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˜˜˜˜˜˜Will you hate me ? [Cassian Saada & Nylan Bàthory]
maybe life should be about more than just surviving


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16/05/2017 19 Carice Van Houten 65


Sujet: Will you hate me ? [Cassian Saada & Nylan Bàthory]
Mar 16 Mai - 22:22

Nylan était d'une humeur épouvantable. Elle se demandait quelle satané mouche avait bien pu la piquer lorsqu'elle avait décidé d'accompagner les autres sur le continent. Non, elle ne devait pas être si défaitiste. Après tout, les autres tribus n'avaient pas été si désagréables à rencontrer... Cette aversion qu'elle éprouvait, cette nausée qui la prenait, semblaient être l'apanage des Rahjaks. Et pourtant, ça ne faisait pas longtemps qu'elle était là. Pas même vingt-quatre heures, et elle pouvait déjà dire avec certitude que plus jamais elle ne mettrait les pieds là-bas. Pas même sous la torture. Non, certainement pas sous la torture.

Et qu'ils essaient de la toucher, ces imbéciles ! Ne serait-ce que de la toucher. Ils auraient sans doute la surprise de leur vie, et ce serait entièrement mérité. Elle les avait vus, avec leurs regards en coin et leurs sourires vicieux. Elle avait vu les oeillades qu'ils lui lançaient, et elle avait été prise d'une furieuse envie de vomir. Si ça n'avait tenu qu'à elle, elle leur aurait déjà coupé les parties génitales, et parole de Kovarii, ils les auraient bouffées ! Mais elle avait promis aux autres filles de bien se tenir. La situation était tendue entre les Kovariis et les Rahjaks, il ne fallait pas faire de pas de travers, bla, bla, bla. Elle les avait laissé parler en soupirant et en levant les yeux au ciel, mais au bout des deux premières minutes de sermon, elle avait totalement décroché.

Et maintenant, elle se retrouvait seule dans les ruelles sombres de la cité, avec une furieuse envie de partir loin, très très loin de là, et de ne plus jamais y remettre les pieds. Le soleil avait presque disparu à l'horizon, mais il faisait toujours une chaleur accablante. Nylan avait l'affreuse sensation de suffoquer. Peu à peu, tout son être coulait sur le sol sableux, qui menaçait de l'engloutir. Et plus les minutes passaient, plus l'évidence s'était imposée dans son esprit. Elle avait fini par se perdre. Pourtant, elle avait essayé d'être attentive et de ne pas s'aventurer trop loin. Elle avait essayé de se mettre des repères, et de les suivre lorsqu'il avait été temps de rentrer. Mais ça avait été vain.

Alors, au fil du temps qui s'écoulait, son humeur s'était dégradé, jusqu'à devenir ce qu'elle était à présent. Nylan fulminait, et rien n'aurait su éteindre le brasier qui consumait son regard océan. Pour être tout à fait honnête, il aurait même mieux valu ne pas essayer d'y faire quoi que ce soit. La médecin n'était pas du genre à se laisser facilement attendrir lorsque la colère s'emparait d'elle. Encore moins par des hommes. Encore moins par des Rahjaks. La médecin croisa les bras sous sa poitrine tandis qu'elle avançait dans la nuit tombante. Des mots inintelligibles s'échappait de ses lèvres entrouvertes. D'ailleurs, il ne valait mieux pas chercher à comprendre ce qu'elle disait.

Et puis, au coin d'une ruelle, elle aperçut une silhouette. Elle se demanda d'abord si ça n'était pas son imagination qui lui jouait des tours. Jusqu'à présent, même si elle était perdue, elle avait trouvé quelque chose de presque réconfortant dans la solitude. Quelqu'un de normal aurait probablement fait demi tour pour éviter cette rencontre qui avait des chances de ne pas être amicale. Mais Nylan n'était pas quelqu'un de normal. Et elle n'avait pas la moindre envie de continuer à perdre son temps dans ces ruelles stupides, pleine de sable stupide, dans cette cité toute aussi stupide. D'un pas assuré, elle s'approcha de la silhouette.

- Eh toi ! Tu saurais pas où se trouve la rue principale ? Tout se ressemble dans cette stupide ville !

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13/09/2016 Anticarde 1967 Evan Peters fassylover (avatar) - soeur d'armes (crackship) - Tumblr (gif profil + signe) Sorcier - Médecine & apothicaire spécialité Poison. 624
Semeur d'épidémies éthérées


Sujet: Re: Will you hate me ? [Cassian Saada & Nylan Bàthory]
Sam 20 Mai - 15:34

Cassian a quinze ans. Théa est vivante. Son père n'est pas encore parti. Noah ne les a jamais abandonnés. Les murs des Saadas sont encore emprunts de cette aura fiable et sécure, qui laisse à penser que leur nom est un édifice qui jamais ne s'écroulera. C'est l'âge où Cassian, troisième de la fratrie, commence à sortir de sa chrysalide, à s'aventurer seul dans les ruelles de la Cité après de longues années à huis clos, le nez dans les livres. Et pour cause, c'est l'âge où son intérêt pour les poisons, pour les simples, pour la chirurgie, pour les dédales du corps humain connaît ses premières heures de pratique. Sous la houlette de Jezabel, l'adolescent visite quelques médicastres divers qui lui montrent, dans le secret de leurs obscurs cabinets, des gestes de rebouteux, la précision d'une bonne incision, la couleur profonde des organes.

Il ignore encore les crimes qu'il commettra demain. Il ignore encore le carcan des phobies et des angoisses qui se refermera sur lui. Il ignore les premiers signes de la psychose qui, pour l'heure, se contente de semer dans son regard d'obsidienne quelques lueurs absentes, qui passent inaperçues. Il est encore léger de tous ces démons qui l'attendent, au virage de l'existence. Il peut encore se permettre d'agir avec un brin d'insouciance, d'insolence même. Il a l'âge où tout est permis, où il ignore platement la définition des "conséquences". Il est encore persuadé que la fortune familiale mettra le monde à genoux pour son bon plaisir. Il peut parler sans réfléchir, poser toutes les questions qui lui passent par la tête, même celles qui glacent, celles qui dérangent. Et quand bien même essaie t-il de paonner des grands airs, dans sa voix qui a presque fini de muer, il demeure une empreinte d'innocence. Elle est légère, fragile, cette empreinte. Elle n'attend qu'une menue tempête pour disparaître à jamais.

Casanier, assez secret, le second fils des Saada a néanmoins une bonne connaissance des tréfonds de la Cité des Sables. Sous l'impulsion de Noah, bien plus bohème que lui, il a eu moult occasions de déambuler dans ses entrailles chaudes, de ses quartiers les plus rupins jusqu'à ces réseaux de ruelles mal famées dont son aîné lui a désigné les petits chemins de traverse, les impasses nuiteuses, ces raccourcis étriqués dans lesquels le vent ne glisserait pas un bras. Il y a aussi ses rendez-vous avec Astrid, où les deux garnements s'en vont à l'assaut des terrasses haut perchées. Elle fraie dans un drôle de milieu, Astrid, composé de mercenaires en herbes et de petits caïds en bourgeons, dont les méfaits exaspèrent autant qu'ils effraient. Cela l'intrigue. Doucement, il commence à s'imaginer l'un des leurs. Lui aussi, il aimerait avoir cette aura dangereuse, qui fait grincer des dents sitôt votre nom soufflé dans le creux d'une oreille. Lui aussi, il aimerait voir des regards inquiets s'échanger, des murmures chevrotant naître dans son sillage. Mais rien de tout cela n'est à l'ordre du jour.

"Où tu vas, Saada ? Tu as encore rencard avec un fantôme ?" Se moque un adolescent de son âge, qui le toise depuis le trône d'une palissade, sur laquelle il sis en compagnie d'autres gosses aux joues noircies, aux chausses cuivrés par la poussière. Il faut dire qu'il ne passe pas inaperçu, dans ses atours de petit noble. Qui plus est, tout le monde sait ses intérêts pointus pour tout ce qui relève de la Mort. Une obsession malsaine qui lui vaut bien des lazzis, parfois quelques regards craintifs. Cassian continue sa route sans lui décocher la moindre attention, sinon l'éclair d'un regard orageux.

Cet après-midi, il a rendez-vous avec un dénommé Arph. Un vieillard sénile qui, selon Jezabel, a eu l'insigne grâce d'accepter de lui révéler quelques précieux savoirs. Alors, le voilà qui descend ces allées de poussière de son pas d'adolescent trop sage. Un porte-documents sous le bras, il s'est prémuni de quelques feuillets, d'un peu d'encre, d'une jolie plume noire. Arph a la réputation d'un vieux branque. Il paraît que de son cabinet, les patients s'en viennent avec un mal de gorge pour en ressortir amputés d'un membre qui semble choisi par les voies d'un fumeux hasard. Aussi, il n'est pas difficile d'imaginer les réticences de l'adolescent persuadé de perdre son temps. Il ne se rompt à l'exercice que parce que Jezabel ne lui a pas laissé le choix, convaincu par son admirable mauvaise foi qu'elle a brandi là un prétexte pour se débarrasser de lui une journée. Il est du genre envahissant, comme apprenti, avec ses flots de questions incessants, avec ses yeux qui semblent ne jamais ciller. Le soupir à la bouche, le petit blond emprunte une venelle déserte ou l'échoppe du vieux gâteux a pignon. Il a l'air aussi motivé que si on lui avait demandé de ranger sa chambre, traînant les pieds de manière ostentatoire. Evidemment, personne dans les parages. Qui aurait envie de se faire trancher une main, par cette belle après-midi caniculaire ?

Arrivé à destination, Cassian hausse un sourcil. A quelques mètres de lui, une jeune femme, qui lui semble bien évidemment une vieille peau, déboule à l'angle de la rue. Elle paraît exaspérée, jetant des regards piqués à la ronde. Nul besoin d'être une lumière pour reconnaître là une étrangère en perdition dans les labyrinthes de la Cité. Du reste, elle l'apostrophe avec le même toupet que ces sales gosses qui le raillent à tout bout de champ. Le museau froissé de mépris, Cassian s'immobilise alors qu'elle approche, son porte-document contre sa belle chemise de lin qu'il jettera au premier accroc. Il la dévisage comme s'il s'agissait d'une indigente lui réclamant l'aumône. Ses traits de chérubin s'abîment dans un rictus dégoûté. De sa voix de fausset, qui accuse encore quelques notes éraillées, il lui répond tout de go, pompeux à souhait.

"C'est toi qui est stupide." Un silence. Le temps de trouver l'inspiration. "Une Naori, je parie ? Quand on vit dans un village rudimentaire, fait de terriers et de potagers, on devrait y réfléchir à deux fois avant de s'aventurer dans notre Cité. C'en devient lassant... Je crois qu'on devrait creuser une fosse commune pour les cadavres desséchés de tous ces étrangers qui se sont fourvoyés." Oh, il n'a rien d'agressif, ni même de menaçant. Il n'est qu'un sale gosse de la noblesse, tout pétri de ses petits privilèges. Il a grandi dans cet or qui lui semble capable de soudoyer jusqu'aux augures même de sa destinée. Il y a quelques années encore, sans doute se serait-il montré plus accort, sans doute l'aurait-il aiguillonné furtivement pour se débarrasser au plus vite de cette harpie. Mais alors qu'il commence à côtoyer la pègre, qu'on lui donne matière à affûter sa langue et son esprit, Cassian se figure que c'est ainsi que tourne le monde. Il pose les premières pierres d'une arrogance, vouée à devenir une architecturale citadelle.

"Il y a plusieurs rues principales. Effrayant n'est-ce pas ?" Renchérit-il, plein de morgue. "A quoi elle ressemblait ?" Lâche t-il par la suite, l'air grand prince. Il n'est pas encore foncièrement mauvais. Nulle âme ne l'a encore suffisamment déçu pour lui insuffler la malveillance.

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16/05/2017 19 Carice Van Houten 65


Sujet: Re: Will you hate me ? [Cassian Saada & Nylan Bàthory]
Sam 3 Juin - 19:15

Nylan n'avait déjà pas beaucoup de patience en temps normal, mais depuis qu'elle était partie de son île natale, c'était de pire en pire. Un rien pouvait la faire exploser, et ses crises de colère pouvait être d'une rare violence. Lorsqu'elle était hors d'elle-même, elle n'avait plus aucune conscience de ses actes, et pour quelqu'un qui n'avait déjà qu'une idée très floue de la limite entre le bien et le mal, cela devenait rapidement difficile à gérer. C'était la raison pour laquelle les autres femmes du groupe avait passé beaucoup de temps à répéter à la jeune femme à quel point les relations entre Kovariis et Rahjaks étaient fragiles, et qu'il ne fallait commettre aucune erreur susceptible de faire pencher la balance du mauvais côté des choses.

La première fois, Nylan avait ri de bon coeur. Après tout, une bonne guerre leur remettrait les parties génitales en place, à ces prétentieux sans cerveaux. Et il pourrait s'agir d'une merveilleuse occasion de leur montrer que non, les femmes ne sont pas de faibles choses sans défense. Au contraire. La médecin serait la première à prendre les armes, ça ne faisait aucun doute. Et puis, avec le peu d'empathie dont elle était capable de faire preuve, elle avait fini par comprendre que les enjeux étaient un peu plus importants que ce qu'elle pensait. Ca n'était pas simplement une guerre des sexes, mais quelque chose qui pourrait mettre en péril la vie de son peuple, et des femmes qui le composait. Nylan ne doutait pas une seconde qu'elles auraient gagné la guerre, mais à quel prix ? Elle devait bien reconnaître que ça ne valait peut-être pas la peine.

Alors, à contre coeur, elle avait promis de faire tout son possible pour se tenir à carreaux, et ne pas répondre aux provocations idiotes et déplacées des Rahjaks qu'elle risquait de croiser tout au long de leur séjour. Ca n'était pas évident, d'autant plus que son cerveau avait tendance à se délier bien plus lentement que sa langue. Elle avait plus ou moins réussi à se tenir correctement jusqu'à présent, mais c'était un exercice compliqué pour elle. La diplomatie ne faisait pas vraiment partie de son vocabulaire, et malheureusement pour elle, il en était de même chez beaucoup de Rahjaks. Peuple de prétentieux et de sous-cerveaux. Pas étonnant qu'ils aient une si mauvaise réputation auprès des autres peuples.

- C'est toi qui est stupide. Une Naori, je parie ? Quand on vit dans un village rudimentaire, fait de terriers et de potagers, on devrait y réfléchir à deux fois avant de s'aventurer dans notre Cité. C'en devient lassant... Je crois qu'on devrait creuser une fosse commune pour les cadavres desséchés de tous ces étrangers qui se sont fourvoyés.

Nylan put donc constater que le problème chez eux n'était pas simplement un ralentissement de la croissance de leurs minuscules cerveaux, mais également un problème bien plus grave. Dès leur plus jeune âge, ils ne semblaient pas en être pourvus. Le gamin qui se trouvait devant elle devait bien avoir dix ans de moins qu'elle. Et pourtant, il semblait manquer cruellement du minimum de jugeote vital pour la survie. La médecin fronça les sourcils tandis qu'elle observait le jeune homme. Cheveux bouclés et plutôt clairs, une gueule d'ange, une attitude fière qu'elle avait vu chez presque tous les Rahjaks qu'elle avait croisé. Lui n'était rien d'autre qu'un gamin. Un bébé Rahjak qui cherchait sûrement à se créer une place. Nylan détestait les gamins.

- Il y a plusieurs rues principales. Effrayant n'est-ce pas ? A quoi elle ressemblait ?

Oh, tant pis pour ce qu'elle avait promis aux autres femmes de son groupe, celui-là méritait qu'on lui montre un peu qu'il n'était personne pour se permettre de lui parler comme ça. Mais d'un autre côté, elle n'avait croisé personne depuis longtemps. Si jamais elle l'étripait, il y avait de fortes chances pour qu'elle reste perdue pour le reste de la soirée, et en plus de cela, il était certains qu'elle aurait des problèmes à cause de son geste. Elle s'en fichait bien, mais elle avait fait une promesse qu'elle ne pouvait décemment pas rompre à la première remarque déplacée faite par un de ces crétins. Nylan grimaça. Elle avait une furieuse envie de sortir un couteau et de voir comment le gamin se battait, mais elle prit une inspiration profonde pour essayer de se calmer.

Et puis, le fait qu'il l'ait comparée à une Naori l'amusait plus que ça ne l'agaçait. Ce petit ne connaissait encore pas grand chose au monde et à la vie. Il avait sûrement beaucoup à apprendre, et si ça n'était pas son problème, elle n'avait pas envie de salir sa lame pour lui. Après tout, quel honneur y aurait-il à épingler un oisillon tout juste sorti du nid ? Probablement aucun. S'il n'y avait pas eu autant d'autres enjeux derrière, elle se serait probablement foutue de l'honneur, mais ça n'était pas le cas. Elle était, malgré tout, trop intelligente pour se laisser guider par un instinct trop primaire. Et après tout, c'était ce qui la distinguait des Rahjaks, non ? Rassérénée par cette pensée, Nylan continua à s'approcher de lui, jusqu'à pouvoir distinguer la couleur de ses yeux.

- Je ne sais pas trop, à quoi elle ressemblait. Elle était pleine de... Rahjaks. Mais si ta prétention et ton manque de culture sont à la hauteur de tes connaissances géographiques, je suis certaine que tu n'auras aucun mal à m'indiquer le chemin que je cherche.

Nylan avait parlé d'une voix douce et étrangement calme, ce qui contrastait avec l'ouragan qui secouait continuellement son esprit désorienté. Lorsqu'elle dépassait les bornes, elle ne s'en rendait quasiment jamais compte, souvent trop absorbée par ses pensées et déconnectée du monde dans lequel elle évoluait. Elle n'était pas du genre à vouloir blesser les autres à tout prix, et elle n'avait pas un mauvais fond. Elle n'avait juste jamais été douée des filtres que possédaient les êtres humains normaux. Elle était capable de faire preuve de lucidité, mais n'avait jamais compris le concept pourtant si répandu qui consistait à ne pas dire tout ce qu'il se passait dans sa tête. Et depuis toujours, elle se moquait bien des réactions que cela pouvait provoquer.

- Oh et, par la même occasion, peut-être que tu pourras m'indiquer où est-ce qu'on peut se procurer des herbes médicinales dans le coin. J'ai dû gaspiller les miennes sur un des imbéciles qui peuplent ton village.

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Sujet: Re: Will you hate me ? [Cassian Saada & Nylan Bàthory]
Mer 14 Juin - 23:42

Il la toise de pied en cap, l'étrangère. Tiraillé entre son inextinguible curiosité et le mépris que lui inspirent les autres tribus, si primitives. Un mépris qui ne lui appartient pas vraiment. Un mépris qui vient de ses aînés, peut-être. Un mépris né de ce qu'il a pu ouïre, au gré de ses rares excursions sous le soleil brûlant. Un mépris mimé, qui lui donne l'impression de se comporter comme un adulte. Un mépris qu'il arbore comme s'il s'agissait de fières armoiries. Et il ne s'en sort pas si mal, à interpréter cette délicate partition, quand bien même l'infâme morgue qui propulse sa voix sonne bien davantage comme une crise existentielle que comme une authentique aversion, profondément enracinée. Usant d'un tel brio, Cassian se trouve fortement récompensé. La réaction de la Naori – Car Cassian l'a bêtement étiquettée Naori – ne manque de le ravir, en son for intérieur, lui offrant l'occasion de pouvoir aiguiser sa répartie massacrante. Isolé, raillé, rejeté par la plupart de ses semblables, les rares occasions qui voient le jeune Saada s'extirper de son mutisme maladif lui servent à aiguiser sa langue, seule arme dont il dispose envers ses détracteurs, puisqu'il renâcle à se salir les mains. Carrant ses épaules de gringalet, ces joutes lui inspirent un véritable exercice.

"De deux choses l'une. Déjà, il s'agit d'une Cité, et non pas d'un village." Récite t-il, et s'il le pouvait, il lui brandirait au nez l'une des assommantes encyclopédies qui peuplent les rayonnages de sa chambre. "C'est important, les mots qu'on utilise, quand bien même je t'accorde qu'une certaine subtilité existe entre ces deux termes. Mais bon... On ne fait pas d'un âne un cheval de course, pas vrai ? Quand on grandit dans la pampa, qu'on vit dans une caverne et qu'on se roule dans la terre... J'imagine qu'on est pas vraiment prédisposé à phraser... Bref."

Bien évidemment, il n'a jamais encore eu l'occasion de voyager. Bien sûr, il meurt d'envie de découvrir ces contrées reculées, qui s'érigent derrière les cordons de dunes. Mais il a toujours eu d'effroyables réticences à s'extraire de sa chambre, au creux de son cocon familial. Là, il est traité comme un prince, le moindre de ses souhaits est exaucé. Cela diffère nettement quand il pousse l'excursion dans les bas-fonds de la Cité Rahjak, où il se fait huer à tout bout de champ, où mille dangers semblent le guetter depuis les ombres. Si ces balades lui sont déjà éprouvantes, s'il ne s'y est livré que très récemment, qu'est ce qu'il en serait, des explorations dans ces natures hostiles ? Chez les Saadas, il est prince. Chez les Rahjak, il est une drôle de chose que l'on pointe du doigt. Mais au cœur de la jungle, au plus haut des montagnes, sur les crêtes des falaises qui font les littoraux du Continent, il ne serait alors plus rien. Un grain de poussière. Et malgré son jeune âge, malgré le feu de son âme, cela l'effraie, d'être si insignifiant. On l'a élevé comme quelqu'un d'important.

Alors, présentement, face à cette femme qui a dû battre bien des terres, qui a dû braver bien des vents pour se tenir là, devant lui, il met un point d'honneur à la moucher comme il peut. Comme s'il était question de prouver là qu'il voyait aussi bien par ses livres qu'elle par ses yeux. Comme si celui qui devait avoir le dernier mot serait forcément le plus intelligent et le plus érudit. Ses entreprises hasardeuses hors des murs de sa chambre restent occasionnelles. Jusqu'ici, il n'a fait que vivre dans une forteresse à l'odeur de vieux livres à la côte cornée et au papyrus poussiéreux. Lui donner la réplique, alors, c'est offrir une récompense précieuse à cette vie studieuse, qui l'a tenu loin des terrains vagues et des chahuts. Alors, bien content de pouvoir se la ramener, Cassian enchaîne, pourvu d'une insolence éhontée.

"Deuxième chose, c'est vrai qu'il y a beaucoup d'imbéciles dans cette Cité. Mais ça, je n'y peux rien." Crache t-il, ouvertement méprisant envers ses semblables, envers tous les hommes de la Terre, à vrai dire. S'il aime le Désert, s'il affectionne la Cité des Sables, il ne s'agirait pas de l'imaginer un tant soit peu camarade. La plupart des gens qu'il connaît, il ne peut pas les voir en peinture. "Dans ce cas, n'est-ce pas encore plus imbécile que les imbéciles eux-même, que de gaspiller tes précieuses herbes sur eux ? C'est comme... hm... je ne sais pas... disons marcher sur la tête ? Balayer une cour en pleine tempête ? Choisis l'expression qui te convient... enfin, celle qui est à la portée de ta subtilité, je dirais." Rétorque t-il, non sans se priver d'un petit rictus qui ferait l'orgueil d'une princesse désappointée.

Et puis, car s'il a rué sur les quolibets, il n'en a pas pour autant perdu une miette de ses véritables questions, l'apprenti Sorcier promène un regard tout autour d'eux. Une petite rue sinistre, dans laquelle la poussière soulevée par la course de quelque fuyard ne redescend jamais tout à fait, troublant l'atmosphère, l'enveloppant d'une éternelle bruine de poussière. Elle lui a dit chercher des herbes. Est-elle une véritable guérisseuse, ou alors une simple rombière vantarde, souhaitant agrémenter ses recettes d'un zeste de prodige ? Cassian s'attache à la scruter d'infinies secondes, embusqué derrière le grand porte-document de cuir, le menton apposé contre une bordure. Si jamais elle se trouve guérisseuse d'un tribu lointaine, elle doit receler des savoirs dont il ignore tout. A vrai dire, si sa bibliothèque regorge de manuscrits balayant la médecine, la botanique, l'astronomie, la chimie, et même l'alchimie, un domaine qui semble se soustraire à toute science mais qui porte son esprit fringuant à rêvasser à l'impossible, Cassian réalise qu'il ne s'est jamais vraiment penché sur les autres cultures. Qu'il s'est toujours contenté des racontars d'aucuns.

"Normalement, la boutique d'Arph doit se trouver quelque part dans cette rue." Lâche t-il, après l'avoir considéré longuement, semblant s'être désintéressé de leurs chamaillis. Pour le moment. "Arph... C'est un Sorcier. Il doit avoir quelques herbes dans sa boutique. C'est lui que je cherchais." Ajoute t-il d'une voix soudain plus rembrunie, ayant perdu brutalement tout son pétillant, tout son mordant. D'une main furtive, l'adolescent tire ce qui semble une missive de son porte-document, un vrai fourbi de schémas griffonnés, comprenant des croquis parfois maladroits d'anatomie humaine et végétale, légendés d'une écriture extrêmement policée, si nette et exempte de gaucheries qu'elle en semble terriblement impersonnelle, froide. De ses yeux vifs, Cassian relit le papyrus que lui a fait parvenir le vieux Sorcier. Si une terrible migraine l'a doucement étreint, à la première lecture, le jeune Rahjak connaît maintenant les lignes par coeur. Des lignes qui l'ont conduit à manipuler boussole, jauge, et même un peu de courage.

"Cher apprenti. Je t'attendrai à l'heure du zénith, à six cent vingt deux pas, au nord-ouest du Temple du Feu. En montant sur les toits de l'auberge où vit une certaine Chezim, compte cinquante trois cheminées de cuisine, à l'est, qui forment à peu près une ligne droite. Marge d'erreur estimée à vingt huit degrés. Tu trouveras une gouttière triplement cassée. Sers t'en pour descendre. Parmi les trois rues qui s'offriront à toi, choisis celle qui a l'odeur du crime. Laisse-toi guider par les fantômes dont tu as parlés à Jezabel, pendant le temps dont a besoin un sablier de trente centimètres cube – que tu auras bien penser à te procurer, pour tes travaux – pour s'écouler de deux tiers. Je t'attendrai derrière la porte la plus miteuse. J'espère que tu n'as rien contre les mites.
Arph.
"

Le plus long a sans doute été d'entrer dans les quatorze auberges répondant aux critères, compte tenu de son austère timidité, réclamant après l'existence d'une certaine Chezim. Voilà qu'à présent, il se tient dans cette rue ténébreuse, cette rue qui a l'odeur du crime, et dont les murs sont criblés de portes toutes plus vermoulues les unes que les autres. Une vraie épreuve, destinée à lui échauffer les méninges en prémisse de tortueux travaux, sans doute. Rangeant le message après en avoir consulté les dernières lignes, Cassian croise une nouvelle fois le regard clair de l'étrangère.

"Il doit se trouver derrière la porte la plus miteuse." Murmure t-il, et alors ses prunelles partent voleter au gré des vantaux alentour.
 

Will you hate me ? [Cassian Saada & Nylan Bàthory]

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