle qui n'était plus. Elle l'avait fixée de longues minutes, assise dehors, isolée de tout et de tous, les cheveux humidifiées par une de ces bruines qui gelait l'être trop imperceptiblement pour que ça ne soit pas vicieux. Elle avait taché le morceau de papier malgré elle, s'était empressée d'essuyer le sang et avait fondu en larmes en se rendant compte qu'elle ne faisait qu'étaler le pourpre sur la petite feuille pliée. On ne distinguait plus le prénom du Terrien qu'à travers le film organique et à dire vrai, c'était probablement plus sa foi que les faits qui lui permettaient de deviner la belle calligraphie. C'était seulement maintenant qu'elle réalisait ce qui venait de se passer. Thaïs n'était plus. Elle lui avait échappé devant elle, lui avait glissé entre les doigts, les avait abandonnés à une vie sans elle. Elle avait supplié Nadja de la sauver mais contre les infections, on ne pouvait maintenant plus grand chose. Elle n'en voulait pas à son amie. Elle n'en voulait à personne avait essayé de la faire échapper à ce triste sort. Elle n'en voulait même plus au monde; maintenant, elle avait compris comment il fonctionnait. Elle avait compris qu'une demi-seconde pouvait suffire à faire basculer les choses d'un extrême à un autre, de la vie à son antagoniste morbide. Elle avait compris que c'était le hasard à l'oeuvre, toujours le hasard qui jouait de cette belle ironie dont il avait le secret. C'était à lui qu'elle en voulait. A cette saloperie de hasard qui avait choisi Thaïs pour rire un coup et l'oublier aussitôt, préparant déjà ses prochains coups macabres. Murphy, elle, avait reniflé un coup, s'était forcée à reprendre ses esprits pour déplier le morceau de papier sur lequel s'échouait quelques unes des lourdes larmes qu'elle n'avait pu retenir. Ses doigts étaient gelés, toujours couverts de cette couleur rubis dont ils ne semblaient plus prêts à se défaire. Ses mains tremblaient, son ventre s'était noué, ses épaules affaissées. Elle s'essuya le nez et les yeux d'un revers de main peu élégant et dans un hoquet destiné à laisser derrière elle sa peine, au moins pendant quelques secondes, elle lût la note que Thaïs avait écrite à Isdès au moins de novembre pour s'excuser de sa grippe. Ses lettres étaient rondes, légères; elles volaient sur le papier d'une liberté que celle qui les avait dessinées n'avait plus. Murphy passa doucement ses doigts sur les mots tendres qu'elle avait écrits à son aîné, puis laissa ses prunelles encore trempées glisser sur ceux du Terrien, qu'il avait griffonnés devant elle. C'était à elle qu'incombait la tâche de lui apprendre la nouvelle.

Insignifiant; tout le reste était devenu insignifiant. Une piqûre de rappel de laquelle elle avait probablement eu besoin des mois durant. Le monde continuait de tourner comme il savait si bien le faire, avec seulement quelques parenthèses de douceur qui ponctuaient ça et là tout le reste, les tempêtes et les tremblements de terre, les pluies infernales, les chaleurs assommantes et les froids paralysants. Le poids de la disparition de sa jeune amie la hantait comme celles d'Ofelia ou de Faust l'avaient hantée à l'époque. A chaque fois, il fallait réapprendre à vivre. Il fallait accuser le coup, amortir le choc et recommencer. La douleur ne s'apaisait pas encore, la réveillait la nuit, la poussait aux rêves mélancoliques le jour. Tout ce qu'elle traversait maintenant lui rappelait que ce n'était pas la première fois, lui suggérait qu'elle était capable d'aller de l'avant, peu importe le temps que ça pouvait prendre. On ne s'habituait pas à la mort. On ne la côtoyait jamais trop; on apprenait juste à s'apprivoiser soi-même, à apprivoiser ses peines et ses douleurs, à en faire des alliées avant qu'elles ne se mettent à vous ronger et que vous vous y perdiez entier. Elle avait crié l'injustice de la perte d'un être si jeune et voué à de si grandes et belles choses, avait pleuré la disparition de sa fidèle amie, avait trouvé du réconfort dans les bras de Tennessee. Aux moments les plus incongrus, il lui revenait des images de ses derniers instants et ils ne la quittaient plus pendant de trop longues heures, la suivant à chaque instant comme un fantôme posé sur son épaule. Depuis qu'elle l'avait vu rendre son dernier souffle au monde, Thaïs ne l'avait jamais vraiment quittée. Ses épaules s'étaient accablées d'un poids nouveau duquel elle n'arrivait plus vraiment à se départir. Le monde avait changé de tonalité; elle n'arrivait plus à en vouloir à ceux qui lui avaient causé du tort. Il suffisait de côtoyer la faucheuse et de réaliser la finesse de la frontière entre l'état de vie et celui de mort pour comprendre que tout le reste n'avait guère d'intérêt. La rancune appartenait à ceux qui pouvaient se la permettre, à ceux qui n'avaient pas poids plus lourd à porter de leurs frêles épaules.

Elle pensait souvent aux amis de Thaïs, aussi; à ceux qui l'avaient accompagnée dans le froid et pendant la nuit jusqu'au village odysséen, dans l'espoir que ceux qu'ils supposaient mieux équipés puissent faire quelque chose pour elle. Elle pensait à leur épuisement, à l'espoir qui avait guidé jusqu'aux derniers de leurs pas et les avait menés à l'infirmerie encore à semi paralysée par le cyclone qui grondait toujours. Elle pensait à la nouvelle qu'ils avaient dû ramener chez eux, au corps sans vie qu'ils avaient enterré, à cette perte supplémentaire qui s'ajoutait à toutes celles qui les avaient faits grandir trop vite. Et puis elle pensait à ceux qui ne savaient pas encore, à celui, plutôt, qui ne savait pas encore. Elle enviait son ignorance et plaignait le moment où tout basculerait. S'imaginait-il les dégâts des vents ici ? Les avait-il subis, lui aussi, dans ses montagnes ? S'était-il inquiété de Thaïs ? S'était-il inquiété d'elle, aussi; peut-être un peu, peut-être une seconde ? Elle avait parcouru les environs du village dans l'espoir vain de tomber sur lui ou sur sa fidèle compagne ailée, mais ils étaient demeurés calmes, couverts d'une neige qui se moquait de tout ce qui l'avait précédée. Les semaines avaient défilé sous ses yeux; étaient arrivés Noël et la célébration d'une nouvelle année qui ne promettait rien de plus ou de moins que celle qui l'avait précédée. Février s'approchait, Février arrivait.

Février était là.

Elle avait réussi à organiser deux jours pour encadrer la date qui avait été griffonnée sur le papier. Les neiges commençaient à fondre dans la forêt mais les déplacements n'avaient qu'à peine perdu de leur laborieux. Elle en avait pour une journée entière de marche, n'osait pas estimer avec plus de précisions les heures supplémentaires que les neiges y ajouteraient. Elle partit au petit matin, alors que le soleil se levait, laissant derrière elle un village ensommeillé. Les tours de garde et les patrouilles furent changées lorsqu'elle était déjà bien enfoncée dans la forêt. Elle allait vers l'ouest, un gros sac calé dans le dos, un Antarès regorgeant de vitalité trottant derrière elle.

La journée lui offrit la course du soleil comme guide et paysage. Le ciel était d'un bleu clair qui agressait les rétines déshabituées à la lumière. Il faisait glacial, encore, mais l'astre solaire tapait de ses rayons un sol qui se délestait des neiges, qui glissaient sous les pas sous forme de gouttelettes fuyantes. Elle ne s'autorisa que quelques minutes pour manger; elle redoutait plus que tout d'avoir à chercher le lieu de rendez-vous dans le noir et sans aucun autre repère que les quelques étoiles qui s'inviteraient -si seulement elle était chanceuse et que les nuages leur laissaient encore un peu de répit une fois la nuit tombée. Ses pensées, elle s'efforçait de les diriger uniquement vers sa route et les directions à prendre. Elle connaissait le chemin qui menait au campement des Cents, mais il lui faudrait bifurquer un peu plus tôt vers le nord, pour atteindre ces monts mentionnés par écrits, ceux qui dominaient à la fois la terre et la mer. Mais malgré sa marche régulière et vive, malgré toutes les précautions qu'elle prit pour n'avoir à faire aucun détour, Murphy ne put que suivre la chute progressive de l'astre du jour dans le ciel. Ses rayons inondaient d'une lumière basse que l'on commençait à chercher. La vision des reliefs et des détails se faisait de plus en plus mauvaise. Par delà les hauts arbres, elle devinait les lumières se teinter de cet or sirupeux qui caractérisait l'éclat crépusculaire. Son regard se perdit un instant vers des lueurs au loin qui se détachaient sur l'obscurité naissante de la forêt. Elle devinait le campement des Cents à quelques kilomètres de là. Il était temps de bifurquer vers le nord-ouest.

Gravir les hauteurs des premières montagnes l'achevait. Le souffle lui manquait et elle commençait à sentir ses membres hurler leur fatigue, mais elle n'en démordait pas. Il lui fallait trouver un repère avant la nuit, avant de s'écrouler. Elle aurait toute la nuit pour se remettre de sa longue marche. Elle qui craignait d'emmener Antarès avec elle réalisait que ce n'était pas fondé; il était plus à l'aise sur ce terrain qu'elle, courait devant jusqu'à la rejoindre, comme pour l'encourager à gravir quelques mètres encore, puis quelques mètres à nouveau. A mesure qu'elle gagnait en altitude, la végétation se faisait un peu plus éparse. Le ciel apparaissait, clair de tout nuage, et les premiers rayons lunaires commençaient à remplacer ceux de son antagoniste de feu. Elle espérait ne pas faire fausse route, s'accrochait à cette impression que ce n'était pas le cas. Quelques lueurs chaudes semblaient émaner du sommet et elle sentit brusquement ses tripes se nouer. Le plus difficile restait à venir.

Un vent vif vint s'ajouter à la liste des contraintes dans les dernières centaines de mètres qui la séparaient de ce halo lumineux, phare dans le monde baigné de la seule lueur laiteuse de l'astre sélène. C'est à bout de souffle, pantelante, qu'elle arriva au sommet de la haute colline pour trouver un haut feu dont les hautes flammes semblaient ignorer tout des rafales que seules les hauteurs pouvaient connaître. Elle devinait la lumière blanche de la Lune se refléter sur l'étendue infinie d'eau de l'autre côté de la montagne mais c'était par l'homme assis près des flammes crépitantes sur que son regard s'était laissé happer. Et d'un coup, elle se rappela des raisons de sa présence ici. Elle se rappela de ce qu'elle transportait avec elle, le matériel et l'immatériel, elle se souvint de la raison de sa présence et son cœur se brisa une nouvelle fois. Antarès était allé renifler celui qui lui était encore inconnu et s'était déjà assis à ses côtés. « Je... je suis désolée, Thaïs est pas là... » Tremblante, les cheveux se plaquant nerveusement contre son visage, elle ouvrit son manteau pour sortir de la poche intérieure le petit morceau de papier couvert de sang. Elle n'avait jamais eu à annoncer ce genre de nouvelles. Celle de la mort de son amie s'était répandue sur le village comme une traînée de poudre. Elle avait été la seule victime du cyclone à sa connaissance. Comment apprenait-on ce genre de choses à quelqu'un ? Ses mains tremblantes se serraient autour de la feuille abîmée, encore teintée du sang de son ancienne propriétaire, et ses lèvres entrèrent dans une sorte de danse d'hésitation, s'entrouvrant pour se refermer aussitôt. Elle cherchait les mots, elle cherchait les attitudes. Ses yeux s'étaient embués, déjà, et elle n'osait pas regarder le Terrien. Elle n'avait jamais voulu être celle à lui annoncer ça. Elle enviait les quelques mois qu'il avait gagnés avec Thaïs dans sa vie, bien loin de la réalité des choses, inconscient qu'elle n'appartenait plus au monde, et se refusait seconde après seconde à être celle qui l’assommerait d'une pareille nouvelle, comme la Lune elle-même se refusait instant après instant à se laisser tomber sur la Terre. « Isdès... » hoqueta-t-elle alors que son visage se déformait sous la peine et l'afflux de larmes. Elle ne viendra pas, disait-il. Elle ne viendra plus.


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06/05/2016 Dandan/Sonia 267 Jason Momoa lux #demonkeur Garde pour sa tribu, il s'occupe aussi parfois des oiseaux messagers. 80


Sujet: Re: I heard a whisper on my shoulder (Isdès)
Dim 18 Fév - 18:42

Pretending life is worth the fight

Février, le mois de la libération. Sitôt le dégel arrivé, une horde d’Athnas en besoin d’air frais s’étaient précipités aux frontières de leur village. Planqués entre deux hauteurs, ils avaient levé le nez vers le ciel blanc et avaient inspiré jusqu’à ce que leurs poumons soient entièrement remplis. C’était bon de respirer l’air de la montagne et de retrouver ses immensités encore neigeuses. Seules les collines, aux abords de la rivière, commençaient à revêtir le vert de leurs plaines et l’anthracite de leur roche. Le printemps était en route. Chacun s’était regardé, le sourire aux lèvres, prêts à se reconnecter avec le reste du monde. Isdès avait esquissé un léger sourire, attrapant par la nuque l’adolescent nonchalant qui traînait près de lui. « Chit yu na dula op, Liv ? » Qu’avait-il prévu pour cette nouvelle année ? C’était un nouveau chapitre qui s’écrivait et après les émotions de la fin d’année, il était temps de retrouver sa place. Isdès était plein d’entrain et d’espoir pour les autres. Il appréciait de partager avec eux leurs desseins, leurs intentions et leurs craintes. Il aimait l’ambition des siens. « Hit ai niron op. » Les yeux clairs d’Isdès exprimèrent de la surprise, avant de luire de curiosité. Depuis quand Liv avait-il quelqu’un ? Et s’il comptait la retrouver, c’était qu’elle n’était pas de leur tribu. « Krei ? Chon em bilaik ? » Il resserra la prise autour de la nuque du garçon, comme pour l’inciter à ne pas mentir. Les poils de la fourrure de son manteau chatouillèrent les joues encore imberbes de Liv qui commençait déjà à essayer de se libérer de l’étau. « Isdès... Em ste Trikru. » L’aîné laissa échapper un rire avant de relâcher brusquement l’étreinte. Liv se frottait la nuque, jetant un regard presque désolé en direction de son voisin qui pointait un index vers lui. « Yu hod briyon plan in. Ste kefa. » « Yu ? » L’expression sur le visage d’Isdès se figea, avant qu’il ne retrouve un sérieux étonnant. « Ai ? Nou ai gada eni niron. » Il secoua la tête, comme il faisait lorsqu’une mèche de cheveux le dérangeait. Pourtant, aucune brise n’avait fait s’envoler ses cheveux soigneusement calés derrière ses oreilles. « Ai get em in. Ai sei, chit yu na dula op nau. » Sans pouvoir l’expliquer, Isdès sentit une vague de soulagement le submerger. Il avait cru devoir réprimander la curiosité mal placée de Liv, mais il n’en était rien. « Ai na hit ai lukot op. » Liv avait néanmoins compris que le quiproquo avait quelque peu entamé la bonne humeur d’Isdès, c’est pourquoi il se contenta d’hausser les épaules pour acquiescer. « Oso na strech au ogeda. Den, ai na gyon au lesad. » proposa finalement le garde pour alléger l’atmosphère. Il n’allait pas lui tenir rigueur de ses démons intérieurs qui ne l’avaient pas quitté malgré le gel de l’hiver. Même si un certain camarade s’était fait un réel plaisir de les lui rappeler, chaque fois qu’il passait devant lui.

Après avoir fait un bout de chemin ensemble, Liv avait continué vers le sud tandis qu’Isdès avait bifurqué vers l’ouest. Dans cette partie du continent, le ciel était beaucoup plus dégagé et un soleil éclatant régnait malgré la brise qui n’avait cesse de souffler pendant tout le voyage. Quelques heures de route seul, avant qu’il n’atteigne enfin les côtes qui surplombaient le village des Cent. Même s’il ne s’était pas suffisamment approché pour avoir un aperçu correct, il suffisait de constater les dégâts aux alentours pour comprendre qu’ils avaient gravement souffert du cyclone. Ce n’était pas étonnant vu l’exposition de leur territoire. Devaient-ils à nouveau tout reconstruire ? Isdès avait été là, la dernière fois que c’était arrivé et il n’était pas certain de pouvoir le refaire. Les Pikunis avaient certainement été affairés à venir en aide aux Calusas qui avaient manqué de disparaître de la surface de la Terre. Seuls subsistaient quelques déracinés et les Athnas s’attendaient à ce que certains tentent d’atteindre leur village volcanique, dans l’espoir de retrouver un foyer. C’était toujours difficile de voir une tribu faire face à l’extinction, mais les autres étaient là pour les soutenir, selon les affinités. Après s’être posté près d’une falaise, Isdès avait allumé un feu pour se réchauffer, mais aussi pour se faire voir de Thaïs qui ne devrait pas tarder. Il l’avait installé dans le sens de la pente, de sorte que les forts vents ne viennent pas trop perturber les flammes. Il se posa également entre le feu de camp et le précipice pour faire barrage, non sans s’emmitoufler dans son manteau. Puis il s’était perdu dans les méandres de son esprit, songeant à la discussion qu’il avait eu avec un Liv tombé follement amoureux d’une Naori. Il ne se rappelait pas qu’à son âge il ait ressenti la même chose ou alors, il s’était empressé de l’oublier. C’est alors que l’arrivée d’un animal l’extirpa de ses pensées. Un chien somme toute très proche de l’homme vint joyeusement le renifler, ignorant tout sens inné de la méfiance. « Hey ! » Il se pencha en arrière, aux aguets, prêt à faire face à son propriétaire qui gravissait la falaise. Thaïs n’avait quand même pas hérité d’un pauvre chien ? Il se releva, poussant du bout de sa botte l’animal envahissant, avant de faire face à la silhouette épuisée de Murphy.

Encore, se dit-il aussitôt. Thaïs était encore malade et elle avait encore choisi d’envoyer Murphy ? N’avait-elle pas d’autres amis ? Il n’eut pas même le temps d’ouvrir la bouche qu’elle lui confirma ses doutes : Thaïs ne viendrait pas. Isdès poussa un soupir, incapable de cacher son mécontentement. Il avait fait la route pour rien, une fois de plus. Si seulement il s’était écouté et lui avait offert une foutue chouette, ça lui aurait au moins évité des pertes de temps et des déceptions telles que celles-ci. Il observa la jeune femme sortir de sa poche le bout de papier qu’il lui avait confié, quelques mois plus tôt et il ne put s’empêcher de s’exclamer : « Cette gamine est trop faible. » Fragile aurait été un mot plus approprié. Il allait lui prendre la lettre des mains, la ranger dans son sac et probablement réfléchir à un nouveau message, mais l’appel de détresse de Murphy résonna à ses oreilles. C’est alors qu’il remarqua, sous la lueur orangée des flammes, son visage rougi non pas de froid, mais de ce qu’elle avait pleuré. Ses yeux ambrés étaient embuées de larmes et dans sa voix, il n’y avait rien d’autre que du désespoir. « Que... » Il ne comprenait pas ou plutôt, il refusait de comprendre. Son regard tomba sur le papier qu’il était en train de saisir. Il était taché d’un sang qui avait séché avec le temps et le froid. Mais à qui appartenait ce sang ? Thaïs n’aurait jamais laissé cette lettre, il le savait. Quand il releva les yeux vers Murphy, dévastée, il n’y eut plus aucun doute. Thaïs était morte. Elle n’était plus. Si Isdès savait parfaitement réagir à ce genre de nouvelles – et souvent avec une attitude qui en décontenançait plus d’un – celle-ci le laissait interdit. « Comment ? » parvint-il à articuler, figé sur place. Son visage était dénué de toute expression. Il sombrait. Pourquoi ça faisait mal, déjà ?

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Sujet: Re: I heard a whisper on my shoulder (Isdès)
Dim 18 Fév - 20:34



❝ I heard a whisper on my shoulder ❞
Murphy Cavendish & Isdès Hakantarr
(15 février 2118)


Il n'y avait rien de pire que de marcher seul lorsque l'on était en proie à ses pensées. Elles vous accaparaient, pouvaient vous accabler et vous ralentir autant que vous faire presser le pas, dans l'espoir de pouvoir leur échapper. Mais elles se collaient à l'épiderme, rongeait l'esprit. Quelques larmes floutaient parfois la vue de la brune, ses membres tremblaient mais il faisait froid; oui, c'était le froid, rien de plus. Elle ne pouvait pas se laisser bouffer par quelque chose que la bienséance voudrait d'elle qu'elle ait déjà accepté. Elle était porteuse de la nouvelle et si elle était incapable de tenir le coup lorsqu'elle était seule, qu'en serait-il lorsqu'elle l'apprendrait à l'Athna ?

Le soulagement de le trouver au sommet de la montagne était à peine perceptible. Elle ne s'était pas attendu un seul instant à ne pas le trouver. Sans en avoir conscience, elle avait compté sur lui tout du long. Sans en avoir conscience, elle avait attendu de reconnaître sa silhouette, comme un marin perdu cherche désespérément ses repères, la réponse d'un compas ou la lumière d'un phare au loin. Les lueurs chaudes du feu furent les premières à s'inviter à son regard et elle sut dès lors que tout allait finir -ou bien que tout s'apprêtait à commencer. Elle ne voulait pas annoncer la nouvelle; elle ne savait pas comment on faisait ces choses-là sans blesser l'autre, elle ne savait pas s'il y avait de bonnes façons de le faire. Elle avait vu Thaïs mourir, elle l'avait vu abandonner son dernier souffle au monde. Pourquoi devait-elle ajouter à cette peine celle de raconter ? En gravissant le mont, elle préférait laisser ces pensées et angoisses à plus tard. Elle ne lui servaient à rien, pour l'instant. Elle ne pouvait rien prédire; ni l'accueil qu'Isdès lui réservait, ni la façon dont elle arriverait à aborder les choses en arrivant. Pour une raison qui lui demeurait inconnue, pourtant, elle comptait sur lui. Elle guettait le feu au loin, suivait son éclat comme un papillon de nuit malade. Murphy perdait son souffle et ses jambes commençant à trembler sous l'effort inhabituel. Elle s'accrochait désespérément à l'idée de le trouver, lui, là-haut, encore naïf de cette nouvelle, l’œil brillant de cette lueur que seule Thaïs, à sa connaissance, était capable de faire éclater. Elle ne durerait pas longtemps, quelques secondes peut-être; quelques minutes tout au plus, si elle ne parvenait pas dès les premiers instants à transmettre le message pour lequel elle avait fait le déplacement. Il y aurait d'abord la déception de la trouver elle à la place de son amie, et puis il y aurait l'inévitable. Elle allait voir cet éclat mourir dans son regard. C'était elle qui allait le lui arracher.

La chaleur du feu enfin lui parvint. Elle chauffa son visage, même à quelques mètres, mais Murphy se moquait du froid et du chaud, maintenant. Elle se moquait de l'air qui lui manquait, de ses jambes qui la portaient à peine, de l'équilibre que la pente rendait précaire et de la caillasse par terre qui menaçait ses chevilles inexpérimentées à chaque pas. La silhouette se dessinait par-delà les flammes, calme mais toujours aussi imposante. Murphy cherchait son regard comme le point d'ancrage dont elle avait désespérément besoin. Elle pouvait deviner Antarès s'agiter au pied de l'homme mais n'en avait que faire. Son chien ne comprenait pas la gravité du moment. C'était ce qui rendait sa présence à la fois si réconfortante et si frustrante.

Elle, elle était perdue. Elle le savait, maintenant : il n'y avait pas de bonnes façons d'annoncer la perte d'un être cher. Isdès exprimait déjà tout son mécontentement et Murphy se surprit à vouloir retrouver toute la violence de leurs anciens échanges. La douleur de ces cris-là ne valait rien à côté de celle qui la consumait depuis novembre. Leurs désaccords lui apparaissaient maintenant comme un luxe futile auquel elle n'aurait plus jamais aucune légitimité. De ses mains froides et tremblantes, elle s'était contenté de sortir le morceau de papier qui avait tant voyagé. Il avait vieilli, son état certifiait de toutes ses aventures et il annonçait déjà les choses. Elle le brandit pour tous les mots qui ne lui venaient pas encore. « Dis pas ça ! » Elle avala sa salive avec difficulté. Il ne comprenait pas encore. A elle, ces quelques mots faisaient l'effet d'un impact violent en plein thorax. Thaïs n'avait jamais été faible, même lorsqu'elle avait été assommée par la grippe, même lorsqu'elle avait été abandonnée par la vie. Elle avait été trahie par son corps et par le hasard, par l’existence entière, par les règles du monde, mais jamais elle n'avait été faible. Mais Isdès, ce n'était encore que de sa présence à elle qu'il souffrait. Elle l'en aurait bien volontiers épargné, mais Murphy savait que dans quelques instants, sa simple existence paraîtrait dérisoire à la montagne. Bientôt, il ignorerait tout d'elle, parce que bien pire poids serait tombé sur ses larges épaules. Même lui plierait. Les mots de Murphy furent minimalistes et maladroits. Elle les lançait presque au hasard, y allait à tâtons, en espérant qu'Isdès sache s'en saisir et en saisir les sens cachés. Ses poumons criaient de détresse sous le manque d'air, mais ils ne devaient maintenant leur peine qu'à la multitude de hoquets de chagrin qui accompagnèrent ses tentatives d'explications. Quand il fit le tour du feu pour la rejoindre, Murphy sut que le moment s'approchait. Elle allait changer sa vie à tout jamais.

Elle la vit mourir, l'étincelle. Il suffit d'un instant, d'une petite seconde. Il restait sans voix mais il avait compris. Elle lui laissa la lettre abîmée et fuit son regard, la gorge nouée, s'essuyant le visage d'une main hâtive. Murphy refusait d'ajouter à sa propre peine celle d'Isdès. Aux hésitations et au lourd silence de l'homme, elle réalisait qu'il était finalement doté d'un semblant de palpitant. Il y avait quelque chose qui vivait, tout là-dessous, quelque chose qu'elle venait de violemment écharper. Thaïs l'avait atteint, ce cœur jalousement gardé, et c'était elle, en quelques secondes, qui venait de le briser. Elle se détestait d'être cette personne-là, celle qui tuait son affection en même temps qu'elle tuait sa jeune amie. Elle se détestait d'être l'oiseau de mauvais augure. Un vent froid soufflait sur les hauteurs, comme pour lui rappeler toute la dureté de ce monde. Elle pouvait voir les houles violenter la mer au loin, derrière la haute falaise de laquelle ils la surplombaient. La douce chaleur du feu ne semblait plus capable de l'atteindre. Son corps entier semblait décidé à lui faire comprendre que cette fois, il ne pouvait plus échapper au chagrin du deuil. Comment ? La question la laissa sans voix. Elle était légitime mais elle appelait de douloureux souvenirs. Antarès courut jusqu'à eux et s'assit à côté de Murphy, la truffe levée vers elle, attendant sans doute une marque d'affection qu'elle était incapable de lui offrir. D'un vague mouvement du bras et sans quitter la mer du regard, elle désigna le village des Cents qui devait se trouver dans la plaine derrière elle, en contrebas de la montagne. L'état du camp répondrait pour elle. « Le vent a été trop violent... Elle... ils l'ont amenée chez nous et... on a... » Son regard embué se leva une seconde vers Isdès mais elle ne put le soutenir plus longtemps. On a pas pu la sauver. En moins de temps qu'il en fallait à un éclair pour fendre le ciel, elle laissa l'homme planté là, à côté de son feu, et monta de quelques mètres supplémentaires pour trouver au sommet de la haute colline une roche capable d'accueillir ses fesses et sur laquelle elle se laissa lourdement tomber. D'un regard vide, elle fixait l'océan agité, chamarré d'une multitudes de teintes de bleus profonds qu'il semblait être le seule capable de peindre, même dans l'obscurité naissante d'un début de nuit. Les hautes vagues venaient mourir en contrebas de la falaise, encore et encore, dans un cycle infernal qui les voyait naître à nouveau au loin, comme si le monde pouvait continuer à tourner sans plus porter Thaïs. Ses lèvres entrouvertes accueillaient malgré elles les gouttelettes salées et iodées qui s'échappaient de l'agitation des flots. « C'est son sang, sur ta lettre... » souffla-t-elle dans le vent, peu convaincue que sa voix porte jusque lui, et d'ailleurs peu convaincue de le souhaiter. Il avait été assez malin pour le deviner lui-même. Entre ses mains subsistait un petit peu de ce qui avait fait Thaïs, et de ce qui lui avait coûté la vie, aussi. Ses cheveux volaient, se délogeaient de sa nuque, la laissant en partie à la merci du froid des lieux. Elle se moquait de tout ça. Elle ne voulait pas être témoin de la déchéance d'Isdès. C'était plus que ce qu'elle pouvait supporter. « Je suis pas sûre que ça soit utile que je te décrive son sort... »


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Sujet: Re: I heard a whisper on my shoulder (Isdès)
Dim 15 Avr - 21:20

Pretending life is worth the fight

La réaction de Murphy avait été virulente, instinctive. Comme si Isdès aurait pu vraiment se permettre une telle critique envers Thaïs. Elle l’ignorait peut-être, mais il était tout bonnement incapable de lui trouver des défauts. Alors, quand elle lui fit comprendre la réalité de la situation, sans doute cela expliqua-t-il un peu sa réaction. Pour la première fois de sa vie, l’Athna tombait des nues. Il ne savait pas comment réagir, comment assimiler un événement qui n’avait pas existé, jusqu’à il y a quelques secondes à peine. Depuis combien de temps avait-il vécu dans le mensonge ? Depuis combien de temps s’imaginait-il une Thaïs bel et bien vivante, alors qu’elle avait déjà rejoint le ciel ? Certainement dans son cas, elle côtoyait de nouveau les étoiles tandis que les croyances de sa tribu pousseraient plutôt Isdès à croire qu’elle était désormais dotée de plumes. Les volatiles étaient des espèces très respectées, à qui on prêtait souvent les âmes des défunts. C’était une sorte de réincarnation, que les Athnas préféraient interpréter comme une continuité. Ils n’allaient pas chercher plus loin dans la spiritualité, préférant s’ancrer dans le moment présent. Mais maintenant, Isdès s’en voulait de ne jamais avoir cherché plus loin. Il s’en voulait de ne pas être certain de la destinée de l’adolescente. Il s’en voulait de ne pas avoir été mis au fait plus tôt, d’avoir préféré se réfugier dans sa montagne jusqu’à l’orée du printemps. Que faire maintenant ? C’est sans doute ce qui motiva Isdès à poser une question morbide. À recherches les détails d’un trépas qui ne méritait pas d’être abordé. C’était du moins ce que lui transmit le regard outré de la jeune femme. Visiblement, les Skaikru n’avaient pas le même rapport qu’eux à la mort. Il s’en souvenait aisément, quand il s’était heurté à la tenacité futile d’une Murphy à la recherche d’une amie probablement déjà morte. Il se remémorait la détresse dans ses prunelles affolées, quand elle avait cru voir se matérialiser la présence d’une âme disparue. Ils géraient mal le deuil, préférait-il se dire, pour se convaincre qu’eux faisaient indubitablement mieux. Alors pourquoi ça faisait mal ? Pourquoi sentait-il sa gorge se serrer, son ventre se nouer ? Murphy essayait tant bien que mal de clarifier les circonstances de la mort de Thaïs et Isdès s’en trouvait toujours insatisfait. Ce n’était pas une fin digne de Thaïs. Il avait envie de crier à l’injustice, alors qu’il avait toujours clamé que la mort intervenait pour une raison. Elle avait fait son temps, elle avait accompli ce qu’elle avait à accomplir. Non, ce n’était pas ça. C’était impossible. La gamine était destinée à faire encore tellement de choses...

Ses yeux se dirigèrent brièvement en contre-bas, vers les cimes qui abritaient encore maladroitement un camp dévasté. Il aurait dû être là. Personne n’aurait pu prévoir une telle catastrophe, mais Isdès se retrouvait étranglé par l’impuissance et par une promesse qu’il n’avait pas su tenir. Dès que Murphy leva son regard larmoyant vers lui, la situation devint insoutenable. L’homme se mura dans le silence, en quête de contrôle. Elle aussi regrettait de ne pas avoir été là au bon moment, c’était clair. Tout comme lui, elle se sentait peut-être coupable de ne pas avoir pu la sauver. Leurs émotions se rejoignaient et pourtant, elles se manifestaient de manières totalement différentes. C’était troublant de faire à une détresse si ostensible. Est-ce que ça la soulageait de laisser tout aller ? Se moquait-elle de paraître faible devant autrui ? Des deux, Isdès n’était plus certain d’être le plus solide. Bientôt, on le planta là, près d’un feu qui ne réchaufferait personne. Il l’observa continuer à s’approcher du précipice, puis s’asseoir au bord de la falaise qui accueillait les fortes brises maritimes. Il l’entendit à peine parler, mais distingua les mots clefs qui l’aidèrent à comprendre. La lettre qu’il détenait au creux de sa main était devenue le vestige d’une agonie et sans y réfléchir à deux fois, Isdès froissa le papier avant de le laisser tomber dans les flammes. Incapable d’entendre la nouvelle intervention de Murphy, il contempla le papier se consumer en une poignée de secondes, aussi rapidement que la vie avait quitté le corps de Thaïs. Il en voulait à la terre entière et aurait voulu trouver des coupables sur qui il pourrait déverser sa colère. Mais il n’y avait rien d’autre que la fatalité pour porter la responsabilité de cet événement. Isdès resta là immobile, quelques minutes durant, avant que la solitude ne soit de plus en plus difficile à supporter. Aussitôt, il céda au besoin irrépressible de rejoindre Murphy. Son silence était insoutenable, car il croyait pouvoir entendre les larmes dévaler sur ses joues de porcelaine et voir le chagrin peser sur ses fines épaules.

Il fut près d’elle et il sentit son rythme cardiaque s’accélérer. Ainsi, ça n’avait pas changé... Dans une tentative de faire croire que lui non plus n’avait pas changé, qu’il était toujours si supérieur, il se départit d’une remarque peu convaincante : « Ça ne sert à rien de pleurer. » Son regard s’attarda sur sa nuque, envahie d’une chair de poule provoquée par les vents côtiers. Elle ne méritait pas d’avoir aussi froid. Sa fierté ne fit pas longtemps le poids contre cette pulsion qui le poussait vers elle. Son cœur semblait vouloir s’arracher de sa poitrine, pour se rapprocher toujours plus de la silhouette recroquevillée. Isdès se laissa tomber à genoux, arrivant non sans mal à la hauteur de la jeune femme assise. Son visage vint s’approcher de son oreille droite pour murmurer les condoléances les plus sincères qu’ils soient. « Fiya. » Un mot qui prenait ses origines de sa langue à elle : feel ya. Je te comprends. Je ressens la même peine que toi. Ses bras enroulèrent sa taille et l’attirèrent contre son torse. Tempête. Se retenant d’enfouir son visage dans le parfum enivrant de sa nuque, il se contenta d’être l’épaule sur laquelle s’épancher. Ses larmes étaient les siennes.

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06/12/2015 Lux Aeterna 32374 Sophia Bush AVENGEDINCHAINS de mon ♥ (vava) ; Oreste (image profil); Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 372


Sujet: Re: I heard a whisper on my shoulder (Isdès)
Mar 17 Avr - 23:27



❝ I heard a whisper on my shoulder ❞
Murphy Cavendish & Isdès Hakantarr
(15 février 2118)


Elle n'avait toujours pas prononcé les mots. Elle avait souhaité ne pas avoir à le faire, et elle souhaitait ne jamais avoir à le faire. Il y avait de ces phrases qui sonneraient toujours faux, malgré l'ancre qui les enfonçait dans la réalité. Thaïs est morte. Ça sonnait terriblement faux. Même si elle n'était plus là, même si elle ne riait plus, même si elle ne râlait plus, même si elle ne lisait plus, même si elle ne s'entêtait plus à rien, ne fouinait plus entre les bâtiments, ne courait plus après des lapins ensanglantés, ne cajolait plus Antarès, ne racontait plus ses journées à personne, même si son corps reposait sous cette terre loin de leurs étoiles, ça sonnait terriblement faux.

Isdès n'avait pas eu besoin d'entendre la phrase. Peut-être redécouvraient-ils là les vestiges d'une relation qui avait autrefois existé, qui leur avait donné l'impression que les mots, entre eux, étaient aussi dangereux que superficiels. Murphy s'était refusé à prononcer le mot. Ça aurait sans doute été plus simple pour lui de l'entendre, même dans la langue des célestes, mais elle avait repoussé cette seconde, encore et encore, et espéré secrètement que chacune d'elle l'éloigne un peu plus de la verbalisation de la nouvelle. C'était dans son regard larmoyant qu'il avait lu le message. Et à l'instant même où il avait comprit, il sembla à Murphy que leur amie mourrait une seconde fois sous ses yeux. En même temps que l'étincelle qui venait de quitter les prunelles claires de l'Athna, elle s'éteignait à nouveau.

Elle aurait aimé qu'elle soit là à sa place, Thaïs. Elle aurait aimé ne pas avoir à faire le trajet, ne pas avoir eu à lire la note qu'il avait écrite sous ses yeux au début de l'hiver. Elle aurait aimé n'avoir eu à annoncer qu'une mauvaise grippe et se contenter de transmettre une petite lettre, juste une fois. Elle aurait aimé que le reste ne la regarde plus, comme tout ce qu'ils avaient connu avant ne la regardait pas. Elle aurait aimé pester dans son coin, à fixer les étoiles pendant de longues insomnies, à se demander ce qu'il pouvait lui raconter, à elle, ou ce qu'elle pouvait bien lui raconter, à lui, quel était ce lien mystérieux qui les unissait. Elle aurait aimé pouvoir se demander ce qu'il avait pu griffonner sur le morceau de papier, ce jour de novembre, de l'autre côté des flammes capricieuses. Ces questions paraissaient maintenant perdues à des années lumières de là. Le morceau de papier taché du sang de leur amie commune avait trouvé refuge entre les doigts épais de l'homme. Murphy ne voulait plus le voir. Elle s'y était désespérément accrochée, comme un témoin et un souvenir, mais elle n'en supportait plus la vue. Il appartenait maintenant à son unique propriétaire, le seul qui en avait la légitimité. Si elle en avait eu la force, elle se serait probablement excusé d'avoir ouvert cette note et d'y avoir trouvé la date et le lieu qui les réunissait maintenant. Mais il comprenait, non ? Il comprenait sa présence ici, qu'elle était forcée par la fatalité; il comprenait qu'elle se soit tant offusquée de la remontrance qu'il avait faite, encore naïf de cette funeste nouvelle. Il devait comprendre tout ça parce qu'elle était incapable de le lui expliquer.

Elle n'arrivait plus à soutenir le regard d'Isdès. Elle voyait l'existence de Thaïs s'en évanouir, elle voyait une incompréhension, une détresse peut-être, commencer à poindre. C'était trop pour elle. Le vent glaçait ses larmes sur ses joues mais elles ne cessaient de quitter ses prunelles par vagues incessantes. C'était la première fois qu'elle pleurait. Qu'elle s'autorisait à pleurer vraiment.

On disait que pleurer soulageait les maux et les peines. On disait qu'avec le temps, c'était le meilleur moyen d'accepter les choses pour mieux se reconstruire en dépit d'elles, ou en accord avec elles. Mais pleurer faisait se sentir vulnérable, pleurer affaiblissait, dévoilait à tous, y compris à soi-même, tout ce que l'on préférait cacher. Pleurer rendait les chagrins réels. Thaïs est morte. Ses cheveux volaient dans sa nuque, devant ses yeux, alors que son regard embrumé essayait de trouver un repère en contrebas, là où les vagues rejoignaient violemment les falaises. Elle pouvait sentir les embruns contre sa peau; ils se mélangeaient aux larmes et à la transpiration de l'ascension, venaient se coller à ses lèvres sèches et y déposer un fin voile de sel. Recroquevillée sur elle-même, Murphy avait perdu à la fois toute notion du temps et tout désir de le voir défiler. Isdès demeurait silencieux, quelque part derrière elle. Thaïs était la seule capable de le faire taire. Murphy était perdue en pleine mer déchaînée, abandonnée à l'océan et sujette à ce qu'il voudrait bien faire d'elle. Aucun repère devant elle. Ses mains tremblantes, nerveuses et pressées venaient parfois essuyer son visage dans un espoir vain de marquer une pause dans ces interminables minutes. Les vents fous l'assourdissaient; ou peut-être était-ce les rouleaux salés qui s'écrasaient à quelques dizaines de mètres sous ses pieds. Elle était épuisée. Elle était épuisée et elle s'écroulait, à bout de forces et pour toutes les fois où elle avait tenu bon, juste un peu plus longtemps, juste pour les jeunes, juste pour Nadja, juste pour tous ceux qui avaient déjà bien suffisamment à faire.

Elle trouvait moins de charmes aux hauteurs, d'un coup, et se surprit même à les redouter. Elle n'était qu'à quelques mètres du précipice. Ses vertiges s'imposèrent violemment à elle et les vagues ne se contentaient plus de l'assourdir; elles l'attiraient vers elles. La voix d'Isdès raisonna derrière elle et au milieu de tout ce vacarme. Elle retint sa respiration quelques instants et ne s'en rendit compte qu'en cherchant l'air à nouveau. Ses lèvres tremblaient en cherchant une de ces répliques cinglantes dont elle était pourtant spécialiste. Mais pour ça aussi, elle était trop épuisée. Pleurer ça ne servait à rien. Pleurer c'était faire resurgir tout ce qu'il était trop douloureux de ressentir. C'était laisser s'échapper les démons de son propre être. Certains disaient qu'ils n'étaient pas ça d'éviter les larmes. Murphy, elle, préférait à ça l'impassibilité de ceux qui attendent que les choses passent toutes seules, que l'irréel devienne réel par simple évolution des choses. A force de le vouloir, on finissait par y croire. Elle redoutait par-dessus tout cet instant, l'instant de rupture où tout changeait, où tout faisait mal, où le cœur et l'âme étaient arrachés de l'être et dont on se pensait incapable de sortir. Elle n'avait pas pleuré Faust tout de suite et lorsqu'enfin elle s'y était autorisée, elle avait compris qu'elle venait de passer la frontière qui séparait l'abstrait du concret. C'était la première fois qu'elle pleurait Thaïs en bonne et due forme. C'était donc seulement maintenant qu'elle réalisait qu'elle ne la reverrait jamais plus. L'enterrement de la jeune fille ne lui avait pas suffi. Elle avait encaissé, elle était restée silencieuse, avait réconforté les jeunes avant qu'ils ne partent assimiler leur propre deuil dans les ruines de ce qui avait été leur village. Et puis elle avait fait ce qu'elle faisait de mieux : elle avait laissé le temps passer, espéré qu'il lui offre l'oubli ou une autre alternative que celle du deuil. La simple acceptation.

La mer appâtait toujours son vertige en contrebas. Elle cherchait ses mots mais chaque seconde semblait pire encore que la précédente. Elle ne voulait pas vivre le chagrin d'Isdès. Elle ne voulait pas qu'il lui brise le cœur une seconde fois. Elle aurait aimé vouloir hurler contre lui, ou avec lui, mais les mots lui manquaient. Quelques gémissements rauques de débuts de phrases avortées furent tout ce que ses cordes vocales offrirent au vent. Elle entendait quelques bruits feutrés derrière et devinait Antarès s'agiter, chercher son attention peut-être. Son regard ne parvenait pas à se détacher des flots froids. Mais elle le sentait contre elle, près d'elle. Ce n'était pas Antarès qui faisait chanter la neige. Le souffle chaud d'Isdès glissa un mot à son oreille, un seul mot.

Les vagues n'étaient plus les eaux les plus violences en ces lieux. Murphy fondit à nouveau en larmes, laissant en détresse ses poumons. Elle aussi, elle était désolée. Elle aussi, elle comprenait. Ses mains se perdirent face à elle, cherchèrent instinctivement un repère duquel se saisir, se posèrent nerveusement sur ses genoux avant de s'en détacher à nouveau. Avec l'énergie du désespoir, elle se saisirent des bras qui vinrent entourer sa taille et s'y accrochèrent de toutes leurs forces. Instinctivement, elle s'était tournée vers Isdès. Sur son visage pourpre coulait un torrent de larmes. Il cherchait le réconfort de l'étreinte et sa joue humide s'était écrasée contre son torse. Ses mains tremblaient sur son bras et elles le quittaient de temps en temps pour mieux le retrouver, désespérées. Isdès était sa bouée de naufragée. « Moi aussi... » lâcha-t-elle dans une plainte rauque et entre deux sursauts de pleurs. « J'aurais préféré... ne pas... avoir... à venir. » Malgré elle, elle avait glissé sur le petit rocher qui la portait et s'était laissée lover contre Isdès et ses fourrures. Parvenait à ses narines le doux parfum de son cou et de sa peau dont elle s'était tant abreuvée. L'une de ses mains glissa contre son omoplate pour le serrer un peu plus contre elle. Le flot de larmes s'apaisait doucement. Les pleurs devenaient silencieux. « Je suis désolée, Isdès... Elle avait hâte de te voir... » Dans un soupir épuisé, elle laissa ses paupières brûlantes se fermer. Elle retrouvait progressivement son souffle mais ses mains ne lâchaient pas leurs prises. Quelque part à sa gauche, elle entendit Antarès japper discrètement. Il s'était installé à côté d'Isdès et observait la scène d'un air curieux et dubitatif. « Je suis désolée... »

Sa main quitta le dos de l'Athna pour doucement chercher son visage. Lorsqu'elle parvint à ouvrir ses paupières endolories, Murphy leva le visage vers lui. Tremblante, le visage bouffi, elle laissait ses doigts glisser sur sa joue, comme pour le rassurer, elle aussi, comme pour lui rendre le réconfort, lui manifester sa présence et transmettre tout ce que ce que son regard faillait peut-être à transmettre, rouge comme il l'était devenu. Elle était prête à affronter son regard et son deuil. Elle était prête à accueillir le chagrin d'Isdès. « Je suis désolée... » Thaïs est morte. Elle était morte, mais au cœur des mers affolées par la tempête, la naufragée avait trouvé un phare dont elle avait depuis bien trop longtemps abandonné les recherches.

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Sujet: Re: I heard a whisper on my shoulder (Isdès)

 

I heard a whisper on my shoulder (Isdès)

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