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˜˜˜˜˜˜Wrap your roots all around my bones △ Alaska
maybe life should be about more than just surviving


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06/12/2015 Electric Soul 3390 Jon Kortajarena Electric Soul & Lux Aeterna ♥ Conseiller druide | Soigneur & orateur/diplomate 455
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Sujet: Wrap your roots all around my bones △ Alaska
Ven 6 Oct - 21:02

Les rayons du soleil sont timides, cachés derrière les feuilles lobées du chêne centenaire. Les feuilles commencent lentement à prendre des teintes automnales, de ci de là, autour de l'arbre de vie, mais elles ne tombent pas encore. Si les arbres qui entourent l'arbre sacré de la tribu se dégarnissent une fois l'hiver venu, ce n'est pas le cas de votre demeure, touchée par les esprits qu'elle est. Tes poumons se remplissent d'un air qui sent la fraîcheur et le froid qui arrive. Tes pas s'enfoncent dans la terre meuble, humide de la fine pluie tombée cette nuit, de la rosée du matin. Le contact avec la terre t'a toujours rassuré, calmé, d'une façon étrange. Vivre au sommet de l'arbre de vie te connecte à la nature, bien sûr, mais tu as toujours préféré le sol, l'odeur de pétrichor et la vie qui bourdonne tout autour.

Tes doigts s'attardent mécaniquement sur les paquets, lacent et délacent les liens qui les retiennent à la monture qui reste là, placide, ses oreilles bougeant seulement de temps en temps pour chasser une mouche importune. Sur son dos : provisions, matériel de survie, plantes médicinales, vêtements, couvertures, ce qu'il y a de plus basique. Ce ne sera qu'une expédition de quelques jours, ou au pire une semaine ou deux si tu t'attardes en cours de route, si tu prends un détour, si tu te rends dans les autres tribus. Pas dans un but politique, non, mais peut-être simplement pour troquer quelques uns de tes remèdes contre les leurs. Les plantes qu'on trouve dans la montagne athna ne sont pas légion, ici, après tout.

Les gestes sont habituels, automatiques, et ils t'empêchent de réellement réfléchir à la question, alors même que tu sais exactement ce qu'il se passe. Si une part de ton esprit a accepté ce fait et l'a déjà rangé comme un événement de plus dans ta chronologie, sans rien de particulier, une autre paraît vouloir éviter de s'attarder sur le sujet. Ou plus précisément sur le pourquoi de cette expédition.

Un soupir s'échappe de tes lèvres et tu passes rapidement une main à ta tempe, comme pour soulager le mal de tête que tu sens poindre. Tu n'aimes pas avoir ton esprit divisé ainsi, partagé ainsi. Ne devrais-tu pas ne pas t'en soucier ? Rationnellement, tu sais que ce n'est qu'une expédition parmi d'autres, qu'elle n'est pas si importante. Et honnêtement, tu aurais dû t'attendre à une telle annonce bien plus tôt. Quand tu l'as rencontrée, il y a un an de ça, tu n'aurais jamais cru qu'Alaska s'attarderait autant sur vos terres. La jeune femme avait déclaré entreprendre un voyage, et tu avais supposé que la forêt naori n'était qu'une étape dans son périple et qu'elle repartirait bien assez tôt vers sa vraie destination, ou du moins, qu'elle reprendrait la route. Mais ça n'a pas été le cas, à ta grande surprise. Même si tu dois avouer qu'une part traître et égoïste de toi s'en est quelque peu réjoui. Car passée la méfiance initiale, tu as fini par apprécier Alaska. Pas seulement pour ses connaissances médicales, même si c'est la première chose qui a attisé son intérêt, parce que tu es un druide avant tout et que tu as toujours cherché à améliorer tes connaissances et que tu sais pertinemment que le peuple du ciel est plus avancé sur ces choses-là. Et c'est vrai que tu as appris, que tu en sais désormais davantage sur leurs méthodes de soins, sur leur apprentissage, et tu gardes ces informations précieusement dans un coin de ton esprit. Mais tu as également fini par apprécier Alaska pour sa différence, sa curiosité, sa douceur. La façon dont elle ne te juge pas, n'attend rien de toi, arrive à t'apaiser aussi, d'une certaine façon. Peut-être cela t'a-t-il fait simplement du bien d'être Harlan, et pas le conseiller druide de ta tribu. De ne pas devoir justifier tes actions, tes décisions ou ton raisonnement. De ne pas sans cesse être critiqué pour tes choix ou ta façon d'être. D'être simplement toi et de ne pas devoir penser à la tribu, de ne pas devoir porter un poids qui, tu dois l'avouer, te pèse ces derniers temps.

Tu ne peux pas oublier les mots durs de Rowena à ton égard. Et si tu sais rationnellement que l'autre conseillère a eu en grande partie raison, qu'elle a probablement voulu agir, sinon pour ton bien, au moins pour le bien de la tribu, ses paroles ont quand même été une gifle pour toi, un coup bien plus dur à encaisser que tu ne l'aurais cru. Manipulateur. Fautif. Choix néfastes. Coupable de mener la tribu à sa perte. Des mois après et tu ne parviens pas à les oublier et ils hantent chacun des gestes que tu fais, chaque décision que tu prends. Tu préfères désormais faire profil bas, laisser Ashiri reprendre le plus gros de tes tâches politiques, vu qu'apparemment tu es meilleur guérisseur que diplomate. Quelques jours loin de la tribu te feront probablement du bien. Même si pour ce faire, tu dois emmener Alaska chez les jeunes Skaikru. Si Caleb a accueilli favorablement la nouvelle, lui qui n'a guère apprécié que tu laisses une étrangère vivre si près de chez vous, toi, c'est autre chose qui tiraille ton coeur. Déception ? Tristesse ? Tu ne sais pas vraiment, ou plutôt, tu ne veux pas savoir et tu enterres ces émotions au plus profond de toi. C'est mieux pour Alaska de rejoindre les siens, n'est-ce pas ? Même si tu es étonné qu'elle ait préféré ne pas rejoindre les autres hommes du ciel, qui ont déménagé de leur campement il y a peu, tu ne peux la juger sur les décisions qu'elle prend. Tu sais que sa relation avec ce deuxième groupe est compliquée, même si les raisons exactes te sont encore quelque peu obscures. Malgré vos discussions, tu ne comprends pas encore tout à fait la réalité de ce qu'elle a vécu là-haut. Mais la moindre des choses que tu pouvais faire, quand elle t'a fait part de sa décision de rejoindre les jeunes Skaikru, c'était de lui proposer de l'accompagner. Même si elle s'est améliorée pour survivre dans la nature, par rapport à ses débuts, tu t'inquiétais des ennuis qu'elle pouvait rencontrer sur la route. Et puis, ce n'est pas comme si cela te dérangeait de quitter la tribu, au contraire.

Quand enfin, tout te semble prêt, tu finis par sortir du village, à côté du cheval plutôt que sur son dos, et tu prends la direction de la clairière où Alaska a fini par s'installer.

Ton regard note aisément les détails qui ont changé, ce feu éteint, ces affaires rassemblées, ce campement démonté. Autant de signes d'un départ imminent. Ton sourire est quelque peu forcé, quand tu finis par apercevoir la chevelure blonde de la jeune femme.

« Bonjour, Alaska. Prête à partir ? »

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29/01/2016 Sial 139 Cara Delevingne Mysterylight ; Liama (ava) merci hihi Soins & quelques aptitudes en tant qu'herboriste 0
Solitude à la douce odeur de ciguë


Sujet: Re: Wrap your roots all around my bones △ Alaska
Sam 4 Nov - 19:07



— Dernières chaleurs d’été, premières brises d’hiver ; les mêmes qu’elle a déjà autrefois côtoyé, les mêmes qu’elle a déjà enduré il y a un an de cela. Ses premiers pas hors des barrières, celles qui protègent de l’extérieur, qui emprisonnent de l’intérieur. Premiers pas hors du monde qu’elle a toujours connu, à demie blessée – la sensation de pouvoir enfin sentir quelques fragrances de liberté.

Mais aujourd’hui, ces effluves ont une toute autre odeur ; celle du départ, celle des au revoir – ceux qu’elle déteste tant, qu’elle esquive du regard, qu’elle essaye d’apaiser avec des sourires désolés. Attristés. Le coeur qui se déchire en deux bouts ; l’un qui veut rester, l’autre qui veut se tirer, retrouver l’enfant abandonné depuis plusieurs années. Alaska elle a jamais été douée quand il s’agit de faire des choix, et puis quand elle t’en a parlé, ça s’est vite imposé. Il était temps pour elle de retrouver les siens, de retrouver le peuple qui avait menacé de l’étouffer. Et elle le savait, et tu le savais ; même si peut-être intérieurement elle espérait que tu la retiennes ne serait-ce qu’un peu, que tu lui dises que ça allait laisser un bleu, un genre d’ecchymose en plein milieu de la poitrine, pas le genre qui allait disparaître de si tôt.

Alaska, elle aime pas se savoir facilement oubiable, effaçable. Mais elle te fait assez confiance pour que tu la gardes encore un peu quelque part, dans un coin de ta tête. Elle reviendra Alaska. Elle reviendra, peut-être dans longtemps, mais elle reviendra.
Parce qu’elle, Alaska, elle sait pas oublier. Elle sait pas effacer. Ça reste toujours bien ancré, comme des tatouages à l’encre indélébile, avec tout ce qui va avec – les souvenirs, les émotions, le manque, l’espoir.

Elle s’accorde une dernière chance. Un moment supplémentaire. Ses doigts arrêtent de s’activer au milieu des petits flacons contenant les remèdes qu’elle a fabriqué durant cette année, et elle ferme les yeux. Elle écoute, les bruits de la forêt, et cet autre bourdonnement à proximité de ses tympans. C’est comme une tempête d’abeilles folles, ça lui casse les oreilles, ça l’empêche de réfléchir. Elle les connait bien ; elle les a déjà entendues. Le doute, l’alarme, le petit quelque chose qui fait qu’elle se demande si elle prend la bonne décision, si elle va pas regretter son action. La partie d’elle qui a peur, qui est terrifiée ; complètement horrifiée par la situation, qui la sent s’échapper d’entre ses doigts, lui glisser entre les mains.

Et si Liam ne l’avait pas attendue ? S’il était déjà plus de ce monde, qu’elle avait été trop longue – s’il ne voulait plus la voir, s’il avait changé ? Si les évènements l’avaient complètement retourné ? Et puis si jamais elle doit revoir la tribu délaissée, vont ils la chasser, lui en vouloir, la punir pour s’être échappée ? Les murs froids de la prison elle les a quitté, pourtant le souvenir de la glace contre son dos est presque intact, perpétuellement présent.

Mais il n’y avait pas que ça, il y avait autre chose – Harlan, et puis d’autres Naoris. Elle ne peut pas vous ignorer, elle ne peut pas t’ignorer. T’as pris la place qu’était pas occupée, tu l’as remplie, tu l’as embellie ; t’as été radieux, t’as été froid, t’as été en colère aussi parfois – et Alaska elle embrassait tout ce que tu lui offrais à pleine bouche, sûrement parce qu’au fond elle se doutait que ce  n’était pas éternel.

Maman disait ; toutes les belles choses ont une fin.
Papa racontait ; elles permettent de rendre le quotidien un peu plus beau face à cet avenir incertain.

Le silence est d’or. Elle essaye d’apaiser les tourments internes en s’occupant ; elle balance de l’eau sur le feu, rassemble tout ce qu’elle peut. Elle compte, recompte et décompte chaque fiole, chaque herbe, chaque provision à emmener. Elle s’assure de n’avoir rien oublié. Même si elle est à peu près certaine qu’en disparaissant, elle allait laisser quelque chose ici, entre un caillou et une brindille brisée, enfoncé dans la terre et sans doute bouffé par les insectes et les animaux qui reprendront bientôt possession du lieu qu’elle a si longtemps habité.

Elle lève la tête, se redresse en entendant tes pas et ceux de la monture. T’as le sourire qui se trace sur ton visage ; un sourire qui se veut chaud à son regard, et qui la rassure un peu. Expression qu’elle te rend – elle te l’offre à deux mains, profitant des derniers instants.

— Bonjour !

Son regard se porte sur tous les paquets, qu’elle prend dans ses bras.

— Plus que prête.

Pas assez.
Jamais assez.
Ça peut pas être assez.

Le coeur à bascule, d’un coup qui chavire de joie à tristesse dissimulée, Alaska qui se demande comment elle devrait se comporter ; elle culpabilise un peu d’avoir ce genre de caprice inavoué – vouloir tout garder. L’être aimé, mais aussi celui bientôt abandonné, délaissé dans quelques jours entre deux arbres, au milieu des couleurs automnales, avec comme grand final Alaska qui a pour toi un dernier battement de cil blancs et un sourire qui se dilue dans le flou de l’incertitude.

Elle hausse un peu des épaules, replace une mèche derrière son oreille, son sac bien calé contre son ventre.

— Bien plus que la dernière fois.

Elle ajoute dans un léger éclat de rire, désormais amusée de la situation – elle aurait pu mourir, rester sur le bas côté, cadavre pour les charognards qui font de la mort qu’un vague souvenir ; y laisser sa peau, imprudente qui ne connaissait rien de cette forêt dans laquelle elle s’était aventurée sans un mot.

Elle te tend ses affaires, puis contourne l’équidé pour y déposer quelques autres affaires. Ses doigts caressent le poil brillant de l’animal, elle s’éternise un peu, deux billes nostalgiques qui voient rien, qui voient plus – qui se perdent dans un autre monde, dans ce qu’elle aurait vu il y a quelques mois dans cette même clairière. Les saisons qui changent, le temps qui évolue. Elle qui grandit. Elle qui s’endurcit.

La jeune fille lève les yeux vers toi, elle te regarde, te sourie encore.

— Alors il est temps hein ?

Pas besoin d’en ajouter plus, peur de craquer. Alaska qui, malgré les intempéries et les coups endurés, n’a jamais perdu de sa sensibilité. L’âme qui s’étire, qui s’étiole ; l’âme trop emphatique qui craque quand il ne faut pas, qui pleure pour l’autre, qui rit pour l’autre, qui vit parfois, pour l’autre. Alaska elle est comme ça, elle a pas l’étoffe du leader, de la personne sur qui compter. C’est toi qu’a cette parure, et elle t’admire plutôt que t’envier, sachant ce rôle difficile.

Alaska, elle, pourrait se briser.

— Je vais t’avouer que c’est bien plus rassurant de partir à deux que seule, sans grande surprise. Merci encore de m’accompagner. C’est très gentil de ta part.

Même si ce n’est pas que pour elle, même si derrière il y a d’autres objectifs, il lui en faut peu pour s’extasier. Alaska elle a le don de voir les choses sous le bon angle, apprécier ce qu’on lui donne à voir, chérir tout ce qu’on pourrait lui offrir.

Tu lui as offert beaucoup de chose, Harlan. Peut-être n’en as tu même pas conscience ? Elle s’assurera, avant de te quitter, que ce soit le cas. Alaska, elle ne sait pas si elle aura assez de sa vie pour te rembourser.

Elle prend les devants, peur de se retourner. Elle se refuse à jeter un dernier regard sur le campement abandonné, de peur de s’arrêter. De rester les deux pieds bien plantés dans le sol, enracinée, pour ensuite refuser de s’en aller. Alors elle avance, direction l’ouest comme tu lui as si bien appris, en tête de file. 


— Tu sais, Harlan…

Le regard ne se voile pas de larmes ; il brille d’un autre éclat.

— J’ai passé une superbe année ici, à tes côtés.

Le coeur qui est quand même un peu effiloché.

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Sujet: Re: Wrap your roots all around my bones △ Alaska
Ven 17 Nov - 0:55

Tu ne comprends pas vraiment pourquoi ça fait un peu mal de la voir partir.

Tu vois tous ces signes de départ, ces marques effacées méticuleusement, pour ne pas laisser trace de son passage. Laisser la nature revenir à son état originel, le sol non-perturbé par la présence humaine. Et c'est mieux, n'est-ce pas ? Tu devrais préférer ce retour à un état plus propre, plus naturel. Et pourtant, ça te tiraille, comme si quelque chose n'allait pas, comme si ce n'était pas vraiment la bonne solution. Tu ne comprends pas pourquoi. Ce n'est pas la réponse logique que tu devrais avoir. Mais tu ne dis rien, tu tentes d'effacer ce trouble inopportun. Ça passera, tu en es persuadé. Ce n'est qu'un souci passager.

Tu t'efforces de sourire, parce qu'aujourd'hui est censé être quelque chose de positif. Une avancée, pour Alaska. Une étape que tu es conscient qu'elle a retardé, reculé, pour une raison que tu ignores. Car c'était pour rejoindre ces autres Skaikru qu'elle était là au départ, non ? Elle s'était simplement perdue, résultat d'un mauvais sens de l'orientation. Elle l'avait avoué à demi-mot, embarrassée, et ça t'avait amusé. Tu peux parfaitement comprendre à quel point il est aisé de se perdre, encore plus dans un monde auquel on n'est pas habitué, dans lequel tout paraît étrange et peu familier. Mais l'idée qu'elle ait pu se tromper à ce point-là...oui, ça t'a fait rire, un peu. Tu ne l'aurais probablement jamais rencontrée non plus, s'il n'y avait eu cette erreur. Dois-tu donc être redevable à son mauvais sens de l'orientation ? Peut-être.

Son enthousiasme pour le départ achève de tuer cette sensation désagréable que tu ne comprends pas, et ton sourire se fait plus franc, plus doux aussi, quand tu entends son éclat de rire. Instinctivement, tu l'aides avec tous ses paquets, en en prenant certains qui encombrent ses bras pour les insérer dans les sacoches présentes sur la selle de ton cheval.

« Bien. » réponds-tu, quand elle t'annonce qu'elle est davantage prête que la dernière fois. « Tu rencontreras moins de problèmes maintenant que tu connais mieux la forêt. »

Il avait bien fallu lui apprendre à survivre, après tout. Elle ne pouvait résider au village, et elle avait souhaité rester dans la forêt, loin de son camp d'origine dont elle aurait pu bénéficier de la protection. L'aider à se fabriquer un abri, à survivre en pleine forêt, avait coulé de source. Tu n'avais pas totalement réalisé à l'époque que tu l'aidais à prendre racine ici, à s'installer. Tu avais simplement pensé en terme d'aide, tu croyais que ce serait temporaire. Et les semaines puis les mois s'étaient succédé, et Alaska était toujours là. Tu la visitais, parfois, pour t'assurer qu'elle allait bien, qu'elle ne manquait de rien, qu'elle ne causait pas de troubles. Puis ce fut pour satisfaire ta curiosité sur leur peuple, pour t'aider à comprendre comment ils vivaient, pensaient. Comment la médecine avait évolué chez eux, comment la technologie les avait assisté en de nombreuses choses. Beaucoup de ces choses restent encore obscures pour toi, mais tu les comprends tout de même mieux qu'auparavant, et tu as appris à voir ces Skaikru, ces Odysséens, sous un jour nouveau. Moins comme des envahisseurs venus chercher la guerre, venus pour vos dérober vos terres et détruire votre monde, et davantage comme des hommes et des femmes perdus, qui avaient vécu trop longtemps loin de la Terre et qui ne savaient plus vraiment ce qu'elle était. Qu'elle avait représenté un rêve, une chimère, pour eux, comme pour toi il est inimaginable qu'un jour tu puisses vivre dans le ciel. C'est un univers qui vous sépare, et pourtant à la cadence de ses mots, tout ça ne paraissait pas si loin.

Et puis les propos ont évolué, les visites se sont faites moins purement pratiques, la méfiance s'est endormie pour laisser place à une confiance nouvelle, fragile. Tu as commencé à révéler des anecdotes, aussi bien concernant le druidisme et ton apprentissage que sur la vie au village, votre culture, votre façon de voir les choses. Tu lui as expliqué votre respect de la nature, l'idée que tout est vivant, habité par un esprit. Tu lui as parlé de vos valeurs, vos croyances. Et puis petit à petit, tu as commencé à parler de toi. De ton quotidien, de tes patients, des tes préparations médicinales. Plus tard encore, de tes doutes, de ta fatigue, de tes décisions ou actions que parfois les autres ne comprenaient pas. Sans que tu ne le réalises de prime abord, Alaska était petit à petit devenu une échappatoire, une bouffée d'air frais, parce qu'elle ne te jugeait pas, parce qu'elle t'écoutait sans critiquer, sans te remettre en cause. Sans vouloir te plier d'une façon ou d'une autre à un avis qui n'est pas le tien, à une chose dont tu ne veux pas, à laquelle tu n'adhères pas. Sans attendre quelque chose de toi, parce que ta position fait qu'il est de ton devoir de servir, toujours, et de faire passer tout le monde avant toi.

Cela va te faire un vide, tu penses, de ne plus pouvoir parler sans être jugé. De pouvoir être toi, simplement, sans être conseiller, sans avoir à porter le poids d'une tribu sur tes épaules. Vide, de ne plus avoir son point de vue de fille du ciel, son regard neuf sur certaines choses, sa douceur, son innocence, sa tranquillité. Et alors que tu ranges ses effets, preuves du départ, tu te rends compte qu'Alaska va te manquer. Pas juste en tant que source de savoirs ou oreille attentive, non, en tant que personne. Déstabilisé, tes gestes se suspendent un instant, avant que la voix de la jeune femme ne te sorte de tes pensées, ne te ramène à la réalité.

« Alors, il est temps, hein ? »

Ton coeur se serre étrangement à ces mots. Tu n'aimes pas cette sensation.

Malgré tout, tu lui offres un mince sourire, parce que c'est le mieux pour elle, n'est-ce pas ? De retourner avec les siens ? Oui. Certainement.

Tu secoues la tête quand elle te remercie de l'accompagner.

« Ce n'est rien et ça ne me dérange pas. Et puis, ça me rassure aussi d'une certaine façon. Je n'ai pas envie qu'il t'arrive quelque chose sur la route. »

La route vers le campement des jeunes Skaikru n'est pas foncièrement dangereuse, du moins, pas en terme de rencontres humaines, mais tu sais à quel point il peut lui être aisé de se perdre, et tu connais mieux la forêt qu'elle, les coins à éviter, les plantes toxiques. Et si elle tombait sur un solitaire hostile aux étrangers venus des étoiles, que ferait-elle ? Non, il était plus simple de l'accompagner, que de se poser toutes ces questions alors qu'elle s'éloignait. Et puis, ce n'était pas comme s'il ne t'était pas courant de t'éloigner de la tribu pour quelques temps. C'était une coupure nécessaire, pour toi aussi.

Alaska se détourne, ne te laissant qu'avec ses mèches blondes pour toute vision. Tu la fixes avec un regard interrogateur, quand elle prononce ton nom. N'est-il pas plus simple de te faire face pour te parler ?

La confession qui s'échappe de ses lèvres te surprend, et tes yeux s'écarquillent d'étonnement.

« Oh. »

Une exclamation de surprise, simple, dans un souffle. Tu ne t'y attendais pas. C'est étrange. Plaisant aussi, d'une certaine façon.

Ton sourire se teinte de tristesse.

« Moi aussi. J'ai apprécié te connaître. »

Passé. Parce que tu ne te fais guère d'illusions, tu ne la reverras probablement pas.

Un soupir. Tu serres les sangles de ta monture, regarde le soleil sur l'horizon.

« On devrait y aller. »

Pas une injonction ou un ordre, une proposition, à voix douce, presque à contrecoeur.

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Sujet: Re: Wrap your roots all around my bones △ Alaska

 

Wrap your roots all around my bones △ Alaska

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