Partagez | 
 

˜˜˜˜˜˜feel your love float astray ∞ isphy (trigger warning)
maybe life should be about more than just surviving

Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4

avatar
06/12/2015 Lux Aeterna 28258 Sophia Bush Avengedinchains (vava) ; Oreste (image profil); Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 304


Sujet: Re: feel your love float astray ∞ isphy (trigger warning)
Dim 9 Juil - 20:37



❝ Feel your love float astray ❞
Pamplemousse Cavendish & Myrtille Hakantarr
(1er au 8 mai 2117)


Il l'avait changée, c'était indéniable. En des mois, peut-être, depuis leur première rencontre, en quelques jours ou quelques heures à peine, peu importait. Murphy ne retraçait par le passé pour comprendre le présent, elle vivait l'instant pour ce qu'il avait d'aussi étrange qu'irréel. Elle qui était si frontale et têtue s'était vue obliger de battre en retraite lorsque les sentiments avaient pris le dessus. Ce n'était pas coutume chez elle de se laisser assaillir par autre chose que la colère devant quiconque ne savait pas lui proposer ce qu'elle attendait, qu'il s'agisse de ses soldats ou de collègues ou même d'amis. Elle ne savait pas ce qu'elle attendait d'Isdès, au juste, et ça ne l'aidait probablement pas à maîtriser la tempête qui grondait en elle. Elle n'attendait pas de grandes promesses ou de beaux discours. Elle n'attendait pas de tendresse et de grands sourires. Peut-être qu'au fond, c'était juste lui qu'elle attendait, une preuve que la cascade n'était pas juste un passage de leur histoire qui se perdrait dans les confins de leurs histoires respectives, aux côtés de souvenirs fades et dénués d'intérêt. Peut-être qu'elle attendait un signe, une preuve qu'il ne regrettait pas, qu'il n'avait pas l'impression d'avoir fait la plus grosse erreur de sa vie. Cette idée avait effleuré l'esprit de la brune plusieurs fois dans l'après-midi mais si elle finissait par s'ancrer dans son esprit dans les heures ou jours à venir, ce serait uniquement par représailles. Si Isdès finissait par lui prouver ses propres regrets, elle ne pourrait tolérer d'elle-même un souvenir enivrant de ce moment passé à deux sous l'eau déchaînée des courants qui s'écrasaient dans le lac. Même dans sa peine, Murphy n'admettait pas ses vulnérabilités pourtant devenues si évidentes. Le silence parlait plus qu'elle ne l'aurait elle-même souhaité, mais l'impassibilité d'Isdès l'avait écorchée d'une telle force qu'elle avait perdu celle de combler les failles apparentes.

Les mots de l'Athna lui permirent de retrouver l'oxygène à nouveau. Lorsqu'elle eut finit de les traduire maladroitement dans sa tête, ses épaules se décontractèrent brusquement et quelque chose se dénoua en elle. Non, ce n'était pas de grandes promesses dont elle avait besoin seulement d'une preuve qu'ils partageaient ça, peu importe ce dont il s'agissait et peu importe la direction qu'ils prenaient. Elle avait besoin de savoir qu'elle n'était pas la seule à se retrouver immergée sous des tonnes d'idées nouvelles. Elle avait besoin de savoir qu'elle n'était pas folle, ou simplement que si elle l'était, elle ne l'était pas seule. Elle avait besoin d'une raison de rester ici autant de temps qu'il l'avait souhaité en l'invitant, parce qu'elle ne voulait pas s'éterniser là où elle n'était pas désirée et, pis encore, là où l'amertume la rongerait avec une une détermination coriace. Qu'ils profitent maintenant ou s'abandonnent à jamais. Le lendemain viendrait bien assez tôt. Bientôt, elle se réveillerait dans la carcasse de l'Odyssée, sous les ronflements de ses voisins de dortoir, et les souvenirs de ces quelques jours lui paraîtraient sans doute irréels au point où elle remettrait probablement en doute leur existence même. Ce lendemain-là l’effrayait déjà, mais pas autant que l'indifférence dont Isdès avait fait preuve un peu plus tôt. Ils devaient sombrer à deux ou pas du tout, et Murphy craignait qu'il ne soit trop tard, déjà, pour essayer de retrouver la surface.

Ses doigts frôlèrent pudiquement le visage d'Isdès, comme si elle craignait de le brusquer, comme si elle se sentait l'obligation de l'apprivoiser à nouveau -ou peut-être de l'apprivoiser tout court. Il restait indifférent à son geste mais elle l'acceptait parce qu'il n'avait pas refusé le geste. Ils avaient partagé bien plus qu'une caresse, plus tôt, mais ce moment-là était tout autre. Murphy pouvait deviner toute la difficulté qu'il avait eu à prononcer ces quelques mots parce qu'ils lui auraient probablement autant coûté qu'à lui. Il avait fait un pas vers elle qu'elle aurait probablement été incapable de faire. Il voulait d'elle ici et c'était ce qui comptait pour elle. Le reste lui importait peu parce qu'elle laissait le lendemain au lendemain et parce qu'à trop s'inquiéter de ce qui pouvait l'attendre le présent se perdait avant même d'avoir émergé des méandres du temps. « Trop calme... » Ses doigts se retrouvèrent perdus dans les airs pendant une seconde, sans plus aucune peau à caresser, aucune barbe à embêter.

Murphy le regarda s'asseoir, les mains posées sur les hanches, et attrapa son sac pour s'installer un peu plus loin. « Oh, tu t'inquiétais juste de mon sommeil, en fait... » le taquina-t-elle en récupérant sa couverture et installant soigneusement ce qui allait lui servir de couche pour la nuit. Elle retourna son sac plusieurs fois pour s'assurer du confort de son oreiller de substitution. Elle préférait dormir sur les quelques vêtements qu'il contenait encore que la boîte métallique cabossée qui contenait des fruits maintenant probablement bien fatigués. Elle s'allongea sur le flanc et laissa sa tête tomber lourdement sur sa sacoche. « Bonne nuit aussi, Isdès Maunkru. » Elle l'observa quelques secondes, de l'autre côté du feu, silencieuse. Les flammes dansaient entre eux, éclairaient le visage d'Isdès de leur gracieuse chaleur. Il n'avait pas l'air d'avoir froid, même à peine habillé de la sorte, alors que la laine qu'il lui avait prêtée lui suffisait à peine et qu'elle était soulagée de pouvoir la compléter avec sa frêle couverture. Murphy se demandait s'il dormait vraiment ou même s'il cherchait le sommeil. Les crépitements du feu, la berceuse chantée par les mouvements du lac et, au loin, la suite de cascades qui finissaient leur course dans l'étendue d'eau l'empêchaient de reconnaître à son souffle son entrée dans le sommeil. Dans un soupir, en relevant un peu sa petite couverture sous son menton en prenant soin de laisser ses pieds nus couverts, elle se força à fermer les paupières.

Elle crut se réveiller, une fois. La nuit était calme et apaisée, le monde dormait, et elle était lovée au creux d'une chaleur douce. Les lueurs des étoiles se reflétaient là où la lumière du feu ne semblait pas trouver son chemin. Avec une intensité nouvelle, les parfums des résineux se mélangeaient à ceux de l'eau fraîche qui chahutait en aval. Les reliefs sombres se détachaient sur son ciel étoilé et une pensée lui traversa l'esprit pendant l'espace d'une seconde; c'était ici et maintenant que les étoiles et les montagnes se rencontraient le mieux, dans une quiétude qui ne s’embarrassait plus de l'inutile. Le sombre de la voûte céleste rencontrait celui des monts endormis, mais ils paraissaient se réveiller sous la clarté des étoiles qui les dominaient. De l'union de deux obscurités naissait une lumière laiteuse, pâle et enchanteresse. Murphy pourrait vivre et mourir ici. Elle le rêvait, ce souffle régulier qui caressait sa nuque. Elle rêvait la carrure épaisse glissée dans le sable contre elle et dont elle pouvait sentir chaque inspiration et chaque respiration, comme si, à cet instant précis, elle était elle-même une particule d'air. C'est l'esprit embrumé par cet onirisme, dans ce rêve et avec un sourire profondément serein qu'elle se laissa glisser au creux du roc qui, comme elle, acceptait leur échappée pour ce qu'elle avait de plus secret.

J4 – MERCREDI MATIN


Un rayon chaud caressait son visage et elle ouvrit doucement les paupières avant de les refermer, une main lourde levée vers le ciel. Le soleil tapait déjà de ses rayons lumineux et elle enfouit son visage dans son sac en grommelant quelques plaintes. Le feu s'était éteint et elle ne trouvait plus son foyer chaud à ses côtés mais l'astre stellaire avait pris son relais. Elle n'avait plus froid; presque chaud, d'ailleurs. Elle laissa un œil accéder à la lumière du jour barrée par ses bras et l'amas de tissus sous lequel elle s'était cachée. Il ne trouva pas Isdès contre son arbre et son cœur manqua un battement. Elle se rappela de la sensation qui s'était emparée d'elle pendant la nuit mais il n'était pas là non plus et ne l'avait probablement jamais été. Elle s'assit brusquement dans le sable et c'est le son enjôleur de quelques clapotis calmes qui attirèrent son regard inquiet vers le lac. Il s'y était glissé, avait laissé ses vêtements non loin de la berge, et lui faisait dos. Elle leva sa main devant son regard pour se protéger des premiers rayons du soleil déjà bien acérés et l'observa un instant. Un sourire discret lui échappa malgré elle. Il lui dévoilait à nouveau sa peau nue et il n'y avait guère plus belle façon pour elle de se réveiller. Elle passa la main dans sa tignasse pour jeter en arrière les mèches folles qui lui barraient la vue. Elle aurait pu observer l'Athna pendant de longues minutes de la sorte. Il vivait son élément comme s'il faisait partie de lui et la scène avait quelque chose d'aussi apaisant que grandiose; elle lui donnait presque l'impression d'être ici chez elle, comme si ces rayons avaient toujours caressé sa peau et que sa vue s'était toujours délecté d'un paysage pareil, couple parfait entre la beauté de la nature et celle de l'Homme. La Terre s'éveillait une fois de plus et Murphy s'éveillait avec elle. Elle jeta sa couverture et se leva de façon un peu pataude, les muscles encore endormis, pour rejoindre le rivage. Ses pieds trouvèrent l'eau froide dans un clapotement peu discret. « T'as jamais froid, toi... » le salua-t-elle de sa voix rauque du matin en abdiquant face à la brise qui s'amusait avec ses cheveux déjà emmêlés par la nuit. « Bonjour, Isdès. »

avatar
06/05/2016 Dandan/Sonia 224 Jason Momoa lux #demonkeur Garde pour sa tribu, il s'occupe aussi parfois des oiseaux messagers. 90


Sujet: Re: feel your love float astray ∞ isphy (trigger warning)
Jeu 20 Juil - 0:18

how the water seemed
to call your name

Isdès semblait avoir trouvé les mots. C’était rarement le cas. Ses paroles, souvent sorties telles qu’elles étaient pensées, sans aucun filtre, plaisaient rarement à leurs destinataires. Il avait toujours dit les choses telles qu’elles étaient, se moquant bien de savoir si elles pouvaient blesser. Mais la spontanéité verbale avait du bon : elle écartait toute ambiguïté, préservait de tout quiproquo et empêchait toute illusion. Il n’avait pas de temps à perdre à enrober ses idées pour qu’elles passent plus facilement, alors ça ne lui avait pas toujours valu de bons retours. Il ne s’était pas attendu à ce que ces quelques mots, formulés au prix d’un gros effort, changent complètement l’humeur de Murphy. Avait-elle été pendue à ses lèvres, toute la soirée, en attendant ça ? Était-elle tributaire de son humeur, de son ressenti ? Une telle dépendance s’était-elle créée à ses dépens ? Il n’avait jamais voulu ça et s’il crut voir la jeune femme s’endormir avec le sourire, lui était plus anxieux que jamais. Il avait la sensation d’avoir été emporté malgré lui dans un courant qu’il ne maîtrisait pas. Les remous étaient violents, désagréables, mais cette impression de flotter était si réconfortante. S’il avait effectivement attendu d’être certain qu’elle soit endormie, lui-même n’avait pas pu trouver le sommeil aussi facilement. La solitude était de nouveau sa compagne, mais cette fois-ci, elle avait apporté avec elle des torrents de questionnements et d’incertitudes. L’Athna qui avait l’habitude de dormir d’un sommeil paisible, sans rêves, se retrouvait incapable de fermer l’œil de peur que son inconscient ne parle à sa place. Il était pétrifié, les yeux perdus dans les flammes qui elles aussi, peu à peu, perdirent en intensité et en vigueur. Maintes fois, il tourna la tête pour apercevoir la silhouette de plus en plus indistincte de la céleste. Son corps était bercé par un souffle serein, ce qui trahissait la confiance qu’elle avait en lui. Aujourd’hui, c’était lui qui était tourmenté. Il aurait voulu connaître le même calme, il aurait souhaité que le rythme de son cœur se calque sur celui de Murphy, que sa chaleur apaise ses tourments naissants. Isdès ne se souvint plus comment il atterrit auprès d’elle. Il ne se rappelait même plus s’il avait volontairement décidé de la rejoindre alors que la nuit s’éclaircissait déjà. Tout ce qu’il fut capable de comprendre était le fait qu’il se sentait terriblement bien à cette place et qu’elle semblait taillée pour lui.

Il s’était réveillé en avance, à peine quelques heures plus tard. Murphy ne s’était toujours pas réveillée et il se sentit légèrement soulagé de pouvoir s’éclipser sans qu’elle ne remarque rien. La culpabilité l’avait aussitôt envahi et Isdès éprouva le besoin d’aller côtoyer le lac. Les occasions d’un tel réveil, sous le soleil éclatant, à la fraicheur de l’eau, étaient rares. La vie au sein d’un volcan assurait protection et solidarité, mais un trajet jusqu’aux pieds des montagnes pour barboter était une véritable expédition qui n’en valait souvent pas la peine. Murphy le trouva dans son plus simple appareil et céda à l’envie de lui faire une nouvelle remarque. « C’est belle journée. » dit-il en tournant à peine la tête, ébloui par le soleil levant. Il ne savait pas pourquoi, mais il était d’une humeur joviale. Malgré la fatigue, il était prêt à retrouver son rôle de guide et à faire découvrir à Murphy les beautés des montagnes. « Nouvelle journée. Nouvelles découvertes. » ajouta-t-il, devant elle, après l’avoir rejointe sur la berge. Il ne s’attarda pas longtemps près d’elle et se rapprocha de ses affaires pour s’habiller. « Prépare-toi. » Il osait espérer que les plaines vertes, les roches argentées, la terre humide et la brise de sa région natale saurait lui faire oublier les peurs d’hier. Il était dans son élément, il était chez lui. Plus rien ne pouvait l’atteindre, voilà la force dont il comptait se sustenter et ce, jusqu’à la fin du séjour.



J7 – SAMEDI MATIN, au campement de départ

Isdès émergea peu à peu de ce sommeil profond. Aussitôt, un parfum envoutant ravit ses narines et il éprouva le besoin de se rapprocher de sa source. Il enfouit son visage dans la nuque de Murphy tandis que son bras se refermait un peu plus sur sa taille. Il était emprisonné dans cette phase transitoire, entre le rêve et la réalité. Il ne savait plus comment il en était arrivé là, mais le fait était là : il se sentait bien. Cette chaleur voluptueuse le transportait ailleurs, il était certain de mourir de froid s’il osait se détacher d’elle. Le bout de son nez caressa sa peau et ce contact éveilla de nouveaux instincts tandis que le Terrien retrouvait progressivement sa conscience du monde qui l’entourait et de la situation dans laquelle il était. Il se colla un peu plus à elle, laissant ses cheveux bruns caresser son front. Son bassin alla doucement à l’encontre du sien, comme s’il s’agissait d’une nécessité. Elle dormait peut-être encore, mais même sans le vouloir, elle l’électrisait. Un sourire spontané se dessina sur son visage fatigué. Il aurait pu dormir des journées durant dans cette position, mais ce n’était pas de ça dont il avait envie à cet instant précis. Sa main se glissa sous le tee-shirt de Murphy et ses doigts rencontrèrent sa peau douce. Il rêvait encore, c’est ça ? La pulpe de ses doigts atteignit le dessous de sa poitrine qu’il effleura avec délectation. Peut-être pas. Il expia un léger grognement de contentement et se redressa légèrement pour accéder à son cou. Si elle dormait encore, il était prêt à agrémenter son sommeil de belles sensations. Néanmoins, il eut le malheur d’ouvrir un œil. Un seul œil lui présenta son environnement : la grotte où ils s’étaient retrouvés il y a sept jours de cela, alors qu’il allait l’embarquer dans un séjour incongru, inattendu, improbable. Tous les souvenirs lui revinrent brutalement en tête. Des détails futiles pour certains mais que son esprit avait naturellement enregistrés : la moue boudeuse de Murphy quand elle en avait marre de marcher, la lueur de panique dans son regard quand elle s’était trouvée dans l’eau pour la première fois. Son saut dans l’inconnu. Le nom qu’elle avait gravé sur la roche. L’Edelweiss qu’elle avait eu la chance de trouver lors d’une de leurs excursions. Son rire. L’écho de ses éclats de voix dans la caverne. Son visage à la lueur du feu de camp. Son air de déception quand la buse l’avait pincée. La vue imprenable dont ils avaient jouie au sommet de la colline qu’ils avaient grimpée. Le miel qui faisait reluire ses lèvres. Son grain de beauté dans le creux de ses reins. Sa peau, encore toujours. Et puis le départ, la marche dans le sens du retour, cette grotte infâme au fond de la forêt, son campement désormais proche. Les autres, la fin. Aujourd’hui. Have you ever had to be the one who sail away. Isdès sentit comme un poids s’abattre au fond de son estomac. Ses gestes se figèrent d’eux-même tandis qu’il essayait de ne pas succomber à la mauvaise humeur. Toujours nichée sous son vêtement, sa main forma un poing nerveux tandis que son visage restait en suspens, près du sien. Qu'elle ne se réveille pas, jamais. Il maudissait ce jour.

avatar
06/12/2015 Lux Aeterna 28258 Sophia Bush Avengedinchains (vava) ; Oreste (image profil); Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 304


Sujet: Re: feel your love float astray ∞ isphy (trigger warning)
Jeu 20 Juil - 4:11



❝ Feel your love float astray ❞
Pamplemousse Cavendish & Myrtille Hakantarr
(1er au 8 mai 2117)


La belle fleur blanche avait vite trouvé un foyer au milieu de ses cheveux, derrière son oreille. La montagne était belle. Ses sommets escarpés étaient un défi autant qu'une récompense. Le lac, aperçu depuis les hauteurs exaltantes et vertigineuses, paraissait à la fois plus apaisant et plus menaçant encore. Elle avait encore plus saisi toute son immensité et sa profondeur. Ses eaux reflétaient le bleu du ciel et se cachait dans les ombres des monts qui barraient le chemin aux rayons du soleil. Isdès avait eu raison. La journée qui avait suivi avait été une bonne journée, et celles d'après aussi, faites de découvertes et de redécouvertes. Il lui présentait son monde à chaque instant. Le soir venu, elle se perdait à nouveau dans ses étoiles, avait présenté la Vénus éclatante à l'Athna, mais la nuit n'avait plus tout à fait le même attrait. L'équilibre était perturbé; la Terre avait gagné quelque chose de plus. La gravité n'était plus la seule force à la retenir ici et ce n'était plus par la nécessité d'un danger ou d'une obligation qu'elle abandonnait la contemplation des éclats célestes qui les dominaient; c'était uniquement portée par son propre désir et l'appel de ses entrailles. Le temps était devenu une drôle de chose : elle n'était plus sûre de vouloir compter les jours passés ici, parce que chacun d'eux les rapprochait de la séparation. Elle avait envie d'oublier l'inexorable flèche du temps. Le soleil s'était levé et couché déjà de bien trop nombreuses fois. Elle avait rêvé et dormi et s'était réveillée déjà trop de fois pour ignorer l'irrémédiable. Murphy se savait une cause perdue; elle se savait emprisonnée par son regard et ses gestes, mais paradoxalement, elle ne s'était probablement jamais sentie aussi libre. Oubliées les obligations et servitudes de la réalité. Le monde pouvait bien s'écrouler tant qu'il leur restait leurs montagnes, tant qu'il leur restait un peu de temps, tant qu'il lui restait les bras d'Isdès.

Pourtant, ils avaient du finir par abdiquer. Une semaine, s'étaient-ils dit. Une semaine, c'était ce qui paraîtrait cohérent aux siens lorsqu'elle leur répéterait qu'elle était allée visiter les Cents. Une semaine, c'était sans doute qu'il arriverait à justifier, lui aussi. Toutes les bonnes choses avaient une fin, mais la simple expectative de cette fin-là laissait déjà un vide en creux de son estomac et de son être. La belle fleur blanche avait fait le trajet avec eux jusqu'à cette grotte qu'ils retrouvaient déjà pour la troisième fois, mais sans ses hauteurs, elle semblait se mourir encore plus vite. Un pétale resta perdu dans ses cheveux lorsqu'elle l'ôta en arrivant pour la déposer sur la roche. L'edelweiss, comme Isdès l'avait appelée, mourrait déjà de sa séparation d'avec sa mère montagne.

Le froid s'insinua sous son tee-shirt et manqua de la faire frissonner. Un contact chaud contrasta aussitôt et la laissa retomber dans un sommeil savoureux. Cette fois-ci, elle savait qu'elle ne rêvait pas son souffle au creux de son cou. Elle savait que sa main glissait sur sa peau, que ses doigts caressait ses courbes. Elle savait qu'il était là, contre elle, que c'était sa tiédeur qui rendait si confortable son sommeil qu'elle aurait pu y passer le restant de ses jours. Elle le savait comme si elle s'était habituée à ces réveils, mais jamais elle ne pourrait s'y habituer. Ils étaient trop délicieux pour que l'on puisse s'y habituer. Dans ces moments, Murphy ne savait plus réellement si elle voulait quitter ses songes ou se laisser bercer un peu plus par cette douceur suave. Il lui sembla pourtant que son compagnon avait pris sa échappée. Ses doigts se serrèrent contre elle en un poing crispé et elle sut alors qu'il serait bientôt temps pour elle aussi de se laisser happer par la réalité et tout ce qui venait avec elle. Pour l'instant, malgré tout, elle s'y refusait. Elle voulait emprisonner dans son esprit tout ce qui faisait de ces instants ce qu'ils étaient. Elle voulait que ces souvenirs la réchauffent lorsqu'elle serait toute seule dans son lit miteux, dans le grand dortoir impersonnel qui était supposé être son foyer. Elle voulait se souvenir de lui, d'eux, de ses doigts encore engourdis par le sommeil qui cherchaient instinctivement sa peau. Elle voulait pouvoir se remémorer la tiédeur de son souffle glisser dans ses cheveux emmêlés, contre sa nuque, contre la peau de son cou et jusque sur ses clavicules. Elle voulait pouvoir se rappeler de cette sensation enivrante qui découlait de la connaissance qu'elle avait de sa présence juste là, contre elle, du savoir qu'elle avait que ses lèvres étaient à portée des siennes et sa peau à portée de la sienne; que le manque, alors, ne pouvait pas exister.

Elle fit glisser sa main encore endormie au-dessus de son tee-shirt pour, à travers le tissu, délier les doigts d'Isdès. Ses gestes étaient ankylosés et lents, mais leur douceur pouvait témoigner du monde dans lequel elle était encore plongée. Un soupir de victoire s'échappa de ses lèvres lorsqu'elle parvint à défaire le poing et sentir à nouveau ses doigts contre son épiderme. Ses mains qui redessinaient la courbure de sa poitrine, qui s'approchaient au plus près du palpitant aussi vivant qu'il en viendrait probablement bientôt à nécroser. Ses lèvres s'entrouvrirent mais aucun son ne parvint à s'en échapper. Elle savait que l'éveil de ses cordes vocales sonnerait son réveil entier. Encore quelques instants dans ce monde entre rêve et réalité, entre douceur naïve et cruauté du temps qui s'imposait à eux. Elle savait ce qui l'attendait en dehors de ce cocon qu'elle préservait avec hargne. Elle savait la vérité de la séparation qui approchait. Tant que ses paupières lui masquaient le monde et la rendaient incapable de prédire quelle heure du jour ou de la nuit il pouvait être, elle avait le droit de rester dans sa bulle. Il pouvait être quatre heures du matin et faire nuit noire; il était donc quatre heures du matin et il faisait nuit noire. Encore quelques heures en creux de ses bras, encore quelques heures à se rassasier de lui.

Il lui fallut de longs instants pour trouver le courage de bouger et briser cet équilibre parfait. Elle glissa sur le dos, le visage tourné vers Isdès, pour s'installer sur le flanc. Son bras s'était relevé vers lui et posé sur son épaule, qu'elle touchait du bout du nez. Sa peau sentait l'orage et le soleil, le sapin, le feu et l'eau, la terre, la tiédeur du printemps. Un fin sourire se dessina sur ses lèvres alors qu'elle ouvrait timidement une paupière. Les barrières étaient tombées. Elle la voyait, maintenant, la réalité. Isdès la vivait depuis avant elle et elle pouvait le sentir dans ses muscles contractés. La lumière du jour l'aveuglait, même dans cette caverne. Il n'était pas quatre heures du matin et il ne faisait pas nuit noire. Ils étaient le lendemain, et le lendemain était devenu l'aujourd'hui des séparations. « Isdès... » souffla-t-elle contre les muscles de son épaule. Pas de bonjour, car le bonjour revenait à accorder à cette journée le statut de réelle et à l'accepter comme telle. Elle ne l'acceptait pas. Pour les faire taire, Murphy posa ses lèvres sur la peau chaude de la montagne. Elle ne voulait pas brusquer le moment, voulait leur laisser à chacun une chance de sombrer quelques instants de plus dans leurs rêves, dans leur réalité à eux. Ses cordes vocales n'étaient pas encore réveillées, alors peut-être qu'elle non plus. Pas tout à fait, pas pour de bon.


Dernière édition par Murphy Cavendish le Ven 28 Juil - 0:21, édité 1 fois

avatar
06/05/2016 Dandan/Sonia 224 Jason Momoa lux #demonkeur Garde pour sa tribu, il s'occupe aussi parfois des oiseaux messagers. 90


Sujet: Re: feel your love float astray ∞ isphy (trigger warning)
Jeu 27 Juil - 23:36

how the water seemed
to call your name

Comment un instant pouvait-il être si bon et si terrible à la fois ? Comment pouvait-il se sentir à son aise et la seconde d’après, avoir envie de tout balayer sur son passage ? Même lorsqu’elle était endormie, Murphy parvenait à créer des situations contradictoires. Même endormie, elle créait encore le trouble. Isdès avait eu le malheur de se réveiller dans un monde dont il ne voulait malheureusement pas. Lui qui s’était toujours adapté à ce que l’avenir lui réservait rejetait en bloc cette matinée. Il pouvait faire tous les efforts du monde pour refermer l’œil et tenter de se rendormir, c’était peine perdue. La colère était trop ancrée en lui, allant jusqu’à crisper son corps. Il fallut la douceur des gestes de la jeune femme entre ses bras pour qu’il daigne enfin desserrer les poings. Ses doigts se délièrent et retrouvèrent aussitôt la peau qu’ils avaient délaissée trop tôt. Murphy n’esquissa aucun autre mouvement, comme si elle était prête à sombrer de nouveau dans le sommeil et à profiter de cette nui éternelle. Mais elle devait sentir le soleil réchauffer son visage, la lumière chercher à s’infiltrer derrière ses paupières fermées. Elle entendait peut-être le chant des oiseaux qui célébraient le commencement de la journée. Niait-elle toute réalité ? Comment trouvait-elle le courage de s’abandonner dans un instant perdu, alors que les autres l’attendaient ? Après tout, c’était elle qui devait retrouver son campement. Il préférait rejeter la faute sur elle, parce que c’était plus simple que de se dire que tous deux devaient retourner à leur vie quotidienne. Une existence qui n’incluait pas la présence de l’autre, dans laquelle l’autre n’avait aucune légitimité. Quand bien même il l’aurait souhaité, ce qui n’était pas le cas, Isdès n’avait pas le droit de la faire pénétrer dans l’enceinte du village Athna. De toute manière, cela constituait trop de risque. Le secret de l’emplacement de leur communauté était leur principale préservation du monde extérieur. En se déplaçant, ils étaient acteurs de leur vie et étaient maîtres de leur destin. Un danger encouru n’incombait qu’à leurs propres erreurs et les Athnas remettaient ainsi le moins de choses possible au hasard. C’est pourquoi il était le premier à culpabiliser de se retrouver dans un tel désarroi, ce matin-là. C’était lui qui avait pris l’initiative de cette invitation, c’était lui qui l’avait laissée fouler ses terres tout en sachant qu’elle y laisserait une empreinte indélébile. Aujourd’hui, il se mordait les doigts de s’être faire prendre à son propre jeu. Il ne restait plus qu’à la laisser partir et en assumer les amères conséquences et ce fait inévitable était le plus dur qu’il ait à encaisser de sa vie.

Isdès imita l’apathie de Murphy dans l’espoir d’être apaisé, mais en vain. S’il demeurait immobile, son esprit continuait de cogiter, s’imaginant les pires scénarios suite à son départ. Qu’allait-elle retenir de ce séjour ? Sans doute ces vues imprenables, ces montagnes souveraines et ces plaines qu’elle avait gravies avec détermination. Sans doute ses mains à lui, asséchées par le labeur et marquées par les années, explorant chaque parcelle de son corps jusqu’à ce qu’il en soit repu. Comme si elle avait lu dans ses pensées et qu’elle l’acquiesçait, la céleste s’agita légèrement et changea de position. Le regard clair de l’homme suivait ses mouvements, profitant du nouvel angle qui lui était offert. Il croyait lire de la sérénité sur son visage fatigué. Elle n’avait plus peur de lui, une défaite qu’il n’aurait jamais cru apprécier. Le sourire qui se dessina créa un nouveau nœud au creux de son estomac. Partagé entre la frustration et le désir, Isdès se contrôlait tant bien que mal. Ne pas être l’enragé qui prenait tout à cœur et ne pas être le passionné qui souhaitait réitérer ce qu’ils avaient à nouveau partagé, la nuit tombée. D’une facette ou de l’autre de son être, l’Athna n’était plus rien. Il oscillait entre deux eaux, ballotté dans le vide et n’inspirant que le néant. Il n’était plus personne à ses côtés. Toute son identité était remise en question. Murphy prononça son nom et Isdès lui accorda toute son attention. Elle pouvait le supplier de remonter le temps, d’invoquer la nuit, ce n’était pas en son pouvoir. « Taim don kom op. » souffla-t-il de sa voix rauque, encore enrouée par le sommeil. Peut-être fallait-il combattre le mal par le mal et ne pas s’éterniser dans une bulle qui allait éclater trop vite. Mais les gestes qu’il avait envers elle étaient trop paradoxaux pour que son avertissement soit pris au sérieux. Il ne résista pas au besoin d’embrasser sa nuque qui lui était offert depuis qu’elle lui faisait face. Avant, il prit soin de dégager les cheveux qui lui entravaient le chemin, d’un geste pressé. Si l’attitude de Murphy était empreinte de tendresse, c’était plus difficile pour Isdès. Elle n’avait pas idée des efforts qu’il faisait pour elle, mais c’était compliqué de ne pas être soi-même.

« Taim gon gyon op. » Il força son corps contre le sien pour la forcer à se mettre sur le dos. L’homme se redressa, assis sur ses chevilles. Face à elle, il adoptait une position de conquérant, là où une fois de plus, elle lui était soumise. Il tira fermement sur ses jambes pour l’attirer à lui avant de fondre sur elle, tel le prédateur. Son tee-shirt relevé, son ventre fut parsemé de baiser brûlants, de baisers impatients, de baisers frustrés. Comme s’il cherchait à la dévorer en toute hâte avant qu’elle ne s’en aille, Isdès ne délaissait aucun centimètre de peau, laissant sa tresse lui chatouiller le flanc. « Taim gon we. » expia-t-il, une nouvelle fois, tandis qu’il remontait vers son regard noisette. Il était le porteur de mauvaises nouvelles, mais il en fallait bien un des deux. Le ton de sa voix était grave, mais la complicité trônait dans son regard. Il était hors de question qu’on la lui retire tant qu’elle ne lui aurait pas tourné le dos.

avatar
06/12/2015 Lux Aeterna 28258 Sophia Bush Avengedinchains (vava) ; Oreste (image profil); Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 304


Sujet: Re: feel your love float astray ∞ isphy (trigger warning)
Dim 30 Juil - 0:40



❝ Feel your love float astray ❞
Pamplemousse Cavendish & Myrtille Hakantarr
(1er au 8 mai 2117)


Pour la première fois depuis la disparition de Faust, le sommeil de Murphy ne fut truffé d'aucun piège, d'aucune embuscade. Son inconscient n'avait pas attendu qu'elle s'abandonne à ce besoin humain de laisser son cerveau se reposer pour l'attaquer de la plus vile des façons, à coups de cauchemars presque palpables et de retours nostalgiques auprès de souvenirs qui n'appartenaient plus jamais qu'au passé. C'était l'air frais et pur des montagnes, se répétait-elle en tombant progressivement dans le sommeil avant de reconnaître sans même un remord, lorsqu'elle était sur le point de partir dans cet autre monde qui n'appartenait qu'à elle, qu'il n'y avait qu'une seule parmi toutes ces montagnes pour lui prodiguer une telle sensation d'apaisement. Elle ne voulait pas encore se réveiller parce qu'elle avait dressé un mur entre leurs aventures et tout ce qui l'attendait au campement. Elle avait dressé un mur entre cette liberté nouvelle et le retour à tout ce qui faisait son quotidien, pour ce qu'il avait de plus morose et de plus terne. Tant qu'elle n'avait pas pris le chemin du camp, tant même qu'elle n'avait pas franchi ses palissades, elle resterait ici, auprès d'Isdès. Même cette caverne un peu lugubre qu'ils connaissaient déjà trouvait un nouveau charme lorsqu'il était là, lorsqu'ils trouvaient à nouveau le chemin l'un de l'autre ou s'effondraient l'un contre l'autre, lorsqu'il resserrait son étreinte autour de sa taille ou faisait à nouveau rencontrer sa nuque à son souffle à peine éveillé.

Murphy aurait pu rester de longues heures les paupières closes à espérer que rien ne voudrait troubler cet état de semi-conscience, mais malgré tout le soin qu'elle prenait à résister à l'appel de la réalité, elle se savait émerger progressivement, et avec la conscience réapparaissait doucement, un peu trop brusquement à son goût pourtant, l'appréhension de la séparation. Le mur s'effondrait à mesure que la lumière traversait la fine peau de ses paupières closes et heurtait ses rétines encore ensommeillées et bluffées de ce qu'elles avaient imprimé ces derniers jours. Elle se savait faire face à Isdès car elle pouvait sentir son souffle et ses lèvres avaient déjà trouvé sa peau, mais elle n'avait aucune idée de ce qu'il pouvait penser à cet instant précis. Elle voulait croire qu'il se perdait dans le charme de l'instant lui aussi, qu'il laissait ces dernières heures passées ensemble lui apporter une douceur qu'ils ne trouveraient sans doute plus avant un bon moment. Mais elle avait senti son poing se contracter contre sa peau un peu plus tôt, et elle savait qu'il avait quitté le monde des songes bien avant elle -ou qu'il avait rencontré un rêve à mille lieux de ce qui berçait ses pensées à elle. Elle respirait sa peau comme s'il lui était impossible de s'en rassasier; son esprit abandonnait peu à peu le présent pour s'angoisser de cet avenir fait de réveils sans lui, sans ses bras pour la serrer, ses doigts pour la trouver, son souffle pour la caresser. Sa voix semblait venue d'ailleurs mais elle ne fit aucun effort pour comprendre la portée de ses mots. Connecter ses neurones éveillerait son esprit pour de bon et il n'y aurait plus de marche arrière possible. De toute façon, elle n'avait pas besoin de le traduire pour avoir une idée de ce qu'il pouvait lui dire en un matin pareil. L'air frais qui caressa subitement son cou lui arracha un frisson mais il fut très vite remplacé par un contact beaucoup plus doux que ses cheveux. Lorsque les lèvres de l'Athna trouvèrent la peau de sa nuque, une poids gonfla brusquement à l'intérieur de son thorax et lui fit manquer une respiration. Elle réalisait qu'elle pourrait bientôt compter ces contacts pour ce qu'ils deviendraient de si rares. Elle réalisait qu'ils appartiendraient bientôt aux souvenirs et qu'il lui fallait les savourer doublement, pour maintenant et surtout pour demain, pour ces nuits froides et ces réveils glacés à venir. Sa main remonta contre les muscles de son bras et elle caressa sa peau du bout des doigts, pouvait jurer sentir les lignes bleues gravées dans sa peau qu'elle imaginait dans la pénombre de ses paupières closes, et remonta jusque sur sa clavicule et dans son cou chaud.

Elle n'eut guère le temps de profiter davantage et sentit le poids d'Isdès s'abattre sur elle, la faisant à nouveau rouler contre le mélange de pierre et de terre que leurs corps endormis avaient tiédi pendant la nuit. Ce n'est que lorsqu'il se détacha d'elle qu'elle daigna rouvrir une paupière. Elle grimaça un instant alors que le soleil reprenait sa mission d'éblouissement là où il l'avait laissée un peu plus tôt. Elle ne distinguait que la silhouette de l'homme dressé face à elle, dans un contre-jour parfait, et leva un main devant son regard pour éliminer la lumière superflue et apprécier les détails de sa stature. Il parlait mais elle, pour une fois, n'avait rien à dire. Sa langue dormait encore, ou son esprit, peut-être. Elle se contenta de sourire, encore à demi assoupie, lorsqu'il la tira à lui. La peau de son dos rencontra une pierre fraîche qui la fit frissonner mais Isdès ne semblait décidément pas prêt à la laisser plonger dans le monde froid qui les attendait en dehors de toutes leurs étreintes. Elle ferma à nouveau les yeux, juste quelques secondes, comme pour savourer l'attaque de son assaillant, et ne chercha même pas à étouffer les quelques soupirs de satisfaction qu'il pouvait probablement sentir naître au fond de ses entrailles. Elle remonta une jambe contre son flanc et l'autre escalada sa hanche pour s'y arrimer avec une douceur encore somnolente et engourdie. Sa main se perdit dans les cheveux de jais de la montagne et ses paupières encore lourdes s'ouvrirent sur le visage d'Isdès qui remontait vers elle. Elle sentait sa progression dans l'angle que prenait sa cuisse pour suivre le mouvement de l'homme et laissa sa main retomber à côté de son visage pour l'observer, les paupières mi-closes, alors qu'elle tentait de s'imprégner entièrement de ce moment et de la personne qui la réveillait de la plus belle des façons. Elle voulait que ses rétines soient marquées indélébilement de cette image et que sa peau se souvienne toujours du contact chaud des lèvres qui la dévoraient. Elle voulait se souvenir de ce regard vert qui la fixait de cette façon même au réveil, même avec les cheveux en pétard et après une semaine passée à crapahuter dans les montagnes. Elle voulait se souvenir de l'exact dessin décrit par la cicatrice impressionnante qui fendait son sourcil, elle voulait se souvenir des teintes exactes qu'avait pris l'hématome qui marquait sa pommette au cours de la petite semaine qu'ils avaient passée ensemble. Elle voulait se souvenir des milliers de frissons qui l'avaient électrisée dès qu'il avait posé les mains sur elle, au moindre baiser et à la moindre caresse, comme s'il était capable de la faire revenir des morts le jour où ses neurones n'étaient plus capables de produire leur propre courant électrique. « Pourquoi t'es pressé ? T'es attendu quelque part ? » Son voix étaient encore rauque et endormie mais son ton était aussi malicieux que celui d'Isdès était sérieux. Sa main monta jusqu'au visage d'Isdès et de la pulpe de ses doigts, elle effleura ses lèvres. Ses prunelles voguèrent d'elles à son regard à chaque détail de ses traits. Son autre bras restait inerte, à terre, près de son visage. Son index dérapa jusqu'à sous son menton pour l'attirer à elle, tandis que sa cuisse se resserrait autour de son taille pour le faire prisonnier. Son ventre restait noué à la fois à l'idée qu'il s'échappe trop tôt et à celle qu'ils s'échapperaient forcément trop tôt l'un et l'autre. Elle ne voulait pas voir où en était la course de l'astre solaire dans les cieux, car c'était prendre le risque de voir ces derniers instants disparaître. Elle préférait rester lovée dans l'incertitude du moment, s'imaginer que plusieurs heures s'étalaient encore devant eux comme une dernière promesse avant la séparation. « Et la fleur... comment va Edelweiss, aujourd'hui ? » demanda-t-elle finalement non sans personnifier la plante comme elle l'avait fait, taquine, depuis qu'elle l'avait trouvée sur les hauteurs. Elle tourna la tête pour la chercher sur la roche où elle l'avait laissée la veille. Ses sourcils se froncèrent lorsqu'elle constata que plusieurs pétales avaient volé à terre, au pied du rocher. Edelweiss était la première à périr de cette séparation, arrachée à sa montagne nourricière.
 

feel your love float astray ∞ isphy (trigger warning)

Page 4 sur 4Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4

 Sujets similaires

-
» Lys & Lloyd ஜ Feel the love
» Hunter → We can't fall any further, If we can't feel ordinary love
» Say that you want me every day That you want me every way That you need me Got me trippin' super psycho love Aim, pull the trigger Feel the pain getting bigger Go insane from the bitter feeling Trippin' super psycho love # NUAGE CREATIF U.C
» Absolarion Love.
» Love me now or hate me forever!

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
The Hundred :: no one came back :: La montagne :: Les sources-