Partagez | 
 

˜˜˜˜˜˜dessine-moi le sud (JASON)
maybe life should be about more than just surviving


avatar
13/06/2017 apy. 258 zenhya katava. Ibeyi (avatar) anaëlle. (signature) esclave, attrape-nigaud, prêtresse de superstitions gâteuses. 14


Sujet: dessine-moi le sud (JASON)
Sam 14 Oct - 23:18

Brouhaha du monde. Ruche bourdonnante. Cité vivante contre la vente humaine refoulée; Elle devrait s'y habituer, Dyani. Elle vivait cela depuis plus d'un an, sûrement. La conscience du temps, elle ne l'a pas. Pourquoi, quand on n'a pas la liberté de le vivre comme on veut ? Pourtant elle ne le regrette pas. Qu'aurait-elle pu faire, si elle n'avait pas vécu cette vie ? ça devait arriver, c'était son destin; et les esprits savent qu'il ne se décide pas, qu'on ne le contrôle pas. Encore moins une enfant de pas encore quinze ans. «T'as finis ? Y'a des clients gamine, j'veux bien être sympa, mais dépêches toi j'vais pas le rester. » La voix de son maître est ferme; la jeune brune se redresse, son besoin humain assouvit. Elle replace quelques mèches de ses cheveux lisses et ébouriffés derrière ses oreilles avant de tâtonner les murs de la baraque de terre pour se frayer un chemin en direction de la petite pièce étriquée, et dans laquelle elle se sent autant prise au piège qu'en sécurité, qu'est la sienne. Elle frôle son maître, qu'elle sent son parfum, un frisson glacé parcourt son corps frêle.

~ ~ ~

Elle le connaît, maintenant, ce bruit infernal qui traverse la cité et les rues commerçantes, tous les jours, sans aucune exception. Elle s'y est habitué, il en est devenu familier, presque trop, après dix ans. Qu'était la vie de la Biche, sans ce chant dissonant de la ville du désert ? Elle n'en savait plus rien. Que serait sa vie, sans lui ? Elle n'en savait rien non plus. Un comble, pour celle qui est censée prédire l'avenir, si elle ne peut même pas connaître son propre futur. Pourtant, c'est plus facile de le faire pour les autres que pour soit; elle n'est pas objective, avec elle même. Elle ne sait même pas quels sont ses désirs pour plus tard. Elle ne sait même pas si elle quittera un jour cette ville qui l'a accueilli plus ou moins contre sa volonté. Son regard vide donne l'impression de fixer l’extérieur de la baraque de son maître; comme si elle maudissait tout ceux qui passaient devant. Et pourtant, elle sait seulement que des centaines de personnes piétinent devant la petite maison devenu un commerce attirant pour les touristes assoiffés de conneries. « Bonjour Dyani. » Le visage de la jeune femme s'illumine en reconnaissant la voix de son interlocuteur. « Monsieur Krozäl, bonjour. Que faites-vous ici ? » Un ami de son maître qui venait la voir souvent. Il croyait en ses prédictions, c'est lui qui a donné de l'importance au commerce intriguant du maître de la brune. Son septième sens avait toujours raison, avec cet homme. Était-ce grâce aux bonnes ondes qu'il transmettait à l'aveugle ? Elle aimait sentir la présence du vieux Rahjak, dont elle ressentait le sourire qui se reflétait sur le visage parfois terne de la Biche. « Tes jolis yeux me manquaient, et je venais voir Yëan. » Krozäl faisait souvent affaire avec le maître de Dyani. Elle ne savait pas de quoi ils traitaient, et elle n'avait pas à le savoir. Elle n'était qu'une esclave, elle n'était pas concernée. Pourtant elle sentait qu'il y avait quelque chose d'important derrière ça. Lorsqu'ils traitaient, son maître et Krozäl sortaient toujours. Longtemps. Parfois même jusqu'à la tombée de la nuit. Dyani était alors livrée à elle même, ou plutôt, livrée à la baraque de terre cuite. Elle avait souvent essayer d'entendre, quelques bribes de phrases, sans réussir. Les deux hommes étaient discrets, tellement que même l'ouïe affûtée de l'aveugle ne pouvait percer leur secret. « Il est à l'intérieur, je vais devoir fermer ? » Sa voix trahissait son ennui face à cette question qui était plus une affirmation polie qu'une réelle question. Elle n'aimait pas rester seule dans la maison; elle ne pouvait pas sortir, était résolue à rester à l'intérieur, seule, à devoir s'occuper du ménage sans savoir ce qui était sale et ce qui ne l'était pas, et à donc nettoyer tout ce qui se trouvait à l'intérieur. « Malheureusement oui, mais ça ne serait l'histoire que de quelques heures, tu retrouveras ton maître bien assez tôt. » Elle sourit, timidement puis se leva pour faire pivoter la pancarte du commerce, annonçant la fermeture journalière.

Les poils rêches du balais frottaient le sol probablement immaculé  de la "salle de réception". Là où les clients venaient, s'asseyaient, et croyaient aux sottises qui sortaient de la bouche rosée de l'aveugle. Pourtant, ces sottises s'avéraient parfois vraies; ou du moins, se rapprochaient d'une certaine vérité. Et alors qu'elle repensait à ces fois où ses prédictions avaient su trouver bon receveur, elle entendit un sifflement familier. Un air de rien qui signifiait beaucoup pour elle. Un air de tout qui n'avait pas atteint ses oreilles depuis plusieurs semaines, si ce n'était dire des mois. Elle s'empressa d'aller poser son balais à l'endroit habituel, en prenant soin de ne trébucher sur rien, puis de rejoindre une fenêtre qui donnait sur l'arrière rue, pour l'ouvrir. Il entrerait par là, le temps qu'elle trouve ce avec quoi elle se couvrait, pour sortir. Car ils sortaient toujours, lorsqu'il venait la chercher. Du moins, elle espérait qu'ils sortiraient, aujourd'hui. Et qu'il ne passait juste pas pour dire bonjour. Seulement, ça ne ressemblait pas au pirate, qui devait avoir beaucoup de choses à raconter à la Biche égarée.


Dernière édition par Dyani Ånd le Ven 24 Nov - 23:59, édité 1 fois

avatar
04/05/2017 Anticarde 311 Adam Driver Apy ♥ (avatar) - Soldat Louis (citation signe) - Tumblr (Gifs) Second et maître artilleur du Moissonneur. (Combat spécialité explosifs, navigation) 0
Percussionniste du Chaos


Sujet: Re: dessine-moi le sud (JASON)
Dim 15 Oct - 4:31

Il ne peut que se sentir Roi, dans pareil tumulte. Cette effervescence bouillonnante lui rappelle un peu l'océan, les jours de tempête. Il n'y a peut-être pas de vagues gigantesques, mais la foule se comporte comme une masse aqueuse, accueille des roulis et des jetées. Il n'y a peut-être pas le mugissement des vagues, mais ça et là bêlent et caquettent des animaux dans leurs clapets, glosent et chuchotent des groupes de femmes dans leurs taffetas criards, s'époumonent les marchands et les bonimenteurs. Il n'y a peut-être pas le sel, mais il y a la poussière qui colle aux culottes lâches des orphelins, et les épices qui piquent les naseaux. Un instant, un éclat de voix cristallise les attentions alentours. On croirait un homme que l'on surine. Mais quand les badauds découvrent qu'il n'est là qu'un étranger, aux prises avec son en-cas rudement épicé, on hausse les épaules et on peste. Avec circonspection, Jason hume l'espèce de galette artisanale que lui a refourgué un sympathique marmiton à la langue bien pendue, sentant quelque terrible poivre lui enflammer les muqueuses. Il éternue à nouveau, effrayant une dame de bonne famille. Mais qui peut bien ingurgiter ce truc ? Les Rahjaks doivent avoir de véritables gésiers de dragons, pour déglutir cet arrache-gueule sans suer toute leur eau.

Sans préavis, le Pirate balance son en-cas par dessus son épaule, aussi concerné que s'il poussait un prisonnier sur la planche. Si les miliciens ne le prennent pas en chasse, c'est que la foule grouille, ce jour de marché. Pour Jason, nul besoin de jouer des coudes pour se frayer un passage. Ses épaules râblées dissuadent. Son regard d'aigrefin navigue toute voile dehors, sans rencontrer d'obstacle. D'un pas énergique, il fend la multitude avec autant d'agilité que s'il y avait appris à marcher. Il fait mine de s'appesantir sur une collection de stylets orientales, gravés de calligraphies onduleuses, pour mieux subtiliser sur l'étal voisin une brochette de melon canari. Il échange quelques gauloiseries avec des femmes de petites vertus, se promettant d'aller les visiter plus tard, plaisante avec des marchands égrillards, laisse courir ses prunelles sur les enseignes des commerces et des amusoirs.

"La bonne aventure, vraiment ?" Songe t-il à haute voix, un brin perplexe, tout en avalant une portion juteuse de fruit qui achoppe ses consonnes. "Hey ! C'est vrai, ce qu'elle dégoise la petite ? Elle prédit quoi ?" Demande le Pirate à la criée, accostant le premier à la ronde qui lui semble sympathique, soit un petit homme ramassé et passablement éméché. Crasseux et chenu, il semble un enfant de la disgrâce.
"Ahh... elle prédit l'Avenir, mon gars ! Elle peut savoir si ta carrière sera prospère, si tes enfants réussiront, si ta femme te sera fidèle, si tes ambitions seront couronnées de succès !"
Jason roule des yeux à l’énonciation de ces prédictions, guère palpitantes. "Ah... Mais moi, j'ai rien de tout ça. Pas de bouches à nourrir, pas de travail abrutissant, les dieux m'en préservent. Elle ne peut pas entrevoir quelque chose d'utile, plutôt ? Par exemple où se terrent de jolis magots ?"
"Hinhinhin... Ce ne sont pas ce genre de visions... Ce sont des visions mystiques... des visions divines, qu'elle arrache aux constellations... Elle pourrait... je ne sais pas moi... te prédire la façon dont tu vas y passer, par exemple !"
"Je le sais déjà." Le coupe Jason, haussant ses larges épaules.
"Personne ne le sait. Sauf elle." Renchérit le vieux fou.
"Non, je le sais."

Le vieillard se lance alors à corps perdu dans un interminable monologue entrecoupé de hoquets avinés. Il  fustige l'impertinence de Jason, la toute puissance des mystères, tant de choses qui amusent l'impie Pirate. S'il croit en l'existence de créatures suprêmes et anciennes, qui sommeillent dans les astres comme dans les abîmes des mers noires, il ne sait que se moquer de ces charlots qui prétendent avoir percé les secrets. A ses yeux, cela ressemble à un amusant mercantilisme. Mais le maître-artilleur est bon joueur. Il raffole de toute sorte de divertissement. Alors, se dérobant à l'haleine drue du bougre dont il a perdu le fil du discours, il cède à la curiosité. Pousse la tenture légère. Entre dans la baraque à l'espace étriqué, à la lumière tamisée. Les murs sont de misérables cloisons dressées à la diable, et pourtant il règne dans cet espace clos un calme religieux. On se croirait dans une bulle, dans un monde suspendu, dans une sphère de verre. La fureur de la foule lui parvient lointaine, tout en écho traînants et en stridences ouatées. Géant, avoisinant les deux mètres, Jason doit tordre la nuque pour ne pas accrocher quelques guirlandes de bric et de broc. De l'autre coté de la pièce siège une minuscule fillette à la peau d'Opaline, aux yeux hagards. En s'approchant, l'artificier réalise qu'il s'est trompé. Nulle sidération ne balaye son esprit. Ce sont ses yeux, seulement ses yeux. Remplis de brumes laiteuses, de pâleurs bleutées, de fantômes alanguis. Il s'assied devant elle, non sans avoir scruté chaque détail de son décorum. Non sans l'avoir scruté elle, dans toute sa vulnérabilité. Ce n'est qu'une gamine. C'est étrange, et assez amusant, de s'asseoir de manière aussi solennelle face à une morveuse dont les cervicales pourraient lui servir d'osselets.

"Salut, devineresse !" Prélude t-il de sa voix puissante, non sans laisser filtrer une inflexion amusée. Sa voix est une ode au défi, au jeu, à la vie. Sa voix est celle de l'âme téméraire, de l'âme idiote. Sa voix raconte qu'il n'a peur de rien, qu'il brave, rit et se moque de toutes les croyances, de toutes les superstitions, de toutes les rumeurs du monde. La voix d'un effronté. D'un déserteur. D'un ennemi de la civilisation. D'un pirate. "J'aimerais bien savoir comment je vais mourir." Le bruit de ses phalanges qui pianotent impatiemment la surface de la table basse. Incapable de rester en place. "... Même si je t'avoue que j'ai déjà ma petite idée sur la question !" Dans son silence, on devine un sourire repu, carnassier. Comme s'il était prédateur. Que la vie était sa proie. Penchant la tête de coté, il revêt un air ingénu qui dépareille terriblement, sur ses traits tannés par le vent, par le sel et le sang. Il s'offre la gourmandise de quelques sarcasmes, néanmoins dépourvus de pointes ou d'arêtes. Il ne cherche pas à l'offenser, ni à la blesser. Il est simplement curieux. Terriblement intrigué par le spectacle de cette prophétesse au visage de poupée. "Comment tu t'y prends, alors ? Tu lis dans les lignes de la main, dans les feuilles de thé ? Dans les entrailles d'un poulet ? Qu'est ce qu'il te faut, à part de jolies pièces étincelantes ?"

*
* *

Il pourrait trouver son chemin les yeux bandés. Tant de fois n'a t-il pas arpenté ces ruelles exiguës, n'a t-il pas emprunté les mêmes raccourcis, passant par des terrasses rupines, surmontées de poteries peintes et de tonnelles aux lilas dégoulinants, puis se faufilant entre le linge à sécher, le long d'interminables fils, pour enfin goûter à l'ombre bleue et moite, qui emplit les venelles étranglées de quelque dédale. De son pas fringant, il escalade et cavale, il se glisse et surgit, il s'évanouit puis réapparaît quelques arpents plus loin, véritable passe-muraille, rat, chat errant, acrobate.

Récemment, l'équipage du Moissonneur au grand complet a posé le coutelas aux portes de la Cité dans le Désert. Chacun y a pris ses petites habitudes, a choisi son lupanar favori, a développé son réseau de contrebande. Ayant un passif plus qu'animé avec certaines figures de proue de l'aristocratie Rahjak, le maître-artilleur, de son coté, a appris à disparaître lors de ces étapes cruciales. Pour lui, plus question de fréquenter les grandes enseignes dont la réputation mord allègrement les frontières, plus question de faire la promenade le long de larges allées pavées qui ceinturent la place palatiale. Non. La discrétion est de mise. Les quelques amitiés qu'il a tissées comptent de nombreux malfrats et indigents des quartiers les plus interlopes de la Cité. Quand il n'écume pas toutes les maisons de jeux de la ville où il dilapide dans la liesse générale ses fraîches finances, quand il ne s'oublie pas un instant dans quelque bordel modeste, quand il ne roule pas des mécaniques en compagnie de mercenaires et de vide-gousset de tout poils, Jason vient ici. Dans une arrière cours esseulée, fraîchie par le soir. Devant la façade décrépite d'une vieille bâtisse en pisé. Il s'approche de la fenêtre, fredonnant une chanson à boire, à la gloire de Neptune et des frères de la Côte. Et puis, adossé contre le mur, il se tait tandis qu'elle vient lui ouvrir la fenêtre. Il aime la simplicité de cet instant qui se répète inlassablement, les années filant. Les lèvres closes, dans une discrétion qui fait l'apanage des animaux nocturnes, il se glisse dans la chambre où la petite oracle s'affaire. Si ce n'était le cliquetis des explosifs qui pendent à son ceinturon, en tant de petites sphères de verre ou de coquillage, si ce n'était le rugissement de ses artères puissantes, qui résonnera distinctement aux ouïes perçantes de Dyani, nul son ne trahit sa présence. Ses muscles de contorsionniste et son amorti de chat lui offrent de mouvoir sa grande carcasse sans éveiller la plus petite onde, à terre. Comme il aime, il s'assoie à même la table et l'observe tâtonner dans l'espace. Lentement, ses doigts se mettent à pianoter sur le bois de la table, comme la première fois qu'ils se sont rencontrés. Comme si demeurer parfaitement immobile lui était profondément insupportable. Il a du feu, dans le sang. Il a de l'électricité, dans les veines et dans les nerfs. Il a une musique intarissable, dans la moelle de ses os. Du vacarme, dans chaque cellule.

"Tu m'as manqué." Finit-il par dire, écrasant le silence au moyen d'un murmure. De son dos, à la façon d'un magicien qui tirerait de son chapeau quelque artefact inattendu, Jason extrait un petit paquet maladroitement emballé. Une forme sphérique, dentée de reliefs improbables. "Je t'ai ramené un cadeau ! Je ne sais pas si ça te plaira... Je me suis longtemps demandé à quoi ça pouvait servir avant qu'une bonne âme n'éclaire ma lanterne. Mais toi, je suis persuadé que tu devineras."

Et il pose fermement l'objet juste à coté de lui, de façon à ce qu'un heurt distinct naisse de la collision. Il a appris qu'il s'agissait d'une petite sphère armillaire, en soit et de prime abord, un embrouillamini de petits cerceaux d'argents qui décriraient les orbites de plusieurs étoiles, ce qui le laisse aussi perplexe que songeur. Une chose est sûre, Dyani saura considérer cet étrange objet serti de gemmes moirées avec bien plus d'égards que lui. Et puis cela ira bien, à la mystique qu'elle peut être, de posséder cette antique curiosité, songe t-il. A l'exception des infimes tressauts impatients qui le piquent à la façon d'aiguilles minuscules, symptômes de son hyperactivité lancinante, l'artilleur s'astreint à rester tranquille. Afin qu'elle prenne conscience de sa présence. Afin qu'elle prenne le temps de le situer, dans son espace, dans l'épais brouillard qui régit son univers. Il ne la brusque jamais, rarement. Jamais volontairement.

"J'ai vu que Yëan s'était absenté ?" Ajoute t-il. Question faussement innocente, alors qu'au dehors, la rumeur vespérale de la Cité s'ébroue.

avatar
13/06/2017 apy. 258 zenhya katava. Ibeyi (avatar) anaëlle. (signature) esclave, attrape-nigaud, prêtresse de superstitions gâteuses. 14


Sujet: Re: dessine-moi le sud (JASON)
Sam 25 Nov - 2:27

Elle n'avait jamais fait ça, avant d'être arrachée aux mains de la liberté; prédire l'avenir. Quand bien même, était-ce possible ? Et puis elle avait apprit. Elle avait ressenti. Elle avait écouté. Et elle avait déblatéré tout ce qui lui passait par la tête. Elle débutait par de petites prédictions, des phrases incompréhensibles que les clients cherchaient à déchiffrer. Son maître disait toujours de dire ce que les clients voulaient entendre. Alors la brune écoutait leurs voix, ressentait leur présence, devinait leur aura, et disait de ces choses qu'on pouvait interpréter de nombreuses manières. C'était compréhensible à qui pensait comprendre, selon elle. Et ça fonctionnait, plus ou moins. Assise sur un coussin duveteux, l'enfant prit une grande inspiration. Elle s'imprégna des odeurs de sa grotte, son antre. Celles de la roche chaude, qui la faisait frissonner, de la poussière de sable qui s’immisçait sous le vieux rideau usé et venait chatouiller ses narines sensibles. La brune entendit cliqueter les bibelots accrochés au plafond, et sentit un courant d'air, trop faible pour être le vent. Le bruissement du rideau qui permettait de couper le contact entre l'extérieur et l'antre de la "prêtresse" vînt faire frissonner ses oreilles. Elle avala sa salive, une présence imposante était entrée, elle le sentait. Sans savoir cependant si elle était imposante par son aura ou par son physique. Ou bien était-ce seulement possible de posséder les deux ? Un souffle, puis une inspiration. Elle sentait une nouvelle odeur. De sel, de sueur. Une odeur d'air, d'un bon air. Une odeur fraîche, qui amène la nouveauté. Une odeur forte, mais loin d'être  désagréable. Une odeur qui paraissait flotter dans la grotte comme si c'était là qu'elle devait être. Elle s'était répartie dans l'antre, avec la chaleur et le courant d'air, sans pour autant inonder les jeunes nasaux de la biche. Elle le savait observer l'endroit où il se trouvait, et bien que son odeur semblait avoir trouvé l'harmonie parfaite avec le lieu, l'homme la possédant n'avait cependant aucune réelle idée de ce qu'il faisait ici. Encore un touriste, trop curieux ? La curiosité, Dyani elle l'avait. Dyani elle était intriguée de savoir ce qu'il voulait, ce qu'il faisait. Elle sentait quelque chose dans sa personne. Quelque chose de particulier. Quelque chose qui faisait battre son cœur un peu plus vite, par angoisse d'être effrayée par la présence écrasante de l'homme. Elle sentait quelque chose de différent dans l'homme qui se tenait face à elle. Il y avait cette question qui trottait dans la tête de la jeune fille, et à laquelle elle ne pouvait répondre. pourquoi ais-je l'impression qu'il sourit ? Rien ne pourrait jamais lui confirmer cette intuition. Rien à part les paroles de cet homme mystérieux à l'odeur iodée.

Elle entend le corps de l'homme se poser sans aucune délicatesse sur le coussin à l'intention des visiteurs. Peut-être n'est-il pas suffisamment grand pour accueillir l'homme dont elle ne sait rien à par l'odeur, peu commune dans cette ville. « Je suis Dyani. » dit l'enfant en guise de présentation « Je saurais tout ce que vous désirez savoir sur votre existence à venir.» Elle répète, encore, toujours, la même phrase. Cette phrase qui vient, à ces nouveaux clients. Qui se modifie, à ceux qui reviennent. Et qui n'existe plus aux habitués. Un rictus s'affiche sur la mine innocente de l'enfant. La mort, est-ce donc la seule chose qui intéresse l'homme à la voix profonde ? Elle s'imagine un homme derrière cette voix. Grand, autant qu'un ours, ou trop pour entrer sans se cogner dans un endroit étroit. La voûte de son antre était-elle petite à ce point ? Elle l'imagine être un voyageur, sans logis stable, vagabondant, jouant pour gagner sa vie, gagnant en trichant sans être jamais prit. Elle l'imagine venir à la cité pour son marché, pour ses femmes, pour son monde. Elle l'imagine tenter sa chance dans les allées sombres où se trafiquent les choses que son maître met en place, sans grande victoire cependant, mais qui recommencera, qui osera. Il a de ces voix qui rend fou les hommes aux avis trop tranchés. Ce ton qui prône la différence, s'en vente. La touche de fierté à la fin de ses mots. Et cette insolence harmonieuse. Il savait, il avait l'air de tout savoir. Il le disait, mais Dyani le sentais dans sa voix. Il savait des choses, conaissait un monde dont elle n'avait aucune idée. L'odeur de sel de son corps devait en faire partie. Il conaissait la mer. La côtoyait. L'épousait ? « Est-ce là la seule envie que vous ayez ? Connaître la manière dont votre vie se terminera ? Alors que tant de choses vous attendent, en dehors de cette battisse, si vous reprenez la mer. » Perdre un client n'avait pas d'importance; que son maître l'entende ou non n'en avait pas non plus. Elle rêvait d’étendue aquatique, de sentir à nouveau la brise de la forêt sur son visage, de sentir le vent des côtes dans ses cheveux bruns. Il pouvait le faire. Elle le savait, elle le ressentait. Pourquoi venir à la cité, quand il y avait tant d'autre chose à voir à l’extérieur ? « Je vais cependant répondre à votre question, avant que vous ne répondiez aux miennes.. Je ne vois pas pourquoi vous parlez de poulet, le lignes de mains, ou je ne sais trop quoi. Votre présence me suffit. Votre être vous trahit sur ce que vous êtes, et ce que vous serez.»

~ ~ ~

Elle savait le reconnaître, le son de son sifflement était un premier indice sur la personnalité de son interlocuteur, mais c'est la mélodie que son être faisait qui persuadait Dyani de son identité. Le frottement de ses habits contre les murs, la manière dont il avait de rentrer dans la bâtisse, bien que ce soit par de si petites fenêtres. Le souffle court et actif, qui montrait l'impossibilité qu'il avait de s'arrêter de s'agiter, son trépignement intérieur qui bouillait. L'aura de son pirate montrait sa présence, aussi. Elle sentait l'essence même de l'homme qui se tenait devant elle, l'entité qu'il était à ses yeux brumeux. Il prenait la place qui lui était attribuée, embaumant la pièce de son odeur iodée, familière à l'ancienne Naori. Elle était si heureuse qu'elle ne pouvait s'empêcher de s'activer de se préparer à sortir, ne détachant pas le sourire collé sur ses lèvres. « Je ne savais pas si tu reviendrais. » Elle avoua finalement, après qu'il ait brisé le silence des retrouvailles. Elle n'avais jamais su parler en première avec Jason, Dyani. Pas qu'elle n'osait pas; elle n'en ressentait pas le besoin. Elle pourrait rester des heures à ne rien dire, juste à le sentir là, près d'elle. Sa simple présence la rassurait, la protégeait. Elle s'approche de lui et pose ses doigts fins sur les traits du marin. Ils dévalaient les os couverts par la peau saillante de ses pommettes, brisées par quelques cicatrices bénignes, et dont elle ne s'inquiétait jamais, vinrent redécouvrir l'arrête du nez, toujours plus de travers, de son pirate sans peurs, avant de retrouver la barbe, trop peu taillée et dont les poils rugueux semblaient la réconforter dans la présence réelle de Jason. Il était en vie, devant elle, et en aussi bonne santé que s'il n'était jamais parti. « Es-tu vraiment un pirate naviguant et te battant en mer ou me l'aurais-tu fais croire depuis le début ? » Sa voix est calme, posée, elle sourit, faussement indignée de son état. Alors il sortit ce qu'elle n'attendait pas, mais avait toujours, une preuve qu'il avait pensé à elle, qu'il ne l'avait pas oubliée. « Je n'en demande pas tant ! Tu n'aurais pas dû. » Elle entend le bruit du paquet se poser, un petit bruit sourd, suffisant pour qu'elle le distingue, et elle s'en saisit dans un froissement discret, son cœur s’accéléra alors qu'elle déballait la merveille qu'il avait trouvé. Les doigts frêles de la brune tremblaient légèrement quand elle frôlait les reliefs fins de l'objet. La sphère était sculptée de détails tellement précis qu'elle mettrait des jours avant de connaître l'objet par cœur. Ses ongles touchaient les cerceaux d'une délicatesse sans nom, les faisant tourner et encore tourner. Sa peau effleurait les pierres qui occupaient l'objet de parts et d'autres, et elle reconnut la disposition de certaines étoiles, dont on lui avait parlé. Elle n'avait jamais pu voir, jamais pu comprendre réellement, mettre une place, physique, un espace, sur ce qu'on lui avait dit dans son enfance. Désormais elle pourrait. Elle lève son visage rayonnant vers Jason. « Je l'adore ! Il est magnifique ! Tellement fin... Où as-tu trouvé ça ? ça doit être tellement rare, ou tellement cher... !  » Jason trouvait, il trouvait toujours. Il lui ramenait tellement de choses. Parfois de vieilles perles, sans plus aucune valeur marchande, mais dont l'aura était si forte que Dyani la sentait alors qu'elles étaient dans un sac, bien cachées sous son lit. Et tous les objets que Jason lui ramenaient avait une âme, une histoire. Elle les sentait, dans ses entrailles. Elle ne savait pas exactement de qu'elles histoires il s'agissait, mais elle devinait brièvement. Les objets n'avaient pas la même aura que les humains, ou les animaux. C'était tellement plus compliqué de deviner le passif d'une pièce, d'un meuble. Et pourtant, au touché elle savait qu'une épée avait vaincu plus de feux de guerre qu'une roche d'ouragans. Elle entoura la sphère de ses mains mattes pour l'appuyer contre sa poitrine, et la deviner encore un peu. « Qu'as-tu vu de nouveau ? Qui as-tu rencontré ? Pourquoi cela t'a-t-il prit tant de temps avant de revenir ? J'ai eu peur pour toi, pour le Moissonneur, mais surtout pour toi ! J'ai entendu parler du vent sur les côtes, et des vagues importantes. » Lorsqu'elle en avait l'occasion, elle demandait à ses clients s'ils venaient du continent, s'ils savaient comment allaient les côtes, s'ils avaient entendus parler de bateaux. Ce n'était jamais très concluant, mais elle avait quelques réponses, brèves, parfois; et ça lui suffisait.

Contenu sponsorisé


Sujet: Re: dessine-moi le sud (JASON)

 

dessine-moi le sud (JASON)

Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Créations de Jason
» Dessine moi un arc-en-ciel... [LIBRE]
» Jason Derulo || Wallpaper || Gus' Art'
» Jason Allison
» Prèsentation: Jason Bourne

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
The Hundred :: no one came back :: Le désert :: La cité Rahjak :: Les commerces-