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˜˜˜˜˜˜Long way from home (Nadja)
maybe life should be about more than just surviving


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06/12/2015 Lux Aeterna 30609 Sophia Bush Avengedinchains (vava) ; Oreste (image profil); Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 201


Sujet: Long way from home (Nadja)
Sam 14 Oct - 2:51



❝ Long way from home ❞
Murphy Cavendish & Nadja Wolkoff
(13 octobre 2117)


Cette mésaventure-là la suivait décidément depuis bien longtemps. Elle en avait terminé, lui avait déjà répété Adelaide plusieurs fois, mais sa médecin attitrée n'avait eu de cesse de lui donner rendez-vous sur rendez-vous pour s'assurer de ne commettre aucune erreur dans son diagnostic. Murphy avait pourtant passé l'été à courir ça et là, à aider à la reconstruction des ruines prioritaires, au déménagement puis à la remise sur pied de sa propre maison. Il y avait aussi les échappées belles ou un peu moins belles, les patrouilles qui la menaient plus ou moins loin, la perdaient parfois dans un nouvel environnement dont elle faisait encore la connaissance, les retours vers leur ancien camp pour récupérer quelques babioles, les escapades à la décharge pour faire le plein de nouvelles surprises à offrir. Murphy n'arrêtait pas, encore moins quand elle avait un esprit bouillonnant à faire taire.

Les rencontres avec Adelaide, elle les prenait un peu par-dessus la jambe, les casait là où ses supérieurs lui accordaient un peu de temps et se forçait à ne rien y glisser d'autre, malgré toutes les envies qu'elle avait de repousser ses frontières de ce nouveau terrain de jeu qui s'offrait à elle depuis quelques mois. Elle ne les redoutait pas une seule seconde parce qu'elle se savait plus solide qu'une chute, aussi haute ait-elle pu être, et qu'elle partait du principe que quelque chose de grave l'aurait déjà tuée depuis longtemps. Ces rencontres mensuelles avec son amie n'étaient pourtant jamais brèves, parce qu'elles y trouvaient la plupart du temps l'occasion de se retrouver comme leurs emplois du temps ne le leur permettaient que trop rarement le reste du temps. Parfois, Murphy lui posait quelques questions pour faire plaisir à la médecin qu'elle était, mais jamais elle n'écoutait vraiment ses réponses. Elle lui laissait tout le loisir de faire quelques tests approximatifs, de tester sa mémoire ou sa vivacité, de lui poser toutes les questions médicales qui pouvaient lui faire plaisir, mais elle ne portait pas plus d'intérêt que ça à cette mauvaise et déjà vieille chute. Si elle s'était bien gardée de le dire à quiconque, elle avait testé la stabilité de son état à plusieurs reprises déjà, notamment en sautant d'une cascade de plusieurs mètres. Tant qu'on lui disait que tout allait bien et qu'on ne lui interdisait aucune de ses activités habituelles, tout allait bien pour elle. Elle se félicitait parfois d'avoir chuté en début d'hiver et et en avait d'ailleurs déjà ri avec Addie. Ses escapades estivales avaient été préservées -et tout ce qui avait du arriver cet été était malheureusement arrivé cet été.

Le réveil fut difficile, particulièrement parce que le soleil était déjà son zénith et qu'elle pouvait entendre de son lit l'agitation près des cuisines. Elle détestait les gardes de nuit et puisqu'il le savait, elle se demandait si Richard ne prenait pas maintenant un malin plaisir à lui confier cette tâche ingrate. Elle enfila quelques vêtements mollement et s'allongea de longues minutes pour se laisser le temps d'émerger. Le plafond du dortoir était dégueulasse mais il les protégeait. Antarès n'était pas là, se fit-elle remarquer alors que le bras qu'elle avait laissé tombé hors du lit ne déclenchait aucune agitation aux alentours. Elle était presque seule ici, entendait quelques ronflements de collègues qui avaient du travailler la nuit ou tôt le matin, à la garde ou ailleurs. Assaillie par des pensées parasites qui s'imposaient toujours dans un esprit trop calme, elle se frotta le visage et se rassit sur son lit pour enfiler ses bottines. Elle refit son lit nonchalamment et traîna des pieds jusqu'à l'infirmerie.

C'était incroyablement calme, ici. Murphy poussa une tenture et ne put que constater que l'infirmerie était presque vide. Toute l'agitation qui parvenait de la place à l'extérieur et des cuisines qui accueillaient non loin de là tous les affamés en pause contrastait nettement avec les lieux. Elle fit un pas ou deux, soupira, chercha Adelaide du regard, ne trouva quelques patients endormis dans des lits. Elle s'avança et, encore à moitié endormie, n'eut pas le courage d'appeler son amie. Elle poussait les rideaux les uns après les autres et, agacée, dans un soupir de désespoir ultime, manqua d'en arracher un énième.

Le réveil fut brutal et elle se demanda un instant si elle ne dormait pas encore. La médecin se dressait devant la patrouilleuse comme si c'était la plus simple et évidente des choses. Elle était toujours aussi jolie, Nadja, mais c'était sans doute la première fois depuis des années que Murphy était en mesure de détailler ses traits. Ses expressions avaient marqué son visage d'une façon presque poétique, et elle se surprit à imaginer tout ce qui avait pu les faire naître au fil des années. Murphy la fixa silencieusement sans arriver à trouver les mots, encore perdue dans des considérations vaporeuses, et n'avait toujours pas lâché le rideau. « Salut. Addie est pas là ? » La question était neutre et simple mais la voix encore rauque de la nuit décalée à laquelle elle venait de s'arracher. « On devait se voir vers midi. Je suis en retard ? » Son esprit s'affolait en même temps qu'il essayait de se calmer. Elle était face à une conseillère mais avant tout face à une amie que les années avaient presque rendue de sa famille. Malgré les hauts et les bas, Murphy avait toujours considéré Nadja comme une évidence. Pourtant, elle aurait été incapable d'expliquer l'alerte qui avait brusquement éveillé son cerveau au moment où le rideau s'était tiré sur la silhouette de la médecin. Parce qu'elles ne se connaissaient plus vraiment peut-être, Murphy savait que quelques premiers mots lui coûteraient, qu'ils reviendraient à tâter la température d'une eau avant d'y plonger. Son regard cherchait toujours Adelaide mais aucune trace de leur amie commune. Les seules autres âmes présentes en ces lieux étaient ces pauvres patients endormis. « Si je tombe mal je peux repasser, hein, ça me fera pas de mal de retourner dormir, je suis crevée... » Du pouce, elle désignait les escaliers au loin, ceux qui menaient au dortoir; du regard, elle cherchait un échappatoire à cette situation qu'elle n'avait pas le courage d'affronter aussi tôt après le réveil.

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Sujet: Re: Long way from home (Nadja)
Dim 22 Oct - 1:09

long way from
home


Nadja & Murphy
I'm a long way from home and so all alone. Homesick like I never thought I'd be. I'm a long way from home, everything is wrong.
13 Octobre 2117 ☾ Occupation du corps et de l’esprit. Besogne constant qui n’en est pas vraiment une tant elle est devenue naturelle. Habituelle. Rôle à part entière qui se dessine sous ses phalanges expertes et prend tout son sens en temps de crise. Médecin, chirurgienne d’une communauté qui manque cruellement de moyens. De solutions viables et envisageables pour pallier à la pénurie. Membre du Conseil, encore jeune et novice à côté de ces autres bien plus anciens qu’elle. Bien plus conservateurs. Bien moins réactifs. Une vocation et un devoir qui se complètent. Entrent souvent en conflit. Une fonction qui lui sied mais qu’elle aimerait améliorer, comme les deux scènes d’un même théâtre dont il faut rénover le parquet usé par les années. Des semaines à courir à droite et à gauche, à planifier, organiser, ranger. Quotidien qui s’éternise et se prolonge avant de finalement, s’achever sur une accalmie plus que bienvenue. Il n’y a pas grand chose à ranger quoi qu’il en soit. Elle le déplore. Plus beaucoup de médicaments à répertorier. Plus énormément de matériel à inventorier. Chaque pièce du précieux stock restant délivrée au compte gouttes, pour les cas les plus graves. Les cas les plus rares.

Elle en a longuement discuté avec Adelaïde, de cette problématique imposante et insolvable en l’état. Elles ont longuement parlé. Débattu du meilleur moyen de sortir de cette impasse. Pour le bien de tous, il est absolument nécessaire qu’elles parviennent à trouver un moyen de pallier au manque de médicaments. La pharmacie ne tiendra plus très longtemps et trouver un moyen d’inverser le cours des choses est la nouvelle priorité de la brune. En vérité, elle pens détenir une partie de la solution depuis bien longtemps déjà. Sa mentor est au courant de ses projets. De sa volonté d’aller à l’encontre des autres membres du Conseil. De son désir de se rapprocher des terriens pour apprendre de leurs savoirs en matière de médecine. Rassembler les clans pour survivre. Leur technologie n’a aucune valeur ici, aucune utilité. Ils doivent réapprendre à vivre, à survivre dans ce monde qui leur est inconnu malgré tout. Et surtout, faire avec ce que la nature leur offre. La scientifique en a toujours eu conscience mais il semble qu’elle soit l’une des seules à le comprendre.

Adelaïde en revanche, semble être d’accord avec son élève, la soutenir. Bien que sa parole n’ait plus vraiment de poids depuis qu’elle en fait plus partie du Conseil elle-même, depuis que Nadja a pris sa place. Il lui arrive parfois de penser qu’il aurait mieux valu qu’Addie conserve son siège. Son opinion a certainement plus de valeur que la sienne à l’heure actuelle, malgré le fait qu’on veuille lui faire penser le contraire. Ce matin encore, l’aînée tentait de convaincre la cadette du bien fondé de ses intentions. Elle entend encore la voix convaincue d’Adélaïde qui la pousse à continuer, à ne pas laisser tomber. Message perçu entre les lignes d’un discours à la fois vague et infiniment positif. C’est également durant cette conversation matinale que sa mentor lui a fait part d’une requête. Une demande que Nadja n’a pas pu refuser. N’a pas su décliner. Prendre en charge le rendez-vous planifié de Murphy un peu plus tard dans la journée est une source d’angoisse bien plus grande qu’elle ne l’aurait jamais imaginée.

Depuis qu’elle sait qu’elle va revoir sa vieille amie, se retrouver probablement seule avec elle et lui parler face à face, la médecin ne parvient pas à se retirer de la tête l’impression que les minutes et les heures passent à une vitesse folle. Incapable de les arrêter. La lumière ne transparaît que très peu entre les murs isolés de l’infirmerie mais Nadja s’est accoutumée à cet élément et devine désormais facilement le temps qui défile. Boule au ventre qui ne la quitte plus depuis de longues secondes alors que l’échéance ne devrait plus tarder. Nadja s’est réfugiée dans une pièce camouflée par des rideaux, cherchant la distraction dans la tenue rigoureuse de l’inventaire. Ce sont des bruits de pas qui l’interpellent alors qu’elle achève à peine sa tâche. Le front plissé, elle se relève doucement, ne s’attendant pas à ce que Murphy s’avance jusque là sans d’abord appeler celle qu’elle s’attend à rencontrer. C’est pourtant bien le visage éreinté de la lieutenant qu’elle voit apparaître derrière les tentures de fortune. Elle tente un sourire timide quand les regards se croisent, perturbée de se retrouver face à cette vision du passé.

« - Tu n’es pas en retard, non. Addie est occupée toute la journée et comme elle ne voulait pas repousser ton rendez-vous, elle m’a demandé de m’en charger » Le timbre de la voix est rocailleux mais le ton se veut tout à fait neutre. Ses traits arborent automatiquement les manières de la médecin plus que de l’amie et elle s’efforce de ne pas paraître trop vindicative. « - J’espère que tu n’y vois pas d’inconvénient » Le caractère privé de cette entrevue la met mal à l’aise. Si elles ont pu être très proches par le passé, elles sont bien loin de l’être encore aujourd’hui et cette proximité presque forcée ne rassure par la chirurgienne qui se place sur la réserve. « - Tu as l’air fatiguée, en effet », souffle-t-elle doucement en plissant les yeux pour mieux analyser les expressions contradictoires de Murphy. Serrant toujours son carnet du bout des doigts, la médecin se pince les lèvres, comme si la remarque était une erreur. Mais ce n’est, avant toute chose, qu’une preuve de considération. « - Non, je t’en prie. Installe toi » Articule-t-elle plus directement en désignant un lit du bout de la main. L’invitation est donnée mais le refus n’est pas vraiment permis. Le regard de Nadja s’extirpe à l’attraction féminine pendant quelques secondes, le temps de ranger ses notes et de reprendre ses esprits avant de se tourner de nouveau vers celle qu’elle estime beaucoup. « - Adelaïde m’a parlé de ta blessure et d’éventuelles séquelles. Comment tu te sens ces derniers temps ? » C’est la scientifique qui reprend immédiatement le dessus. La professionnelle de santé qui piétine les sentiments. Mais l’amie gratte derrière l’enveloppe charnelle et c’est bien d’elle que vient la préoccupation qui transparaît à peine dans sa voix doucereuse.  
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Dernière édition par Nadja Wolkoff le Jeu 26 Oct - 18:05, édité 1 fois

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Sujet: Re: Long way from home (Nadja)
Dim 22 Oct - 23:38



❝ Long way from home ❞
Murphy Cavendish & Nadja Wolkoff
(13 octobre 2117)


C'était pour faire plaisir à Adelaide, se disait-elle habituellement. Pour la rassurer, elle qui connaissait les caprices des têtes abîmées par les chocs, elle qui savait les réparer. C'était bien pour elle, se répétait-elle en s'arrachant à la douceur d'un lit qu'elle avait passé plusieurs heures à rendre si confortable et chaleureux. Elle, elle savait que cet incident appartenait au passé. Ou du moins, elle l'avait rangé avec tous les souvenirs qu'il inspirait, là où elle n'irait plus trop chercher. Ça ferait bientôt un an que la chute l'avait sonnée. Elle en avait parcouru, du chemin, depuis. Son crâne s'était forcément remis de ses aventures, sinon elle n'aurait pas pu crapahuter depuis comme elle l'avait fait; et surtout, sinon, Adelaide ne l'aurait pas laissée faire.

Pourtant, toutes ses bonnes intentions l'avaient lâchement abandonnée au moment où elle avait découvert le visage de Nadja. Elles s'observèrent d'abord silencieusement, comme si elles faisaient face chacune à un fantôme, et ce n'était d'ailleurs pas tout à fait faux. Leurs échanges se limitaient depuis quelques temps à des termes les plus basiques et polis. Elles s'étaient croisées dans les deux infirmeries, sur les deux campements, seules ou par l'intermédiaire d'Adelaide, mais s'étaient refusées à replonger dans de vieux souvenirs, toutes les deux. Quelques politesses, une complicité parfois éveillé le temps de quelques instants, un regard, et puis la longue séparation à nouveau. Il n'y avait sans doute plus grand chose d'autre que le passé qui les liait. C'était une situation inconfortable que celle-là, celle d'ignorer quoi dire ou faire face à une personne que l'on avait connue par cœur et dont on ne savait plus grand chose d'autre que ce que le plus inconnu des inconnus pouvait savoir d'elle. Ses traits n'avaient pas changé, pourtant, ou à peine. Le silence emplissait la pièce alors qu'elle cherchait ses mots et un échappatoire, Adelaide ou une excuse pour quitter les lieux le plus prestement possible. Mais rien ne vint la sauver, et il lui fut alors dégainer sa voix des matins difficiles.

Nadja, s'occuper d'elle ? La simple idée de l'avoir comme médecin lui colla un vertige. Elle n'avait jamais considéré ça possible autrement que dans des fictions où elles en riaient, autrefois, toutes les deux. Murphy combattait, Nadja soignait. C'était les objectifs après lesquels elles courraient toutes les deux, les objectifs auxquels elles rêvaient ensemble. C'était étrange pour Murphy de réaliser que tout ce temps, Nadja avait gravi les échelons, elle aussi, qu'elle s'était battue pour vivre ses propres accomplissements. Ce n'était pas étonnant mais c'était une nouvelle perspective à laquelle elle n'avait pas pris la peine de réfléchir jusque-là et qui la frappait maintenant de plein fouet. Mais même au meilleur des capacités médicales de celle qui avait été son amie, Murphy n'arrivait pas à imaginer qu'elle puisse être son médecin. Parce qu'elle était... parce qu'elle avait été son amie avant d'être un médecin, sans doute. Mais qu'était-elle maintenant ? Qu'étaient-elles ? « Heu... OK, alors. Si ça rend service à Addie » finit-elle par accepter après quelques instants d'hésitation. Ce ne serait que ça : un service; quelques minutes lui suffiraient à lui soutirer une validation médicale et elle pourrait retourner gambader comme un cabri dans la forêt et continuer à échapper à des ours affamés avec le plus grand des entrains. Nadja n'était sans doute guère plus ravie qu'elle de la situation et elle espérait qu'elles travailleraient à l'unisson pour faire passer ce moment le plus rapidement possible. « Non, c'est parfait. En trois minutes, c'est réglé. » Les mots de Nadja étaient aussi factuels que les siens étaient fatigués. Elle se plaçait comme le médecin, et Murphy acceptait volontiers ce nouveau rapport qui s'installait, parce qu'il était facile, poli, neutre, ne faisait pas de vagues. Pourtant, la remarque qui suivit la fit froncer des sourcils. Est-ce que c'était une observation médicale, ou bien un jugement totalement gratuit ? « Merci, toi aussi t'as une gueule de cul » mentit-t-elle, un brin amère, en lui passant devant pour s'asseoir d'un coin de fesse sur le lit désigné par la médecin. « J'étais de garde cette nuit » se sentit-elle obligée de se justifier, comme pour prouver qu'elle aussi avait quelques responsabilités de son côté. Elle n'avait pas besoin de savoir qu'elle détestait les postes de garde, plus encore lorsqu'ils étaient de nuit, et qu'elle en voulait à Richard de ne plus les lui épargner. Elle avait laissé un pied à terre, prête déjà à quitter les lieux dès que l'aval lui en serait donné. Elle observa silencieusement la médecin qu'était devenu Nadja et la trouva incroyablement impressionnante, avec ses notes et son regard clair qui savait tout. Peut-être que si elles prenaient la peine de discuter maintenant, son ancienne amie la trouverait stupide et indigne de son intérêt. Son cœur se serra à cette pensée. Ce ne serait pas la première à se forger une telle opinion d'elle. « Ça va faire un an, j'te jure, ça va vite être réglé. Mon crâne c'est du solide. » Elle s'appuya d'une main derrière son dos au lit et bailla à s'en décrocher la mâchoire. Elle essuya prestement une larme de fatigue qui avait glissé sur sa joue et se justifia aussitôt pour ôter à Nadja toute idée saugrenue qui aurait pu lui traverser l'esprit -comme par exemple, que sa fatigue pourrait être liée à cette mauvaise chute et la perte de conscience qui avait suivi. « J'ai juste un peu de mal à dormir en ce moment, mais c'est rien. T'as sûrement un truc pour ça, y'a bien une plante que les Naoris nous ont filée, non ? Sinon je peux juste retourner me coucher une heure ou deux, hein... » Il n'y avait pas de quoi les occuper une seule seconde, juste quelques troubles du sommeil. Dans une minute, elle aurait quitté les lieux et serait en train d'imaginer quelques remarques à faire à Adelaide, qui lui avait fait faux bond. Elle espérait que l'excuse serait bonne -du genre dix des leurs en péril près dans un coin du campement, des jambes et des têtes arrachées, un truc de cette acabit. D'un index fatigué, elle désigna l'escalier au loin, derrière tous les drapés qui structuraient les lieux, espérant secrètement échapper aux examens qu'Addie avait toujours jugés nécessaires.

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Sujet: Re: Long way from home (Nadja)
Jeu 26 Oct - 22:27

long way from
home


Nadja & Murphy
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13 Octobre 2117 ☾ Les circonstances de l’éloignement passé lui reviennent presque douloureusement en mémoire. Faire face à l’ancienne militaire est un défi pour la brune qui craint encore d’aggraver la situation entre elles plus que de l’arranger. Alors que c’est tout ce qu’elle veut, au fond. Arranger les choses avec Murphy. Sans le dire, sans l’avouer. Sans même le suggérer. Mais faire l’effort de lui parler, au travers du rôle qu’on lui a attribué. Faire le premier pas, en quelques sortes. Un premier pas forcé, soufflé par leur amie commune. Nadja aurait pu refuser. Elle aurait pu prétexter n’importe quelle autre occupation plus importante, prétendre devoir être ailleurs qu’ici et maintenant. Pourtant, la médecin ne l’a pas fait. Elle a répondu favorablement à la demande d’Adelaïde, en toute connaissance de cause. Saisissant ainsi l’occasion qui lui a été donnée par son mentor. Une opportunité d’initier un rapprochement, une conversation dissimulée sous l’examen médical. À mieux y réfléchir, elle en vient même à se demande si Adelaïde ne s’est pas délibérément absentée.

Pendant de longues secondes, les prunelles sombres de la scientifique restent accrochées à celles de Murphy. Incapables de s’en détacher aux premiers instants. Le relief perçu dans les iris voisines fait remonter de vieux souvenirs à la surface. De vieilles images où elles se chamaillaient au beau milieu de l’infirmerie de l’Odyssée, les deux jeunes femmes assez similaires pour s’éloigner. C’est la première fois depuis leur arrivée sur Terre que Nadja croise de nouveau le regard presque inquisiteur de son ancienne amie. La première fois qu’elle s’attarde sur ses traits. La première fois qu’elle s’adresse directement à elle, sans intermédiaire, sans situation annexe pouvant les interrompre. Et ce qui la rassure, au fond, c’est que Murphy semble aussi déstabilisée qu’elle par la perspective du moment qu’elles vont devoir passer ensemble. Sa patiente du jour parvient à lui arracher un sourire en coin en faisant référence à sa visite comme un simple service. Peu importe, au final. Du moment qu’elle lui permet de faire ce qu’on lui a demandé, ça l’arrange. Elle acquiesce brièvement, hausse un sourcil une seconde plus tard. La lieutenant est peut-être pressée mais il va falloir qu’elle lui accorde plus de trois minutes de sa journée malgré tout.

La relation la plus facile qui s’installe progressivement, celle d’un médecin envers sa patiente. La relation la plus accessible, la plus simple. Alors que Murphy s’installe sans vraiment le faire, Nadja lui tourne le dos une seconde, histoire de reprendre ses esprits puis étouffe un rire amer en levant les yeux au ciel. « - Je te remercie, c’est toujours un plaisir », répond-elle sarcastiquement en saisissant quelques pièces de matériel dont elle va avoir besoin. La pique la ferait presque sourire mais un rictus de trop serait mal venu. « - Tu es souvent de garde ces derniers temps ? », questionne-t-elle en s’approchant du lit d’examen, stéthoscope autour du cou et tensiomètre à la main. Une question banale, supposée faire partie de son examen médical. L’intérêt est réel pourtant, déguisé sous la profession. « - Je n’en doute pas, mais ce n’est pas ton crâne qui semble préoccuper Addie. Plutôt ce qu'il y a à l'intérieur » La voix est doucereuse, le timbre est régulier. À aucun moment alarmant ou inquiétant. Il ne reflète même pas sa propre angoisse, ses propres craintes. Si Murphy se veut délibérément rassurante, Nadja n’est pas prête à la laisser filer. Pas si vite. Elle s’en voudrait trop d’avoir négligé son diagnostique s’il venait à lui arriver quelque chose. Elle ne se le pardonnerait pas. Addie non plus.

« - C’est ce qu’on va voir. J’ai bien peur que nos ressources s’épuisent rapidement. Je ne peux pas me permettre de te donner n’importe quoi » Soupire las qui échappe à ses lèvres. C’est le constat déplorable qu’elle fait tous les jours, cherchant inlassablement une solution à ce problème qui persiste. « - Je vais d’abord prendre tes constantes », annonce-t-elle finalement en passant le tensiomètre autour du bras de l’ancienne militaire. Les gestes sont sûrs, professionnels. Tout comme elle. « - Ta tension est un peu basse, mais la fatigue est à prendre en compte » Verdict simple mais qu’elle se doit d’annoncer, prenant bien soin d’éviter le regard de son alliée pendant tout le processus. Jusqu’à maintenant. « - J’aimerais que tu m’en dises plus sur tes troubles du sommeil. Est-ce que ce sont des insomnies ? Des cauchemars ? » Nadja pose furtivement le matériel tout juste utilisé sur le chariot près d’elle avant de plonger son regard dans celui de son vis-à-vis. Les mains dans les poches de sa veste, elle pose ses questions de manière tout à fait banale, normale. Comme si les inquiétudes n’avaient pas lieu d’être. Comme s’il était vraiment trop tard pour voir apparaître les séquelles éventuelles dont lui a parlé son mentor. En espérant qu’elle ait tort.
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Dernière édition par Nadja Wolkoff le Lun 13 Nov - 10:32, édité 3 fois

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Sujet: Re: Long way from home (Nadja)
Dim 29 Oct - 2:34



❝ Long way from home ❞
Murphy Cavendish & Nadja Wolkoff
(13 octobre 2117)


Murphy n'était pas le genre de personnes à s'embarrasser du superflu, des convenances imbuvables ou des politesses agaçantes. Elle n'était pas du genre à s'embarrasser tout court parce qu'elle n'avait jamais été apte à déguiser les faits, à les faire paraître plus doux ou acceptables. Elle n'était pas de ceux qui faisaient dans la dentelle et la délicatesse à toute épreuve. A part dans des situations qui ne l'accepteraient pas, elle se contentait des faits, et cette vision, cette part de son caractère peut-être, ne lui avait jamais fait défaut. Pourtant, il lui arrivait parfois d'en être confrontée aux limites. Ses réflexes s'étaient évaporés au moment où elle avait reconnu le visage de son ancienne amie -de son amie d'autrefois, peut-être, ou de son amie de toujours ? Son esprit se perdait entre toutes ces imprécisions qui la rendaient folle, et elle espéra encore quelques instants qu'Adelaïde tire un rideau, quelque part derrière Nadja, pour lui signifier sa présence et l'inviter à l'examiner comme elle l'avait déjà fait à de si nombreuses reprises déjà. Mais aucun autre rideau ne se tira, et elle resta figée pendant de longues secondes face au visage volé au passé, incapable de ce détachement qui la qualifiait en temps normal.

La sentence, elle, fut sans appel. Adelaïde ne viendrait pas, aucun autre rideau ne se tirerait si ce n'était pour leur offrir un peu d'intimité, et c'était bel et bien Nadja qui s'occuperait d'elle. Un service qu'elles rendaient toutes les deux à leur amie commune, s'empressa-t-elle de faire remarquer pour dédramatiser l'instant. Une épreuve étrange pour la patrouilleuse, pourtant, qui ne se trouvait plus seulement confrontée à celle qui avait été une si bonne, douce et fidèle amie, mais à un médecin qu'elle n'avait pas réussi à voir progresser jusqu'à la place qu'elle occupait maintenant. Maintenant, au sein de cette infirmerie, elles n'étaient plus sur un pied d'égalité. Nadja était médecin, Murphy patiente. Admirative, aussi, un peu craintive, mais elle gardait en tête qu'à cet instant précis, elle était la patiente de Nadja. Il n'y en aurait que pour quelques minutes, ne cessait-elle de se répéter. « C'est un plaisir, tu sais que j'aime retourner les compliments... » répondit-elle avec un sarcasme à toute épreuve, alors que la médecin lui tournait le dos, s’affairant à ce à quoi un médecin pouvait bien s'affairer pour préparer un examen de ce genre. Elle avait menti, Murphy. Nadja était resplendissante. Elle dégageait toujours cette assurance et cette force de conviction qui lui donnaient un charme à faire flancher les cœurs les plus hermétiques. Elle devait avoir quelqu'un dans sa vie, se surprit-elle à penser. Elle avait l'air épanouie. Après tout, elle était médecin, tenait les mêmes rôles ici que celle qui l'avait formée. Elle devait être heureuse, et Murphy retint un soupir d'amertume en réalisant qu'elle devait être heureuse sans elle. « Ouais, enfin... comme d'hab. Je fais mon boulot quand on a besoin de moi. » Son regard vagabondait sur les rideaux et le chariot dont Nadja venait de se séparer. Les instruments étaient alignés en rang d'oignon, disposés sagement en attendant d'être utilisés par leur propriétaire. C'était la première fois que Murphy se demandait ce à quoi certains d'entre eux pouvaient bien servir, car elle n'avait aucune idée de la sauce à laquelle elle allait être mangée. Trois minutes, se rassura-t-elle; trois minutes et tu pourras retourner t'écrouler dans ton lit en attendant ta prochaine garde. « Je te demande pas des antibios ou de l'or massif, pourtant. Juste un truc qui m'assomme quand j'en ai besoin » s'agaça-t-elle dans un soupir avant de réaliser que ses problèmes de sommeil n'en étaient pas réellement tant qu'elle ne le décidait pas. Non, elle n'avait pas de problèmes de sommeil. Ses nuits étaient juste différentes, depuis quelques temps, parce qu'elles manquaient de quelqu'un et se noyaient sous le poids des questions, des angoisses, des décisions. Mais des stocks qui baissaient à vue d'oeil, Murphy en avaient conscience. Les rares trousses de premiers secours qui avaient été mises à la disposition des explorateurs en étaient les premiers témoins. Chaque goutte d'alcool était précieuse et l'utilisation des fioles était surveillée systématiquement. En preuve de sa coopération, elle tendit son bras à la médecin et à ces deux instruments dont, cette fois-ci, elle connaissait l'utilité. « Ce que mon crâne cache, c'est un secret. Je dévoilerais pas ce qui le rend si unique... » Son œil brillant de malice se leva une seconde vers la brune, dont la proximité la frappa brusquement. Pendant une seconde, elle avait presque oublié à qui elle avait à faire. Le brassard lui serrait le bras et ses prunelles se posèrent à nouveau sur le chariot en attendant le verdict. Tension basse qui n'alarma aucune des deux femmes. « C'est rien, c'est rien », tenta-t-elle en se rendant compte qu'elle en avait déjà trop dit pour que leur rencontre se limite aux quelques minutes espérées. Elle sentait le regard du médecin posé sur elle et se retrouva malgré elle à le soutenir. « Insomnies et réveils nocturnes, mais tout le monde en a. » Elle haussa les épaules, s'appuyant un peu plus sur ce pied resté posé au sol, comme pour signifier à Nadja qu'elle ne comptait toujours pas faire long feu dans les environs. Tout le monde n'était sans doute pas assailli par les exactes mêmes pensées qu'elle, mais son esprit n'était pas le sujet d'étude; c'était son corps, le sujet d'étude. Qu'on lui redonne la capacité à dormir sans se laisser envahir par les faiblesses de l'abstrait. « Tout va bien, je t'assure. Regarde, ma tension est correcte. » Elle désigna du menton les instruments qu'avait utilisés Nadja et se releva du lit pour faire face au médecin. Un seul examen, c'était suffisant, non ? C'était ce qu'elle essayait de faire croire à la femme qu'elle savait pourtant loin d'être dupe. « Tout va bien, Nadja. » Un sourire doux se dessina sur son visage et elle attrapa les mains de la soignante avec tendresse. Une barrière tomba brusquement sans qu'elle se l'explique, simplement parce qu'elle avait poussé ses capacités de conviction à l'extrême. Mais pendant quelques secondes, Murphy replongea dans le passé, fit face à ce visage qui l'avait imprégné. Elle ressentait toujours une profonde affection pour la belle brune, et elle lui manquait. Elle lui manquait terriblement. Elles avaient toujours su se retrouver, pourtant. Qu'est-ce qui avait pu changer, qu'est-ce qui avait pu les garder si loin l'une de l'autre et pendant si longtemps ? Elle avait besoin d'elle, parce qu'elle la comprendrait. Peut-être ? Peut-être qu'elle la comprendrait sur certaines choses, oui. Ou bien peut-être la traiterait-elle de stupide et tenterait-elle de lui remettre les idées en place. Qu'est-ce qu'elle pourrait bien penser d'elle maintenant, de celle qu'elle était devenue ? Rebelle ratée, humaine abîmée par les disparitions et les abandons. Les années ne l'avaient pas épargnée, elle. Effarée, elle lui lâcha brusquement les mains et fit un pas en arrière, vers la sortie, à l'opposé du lit. « Je t'assure, ça va, j'ai juste besoin de retourner dormir un peu », lâcha-t-elle finalement en se raclant la gorge, la mine déconfite.

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Sujet: Re: Long way from home (Nadja)
Lun 13 Nov - 11:52

long way from
home


Nadja & Murphy
I'm a long way from home and so all alone. Homesick like I never thought I'd be. I'm a long way from home, everything is wrong.
13 Octobre 2117 ☾ L’ambiguïté qui persiste. Les questions qui se succèdent dans l’esprit dérangé par la situation. Une frontière encore trop floue entre l’inconnue et l’amitié. Incapable de véritablement identifier ce qu’elles sont, aujourd’hui quand tout semble les séparer. Les éloigner. Alors qu’elle sait très bien ce qu’elles étaient, dans le passé. Un passé pas si lointain, mais qui lui paraît être une éternité. Elle navigue en plein brouillard avec la militaire. Craignant à chaque seconde de franchir une limite qu’elle n’aurait pas du outrepasser. Une peur irrationnelle due à son désir de bien faire. De faire le premier pas vers cette alliée qu’elle ne veut que retrouver. Et jamais, au grand jamais, voir s’éloigner de nouveau. Elles sont toujours parvenues à se retrouver pourtant. Sur l’Odyssée, malgré leurs chamailleries presque enfantines, malgré les disputes, malgré cette atmosphère de rivalité permanente qu’elles ont entretenu. Elles se sont toujours retrouvées. Nadja n’a plus qu’à espérer que ce jour ne fasse pas exception.

L’angoisse laisse peu à peu place au professionnalisme. Et si elle espérait voir Adélaïde débarquer à l’infirmerie il y encore quelques minutes, elle se surprend désormais à se réjouir de son absence. L’occasion est trop belle pour la laisser passer. La scientifique va devoir prendre sur elle mais c’est l’opportunité rêvée pour elle de renouer avec Murphy. Enfin. Le sarcasme de la lieutenant la fait sourire. Lui rappelle des souvenirs, autrement plus doucereux. La fatigue se lit aisément sur les traits de sa patiente, c’est vrai. Mais ça n’enlève rien à sa beauté naturelle. Plus qu’une remarque désagréable, c’était plus une marque d’inquiétude dont Nadja faisait preuve en relevant ouvertement ce détail. Mais peu importe. Le premier examen est certes, rapide, mais la consultation est loin d’être terminée. « - Je n’ai aucun doute sur ton dévouement professionnel, crois-moi » C’est justement ce qui l’inquiète, au contraire. Mais ça, elle se garde bien de le confier à la principale intéressée. « - Je sais bien que tu ne demandes pas quelque chose d’extraordinaire, Murphy. Mais même ça, je commence à en manquer. Il faut que je sois sûre de mon diagnostique avant de te délivrer ne serait-ce qu’un somnifère » Elle le déplore. Terriblement. Soupire las qui en dit long sur la situation de l’infirmerie et de tout le campement qui va avec. Leur survie dépend en partie de ce stock de médicaments. Un stock qui s’amenuise chaque jour, chaque fois qu’un nouveau risque est pris par l’un des membres de cette communauté instable. Y compris Murphy.

« - J’ai une petite idée de ce qui le rend si spécial. Mais je dirai rien, promis » Œillade taquine, presque joueuse, lancée à la volée vers sa patiente. Puisque c’est ce qu’elle reste, malgré tout. Elle n’ose pas encore employer le mot ‘amie’. Pas certaine que ce soit ce qu’elles sont redevenues. Pas encore. Une tension basse n’est certes pas très inquiétant mais ce qui vient avec pourrait l’être. Le front plissé, Nadja réfléchit. Analyse intérieurement tous les éléments recueillis au cours de cet examen sommaire. Prend en compte les précisions apportées par la militaire qui tente de se rassurer, aussi bien qu’elle tente de la rassurer, elle. En vain. Elle est là pour une bonne raison. Et Adélaïde lui a confié la mission de découvrir pourquoi. Nouveau souffle de la part de la chirurgienne qui cherche le moyen de retenir sa patiente. Persuadée que si elle la laisse s’échapper, elle ne la reverra pas de si tôt. Elle sort les mains de ses poches, passe rapidement ses doigts dans ses cheveux. Lèvres pincées, elle retient sa respiration une seconde quand la brune en face d’elle se saisit de ses mains. Les retenant doucement dans les siennes. Un geste plus qu’inattendu. Bienvenu, mais surprenant. Insoupçonné. Surtout de la part de Murphy. La soignante est perturbée par cette marque d’affection - si s’en est bien une - et plonge son regard neurasthénique dans celui de son vis-à-vis. Temps suspendu jusqu’à ce que l’emprise se libère. Presque à regret. Elle n’entend pas vraiment les mots rassurants de la principale concernée qui s’apprête déjà à s’en aller.

« - Tu as besoin de repos c’est vrai », acquiesce-t-elle en fronçant les sourcils. Loin d’en avoir terminé. « - Mais tu crois vraiment qu’Addie aurait continué à te voir aussi régulièrement si elle ne craignait pas quelque chose ? » L’interrogation n’attend pas vraiment de réponse. Formulée uniquement dans le but de faire comprendre la véritable raison de sa présence ici à la première protégée de son mentor. « - Tu sais aussi bien que moi que nous n’avons pas de temps à perdre. Toi, moi, Addie. Elle ne demanderait pas à te voir en consultation juste pour le plaisir de te parler. Et cette fatigue, elle ne vient pas seulement de tes gardes prolongées et successives, j’en ai bien peur » La voix est posée mais le timbre est instable. Les intentions se confondent dans la voix de la scientifique. C’est aussi bien l’amie que le médecin qui parle. L’inquiétude est réelle et pour la première fois, Nadja se retrouve impuissante face à cette situation compliquée. « - Je ne peux pas me permettre de passer à côté d’un symptôme. Aussi insignifiant soit-il à tes yeux » Le teint presque livide, l’Odysséenne croise les bras, se donnant des airs sûrs et décidés quand elle n’est plus qu’incertitudes. « - Il va falloir que tu coopères. S'il te plaît » La demande est presque désespérée. Bien qu’elle ne laisse rien paraître. Ne pas faire son travail jusqu’au bout serait terrible, aussi bien pour elle que pour Adélaïde qu’elle décevrait. Une perspective qu’elle ne peut pas se permettre d'envisager.
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06/12/2015 Lux Aeterna 30609 Sophia Bush Avengedinchains (vava) ; Oreste (image profil); Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 201


Sujet: Re: Long way from home (Nadja)
Mer 15 Nov - 18:44



❝ Long way from home ❞
Murphy Cavendish & Nadja Wolkoff
(13 octobre 2117)


On ne pouvait pas dire que la vie avait épargné Murphy ces derniers mois. L'annonce du déménagement l'avait regonflée à bloc, mais c'était sans compter sur la complexité des relations humaines. En quelques mois, Murphy avait perdu l'affection et le support de ceux qui avaient représenté toute la structure dont elle avait besoin. Richard lui tenait encore rigueur du coude qui avait accidentellement mais violemment rencontré son arcade sourcilière, et elle avait décidé de couper net toute relation avec les trois autres leaders de la rébellion. Malgré tout ce qui la liait à Marlene, Adelaide ou Cassandre, Murphy ne s'était jamais sentie aussi seule. La laisser de côté semblait bien trop facile et ce n'était plus seulement son ego qui s'en frustrait, c'était tout son être. Les nuits étaient redevenues longues et blanches, grises tout au mieux; elles lui rappelaient les cauchemars de Faust et la réalité qui était devenue bien pire. Faust s'était rappelée à elle plus régulièrement depuis qu'elle se retrouvait face à son deuil. Ses idées ne lui laissaient jamais de répit, semblait-il; lorsque tous ses efforts payaient et que les images de Faustine l'abandonnaient enfin, l'assaillaient celles de Richard ou de Tennessee, les arguments foireux de Chris et de Devos, les mots tranchants d'Isdès. Elle n'avait jamais douté d'elle-même. Elle avait grandi en considérant que ceux qui quittaient sa vie ne méritaient pas d'en faire partie; ils appartenaient à son passé dès lors qu'ils décidaient qu'elle ne méritait pas leur attention. Il y avait quelques exceptions, cependant; des liens qui s'étaient effilochés sans qu'elle ne comprenne pourquoi, sans qu'elle n'arrive à mettre le doigt sur une raison précise et qui arriverait miraculeusement à tout expliquer et à passer à autre chose. Avec Richard, avec Tennessee, Devos et Chris, avec Isdès même, il y avait eu des gestes et des mots qui n'avaient trompé personne. Passer à autre chose n'aurait guère pu être plus facile, et pourtant, ces liens et personnes avaient trop bercé son cœur et son être pour que son appel à l'indépendance ne l'emporte sur les blessures de l'abandon. En d'autres termes, l'esprit de Murphy continuait de se bercer de souvenirs et d'illusions et ces derniers ne lui laissaient aucun répit. Richard ne pouvait pas juste l'abandonner, car elle avait besoin de son amitié, elle avait besoin de son grand frère ou de la figure paternelle qu'elle voyait parfois en lui. Tennessee ne pouvait pas si peu la considérer, parce qu'elle l'avait tant considérée, parce qu'elle était sans doute la seule à réellement comprendre la difficulté d'un deuil qui se faisait par dépit et parce qu'elle était probablement l'une des personnes qui avaient été les plus bienveillantes envers elle ces derniers temps. Devos ne pouvait pas lui tourner le dos parce que des idées les autrefois unis et parce qu'ils étaient censés se battre ensemble et pour elles. Les mots et les considérations raisonnaient dans son esprit jusqu'à des heures irréelles, la plongeaient dans un état de torpeur alors qu'elle avait cru un instant avoir été rattrapée par un sommeil après lequel elle avait trop couru. Son esprit travaillait sans relâche et son corps n'arrivait plus à garder la cadence.

Les cernes que Nadja avait remarquées n'avaient donc pas grand chose à voir avec la chute de l'hiver dernier. Elle essayait de la persuader de ça parce qu'elle en était elle-même persuadée. Peu à peu lui revenaient à l'esprit tout ce qui avait pu l'unir à la belle brune. Elle était de ces exceptions, Nadja, probablement la seule d'ailleurs. Elle était de ceux dont le temps l'avait éloignée sans qu'elle ne comprenne réellement quelle pouvait en être la raison. La vérité, c'était qu'il n'y avait pas de raisons. Elle avait toujours eu du mal à accepter que les chemins puissent aussi simplement se séparer, que la vie puisse creuser un fossé entre deux personnes sans qu'aucune d'elle ne cherche à tendre la main, mais Nadja était la preuve parfaite de cette réalité. Rien n'avait su les séparer pendant des années et malgré l'esprit de compétition qui avait pu progressivement s'instaurer entre les deux bosseuses, entre les deux ambitieuses. Elles avaient toujours su se retrouver. Alors qu'est-ce qui avait changé ? Qu'est-ce qui avaient fait que les mains ne s'étaient pas retrouvées, que la brèche était devenue fossé et le fossé gouffre ?

Et puis, Nadja avait-elle changé ? Qu'était-elle devenue, qu'est-ce que les années avaient fait d'elle ? Était-elle heureuse, épanouie ? Est-ce qu'elle lui manquait, des fois, est-ce qu'elle pensait à elle, est-ce qu'elle se demandait elle aussi ce qui avait fatigué leur amitié à ce point ? Elle fuyait son regard, mais pas par peur d'y trouver une quelconque réponse. Elle fuyait son regard car elle se sentait illégitime à le soutenir. C'était ce que les années avaient fait de leur relation; l'hésitation, le doute et l'appréhension. Voilà donc de ce qui restait d'une amitié haute en couleurs, qui avaient fait pâlir d'inquiétude Adelaide et Ofelia, médecins et aide-soignants. « J'espère bien. Notre implication dans nos boulots c'est une des seules choses qui nous ont toujours mises d'accord. » Son regard se leva hasardeusement vers la médecin restée debout et rencontra brièvement ses prunelles claires. Une lueur de déception traversa ses iris alors qu'ils retrouvaient le sol, particulièrement hypnotisant en ce moment précis. « Ça veut dire que vous en avez encore, des somnifères, alors ? » Elle tentait à l'audace, s'attendant déjà à être rembarrée par la médecin responsable qu'était devenue Nadja. Murphy ne demanderait jamais aucun traitement de faveur, mais elle devait le confesser : son sommeil lui manquait. Le calme d'une nuit sans cauchemars et pensées parasites lui manquait.

Elle vola à Nadja un de ces regards qui avaient bon goût d'autrefois, faisaient resurgir des réminiscences d'une amitié qui n'avait été entachée que par le temps. Il brillait, son regard; s'accompagnait d'un de ces sourires qu'elle pouvait décrypter en un instant. C'était la complicité d'autrefois étalée sur le visage de celle qu'elle n'aurait probablement jamais dû perdre de vue. « Oh, tu peux me le dire à moi, je suis jamais contre quelques compliments. » Le silence s'installa quelques longues secondes dans le petit box délimité par de hauts rideaux fatigués. Murphy reprit la parole pour tenter de rassurer sa médecin -et peut-être surtout pour être libérée de la corvée que représentait l'examen médical. Ce n'était pas de la déraison de penser qu'un an après sa chute, la caboche avait eu tout le temps de se remettre de son petit traumatisme. Elle avait tant crapahuté depuis qu'il était devenu plus qu'impensable pour l'aventurière d'être encore porteuse de stigmates de l'accident. Mais Nadja doutait, elle, et malheureusement pour Murphy, elle était celle qui avait le droit au dernier mot. Alors, dans un élan étrange, elle lui attrapa les mains, la fixa un instant, tentant de la convaincre que tout allait bien -pas seulement de la laisser partir, mais que tout allait bien. Elle avait bien assez d'Adelaide qui s'inquiétait des suites de la chute en temps normal pour y ajouter dont elle détestait voir les traits se crisper comme c'était présentement le cas. Elle pouvait lire l'inquiétude sur son visage; l'inquiétude d'un médecin pour son patient, d'une responsable pour sa responsabilité; une inquiétude qui arrivait à serrer le cœur d'une patiente persuadée qu'elle n'avait pas lieu d'exister.

Murphy, qui avait quitté le lit médical, s'apprêtait déjà quitter les lieux, espérant malgré la mine grave de Nadja que ses arguments avaient atteint leur cible. Mais il n'en était rien, et elle dût se rendre à l'évidence. Elle resta debout face à la médecin, qui sortait le grand jeu. Non, Adelaide n'aurait pas continué à la voir si elle n'avait pas de raisons de le faire, mais... « C'est vexant. On a toujours une raison de voir Murphy Cavendish... » tenta-t-elle en se pinçant la lèvre, penaude. Nadja avait le don de la conviction, et sa patiente se trouvait dos au mur avec aucun autre choix que d'accepter ses arguments contre lesquels elle n'avait rien à opposé. Alors, à contrecœur et non sans soupirer, elle repassa devant le médecin et se réinstalla mollement sur le lit. Comme si elle était une gamine que l'on venait de réprimander et à qui on venait d'imposer quelque chose, son visage entier exprimait toute la volonté qu'elle n'avait pas de se laisser tester de toutes les façons que Nadja trouverait nécessaires. « Je coopère, Nadja, mais je te jure que tout va bien. Tout le monde fait des insomnies, on a pas besoin de tomber sur la tête pour ça. » Enfin, reprenant un peu de l'assurance que la belle brune lui avait fait perdre, elle se décida à accrocher son regard à nouveau. « T'inquiète vraiment pas pour moi, s'il-te-plaît, c'est pas la peine. Rassure-toi comme tu veux, mais je te jure que tu seras rassurée. » Un fin sourire se dessina sur ses lèvres alors qu'elle ajoutait, juste pour voir les traits de Nadja se détendre et son regard s'éclaircir : « juste, pas des tests trop invasifs, hein. Plus je garde de vêtements, mieux c'est. Et puis pète un coup, tu me fais de la peine. »

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Sujet: Re: Long way from home (Nadja)
Mar 28 Nov - 16:30

long way from
home


Nadja & Murphy
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13 Octobre 2117 ☾ La solitude est parfois douloureuse, même lorsqu’elle est choisie. Même lorsqu’elle est volontaire. Rien n’empêche jamais personne de se sentir esseulé, quand bien même cela serait voulu. Un sentiment décuplé chez la scientifique par la sensation de manque. Elle n’est jamais seule, toujours habitée par l’absence. Hantée par le vide, le trou béant laissé dans sa poitrine. Et dans sa tête. L’esprit toujours aussi troublé qui n’a pas éliminé la présence à peine perceptible de l’embryon crevé dans l’oeuf. Syndrome du jumeau perdu. C’est comme ça qu’ils l’appellent. Comme ça qu’on a désigné son mal être, diagnostiqué sur le tard. Trop tard. Nadja n’a jamais cherché à se débarrasser de cette seconde part d’elle enfouie quelque part. Comme si on lui avait arraché un morceau du coeur et qu’elle allait le retrouver un jour ou l’autre. Comme si elle allait croiser le visage si familier sans s’y attendre. Des espoirs longtemps fondés, qu’elle a égratigné au fil du temps jusqu’à comprendre la source de son manque. Pire qu’une drogue. Pire qu’une addiction. Un manque viscéral contre lequel elle ne peut rien. Elle a appris à vivre avec. À cohabiter avec l’extrême solitude que la maladie lui a apportée. Jamais complète, jamais satisfaite.

Murphy a sans doute été la seule à être capable de combler ce vide. Pas entièrement. Pas pour toujours. Mais suffisamment pour lui faire oublier la douleur qui tiraille lorsqu’elle est seule et s’évapore en sa présence. La militaire a toujours représenté énormément en ce sens pour la médecin. Bien qu’elle n’ait jamais eu le courage de lui avouer ouvertement. De lui dire clairement, sincèrement. L’égo a toujours été plus fort. L’orgueil aussi. Ce putain d’orgueil qui la ronge de l’intérieur, jusqu’à lui faire tout risquer. Jusqu’à ce qu’elle risque de perdre la seule personne qui a jamais su adoucir ses maux les plus sombres. Les plus refoulés. Les plus profonds. Des maux qui lui reviennent en plein figure dès l’instant où elle se retrouve confrontée à elle-même. Seule, isolée. Par choix, certes. Mais elle n’a pas choisi de naître à la place de cet autre qu’elle ne connaîtra jamais. Cet autre qui la hante depuis le premier jour. L’inquiétude est un écho à la peur de voir son amie s’éloigner définitivement. La retenir pour l’empêcher de partir. Et la laisser de nouveau seule. Presque un caprice, quand on y pense. Alors elle n’y pense pas.

Un déni dans lequel elle s’était plongée depuis leur éloignement involontaire. Elle s’est bercée d’illusions et s’est laissée endormir par les jours qui défilent sans chercher à aller contre la force des choses. C’est seulement en replongeant son regard dans celui de Murphy que la brune s’en rend compte. Elle a manqué des dizaines d’occasions de retrouver la militaire, de renouer avec elle. Sans les saisir. Par peur de déranger, d’être de trop. Par manque de volonté, peut-être. Parce qu’elle se trouve des excuses, sans doute. Pourtant, jusque là, la chirurgienne ne laisse rien paraître de ses remords évidents. Se laisse même aller à un regard faussement réprobateur lorsque sa patiente force le passage et réclame de nouveau un somnifère. Œillade en coin qui ne veut trop rien dire mais qui fait office de réponse. C’est drôle, comme les réflexes d’autrefois semblent revenir vite. « - Tu pars du principe que ce sont des compliments que j’aurais à te faire, on dirait » Elle ne dissimule plus son sourire en coin. N’en est plus capable. Ne retient même pas le rire cristallin qui échappe à ses lippes. Le geste initié et si vite interrompu la surprend. La fait douter maladroitement.

« - J’aurais préféré être capable de trouver une raison plus sympathique qu’un examen médical imposé pour te voir, si tu veux tout savoir », soupire-t-elle en s’asseyant mollement sur le lit près d’elle. Celui-là même destiné à accueillir sa patiente. La lassitude est flagrante, elle ne sait plus quoi dire ou quoi faire de plus pour la convaincre. Heureusement, ses propos ont eu leur petit effet. Murphy abdique, coopère. La moue boudeuse qu’elle adopte arrache un nouveau sourire à la médecin. « - Tout le monde ce n’est pas toi. Murphy Cavendish est exceptionnelle, non ? », plaisante-t-elle en se relevant doucement, forçant sur ses genoux pour se donner du courage. « - Inutile de jurer dans tous les sens, tu t’épuises pour rien, ma chère. Je crois ce que je vois et je serai rassurée quand je te verrai aller nettement mieux » Rien de plus, rien de moins. Regard taquin balancé à la volée. Elle feint la sévérité de la médecin quand tout ce qu’elle veut c’est se comporter en amie. « - De la peine, rien que ça ? Je dois paraître plus désespérée que ce que je pensais alors… » Elle fait mine de rien. De presque rien. Sourire ancré sur ses pommettes pâles alors qu’elle fouille de nouveau sur le chariot rempli de matériel. « - T’en fais pas, je vais me contenter d’une prise de sang. Je veux pas voir le reste » La seringue entre les doigts, elle hausse un sourcil en toisant sa patiente, rictus en coin imprégné sur ses traits tirés. « - T’as pas peur des aiguilles, lieutenant ? » Elle imite la moue boudeuse de la militaire, exagère chacune de ses expressions. Elle la croit au fond. Que tout va bien. Qu’elle ne devrait pas s’inquiéter, pas s’en faire. Mais c’est plus fort qu’elle.
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Sujet: Re: Long way from home (Nadja)
Mer 29 Nov - 0:11



❝ Long way from home ❞
Murphy Cavendish & Nadja Wolkoff
(13 octobre 2117)


Tout ce temps et sans s'en rendre compte, Murphy avait toujours gardé un œil sur Nadja. Parce que le lien qui avait pu les unir était plus fort que tout ce qui pourrait tenter de les séparer, elle avait toujours considéré qu'elle faisait partie de sa vie, aussi loin puisse-t-elle être d'elle. Les conversations s'étaient espacées progressivement, les rires aussi; les jalousies avaient peu à peu disparu, elles aussi, pour laisser place à toute l'admiration que Murphy portait aujourd'hui à la jeune médecin. Elle serait toujours son amie, elle serait toujours une part de sa famille, elle aurait toujours une part de son cœur. Même si elle ne l'admettrait jamais, elle redoutait sa disparition autant que celle de n'importe lequel de ses proches, y compris de tous ceux qui lui avaient tourné le dos, parce que quand le cœur de Murphy avait été accroché, il ne se détachait jamais complètement. Pourtant, elle ne pouvait pas prétendre un seul instant être à l'aise face au médecin. Elles se connaissaient ou s'étaient connues, ne se connaissaient plus tellement ou un peu moins, beaucoup moins même. Il demeurait ce lien invisible et indéfectible dont elles semblaient garder le secret. Murphy savait que Nadja serait toujours là pour elle et elle savait aussi l'inverse. Il existerait toujours entre elle cette bienveillance constante et intouchable guidé par quelques souvenirs nostalgiques mais surtout la conviction qu'elles avaient évolué l'une et l'autre dans les fondations bâties par leurs convictions communes. Ça, ça ne pouvait pas changer. Même lorsqu'elle avait appris la nomination de Nadja au sein du Conseil, la patrouilleuse n'avait pas douté un seul instant de ses valeurs.

Pourtant, malgré toutes ces certitudes qui la liaient encore au médecin, Murphy était mal à l'aise. Malgré quelques détours malicieux, les regards s’accrochaient dans la gêne, et elle ne cherchait désespérément un échappatoire. Elle n'était pas prête à faire face à elle et à tout ce dont elle s'était persuadée toutes ces années. Et si Nadja, elle, l'avait oubliée ? Et si elle la regardait de haut, la méprisait, lui reprochait quelque chose ? Le tête-à-tête impliquait bien plus que les rares rencontres dont elles s'étaient contentées tout ce temps. Adelaide n'était probablement pas aussi innocente qu'elle aurait aimé le faire croire. Elle savait la nature de leur amitié et l'avait vue se métamorphoser comme chacune des deux concernées. Il serait humain pour elle de tenter quelque chose, ou d'au moins apprécier l'opportunité qui la poussait à laisser sa patiente à sa collègue. Pourtant, Murphy lui en voulait de lui imposer un tel travail des neurones. Les vieilles habitudes avaient la peau dure mais pas suffisamment pour se débarasser de toute la poussière qui s'était accumulée au fil des années. Elle pensait à une vitesse affolante pour combler tout ce que le temps leur avait arraché, cherchait la première occasion pour quitter les lieux. Sa tension était basse mais tout allait bien. Première opportunité à saisir, mais première opportunité ratée. « Bah oui, bien sûr, quoi d'autre que des compliments ? » La question était nette et son regard s'était planté dans celui de son amie à la recherche de cette réponse à laquelle elle l'avait tant habituée à l'époque. Le sérieux de ses prunelles traduisait toute l'ironie qu'elle taisait.

Nadja replaçait les bases : elle était toujours aussi vive d'esprit et ici, dans cette infirmerie, elles n'étaient pas égales. C'était elle la donneuse d'ordre et à cette hiérarchie, Murphy ne pouvait contrer aucun argument. Persuadée que sa caboche avait retrouvé son état d'antan, certes, mais pas totalement écervelée. Elle attendait un seul mot de la médecin, l'espérait de tout son être encore à demi-endormi, mais ne le devancerait jamais. C'était sa décision qu'elle attendait, et elle était la seule capable de la libérer, chose qui lui paraissait encore peu envisageable. Docile, la patrouilleuse se rassit sur le lit que lui réservait la belle brune. « Je suis pas une raison suffisante, moi ? » Son regard se posa sur Nadja, qui s'installait à côté d'elle. Elle, elle était une raison suffisante, mais toute la détermination de Murphy s'était effritée sous les coups de la routine et des nouvelles habitudes, des années qui défilaient et des vies qui se séparaient jusqu'à emprunter deux voies opposées au point de faire douter de la solidité et de la longévité de tout ce qui avait pu exister. Le temps avait catalysé chacune des appréhensions naissantes, faisant apparaître des suspicions qu'elle n'aurait jamais imaginées quelques années auparavant. Et si c'était de sa faute, hein ? Et si Nadja avait des choses à lui reprocher, et si une conversation un peu trop longue ou sérieuse était vouée à lui exploser à la gueule ? Et si, et si ? « Tu me caresses dans le sens du poil, j'aime bien », répliqua-t-elle, remontant les épaules une seconde, flattée et malicieuse. Son nom et un adjectif pareil dans la même phrase, c'était suffisamment rare pour être apprécié -surtout venant de quelqu'un d'autre qu'elle-même. Sans s'en rendre compte, même, Nadja pansait un peu les blessures de son ego martyrisé depuis quelques mois par un peu trop de monde. Ce n'était probablement pas volontaire de sa part et peut-être même pas sincère, mais ça soignait déjà. Un tout petit peu plus que pas du tout. « J'irai nettement mieux quand je dormirai, c'est tout. » Elle haussa les épaules, sachant pertinemment qu'elle n'arriverait pas à convaincre le médecin aussi facilement. C'était une scientifique, et la moindre de ses décisions se basait sur les faits et la logique. Mais elle venait avec l'espoir d'une cure contre les insomnies, Murphy, pas pour rassurer Nadja. En parlant de ses troubles du sommeil, elle n'aurait pas imaginé un seul instant que la médecin en ferait une montagne pareille. Elle hésitait presque à jouer un faux sommeil ponctué de ronflements exagérés juste pour s'échapper du piège de l'infirmerie.

Les mains de celle qui avait été son amie se perdirent dans le chariot de métal et tous les instruments de torture qui y étaient posées, attirant le regard inquiet de la patiente. « Oui, de la peine, carrément. C'est mon empathie naturelle... Si je me concentre suffisamment, je peux même deviner quand quelqu'un a envie d'aller aux toilettes » glissa-t-elle sans quitter des yeux l'objet dont Nadja venait de se saisir. « T'es sûre que tu veux pas voir le reste, en fait ? Ce serait bien plus intéressant pour toi », tenta-t-elle en espérant encore que l'instrument ne lui était pas destiné, qu'elle s'apprêtait à le ranger ailleurs ou à faire une simple mauvaise blague. Mais lorsque la boutade de Nadja confirma ses inquiétudes, ses prunelles se projetèrent brusquement vers la brune, un peu paniquées. « Hinhin, non, bien sûr que non. Arrête de te foutre de ma gueule. » La réplique était franche mais le regard préparait déjà au refus d'obtempérer. « J'ai pas vraiment peur des aiguilles, mais tu vas pas gâcher une seringue stérile pour ça alors que vous avez même plus de somnifères. Je mérite pas un tel sacrifice, tout va bien dans mon sang. » Le ton était vif et empreint d'une conviction qu'elle espérait contagieuse. Elle n'avait pas peur des aiguilles... pas vraiment, en tout cas. Elle tendit une main devant elle dans un réflexe de préservation. « Arrête de me menacer avec ton arme, là. » Ça ne se voyait peut-être pas mais, consciente de l'avoir électrisée en quelques instants, elle essayait de détendre l'atmosphère. Elles savaient l'une comme l'autre ce que pouvait leur coûter la remise en question de leurs capacités respectives mais elle était sincère : la seringue encore scellée dans son petit environnement stérile ne méritait pas d'être sacrifié pour vérifier l'état d'un sang qu'elle savait de qualité indiscutable. Se poser ce genre de questions la rappela à l'âge d'or de leur amitié. Chercher les limites de sa propre autorité face à la légitimité médicale de Nadja avait un drôle de goût de déjà-vu qui venait avec sa part de nostalgie. La gêne était reléguée aux quelques minutes précédentes et elle laissait place à la construction de souvenirs qui se teintaient des couleurs oubliées d'une amitié qui se réveillait comme un vieil animal mystique, endormi depuis des siècles. « Et pis quand j'me coupe, je saigne rouge foncé. Jsuis pas anémique, t'inquiète. » Elle lui donnerait quelques gouttes de sang sur une lame de microscopie si elle voulait faire un point sur sa numération cellulaire, mais une aiguille ? Hors de question. On ne saignait pas Murphy Cavendish comme un porc à l'abattoir.

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Sujet: Re: Long way from home (Nadja)
Lun 4 Déc - 17:05

long way from
home


Nadja & Murphy
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13 Octobre 2117 ☾ L’angoisse qui s’évanouit petit à petit. La boule au ventre qui s’estompe, disparaît au fur et à mesure. Au rythme des piques qui reviennent naturellement entre les deux femmes. Pendant un moment, c’est comme si rien n’avait changé. Comme si leur rivalité passée avait subsisté. Comme si elles étaient toujours à bord de l’Odyssée, avec Adelaïde les surveillant du coin de l’oeil alors qu’elles animent l’infirmerie de leurs chamailleries. Pendant un moment, c’est comme si elle était retournée dans le passée. Comme si elle était redevenue la jeune femme ambitieuse qu’elle était. Prête à tous les sacrifices pour obtenir ce qu’elle veut. Les sacrifices les plus durs. Les décisions les plus difficiles à prendre. Reléguant tout le reste au second plan. Ce sont ses proches qui en ont fait les frais. Elijah, d’abord. Murphy, ensuite. Lèvres pincées quand la culpabilité apparaît enfin. Si elle avait su où tout à les mènerait, elle aurait peut-être agit autrement. L’aveu silencieux lui fait mal aux tripes. Les regrets, elle ne peut pas se les autoriser. Se les permettre. C’est contre nature et quoi qu’il arrive, elle n’a pas le pouvoir de changer les choses. Les réparer, peut-être.

Des réflexes qui lui reviennent naturellement en présence de la militaire. Sa verve aidant grandement à ce que la scientifique se détende. Et si une certaine gêne persiste, ce n’est plus la même qu’avant. Ce n’est plus celle de vieilles amies qui n’ont plus rien à partager. C’est celle du médecin en conflit avec elle-même pendant l’examen médical d’une personne à qui elle tient. La gêne de celle qui ne veut pas outrepasser les limites et provoquer un envol d’oiseaux. La gêne qui ne se contrôle pas. Et qui la fait réfléchir de travers. Altérant son jugement, en contradiction totale avec sa rigidité caractéristique et son professionnalisme à toute épreuve. La brune ne reconnaît que très peu le reflet qu’elle perçoit dans les prunelles de son vis-à-vis. A-t-elle vraiment changé à ce point ? Force est de constater que c’est le cas. « - Une chose est sûre, c’est que tu es toujours aussi buttée. Ça au moins, ça n’a pas changé. Ça te va comme compliment ? » Le timbre rieur qui sonne à peine juste dans leur conversation. Elle fait tout pour ne pas se placer en membre supérieure de la hiérarchie de laquelle elles dépendant toutes les deux. Mais la tâche s’avère plus compliquée lorsque l’inquiétude naturelle s’en mêle.

« - Bien sûr que si. J’ai toujours pensé que tu avais certainement mieux à faire que de renouer avec moi, c’est tout » L’amertume qui pointe sans qu’elle ne s’en rende compte. Elle baisse les yeux, penaude. Déçue d’elle même, d’avoir pensé une telle chose quand visiblement, tout ce que Murphy attendait, c’est un geste de sa part. Un signe pour s’autoriser le premier pas. Chose qu’elle ne lui a jamais donné, pensant que son alliée de longue date avait mieux à faire. Avec d’autres qu’elle. La chaleur dégagée par la lieutenant à ses côtés la galvanise. Une chaleur qu’elle n’a pas eu l’occasion de sentir depuis bien longtemps. Une chaleur bienvenue. Elle rit à la remarque lâchée par sa voisine. Ça ne l’étonne même pas. Elle insiste, encore et encore. Et si Nadja ne souhaite en aucun cas la voir s’éloigner de nouveau, elle doit bien concéder que Murphy a tout l’air de bien se porter, hormis les cernes et son teint affreusement pâle. Caractéristiques qu’elles doivent partager. « - J’ai compris, ça va. Et je vais te libérer, t’en fais pas, tu vas pouvoir aller dormir » Elle l’exprime dans un souffle, presque désespéré. Et à la fois amusé. Elle cherche dans le chariot non loin d’elle, l’outil qui provoquera la réaction attendue.

« - Dommage que ton empathie naturelle ne te permette pas plutôt de scanner ta propre caboche », ajoute-t-elle en déplaçant stéthoscope et autre tensiomètre avant de se saisir d’une seringue soigneusement emballée sous vide, à l’abri de tout. « - Merci mais non merci. Je ne tiens pas à faire des cauchemars » Elle lui lance un regard en coin, fronce les sourcils en la voyant s’impatienter. Pour ne pas dire paniquer. Sourire en coin qui ne la quitte plus. Surtout pas en voyant la réaction de la militaire face à une petite aiguille. Rire profond qu’elle réitère avant de baisser la main, la seringue suivant le mouvement. « - Ça va, détend-toi », rassure-t-elle brièvement tout en riant. « - Je croyais que Murphy Cavendish méritait au moins ça. J’ai du me tromper », haussement d’épaules, elle prend des airs faussement interrogés. Joue avec la militaire encore un peu plus, repose la seringue stérile sur le chariot. « - Une fois de plus, c’est à moi d’en juger. Tu ne pars pas d’ici avant de m’avoir donné quelques gouttes de ton sang » Elle l’affirme en replongeant ses iris sombres dans celles de son alliée qu’elle espère coopérative.

Nadja s’éloigne un instant du lit médical pour aller chercher d’autres pièces de matériel. Elle sait où chercher, pour avoir rangé elle-même tous les placards de l’infirmerie. Revient au bout de quelques secondes avec un plateau argenté sur lequel sont posés un scalpel très pointu et une demi boîte de pétri transparente. « - Ça sera pas long et ça fera pas mal », promet-elle immédiatement avant que Murphy ne proteste, tendant une main ouverte vers la militaire pour qu’elle lui donne la sienne. Elle l’imagine déjà grimacer à la vue de la lame s’approcher de son épiderme. Lui en vouloir de lui avoir infligé ça, peut-être. Ne jamais remettre les pieds à l’infirmerie par la suite. Sûrement.
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Sujet: Re: Long way from home (Nadja)
Lun 4 Déc - 23:00



❝ Long way from home ❞
Murphy Cavendish & Nadja Wolkoff
(13 octobre 2117)


Les choses avaient toujours été simples avec Nadja. En fait, elles avaient été simples dès le début, dès les premières taquineries et les premiers sourires en coin. L'amitié qui avait découlé de leur rencontre avait été évidente et Murphy n'imaginait aucune alternative à cette douce relation qui s'était forgée au cœur de l'infirmerie et sous le regard de leurs bienveillantes aînées. Même lorsque les griffes sortaient, la réconciliation était évidente, comme deux charges opposées qui étaient vouées à toujours se retrouver. Ce n'était pas une explosion qui les avait séparées, finalement, c'était la lenteur du temps et l'éloignement progressif qui avaient eu raison d'elles. La façon la plus regrettable, sans doute, de se dire au revoir. Il n'y avait pas vraiment d'explications à trouver ces séparations, mais de raisons valides, pas de ressentiments qui poussaient la fierté à passer à autre chose. On passait juste à autre chose parce que sans prévenir, la vie nous faisait doucement glisser sur ce terrain-là. Alors s'était imposée l'incertitude dans l'esprit de Murphy, les questions qui la poussaient à reconsidérer d'éventuelles erreurs desquelles elle aurait été aveugles à l'époque. Lorsqu'il n'y avait pas de raisons évidentes, il fallait en trouver, quitte à en inventer pour combler l'absence de réponses, pour se donner quelques excuses et l'impression d'être un peu moins fautif, de ne pas avoir juste laissé le temps faire ce qu'il faisait de mieux.

Mais il paraissait maintenant évident que la relation ne s'était qu'au pire étiolée. Pas de rupture destructrice, juste une triste léthargie qui était devenu une zone de confort de laquelle il avait semblé impossible de s'extirper depuis bien trop longtemps. L'amitié n'avait pas disparu; elle s'était figée dans le temps, conservée dans le formaldéhyde des souvenirs. Elles tâtaient le terrain, toutes les deux, s'apprivoisent à nouveau, évaluaient l'état des choses, vérifiaient que le temps n'avait pas creusé de nouvelles fissures. C'était une étrange danse que celle de la réappropriation d'un autrui dont on avait autrefois tout su ou presque. Il n'y avait plus seulement le médecin et la patiente, il y avait deux anciennes amies qui se tournaient autour, se reniflaient timidement, cherchaient à retrouver quelques ancres bien connues chez l'autre. « Oui, merci... » lacha-t-elle dans une fausse modestie en passant une main fière dans ses cheveux emmêlés du saut du lit. La ligne entre les rôles respectifs des deux jeunes femmes s'affinait progressivement, et Murphy ne pouvait qu'y gagner un peu de confiance. Nadja était intelligente et professionnelle. Même si l'idée d'être examinée par une amie paraissait étrange, elle se serait confiée à elle entièrement si sa vie en dépendait. Avec Adelaide, elle était devenu le médecin en lequel elle avait le plus confiance. Est-ce qu'elle le savait, ça, Nadja ? Probablement pas. Ça faisait partie de toutes ces choses qu'elle n'avait plus eu que le loisir de lui cacher. La carrière de Nadja, elle l'avait suivie de loin, à travers le regard de leur amie commune. Elle l'avait admirée, parfois un peu enviée aussi, elle l'intellectuelle, elle que l'on respectait, elle qui réparait les êtres cassés.

Et peut-être que c'était une bonne choses, les regrets exprimés. Ils s'apparentaient peut-être à des reproches amers, mais Murphy savait être douée pour ignorer ce qui se cachait entre les lignes. Ce n'était pas un reproche qu'elle faisait à Nadja. La réponse avait été instinctive parce qu'elle ne l'avait jamais oubliée, sa brunette, et parce qu'accepter que leurs chemins se séparent l'avait toujours troublée. « Moi ? Je suis pas devenue médecin, tu sais. Enfin... » Un sourire fier se dessina sur ses lèvres et elle ne put s'empêcher de faire référence à sa plus grande expérience médicale, juste parce qu'elle espérait voir briller quelques lueurs de fierté dans le regard de son ancienne amie. « Adelaide a du te raconter comment je l'ai aidée à accoucher d'Astrae. Y'avait plein de sang, et puis j'ai mis les mains dans son... » Une brève grimace la ramena à la réalité, celle dans laquelle elle n'était toujours pas très à l'aise avec l'idée d'avoir trifouillé l'intimité de son amie. « Enfin, tu vois quoi. » Elle se racla la gorge et reprit plus sérieusement, dardant son regard sur son médecin. « J'espérais juste que tu trouverais un peu d'intérêt à me retrouver. » Elle haussa les épaules. Elle savait qu'elle ne pouvait pas se permettre de lui reprocher l'éloignement. Il avait été bipartite. Mais elle avait attendu après Nadja, sans doute de façon injustifiée et injustement, juste parce qu'il lui avait semblé que d'elles deux, elle était celle à la vie la plus affolée. Parce qu'elles n'arrivaient plus à soutenir celles de Nadja, ses prunelles se rivèrent sur le chariot et tout ce qu'il contenait. C'était très bien organisé, à l'image de la jeune femme d'ailleurs, mais les ustensiles étaient trop nombreux pour la rassurer. Elle se demanda brièvement si ils lui étaient tous réservés et si Nadja avait organisé ce rendez-vous médical avec tout le soin qu'elle lui connaissait. Si c'était le cas, Murphy pourrait toujours continuer de se chercher des excuses; Nadja ne plierait sans doute pas sous ses arguments, avec l'idée en tête de mener à bien chacun des examens qu'elle avait imaginés.

Elle ne trouvait plus de manières de lui dire que tout allait bien, à Nadja. Ce n'était pas de belles paroles seulement destinées à lui rendre sa liberté, c'était aussi pour éteindre la lueur d'inquiétude qu'elle devinait dans le regard du médecin, entre deux taquineries. Car en réalité, Murphy n'était plus très sûre de vouloir faire de son lit une priorité. A trop avoir redouté les premières minutes des retrouvailles, elle en avait oublié la simplicité de leur relation et tout ce qu'elle avait de si doux et réconfortant. Pour la première fois depuis de trop nombreux mois, Murphy se sentait authentiquement appréciée. Pas pour ce qu'on attendait ou qu'on pouvait espérer d'elle, pas parce qu'elle était un jouet qu'on jetterait plus tard et qu'on se contenterait d'associer aux pires idées. Elle sentait sa présence désirée, et ce n'était pas sa fierté qui le savourait le plus. C'était celle, un peu cachée, que l'on avait trop laissée de côté, trop jugée indigne d'intérêt. A la promesse de Nadja de bientôt la libérer, elle demeura silencieuse, se mordant la lèvre de remord gêné, réalisant qu'il était trop tôt pour abandonner ça, ces retrouvailles, ces premiers sourires extirpés aux souvenirs.

« Mais c'est par auto-empathie que je peux te garantir que mon crâne va bien » affirma-t-elle dans un hochement de tête très sérieux accompagné d'un sourire malicieux qui marqua les fossettes taquines. « Des cauchemars ? » Elle s'outra d'un regard offensé et lui donna un coup dans le bras. « C'est bien une réponse de quelqu'un qui l'a jamais vu, le reste. » Elle aurait probablement été plus boudeuse encore si la seringue ne s'était pas imposée dans son champ de vision. Nadja était amusée par la situation, s'attirant un regard noir mais bref de la patrouilleuse, qui avait cessé d'argumenter dans tous les sens pour s'éviter le calvaire de la prise de sang. « J'suis parfaitement détendue » répondit-elle de la plus tendue des façons. C'est Nadja qui, en une phrase, parvint à lui faire oublier la présence menaçante de l'outil de torture. Un brin apaisée, Murphy leva son regard chaud vers le médecin. « Bien sûr que je vaux tous les sacrifices du monde, mais je suis responsable, aussi. Quelqu'un en aura plus besoin que moi, un jour. Peut-être même que ça sera moi. » Ses épaules s’allégèrent subitement lorsqu'elle vit la seringue retrouver le chariot. Elle aurait volontiers sauté en cou de Nadja pour la remercier de l'épargner, si elle n'était pas encore victime de quelque retenue tissée au fil des années. Mais le regard clair de la belle brune s'accrocha au sien et Murphy se promit intérieurement d'accepter tous les tests qu'elle lui imposerait, maintenant. « Vampire, va » lâcha-t-elle en la regardant s'éloigner pour fouiller dans tout le matériel qui lui rappelait les souvenirs d'une jeunesse qui la rendait nostalgique. Il faudrait qu'elle se renseigne un jour sur les produits qui leur restaient, maintenant, rien que pour savoir quel genre de blessures pourrait lui être fatal. Car si elle avait retenu quelque chose des leçons qu'elle avait volées à Ofelia et Adelaide, c'était que le moindre accident, aussi dérisoire puisse-t-il paraître, pouvait coûter sa vie à quelqu'un de mal préparé, autant intrinsèquement qu'extrinsèquement. Des soins incomplets pouvaient avoir des effets aussi déplorables qu'un système immunitaire boudeur.

A l'invitation de Nadja, Murphy comprit tout de ses intentions. Soulagée de la tournure médicale de la rencontre, elle glissa sa main dans celle du médecin, résignée. « C'est quoi ce que t'as en tête après pour t'assurer que ma caboche va bien ? » Elle haussa les épaules, tendue malgré elle en attendant le pincement de la lame sur son doigt. « Parce que mon lit peut peut-être attendre un peu. Et puis, au pire, il y en a des confortables ici... » C'était presque une proposition, une tentative timide de lui faire comprendre qu'elle saisissait l'opportunité que le hasard leur avait offerte. Elle suivit du regard le scalpel dont la lame s'approchait dangereusement de sa peau. « Grouille avant que je change d'avis » la pressa-t-elle nerveusement.

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Sujet: Re: Long way from home (Nadja)
Ven 8 Déc - 11:59

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Nadja & Murphy
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13 Octobre 2117 ☾ La stupide impression d’avoir perdu un temps incroyable la poursuit. Du temps perdu à trop réfléchir, trop penser. Penser à ce que Murphy pourrait vouloir venant d’elle, si elle voudrait encore avoir à faire à elle. Au moins ça. Juste ça. Du temps perdu à se demander si leur amitié avait subsisté, malgré les mois, les années et les liens qui s’étiolent au profit de nouveaux. Du temps perdu à tergiverser - inutilement - jusqu’à s’en donner des maux de tête. Du temps perdu à essayer de se trouver des excuses. Une bonne raison de faire ou ne pas faire le premier pas vers la militaire. Aux vues de la tournure que semble prendre leur entrevue du jour, elle a gâché tout ce temps pour rien. Ne le retrouvera sans doute jamais, malgré sa volonté à rétablir leur complicité compliquée telle qu’elle a pu l’être auparavant. Elle s’en mord les doigts, la médecin. Se trouve désormais bien bête de ne pas avoir daigné prendre l’initiative de retrouvailles plus tôt. Avant qu’elles ne soient provoquées par leur alliée commune. Des regrets formulés à demi-mot. Surtout exprimés à travers les efforts qu’elle met en œuvre pour démontrer son affection.

La fausse modestie de la lieutenant arrache un rictus taquin à la scientifique qui obtient ce qu’elle désire. Comme toujours, ou presque. Elle s’est tellement habituée à vivre comme la médecin rigide et vindicative, la membre du Conseil plutôt controversée, habituée à devoir se battre pour se faire entendre, qu’elle a bien du mal à retrouver des réflexes plus naturels. De ceux qui sont plutôt familiers à son amie. Le manque ressenti et du à l’éloignement doit sûrement avoir une part à jouer dans son comportement et le simple fait de le combler est un soulagement qu’elle ne dissimule pas. « - Pas besoin d’être médecin pour être quelqu’un de bien », rassure-t-elle instinctivement, sans même y penser. Pense-t-elle vraiment ce qu’elle dit, Murphy ? Pense-t-elle vraiment avoir moins de valeur sous prétexte qu’elle n’est pas devenue chirurgienne, comme Nadja ? Ça la fait tiquer et la brune fronce les sourcils, perplexe. S’il y a bien une chose qu’elle n’a jamais pensé, c’est bien qu’elle puisse avoir plus d’importance que quiconque. Et si elle le lui a fait sentir d’une quelconque manière, alors elle s’est mal faite comprendre. « - Elle m’a tout raconté oui, tu t’es très bien débrouillée à ce qu’elle m’a dit. Tu les as sauvées toutes les deux » C’est de la fierté que la scientifique exprime dans son regard. Une grande fierté, celle d’une soeur qui voit la réussite de sa cadette. Rassurer la militaire sur son désir de bien faire devient sa priorité en cet instant. « - Je suis désolée si je t’ai laissé penser le contraire » Elle l’avoue sans détour. Sans se camoufler derrière son masque de froideur habituel. Elle a sûrement merdé sur ce coup et elle ne peut s’en prendre qu’à elle.

« - Tu radotes, ma chère », répond-elle seulement à la énième tentative de la militaire de convaincre la médecin qu’elle n’a aucune raison de s’inquiéter. Elle, pense déjà à la suite, la prochaine étape. Se contente de rire aux remarques cinglantes, baignée par la chaleur que lui apporte la présence de Murphy et son ouverture d’esprit. « - T’as pas intérêt à ce que ce soit toi. Moins je te vois ici, mieux c’est, compris ? » Le timbre est rocailleux mais le regard est à la fois et sérieux et brillant de malice. Les prunelles neurasthéniques se posent sur les traits fatigués de la patiente, lui faisant très bien comprendre tout le sous-entendus impliqués. Elle s’éloigne en riant de nouveau, bien plus détendue qu’au début de leur rendez-vous. Lorsqu’elle revient près de Murphy, ses mais sont chargées de matériel bien différent des précédents outils utilisés. Main tendue, elle reçoit celle de la militaire dans la sienne, le scalpel au bout des doigts, maintenu fermement. « - Tu plaisantes ? Il y a peine deux minutes tu voulais partir avant même que j’ai fait quoi que ce soit et maintenant tu veux rester ? » Surprise salement imitée, elle ne parvient pas à contenir la satisfaction qui se lit sur son visage. « - Qui êtes-vous et qu’avez-vous fait de Murphy Cavendish ? », ajoute-t-elle pour la taquiner entre deux rires. Elle fait mine d’ignorer l’invitation dans un premier temps. N’y répond pas immédiatement, pas avant d’avoir obtenu ce qu’elle veut.

Doucement, elle penche la tête et approche le scalpel de l’extrémité de l’index de son amie. Ça ne lui plaît pas plus que ça de devoir infliger un traitement pareil à la militaire mais son examen se doit d’être complet. Elle se le répète pour se rassurer. Avant de presser la pointe de la lame sur le doigt de la patiente. Un bruit à peine perceptible revient à ses oreilles, similaire à une bulle qui éclate. La peau qui s’écorche et le sang qui pointe à peine. La médecin repose le scalpel sur son plateau de métal, se saisi de la boîte de pétri et appuie sur l’index toujours maintenu pour extraire quelques gouttes d’hémoglobine. Précieux liquide obtenu, elle referme la boîte, libère la main de Murphy. L’ouverture ne devrait pas tarder à se refermer. « - Je vais observer ton sang au microscope pour m’assurer que ton taux de globules rouges et blancs est correct. C’est rudimentaire, mais efficace », précise-t-elle enfin. Elle a le droit de savoir, après tout. « - Tu peux rester ici, si tu veux. On a des lits plus agréables dans le fond de la pièce. Sinon tu es libre de partir, je te délivre enfin », ultime sourire délivré naturellement. Elle aimerait trouver une nouvelle raison de la retenir. Mais rien ne sert d’abuser. Elle est désormais quasiment certaine que leur amitié est infaillible.
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Sujet: Re: Long way from home (Nadja)
Dim 10 Déc - 20:06



❝ Long way from home ❞
Murphy Cavendish & Nadja Wolkoff
(13 octobre 2117)


C'était étrange, comme relation, que celle qui n'existait plus mais n'avait jamais réellement disparu. C'était un entre-deux qui poussait au doute constant et, puisqu'on ne savait pas de quoi il serait fait, à la prudence au moindre contact. C'était pourtant un status quo dans lequel toutes les deux s'étaient installées malgré elle et pour le confort qui leur avait apporté. Les contacts entre celles qui avaient été de si bonnes amies s'étaient progressivement espacés, jusqu'à s'effacer pour ne laisser quelques vagues traces associées aux souvenirs. Les sourires s'étaient faits fugaces et incertains, les conversations minimalistes et expéditives. Elles étaient devenues pires que des inconnues, car toujours au-dessus d'elles trônaient ces questions qui demeuraient sans réponse. Murphy avait fini par se persuader que les choses n'auraient guère pu être différentes, parce que Nadja avait dû en décider ainsi, et parce que le temps qui passait ne tendait qu'à élargir le gouffre qui avait commencé, au tout début, par se creuser en une petite cavité qui faisait trébucher. Mais les années avaient filé à une vitesse folle, et avec elles les priorités. Elles avaient grandi -vieilli, diraient certaines mauvaises langues. La distance semblait devenue insurmontable. Car de quoi pouvait être faite la vie de Nadja, maintenant qu'elle n'en faisait plus partie ? Elle l'imaginait grandie, devenue aussi responsable qu'elle en était restée l'exact opposé. Elle l'imaginait tout ce qu'elle n'était pas, en réalité, tout ce qu'on pouvait lui reprocher ou qu'elle se reprochait avec plus d'aigreur encore. Nadja devait être réfléchie, sensée, sociable, engageante, attentionnée. Elle devait attirer les autres dans son sillon par un simple sourire, devait réparer les plus irréparables, réconcilier les irréconciliables. Alors, puisqu'elle était tout ça, Murphy, elle devait l'avoir oubliée. Elle ne lui en voulait pas, la patrouilleuse. C'était l'ordre des choses. Elle savourait leur amitié pour ce qu'elle était ou ce qu'elle avait été, malgré le révolu qui l'accompagnait aujourd'hui. Elles étaient passées dans la vie l'une de l'autre, comme une comète passait parfois voir leur Terre et la caressait des voiles de feu, et ce n'était déjà pas si mal.

A force, à tout ça, Murphy s'y était accommodée. L'idée s'était installée dans l'esprit et ce n'était plus tout à fait aussi douloureux. Les questionnements persistaient et elle s'imaginait Nadja de milliers de façons différentes, aujourd'hui. Les seules certitudes qui existaient étaient celles qui étaient de notoriété publique; le fait qu'elle soit devenue chirurgienne, qu'on admire son travail et sa patience, mais aussi celui qu'elle ait remplacé Adelaïde au sein du Conseil. C'était un peu tout ce qu'elle savait. Le reste lui venait parfois de leur amie commune, mais celle-ci savait que rien ne servait à imposer des liens qui n'existaient plus vraiment. Elle ne parlait de Nadja qu'au détour de hasards qu'elle ne voyait elle-même pas venir, lâchant de temps en temps une information par mégarde, mais qui ne manquait jamais réellement sa cible. Murphy avait visualisé quelques bribes de la vie de Nadja comme ça, s'était imaginé la brune exercer tous ses talents de médecin, les mains plongées dans des thorax, contre des cœurs battants, ou rafistolant des jambes qui faisaient un peu trop la gueule. Autour, elle avait construit une légende intimidante mais qui la faisaient sourire pour celle qui avait été son amie et celle à qui elle souhaiterait toujours tout le bonheur que le monde, quel qu'il soit, là-haut ou ici-bas, pouvait lui offrir.

Pourtant, lui faire face pour la première fois dans un tel tête-à-tête qui ne laissait vraiment aucune échappée possible, c'était se confronter à tout l'illusoire des réponses qu'elle avait tissées dans son coin pendant des années. Il lui était revenue la peur des reproches, mais au final, ce fut elle qui les asséna la première, sans s'en rendre compte mais juste parce qu'elle essayait de comprendre ce qui avait pu les séparer tout ce temps, si seulement il y avait une explication à y donner.

Noyée par toutes ces craintes, pourtant, Murphy ne s'était pas imaginée une seule seconde que le lien en dormance puisse si subitement retrouver vie. Il avait suffi de pas grand chose, d'à peine quelques minutes, quelques sourires, quelles boutades. La machinerie était relancée et déjà, Nadja pansait le regrets d'une Murphy qui ne se savait être qu'elle-même. La patrouilleuse soupira dans l'esquisse d'un petit sourire reconnaissant. Elle aimait son métier, la brune, mais regrettait l'intellectuelle qu'elle n'était pas, s'ennuyait de celle que l'on n'écoutait jamais vraiment. Ses lèvres s'étirèrent dans un très large sourire lorsqu'elle décela dans les prunelles claires de la chirurgienne toute la fierté qu'elle avait souhaité y insuffler. Oui, alors, c'était possible : elle pouvait susciter chez elle cette fierté qu'elles avaient toutes les deux partagée, aux côtés des ambitions de jeunes femmes qui voulaient changer leur monde. Mais avec la sincérité de Nadja venait la pudeur de Murphy. Elle n'était plus si fière, maintenant qu'elle avait exposé ses talents. Elle y liait tout ce qu'elle avait mal fait ou ce qu'elle aurait pu mieux faire, toutes les directives qu'on lui avaient données et qu'elle s'était contentée de suivre à la lettre. De qui se moquait-elle ? Murphy n'était pas médecin ou aide-soignante. Elle avait appris quelques bases des lèvres d'une mère et d'une Adelaïde bienveillantes, savait panser une blessure, poser un garrot, désinfecter une plaie, stériliser du matériel médical. Une fois, elle avait su aider à l'accouchement d'une femme, parce qu'on lui avait tout expliqué. « Je crois que c'est pour ça que je suis la marraine d'Astrée » fit-elle remarquer, le regard perdu vers les rideaux clairs. « De toute façon, c'est pas pour ma fibre maternelle hein ! » La plaisanterie la fit chercher le regard du médecin et elle haussa les épaules, comme pour passer à autre chose, bien hâtive de laisser derrière elle les compliments forcés, elle qui courait tant après eux pour leur rareté et fuyait dès qu'on lui en accordait un. « T'inquiète. » Un nouveau haussement d'épaules. « Je crois qu'on est juste toutes les deux très connes. » Sa façon à elle d'accepter des excuses et d'en émettre pour tout ce qu'elles ne disaient pas et tout ce qu'elles comprenaient progressivement. Il n'y avait pas eu d'abandon, pas de rupture, pas de ressentiments, pas de reproches à accuser. Juste une pause progressive, accentuée par le temps, catalysée à la fois par sa propre existence et les questionnements qui en avaient découlé.

Levant le nez vers la brune, Murphy s'offusqua de l'accusation. « Non, j'essaie de t'ancrer la vérité dans ton crâne à toi. A l'usure, ça finira sûrement par marcher. » Elle marqua une pause et, avec un sourcil arqué, un brin taquine, attaqua une nouvelle fois. « D'ailleurs je t'ai dit que je vais bien ? Je te jure, ma tête va bien. » Les rires de Nadja répondaient à sa malice et réchauffaient timidement son cœur, achevaient de réveiller toute l'affection qu'elle avait pour la jeune femme. « Mais tu sais que je suis la définition de la prudence, pourtant... » Elle regarda la belle brune s'éloigner pour récupérer un matériel absent du petit chariot qui les avait accompagnées jusque-là. Elle souriait un peu bêtement de la bienveillance dont Nadja faisait preuve à son égard et qui semblait n'avoir jamais vraiment fléchi. Elle s'en voulait d'avoir laissé le temps faire son travail de temps, de l'avoir laissé anesthésier leur amitié pendant toutes ces années jusqu'à leur en faire oublier ce qui avait pu les unir autrefois.

Le pincement au bout de l'index la fit serrer des dents une seconde et elle releva son regard vers son amie d'une humeur visiblement bien plaisantine. « Bah jsais pas, vos lits ils ont l'air sacrément confortables, quand même... » Elle haussa les épaules, consciente qu'elle était prête à tourner autour du pot encore bien longtemps, et ce malgré toutes les remarques que pourrait lui faire Nadja. Elle n'avait jamais été douée pour dire les choses les plus gentilles. « Mais je suis Murphy Cavendish, la seule et l'unique ! » Elle porta sa main libre à sa poitrine pour feindre le choc, tous sourcils froncés de contrariété. « Quoi d'autre que l'exemplaire unique pour surprendre ses pairs... » Une goutte, puis deux gouttes, avaient perlé au bout de son doigt et Nadja, avec minutie, les recueillaient déjà sur la boîte de plastique. « Il sera correct », tenta-t-elle de la convaincre une énième fois, l’œil brillant de malice, encore bien peu encline à abandonner le combat. Mais lorsque la sentence finale tomba, celle qu'elle avait attendue depuis qu'elle avait mis le pied ici, Murphy resta un peu bête, lèvres entrouvertes. Elle n'était plus très sûre de vouloir filer si vite que ça. Parce qu'elle voulait s'assurer que ces retrouvailles ne faisaient pas partie de ces rêves idylliques qui parsemaient ses brèves phases de sommeil, ou parce que même si elle se savait éveillée, elle voulait être sûre qu'elles n'avaient rien d'illusoires. « T'as pas... besoin que je reste pendant que tu fais tes trucs au microscope ? » demanda-t-elle en agitant son index blessé dans les airs, dans ce qu'elle estimait être la direction du fameux microscope, comme pour encourager à demi-mots la médecin à faire ce qu'elle lui disait. Histoire de gagner du temps, sans doute, juste quelques minutes en la présence de ce sourire contagieux. Elle se clarifia la gorge pour justifier sa question. « J'aimerais bien... voir ta tête en direct quand tu verras que j'avais raison. » Elle tourna la tête vers le fond de l'infirmerie qu'avait désignée Nadja. Elle n'avait pas besoin de se faire supplier. « Je vais tester ces lits, alors... » D'un bond, elle quitta celui sur lequel elle était assise, porta son index à ses lèvres et goûta au métal de son propre sang. « J'attends des nouvelles du Dr Wolkoff, qu'on se le dise », lâcha-t-elle, taquine, avant de violemment tirer un rideau et de chercher, curieuse, le lit qui pourrait l'accueillir. Elle croisa le regard d'un malade aux traits tirés et choisit la direction opposée, bien peu encline à se sociabiliser. Elle referma un rideau et s'étala sur un lit un isolé. Dans un grognement, elle se redressa pour ôter ses bottines et les jeter là où la gravité les mèneraient. Elles finirent leur course contre le rideau et Murphy scruta le plafond abîmé, tira la couverture sur elle, finit par fermer les yeux quelques instants. Même si elle était au rez-de-chaussée, l'infirmerie était drôlement silencieuse à côté des dortoirs qui grouillaient toujours de vie, et particulièrement à une heure pareille. Elle se roula sur le côté et l'index blessé se cacha à l'intérieur de la manche du pull trop grand, dans laquelle le nez de la brune s'était perdu, juste pour respirer quelques parfums rassurants. Le silence était presque assourdissant. Sa respiration et son cœur tambourinant étaient tout ce qu'elle entendait. L'odeur des montagnes était tout ce qui la berçait. La proximité de Nadja était tout ce qui l'apaisait.

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Long way from home (Nadja)

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