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˜˜˜˜˜˜Fuis-moi je te suis | Nylan
maybe life should be about more than just surviving


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12/03/2017 Ponyta 65 Ruby Rose avengedinchains notion de soin, orientation, guérisseuse 115


Sujet: Fuis-moi je te suis | Nylan
Sam 8 Avr - 15:24

Cyd ne dormait pas, elle préparait un onguent pour une morsure de serpent. Une exploratrice avait été mordue dans la jungle. C’était fou ce que les gens pouvaient faire comme bêtise quand ils ne réfléchissaient pas un minimum. Cela avait tendance à agacer Cyd, même si elle ne disait rien. Elle était pensive. Elle écrasait les plantes médicinales, mélangeant le tout avec de l’eau. Elle réfléchissait et pensait à sa mère. Son état n’allait pas en s’améliorant, mais elle refusait de reconnaître son état. La guérisseuse pouvait la comprendre. Difficile de calmer une guerrière en colère, c’étaient les plus difficiles à soigner. La femme s’essuya le front. Contrairement au reste du continent, sur l’île il faisait bon chaud. Le cuir couvrait son buste, mais ses bras étaient découverts, exposant des tatouages apparents. Ils racontaient une histoire, l’histoire de sa vie qui n’était pas terminée. La Kovarii se stoppa un instant et vérifia la recette de son onguent, tout semblait bien aller. Il s’agissait maintenant d’aller chez la malade le donner. Elle attrapa son sac, une bouteille d’eau et sortit de son habitation. Elle regarda le soleil écrasant et se mit en route vers l’autre maison, le pas rapide. Elle salua d’un signe de tête certaines femmes et se rendit jusqu’à la maison de la blessée qui était allongée, entourée des siennes, mais aussi, d’un jeune garçon.

Celui-ci détailla Cyd, il semblait étonné. La guérisseuse savait quelle image elle renvoyait. Ses traits particuliers et sa démarche faisaient penser à un homme encore jeune, sans poil, la musculature fine. Mais quand on la regardait mieux, l’ambivalence était plus subtile. Difficile de la ranger dans une case. Le garçon reçu une tape sur la tête et on le somma de cesser de la fixer. Cyd ne dit rien. Elle n’était pas là pour l’aider, mais pour aider la femme allongée. Elle s’assit à genoux à côté d’elle et retira le pansement, lentement et regarda la plaie. C’était rouge et enflé, c’était probablement infecté. Lentement, elle prit l’onguent et l’appliqua. La blessée ouvrit les yeux et tressaillit. Cyd se mit à murmurer lentement, invoquant la déesse et lui demandant de veiller sur cette femme. Elle reposa le pansage sur la plaie. « Trois fois par jour, bois énormément. Si dans deux jours ça ne va pas, je reviens. N’attends pas. Ça pourrait te tuer. » L’exploratrice hocha la tête et Cyd se redressa. Elle laissa le pot d’onguent et quitta la maison, tout en discrétion. Elle n’aimait pas parler inutilement. C’était une bonne guérisseuse, mais elle intriguait énormément. Dans cette tribu où l’homme n’était rien, pourquoi ressembler à l’un d’eux ?

Cyd n’en parlait jamais avec personne. Sa mère l’avait frappée jeune à cause de cela, donc autant taire le sujet. Elle décida d’aller voir Nylan, une autre guérisseuse. La femme se sentait d’humeur étrange et avait bien envie d’aller voir un visage familier. Elle avait énormément d’affection pour son aînée de six ans. Elles partageaient énormément de choses, elles avaient même passé quelques nuits ensemble. Nylan n’avait pas un caractère facile, mais Cyd s’accommodait de tout quand on la respectait. Elle ferait tout pour les femmes de sa tribu. Elle allait même jusqu’à se nier, se cacher et se montrer discrète pour ne pas trop déranger. Elle était dévouée et soigner était pour elle essentiel. Sa mère avait préféré cela que la voir guerrière. Une mère trop orgueilleuse pour accepter de voir sa fille androgyne guerrière. Cyd avait suffisamment déshonoré sa famille en affirmant son androgynéité. Elle servait sa tribu autrement, mais tout aussi bien. La femme arriva à l’habitation de Nylan et toqua simplement. Elle redressa la tête quand la porte s’ouvrit et sourit en voyant l’autre femme. « Salut, je ne te dérange pas ? J’avais envie de discuter. » Sa voix n’avait rien d’aigüe, mais n’était pas rauque. Comme tout le reste de son corps, le son qui sortait de sa bouche pouvait troubler. Oui Cyd avait besoin de compagnie, de discuter avec une confrère.

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Sujet: Re: Fuis-moi je te suis | Nylan
Sam 8 Avr - 19:59

Une belle journée s'annonçait. Le matin était jeune, mais déjà, les premiers rayons du soleil offraient une chaleur réconfortante. Depuis toujours, Nylan aimait abandonner son corps pâle aux lueurs dorées de l'aube. Taquin, le grand astre se glissait jusqu'à elle, et ensemble, ils savouraient le calme de l'aurore. Comme souvent, elle avait très peu dormi, tourmentée par un millier de questions a priori insolubles. Fourbes et sournoises, ses idées s'emmêlaient, menaçant de l'asphyxier à tout instant. Elle s'était assise à son bureau au coeur de la nuit, abandonnant le sommeil à Seren et leurs enfants. Depuis, elle noircissait des pages blanches à l'encre de ses réflexions, essayant tant bien que mal d'y mettre un ordre.

Lorsqu'elle était devenue mère, son amour pour la nuit n'avait fait que croître. C'était le seul moment où Nylan retrouvait cette complicité parfaite qu'elle avait avec la solitude et le silence. Ses idées flottaient, et elle avait la sensation de frôler le ciel et de se rapprocher un peu davantage de toutes les réalités qui lui échappaient encore. Au fil du temps, elle apprenait. Au fil du temps, elle progressait. Elle avait conscience qu'un jour, tout le travail qu'elle accomplissait serait récompensé. Mais pas encore. Pas maintenant. Il y avait encore trop de choses à assimiler. Elle était douée, mais cela ne suffisait plus. Il fallait qu'elle se surpasse. Il fallait qu'elle excelle. La jeune femme ne doutait pas un seul instant qu'elle y parviendrait.

- Ah, ça n'a aucun sens... Ca n'a jamais aucun sens. Si on fait ça, avec ça, alors... Alors... Oui... Ah, oui. Si seulement... Oui, peut-être.

Enfin, après des heures à coucher son incompréhension sur le papier, elle touchait au but. De l'encre maculait ses bras et son visage, vestige de sa concentration et de son travail. Elle y était presque, et elle le sentait. Sous un monticule d'immondices et d'absurdités, Nylan esquissait les contours d'une nitescence. Belle et claire, elle lui tendait les bras, riait et courrait à sa rencontre. La réponse venait à elle comme une évidence. Sans pouvoir arrêter la main qui balançait des mots à toute allure sur les pages, la femme ferma les yeux, faisant appel à toute sa concentration pour parcourir les derniers mètres qui la séparait de ce qu'elle cherchait.

- Oui, bien sûr... Oui... C'est ça... C'est...

Brusquement, Nylan se figea. Pendant une seconde qui sembla durer une éternité, elle regarda le fruit des recherches de toute une nuit s'envoler. Impuissante. Quelqu'un venait de frapper à la porte. Elle était totalement immobile, comme stoppée en pleine course. Elle avait arrêté d'écrire, et la solution s'était enfuie, trop loin pour qu'elle ait le moindre espoir de la rattraper avant plusieurs heures. Elle ouvrit les yeux, et soupira. Lentement, Nylan se leva. La tête baissée, les bras ballants, ce qu'elle dégageait était effrayant. Sans crier gare, la paume de sa main vint heurter la table. S'en suivit une symphonie, douce et étrange, accompagnée par le ballet mystique de l'encre renversée et du papier déchiré qui rejoignaient le sol dans un ensemble presque parfait.

- Merde, dit-elle simplement.

Quelques secondes après que le calme soit revenu, Nylan prit une grande inspiration et se redressa. Apaisée. Elle était apaisée. Seules ses lèvres légèrement tordues trahissaient l'agacement et la contrariété qui l'avaient submergée. La jeune femme passa une main dans ses cheveux, et jeta enfin un coup d'oeil par la fenêtre pour voir qui avait osé la déranger. Lorsqu'elle reconnut la silhouette, elle se décida enfin à aller ouvrir la porte. Cyd releva la tête et lui sourit lorsqu'elle la vit. Nylan hésita un instant, mais finit par lui rendre son sourire.

- Salut, je ne te dérange pas ? J’avais envie de discuter.

Elle avait... Envie de discuter ? Elle... Avait envie... De discuter ? Nylan venait de perdre une nuit de recherche parce qu'elle avait envie de discuter ? Abasourdie, elle regarda la jeune femme. Pendant un moment, Nylan resta muette, incapable d'émettre le moindre son. Elle qui était bavarde et qu'on ne pouvait arrêter lorsqu'elle commençait à parler, elle était incapable de dire quoi que ce soit. On venait de lui clouer le bec, au sens propre du terme. Un tic nerveux agita l'oeil gauche de la brune, mais elle parvint à garder son calme. Parce que c'était Cyd. Uniquement parce que c'était Cyd.

Les deux femmes se connaissaient depuis leur plus tendre enfance. Elles avaient grandi ensemble, même si Nylan avait six ans de plus que Cyd. Depuis toujours, elles avaient beaucoup de points communs et beaucoup d'estime l'une envers l'autre. Il était rare que Nylan apprécie vraiment la présence de quelqu'un, mais celle de Cyd ne l'avait jamais dérangée. Jamais. Elle était toujours heureuse de la voir et de passer un moment avec elle. Et au-delà même de cette complicité secrète qu'elles avaient tissé au fil du temps, Nylan avait développé une véritable passion pour la plus jeune. Une passion parfois enflammée qu'elles avaient vécue en équilibre précaire entre l'amour et la haine. Une passion parfois exaltée qu'elles avaient partagée à la douceur de leurs peaux. Mais toujours avec tendresse.

- Si, tu me déranges.

D'abord intriguée par son côté androgyne, c'était aujourd'hui ce qu'elle respectait le plus chez sa consoeur. Ni homme, ni femme, homme et femme. Ni l'un ni l'autre mais les deux à la fois. Nylan avait mis du temps à comprendre, et très jeune, c'était ce côté atypique qui l'avait fascinée. A l'image d'une collectionneuse, Nylan aimait ce qui était différent. Elle aimait ce qui se démarquait du reste. Elle aimait comprendre ces étrangetés, et se les approprier. Cyd était une merveille à ses yeux. Une véritable merveille. Elle fit un geste de la main comme pour chasser définitivement son agacement, et éclata de rire.

- Peu importe, ça n'a plus d'importance maintenant. Je t'en prie, entre.

Elle s'effaça pour la laisser entrer, et retourna dans la pièce principale. Elle connaissait bien son amie, et savait qu'elle n'était sûrement pas là par hasard. Il devait y avoir quelque chose qui la tracassait, et elles auraient probablement une discussion des plus intéressantes jusqu'à ce qu'une urgence appelle l'une ou l'autre. A moins que ça ne soit différent, cette fois. Peu importait. Avec le recul, elle était contente de la voir.

- Ferme la porte derrière toi. Tu veux boire quelque chose ?

Sans attendre sa réponse, elle sortit deux tasses qu'elle posa sur la table. Elle versa un liquide sombre et fumant, et perdue dans ses pensées, elle en mit davantage sur la table que dans les tasses. Elle ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais se ravisa. Elle s'assit sur une chaise, empoigna sa boisson et grimaça lorsque le liquide brûlant toucha ses lèvres. Elle se frotta la bouche et reposa la tasse sur le bord de la table.

- Alors, dis moi tout. Qu'est-ce qui t'amène ?

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12/03/2017 Ponyta 65 Ruby Rose avengedinchains notion de soin, orientation, guérisseuse 115


Sujet: Re: Fuis-moi je te suis | Nylan
Dim 16 Avr - 22:35

Nylan lui ouvrit. Cyd la regarda avec calme, observant les tâches d’encre sur le visage et les bras. La guérisseuse parla l’air de rien, consciente qu’elle venait peut-être de déranger son amie. Pas de bruit d’enfants, les petits devaient encore dormir sinon elle n’aurait pas manqué de les entendre. Savoir Nylan mère lui avait toujours fait étrange, mais au moins elle remplissait les rangs de la tribu, même si elle avait donné naissance à un mâle. Cyd était toujours ambivalente face aux hommes de la tribu, mais surtout parce qu’elle ressemblait à certains. Elle vit le tic de Nylan et se demanda si l’autre guérisseuse allait exploser, mais rien ne vint. La réponse ne manqua pas de la faire sourire. Elle ne se vexait pas d’une telle réponse, bien au contraire. « Excuse-moi alors. » Elle était sincère, mais ne partait pas. Elle regarda Nylan, intriguée, mais ne demanda pas de quoi elle l’avait réveillé. Probablement de recherches. Elle savait que cela pouvait être frustrant. Cyd était moins dans la recherche, plus à l’écoute de ses patientes. Son regard clair pétilla alors que le rire de son amie perça l’air. Aussitôt la femme se détendit. Elle ne s’était pas rendu compte, mais elle s’était tendue un court instant. Elle hocha la tête quand Nylan la laissa entrer. Visiblement, même si Cyd l’avait dérangé, elle lui pardonnait.

S’il y avait quelque chose à pardonner car Cyd émettait de sérieux doutes. Néanmoins elle chassa ces pensées et s’avança dans la maison, fermant la porte derrière elle comme demandé. « Qu’importe. » Elle n’était pas compliquée en termes de boisson. Et pis elle connaissait bien son amie, normalement le breuvage ne risquait pas de l’empoissonner. L’image de la chose ne manqua pas de la faire sourire discrètement. La Kovarii n’était pas une femme souriante par définition. Sa mère avait souvent trouvé le sourire comme surfait et arrogant. C’était un reste de son éducation qui poursuivait encore Cyd. Pourquoi ne pas détester sa mère dans ces conditions ? Impossible, elle l’aimait trop pour cela. Elle tenait trop à sa tribu et aux femmes de celle-ci. Elle s’assit à la table et prit entre ses mains la tasse fumante. Il avait beau faire chaud sur l’île, elle appréciait la chaleur du breuvage qui se dégageait et glissait dans ses mains. Cela la détendait aussitôt. Si elle avait pu, elle se serait bien posée quelque chose de chaud sur son dos tendu. Ce dos rempli de tensions qui portait péniblement tous les doutes de la femme. Cyd n’avait pas encore pris une goutte de son breuvage. Elle attendait qu’il soit moins chaud.

La question de Nylan la réveilla et elle cligna mollement des yeux. « L’état de ma mère est préoccupant. » Elles en avaient déjà parlé, mais cela rendait Cyd plus impliquée émotionnellement. Elle avait l’impression de perdre les pédales. La guérisseuse se rembrunit. « J’ai testé des plantes calmantes, cela semble l’apaiser quelques heures, le temps de se reposer. » Mais après, les douleurs revenaient, les cauchemars, l’incohérence. Cyd ne comprenait pas, elle n’arrivait pas à l’apaiser assez longtemps. Mais il n’y avait pas que cela qui la travaillait. « C’est bientôt la fête des roses. » Et comme chaque année, elle serait nerveuse et méfiante. On ne la forcerait pas à se rendre sur le continent pour s’accoupler, mais elle se méfiait toujours. Et si cela arrivait un jour ? Elle en serait incapable. Elle n’avait jamais eu de contact intime avec un homme. Même pour s’accoupler elle refusait le moindre contact. Elle préférait être dans les vapes que consciente durant ce genre d’acte. Cyd n’était pas d’humeur très facile en ce moment. La nervosité et beaucoup d’autres choses s’agitaient dans son esprit. Elle voulait juste conserver sa tranquillité, faire son travail. Mais la brune savait que tôt ou tard, certaines choses lui retomberaient sur la tronche. Le clan Raye serait bientôt chamboulé si sa mère mourait et ce sera sa sœur aînée la matriarche de leur famille. Sa sœur ne lui ferait rien… Normalement.

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Sujet: Re: Fuis-moi je te suis | Nylan
Mer 19 Avr - 0:25

Nylan avait toujours eu du mal à écouter les autres. Comme un souffle de vent, éphémère et discret, comme un nuage qui se perd dans l'éternité, les mots qui lui étaient adressés n'atteignaient que rarement leur cible. Ce n'était pas à cause d'une mauvaise volonté quelconque de sa part. La médecin était simplement distraite de nature et avait beaucoup de mal à rester concentrée sur une seule chose à la fois. Pourtant, elle s'intéressait réellement à ce qui se passait dans la tête des gens. Depuis quelques temps, elle s'était rendue compte que les souffrances n'étaient pas uniquement physique, et qu'il y avait quelque chose de plus profond à déceler. C'était moins intéressant que les blessures bien sanglantes, mais ça avait le mérite de l'intriguer. Elle se demandait ce que pouvaient représenter les blessures qui ne se voyaient pas.

C'était principalement sur ce sujet qu'elle travaillait ces derniers temps, alors elle essayait de faire un vrai effort pour se concentrer davantage sur les problèmes que l'on venait lui raconter. Elle y parvenait bien mieux quand c'était dans le cadre de son travail, sans vraiment savoir pourquoi. Elle avait toujours eu moins de mal à rester concentrée longtemps quand ça concernait la médecine. En revanche, si l'on venait lui parler des dernières coucheries de sa voisine, Nylan décrochait au bout d'approximativement cinq secondes. En un mot, elle s'en fichait. Elle avait bien plus intéressant à faire et à penser que de se préoccuper de ce genre de niaiseries de bas étages, et elle était souvent agacée que l'on vienne lui faire perdre son temps pour si peu. Elle n'était pas le genre de personnes avec qui on pouvait parler de tout et de rien. Si l'on n'avait rien à lui dire, alors il ne fallait pas venir la déranger. C'était aussi simple que cela.

En revanche, elle n'était jamais absente lorsqu'ils s'agissait d'écouter les souffrances et les problèmes des personnes qu'elle aimait. Ce n'était pas toujours évident pour elle, mais ceux qui la connaissaient bien en étaient parfaitement conscients, et par conséquent, ils étaient souvent indulgents. C'était aussi la raison pour laquelle ses proches venaient peu la trouver lorsqu'il s'agissait de simplement parler. Pourtant, Cyd était là, devant elle, et Nylan savait que ce n'était pas pour rien. Il se passait quelque chose. Quelque chose qui méritait son attention, et qui pourrait même peut-être lui servir pour ses futures recherches... Oui, ça pourrait sûrement l'aider et lui apporter de nouvelles connaissances, et ensuite...

- L’état de ma mère est préoccupant. J’ai testé des plantes calmantes, cela semble l’apaiser quelques heures, le temps de se reposer.

La voix de Cyd la ramena immédiatement à la réalité. Elle ignorait combien de temps elle allait y rester, mais pour le moment, il s'agissait qu'elle s'accroche à ce qu'elle lui disait. Nylan ne pouvait pas rester totalement indifférente face à ce premier problème. Les deux femmes n'avaient que six ans d'écart. Elles avaient grandi ensemble, elles avaient évolué ensemble, elles avaient exprimé leur passion ensemble. Forcément, Nylan connaissait plutôt bien la mère de sa consoeur, et même si elle n'était pas triste à proprement parlé, elle ressentait quand même quelque chose. C'était une émotion discrète et ténue, mais désagréable, sur laquelle elle n'arrivait pas à mettre un nom.

- Tu fais tout ce que tu peux pour ta mère. Tu sais qu'elle n'en a plus pour longtemps, mais elle a bien vécu. Grâce à toi, elle ne souffre presque pas.

Comme pour écouter, Nylan n'était pas douée pour conseiller ou consoler ses proches. Elle n'avait jamais vraiment été triste, et ignorait quel genre de sentiments cela pouvait être. Lorsque sa propre mère était morte, des années plus tôt, la médecin n'avait ressenti qu'une brève douleur au niveau du coeur, et puis plus rien. Elle n'avait pas pleuré, elle n'avait pas été perturbée plus que ça. Il fallait aussi dire que la relation qu'elle avait tenu avec sa mère avait été pour le moins particulière. La femme s'était toujours montrée dure et distante avec ses filles, incapable de leur montrer de l'amour ou de l'attention. Nylan ne lui en voulait pas. Sa mère était une de ces femmes qui avaient beaucoup souffert sans jamais savoir comment l'exprimer. Elle aurait été un cas fascinant à étudier.

- C’est bientôt la fête des roses.

Comme Cyd, Nylan n'avait jamais éprouvé d'engouement particulier pour la célèbre fête des roses. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, Nylan n'y avait jamais participé. Elle avait rencontré le père de ses enfants par hasard, et alors qu'elle haïssait les hommes, elle avait commencé à apprécier celui-là. Elle était tombée enceinte par accident, et après une longue période d'hésitation, elle avait choisi de garder le bébé. Elle avait alors découvert le bonheur de la maternité, et contre toutes attentes, elle s'était révélée être une très bonne mère. La présence de sa fille avait révélé de nouvelles choses en elle, et elle avait su s'épanouir avec les changements qu'elle avait rencontré. Son deuxième enfant, elle l'avait désiré. Sans rien dire au père, elle avait espéré qu'elle tomberait enceinte. Ca avait pris du temps, mais finalement, elle y était parvenue.

La déception du sexe de son nouveau-né avait mis plus d'un an à s'estomper réellement. Elle n'avait pas été une mauvaise mère avec lui durant cette première année, mais elle avait évolué avec l'idée qu'elle l'apporterait à son père lorsqu'il aurait moins besoin d'elle. Pourtant elle l'aimait cet enfant, ô ça oui. Il n'y avait personne qu'elle aimait comme elle aimait ses enfants. Mais à cet amour c'était mêlé la crainte de voir son fils souffrir dans une société qui n'était pas faite pour lui. En tant que mère, elle avait eu beaucoup de mal à surmonter cette idée, et aujourd'hui, la présence du père de ses enfants à leurs côtés lui apportait l'assurance dont elle avait besoin.

Nylan savait que la fête des roses représentait la vie et la renaissance pour beaucoup de Kovariis. Ce n'était pas le cas de Cyd, qui craignait ce moment d'une façon presque démesurée. Depuis leur plus jeune enfance, Cyd avait exprimé cette crainte, et Nylan avait rapidement compris qu'à chaque début de cette période, la cadette manifestait une anxiété grandissante. La brune aux cheveux longs offrit un sourire qui se voulait rassurant à son amie.

- Rien ne t'oblige à te laisser fourrer par un de ces connards, tu sais. Personne ne te forcera à y aller, Cyd. Si quelqu'un essaie, tu sais qu'il aura affaire à moi.

Elle avait parlé d'une voix calme, mais la menace sous-jacente était claire. En définitive, il y avait peu de personnes qui étaient réellement importantes pour Nylan. Il y avait peu de personnes auxquelles elle tenait. Mais lorsque quelqu'un se faisait une place dans son coeur, ce n'était pas pour de faux. Elle ne tolérait pas que l'on fasse du mal à ces personnes là, et si elle ne se mettait réellement en colère que lorsqu'il s'agissait d'attaquer ses enfants, elle était capable de tout. De plus, Nylan avait une conception particulière des limites qu'il y avait entre ce que l'on devait faire et ce que l'on ne devait pas faire. Elle avait tendance à empiéter sur le terrain de l'interdit, sans même s'en rendre compte. Elle sembla réfléchir un instant, et son regard se troubla légèrement.

- Est-ce que tu as mal, Cyd ? Je veux dire, pas physiquement. Est-ce que tu as mal à l'intérieur de toi ?

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12/03/2017 Ponyta 65 Ruby Rose avengedinchains notion de soin, orientation, guérisseuse 115


Sujet: Re: Fuis-moi je te suis | Nylan
Jeu 11 Mai - 21:25

Pourquoi venir parler de tout cela à Nylan alors qu’elle était ce qu’elle était ? Pas forcément une femme qui écoutait toujours tout. Mais Cyd avait aussi besoin de son avis de guérisseuse. Peut-être aurait-elle une idée précise de mélange de plantes. Pourquoi pas après tout ? Cyd ne pleurait que rarement et là, elle ne comptait pas pleurer. Les paroles de Nylan lui firent quelque chose, du réconfort. Savoir que grâce à elle, sa mère ne souffrait presque pas, cela l’aidait. Cela voulait dire qu’elle faisait bien son travail. « Il me faudrait des plantes plus fortes. » C’était une demande, discrète. Cyd avait déjà donné tout ce qu’elle connaissait. Quelque chose de trop fort pourrait bien entendu, être dangereux. La brune se sentait nerveuse à l’approche de la fête des roses. Elle aurait pu ne pas en parler, rester sur un sujet qu’elle maîtrisait. Mais non, elle décida de parler de cette fête qui l’angoissait terriblement et qui la rongeait de l’intérieur. Cyd n’avait jamais apprécié cette fête. Cela créait toujours une forme d’angoisse étrange dans son corps. Elle avait peur d’être forcée. Elle craignait d’avoir un homme entre les jambes, chose qu’elle n’avait jamais eu de sa vie. Elle n’en parlerait pas, mais pas difficile à deviner. Cyd n’avait jamais été intéressée que par les femmes. Nylan avait récolté deux enfants, cela devait être le rêve, sauf pour le garçon.

Mais jamais la guérisseuse n’en avait parlé avec son amie. Cela ne la regardait pas. Elle ne se sentait absolument pas apte à aborder ce sujet. La première phrase de Nylan la fit grincer des dents rien qu’à imaginer la chose. Elle était rassurée, son amie la protégerait quoi qu’il arrive. Elle se sentit soudainement en sécurité avec cette femme qui menaçait les autres s’il lui arriverait quelque chose. Cyd eut un sourire doux, presque indulgent. Chaque année elle craignait pour son corps. Elle avait beau se dire que personne ne la forcerait à s’accoupler, elle craignait toujours que cela arrive. Était-ce vraiment une peur justifiée ? Au fond d’elle, elle savait que c’était parfaitement injustifiée. « Je ne doute pas de ta protection. » Elle se sentait parfaitement en sécurité. Elle savait que son amie serait là, quoi qu’il arrive. Cyd tendit sa main et effleura la joue de l’autre femme. Elle ne la touchait presque plus maintenant qu’elle avait des enfants. Elle respectait son choix de vie et la guérisseuse se sentait plus l’âme d’une amie que d’une amante. Elles avaient déjà partagé des nuits enflammées, mais c’était il y a si longtemps. Cyd retira sa main. Elle se sentait tout de même très triste au fond d’elle. La crainte rongeait son être et c’était difficile de faire fi de cela.

Peut-être que cela se voyait, car la question de Nylan la surprit. Elle la regarda et se demanda bien comment son amie était arrivée à lui poser ce genre de questions. Pourquoi ? Elle ne s’attendait pas à de telles questions. Elle ne savait pas ce qu’elle devait répondre et regarda son amie pensivement. « Mal ? » Elle posa automatiquement une main au niveau de son cœur hanté par bien des choses et qui souffrait d’une certaine manière. Elle ne savait pas vraiment ce qu’elle devait répondre. Ou peut-être le savait-elle, mais qu’elle craignait que les mots franchissent trop vite sa bouche. « Oui j’ai mal dans mon corps. » Elle ressentait quelque chose, différent de la douleur physique, mais bel et bien présent. Cyd se pencha légèrement en avant, cherchant le regard de son amie. « Ai-je l’air de souffrir ? » Elle ne voulait pas paraître faible, jamais. La femme se demandait bien ce que Nylan cherchait précisément. Elle avait soudainement l’impression d’être un objet d’observation. Mais non, son amie devait avoir une raison précise de lui poser des questions. Cyd lui faisait entièrement confiance. Peut-être que Nylan l’aiderait à résoudre des choses à travers les questions qu’elle poserait. Elle croyait en son amie avec une force que personne ne soupçonnait, pas même Cyd.

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16/05/2017 24 Carice Van Houten 30


Sujet: Re: Fuis-moi je te suis | Nylan
Dim 21 Mai - 18:41

Nylan était consciente que Cyd n'était pas le genre de personnes à venir se plaindre pour tout et n'importe quoi. Même si les deux femmes étaient très proches, elles n'avaient jamais eu une relation de confidente, et d'ailleurs, Nylan n'avait jamais rien à confier. Perdue dans ses recherches, il n'y avait souvent rien d'autres que son travail qui pouvait réellement compter. Depuis la naissance de ses enfants, elle était un peu plus ouverte, mais ça n'était toujours rien d'extraordinaire. Pourtant, Nylan et Cyd avaient partagé des moments inoubliables, que ni l'une ni l'autre ne pourraient oublier. Des rires, de la tendresse, et une intimité dérobée au clair de lune, qui avait enivrés le coeur et l'âme de Nylan, parfois pendant plusieurs heures. Et puis, fidèle à elle-même, elle était passée à autre chose.

Aujourd'hui, la relation que les deux femmes avaient relevait davantage de la complicité fraternelle et professionnelle. Nylan appréciait beaucoup Cyd, et elle était toujours particulièrement contente de la voir et de partager un peu de temps avec elle. Néanmoins, elle ne se voyait plus partager son lit encore une fois. Elles avaient toutes les deux changé et évolué, et si la médecin aux cheveux longs aimaient toujours partager de bons moments avec des femmes, elle essayait de faire de son mieux pour fonder une famille. Elle désirait plus que tout pouvoir offrir à ses enfants un contexte familial stable, dans lequel ils pourraient s'épanouir, et devenir les êtres formidables qu'ils promettaient d'être.

Ca n'empêchait pas Nylan d'être toujours plus dévouée pour les problèmes que rencontraient les autres. Lorsqu'une personne venait lui demander de l'aide, elle répondait toujours présente, et ce, quoi qu'il arrive. Souvent, elle n'arrêtait pas de travailler avant d'avoir pu trouver une solution correcte aux problèmes exposés. Il lui arrivait régulièrement de ne plus dormir, de ne plus manger, de ne plus faire rien d'autre, jusqu'à ce qu'elle parvienne à trouver ce qu'elle cherchait. Peu à peu, elle avait acquis la réputation de quelqu'un de travailleur et d'acharné dans tout le village, et les Kovariis n'hésitaient plus longtemps avant de venir la voir pour lui demander de l'aide, malgré les particularités de la médecin. Alors quand Cyd lui demanda implicitement une solution pour sa mère, Nylan commença à réfléchir.

La jeune femme n'écouta qu'à moitié ce que lui disait son amie, plongée dans ses pensées. Elle avait des plantes, bien sûr, mais à sa connaissance, il n'y en avait aucune capable de faire fuir la mort. Peut-être parviendrait-elle néanmoins à trouver un mélange assez efficace pour pouvoir l'aider ? Après tout, les poisons pouvaient apporter la mort, alors il devait bien y avoir quelque chose qui pourrait avoir l'effet inverse ? Nylan se doutait bien que Cyd avait déjà essayé tout ce qui était classique, et que si elle lui demandait ce genre de chose, ça n'était pas pour avoir une réponse basique. Cyd était guérisseuse, après tout. Et une guérisseuse de talents, en plus de cela. Elle n'avait certainement pas besoin que quelqu'un lui apprenne son métier, et Nylan avait bien trop de respect pour elle pour lui faire un tel affront.

- Mal ? Oui j’ai mal dans mon corps.

Nylan n'entendit pas la réponse de Cyd. Elle avait déjà oublié l'intérêt que Cyd pouvait avoir pour ses recherches. Elle se leva, et d'un pas décidé, elle se dirigea vers un placard. Elle l'ouvrit, mais en se mettant sur la pointe des pieds, elle ne parvenait pas à atteindre l'étagère du haut. C'était l'endroit où elle rangeait tous ses produits les plus spéciaux, qu'elle n'utilisait que dans de très rares occasions. La plupart des ingrédients étaient difficiles à obtenir, et chaque poudre, chaque pommade, chaque mélange qu'elle avait pu concocté lui avait pris des mois à faire. Il y aurait forcément quelque chose là-dedans qui pourrait aider un tant soit peu la mère de Cyd. Concentrée, elle prit une chaise, et la plaqua au plus près du placard. Elle grimpa dessus, et la tête dedans, elle commença à marmonner d'inintelligibles paroles.

- Pas ça, ffd... Mdkk.. Non... Jsksk...

Des nuages de poussières s'échappaient de l'endroit, tandis que des cliquetis inquiétants résonnaient sans arrêt. Nylan poussait les fioles les unes contre les autres, essayant en vain de trier le bazar qu'il y avait à l'intérieur. Elle n'avait jamais été quelqu'un de très ordonné, et si, habituellement, elle faisait le vide à une vitesse phénoménale en balançant ce qui ne l'intéressait pas, la rareté de ses produits l'empêchait d'être aussi efficace qu'à l'accoutumé. La médecin faillit déraper de la chaise, se rattrapa in-extremis et poursuivit ses recherches comme s'il ne s'était rien passé. Elle était tellement concentrée qu'une tempête aurait pu se produire juste à côté d'elle, sans même qu'elle ne la remarque. Et pourtant, une simple phrase de Cyd suffit à la faire revenir à la réalité.

- Ai-je l’air de souffrir ?

Nylan n'arrêta cependant pas ce qu'elle était en train de faire, mais pendant une seconde, elle se sentit confuse. Pouvait-on réellement ressentir une souffrance qui n'existait pas physiquement ? Pouvait-il y avoir de la peine sans douleur, sans marques, sans sang ? La médecin chassa momentanément ses pensées de son esprit, et elle poursuivit ses recherches pendant quelques secondes en silence, quand soudain, ses doigts se refermèrent sur une petite boite taillée avec précision dans un bois très sombre. Un immense sourire éclaira le visage de la médecin et elle brandit le fruit de ses recherches, victorieuse.

- Génial !

Elle descendit de son perchoir, sans prendre la peine de ranger quoi que ce soit, et avec la plus grande des précautions, elle prit un petit flacon vide. Elle l'ouvrit avec ses dents et recracha le bouchon sur la table, sans rien perdre de son sourire. Ensuite, elle ouvrit la boîte en bois et avec une délicatesse inouïe, elle transvasa un peu de poudre dans le flacon. Elle referma ensuite le flacon, puis la boite, et tendit le flacon à Cyd.

- Essaie d'ajouter un peu de ça dans les préparations que tu donnes à ta mère. (Ses yeux s'agrandirent d'un coup, et elle secoua la tête) Mais pas trop ! Jamais trop malheureuse !

Puis, son sourire réapparut, et elle rangea la petite boite dans le placard, là où elle l'avait prise. Elle le referma, et traîna la chaise jusqu'à la table, rajoutant au sol de bois quelques rayures supplémentaires. Nylan se rassit un instant, avant de voir que leurs tasses étaient vides, et aussitôt, elle se releva. Elle se resservit, puis elle voulut resservir Cyd, mais il n'y avait plus assez de boisson pour elle. Ignorant totalement les règles de bienséances qui auraient voulu qu'elle fasse passer son invité en priorité, elle haussa les épaules et se rassit. Elle but une gorgée du liquide encore chaud, et seulement après, elle se décida à reprendre la parole.

- Ca n'est pas qu'un air, Cyd ! Ton être tout entier semble hurler ta souffrance. Et pourtant, tu ne saignes pas, tu n'as pas l'air malade, tu n'as pas l'air...

Nylan se redressa à nouveau, donnant un coup dans la table, ce qui manqua de renverser sa tasse.

- Tu permets ?

Sans attendre de réponse, la médecin se plaça derrière son amie, et commença à toucher quelques points de son corps, pour vérifier que tout allait bien. Ses doigts experts tâtèrent son cou, puis le bas de son visage, ses épaules, pour ensuite se diriger vers son ventre. Une moue concentrée était venue remplacer le sourire sur le visage de la jeune femme.

- Mmmh... Curieux. Très curieux. Vas-y Cyd, Décris moi ce que tu ressens.

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12/03/2017 Ponyta 65 Ruby Rose avengedinchains notion de soin, orientation, guérisseuse 115


Sujet: Re: Fuis-moi je te suis | Nylan
Dim 4 Juin - 16:10

Cyd ne réagit pas quand son amie se leva pour aller se percher afin de fouiller une étagère. La guérisseuse réagissait à peine, la regardant de temps en temps en se demandant bien ce qu’elle pouvait chercher. Elle avait l’habitude de ce genre de comportement et s’en offusquait rarement. Si on s’offusquait pour si peu avec Nylan, on était vraiment mal-barré d’avance. Cyd eut un petit sourire en voyant la poussière s’échapper. Ce que cherchait son amie en valait-il autant la peine ? Elle ne dit rien. Les bruits étaient inquiétants, mais elle ne bougeait pas de sa chaise. Son cœur rata un battement quand elle vit la chaise de son amie bouger. « Nylan, sois prudente. » Elle ne savait même pas si la concernée l’avait entendue, mais elle avait tenu à signaler le danger qu’elle venait de courir. Cyd reprit la conversation l’air de rien et ne manqua pas de demander si elle avait l’air de souffrir. Au fond d’elle, elle avait mal. Mais elle chassa cela de ses pensées en voyant Nylan brandir une boîte en bois très sombre. La femme fut aussitôt curieuse et se pencha vers Nylan, retenant les questions au coin de sa bouche. L’androgyne regarda son amie transvaser de la poudre dans une fiole. Elle prit l’objet tendu par l’autre femme. « Merci. » Elle ne demanda pas ce que c’était, elle lui faisait confiance. Elle rangea la fiole dans sa sacoche. Elle savait que la préparation n’allongerait pas la vie de sa mère, mais c’était le but.

Elle regarda le manège de Nylan, elle la connaissait bien. Elle ne s’offusqua pas de ne pas recevoir elle aussi de la boisson chaude. De toute manière elle n’avait plus soif alors cela ne faisait rien. Elle écouta l’explication de l’autre femme. « Je sais, je me suis déjà examinée. » De nombreuses fois et rien. Le mal-être dans son corps était une énigme. Elle avait bien vu des gens tourmentés alors que leurs corps n’avaient rien. Comme si l’âme elle, se fatiguait. Était-ce possible ? Cyd n’en savait rien. Un bref sursaut la traversa face à la brusquerie soudaine de son amie qui se redressa. « Nylan. » Un bref soupir lui échappa, mais elle hocha la tête quand la femme demanda une permission. Bien entendu, elle n’attendit pas sa réponse et se mit derrière elle. Cyd était tellement habituée à ce genre de comportement que cela ne lui faisait plus rien. C’était si Nylan commençait à ne plus avoir ce genre de comportement qu’elle serait inquiète. Elle tenta de se détendre en sentant les mains de la femme sur son cou. Cela lui faisait quelque chose et lui ferait probablement toujours quelque chose. Difficile de nier qu’elles avaient vécu une belle passion qui aujourd’hui n’existait plus. Elle laissa les doigts se promener sur elle. Quand elle sentit les doigts sur son ventre, quelque chose se contracta en elle. Un poids lourd et douloureux, une boule qui semblait ronger cette zone-là. Ce n’était aucunement un endroit de plaisir en ce moment.

« Je me sens mal. Comme si j’avais une pierre dans l’estomac. » Et elle doutait que cela soit un symptôme physique de vomissement. Son corps se comportait différemment. Elle se sentait mal au fond d’elle. La femme inspira un grand coup. La boule y restait, cela ne passait pas. Quand cela passerait-il ? « Pourquoi je suis mal dans mon corps ? » Elle leva son regard clair sur son amie et décida de développer ce qu’elle venait de dire. « Ce n’est pas mon corps qui souffre, c’est moi, mon esprit. » Elle illustra ce fait en touchant sa tête. L’esprit qui habitait son enveloppe charnelle semblait souffrir. Ce n’était à rien y comprendre, elle était perdue au fond d’elle. Peut-être qu’elle était mal pour une raison précise, une raison qui lui échappait encore. Elle connaissait les différents sentiments qui pouvaient l’envahir et la plonger dans un état second, mais là c’était différent. Elle avait peur.

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16/05/2017 24 Carice Van Houten 30


Sujet: Re: Fuis-moi je te suis | Nylan
Lun 7 Aoû - 0:39

La médecin continua un moment à tâter le ventre plat de Cyd. Elle connaissait bien ce corps, qu'elle avait pu toucher des dizaines de fois au cours de moments privilégiés qu'elles avaient passé ensemble. Mais cette fois, ça n'était pas ses mains d'amantes qui tâtaient la peau ferme de la jeune femme. Nylan avait fermé les yeux, laissant la concentration l'envahir entièrement. Curieux, très curieux. Il n'y avait absolument rien qui paraissait anormal, comme si le mal dont était atteinte son amie n'avait aucune cause réellement définie. La médecin exerçait depuis de nombreuses années, mais jamais elle ne s'était penchée sérieusement sur le mal-être intérieur de quelqu'un. Un mal-être qui n'avait pas précisément de cause physique.

Nylan poursuivit son instigation en remontant doucement sur les hanches de la jeune femme, puis au niveau de sa poitrine, en faisant étrangement attention de ne pas lui faire mal. Un pli soucieux était apparu sur son front, et elle paraissait concentrée comme si l'avenir de l'univers tout entier dépendait de ce qu'elle faisait. Ce n'était bien évidemment pas le cas, mais faire avancer ses recherches lui donnaient toujours la sensation d'avoir un rôle extrêmement important à jouer, et de pouvoir déterminer l'avenir d'un monde qu'elle n'avait pas même les capacités d'imaginer. Après avoir fait quelques bruits de bouche qui n'avaient de sens que pour elle, Nylan repartit s'asseoir à côté de son amie.

Elle était étrangement attentive aux mots et aux maux de la jeune femme. Cela arrivait assez peu souvent pour qu'il s'agisse de quelque chose de notable et de curieux venant d'elle. Dès le moment où elle se rassit à la table, la Kovarii avait brusquement retrouvé une concentration dont elle n'était que rarement dotée - pour ne pas dire jamais. Elle s'était calmée, et même si une partie de ce que disait Cyd lui échappa totalement, elle se sentait prête à écouter ce qui avait de l'intérêt pour ses recherches. Elle ne voyait pas Cyd uniquement comme un sujet intéressant pour ses recherches. Il aurait été injuste de présenter les choses ainsi.

Seulement, Cyd représentait un cas qu'elle n'avait pas forcément eu l'occasion de creuser auparavant. Quelqu'un qui présentait une santé physique phénoménale - malgré une fatigue notable - et qui pourtant, allait visiblement mal. Nylan qui n'était presque jamais sortie de son île natale et qui n'avait jamais eu l'occasion de lire quoi que ce soit sur le sujet trouvait ce phénomène tout bonnement fascinant. Elle avait une manière bien à elle d'exprimer sa fascination. Elle attrapa un morceau de papier qui trainait en vrac sur la table, et d'une main tremblante et vive, elle griffonna quelques écritures qu'elle seule parviendrait à relire. Entre deux fois où elle relevait la tête, Nylan marmonnait des paroles toujours inintelligibles, qui ne dénaturaient en rien l'étrange attention qu'elle offrait à son amie.

- Mmh, oui, je vois.

Sans savoir d'où cette habitude lui venait, Nylan prenait un air théâtral qui lui allait comme un gant, mais qui rajoutait un aspect presque ridicule à son allure déjà loufoque. Entre ses cheveux emmêlés qui formaient un amas difforme sur sa tête, l'étrange façon qu'elle avait de retrousser son nez et de sortir sa langue lorsqu'elle était concentrée, l'air faussement sérieux qu'elle se donnait sans même le vouloir, et son état naturel qui empirait le tout, bon nombre de personnes auraient pu douter du sérieux de la médecin. Pourtant, ses capacités étaient réelles, et ses connaissances non négligeables. C'était sûrement pour cette raison que Cyd se fiait à elle avec autant d'acharnement, malgré ses particularités.

- Et dis-moi, depuis quand est-ce que tu ressens ça ? Ca pourrait avoir un lien avec la maladie de ta maman... C'est pas quelque chose de simple pour toi, j'imagine, de la voir mourir comme ça.

Niveau tact, Nylan était irrécupérable, surtout lorsqu'elle était perdue dans ses réflexions et emportée par ses recherches. Elle n'avait pas la moindre notion des dommages que pouvaient causer les mots, et pourtant, c'était précisément l'objet de ses nouvelles recherches. L'impact de l'invisible sur le psychisme de l'homme. Peut-être se rendrait-elle compte de son erreur plus tard, mais c'était peu probable. Nylan ne faisait de retrospective que lorsqu'elle échouait. La consultation avec Cyd n'avait rien d'un échec. C'était, bien au contraire, une chance phénoménale, à ses yeux. Une petite part d'elle déplorait que son amie se sente aussi mal, pour sûr. Mais elle avait beaucoup de mal à dissimuler l'excitation qui s'emparait peu à peu d'elle.

- Est-ce que tu dors, quand même ? Et lorsque tu dors, est-ce que tu fais des rêves ou des cauchemars ?

La main de Nylan se stoppa nette sur le papier. C'était une piste très intéressante qu'elle venait de mettre en lumière. Peut-être qu'il fallait justement regarder ce qu'on ne pouvait pas voir pour réussir à appréhender ce qui se cachait tout au fond de quelqu'un. La médecin hocha la tête, les yeux plissés, et porta la plume pleine d'encre à ses lèvres. Elle ne remarqua pas même qu'elle la mettait à la bouche du mauvais côté, aspergeant le bas de son visage et ses lèvres du liquide noir. Nylan observait toujours Cyd avec une étrange intensité, attendant la réponse qui confirmerait peut-être une des premières hypothèses qu'elle était en mesure de dresser.

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12/03/2017 Ponyta 65 Ruby Rose avengedinchains notion de soin, orientation, guérisseuse 115


Sujet: Re: Fuis-moi je te suis | Nylan
Jeu 17 Aoû - 21:47

Cyd était exigeante, elle voulait du soutien d’une amie, ancienne amante et découvrait et encore et toujours, Nylan dans son monde. Alors qu’elle parlait, elle la vit écrire et l’entendit marmonner. Le visage de l’androgyne se voila et une certaine forme de colère dansa dans ses yeux. Ce n’était qu’une question de temps avant qu’elle ne s’agaçât encore plus et piquât la mouche. Elle avait l’impression d’être une vulgaire bête et que Nylan n’écoutait pas la femme, l’individu qui souffrait. La mort était une étape comme une autre dans la vie d’une Kovarii, mais son amie le dit d’une manière si… Cyd se sentit excédé et blessé au fond d’elle. « Ça suffit Nylan. » Sa voix claqua comme un couperet. Elle ne voulait pas en entendre plus. Mince on parlait tout de même de sa mère ! Pas d’un robot qui traînait ici. Oui sa mère souffrait, oui c’était peut-être en lien avec sa mère ce que ressentait Cyd, mais l’androgyne refusait de le dire. La confiance qu’elle portait à sa soi-disant amie s’effritait. Etaient-elles seulement amies en ce moment-même ? Ou n’était-elle qu’un sujet parmi d’autres aux yeux de l’autre femme ? Cyd avait les lèvres pincées. Son visage était hermétiquement fermé. Elle préférait souffrir qu’avoir cet étrange sentiment d’être incomprise et terriblement seule. Elle avait eu tort de venir ici demander de l’aide à une femme complètement dans son monde.

La brune s’était bercée d’illusion, croyant qu’elle pourrait récolter quelque chose aux côtés de Nylan, mais non. Quand cela la concernait de près, Cyd refusait de se mouiller, de voir la froideur scientifique de son amie opérer sur elle. Un instant, elle ferma les yeux alors que son amie continua de l’interroger. Elle les rouvrit lentement. « Je sais me soigner. » Elle mettait le maximum de distance. Elle aurait pu rire de la voir porter sa plume à sa bouche, mais même pas. Elle ne rit pas de la voir les lèvres pleines d’encre. Elle eut l’impression que son amie était plus dingue que jamais. « Je suis blessée par tes propos. Je… Tu ne peux pas me parler ainsi. » Elle secoua la tête de gauche à droite. « Je me confie à toi et j’ai l’impression que tu m’examines… Comme une bête. On a couché ensemble merde ! As-tu un jour eu la moindre considération à mon égard ? » Cyd était quelqu’un de farouche et si on lui donnait l’occasion de se méfier encore plus, elle la saisissait. « Je ne te souhaite pas de voir ceux que tu aimes mourir, même si cela n’est qu’un cycle. » Car cela touchait tout de même aux tripes. La guérisseuse savait que sa mère passerait de l’autre côté et qu’elle serait toujours au fond d’elle. Et pourtant, elle était tout de même triste de ce passage qui changerait sa vie. Ce n’était pas si facile, mais par la force des choses, la guérisseuse accepterait le départ de sa mère, elle le savait.

L’androgyne n’avait même plus la force de sourire tant elle se sentait envahir par la tristesse. Elle n’avait pas envie d’être conciliante et d’essayer de comprendre quelque chose à la situation tant elle avait l’impression d’être incomprise. « J’ai eu tort de venir ici. » Elle ne savait pas vraiment si elle accusait Nylan de quelque chose. En tout cas, ce qui était sûr, c’était qu’elle tentait d’exprimer quelque chose, un désaccord évident. Cyd se leva de sa chaise car elle ne croyait pas que la situation allait se débloquer, ni que son amie comprendrait. Peut-être se trompait-elle lourdement, mais elle s’en fichait bien. Elle avait besoin de respirer, elle avait l’impression d’étouffer. L’androgyne se sentait comme à l’étroit dans son corps, ne comprenant pas forcément ce qui lui arrivait.
 

Fuis-moi je te suis | Nylan

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