Partagez | 
 

˜˜˜˜˜˜Hope of deliverance from the darkness that surrounds us...
maybe life should be about more than just surviving

Aller à la page : Précédent  1, 2

Accro des points
avatar
06/12/2015 Lux Aeterna Nuna Cortez 37162 Sophia Bush Lux Aeterna (vava & sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 326
Accro des points





❝ Hope of deliverance from the darkness that surrounds us... ❞
Murphy Cavendish & Hyacinthe Bosco
(4 septembre 2117)


En quelques minutes, Murphy avait complètement oublié le silence de la solitude qui avait régné sur les lieux pendant qu'elle avait fait ses recherches. C'était la première fois qu'elle tombait sur un être humain ici, mais la rencontre se fondait au décor avec une facilité déconcertante. Passés les premiers moments d'hésitations inconfortables, les deux inconnus se trouvaient comme s'ils se connaissaient déjà et rattrapaient tout le temps qu'ils avaient pu laisser se perdre. Assis à l'abri d'une des nombreuses carcasses métalliques qui constituaient la décharge, ils bavardaient presque en oubliant la froideur et la crasse qui se dégageaient des lieux. Si elle se perdait dans les questions et les idées qu'ils échangeaient inlassablement, Murphy pouvait même oublier qu'ils ne venaient pas du même monde et ne parlaient pas la même langue. Des différences qu'ils mettaient en avant malgré eux, ils parvenaient très vite à faire des sources de connaissances, de quoi nourrir des curiosités en miroir, de quoi avancer. On en oubliait toutes les différences qu'on avait trop rappelées à Murphy depuis les quelques années qu'elle foulait cette Terre. Cette parenthèse représentait tout ce qu'elle souhaitait de ce monde, pour elle et pour les siens, pour ceux qu'ils rencontraient ici. Pour tous qui foulaient ce sol, qu'ils le fassent depuis des générations ou le retrouvent comme un vieil ami délaissé trop longtemps. Et bientôt, laisser de côté les différences mena les deux inconnus à se perdre dans des divagations de vieux amis qui se retrouvaient autour d'un feu crépitant et d'un bon repas. « T'endurcir... » répéta-t-elle dans un soupir attristé. « Je suis désolée que tu te sois habitué à ce genre de mots. C'est pas les plus beaux. » Mais Murphy avait beau imaginer toutes les relations compliquées qu'un enfant pouvait avoir avec ses parents, c'était quelque chose qu'elle ne pourrait jamais appréhender autrement que par ça : l'imagination. Elle savait que c'était un équilibre précaire, celui d'un lien entre un parent et son enfant, mais elle ne parvenait pas à imaginer connaître une famille autre que la sienne, qui se résumait à Ofelia. Elle ne parvenait pas à se voir avec un père, un réel père dont l'image ne dépendait pas de contes racontés au fil des années par ceux qui l'avaient connu; elle parvenait encore moins à s'imaginer subir les violences verbales d'un père qui voudrait la changer. Sa mère avait toujours joué les deux rôles à la perfection, elle en était persuadée. Elle avait été ses deux parents, et probablement joué le rôle d'une grande soeur qu'on n'autorisait plus depuis des générations, là-haut. Elle avait tout été à la fois, à commencer par son meilleur soutien. Murphy ne serait probablement celle qu'elle était aujourd'hui si sa mère ne l'avait pas encouragée à embrasser l'adulte qui s'était dessinée quand elle avait grandi. Elle lui manquait, Ofelia. Tous les jours. En la lui prenant, on lui avait pris une partie d'elle-même. On lui avait pris la seule part d'elle persuadée qu'elle valait vraiment quelque chose, qu'elle pouvait accomplir de grandes choses et rêver à de grands projets, parce qu'elle n'était pas moins capables que n'importe qui d'autre. Quand elle se répétait ces choses-là, maintenant, c'était un peu comme si elle se mentait, comme si elle dressait un écran de fumée pour masquer les doutes qui n'avaient jamais réellement disparu. Mais elle le réalisait parfois, quand elle était témoin de tels troubles familiaux, que même si on la lui avait prise trop tôt, avoir eu sa mère avait été un cadeau du ciel. Si l'homme ne parlait que de son père, elle espérait que ce qu'il pourrait dire de sa mère était aux antipodes des insultes qu'il décrivait. « T'habitue pas aux insultes. C'est pas normal d'avoir à s'habituer aux insultes. » Elle lui jeta un coup d'oeil désolé, peiné, comme si elle cherchait à protéger et à couver un ami cher.

Mais même sans se connaître, et peut-être même parce qu'ils ne se connaissaient pas, ils avaient tant à se dire. Ils sautèrent du coq à l'âne et abordèrent bientôt le sujet étrange que pouvait représenter le parfum. Le parfum comme une recherche, comme un art, comme une identité, comme tout ce à quoi Murphy n'avait jamais pris la peine ni le temps de réfléchir. L'univers encapsulé dans leur vaisseau là-haut n'avait jamais été aseptisé au point qu'aucune odeur ne puisse titiller leurs narines, mais jamais les parfums n'avaient été considérés comme autre chose que des conséquences d'autres choses. Les entraînements, combats ou courses des militaires entraînaient l'odeur désagréable de la transpiration. On reconnaissait facilement l'odeur des légumes et autres tambouilles près des cuisines; elle sonnait l'heure des repas. Parfois, on pouvait reconnaître une personne par l'odeur que dégageait sa peau, mais jamais personne, là-haut, n'avait songé à l'idée de la fausser. De l'embellir, peut-être, plutôt. En arrivant sur Terre, pourtant, les parfums avaient fait partie des choses nouvelles les plus envahissantes. Ils n'avaient rien à voir avec ceux auxquels ils s'étaient habitués là-haut. Ils venaient de partout, attaquait le nez où que l'on soit. Ici, tout puait vite. Les parfums doux et réconfortants avaient aussi fait leur apparence dans la vie de Murphy, mais ça n'avait peut-être pas tant à voir avec les fleurs, les feux crépitants ou la viande qui rôtissait qu'avec celui d'une peau toute particulière. C'était bizarre, maintenant, d'admettre à demi-mots aimer une odeur comme elle aimait celle qu'Isdès avait laissé sur son pull de laine. Pourtant sans y mettre de mots, elle venait d'admettre tous les instants volés de quelques secondes à chercher le réconfort de ce parfum, toutes les longues heures nocturnes passées le nez dans le vêtement en espérant trouver le sommeil. Alors oui, Murphy voyait ce qu'il voulait dire autant qu'elle le niait en bloc. Le propriétaire du pull n'était pas imprégné en elle comme il le disait. C'était une vérité qui marchait peut-être dans beaucoup de cas, mais pas dans celui-ci. Pas vraiment, en tout cas. Pas à ce point-là. Ici, les parfums avaient un pouvoir naturel que jamais personne ne leur avait accordé là-haut, parce que jamais ils n'avaient jamais réellement cherché à s'imposer, à gagner un autre terrain que celui des vieilles habitudes qui se transmettaient de générations en générations. Ici, c'était comme si elle pouvait sentir se réveiller des circuits neuronaux nouveaux à chaque nouvelle molécule odorante respirée. Ici était en ébullition, ici était une effervescence de découvertes pour l'odorat. Ici était un nouveau monde pour les sens qui avaient été habitués au neutre, enfermés dans des carcans définis et imposés par leur condition d'humains catapultés dans une enveloppe métallique au milieu du rien. Mais à voir la passion qui animait l'homme en face d'elle, on ne pouvait jamais réellement se lasser de ce que l'on pouvait sentir. Il y avait toujours des pages à remplir, des découvertes à faire. La lassitude semblait ne pas pouvoir exister, dans ce monde et il n'en fallait guère plus pour toucher Murphy au cœur. La lassitude était ce qui tuait la passion, et la mort de la passion entraînait celle de l'Homme. « On peut aussi aimer l'odeur de quelqu'un juste pour l'odeur, non ? » Pendant une demi-seconde, elle chercha l'approbation dans le regard de l'inconnu avant d'en détourner le sien, trop peureuse d'y lire l'inverse. Elle balaya sa question d'un revers de main, s'intéressant à l'art de l'homme plutôt qu'à tout ce qu'ils venaient de questionner chez elle et dans ses souvenirs, pauvre Murphy délaissée par un propriétaire de pull. Malgré elle, elle était forcée à se faire à l'idée que le vêtement serait tout ce qui lui resterait de lui avec les souvenirs qu'ils avaient créés ensemble. Mais qu'avait-elle cru, hein ? Qu'avait-elle pu croire ou espérer de ces parenthèses volées à leur réalité ?

« Oh, tu portes du parfum ? » demanda-t-elle lorsqu'il répondit qu'il était loin d'exclure les hommes de ses projets parfumeurs. Elle tendit un peu le nez pour essayer de déceler des relents agréables au milieu de l'enfer olfactif que représentait la décharge, mais rien à faire. Elle ne détecta que des atrocités nauséabondes, et retint un haut-le-cœur réflexe qui força son instinct à bloquer tous les circuits olfactifs une nouvelle fois, histoire de faire barrage et de se préserver de l'horreur. « Désolée mais si c'est le cas... alors c'était le cas », excusa-t-elle sa réaction, les traits encore déformés par le dégoût. « Oh heu... je sais pas. Pas plus ou pas moins que les nanas, j'imagine. J'te dis, on connaît pas trop ça... » Il y avait toute une découverte à faire. Des premiers pas, comme ceux qu'elle était en train de faire en compagnie de l'inconnu, et peut-être davantage s'ils accrochaient à cet art de la parfumerie comme ça semblait être le cas d'au moins certains Terriens. A la suggestion du blond, Murphy hésita, à la fois ravie et doutant d'avoir bien compris la proposition. Et quand il confirma que c'était bien d'elle dont il parlait, un sourire ravi s'étira sur ses lèvres à demi masquées par les deux mains enthousiastes et impatientes qu'elle avait unies devant son visage. Ses prunelles se baissèrent sur la main qu'il ouvrait devant elle et les trois flacons de verre qui y étaient installés. Doucement, du bout des doigts, parce qu'elle entrait en contact avec un art intime, elle les attrapa pour les poser sur une petite roche coupante qui dépassait de la terre à côté d'elle. Elle hésita pendant quelques secondes, se mordant la lèvre en se demandant laquelle elle avait humer en premier. Ses doigts trouvèrent finalement au hasard la petite fiole qu'elle avait posée au milieu, entre les deux autres. Elle l'ouvrit pour la respirer à plein nez et réitéra l'opération deux fois de plus. « J'adore celui-là. C'est quoi ? » demanda-t-elle après quelques instants à alterner les flacons pour être sûre de ce qu'elle sentait. Celui qu'elle tendait à présent à l'homme contenait probablement le parfum qu'il avait qualifié de frais. Ca lui rappelait les fleurs et leurs couleurs vives, la fraîcheur des montagnes, les vents doux et peut-être aussi Edelweiss, l'habitante des hauteurs qui avait trouvé son ultime repos entre les pages du livre de Steinbeck qui faisait partie de ses biens les plus personnels. « On se retrouve souvent cons avec nos trucs, nous » se contenta-t-elle de répondre non sans se sentir bête de ne pas avoir pensé plus que ça à tous les mélanges et liquides qui pouvaient demander à être protégés et transportés à l'abri de petites fioles. Rien que l'allure de sa gourde pouvait renseigner n'importe qui sur l'état de leur attirail. La plupart des onguents et mélanges que leurs connaissances herboristes leur permettaient de faire était fabriqué dans l'urgence et sur besoin. C'était une question de conservation mais pas seulement. Les petits contenants manquaient.

Mais l'homme avait plus d'un tour dans sa poche, et à sa douance en parfums vinrent s'ajouter ses connaissances et capacités de verrier. Le verre n'en était encore qu'à ses balbutiements chez eux. Peut-être un jour auraient-ils un verrier attitré, mais pour Murphy il s'agissait pour l'instant d'une idée, d'une conception, d'un rêve peut-être. D'un idéal qu'elle souhaitait pour les siens, qui accompagnerait un confort que plus aucun manque ne pouvait vraiment freiner. Quand on lui parlait de verre, Murphy pensait à de la vaisselle; une vaisselle fragile mais belle, bien plus hygiénique que certaines de leurs écuelles taillées dans le bois poreux une fois que les métaux avaient manqué. Mais elle pensait aussi à des utilités plu ambitieuses et s'imaginait déjà quelque chose qu'elle n'avait osé imaginer que dans ses rêves les plus fous : des carreaux de fenêtres hermétiques, transparents, solides. A sa question timide, le verrier donnait plus de réponses qu'elle l'aurait espéré. C'était un rêve qui devenait presque accessible. Il lui vint brièvement à l'idée celle d'en parler à Tennessee, de partager ce grand projet comme un ultime grand projet à concrétiser pour leur maison, mais ça lui revint violemment : Tennessee et elle, ça n'existait plus vraiment. « Non... on s'est installé dans les ruines, heu... » comment les localiser, ces ruines ? Au nord d'ici, au sud des montagnes ? Ca couvrait un terrain au moins aussi large que l'ego de Chris. « On est plusieurs à entamer le projet de maisons personnelles... » A lui, ça ne voulait sans doute pas dire grand chose. Pour des gens comme eux, qui avaient toujours vécu dans le partage diraient certains, dans la promiscuité diraient d'autres, ça représentait énormément. Certains étaient même récalcitrants à la vie en solitaire. Murphy, ce n'était pas vraiment elle qu'elle avait recherchée, mais c'était certainement elle qu'elle trouverait dans sa demi-maison. Peu importait, en réalité, puisqu'une fois passée la joie de la perspective de fenêtres de verre, Murphy réalisait doucement toutes les difficultés qui seraient liées à un tel projet. Pour qu'un Terrien puisse travailler au village, il faudrait le laisser entrer. Même s'il parvenait à fabriquer les plaques de verre dehors et à les transporter en évitant la casse, le soucis demeurait : laisser entrer un étranger dans leur village, c'était du jamais vu jusqu'à présent. La déception se lisait sur son visage, peut-être particulièrement à cause du contraste avec l'espoir qui l'avait précédée. Lui-même, s'il avait perçu la demande qu'elle avait faite entre les mots, freinait ses ardeurs. « Peut-être qu'on pourra en reparler un autre jour. » Un sourire triste signifiait malgré elle qu'elle n'y croyait pas. Même si leurs chemins se recroisaient un jour, l'idée de fenêtres de verre disparaissait aussi vite qu'elle était apparue.

Et puisqu'il était herboriste en plus d'être parfumeur et verrier, voilà Murphy qui se mettait à lui envier ces connaissances-là en plus. Elle devait admettre, Murphy, que le pouvoir des plantes était l'une des choses les plus merveilleuses qu'elle ait découverte de la nature. Les cuisiniers les chassaient pour leurs valeurs caloriques ou les multitudes de goûts qu'elles pouvaient donner à leurs plats. Les médecins avaient appris à remplacer les stocks médicaux qui avaient fondu comme neige au soleil par des plantes dans lesquelles ils n'avaient plus guère d'autre choix que de placer leur entière confiance. « Oh, si t'as une plante pour dormir comme une masse, je prends. » Elle sourit, un peu amusée, sans trop parvenir à croire qu'on pouvait résoudre ses problèmes de sommeil aussi facilement. Pour vaincre son cerveau en ébullition et réussir à l’assommer, il lui faudrait sans doute des doses de cheval -sans offense pour Azalée.

Mais le blond marquait un point. Dans certaines situations qui impliquaient une forme de solitude, on ne pouvait compter que sur soi-même. C'était là qu'on se rendait compte de l'importance de l'apprentissage et de la curiosité. Regarder les autres exceller dans leur domaine ne suffisait pas, ne suffisait plus. Il fallait apprendre à approprier des connaissances qui n'étaient pas les siennes, qui ne deviendraient jamais les siennes, mais dont on ne pouvait décemment plus vraiment se tenir éloigné pour de telles raisons. Dès lors qu'on était susceptible de n'être dépendant que de soi-même, il fallait être capable de remplir toutes les tâches nécessaires à sa propre survie. En bas de l'échelle se trouvaient des notions basiques comme l'orientation ou la capacité à se nourrir en chassant ou en reconnaissant les plantes comestibles de celles qui nous tueraient en quelques heures ou quelques minutes. Mais il suffisait parfois d'un seul instant pour avoir subitement besoin de talents de guérisseur. Savoir évaluer les dégâts d'une mauvaise chute, d'une attaque de bestiole ou d'ennemi ou d'une ingestion maladroite, peu importait. Dans l'urgence, il fallait être capable de poser un garrot ou de désinfecter une plaie, au moins le temps de retrouver des médecins qui connaissaient plus que les grandes lignes médicales dont on pouvait se contenter pour quelques heures seulement. Pour Murphy, gagner en connaissances herboristes était nécessaire qu'un processus lent. Elle piochait là où elle le pouvait, auprès de personnes plus ou moins compétences, qu'elle connaissait de plus ou moins longue date, qui avaient elles mêmes plus ou moins expérimenté les choses elles-mêmes. Sa prudence la poussait à ne pas trop s'éloigner des sentiers battus et elle se contentait toujours des quelques plantes dont elle avait elle-même déjà attesté des bienfaits en notant l'absence d'effets regrettables. Le millepertuis, le calendula et le thym pour désinfecter; c'était déjà pas mal, pour quelqu'un qui, quelques années plus tôt seulement, ne connaissait de plantes que celles qu'on lui avait mises dans son assiette là-haut, pendant trente ans. Mais un jour, ces quelques bases ne suffiraient plus. Et ce jour, elle le redoutait au point de l'ignorer. « Peut-être qu'à l'occasion, si on s'recroise un de ces jours, tu pourras m'apprendre un truc ou deux » tenta-t-elle avec un petit sourire. « Si tu me donnes le nom d'une plante qui serait susceptible de m'assommer pendant les nuits les plus compliquées, t'auras déjà tout mon respect. » Ce n'était pas une supplique ou la demande d'un service; peut-être plus un défi que n'importe quoi d'autre, comme si elle attendait de lui qu'il lui prouve que tout ce qu'elle ne connaissait pas encore des plantes valait bien la peine qu'elle le découvre. Et les plantes, elles, avaient gagné plus de terrain dans la vie du Terrien que leur seules vertus médicinales et olfactives. La jument portait le nom d'une fleur dont le parfum ne semblait pas faire envier l'homme tant que ça; pas tant que son cousin rhododendron, en tout cas. Une raison ? Bien sûr qu'il y avait une raison. Murphy ne parvenait pas à croire qu'il n'y en avait aucune. Peut-être que même si elles ne sentaient pas tant que ça, les azalées étaient de bien jolies fleurs qui décoraient sa serre comme aucune autre ou se noyaient dans les chevelures comme si elles y étaient nées ou y avaient toujours été destinées. Aux explications de l'homme, alors, Murphy sourit doucement. « Il y a toujours une raison. » Du menton, elle désigna son chien, qui jouait avec son nouvel ami comme s'ils s'étaient toujours connus. La tempête de la rencontre semblait bien loin derrière eux, maintenant. « Je lui ai donné le nom d'une des étoiles les plus lumineuses. » Oui, la raison la plus simple était qu'Antarès sonnait bien. Mais parmi les noms qui sonnaient bien, il y en avait toujours un ou deux qui signifiaient un peu plus que de jolies consonances. Antarès, c'était l'une des étoiles les plus lumineuses que l'on pouvait trouver dans le ciel nocturne, mais il fallait savoir la chercher. Cachée dans la constellation du scorpion, elle n'était pas accessible aux néophytes comme l'était Sirius ou la planète que certains prenaient parfois pour une étoile. Et maintenant que les Odysséens avaient trouvé la terre et la Terre, ils avaient emmené avec eux le seul souvenir de son observation. Ils n'étaient pas tombés du bon côté de la planète bleue pour voir Antarès d'ici. Alors lorsqu'elle avait nommé son chien, Murphy ne l'avait pas joué seulement à la sonorité de la suite de lettres; en le nommant, elle lui avait donné une partie d'elle et d'eux tous, du monde qu'il ne connaîtrait jamais mais dans lequel il baignerait toujours malgré lui, de leurs souvenirs et de leurs rêves. A travers ces quelques noms, elle avait donné à son ami à quatre pattes un peu de sa mère, un peu de Wyatt, un peu de Faust, un peu de toutes les personnes avec qui elle avait observé les étoiles, de là-haut.

L'invitation de l'homme chez lui la toucha autant qu'elle l'intimida. De toute façon, il pouvait toujours la guider à partir du village calusa, ça ne l'aidait pas réellement. Elle ne voyait pas vraiment où il était. Chercher bien plus loin en longeant la plage, comme il le précisait une nouvelle fois, semblait rendre la tâche d'orientation encore plus ardue. « Peut-être que je tomberai sur ta maison par hasard, alors » sourit-elle avant d'ajouter, la tête penchée : « je la reconnaîtrai à la serre. » Elle n'allait dans ces coins-là que si elle y cherchait quelque chose de particulier. C'était trop loin pour de simples balades. Peut-être que la prochaine fois qu'elle séjournerait chez les Cents, elle pourrait s'aventurer dans des nouveaux coins, histoire de donner une chance à ce lien de continuer de croître. Ils semblaient être capable de tant échanger, avec une confiance qui s'était tissée en si peu de temps, que ça serait dommage de tout laisser à aujourd'hui sans se retourner.

La confiance était justement telle qu'ils avaient oublié toute forme de pudeur, Murphy soulevant son tee-shirt pour montrer comme devait être portée la lingerie, l'homme se dévêtant pour enfiler celle qu'elle lui donnait et offrait de bon cœur. « Oui, tu peux peut-être ajouter un morceau de tissu et découper et greffer la dernière rangée de crochets dessus » étudiait-elle, concentrée, imaginant le plan ingénieux de l'adaptation du vêtement pour convenir au corps du Terrien. Sa contribution s'arrêterait pourtant là; la couture était l'un des domaines qu'elle n'avait pas encore approchés. Timidement, sans oser lever la tête vers l'homme qui examinait sa plaie, Murphy leva les yeux vers lui à s'en donner mal à la tête. « Tant mieux » souffla-t-elle, soulagée de la conclusion qu'il lui partagea. Mais la détente fut de courte durée, puisque bientôt son interlocuteur fit mention d'une population dont elle n'avait jamais entendu parler. A la manière dont il la présentait, elle savait que leur existence ne présageait rien de bon. Et elle avait peut-être poussé les choses un peu loin en cherchant à être rassurée, parce que la réponse qu'il lui donna eut l'effet inverse. Elle le regarda une seconde, l'air terrorisé, et avala sa salive pour se forcer à passer à autre chose. Si aucun des siens n'en avait croisé depuis tout ce temps, alors ils devaient être bien peu nombreux ou timides. Pas de quoi s'affoler, en tout cas. N'est-ce pas ? Oh, il semblait que ce monde regorgeait encore de secrets terrifiants, à en perdre encore plus le sommeil...

Tout dans leur conversation et les sujets divers qu'ils avaient abordés avaient probablement menés à ce moment plus intime. Comme s'ils se connaissaient depuis toujours, ils entrèrent côte à côte dans un moment doux, délicat et personnel. Murphy ne réalisa qu'ils étaient arrivés là seulement lorsqu'elle perçut quelque chose d'étrange et de nouveau poindre dans le regard de l'homme au moment où il s'apprêtait à dévoiler ce secret qui le rongeait au point de poser des questions à l'inconnue qu'elle était. La lingerie qu'il avait essayée plus tôt lui parût évidente, maintenant. Il semblait à Murphy que le blond était partagé entre deux identités, sans trop savoir qui il était vraiment, parce qu'on avait trop essayé de répondre à cette question à sa place. Ce n'était pas une situation banale que celle dans laquelle elle se trouvait à présent, les fesses plantées sur ses talons, cherchant ses mots comme si elle redoutait que le moindre d'entre eux puisse avoir l'effet d'un raz-de-marée dans l'esprit de celui qu'elle commençait à apprécier un peu trop. « J'imagine que chacun donne le sens qu'il veut aux mots. » Elle tentait de réconcilier le Terrien avec cette Rose, peu importe qui elle puisse être. Peut-être avait-elle manqué de précision ou de sensibilité en choisissant ses mots. Mais Murphy percevait la délicatesse du moment et tout ce qui pourrait ressortir du choix de ceux qu'elle pouvait utiliser. « Pour moi, anomalie sous-entend que tu devrais pas être là, ou pas être comme ça. Et ça c'est pas vrai. » Elle haussa les épaules, comme si ça pouvait faire disparaître ce mot de leur conversation. « Ta situation est pas commune mais ça fait pas de toi quelqu'un d'anormal. Tu vois ce que je veux dire ? » Elle plongea son regard dans le sien pour s'assurer qu'il la suivait bien. « Exactement ! » Le regard brillant, elle s'enthousiasma subitement quand il demanda si tout ça voulait dire qu'il ne pouvait pas en mourir. « Appelle ça une situation. Une maladie implique que t'es en mauvaise santé. Et ta santé est bonne, non ? » Elle cherchait dans son regard une approbation. Peut-être avait-il déjà été victime de mauvais micro-organismes ou de toxines, mais rien qui ne pouvait avoir à voir avec cette différence que portaient ses chromosomes, peu importe ce qu'elle pouvait être. Elle soupira tristement, laissant malgré elle son dos se voûter, lorsqu'il confessa avoir subi l'aversion des autres. « J'espère quand même que tout ça, j'étais pas la première à te le dire. » Murphy pencha la tête sur le côté, les sourcils froncés, osant à peine imaginer ce qu'il avait traversé. « Tu sais, les gens peuvent être de sacrés connards. En général c'est quand ils comprennent pas, d'ailleurs. La peur rend vraiment con. J'espère juste que tu te comprends, toi, et que t'es pas ton propre connard. Quand on vit des trucs pareils, on est son premier allié, l'oublie pas. » Malheureusement, les connards pouvaient parfois gagner du terrain jusqu'à nous contaminer nous-mêmes jusqu'à faire de nous notre propre ennemi. Etre son propre connard, c'était tuer toutes ses chances à l'acceptation de soi-même. Dans un geste qu'elle prendrait sans doute grand soin de regretter plus tard, Murphy conclut en posant une main sur l'épaule de Hyacinthe et un baiser sur sa joue. Ils se relevèrent ensemble et Antarès se rua sur sa maîtresse pour venir réclamer quelques marques d'affection qu'elle lui offrit avec un grand sourire. Il était temps de reprendre la route, et il y avait bien des kilomètres à se mettre sous le pied. La pluie ne faciliterait sans doute pas le trajet si elle décidait de s'installer trop confortablement. La mine effrayée et d'une main dressée, Murphy refusa poliment de monter Azalée. Elle n'était pas encore prête à apprivoiser les chevaux, de près ou de loin. « T'inquiète pas, si j'ai survécu aux odeurs d'ici, je peux survivre à tout », sourit-elle alors qu'ils s'enfonçaient doucement dans la forêt, entourés de leurs trois compagnons à quatre pattes.

Spoiler:
 
 

Hope of deliverance from the darkness that surrounds us...

Page 2 sur 2Aller à la page : Précédent  1, 2

 Sujets similaires

-
» La loi Hope, est-ce une solution? et IT?
» Le Congres americain pourrait adopter le HOPE
» Le HOPE, une bouffée de gaz carbonique pour l’économie ?
» 01. Only Hope • Dakota (terminé)
» Hope is Dead : Lithium Elfensen & Vlad Siegfrey VS Dimitri Vladof

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
The Hundred :: welcome to hell :: Aux alentours de l’Odyssée :: La décharge-