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˜˜˜˜˜˜Until the end (Kayden)
maybe life should be about more than just surviving


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21/12/2017 Thinkky / Angel Rowena Chakraan 140 Sophie Turner (c) Lux aeterna mécanicienne (robotique) / construction & robotique/mécanique 61
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Sujet: Until the end (Kayden)
Ven 5 Jan - 1:53



Until the end
Today could be my death.



Il y avait ce silence qui envahissait l’espace, maintenant que la tempête était passée. Les pertes n’avaient pas été humaines, ils pouvaient s’estimer heureux. Pourtant, Eris ne parvenait pas à voir le bon côté. Dans son esprit, il y avait seulement les heures de travail à venir qui s’accumulaient, et les plans qui se dessinaient. Jusqu’ici, la Terre n’avait pas été une telle garce. Certes, le campement avait dû être modifié à plusieurs reprises, à cause de manifestations naturelles dont elle n’avait entendu parler que dans des livres, mais rien n’avait été tel que ce… Cyclone ? La jeune fille n’était pas certaine du terme à utiliser, dans ses souvenirs, plusieurs étaient possibles en fonction de la puissance de la tempête… Néanmoins, elle n’était pas météorologue, du coup, elle choisissait l’un d’entre eux au hasard. Tout ce dont elle avait besoin, c’était de savoir comment se prémunir de la prochaine catastrophe. Il allait falloir reconstruire et renforcer les… abris le plus rapidement possible. Leurs tentes de fortune ne résisteront jamais aux aléas de la Nature, elle aurait dû s’en douter. Cependant, elle n’était pas celle qui prenait les décisions. Elle ne pouvait que donner son expertise, si on la lui demandait. Jamais un ordre lancé de sa part. Elle était une suiveuse, un bon petit mouton.

Et aujourd’hui, elle avait pris une décision par elle-même, à l’ombre d’un arbre encore debout malgré le cyclone. La discrète Eris allait fuir le campement quelques heures, ou une journée. Il faudrait déjà presqu’une demi-journée pour faire un aller, donc… Avec un bâton, elle dessinait sur la terre retournée, pesant le pour et le contre de ses actes. Elle ne voulait rien faire de mal. En fait, la débarquée se souvenait des infrastructures qu’elle avait aperçues, lorsque les Odysséens les avaient invités à leur nouveau camp. Les matières utilisées, la façon dont elles avaient été agencées… Ce qui faisait que les bâtiments étaient nettement plus solides que les leurs. Après, ils s’étaient appuyés sur du déjà-existant. Pourtant, les rénovations faites lui avaient paru extraordinaires. C’était d’ailleurs la seule chose qui l’était. Le reste… Elle avait croisé des visages familiers, souvent de loin, puisqu’elle avait tenté tout le long de la visite de se cacher derrière ses camarades. Ces êtres qu’elle pensait, et espérait, ne jamais revoir. Le pessimisme dans les veines la gamine…

Un coup d’oeil vers le ciel. Si elle se mettait en route dans l’heure qui suivait, elle aurait une chance d’atteindre son but avant la nuit noire. C’était ce dont elle avait besoin, plus de temps pour tergiverser. Le corps se releva, et le regard se porta sur sa tente, à quelques mètres de là. Personne ne la regardait, personne ne la voyait jamais. Elle était discrète, petite Eris. Douce plante verte ignorée. Tant mieux. Elle pourrait s’éclipser, dans ce silence qui la caractérisait tant…

Elle enfonçait les mains dans les poches de sa geste, alors que l’essoufflement se faisait sentir. Elle ne sortait que peu du campement. En fait, sauf cas extrême, elle évitait cette nature qu’elle ne pouvait dompter. Et la voilà désormais se plongeant dedans, suivant cet instinct si longtemps réprimé…

Il lui en avait fallu du temps, pour arriver aux abords du campement. Elle accompagnait la nuit, lune majestueuse et discrète. Les gardes ne faisaient pas attention à l’ombre se déplaçant, notamment parce qu’elle avait décidé de passer par des chemins dérivés. Son but n’était pas d’être remarquée, bien au contraire. Elle tenait juste à faire quelques plans, quelques dessins, dans le but de reproduire au mieux le tout… Ce serait son excuse si on la découvrait. Si on ne la tuait pas sur le coup. C’était toujours une possibilité. Mais le jeu en valait la chandelle. Tout en valait la chandelle…

Accroupie au sol, en train d’examiner du bout des doigts les matériaux, elle ne fit pas attention à la larme qui lui échappa, s’écrasa sur la terre. Mirage et souvenirs… Pourquoi remontaient-ils si soudainement à sa mémoire ?


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05/10/2015 Electric Soul Harlan Tikaani 6405 Dan Stevens Tag & tumblr Professeur de litté/philo sur l'Odyssée, s'occupe des cultures sur Terre | Education & notions d'agriculture Odysséen 95
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Sujet: Re: Until the end (Kayden)
Lun 8 Jan - 22:02

Il a toujours bien aimé la nuit, Kay.

Peut-être parce que c'est tellement calme. Ça repose. Il n'y a pas de gens autour, pas d'agitation, pas de questions, pas de choses qui demandent son attention. Il peut être tranquille, se ressourcer, dans un silence presque complet.

Sur l'Odyssée, il y avait toujours le vrombissement des machines, en sourdine. Ces moteurs qui tournaient doucement et qui faisaient comme une berceuse moderne, à ses oreilles. La vieille carcasse de métal qui ronronnait, c'était l'assurance qu'elle fonctionnait, qu'elle continuait de les abriter contre le vide de l'espace, contre le froid de l'espace. Qu'elle continuait d'orbiter, fidèle à elle-même, cette colonie spatiale qui devait préserver l'humanité loin de la Terre. Un rêve de modernité devenu petit à petit une prison, loin de la réalité.

La Terre, elle est jamais vraiment silencieuse. Il y a toujours le vent qui souffle, la pluie qui tombe et distille ses gouttes sur la tôle, le métal. Les animaux, qui filent dans les hautes herbes, qui croassent, hululent, hurlent, glapissent. Tant de mots différents pour tant d'animaux différents. Ça le fascine, Kay, de voir tout ce que la Terre a à offrir. Ça lui fait peur, parfois, aussi. Parce qu'il se sent toujours un peu étranger malgré tout, toujours un peu pas à sa place, même s'il essaie tellement fort. Il reste un homme tombé des étoiles, comme disent les terriens. Il trouve ça joli, comme formulation. Poétique. Des mots pour embellir une réalité bien plus terrible et plus horrible. Les centaines et centaines de morts, de blessés. Et le traumatisme, qui reste là, malgré tout. Tout bruit de métal entrechoqué de façon trop violente ravive les mauvais souvenirs, et le sentiment de la chute, vertigineuse. Il aime pas les hauteurs, Kay, depuis, mais il ne le dit à personne. Heureusement qu'ils ne doivent pas grimper aux montagnes ou même aux arbres. Et même s'ils vivent techniquement un peu en hauteur, dans l'énorme bâtiment qui leur sert de lieu de vie, tout est en béton, solide. Il n'a rien à craindre.

Ce bâtiment, d'ailleurs...c'est de là qu'il s'échappe. Il devrait dormir dans le dortoir, mais il a préféré le silence de la nuit pour compagne, au moins pour quelques heures. Il le regrettera peut-être au matin, mais il a un peu besoin de s'éloigner. De ne pas entendre les respirations d'une centaine de personnes à ses côtés.

Y'aurait la solution de retaper une maison, Kay sait que certains le font, après tout, il y a pas mal de vieilles habitations en ruines, dans leur petit village. Mais il n'a jamais vraiment eu de talent manuel – qu'il ne tue pas les plantes dont il s'occupe est déjà presque un miracle en soi – et reconstruire un foyer lui semble totalement hors de ses compétences. Et puis, il n'y voit pas spécialement l'intérêt, à vrai dire. Il a toujours été un tout petit peu solitaire, Kay, un peu réservé, mais ça veut pas dire qu'il veut vivre tout seul pour autant. Il a quand même besoin de la communauté, besoin de se sentir entouré, même si ça parfois, ça l'étouffe un peu. Il est pas toujours logique, Kay, il est parfois contradictoire. C'est la beauté de la nature humaine.

La lune brille tellement ce soir, même si elle n'est pas pleine. C'est bizarre comme tout semble différent, vu d'en-bas. Les étoiles et la lune paraissent si petites, si lointaines, alors que sur l'Odyssée, elles semblaient parfois presque à portée de doigt. À penser qu'il suffirait de passer ces fenêtres vitrées et qu'ils pourraient jouer les explorateurs lunaires. Kay sait qu'il y a eu quelques expéditions, pour aller y prélever de l'eau, mais pas de son époque, lui semble-t-il. Mais il peut se tromper, il était honnêtement un peu détaché de tout ce qui touchait à la science. Et quand on vivait entouré de la lune et des étoiles, la planète bleue semblait bien plus mystérieuse et fascinante que quelques gros rochers flottants.

Il sait que c'est pas très prudent, de traîner comme ça dehors la nuit. Il croise la route de quelques gardes, qui effectuent leurs rondes, surveillent les alentours et lui lancent un regard un peu réprobateur. Il leur fait juste un sourire innocent en retour et les salue de la main, sous leurs roulements d'yeux exaspérés. C'est pas la première fois qu'il s'éloigne, et de toute façon, ils savent qu'il ne le fait jamais pour bien longtemps ou jamais très loin, normalement. Il a essayé d'être garde, un moment, Kay, au tout début, quand ils essayaient encore de trouver leurs marques sur Terre et qu'il a bien dû se rendre compte que ses compétences de professeur ne serviraient à rien, ici. Alors il a papillonné, un peu tout testé. Il a usé la patience de Richard, il croit. Mais il était sympa, le chef de la garde, à pas trop lui en vouloir d'être un cas désespéré, et à lui conseiller de se tourner vers autre chose. C'était pas sa faute, à Kay, s'il était facilement distrait. S'il trouvait que les reflets fascinants des yeux d'une chouette étaient plus importants que de potentiels ennemis qui pourraient les surprendre dans la nuit. Et puis, ils étaient sympas les Naoris, non ? Ils n'allaient pas les attaquer.

Autant dire que Kay est pas resté garde très longtemps.

Aujourd'hui, il s'avance pas trop en-dehors des limites du campement. Il veut juste s'aérer un peu la tête, exercer son corps. Pour trouver plus facilement le sommeil, pour retrouver une certaine sérénité que la nuit semble plus facilement lui apporter. Ici, les barrières sont moins nombreuses, moins solides. Ils n'ont pas encore tout reconstruit après le cyclone, et cette partie-ci des barricades est plus éloignée du centre de leur campement, alors ce n'est pas la priorité. Y'a moins de surveillance, ici, c'est plus tranquille. Alors c'est pour ça qu'il est un peu étonné d'entendre un léger bruit. Des bruits de pas ?

Intrigué, Kay avance, sens à l'affût, complètement conscient qu'il n'a aucune arme sur lui et sachant pertinemment que même s'il en avait une, il ne saurait peut-être pas vraiment s'en servir pour se défendre. La logique voudrait qu'à la moindre chose suspecte, il alerte les gardes, mais il n'a pas envie d'aller courir les chercher pour rien, s'il ne s'agit que d'un lapin ou quelque chose de ce genre.

Alors, il avance, prudemment. En plissant les yeux, il croit apercevoir une silhouette, mais c'est difficile à dire, dans la pénombre, et la lune a beau briller, sa lumière est pâle et bleutée.

« Y'a quelqu'un ? » qu'il appelle, en espérant ne pas tomber sur un ennemi. La voix, pas assez élevée pour alerter les gardes, juste assez pour se faire entendre de ce quelqu'un, s'il y en a bien un.

Il voit du mouvement, près de la clôture. Une forme accroupie, qui se relève au son de sa voix, qui se retourne. Pas un terrien, est sa première pensée, soulagée. Probablement pas un ennemi, dans ce cas.

Il met un temps à reconnaître les traits, pourtant autrefois connus. Ça fait des années, qu'il a plus vu ce visage. C'est les larmes, sur ses joues, qui lui rappellent, surtout. Comme un écho du passé. C'est la surprise et la curiosité, qui se mêlent dans son âme.

« ...Eris ? Qu'est-ce que tu fais ici ? Il s'est passé quelque chose ? »

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Sujet: Re: Until the end (Kayden)
Mer 31 Jan - 17:07



Until the end
Today could be my death.



Elle ne savait pas trop pourquoi elle avait fini ici. Enfin, plus précisément, une part d’elle répétait en boucle à quel point c’était une idée stupide, et Eris commençait à se ranger à cette opinion, maintenant que le passé refaisait surface. Elle était venue sans prévenir, avait évité, d’une manière ou d’une autre, les miradors et les rondes de gardes. Ou plutôt, elle était suffisamment excentrée pour que personne ne lui prête attention, à la petite forme à peine visible dans l’ombre. Finalement, elle était là sans autorisation, comme une criminelle. Exactement la même situation que sur l’Odyssée. Si on la découvrait, ce serait la fin. Du moins, c’était ce qu’elle pensait. Certains cents souhaitaient revenir parmi les adultes, les Odysséens, et Eris ne pouvait pas leur en vouloir. Malheureusement, elle, elle n’avait plus de famille, n’avait jamais réellement d’amis, avec son caractère introverti, son implication dans ses études au-dessus du reste. Qu’elle les apprécie ou non n’avait jamais été une question posée, elle faisait tout simplement ce qu’on lui demandait, et accumulait la frustration au fond de son cœur. Jusqu’à ce qu’elle craque, que tout explose, et que la goutte de trop la pousse à l’irréparable.

Et les bâtiments lui rappelaient tout cela. Sa vie d’avant, celle dans laquelle elle s’était enlisée. Les personnes qui l’avaient soutenue, parfois appréciée, et qui s’étaient pris la vérité en pleine face. Elle n’était pas ce qu’elle paraissait, plus violente, plus dangereuse. En réalité, non. Eris était surtout bien plus faible, perdait son esprit et sa mémoire pour rien. Fragments qui lui échappaient, réactions logiques pour se protéger.

Elle ne perçut pas le bruit de pas non loin d’elle, personne trop discrète. Ou alors était-elle simplement trop perdue dans ses pensées pour y faire attention, alors que les larmes furent nettoyées avec la manche de son pull. Les perles transparentes continuaient pourtant de rouler sur ses joues, instoppables. Et la jeune fille laissa tomber. A quoi bon se battre quand votre corps vous disait d’aller vous faire voir ? Et puis, elle était là pour chercher des informations, observer les constructions qui avaient l’air de tenir debout, bien plus que dans leur campement à quelques heures d’ici. Comment avaient-ils fait, pour rénover ce qui ressemblait à des ruines quelques mois auparavant ? Elle était curieuse la gamine, néanmoins, elle ne l’était pas encore assez pour aller poser directement la question aux concernés. Peut-être qu’elle aurait dû…

Une voix, qui perça le silence. Voix basse, que la cent perçut. Les battements de son cœur s’accélèrent, et la peur se glissa dans son regard, derrière le rideau de larmes. Elle se releva, trop rapidement, entraînant une perte de repères, et une certaine nausée pendant quelques secondes. Si elle avait réfléchi un peu, elle n’aurait pas bougé d’un pouce, laissant croire à l’autre qu’il avait eu une hallucination.

Son regard se heurta à deux pupilles et un visage connu. Kayden. Le choc pouvait se lire sur ses traits. Elle ne s’attendait pas à tomber sur lui, n’en avait pas particulièrement envie. Et pourtant… Il avait été là pour elle, les fois où elle avait craqué sur l’Odyssée, visage ravagé par des larmes trop nombreuses. Comme aujourd’hui. Elle essuya rageusement les perles salées, préférant afficher une face plus dure, comme si elle pouvait y arriver. « Kayden… » Instinctivement, elle finit quand même par reculer d’un pas, regarder par-dessus l’épaule de l’homme. Elle s’attendait à voir des gardes débarquer, à se faire embarquer dans une quelconque prison. Elle était là sans autorisation après tout…

Il y eut de l’étonnement dans ses yeux, une fois les questions de l’Odysséen posées. Pourquoi semblait-il s’inquiéter ? Le visage se pencha légèrement, les mirettes s’accrochèrent à celles de l’autre. Eris n’aurait jamais dû se poser la question, tout simplement parce que cela faisait partie de l’homme d’agir ainsi. Toujours un peu la tête dans les nuages, doux, inquiet pour les autres. Naïf aussi. Après, il aurait pu changer, depuis son arrivée sur Terre. Elle en avait vu plusieurs devenir différents au fil des semaines, mois… Elle ne pouvait s’empêcher d’être sur ses gardes, malgré tout. « Je… Je sais que je ne devrais pas être là. Je voulais juste voir comment vous aviez rénové les bâtiments pour… Pour l’adapter à notre campement. » Parce que c’était son boulot, non ? De trouver des solutions, construire de futurs abris. Certes, pas seule, et cela n’excusait en aucun cas sa présence ici. Néanmoins, c’était la seule qu’elle avait.

Les yeux se baissèrent sur ses pieds, les doigts s’entremêlèrent en réponse à sa nervosité. « Je sais que c’était une mauvaise idée, je suis désolée. » Une enfant prise la main dans le sac, murmurant pour essayer de s’en sortir sans punition. Sauf qu’ici, ce ne serait pas être privé de desserts, ce serait un peu plus grave, du moins le pensait-elle. Puis l’autre question lui revint, et elle hésita encore plus en répondant : « Je crois que venir ici m’a rappelé des souvenirs de l’Odyssée… J’avais oublié beaucoup de choses. » Passé révolu, relégué au rang de boulet et chaînes dont elle s’était débarrassée. Du moins le croyait-elle…


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Sujet: Re: Until the end (Kayden)
Sam 24 Fév - 21:30

Il en a eu des élèves, Kay. C'est normal, avec seulement deux pauvres malheureux professeurs de littérature et lui seul pour la philosophie, il fallait bien que les adolescents de l'Odyssée passent dans sa classe. Il fallait au moins leur inculquer un peu de culture, pour ne pas en faire juste des machines bonnes à réparer des machines. Les matières qu'il enseignait ont toujours été un peu dénigrées, car pas jugées utiles, mais Kay s'en est moqué, a persévéré. Il y aurait bien assez de médecins, ingénieurs, informaticiens et autres mécaniciens pour s'assurer de la survie de la colonie, Kay n'en doutait pas. Mais il voulait au moins apprendre aux jeunes à aimer lire, à s'évader dans des mots. Dieu sait que parfois le quotidien sur l'Odyssée était rude, trop stérile et froid, trop monotone. Parfois, pour ne pas perdre la tête, pour ne pas avoir la sensation d'être un robot, il fallait se rappeler qu'on était un être humain, un être doué d'émotions, de passions, de rêves aussi. Et c'était là que Kay intervenait. À leur inculquer les sonnets des grands poètes, les courants philosophiques qui vous faisaient réfléchir sur la raison de votre existence. Tous ses élèves n'étaient pas particulièrement perméables à son message, certains plus intéressés par ce qu'ils pouvaient fabriquer ou réparer de leurs mains, et Kay ne leur en voulait pas de choisir cette voie. Il fallait de tout, sur l'Odyssée et lui, son boulot, c'était de s'assurer d'offrir de la diversité, d'offrir un autre point de vue, une autre façon de vivre et de penser.

Oh oui, il en a eu des élèves. Des élèves perdus, paumés, qui ne savaient pas forcément quelle voie suivre. Plus intéressés par les romans et les essais que leurs travaux pratiques et leurs labos. Des élèves qui avaient simplement besoin de parler à un adulte qui ne les jugerait pas comme leurs parents ou leurs autres professeurs. Kay était là pour eux quand ils en avaient besoin, parce qu'il savait écouter, sans juger et il essayait toujours d'aider au mieux.

Il se souvient de chacun d'eux, de leur histoire, de ce qui les intéressait en plus particulier lors de ses cours, de leurs questions, de leurs hésitations. Alors bien sûr, il se souvient d'Eris. Eris, si discrète, si calme, si studieuse. Eris, qui l'aidait quand le matériel informatique se montrait récalcitrant – ou que Kay était simplement un cas trop désespéré pour faire fonctionner de telles machines – alors qu'il était en cours. Une aide précieuse quand lui était souvent trop décalé ou simplement trop peu intéressé par ses supports pour s'attarder à comprendre leur fonctionnement exact. Eris, qui pensait-il être une jeune fille comme les autres, juste assez réservée, mais sans plus. Et puis, il a vu les larmes, la figure prostrée dans un coin, qu'il n'aurait peut-être même pas vue si ça n'avait été pour les sanglots qui avaient attiré son attention. Alors Kay s'était approché, avait demandé d'une voix douce ce qu'il se passait, tenté de la réconforter. Apporter le soutien qu'il pouvait.

Après cet événement-là, Eris était venue plus souvent lui parler. Pas forcément de ses problèmes, parfois simplement de ses cours. Et toujours Kay l'écoutait, et il espérait au moins l'aider un peu en étant là. Il pensait que le désespoir qu'il pouvait pressentir dans les tréfonds de cette âme-là s'effaceraient au moins un peu.

Mais Kay est trop naïf. Trop optimiste. Aussi, il a été surpris, choqué, comme les autres quand le scandale a éclaté du jour au lendemain, quand Eris est devenue une criminelle en une fraction de seconde, pire, une meurtrière. Et frénétiquement, Kay s'était dit que ce n'était pas possible, qu'il y avait erreur. Eris était fragile, oui, à fleur de peau, oui, mais aller jusqu'à tuer quelqu'un ? Non, il n'y croyait pas. Et pourtant, et pourtant…

Il s'est longtemps dit qu'il aurait dû voir les signes. Qu'il aurait dû anticiper que le mal était encore plus profond que ce qu'il croyait, que juste sa présence et son écoute ne suffiraient pas, qu'il fallait peut-être de l'aide, de la vraie aide, ou qu'il aurait dû tenter de parler à ses professeurs, ses parents, peu importe. Mais Kay est aveugle, et Kay n'aime pas trop s'immiscer dans les affaires des autres. Il fait son petit bout de chemin, apporte sa pierre à l'édifice, mais ne brise pas les règles, ne rue pas dans les brancards. Rebelle uniquement dans ses idées, jamais dans les faits.

Même essuyées, effacées, il les a vues, ces larmes, qui continuent de couler sur ses joues, et ça lui rappelle cette scène, il y a des années de ça. La jeune fille se relève et il voit la peur dans son regard, la voit reculer comme si elle le craignait et il se demande pourquoi. Le prend-t-elle pour un garde ? Croit-elle qu'il va la dénoncer ? Kay est un peu blessé de ce manque de confiance flagrant, mais cela ne fait-il pas des années ? La prison l'a peut-être changée, rendue méfiante, farouche. Il ne peut juger que ce sur ce qu'il a connu, et peut-être que tout n'est plus pareil. La vie sur Terre a aussi cet effet-là.

Trop de proches qui ont disparu. Trop de morts.

Et puis ses interrogations semblent rendre la jeune fille perplexe. Qu'a-t-il fait qui puisse paraître si bizarre ? S'attendait-elle à ce qu'il crie pour que les gardes accourent ? C'est si peu son genre.

La raison donnée de sa présence lui fait froncer les sourcils. Instinctivement, il se tourne vers leurs structures, vers les bâtisses, la clôture, qu'on peut à peine voir sous la lueur de la lune. Il n'a que très peu participé à la construction de tout ça. Il a acheminé le matériel d'un point A à un point B, suivi les ordres donnés pour renforcer le tout, c'est tout. Kay sait qu'il n'y connaît rien, et il ne se risque pas à tenter une manœuvre plus périlleuse. Il serait capable de se casser les doigts en voulant bien faire.

« Il y a eu beaucoup de dégâts chez vous ? » Il a eu de très vagues échos, bien sûr, mais sans aller lui-même sur place et ne sachant pas s'il pouvait vraiment se fier à des comptes-rendus de cinquième main, il estimait qu'il était probablement préférable de demander à une membre du campement directement. « Je ne peux pas t'aider du tout pour la rénovation, je n'y ai pas vraiment participé. » explique-t-il avec un air contrit. Parce que non, ça ne lui paraissait pas si bizarre que ça qu'une cent vienne sur leur campement pour venir observer les rénovations. En ce qui concernait Kayden, il ne comprenait pas pourquoi ils vivaient toujours sur deux campements séparés, alors qu'ils avaient vécu ensemble et que leur campement était suffisamment grand pour pouvoir accueillir sans problèmes les jeunes cents.

Naïf Kay, qui ne voit que ce qu'il veut bien voir.

« Pourquoi une mauvaise idée ? » C'est à lui de paraître perplexe, cette fois. « Vous pouvez venir sur notre campement. Même si c'est préférable de ne pas s'y glisser en cachette en pleine nuit, au risque d'être pris pour un ennemi. » rajoute-t-il avec un regard appuyé.

Il se mord les lèvres, le blond, à entendre cette dernière phrase. Pour lui, l'Odyssée était une maison. Certes, jamais très accueillante, mais c'était tout ce qu'il avait connu, c'était la structure qui les avait tous maintenu en vie. Mais peut-être que c'était différent pour Eris. Il a eu plusieurs connaissances qui ont fini en prison. Il a même envoyé la femme qu'il aimait là-bas. Mais il n'a jamais visité personne, n'ayant pas de lien familial avec les prisonniers. Alors la prison reste un monde méconnu, quelque chose dont il n'a qu'une vague idée. Trop doux pour ce monde, Kay.

« Tu as été maltraitée en prison ? » demande-t-il, avec hésitation, se demandant si c'est là l'origine du malaise.

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Sujet: Re: Until the end (Kayden)
Lun 16 Avr - 0:34



Until the end
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Il y avait beaucoup d’émotions contraires à la vue de ses traits si connus. Il n’était pas un inconnu, un de ces multiples moutons ressemblant à tous les autres. Non, dans son esprit, dans son cœur, il avait une signature particulière. Son nom, un passé commun qui les reliait. Alors, son avis avait toujours eu de l’importance, et elle se doutait qu’elle ne soulevait que de la déception, maintenant qu’il la revoyait, comme avec tous les autres avant lui. Et puis, c’était encore pire, parce qu’elle lui avait fait confiance, parce qu’il lui avait fait confiance. Il l’avait aidé, autant qu’il avait pu, à sa manière, dans son combat contre elle-même, contre l’anxiété, contre les abysses de son esprit. Mais ça n’avait pas été assez, parce qu’Eris, elle avait baissé les bras si rapidement… Et elle s’était laissé embarquer. La conscience s’était faite la malle pendant quelques secondes, du moins l’estimait-elle, et l’irréparable avait été commis. Et il n’y avait eu qu’un amas d’émotions engourdies par la suite. Pas franchement de remords, de peur, de dégoût. Pas beaucoup de joie, de soulagement, de calme. Un juste-milieu, sans positif ou négatif. Alors qu’une vie avait été ôtée… Définitivement.

Elle se disait qu’elle ne devait guère bien apparaître à ses yeux, même s’il était l’être le plus dénué de jugement qu’elle connaissait. La gamine, elle avait appris à ne plus se fier aux apparences, à la douceur des autres, à leur supposé humanité. L’Homme, dans toute sa splendeur, était l’animal le plus cruel, le plus manipulateur, surtout envers les plus faibles. Comme toi. Ses ongles s’accrochèrent à la peau de son bras, grattements frénétiques, pour contrôler la peur qui assourdissait les battements de son cœur. Elle déglutissait, tentant de faire passer le sentiment de malaise qu’elle posait elle-même. Il ne méritait pas cela, Kayden, avec ses grands yeux bleus… Il n’avait pas mérité d’avoir une criminelle pour élève, une ingrate qui refusait une main tendue… Et ça la bouffait encore plus maintenant, ça lui brûlait les yeux, ces foutues larmes qui se battaient en duel pour lui échapper… Elle était perdue, si perdue…

Les questions, les mots, auxquels elle s’accrochait, auxquels elle répondait. Parce que c’était moins douloureux que de se plonger dans ses pensées, son passé. C’était rationnel, ça évitait d’avoir à faire face à ses sentiments et émotions. « Tout ce qui était trop fragile pour tenir face à un cyclone s’est envolé… Mais il reste la clôture, qui a miraculeusement tenu le choc, et le reste du vaisseau… » Comment ils reconstruiraient le campement après cela était encore en discussion, cependant, elle espérait que les matériaux seraient plus solides cette fois-ci. Peut-être que si elle parvenait à élever sa voix, se faire entendre… Il ne fallait pas rêver, ce n’était pas elle ça. Elle ne savait pas trop comment réagir à la proposition. Il était si idéaliste… Ca lui fera mal de briser ses rêves, mais Eris, elle ne put pas s’en empêcher, quand un murmure lui échappa : « Tu sais… Beaucoup de cents ne supportent pas les Odysséens. Pour eux, ils sont l’image de cette autorité qui les enfermait, les envoyait vers une possible mort, parce qu’ils n’étaient plus dignes d’être des êtres humains… » Elle se stoppa, à cause de la digression qu’elle faisait. « Il faut croire que vous n’avez pas bonne réputation, et que ça m’a affectée d’un côté… » Evidemment, elle avait toujours cru que si elle s’approchait, elle se ferait arrêter à nouveau. Trop influençable la gamine, par tous les autres criminels qu’elle côtoyait, qui ne cherchaient qu’une liberté après avoir été enfermés…

Et la dernière question, après un moment de silence. Un état de sidération, qui la laissa muette. Les lèvres s’entrouvrirent, mais aucun mot ne se faufila en dehors. Alors, elle se contenta de réfléchir, de s’enfoncer dans le silence, quitte à laisser l’esprit de Kayden s’enfoncer dans une fausse piste. Elle hésitait, parce qu’étonnamment, les souvenirs étaient flous. Un peu comme le crime. L’amnésie comme unique et dernier rempart. Et le jour où il se brisera, certainement qu’elle s’effondrerait… « Ca dépend de ce que tu appelles maltraitance… Si c’est être privé de sa liberté, à peine mieux considéré qu’un déchet dont on va se débarrasser d’ici quelques années, alors oui, c’en était. » Il n’y avait eu qu’un murmure, avant une énième hésitation, une nouvelle partie de réponse, et des épaules qui se haussaient : « Je ne sais plus bien ce qui a pu se passer là-bas, mais il est toujours mieux de séparer les criminels de la société. » Cruelle réalité…


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Sujet: Re: Until the end (Kayden)
Jeu 17 Mai - 1:46

Trop naïf, Kay, trop dans son monde. À toujours penser que le monde est plus beau qu'il ne l'est ou, non, peut-être juste à espérer qu'il l'est. À essayer de voir le positif partout, même quand il n'y en a pas. À s'aveugler, parfois, tout simplement. Parce que la réalité ne lui plaît pas et qu'il lui préfère les rêves et l'imagination. S'évader dans des mondes moins tristes et moins sales.

Parfois, il voit pas les choses, Kay, même quand c'est pile sous ses yeux. Il voit pas les trahisons. Il voit pas les mal-êtres, pense que ce n'est pas si grave que ça. Il fait des erreurs, comme tout le monde, au fond. Mais il s'en veut, parce qu'il pense qu'il aurait dû être mieux que ça. Il s'en veut, parce qu'à force de voir le bon en tout, il oublie parfois qu'il y a aussi du mal. Et parfois bien plus qu'il ne peut en gérer.

Eris, ça fait des années qu'il ne l'a pas vue. Des années où, pour être honnête, il a été concentré sur d'autres choses. Sa propre survie, en premier lieu. Mais en la revoyant, là, aujourd'hui, il revoit aussi ses failles. Il revoit ses manquements. Il a presque envie de lui demander pourquoi elle a tué. Si c'est vrai qu'elle est une meurtrière. Mais il n'est pas sûr d'avoir envie d'entendre la réponse, Kay. Encore une fois, il préfère s'aveugler. Préfère voir le meilleur en chacun. Préfère penser qu'Eris n'était pas vraiment un monstre. Qu'elle avait eu une bonne raison. Qu'elle ne faisait que se défendre.

Il n'a pas envie qu'elle brise ses illusions. Parfois, il a l'impression que c'est tout ce qui le maintient en vie.

Il ne la connaît pas, cette Eris, ou plutôt il ne la connaît plus. Elle le traite pratiquement comme un étranger, un danger, et c'est à la fois douloureux et insultant. Mais peut-il vraiment lui en vouloir ? Cela fait des années.

Alors, il parle de sujets moins personnels. Il s'enquiert des autres cents, des dégâts subis chez eux. Et les nouvelles ne sont pas bonnes. Tout ce qui était trop fragile s'est envolé, il y a tant à reconstruire. La solution naturelle pour lui est de rappeler qu'ils ont de la place, sur leur nouveau campement. Tellement de place. Et ils ne seraient pas obligés de forcément tous vivre ensemble, ils pourraient se tailler un petit coin du village en ruines, rebâtir là. Les bâtiments sont plus solides que le bois, il y a tant de possibilités...mais Kay oublie la haine. L'irrationnelle haine que semblent éprouver les cents pour eux. Comme s'ils étaient des monstres et des étrangers et pas leur famille, leurs amis, leurs proches, leurs professeurs. Non. Non, il ne comprend pas, Kay. Il ne comprend tout simplement pas.

Il n'aime pas être accusé d'un crime qu'il n'a pas commis. Il a condamné à la prison la dernière qui a voulu le dépeindre comme le criminel qu'il n'est pas. Est-il cruel d'avoir voulu sauver sa vie en condamnant la sienne ? Lui allait mourir. Elle, elle aurait encore passé des années en prison. Peut-être aurait-elle été libérée avant l'éjection. S'il y avait bien quelqu'un de cruel, entre eux deux, c'était elle.

Kay secoue la tête, retrouve ses habitudes de professeur. Poser un problème philosophique, rappeler exactement la situation :

« Laisse-moi te poser une question. Est-ce que ne pas avoir été emprisonné fait de moi automatiquement un monstre ? Est-ce que je peux être jugé et détesté pour une décision qui n'a même pas été prise par moi ? » Se prendre pour exemple, pour donner un visage humain à cette haine et peur de l'autre qui semble avoir envahi les cents. À croire que pour eux, les Odysséens sont une masse informe, un monstre terrifiant comme le minotaure au fond du labyrinthe. Oublient-ils totalement qu'ils ont grandi parmi eux ? Exactement parmi eux ? « Mettre tout le monde dans un même panier et les juger là-dessus, c'est comme ça qu'on se retrouve avec la haine et la peur de l'autre, comme ça qu'on se retrouve avec chasses aux sorcières et des ghettos. Peut-être qu'avant de haïr des gens qui n'ont rien fait, vous devriez peut-être vous rappeler de la réalité des choses. Vous condamnez des centaines de personnes innocentes pour la décision de huit hommes et femmes. »

Il tente, Kay, encore et encore, mais il se demande si un jour ces jeunes verront raison. Est-il encore sain de s'accrocher à autant de haine après autant d'années ? N'ont-ils pas une nouvelle vie, ici ? Un nouveau départ ?

Il pousse un soupir. Déçu. Oui, c'est probablement ça, qu'il est. Il veut qu'ils se comprennent, qu'ils ne forment qu'une seule et même famille comme par le passé, mais il y a trop de haine en eux, tellement trop de haine qui les dévore et les vide jusqu'à ne plus laisser que des animaux aux crocs dénudés et aux yeux apeurés. Même avec tout l'optimisme du monde, Kay ne peut pas vaincre une haine irrationnelle à lui tout seul.

Mais il ne voit que d'un côté, Kay. Il ne voit qu'avec des yeux de citoyen, pas des yeux de criminel, et Eris le lui rappelle, après un moment d'hébétude, un trop long moment de quiétude. Et encore une fois, il se rend compte qu'il est probablement trop naïf. Qu'en songeant majoritairement à eux, il n'a pas assez pris en compte leur souffrance. Oui. Oui, il ne faut rien attendre de rationnel de la part d'un animal battu.

Mais un animal battu peut être guéri, soigné, non ? C'est ce que se dit Kay. Mais Kay a toujours été trop optimiste pour ce monde.

« Tous ne méritaient pas ce traitement et certaines peines étaient injustifiées. » Ça, au moins, il peut le reconnaître. « Mais tous les criminels n'étaient pas des enfants de choeur, Eris. »

C'est ce qu'il s'autorise à dire de plus proche sans toucher directement au sujet de sa peine. Car une meurtrière ? Si ce n'avait été Eris, il aurait peut-être songé qu'elle méritait la mort.

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Sujet: Re: Until the end (Kayden)
Mer 6 Juin - 21:36



Until the end
Today could be my death.



Ses jambes étaient flageolantes, et elle commençait à avoir du mal à rester debout, alors que son cœur tambourinait avec force dans sa poitrine. Eris, elle n’avait jamais aimé se retrouver dans ce genre de situation, petite gamine effrayée. Elle s’attendait à se prendre une superbe engueulade, ou des remarques acerbes. Néanmoins, il n’y eut rien de tout cela. Pas avec Kayden en tout cas. Après, ce n’était peut-être pas mieux. Le professeur, il avait toujours su la toucher en plein cœur, avec ses paroles, ses réflexions philosophiques. Il était peut-être un peu trop naïf, un peu trop optimiste, mais terriblement doué pour voir au travers des masques, cerner l’humain. C’était ce qui le rendait dangereux d’un côté, bien que souvent, elle avait l’impression qu’il l’utilisait pour apaiser les conflits. Un peu honteuse, elle baissa le regard, tritura les manches de son chemisier, se mordilla la lèvre inférieure. Auparavant, Kayden avait toujours eu un effet apaisant sur elle. Quand elle l’écoutait, elle avait l’impression de pouvoir oublier, de pouvoir se détacher de ce qu’elle détestait. Néanmoins, cela n’avait pas été suffisant, et d’un côté, elle s’en voulait. Il avait l’air de s’être mal senti après qu’elle ait atterri en prison. Evidemment, ça n’avait dû durer qu’un temps, puisqu’ils étaient arrivés sans trop d’encombres, puis qu’il y avait eu la chute de l’Odyssée elle-même.

Elle l’écouta sans broncher, au début. Trop sous le choc, trop sous le coup des émotions. Puis elle secoua sa chevelure rousse. En d’autres temps, en d’autres lieux, elle aurait été détestée, chassée pour cette couleur si flamboyante. Peut-être était-ce une malédiction qui la suivait… Bon, il fallait qu’elle arrête de déconner. Elle avait déjà suffisamment de soucis comme ça pour ne pas rajouter des déficients religieuses ou d’autres conneries. Elle se concentra sur l’homme, serrant les dents, puis lâchant la pression d’une voix qui avait quitté le stade de murmure :

« Il n’y a pas que ces huit hommes et femmes Kayden, qui eux-mêmes n’ont fait que leur travail. » Eris ne leur en voulait pas. Enfin, pas personnellement. Peut-être même les respectait-elle plus que nombre d’autres Odysséens, pour des raisons diverses et variées. Elle déglutit, continua, hésitante. « Mais tu ne peux pas enlever la peur. Tu ne peux retirer la solitude de ceux qui ont vécu entre ces murs si longtemps, tu ne peux pas changer l’oubli et la haine des familles face à leur chair, ni les dommages causés par cette attitude. » Pause. « C’est compliqué, de demander à un humain brisé de faire à nouveau confiance. » Elle se tordait les doigts, consciente d’avoir dépassé les limites. Mais elle finit par reprendre : « Et je… Je ne te déteste pas. Je ne vous déteste pas. J’ai juste des flashs de la prison qui reviennent en permanence. » Quand je vous vois, tous. C’était instinctif comme réaction, bien que particulièrement stupide. Cependant, elle ne pouvait rien faire compte, à part essayer de la combattre jour après jour, et espérer y parvenir. Demain, dans plusieurs semaines, ou années…

Elle répétait peut-être les mêmes sentiments, les mêmes explications en boucle. Cependant, elle ne pouvait pas laisser Kayden penser que tout pouvait s’arranger d’un claquement de doigt. La nature humaine n’était pas faite pour réagir ainsi. On ne pouvait pas faire ressortir les griffes d’un animal, pousser son instinct dehors, pour après s’attendre à le voir redevenir docile. Au-delà de la haine, c’était aussi de la peur, cristallisée par les barreaux d’une prison, la liberté amputée… La voilà la différence entre eux deux : ils étaient chacun d’un côté différent de la barrière. Elle, elle était une criminelle. Lui, il n’était qu’un honnête citoyen… Un gouffre les séparait. Et la gamine, elle en était triste. Mais elle ne pouvait plus revenir en arrière.

« Certains n’étaient là que pour des peines mineures, et se sont retrouvés ici, à lutter pour leur survie. Y’a des psychopathes oui, des personnes ayant tué, détruit ou manipulé pour le plaisir. Pourtant, la réalité, c’est que les accidents arrivent aussi. Mais tout le monde s’en fout. » Et lui aussi s’en foutait. Ses ongles grattaient la peau de son bras, si forts que des perles de sang s’échappèrent, s’écrasèrent au sol. « J’ai tué, ça fait donc de moi un monstre ? » L’interrogation n’y était qu’à demi. Après tout, elle s’était déjà désignée, condamnée comme tel, bien que les souvenirs ne revenaient toujours pas. Elle était fatiguée, épuisée, aussi bien physiquement que mentalement, comme toujours si proche de l’abysse…  Si tous les citoyens n’étaient pas coupables des adolescents envoyés ici, ceux-ci étaient-ils tous forcément des monstres ?


Admin △ I'll dream you real
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Sujet: Re: Until the end (Kayden)
Jeu 14 Juin - 21:09

Tes mots font mouche, choquent, déstabilisent, mais tu n'en tires aucune satisfaction. Comment le pourrais-tu, quand tu vois Eris si mal à l'aise ? Si effrayée ? Ce n'était pas ton but. Ton but était de la pousser à réfléchir, à voir les choses sous ton angle de vue à toi. Comme ces leçons, données autrefois.

Mais les choses ont changé. Il n'y a plus de salle de classe, désormais, seulement une forêt. Vous ne parlez pas de littérature, de poésie, de philosophie. Ou peut-être que si, mais d'une façon triste, sale, monstrueuse. D'une chose que tu n'as jamais beaucoup aimé aborder, toi l'optimiste, l'idéaliste. La nature humaine, tu la crois profondément bonne, seulement corrompue par les expériences, par le vécu, par les erreurs. Tu veux croire à une rédemption possible, à un avenir, à une avancée. Mais quand tu discutes de ces choses-là, tu as parfois l'impression que la noirceur des autres t'engloutira. Toi, trop gamin, trop gentil, trop lâche, qui veux fermer les yeux sur ce qui ne lui plaît pas.

Tu as toujours poussé tes étudiants à penser par eux-mêmes. À se forger leur propre avis, leurs propres envies. C'est ce que fait Eris, à cet instant. C'est elle qui te donne la leçon, elle qui te rappelle des vérités que tu ignores ou occultes trop facilement. Parce que tu n'as pas vécu ces choses, que tu vois ça sous un prisme faussé, idéalisé. Parce que les criminels sont forcément mauvais, n'est-ce pas ? L'homme mauvais est puni, c'est ainsi que ça se passe, non ?

Mais uniquement dans les contes de fées. Uniquement dans les romans de cape et d'épée. Pas dans la réalité.

Tu as toujours trop voulu t'échapper de la réalité.

Tu déglutis à ton tour, étrangement honteux, comme un enfant sermonné. N'est-ce pas ce que tu es, Kay, au fond ? Un enfant. Un idiot.

« Tu as raison. » Un ton résigné, un peu défaitiste. « La vérité, c'est que je ne sais pas ce qu'il se passait en prison. Je n'avais personne pour qui y aller. » Pas de famille, non. Des connaissances, une femme aimée puis haïe, envoyée là par tes mots parce que la trahison était trop douloureuse, trop amère. Mais pas de famille. Il n'y avait que la famille qui pouvait visiter. La prison était un monde à part, un monde oublié, la plupart du temps. Elle a raison, Eris, même si ça te fait mal de l'admettre. Tu as détourné les yeux, parce que c'était plus facile. Parce que tu ne voyais pas pourquoi tu aurais dû te soucier plus avant d'eux. S'ils étaient là, c'était pour une bonne raison, pas vrai ?

La fiabilité dans un système que toi-même tu trouvais parfois trop austère. Tu te disais que c'était nécessaire.

Tu ne peux pas comprendre, Kay, pas vraiment. Parce que tu étais trop éloigné de ces choses-là. Intouché par le crime, toi-même. Intouché jusqu'à ce qu'on veuille t'y amener et que tu te débattes pour faire justice. Car c'était toi, la victime, là. Il n'y avait pas d'erreurs. Il n'y avait pas de pardon non plus.

Tes lèvres se pincent, quand Eris parle de confiance. Tu comprends que tu n'as plus la sienne. Que, d'une façon ou d'une autre, tu as dû fauter quelque part, pour que tu sois rangé dans le camp des ennemis. Indistinctement.

Tu ne peux pas dire que tu comprends. Parce que tu ne comprends pas. Mais peut-être qu'il s'agit de ces choses qu'il faut avoir vécues, pour les comprendre.

« J'espère que tu parviendras à passer outre, un jour. » Tu ne dis pas que ça fait déjà des années. Peut-être que les années ne comptent pas dans ces cas-là.

Le jugement est hâtif, catégorique, sans aucune ambiguïté. Tout le monde s'en fout. Non, probablement pas. Tu ne t'en foutais pas, toi. Et d'autres probablement pas non plus. Mais tu n'avais pas de poids, dans les décisions du Conseil, pas de possibilité de changer quoi que ce soit.

« Tout le monde ne s'en fout pas. Je ne m'en fous pas. » Parce que ça, tu dois le dire, malgré tout. Parce que t'as essayé de comprendre, Kay, t'as essayé. Mais il y avait tant d'autres choses, tant d'autres gens. Qu'est-ce que tu pouvais faire ? Tu n'étais que son professeur. « La justice est faite par les hommes, et malheureusement, les hommes ne sont pas omniscients ou infaillibles. Mais tu ne peux pas me condamner pour une chose sur laquelle je n'avais aucune emprise. »

Les erreurs, oui, il y en a peut-être eu. Tu ne peux juger ceux qui ont pris ces décisions. Elles n'étaient pas de ton ressort. Pas de ta responsabilité. Et tu es lassé d'être jugé sur des faits qui ne sont pas de ta faute.

« J’ai tué, ça fait donc de moi un monstre ? »

La question te surprend, te fait marquer un temps d'arrêt. Tu devines la détresse d'Eris, mais tu n'oses pas l'approcher. Pas quand elle te considère comme un ennemi, un danger, qu'elle est incapable de te faire confiance. Elle dit qu'elle ne te déteste pas, mais tout son comportement tend vers le contraire.

« Je me suis demandé ce qui t'avait poussé à faire ça. Si c'était une rumeur. Tuer, ça ne te ressemblait pas. Ça ne collait pas avec l'image que j'avais de toi. » réponds-tu, à voix basse.

Mais peut-être que tu ne la connaissais pas si bien que ça, au final ? Peut-être que cette noirceur, que ce mal-être que tu voyais, devinais, avait trouvé un autre exutoire ?

Un animal acculé peut blesser n'importe qui. Tuer n'importe qui.

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Sujet: Re: Until the end (Kayden)

 

Until the end (Kayden)

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