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˜˜˜˜˜˜Wrap your roots all around my bones △ Alaska
maybe life should be about more than just surviving


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Sujet: Wrap your roots all around my bones △ Alaska
Ven 6 Oct - 21:02

Les rayons du soleil sont timides, cachés derrière les feuilles lobées du chêne centenaire. Les feuilles commencent lentement à prendre des teintes automnales, de ci de là, autour de l'arbre de vie, mais elles ne tombent pas encore. Si les arbres qui entourent l'arbre sacré de la tribu se dégarnissent une fois l'hiver venu, ce n'est pas le cas de votre demeure, touchée par les esprits qu'elle est. Tes poumons se remplissent d'un air qui sent la fraîcheur et le froid qui arrive. Tes pas s'enfoncent dans la terre meuble, humide de la fine pluie tombée cette nuit, de la rosée du matin. Le contact avec la terre t'a toujours rassuré, calmé, d'une façon étrange. Vivre au sommet de l'arbre de vie te connecte à la nature, bien sûr, mais tu as toujours préféré le sol, l'odeur de pétrichor et la vie qui bourdonne tout autour.

Tes doigts s'attardent mécaniquement sur les paquets, lacent et délacent les liens qui les retiennent à la monture qui reste là, placide, ses oreilles bougeant seulement de temps en temps pour chasser une mouche importune. Sur son dos : provisions, matériel de survie, plantes médicinales, vêtements, couvertures, ce qu'il y a de plus basique. Ce ne sera qu'une expédition de quelques jours, ou au pire une semaine ou deux si tu t'attardes en cours de route, si tu prends un détour, si tu te rends dans les autres tribus. Pas dans un but politique, non, mais peut-être simplement pour troquer quelques uns de tes remèdes contre les leurs. Les plantes qu'on trouve dans la montagne athna ne sont pas légion, ici, après tout.

Les gestes sont habituels, automatiques, et ils t'empêchent de réellement réfléchir à la question, alors même que tu sais exactement ce qu'il se passe. Si une part de ton esprit a accepté ce fait et l'a déjà rangé comme un événement de plus dans ta chronologie, sans rien de particulier, une autre paraît vouloir éviter de s'attarder sur le sujet. Ou plus précisément sur le pourquoi de cette expédition.

Un soupir s'échappe de tes lèvres et tu passes rapidement une main à ta tempe, comme pour soulager le mal de tête que tu sens poindre. Tu n'aimes pas avoir ton esprit divisé ainsi, partagé ainsi. Ne devrais-tu pas ne pas t'en soucier ? Rationnellement, tu sais que ce n'est qu'une expédition parmi d'autres, qu'elle n'est pas si importante. Et honnêtement, tu aurais dû t'attendre à une telle annonce bien plus tôt. Quand tu l'as rencontrée, il y a un an de ça, tu n'aurais jamais cru qu'Alaska s'attarderait autant sur vos terres. La jeune femme avait déclaré entreprendre un voyage, et tu avais supposé que la forêt naori n'était qu'une étape dans son périple et qu'elle repartirait bien assez tôt vers sa vraie destination, ou du moins, qu'elle reprendrait la route. Mais ça n'a pas été le cas, à ta grande surprise. Même si tu dois avouer qu'une part traître et égoïste de toi s'en est quelque peu réjoui. Car passée la méfiance initiale, tu as fini par apprécier Alaska. Pas seulement pour ses connaissances médicales, même si c'est la première chose qui a attisé son intérêt, parce que tu es un druide avant tout et que tu as toujours cherché à améliorer tes connaissances et que tu sais pertinemment que le peuple du ciel est plus avancé sur ces choses-là. Et c'est vrai que tu as appris, que tu en sais désormais davantage sur leurs méthodes de soins, sur leur apprentissage, et tu gardes ces informations précieusement dans un coin de ton esprit. Mais tu as également fini par apprécier Alaska pour sa différence, sa curiosité, sa douceur. La façon dont elle ne te juge pas, n'attend rien de toi, arrive à t'apaiser aussi, d'une certaine façon. Peut-être cela t'a-t-il fait simplement du bien d'être Harlan, et pas le conseiller druide de ta tribu. De ne pas devoir justifier tes actions, tes décisions ou ton raisonnement. De ne pas sans cesse être critiqué pour tes choix ou ta façon d'être. D'être simplement toi et de ne pas devoir penser à la tribu, de ne pas devoir porter un poids qui, tu dois l'avouer, te pèse ces derniers temps.

Tu ne peux pas oublier les mots durs de Rowena à ton égard. Et si tu sais rationnellement que l'autre conseillère a eu en grande partie raison, qu'elle a probablement voulu agir, sinon pour ton bien, au moins pour le bien de la tribu, ses paroles ont quand même été une gifle pour toi, un coup bien plus dur à encaisser que tu ne l'aurais cru. Manipulateur. Fautif. Choix néfastes. Coupable de mener la tribu à sa perte. Des mois après et tu ne parviens pas à les oublier et ils hantent chacun des gestes que tu fais, chaque décision que tu prends. Tu préfères désormais faire profil bas, laisser Ashiri reprendre le plus gros de tes tâches politiques, vu qu'apparemment tu es meilleur guérisseur que diplomate. Quelques jours loin de la tribu te feront probablement du bien. Même si pour ce faire, tu dois emmener Alaska chez les jeunes Skaikru. Si Caleb a accueilli favorablement la nouvelle, lui qui n'a guère apprécié que tu laisses une étrangère vivre si près de chez vous, toi, c'est autre chose qui tiraille ton coeur. Déception ? Tristesse ? Tu ne sais pas vraiment, ou plutôt, tu ne veux pas savoir et tu enterres ces émotions au plus profond de toi. C'est mieux pour Alaska de rejoindre les siens, n'est-ce pas ? Même si tu es étonné qu'elle ait préféré ne pas rejoindre les autres hommes du ciel, qui ont déménagé de leur campement il y a peu, tu ne peux la juger sur les décisions qu'elle prend. Tu sais que sa relation avec ce deuxième groupe est compliquée, même si les raisons exactes te sont encore quelque peu obscures. Malgré vos discussions, tu ne comprends pas encore tout à fait la réalité de ce qu'elle a vécu là-haut. Mais la moindre des choses que tu pouvais faire, quand elle t'a fait part de sa décision de rejoindre les jeunes Skaikru, c'était de lui proposer de l'accompagner. Même si elle s'est améliorée pour survivre dans la nature, par rapport à ses débuts, tu t'inquiétais des ennuis qu'elle pouvait rencontrer sur la route. Et puis, ce n'est pas comme si cela te dérangeait de quitter la tribu, au contraire.

Quand enfin, tout te semble prêt, tu finis par sortir du village, à côté du cheval plutôt que sur son dos, et tu prends la direction de la clairière où Alaska a fini par s'installer.

Ton regard note aisément les détails qui ont changé, ce feu éteint, ces affaires rassemblées, ce campement démonté. Autant de signes d'un départ imminent. Ton sourire est quelque peu forcé, quand tu finis par apercevoir la chevelure blonde de la jeune femme.

« Bonjour, Alaska. Prête à partir ? »

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Sujet: Re: Wrap your roots all around my bones △ Alaska
Sam 4 Nov - 19:07



— Dernières chaleurs d’été, premières brises d’hiver ; les mêmes qu’elle a déjà autrefois côtoyé, les mêmes qu’elle a déjà enduré il y a un an de cela. Ses premiers pas hors des barrières, celles qui protègent de l’extérieur, qui emprisonnent de l’intérieur. Premiers pas hors du monde qu’elle a toujours connu, à demie blessée – la sensation de pouvoir enfin sentir quelques fragrances de liberté.

Mais aujourd’hui, ces effluves ont une toute autre odeur ; celle du départ, celle des au revoir – ceux qu’elle déteste tant, qu’elle esquive du regard, qu’elle essaye d’apaiser avec des sourires désolés. Attristés. Le coeur qui se déchire en deux bouts ; l’un qui veut rester, l’autre qui veut se tirer, retrouver l’enfant abandonné depuis plusieurs années. Alaska elle a jamais été douée quand il s’agit de faire des choix, et puis quand elle t’en a parlé, ça s’est vite imposé. Il était temps pour elle de retrouver les siens, de retrouver le peuple qui avait menacé de l’étouffer. Et elle le savait, et tu le savais ; même si peut-être intérieurement elle espérait que tu la retiennes ne serait-ce qu’un peu, que tu lui dises que ça allait laisser un bleu, un genre d’ecchymose en plein milieu de la poitrine, pas le genre qui allait disparaître de si tôt.

Alaska, elle aime pas se savoir facilement oubiable, effaçable. Mais elle te fait assez confiance pour que tu la gardes encore un peu quelque part, dans un coin de ta tête. Elle reviendra Alaska. Elle reviendra, peut-être dans longtemps, mais elle reviendra.
Parce qu’elle, Alaska, elle sait pas oublier. Elle sait pas effacer. Ça reste toujours bien ancré, comme des tatouages à l’encre indélébile, avec tout ce qui va avec – les souvenirs, les émotions, le manque, l’espoir.

Elle s’accorde une dernière chance. Un moment supplémentaire. Ses doigts arrêtent de s’activer au milieu des petits flacons contenant les remèdes qu’elle a fabriqué durant cette année, et elle ferme les yeux. Elle écoute, les bruits de la forêt, et cet autre bourdonnement à proximité de ses tympans. C’est comme une tempête d’abeilles folles, ça lui casse les oreilles, ça l’empêche de réfléchir. Elle les connait bien ; elle les a déjà entendues. Le doute, l’alarme, le petit quelque chose qui fait qu’elle se demande si elle prend la bonne décision, si elle va pas regretter son action. La partie d’elle qui a peur, qui est terrifiée ; complètement horrifiée par la situation, qui la sent s’échapper d’entre ses doigts, lui glisser entre les mains.

Et si Liam ne l’avait pas attendue ? S’il était déjà plus de ce monde, qu’elle avait été trop longue – s’il ne voulait plus la voir, s’il avait changé ? Si les évènements l’avaient complètement retourné ? Et puis si jamais elle doit revoir la tribu délaissée, vont ils la chasser, lui en vouloir, la punir pour s’être échappée ? Les murs froids de la prison elle les a quitté, pourtant le souvenir de la glace contre son dos est presque intact, perpétuellement présent.

Mais il n’y avait pas que ça, il y avait autre chose – Harlan, et puis d’autres Naoris. Elle ne peut pas vous ignorer, elle ne peut pas t’ignorer. T’as pris la place qu’était pas occupée, tu l’as remplie, tu l’as embellie ; t’as été radieux, t’as été froid, t’as été en colère aussi parfois – et Alaska elle embrassait tout ce que tu lui offrais à pleine bouche, sûrement parce qu’au fond elle se doutait que ce  n’était pas éternel.

Maman disait ; toutes les belles choses ont une fin.
Papa racontait ; elles permettent de rendre le quotidien un peu plus beau face à cet avenir incertain.

Le silence est d’or. Elle essaye d’apaiser les tourments internes en s’occupant ; elle balance de l’eau sur le feu, rassemble tout ce qu’elle peut. Elle compte, recompte et décompte chaque fiole, chaque herbe, chaque provision à emmener. Elle s’assure de n’avoir rien oublié. Même si elle est à peu près certaine qu’en disparaissant, elle allait laisser quelque chose ici, entre un caillou et une brindille brisée, enfoncé dans la terre et sans doute bouffé par les insectes et les animaux qui reprendront bientôt possession du lieu qu’elle a si longtemps habité.

Elle lève la tête, se redresse en entendant tes pas et ceux de la monture. T’as le sourire qui se trace sur ton visage ; un sourire qui se veut chaud à son regard, et qui la rassure un peu. Expression qu’elle te rend – elle te l’offre à deux mains, profitant des derniers instants.

— Bonjour !

Son regard se porte sur tous les paquets, qu’elle prend dans ses bras.

— Plus que prête.

Pas assez.
Jamais assez.
Ça peut pas être assez.

Le coeur à bascule, d’un coup qui chavire de joie à tristesse dissimulée, Alaska qui se demande comment elle devrait se comporter ; elle culpabilise un peu d’avoir ce genre de caprice inavoué – vouloir tout garder. L’être aimé, mais aussi celui bientôt abandonné, délaissé dans quelques jours entre deux arbres, au milieu des couleurs automnales, avec comme grand final Alaska qui a pour toi un dernier battement de cil blancs et un sourire qui se dilue dans le flou de l’incertitude.

Elle hausse un peu des épaules, replace une mèche derrière son oreille, son sac bien calé contre son ventre.

— Bien plus que la dernière fois.

Elle ajoute dans un léger éclat de rire, désormais amusée de la situation – elle aurait pu mourir, rester sur le bas côté, cadavre pour les charognards qui font de la mort qu’un vague souvenir ; y laisser sa peau, imprudente qui ne connaissait rien de cette forêt dans laquelle elle s’était aventurée sans un mot.

Elle te tend ses affaires, puis contourne l’équidé pour y déposer quelques autres affaires. Ses doigts caressent le poil brillant de l’animal, elle s’éternise un peu, deux billes nostalgiques qui voient rien, qui voient plus – qui se perdent dans un autre monde, dans ce qu’elle aurait vu il y a quelques mois dans cette même clairière. Les saisons qui changent, le temps qui évolue. Elle qui grandit. Elle qui s’endurcit.

La jeune fille lève les yeux vers toi, elle te regarde, te sourie encore.

— Alors il est temps hein ?

Pas besoin d’en ajouter plus, peur de craquer. Alaska qui, malgré les intempéries et les coups endurés, n’a jamais perdu de sa sensibilité. L’âme qui s’étire, qui s’étiole ; l’âme trop emphatique qui craque quand il ne faut pas, qui pleure pour l’autre, qui rit pour l’autre, qui vit parfois, pour l’autre. Alaska elle est comme ça, elle a pas l’étoffe du leader, de la personne sur qui compter. C’est toi qu’a cette parure, et elle t’admire plutôt que t’envier, sachant ce rôle difficile.

Alaska, elle, pourrait se briser.

— Je vais t’avouer que c’est bien plus rassurant de partir à deux que seule, sans grande surprise. Merci encore de m’accompagner. C’est très gentil de ta part.

Même si ce n’est pas que pour elle, même si derrière il y a d’autres objectifs, il lui en faut peu pour s’extasier. Alaska elle a le don de voir les choses sous le bon angle, apprécier ce qu’on lui donne à voir, chérir tout ce qu’on pourrait lui offrir.

Tu lui as offert beaucoup de chose, Harlan. Peut-être n’en as tu même pas conscience ? Elle s’assurera, avant de te quitter, que ce soit le cas. Alaska, elle ne sait pas si elle aura assez de sa vie pour te rembourser.

Elle prend les devants, peur de se retourner. Elle se refuse à jeter un dernier regard sur le campement abandonné, de peur de s’arrêter. De rester les deux pieds bien plantés dans le sol, enracinée, pour ensuite refuser de s’en aller. Alors elle avance, direction l’ouest comme tu lui as si bien appris, en tête de file. 


— Tu sais, Harlan…

Le regard ne se voile pas de larmes ; il brille d’un autre éclat.

— J’ai passé une superbe année ici, à tes côtés.

Le coeur qui est quand même un peu effiloché.

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Sujet: Re: Wrap your roots all around my bones △ Alaska
Ven 17 Nov - 0:55

Tu ne comprends pas vraiment pourquoi ça fait un peu mal de la voir partir.

Tu vois tous ces signes de départ, ces marques effacées méticuleusement, pour ne pas laisser trace de son passage. Laisser la nature revenir à son état originel, le sol non-perturbé par la présence humaine. Et c'est mieux, n'est-ce pas ? Tu devrais préférer ce retour à un état plus propre, plus naturel. Et pourtant, ça te tiraille, comme si quelque chose n'allait pas, comme si ce n'était pas vraiment la bonne solution. Tu ne comprends pas pourquoi. Ce n'est pas la réponse logique que tu devrais avoir. Mais tu ne dis rien, tu tentes d'effacer ce trouble inopportun. Ça passera, tu en es persuadé. Ce n'est qu'un souci passager.

Tu t'efforces de sourire, parce qu'aujourd'hui est censé être quelque chose de positif. Une avancée, pour Alaska. Une étape que tu es conscient qu'elle a retardé, reculé, pour une raison que tu ignores. Car c'était pour rejoindre ces autres Skaikru qu'elle était là au départ, non ? Elle s'était simplement perdue, résultat d'un mauvais sens de l'orientation. Elle l'avait avoué à demi-mot, embarrassée, et ça t'avait amusé. Tu peux parfaitement comprendre à quel point il est aisé de se perdre, encore plus dans un monde auquel on n'est pas habitué, dans lequel tout paraît étrange et peu familier. Mais l'idée qu'elle ait pu se tromper à ce point-là...oui, ça t'a fait rire, un peu. Tu ne l'aurais probablement jamais rencontrée non plus, s'il n'y avait eu cette erreur. Dois-tu donc être redevable à son mauvais sens de l'orientation ? Peut-être.

Son enthousiasme pour le départ achève de tuer cette sensation désagréable que tu ne comprends pas, et ton sourire se fait plus franc, plus doux aussi, quand tu entends son éclat de rire. Instinctivement, tu l'aides avec tous ses paquets, en en prenant certains qui encombrent ses bras pour les insérer dans les sacoches présentes sur la selle de ton cheval.

« Bien. » réponds-tu, quand elle t'annonce qu'elle est davantage prête que la dernière fois. « Tu rencontreras moins de problèmes maintenant que tu connais mieux la forêt. »

Il avait bien fallu lui apprendre à survivre, après tout. Elle ne pouvait résider au village, et elle avait souhaité rester dans la forêt, loin de son camp d'origine dont elle aurait pu bénéficier de la protection. L'aider à se fabriquer un abri, à survivre en pleine forêt, avait coulé de source. Tu n'avais pas totalement réalisé à l'époque que tu l'aidais à prendre racine ici, à s'installer. Tu avais simplement pensé en terme d'aide, tu croyais que ce serait temporaire. Et les semaines puis les mois s'étaient succédé, et Alaska était toujours là. Tu la visitais, parfois, pour t'assurer qu'elle allait bien, qu'elle ne manquait de rien, qu'elle ne causait pas de troubles. Puis ce fut pour satisfaire ta curiosité sur leur peuple, pour t'aider à comprendre comment ils vivaient, pensaient. Comment la médecine avait évolué chez eux, comment la technologie les avait assisté en de nombreuses choses. Beaucoup de ces choses restent encore obscures pour toi, mais tu les comprends tout de même mieux qu'auparavant, et tu as appris à voir ces Skaikru, ces Odysséens, sous un jour nouveau. Moins comme des envahisseurs venus chercher la guerre, venus pour vos dérober vos terres et détruire votre monde, et davantage comme des hommes et des femmes perdus, qui avaient vécu trop longtemps loin de la Terre et qui ne savaient plus vraiment ce qu'elle était. Qu'elle avait représenté un rêve, une chimère, pour eux, comme pour toi il est inimaginable qu'un jour tu puisses vivre dans le ciel. C'est un univers qui vous sépare, et pourtant à la cadence de ses mots, tout ça ne paraissait pas si loin.

Et puis les propos ont évolué, les visites se sont faites moins purement pratiques, la méfiance s'est endormie pour laisser place à une confiance nouvelle, fragile. Tu as commencé à révéler des anecdotes, aussi bien concernant le druidisme et ton apprentissage que sur la vie au village, votre culture, votre façon de voir les choses. Tu lui as expliqué votre respect de la nature, l'idée que tout est vivant, habité par un esprit. Tu lui as parlé de vos valeurs, vos croyances. Et puis petit à petit, tu as commencé à parler de toi. De ton quotidien, de tes patients, des tes préparations médicinales. Plus tard encore, de tes doutes, de ta fatigue, de tes décisions ou actions que parfois les autres ne comprenaient pas. Sans que tu ne le réalises de prime abord, Alaska était petit à petit devenu une échappatoire, une bouffée d'air frais, parce qu'elle ne te jugeait pas, parce qu'elle t'écoutait sans critiquer, sans te remettre en cause. Sans vouloir te plier d'une façon ou d'une autre à un avis qui n'est pas le tien, à une chose dont tu ne veux pas, à laquelle tu n'adhères pas. Sans attendre quelque chose de toi, parce que ta position fait qu'il est de ton devoir de servir, toujours, et de faire passer tout le monde avant toi.

Cela va te faire un vide, tu penses, de ne plus pouvoir parler sans être jugé. De pouvoir être toi, simplement, sans être conseiller, sans avoir à porter le poids d'une tribu sur tes épaules. Vide, de ne plus avoir son point de vue de fille du ciel, son regard neuf sur certaines choses, sa douceur, son innocence, sa tranquillité. Et alors que tu ranges ses effets, preuves du départ, tu te rends compte qu'Alaska va te manquer. Pas juste en tant que source de savoirs ou oreille attentive, non, en tant que personne. Déstabilisé, tes gestes se suspendent un instant, avant que la voix de la jeune femme ne te sorte de tes pensées, ne te ramène à la réalité.

« Alors, il est temps, hein ? »

Ton coeur se serre étrangement à ces mots. Tu n'aimes pas cette sensation.

Malgré tout, tu lui offres un mince sourire, parce que c'est le mieux pour elle, n'est-ce pas ? De retourner avec les siens ? Oui. Certainement.

Tu secoues la tête quand elle te remercie de l'accompagner.

« Ce n'est rien et ça ne me dérange pas. Et puis, ça me rassure aussi d'une certaine façon. Je n'ai pas envie qu'il t'arrive quelque chose sur la route. »

La route vers le campement des jeunes Skaikru n'est pas foncièrement dangereuse, du moins, pas en terme de rencontres humaines, mais tu sais à quel point il peut lui être aisé de se perdre, et tu connais mieux la forêt qu'elle, les coins à éviter, les plantes toxiques. Et si elle tombait sur un solitaire hostile aux étrangers venus des étoiles, que ferait-elle ? Non, il était plus simple de l'accompagner, que de se poser toutes ces questions alors qu'elle s'éloignait. Et puis, ce n'était pas comme s'il ne t'était pas courant de t'éloigner de la tribu pour quelques temps. C'était une coupure nécessaire, pour toi aussi.

Alaska se détourne, ne te laissant qu'avec ses mèches blondes pour toute vision. Tu la fixes avec un regard interrogateur, quand elle prononce ton nom. N'est-il pas plus simple de te faire face pour te parler ?

La confession qui s'échappe de ses lèvres te surprend, et tes yeux s'écarquillent d'étonnement.

« Oh. »

Une exclamation de surprise, simple, dans un souffle. Tu ne t'y attendais pas. C'est étrange. Plaisant aussi, d'une certaine façon.

Ton sourire se teinte de tristesse.

« Moi aussi. J'ai apprécié te connaître. »

Passé. Parce que tu ne te fais guère d'illusions, tu ne la reverras probablement pas.

Un soupir. Tu serres les sangles de ta monture, regarde le soleil sur l'horizon.

« On devrait y aller. »

Pas une injonction ou un ordre, une proposition, à voix douce, presque à contrecoeur.

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Sujet: Re: Wrap your roots all around my bones △ Alaska
Mer 27 Déc - 23:44



— Il y a les particules de soleil qui viennent se frotter contre le vide, scintiller un dernier instant avant de s’écraser dans les brumes matinales. Et il ya le temps qui s'arrête presque, autour d’Alaska, ses cheveux blonds suspendus dans les couleurs d’automne. Derniers éclats dans le sourire de la belle, elle demeure quelques instants silencieuse, et se remémore les souvenirs délaissés ici qui se meurent dans les braises éclatées, se consumant dans leur fin.
Et elle a l’air si calme Alaska quand tu lui parles. Elle a les yeux qui t’observent, les yeux qui sourient mais le coeur qui voyage ailleurs. Le coeur qui rencontre d’autres contrées, d’autres mondes qui se voudraient meilleurs pour éviter soigneusement la vérité qui se brise encore contre sa peau.

Elle laisse tes mots se glisser à l’intérieur de son coeur, en retenir le timbre, comme l’image de cette forêt devenue familière – la sentir grandir sous son toucher, s’élever en même temps qu’elle au rythme de saisons écoulées. Tout semble ici en suspend, irréel et pourtant gravé dans le temps – loin des coquilles froides de métal qui patientent, s’éternisent dans l’obscurité de la galaxie, trop loin de ce qu’elle peut appeler ici vie.

— C’est vrai que la dernière fois, ça avait été une aventure.

Son regard distrait vient s’échouer dans le vide, le souvenir du désespoir encore laissé par strates quelque part dans son esprit. Elle ne s’en sent plus vulnérable, elle s’en sent même endurcie. Le regret n’a jamais pointé le bout de son nez comme il l’a toujours fait si facilement durant toutes ces années.

Ses mots se craquellent doucement, se fissurent sous les émotions. Alaska qui relâche à peine la tension, avec le regard qui t’observe, te parle presque plus que ses lèvres, te crie sûrement à quel point elle se sent redevable. Ça pince, ça grince à l’intérieur, la machine qui s’emballe un peu, qui présente une anomalie. Pourtant la situation semble répondre au cours des choses, et alors que le soleil perce encore à travers le feuillage épais, elle sent l’odeur de la pluie se frayer un chemin dans son esprit.

Ses prunelles se lèvent vers toi, et le sourire continue de s’étirer, s’étendre pour mieux vous englober. Elle embrasse la chaleur de tes paroles à pleine bouche, s’en sert pour se redonner de la couleur, teinter son visage d’opale du rose des poupées.

— Dois-je comprendre que tu t’inquiètes pour moi ?

Il y a l’air taquin des feux follets qui brille dans sa voix et dans ses yeux, l’envie de ne pas laisser la tristesse la gagner alors qu’elle ne devrait pas se sentir comme tel. Peut-être qu’en te quittant elle entame un nouveau bal de funambules, avec le corps qui tangue au-dessus du vide, au-dessus du monde, et l’âme immaculée à deux doigts de se faire écorcher par l’amertume de la réalité.

Et quand ses pas la guident au devant, elle se demande s’ils quitteront le fil sur lequel elle s’est engagée, si elle risque de trépasser ou bien de revenir plus forte, plus victorieuse. Et elle se demande si le temps, la distance et la vie allait la changer. Te changer. Vous changer. Ce qu’il restera de votre amitié.

Ses dents viennent s’échouer contre ses lèvres à sa propre confession. Elle sait que ses mots n’ont peut être plus l’allure de remède mais de poison, car ils sonnent comme des adieux, un récit dans un journal oublié, celle des relations passées. L’année vagabonde passée loin des siens contées à ses enfants qui ne verront peut-être jamais le jour – et elle se dit Alaska qu’elle n’a pas tellement envie de retourner là-bas, aux côtés de ceux qui sont presque comme des étrangers à ses yeux. L’incompréhension qui a été comblée par ta présence – la sensation d’avoir quelqu’un a qui parler, pas forcément l’obligation de tout dire, tout dévoiler.

Elle acquiesce simplement à tes dires, continue de tracer sa route. Elle laisse le silence s’installer, se donne le temps de réfléchir à la mélodie de vos pas. Et elle se dit parfois que c’est bon de se laisser vaciller à droite, à gauche, de se laisser tomber, de ne plus penser – tanguer sous le poids de l’insouciance, la candeur de l’enfance, et que parfois à elle aussi ça lui manque un peu. Que si tu ne la connais plus, cette naïveté, elle aussi, a du faire une croix dessus, depuis son arrivée.
Elle a vu, le poids des responsabilités, celles qui l’aurait acculée, crouler sur tes épaules et toi qui te maintenait toujours si élevé dans le ciel, au point où elle se demandait si elle pouvait te toucher.

— J’espère quand même que ça ne dérange pas le Conseil que tu voyages avec moi. Je sais que tu vas en profiter pour faire autre chose, mais quand même…


Alaska qui s’inquiète toujours pour elle, pour les autres, pour l’univers tout entier si elle avait la carrure pour le supporter. Alaska qui se sent, finalement, si frêle et facile à bousculer.

Ses pas continuent de la guider à travers la forêt, elle n’hésite plus.

(Ou presque).

— Je me demande si ça va aller. Quand je vais y retourner.

Le murmure, l’espoir qui n’a pas fané, qui demeure un peu en vie, malgré les années. Le portrait du garçon qui se dessine dans son esprit avec moins de clarté. Elle sait qu’il a changé.


— Je me demande s’il est en vie. Je me demande si on s’est inquiété de mon départ. Je me demande si on va me chasser.

Elle tremble, un peu, sous les bourrasques des doutes. La valse aveugle ne s’est pas achevée – celle-ci semble bien plus compliquée que la fois où elle s’est aventurée seule dans la forêt. Les arbres ne jugent pas ; seul l’humain le fait. Elle se demande si elle va finir condamnée.

— Je me demande s’ils me laisseront revenir…

Peut-être le plus important. Peut-être le plus douloureux à souligner, à ne pas oublier. La possibilité de pouvoir contempler une autre fois les traits comme coupés au couteaux, l’air soucieux, les muscles qui ondulent sous ta peau, le travail et la labeur qui se forme sur tes mains.

Et le sourire s’efface, lentement. La courbe tombe, doucement. Et les yeux courent dans les sillons de la terre, vient s’enfoncer en son sein.

Elle ne veut pas être triste, Alaska.

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Sujet: Re: Wrap your roots all around my bones △ Alaska
Mer 3 Jan - 18:13

Tu ne peux t'empêcher de sourire un peu, quand tu entends Alaska décrire son arrivée ici, un an auparavant, comme une aventure. C'est une façon de voir les choses, tu supposes, oui. Alaska a toujours réussi à tourner les événements de façon poétique, positive. Là où tu vois du noir, du négatif, ton pessimisme inhérent te faisant toujours voir le monde de façon plus sombre, la jeune femme éclaire de son optimisme, de son positivisme, de sa douceur. Elle t'offre une nouvelle perspective, moins morose. Un œil neuf sur certaines choses. Et non, elle n'a pas raison sur tout, parce qu'elle ne sait pas tout, mais elle calme la colère froide qui sommeille toujours en toi, ce feu de glace qui risque d'exploser à tout instant.

Alaska va te manquer, tu réalises. Sans que tu ne t'en rendes compte, elle s'est fait une place sans que tu le saches, et ça va faire un vide quand elle sera partie. Tu ne pensais pas que tu pourrais ressentir ça, pour une étrangère. Que tu lui permettrais de prendre de l'importance, à tes yeux. Mais tes défenses se sont abaissées, malgré toi, et tu te rends compte qu'elle pourrait probablement te blesser, si elle le voulait. Et ça devrait te faire peur, ça devrait te donner envie de t'éloigner. Parce que moins de gens sont capables de te toucher, moins tu es faillible, moins tu es destructible. Mais tu lui fais confiance, d'une certaine façon. De façon idiote. Ridicule. Parce que tu ne crois pas déceler de malice dans son regard azuré, pas de malhonnêteté dans ses sourires à peine esquissés. Peut-être deviens-tu faible, Harlan, peut-être ton jugement devient-il troublé. Et pourtant, tu n'arrives pas à te défaire de cette emprise. Peut-être ne le veux-tu pas vraiment.

Est-ce si mal, de faire confiance à quelqu'un d'autre ?

Elle te demande si tu t'inquiètes pour elle, d'un air taquin. Comme si ça paraissait être étrange, peut-être. Tu ne sais pas vraiment. Tu crois deviner ce qu'il se passe, mais tu n'a jamais été très doué pour ce genre de choses. Ou alors tu t'es montré trop souvent volontairement aveugle.

L'aveu est plus facile qu'il ne devrait l'être. Il coule naturellement sur ta langue. Parce que c'est la vérité, et qu'à choisir, tu as toujours préféré dire la vérité. Même quand elle est trop crue. Même quand elle blesse. Tu ne mens que pour manipuler. Pour obtenir quelque chose qui te serait autrement inaccessible. Tu n'as pas besoin de manipuler, cette fois-ci.

« Bien sûr que je m'inquiète pour toi. » réponds-tu, sur le ton de l'évidence.

Parce que c'est la vérité, simplement. Parce que malgré les mois, l'année passée ici, malgré qu'Alaska s'est certainement améliorée dans le domaine de la survie, elle reste une étrangère. Une Skaiplan. Et qu'il y a trop de choses que la Terre réserve à ceux qui ne la comprennent pas, à ceux qui n'en viennent pas. Et tu n'as pas envie qui lui arrive malheur, tu n'as pas envie qu'elle soit blessée. Est-ce si difficile à croire ?

Tu guides le cheval en silence à travers la forêt, préférant rester au sol pour le moment. Quand la fatigue sera présente, tu monteras certainement mais tu quittes à peine ton village, et la route est plutôt longue jusqu'au campement de ces jeunes du ciel. Tant que vous avez l'énergie, autant continuer ainsi. Les feuilles mortes craquent sous vos pas et le soleil transforme les feuilles tombées et la poussière en paillettes d'or. Tu as toujours aimé les couleurs de l'automne.

Le silence se brise sous sa voix, et tu tournes ton regard vers elle, presque étonné de ses propos. Tu les balaies rapidement d'un geste.

« Ne t''en fais pas pour ça. Mon apprentie est capable d'assurer la relève et ce n'est pas la première fois que je m'éloigne de cette façon. Et de toute façon, ce que je fais de mon temps libre ne les regarde pas vraiment. » finis-tu, les épaules légèrement raidies sous la tension.

Vous avez tous vos vies. Tant que ce que vous faîtes n'interfère pas avec vos occupations de conseillers, il n'y a aucunement besoin de révéler quoi que ce soit, à ton sens. Même si tu as tout de même indiqué au Conseil pourquoi tu partais, qui tu accompagnais. Tu sais que tous n'étaient pas favorables à la présence d'Alaska non loin de vous, mais elle n'est jamais entré dans le village – ne s'en est même jamais réellement rapproché au point de deviner précisément où il se trouvait – et n'a jamais représenté une menace. Tu ne doutes pas que pour certains, son départ est un soulagement.

Quand le murmure de sa voix s'élève à nouveau, tu ne sais pas vraiment quoi répondre. Alors tu laisses ses mots couler. Tu devines une peur, là. Une peur du rejet, une peur de l'exclusion, de l'inadaptation. Et tu ne sais pas vraiment comment y répondre. Comment y réagir. Car tu ne les connais pas bien, ces Skaikru-là. Tu as bien moins discuté avec eux qu'avec ceux qui étaient près de votre village. Tu ne peux pas savoir comment ils réagiront. Et tu ne sais pas vraiment non plus qui est ce il. Comment pourrais-tu la rassurer sur des choses dont tu ignores tout ? Mais peut-être qu'Alaska a simplement besoin de parler, d'énoncer à voix haute ses craintes, ses angoisses. Tu peux écouter, au moins, si tu ne peux réellement répondre ou l'aider. C'est tout ce que tu peux faire.

« Je ne peux pas parler pour un groupe que je ne connais pas... » Tes mots sont prudents, mesurés. Tu ne veux pas donner de faux espoirs, mais tu ne veux pas mentir non plus. « ...mais de ce que j'ai compris, tu as des amis, là, non ? Ils ne te chasseront probablement pas. »

En réalité, tu n'en sais rien. Tu ne sais pas comment ces gens fonctionnent, à quel point la fidélité et la loyauté sont importantes pour eux. Un Naori peut s'éloigner de sa tribu pour quelques temps et revenir au village sans que cela ait des conséquences. Un Rahjak, par contre, est considéré comme traître dès qu'il quitte la cité pour une période jugée trop longue. Comme si être Rahjak vous interdisait à sortir des murs terre de Sienne. Une prison dorée, voilà ce qu'est la cité de feu à tes yeux. Voilà pourquoi tu éprouves autant de mépris pour elle. Tous ses habitants sont des esclaves, que les tatouages qui ornent leur peau disent le contraire ou non.

Tu hésites un instant avant de poser une main sur son épaule. Parce que tu la sens qui part, qui s'enfonce dans les méandres de ses pensées noires et que tu tentes d'être un point d'ancrage à la réalité, même faible. Tu attends que son regard remonte vers le tien avant de murmurer, sur un ton légèrement hésitant :

« Si tu rencontres un problème, tu pourras toujours revenir par ici, si tu le désires. »

Une porte ouverte, c'est tout ce que tu peux offrir.

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Sujet: Re: Wrap your roots all around my bones △ Alaska
Mar 23 Jan - 12:32



— Alaska qui malgré elle, constate le poids que tu as désormais, celui qui pèse dans son coeur, pèse dans sa vie – celui bien présent, difficile à ignorer. Alaska qui perçoit l’espace que tu prends et le vide que tu vas laisser alors que vos chemins vont se séparer, et qui essaye tant bien que mal de l’ignorer. Les creux elle les a souvent rencontré, ils ont été nombreux et son esprit à la surface si lisse s’est percée de cratères au fil de sa vie. Il y a eu Dimitri. Ses parents ; il y a eu Liam. Et désormais toi, Harlan. Des vides comblés par des sourires, par les mains qui s’occupent, par l’âme qui divague en rêves et cauchemars avant d’être raccrochés au fils de la réalité.

Elle se triture légèrement les doigts, torture légère affichant sa nervosité tandis que tes mots glissent sur tes lèvres avec sincérité. Le sourire s’élargit mais arbore cependant encore quelques nuances de tristesse – l’enfant qui accepte le départ, qui accepte la séparation de cette simple expression.

— Tu ne devrais pas trop t’inquiéter.

Regard fort qui perce, regard de glace à la chaleur pourtant certaine qu’elle laisse s’échouer dans tes propres prunelles – celles des cendres. S’inquiéter c’est son quotidien ; s’inquiéter du monde, des autres, des oubliés et des être aimés, s’inquiéter pour elle, si tout va bien se passer, si tout ne va pas s’écrouler, si la paix est encore à espérer –

— Surtout que d’ici quelques temps nous allons devoir nous séparer. Tu risquerais de te faire du soucis pour rien. Et puis, je me suis endurcie !

L’air du chérubin se dessine sur son visage comme pour apporter une touche de couleur au décor, un peu de rouge, de rose et d’orange pour frapper la forêt silencieuse dont la seule mélodie sont votre souffle et vos pas étouffés dans la terre.

Et même si tu la rassures lorsque tu brises le silence le doute demeure ; Alaska lève ses yeux vers toi comme pour s’assurer de tes dires – se demandant si tu n’adoucis pas la situation, que tu ne l’embellis pas pour qu’elle évite de trop se soucier de toi. De ton rôle. De cette place si importante que tu tiens. Et du temps libre elle sait que tu n’en as guère – que les affaires te rattrapent bien plus souvent que ce que tu voudrais – que ce qu’elle pourrait supporter – et que le poids sur tes épaules est sans doute l’un des plus difficile à porter. Au fil des âges les dirigeants et hauts-placés ce sont succédés, et porter le poids de la couronne n’a pas toujours été facile à assumer. Le pouvoir a un certain prix qu’elle se sait pour le moment incapable de payer. Et beaucoup appelleraient ça de la faiblesse, un manque d’ambition.

Alaska a de toute façon été gorgée de ces défauts, de légères brisures sur le portrait de la jeune fille. Des lésions difficiles à suturer, dont les coutures s’esquissent encore sur sa peau à la lueur du soleil – les vestiges d’un passé qu’elle ne saurait oublier et qui pourtant continue parfois de la hanter. Ruines parfois encore responsables de ses choix ; elle est fille du passé et elle sait pertinemment qu’il serait mieux pour elle de s’en libérer.

Ta remarque lui arrache un léger rire. Tes paroles sont toujours pesées, reflets de la diplomatie dont tu fais preuve au quotidien. Ne pas brusquer. Ne pas blesser, faire de jugement hâtif. Ne pas faire en sorte que l’autre parti se braque au point de tout foirer. La jeune femme a elle aussi sa façon de mesurer les mots, y foutre de la douceur, de la légèreté. Rassurer les patients qui ont besoin d’être écoutés.

— Oui j’ai quelques amis.

Ses pensées divaguent un instant vers les visages des êtres laissés derrière elle sans regrets, qui, elle l’espère, ne lui en voudront pas d’être partie. Elle avait ses raisons, et Alaska a cessé de toujours se justifier.

— Mais ce n’est malheureusement pas eux qui décident de mon sort, si je dois décider ou non. 


Elle lève son regard vers toi, tandis qu’elle marche toujours à ta hauteur.

— Ce sont nos dirigeants. C’est eux qui décideront de mon sort.

Comme ils ont orchestré toute son existence ; souvenir des repas millimétrés et des couvre-feux difficiles à éviter. Souvenir de la mort d’un frère aimé, du désespoir de parents déçus et dévastés, d’une prison parfois mortelle pour d’autres jeunes comme elle.

Alaska n’est plus avare des mots avec toi, il lui est facile de te parler. Les mots roulent sur sa langue avec aisance, ils ne sont plus marqués par cette peur de l’incompréhension ou mal-interprétation au fil des mois écoulés.

— C’est gentil, Harlan. Mais tu sais comme moi que ma situation n’était pas viable.

Sa vie était comme une parenthèse qu’elle retardait à fermer, un entre-deux, une pause dans la mesure dont le rythme était trop effréné. Alaska avait besoin d’une réelle société et elle était faite pour s’y intégrer – rester en aparté lui aurait finalement porté préjudice et elle le sait. Et il était hors de question de te demander de la faire intégrer à son village, sachant pertinemment que cela te mettrait dans une situation inconfortable plus d’être dangereuse.

— Ma place est malheureusement là-bas.

Soupir las, elle aimerait encore y couper quelques temps.


— Et j’ai bon espoir que la personne que je dois retrouver encore en vie. Elle n’est pas du genre à se laisser facilement tuer.

Parce que malgré le fait que Liam soit parfois difficile à cerner et qu’il semble de temps à autres trop résigné, il n’est pas le genre à sourire au regard de la faucheuse.

— Je n’ai pas vraiment d’avenir par ici.

Elle sourit à ses propres mots, et le sarcasme ne tarde pas à pointer le bout de son nez.

— Enfin, si on peut parler d’avenir avec eux. Ils en ont parfois une conception bien étrange crois moi.

Elle se tourne vers toi, s’arrête un instant.

— À cause de moi tu risques d’avoir une piètre opinion de mon peuple. Mais j’aimerai simplement qu’ils soient en paix comme vous. C’est chose rare, alors garde ça bien précieusement. Même si je sais que tu n’as pas besoin de moi pour le faire.

Aucun gouvernement n’est parfait, mais certains semblent en posséder bien plus les attraits. Et elle t’admire pour cela, Harlan.

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Sujet: Re: Wrap your roots all around my bones △ Alaska
Sam 17 Fév - 0:42

Alaska te rétorque que tu ne devrais pas t'inquiéter. Tu hausses simplement les épaules en réponse. T'inquiéter fait partie intégrante de toi. Tu es en charge d'une tribu toute entière, de son bien-être, de la santé de ses habitants, des relations diplomatiques avec les autres. On te croit déjà presque insensible et sans coeur alors que tu penses toujours à la tribu en premier lieu. Te te fais du souci, mais tu ne le montres pas. Tu n'es pas le genre à être invasif, à manquer de respect envers la vie privée d'autrui. Tu es là quand on a besoin de toi, tu es là quand on demande ton aide, tu es là pour anticiper les besoins des villageois. C'est une seconde nature, depuis qu'on t'a désigné comme futur conseiller. S'inquiéter pour une personne en plus ne sera pas un poids.

Tu n'aimes pas le rappel de la séparation imminente, même si tu en es parfaitement conscient. Comment pourrais-tu l'oublier, quand vous vous dirigez vers le campement de ces jeunes Skaikru ? Elle te dit que tu te ferais du souci pour rien...oui, probablement. Ça ne t'empêchera pas de t'inquiéter, au moins pour un temps. Tu esquisses un sourire amusé quand elle te rétorque qu'elle s'est endurcie. Mettre en doute ses capacités serait injuste de ta part, même s'il s'agirait davantage d'une plaisanterie qu'autre chose. Tu n'as jamais été très doué pour l'humour, blaguant trop peu pour qu'on s'y attende de ta part, et tes rares traits sont pris pour vérité au lieu de l'accent léger que tu voulais leur donner. Non, il ne vaut probablement mieux pas répondre.

La discussion devient presque feutrée. Tu la devines un peu ailleurs, quand elle parle de ses amis, de leurs dirigeants. Tu hésites. Tu ne connais pas très bien le système politique des Skaikru, il est vrai, mais il ne t'a jamais paru si terrible. Adelaide et Nadja étaient-elles des exceptions ? Tu peux comprendre que prendre des décisions nécessaires mais dures peut être impopulaire – toi-même, tu as été l'objet de critiques quand tu as dû faire des choix osés. Parce que tu voyais le but final, l'objectif à long terme, quand d'autres ne voyaient que les effets immédiats. S'agit-il du même problème, avec leurs dirigeants ? Tu ne le sais pas. Mais tu sais que l'exercice du pouvoir est bien plus compliqué qu'il ne le paraît, que rien n'est tout noir ou tout blanc. Et qu'on juge souvent bien trop hâtivement ceux qui tiennent les rênes. À ne se fier qu'aux apparences et on-dit et aux conséquences directes, sans penser aux motifs, sans penser aux raisons, sans penser plus loin. Lourd est le poids du pouvoir.

« Sûrement ne sont-ils pas si cruels que tu peux le penser. Peut-être ont-ils changé. La situation a changé. » lui rappelles-tu.

Tes paroles sont probablement un mince réconfort, peut-être davantage des inepties à ses yeux. Mais tu ne peux t'empêcher de penser que tout est plus nuancé qu'il ne le paraît. Même si tu les connais si peu. Même si tu sais qu'Alaska a souffert, sous ce régime trop dur. N'auront-ils pu changer, une fois sur Terre ? Une fois loin de leur prison de métal, loin des restrictions qu'ils avaient là-haut ?

Ils pouvaient à peine respirer, là-haut. Comment pouvaient-ils vivre alors.

Ton sourire se fait légèrement triste quand tu réponds :

« Je sais. »

Elle est mieux chez les siens, oui, tu en es persuadé. Même si elle ne s'entend pas avec tous, ils peuvent lui offrir la compagnie dont elle manque ici. Elle ne peut vivre dans votre village et ta présence seule ne devrait être une raison pour la retenir loin des siens. C'est trop cruel.

« Je suis sûr que tout se passera bien. »

Platitude, mensonge, réconfort, tu ne sais vraiment. Car tu n'es pas vraiment sûr, mais tu ne penses pas ces Odysséens aussi cruels qu'elle semble les dépeindre. Tu as peut-être une vision trop positive d'eux, toi l'étranger qui ne les connaît qu'à travers un prisme incomplet.

Tu t'autorises un léger rire, quand elle parle de paix.

« Tout n'est pas que paix. Mais nous nous efforçons de la maintenir au mieux. Et je n'ai pas de piètre opinion de ton peuple, et surtout pas à cause de toi, rassure-toi. »

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Sujet: Re: Wrap your roots all around my bones △ Alaska

 

Wrap your roots all around my bones △ Alaska

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