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˜˜˜˜˜˜All things bright and cruel △ Leary
maybe life should be about more than just surviving


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05/10/2015 Electric Soul 6289 Dan Stevens Tik Tok & tumblr Professeur de litté/philo sur l'Odyssée, s'occupe des cultures sur Terre | Education & notions d'agriculture 74
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Sujet: All things bright and cruel △ Leary
Mar 26 Déc - 17:46

Y'a eu le ciel, menaçant. Gris orage, noir suie. Lourd, lourd, lourd de pluie. C'était pas neuf, il l'avait déjà vu, ce ciel anthracite, Kay, depuis plus de deux ans qu'ils étaient ici. Il pensait que ce n'était rien. Rien qu'un ciel qui fait un peu plus grise mine que d'habitude. Peut-être juste une grosse averse qui se prépare, rien de plus.

Mais y'a eu les recommandations du Conseil. Tout le monde mis à pied d'oeuvre pour ramasser tout ce qui traîne dehors, tout ce qui pourrait être sensible à la pluie. Il a été réquisitionné comme tous les autres, Kay. Un parmi les petites mains par dizaines, parce que quand le Conseil vous demande de faire quelque chose, on obéit. Il a pas toujours tout apprécié, Kay, dans la vie sur l'Odyssée, mais il a toujours respecté les règles. C'était autrement qu'il défiait. Autrement qu'il se rebellait. Dans sa propre tête et ses propres idées plutôt qu'à la face des autres. Il tenait à sa peau, Kay. Il faisait pas de vagues.

Ils ont attendu. Les heures qui s'égrènent, impossibles à calculer vraiment, sans montre, sans soleil, avec juste son horloge biologique qui parle. Faut se réfugier dans le bâtiment principal, alors Kay, il suit. Il s'inquiète un peu, aussi. Parce qu'il voit les stocks de vivres, il voit l'inquiétude sur les visages. Et il se dit que peut-être que ce sera pas juste de la pluie. Peut-être que ce sera plus grave que ça. Mais il y connaît rien, Kay, il connaît plus les tableaux de Turner et Friedrich que les phénomènes météorologiques et il est perdu. Il voit qu'on distribue des couvertures, il voit les gens qu'on regroupe dans les dortoirs. Il suit, aveuglément. Y'a pas de gens qu'il connaît mieux que d'autres près de lui, juste des visages vaguement familiers à force de les croiser dans les couloirs et les allées. Alors il se tait, un peu, il attend, comme tout le monde. Il pourrait chercher Leary, mais avec le monde qu'il y a, il n'ose pas trop bouger, au risque de perdre sa place. Petit à petit, il réalise que la situation est peut-être grave. Que peut-être qu'il y a vraiment du danger.

Et puis y'a le vent. Qui frappe et cingle et tempête. La Terre, qu'il a toujours aimée, qui se retourne contre eux. Qui hurle et hurle et hurle à n'en plus finir. Et on se recroqueville, on reste emmitouflés dans les couvertures. On regarde les fenêtres barricadées, et on espère que le verre résistera, que le bois tiendra. Les heures s'écoulent. Il tombe de sommeil, à un moment ou un autre. Parce qu'il arrive pas à veiller comme ça, même quand y'a la nervosité tout autour. Il rêve d'aquarelles. De couleurs douces et pastels, qui tourbillonnent encore et encore.

Y'a des voix qui le réveillent. Des bruits de pas, des grognements. C'est dur d'avoir le silence, dans un dortoir où on entasse pratiquement deux cent personnes, et y'a ses grands yeux bleus qui clignent, peinent un peu à réaliser. Il a toujours eu un peu de mal à se réveiller, Kay, il a jamais été très matinal. Y'a les brumes du rêve qui continuent de s'accrocher, le voyageur contemplant une mer de nuages. Il se demande à quoi ressemblent les nuages, maintenant.

Il se relève, il garde la couverture sur les épaules, parce qu'il a un peu froid. Y'a l'hiver qui approche, le troisième depuis qu'ils sont sur Terre. C'est étrange de se dire que le temps passe si vite. Il espère que ça ira mieux, cette fois-ci. Y'a les cultures, qui les nourrissent, cette fois. Et les abris sont plus solides, l'air moins humide, ils auront moins froid. Peut-être que tout se passera bien, cette fois-ci ? Il est optimiste comme ça, Kay.

Et puis, les mots commencent à tomber. Le cyclone qui est passé. Kay, il écoutait probablement pas quand on a annoncé qu'il y avait un cyclone, ou il dormait. Il est surpris, un peu, enchanté d'une étrange façon aussi. C'est le genre de choses qu'il n'a lu que dans les archives, le genre de phénomène pour lequel il a toujours ressenti curiosité et admiration. La Nature dans toute sa splendeur et son déchaînement.

Et puis, au bout d'heures, de jours, il ne sait plus, enfin, il sort. Il voit la lumière du jour, le soleil pâle, qui commence à moins chauffer les peaux de ses rayons. Et puis il voit la boue, partout. Et les branches, et les pierres, et le bois qui jonchent le sol. Et les yeux bleus voient peu à peu les dégâts. Tout ce qui était solide ou consolidé a tenu. Mais la terre, la terre…

L'émerveillement fait place à du dépit. À du désespoir, presque, aussi. En voyant les semis arrachés, dispersés, détruits. Le fruit de mois de travail, réduits à néant. Ils vont devoir tout recommencer. Presque à zéro. Il avance, hagard, perdu. Et puis, il voit une autre silhouette. Une silhouette bien familière, et y'a un soupir de soulagement qui s'échappe de sa gorge. Il l'a pas vu, dans tout ce fatras, Leary, mais il est soulagé de le voir là. De voir qu'il va bien. Égoïstement, Kay se dit aussi que tout sera plus facile à supporter si Leary est là. Le pilier l'un de l'autre.

« Triste spectacle, hein ? » qu'il murmure en direction de l'autre professeur, devant le champ en ruines.

Dis-moi que tout ira mieux, s'il te plaît.

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07/12/2015 216 Luke Evans brimbelle Professeur en biologie 54


Sujet: Re: All things bright and cruel △ Leary
Lun 15 Jan - 21:49

Jamais ils n’avaient vécu une chose pareille et pourtant en deux ans, ils en avaient vécu des choses. Mais là, c’était autre chose. Ils s’étaient tous rassemblés dans le bâtiment principal et Leary avait mal vécu cela. Le biologiste aimait bien avoir son espace, sortir, bouger. Là, c’était difficile. Il avait une couverture, comme les autres, mais il se sentait gelé. La nuit avait été difficile, mais il se demandait surtout comment c’était dehors pour les installations, les cultures. Il se sentait mal, tellement mal. Il ne savait pas combien de temps cela allait durer. Il pensait aux terriens qu’il connaissait et une boule se forma dans son ventre. Il espérait qu’ils n’avaient les mêmes problèmes qu’eux ici. Le temps passa et finalement, ils purent sortir pour constater les dégâts et les dégâts, il y en avait pas mal. Cela touchait les habitations, les cultures, tout. Leary était extrêmement frustré. En tant que biologiste, il s’occupait des cultures même si ce n’était pas un expert. Néanmoins, il ne manquait jamais de donner son avis si c’était possible. Il avait envie d’aller voir les terriens connus, de voir comment c’était dehors. L’homme se sentait comme un lion en cage. Même sa méditation quotidienne ne l’aidait pas à se détendre suffisamment. Une fois dehors, il resta sans voix. Les habitations avaient tenu, mais le reste avait été dévasté. La terre avait été retournée et il n’osait pas imaginer l’état des cultures. Aussitôt l’angoissa grimpa en lui. Une énorme bouffée d’angoisse. Il s’approcha des terres et constata que les semis avaient été retirés par le cyclone.

Cyclone, il en avait lu le phénomène dans des livres, jamais il n’en avait vu en vrai. Le voir en vrai lui donna un immense sentiment d’échec. Il distingua une silhouette, Kayden, son meilleur ami qu’il connaissait depuis longtemps. Il s’approcha de l’autre homme qui était son pilier. Son ami avait été là quand Leary avait tout perdu. Il n’avait pas été inquiet de pas voir l’autre homme dans l’immense bâtiment. Il savait que c’était assez grand pour se perdre. Le brun voyait bien la tête de Kay, il avait l’air d’un oiseau tombé du nid. Il s’approcha de l’autre homme et lui tapota sur l’épaule. « On va tout remettre en place. » Il regarda le champ dévasté. Il voulait rassurer Kayden, pas qu’il ne déprime trop. Néanmoins, du travail il y en avait. Il faudrait être rigoureux. Leary s’accroupit et attrapa une poignée de terre, regardant les dégâts plus en profondeur. « Peut-être les natifs pourraient nous donner des graines. » C’était quelque chose d’envisageable, il faudrait aller faire du troc. Il faudrait voir ce qu’ils pourraient troquer par contre. Il se redressa et regarda son ami qui tout comme lui avait été prof dans l’Odyssée. A croire que c’était dans une autre vie. Tellement de choses s’était produit, c’était tout simplement hallucinant. En deux ans, Leary avait appris plus que des années dans l’espace.

« Tu étais où durant la tempête ? » Cyclone, tempête, c’était presque pareil, même si dans la définition de chaque terme, cela n’était pas le cas. Leary avait étudié la faune et la flore, pas forcément les conséquences météorologiques de la nature. Et cette nature-ci était tellement différente de l’ancienne nature, tellement impitoyable. Des fois, Leary se demandait comment les natifs avaient pu survivre ici. Au moins, il était content que Kayden n’ait rien et se porte très bien. Cela dissipait un peu l’angoisse qu’il avait eu auparavant. « Je me demande jusqu’où les dégâts s’étendent. » Murmura-t-il pensivement. Il regarda les terres autour d’eux, tout était retourné, ravagé. Rien n’avait été épargné dans cette tempête, au contraire. C’était une véritable catastrophe. Une forme de tristesse l’envahit. Il était si triste de voir un tel paysage, une telle destruction. Comment tout ceci était-il possible ?! Il ne comprenait pas. Ou plutôt, ils avaient subi la Nature et n’avaient rien pu faire. Ce n’était pas la première fois qu’ils souffraient, mais là il ressentait un immense sentiment d’échec.

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Sujet: Re: All things bright and cruel △ Leary
Jeu 8 Fév - 23:11

Il a jamais été particulièrement fort, Kay.

Ni physiquement, ni mentalement. Toujours trop rêveur, toujours trop doux. À s'opposer dans les idées, à essayer de guider, mais jamais à forcer, jamais à imposer. Il préfère suivre et faire profil bas, s'évader dans les pensées, s'affranchir dans ces libertés de l'esprit. Malgré tout, il a été le soutien de beaucoup, Kay. Peut-être parce qu'il écoute bien. Peut-être parce qu'on se dit qu'on peut lui faire confiance, qu'il ne dira rien, ne divulguera rien. Et c'est vrai, c'est pas un traître, Kay, du moins, tant qu'on le blesse pas directement, tant qu'on le frappe pas directement. Il veut aider les autres, il veut leur faire voir le beau, le vrai, le délicat, il est comme ça. Il a guidé, beaucoup. La faute à son poste, sûrement, parce qu'un professeur, c'est fait pour guider, aider, pas vrai ? Alors Kay, il a parfois dû combattre son côté plus réservé, se mettre au service des autres. Il est toujours là pour les autres, Kay. Mais on est rarement là pour lui. Peut-être juste parce qu'il s'ouvre pas à beaucoup de gens, pas vraiment. Le superficiel, tout le monde le connaît. Mais y'a pas grand-monde qui sait les côtés plus sombres, la blessure enfouie, la rébellion sans issue. Mais c'est pas grave, il sait qu'il peut compter sur une petite poignée de gens. Il vit bien comme ça. Il a pas besoin de beaucoup plus.

Peut-être par fainéantise, peut-être parce que c'était la première chose relativement chaude qui lui est tombée sous la main, Kay porte une couverture de grosse laine autour de lui, comme on porterait un poncho, au lieu d'une veste d'hiver ou encore les fourrures troquées avec les terriens. Sous l'offensive du froid matinal, il resserre le tissu contre lui, comme un enfant qu'on réveille dans la nuit et qui s'accroche à son doudou. Toujours un peu trop enfantin, Kay, malgré tout. À garder une naïveté et un émerveillement de gamin, même quand ça lui nuit. Parfois, il veut juste pas ouvrir les yeux sur la réalité. Les rêves sont toujours plus aisés.

Il sent une main lui tapoter l'épaule, une présence qui le tire de ses pensées noires – tant de dégâts, tant de gâchis, tant à reconstruire – et ses yeux bleus se tournent vers Leary. Un sourire faible étire ses lèvres, quand son meilleur ami dit qu'ils vont tout remettre en place. Il ne parle pas de destruction, mais de reconstruction. Et c'est ce dont il a besoin, Kay, à cet instant. Ne pas voir le négatif, quand il crève les yeux, lui qui s'aveugle généralement à ça. Lui qui ne le voit souvent que trop tard. Il essaie de penser au positif, devant ce champ dévasté, il essaie, mais il a du mal à voir les opportunités de reconstruction. Il voit surtout tout ce qu'ils ont perdu. Ça passera, il le sait, il reviendra tôt ou tard à son optimisme habituel, mais ce matin, au lendemain de ce cyclone, il est encore trop secoué, trop choqué par ce déchaînement de la nature. Ce brusque et cruel rappel qu'ils vivent dans un monde sauvage et que tout ce qu'ils ont construit peut disparaître, à n'importe quel instant.

Un peu détaché, Kay regarde Leary s'accroupir, examiner les dégâts du champ, émettre l'hypothèse d'une aide terrienne. Kay frissonne, dans l'air matinal. La réponse est pensive, murmurée, presque. « Oui, peut-être. Enfin, je suis pas totalement sûr avec ces nouveaux voisins mais on peut toujours essayer. »

Kay, il regrette toujours un peu ne plus être proche des Naoris. Il ne les connaît pas assez, ces nouveaux terriens, mais il sait qu'ils sont beaucoup moins pacifiques. Alors Kay se méfie, n'ose trop espérer.

Les lèvres se mordent, devant le rappel de la tempête. Il ne veut pas penser au vacarme, à la peur, à tous ces gens entassés dans le bâtiment. Il a réussi à mettre une muraille entre lui et l'agitation, à se réfugier dans le sommeil et les rêves, mais il sait que ce n'était qu'un répit de quelques heures.

« Dans les dortoirs. Y'avait trop de monde, c'était trop compliqué de te chercher. » Il aurait pu, il le sait, et il y a pensé. Mais devant la détresse de la marée humaine, Kay s'est juste réfugié en lui-même, comme il a tendance à le faire quand ça ne va pas. « T'étais à l'abri aussi, hein ? » Une question un peu bête, sans doute, puisque Leary est bel et bien vivant devant lui. Mais il s'en veut un peu de ne pas avoir cherché son meilleur ami. Et s'il s'était passé quelque chose ? Et si Leary avait été coincé là, dehors, et que Kay avait juste été trop sûr que tout allait bien alors que ce n'était pas le cas ? Non, il n'a pas envie de songer à ça. Leary va bien, et de ce qu'il a entendu, il n'y a aucune victime parmi eux. Juste des dégâts matériels. Il faudra que les experts évaluent tout, la stabilité des bâtiments, des barrières, mais Kay sait déjà que les plus gros dégâts ont été faits à leurs cultures.

Et puis, y'a la pensée qui s'engouffre, celle à laquelle Kay n'a pas songé, tout dans sa bulle qu'il était, ces deux jours de cauchemar. L'étendue des dégâts. Sont-ils les seuls à avoir été touchés ? Et les cents, alors, qu'en est-il d'eux ? Et les terriens, les Naoris, Meeka, l'ont-ils vécu, ce cyclone ?

Les iris bleus se promènent sur les terres autour d'eux, suivent le regard de Leary. Kay déglutit difficilement. Tout d'un coup, sa gorge est serrée.

« Vu la violence des dégâts ici, j'ai peur que ça ne se soit propagé ailleurs. Peut-être jusqu'aux cents. » répond-t-il, inquiet. Il a des anciens élèves là-bas, Leary aussi, sûrement. Son ton se fait triste, quand il ajoute, à voix basse : « On lit tellement de choses dans les archives, mais on est jamais préparé quand ça arrive. »

Non, on est jamais préparé à la violence de la nature.

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07/12/2015 216 Luke Evans brimbelle Professeur en biologie 54


Sujet: Re: All things bright and cruel △ Leary
Dim 18 Mar - 16:26

Kayden avait l’air d’un enfant avec sa couverture de grosse laine, mais Leary n’allait pas l’infantiliser. Malgré tout, il tentait de rester positif. Il parlait de reconstruction au lieu de destruction. Leary proposait même l’idée de demander des graines aux natifs. C’était peut-être une idée complètement folle, mais pourquoi ne pas tester ? L’homme du ciel voulait toujours tester de nouvelles choses et pour lui c’était une possibilité à explorer. Il ne savait pas si son meilleur ami allait approuver. De toute manière ils ne décidaient pas tous à deux. Il y avait les militaires, les équipes d’exploration. Ce n’était pas un moulin ici, bien loin de là. « Certains des nôtres rencontreront peut-être des terriens. » Lui en avait déjà rencontré et avait raconté à Kay car il pouvait difficilement lui cacher la vérité. Leary avait appris ces derniers mois aux côtés des terriens. Il avait eu peur, il avait élargi aussi ses connaissances concernant cet endroit et la langue. Le biologiste se détacha de ses envies et demanda à son ami où il était. Il était inquiet et avait besoin d’être rassuré d’une manière ou d’une autre. Son côté paternel resterait toujours là. Il avait été un père, il avait été prof. Tout ceci resterait en lui et façonnait sa manière d’être. Alors il restait inquiet pour lui et surtout pour Kayden.

Son ami lui semblait fragile, même si Leary savait que Kay était capable de grandes choses. « Ne t’en fais pas. » Répondit-il quand l’autre homme expliqua qu’il avait trop de monde pour le chercher. Jamais le veuf ne lui ferait des reproches et surtout pas de ce genre. Ce qui comptait en ce moment-même, c’était que les deux aient survécu et c’était amplement suffisant. Leary sourit avec douceur à Kayden quand celui-ci lui demanda s’il était aussi à l’abri. « Oui j’étais dans le bâtiment principal avec les autres. C’était un peu l’anarchie, mais ça a été supportable. » Pour Leary tout était toujours supportable. Il pouvait s’en sortir dès qu’il pouvait être tranquille mentalement et que la situation n’en était pas au point où tout le monde criait. Le scientifique perdait difficilement son sang-froid. Il lui en fallait vraiment beaucoup pour cela. Il se demandait jusqu’où avait été les dégâts et il sentit une profonde angoisse monter le long de ses entrailles. Cela ne le rassurait vraiment pas. Il n’osait imaginer comment était le reste de l’environnement. Il pensa aux terriens qu’il connaissait, mais aussi aux cents. « Il faudra qu’on aille les voir. » Il avait encore certains élèves là-bas et l’angoisse monta encore plus. Il tenta de la contrôler, de ne pas y réfléchir, mais ce n’était pas aussi facile.

C’était quelqu’un de très émotif et il ne voulait pas penser à tout ceci. Il se secoua un peu comme un oiseau tombé du nid, fermant la chape qui était au-dessus de son bol d’émotions. Le calme l’envahit. Il avait tendance à couper les choses quand c’était trop douloureux, trop insoutenable. Kayden parla de la violence de la nature et Leary resta songeur. « C’est violent, mais c’était comme si tout recommençait à zéro ensuite. » Et même s’ils perdaient, le biologiste était sûr que quelque part, tout ce chamboulement créait la vie, il avait envie d’y croire. Eternel optimiste qui s’accrochait à certaines croyances pour ne pas perdre complètement pied. « C’est impossible de détailler ce genre de phénomène par écrit. Si j’étais croyant, je dirais que c’est un des dieux qui peuple le folklore d’autrefois qui a frappé. » Il ignorait tout des croyances des terriens. Il avait juste lu sur l’ancien temps, quand les gens croyaient à plein de dieux. Il y avait eu aussi des croyances monothéistes selon les pays. Il y avait eu encore des religions polythéistes, mais en tant que scientifique, Leary ne comprenait pas ce qui donnait envie de croire. Il avait beau lire des choses, des fois le voir sur le terrain parlait plus.

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Sujet: Re: All things bright and cruel △ Leary
Jeu 19 Avr - 20:25

Prudent et un peu méfiant, mais malgré tout curieux, Kay réfléchit à la proposition de Leary. Rencontrer des terriens. Leurs nouveaux voisins, il ne les a pas encore vraiment croisés, n'a pas encore vraiment eu l'occasion de parler avec eux. Mine de rien, les Naoris sont venus à leur rencontre, les ont aidés. Ces terriens-là...ils ont attaqué les cents, pas vrai ? Enfin, c'est peut-être pas exactement ça, mais le fait est qu'il y a eu des relations suffisamment mauvaises pour que ça escalade en conflit armé. Kay sait qu'il ne peut pas passer pour un natif, il ne parle déjà pas assez bien leur langue et se ferait trahir en moins de deux. Alors, il n'ose pas trop s'aventurer par là. Avec son sens de l'orientation catastrophique, il serait capable de s'égarer par là sans le vouloir, certes, mais volontairement...il est un peu méfiant malgré tout. Il ne les connaît pas ces terriens, même s'il aimerait quand même les connaître, voir leurs différences avec les Naoris. Ils auraient à y gagner à avoir de bonnes relations, pas vrai ? Un jour ou l'autre, ils devront bien accepter qu'ils vivent tous sur la même terre, que c'est plus facile de coopérer que de se regarder en chiens de faïence. Enfin, dans un monde idéal, ce serait comme ça. Et Kay sait qu'il n'a pas assez de cran pour aller être le pionnier dans ce monde visionnaire, non. S'il y a des rencontres organisées, s'ils se déplacent avec la sécurité d'un groupe, pourquoi pas. Mais se rendre seul dans un territoire qui n'est ni ami, ni ennemi ? Kay préfère ne pas prendre ce risque. Même si ça lui coûte des graines et la reconstruction du camp. De toute façon, Kay, c'est juste une des nombreuses petites mains qui aide aux cultures, ce n'est pas lui qui organise le tout, qui traite avec les terriens. Il suivra le groupe, observera tout comme il a regardé tant de films en noir et blanc dans les archives, mais il ne fera pas le premier pas.

« Comment ils sont ? Ces terriens ? Ils sont très différents des Naoris ? » Il sait que Leary en a rencontré quelques uns, qu'il les connaît au moins un peu. Si Leary dit qu'on peut leur faire confiance, il le croira. Et puis, s'il suggère un troc, c'est qu'il doit savoir que c'est possible, non ? Kay a entendu parler de ça, mais il a pas trop rejoint le groupe qui a tenté cette approche. Il n'avait rien à échanger et il ne se voyait pas se ramener les mains vides, face à des terriens qui n'apprécieraient peut-être pas leur venue.

Il répond par un sourire quand Leary n'a pas l'air de lui en vouloir de pas l'avoir cherché et le rassure sur le fait qu'il était bien à l'abri. L'anarchie...oui, c'était une façon de décrire des centaines de gens entassées dans un bâtiment en attendant qu'un cyclone dévastateur passe à côté d'eux. À craindre que les portes ou les fenêtres cèdent et que tout ne soit emporté sur son passage. Mais Kay préfère ne pas épiloguer là-dessus. Ce n'était pas agréable, oui, c'était même angoissant, oui, mais c'est passé, c'est fini et c'est sur ça qu'ils doivent se concentrer. Kay envie à Leary son calme, sa solidité. L'autre professeur a toujours été son point d'ancrage à la réalité, quand Kay divaguait trop, se perdait trop. Il lui permet de respirer, le rassure et il ne sera jamais assez reconnaissant envers son meilleur ami.

« Il faudrait, oui. Enfin, j'espère qu'ils accepteront de nous voir. Certains ne nous aiment vraiment pas. » dit-il, avec une moue un peu triste. Ça le blesse un peu, Kay, d'être mis dans le même sac que le Conseil. C'est pas lui qui a pris la décision de les enfermer, si ? Pas Leary non plus. Alors pourquoi est-ce que les cents s'acharnent à les détester en groupe, alors qu'ils vivaient tous de la même façon ? Pourquoi ne pas avoir été en prison fait automatiquement d'eux les méchants de l'histoire ? Ce n'est pas comme ça que ça se passe, normalement. Kay ne comprend pas. Mais peut-être que les cents le taxeraient de naïf ou d'idéaliste ou de trop gentil. Il a trop souvent entendu ces mots-là, Kay. Des adjectifs positifs tournés en insultes et en moqueries. « J'espère qu'ils n'ont rien. » qu'il murmure, en se mordant les lèvres.

Ce serait terrible s'il y avait eu des pertes parmi eux. Ils sont déjà si peu, du vaisseau mère à avoir survécu. Un millier de vies, fauchées en plein ciel, dans un océan de flammes. Un souvenir qui continue de hanter ses nuits, parfois.

Le pli de la bouche de Kay se tord, en entendant que ce serait comme recommencer à zéro. Aujourd'hui, il n'arrive pas à être optimiste, à se dire que c'est une opportunité. Il voit ça comme un fardeau. « J'ai parfois l'impression qu'on arrête pas de commencer à zéro. En tombant ici. En déménageant. Et maintenant ça. » Son regard se promène sur la boue et les champs en ruine. « Quand est-ce qu'on va enfin pouvoir garder quelque chose ? Construire quelque chose ? » Il a l'envie puérile de frapper quelque chose, alors il ne résiste pas, même si ce ne n'est que de la boue qu'il dégage du pied. Il se dit qu'il peut se permettre ces écarts avec Leary. Qu'il a pas à mentir ou cacher ce qu'il ressent. Il doit pas être le prof impeccable, qui doit retenir ses pensées rebelles et iconoclastes. La censure, il en a eu assez, sur l'Odyssée.

« Dieu qui envoie le déluge. Thor qui envoie l'orage et la tempête. Je peux y croire. Peut-être qu'ils ont des dieux, ici, qu'ils ont un poids, une colère. C'est un autre monde, cette Terre. » qu'il répond, en écho aux propos de Leary. Il a toujours apprécié lire ces récits, plus fabulés qu'autre chose, certainement, mais il aimait ces images et cette imagination, la poésie des mythes. Il les apprécie comme œuvre littéraire, comme mythe explicatif, aussi. Mais la religion ? Non, pas vraiment. Ses dieux, à Kay, ce sont les mots, la musique et les images qu'ils évoquent. Rien de plus, rien de moins.

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