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˜˜˜˜˜˜All things bright and cruel △ Leary
maybe life should be about more than just surviving


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05/10/2015 Electric Soul 6151 Dan Stevens Tik Tok & tumblr Professeur de litté/philo sur l'Odyssée, s'occupe des cultures sur Terre | Education & notions d'agriculture 25
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Sujet: All things bright and cruel △ Leary
Mar 26 Déc - 17:46

Y'a eu le ciel, menaçant. Gris orage, noir suie. Lourd, lourd, lourd de pluie. C'était pas neuf, il l'avait déjà vu, ce ciel anthracite, Kay, depuis plus de deux ans qu'ils étaient ici. Il pensait que ce n'était rien. Rien qu'un ciel qui fait un peu plus grise mine que d'habitude. Peut-être juste une grosse averse qui se prépare, rien de plus.

Mais y'a eu les recommandations du Conseil. Tout le monde mis à pied d'oeuvre pour ramasser tout ce qui traîne dehors, tout ce qui pourrait être sensible à la pluie. Il a été réquisitionné comme tous les autres, Kay. Un parmi les petites mains par dizaines, parce que quand le Conseil vous demande de faire quelque chose, on obéit. Il a pas toujours tout apprécié, Kay, dans la vie sur l'Odyssée, mais il a toujours respecté les règles. C'était autrement qu'il défiait. Autrement qu'il se rebellait. Dans sa propre tête et ses propres idées plutôt qu'à la face des autres. Il tenait à sa peau, Kay. Il faisait pas de vagues.

Ils ont attendu. Les heures qui s'égrènent, impossibles à calculer vraiment, sans montre, sans soleil, avec juste son horloge biologique qui parle. Faut se réfugier dans le bâtiment principal, alors Kay, il suit. Il s'inquiète un peu, aussi. Parce qu'il voit les stocks de vivres, il voit l'inquiétude sur les visages. Et il se dit que peut-être que ce sera pas juste de la pluie. Peut-être que ce sera plus grave que ça. Mais il y connaît rien, Kay, il connaît plus les tableaux de Turner et Friedrich que les phénomènes météorologiques et il est perdu. Il voit qu'on distribue des couvertures, il voit les gens qu'on regroupe dans les dortoirs. Il suit, aveuglément. Y'a pas de gens qu'il connaît mieux que d'autres près de lui, juste des visages vaguement familiers à force de les croiser dans les couloirs et les allées. Alors il se tait, un peu, il attend, comme tout le monde. Il pourrait chercher Leary, mais avec le monde qu'il y a, il n'ose pas trop bouger, au risque de perdre sa place. Petit à petit, il réalise que la situation est peut-être grave. Que peut-être qu'il y a vraiment du danger.

Et puis y'a le vent. Qui frappe et cingle et tempête. La Terre, qu'il a toujours aimée, qui se retourne contre eux. Qui hurle et hurle et hurle à n'en plus finir. Et on se recroqueville, on reste emmitouflés dans les couvertures. On regarde les fenêtres barricadées, et on espère que le verre résistera, que le bois tiendra. Les heures s'écoulent. Il tombe de sommeil, à un moment ou un autre. Parce qu'il arrive pas à veiller comme ça, même quand y'a la nervosité tout autour. Il rêve d'aquarelles. De couleurs douces et pastels, qui tourbillonnent encore et encore.

Y'a des voix qui le réveillent. Des bruits de pas, des grognements. C'est dur d'avoir le silence, dans un dortoir où on entasse pratiquement deux cent personnes, et y'a ses grands yeux bleus qui clignent, peinent un peu à réaliser. Il a toujours eu un peu de mal à se réveiller, Kay, il a jamais été très matinal. Y'a les brumes du rêve qui continuent de s'accrocher, le voyageur contemplant une mer de nuages. Il se demande à quoi ressemblent les nuages, maintenant.

Il se relève, il garde la couverture sur les épaules, parce qu'il a un peu froid. Y'a l'hiver qui approche, le troisième depuis qu'ils sont sur Terre. C'est étrange de se dire que le temps passe si vite. Il espère que ça ira mieux, cette fois-ci. Y'a les cultures, qui les nourrissent, cette fois. Et les abris sont plus solides, l'air moins humide, ils auront moins froid. Peut-être que tout se passera bien, cette fois-ci ? Il est optimiste comme ça, Kay.

Et puis, les mots commencent à tomber. Le cyclone qui est passé. Kay, il écoutait probablement pas quand on a annoncé qu'il y avait un cyclone, ou il dormait. Il est surpris, un peu, enchanté d'une étrange façon aussi. C'est le genre de choses qu'il n'a lu que dans les archives, le genre de phénomène pour lequel il a toujours ressenti curiosité et admiration. La Nature dans toute sa splendeur et son déchaînement.

Et puis, au bout d'heures, de jours, il ne sait plus, enfin, il sort. Il voit la lumière du jour, le soleil pâle, qui commence à moins chauffer les peaux de ses rayons. Et puis il voit la boue, partout. Et les branches, et les pierres, et le bois qui jonchent le sol. Et les yeux bleus voient peu à peu les dégâts. Tout ce qui était solide ou consolidé a tenu. Mais la terre, la terre…

L'émerveillement fait place à du dépit. À du désespoir, presque, aussi. En voyant les semis arrachés, dispersés, détruits. Le fruit de mois de travail, réduits à néant. Ils vont devoir tout recommencer. Presque à zéro. Il avance, hagard, perdu. Et puis, il voit une autre silhouette. Une silhouette bien familière, et y'a un soupir de soulagement qui s'échappe de sa gorge. Il l'a pas vu, dans tout ce fatras, Leary, mais il est soulagé de le voir là. De voir qu'il va bien. Égoïstement, Kay se dit aussi que tout sera plus facile à supporter si Leary est là. Le pilier l'un de l'autre.

« Triste spectacle, hein ? » qu'il murmure en direction de l'autre professeur, devant le champ en ruines.

Dis-moi que tout ira mieux, s'il te plaît.

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07/12/2015 209 Luke Evans brimbelle Professeur en biologie 10


Sujet: Re: All things bright and cruel △ Leary
Lun 15 Jan - 21:49

Jamais ils n’avaient vécu une chose pareille et pourtant en deux ans, ils en avaient vécu des choses. Mais là, c’était autre chose. Ils s’étaient tous rassemblés dans le bâtiment principal et Leary avait mal vécu cela. Le biologiste aimait bien avoir son espace, sortir, bouger. Là, c’était difficile. Il avait une couverture, comme les autres, mais il se sentait gelé. La nuit avait été difficile, mais il se demandait surtout comment c’était dehors pour les installations, les cultures. Il se sentait mal, tellement mal. Il ne savait pas combien de temps cela allait durer. Il pensait aux terriens qu’il connaissait et une boule se forma dans son ventre. Il espérait qu’ils n’avaient les mêmes problèmes qu’eux ici. Le temps passa et finalement, ils purent sortir pour constater les dégâts et les dégâts, il y en avait pas mal. Cela touchait les habitations, les cultures, tout. Leary était extrêmement frustré. En tant que biologiste, il s’occupait des cultures même si ce n’était pas un expert. Néanmoins, il ne manquait jamais de donner son avis si c’était possible. Il avait envie d’aller voir les terriens connus, de voir comment c’était dehors. L’homme se sentait comme un lion en cage. Même sa méditation quotidienne ne l’aidait pas à se détendre suffisamment. Une fois dehors, il resta sans voix. Les habitations avaient tenu, mais le reste avait été dévasté. La terre avait été retournée et il n’osait pas imaginer l’état des cultures. Aussitôt l’angoissa grimpa en lui. Une énorme bouffée d’angoisse. Il s’approcha des terres et constata que les semis avaient été retirés par le cyclone.

Cyclone, il en avait lu le phénomène dans des livres, jamais il n’en avait vu en vrai. Le voir en vrai lui donna un immense sentiment d’échec. Il distingua une silhouette, Kayden, son meilleur ami qu’il connaissait depuis longtemps. Il s’approcha de l’autre homme qui était son pilier. Son ami avait été là quand Leary avait tout perdu. Il n’avait pas été inquiet de pas voir l’autre homme dans l’immense bâtiment. Il savait que c’était assez grand pour se perdre. Le brun voyait bien la tête de Kay, il avait l’air d’un oiseau tombé du nid. Il s’approcha de l’autre homme et lui tapota sur l’épaule. « On va tout remettre en place. » Il regarda le champ dévasté. Il voulait rassurer Kayden, pas qu’il ne déprime trop. Néanmoins, du travail il y en avait. Il faudrait être rigoureux. Leary s’accroupit et attrapa une poignée de terre, regardant les dégâts plus en profondeur. « Peut-être les natifs pourraient nous donner des graines. » C’était quelque chose d’envisageable, il faudrait aller faire du troc. Il faudrait voir ce qu’ils pourraient troquer par contre. Il se redressa et regarda son ami qui tout comme lui avait été prof dans l’Odyssée. A croire que c’était dans une autre vie. Tellement de choses s’était produit, c’était tout simplement hallucinant. En deux ans, Leary avait appris plus que des années dans l’espace.

« Tu étais où durant la tempête ? » Cyclone, tempête, c’était presque pareil, même si dans la définition de chaque terme, cela n’était pas le cas. Leary avait étudié la faune et la flore, pas forcément les conséquences météorologiques de la nature. Et cette nature-ci était tellement différente de l’ancienne nature, tellement impitoyable. Des fois, Leary se demandait comment les natifs avaient pu survivre ici. Au moins, il était content que Kayden n’ait rien et se porte très bien. Cela dissipait un peu l’angoisse qu’il avait eu auparavant. « Je me demande jusqu’où les dégâts s’étendent. » Murmura-t-il pensivement. Il regarda les terres autour d’eux, tout était retourné, ravagé. Rien n’avait été épargné dans cette tempête, au contraire. C’était une véritable catastrophe. Une forme de tristesse l’envahit. Il était si triste de voir un tel paysage, une telle destruction. Comment tout ceci était-il possible ?! Il ne comprenait pas. Ou plutôt, ils avaient subi la Nature et n’avaient rien pu faire. Ce n’était pas la première fois qu’ils souffraient, mais là il ressentait un immense sentiment d’échec.

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05/10/2015 Electric Soul 6151 Dan Stevens Tik Tok & tumblr Professeur de litté/philo sur l'Odyssée, s'occupe des cultures sur Terre | Education & notions d'agriculture 25
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Sujet: Re: All things bright and cruel △ Leary
Jeu 8 Fév - 23:11

Il a jamais été particulièrement fort, Kay.

Ni physiquement, ni mentalement. Toujours trop rêveur, toujours trop doux. À s'opposer dans les idées, à essayer de guider, mais jamais à forcer, jamais à imposer. Il préfère suivre et faire profil bas, s'évader dans les pensées, s'affranchir dans ces libertés de l'esprit. Malgré tout, il a été le soutien de beaucoup, Kay. Peut-être parce qu'il écoute bien. Peut-être parce qu'on se dit qu'on peut lui faire confiance, qu'il ne dira rien, ne divulguera rien. Et c'est vrai, c'est pas un traître, Kay, du moins, tant qu'on le blesse pas directement, tant qu'on le frappe pas directement. Il veut aider les autres, il veut leur faire voir le beau, le vrai, le délicat, il est comme ça. Il a guidé, beaucoup. La faute à son poste, sûrement, parce qu'un professeur, c'est fait pour guider, aider, pas vrai ? Alors Kay, il a parfois dû combattre son côté plus réservé, se mettre au service des autres. Il est toujours là pour les autres, Kay. Mais on est rarement là pour lui. Peut-être juste parce qu'il s'ouvre pas à beaucoup de gens, pas vraiment. Le superficiel, tout le monde le connaît. Mais y'a pas grand-monde qui sait les côtés plus sombres, la blessure enfouie, la rébellion sans issue. Mais c'est pas grave, il sait qu'il peut compter sur une petite poignée de gens. Il vit bien comme ça. Il a pas besoin de beaucoup plus.

Peut-être par fainéantise, peut-être parce que c'était la première chose relativement chaude qui lui est tombée sous la main, Kay porte une couverture de grosse laine autour de lui, comme on porterait un poncho, au lieu d'une veste d'hiver ou encore les fourrures troquées avec les terriens. Sous l'offensive du froid matinal, il resserre le tissu contre lui, comme un enfant qu'on réveille dans la nuit et qui s'accroche à son doudou. Toujours un peu trop enfantin, Kay, malgré tout. À garder une naïveté et un émerveillement de gamin, même quand ça lui nuit. Parfois, il veut juste pas ouvrir les yeux sur la réalité. Les rêves sont toujours plus aisés.

Il sent une main lui tapoter l'épaule, une présence qui le tire de ses pensées noires – tant de dégâts, tant de gâchis, tant à reconstruire – et ses yeux bleus se tournent vers Leary. Un sourire faible étire ses lèvres, quand son meilleur ami dit qu'ils vont tout remettre en place. Il ne parle pas de destruction, mais de reconstruction. Et c'est ce dont il a besoin, Kay, à cet instant. Ne pas voir le négatif, quand il crève les yeux, lui qui s'aveugle généralement à ça. Lui qui ne le voit souvent que trop tard. Il essaie de penser au positif, devant ce champ dévasté, il essaie, mais il a du mal à voir les opportunités de reconstruction. Il voit surtout tout ce qu'ils ont perdu. Ça passera, il le sait, il reviendra tôt ou tard à son optimisme habituel, mais ce matin, au lendemain de ce cyclone, il est encore trop secoué, trop choqué par ce déchaînement de la nature. Ce brusque et cruel rappel qu'ils vivent dans un monde sauvage et que tout ce qu'ils ont construit peut disparaître, à n'importe quel instant.

Un peu détaché, Kay regarde Leary s'accroupir, examiner les dégâts du champ, émettre l'hypothèse d'une aide terrienne. Kay frissonne, dans l'air matinal. La réponse est pensive, murmurée, presque. « Oui, peut-être. Enfin, je suis pas totalement sûr avec ces nouveaux voisins mais on peut toujours essayer. »

Kay, il regrette toujours un peu ne plus être proche des Naoris. Il ne les connaît pas assez, ces nouveaux terriens, mais il sait qu'ils sont beaucoup moins pacifiques. Alors Kay se méfie, n'ose trop espérer.

Les lèvres se mordent, devant le rappel de la tempête. Il ne veut pas penser au vacarme, à la peur, à tous ces gens entassés dans le bâtiment. Il a réussi à mettre une muraille entre lui et l'agitation, à se réfugier dans le sommeil et les rêves, mais il sait que ce n'était qu'un répit de quelques heures.

« Dans les dortoirs. Y'avait trop de monde, c'était trop compliqué de te chercher. » Il aurait pu, il le sait, et il y a pensé. Mais devant la détresse de la marée humaine, Kay s'est juste réfugié en lui-même, comme il a tendance à le faire quand ça ne va pas. « T'étais à l'abri aussi, hein ? » Une question un peu bête, sans doute, puisque Leary est bel et bien vivant devant lui. Mais il s'en veut un peu de ne pas avoir cherché son meilleur ami. Et s'il s'était passé quelque chose ? Et si Leary avait été coincé là, dehors, et que Kay avait juste été trop sûr que tout allait bien alors que ce n'était pas le cas ? Non, il n'a pas envie de songer à ça. Leary va bien, et de ce qu'il a entendu, il n'y a aucune victime parmi eux. Juste des dégâts matériels. Il faudra que les experts évaluent tout, la stabilité des bâtiments, des barrières, mais Kay sait déjà que les plus gros dégâts ont été faits à leurs cultures.

Et puis, y'a la pensée qui s'engouffre, celle à laquelle Kay n'a pas songé, tout dans sa bulle qu'il était, ces deux jours de cauchemar. L'étendue des dégâts. Sont-ils les seuls à avoir été touchés ? Et les cents, alors, qu'en est-il d'eux ? Et les terriens, les Naoris, Meeka, l'ont-ils vécu, ce cyclone ?

Les iris bleus se promènent sur les terres autour d'eux, suivent le regard de Leary. Kay déglutit difficilement. Tout d'un coup, sa gorge est serrée.

« Vu la violence des dégâts ici, j'ai peur que ça ne se soit propagé ailleurs. Peut-être jusqu'aux cents. » répond-t-il, inquiet. Il a des anciens élèves là-bas, Leary aussi, sûrement. Son ton se fait triste, quand il ajoute, à voix basse : « On lit tellement de choses dans les archives, mais on est jamais préparé quand ça arrive. »

Non, on est jamais préparé à la violence de la nature.

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