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˜˜˜˜˜˜Escaping shores of lunacy (Isphy)
maybe life should be about more than just surviving


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06/12/2015 Lux Aeterna 30609 Sophia Bush Avengedinchains (vava) ; Oreste (image profil); Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 201


Sujet: Escaping shores of lunacy (Isphy)
Jeu 16 Nov - 23:07



❝ Escaping shores of lunacy ❞
Murphy Cavendish & Isdès Hakantarr
(16 novembre 2117)


Ses mains gelées s'étaient figées autour de la lettre de papier. « J'espère que c'est pas à ça que servent les bouquins que je te ramène, hein. » Les yeux rougis de Thaïs l'avaient fixée et peinée et pour se faire pardonner, Murphy s'était empressée de lui faire chauffer un peu d'eau et d'y glisser de ces plantes qui réconfortaient des plus grands froids. Elle avait planifié cette virée chez les jeunes depuis quelques semaines déjà, mais aucun d'eux n'avait jamais vraiment le dernier mot. La route avait été courte et agréable; c'était la première fois qu'elle faisait le chemin depuis qu'ils s'étaient réinstallés non loin de là. Il lui fallait retrouver quelques repères pour ce trajet nouveau et sa boussole lui avait rendu service une ou deux fois. Les neiges n'étaient pas encore installées et lorsqu'elle avait choisi de prendre quelques jours auprès des jeunes, Murphy savait qu'elle saisissait une des dernières occasions de la saison pour le faire. Elle avait pris avec elle trois nouveaux livres à offrir à Thaïs mais regretté plusieurs fois pendant le trajet de l'avoir fait. Les quelques kilos de charges s'étaient transformés en tonnes à mesure de sa progression et elle repensa aux bouquins qu'elle lui avait offerts avec tant d'entrain lorsque c'était Thaïs qui avait rendu visite à ses aînées. Elle avait dû la maudire pour les cadeaux dont elle avait pourtant été si fière, et s'excuser auprès de la jeune fille avait été la première chose qu'elle avait faite lorsqu'elle l'avait retrouvée.

« OK, je serai de retour dans deux heures maxi. Reste au chaud. Si on me laisse faire, je te ferai une soupe en rentrant. » Le murmure avait été douloureux pour les cordes vocales et pour les oreilles. Elle avait réajusté la couverture sur une Thaïs parcourue de frissons. Novembre avait apporté son lot de virus et les deux brunes semblaient solidaires au point d'en partager la garde. Assise au bord de son lit, Murphy n'avait pu se résoudre à la laisser aussi facilement, et, après une quinte de toux qui écorcha les tympans, elle retira le morceau de tissu posé sur le front de sa cadette pour le rafraîchir dans une bassine au pied du lit et le reposer sur la peau ruisselante de son amie. « Je te laisse Antarès. Fais attention à ce que tu lui dis, lui il peut encore te répondre. » Un clin d'oeil plus tard, elle avait quitté la tente de la jeune fille, une petite lettre entre les doigts. Dans sa besace, elle ne prit la peine que de glisser une gourde remplie d'une eau qui allait sans aucun doute frôler son point de solidification pendant le trajet, ainsi que quelques ustensiles destinés à la rassurer et qui ne pèseraient jamais autant que des livres.

Murphy s'arrêta finalement au milieu des arbres et, du bout de ses doigts glacés et endoloris, déplia la carte que Thaïs avait griffonné juste à son attention. Si elle continuait tout droit, elle tomberait sur un lac. Il fallait qu'elle prenne à droite -au nord, la corrigerait un cartographe à cheval sur les termes. Des montagnes s'élevaient au loin, par-delà les brumes et les arbres et elle refusa à son esprit de s'égarer là elle ne le voulait pas. Elle allait revoir la mer, et c'était déjà pas mal. Dans une nouvelle quinte de toux que le froid n'arrivait pas à anesthésier, elle réajusta son écharpe et son bonnet, s'assura que ses deux poignards étaient toujours accrochés à ses cuisses engourdies par l'hiver. Ses doigts fins ne supportaient plus le contact de l'air d'hiver et elle se décida enfin à ranger la lettre dans sa poche. Pour préserver toute l'affection qu'elle avait vue Thaïs mettre dans ce courrier, c'était ce qu'elle avait évité depuis son départ; mais il y serait toujours moins malmené que dans son sac. Les mains dans les poches, elle reprit la marche. Son esprit vagabondait au milieu de cette nature morte et elle se surprit à l'apaisement. C'était différent, ici, des alentours de son chez-elle. Elle se sentait en sécurité, parce qu'elle savait que les jeunes avaient bien fait les choses et que si proche de leur village, elle n'avait pas grand chose à redouter. Elle avait même laissé son arc chez eux, fatiguée à l'avance d'avoir traîner une arme inutile juste le temps d'un aller et retour. Elle se surprit à penser qu'Antarès lui manquait, qu'il aurait apporté un peu de vie à cette forêt qui semblait tant en manquer, mais il serait d'un bien meilleur réconfort à une Thaïs fiévreuse et asthénique. Les feuilles grillées par l'automne craquelaient sous ses pas et démontraient, si c'était encore nécessaire, de l'hiver qui prenait ses marques et envahissait la terre. Elle regrettait que sa jeune amie soit épuisée au point d'envoyer ses regrets à un Terrien qu'elle mourait d'envie de voir, mais Murphy s'était portée volontaire de bon cœur pour lui transmettre le message. C'était le deuxième jour qu'elle passait à ses côtés et elle n'aurait pu accepter de la voir quitter la chaleur d'un bon feu ou de ses couvertures, même pour une entrevue si attendue. Thaïs lui avait décrit les lieux qu'elle devait trouver, l'emplacement où elle devait laisser la petite note pour être sûre qu'elle soit trouvée. Un aller et retour ne la tueraient pas et même si le froid semblait arracher sa trachée à chaque fois que l'air s'y glissait pour nourrir ses poumons, elle trouvait à ce moment quelque chose de réconfortant. Loin de ses préoccupations odysséennes, de cette rébellion qui n'avait plus vraiment de sens ou commençait peut-être à en retrouver. Une coupure, quelques vacances, une parenthèse à quelques dizaines kilomètres du village dont l'atmosphère lui paraissait devenue presque irrespirable.

Elle n'était pas fiévreuse, juste aphone. Pour transmettre ce message-là, on n'avait pas besoin de sa voix, juste de ses jambes. Elle ne blâmait que le froid de lui avoir volé la parole mais se blâmait honteusement d'avoir empiré l'état de Thaïs. Elle ne savait laquelle avait été malade la première ou si leurs symptômes étaient le fait de la même saloperie, mais elle ne pouvait qu'être persuadée que son propre état ne pouvait pas aider celui de son amie, et elle n'arrivait pas à quitter ses côtés pour autant. Elle ne pouvait pas profiter d'elle comme elle l'aurait aimé mais savourait son séjour de quelques jours comme une ode à la vie pour ce qu'elle avait de plus imprévisible. Elle partageait une tranche de vie de Thaïs et d'Aliénor, aidait la première à supporter sa fièvre et partageait quelques rires réguliers avec la seconde. Peut-être que c'était tout ce dont elle avait besoin, en réalité, de se sentir appartenir à une communauté sans redouter tout ce qui pouvait l'accompagner de si compliqué. Les excuses avaient aplani sa rancoeur mais les regrets subsistaient. Elle savait qu'elle serait toujours mieux accueillie auprès des siens que les jeunes, mais les exceptions n'avaient eu de cesse de s'affirmer des deux côtés, et cette échappée lui rappelait une dernière fois avant la trêve de l'hiver que le monde regorgeait de découvertes. Certaines étaient cauchemardesques, empêchaient de trouver le sommeil ou réveillaient la nuit, étaient teintées de regrets et d'amertume, mais d'autres avaient du bon. Même au cœur de cette forêt dont l'air sentait le glacé résidait un soupçon de magie. Libérée de ses entraves quotidiennes, de son devoir de patrouilleuse, des inquiétudes de qui lui accordait un peu trop d'importance et de l'indifférence de ceux qui ne lui en accordaient pas assez, Murphy retrouvait dans ce silence-là quelque chose de libérateur.

Elle s'adossa finalement à un arbre pour faire face à une plage peu profonde de galets. Devant elle et entre deux terres, à sa gauche et à sa droite, se creusait une baie. L'eau était calme mais les vagues s'échouaient sur les pierres sombres sans les épargner. La brune tenta d'étouffer une quinte de toux qui n'en ressortit que plus enflammée. Elle essuya au coin de son œil une larme née du mariage de la douleur et du froid et s'avança gauchement sur les galets. Puisqu'il n'était opposé par aucun arbre, le vent était plus vif ici et elle remonta son écharpe en même temps qu'elle descendit son bonnet, laissant une seule fente pour son regard qui investiguait les lieux. Là où la mer rentre le plus loin dans les terres, lui avait-elle dit. Alors, pendant de longues minutes, Murphy longea le rivage et évalua les distances. Elle n'arrivait plus à penser au fait qu'elle faisait face à la mer, ou à une toute petite partie d'elle. Son nez était gelé et ne sentait plus l'iode porté par l'air, ses yeux étaient rougis par les embruns glacés, et il lui semblait que son squelette entier était rongé par le le froid et l'humidité. A croire qu'elle ne ferait jamais une belle rencontre avec l'océan. Elle finit par se raidir face à la crique et mentalement s'arrêter sur la grande roche devant elle. Elle soupira pour se donner le courage de sortir ses mains nues des poches protectrices de son manteau et fit le tour du rocher. Dans sa main droite tremblait la petite lettre et un surnom que Murphy avait pudiquement évité de regarder jusque-là. Pour Thaïs, elle voulait bien faire les choses. Elle s'accroupit finalement, dos à l'eau, pour déplacer quelques galets humides. Des mèches de cheveux avaient échappé à la prise de son bonnet et lui revenaient en plein visage au gré des vents maritimes. Thaïs n'aurait clairement pas supporté bien longtemps un tel climat, et elle pensait avec soulagement à tout le confort avec lequel elle l'avait laissée. La lettre manqua de lui voler des mains et elle la cala sous plusieurs palets qu'elle considérait suffisamment lourds et la protégeant le plus possible des embruns ou de quoi qui ce soit qui pourrait s'amuser à l’abîmer. Elle admira son oeuvre quelques secondes et la réajusta à plusieurs reprises pour être sûre qu'on ne puisse pas la manquer. Mission accomplie, pensa-t-elle fièrement en se relevant. L'anonyme de cette planète pourrait rentrer chez lui avec un petit mot rempli, elle le devinait, de tendresse.

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06/05/2016 Dandan/Sonia 250 Jason Momoa lux #demonkeur Garde pour sa tribu, il s'occupe aussi parfois des oiseaux messagers. 50


Sujet: Re: Escaping shores of lunacy (Isphy)
Dim 26 Nov - 18:45

everybody knows

L’hiver approchait. D’ici une vingtaine de jours, les montagnes du nord seraient gelées et annonceraient le début de l’hibernation. La faune sauvage qui avait résisté à l’apocalypse dévastatrice, il y a des générations de cela, entrerait en hibernation pour la plupart. Les bêtes se réfugieraient dans leur grotte ou leur terrier, soigneusement préparés pour survivre à la saison. À la manière de ces créatures, les Athnas allaient bientôt se retirer dans leur volcan. Pour l’heure, les membres de la communauté rendaient leurs dernières visites, remerciaient leurs alliés par divers cadeaux et échanges. C’étaient non pas des adieux, mais des au revoir. La promesse de retrouvailles lorsque l’astre solaire brillerait suffisamment fort pour faire fondre la glace. C’était le même refrain chaque année, une chorégraphie méticuleusement organisée entre les alliances terriennes. Une tradition qu’on perpétuait sans jamais se poser la question de sa pertinence. Une fois ou deux, Isdès s’était demandé s’il n’allait pas mettre le nez dehors, cette fois. Peut-être avait-on besoin d’eux dehors ? Peut-être que des événements importants se jouaient sans leur présence. Combien de personnes étaient mortes, surprises par le blizzard, en route vers chez eux ? Le souvenir de Varghause lui revenait. Combien des siens, perdus ailleurs, auraient aimé qu’on leur vienne en aide ? Le visage de Nessa se dessinait automatiquement tandis qu’Isdès traversait la forêt dense qui menait jusqu’à l’ouest. Pourquoi allait-il à l’opposé d’où on l’attendait ? Depuis plusieurs semaines, ça le démangeait de marcher vers l’est. Vers l’ennemi, vers le soleil aveuglant et le sable brûlant. La personne qui lui était la plus chère, celle qui ne manquerait jamais à son devoir envers lui, avait certainement besoin de lui. Elle rêvait sûrement de lui comme lui pensait constamment à elle. Il avait l’impression de l’abandonner alors qu’elle lui avait répété un nombre incalculable de fois qu’il devait rester auprès des siens. Mais qu’est-ce qui disait qu’elle était totalement libre de ses gestes et de ses pensées ? Ça le rongeait d’être impuissant, de devoir se contenter d’attendre alors qu’il pourrait remédier à la situation en un seul voyage risqué.

Au lieu de ça, il se hâtait vers le réconfort. Il allait se réfugier dans les bras de l’adolescence et l’innocence. Il allait se faire bercer par les doux mots de la gamine admirative. Il allait s’abreuver de son étoile filante et de ses récits toujours aussi passionnants. C’est fou ce que les mots les plus futiles qui sortaient de la bouche de Thaïs parvenaient à prendre une ampleur des plus fascinantes. Il se régalait de sa vision du monde, il s’en repaissait et apprenait même d’elle. D’elle ou de lui, il n’avait jamais su qui était véritablement le professeur. L’été et l’automne s’étaient montrés cruels et intraitables. Ils ne lui avaient laissé aucune chance, aucun droit à l’erreur. Il s’était pris des revers et ceux-ci continuaient de le hanter, bien longtemps après les faits. Isdès tournait comme un lion en cage. Il en était rendu à un point où les illusions étaient plus douces que la vérité. Il s’était trouvé l’ennemi le plus difficile à appréhender et il n’avait pas encore la volonté nécessaire pour se sortir de cette mauvaise passe. Alors les côtes et les bois qui caractérisaient la région représentaient le dépaysement salvateur. La brise océanique fouettait son visage alors qu’il contournait le campement des 100. Nulle intention d’y faire une apparition qui pourrait constituer un danger. Thaïs et lui avaient leurs coins préférés, leurs adresses auxquelles eux seuls parvenaient à donner une importance. Isdès s’attendait à voir son sourire, son minois insolent et sa silhouette fragile. Mais tandis qu’il approchait de la crique en contrebas, ce n’était pas son étoile qui l’attendait. Il l’avait compris dès le premier coup d’œil, même si une centaine de mètres les séparaient. Qui avait pu la remplacer ? Pourquoi était-elle absente, elle toujours en avance ?

Malgré lui, c’est l’inquiétude qui prit le pouvoir, toujours accompagnée de son amie la colère. L’inconnue lui était de dos et il ne prit même pas le temps d’essayer de la reconnaître qu’il sauta des rochers et accourut vers elle. « Hey ! » Inutile de prétendre à l’anglais, personne ne serait dupe en voyant ses cheveux longs défaits, son manteau doublé de fourrure et son teint toujours buriné malgré les températures basses. « Thaïs. Weron kamp raun ? » Il n’avait pas sorti sa lame, car la personne semblait être seule et il n’avait même pas réfléchi à l’éventualité d’une embuscade, dans un lieu aussi découvert que celui-ci. Mais une fois que la question fatidique fut posée, Isdès prit le temps de se concentrer sur son interlocutrice. Et malgré les couches de vêtements qui la camouflaient, sa chevelure à peine visible, il la reconnut. Il reconnut ses courbes, sa posture et il stoppa net sa marche, à cinq mètres d’elle. Comment Murphy avait-elle fait pour le retrouver ici ? L’avait-elle fait suivre, une fois ? Cherchait-elle encore à le piéger pour obtenir quelque chose de lui ? L’apparition surprise d’une tierce personne lui restait encore en travers de la gorge, mais il décida de faire comme si rien ne s’était passé. Il profita de cet avantage pour obtenir des explications. « Murphy, weron Thaïs kamp raun ? Ha ste em ? » Le ton de sa voix était neutre, faisant ainsi comprendre qu’il ne voulait rien entendre de plus que sa réponse.

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Sujet: Re: Escaping shores of lunacy (Isphy)
Dim 26 Nov - 20:48



❝ Escaping shores of lunacy ❞
Murphy Cavendish & Isdès Hakantarr
(16 novembre 2117)


Ce n'était qu'une question de temps avant de retrouver la chaleur d'un feu et du sourire de Thaïs. Pourtant et malgré le froid qui s'insinuait partout, Murphy était trop pointilleuse pour faire les choses dans la hâte. La lettre claire ressortait vivement sur les galets foncés mais elle commençait à douter de sa visibilité au loin. Il faudrait que l'inconnu passe ici pour la voir. Allumer un petit feu pour attirer son attention ? Laisser un morceau de vêtement aux couleurs vives ? Tout ce qu'elle pouvait faire en attendant qu'une idée fulgurante lui traverse l'esprit, c'était de s'assurer que la petite lettre était disposée de la façon la plus esthétique possible. Droite, à peine courbée par les pierres qui la retenaient. Elle était restée dans un état respectable compte tenu du petit voyage qu'elle venait de faire, et Murphy s'en félicita mentalement. Elle pourrait décrire à Thaïs tout le soin qu'elle avait mis dans la mission qu'elle lui avait confiée, et elles discuteraient un petit peu, et encore un petit peu plus peut-être, jusqu'à trouver le sommeil et laisser leurs systèmes immunitaires mener leur propre combat.

Mais elle râlait intérieurement, parce qu'il manquait quelque chose. Il suffisait que l'ami de Thaïs ne passe pas ici ou lève un peu trop les yeux pour ne pas trouver ce qu'il recherchait sans le savoir. Elle ne pouvait pas se permettre de faillir à sa tâche. Elle ne savait pas quand le Terrien viendrait, et un feu ne tiendrait jamais ici sans surveillance. Malgré toute sa bonne volonté, Murphy ne pouvait se contenter d'attendre ici dans le froid. Si ça avait été le cas, aucune lettre n'aurait jamais été écrite et elle aurait été elle-même le support du message. Non, elle allait la laisser ici, cette putain de lettre, et son imagination finirait bien par lui prodiguer la solution idéale pour la faire sauter aux yeux du Natif. Elle allait la rendre agressive au regard d'une façon ou d'une autre, cette lettre.

Pas tout de suite, en tout cas, pas maintenant. Elle frissonnait, remontait son écharpe sur son cou et son menton, se frottait les mains pour essayer de leur faire oublier le froid qui traversait la protection des gants. Elle n'aurait pas été contre la peau de renard qu'Elias avait embarquée après leur première rencontre, peu importe si ça lui allait aussi mal au teint que la grimace de l'homme lui avait laissé penser. Peut-être qu'il lui faudrait faire une pause avant de repartir, histoire de se réchauffer quelques minutes autour d'un feu. Pas ici, pas sur la plage de galets en tout cas. Le vent y était plus vif, tranchant, et malgré toutes les couches de vêtements sous lesquelles elle s'était abritée, Murphy ne pouvait retenir quelques larmes d'irritation. Elle enfonça son bonnet sur sa tête pour contenir dans sa nuque les cheveux qui pouvaient l'être et y gagner un semblant de protection supplémentaire mais aucun doute possible : l'hiver ici était encore plus incisif, et si elle ne voulait pas tomber raide morte, il lui faudrait bientôt prendre le chemin du retour. Que faire, alors ? Elle allait finir par venir, cette putain d'idée à la con, ou allait-elle devoir abdiquer et croiser les doigts pour que la lettre trouve son destinataire ?

Une voix raisonna par-dessus le vent et le bruit des vagues qui s'écrasaient sur la côte rocailleuse. Elle se retourna vivement, les mains toujours liées l'une à l'autre comme si le gel les avait fusionnées. Elle continuait machinalement de souffler dessus et observait la lourde silhouette qui s'approchait à plusieurs dizaines de mètres de là. Ses cheveux volaient dans la bruine marine et le nom de Thaïs flotta dans l'air un instant, l'empêchant, pour son plus grand soulagement, de dégainer l'un de ses couteaux. Les mouvements auraient été douloureux et le froid lui aurait sans doute empêché la moindre prise. « Pas là » se contenta-t-elle de répondre dans une douleur rauque et en réalisant qu'elle allait faire la connaissance de l'amie de la jeune fille. Le vent sifflait dans ses oreilles, brûlait ses yeux qui s'humidifiaient à outrance. Son souffle était la seule source de chaleur et elle tentait d'en abreuver ses mains et son cou pour leur offrir quelques secondes de répit ça et là. Mais son regard se fendait pour observer l'homme qui approchait. Sa large stature s'imposait de plus en plus clairement à elle, mais les amis des amis sont des amis, non ? Peu importait les vieux dictons et les bonnes intentions, peu importait cette putain de lettre et toutes les bonnes intentions qu'elle avait encore quelques secondes plus tôt. Ses doigts gelés hurlaient à l'abandon du souffle réconfortant et elle s'éloigna de quelques pas, horrifiée. Elle n'avait pas imaginé un seul instant arriver à cette constatation. Lui, encore lui. Un fantôme du passé, lui aussi, et c'est là qu'il aurait du rester, comme tous ceux qui la jugeaient indigne d'un peu plus de leur avenir. Elle ne s'autorisa à s'arrêter dans le recul que lorsqu'il en fit de même dans son avancée et elle le fixa, muette, pétrifiée. Sa tresse avait disparu pour laisser ses cheveux voler dans le chaos d'un ciel farouche et sa grande silhouette se fondait sous la fourrure épaisse. Sa peau à lui était à peine rougie et gardait la chaleur de tous étés qu'elle avait connus, là où elle devinait la sienne écarlate sous l'agression continuelle de l'environnement. Son regard était perçant de clarté et d'une neutralité qui acheva de la glacer, en parfait contraste avec tous les feux qu'il avait fait brûler et exploser en elle, pas si loin en arrière.

La voix d'Isdès retentit à nouveau au milieu des cailloux et Murphy ouvrit la bouche pour répondre mais il ne s'en échappa qu'une plainte éraillée, douloureuse à l'oreille. Ses lèvres se scellèrent à nouveau alors qu'elle tentait d'éclaircir sa gorge et elle fuit son regard quelques instants en désignant de sa main gantée la lettre qu'elle avait laissée à quelques mètres d'elle, toujours enterrée sous les galets soigneusement choisis et disposés. Il trouverait toutes ses réponses là-dedans. Il connaissait Thaïs, putain, et Thaïs le connaissait. Avait-elle la moindre idée des atrocités dont il était capable ? De l'opinion qu'il avait d'elle ? Maintenant qu'il savait qu'elle connaissait Thaïs, serait-il capable de ternir son image auprès de la jeune fille ? Et surtout, est-ce que Thaïs avait été en sécurité un seul instant auprès de lui ? Elle se remémorait tous les bons mots que la jeune fille avait eus pour son ami terrien mais ils dépeignaient quelqu'un qu'elle ne connaissait pas. Puisqu'il semblait que c'était encore possible, Isdès l'avait atteinte dans son intimité la plus secrète, celle de ses amis, du monde auquel il n'avait pas le droit. Elle se prenait cette nouvelle réalité comme un poing en plein abdomen. A croire que quoiqu'ils décident, ils resteraient toujours liés, au moins par cette amie commune. Le rêve d'une rupture franche entre eux s'était brusquement évaporé sous le regard affolé de la brune. Même à ça, il faudrait qu'elle fasse attention; éviter de parler de lui, avec les mots ou les regards, éviter sa présence et ne pas laisser son absence l'envahir. La lutte ne faisait que commencer. Elle s'éloigna encore un peu plus en attendant qu'il lise la lettre et croisa les bras sous sa poitrine pour gagner en assurance et en prestance autant que le froid et la situation le lui permettaient. Un rictus de rancoeur avait fleuri sur ses lèvres laissées à découvert par l'écharpe et elle observait la mer, prenait de plein fouet les embruns salés et agités. Qu'il accuse bonne réception du message et son rôle ici serait terminé. A elle la chaleur d'un bon feu crépitant.

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Sujet: Re: Escaping shores of lunacy (Isphy)
Lun 11 Déc - 22:42

everybody knows

Comment le destin pouvait-il s’acharner ? Comment le hasard avait fait que la personne qu’il voulait le plus avait été remplacée par la seule personne sur laquelle il aurait voulu ne plus jamais poser les yeux ? Alors que Thaïs respirait la sérénité et la malice, Murphy irradiait la froideur et l’incertitude. Dès qu’elle posait le pied quelque part, elle ébranlait tout ce qui l’entourait : le sol, le monde, les certitudes, les assurances. Rien que sa présence ici avait suffi à balayer toutes les idées que s’était fait l’Athna. Lui qui avait aspiré à un brin d’air frais, c’était comme si elle l’avait saisi à la gorge sitôt qu’elle s’était retournée. Elle lui avait coupé le souffle, comme un coup de poing dans le diaphragme. Elle l’avait coupé dans son élan, comme une météorite qui tombait du ciel. Tout autour de lui devenait inhospitalier et sans comprendre pourquoi, Isdès ne se sentit plus à sa place. C’était pourtant sa terre, quand bien même les Skaikru y avaient élu domicile. C’était lui qui avait montré à l’adolescente des recoins insoupçonnés, cette petite crique légèrement escarpée par rapport aux étendues de sable voisines. Cette fois, c’était Murphy qui semblait s’être approprié les lieux. Elle était plantée au beau milieu, tel l’étendard du conquérant, et surtout il n’y avait aucune trace de sa jeune amie. On lui confirma la triste nouvelle en deux simples mots, prononcée d’une voix qui laissait deviner l’état de ses cordes vocales. L’homme prit le temps d’analyser la situation : la multitude de couches qui couvraient son corps parfait, le bonnet vissé sur sa tête, le bas du visage réfugié sous le tissu pour tenter de faire face aux assauts répétés du vent, puis ce nez légèrement plus rougi que le reste. Murphy était malade. Peu étonnant quand on considérait l’habitat naturel des Skaikru. Ils étaient nés et avaient grandi dans une cellule de fer, au beau milieu du vide intersidéral, de l’espace où leur organisme n’était pas censé pouvoir survivre. Leur corps avait évolué dans un environnement aseptisé, spécialement conçu pour préserver leur système immunitaire. Comment pouvaient-ils s’en sortir ici, sans risquer la maladie ? Outre le fait d’avoir comme alliée une tribu entière soit experte en guérison, les Athnas tombaient rarement malades, parce qu’eux subsistaient dans un environnement fondamentalement hostile. Le froid éprouvait peut-être leurs corps, mais il tuait également tous les virus qui puissent se développer. Ce que les autres appelaient communément le rhume était un événement exceptionnel, presque risible pour celui qui avait le malheur d’y être sensible.

Murphy ne bougea pas d’un pouce quand il s’approcha d’elle. Ils se jaugeaient sans réellement se l’avouer. Ils étaient revenus des mois en arrière, ou l’inconnu motivait toute la méfiance qui puisse exister entre eux. Elle était là en tant que représentante du ciel et lui de la Terre. Isdès décida de ne rien céder, aucune mimique, aucune lueur dans ses iris qui trahirait ce qu’il ressentait. La fureur de leur dernière entrevue s’était éteinte au profit d’une déception qu’il peignait d’indifférence. Quand il lui demanda plus d’explications, les seuls sons douloureux qui franchirent ses lèvres furent accompagnés d’un geste en direction d’un amas de pierres non loin d’elle. Il n’attendit pas pour s’y précipiter, dégageant de la cachette un message écrit à la main. Il remarqua bien qu’au fur et à mesure qu’il avançait, elle reculait. Elle agissait comme s’il représentait une menace. On aurait dit qu’elle faisait face à un prédateur qui rôdait autour d’elle. Fronçant les sourcils, il essaya tant bien que mal de se concentrer sur ce que lui avait écrit Thaïs. Elle aussi était malade et n’était pas en état de se rendre à leur rendez-vous. Malgré lui, il arqua un sourcil en jetant un coup d’œil à Murphy. Qui avait contaminé l’autre, ça restait à définir. En tout cas, si elle était dans le même état que sa comparse, ce n’était pas étonnant et elle avait bien fait de ne pas se pointer ici. Thaïs savait sans doute qu’elle aurait subi les remontrances de son aîné. Il plia le message en quatre et fourra le papier dans sa poche. Même si ce n’était qu’un message d’excuses, ça venait de la gamine et étrangement, il tenait à conserver cette trace écrite d’elle. Après quelques secondes de silence pesant, Isdès finit par faire remarquer : « Vous envoyez toujours les autres cacher des messages dans les pierres ? Pas étonnant que vous toujours malades... » N’avaient-ils toujours pas inventé une autre façon de se faire porter les messages ? Il savait qu’il aurait dû léguer une de ses chouettes à Thaïs et intérieurement, il se promit qu’à la prochaine rencontre, il lui apprendrait comment lui faire parvenir des messages sans intervention humaine.

Que fallait-il dire ? Le regard de la jeune femme était volontairement fuyant, attendant que l’invité dispose. Elle avait certainement hâte de retrouver la chaleur d’un foyer. Rien n’ouvrait à la conversation. Que pouvaient-ils bien se dire de toute manière ? Isdès plongea ses mains dans ses poches pour les protéger de la brise maritime. Même s’il ignorait s’il souhaitait véritablement avoir la réponse, il posa la question qui lui brûlait les lèvres : « C’est ton amie ? » Que partageaient-elles ? Peut-être étaient-elles de la même famille ? Ni l’une ni l’autre ne lui avait jamais parlé de leurs proches. Avaient-elles déjà parlé de lui ? Était-ce pour cette raison que Murphy était là, parce que Thaïs l’avait sciemment envoyée dans la gueule du loup ? Il ne pouvait pas y croire. Elle était trop secrète, comme lui. Il se souvenait encore de son regard quand l’autre Skaikru avait surgi des bois, en ayant tout entendu. Réalisant soudain que tout ça était vain et stupide, il finit par ajouter plus distant : « Tu dois rentrer. Il fait très froid. J’écris plus tard à Thaïs. » Il leva ses yeux ambrés vers elle. Même affaiblie, étoile fragile dans un climat difficile, elle dégageait quelque chose. Elle avait beau être en colère, montrer par tous les moyens qu’elle le détestait, elle évoquait encore de lointains souvenirs qui n’avaient rien à voir avec ce dédain qu’ils se vouaient mutuellement. Son corps démontrait qu’il n’avait rien à faire d’elle, mais ses entrailles brûlaient de lui hurler le contraire. Si son regard affichait la neutralité, le picotement qu’il ressentait dans les doigts le flagellait de se sentir aussi frustré. Il n’y avait rien à faire.

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Sujet: Re: Escaping shores of lunacy (Isphy)
Hier à 1:26



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Murphy Cavendish & Isdès Hakantarr
(16 novembre 2117)


Si elle s'était douté un seul instant de l'identité de ce Terrien dont Thaïs vantait tant les mérites, est-ce que Murphy aurait fait le déplacement ? C'était une question qui la tiraillait alors qu'il se dressait maintenant face à elle, dans toute cette fierté qui lui était propre, teintée cette fois d'une inquiétude qu'elle ne lui connaissait pas. Il devait vraiment tenir à Thaïs. Tout le monde tenait à Thaïs, de toute façon. Tous les humains qui passaient un peu de temps avec elle succombaient à son sourire et son tempérament de feu. Est-ce que ça faisait d'Isdès un humain pour autant ? Probablement pas. A Isdès, on avait probablement arraché le palpitant quand il était enfant. Ce qu'elle avait senti tambouriner si fort sous sa peau n'était qu'une de ces machines mystiques qui servent à raccommoder ceux qui en ont besoin. Un humain n'aurait pas tenu le discours qu'il avait tenu au début de l'automne. C'était là tout le mur d'incompréhension auquel elle faisait face : Thaïs et Isdès, comment était-ce possible ? Posait-il sur la jeune fille le même regard dédaigneux que sur elle ? Est-ce qu'il se considérait supérieur à elle comme il se considérait supérieur à Murphy ? Ou peut-être que ce traitement lui avait été réservé depuis le début. Qu'est-ce que Thaïs pouvait trouver à un homme aussi secret et taciturne, où avait-elle pu trouver ces qualités qu'elle n'avait eu de cesse d'énumérer à Murphy dès que celle-ci s'était proposée pour délivrer le message de son absence ?

Sa présence broyait ses entrailles. Dans son esprit se répétaient des scènes au langage indécent, et puis des mots caustiques nourris de sous-entendus qui glaçaient le sang. Elle se rappelait que c'était probablement tout ce qu'elle avait été pour lui, une semaine insolente au cœur d'un printemps bourgeonnant. Le froid et l'hiver les avaient rattrapés pour de bon. Elle retrouvait face à elle l'Isdès des cavernes, celui qui, emmitouflé sous toutes ses fourrures qu'elle enviait, la toisait. Elle le vomissait, ce regard-là, celui de l'envahi frustré des nouvelles arrivées, de la comète qui l'avait arraché au confort de sa vie d'antan. A croire que tout avait été oublié; la rencontre des deux mondes au cœur des montagnes luxuriantes, les douces caresses au réveil et les étreintes qui appelaient au sommeil. Les images qui lui revenaient semblaient appartenir à un autre temps et à un autre monde, qui étaient nés de leur premier baiser sous cette cascade et s'étaient effondrés un mois après, dans la caverne aux lueurs bleues, après une unique retrouvaille. Peut-être même qu'ils n'avaient existé que pendant une semaine, en fait, que le poing que l'Athna avait serré sous son tee-shirt avant la séparation avait été le premier présage d'une ruine à venir, d'un hiver inévitable. Elle frissonna une seconde en repensant à ce contact d'autrefois et son regard se posa une seconde et malgré elle sur le visage d'Isdès. Est-ce qu'il pouvait lire dans ses prunelles mordorées tous les souvenirs du printemps ? Dans le doute, elle préféra à nouveau chercher les vagues qui roulaient sur les galets. Qu'il lise cette lettre; il était grand temps de mettre fin à cette rencontre accidentelle qui indisposait les deux parties.

Lorsqu'enfin il s'approcha de la pierre que Murphy avait élue pour protéger et porter le message, la brune s'éloigna. C'était un réflexe de survie étrange que de s'éloigner de quelqu'un de qui on avait pu être si proche, et ce n'était pas la peur qui guidait ses pas. C'était l'orgueil de la femme blessée. Elle n'avait plus rien à lui accorder, si ce n'était cette lettre qui l'avait piégée ici. Ses prunelles retrouvèrent à nouveau l'homme lorsqu'elle fût sûre de ne pas croiser les siennes. Il lisait vite, fronçait les sourcils. Il s'inquiétait et elle pouvait le sentir dans ses gestes et ses expressions, comme si elle le connaissait par cœur. Sa peau respirait encore le soleil de l'été et elle se surprit à l'envier, cet été-là -ou peut-être Isdès qui le portait toujours avec lui. Elle se sentait gelée, elle, et encore plus maintenant qu'il était là, comme s'il lui arrachait toute son énergie et le peu de chaleur qu'elle avait réussi à conserver jusque-là. C'était un pouvoir magnétique, ou une de ces forces que les règles de l'univers elles-mêmes ne pouvaient pas expliquer. Comment une seule personne pouvait vous voler tout ce qui fait de vous la personne que vous êtes et tout ce qui vous ancre dans votre réalité ? Il lui volait sa chaleur parce qu'il y avait eu le droit tant de fois que c'en était devenu irrévérencieux. Elle connaissait le chemin, maintenant. Murphy ne l'avait jamais vu les cheveux détachés, pensa-t-elle bêtement. Elle était aussi impertinente que lui, sa chevelure, à voler dans tous les sens en ignorant la peine qu'il aurait probablement à les démêler plus tard pour tenter de les tresser à nouveau. Perdue dans ses pensées, elle remarqua à peine qu'il avait fini de lettre la lettre et s'appuya sur une jambe, une main à la taille, pour le toiser. « Toujours ? » La douleur lui rappela qu'elle devait compter ses mots, et c'était un exercice bien difficile que d'avoir à le faire face à un tel adversaire. Impuissante face à tous les arguments qu'elle ne pouvait apporter à sa défense, elle leva les bras et les yeux au ciel et soupira avant de tousser, la trachée saisie par le froid de l'air. Au moins t'as ta putain de lettre, crevait-elle de lui dire. J'ai fait l'oiseau messager, tu pourrais me remercier. « Je transmettrai. » Ce fût la réponse la plus brève à laquelle elle parvint mais ce n'était pas l'envie qui lui manquait de le noyer sous toutes les autres remarques qui grouillaient le long de ses neurones. Egalité des traitements, pensait-elle. Ce qu'il lui reprochait, il le reprochait aussi à Thaïs. Peut-être que ça allait le forcer à se calmer, s'il était aussi humain avec la jeune fille qu'il était inhumain avec elle.

C'était le temps de la conclusion, alors. Ils n'avaient plus rien à se dire, et de toute façon, elle ne pouvait plus rien dire. S'ils n'étaient plus armés des mots, alors que leur restait-il ? Le reste avait été abandonné aux montagnes d'Isdès. Une part d'elle se félicitait d'avoir apposé dans la pierre une marque qu'il ne pourrait jamais oublier. Elle se remémorait parfois ce qu'il lui avait dit, ce besoin viscéral qu'il avait exprimé de ne plus jamais remettre les pieds là où elle avait été, et elle triomphait en pensant à l'empreinte qu'elle avait dû laisser là-bas, dans tous les lieux qu'ils avaient fréquentés. Elle voulait l'avoir marqué comme il l'avait marquée de cette encre indélébile qui s'échappait de chacun de ses pores, du regard vert dans lequel elle s'était tant noyée, du sourire rare qui avait le pouvoir d'illuminer tout un monde, de ses gestes conquérants qui avaient reflété tout ce qu'il avait pu penser d'elle. « Oui. » Elle planta son regard dans le sien, défiante. « Et quand je la remercie, je couche pas avec elle non plus. » Sa voix l'avait abandonnée plusieurs fois pendant la brève phrase et elle se demanda un instant s'il arriverait à lire sur ses lèvres ce que ses cordes vocales n'avaient pas réussi à exprimer, mais conclut bien rapidement que ça lui importait peu -ou que ça ne devait pas lui importer.

Elle grogna à peine distinctement quand il tenta de conclure l'échange. Donc elle avait subi sa présence pour rien, en plus ? « Maintenant. » Elle désigna la poche dans laquelle il avait glissé la lettre de Thaïs d'un mouvement du menton qui le dévoila à l'air glacé. Elle comptait revenir avec une réponse d'Isdès à donner à Thaïs. Par une de ses pirouettes qu'elle ne comprenait pas, il parviendrait certainement, en quelques mots, à lui arracher un de ces sourires qui réchauffaient le cœur. Qu'il lui prouve qu'il était humain, tiens, elle le mettait au défi. Elle se racla la gorge avec l'espoir de redonner à sa voix un regain de confiance et de combustible. « Je dois me réchauffer avant de repartir. Écris. » Elle le laissa planté là et fit demi-tour dans les galets qui la déséquilibraient. Elle déposa son sac à l'orée du bois pour aller y chercher quelques petites branches mortes qu'elle installa à côté de sa besace, encadrées de quelques galets choisis aléatoirement. Elle se laissa tomber genoux à terre, face à l'étendue d'eau, et ôta à la hâte ses gants pour sortir son petit nécessaire à feu. Elle frotta pyrite et silex, les doigts gelés par le contact des pierres et le vent dont les avaient à peu près protégés les gants jusque-là, tremblant de tout son être. L'air marin apportait l'humidité et le bois, même celui qu'elle était allée chercher une dizaine de mètres à l'intérieur de la forêt, était moite. Aucune braise ne semblait encore décidée à en prendre possession. Du coin de l’œil et malgré toute sa détermination à ne pas le faire, elle guettait la présence d'Isdès, s'assurait discrètement qu'il ne prenait pas la poudre d'escampette. Parce qu'en fait, si elle avait su que c'était jusqu'à Isdès qu'elle escortait cette petite note, elle le savait, Murphy... elle aurait fait le déplacement.

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Escaping shores of lunacy (Isphy)

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