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˜˜˜˜˜˜Naufrages - ft. Ciaphas.
maybe life should be about more than just surviving


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29/04/2015 Joy. 568 Adriana Lima. Bazzart. / Tumblr. Combattante & Navigatrice ( Pirate, dearie. ) 1


Sujet: Naufrages - ft. Ciaphas.
Mer 28 Juin - 3:43


 Naufrages
feat. Ciaphas
Long way around.

Le silence. Le silence après les cris. Après le fracas du bois et des corps, engloutis par les abysses surnaturelles et le folklore lui - même. La symphonie désarticulée de l’agonie, des adieux et de l’espoir vain qui résonne comme un refrain fané,  butant et butant encore à la façon d’un vieux disque rayé.
Le sang et le sel se mélangent et ne font qu’un. Les étoiles noires se sont depuis longtemps détournées des larmes acides qui creusent les joues et noient les prières. Livrés à eux même. Livrés à la mort.

Le soleil était haut, il inondait de lumière les terres ici – bas à en brûler les fragiles épidermes. Il surplombait le ciel et plus encore, vous agressait les yeux jusqu'à les réduire en fente et aveugler vos pas. Pourtant, là où Maria se trouvait, tout était sombre. Vide. Son cœur avait froid.
Elle était étendue sur le flanc, mais elle avait l'impression d'être abandonnée à une chute dont elle ne connaissait ni la fin ni même le début. La seule chose qu'elle croyait vraiment savoir, c'était qu'elle dégringolait dans cette gueule immense qui s'ouvrait sous elle, sous eux. Une marée de lamentations venait la balayer, la retourner, l'étouffer. L'averse de débris qui s’abattait, impitoyable, leur rayait la peau parfois aussi profondément que des lames. Certains n'en réchappaient pas ; ils se retrouvaient cloués à la façon d'un trophée de chasse à même le pont.
Elle réalisait à quel point le corps était fragile. Qu'il n'était rien d'autre qu'une enveloppe de chair et de muscles, si facile à mettre à nu et à briser. Qu'étaient – ils réellement ? Comment pouvait – on mourir aussi vite ? Un esprit, une âme, une histoire si aisément capturés par le rien. Pouvait – on avoir vécu autant d'années et être condamnés à disparaître avec une telle légèreté ? D'un seul coup, en quelques secondes ou plusieurs heures ? Est – ce que tout cela même avait un sens ?
Elle avait vu une nuée d'existences s'évanouir, ce jour là. D'ailleurs, certainement était – elle partie les rejoindre, elle aussi. Dévorée par les pourpres flots dont était fait la mer lors des dernières heures. Elle  surprit une germe d’amertume s'embraser dans les profondeurs de son être : elle n'avait pas assez vécu. Ç’avait été trop court. Trop vite. S'il y avait quelconques Dieux, elle irait réclamer son dût. Mais à vrai dire, c'est toujours ainsi qu'elle avait voulu sceller son sort :dans la splendeur de l'Océan.
Foutaises ! Elle avait changé d'avis ! Ce fut beaucoup trop tôt, elle avait bataillé trop longtemps et si dur pour qu'on ne la prenne déjà entre les deux doigts de la Mort. De ça, elle était convaincue, il lui restait des choses à accomplir, à découvrir, à parcourir.
« Qu'on me réveille ! » Suppliait – elle. Et pour qu'elle en vienne à supplier, il en fallait beaucoup. « Qu'on me réveille maintenant ! » Ses pensée ricochaient dans l'absolu néant.
Et puis … Miracle ! Elle ne flottait plus. Voilà qu'elle se rappelait qu'elle avait un corps, qu'elle en avait conscience. Que ses limites étaient matérielles et définies. Toute cette vacante obscurité à laquelle elle avait  cru appartenir si brièvement n'avait déjà plus aucune logique. 
Elle était en vie, elle était réelle, et elle souffrait. Elle souffrait des ecchymoses qui tâchaient sa peau, elle souffrait des plaies ouvertes qui parsemaient ses membres et que l'eau de  mer avait agressé. Elle souffrait de la chaleur de l'astre infernal qui lui rougissait le visage, et surtout, elle souffrait d'avoir été impuissante.

Un filet d'air se frayait un chemin à travers sa gorge nouée et fit siffler sa respiration. Sous elle, un sable ingrat  éveillait les courbatures de son corps endolori et la migraine balayait son front si bien qu'elle ne trouva pas encore la volonté d'ouvrir les yeux. Exister lui parût soudain pénible. Cela impliquait d'accepter ses faiblesses et de s'y restreindre. Pour un instant, son inconscience lui avait semblé plus douce, plus agréable. Embaumée dans un nébuleux firmament moucheté de joyaux, elle se laissait consumer, dévorer, disparaître.
Impartiale, sa mémoire la gifla pour avoir pensé ainsi. Une foule de souvenirs se pressait contre elle avec fureur pour avoir osé les omettre quelques secondes. Ainsi, elle revit l'eau boquilloner au loin, les silhouettes se débattre. Le fier pavillon du Revenge qui tapissait la surface des flots avant qu'il ne soit emporté avec la carcasse du navire.

Maria souleva ses cils et fit face à un monde trop réel. Elle aurait aimé se redresser, les pensées fragmentées par la confusion des rêves. Frisonner un peu, puis s'étirer tandis qu'elle retrouvait l'entièreté de ses esprits, de nouveau sous les planches sombres du bâtiment naval. Se dire, une fois sur le pied incertain du bord, que ce fut un cauchemar bien curieux et qu'elle devait cesser d'entendre tergiverser les marins lors de son quart du soir. Ces derniers avaient l'imagination bien trop féconde. Ils toisaient quelque chose qu'ils ne comprenaient pas, et aussitôt, voilà une histoire de chimère à vous faire redouter le grand bleu dix fois plus fort.
Oui, elle aurait naïvement aimé tout cela, mais vaine était la lutte pour échapper à la vérité. Le Revenge avait coulé par une chose qu'elle pensait fictive, exagérée, surdimensionnée. Déjà, l'Univers se forgeait un autre visage et lui révélait une facette dont elle s'était cachée . Elle se rendait compte, avec gravité, que ce qu'elle pensait impossible était finalement réalisable. Que l'illusion se mêlait aux faits avec une petite esclaffe moqueuse. Mais alors sur combien de choses se trompait – elle encore ? Combien de temps le sort se jouerait – il d'elle ?
Trop de questions. Il fallait qu'elle se lève où elle mourrait ici, à la façon dont les cétacés se jetaient pathétiquement sur le rivage. Une comparaison si peu flatteuse que la demoiselle se redressa dans un râle et parvint à se hisser sur deux genoux flageolants. Elle était trempée, qu'il s'agisse de ses vêtements ou même des cheveux qui lui collaient à la nuque. Cela lui fit songer au temps qu'elle avait du passer couchée sur le banc de sable, l'âme ailleurs et l'inspiration vagabonde. Très peu, sans doute. Et tant mieux, qui sait quel genre de personne aurait pu la voir ainsi alors qu'elle se gargarisait de sa robustesse et de sa dignité ?
A tâtons, elle planta la pointe de ses bottes dans le sol et se leva avec fragilité, faisant fi des frissons qui s'emparaient de ses membres tout entier. A plusieurs reprises, et comme le faon nouveau à la vie, elle manqua de trébucher. Seul son honneur, à vrai dire, parvenait à la maintenir debout, quand bien même elle était seule ici.
Seule. Pour la première fois, ce mot sonnait terriblement cruel. Où étaient les autres ? Drogho, Sonja, Ciaphas ? Étaient – ils seulement vivants ?
Elle se rappelait, non sans amertume, d'avoir aperçu le second et le quartier maître donner de violents coups pour demeurer à la surface et capturer de l'air du bout des lèvres. Sûrement le vaisseau ou la créature les avait – ils entraînés dans leurs sillages lointains. Mais le timonier, lui, à qui la peur de mourir donnait des ailes, il avait déjà nagé bien loin pour s'être fait attirer dans l'antre de Davy Jones. Un passé de Calusa comme le sien, ça vous allongeait la brasse, pour sûr.
Ces réflexions lui rongeaient la tête et les seules forces dont elle disposait. Elle errait sur la côte, sans savoir grand chose, pas même où elle se trouvait. Au fond d'elle, Maria l'espérait sauf, ce grand barbu. Après tout, alors qu'elle avait pitoyablement tenté de raisonner Dante, Capitaine déjà perdu, l'homme lui avait agrippé le bras et l'avait tirée avec toute sa force de marin hors du désastre. Pourquoi ? Elle s'en fichait. Il l'avait tirée de là, et c'était ça qui importait vraiment.
En revanche, ce qui avait poussé Dante à demeurer à bord et à sombrer dans les règles de l'art parmi les entrailles de son navire, elle l'ignorait mais elle trouvait cela idiot. Les gens ainsi n'étaient pas remémorés comme des braves, mais comme des types désespérés à la tête enivrée par la témérité et l'espoir d'être appelés héros ou nobles.  C'est ce qu'elle avait tenté de lui faire comprendre cet instant là.
Quoi qu'il en soit et quoi qu'il ait advenu maintenant, il était trop tard pour y changer quoi que ce soit. Le passé était un temps disparu. Il fallait qu'elle continue, qu'elle rebondisse, qu'elle se raccroche à autre chose. Désormais c'était un certitude, elle était condamnée à voir pourrir tout ce qu'elle touchait. Elle empestait le malheur.
Avec un peu de chance, les plus superstitieux étaient morts pour ne pas l'accabler d'une culpabilité qu'elle n'avait pas envie de porter. Ses fléaux lui suffisaient assez pour tout un siècle et plus.

Silence, toujours.
Le temps filait. Elle en avait perdu la notion. Ses pas la portaient toujours, plus par mécanisme que par volonté. Sans savoir où elle allait, où elle souhaitait se rendre, elle marchait dans cette vallée de damnés, presque accablée. Son palpitant se voûtait de la lassitude dont on l'assaillait.  
Mais c'est alors que dans le comble du désespoir intervint sa chance : il y avait un corps, là bas.
Si elle était épuisée, elle retrouva de l'énergie. Si elle était pessimiste, elle se mit de nouveau à croire. Dans le souffle de la terre, elle se précipita auprès de l'individu délaissé des vagues. La silhouette … La silhouette que le contre – jour sculptait, elle la connaissait. Aussi étrange que cela pouvait lui paraître, on comblait le vide qui la creusait par un immense soulagement. Quoi que rien ne fut gagné. Elle pouvait très bien s'arrêter au dessus de ce qui ne serait plus que le cadavre du fier pirate, dès lors son enthousiaste serait vilement assassiné. Parce qu'il s'agissait de Ciaphas, c'était une certitude. Peut – être la gabière parlait – elle peu, mais elle observait. Elle était capable de reconnaître l'ombre de quelqu'un qui avait partagé un bout d'histoire avec elle.
La femme s'agenouilla avec hâte près du robuste gaillard, sans aucune grâce. Elle lui attrapa le poignet aussi vite, d'une ferme conviction, et pria pour y sentir les manifestations de sa pompe cardiaque, aussi faibles étaient – elles.
Un sourire qu'elle réprima lui dévorait les lèvres. Le bougre était en vie. Certes, sonné comme elle l'avait été, mais en vie.  Il avait la tête dure. Maria l'agita un peu. Sa consolation n'était ni assez grande ni assez forte pour coudre sa bouche à la sienne et le faire revenir. S'il le fallait, néanmoins, elle lui claquerait le visage et le torse à grands coups.
- « Eh, Uman. » On avait connu plus tendre façon d'accueillir un homme qui avait voulu vous voir vivre. « Crève pas maintenant, tu veux. Je t'en dois une. » Sa voix voulait cacher le drame qu'ils avaient vécu par le masque des mots, mais elle était et demeurerait insuffisante pour leur faire oublier cette marque au fer rouge qu'on leur imposait.


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09/08/2016 Chiimaira / Adrien 243 chris john millington ava: champagne mami; sign: myself Timonier du Revenge 53
Chroniqueur d’Écumeuses Aventures


Sujet: Re: Naufrages - ft. Ciaphas.
Mer 28 Juin - 23:59

Naufrages.


C’était un jour parfait pour trouver des trésors. L’or de Là-Haut brillait fort, le commencement du Bleu Profond ondulait calmement mais surtout, durant la nuit le monde avait grondé puissamment, zébrant Là-Haut de cordes d’eau et secouant si vivement le Bleu Profond qu’il avait fouetté le Gros Rocher plus ouvertement que d’habitude. Pour être souvent venu là, Kolpi savait qu’au lendemain d’une telle nuit le rivage regorgeait de nouvelles choses à découvrir. A petits bonds excités, il gagna la petite bande de sable et la parcourut de ses yeux noirs et pleins de curiosité. Il fit jouer ses ailes blanches pour s’étirer et admira un instant son reflet dans le Bleu Profond perturbé par l’écume. Kolpi apprécia les teintes grises de ses plumes basses qui allaient crescendo vers l’ébène de sa queue ainsi que l’immaculé de son visage. Il claqua son bec jaune de contentement puis se mit en quête de trésors lorsque le reflux vint briser l’image.
Il procédait méticuleusement, progressant sur la plage à petits pas, laissant derrière lui l’empreinte légère de ses pieds palmés. Kolpi aimait prendre son temps, et ce pour deux raisons. La première, la plus évidente, était qu’il ne souhaitait surtout rien manquer. Mener ses recherches de façon précipitée lui paraissait la meilleure manière de louper une trouvaille. La seconde, plus personnelle, était qu’il aimait tant la mission en elle-même que son accomplissement. Tremper ses pieds dans la fraîcheur du sable mouillé, remuer son bec entre cailloux et coquillages avec excitation et finalement mettre la main sur quelque bijou à ajouter dans sa cachette secrète, tout cela l’inspirait de manière égale.  

Si d’habitude son esprit entier était concentré à la tâche, aujourd’hui les paroles de Flaf n’avaient de cesse de lui revenir à l’esprit. Flaf était son ami, et même si ce dernier était aussi différent de lui qu’on puisse l’être, Kolpi l’appréciait fortement. En conséquence, leur différend était sujet de remords et Kolpi ne pouvait décemment se résoudre à faire comme si de rien n’était.
Flaf lui avait dit que le Cercle avait proclamé interdit de s’aventurer seul sur la plage, et qu’il était encore plus interdit que de mettre le bec sur les bizarreries qui s’y échouaient. Le Cercle disait que ces choses là appartenaient aux Suffisants, et que tout ce qui relevait des Suffisants était malédiction, avait savamment récité Flaf, convaincu qu’un tel avertissement dissuaderait son ami. Comme toujours, au cas où cela ne suffirait pas, il avait même entrepris de lui rappeler pourquoi ils se méfiaient tant des Suffisants, ce que disait Tszorû à ce sujet, et, comme toujours, Kolpi s’était contenté d’écouter d’une oreille distraite, ne sachant que trop bien ce qu’aimait radoter Tszorû.

La légende voulait que l’Ancienne Communauté vivait proche des Suffisants qui aimaient la pêche. Qu’au départ, eux et les Suffisants s’étaient convenablement entendus, allant même jusqu’à partager ensemble les richesses du Bleu Profond. Mais au fil du temps, les  Suffisants pécheurs étaient devenus méchants envers la Communauté. Noirs, remplis de dédain. Ils avaient cherchés à les chasser de leurs rivages, n’avaient eu plus que des insultes pour eux. Leurs bateaux modernes s’étaient mis à dégager une horrible puanteur qui faisait fuir les petits Fuyants, si bien que la Communauté avait éprouvé de plus en plus de difficultés à vivre convenablement. Puis, les Suffisants avaient tant pêché, avaient tant abusé des richesses du Bleu Profond que le monde avait été mis sens dessus-dessous. D’après Tszorû, c’est pour cela qu’on les appelaient les Suffisants. Parce qu’ils avaient tout détruit par orgueil. Qu’ils avaient pris bien plus qu’ils n’auraient dû prendre. Que les Dieux de Là-Haut avaient puni leur insolence en envoyant la malédiction sur le monde.
Des ancêtres de Kolpi, Tszorû prétendait que seuls ceux qui avaient vécu au Refuge Noir sous la terre avaient survécu. Comme le Bleu Profond venait mourir dans le Refuge Noir, ils s’y étaient terrés des années, becquetant les serpents de l’eau salée et s’abreuvant de cette même eau abjecte. Tszorû affirmait qu’on avait appelé cette époque la Grande Désolation. Que c’était à cette époque là qu’étaient apparus les premiers enfants modifiés, avec trois pattes ou une aile plus courte que l’autre, et qu’aujourd’hui on appelait les Différents. Tszorû déplorait ces années de souffrances, dont la fin avait été marquée par le jour du Grand Départ. Il disait que, désireux de fuir cette terre maudite, les anciens avaient longtemps traversé l’Entre-Deux par dessus le le Bleu Profond et avaient trouvés Le Hâvre Jaune. Ils s’y étaient installés, en avaient fait leur foyer et la base de la nouvelle Communauté, qui remontait maintenant à plus de cinq générations. Tszorû vantait sans cesse le courage de leurs ancêtres, et proclamait qu’on leur devait le respect éternel. Drern et Volvrä (plus connus sous le nom de la Paire Vaillante) en étaient les plus célèbres, et chaque année l’on fêtait leur fondation de la communauté du Gros Rocher pendant sept jours et sept nuits. Kolpi ne comprenait pas comment il pouvait respecter des gens qu’il ne connaissait pas. L’on respectait sa mère, son père et le Cercle, et ça lui semblait évident. Mais respecter ce qui n’était plus ? Il ne parvenait tout simplement pas à voir comment.
C’est ce que Kolpi rétorqua d’ailleurs à Flaf. Mais Flaf possédait un grand sens du devoir. Il ne remettait jamais en question ce qu’avançait le Cercle, car le Cercle possédait la sagesse, aussi Flaf appliquait-il avec honneur les préceptes de la Communauté qu’on lui avait enseignés depuis toujours. Que Kolpi les rejette si ouvertement l’emplit d’horreur et le laissa bec bé. Kolpi connaissait bien son ami, et il savait qu’en exprimant ainsi sa pensée, il ne récolterait qu’un long sermon de plus sur les bienfaits de la parole du Cercle. Avant que Flaf n’ait trouvé quoi répondre pour défendre la mémoire collective, Kolpi était parti.

Kolpi chassa de son esprit ces pensées négatives. Il en avait plein les plumes qu’on lui rabâche sans cesse les lois de la Communauté, qu’on lui interdise ceci cela.
Il lui semblait qu’à s’être entourés de tant de règles, le Cercle avait oublié que l’Entre-Deux n’appartenait à personne. Que le principe même de leur existence, c’était la Liberté. Cette liberté, il avait toujours souhaité la retrouver. Oisillon déjà, il confiait à ses proches ses envies d’aventure. D’explorer de nouveaux horizons, de survoler le Bleu Profond jusqu’à rencontrer une nouvelle terre et pourquoi pas celle des Suffisants. Observer de son propre chef la terre de leurs ancêtres plutôt que par le biais de vieilles histoires lui paraissait être la plus brillante idée qui soit. De plus, la peur que leur intriguait le grand peuple lui semblait irrationnelle, et à son humble avis, cette peur prenait racine dans l’ignorance profonde qu’ils avaient d’eux. Tout ce qu’ils savaient, ils l’avaient appris des vieux contes, et bien sot l’être qui se fiait aux contes selon Kolpi. Oui, assurément, il lui fallait découvrir le Continent et se faire son propre avis.
Mais peu - pour ne pas dire personne - partageaient son avis.

Kolpi sentit une colère sourde le gagner malgré lui. Pourquoi tant de méfiance ? Pourquoi tant de contraintes ? questionna son esprit rationnel. N’avait-il pas ramené moultes trouvailles sans qu’aucune malédiction n’ait frappé la Communauté ? N’avait-il pas, et ce malgré l’interdiction, touché du bec toutes ces choses sans rencontrer le moindre danger ? Il se souvenait comme la joie l’avait gagné la fois où il avait déniché une perle si grosse qu’il avait peiné à la tenir, ou encore le jour où il avait ramené une drôle de figure en bois qui représentait un animal qui lui était inconnu. Toutes ces choses, ils les avaient rangées dans son coin secret, et il lui apparaissait soudainement injuste qu’il ne puisse les exhiber fièrement, en décorer son nid comme d’autres déployaient les branches aux plus belles feuilles qu’ils aient pu trouver. Ses trésors à lui étincelaient mille fois plus que les stupides cailloux des autres ! Mais à cause des ordres du Cercle, plutôt que de lui envier ses trouvailles uniques, on le considérait comme un collectionneur fou.
Kolpi fut soudain arraché à ses pensées par une plainte sourde dans un timbre qu’il ne reconnaissait pas. Tournant vivement la tête à gauche à droite, il chercha l’origine du bruit. Cela ne provenait ni de l’Entre-Deux, ni du Bleu Profond, aussi cela ne pouvait-il que venir du sable. Mais depuis quand la grève se lamentait-elle ? Perplexe, Kolpi bondit sur place. Il observa le plus grand silence, dans l’espoir que le phénomène se reproduise pour qu’il puisse mieux le localiser.
Nouvelle plainte.
A sa gauche, il en était sûr maintenant.
Kolpi bondit à nouveau et avança prudemment vers le bruit. Plus il avançait, plus il croyait discerner une sorte de souffle rauque. Face à lui la grève s’élevait en une petite dune, et Kolpi se rendit compte qu’il était allé bien plus loin du Gros Rocher qu’il ne l’avait jamais osé. Furieux, il ne s’était pas aperçu avoir poussé ses recherches aussi loin. Son coeur tambourina sous son plumage. Il était aussi enthousiaste qu’effrayé. Qu’allait-il trouver derrière la butte de sable ?

Arrivé au sommet, il poussa un bref cri. Kolpi n’en revenait pas ses yeux. Là, en contrebas, gisait un Suffisant. Ou du moins le croyait-il, puisqu’il ne lui avait jamais été donné d’en observer un. Curieux, il entreprit de descendre de son perchoir aussi prudemment que possible. C’était une occasion inouïe d’en apprendre plus sur ces grands êtres disgracieux, et il chassa de son esprit  l’ennuyeuse voix de Flaf qui lui disait de fuir au plus vite. Kolpi se déçut presque d’avoir pensé à prendre ses ailes à son cou à la vue du Suffisant, lui qui avait rêvé toute sa vie d’en rencontrer un.
Le Suffisant ne bougeait pas, aussi Kolpi se demanda s’il était mort. Il fit le tour du corps. Il jaugea avec dégoût ces longs membres qui longeaient le torse et remplaçait les ailes ainsi que leur terminaison en cinq branches boudinées. A quoi cela pouvait-il bien servir ? Comment le suffisant pouvait-il convenablement marcher ainsi ? Sa soif de comprendre prit le dessus sur ses réticences et bientôt il examina le Suffisant sans vergogne. Quels étaient ces protubérances arrondies de part et d’autre de la tête ? Comment mangeait-il sans bec ?  Il fronça les sourcils en constatant que les pattes du Suffisant se soldaient par un aspect similaire à ce qui remplaçait les ailes, et les fronça plus encore lorsqu’il mit la palme sur ce qui le gênait le plus : ces êtres ne possédaient aucune plume. Kolpi eût soudain pitié de tant de laideur. Peut-être possédait-il là l’ombre d’une explication de la méchanceté des Suffisants. Peut-être s’étaient-ils tout simplement vengés des Dieux Là-Haut qui les avaient fait si monstrueux.

Kolpi en était à se demander s’il allait dévoiler sa découverte à la Communauté ou non lorsqu’il fut surpris par l’arrivée d’un second Suffisant. Sa première pensée fut qu’une fois debout, les Suffisants étaient bien plus impressionnants. Puis, voyant à quelle vitesse l’être réduisait la distance entre eux, Kolpi craigna soudain pour sa vie et s'éleva dans l’Entre-Deux à grands battements d’ailes. Son coeur battant à tout rompre, il fila sans un regard en arrière jusqu’à ce qu’il soit certain d’avoir distancé les Suffisants.
Intérieurement, il se maudit d’avoir eu cette réaction.
Les croyances de la Communauté étaient ancrées plus profondément en lui qu’il ne l’avait crû.




Devant mes mirettes dansaient les ténèbres.
Tout n’était que lignes obscures mouchetées de lumières aux couleurs aussi excentriques qu’irrégulières. Dans mon délire souffreteux, je me figurais que mon esprit voguait en jardins éthérés emplis de lucioles par une belle nuit d’été, quoiqu’une nuit sans étoiles. Je suivais les bestioles du regard avec la curiosité extatique d’un bambin, et c’était comme si mon âme courait de tache lumineuse en tache lumineuse. Je les observais avec la plus grande attention, décrivant de mes yeux ébahis leurs chemins changeants. Je souriais niaisement lorsqu’il arrivait que deux lampyridés venaient à s’entrechoquer, comme on est le témoin d’une inexplicable euphorie lorsqu’on assiste aux premières lueurs d’un amour naissant. Je me sentais bondir lorsque mon être latent croyait refermer ses paumes sur un coléoptère scintillant.
Pourtant, j’avais la drôle de sensation que cette effervescence n’avait pas lieu d’être. Que derrière le paysage féérique que tissaient mes paupières fermées se terrait un terrible évènement dont j’aurais dû me souvenir. Peu à peu, je cessais de contempler les mouvements captivants des lucioles et tâchait de rassembler les fragments épars de ma conscience. Je tentais de repousser tant bien que mal mon rêve aux confins de mon esprit, mais j’avais beau vouloir faire des efforts en ce sens, à chaque pas entrepris pour m’écarter du songe j’avais la désagréable impression de m’éloigner de mon objectif plutôt que de m’en rapprocher.
Mon ravissement céda la place à la contrariété, la contrariété à l’angoisse, puis l’angoisse au désespoir. J’avais jeté toutes mes forces dans la bataille mentale, et je me sentais glisser vers un état des plus comateux. Quelle était-ce drôle de sensation ? Pourquoi me sentais-je soudain secoué de toute parts ? Est-ce que j’étais… mort ?

Foi de pirate, j’allais mettre la dextre sur l’asticot qui me secouait comme un vulgaire sac à patates et la lui coller dans la figure. J’ouvrais les yeux sur une jolie frimousse qui me passait mon envie de représailles mais je grognais néanmoins. C’était Maria. « - Crève pas maintenant, tu veux. Je t'en dois une. Les souvenirs se bousculaient aux portes de ma mémoire, et je les triais sur le volet à la façon d’un marchand qui fait l’inventaire du dernier fret reçu. Je n’en tirais que les informations essentielles et reléguais tous les désagréments qu’apportent les émotions au second plan. Le Kraken avait frappé le Revenge. Le Revenge avait coulé. Nous avions survécu. Ou plutôt, nous étions probablement les seuls à avoir survécu. Je l’avais sauvée. Je nous avais sauvés. Je clignais des yeux un instant, prenant conscience de tout ceci avant de lui répondre.
- J’avais pas l’intention d’y rester. » coassais-je difficilement. En l’état de ma voix, c’était râpé pour la dignité. Je tentais de me relever.
Prenant soudain conscience de mon corps, je gémissais de douleur. Tout mon épiderme m’élançait comme si une charrette avait roulé sur chacun de mes muscles et de mes os. Une charrette chargée qui plus est. La dernière fois que j’avais autant souffert, c’était quand le quartier-maître Trost m’avait rué de coups pour avoir loupé mon quart. J’avais les jambes en compotes, j’étais courbaturé de partout et surtout, je devinais en plein d’endroits les ecchymoses bleuâtres sous mes guenilles et les écorchures que m’avaient laissé l’océan en guise de souvenir de notre fuite inespérée. Levant mon bras ankylosé à la verticale, je portais ma main en visière et lançait un regard circulaire alentour.

Nous nous étions échoué sur une mince plage de sable et de cailloux. Sur la grève, l’on distinguait nettement les débris de notre canot dispersés de façon sporadique Un peu plus loin, la plage s’escaladait en une falaise abrupte en ardoise rouge. Des nuées de mouettes décrivaient des cercles concentriques à son sommet. De l’autre côté, le rivage se braquait de façon prématurée en un point de fuite invisible, caché par une butte herbeuse dont le versant venait mourir sur la plage. Derrière, ça grimpait légèrement jusqu’à un plateau vert qui faisait office de no man's land entre la plage et une jungle épaisse.
On était où ? J’en savais foutre rien, et pour l’instant c’était le cadet de nos soucis à vrai dire. Je me tournais à nouveau vers Maria. « - Tu t’sens comment ?» eus-je l’affront de lui demander. J’haussais les épaules sans même écouter sa réponse. A la voir ainsi, dans un état aussi lamentable que moi, je sentais que mon coeur cherchait à dialoguer avec moi. Retorses comme pas deux, mes émotions tâchaient de s’engouffrer par tous les moyens et de s’imposer à moi, mais je devinais que si je me laissais aller maintenant j’allais finir par devenir fou. J’aurais aussi bien fait de me noyer tout de suite plutôt que d’affronter tout ce qu’impliquait le naufrage d’un seul coup.
Aussi j’avais décrété que je traiterais les problèmes un à un, par ordre de priorité, les classant de façon logique de sorte à ce que nous ne mourrions pas ici. Oui, raisonner plutôt que de ressentir avait toujours été le meilleur moyen de survivre. D’abord, il nous faudrait trouver de quoi manger, et de quoi boire. Il nous fallait retrouver des forces. Puis, dénicher ou construire un abri pour se protéger des intempéries qui ne manqueraient pas de venir. En parallèle, nous explorerions les alentours dans l’espoir de trouver un point de repère, quoi que ce soit qui nous relie au continent même si mon instinct me soufflait que nous étions bien loin de toute civilisation. Maria pourrait-elle endurer tout ceci ? Je lisais un embryon de détresse dans le regard noir de ma camarade, mais je la savais forgée du même bois que moi : celui des survivants. N’empêche que la liste était longue, et qu’on peinait déjà à tenir debout l’un comme l’autre. « - Tu parles d’une galère...» je soufflais pour moi-même.

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29/04/2015 Joy. 568 Adriana Lima. Bazzart. / Tumblr. Combattante & Navigatrice ( Pirate, dearie. ) 1


Sujet: Re: Naufrages - ft. Ciaphas.
Mer 9 Aoû - 0:18


 Naufrages
feat. Ciaphas
Long way around.

Les restes du Revenge ornaient la plage comme des breloques sans valeur et sans passé. Seules preuves qu'il eût existé un jour, ils se laissaient ballotter par les vagues qui se vautraient sur le rivage.
Sur la plage où trottinaient quelques oiseaux, dans les rochers où se tapissaient les crabes, nulle part on avait laissé la trace d'un homme. Un désert aux airs de paradis, comme ces belles femmes aux courbes voluptueuses qui battaient des cils tandis qu'elles dissimulaient une lame dans leurs doigts graciles.
Il était aussi poétique qu'il était menaçant. Déjà, les lambeaux de bois qui venaient moucheter le sable lui donnait un air plus sinistre, plus réel.

Ça paraissait difficile à croire, un navire si fier et si imposant, englouti en à peine quelques heures sans que son équipage ne puisse le défendre avec la vaillance qu'il prétendait détenir. Maria se souvenait de la secousse glacée qui s'était écoulée le long de son dos lorsqu'elle avait fait face à un tel tohu-bohu de corps. Des marins qui s'agitaient en hurlant, en brandissant des armes qui ne savaient vers quoi diriger. La plupart attendait, comme une brave meute de chiens, les ordres d'un Capitaine rendu muet par une gloire effrayante. Les autres ? Ils ne s'étaient débattus que dans l'élan volontaire de la survie. Rien de courageux, rien d'admirable, ils s'étaient débattus sans harmonie. Ainsi étaient les serres de la peur. 

- « J'avais pas l'intention d'y rester. » La voix de Ciaphas, dans le ton pitoyable de celui qui y avait échappé belle et qu'elle se soulageait d'ailleurs d'entendre, vint rompre le morbide silence. Alors, elle toisa ce visage encadré d'un généreux nuage de fourrure et risqua un léger sourire, plus moqueur et ironique qu'il n'était sincère.
- « Merveilleux. » S'il avait ajouté autre chose, s'il avait bougé ou s'il avait tenu à le faire, elle n'avait pas vu. Pour un long moment encore, elle resta là, à observer les lieux à la façon d'une œuvre d'art dont le nom de l'auteur échappait.

- « Tu t'sens comment ? »

Que vouliez – vous répondre à une telle question lorsque la mer venait de vous malmener à la façon d'une gamine insatisfaite de sa poupée de chiffons ? Lorsque votre épiderme, plus que de hale, était fait de bleus et de griffures ?
Il y avait des tas de choses à rétorquer, à vrai dire. Les sarcasmes lui brûlaient la langue, ils fourmillaient sur le bord de ses lèvres et réclamaient d'être crachés. Elle les retint. Ce n'était pas l'heure, le jour, pour se laisser aller à la cruauté des mots. Peut – être en auraient – ils le temps plus tard, entre quelques luttes pour survivre. Elle savait que l'homme à ses côtés serait un adversaire de taille. Excellent timonier, il manipulait malgré tout le langage avec la même adresse qu'il se saisissait de la barre.

- « Soulagée de m'être tirée d'affaire. » Simple et concis, balancé dans un petit haussement d'épaules. La réponse était aussi désinvolte que l'attention qu'on lui accordait. Dressé sur ses pieds qui manquèrent de le faire chanceler, Ciaphas jouait à la vigie et balayait les décors du regard. Est – ce qu'il saurait lui dire où ils s'étaient échoués ? A en voir la mine qui se décomposait chaque fois un peu plus, Maria en abandonna l'espoir. Pour un instant, elle se sentit comme celle qui n'avait jamais eu d'histoire et qui devait s'en inventer une, la construire, chapitre par chapitre, sur un papier froissé et avec une encre qu'elle n'était même pas sûre de détenir. Elle en voyait déjà le tableau : celui de deux personnages, vulgairement lancés sur les planches de la scène, les rideaux tirés et pas la moindre idée du texte que l'on pourrait leur souffler. Démunis, désillusionnés, ils allaient devoir se battre pour avoir la chance de continuer et donner la réplique. De vivre. Et dire que tout ne tenait qu'à si peu.
Ah, ils avaient voulu de l'aventure ? Une existence trépidante, qui ne ressemblait à aucune autre et qui vomissait le quotidien ? Voilà qu'on le leur servait sur un plateau rouillé, les babines retroussées en un onctueux rictus. Qu'ils avaient l'air idiot, qu'ils avaient l'air fragiles ! Il ne restait de leur chance que des arrêtes.
Aigre, Maria sentit son corps gémir sous les courbatures tandis qu'elle se levait à nouveau et étirait ses muscles. Les songes s'acharnaient. Ils voulaient imaginer, s'organiser, la faire culpabiliser et l'enterrer sous le désespoir, et puis d'un coup, ils allaient à contre courant et cherchaient à lui redonner courage, à la faire avancer et se dire qu'après tout, elle avait connu bien pire. Rien n'était insurmontable, elle le savait bien. Elle avait suffisamment éprouvé pour le savoir.
Qu'ils commencent à se lamenter, et ils étaient fichus. Ils se condamneraient eux – même et jetteraient la clé des barreaux qu'ils s'étaient forgés par dessus bord. Non, ils se feraient plus vicieux que le sort lui – même et défieraient les vents contraires. Ils étaient pirates, pardi, et en pirates, ils chevaucheraient les flots de nouveau !

« Coulés par un Kraken, eh bien. Les anciens n'étaient peut – être  pas si fous. »Et ils en avaient causé, de la créature aux tentacules plus grandes que les mâts ! Celle, si terrible et si fascinante, qu'elle frappait l’emblème Calusa avec orgueil.
La voix lui avait échappé, débridée. Comme cela faisait étrange de pouvoir s'exprimer sans ambages, en sachant que l'autre qui vous entendait, comprendrait. Qu'il saurait ce que vous évoqueriez, parce qu'en réalité, Ciaphas et Maria avaient grandi au même endroit, presque ensemble. Entourés des mêmes décors, des mêmes traditions. Cette fois – ci, elle n'aurait pas à affronter les regards dubitatifs, les sourcils arqués ni les questions habituelles.
Elle avait encore en mémoire les marins trop vieux pour arpenter un pont, le visage gravé de rides sous les lumières tamisées du port. Ils se tenaient à la table, une choppe à la main comme le veut le stéréotype et gesticulaient théâtralement devant un groupuscule d'enfants et de jeunes navigateurs.  Il n'y avait pas meilleurs conteurs que ces types là, bien que Maria trouvait chaque fois à s'esclaffer lorsqu'il lui arrivait de passer devant eux. Ils débitaient leurs récits tant de fois, et pourtant avec tant de conviction, qu'il lui arrivait de se demander par quel miracle ils parvenaient à ne pas s'en lasser eux – mêmes. Sûrement trouvaient – ils les jours à ce point longs, à ce point vides, lorsque l'existence de marin s'était détournée d'eux et de leur vieillesse. Dès lors il ne restait que la parole pour composer un monde détruit par le temps.

- « Allons. Si nous avons eu la force de nous redresser, nous en aurons assez pour nous trouver un petit camp de fortune. » Sa langue passa sur ses lèvres tandis que ses yeux se réduisaient sous les insupportables tâches de lumières. Elle s'était sentie déjà trop immobile, trop passive face à la situation qu'il leur tirait les ficelles.
« Là – bas. Ce qui reste du Revenge, ça peut nous être utile. S'il n'y a pas la dépouille de notre feu Capitaine, il y a au moins d'autres choses intéressantes à bord de ce rafiot qui ont été portées par les vagues et qui valent le coup d’œil. »


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09/08/2016 Chiimaira / Adrien 243 chris john millington ava: champagne mami; sign: myself Timonier du Revenge 53
Chroniqueur d’Écumeuses Aventures


Sujet: Re: Naufrages - ft. Ciaphas.
Jeu 5 Oct - 23:44

Naufrages.

Composé de bois humide, le feu crachotait péniblement ses grandes volutes noires dans le crépuscule chaque fois qu’ils en remuaient les braises du bout de leurs bâtons, arrachant au passage quelques étincelles au foyer improvisé sur la grève. Des cendres blanches jalonnaient les alentours, révélant qu’ils s’évertuaient à maintenir en vie l’âtre à ciel ouvert depuis des heures déjà, et leurs regards las attestaient des efforts qu’il leur en coûtait. Etant donné les faibles flammes qui s’élevaient du bivouac et le vent qui s’était chargé à plusieurs reprises de rabattre la fumée sur eux, ils avaient entrepris de déplacer leur campement improvisé au pied d’une paroi rocheuse. Ils s’y étaient adossés, mais même ainsi, la source de chaleur ne leur suffisait pas. Aussi s’étaient ils serrés l’un contre l’autre bon gré mal gré, et ce en dépit de leurs passifs ; c’était l’aube d’une nouvelle relation s’enracinant dans cette épreuve de survie.
A quelques pas de là, la pierre creusait l’océan en falaises au flanc rouge, sur lesquelles les flots venaient se briser en gerbes d’écume. Le reflux constant des vagues accompagnait de son grondement périodique le crépitement chétif du feu. Guère plus loin, mais bien plus haut, vivait une colonie de mouettes, et parfois leurs cris venaient se répercuter en échos, tintant leur paysage acoustique de notes criardes dont ils se seraient passés volontiers. Le littoral n’avait rien de plus à leur offrir que des coquillages et des rebuts de la mer, mais il avait le mérite d’être vierge de tout danger. A contrario, la forêt dense qui s’élevait tel un rideau ne leur inspirait aucune confiance.
D’ailleurs, à chaque planche brisée qu’ils avaient trouvés, Ciaphas s’était interdit de penser à sa provenance, même si dans les motifs et le grain pur du bois il devinait le fin ouvrage des Iskaars, et de fait les sinistres débris du Revenge. Il s’était convaincu que ce n’était qu’un combustible comme les autres, mais chaque fragment d’épave jeté au feu avait éteint un peu plus son regard, avait donné un peu plus de persistance au souvenir qui martelait désormais aux portes de sa conscience.
Nonobstant, le pirate ne cédait pas. Il avait déjà connu similaire expérience par le passé, et il aurait été doublement stupide de ne pas en avoir tiré quelque connaissance. Il éloignait le naufrage en imposant d’autres tâches à son esprit. Comme retracer le fil de la journée. Il le fallait, sinon quoi il perdrait toute volonté.

Dès leur réveil, Maria était restée étonnamment lucide ; probablement plus que lui. La capitaine qui sommeillait en elle avait resurgi, apportant sang-froid et méthode. C’est elle qui avait suggéré qu’ils fassent l’inventaire de ce qui s’était échoué sur la plage, et c’était aussi elle qui avait organisé les recherches de nourriture. Sa seule présence avait suffi à ce qu’il s’accroche à la réalité, qu’il lutte. Gamin, il l’avait toujours admirée, elle si forte, si indépendante, et c’est cette haute opinion qu’il avait d’elle qui s’était chargée de lui remonter le moral. En un sens, il lui avait sauvé la vie et elle lui rendait désormais la pareille, probablement sans le savoir.
Bois, tissu, cordes étaient leurs principales trouvailles. S’ajoutaient au butin un couteau, un seau et, ô comble de la joie, une bouteille de rhum. Ils avaient entassé leur magot au plus haut de la plage, hors de portée de la marée, puis ils avaient rapidement exploré les alentours. Les deux pirates avaient rôdés aux abords de la jungle ; ils en étaient ressortis avec peu de fruits ainsi que quelques fines branches. Avant que la nuit ne vienne les surprendre, Ciaphas s’était échiné à lancer un feu avec le bois sec et un silex, et au premier filet de fumée Maria avait attisé le brasier en agitant une branche au feuillage épais qui avait fait office de soufflet. Ils s’étaient équitablement répartis les fruits, dont le jus avait eu le mérite d’au moins étancher un peu leur soif. Si seulement ils avaient disposé des outils adéquats, ils auraient pu distiller l’eau de mer grâce à une vieille technique que lui avait enseigné son père. Il en venait à regretter d’une part, les bazar alchimique du sorcier qu’il avait rencontré l’année passée et qu’il avait stupidement détruit, d’autre part les moultes leçons de pêche que son paternel n’aurait pas manqué de lui imposer s’il n’avait pas fui des années plus tôt. A l’époque, il les jugeait fastidieuses ; aujourd’hui, elles lui paraissaient être d’une importance cruciale.
L’homme fut traversé d’un grand frisson. L’astre jaune disparaissait dans la ligne d’horizon, et malgré la saison et le feu il sentit le froid le gagner. Depuis qu’ils avaient arrêtés de s’activer, le poids de la fatigue s’était fait ressentir ; l’éprouvante épreuve aussi bien psychologique que physique qu’ils venaient de subir, l’après-midi chargée, leur manque de forces, le tout lui tombait sur les épaules à cet instant précis. Ses paupières étaient lourdes de sable, prêtes à se clore au moindre laisser-aller, et pourtant, il se refusait à les fermer. Il craignait de s’endormir, de laisser voguer son subconscient car il ne savait que trop bien quels cauchemars viendraient le hanter.

Nouveau frisson. Etait-ce lui ou Maria ? Il n’aurait su le dire. Néanmoins, ça lui donnait l’occasion d’avoir un semblant de conversation. Parler, c’était bien connu comme moyen d’échapper au sommeil, et c’était la seule option restante.
« - J’ai froid. Il jeta un coup d’oeil en biais à la femme pirate, puis au tas de bois et lança son bras libre pour se saisir d’une branche et la jeter au feu.
- Faudrait réussir à protéger mieux l’feu. Il marqua une pause. - Demain, on trouve un meilleur abri. Plus loin. Ou alors, on construit comme un paravent avec le bois. Un truc du genre. »
Par mégarde, il ferma ses yeux un instant et eut le plus grand mal à les rouvrir. De toute façon, tout ses membres étaient engourdis par la douleur, et chaque geste était une véritable mission.
« - J’ai mal partout. » Il geignait comme un enfant. Comme s’ils étaient là, tous les deux, vingt ans plus tôt sur les plages du village Calusa. Lui, à lui courir après sans cesse, à redoubler d’efforts pour attirer son attention ; elle, à l’ignorer de toute sa hauteur, brisant ses rêves de gosse de regards acérés. A cette pensée, il eut un sourire amer doublé d’un long soupir. Voyant qu’elle ne réagissait pas plus que ça, il décida d’être franc.
« - Hé, Vestrit ?! Cause-moi. J’ai pas envie d’dormir. Dis des trucs. Raconte moi une histoire, ou bien, j’sais pas, des blagues. J’veux vraiment pas dormir. »
J’ai peur.
 

Naufrages - ft. Ciaphas.

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