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˜˜˜˜˜˜feel your love float astray ∞ isphy (trigger warning)
maybe life should be about more than just surviving

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06/12/2015 Lux Aeterna 30606 Sophia Bush Avengedinchains (vava) ; Oreste (image profil); Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 201


Sujet: Re: feel your love float astray ∞ isphy (trigger warning)
Dim 9 Juil - 20:37

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❝ Feel your love float astray ❞
Pamplemousse Cavendish & Myrtille Hakantarr
(1er au 8 mai 2117)


Il l'avait changée, c'était indéniable. En des mois, peut-être, depuis leur première rencontre, en quelques jours ou quelques heures à peine, peu importait. Murphy ne retraçait par le passé pour comprendre le présent, elle vivait l'instant pour ce qu'il avait d'aussi étrange qu'irréel. Elle qui était si frontale et têtue s'était vue obliger de battre en retraite lorsque les sentiments avaient pris le dessus. Ce n'était pas coutume chez elle de se laisser assaillir par autre chose que la colère devant quiconque ne savait pas lui proposer ce qu'elle attendait, qu'il s'agisse de ses soldats ou de collègues ou même d'amis. Elle ne savait pas ce qu'elle attendait d'Isdès, au juste, et ça ne l'aidait probablement pas à maîtriser la tempête qui grondait en elle. Elle n'attendait pas de grandes promesses ou de beaux discours. Elle n'attendait pas de tendresse et de grands sourires. Peut-être qu'au fond, c'était juste lui qu'elle attendait, une preuve que la cascade n'était pas juste un passage de leur histoire qui se perdrait dans les confins de leurs histoires respectives, aux côtés de souvenirs fades et dénués d'intérêt. Peut-être qu'elle attendait un signe, une preuve qu'il ne regrettait pas, qu'il n'avait pas l'impression d'avoir fait la plus grosse erreur de sa vie. Cette idée avait effleuré l'esprit de la brune plusieurs fois dans l'après-midi mais si elle finissait par s'ancrer dans son esprit dans les heures ou jours à venir, ce serait uniquement par représailles. Si Isdès finissait par lui prouver ses propres regrets, elle ne pourrait tolérer d'elle-même un souvenir enivrant de ce moment passé à deux sous l'eau déchaînée des courants qui s'écrasaient dans le lac. Même dans sa peine, Murphy n'admettait pas ses vulnérabilités pourtant devenues si évidentes. Le silence parlait plus qu'elle ne l'aurait elle-même souhaité, mais l'impassibilité d'Isdès l'avait écorchée d'une telle force qu'elle avait perdu celle de combler les failles apparentes.

Les mots de l'Athna lui permirent de retrouver l'oxygène à nouveau. Lorsqu'elle eut finit de les traduire maladroitement dans sa tête, ses épaules se décontractèrent brusquement et quelque chose se dénoua en elle. Non, ce n'était pas de grandes promesses dont elle avait besoin seulement d'une preuve qu'ils partageaient ça, peu importe ce dont il s'agissait et peu importe la direction qu'ils prenaient. Elle avait besoin de savoir qu'elle n'était pas la seule à se retrouver immergée sous des tonnes d'idées nouvelles. Elle avait besoin de savoir qu'elle n'était pas folle, ou simplement que si elle l'était, elle ne l'était pas seule. Elle avait besoin d'une raison de rester ici autant de temps qu'il l'avait souhaité en l'invitant, parce qu'elle ne voulait pas s'éterniser là où elle n'était pas désirée et, pis encore, là où l'amertume la rongerait avec une une détermination coriace. Qu'ils profitent maintenant ou s'abandonnent à jamais. Le lendemain viendrait bien assez tôt. Bientôt, elle se réveillerait dans la carcasse de l'Odyssée, sous les ronflements de ses voisins de dortoir, et les souvenirs de ces quelques jours lui paraîtraient sans doute irréels au point où elle remettrait probablement en doute leur existence même. Ce lendemain-là l’effrayait déjà, mais pas autant que l'indifférence dont Isdès avait fait preuve un peu plus tôt. Ils devaient sombrer à deux ou pas du tout, et Murphy craignait qu'il ne soit trop tard, déjà, pour essayer de retrouver la surface.

Ses doigts frôlèrent pudiquement le visage d'Isdès, comme si elle craignait de le brusquer, comme si elle se sentait l'obligation de l'apprivoiser à nouveau -ou peut-être de l'apprivoiser tout court. Il restait indifférent à son geste mais elle l'acceptait parce qu'il n'avait pas refusé le geste. Ils avaient partagé bien plus qu'une caresse, plus tôt, mais ce moment-là était tout autre. Murphy pouvait deviner toute la difficulté qu'il avait eu à prononcer ces quelques mots parce qu'ils lui auraient probablement autant coûté qu'à lui. Il avait fait un pas vers elle qu'elle aurait probablement été incapable de faire. Il voulait d'elle ici et c'était ce qui comptait pour elle. Le reste lui importait peu parce qu'elle laissait le lendemain au lendemain et parce qu'à trop s'inquiéter de ce qui pouvait l'attendre le présent se perdait avant même d'avoir émergé des méandres du temps. « Trop calme... » Ses doigts se retrouvèrent perdus dans les airs pendant une seconde, sans plus aucune peau à caresser, aucune barbe à embêter.

Murphy le regarda s'asseoir, les mains posées sur les hanches, et attrapa son sac pour s'installer un peu plus loin. « Oh, tu t'inquiétais juste de mon sommeil, en fait... » le taquina-t-elle en récupérant sa couverture et installant soigneusement ce qui allait lui servir de couche pour la nuit. Elle retourna son sac plusieurs fois pour s'assurer du confort de son oreiller de substitution. Elle préférait dormir sur les quelques vêtements qu'il contenait encore que la boîte métallique cabossée qui contenait des fruits maintenant probablement bien fatigués. Elle s'allongea sur le flanc et laissa sa tête tomber lourdement sur sa sacoche. « Bonne nuit aussi, Isdès Maunkru. » Elle l'observa quelques secondes, de l'autre côté du feu, silencieuse. Les flammes dansaient entre eux, éclairaient le visage d'Isdès de leur gracieuse chaleur. Il n'avait pas l'air d'avoir froid, même à peine habillé de la sorte, alors que la laine qu'il lui avait prêtée lui suffisait à peine et qu'elle était soulagée de pouvoir la compléter avec sa frêle couverture. Murphy se demandait s'il dormait vraiment ou même s'il cherchait le sommeil. Les crépitements du feu, la berceuse chantée par les mouvements du lac et, au loin, la suite de cascades qui finissaient leur course dans l'étendue d'eau l'empêchaient de reconnaître à son souffle son entrée dans le sommeil. Dans un soupir, en relevant un peu sa petite couverture sous son menton en prenant soin de laisser ses pieds nus couverts, elle se força à fermer les paupières.

Elle crut se réveiller, une fois. La nuit était calme et apaisée, le monde dormait, et elle était lovée au creux d'une chaleur douce. Les lueurs des étoiles se reflétaient là où la lumière du feu ne semblait pas trouver son chemin. Avec une intensité nouvelle, les parfums des résineux se mélangeaient à ceux de l'eau fraîche qui chahutait en aval. Les reliefs sombres se détachaient sur son ciel étoilé et une pensée lui traversa l'esprit pendant l'espace d'une seconde; c'était ici et maintenant que les étoiles et les montagnes se rencontraient le mieux, dans une quiétude qui ne s’embarrassait plus de l'inutile. Le sombre de la voûte céleste rencontrait celui des monts endormis, mais ils paraissaient se réveiller sous la clarté des étoiles qui les dominaient. De l'union de deux obscurités naissait une lumière laiteuse, pâle et enchanteresse. Murphy pourrait vivre et mourir ici. Elle le rêvait, ce souffle régulier qui caressait sa nuque. Elle rêvait la carrure épaisse glissée dans le sable contre elle et dont elle pouvait sentir chaque inspiration et chaque respiration, comme si, à cet instant précis, elle était elle-même une particule d'air. C'est l'esprit embrumé par cet onirisme, dans ce rêve et avec un sourire profondément serein qu'elle se laissa glisser au creux du roc qui, comme elle, acceptait leur échappée pour ce qu'elle avait de plus secret.

J4 – MERCREDI MATIN


Un rayon chaud caressait son visage et elle ouvrit doucement les paupières avant de les refermer, une main lourde levée vers le ciel. Le soleil tapait déjà de ses rayons lumineux et elle enfouit son visage dans son sac en grommelant quelques plaintes. Le feu s'était éteint et elle ne trouvait plus son foyer chaud à ses côtés mais l'astre stellaire avait pris son relais. Elle n'avait plus froid; presque chaud, d'ailleurs. Elle laissa un œil accéder à la lumière du jour barrée par ses bras et l'amas de tissus sous lequel elle s'était cachée. Il ne trouva pas Isdès contre son arbre et son cœur manqua un battement. Elle se rappela de la sensation qui s'était emparée d'elle pendant la nuit mais il n'était pas là non plus et ne l'avait probablement jamais été. Elle s'assit brusquement dans le sable et c'est le son enjôleur de quelques clapotis calmes qui attirèrent son regard inquiet vers le lac. Il s'y était glissé, avait laissé ses vêtements non loin de la berge, et lui faisait dos. Elle leva sa main devant son regard pour se protéger des premiers rayons du soleil déjà bien acérés et l'observa un instant. Un sourire discret lui échappa malgré elle. Il lui dévoilait à nouveau sa peau nue et il n'y avait guère plus belle façon pour elle de se réveiller. Elle passa la main dans sa tignasse pour jeter en arrière les mèches folles qui lui barraient la vue. Elle aurait pu observer l'Athna pendant de longues minutes de la sorte. Il vivait son élément comme s'il faisait partie de lui et la scène avait quelque chose d'aussi apaisant que grandiose; elle lui donnait presque l'impression d'être ici chez elle, comme si ces rayons avaient toujours caressé sa peau et que sa vue s'était toujours délecté d'un paysage pareil, couple parfait entre la beauté de la nature et celle de l'Homme. La Terre s'éveillait une fois de plus et Murphy s'éveillait avec elle. Elle jeta sa couverture et se leva de façon un peu pataude, les muscles encore endormis, pour rejoindre le rivage. Ses pieds trouvèrent l'eau froide dans un clapotement peu discret. « T'as jamais froid, toi... » le salua-t-elle de sa voix rauque du matin en abdiquant face à la brise qui s'amusait avec ses cheveux déjà emmêlés par la nuit. « Bonjour, Isdès. »

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Sujet: Re: feel your love float astray ∞ isphy (trigger warning)
Jeu 20 Juil - 0:18

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Isdès semblait avoir trouvé les mots. C’était rarement le cas. Ses paroles, souvent sorties telles qu’elles étaient pensées, sans aucun filtre, plaisaient rarement à leurs destinataires. Il avait toujours dit les choses telles qu’elles étaient, se moquant bien de savoir si elles pouvaient blesser. Mais la spontanéité verbale avait du bon : elle écartait toute ambiguïté, préservait de tout quiproquo et empêchait toute illusion. Il n’avait pas de temps à perdre à enrober ses idées pour qu’elles passent plus facilement, alors ça ne lui avait pas toujours valu de bons retours. Il ne s’était pas attendu à ce que ces quelques mots, formulés au prix d’un gros effort, changent complètement l’humeur de Murphy. Avait-elle été pendue à ses lèvres, toute la soirée, en attendant ça ? Était-elle tributaire de son humeur, de son ressenti ? Une telle dépendance s’était-elle créée à ses dépens ? Il n’avait jamais voulu ça et s’il crut voir la jeune femme s’endormir avec le sourire, lui était plus anxieux que jamais. Il avait la sensation d’avoir été emporté malgré lui dans un courant qu’il ne maîtrisait pas. Les remous étaient violents, désagréables, mais cette impression de flotter était si réconfortante. S’il avait effectivement attendu d’être certain qu’elle soit endormie, lui-même n’avait pas pu trouver le sommeil aussi facilement. La solitude était de nouveau sa compagne, mais cette fois-ci, elle avait apporté avec elle des torrents de questionnements et d’incertitudes. L’Athna qui avait l’habitude de dormir d’un sommeil paisible, sans rêves, se retrouvait incapable de fermer l’œil de peur que son inconscient ne parle à sa place. Il était pétrifié, les yeux perdus dans les flammes qui elles aussi, peu à peu, perdirent en intensité et en vigueur. Maintes fois, il tourna la tête pour apercevoir la silhouette de plus en plus indistincte de la céleste. Son corps était bercé par un souffle serein, ce qui trahissait la confiance qu’elle avait en lui. Aujourd’hui, c’était lui qui était tourmenté. Il aurait voulu connaître le même calme, il aurait souhaité que le rythme de son cœur se calque sur celui de Murphy, que sa chaleur apaise ses tourments naissants. Isdès ne se souvint plus comment il atterrit auprès d’elle. Il ne se rappelait même plus s’il avait volontairement décidé de la rejoindre alors que la nuit s’éclaircissait déjà. Tout ce qu’il fut capable de comprendre était le fait qu’il se sentait terriblement bien à cette place et qu’elle semblait taillée pour lui.

Il s’était réveillé en avance, à peine quelques heures plus tard. Murphy ne s’était toujours pas réveillée et il se sentit légèrement soulagé de pouvoir s’éclipser sans qu’elle ne remarque rien. La culpabilité l’avait aussitôt envahi et Isdès éprouva le besoin d’aller côtoyer le lac. Les occasions d’un tel réveil, sous le soleil éclatant, à la fraicheur de l’eau, étaient rares. La vie au sein d’un volcan assurait protection et solidarité, mais un trajet jusqu’aux pieds des montagnes pour barboter était une véritable expédition qui n’en valait souvent pas la peine. Murphy le trouva dans son plus simple appareil et céda à l’envie de lui faire une nouvelle remarque. « C’est belle journée. » dit-il en tournant à peine la tête, ébloui par le soleil levant. Il ne savait pas pourquoi, mais il était d’une humeur joviale. Malgré la fatigue, il était prêt à retrouver son rôle de guide et à faire découvrir à Murphy les beautés des montagnes. « Nouvelle journée. Nouvelles découvertes. » ajouta-t-il, devant elle, après l’avoir rejointe sur la berge. Il ne s’attarda pas longtemps près d’elle et se rapprocha de ses affaires pour s’habiller. « Prépare-toi. » Il osait espérer que les plaines vertes, les roches argentées, la terre humide et la brise de sa région natale saurait lui faire oublier les peurs d’hier. Il était dans son élément, il était chez lui. Plus rien ne pouvait l’atteindre, voilà la force dont il comptait se sustenter et ce, jusqu’à la fin du séjour.



J7 – SAMEDI MATIN, au campement de départ

Isdès émergea peu à peu de ce sommeil profond. Aussitôt, un parfum envoutant ravit ses narines et il éprouva le besoin de se rapprocher de sa source. Il enfouit son visage dans la nuque de Murphy tandis que son bras se refermait un peu plus sur sa taille. Il était emprisonné dans cette phase transitoire, entre le rêve et la réalité. Il ne savait plus comment il en était arrivé là, mais le fait était là : il se sentait bien. Cette chaleur voluptueuse le transportait ailleurs, il était certain de mourir de froid s’il osait se détacher d’elle. Le bout de son nez caressa sa peau et ce contact éveilla de nouveaux instincts tandis que le Terrien retrouvait progressivement sa conscience du monde qui l’entourait et de la situation dans laquelle il était. Il se colla un peu plus à elle, laissant ses cheveux bruns caresser son front. Son bassin alla doucement à l’encontre du sien, comme s’il s’agissait d’une nécessité. Elle dormait peut-être encore, mais même sans le vouloir, elle l’électrisait. Un sourire spontané se dessina sur son visage fatigué. Il aurait pu dormir des journées durant dans cette position, mais ce n’était pas de ça dont il avait envie à cet instant précis. Sa main se glissa sous le tee-shirt de Murphy et ses doigts rencontrèrent sa peau douce. Il rêvait encore, c’est ça ? La pulpe de ses doigts atteignit le dessous de sa poitrine qu’il effleura avec délectation. Peut-être pas. Il expia un léger grognement de contentement et se redressa légèrement pour accéder à son cou. Si elle dormait encore, il était prêt à agrémenter son sommeil de belles sensations. Néanmoins, il eut le malheur d’ouvrir un œil. Un seul œil lui présenta son environnement : la grotte où ils s’étaient retrouvés il y a sept jours de cela, alors qu’il allait l’embarquer dans un séjour incongru, inattendu, improbable. Tous les souvenirs lui revinrent brutalement en tête. Des détails futiles pour certains mais que son esprit avait naturellement enregistrés : la moue boudeuse de Murphy quand elle en avait marre de marcher, la lueur de panique dans son regard quand elle s’était trouvée dans l’eau pour la première fois. Son saut dans l’inconnu. Le nom qu’elle avait gravé sur la roche. L’Edelweiss qu’elle avait eu la chance de trouver lors d’une de leurs excursions. Son rire. L’écho de ses éclats de voix dans la caverne. Son visage à la lueur du feu de camp. Son air de déception quand la buse l’avait pincée. La vue imprenable dont ils avaient jouie au sommet de la colline qu’ils avaient grimpée. Le miel qui faisait reluire ses lèvres. Son grain de beauté dans le creux de ses reins. Sa peau, encore toujours. Et puis le départ, la marche dans le sens du retour, cette grotte infâme au fond de la forêt, son campement désormais proche. Les autres, la fin. Aujourd’hui. Have you ever had to be the one who sail away. Isdès sentit comme un poids s’abattre au fond de son estomac. Ses gestes se figèrent d’eux-même tandis qu’il essayait de ne pas succomber à la mauvaise humeur. Toujours nichée sous son vêtement, sa main forma un poing nerveux tandis que son visage restait en suspens, près du sien. Qu'elle ne se réveille pas, jamais. Il maudissait ce jour.

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06/12/2015 Lux Aeterna 30606 Sophia Bush Avengedinchains (vava) ; Oreste (image profil); Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 201


Sujet: Re: feel your love float astray ∞ isphy (trigger warning)
Jeu 20 Juil - 4:11

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❝ Feel your love float astray ❞
Pamplemousse Cavendish & Myrtille Hakantarr
(1er au 8 mai 2117)


La belle fleur blanche avait vite trouvé un foyer au milieu de ses cheveux, derrière son oreille. La montagne était belle. Ses sommets escarpés étaient un défi autant qu'une récompense. Le lac, aperçu depuis les hauteurs exaltantes et vertigineuses, paraissait à la fois plus apaisant et plus menaçant encore. Elle avait encore plus saisi toute son immensité et sa profondeur. Ses eaux reflétaient le bleu du ciel et se cachait dans les ombres des monts qui barraient le chemin aux rayons du soleil. Isdès avait eu raison. La journée qui avait suivi avait été une bonne journée, et celles d'après aussi, faites de découvertes et de redécouvertes. Il lui présentait son monde à chaque instant. Le soir venu, elle se perdait à nouveau dans ses étoiles, avait présenté la Vénus éclatante à l'Athna, mais la nuit n'avait plus tout à fait le même attrait. L'équilibre était perturbé; la Terre avait gagné quelque chose de plus. La gravité n'était plus la seule force à la retenir ici et ce n'était plus par la nécessité d'un danger ou d'une obligation qu'elle abandonnait la contemplation des éclats célestes qui les dominaient; c'était uniquement portée par son propre désir et l'appel de ses entrailles. Le temps était devenu une drôle de chose : elle n'était plus sûre de vouloir compter les jours passés ici, parce que chacun d'eux les rapprochait de la séparation. Elle avait envie d'oublier l'inexorable flèche du temps. Le soleil s'était levé et couché déjà de bien trop nombreuses fois. Elle avait rêvé et dormi et s'était réveillée déjà trop de fois pour ignorer l'irrémédiable. Murphy se savait une cause perdue; elle se savait emprisonnée par son regard et ses gestes, mais paradoxalement, elle ne s'était probablement jamais sentie aussi libre. Oubliées les obligations et servitudes de la réalité. Le monde pouvait bien s'écrouler tant qu'il leur restait leurs montagnes, tant qu'il leur restait un peu de temps, tant qu'il lui restait les bras d'Isdès.

Pourtant, ils avaient du finir par abdiquer. Une semaine, s'étaient-ils dit. Une semaine, c'était ce qui paraîtrait cohérent aux siens lorsqu'elle leur répéterait qu'elle était allée visiter les Cents. Une semaine, c'était sans doute qu'il arriverait à justifier, lui aussi. Toutes les bonnes choses avaient une fin, mais la simple expectative de cette fin-là laissait déjà un vide en creux de son estomac et de son être. La belle fleur blanche avait fait le trajet avec eux jusqu'à cette grotte qu'ils retrouvaient déjà pour la troisième fois, mais sans ses hauteurs, elle semblait se mourir encore plus vite. Un pétale resta perdu dans ses cheveux lorsqu'elle l'ôta en arrivant pour la déposer sur la roche. L'edelweiss, comme Isdès l'avait appelée, mourrait déjà de sa séparation d'avec sa mère montagne.

Le froid s'insinua sous son tee-shirt et manqua de la faire frissonner. Un contact chaud contrasta aussitôt et la laissa retomber dans un sommeil savoureux. Cette fois-ci, elle savait qu'elle ne rêvait pas son souffle au creux de son cou. Elle savait que sa main glissait sur sa peau, que ses doigts caressait ses courbes. Elle savait qu'il était là, contre elle, que c'était sa tiédeur qui rendait si confortable son sommeil qu'elle aurait pu y passer le restant de ses jours. Elle le savait comme si elle s'était habituée à ces réveils, mais jamais elle ne pourrait s'y habituer. Ils étaient trop délicieux pour que l'on puisse s'y habituer. Dans ces moments, Murphy ne savait plus réellement si elle voulait quitter ses songes ou se laisser bercer un peu plus par cette douceur suave. Il lui sembla pourtant que son compagnon avait pris sa échappée. Ses doigts se serrèrent contre elle en un poing crispé et elle sut alors qu'il serait bientôt temps pour elle aussi de se laisser happer par la réalité et tout ce qui venait avec elle. Pour l'instant, malgré tout, elle s'y refusait. Elle voulait emprisonner dans son esprit tout ce qui faisait de ces instants ce qu'ils étaient. Elle voulait que ces souvenirs la réchauffent lorsqu'elle serait toute seule dans son lit miteux, dans le grand dortoir impersonnel qui était supposé être son foyer. Elle voulait se souvenir de lui, d'eux, de ses doigts encore engourdis par le sommeil qui cherchaient instinctivement sa peau. Elle voulait pouvoir se remémorer la tiédeur de son souffle glisser dans ses cheveux emmêlés, contre sa nuque, contre la peau de son cou et jusque sur ses clavicules. Elle voulait pouvoir se rappeler de cette sensation enivrante qui découlait de la connaissance qu'elle avait de sa présence juste là, contre elle, du savoir qu'elle avait que ses lèvres étaient à portée des siennes et sa peau à portée de la sienne; que le manque, alors, ne pouvait pas exister.

Elle fit glisser sa main encore endormie au-dessus de son tee-shirt pour, à travers le tissu, délier les doigts d'Isdès. Ses gestes étaient ankylosés et lents, mais leur douceur pouvait témoigner du monde dans lequel elle était encore plongée. Un soupir de victoire s'échappa de ses lèvres lorsqu'elle parvint à défaire le poing et sentir à nouveau ses doigts contre son épiderme. Ses mains qui redessinaient la courbure de sa poitrine, qui s'approchaient au plus près du palpitant aussi vivant qu'il en viendrait probablement bientôt à nécroser. Ses lèvres s'entrouvrirent mais aucun son ne parvint à s'en échapper. Elle savait que l'éveil de ses cordes vocales sonnerait son réveil entier. Encore quelques instants dans ce monde entre rêve et réalité, entre douceur naïve et cruauté du temps qui s'imposait à eux. Elle savait ce qui l'attendait en dehors de ce cocon qu'elle préservait avec hargne. Elle savait la vérité de la séparation qui approchait. Tant que ses paupières lui masquaient le monde et la rendaient incapable de prédire quelle heure du jour ou de la nuit il pouvait être, elle avait le droit de rester dans sa bulle. Il pouvait être quatre heures du matin et faire nuit noire; il était donc quatre heures du matin et il faisait nuit noire. Encore quelques heures en creux de ses bras, encore quelques heures à se rassasier de lui.

Il lui fallut de longs instants pour trouver le courage de bouger et briser cet équilibre parfait. Elle glissa sur le dos, le visage tourné vers Isdès, pour s'installer sur le flanc. Son bras s'était relevé vers lui et posé sur son épaule, qu'elle touchait du bout du nez. Sa peau sentait l'orage et le soleil, le sapin, le feu et l'eau, la terre, la tiédeur du printemps. Un fin sourire se dessina sur ses lèvres alors qu'elle ouvrait timidement une paupière. Les barrières étaient tombées. Elle la voyait, maintenant, la réalité. Isdès la vivait depuis avant elle et elle pouvait le sentir dans ses muscles contractés. La lumière du jour l'aveuglait, même dans cette caverne. Il n'était pas quatre heures du matin et il ne faisait pas nuit noire. Ils étaient le lendemain, et le lendemain était devenu l'aujourd'hui des séparations. « Isdès... » souffla-t-elle contre les muscles de son épaule. Pas de bonjour, car le bonjour revenait à accorder à cette journée le statut de réelle et à l'accepter comme telle. Elle ne l'acceptait pas. Pour les faire taire, Murphy posa ses lèvres sur la peau chaude de la montagne. Elle ne voulait pas brusquer le moment, voulait leur laisser à chacun une chance de sombrer quelques instants de plus dans leurs rêves, dans leur réalité à eux. Ses cordes vocales n'étaient pas encore réveillées, alors peut-être qu'elle non plus. Pas tout à fait, pas pour de bon.


Dernière édition par Murphy Cavendish le Ven 28 Juil - 0:21, édité 1 fois

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Sujet: Re: feel your love float astray ∞ isphy (trigger warning)
Jeu 27 Juil - 23:36

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Comment un instant pouvait-il être si bon et si terrible à la fois ? Comment pouvait-il se sentir à son aise et la seconde d’après, avoir envie de tout balayer sur son passage ? Même lorsqu’elle était endormie, Murphy parvenait à créer des situations contradictoires. Même endormie, elle créait encore le trouble. Isdès avait eu le malheur de se réveiller dans un monde dont il ne voulait malheureusement pas. Lui qui s’était toujours adapté à ce que l’avenir lui réservait rejetait en bloc cette matinée. Il pouvait faire tous les efforts du monde pour refermer l’œil et tenter de se rendormir, c’était peine perdue. La colère était trop ancrée en lui, allant jusqu’à crisper son corps. Il fallut la douceur des gestes de la jeune femme entre ses bras pour qu’il daigne enfin desserrer les poings. Ses doigts se délièrent et retrouvèrent aussitôt la peau qu’ils avaient délaissée trop tôt. Murphy n’esquissa aucun autre mouvement, comme si elle était prête à sombrer de nouveau dans le sommeil et à profiter de cette nui éternelle. Mais elle devait sentir le soleil réchauffer son visage, la lumière chercher à s’infiltrer derrière ses paupières fermées. Elle entendait peut-être le chant des oiseaux qui célébraient le commencement de la journée. Niait-elle toute réalité ? Comment trouvait-elle le courage de s’abandonner dans un instant perdu, alors que les autres l’attendaient ? Après tout, c’était elle qui devait retrouver son campement. Il préférait rejeter la faute sur elle, parce que c’était plus simple que de se dire que tous deux devaient retourner à leur vie quotidienne. Une existence qui n’incluait pas la présence de l’autre, dans laquelle l’autre n’avait aucune légitimité. Quand bien même il l’aurait souhaité, ce qui n’était pas le cas, Isdès n’avait pas le droit de la faire pénétrer dans l’enceinte du village Athna. De toute manière, cela constituait trop de risque. Le secret de l’emplacement de leur communauté était leur principale préservation du monde extérieur. En se déplaçant, ils étaient acteurs de leur vie et étaient maîtres de leur destin. Un danger encouru n’incombait qu’à leurs propres erreurs et les Athnas remettaient ainsi le moins de choses possible au hasard. C’est pourquoi il était le premier à culpabiliser de se retrouver dans un tel désarroi, ce matin-là. C’était lui qui avait pris l’initiative de cette invitation, c’était lui qui l’avait laissée fouler ses terres tout en sachant qu’elle y laisserait une empreinte indélébile. Aujourd’hui, il se mordait les doigts de s’être faire prendre à son propre jeu. Il ne restait plus qu’à la laisser partir et en assumer les amères conséquences et ce fait inévitable était le plus dur qu’il ait à encaisser de sa vie.

Isdès imita l’apathie de Murphy dans l’espoir d’être apaisé, mais en vain. S’il demeurait immobile, son esprit continuait de cogiter, s’imaginant les pires scénarios suite à son départ. Qu’allait-elle retenir de ce séjour ? Sans doute ces vues imprenables, ces montagnes souveraines et ces plaines qu’elle avait gravies avec détermination. Sans doute ses mains à lui, asséchées par le labeur et marquées par les années, explorant chaque parcelle de son corps jusqu’à ce qu’il en soit repu. Comme si elle avait lu dans ses pensées et qu’elle l’acquiesçait, la céleste s’agita légèrement et changea de position. Le regard clair de l’homme suivait ses mouvements, profitant du nouvel angle qui lui était offert. Il croyait lire de la sérénité sur son visage fatigué. Elle n’avait plus peur de lui, une défaite qu’il n’aurait jamais cru apprécier. Le sourire qui se dessina créa un nouveau nœud au creux de son estomac. Partagé entre la frustration et le désir, Isdès se contrôlait tant bien que mal. Ne pas être l’enragé qui prenait tout à cœur et ne pas être le passionné qui souhaitait réitérer ce qu’ils avaient à nouveau partagé, la nuit tombée. D’une facette ou de l’autre de son être, l’Athna n’était plus rien. Il oscillait entre deux eaux, ballotté dans le vide et n’inspirant que le néant. Il n’était plus personne à ses côtés. Toute son identité était remise en question. Murphy prononça son nom et Isdès lui accorda toute son attention. Elle pouvait le supplier de remonter le temps, d’invoquer la nuit, ce n’était pas en son pouvoir. « Taim don kom op. » souffla-t-il de sa voix rauque, encore enrouée par le sommeil. Peut-être fallait-il combattre le mal par le mal et ne pas s’éterniser dans une bulle qui allait éclater trop vite. Mais les gestes qu’il avait envers elle étaient trop paradoxaux pour que son avertissement soit pris au sérieux. Il ne résista pas au besoin d’embrasser sa nuque qui lui était offert depuis qu’elle lui faisait face. Avant, il prit soin de dégager les cheveux qui lui entravaient le chemin, d’un geste pressé. Si l’attitude de Murphy était empreinte de tendresse, c’était plus difficile pour Isdès. Elle n’avait pas idée des efforts qu’il faisait pour elle, mais c’était compliqué de ne pas être soi-même.

« Taim gon gyon op. » Il força son corps contre le sien pour la forcer à se mettre sur le dos. L’homme se redressa, assis sur ses chevilles. Face à elle, il adoptait une position de conquérant, là où une fois de plus, elle lui était soumise. Il tira fermement sur ses jambes pour l’attirer à lui avant de fondre sur elle, tel le prédateur. Son tee-shirt relevé, son ventre fut parsemé de baiser brûlants, de baisers impatients, de baisers frustrés. Comme s’il cherchait à la dévorer en toute hâte avant qu’elle ne s’en aille, Isdès ne délaissait aucun centimètre de peau, laissant sa tresse lui chatouiller le flanc. « Taim gon we. » expia-t-il, une nouvelle fois, tandis qu’il remontait vers son regard noisette. Il était le porteur de mauvaises nouvelles, mais il en fallait bien un des deux. Le ton de sa voix était grave, mais la complicité trônait dans son regard. Il était hors de question qu’on la lui retire tant qu’elle ne lui aurait pas tourné le dos.

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06/12/2015 Lux Aeterna 30606 Sophia Bush Avengedinchains (vava) ; Oreste (image profil); Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 201


Sujet: Re: feel your love float astray ∞ isphy (trigger warning)
Dim 30 Juil - 0:40

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❝ Feel your love float astray ❞
Pamplemousse Cavendish & Myrtille Hakantarr
(1er au 8 mai 2117)


Pour la première fois depuis la disparition de Faust, le sommeil de Murphy ne fut truffé d'aucun piège, d'aucune embuscade. Son inconscient n'avait pas attendu qu'elle s'abandonne à ce besoin humain de laisser son cerveau se reposer pour l'attaquer de la plus vile des façons, à coups de cauchemars presque palpables et de retours nostalgiques auprès de souvenirs qui n'appartenaient plus jamais qu'au passé. C'était l'air frais et pur des montagnes, se répétait-elle en tombant progressivement dans le sommeil avant de reconnaître sans même un remord, lorsqu'elle était sur le point de partir dans cet autre monde qui n'appartenait qu'à elle, qu'il n'y avait qu'une seule parmi toutes ces montagnes pour lui prodiguer une telle sensation d'apaisement. Elle ne voulait pas encore se réveiller parce qu'elle avait dressé un mur entre leurs aventures et tout ce qui l'attendait au campement. Elle avait dressé un mur entre cette liberté nouvelle et le retour à tout ce qui faisait son quotidien, pour ce qu'il avait de plus morose et de plus terne. Tant qu'elle n'avait pas pris le chemin du camp, tant même qu'elle n'avait pas franchi ses palissades, elle resterait ici, auprès d'Isdès. Même cette caverne un peu lugubre qu'ils connaissaient déjà trouvait un nouveau charme lorsqu'il était là, lorsqu'ils trouvaient à nouveau le chemin l'un de l'autre ou s'effondraient l'un contre l'autre, lorsqu'il resserrait son étreinte autour de sa taille ou faisait à nouveau rencontrer sa nuque à son souffle à peine éveillé.

Murphy aurait pu rester de longues heures les paupières closes à espérer que rien ne voudrait troubler cet état de semi-conscience, mais malgré tout le soin qu'elle prenait à résister à l'appel de la réalité, elle se savait émerger progressivement, et avec la conscience réapparaissait doucement, un peu trop brusquement à son goût pourtant, l'appréhension de la séparation. Le mur s'effondrait à mesure que la lumière traversait la fine peau de ses paupières closes et heurtait ses rétines encore ensommeillées et bluffées de ce qu'elles avaient imprimé ces derniers jours. Elle se savait faire face à Isdès car elle pouvait sentir son souffle et ses lèvres avaient déjà trouvé sa peau, mais elle n'avait aucune idée de ce qu'il pouvait penser à cet instant précis. Elle voulait croire qu'il se perdait dans le charme de l'instant lui aussi, qu'il laissait ces dernières heures passées ensemble lui apporter une douceur qu'ils ne trouveraient sans doute plus avant un bon moment. Mais elle avait senti son poing se contracter contre sa peau un peu plus tôt, et elle savait qu'il avait quitté le monde des songes bien avant elle -ou qu'il avait rencontré un rêve à mille lieux de ce qui berçait ses pensées à elle. Elle respirait sa peau comme s'il lui était impossible de s'en rassasier; son esprit abandonnait peu à peu le présent pour s'angoisser de cet avenir fait de réveils sans lui, sans ses bras pour la serrer, ses doigts pour la trouver, son souffle pour la caresser. Sa voix semblait venue d'ailleurs mais elle ne fit aucun effort pour comprendre la portée de ses mots. Connecter ses neurones éveillerait son esprit pour de bon et il n'y aurait plus de marche arrière possible. De toute façon, elle n'avait pas besoin de le traduire pour avoir une idée de ce qu'il pouvait lui dire en un matin pareil. L'air frais qui caressa subitement son cou lui arracha un frisson mais il fut très vite remplacé par un contact beaucoup plus doux que ses cheveux. Lorsque les lèvres de l'Athna trouvèrent la peau de sa nuque, une poids gonfla brusquement à l'intérieur de son thorax et lui fit manquer une respiration. Elle réalisait qu'elle pourrait bientôt compter ces contacts pour ce qu'ils deviendraient de si rares. Elle réalisait qu'ils appartiendraient bientôt aux souvenirs et qu'il lui fallait les savourer doublement, pour maintenant et surtout pour demain, pour ces nuits froides et ces réveils glacés à venir. Sa main remonta contre les muscles de son bras et elle caressa sa peau du bout des doigts, pouvait jurer sentir les lignes bleues gravées dans sa peau qu'elle imaginait dans la pénombre de ses paupières closes, et remonta jusque sur sa clavicule et dans son cou chaud.

Elle n'eut guère le temps de profiter davantage et sentit le poids d'Isdès s'abattre sur elle, la faisant à nouveau rouler contre le mélange de pierre et de terre que leurs corps endormis avaient tiédi pendant la nuit. Ce n'est que lorsqu'il se détacha d'elle qu'elle daigna rouvrir une paupière. Elle grimaça un instant alors que le soleil reprenait sa mission d'éblouissement là où il l'avait laissée un peu plus tôt. Elle ne distinguait que la silhouette de l'homme dressé face à elle, dans un contre-jour parfait, et leva un main devant son regard pour éliminer la lumière superflue et apprécier les détails de sa stature. Il parlait mais elle, pour une fois, n'avait rien à dire. Sa langue dormait encore, ou son esprit, peut-être. Elle se contenta de sourire, encore à demi assoupie, lorsqu'il la tira à lui. La peau de son dos rencontra une pierre fraîche qui la fit frissonner mais Isdès ne semblait décidément pas prêt à la laisser plonger dans le monde froid qui les attendait en dehors de toutes leurs étreintes. Elle ferma à nouveau les yeux, juste quelques secondes, comme pour savourer l'attaque de son assaillant, et ne chercha même pas à étouffer les quelques soupirs de satisfaction qu'il pouvait probablement sentir naître au fond de ses entrailles. Elle remonta une jambe contre son flanc et l'autre escalada sa hanche pour s'y arrimer avec une douceur encore somnolente et engourdie. Sa main se perdit dans les cheveux de jais de la montagne et ses paupières encore lourdes s'ouvrirent sur le visage d'Isdès qui remontait vers elle. Elle sentait sa progression dans l'angle que prenait sa cuisse pour suivre le mouvement de l'homme et laissa sa main retomber à côté de son visage pour l'observer, les paupières mi-closes, alors qu'elle tentait de s'imprégner entièrement de ce moment et de la personne qui la réveillait de la plus belle des façons. Elle voulait que ses rétines soient marquées indélébilement de cette image et que sa peau se souvienne toujours du contact chaud des lèvres qui la dévoraient. Elle voulait se souvenir de ce regard vert qui la fixait de cette façon même au réveil, même avec les cheveux en pétard et après une semaine passée à crapahuter dans les montagnes. Elle voulait se souvenir de l'exact dessin décrit par la cicatrice impressionnante qui fendait son sourcil, elle voulait se souvenir des teintes exactes qu'avait pris l'hématome qui marquait sa pommette au cours de la petite semaine qu'ils avaient passée ensemble. Elle voulait se souvenir des milliers de frissons qui l'avaient électrisée dès qu'il avait posé les mains sur elle, au moindre baiser et à la moindre caresse, comme s'il était capable de la faire revenir des morts le jour où ses neurones n'étaient plus capables de produire leur propre courant électrique. « Pourquoi t'es pressé ? T'es attendu quelque part ? » Son voix étaient encore rauque et endormie mais son ton était aussi malicieux que celui d'Isdès était sérieux. Sa main monta jusqu'au visage d'Isdès et de la pulpe de ses doigts, elle effleura ses lèvres. Ses prunelles voguèrent d'elles à son regard à chaque détail de ses traits. Son autre bras restait inerte, à terre, près de son visage. Son index dérapa jusqu'à sous son menton pour l'attirer à elle, tandis que sa cuisse se resserrait autour de son taille pour le faire prisonnier. Son ventre restait noué à la fois à l'idée qu'il s'échappe trop tôt et à celle qu'ils s'échapperaient forcément trop tôt l'un et l'autre. Elle ne voulait pas voir où en était la course de l'astre solaire dans les cieux, car c'était prendre le risque de voir ces derniers instants disparaître. Elle préférait rester lovée dans l'incertitude du moment, s'imaginer que plusieurs heures s'étalaient encore devant eux comme une dernière promesse avant la séparation. « Et la fleur... comment va Edelweiss, aujourd'hui ? » demanda-t-elle finalement non sans personnifier la plante comme elle l'avait fait, taquine, depuis qu'elle l'avait trouvée sur les hauteurs. Elle tourna la tête pour la chercher sur la roche où elle l'avait laissée la veille. Ses sourcils se froncèrent lorsqu'elle constata que plusieurs pétales avaient volé à terre, au pied du rocher. Edelweiss était la première à périr de cette séparation, arrachée à sa montagne nourricière.

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Sujet: Re: feel your love float astray ∞ isphy (trigger warning)
Mer 4 Oct - 15:11

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Murphy se laissait faire entre ses mains, comme si elle avait complètement abandonné son être à la montagne. Isdès n’avait plus face à lui la céleste qui tentait de se débattre dans un environnement qui n’était pas le sien. Elle se fondait dans le paysage. Allongée, elle ne semblait plus prête à se relever et à quitter ce sol qui l’avait accueillie tant de fois, ces derniers jours. La jeune femme frissonnait sous ses doigts, sous ses lèvres. Il n’y avait plus aucune barrière, c’était peut-être le plus angoissant dans tout ça. L’Athna essayait de se convaincre qu’il n’y avait rien de plus à cela qu’une attirance irrésistible à laquelle chacun avait succombé. Ce n’était juste que deux corps qui s’apprivoisaient, sans mots, sans bruit. L’esprit était ailleurs, l’esprit refusait de s’immiscer dans cette étreinte. Le cerveau n’était qu’un nid à problèmes, il assombrissait tout ce que la chair briguait et remettait en question le naturel. Enfin, la jeune femme semblait avoir laissé de côté ses craintes et ses remontrances, celles avec lesquelles elle avait asséné l’inconnu pendant trop longtemps. Quand il lui rappela l’échéance à venir, elle préférait répondre sur le ton de la plaisanterie. L’homme vola une poignée de secondes, le temps de s’abreuver de son sourire, de ses yeux rieurs. C’était effrayant de se dire que lors de ce séjour, il avait été souverain de ses émotions. Il se rappelait l’indignation sur son visage quand il l’avait quittée, sous cette cascade. La déception dans son regard ne lui avait pas échappé, lorsqu’il s’était montré froid, la soirée suivante, pas plus que le soulagement d’être à ses côtés, une fois qu’elle s’était réveillée ici. Il ne voulait pas détenir autant de pouvoir. Il refusait d’avoir cette avance sur elle, parce que lui s’était correctement protégé d’une telle infiltration. Elle n’aurait jamais cette emprise, parce que l’Athna avait mis des décennies à bâtir ce mur de glace intérieur. Les fondations étaient solides, mais l’équilibre plus fragile que jamais. Il finit par répondre sur un ton parfaitement neutre : « Je suis toujours attendu. Moi garde des autres. » C’était bien pour cette raison qu’au lieu d’être simple éleveur d’oiseaux messagers, il avait également choisi la voie du guerrier. Déjà très jeune, il avait ressenti le besoin d’être celui qui se sacrifierait pour les autres. Égoïstement, il avait tout fait pour que le bien-être de sa communauté dépende de lui sans que jamais lui n’ait besoin de personne. C’était le comble d’un être solitaire qui s’était lié de toutes les manières possibles à sa famille de cœur.

L’index de la jeune femme effleura ses lèvres, taquinait sa barbe. Elle n’avait pas idée de ce qu’elle éveillait en lui : plutôt elle en avait eu qu’un bref et succinct aperçu. Si elle voulait le retenir, c’était le meilleur moyen. Son corps fut prisonnier par sa cuisse agile et déjà Isdès se sentait sombrer à nouveau. Ni l’un ni l’autre n’avait le pouvoir de suspendre le temps. Alors qu’ils batifolaient dans les bois, le monde continuait de tourner. Les Athnas continuaient de subsister et de méfier des Skaikru qui, eux, essayaient de trouver leur place sans prendre conscience des risques qu’ils prenaient. C’était deux univers qui étaient brutalement entrés en collision. La complicité charnelle qu’ils avaient réussi à construire en l’espace d’une semaine n’était que l’étincelle d’espoir après laquelle couraient les esprits les plus fous. Isdès s’efforçait d’être l’être de raison quand Murphy se complaisait dans ses mirages. Il resta près de son visage, à la dévorer du regard, en espérant qu’elle n’attise pas son désir à nouveau. Il pourrait rester une nouvelle journée entière, réclamant son corps, recueillant tout ce qu’elle était en mesure de lui offrir. Mais c’était l’heure. Le temps était venu de se séparer, sans espérer quoi que ce soit. Sans se fonder sur des espérances qui n’auraient rien de concret. Comme si le temps les rattrapait à toute vitesse, Murphy eut le malheur de l’interroger sur la fleur. Il n’avait pas besoin de lever les yeux pour savoir dans quel état elle se trouverait. La fleur des hauteurs, la plus robuste dans des conditions difficiles et pourtant la plus fragile, dès que les températures s’adoucissaient. L’Edelweiss ne supportait pas longtemps la lourde atmosphère des bois humides, à l’abri d’une quelconque brise salvatrice. Elle subsisterait vingt-quatre heures tout au plus, avant de rappeler à son cueilleur qu’elle n’était pas faite pour cette nature-là. Déracinée, elle se fanait rapidement, incapable de survivre loin de ses terres rocheuses. « Elle a besoin d’air. Elle supporte pas autre sol. » À contrecœur, Isdès usa de sa force pour se dégager de l’étreinte de Murphy. Il se pencha vers la fleur qu’il prit entre ses doigts épais. Maintes fois, plus jeune, il avait tenté de faire survivre une Edelweiss en dehors de ses collines montagneuses. Il avait tout essayé : recréer son environnement, l’acclimater peu à peu, mais rien n’y faisait. Comme lui, elle ne parviendrait jamais à s’adapter à un autre monde. « Si toi veux la garder, fais attention. Ne montre à personne. » L’Edelweiss était très prisée et outre les montagnes, elle ne poussait nulle part ailleurs. Il ne voulait pas risquer que les Skaikru viennent la chercher ici, parce qu’il s’était montré trop zélé en la montrant à Murphy. Il y avait déjà trop de choses qu’elle avait déjà vues. En silence, il commença à remballer ses propres affaires. Contrairement à elle, il ne voulait pas éterniser ce moment entre deux réalités. Il voulait rester ancré, ne pas perdre pied, jamais. Lui n’avait jamais été habitué au vide de l’incertitude.

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Sujet: Re: feel your love float astray ∞ isphy (trigger warning)
Ven 6 Oct - 1:57

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(1er au 8 mai 2117)


Le réveil était doux et chaud, il était confortable et réconfortant, il occultait les nuages qui s'approchaient, rappelait aux jours précédents. La lumière était vive, presque aveuglante pour les rétines encore ensommeillées de la brune, mais elle savait que c'était pas la plus grande menace qui se dressait devant elle, devant eux. Elle ne voulait pas finir de se réveiller car avec le jour venait la conscience de la séparation. Ces lèvres qui dévoraient son épiderme achevaient de la convaincre qu'il n'était pas nécessaire de faire face au monde extérieur; pas encore, pas tout de suite. Ses paupières ne se rouvrirent que pour détailler les traits de son visage, pour se tenter à la traduction des lueurs qui faisaient briller ses prunelles. Ils n'avaient pas besoin de se quitter maintenant. Ils avaient encore du temps devant eux; ils le prendraient, le temps. Car c'était trop brusque de s'imposer une telle torture après la semaine irréelle qu'ils avaient vécue, Murphy savait que la réalité saurait les frapper bien assez tôt. De son regard ambré, elle le suppliait presque de ne pas la laisser, de lui promettre qu'ils se retrouveraient à nouveau et que ces souvenirs ne se contenteraient pas de rester à leur état de simple pensée, de réminiscences amères car liées à un utopisme nouveau et espérées à la résurrection comme on espère ce que l'on sait impossible. Progressivement mais déjà trop brutalement, l'acide vérité se rappelait à elle. Elle voulait se perdre dans ces prunelles de jade, s'abandonner à tout ce que leur éclat était capable d'éveiller. Elle commençait déjà à la redouter, la plongée du retour, celle qui l'ensevelirait dans un quotidien dénué de ces étincelles qui avaient émergé de la rencontre des deux opposés. Le monde extérieur, hors de ces étreintes, était froid et fade. C'était au mieux la dernière fois avant de nombreux mois qu'elle se réveillait entre ses bras et sous ses caresses; et au pire, elle le savait probable, la dernière fois. Noyée dans son regard d'émeraude, elle se demandait s'il pensait à ces choses-là, lui aussi, s'il s'imaginait un retour à un quotidien après une telle rencontre, s'il s'interrogeait déjà sur leur prochaine réunion, s'il s'inquiétait qu'il n'y en ait jamais. Elle se demandait comment il visualisait leurs au revoir, elle se demandait s'il la regarderait partir et ce qui traverserait son esprit à ce moment-là. Elle se demandait si elle supporterait à nouveau cette solitude qu'elle avait pourtant tant chérie, et dont la présence d'Isdès semblait presque l'avoir écœurée. Un corps appelait l'autre et elle ne s'en surprenait plus. Ce manque qu'elle redoutait déjà ne survivrait peut-être pas à l'éloignement, reprendrait alors racine dans des retrouvailles savoureuses. Oui, elle scrutait ce regard comme si elle cherchait toutes les réponses à ces questions supplicieuses, caressait ces lèvres comme si elle appelait leur réconfort. Elle avait laissé depuis quelques jours la question suprême, l'inquiétude ultime, celle qui l'avait tétanisée lorsqu'Isdès s'était échappé de la cascade. Elle réapparaîtrait plus tard si elle la laissait faire. Les astres s'étaient déjà succédés beaucoup trop vite dans le cieux pour pouvoir lui laisser le temps de se rassasier de lui et elle avait alloué chaque parcelle de son esprit à ce qui comptait. Une demi-journée passée à s'ignorer était déjà trop cher payé pour des questions auxquelles elle n'avait pas de réponse et qu'Isdès semblait ignorer de tout son être. « Oui. Bien sûr. » Son sourire s'affaissa dans une expression de déception alors qu'elle comprenait qu'il n'abdiquerait pas, qu'il n'abandonnerait pas et ne s'abandonnerait pas. Des images de la nuit précédente s'imposèrent à son esprit et voilèrent son regard une seconde. Ce réveil ne serait pas tout à fait comme les réveils précédents, car il fallait qu'ils passent à autre chose, tous les deux, et que lui avait déjà commencé la traversée sans elle. Instinctivement, elle serrait un peu plus sa cuisse contre sa hanche, mais une mélancolie s'emparait d'elle progressivement alors qu'Isdès la forçait à plonger à son tour dans la réalité. « Alors elle est morte ? » Sa gorge se serra davantage encore et elle observait les deux pétales immaculés abandonnés au froid et à l'humidité de la caverne. Elle devait être presque être nue, à présent, Edelweiss.

La température chuta brutalement. Isdès s'était arraché à elle et elle frissonna subitement. Elle était déjà lâchée dans le monde extérieur, sans lui, dans le monde glacé et neutre du réel. Elle attrapa d'un geste vif la petite couverture qui avait glissé à côté d'elle et la rabattit sur elle. La roche à côté d'elle était encore chaude du corps de l'Athna, mais elle pouvait sentir chaque parcelle de pierre gelée, chaque particule d'air qui se frottait à la peau de son ventre désormais nue et exposée. Elle porta une main à ses yeux, qui subissaient à présent de plein fouet la lumière du petit matin sans que la carrure d'Isdès ne l'en préserve plus. « Elle fera partie de nos secrets, t'en fais pas », promit-elle d'un ton neutre, un peu maussade, recroquevillée sous le tissu, guettant d'un seul œil morne les gestes de l'homme. « Je la mettrai dans un livre. C'est une belle maison, ça, un livre. » Ce serait son petit jardin d'Eden, à l'est d'Eden. Si elle arrivait à la préserver jusque-là, Steinbeck saurait prendre soin d'Edelweiss. A présent silencieuse et immobilisée sous sa couverture, Murphy observait. Elle observait les gestes déterminés d'Isdès, la façon qu'il avait de réunir ses affaires comme s'il voulait en finir le plus vite possible. Le silence allongeait les secondes, leur donnait un goût acre, les rendait indigestes. Elle ne pouvait plus s'accrocher à lui et elle ne pouvait pas déjà le laisser partir. C'était l'intermédiaire désagréable où le monde se rappelait à elle en la confrontant à ce qui était encore mais ne serait bientôt plus. « Il fait froid. » Ses lèvres étaient toujours cachées sous sa couverture qui donnait à sa voix une tonalité feutrée et de laquelle n'émergeait qu'un œil et, un mètre soixante-trois plus bas, un orteil. « Je t'ai dit qu'on était en train de déménager ? » Elle n'attendait pas de réponse, parce qu'elle savait qu'elle ne le lui avait pas dit. C'était un secret bien gardé, presque une invitation masquée. « Tout le camp, je veux dire. Nous, les seconds arrivés, les Odysséens. » Elle se décida enfin à extraire ses lèvres du tissu pour être sûre qu'il l'entende correctement. « On monte vers le nord. On reprend les ruines près de la vieille bouche de métro. » Deux doigts émergèrent du tissu foncé pour lui frotter les yeux. Le monde était trop lumineux et froid. « C'est pas loin de la grotte qui brille. » Son œil guettait les réactions d'Isdès. Elle voulait lui hurler de lui accorder quelques heures de plus, de lui promettre que ce n'était qu'un début et pas une fin, mais Murphy retrouvait une réserve et une pudeur. Ils avaient chacun leur vie, et cette parenthèse n'avait été qu'une parenthèse, une brèche temporelle dans laquelle ils avaient plongé ensemble et qu'ils étaient voués à quitter tôt ou tard. Il était temps, elle le savait. Elle baissa sa couverture et tendit le bras vers le pull posé à côté d'elle, s'assit pour l'enfiler prestement, frémit à la rencontre du vide froid et de sa peau nue qui commençait à comprendre qu'elle avait été abandonnée par l'autre corps. « Juste pour que tu saches, je compte pas te le rendre », lâcha-t-elle avec un petit air de malice en tirant le col de la laine entre son pouce et son index. Elle s'appuya sur ses mains pour récupérer son sac un peu plus loin et sentit les anneaux glisser de sa nuque à plus bas sur la chaîne, s'arrêtant sur son thorax, à leur place. Isdès lui avait rendu ça, cette sensation rassurante du bijou qui vivait avec elle. Maintenant, il fallait qu'elle trouve de quoi protéger Edelweiss si elle voulait l'amener à destination. « Putain. Qu'est-ce qu'il fait froid. » Elle se laissa tomber assise, une jambe remontée contre elle, frissonnant du froid qui s’immisçait à travers son jean, et, fouilla dans son sac à la recherche de quelque chose de solide et rigide pour protéger leur fleur. Peut-être qu'il était encore temps.

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Sujet: Re: feel your love float astray ∞ isphy (trigger warning)
Lun 16 Oct - 22:28

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L’Edelweiss aurait dû rester là où elle était née. Isdès aurait sans doute dû ne pas la cueillir plutôt que d’espérer laisser à Murphy un souvenir qui ne serait pas indélébile. Cueillir une fleur, c’était croire à l’immortel, à l’impossible. C’était penser que le miracle du geste délicat suffirait à compenser le manque. C’était comme penser que le monde ne continuerait pas de tourner si tous les deux restaient là, blottis dans les bras l’un de l’autre. Il fallait faire face à la réalité avant qu’elle ne vous saute à la figure, telle une fleur flétrie qui, après des années entre deux pages d’un livre, se consumerait sitôt qu’on la toucherait. Isdès refusait de voir cette semaine mourir devant ses yeux, alors cette apathie lui devenait de plus en plus insupportable. « Oui, après que tu l’as arrachée à sa terre. » répondit-il, avec la plus grande honnêteté. La subtilité de la remarque lui échappait cette fois, ou bien préférait-il s’enfermer dans un pragmatisme salvateur. Murphy pouvait néanmoins la garder, si ça lui chantait, mais il doutait qu’elle puisse la préserver en l’état, beaucoup plus longtemps. L’Athna la mit néanmoins en garde sur la rareté de l’espèce et sur la convoitise qu’elle pouvait attirer si toutefois les mauvaises personnes avaient vent de l’existence de cette fleur. Il n’avait pas de compétences suffisamment développées dans le domaine des soins ou de la botanique pour réciter exactement ce dont cette plante était capable. Mais en plus d’être une plante odorante qui parfumait durablement, l’Edelweiss était très utilisée chez les guérisseurs de sa communauté. Tant de choses qui constituaient son atout principal mais aussi sa plus grande menace. Il rompit l’étreinte pour retrouver sa liberté et quand il l’observa se réfugier sous la couverture, ce fut lui qui frissonna. Il aurait voulu remplacer le tissu, s’en débarrasser car il dissimulait une des plus belles choses qui lui aient été données de voir. Chaque fois qu’il posait les yeux sur Murphy, la volonté inébranlable d’Isdès prenait un nouveau coup. Elle était la seule qui lui donnait envie de s’abandonner à sa paresse et à sa désinvolture. La déception dans sa voix était beaucoup trop palpable et elle l’attendrissait autant qu’elle l’agaçait. Qu’elle arrête de se laisser porter par ces émotions négatives, l’entrainant ainsi sur la même pente. Elle lui promit de la garder dans un livre et curieux, Isdès se promit intérieurement de vérifier cette histoire de livre. Était-ce de cette façon que les gens du ciel conservaient les choses fragiles ? Dans le savoir théorique ?

Il ferma son baluchon d’un geste sec sur la corde, à l’instant où Murphy se plaignit du froid. Il leva ses yeux d’ambre vers elle avant de lancer, sur un ton faussement réprobateur : « Évidemment. » Il la laissa interpréter selon son envie : qu’elle ne se couvre jamais assez ou qu’elle soit trop frileuse, comparée à lui, les deux justifications se valaient. Il esquissa un faible sourire qui disparut derrière une mine concentrée, suite à l’annonce de la jeune femme. Les Skaikru déménageaient. Ce qui aurait pu être une bonne nouvelle s’avéra bien plus inquiétante que prévu. Ils remontaient vers le nord. Ils se postaient en plein milieu du continent. Ils se rapprochaient des avenants Pikunis, de leurs semblables adolescents, mais également des Rahjaks sanguinaires et des siens, les Athnas reclus. Murphy put aussitôt lire sur son visage qu’il n’approuvait pas l’idée. Il garda le silence, les sourcils froncés, le visage teinté d’inquiétude. Comment les siens allaient-ils prendre la nouvelle ? Il était évidemment totalement exclus de leur cacher la vérité, d’autant plus qu’ils l’apprendraient bien assez tôt. Jusqu’ici, les natifs des montagnes avaient décidé de laisser le sujet des Skaikru couler tant que ceux-ci ne posaient pas de problème ou ne constituaient pas une menace directe pour le peuple terrien. Mais là, plus personne ne pourrait ignorer leur présence. Les Skaikru avaient-ils seulement conscience qu’ils n’avaient pas le choix de s’installer là où bon leur semblait. Il y avait des alliances, des territoires à prendre en compte. N’y avait-il donc aucune géopolitique dans les étoiles ou bien s’en foutaient-ils juste royalement ? Isdès refusa d’accorder à Murphy une réaction immédiate, car celle-ci serait loin de lui plaire. Il voyait bien qu’elle l’épiait du regard et si elle commençait à le connaître, elle comprendrait aisément qu’elle était sa position. Un désaccord qui n’était pas même atténué par l’idée que la jeune femme serait ainsi plus proche de lui. Ils seraient plus facile de se retrouver – ou simplement de se croiser si Isdès préférait que chacun reprenne sa vie de leur côté. Elle allait graviter autour de son environnement, l’éventualité de sa proximité allait le hanter, il le savait déjà. Se pourrait-il qu’il soit ne serait-ce que secrètement satisfait qu’elle se rapproche ? Ça, personne ne le saurait jamais.

Isdès interrompit son occupation quand l’étoile se décida enfin à émerger. Il l’observa calmement se saisir de son pull à lui pour l’enfiler et se protéger d’une brise inexistante. Murphy clama qu’elle n’avait aucune intention de lui rendre son vêtement et elle fut seulement accueillir par une expression semi-indignée, semi-amusée. Il se doutait qu’ils étaient mal équipés, mais à ce point... Il esquissa un bref sourire avant se contenter de dire dans un anglais très peu naturel : « Deal. » C’était comme ça qu’on marquait la conclusion d’un échange non ? Lui aussi aurait en quelque sorte un souvenir palpable d’elle, bien qu’il ne trouve aucun intérêt à garder un bout de dentelle blanche, réminiscence totalement abstraite d’un moment qu’il aurait voulu revivre encore et encore. Elle se plaignit du froid et cette fois-ci, l’Athna ne résista pas. « C’est ton excuse, c’est ça. » glissa-t-il, tandis qu’il s'accroupit devant elle. Il attrapa le col de son pull pour l'attirer vers lui. Son nez se nicha entre les mèches de cheveux, au creux de la nuque, à la recherche d’une chaleur dont il manquait déjà. Pas plus de trente secondes, se promit-il. Mais le désir physique était plus fort que tout, il s’en rendait compte. Comme pour compenser ce geste envieux, il déclara, sur un ton réellement réprobateur : « C’est pas bien de venir si haut. » Il retint difficilement l'envie de goûter de nouveau à sa peau et sa main vint attraper, plus fermement, son joli visage pour qu'elle l'écoute. « Skaikru ne connaît pas Athna. Le chef de vous a pas parlé avec notre chef. C’est dangereux comme endroit. Il faut des discussions, une paix. » Ses yeux se plongèrent dans les siens, perdus dans les méandres du souvenir, tandis que seule sa parole restait ancrée dans la réalité. « Tiens ton peuple. Empêche-les d’aller en haut. À l’est. C’est dangereux dans le désert. Et dans les montagnes. » Il expia l’ordre dans un souffle chaud : « Promets. »

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06/12/2015 Lux Aeterna 30606 Sophia Bush Avengedinchains (vava) ; Oreste (image profil); Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 201


Sujet: Re: feel your love float astray ∞ isphy (trigger warning)
Mer 18 Oct - 1:56

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❝ Feel your love float astray ❞
Pamplemousse Cavendish & Myrtille Hakantarr
(1er au 8 mai 2117)


La lumière s'infiltrait à l'intérieure de la caverne comme si elle y était chaleureusement invitée. Quelques dizaines de mètres plus loin, sans doute, l'obscurité dominait. Quelques dizaines de mètres plus loin résidaient probablement encore ces lueurs froides qui avaient transporté Murphy dans un autre monde, aidée sans doute par un crâne cabossé. Mais ici, si près de l'entrée, si près du monde, l'éclat du jour agressait presque les prunelles. La géologie des lieux se rappelait aux dos endoloris par l'angularité. C'était les corps qui s'adaptaient à la roche. L'air froid du matin de printemps attaquait les membres encore engourdis par le sommeil et s’immisçait dans les poumons. Il engageait à la paresse, un peu plus longtemps. Mais parmi toutes ces variables, une seule avait réellement arraché Murphy à son monde onirique. Le corps d'Isdès qui s'était séparé du sien; son souffle qui avait abandonné sa nuque, sa proximité qu'on lui avait volée, son poing qu'elle n'avait plus loisir d'apaiser de ses caresses endormies, ses cheveux qui ne chatouillaient plus son flanc. Ses lèvres qui avaient quitté sa peau. Sans lui, elle était nue. Sans lui, elle n'avait d'autre choix que de se laisser engloutir dans la réalité à nouveau, dans le froid et la clarté crue du petit matin. Elle n'avait d'autre choix que de faire face à l'expectative des prochaines heures, déjà, d'imaginer la séparation et le retour, d'imaginer les mensonges, là-bas, et la solitude d'un premier soir sans lui, d'un premier matin sans lui, d'une première journée sans lui, d'une première semaine sans lui. Edelweiss serait tout ce qui lui resterait, si elle n'arrivait pas à lui voler son pull. Fatiguée, triste, mourante... elle ne pourrait qu'être maladroitement préservée en l'état. Elle était morte depuis qu'elle avait quitté ses montagnes. « Mais elle a vu du pays... et elle est spécialement aimée », s'excusa presque la brune face aux accusations de l'homme, penaude, réalisant le ridicule de ses lubies. Isdès n'avait pu s'attendre à aucun moment qu'elle se contente d'observer la belle montagnarde. Elles avaient fait connaissance, toutes les deux, et en la glissant dans ses cheveux, l'Odysséenne avait cru se fondre au paysage et faire partie de ces montagnes, elle aussi. Laisser une empreinte dans ce monde, dans son monde à lui et dans le monde de la fleur. Avec Edelweiss dans sa tignasse emmêlée et Isdès à ses côtés, grimpant des sommets nouveaux, admirant des vues ensorcelantes, Murphy s'était sentie invincible. Maintenant, ni Edelweiss ni elle ne l'était plus. Elles étaient confrontées au mal des montagnes, à la nostalgie des hauteurs et des grandeurs.

Ici, le froid était mordant. Cachée sous sa piètre couverture, elle trouvait déjà le moyen de s'en plaindre, se préparait au moment où elle devrait abandonner le confort de la chaleur qu'elle s'évertuait à conserver tant bien que mal sous le tissu. Elle observait Isdès en silence, s'imprégnait de ses gestes, tentait d'ignorer son ventre qu'elle sentait se nouer à mesure qu'il semblait s'éloigner d'elle. Ses affaires à lui étaient prêtes. Est-ce que leur séparation ne dépendait dès lors plus que d'elle ? Elle croisa subrepticement son regard lorsqu'il lui répondit. Lui n'avait jamais froid. Il plongeait dans les eaux glacées sans frissonner, se permettait même de sourire de ces retrouvailles avec les eux de ses montagnes. « Trop froid, je veux dire. » Elle ne le quittait pas des yeux, lovée sous sa couverture, recroquevillée pour conserver sa chaleur le mieux possible. Le réel piquait.

Mais le réel, c'était aussi ce déménagement. C'était elle qui remontait vers le nord, s'approchait de cette grotte et aussi de ses montagnes à lui. C'était une distance qui s'effilochait, une information lâchée avec nonchalance, presque insouciance. C'était une main tendue, un petit espoir peut-être, la recherche d'une réaction qui ne venait pas. Il ne disait rien. Il ne disait rien mais son regard parlait pour lui. Il s'était fait dur et le silence était devenu pesant, lourd de sens. Elle n'aurait probablement pas dû. Parce qu'elle savait que l'équilibre de ce monde tenait à peu, la logique aurait voulu qu'elle se soit tue, qu'elle ait gardé le secret pour elle et conservé l'espoir dans l'incertitude, là où il ne pouvait pas mourir. Mais il y avait cet espoir qui la tiraillait, cette lueur qu'elle avait voulu voir s'éveiller dans le regard de l'Athna. La naïveté du souhait indescriptible, l'attrait d'une promesse, d'une ouverture, d'une continuité.

Mais de détailler ses traits et son regard à ce moment précis relevait presque de la torture. Qu'il se taise, qu'il n'exprime pas ses ressentiments, pas avec des mots. Murphy n'était pas prête à les entendre. Elle quitta la chaleur de sa couverture pour se rhabiller aussitôt, ajouter un pull sur son tee-shirt. Peut-être que c'était le départ dont elle avait besoin, le silence. Il lui vola un sourire sans même qu'elle ne s'en rende compte. Ses sourires à lui étaient rares et précieux. Aussi furtifs et discrets puissent-ils être, de chacun d'eux semblait naître un tout nouvel univers, à l'instar des supernovas éclatantes de lumière sur fond de ciel obscur. Elle attrapa ses affaires, un petit sourire toujours figé à ses lèvres, et se plaignit une nouvelle fois, fouillant avec détermination son sac pour trouver le repère idéal d'Edelweiss, celui qui l’amènerait à destination en limitant la casse. Car elle n'était pas morte, pas totalement; Murphy aimait à croire qu'elle lui offrait ainsi une forme d'immortalité, la découverte d'un environnement qu'elle n'aurait sinon pas connu. Elle, ce n'était pas à l'infini céleste qu'elle avait été arrachée, mais à la grandeur des montagnes. Elle découvrait un monde qu'aucune de ses congénères ne verrait jamais. Elle releva la tête de son fouillis pour fixer Isdès, qui se dressait devant elle, s'abaissa à sa hauteur. « Et alors... elle est bonne, mon excuse ? » Ses yeux brillaient d'un éclat nouveau; ses lèvres s'étiraient à l'extrême, creusaient ses joues en leurs coins, vestige génétique hérité d'Ofelia. Elle se laissa bien volontiers attirer à lui, espiègle, et se trouva agenouillée face à lui. Elle accueillit son souffle chaud au creux de sa nuque dans ce qui aurait pu s'apparenter à un ronronnement de félin. Elle ferma les yeux instant, juste pour savourer l'air chaud qui glissait sur sa peau froide, qui réveillait chacune de ses parcelles, qui la faisait frissonner. Elle avait tant espéré cet instant qu'il en devenait irréel. Parce qu'espérer ses lèvres ne serait bientôt plus suffisant pour les avoir, elle n'arrivait pas à accepter qu'elles puissent être là, cette fois, encore une fois, juste cette dernière fois. Il était penchée au-dessus d'elle, presque à sa merci, et Murphy se surprit à vouloir tout lui offrir. Ses doigts se perdirent doucement dans ses cheveux, puis trouvèrent chemin jusqu'à sa tempe, à sa joue. Son nez se perdit à la naissance de ses cheveux, respira sa chaleur. Ses lèvres collées à son front, elle se refusait à l'embrasser. Sa respiration confuse trahissait le tiraillement qui la déchirait. Il n'aurait pas dû la toucher; elle ne voulait plus le laisser partir. Elle ignora un instant la remontrance, perdue dans d'autres considérations, d'autres questions. Bien loin la déception de l'indifférence. Elle avait presque oublié ce qu'elle venait de lui confesser pour tous les siens et il la lui rappela en se saisissant de son menton. Il avait quitté le creux de son cou, là où il avait toute sa place. Ses yeux le dévoraient à présent, se nourrissaient de chaque éclat et de chaque relief qui prenait naissance dans la clarté des siens. Ils paniquaient presque, comme s'ils profitaient de proximité avant qu'il ne soit trop tard. « Je sais... on essaie de bien faire... » La rébellion et le Conseil, le Conseil et la rébellion, ou bien juste elle, juste elle et Tennessee, peut-être un peu Chris et Devos mais certainement trop peu d'entre eux. Elle ne pouvait pas brider tout un campement. Elle évoluait avec eux, couvrirait leurs arrières si leur maladresse se retournait contre eux. Elle faisait confiance au Conseil, s'était répété naïvement qu'ils n'avaient pas choisi ce lieu simplement parce qu'il était confortable. Le déménagement avait pris trop de temps pour qu'on ne leur fasse pas savoir que leur présence n'était pas désirée, si effectivement elle ne l'était pas. Elle s'était battue pour que les choses changent, pour qu'ils évoluent, abandonnent enfin le souvenir de leur station spatiale et de toutes les pertes dont elle était aujourd'hui devenue synonyme. Lui ne pouvait sans doute pas comprendre ça, le besoin d'un nouveau foyer juste pour avoir un vrai foyer, pour se donner le droit de penser à un lendemain. Mais il y avait les autres, ceux qui étaient nés ici, ce de qui cette planète avait toujours été le foyer, et Murphy ne les avait jamais oubliés. Elle avait espéré des rencontres secrètes, peut-être, que Richard ne lui dise pas tout ce qui se passait dans les hautes sphères. Ses doigts glissèrent à nouveau jusque ses lèvres, les caressèrent doucement, comme pour cueillir ses mots, comme pour les faire taire. Si les siens l'écoutaient, ils ne seraient pas là. Si les siens l'écoutaient, sa mère serait encore vivante, Faust serait encore vivante. Si les siens l'écoutaient, elle n'aurait jamais rejoint la rébellion. Elle était une Cassandre, Murphy, celle que l'on laissait s'épuiser à donner des opinions que l'on ne désirait pas. « C'est déjà ce qu'on essaie de faire », souffla-t-elle en laissant son nez frôler celui d'Isdès. « Je suis une guerrière, je contrôle pas les miens... mais ils devront me tuer pour me faire taire. » Ses genoux raclèrent le sol pour se rapprocher de lui et sa main se perdit dans sa nuque. Elle posa son front contre le sien, se perdit dans son regard et y vit toutes les images d'une semaine qui prenait fin; sa silhouette perdue au milieu de l'infinité sombre de l'eau, son ultime supplique avant l'abandon, son regard, ses râles, la cascade dans son dos, le silence, les retrouvailles, le miel, la marche et les hauteurs, la moiteur, les découvertes, le soleil, le froid et le feu, les étreintes, sa chaleur; lui, toujours lui. Le souffle brûlant qui titillait ses lèvres l'empêcha presque de reprendre la parole, la força à répéter quelques mots pour le convaincre autant qu'elle était convaincue. « Je te promets qu'ils devront me tuer pour me faire taire. » Et pour ne pas le brusquer, pour ne pas se brusquer, elle ferma les paupières, s'interdit de replonger dans les souvenirs. Ils n'apportaient que la nostalgie d'une semaine qui n'appartenait plus qu'à l'esprit. Doucement, elle chercha sa main et la caressa de ses doigts partiellement couverts par la laine trop grande. « Je serai ici à la fin du mois prochain... » murmura-t-elle juste pour lui, le front toujours collé au sien. « Je serai à la caverne bleue. »

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06/05/2016 Dandan/Sonia 250 Jason Momoa lux #demonkeur Garde pour sa tribu, il s'occupe aussi parfois des oiseaux messagers. 50


Sujet: Re: feel your love float astray ∞ isphy (trigger warning)
Dim 12 Nov - 19:41

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Les deux jeunes gens combattaient, de deux façons différentes certes, la même appréhension. Celle de voir l’autre partir, de retourner dans une routine qui n’avait rien à voir avec ce qu’ils avaient vécu une semaine durant. L’oubli pesait sur leurs prochains au revoir. Sans s’en rendre compte, l’homme et la femme étaient déjà en train de se tourner le dos. La céleste s’était perdue dans des considérations futiles. D’abord le sort d’une fleur qui n’existait plus dès lors que la main humaine l’avait touchée. Puis les températures printanières qui étaient pourtant loin d’être absolument désagréables. Elle se réfugiait dans les personnifications et l’emprise que son environnement avait sur elle, pour mieux éviter d’évoquer ce qui lui faisait mal à elle. Elle détournait l’attention sans comprendre qu’elle l’attirait d’autant plus sur elle. Quant au terrien, il s’était enraciné dans un pragmatisme inébranlable. Lui, au contraire, recherchait les conséquences directes de chaque acte, chaque fait. Il pensait aux lendemains, aux prochains objectifs qui occuperaient corps et esprit. Il faisait mine d’avoir tourné la page pour mieux cacher le fait qu’il n’était pas prêt de le faire. Et pourtant, c’était le même déni qu’ils partageaient. Cet instant était témoin de la différence qui les marquait encore. Isdès consentait à lui répondre par politesse, par pudeur peut-être même, afin de ne pas laisser son attitude le trahir. Les rares moments de proximité qu’il se permettait étaient aussitôt compensés par un recul, tandis que sa froideur était toujours teintée d’une chaude curiosité à son égard. Quoi qu’elle fasse, Murphy attirait toujours son œil. Où qu’elle soit, il était désormais persuadé de pouvoir la trouver, la reconnaître. Le temps d’une poignée de secondes, il l’autorisa à perdre ses doigts dans sa masse de cheveux tressés. Il n’aurait jamais cru qu’autant de douceur puisse l’apaiser momentanément. Il n’était jamais parvenu à apprécier la tendresse à sa juste valeur. Pour lui, elle s’apparentait à de l’indolence, de l’indécision, voire de l’apathie. Elle accaparait les sens et empêchait la réflexion. La tendresse était trop modérée, trop rien et tout à la fois, pour ne pas être dangereuse. Isdès avait pu le remarquer au fil de son enfance et c’était une façon de faire à laquelle il n’était plus acclimaté.

Finalement, l’Athna réagit à la nouvelle étonnante. Il la mit en garde contre les siens et contre les autres. Selon lui, ça relevait presque de l’irresponsabilité de s’installer là où bon leur semblait, sans se soucier du reste. La situation géopolitique était très précise ici, tant les tribus étaient différentes. Les alliances étaient fragiles et les rivalités avaient la dent dure, ce n’était pas pour rien. Honnêtement, il ne pouvait pas la blâmer de ne pas connaître un territoire dont elle ignorait jusqu’à l’existence même, il y a de ça quelques mois. Mais ils ne pouvaient pas se permettre d’agir de la sorte, alors qu’ils pouvaient être balayés de la carte en un assaut bien préparé. Il préférait lui faire peur et se faire l’avocat du diable, si seulement ça pouvait lui permettre d’aller prévenir les siens. Si elle avait un tant soit peu d’influence sur sa communauté, c’était de son devoir de les avertir de l’imprudence de leur décision et d’envisager une solution sur le long terme. Les Skaikru étaient intelligents, jusqu’ici, le court terme leur avait toujours réussi. Mais le jour où ils souhaitaient s’établir pour de bon, ils allaient devoir revoir leurs méthodes. Ils devraient prendre exemple sur leurs homologues plus jeunes. Catapultés dans un environnement hostile, il leur a fallu du temps pour s’acclimater et pour entrevoir une cohabitation relativement sereine. Encore aujourd’hui, nombreux étaient les Athnas qui ne faisaient toujours pas confiance en ceux qui étaient descendus les premiers. Alors que dire des suivants... Les doigts de la jeune femme vinrent caresser ses lèvres, comme une tentative de le faire taire. Mais elle savait qu’il ne se tairait pas. Jamais. La sincérité de son être, c’était ça qui l’avait fait survivre. Il désespérait déjà, redoutait le pire, tandis qu’elle essayait de le rassurer. Elle usa à nouveau de cette douceur qui se heurta à une méfiance extrême, et Isdès dût produire tous les efforts du monde pour ne pas s’écarter quand elle se rapprocha à nouveau.

L’homme soutint son regard autant qu’il put, afin de lui conférer la force nécessaire. Elle était une guerrière et elle allait devoir se battre pour se faire respecter dans ces nouvelles terres. Il ne l’aiderait pas, il ne pourrait pas l’aider s’il l’avait voulu. Il sentait Murphy se replonger dans ses souvenirs et il lutta pour ne pas l’imiter. Il garda les yeux bien ouverts, il garda ce contact réconfortant de ses genoux sur le sol. Ce lourd silence trouva sa fin, lorsqu’elle lui annonça finalement qu’elle reviendrait ici le mois prochain. La montagne en profita pour se dégager et se relever. « D’accord. » Il ne savait pas s’il la rejoindrait. Il ne savait pas s’il en avait envie ou si c’était une nostalgie dérangeante qui l’influençait. Il ne voulait pas faire de plans sur la comète. Il ne voulait pas lui faire de promesses qu’il ne tiendrait pas. Sans doute, elle comprendrait, sinon tant pis. Il s'occupa de remettre les lieux dans son état naturel, tandis qu'elle préparait ses dernières affaires. Puis enfin : « Fais attention sur le chemin. L’endroit change beaucoup avec le temps. » Il omit volontairement de lui préciser si ce conseil valait pour le chemin du retour ou une éventuelle nouvelle venue ici, le mois suivant. Isdès attrapa son sac. Il était temps de partir, le malaise dévorant son être. Prêt à se mettre en route, il se retrouva face à elle et il ne sut pas vraiment comment dire au revoir. D’ordinaire, la salutation polie selon les relations qu’il entretenait avec son interlocuteur aurait suffi. Mais avec Murphy, rien ne semblait suffisant, tout semblait différent. C’est bien ce qui le bloquait. « Bonne route, Skaikru. » Se refusant à lui offrir un nouveau contact, il se contenta d’un salut de la tête beaucoup trop cordial. Il lui adressa un dernier sourire fantôme avant de tourner les talons. Au bout de quelques mètres seulement, s’arrêta-t-il pour lancer à la volée avant de s’échapper. « Apprends à nager. Ça servira toujours. » La promesse inconsciente fila dans le vent, sous le couvert de la plaisanterie, formulation peu ordinaire, mais qu’est-ce qui l’était avec la fille du ciel ?

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06/12/2015 Lux Aeterna 30606 Sophia Bush Avengedinchains (vava) ; Oreste (image profil); Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 201


Sujet: Re: feel your love float astray ∞ isphy (trigger warning)
Dim 12 Nov - 23:13

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❝ Feel your love float astray ❞
Pamplemousse Cavendish & Myrtille Hakantarr
(1er au 8 mai 2117)


La tendresse avait goût de mélancolie. A cet instant précis, la tendresse des gestes de Murphy reflétait la séparation à revenir, la transformation d'une réalité en quelques bribes de souvenirs. Chacun de ses sens se repaissait de ce qu'Isdès avait encore à lui offrir malgré l'âpreté qui régnait en ces lieux depuis le réveil. Lui se pressait là où elle prenait son temps. Il lui avait fallu bien trop de temps pour s'arracher à ses rêves et à la chaleur réconfortante d'une couche partagée pendant la nuit. Lui se précipitait presque vers la sortie et le cœur de Murphy se serrait dès qu'il enfournait quelque chose dans son baluchon, dès qu'un de ses gestes démontrait de son empressement. Avait-il si hâte de la quitter ? De retrouver les siens, peut-être. Murphy, elle, n'avait pas hâte de retrouver les siens. Peut-être qu'elle aurait ressenti un manque dans une semaine ou deux, dans un mois, mais le seul manque qu'elle ressentait n'existait pas encore tout à fait. Car Isdès, il avait encore sa place ici, au creux de ses bras. Mais lorsque le souffle quitta sa peau, la séparation à venir se rappela à elle et elle accueillir les conseils de l'Athna avec une pointe de chagrin.

Elle ne connaissait pas tous tenants et aboutissants de ce déménagement. Elle savait juste qu'elle l'avait attendu trop longtemps, qu'elle avait rêvé d'un réel foyer à bâtir et à modeler au grès de leurs besoins. Elle avait trop vite fatigué de cette carcasse métallique qui laissait filtrer jusqu'au moindre flocon de neige un peu curieux et les souvenirs auxquels elle rappelait n'avaient jamais vraiment quitté les esprits. Ils vivaient à la fois sur Terre et dans les restes de leur ciel, et c'était un entre-deux qui esquintait et usait les hommes en quête d'un nouveau départ. Les promesses de prudence étaient soufflées avec ses tripes mais incompréhension. Malgré tout ce qu'elle pouvait lui reprocher, le Conseil ne pouvait pas avoir été imprudent au point de voler des terres effrontément. Ils étaient loin des Naoris, à présent, loin de cette seule solidarité qu'on leur avait offerte après la catastrophe de leur arrivée, et c'était quelque chose que Murphy n'ignorait pas. Tout l'environnement et toutes les circonstances changeaient ici, mais s'il y avait une menace, n'aurait-elle pas déjà frappé pendant leurs repérages, pendant leurs longs mois d'installation ? Pourtant, Isdès savait mieux qu'elle les équilibres et déséquilibres de ce monde et son regard dur trahissait ce qu'elle devinait être une part d'inquiétude. Pour elle ou pour lui ? Pour les siens, sûrement. Il serait grand temps que le Conseil se décide à entamer quelques discussions. Rien ne représentait pire menace que le silence de l'informulé.

Elle avait à faire chez elle; le Conseil et la rébellion avaient besoin de savoir ce qu'elle savait à présent, ils avaient besoin de connaître l'appel à la prudence. Ne pas trahir l'identité du lanceur d'alerte; voilà ce qui serait le plus difficile, mais elle n'avait aucun doute sur ses capacités à broder. Le ventre noué, elle leva les yeux vers la haute stature de l'homme qui s'était relevé. Elle sentait à nouveau le froid s'immiscer à travers la laine et attaquer ce qu'il avait laissé derrière lui. Les messages se faisaient de moins en moins clairs. Elle serait ici le mois suivant et il avait accueilli l'information avec une indifférence qui lui arracha un soupir las. Elle aurait aimé l'esquisse d'un sourire, peut-être, une lueur brève dans le regard. La semaine s'achevait sur ces mots, sur l'incertitude des retrouvailles et des intentions.

Mais puisqu'ils étaient inévitables, il fallait savoir faire ses adieux. Elle jeta sa besace par-dessus son épaule et réajusta sa veste par-dessus son pull. « Tant qu'il y a pas de neige... » se força-t-elle à plaisanter non sans faire référence à l'une de leurs aventures passées. Elle se demandait s'il serait là, le mois prochain. Elle se demandait aussi quel goût aurait les jours suivants, les semaines suivantes. Il lui semblait aujourd'hui que ses étreintes l'avaient toujours accompagnée et elle redoutait que le manque n'ait de cesse d'empirer. Elle le fixa silencieusement et un peu trop longtemps, peut-être, et passa la main dans ses cheveux pour s'accorder un peu d'aplomb. Elle n'arrivait pas encore à accepter de le voir tourner le dos ou de lui tourner le dos elle-même. La minute était plus que laborieuse et elle avait envie de goûter à ses lèvres, juste une dernière fois, mais se contentait de le fixer, ici, devant la grotte et à la lumière d'un soleil encore bien matinal. L'instant était presque gênant mais il retournait les boyaux. Elle se mordit la lèvre, fuit le regard clair qui la fixait. « Bonne route, Maunkru. » La réponse était un reflet insipide de l'au revoir d'Isdès. Voilà donc ses mots à lui; elle n'aurait pas le droit à ses lèvres. Le geste minimaliste de l'Athna la fit arquer un sourcil outragé mais elle vola le sourire fugace et l'observa s'enfoncer entre les arbres sur quelques mètres. Ça y était. Ça y était, c'était la fin de la semaine, de la montagne et des montagnes, la fin d'une parenthèse inespérée. Le roc retournait à sa terre et l'astre à son ciel. Elle fit volte-face à son tour, le cœur serré mais déterminée à gagner en détermination. Elle lui lança un dernier regard par-dessus son épaule et la voix grave retentit entre les arbres. « Si c'est une menace, j'ai pas peur », le taquina-t-elle la gorge nouée, immobile entre les hauts feuillus pendant quelques secondes, l’œil brillant. En quelques instants, il avait disparu et une part d'elle mourût d'envie de l'appeler pour retarder cet instant ne serait-ce que quelques minutes. Dans un soupir, elle se résigna et pensa aux siens. Le quotidien reprenait ses droits.


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