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˜˜˜˜˜˜Des éclairs sous les étoiles.
maybe life should be about more than just surviving


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04/05/2017 Anticarde 311 Adam Driver Apy ♥ (avatar) - Soldat Louis (citation signe) - Tumblr (Gifs) Second et maître artilleur du Moissonneur. (Combat spécialité explosifs, navigation) 0
Percussionniste du Chaos


Sujet: Des éclairs sous les étoiles.
Ven 19 Mai - 2:19

Des éclairs sous les étoiles.
Wilhelmina & Jason


Juché sur un tumulus dont les origines mystérieuses l'indifférent au plus haut point, le pirate laisse courir un regard insolent sur le territoire qu'il vient de s'approprier. Il sied au cœur d'une clairière dégagée, vaste de deux arpents, cerclée par une lisière giboyeuse qui forme une frontière étonnamment précise. Nulle roselière, nul affleurement rocheux pour expliquer la nudité de ce pâturage. Pas l'ombre d'un baliveau qui ne daigne pousser. Il n'y a que cette herbe grasse parsemée de chardons, ces fleurs qui semblent avoir été cristallisées dans un ultime cri de souffrance. Un havresac rempli jusqu'à la gueule sur le dos, l'artificier lâche un soupir satisfait avant de se défaire de la bandoulière. Ce sera parfait. Les mystères qui entourent cet endroit ne semblent guère interpeller le pirate, qui ne voit dans cette lande rase qu'un terrain de jeu pour casse-cou, qu'une vulgaire jachère prompte à accueillir ses essais les plus dangereux. Le genre d'essai qu'il ne mène pas dans sa cabine du Moissonneur, au risque de tous les envoyer par le fond. Des essais qu'il ne mènerait pas non plus sur l'île des Iskaars, si chère à son cœur, où discrétion est mère de survie, où le fer rouge menace la plus petite de ses fanfaronnades.

Ne reste alors que le Continent pour accueillir ses feux de joie. Toutes ces parcelles de forêts, ces steppes onduleuses, ces cailloutis et ces champs de dunes pour accueillir l'étincelle de ses mélanges les plus imprévisibles. Une fois les effets d'une recette éprouvés, mesurés à l'aune de cents variables, Jason s'amuse alors à embellir les abordages du Moissonneur. Des fumées rouges, qui dessinent la fin du monde. Des fumées bleues, qui susurrent la nuit éternelle. Des fumées vertes, qui induisent dans l'esprit des hommes une folie fiévreuse. Parfois juste des explosions, brèves, blanches comme des étoiles mourantes, ou d'un orange magmatique qui semble la quintessence-même du Feu. Mais il ne peut user de ces fumigènes et explosifs qu'une fois sûr et certain de leurs dangers, de la portée des gazs, de leurs toxicités, au risque de mêler leur propre vaisseau à ces nuits de poix, à ces robes de flammes.

Au sommet de la butte, Jason glane quelques pierres, aménage un foyer en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. C'est un rituel bien rodé, chez lui. Il invoque le feu avec l'aisance d'un pyromancien, au moyen d'une espèce d'arc à la corde lâche, d'un bâton régulier, de copeaux et d'un monceau de mort-bois. Sitôt son savoir-faire accompli, il n'a plus qu'à souffleter sur les cendres fumeuses pour que se cabre une petite flammèche. De son sac, il se met alors à sortir toute une ribambelle de curiosités sphériques qu'il aligne à bonne distance du feu crépitant. Le reste de ses affaires, légère de la cargaison dont il s'est récemment délestée, est également disposé à quelques encablures de là. Car à l'origine, le pirate est venu faire de la contrebande dans le cœur de ces forêts sauvages. Il a vendu tout un fret d'algues Calusas dont les guérisseurs raffolent à un sombre mercanti, qui les revendra loin d'ici, à un prix exorbitant. Sans doute un Rahjak. Il s'en moque. Ceci fait, Jason n'a pas pu résister à l'idée d'un petit crochet dans les confins de la sylve, pour expérimenter tous ces petits désastres, qui sommeillent à l'état d'embryons dans leurs globes nacrés.

Accroupi, il parcourt de ses paumes calleuses les orbes au garde-à-vous. Ils sont de tailles variées. Les sphères appellent à tout un panel de matériaux divers. Quand certaines bombes se nichent dans des bogues de cuir bouilli, d'autres arborent un revêtement plus délicat, fait de coquillages et d'autres sédiments, les plus belles pièces se targuant parfois des robes diaprées que revêtent le cœur de ormeaux. Certaines autres sont pourvues d'une vraie sphère d'acier, qui semble avoir été coulé à dessein. Parfois, il ne s'agit que de ferraille rapiécée et soudée de manière hasardeuse. Toutes ces coques sont des prototypes, faites de bric et de broc, au hasard de ce qui lui tombe sous la main. Aussi différentes soient-elles, elles ont la même fonction. Celle d'abriter en leur sein un cocktail détonnant qui semble cracher sur le monde des salves d'anti-matière. Celle d'abriter une haine puissante, qui surpasse de beaucoup les pires griefs qui peuvent animer les hommes. Cette haine que se vouent deux chimies antagonistes, deux substances Némésis. Certains orbes sont coiffés d'une mèche folâtre, d'autres non. La main en visière pour estimer l'espace, Jason esquisse un sourire finassier. Quelques tiraillements font danser les muscles de ses jambes qui trépignent. Non loin de ses pieds, un petit feu crépite avec une douceur agréable. C'est le genre de chaleur innocente, qui escompte sans doute à réchauffer les mains endolories de l'arpenteur. Petite flamme ingénue. Il n'y pas une seule âme qui tremble, dans les parages. C'est l'époque de la reverdie. Pas un seul nuage ne moutonne dans l'azur. Il n'y a pas même un grain de vent pour juguler les ardeurs du maître-artilleur.

Lentement, avec une application qui lui semble jouissive, Jason chausse une paire de lunettes à coques, qui lui donne un air ahuri, peut-être un peu fou, vaguement inhumain. D'une main, il attrape l'un des globes, qu'il fait rebondir dans sa large paume comme s'il s'agissait d'une vulgaire balle. La mèche accroche une flamme comme par mégarde. Puis, dans un élan surpuissant, et alors tous les muscles, toutes les fibres de son dos se délient, et vibrent comme sous les doigts d'une harpiste, il jette la sphère devant lui. Un cri sauvage retentit alors. Puissant comme une corne de brume. Il crie comme si les décibels avaient le pouvoir de propulser plus vite, plus loin encore, la sphère qui siffle dans les airs. L'espace d'un instant, un silence terrifiant. Deux secondes. Et puis, le chant d'une fauvette.

"Pourquoi ça marche pas ? La plaie !" S'indigne l'artilleur à voix haute. Tout à fait le genre d'olibrius à parler seul. Il patiente encore quelques secondes, une interminable minute, avant de se résigner. Il agrippe une deuxième sphère, l'exacte réplique de la première, cueille une nouvelle étincelle. Et avec une énergie décuplée, il la jette à son tour. Cette fois-ci, des herbes grasses s'élève une longue arabesque, aussi verte que les songes d'un mourant. Elle est si élégante qu'elle semble un génie sur le point de se matérialiser. Mais cela manque d'éclat, de grandeur, de tumulte. Jason n'a néanmoins pas le temps de maugréer qu'une détonation lui grise les tympans. Lorsqu'il ouvre les yeux, une impressionnante colonne de fumée entame la conquête du ciel, se tordant au gré d'insensibles ventées que sa peau se voit incapable de déceler. Le pirate lâche un cri de victoire. Bientôt, d'autres fumées s'élèvent, d'autres fumées célestes. Dans les nuées, les volutes dansent. Les volutes s'enroulent comme des serpents aquatiques, se mêlent parfois, pour former des lavis brunâtres, qui semblent menacer la terre d'une pluie de boue. Dans l'air du soir, alors, planant sur la forêt, on croirait entrevoir les remous d'orages inspirés, de tempêtes fardées.

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Sujet: Re: Des éclairs sous les étoiles.
Dim 21 Mai - 22:17

L’après-midi s’alanguit, le soleil décline, sa tiédeur s’éloigne peu à peu. Mais Wilhelmina reste immobile. Son regard dévore le ciel azur, les frondaisons verdissantes, les serpents noirs des branches. Les parfums de la forêt l’entourent. Le sol humide, l’humus riche, le réveil de la nature et l’herbe et le serpolet qu’elle écrase.

L’Odysséenne écoute les oiseaux pépier, siffler, chanter et s’envoler dans leurs trilles mélodieuses. Le printemps s’infiltre dans leurs veines, entre leurs plumes, caresse leurs rémiges et leurs gosiers.Ils s’affairent, construisent couples, nids et nichées, vont et viennent pour séduire ou nourrir... Malgré sa prudence, leurs cris se sont transformé à son approche, sont devenus des mises en gardes, des alarmes destinées à leurs congénères. Alors, elle s’est immobilisée, allongée pour écouter, attendre patiemment qu’ils l’oublient. Et, à présent, elle savoure leur concert.

Elle a prétexté une cueillette urgente pour échapper au campement. Plus le déménagement semble approcher, moins elle supporte ses congénères, leurs impatience ou leurs peurs, leurs regrets et leurs espoirs. Elle aspire au silence, plus qu’à leur compagnie, contient ses accès de mauvaise humeur et se sent, peu à peu, devenir … folle.

Elle passe de plus en plus de temps seule, à l’extérieur, elle qui détestait ces étendues et leurs horizons trop lointains, derrière lesquels se tapissaient mille dangers. La sève dans les bouleaux, la tendresse verte des premières feuilles des charmes, la blancheur étoilée des fleurs de l’aubépine, contre le chocolat des branches, le sapin des feuilles, pesante comme une ouverture neigeuse et odorante, qui fait ployer sous sa masse les rameaux.

Elle s’enivre de silence et de nature. Chasse les questions, les doutes. Couchée dans l’herbe, entre deux arbres, elle fixe l’azur entre les branches, s’y perd. Attend que passe le temps. Le regarde passer. S’éloigner. Fuir. La fuir. Elle reste immobile, le laisse la délaisser.

Puis il y a ce cri, ce déchirement. Cette explosion. L’envol soudain des oiseaux et leur croassements aigus. Wilhelmina se redresse, à moitié, sur les coudes, les yeux écarquillés de surprise. Son cœur tambourine à cent, à mille battements par minute, par seconde. D’effrayantes images s’imposent à ses yeux. Des souvenirs à moitié enfouis, de bruits semblables, lors de leur atterrissage forcé, désastreux. D’autres explosions avaient retenti, alors, avec leurs concerts de plaintes et leurs incendies… Ses doigts angoissés se sont crispés sur le manteau d’herbe et de thym et leurs odeurs froissées, pimpantes et vertes l’enveloppent, sans qu’elle les remarque. Toute entière plongée dans le passé. La peur. La douleur. L’horreur. Toute entière là-bas. Le temps s’est effacé. Reste son corps qui tremble, tendu, crispé.

D’autres explosions, qui la font sursauter, viennent contaminer le silence de mort tombé sur la forêt. Ce sont elles qui la poussent à se lever, précipitamment, à chercher des yeux la direction du danger. Ce sont elles qui l’obligent à revenir à la réalité. Le ciel s’entache de fumées étranges, colorées… Un relent âpre se faufile entre les arbres et vient caresser ses narines, la fait éternuer. Que diable ? …

Qui, ici, peut avoir les connaissances pour fabriquer des engins explosifs… qui ici pourrait manier les sciences ? Aucune des tribus proches, lui semble-t-il. Pas d’après ce qu’elle sait d’eux. Pas d’après l’opinion qu’elle a des grounders. … Une grimace tord sa bouche lorsqu’elle s’avoue que ses préjugés pourraient être infondés… Un membre des cents pourrait également être coupable. Elle hésite. Elle devrait prévenir quelqu’un au campement. Ce genre d’explosions… cela pourrait présager un danger. Une menace. Une guerre à venir... Elle tousse et grimace, l’odeur nauséabonde d’un filet de fumée venant s’attacher à elle.

Oui, elle devrait rentrer, elle le ferait, si sa curiosité ne venait se mêler à ces prudentes considérations. Et c’est un étrange démon, insidieux, malicieux, un petit diable qui chuchote à son oreille des idées délirantes, dangereuses. Le nez abrité derrière un mouchoir, grimaçant et retenant son envie de tousser, elle cherche, à travers les arbres, approchant peu à peu de la source des explosions. Un détour lui permet d’éviter les volutes de fumées. Elle accélère, tentant de rester silencieuse. Entre les arbres, à travers les frondaisons se révèlent des colonnes de fumées colorées, des nuages aux couleurs spectrales. La douce courbe du sol la mène vers une clairière, elle le sait, la connaît, avec son disque parfait, son orée où seuls se hasardent quelques bouleaux rabougris et tors, avant que ne restent que l’herbe et quelques plantes sinistres. Elle n’a jamais voulu, jamais osé y cueillir quoi que ce soit. Les dents serrées, retenant son souffle, abritée derrière le tronc mort, rugueux d’un arbre,  elle jette un œil sur la clairière.

L’air est relativement clair, des colonnes de fumée s’élèvent, moutonnent puis tournoient, se mêlent et étouffent l’azur du ciel. Le regard de l’odyséenne s’attarde d’abord sur leurs couleurs chatoyantes, étonnantes, puis elle sursaute en entendant un crépitement, suivi d’une série de petites explosions. C’est le cri de joie qui ponctue cette réussite qui attire son regard sur la longue silhouette qui s’agite et célèbre les explosions.

Qu’est-il ? Qui est-il ? Et que fait-il là ? Quel sombre objet ont ses armes qu’il lance et regarde exploser ? Elle s’attendait à un groupe d’hommes, à… Elle ne sait plus ce à quoi elle s’attendait, pas à ce diable dégingandé qui semble s’amuser du tumulte qu’il cause.

Elle a été folle de venir...
Elle inspire, expire.
Elle le fixe.
Elle hésite.

Sa grande silhouette maigre, ses mouvements ... étrangement fluides et saccadés. Ses bras, ses jambes, comme trop longs. La joie manifeste qu’il a à provoquer ses explosions.  Il lui tourne le dos, se penche vers le sol, y cueille… ce qui doit être un explosif, qu’il allume avant de lancer, l’arme décrivant une courbe gracieuse avant de tomber à quelques mètres d’elle… et de ne pas exploser.

Elle attend, les yeux clos, pressée contre l’écorce, elle attend l’explosion, se préparant à ne pas crier, ne pas attirer sur elle la moindre parcelle d’attention. Retenant son souffle, elle attend, compte jusqu’à vingt, avant de jeter un œil hors de sa cachette.

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Sujet: Re: Des éclairs sous les étoiles.
Lun 22 Mai - 3:41

C'est infime, mais il le sent, le souffle de l'explosion, qui lui parvient comme le plus doux ressac qui puisse exister. C'est une onde tiède, paresseuse, plus légère que l'air. S'il ferme les yeux, lui, l'enfant du feu, il pourrait imaginer se tenir à la barbe d'un dragon, à quelques pas de sa gueule grande ouverte, de son gésier habité d'incendies bleus, à un rien de se faire carboniser à son tour. Parce qu'il sent, son haleine soufrée, l'odeur du vitriol et du salpêtre qui lui pique les naseaux et les bronches, comme s'il buvait la tasse dans l'océan d'un immonde tord-boyau. Il respire presque avec délices les spectres de la déflagration. Il sent, sur son visage, et cela le fait sourire, comme si une mère lui chiquenaudait le nez, la caresse légère de ces particules noires, plus volatiles que la neige, qui suivent les caprices du vent. De la cendre. C'est étonnamment doux, la cendre. C'est étonnamment doux, la fin de toute chose. Jason ouvre les yeux, après avoir dégluti le fugace de ses sensations. Il ouvre les yeux et y voit encore plus mal. Sur les verres de ses lunettes à coques, une couche de suie. Sur sa peau mate, des tâches de rousseur, de noirceur, un hâle qu'il doit à l'éclat de ses soleils à lui, ses soleils virulents qui aveuglent plus qu'ils brillent. Du dos de la main, il essuie grossièrement ses verres, se refuse à les ôter. Sans doute que quelques particules volettent encore, tout autour de lui. Des scories d'acier, des brisures de verre, du mâchefer en confettis. A regret, le spectacle terminé, l'artificier quitte le promontoire qui faisait jusqu'ici un mirador de choix.

De son pas fringant, il poignarde la lande rase. Par endroits, l'herbe grasse a fait place à une myriade de petits cratères obscurs, qui ont mis à vif de la roche, qui ont fait volé des mottes de terre. On croirait la cours de récréation d'une bande de météorites. Au-dessus de lui, les fumées n'en finissent pas de se mêler, développent une couleur sombre et insaisissable, habitée de nuances argentées et cuivrées, qui semble un vivier de foudres cruelles. C'est un petit morceau d'apocalypse, serré là, entre les lisières bien peignées. Les détonations se sont tues. Les oiseaux ne reprennent pas leurs chorales. Ils sont partis. Ils ne reviendront pas de sitôt. Des insectes s'affolent en craquant, alors que ses enjambées fauchent les herbages, que ses bottes estampillent les boues. Jason déambule sur sa terre boursouflée, se faufile entre les fumerolles qui semblent jaillir par tous les pores de la terre. Il sait parfaitement où est-ce qu'il a clairsemé ses explosifs. De son oreille absolue, il a compté les explosions et les silences. Qu'est ce qu'il peut haïr, le silence. Cette musique impossible, cette absence crue, cette respiration coupée. Il s'entête à croire que le vrai silence n'existe pas, d'ailleurs. Mais le calme après la tempête, ce hiatus sonore, a toujours quelque chose de ce silence impossible. Auquel il doit remédier.

De sa main noircie, l'artilleur ramasse ces grenades qui n'ont pas connu l'instant de grâce, ces fumigènes qui ne conquerront jamais le monde de leurs tentacules. Il ramasse tous ces orphelins qu'il glisse dans un pochon, clouté à son ceinturon. Il est méconnaissable. Il semble avoir dormi dans les bras d'un volcan. Le visage noirci, les mains poussiéreuses, les yeux chaussés de ses coques, il a l'air d'un insecte géant, d'un insecte charognard venu marauder dans les reliefs du carnage. Au bout des lèvres, la plus ignoble chanson à boire de tous les temps. Quelque chose de grivois, avec des vers faciles et une fredaine rapicolante, qui frappe le rythme de sa cadence. L'orée en approche, le pirate s'agenouille pour cueillir une nouvelle orpheline, nichée dans la coquille retravaillée d'une conque. Il la dresse devant lui, à la lueur du jour qui s'enfuit, comme si la lumière pouvait l'aider à y déceler une anomalie. Peu probant, il ôte alors ses optiques, les repousse en arrière, dans l'hirsute de sa crinière, laissant apparaître quelques parcelles de peau pêche. "Et toi, alors, orpheline ? Qu'est ce qu'il s'est passé ? J'avais parié sur toi, entre toutes ! Tu devais cracher du orange, ma couleur préférée ! Il faut qu'on cause."*

C'est à cet instant là que quelque chose bouge. Dans la périphérie de son champ visuel. Mussé contre son angle mort. Quelque chose bouge, quelque chose respire, palpite, vit. Et l'artilleur n'a même pas le temps de réfléchir à ce qu'il fait. Il est une boule de nerfs, tout fait de nœuds et de tendons, un lance-pierre géant dont la détente semble capable de renvoyer la lune sur orbite. Des réflexes d'animaux traqués, de bretteur rompu aux coups les plus traîtres. Alors, une seconde suffit amplement à la lame de son coutelas pour se frayer sa route habituelle. La pointe du sabre se retrouve nez à nez avec la créature des fougères, et c'est seulement à cet instant, la lame en avant, que le pirate découvre à qui il a affaire. C'est à passer du rire aux larmes. Du plus grand sérieux à une mine désappointée faites des courbes tordues, qui parachève ses airs de fou à lier.

"Chit laik yu doing hir, yu ?" Lâche t-il, si familier qu'il semble avoir surpris une petite sœur dissimulée après le couvre-feu. Oscillant du chef, il prend alors le temps de la dévisager de pieds en cap. Une petite blonde aux yeux ciel. Elle a la peau claire, avec des nuances de lait et de miel. Il cherche des indices qui pourraient trahir son appartenance à une tribu, les fonctions qu'elle peut bien occuper. Elle n'a pas les cals des artisans. Elle n'a pas non plus les muscles secs des éternels arpenteurs, ni même les ridules que peuvent fouailler le vent, les embruns et le soleil sur le visage des aventuriers de tout poils. Pas de tatouage, pas de colifichet ou de breloque comme aiment à arborer les représentants des cultes, les oracles et tous ces empêcheurs de tourner en rond. Quant à ses frusques, il serait bien incapable de dire ce qui l'interpelle, dans cette étoffe qui semble brossée des aspérités courantes. Dans son autre main, Jason a conservé l'explosif déchu à hauteur de son visage, comme une pomme qu'il s'apprêtait à croquer. Il a l'air d'un funambule, en balance entre les égards que requiert son explosif défectueux et cette étrangère pour le moins étrange, semblant se trouver dans un équilibre électromagnétique. Le pirate choisit alors d'incliner son estoc. L'acier de son fendoir, dont les veilles macules sanguinolentes se mêlent à des écailles de rouille, mord la poussière sans pour autant retrouver le fourreau. La sphère d'émail, elle, roule sur son épaule, rebondit sur son coude et atterrit comme par miracle dans le pochon. "Kom chit tribe do yu belong ?"


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Sujet: Re: Des éclairs sous les étoiles.
Jeu 1 Juin - 21:53

Elle a le souffle court, prisonnier du goulot de sa gorge, du piquant de la lame. La vox étranglée. Le cœur suspendu. L’estomac retourné. Les tempes battues par une tempête de sang, de vagues furibondes. Venues du cœur, écrasées contre ses os. Elle écarquille les pupilles, comme pour faire une mise au point sur le lointain.

Alors qu’il est trop proche.

Il est d’une saleté consternante, le corps noir de suie, de terre et d’expériences. Abrités par ses lunettes folles, seuls ses yeux ont réchappé à la fumée… ils découpent un loup cuivre sur sa peau terre, où brille un regard couleur cosse de faine, de châtaigne, couleur pelage de fauve. Des orbes inquisitrices qui l’évaluent, avec sa pâleur et son tremblement effrayé. Elle tente de se rassurer. De durcir la magma de ses craintes, de sa terreur, d’en faire un bouclier, une arme aiguë, obsidienne.

Elle n’ose pas parler.
Pas bouger.
Pas même respirer.
Il sent le soufre, il sent le sel, l’explosion, le brûlé.
Elle n’ose rien, surtout pas se révolter.

Elle le fixe, de ses yeux soucoupes, de ses yeux suppliques. Elle déglutit, inspire prudemment, mord ses lèvres sèches, n’ose détacher son regard. Le métal de sa bombe artisanale brille du même éclat que son arme, que ses yeux. Ses yeux de loup. Il baragouine quelque chose qu’elle ne comprend pas. Evidemment. Elle déglutit à nouveau, Wilhelmina, cherche à s’enfoncer dans l’écorce, dans le tronc dans son dos.

Puis la rapière glisse, vient caresser le sol, entre ses jambes, et un frisson la secoue alors que la serre de ses doigts sur l’herbe se détend un peu. Elle fixe la lame sale, pense à mille infections qu’il aurait pu lui infliger. Ne s’apaise pas… A peine. Bat des cils. Son regard clair glisse et suit le trajet improbable de l’explosif, qui sautille sur le bras, semble rejoindre un nid. L’homme-insecte, l’être-loup a des façons de jongleur, des habilités de magicien. Ses yeux, surpris, s’arrondissent, incrédules. Il a volé sa voix en surgissant, il la garde en étonnant. Il reste surtout… inquiétant.

Mais elle respire mieux, sans lame contre la peau.
Elle soupire un peu, soulagée, presque maladivement.
Presque indécemment.

Il baragouine à nouveau, elle n’y comprend goutte. Ni mot, ni ru, ni océan. Elle déchiffre mieux la pluie que cette cascade de sons ruisselants, sautillants, cette avalanche de rocaille. Ses cils battent silencieusement, disent son incompréhension… L’intonation semblait lui poser une question… et … la blonde hausse les épaules. N’ose parler. Dévoiler ses origines.

Collée à son tronc, au sol, à sa peur, elle sait que s’il ne tente pas l’anglais...c’est qu’il la croit grounder. Ou qu’il n’en connaît pas un mot… Il ne la comprendrait pas… Elle se mure dans son silence, comme dans une tour, derrière une muraille. Elle ne veut pas qu’il sache…

Ou elle a trop peur.
Simplement, animalement, instinctivement trop peur.
Les mots se dérobent à elle.

Mais, lentement, sans le quitter des yeux, collée à ce tronc tors et rugueux, l’Odysséenne se redresse. Ses doigts s’agrippent aux rebords de l’écorce, à un nœud de bois mort, son pied se fiche dans le creux d’un caillou, l’aide à ne pas trébucher. Elle hésite, la blonde, puis hausse les épaules, lâche un petit son indistinct, lève une main prudente pour désigner sa gorge, la tapoter. Hausser à nouveau les épaules.  Mimer l’impuissance. Laisser courir ses mains, danser ses doigts dans des gestes qui pourraient signifier quelque chose, qui mystifient, racontent n’importe quoi, n’importe comment.

Elle n’est ni sage, ni raisonnable.
Elle n’est rien, pas même sûre d’elle.
Elle ne sait pourquoi elle agit ainsi.

On ne parle pas aux hommes-insectes, aux loups aux corps d’araignée.

Loup, que tu as de grands pieds…
C’est pour mieux courir, mon enfant.

Loup, que tu as de grands yeux.
C’est pour mieux y voir, mon enfant…

Loup, que tu as de longs bras…
C’est pour mieux jongler, mon enfant…

Loup, loup, y es-tu ?
Loup, que fais-tu ?


En silence, elle le regarde.

Il cache peut-être ses crocs pour mieux la manger.

Les pupilles de l’inconnu se fixe un moment sur les envolées de ses mains qui semblent communiquer, sous des sourcils froncés. Et les jambes de la blonde n’en font qu’à leur tête, et se prennent à son cou, et commencent à courir, sans demander leur reste, ni aucun avis éclairé. Elles fuient sans écouter la voix qui hurle qu’elles vont la tuer, ces jambes, avec leur envie de liberté et leur course effrénée, déraisonnée.

Que tu as de grands pieds…
C’est pour mieux courir…
Mieux te rattraper.


L’herbe n’a jamais été plus verte, ni l’oxalis, ni la mousse, et les racines plus traitres et tortueuses, et les troncs plus rapprochés, enchevêtrés. La forêt est liguée contre elle. Alors, évidemment, entre deux sauts de cabri, elle se tord une cheville, s’écrie, s’écroule, s’écorche et s’écrase, se blesse, et ne bouge plus, sonnée et geignante, une main sur le crâne pour le tenir et l’empêcher de se fendre, ou de rouler , ou d’exploser. Des vagues blanches et noires se succèdent sur ses cornées, alors qu’elle tente de respirer.

Que tu as de grands yeux…
C’est pour mieux y voir…
Mieux t’attraper


Inspirer. Expirer. Inspirer. Expi… Malgré l’étau. Ne pas sombrer. Les paupières closes, recroquevillée, avec les battements lancinants de son cœur dans son genoux, sa hanche, sa tête. La certitude du désastre. Elle n’a pas besoin d’ouvrir les yeux, il doit être là. Elle le devine, elle le sent.

Elle aurait du lui donner un coup de genou bien placé.

Que tu as de longs bras….
C’est pour mieux jongler...
Mieux te piéger.


L’odeur des feuilles en décomposition, contre sa joue, la vision du cuir usé des chaussures, sous son nez, entre ses cils. Et son sang qui continue à tambouriner contre ses contusions, ses plaies,ses ecchymoses.

Elle ferme à nouveau les yeux, se mord la lèvre pour se terre et ne bouge plus. Fait la morte.

Loup… que tu as de grandes dents...

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Sujet: Re: Des éclairs sous les étoiles.
Lun 26 Juin - 1:42

L'effroi, qui se peint sur son visage de miel et de lait. Le pirate sourit. Un sourire qui se détache de sa peau noircie aussi distinctement qu'un croissant de lune, fin comme une faux. Il aime voir ça. La stupéfaction, qui laisse place à la peur. Cela le renvoie aux nombreux abordages qui jalonnent son existence, à l'instant où il défonce les portes, où il découvre une charmante paire d'âmes effrayées, lovée d'étreintes tremblantes. Là, face à elle, face à la statue de sel qu'elle est devenue, Jason se sent l'âme d'un prédateur. Du roi de la Forêt. Car elle a des traits purs, elle a une peau virginale que la peur éclabousse aussi distinctement qu'une gerbe de sang gicle sur du lin blanc. Une satisfaction carnassière grouille dans son ventre. Insuffler la peur... Cela a quelque chose d’irrésistible. C'est un art délicat, c'est un pouvoir terrible, c'est l'enchantement des grands prédateurs du monde. Et à chaque fois qu'il sent l'odeur de la peur, à chaque fois qu'il perçoit le son des os qui se figent, qui tremblent comme des tiges de verre, Jason sent exploser en lui cet instinct sauvage. Cette soif de sang, de course, d'inextricable mêlée et de curée bruyante. C'est une pulsion sauvage, celle qui étreint le prédateur, de la même essence que celle du désir. C'est une onde électrique qui polarise la moindre de vos cellules, qui vous aveuglent et vous entêtent, qui affilient les hommes, les chiens et les tigres. Et tandis qu'elle se recule, qu'elle titube délicieusement, qu'elle se redresse, qu'elle heurte le tronc, qu'elle tâche de s'y fondre... le pirate demeure suspendu à ses faits et gestes, les pupilles dilatées par l'excitation, prêt à bondir au moindre faux pas.

Dans les prunelles cérules de la créature, le temps hoquette. Les secondes sont lourdes, pleine de tension et de poudre noire. Des secondes martelées, empesées, laborieuses, alors qu'elle se meut fébrilement. Les petits mouvements qu'elle esquisse sont tissés de maladresse et de retenue. Rien d'assez franc pour lâcher la bride de l'acrobate. Il ne bouge pas, quand bien même cette immobilité lui coûte, lui est douloureuse. Ses muscles semblent des ressorts diaboliques. Il ne cille pas, se gorge de sa vision. Elle a la peau si lisse. On dirait l'écume, laissée sur les galets. Ou le bois flotté que recrache l'océan sur la grève. Cela semble doux au toucher. Peut-être une sibylle, ayant revêtue la peau d'un mort-né ? Jason sent sa curiosité s'ébattre. D'où vient-elle ? Plus il l'observe et plus il a l'impression de s'égarer dans le champ des possibles, plus il a l'impression de ne pas savoir.

Elle gesticule, dessine dans l'espace d'étranges moulinets. Le pirate ne saurait dire s'ils sont particulièrement adroits ou terriblement malhabiles tant cela lui est déroutant. Il est tout yeux tout oreille, suspendu à ses doigts qui voltigent. Est-ce là un langage ? Est-elle muette, et est-ce là sa façon de communiquer ? Et s'il s'agissait d'une enchanteresse s'essayant à appeler le vent ? Le pirate a l'âme superstitieuse. Quelque chose frémit en lui. Quelque chose se rengorge aussitôt. Il effleure le pommeau de son fidèle coutelas, dont la lame semble une cartographie des étoiles tant s'y mêlent rayures et aspérités. Un sourire plein de crocs vient fracturer son museau basané. L'idée d'avoir délogé une sorcière, qui compterait quelques chimères et dragons à sa botte n'est pas sans attiser sa folie meurtrière, sa soif d'affrontements héroïques. Aussi, quand cette dernière le plante là, dans un nuage de poussière, l'artilleur demeure un instant à quia. Il cherche dans les ombres alentours deux grands yeux jaunes, l'éclat d'une canine qui ferait la taille de son bras. Mais il n'y a rien, dans les ombres. Seulement la silhouette de la mystique qui s'éloigne à folles enjambées, au loin. L'artificier éclate de rire, l'observe aux prises avec fourrées et chablis. Bon prince, il la laisse jouir d'une poignée de secondes afin d'équilibrer la course-poursuite qui s'annonce. Il piaffe sur place, comme pour dégourdir ses jambes qui n'ont jamais besoin d'être dégourdies. Et c'est seulement lorsque sa silhouette menace de s'évanouir par-delà la ligne des broussailles que Jason s'envole, agile comme un daguet.

Il a des ailes aux pieds, la foulée d'un guépard. Il court comme s'il avait couru, avant de parler, avant de babiller. Il court, et chaque embûche du terrain qui parvient à le déstabiliser est l'opportunité d'une folle cabriole, d'un leste entrechat, d'un élan d'échassier. Il est si rapide qu'il fauche les épineux des halliers, qu'il sème derrière lui des bruines d'épines et d'esquilles qui se feraient un plaisir de crever les yeux à des poursuivants qui le talonneraient de trop près. Il est si rapide, qu'il déplume les arbrisseaux, qu'il énuclée les buissons de leurs baies aux nuances de sang mort. Tout hostile qu'il soit, ce parcours lui est une véritable sinécure. Il est habitué à courir sur le pont roulant du navire, de bondir dans des gréements tout craquant de tempête, de se mouvoir le long de réseaux de cordes râpeuses, dans lesquelles ses chevilles et ses poignets se sont foulés cent fois. Aussi, courir toute bride abattue dans ce maelstrom de terre et de rameaux lui est particulièrement vivifiant. C'est une gorgée d'alcool dans ses muscles ivres d'énergie pure. Il court sans s'arrêter. Il semble n'avoir appris qu'à accélérer. Il semble que l'espace l'aspire, l'appelle, le happe. Parfois, au détour d'un chemin, une empreinte, un volcelest, là, dans la terre meuble. L’intrigante vient de passer ici.

L'écho d'un cri met fin à cette cavalcade. A vrai dire, à peine a t-elle chu qu'il surgit à sa suite comme l'aurait fait une ombre un peu traînarde. Il doit convoquer tout l'amorti dont son corps est capable pour refréner son élan, pour ne pas la dépasser. Les mains campées sur les hanches, le pirate ne se gêne pas pour donner du pied dans la carcasse de la sibylle. Elle gît là, étendue de tout son long, comme morte, et un éclat de rire fuse de la gorge caverneuse de l'artificier. Certes, il affectionne tout particulièrement les entreprises difficiles, mais il n'est pas non plus dans sa nature de cracher sur les victoires faciles. Sans coup férir, alors, il s'agenouille à son coté et déjà, s'affaire. Il s’attelle à un ficelage en bonne et due forme. Il en a déjà ligoté des centaines, des prisonniers, avant de les porter à bout de bras pour les transborder d'un navire coulé à pic à la cale ombrageuse du Moissonneur. Une véritable routine, qui l'inspire d'ailleurs à pousser la chansonnette. Une odieuse rengaine paillarde, sifflotée du bout des lèvres.

Bardant son buste, ceignant sa taille, un embrouillamini de courroies de cuir destinées à accueillir ses diverses armes et instruments. Loin de lui l'idée de sacrifier alors un piètre ceinturon pour faire office de liens. Jason a préféré taillé quelques lanières de tissu dans les manches de la sibylle, au moyen de la pointe grossière de son sabre. Lanière de tissu qu'il se permet par ailleurs de flairer longuement à la façon d'un limier. Il finit par hausser les épaules devant cette fragrance inconnue, qui verse encore du mystère à tous ceux qui nimbaient déjà cette créature. Une fois les liens sûrs, il s'enhardit à l'attacher promptement. La chute semble avoir dissipé ses esprits, lui offrant toutes les latitudes du monde pour la manipuler à son aise. Alors il tire ses poignets dans ses reins. Il lie ses chevilles. Il hésite, pour le bâillon, puis se ravise. C'est là un savoir faire devenu intuitif. Là où ses doigts calleux effleurent les liens naissent des nœuds alambiquées et retors, dignes des cabestans et des vergues, des nœuds qui semblent aussi vivants que vipères sur la défensive. Après les avoir éprouvés, Jason vient s'accroupir non loin de son visage. Du plat de la main, il tapote l'épaule qui affleure du torrent de ses cheveux. Un geste emprunt de méfiance, celui d'un enfant qui triturerait la carcasse d'un reptile du bout d'un bâton. Un geste emprunt de curiosité, aussi, qui pourrait même sembler soucieux et plein de sollicitude, s'il ne s'était pas occupé de l'entraver quelques secondes plus tôt. Quoiqu'être criminel en cavale ne dispense pas d'un peu de savoir vivre.

"Nou be sad ! Ai believed bilaik yu were a witch. Nau, ai don kom think gon chit ai laik na make gon yu. Yu don well a family ready kom kof kom see again yu, no?"

Un sourire pernicieux vient peindre ses lèvres. A présent, que pourrait-il bien faire de cet étrange trophée ? Il n'en a pas la moindre idée mais compte bien trouver un peu d'inspiration au coin d'un feu de camp. L'attraper n'était qu'un jeu, qu'une tentation, pour autant ne relâche t-on que les prises indignes d'intérêt. Agitant une main à quelque distance de son visage, comme s'il voulait tester sa propension à mordre, le pirate l'enveloppe d'un regard insupportable. Un regards débordant d'intérêts.


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Sujet: Re: Des éclairs sous les étoiles.
Jeu 6 Juil - 22:18

Loup, y es-tu ?

Abattue sur le sol. le souffle court, précipité, qui heurte ses poumons, ses côtes, agite son cœur, se débat. Son cœur qui hurle et cogne. Cogne les os. Cogne les veines. Cogne le crâne. Son crâne qui bat. Bat comme le cœur. Bat comme le souffle. Va exploser. La tuer.

Tout son corps hurle tant, tant et si bien, si fort, qu’elle ne l’entend pas débouler, le sauvage. Ou s’arrêter.Cependant… elle le sent. Se pencher. Sur elle. Les yeux clos, recroquevillée, sa proie… Elle ne bouge pas, ne bouge plus, ne… C’est peut-être une réminiscence animale, instinctive, un instinct enterré. L’immobilité primaire d’animal chassé. D’une proie pétrifiée. Hypnotisée.

Ne pas bouger. Ne pas attirer l’attention. Oh… Ne bouge pas. Ne respire pas. Il ne te verra pas… T’ignorera...

La blonde, figée, mâchoires serrées, souffle empêtré, accéléré, le laisse s’agiter. Elle geint doucement en sentant sa semelle dans son dos, se recroqueville un peu plus, sent sa tête éclater et crispe les doigts sur ses cheveux. Les enfermer, entre ses doigts. Contenir l’hémorragie des émotions. Contenir… Sa tête, sa peur. Sa Terreur.

Et il rit, le prédateur, le monstre penché sur sa carcasse douloureuse, terrassée. Il rit et chante sa victoire, célèbre la capture. S’ébaudit.

Elle, son ventre se tord, son estomac se débat.
Elle va vomir…
Elle va…

Les yeux clos, le souffle contrôlé, les frissons...

Que fais-tu ?

Et Wilhelmina le laisse faire. Pétrifiée. Terrorisée. Ses pensées, à la dérive, englouties de peur, noyées, naufragées, s’accrochent, s’ancrent autour d’une absurde bouée, en nylon et de viscose, une bouée bien usée, abîmée, qu’il déchire un peu plus.Il ose ? Il n’a pas le droit, il…

Elle va être malade…
Elle ne veut pas…
Pas être malade.
Pas devant lui...

C’est là que se cristallise sa peur, c’est là que se solidifient ses pensées. Sur son estomac rebelle. Sur quelques brins de nylon… Il les abîme plus encore qu’ils ne le sont. Ses vêtements, précieux, usés, fatigués. Denrée rare, Denrée épuisée. Elle le laisse faire, pourtant. Elle tente de contrôler les rebonds, les torsions de ses entrailles. Verdit. Pâlit. Entre le tambour de son sang contre son crâne et ses côtes, entre sa chair de poule et la glace dans ses membres, elle le laisse faire, détruire un pull, oublie presque …

Elle préfère ses crocs d’aciers dans son pull que dans sa chair, elle supporte la peur. La lame contre sa peau. Ses doigts contre sa peau. Les battements de son cœur qui l’assourdissent, l’étranglent. Elle pue la peur, et la décomposition, sous sa joue, du tapis de feuilles gluantes. Elle supporte et tremble et…

Loup… Que fais-tu ?

Elle le laisse faire. Le laisse l’attacher. Prendre ses mains, dans son dos, et les lier. La ligoter. Elle ne proteste même pas. Ne hurle, ne se débat pas. Recroquevillée. Docile. Le laisse déplacer ses membres, les attacher. Ne frappe ni ne fuit. Immobile. Secouée par son souffle rafale, son souffle sifflant. Les paupières soigneusement, fermement closes. Les lèvres …. Serrées. Crispées.

Si elle ne voit pas, si elle ne bouge pas, si…

Elle ne veut pas vomir.
Elle ne veut pas hurler.
Se débattre, se ridiculiser, se...

Le dégout, la peur...
Diminuent.
Refluent.

Lentement.

Et, il chante sa victoire, le loup.
Gaillard, réjoui par la chasse.
Égaillé par sa chute.
Elle le hait, ce loup.

Il a tailladé son pull.
Et ses poignets, ses chevilles, il les a liés.
Son crâne va exploser.
Elle s’étrangle, s’étouffe seule.
Voudrait l’étrangler, l’étouffer.

Et le voici qui enfonce ses doigts dans son épaule. Avec rancœur, l’Odysséenne soulève les paupières. Immobilisée sur le sol, pieds et poings liés, elle le voit : sa silhouette accroupie profilée sur le décor forestier, la domine, l’écrase… Si elle s’écoutait, elle montrerait les crocs et grognerait. Elle ne s’écoute pas, elle contient sa peur, libère une soudaine rage, à sa vue. Elle le foudroie, les narines, les lèvres frissonnantes, blanchies de colère, palpitantes.

Puis elle l’écoute. Et plus il parle, plus elle le hait,moins elle a peur. Avec ses sons gutturaux. Avec ces séquences brutales, rapides, languides, ces voyelles écorchées, appuyées, ces mots presque familiers.

Si le Loup y était...

Elle voudrait montrer les crocs. Mordre. Cracher. Griffer. Elle se réjouirait de lui déchirer l’aorte d’un coup de dents. Sa propre rage l’effraierait… à tout autre moment. Elle se l’interdirait, la réprimerait, la harnacherait...

Je le mangerais.

Mais il sourit… Et comme elle déteste ce sourire, son expression. Comme elle déteste le geste moqueur de sa main, à quelques centimètres d’elle. Les yeux rivés sur les doigts narquois, elle se ramasse, puis, dans une détente soudaine, plante les dents dans… le vide. A quelques centimètres des doigts.

Raté !
Furieuse, elle se tortille frénétiquement, souffle pour chasser les cheveux de son visage, gronde et roule sur le sol.

« Relâchez-moi ! Barbare ! Sauvage ! Salaud ! Grossier merle ! Vous allez me libérer immédiatement et, peut-être… PEUT-ÊTRE que je ne vous étranglerai pas ! Peut-être que je ne vous arracherai pas les viscères ! SI J’AI PITIÉ… »

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12/10/2014 Brimbelle 47074 Jessica Chastain Lux Aeterna Médecin / Herboriste 344
Admin - Tears of the phoenix


Sujet: Re: Des éclairs sous les étoiles.
Sam 25 Nov - 19:32

Ce RP est archivé pour n'avoir pas reçu de réponse depuis trois mois ou plus. Si vous souhaitez néanmoins le continuer, merci de MP un membre du staff en précisant la catégorie où ce dernier était rangé afin que nous puissions le remettre en jeu

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Sujet: Re: Des éclairs sous les étoiles.

 

Des éclairs sous les étoiles.

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