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˜˜˜˜˜˜I can't be strong all the time [Murphy]
maybe life should be about more than just surviving

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06/12/2015 Lux Aeterna 32374 Sophia Bush AVENGEDINCHAINS de mon ♥ (vava) ; Oreste (image profil); Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 372


Sujet: Re: I can't be strong all the time [Murphy]
Mer 4 Avr - 0:56



❝ I can't be strong all the time ❞
Murphy Cavendish & Chris Wilson
(27 janvier 2118)


Au cœur de cette nuit sombre et sans aucun doute stimulée par cette fatigue qu'elle avait de plus en plus de difficultés à combattre, Murphy faisait preuve d'une patience dont elle n'aurait probablement pas été capable quelques heures seulement auparavant. On ne pouvait pas dire que Chris ne faisait pas d'efforts; juste qu'il était trop tard pour ça, juste qu'il était trop tard pour elle. Elle adoptait une posture nouvelle, la seule dont elle espérait encore qu'elle puisse la préserver de tout ce qui l'avait rongée trop longtemps. A trop espérer ce qui était fou de l'être, on se détruisait à petit feu. Il lui avait fallu un peu trop de temps pour le comprendre et l'assimiler, mais face à Chris, cette nuit-là, elle réalisait tous les bienfaits de cette décision qu'elle avait finalement réussi à prendre. Il ne s'en rendait probablement pas compte, mais elle prenait sur elle à chaque instant. Rester détaché, pour quelqu'un comme Murphy, revenait à renier sa propre nature passionnée et investie. Laisser couler les critiques, les postures, les remarques, les maladresses, c'était un exercice dans lequel il était alors difficile d'exceller. Mais lorsqu'enfin elle réussissait à les ignorer, lorsqu'elle se contentait de les regarder passer près d'elle sans l'impacter, il lui devinait évident qu'elle usait alors de la meilleure défense. Eviter les impacts plutôt que de les prendre de plein fouet et de chercher la revanche. Se détacher, c'était la clé.

Mais avec le lièvre, il y avait du concret. L'ordre des priorités était totalement revu et si elle y avait pensé avant de pointer sa flèche dans la direction du pauvre animal qu'elle avait vu gigoter dans la neige, Murphy n'aurait probablement pas pris la même décision. Se prouver capable d'abattre une bête d'un seul tir était une chose; la dépiauter en pleine nuit, dans le froid et le noir, l'estomac un peu fragile car endormi, c'en était une autre. La seule idée lui retournait les tripes, mais si ça s'avérait nécessaire, elle préférait prendre sur elle et son propre confort que de perdre un peu de cette viande qui était si précieuse pour eux tous. Puisque ce n'était pas son rôle, qu'elle passe la nuit sans participer au travail des chasseurs n'aurait rien changé à rien. Cependant, maintenant que la pauvre bête avait perdu la vie et maintenant qu'ils avaient entre leurs mains de quoi nourrir quelques personnes, ils ne pouvaient plus se permettre de passer à côté. Le travail devrait être fourni, que ce soit par eux ou par quelqu'un d'autre. Et il fallait se rendre à l'évidence : à une heure pareille, n'étaient éveillés sur le village que ceux qui étaient chargés de sa sécurité. « Je te le fais pas dire... » répondit-elle dans un soupir au manque de courage de Chris. Lui non plus n'étai pas ravi à l'idée de devoir s'en occuper et pourtant, c'était maintenant leur devoir de gérer ces viande et fourrure avant qu'il ne soit trop tard. « Perso, je vois pas quels dégâts j'ai faits à l'intérieur. » Elle désigna d'un geste ennuyé le cadavre au sol. Un tir net et tranchant ne suffisait pas à assurer que les intestins n'avaient pas été touchés -qu'aucun organe occupé par un microbiote qui lui était propre n'était pas touché. Murphy n'était pas encore capable de déterminer les plaies qui faisaient courir ce risque à la viande et elle ne savait même pas s'il existait une façon de le faire. En attendant, elle usait de la technique de la rapidité. Une fois l'animal abattu, il fallait s'en occuper dans les minutes qui suivaient. Ça éliminait tous les risques.

Et les compliments, Murphy avait du mal à les accepter. Elle les cherchait toujours, se les offrait souvent, mais gardait à l'esprit qu'il n'existait pas de tels choses que les dons. Etre doué pour quelque chose, ça n'existait pas vraiment. Elle avait toujours beaucoup trop travaillé pour accepter que l'on puisse avoir offert à certains cette facilité. Avoir des facilités, peut-être; pour tout le reste, on lui avait appris les valeurs du travail et de l'acharnement, de la motivation, de l'envie, de la ténacité. Et Chris semblait encore prendre la mouche alors qu'il était celui qui ne comprenait pas. « Si, tu as dit le contraire », s'acharnait la brune en plantant pendant quelques secondes son regard dans celui de l'homme. Il était calme mais souriait de ce sourire qui le rendait particulièrement méprisant à cet instant précis. Il avait dit qu'elle était douée, et ce simple mot mettait de côté tout le travail qui avait été le sien pour arriver là. Une preuve de plus, si c'était nécessaire, qu'il ne comprenait pas ses valeurs ou tout ce qui la poussait encore à se lever le matin. Le travail, la connaissance, la découverte, la débrouillardise, c'était ce qui lui donnait envie de découvrir encore ce monde et surtout de s'y adapter de la meilleure des façons possibles, avec les outils qu'on leur avait donnés. Au regard de tout ça et car être doué sous-entendait la paresse, ça ne semblait plus réellement être un compliment.

Mais revenons à nos moutons -ou à nos petits lapins morts. Murphy n'oubliait pas que là reposait l'une de ses deux priorités, que Chris décide de s'y mêler ou non -l'autre étant lié au rôle de garde qui lui incombait encore pendant quelques heures. Elle regardait l'homme s'éloigner, le lapin à la main, les yeux écarquillés comme si elle attendait subitement qu'il se retourne et avoue plaisanter. Mais non, il ne plaisantait pas, et elle se décida enfin à le retenir en lui demandant ce qu'il comptait faire de l'animal. « Mais on vient de dire que les cuisiniers dorment... » Sa voix était douce, presque timide, tant ce qu'elle annonçait lui semblait évident. A cet instant précis, elle avait encore plus de mal à suivre les idées de Chris que d'habitude. Ils avaient détaillés les problématiques ensemble jusqu'au bout, et pourtant, ils étaient arrivés à des conclusions drastiquement opposées. Encore une preuve qu'ils n'étaient définitivement plus sur la même longueur d'onde. Et le voilà qui s'offusquait de sa question... La piqûre de rappel se voulût bienveillante, mais Murphy n'était plus très sûre que la situation pouvait tourner autrement qu'avec elle qui se retrouvait à étriper le lapin et Chris qui tenterait de lui prouver qu'il savait lui-même le faire.

Réveiller les cuisiniers, c'était hors de question. Pour de multiples raisons, d'ailleurs. Tout d'abord parce qu'ils avaient besoin de leur sommeil et qu'ils fonctionnaient le jour, avaient fonctionné la veille et fonctionneraient le lendemain. Ils n'étaient pas des robots au service de quiconque avait besoin d'eux, à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. Ensuite, parce que n'importe qui de sensé -ou en tout cas, ça aurait été son cas si les rôles avaient été inversés- lui répondrait qu'elle n'avait pas eu besoin de tuer ce lièvre en plein milieu de la nuit et qu'elle rajoutait de la charge de boulot sans autre but que de fanfaronner. Or, ce n'était pas son cas. Et enfin, parce qu'elle savait se débrouiller lorsqu'il s'agissait de déshabiller un animal mort et de s'occuper de sa viande et de sa fourrure. Elle n'avait pas appris aux côtés de Cassandre sans raisons. Elle savait y faire en pleine nature lorsqu'elle était seule, et il n'y avait pas de raisons qu'elle n'y parvienne pas dans cette tourelle de garde, même s'il était fort possible qu'elle tache de sang le bois.

Et voilà Chris qui repassait à la première personne. Moi je, moi je, avec l'assistante Murphy, ou l'assistant n'importe qui, d'ailleurs. Et... Elle arqua un sourcil outré et leva les yeux au ciel avec un soupir qui ne manqua sans doute pas de réveiller toute la faune alentour. Chris dans toute sa splendeur. « Ecoute, j'en ai rien à foutre des filles qui font battre ton cœur ou lever ta bite. » Le ton s'était subitement fait tranchant. Cette Rachel, qui qu'elle soit, n'avait rien à faire dans la conversation -et encore moins lorsqu'à l'esprit de Murphy lui revint le souvenir d'une Cent. Une fille qui n'était même pas sur le village. Totalement hors sujet. « J'aurais pas dû tuer le lapin, j'ai compris. En attendant, je compte pas réveiller des cuisiniers. Encore plus pour un truc dont je suis capable. » Chris lui-même convenait maintenant de cette solution : le dépecer ici. Il était presque surprenant de le voir abdiquer si facilement, lui qui aurait sans doute bataillé avec ses non-arguments pendant de longues minutes. Cependant, Murphy restait sur le prénom qu'il n'avait pu s'empêcher de mentionner comme l'unique preuve qu'elle était incapable, ou que quelqu'un d'autre qui n'était même pas là serait bien plus capable qu'elle. Elle le pensait : elle n'en avait rien à faire de la vie de Chris ou de cette fille, mais si c'était le moment d'offrir à l'autre des faits aléatoire et inutiles, alors elle pourrait s'avérer redoutable à l'exercice. Hier, Antarès a fait un caca un peu plus gros que d'habitude. Elle brisa les derniers mètres qu'il avait mis entre eux au moment où il avait eu l'intention de descendre et lui arracha le lapin des mains. La bête pendait de ses pattes arrières dans le poing serré et énervé de la brune. « C'est pas un travail chirurgical, tant qu'on sait ce qu'on fait. Je sais ce que je fais. » La femme se rapprocha du coin de la tourelle où reposait son arc et ses flèches et posa violemment la bête par terre avant de s'accroupir au-dessus. « Surveille les alentours, c'est le lieutenant qui le demande. » L'ordre était factuel. Il fallait que l'un d'eux tienne le rôle de garde qu'elle avait laissé de côté au moment où elle avait pris les choses en main. Maintenant silencieuse, elle s'agenouillait, plaçait l'animal et plantait sa lame sous sa peau pour commencer à le séparer de sa fourrure.

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01/11/2015 Glacy 1672 Brett Dalton murphy (avatar), Frimelda (signature) ancien militaire - maniement des armes - statège 306
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Sujet: Re: I can't be strong all the time [Murphy]
Dim 8 Avr - 18:52



« Si, tu as dit le contraire » « Tu veux réellement qu'on se dispute à ce propos alors que je n'ai pas dit le contraire, que j'ai juste affirmé que tu es douée. Est-ce que tu veux vraiment qu'on se dispute sur cette définition au lieu que tu en viennes simplement à accepter un putain de compliment pour une fois sans prendre la mouche ?! » Et mon regard autant ancré dans le sien alors que je ne pouvais que me demander si elle voulait réellement qu'on se dispute de nouveau, qu'on argue pendant des heures à propos de compliments alors que je venais juste de lui en faire un. Comme s'il fallait qu'elle cherche toujours la petite bête. Ne pouvant que me faire penser à cet instant à cette dispute qui avait eu lieu dans le bunker. Toujours aussi peu avancé à ce sujet encore. Un autre point à régler.

Sans doute plus préoccupé à cet instant par le lièvre mort qui se trouvait à nos pieds. « Mais on vient de dire que les cuisiniers dorment... » Ce qui était aussi vrai. Des cuisiniers qui dormaient, un lièvre qui restait mort et qu'il allait falloir découper de là. Ne pouvant que réfléchir au meilleur moyen de remédier à ce problème tout en ne pouvant que penser à Rachel. Rachel qui serait sans doute bien plus sortie que moi à cet instant. Bien plus capable de cuisiner que n'importe qui alors que la vie sur terre l'avait endurcie. Oubliée l'enfant qui était dans nos jambes. Et n'en n'étant que venu à parler à voix haute. Ce qui n'était pas du goût de la jeune femme. « Ecoute, j'en ai rien à foutre des filles qui font battre ton cœur ou lever ta bite. » « Et si tu pouvais parler autrement de la petite soeur de Robb, ou garder tes pensées ou commentaires acerbes pour toi à ce sujet j'apprécierai. » Ne m'important pas que mon avis ne l'intéressait pas, si ce n'était que j'appréciais certainement pas le sous-entendu. N'appréciant pas qu'elle puisse ne serait que réduire la jolie brune à cela alors qu'elle valait bien plus que cela. Réellement défensif et protecteur à son sujet. Une promesse que j'avais fait à Robb. Et ne pouvant autant que la fusiller du regard. Le calme installé qui s'effaçait.  « J'aurais pas dû tuer le lapin, j'ai compris. En attendant, je compte pas réveiller des cuisiniers. Encore plus pour un truc dont je suis capable. » N'ayant jamais insinué cela non plus, n'ayant fait aucun commentaire déplacé à mes yeux bien qu'il était sans doute vrai que pendant l'espace d'un instant, j'avais été tenté de les réveiller. Pouvant certes assurer cette part bien que je n'étais pas autant doué qu'eux loin de là. Des coupures qui ne seraient pas aussi nettes d'ailleurs. « C'est pas un travail chirurgical, tant qu'on sait ce qu'on fait. Je sais ce que je fais. » Me contentant de la regarder alors qu'elle empoignait l'animal mort. Ne répondant rien alors qu'il ne servait à rien d'enveminer la situation. Gardant pour moi mes commentaires et le fait qu'elle semblait sous-entendre que je ne savais pas ce que je faisais. Du moins le sachant qu'en partie. Gardant pour moi mes remarques sur la grande murphy cavendish et ses compétences. « Surveille les alentours, c'est le lieutenant qui le demande. » Toujours avancer d'un pas et en reculer d'un voir de deux aussitôt. Et ne pouvant que m'exécuter en la laissant faire, la laissant au passage retrouver son calme. Et sans doute autant retrouver le mien alors que je m'éloignais dans le silence le complet pour me mettre un peu plus loin et observer les alentours. Prenant part à cette hiérarchie caractéristique du corps militaire, où je n'étais qu'un pion déplaçable. Ne remettant pas en doute ses compétences ou son grade, à la différence de certaines de ses remarques. Reprenant une respiration alors que les battements de mon coeur s'étaient accélérés. Ne pouvant que tenter de calmer ce rythme cardiaque en répondant à son commandement ou gardant ce point. Ne pouvant que surveiller les alentours dans le silence pas moins le plus complet.


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06/12/2015 Lux Aeterna 32374 Sophia Bush AVENGEDINCHAINS de mon ♥ (vava) ; Oreste (image profil); Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 372


Sujet: Re: I can't be strong all the time [Murphy]
Ven 20 Avr - 2:33



❝ I can't be strong all the time ❞
Murphy Cavendish & Chris Wilson
(27 janvier 2118)


Ça aurait été mentir que de prétendre que cette petite parenthèse au cœur de la nuit faisait oublier tout le reste. Ça reposait des accès de rage qui caractérisaient depuis trop longtemps leurs échanges, mais ça n'en délestait pas Murphy pour autant. Elle n'oubliait pas ce qui les avait menés à cet instant et à cet endroits précis. Elle n'oubliait pas les hurlements et les incompréhensions, elle n'oubliait pas les deuils non plus mais pas non plus tout ce qu'ils avaient engendrés. Elle n'oubliait pas pas le rejet de Chris et toutes les démonstrations qu'ils avaient faites du manque de considération et de respect qu'il avait pour elle. Elle avait pardonné une fois. Cette nuit n'était pas un pardon. Elle n'était rien de plus que ça : une parenthèse de tranquillité par manque de forces ou d'envie d'autre chose. Elle avait dépassé le stade des cris. Il lui avait fallu quelques temps pour comprendre toute leur vacuité. Essayez de communiquer avec un mur; vous n'en obtiendrez au mieux que quelques résonances de vos propres arguments. Avec Chris, elle avait abandonné. Les échos ne lui suffisaient plus; elle s'ennuyait de s'entendre hurler dans le vide. Et pour la sanguine et l'acharnée qu'elle était, apprendre à abandonner était un sacrifice qu'il demeurait difficile à accepter. Il s'avérait pourtant parfois la seule solution viable; elle l'avait appris avec Xander des années auparavant. Laisser l'autre partir était douloureux pour bien des raisons. Pour la fierté, certainement, et pour tout ce qu'on avait partagé, avec certitude. Le laisser partir, c'était accepter que rien ne pouvait se reconstruire, que tout jusqu'aux fondations de la relation était pourri par le temps. Le laisser partir, c'était aussi admettre que tout n'avait potentiellement jamais été aussi solide que ce que l'on s'était laissé penser ou croire pendant tout ce temps. Cette résignation, lorsqu'elle devenait nécessaire, restait une épreuve pour les plus fiers et les plus tenaces. Pour ceux qui avaient déjà trop perdus, elle était douloureuse. Après toutes les pertes que Murphy avait déjà subies, elle choisissait volontairement de s'arracher une part d'elle, comme un membre nécrosé que l'on coupe par nécessité, avant de pourrir tout entier.

Et lorsque Chris montait le ton, ce n'était pas pour la faire regretter le recul qu'elle avait réussi à prendre au fil des mois. Son regard se plissa un instant, lançant quelques éclairs colériques, avant qu'elle ne se ravise. Elle se contenta de lui offrir sa plus belle indifférence, accompagnée d'un sourire sarcastique et d'un de ces haussements de sourcils qui parleraient bien plus que n'importe laquelle de ses réponses. Toujours incapable de peser ses mots ou d'accepter leur impact. Elle analysait plus que ce dont il se montrait capable mais elle énonçait des faits. S'il était incapable de comprendre la différence entre le don et le travail, alors elle n'était plus de celles qui chercheraient à lui expliquer ce genre de subtilités. On avait toujours mieux à faire que de se battre. Elle avait énoncé des faits, s'en était offusquée. Elle n'avait jamais cherché les cris qu'il lui offrait maintenant. Échauffe-toi si ça t'amuse, t'es mignon, lança son haussement d'épaules moqueur.

Et quelques secondes de plus achevèrent de lui prouver que cette accalmie n'avait été que de courte durée. Elle voulait croire qu'il plaisantait, mais en le retenant, sonnée, elle comprit que ce n'était pas le cas. Oui, les cuisiniers feraient indubitablement un meilleur travail que n'importe lequel d'entre eux. C'était leur métier, c'était ce qu'ils faisaient à longueur de journée, c'était ce à quoi ils excellaient. Mais ils dormaient, et dans ce monde éreintant, même pour un lapin mort, on ne méritait pas de se faire réveiller en pleine nuit. Le sommeil était devenu l'une des denrées les plus précieuses et Murphy se refusait à la voler à quiconque avait la chance de l'avoir en sa possession. Elle pensait qu'ils s'étaient compris, un peu plus tôt, mais demeurait bouche bée quelques secondes après l'avoir stoppé dans son élan. Mais lorsqu'il surenchérit en arguant que n'importe qui serait plus doué qu'eux, elle sentit un soupir lui être arraché des tripes. Elle n'en avait rien à faire, des autres. De Bernadette, Hector, Lucile ou cette Rachel, elle n'en avait rien à faire. Au milieu de la nuit, dans ce camp, ils étaient réduits, au mieux, à l'effectif des gardes nocturnes. Au pire, à eux deux, dans leur tour de bois, avec le lièvre qui continuait de se délester de son sang goutte après goutte. « Et moi j'apprécierais que tu laisses aux autres que toi la liberté de s'exprimer, même si ça te plaît pas. Je sais que c'est un problème pour toi, mais le monde ne tourne pas autour de ce que tu préférerais. » Qu'elle soit la petite soeur de Robb était aussi hors sujet à cet instant précis que sa seule mention l'avait été quelques instants plus tôt. Qu'il  la fusille du regard si ça lui chantait; Murphy, quant à elle, avait été sèche et froide, appréciant de façon plutôt discrète d'être interdite de s'exprimer. Retour à la case départ.

Et malgré toutes ses bonnes intentions, Murphy commençait à perdre pied. A nouveau. Et si Chris continuait de la sorte, nul doute qu'il finirait par passer par-dessus la rambarde de la tourelle. Mais elle voulait rester calme. Elle voulait respecter la promesse qu'elle s'était faite des mois auparavant. Elle ne voulait pas lui offrir à nouveau le plaisir de lui apporter plus d'importance que ce qu'il méritait. Elle voulait se préserver de tout le mal qu'il s'était montré à répétition capable de lui faire.

Les faits demeuraient les faits. Depuis le début, Murphy n'avait fait qu'exposer des faits. Que Chris soit capable ou non de les accepter était son problème. Tout ça ne la regardait plus depuis longtemps. Réveiller des cuisiniers pour faire un travail qu'elle s'était déjà montrée capable de faire, c'était inutile, si ce n'était débile. Ça aussi, c'était un fait. Elle l'avait arrêté avec plus de douceur et de subtilité qu'elle en était maintenant capable. Sa patience l'abandonnait progressivement et ses propos se faisaient plus nets et précis. Pas pour brusquer Chris, mais parce que les choses devaient avancer. Et en récupérant l'animal des mains du garde, c'était bien ce qu'elle comptait faire, avancer les choses. Le temps n'était plus un luxe qu'ils pouvaient se permettre. Le reste restait factuel. En s'attaquant au dépeçage, elle abandonnait son poste. Il n'étaient alors pas trop de deux et plutôt que de tergiverser encore pendant de longues minutes qui ne leur rendraient pas service, Murphy utilisa sa carte de gradée militaire. Il ne répondit rien et elle le vit lever le nez vers les environs. Il avait compris.

Ses gestes furent vifs et précis. Elle savait ce qu'elle devait faire, même dans la semi-obscurité. Les lueurs lactées de l'astre lunaire l'aidaient à ne pas se planter un doigt par accident. Elle l'avait fait de dizaines de fois et les gestes, même s'ils n'étaient pas parfaits, s'approchaient presque de l'automatisme. La fourrure fut rapidement jetée sur le côté. Elle devrait trouver son chemin pour l'atelier de tannage le plus rapidement possible. En attendant le réveil des tanneurs, elle trouverait sa place dans un des multiples tas de neige fraîche qui entouraient encore les lieux. Mais ôter la peau des animaux n'était pas encore le plus désagréable. Il fallait maintenant transpercer la dernière couche de peau. Lorsqu'enfin elle se décida à le faire, l'odeur pestilentielle qui émana des entrailles de la bête lui arrachèrent des nausées et elle porta le revers de sa main ensanglantée à son nez pendant quelques secondes, le temps de s'y faire. Les tripes trouvèrent rapidement leur place plus loin, sur le bois qui buvait le sang. La viande était sécurisée.

Elle se releva brusquement, les doigts couverts de sang, et respira un bol d'air frais, réalisant qu'elle avait retenu sa respiration pendant un bon moment. « Il faudra déposer la fourrure dans la neige, devant le bâtiment du tannage. Et le lapin, devant les cuisines. Dans la neige aussi. » Ce n'était pas des ordres, c'était, encore une fois, des faits. Il fallait penser à la conservation de la viande. « Si tu veux, je m'occuperai de jeter les tripes quand j'aurai fini ma garde. Ils trouveront tous tout ça au réveil. » La tour allait empester pendant les heures qui lui restaient, mais elle saurait s'en accommoder. Peut-être même que les odeurs l'aideraient à rester éveillée.  Ou peut-être que... Elle attrapa les organes, retint un énième haut-le-cœur, et, sans un mot de plus, se dirigea vers l'échelle pour descendre à toute hâte et jeter tout ça. Elle s'occuperait de jeter tout ça à la fin de sa garde, comme proposé à Chris. En attendant, son poste de garde serait épargné de la puanteur. Elle en profita pour se nettoyer les mains dans la neige fraîche et, d'un pas lourd et peu convaincu, elle remonta à nouveau dans la tour, se demandant ce que Chris allait encore lui faire tomber dessus.

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I can't be strong all the time [Murphy]

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