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˜˜˜˜˜˜Pardonner l'autre, c'est se donner le droit de guérir [Rhéa]
maybe life should be about more than just surviving


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Sujet: Pardonner l'autre, c'est se donner le droit de guérir [Rhéa]
Ven 28 Juil - 1:14

2107 Luxem, mariage de Myopia, ma demi soeur, de trois ans ma cadette.

Comment oublier cette nuit là?
Le village Pikuni est à la fête. Les percussions emportent le déhanché des jeunes filles devant les flammes sous le ciel étoilé. Toutes les vierges réalisent ensemble la danse des voiles. Vêtues de rouge, elles symbolisent le passage de la fille nubile à celui de femme féconde et sensuelle pour porter bonheur à ma demi sœur durant sa nuit de noce.

Comme je suis l'un des seuls hommes de la famille, j'ai une place de choix dans les rites d'accompagnement de Myopia vers sa nouvelle famille. Piètre danseur, je m'accommode de ces traditions en me disant que ce n'est pas moi que l'on regarde. Je ne suis pas censé être sous le feu des torches. Pourtant, on me remarque.

A demi nu, le torse couvert de peintures tribales et les yeux noircis d'un maquillage fumé garni de mica cuivré, je suis la cible du regard appuyé de plusieurs jeunes Pikunis en âge de se marier. Je pense à tout sauf à cela, évidemment. Ne pas ridiculiser ma sœur. Mettre un pied devant l'autre, battre la cadence, changer de partenaire dans une volte. La danse de la fertilité évoque un acte sexuel du loup parti conquérir sa louve...

Je ne me sens pas à ma place dans ce genre de rôle. D'abord parce que je n'ai jamais vraiment couru après les jeunes filles. Et parce que depuis la trahison de Zénos, je n'ai plus jamais osé penser à l'amour, fut-ce dans sa forme la plus primale. J'accomplis mon devoir, puis je disparais sous l'une des tentes de célébration dressées dans la plaine pour l'occasion. Mon regard se perd dans les lueurs du brasero.

-"Tu ne danses pas pour honorer ta sœur, Belen." suinte une voix grave de femme depuis la pénombre.
-"Je garde mes forces, ma mère Xinédine. La nuit sera longue."
-"Il y a beaucoup de belles jeunes filles. Peut-être voudras-tu en inviter une sous ta tente?" murmura ma marâtre en s'avançant dans la lumière rougeoyante, laissant apparaître une imposante crinière retenue par des os de chèvre au dessus de son visage entouré par une coiffe de perles et de cauris.
Comme je ne répondais pas, elle poursuivit, piégeuse. "Je sais que tu vas me répondre que ton entraînement occupe toutes tes pensées, mais n'est-ce pas pour avoir tout loisir de prendre le bain avec tes camarades soldats?..."
-"Mère..."
-"Allons, je me moque que le bâtard de mon mari s'allonge au côté d'autres mâles. Et de quel loup mord la queue de l'autre. Mais n'oublie pas que je suis la sœur d'Edmond. Et puisque nous devons faire partie de la même famille, je ne souffrirai pas de voir mon nom terni plus longtemps par ces rumeurs. L'avenir des Pikuni dépend en partie de notre vigueur au lit pour élever de beaux enfants. Et en la matière, j'attends que tu fasses ta part."

Elle savait. Quoi, dans quelle mesure, je l'ignorais. Peut-être pas pour Zénos qui appartenait déjà à un passé lointain. Elle avait cependant du remarquer les regards appuyés que je lançais à Sigrid lorsque nous nous croisions en public. Même si je ne m'étais pas autorisé à penser quoi que ce soit, elle avait su lire en moi et d'une certaine manière,  elle me connaissait mieux que je ne me connaissais moi-même.

-"J'accomplirai toujours mon devoir envers le clan Kaard et la tribu Pikuni, ma mère.  J'essayerai de fréquenter plus de jeunes filles de mon âge."
-"A ce propos, ne trouves-tu pas qu'Illyria, la petite nièce d'Eddart, ferait un bon parti? Elle t'aime bien d'après ce que j'ai entendu. Tu en as de la chance. "
-"C'est une jeune femme très habile de ses mains et très joviale. Je suis sûr qu'elle deviendra un très bon artisan." concédai-je, mi-figue mi-raisin, "Pourtant, nous n'avons que peu de points communs. Elle ne pense qu'à s'amuser aux dépens des autres et sans jamais prévoir ses lendemains. Et elle n'a que quinze ans..."
-"Des hanches larges qui feront de beaux Pikunis. Sois un homme et éduque ta femme avec fermeté. Quelqu'un d'aussi lunatique ne devrait pas être si difficile. Fait-moi plaisir, va l'inviter à danser. Si elle ne te plaît pas, fait comme bon te semble. Je te donne un an pour prendre femme. Si tu n'as pas arrêté ton choix, j'informerai Eddart de tes intentions concernant tes futures fiançailles avec Illyria. Soumet-toi à ma volonté. Tu n'as nulle envie de découvrir jusqu'où je pourrais aller."
Ses lèvres se pincèrent.
"Tu es le seul fils vivant de Turkin. C'est à travers toi que doit se perpétuer le nom des Kaard. Il le sera, j'y veillerai."

Une brusque intuition me porta soudain à croire qu'une partie de l'acrimonie de ma belle mère envers-moi venait de sa détestation d'elle-même pour avoir perdu ses garçons en bas âge et n'avoir été capable d'élever que des filles à maturité. Quelle stupide mentalité. Toutes étaient devenues des femmes radieuses et pleines de qualités. Et pour une histoire de patronyme, on devait sacrifier mes désirs? Si j'aimais les hommes à la place, ou bien si j'avais envie de n'aimer personne, c'était bien mon droit? J'étais révolté. Et résigné tout à la fois.

~~~~~~~~~~

Les semaines suivantes me parurent insupportables. Myopia tomba presque immédiatement enceinte, comme quoi, nos danses endiablées avaient réellement plu aux dieux. A mesure que son ventre s'arrondissait, j'entendais le tic-tac de l'ultimatum fixé par Xinédine pour me marier. Et Illyria, qui s'était fait des idées après que je l'ai invité à danser à Luxem...

Je ne savais plus quoi faire. Il devait bien se trouver une femme forte, intelligente et surtout compréhensive de la situation. Quelqu'un qui ne recherchait pas un type lambda : baston-hydromel-levrette. Je me mis à suivre avec assiduité les faits et gestes de toutes les jeunes filles à marier du village dans l'idée de voir naître en moi comme une révélation. Qui ne vint pas. Peut-être l'amour n'était-il pas aussi tonitruant qu'un coup de tonnerre. Peut-être prenait-il en fait la forme plus délicate d'un bourgeon qui doit prendre le temps de se transformer en fleur au prix de toutes les attentions? Mon inexpérience ne gonflait pas mon capital confiance pour aborder qui que ce soit dans cette optique. "Bonjour, Alti. Comment te portes-tu aujourd'hui? Bien? Magnifique! Moi? Oh je me disais juste que c'était une belle journée pour convoler..."

Enfin, tout plutôt qu'Illyria, qui me suivait à présent partout comme mon ombre. Distrait par cet ultimatum, je me blessais plus souvent à l'entraînement. Je me retrouvais donc chez la guérisseuse, Rhéa Renki, qui appliquait avec patience les cataplasmes sur mes bleus et bandaient mes entorses. Ce jour-là, elle était en train de suturer une légère entaille à ma poitrine, quand je l'interrompis soudain :
"Qui est cette jeune femme, là dehors? Ne serait-ce pas ta sœur qui regarde au fond du puits? Elle a l'air tellement triste." Et seule.

Rhéa m'appris que sa sœur aînée avait perdu son petit garçon trois hivers plus tôt. Il s'était noyé dans le puits. Comme il s'agissait du seul enfant qu'elle soit parvenue à porter à son terme après de nombreuse fausses-couches, son mari l'avait jugé inféconde et l'avait quitté pour partir vivre avec une Calusa. Les autres hommes du village ne voulaient pas approcher cette femme maudite qui avait laissé tuer son enfant. Pourtant, Lycéa était une femme d'une beauté étourdissante. Ses cheveux noir corbeau étaient coiffés en une couronne autour de son crâne d'où s'échappait une cascade de mèches ondulées. Son regard d'acier valait mieux que toute parole et son menton prononcé conférait une pointe d'autorité à la douceur de ses traits.

Le deuil et l'aigreur suscité par l'abandon de son mari avait fait d'elle une guerrière morose et peu amène. Elle restait néanmoins de toute beauté et malgré son agressivité latente, je ne pouvais m'empêcher de voir en elle autre chose qu'un animal blessé, un peu comme moi d'une certaine façon. Alors que Rhéa finissait de me compter sa triste histoire, je ne pouvais détacher mon regard de Lycéa.

La fois suivante, alors que je venais pour faire changer mon cataplasme, je présentais un collier d'ambre à Rhéa :
"Qu'en dis-tu?... Oh, je sais, c'est un peu tôt. Mais je n'ai jamais été très doué pour tourner autour du pot, la séduction, tout ça. Je crois qu'il est temps pour moi de m'établir et de construire un foyer avec une femme loyale...." souris-je, en regardant Rhéa. "Qu'en dis-tu?... crois-tu que Lycéa acceptera ma proposition?"

Contre toutes mes attentes, Lycéa ne rejeta pas ma demande. Elle vit sans doute quelque chose en moi que je ne voyais pas. Elle ne tarda pas à m'échanger un collier d'ambre à son tour. La lune qui suivit, nous étions unis par le mariage. Lycéa se montra très douce avec moi. Si bien que je garde un bon souvenir de notre nuit de noce. Je crois qu'elle-même n'avait jamais été touché de cette façon. Bien vite, son ventre s'arrondi et je dus la rassurer en permanence quant à sa peur de perdre l'enfant. Si quelques nuits d'amour par saison aux côtés de ma femme me suffisaient amplement, je devais me montrer plus conciliant pour soutenir sa paix intérieure.

La venue de notre fille s'annonçait comme une renaissance pour tous les deux. Ce qui n'était au début qu'une façon d'obéir à Xinédine et à Turkin était devenu mon sanctuaire. Bien que mes parents aient trouvé à redire sur la fertilité et l'âge de ma promise, ils étaient satisfaits de me voir consentir au mariage et leur donner prochainement des fils. Mon métissage Kovarii paraissait surpasser la stérilité de ma compagne. Je ne trouvais pas dans notre union l'assouvissement de tous mes penchants, mais j'étais heureux, peut-être pour la première fois. Je n'avais pas imaginé que cela puisse être de si courte durée.

Je n'oublierai pas non plus cette nuit d'automne, huit lunes après la naissance de notre fille, Aryn. Je me trouvais dans la taverne du port de pêche Calusa a jouer aux osselets en écoutant les boniments des vieux marins sur les apparitions prophétiques du kraken, à m'enivrer, quand un messager du village fit irruption comme un diable, laissant s'engouffrer le vent et la houle dans le bouiboui. Le village était en proie à une épidémie de fièvre sanglante. Les malades se comptaient par dizaines et les morts commençaient à s'empiler. Lycéa faisait partie des mal portants. Je cavalai tout le restant de la nuit à bride abattue, incapable de redevenir complètement sobre.

Quand j'arrivai à la maison, je trouvai la famille de Lycéa à son chevet. Sa mère me jeta un œil réprobateur avant de vider la pièce. Je me retrouvai seul avec Lycéa et en compagnie de Rhéa, qui passait un linge humide sur son front, l'air inexpressif. Prenant la main de Lycéa, je tentai de faire preuve de tendresse sans laisser paraître mon désespoir.

Attirant Rhéa dans un coin de la pièce, je lui dis "Rhéa, dis-moi, c'est grave? Tu vas la soigner pas vrai? Hein, elle va se remettre?"
Devant l'air interdit de ma belle-sœur, je sentis monter en moi une violente exaspération : "Mais bon sang remue-toi pauvre sotte, fais quelques chose! Essaye une nouvelle potion!" ruminai-je.

Pétri d'angoisse, je fis ce qui alimente encore aujourd'hui mes remords les plus tranchants : je séparai Aryn de sa mère, de peur que l'infection gagne son corps à son contact.
"Belen, que fais-tu? Pas mon bébé, pitié mon amour, rend-la moi. Belen..." implorait sa voix sans force tandis que j'emmenai ma fille dans la pièce voisine.
Je ne sais si c'est la maladie ou le chagrin, mais j'eus beau rester auprès d'elle, Lycéa ne passa pas la nuit.

Suite à la mort de Lycéa, les choses changèrent radicalement. Je laissai une partie de mon cœur en terre dans la forêt. Et bien que mon âme continue à briller dans le rire d'Aryn, je devins encore plus sauvage. J'avais toujours été solitaire, mais c'était là dans ma nature. Désormais, il y avait un fond de rage dans mon être et je devins d'autant plus furieux au combat. Parce que j'avais besoin d'un coupable et que je redoutais sans doute que la culpabilité ne retombe sur moi, je tins Rhéa responsable du décès de sa sœur. Si je devins exécrable, et un temps porté sur la violence et la boisson, je n'avais pas le droit de sombrer. Il fallait penser à Aryn. J'étais d'ailleurs bien content de trouver la main secourable de Rhéa pour s'occuper d'Aryn quand je ne m'en sentais plus capable ou pour faire ma toilette quand je semblais avoir décidé de mourir d'ébriété et de déshydratation. J'avais trop besoin d'elle pour lui interdire de voir sa nièce.

Depuis ces heures sombres, les choses semblaient avoir repris leur cour. Aryn avait grandi et ressemblait chaque jour davantage à sa mère. Malheureusement, les anciennes blessures ne guérissent pas toujours d'elles-mêmes. Elle sont recouvertes de sédiments tout au plus. La distance s'installe et devient glaciale. Aussi, le fossé qui me séparait à présent de Rhéa était-il devenu infranchissable, même si j'étais profondément reconnaissant de tout ce qu'elle avait pris sur ses épaules pour notre famille.

~~~~~~~~~~~~~~~~
Eté 2117

Aryn s'était endormie depuis plus d'une heure quand je sortis discrètement de la maison pour me diriger vers la forêt. Mes bottes glissaient dans la boue fraîche alors que je gravissais le sentier sinueux de cailloux menant vers la combe où se trouvait le cimetière Pikuni. Avec la nuit, les brumes remontaient de la rivière et sinuaient entre les dolmens, donnant une atmosphère mystique aux cèdres et aux conifères. Comme les exhalaisons des fantômes prisonniers de la terre des morts.

Lycéa se trouvait-elle parmi eux à errer ou bien sa lumière lui avait-elle permis d'atteindre la porte de l'éternité? Avec douceur, je déposai une couronne de lierre tressée au pied de sa pierre dressée, sur laquelle j'avais jadis gravé les runes de son nom et de ses hauts faits de guerrière.
Le front posé contre la pierre, une larme roula sur ma joue. Je me sentais étrangement calme. Quelques fois, dans ces instants de grâce, j'avais l'impression que la défunte me parlait. Elle me disait de penser un peu à moi, pour changer.

Un craquement abrupt de branche brisa ma communion avec la pierre. Mon regard scruta l'obscurité, mes oreilles percevant le hululement suspicieux d'une chouette effraie.

-"Qui va là?! Sors de là tout de suite, ou il t'en cuira. Ce n'est pas bien d'épier le recueillement d'un homme."


Dernière édition par Belen Kaard le Jeu 3 Aoû - 10:50, édité 1 fois

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Sujet: Re: Pardonner l'autre, c'est se donner le droit de guérir [Rhéa]
Lun 31 Juil - 16:29

Pardonner l'autre, c'est se donner le droit de guérirBelen x Rhea
Quelques semaines auparavant, il y avait eu un mariage au sein des Pikunis, Myopia était le nom de la jeune femme qui allait s’unir à un homme. La fête en elle-même avait été fructueuse vu que j’avais réussi à être accompagnée pour le reste de la nuit. Hommes ou femmes, peu importe, les deux me convenaient même si j’avais une préférence pour la gente masculine. Depuis peu de temps, je m’occupais souvent du même patient. Je ne savais pas si c’était lui qui avait décidé de me choisir comme guérisseuse attitrée mais cela ne me dérangeait pas de m’occuper de ses différentes blessures. Il s’appelait Belen Kaard et  je le trouvais à mon goût. Peut-être serait-il l’homme qui allait réussir à me faire oublier les femmes ? Pourtant, je n’osais guère faire le premier pas, lui avouer ce que je ressentais pour lui.

Un jour, il décida de m’interroger sur la jeune femme se trouvant près du puits alors que j’étais entrain de lui suturer une entaille au niveau de la poitrine et il me demanda une confirmation sur son identité. Il s’agissait bien de ma sœur et comme tout le monde, il avait remarqué la tristesse qu’elle dégageait. Pour être honnête avec Belen, je décidais de lui révéler les raisons concernant l’état de Lycéa , ma sœur.

« Effectivement, c’est ma sœur. Un drame s’est produit, son fils s’est noyé dans le puits, trois hivers plutôt. Comme il s’agissait de son seul enfant et qu’elle a multiplié les fausses couches, son mari l’a quitté pour une autre, une Calusa si tu veux tout savoir. Les hommes évitent d’approcher ma sœur… Ils pensent qu’elle est maudite… J’ai beaucoup de peine et ce n’est pas facile de lui arracher un léger sourire malgré mes efforts. »

Après lui avoir révélé la tragique histoire de ma sœur, je terminais d’apporter mes soins sur son torse et en tant que bonne guérisseuse, je lui suggérais de venir me revoir demain. Il écouta mon conseil et au petit matin, il était là pour lui changer son cataplasme. Il n’était pas venu les mains vides vu qu’il tenait un collier d’ambre qu’il me présenta afin de connaître mon avis.

« Il est magnifique… »

Il parla de séduction et de construire un foyer avec une femme loyale. Complètement gênée par la situation, je ne savais plus où me mettre et je me contentais de lui adresser des doux sourire.

« Cela me… » M’arrêtant net, je ne savais plus quoi dire vu que le collier en question, était pour ma sœur. « …lui fera très plaisir… et je suis certaine qu’elle acceptera ta demande. »

La situation était différente de celle que j’avais imaginé. Moi qui pensais que nous nous étions rapprochés, je m’étais complètement trompée. Les lunes suivantes, j’assistais, impuissante, au mariage de Belen et de Lycéa. Que pouvais-je faire d’autres ? Pas grand chose et il était hors de question de lui dire ce que j’avais sur le cœur le concernant. Cependant, je me réjouissais pour ma sœur car avec un homme comme lui, elle allait pouvoir être heureuse.

Un drame se produisit huit lunes après la naissance d’Aryn, leur fille. Une violente fièvre s’était abattue sur le village et Lycéa faisait partie des victimes atteinte de cette dernière. La maladie était violente et j’étais complètement dépassée par la situation actuelle. Il m’était impossible de guérir les personnes atteintes et j’essayais de faire en sorte de soulager leurs douleurs. Belen, qui était souvent absent, arriva rapidement sur les lieux et il s’approcha de moi pour quérir des nouvelles concernant l’état de santé de ma sœur.

« Belen, je… »

Devant ma réaction, le jeune homme s’emporta et m’insulta tout en me demandant d’utiliser des nouvelles potions. La nuit suivante, Lycéa n’était plus de ce monde et Belen était complètement perdu sans elle. Je pouvais ressentir sa peine et je m’interdisais de tenter quoi que ce soit pour l’apaiser vu que je n’avais pas été capable de sauver ma sœur. Il me tenait responsable pour la mort de cette dernière et c’était compréhensible. Malgré cette rancune, il ne m’interdisait pas de voir ma nièce Aryn qui grandissait rapidement et ressemblait énormément à sa mère.

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Eté  2117

En cette nuit, je n’arrivais pas à fermer l’œil de la nuit et ne sachant pas quoi faire pour m’occuper l’esprit, je me dirigeais d’un pas lent vers notre cimetière pour me recueillir sur la tombe de ma sœur. Cette dernière me manquait énormément et je m’en voulais énormément pour ne pas avoir pu la sauver. Depuis ce jour, je n’avais pas baissé les bras et j’avais continué à exercer mes talents de guérisseuse afin de m’améliorer. Continuant de m’avancer, je remarquais une silhouette non loin de l’endroit où je me dirigeais et sans m’en rendre compte, j’annonçais ma présence à cette dernière en marchant sur une branche. L’individu me demanda de sortir et immédiatement, je reconnaissais la voix de Belen. Continuant d’avancer, je me dévoilais à lui tout en m’exprimant avec une petite voix sur le moment.

« Ce n’est que moi, Belen… Je ne trouvais pas le sommeil et je suis venue également me recueillir. »

Je m’arrêtais à quelques mètres de l’homme, ne sachant pas si il souhaite ma présence à ses côtés ou non.

« Mais si tu le souhaites, je peux te laisser seul et revenir plus tard. »
© YOU_COMPLETE_MESS

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Sujet: Re: Pardonner l'autre, c'est se donner le droit de guérir [Rhéa]
Mer 2 Aoû - 14:20

Je vis une ombre aux contours indistincts déformer les bancs de brumes dont l'épaisseur était telle qu'elle semblait presque les rendre solides. Etait-je en présence d'une âme errante? Balivernes, les fantômes ne cassent pas les branches en marchant dessus. Pourtant, elle ressemblait tellement à Lycéa.

-"Rhéa..." murmurai-je en recomposant mon expression pour tenter de chasser dénuement et tristesse de mon visage. "Bonsoir".

J'étais un peu sur la défensive avant de la reconnaître. C'est vrai, on se croit trop facilement seul au monde dans une posture de prière et un animal sauvage aurait vite fait de profiter de la nuit pour passer à l'attaque. Même si je ne m'attendais pas à rencontrer âme qui vive, et qu'à plus forte raison je n'avais pas anticipé de face à face avec Rhéa, je ne voulais pas qu'elle prenne ma posture pour de l'aigreur. Nos rencontres prenaient toujours une tournure un peu bizarre ces dernières années quand nous étions seuls dans la même pièce. Je ne savais plus comment me comporter. Plein de tords et de lâcheté.

-"Non, reste... C'est aussi ta famille. Je ne suis pas plus en droit d'être là que toi après tout."

Je me redressai comme pour ouvrir la voie, et aussi parce que je trouvais inconfortable de tenir une conversation les genoux dans la terre. Tout en me relevant, j'essuyai discrètement la larme qui avait tracé un sillon dans la poussière sur ma joue à l'aide de mon avant-bras, donnant l'air de rajuster une mèche de cheveux. Mes yeux devaient être rougis. J'espérais qu'elle ne le verrait pas à la faveur de l'obscurité.

Il y avait toujours eu un tel silence entre nous. Il était bien pratique d'avoir les bavardages d'Arryn pour nous en détourner. Je savais que je m'étais parfois montré rude et grossier avec Rhéa. Elle n'avait jamais rien fait de mal pour mériter mon ressentiment et je savais pertinemment aujourd'hui qu'elle n'était pas plus responsable que moi de la disparition prématurée de ma femme.
C'était une épidémie ravageuse. Beaucoup de personnes avaient succombé sans que nul ne puisse l'empêcher. Ni Rhéa, ni un autre guérisseur. Seuls les plus robustes étaient parvenus à s'en remettre bon an mal an après de longues semaines de convalescence. Et tous ces enterrements successifs rapidement expédiés n'avaient pas permis de faire le deuil des disparus. Parfois même les familles n'avaient pas osé assister aux funérailles par peur de la maladie. Les chefs de la tribu avaient fini par creuser une immense fosse commune pour accueillir l'empilement de charognes.

Nous avions été là pour Rhéa, mais avec tant de malheur dans tant de familles différentes, j'avais l'impression que notre peine était balayée par celle des autres et que personne n'avait réellement pleuré la mort de Lycéa. A part moi. Et sans doute Rhéa.

Je contemplai cette femme, nimbée de brumes et baigné d'un frêle rayon de lune qui s'écoulait entre les branches des arbres. Je réalisai combien ma pensée était égoïste. J'avais toujours pensé à moi, à mon petit bonheur, à ma femme, à ma fille. Mais elle aussi était à plaindre. Après avoir dévoué sa jeunesse à guérir les blessures, elle avait échoué à soigner sa propre sœur. La punition devait être assez lourde sans que je ne l'accable comme je l'avais fait de mes reproches silencieux.

Et même alors, le destin ne l'avait pas épargné. Elle avait perdu son frère quelques années plus tard, condamné par la tribu, dénoncé par Rhéa elle-même. Comme son supplice avait été déchirant. J'étais celui qui était parvenu à ouvrir les yeux aux dernier moment à Rhéa sur ses crimes afin qu'elle cesse de le protéger et de le suivre. Ainsi, les chefs de la tribu s'étaient montrés cléments envers elle et l'avaient épargné.

J'avais surmonté cette arrogante attitude de mépris dans laquelle je m'étais enferré bêtement vis-à-vis d'elle le temps de la sauver, sans pousser la bonté jusqu'à abréger le calvaire de son frère d'une flèche en plein cœur. Les entailles s'étaient succédées les unes après les autres. Quatre vingt six très exactement. Bien sûr, une telle intervention m'aurait aussi valu un châtiment. Mais j'aurais pu l'affronter, au lieu de laisser ma belle-sœur pleurer seule face contre terre. J'avais des remords à présent, mais les remords n'ont jamais aidé personne.

Aujourd'hui, nous étions aussi seuls l'un que l'autre, avec nos fantômes. Peut-être que le temps de la paix était venu. De façon très maladroite je l'incitai à me rejoindre :
-"Approche, s'il te plaît. On peut méditer ensemble."

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05/10/2015 Electric Soul 5513 Jensen Ackles Tag & tumblr Traître en cavale & rebelle anti-esclavagiste anti-royaliste (ex-mercenaire, ex-gladiateur) | Combat & maniement des armes 490
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Sujet: Re: Pardonner l'autre, c'est se donner le droit de guérir [Rhéa]
Mer 23 Aoû - 20:49

RP archivé suite au départ de Rhea
 

Pardonner l'autre, c'est se donner le droit de guérir [Rhéa]

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