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˜˜˜˜˜˜feel your love float astray ∞ isphy (trigger warning)
maybe life should be about more than just surviving

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06/05/2016 Dandan/Sonia 238 Jason Momoa lux #demonkeur Garde pour sa tribu, il s'occupe aussi parfois des oiseaux messagers. 60


Sujet: feel your love float astray ∞ isphy (trigger warning)
Ven 7 Avr - 19:03

how the water seemed
to call your name

Murfi, rendez-vous à grotte qui t’a presque mangé (comme ça qu’on dit choj op ?) quand sprintam est là. Trois mois quand soleil réchauffe. Mai. Athna te montrera quelque chose de joli. Prépare affaires pour voyager. Pose pas de question, skaigona parle pas anglais. Hawkru.


J1 – DIMANCHE SOIR


Le message avait été clair, malgré une langue mal maîtrisée mêlée à sa langue maternelle. Quand Isdès était descendu aux alentours du camp des natifs du ciel, il avait chargé sa buse de remettre le petit papier sur lequel il avait gribouillé cette invitation. Une invitation qui avait davantage l’air d’un ordre dissimulé. Il savait que son oiseau ne reviendrait auprès de lui, qu’une fois la proposition entre les mains de sa destinataire. Après avoir équipé sa buse, l’Athna avait poursuivi la mission pour laquelle il avait fait ce voyage : ramener Thaïs à bon port. Il avait rédigé le mot, un soir, alors qu’ils s’étaient arrêtés pour passer la nuit. Il aurait pu demander à l’adolescente de l’aider à trouver les bons mots, à se faire parfaitement comprendre, mais quelque chose l’en avait empêché. Son orgueil débordant sûrement, certainement pas la honte de ne pas savoir parler l’anglais comme elle, mais peut-être une espèce de jalousie possessive, l’envie que personne ne sache de quoi il en retournait. La buse lui était revenue deux jours plus tard. Lui-même ignorait jusqu’aux raisons de ce message impulsif. Oui, l’initiative était survenue la veille tandis qu’il avait posé son regard sur les remparts, pour la première fois. Ce campement ne lui inspirait pas confiance. Il n’aimait pas ces manières de clamer ostensiblement qu’ils avaient les moyens de se défendre. Si toutes les tribus terriennes se soulevaient contre eux, ils n’auraient pas l’ombre d’une chance. Sur l’instant, il aurait pu tourner le dos à tout jamais à cette communauté qu’il ne comprendrait jamais, mais il avait ressenti la pulsion soudaine d’offrir une dernière chance à la jeune femme de s’extirper de cet univers qui l’engloutirait, tôt ou tard, par son incompétence en ces lieux. Alors ce soir-là, il avait envoyé cette ultime chance, non pas une tentative de réconciliation ou de construire une complicité inexistante, mais une main tendue pour qu’elle découvre les privilèges d’être un Terrien. Les privilèges d’être Maunkru. De plus...

Trois mois plus tard, à la lumière d’un feu qui crépitait joyeusement dans l’âtre de fortune, Isdès examina le pendentif oublié. En partant, celle qui se dénommait Murphy avait une fois de plus laissé un souvenir derrière elle. Le collier pour lequel elle s’était mise dans tous ses états avait glissé de son sac lorsqu’elle s’était relevée pour le quitter à jamais. L’Athna avait ramassé l’objet avant d’oublier de lui rendre, certainement distrait par une nouvelle remarque venant de l’impertinente. Malgré tout, il ne pouvait pas se résoudre à le garder indéfiniment. Il l’imaginait déjà devenir hystérique et faire ses grands gestes, une fois qu’elle s’était à nouveau rendu compte de sa perte. Il avait demandé à un forgeron Athna de lui tailler une nouvelle attache. Toute fine, elle était forgée dans une chute d’améthyste brute car bien plus répandue dans leurs montagnes que l’or. Taillée en forme de d’épingle, elle permettait à nouveau au collier d’être porté. Il avait réclamé cette pierre fine plutôt que du fer, pour une raison qui lui était inconnue. Murphy serait certainement soulagée de retrouver le bijou auquel elle tenait tant, quand bien même il n’avait plus la même valeur. Si toutefois elle se décidait à pointer le bout de son nez. C’était la seconde fois qu’il se rendait ici pour l’attendre. Peut-être qu’elle ne viendrait jamais, dans ce cas, il n’y avait plus qu’à tourner la page, ce qu’Isdès serait plus que ravi de faire. En cette mi-mai, le feu était amplement suffisant pour ne pas craindre de passer une nuit froide. Sitôt que l’hiver était passé, ce n’était qu’une affaire de confort pour l’Athna. Il avait abandonné ses peaux pour une simple veste doublée de fourrure. Ses cheveux étaient détachés, seules quelques mèches étaient rabattues derrière son crâne pour dégager son visage. Sur territoire conquis, il n’en restait pas moins méfiant. Avec les beaux jours, arrivaient souvent les ennuis. D’ailleurs, lorsqu’à quelques mètres de l’entrée de la grotte, Isdès entendit les feuillages bruisser sous le poids d’un être vivant, il glissa une main prudente sur son arc, prêt à dégainer si une menace se révélait. Murphy. En toute spontanéité, il tomba presque des nues en l’apercevant s’avancer vers lui à l’orée de la nuit. Il prit pour de la surprise, ce qui semblait plutôt être du soulagement. Elle était venue. « J’ai cru que toi perdue encore. » Il leva les yeux vers elle, un sourire mauvais en coin. « Je serai pas venu te chercher. » Il savait qu’elle avait dû faire au moins une journée de voyage pour arriver jusqu’ici et vu qu’une seconde journée de marche l’attendait, il n’attendit pas pour reprendre son rôle de chaperon. « Viens te reposer, demain long marche. » Isdès détourna ensuite la tête d’elle, s’affairant à couper la biche qui avait cuit depuis la fin d’après-midi. Juste avant de mettre les mains dans la viande, il lui tendit sa chaîne, le pendentif suspendu dans le vide au-dessus des flammes. C’était une récompense pour ne pas s’être montrée aussi réticente qu’il l’avait cru.


Dernière édition par Isdès Hakantarr le Mer 19 Juil - 22:27, édité 7 fois

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06/12/2015 Lux Aeterna 29545 Sophia Bush Avengedinchains (vava) ; Oreste (image profil); Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 160


Sujet: Re: feel your love float astray ∞ isphy (trigger warning)
Ven 7 Avr - 21:17



❝ Feel your love float astray ❞
Pamplemousse Cavendish & Myrtille Hakantarr
(1er au 8 mai 2117)


« Je vais voir les jeunes. » Murphy repensait en boucle aux explications qu'elle avait données à Richard avant de s'éclipser. Se libérer une semaine, ce n'était pas rien. L'information remonterait probablement jusqu'au Conseil et elle ne voulait pas mettre le chef de la garde dans une situation inconfortable. Il fallait redistribuer ses gardes et ses patrouilles, et même si c'était monnaie courante au sein de la garde pour aider chacun à ses propres occupations, Murphy avait conscience de s'engouffrer dans un inconnu total. Ses justifications n'avaient rien d'anormal, mais elle savait, même si elle était la seule, que les projets qui se cachaient derrière étaient bien loin du courant. C'était la première fois qu'elle mentait à Richard aussi effrontément et elle ne savait même pas pourquoi elle en ressentait un tel besoin. Ces quelques lignes griffonnées étaient secrètes, un petit monde qui renaissait au creux de ses doigts dès qu'elle posait le regard dessus. Même Richard, son cher Richard, n'avait pas droit de regard sur ce monde étrange qui naissait en elle dès qu'elle laissait son esprit vagabonder du côté de cette grotte aux lueurs bleutés qui les avait accueillis et l'avait bercée jusqu'aux frontières d'une quiétude qu'elle n'avait jamais connue avant et n'avait plus connue depuis. Mais elle le savait, Murphy n'avait jamais quitté le campement autant de temps et à l'aveugle. Elle s'en remettait totalement au souvenir d'un visage qui était censé appartenir au passé, et espérait de tout son être qu'il quitterait les tréfonds du révolu pour réapparaître à l'horizon.

Elle s'était assise quelques minutes pour boire au pied d'un arbre, calée au creux de ses épaisses racines, et avait délicatement sorti le morceau de papier abîmé de la poche intérieure de sa veste où elle le gardait précieusement. Elle la relit une énième fois alors qu'elle la connaissait par cœur, caressa l'encre du bout des doigts, espéra secrètement ne pas se tromper de direction ou de date. Elle regretta un instant de ne pas avoir pris son chien avec elle, mais était persuadée que Tennessee s'en occuperait comme elle savait si bien le faire, avec une tendresse et une bienveillance infinies. Elle montait vers le nord, vers un secret qui n'appartenait qu'à deux personnes et à un troisième être ailé qui les liait sans cesse. Elle essuya sa bouche et rangea sa gourde dans son sac qui n'avait jamais été si rempli. Elle y avait glissé pulls, t-shirt et jeans, mais aussi de quoi se nourrir quelques jours, à défaut de pouvoir arracher plus de provisions aux responsables du garde-manger. Elle avait du laisser à contrecœur la fourrure offerte par Elias sous son lit, l'avait pliée précautionneusement avant de la cacher avec ses quelques rares affaires. Depuis qu'elle avait perdu son collier, cette grande couverture était devenu, avec l'anneau de Faust retrouvé dans les bois, ce qu'elle avait de plus précieux. Elle repensait souvent à sa chaîne et à l'anneau de sa mère; elle était persuadée de l'avoir perdu quelque part entre la grotte et le camp, ce qui laissait un terrain bien trop vaste à couvrir pour les retrouver. Elle ressassait les paroles d'Isdès pour se consoler; il avait raison, après tout, ce n'était qu'un objet. Au final, les mois lui avaient bien prouvé que ses souvenirs n'étaient pas attachés à quelques atomes d'or fondus ensemble dans un anneau et sa chaîne. Mais elle était encore parfois prise de panique lorsqu'elle cherchait du bois des doigts le bijou et ne rencontrait que sa peau nue.

Les jours étaient déjà bien plus chauds qu'un mois auparavant seulement. Les vents étaient doux, le soleil réchauffait les peaux encore frissonnantes de l'hiver. La neige avait quitté les sols qui s'éveillaient doucement de leur torpeur glaciale, et les arbres eux-mêmes se paraient déjà de couleurs caractéristiques d'un monde qui renaissait du rien des quelques mois sévères de l'hiver. En se relevant, Murphy hésita même à ôter sa veste mais se raisonna au dernier moment, rangea la petite lettre contre son cœur, attrapa son arc et reprit sa marche.

Elle guettait d'un œil affûté les parages, cherchait déjà des traces de l'Athna alors qu'elle se savait encore bien loin de sa destination. La route était longue jusqu'à la grotte ensorcelée, mais elle angoissait à l'idée de ne plus la retrouver. Elle était tombée dessus -ou plutôt dedans- par le plus grand des hasards, et n'en était pas ressortie avec toute sa tête. Elle devrait donc faire confiance à son instinct.

« Depuis Noël, je dois leur manquer. » Murphy ne savait pas si bien mentir que ça, et encore moins pour ces choses-là et à Richard. Elle repassait encore la scène dans sa tête en marchant d'un rythme soutenu. Elle se demandait s'il n'avait pas vu clair dans son jeu dès le début, et plus elle y repensait, plus la brune voyait se dessiner sur le visage de Richard un sourire espiègle et incrédule. Il semblait à Murphy qu'il avait toujours su voir clair dans ses mensonges, les plus innocents comme les plus importants. A lui, pourtant, elle n'avait jamais réellement menti. Elle se demanda un instant ce qu'il penserait de cette escapade. Il la qualifierait sans doute de risquée, de naïve, voire de ridicule. Peut-être aurait-il raison, d'ailleurs. Peut-être Myrtille comptait-il là se payer sa tête. Peut-être qu'il allait faire d'elle un menu pour cinq personnes ou un jeté de lit dont il se vanterait auprès des siens. Mais parmi le peu de choses qu'elle savait de lui, il y avait cette bienveillance qui semblait l'agacer lui-même au plus haut point, celle qui l'avait forcé à plonger avec elle dans l'obscurité de la caverne, celle qui l'avait poussé à la porter à travers l'étroite galerie dans laquelle elle s'était salement écroulée, celle qui l'avait obligé à lui accorder quelques minutes de repos, une épaule confortable et un morceau de sa fourrure protectrice. Isdès ne lui avait pas tendu de guet-apens, elle était persuadée, mais cette seule conviction ne clarifiait pas pour autant toute la brume qui couvrait ses intentions de mystère. Quelque chose de joli, c'était tout ce qu'elle savait. C'était quoi, quelque chose de joli ? Il allait lui tendre un miroir ? Elle s'esclaffa silencieusement à sa blague, s'imaginant le regard noir qu'il lui aurait lancé si elle avait eu l'occasion de la lui faire.

Elle tournait en rond, il n'y avait pas d'autre choix possible. Elle était persuadée que c'était à cet endroit qu'elle avait glissé à l'intérieur de la caverne. Si elle avait l'occasion de tomber à nouveau dans cette fosse qui lui apparaissait à présent comme infinie, elle retrouvait peut-être même quelques traces de son propre sang -ou son collier. Elle soupira en se redressant et guetta des deux côtés. Ils étaient partis à la gauche de la caverne pour en sortir; elle chercherait donc la sortie à l'ouest. Elle longea la petite butte pendant ce qui lui parut être une durée interminable. Elle commençait à être fatiguée; la fraîcheur tombait peu à peu sur la forêt et le soleil se couchait déjà, laissant filtrer entre les arbres une couleur chaude qu'elle ignora involontairement, trop préoccupée par l'idée de s'être fourrée dans un merdier sans nom. Il n'était peut-être même pas là. Peut-être l'avait-elle manqué à quelques heures ou jours près, ou peut-être la manquerait-il à quelques heures ou jours près. Elle soupira, ses pas se faisant de plus en plus lourds, avant de s'arrêter brusquement, le regard rivé vers une lueur qui s'élevait à travers les hauts arbres dont la naissance semblait se faire sous la protection de la haute butte. Elle remercia intérieurement le hasard et tous ces dieux auxquels elle ne croyait pas et, un sourire soulagé bloqué sur son visage, reprit vivement sa marche jusqu'à ralentir, malgré tout prudente, à l'entrée de la grotte. En reconnaissant Isdès, son visage éclata de bonheur et elle manqua de se jeter dans ses bras, tout juste retenue par la remarque qu'il lui fit, fidèle à lui-même. « Je me perds jamais... » lâcha-t-elle par pur automatisme, sans perdre une once d’espièglerie. « Menteur. Tu serais carrément venu me chercher », fit-elle remarquer avec un sourire taquin en posant son arc contre la roche, près d'Isdès. Elle l'observa une seconde, silencieuse, le cœur gonflé d'une drôle de sensation qu'elle n'aurait su décrire. Elle avait retrouvé sa Myrtille. Non, la Myrtille. Elle avait retrouvé Myrtille. Peut-être étaient-ils voués à toujours se retrouver, après tout, quelles que soient les raisons et quels que soient les hasards. « Longue marche ? On va où ? » s'enquit-elle, curieuse, en laissant lourdement son sac tomber à côté de l'arc. Elle posa son regard sur le feu non sans un sourire. Il semblait lui confirmer chaque fois qu'elle le voyait qu'il gérait tout pour lui et pour eux deux. Ses peurs et ses inquiétudes se floutaient en sa présence parce qu'il savait les étouffer sans même s'en rendre compte.

Son pupilles furent attirées par la main qu'il tendait en sa direction, et elles y glissèrent d'abord brièvement avant de s'y accrocher pour de bon. Ses poumons se gonflèrent brusquement alors qu'elle se saisissait, tremblante, de la chaîne. L'anneau au creux de sa main, Murphy restait médusée et finit par accrocher le regard d'Isdès. Les larmes aux yeux et sans attendre une seconde qui aurait pu la faire reconsidérer son geste, elle se jeta dans les bras de la Myrtille, le poing fermé autour du bijou et le serra contre elle de toutes ses forces. « Tu l'as trouvé où ? » Ses mains s'étaient posées sur les larges omoplates de l'Athna et elle renifla bruyamment pour contenir son émotion. Elle finit le lâcher, bien consciente de l'avoir piégé dans une proximité dont il n'était pas friand, et ouvrit sa main sur le bijou. L'attache était soigneusement réparée, plus belle encore qu'elle l'était auparavant. Son index frôla la pierre et elle l'ouvrit précautionneusement, ôta de son majeur l'anneau de Faust qu'elle avait trouvé quelques mois plus tôt et le glissa auprès de celui de sa mère. Les deux femmes de sa vie retrouvaient leur place contre son cœur. « Qu'est-ce que c'est ? » demanda-t-elle en laissant les deux anneaux se rencontrer dans un tintement métallique, le regard rivé sur la pierre violette. « C'est superbe... » Elle porta le collier à son cou et l'accrocha malencontreusement dans ses cheveux, qu'elle fit finalement glisser sur ses épaules en se retournant pour laisser à Isdès le soin de s'occuper de la manœuvre délicate. « Tu peux m'aider ? Je veux pas qu'il se casse encore. » Car après tout, c'était lui qui lui avait arraché le bijou; la boucle se bouclait.


Dernière édition par Murphy Cavendish le Jeu 27 Avr - 3:03, édité 1 fois

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06/05/2016 Dandan/Sonia 238 Jason Momoa lux #demonkeur Garde pour sa tribu, il s'occupe aussi parfois des oiseaux messagers. 60


Sujet: Re: feel your love float astray ∞ isphy (trigger warning)
Jeu 13 Avr - 23:21

how the water seemed
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La possible absence ou présence de la native du ciel n’avait pas été réfléchi outre-mesure. Tout comme il ne gambergeait pas sur ses décisions antérieures, il faisait le choix de ne pas spéculer sur ce qui pourrait arriver. C’était quelque chose qui n’appartenait qu’à lui, un des rares traits de sa personnalité qui n’avaient pas été motivés par son appartenance aux Athnas. Même si Isdès se caractérisait d’abord par la tribu dans laquelle il était né, il n’en demeurait pas moins un individu qui avait besoin de se construire lui-même. Cette faculté de se détacher de tout, il l’avait apprise pour ne pas en subir les répercussions. D’abord, à ses dépens, puis au fur et à mesure, c’était devenu une habitude. Il croyait être imperméable aux regards des autres, aux conséquences de ses actes, mais quelqu’un lui avait fait prendre conscience que ce n’était pas une qualité acquise. Aujourd’hui, il combattait encore pour ne pas subir les affres des regrets et des remords, parce qu’il n’était qu’un homme. Alors que Murphy vienne ou non, c’était un détail officiellement insignifiant. Soit elle venait, elle retrouvait son collier et elle pourrait profiter d’une vue inédite sur le continent ; soit elle lui tournait le dos à jamais et sans doute trouverait-elle un autre réconfort ailleurs. Le fait qu’il était intérieurement heureux de la voir apparaître ne concernait que lui. Elle n’avait pas besoin de le savoir. Une fois de plus, Isdès la trouvait changée physiquement. Près de quatre mois étaient passés. Le rude hiver n’avait aucunement entamé la fraicheur de son visage et les formes de son corps. Débarrassée des couches de manteaux, il faisait face à une femme active, quelqu’un qui n’avait pas peur de se mouiller. Il avait beau l’avoir trouvée chaque fois dans des situations embarrassantes, elle ne s’était retrouvée là que parce qu’elle était partie à l’aventure sans rien demander à personne. À la lueur de l’âtre de fortune, elle paraissait presque être dans son élément. Son visage semblait presque trahir de la satisfaction de se retrouver là. Peut-être que l’ambiance était mauvaise dans son camp. Et ce sourire... Isdès ne fut que trop soulagé quand elle ouvrit la bouche, une fois de plus sur la défensive. Sa verve, en revanche, ne s’était pas améliorée depuis. L’hiver n’avait-il pas provoqué une ou deux petites extinctions de voix dont il aurait pu brièvement profiter ? Un sourire en coin, il ne manqua pas de lui jeter un regard franchement dubitatif lorsqu’elle affirma qu’il serait venu la chercher. Certainement pas. La fierté de l’homme avait ses limites et la demoiselle l’avait déjà tant de fois outrepassée. Intrigué, il laissa son regard trainer sur l’arc qu’elle venait de déposer à ses côtés. Comment s’était-elle confectionnée une telle arme ? Les natifs du ciel avaient peut-être bien plus de compétences en matière de survie qu’il ne l’aurait pensé. Elle lui demanda où ils allaient et Isdès retrouva tout son sérieux pour lui dire, mettant un terme à la tentative de percer le secret : « Si je voulais te dire, j’aurais écris. »

Pour détourner son attention du sujet, il n’attendit pas pour lui rendre son dû. Il espérait néanmoins que les réparations que son camarade avait faites ne la frustreraient pas. Il espérait qu’elle ait un tant soit peu de gratitude pour l’homme qui avait travaillé des heures pour lui permettre de porter à nouveau son pendentif autour du cou. Et la réaction ne se fit pas prier. Dès que la chaine avait quitté sa main, Isdès s’était tourné vers la viande fumante avant d’être interrompu par l’étreinte soudaine de la jeune femme. Les bras ouverts, pantois, il lui fallut quelques secondes pour réaliser qu’elle était contre lui. Il ne répondit pas quand elle l’interrogea et se força volontairement à ne pas resserrer cette proximité incongrue. Elle était trop intrusive, indésirable. Surtout, elle ne venait pas de sa propre initiative, lui, l’homme qui respirait, qui répondait par les actes. C’était à lui de décider. Son cœur qui battait la chamade contredisait son corps de marbre et sur l’instant, il fut soulagé que personne ne puisse lire dans ses pensées. Une fois qu’elle l’eut libéré, il consentit à lui donner des explications : « Dans la grotte. Quand nous partis. » Aussitôt, il plongea les doigts dans la carcasse pour être tranquille et terminer de couper les morceaux. Il ne levait les yeux de sa tâche que pour épier du coin de l’œil Murphy qui examinait son présent. Elle aimait. Elle aimait la couleur de la pierre – ou peut-être l’attention tout simplement. Isdès parut se souvenir brusquement qu’il ne fallait pas prêter des intentions ou des émotions aux gens qui ne les exprimaient pas clairement. L’interprétation était la pire des ennemies de la spontanéité de l’être humain : c’est ce qui avait entraîné des années de progrès social à la catastrophe.
Sur l’instant, il ne sut pas quoi lui répondre. Il n’avait absolument aucune idée de l’appellation de cette pierre dans sa langue à elle. Il haussa les épaules. « Presh bouda... Amethysta. Athna, cette couleur de pierre. Les tribus ont d’autres. » Une fois qu’il eut fini de préparer la biche, il jeta la carcasse plus loin, laissant le loisir à sa buse ou à d’autres charognards de se délecter. Elle lui demanda alors de l’aider à l’accrocher et Isdès prit soin de s’essuyer les mains sur son pantalon avant d’ajuster l’attache de ses gros doigts maladroits. Il n’était pas fait pour les travaux délicats. Ce fut fait et il s’empressa de se réfugier une fois de plus derrière ses responsabilités. « Tiens, mange. » Il montra l’exemple. Il sortit une fiole de son sac et en versa un peu de contenu sur sa tranche. C’était du miel. « Ce soir, il faut dormir tôt pour se lever tôt. Avec la chaleur, bêtes sortent des cachettes. Le feu les éloigne mais pas pour longtemps. Il faut partir à l’aube. » Il se régalait, complètement féru du sirop que leur rapportaient de temps en temps les Naoris. « Encore une journée de marche, après. Nous camperons encore et arriver vers midi à l’endroit. » Malgré lui, il se sentait de plus en plus excité à l’idée de lui montrer un paysage qui n’existait qu’auprès de son village. Pour la première fois, Murphy pouvait sans doute trouver dans son regard une pointe de malice et de connivence. « Bonne fin d’année dans ta tribu ? » Thaïs lui avait parlé de cette fête, vestige d’une ancienne religion aujourd’hui totalement disparue au sein de la civilisation Terrienne. « No...el ? » Aussi étrange que cela puisse paraître, Isdès était totalement intéressé par les réponses de la jeune femme. Et aussi perturbant que cela puisse paraître, l'anglais d'Isdès avait beau s'être amélioré, sitôt qu'il s'adressait à elle, c'était comme si les mots lui manquaient, comme s'il voulait se rappeler perpétuellement qu'il était Maunkru.

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06/12/2015 Lux Aeterna 29545 Sophia Bush Avengedinchains (vava) ; Oreste (image profil); Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 160


Sujet: Re: feel your love float astray ∞ isphy (trigger warning)
Sam 15 Avr - 3:06



❝ Feel your love float astray ❞
Pamplemousse Cavendish & Myrtille Hakantarr
(1er au 8 mai 2117)


Les températures n'étaient pas encore à leur apogée, mais l'hiver avait bel et bien laissé sa place aux premières douceurs printanières. Il ne s'agissait pas seulement du vent qui était moins piquant ou des arbres qui retrouvaient doucement leurs teintes de jade; pour Murphy, c'était un tout, un ensemble d'espoirs qui revenait à la vie après quelques trop longues semaines qu'elle avait passées enfermée dans un périmètre restreint. C'était les vents plus doux qui soulevaient ses cheveux sans lui arracher des larmes de douleur, c'était la forêt qui s'épaississait à nouveau de ces couleurs chlorophylliennes qui la réanimaient, c'était la liberté des longues marches, l'excitation de la curiosité qui pouvait à nouveau être assouvie, le réveil ultime, le retour à tout ce qui la faisait aimer ce nouveau monde. Et, au milieu de toutes ces raisons en était née une toute nouvelle qui emplissait son cœur d'une joie qu'elle n'avait pas même envie d'étouffer. Au milieu de toutes ces raisons se cachaient deux grands yeux verts qui la regardaient avec fureur et l'appelaient au nord. Une lettre. Une seule lettre, quelques mots maladroitement griffonnés en anglais et elle aurait pu jurer pouvoir vivre dans un éternel hiver, tant que cette lumière-là éclairerait sa vie.

La marche avait été longue mais déterminée. Elle réalisa à peine qu'elle avait retrouvé Isdès lorsqu'elle fit face à sa immense carrure; il était à la fois le même et si différent. C'était peut-être ses cheveux lâchés ou la longue fourrure qui ne le couvrait à présent plus, mais Murphy aurait probablement misé sur cette chose étrange qu'elle avait ressentie en lisant les quelques mots qu'il lui avait adressés. Ainsi donc, il n'était pas totalement prêt à la laisser retourner à sa vie, lui non plus. C'était un défi pour l'un et pour l'autre, peut-être, que de s'affronter encore une fois, mais la brune saisissait l'invitation comme une opportunité, pas seulement de voir du pays, mais de revoir, peut-être une ultime fois d'ailleurs, le premier Athna dont elle avait croisé le chemin. Leurs adieux en avaient-ils jamais été ? Cette seule question l'avait fait sourire à plusieurs reprises lorsqu'elle avait lu et relu la lettre qu'il lui avait fait parvenir. Peut-être qu'il avait lui aussi conscience de ce nuage étrange qui semblait accompagner chacune de leur rencontre, et peut-être que lui aussi avait besoin de réponses. Mais avait-elle seulement des questions ? Elle n'imaginait plus les extérieurs de leur piteux campement sans Isdès. Il était là, quelque part dans ses montagnes ou à leur pied, dans l'immense forêt ou au fond d'une de ces grottes qui semblaient piéger tous les environs, à vivre de cette liberté à laquelle elle avait envie de goûter. Elle avait espéré, pendant quatre mois et à chacune de ses timides patrouilles restreintes, tomber sur lui, mais ça n'avait jamais été le cas. A croire qu'il attendait qu'elle soit en mauvaise posture pour se pointer. Alors oui, la marche avait été longue, mais son objectif avait été plus clair que jamais, plus clair encore que chacune de ses escapades guidées par l'espoir qui ne faisait que se tarir de trouver une quelconque trace de Faust ou d'Harley.

Il était à la fois le même et différent. Peut-être parce qu'il ne la regardait pas encore de cette haine féroce qui l'animait lorsqu'elle disait quelques mots de trop, ou peut-être parce que c'était la première fois qu'ils se retrouvaient volontairement, acceptant officiellement, l'un comme l'autre d'ailleurs, se connaître et se chercher. Il ne s'agissait pas d'une envie d'adieux ou d'un accident qui les réunissait au fond d'une grotte humide. Ils voulaient être là, et elle avait beau retourner cette phrase dans tous les sens, elle ne trouvait aucune faille à sa véracité. Il l'avait invitée ici, avait pris cette décision et lui avait proposé d'en faire de même, et les voilà qui se retrouvaient à nouveau. « Tu gardes le mystère... » Les mains sur les hanches, tous sourcils arqués, la brune finit par abdiquer, acceptant de s'en remettre entièrement à l'homme qu'elle venait de retrouver. Elle manqua de le provoquer en pointant du doigt chacune des fautes qu'il avait faites dans sa lettre mais, pour une raison obscure, n'y parvint pas. Elle était trop précieuse pour être sortie de sa cachette et critiquée.

« La grotte ? » répéta-t-elle, un peu hébétée, une fois sa liberté rendue au fier homme des montagnes. « Pourquoi tu me l'as pas rendu directement ? J'ai cru que je l'avais perdu pour de bon... » Son regard était rivé sur le bijou qu'elle caressait du bout des doigts, admirant la pierre violette finement taillée qui prenait à présent le rôle du fermoir. Son oreille lui indiqua qu'il s'occupait de la carcasse qu'elle avait entrevue en arrivant, mais elle n'arrivait pas à arracher son regard de la contemplation du frêle minéral qu'il avait apposé -ou fait apposer- au bout de la chaîne. Avait-il compris combien cet simple objet pouvait représenter à ses yeux ? Était-il sensible à ce qu'elle pouvait ressentir, à ce besoin ridicule qu'elle avait de toujours se sentir liée à sa mère disparue, avalée par les flots de l'océan ? « Amethysta », répéta-t-elle comme pour travailler la langue de l'homme et ses consonances. Ses prunelles se levèrent subitement sur le cadavre animal qui trouva sa place plus loin dans la grotte. Elle se tourna en lui offrant sa nuque pour qu'il l'aide à attacher la chaîne sans prendre le risque de briser ce nouveau fermoir auquel ses doigts n'étaient pas encore habitués. « Merci. » Elle rabattit ses cheveux sur ses épaules et se saisit à son tour d'une tranche de viande qu'elle renifla d'abord, un peu curieuse. De la viande fraîche ! Une denrée si rare parmi les leurs. Elle pensa subitement à Elias et à la viande qu'il lui avait offerte; avait-il mentionné leur rencontre à Isdès ? Devait-elle le faire ? Elle mordit dans la viande sans prendre le temps de l'agrémenter de quoi que ce soit et se retrouva, quelques instants plus tard, à se lécher les doigts pour profiter de chaque molécule aromatique qu'elle y avait laissé. « L'endroit ? Il est si loin que ça ? » demanda-t-elle enfin en se laissant tomber par terre, approchant les mains du feu pour les réchauffer. Les timides degrés de la journée laissaient leur place aux températures plus difficiles des nuits, qui avaient encore une douce saveur hivernale. « Noël, vous fêtez aussi Noël ? » demanda-t-elle, l’œil brillant, s'imaginant Isdès ouvrir des cadeaux. Que pouvait-on lui offrir ? Des armes ? Qu'aimait-il au juste à part lui tenir tête ? Tenait-il seulement tête à tout le monde comme il le faisait avec elle ? « Le collier, c'était mon cadeau de Noël ? » Son regard et son sourire en coin trahissaient sa malice. « Je suis désolée, j'ai rien pour toi. Enfin... » Elle haussa les épaules et répondit d'un faux air fier. « Si. Je t'offre ma présence, c'est déjà bien. » Murphy sourit et plia ses jambes pour s'installer en tailleur. La chaleur du feu lui faisait un bien qu'elle n'avait pas imaginé un peu plus tôt encore.« On est allés chez les jeunes. Tu sais, les Cents... » Mais que savait-il, ou savaient-ils, de la relation que les deux camps entretenaient, de ce qui les avait poussés à se séparer, de ce qui pouvait encore les unir ? Le regard perdu dans l'âtre devant elle, Murphy se surprit à repenser à ce Noël qui avait pris en son cœur une douce saveur familiale. C'était pour des moments comme ça qu'elle s'accrochait, pour des rencontres comme celle de la jeune Thais, qui se nourrissait d'espiègleries et de livres à dévorer, pour des retrouvailles comme celles qu'elle avait vécues avec Aliénor, une version d'elle-même gonflée d'un espoir que la vie lui avait fait perdre. Et elle ne pouvait s'empêcher de se demander à quoi ressemblaient leurs fêtes à eux, Terriens ou Athnas, ou plus précisément à quoi ressemblait ses fêtes à lui, immense Myrtille aux douces attentions. « C'était super. Et toi ? Ta fin d'année ? » Avait-il fêté la fin de l'année, ou peut-être célébré la nouvelle ? Avait-il passé l'hiver dans ses mystérieuses montagnes ? Murphy ne comprenait pas comment elle avait pu le croiser deux fois tellement au sud de ses montagnes natales, et elle se demandait s'il les considérait seulement comme son foyer. Avait-il une famille, des amis ? Des gens qu'il aimait, avec qui il partageait des moments comme elle avait partagé son Noël avec quelques personnes qu'elle considérait comme sa propre famille ? Son regard quitta enfin le feu pour se poser sur Isdès, qu'elle observa silencieusement alors qu'elle semblait le redécouvrir une énième fois. Il n'était plus caché sous les épaisses fourrures qu'il avait partagées avec elle. Ses cheveux étaient détachés et elle en chercha à nouveau la fin. Sans s'en rendre compte, elle avait laissé ses doigts glisser sur les deux anneaux qui avaient retrouvé leur place contre sa peau, et son regard s'était perdu sur la carrure de l'Athna alors que son esprit fatigué s'était perdu bien loin de là.

Elle bailla subitement et se saisit violemment de son sac à dos pour en sortir un pull et une frêle couverture qu'elle glissa sur ses épaules en se relevant. Elle observa les environs et s'arrêta un peu plus loin contre le feu de bois, à l'entrée de la grotte. Elle s'installa à un endroit plane et se prépara à dormir comme Isdès l'avait sagement préconisé. Elle fit tomber sa veste quelques instants pour rajouter une épaisseur de pull à sa protection thermique et glissa la petite couverture sur ses jambes pour la faire remonter jusqu'au-dessus de son cou. Marmonnant quelques grossièretés destinées au sol inconfortable, elle finit par se laisser rouler sur le flanc, face au feu. Elle ne voyait plus Isdès et brisa le silence seulement rythmé par les crépitements du feu. « En arrivant à destination, où que ce soit, je te demanderai pourquoi la lettre. T'as plus d'une journée pour préparer ta réponse. » Elle ferma les yeux sans se rendre compte du sourire qui avait pris naissance sur son visage. C'était ces heures entre la conscience et le sommeil, détaché du regard de l'autre, qui étaient les plus promptes aux partages les plus insolites. « Merci pour le collier... et pour la viande. Tu sais cuisiner, toi, t'es bon à marier. » Elle recala son visage sur son sac, qui lui servait d'oreiller, et batailla encore sous sa couverture pour s'installer au mieux en se découvrant le moins possible. « Reshop, Myrtille. »





Dernière édition par Murphy Cavendish le Jeu 27 Avr - 3:03, édité 1 fois

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06/05/2016 Dandan/Sonia 238 Jason Momoa lux #demonkeur Garde pour sa tribu, il s'occupe aussi parfois des oiseaux messagers. 60


Sujet: Re: feel your love float astray ∞ isphy (trigger warning)
Mer 26 Avr - 22:23

how the water seemed
to call your name

Murphy pensait qu’il gardait le mystère. Sur l’instant, Isdès ne répondit pas mais il savait combien c’était mal le connaître. Tout Terrien digne de ce nom se montrait honnête et d’autant plus lorsqu’on était un Athna. Il n’avait aucun intérêt à garder pour lui ce qu’il pensait, ça ne faisait qu’entacher les relations qu’il entretenait avec les autres de son espèce. Il n’y avait que les Skaikru pour penser qu’il y avait encore des énigmes, des interprétations à tirer de la pensée des autres. Mais il n’en était rien. Il n’avait pas envie de lui dire et il ne comptait pas le faire. C’était une entière découverte et il tenait à ce que ça le reste. À vrai dire, si elle insistait vraiment, il était tout à fait capable de ruiner la surprise, sachant pertinemment qu’il n’en serait ni coupable ni affecté. La conversation finit heureusement par dériver vers le pendentif qu’il venait de lui rendre. Une fois de plus, il provoquait son soulagement et cette fois-ci, il espérait qu’elle ne le perde plus à nouveau. Surtout vu l’endroit où ils allaient voyager, si elle le laissait tomber, c’en était définitivement fini et elle n’avait plus qu’à tourner la page. Tandis qu’il s’affairait à les nourrir tous les deux pour la soirée, Murphy continuait de lui poser mille questions à la minute, ce à quoi il répondait toujours avec un détachement incroyable : « J’ai oublié. Quelqu’un parlait trop à ce instant-là. » De son visage grave, ne s’exprima qu’un fin rictus réprimé afin qu’elle comprenne son sous-entendu. Il la laissa à sa contemplation d’une pierre qui n’existait vraisemblablement pas dans les cieux. Lui-même était encore parfois surpris des beautés et des couleurs dont la roche était capable. La nature offrait de véritables trésors qu’il fallait savoir exploiter. Bien que les Terriens soient revenus à un mode de vie rudimentaire qui n’avait plus rien à voir avec la civilisation de leurs ancêtres, ils n’en apprenaient pas moins à respecter la Terre au même titre que n’importe quel humain. C’est pourquoi l’homme s’en était trouvé écœuré et furieux à la découverte des débris des vaisseaux qui avaient amené les gens comme elle jusqu’ici. Il espérait sincèrement qu’eux sauraient s’adapter et ne demanderaient pas à leur terre d’accueil de le faire pour eux. Tous gardaient un œil sur eux et au moindre geste de travers qui risquait de compromettre leur survie à tous, ils n’hésiteraient pas. L’améthyste n’était qu’un des nombreux cadeaux dont pourraient profiter les Skaikru sitôt qu’ils auraient trouvé leur place ici, si toutefois ça arrivait un jour.

Isdès la laissa se servir une fois que la viande fut prête. Il ignorait si elle avait déjà mangé du gibier frais, tout juste chassé. Il ignorait si elle connaissait les saveurs voluptueuses du miel et la combinaison fantastique des deux. Mais ce soir, l’homme se refusait à pointer du doigt toutes les divergences entre leurs deux êtres. Il fermait les yeux sur ce qu’elle était et il décidait de ne garder que l’être humain et physique qui se tenait face à lui. Du coin de l’œil, il l’observait en train de se régaler : ses doigts fins dont la peau luisait à cause de la graisse animale, ses cheveux qui prenaient un reflet roux à la lueur des flammes, ses lèvres nacrées par le sucre du miel. Il y avait dans ce tableau, quelque chose de particulier qui attisa en lui une fascination peu recommandée et peu recommandable. À sa nouvelle tentative d’en savoir plus sur leur destination, Murphy ne récolta que le silence tandis qu’Isdès se sustentait à son tour. Il préféra tenter un sujet qu’il maîtrisait mal : les festivités des Skaikru. Il oscillait entre la curiosité de la découverte et la crainte de l’inconnu. Il redoutait de trouver chez eux des vérités qui anéantiraient toutes les croyances dans lesquelles il avait baigné. Il avait peur que leurs connaissances finissent par prendre le pas sur les leurs, parce que c’était ainsi que fonctionnait l’évolution. C’était quelque chose qu’il reniait en bloc. C’est pourquoi tout en se montrant attentif, il veillait à ne pas trop entrer dans les détails. Il voulait connaître la sphère dans laquelle Murphy s’était forgée en tant que femme, sans en connaître les origines et la philosophie la plus profonde. De toute façon, le risque était trop grand. On ne mettait pas tant d’efforts à s’infiltrer dans une âme pour en ressortir indemne. Et Isdès se refusait à laisser une part de lui-même ce soir-là. Pas après tant d’énergie dépensée à ériger ce mur entre eux deux. « Non, pas Noël. » Avaient-ils une tête à s’offrir des cadeaux ? « Ça, pas cadeau. » répliqua-t-il pour mettre les choses au clair. Il l’écouta ensuite raconter qu’elle était allée voir les 100, les adolescents qu’ils avaient fait chuter du ciel bien avant eux. Isdès resta silencieux, quelques instants. Il mourait d’envie de poser la question que lui avait posée Nessa dans sa lettre. Comprendre pourquoi chez eux, les éclaireurs c’était les enfants. Mais il n’en fit rien. Murphy finit par l’interroger à son tour et Isdès haussa les épaules. « Nous fêtons wintam pour le retour du soleil et de chaleur. Puis après, combats entre tribus pour célébrer sprintam. » ajouta-t-il, d’une voix nonchalante. Il faisait trop nuit pour qu’elle remarque une tache jaune sur sa pommette, ancien hématome apparu suite à son combat contre Elias. Sous ses vêtements, son corps portait aussi d’autres marques de ces festivités auxquelles il avait participé avec honneur. Il ne s’attendait pas à ce qu’elle adhère à ses traditions, pas plus qu’il n’adhérait aux siennes. Pourtant, c’était l’occasion d’en découvrir un peu plus sur l’autre même si l’heure du sommeil sonna bien plus tôt que prévu.
Murphy entreprit de se coucher près du feu pour reprendre quelques forces jusqu’à demain, ne sachant pas à quoi s’attendre. Isdès resta tranquille près du feu pendant qu’elle préparait son couchage de fortune. Lui n’avait pas sommeil et de toute manière, avec elle dans les parages, il comptait veiller une bonne partie de la nuit. En guise de derniers mots, elle lui adressa un ultimatum concernant la lettre qu’il lui avait transmise. Et en guise de réponse, elle obtint un nouveau haussement d’épaules insouciant. Il ne lui révèlerait les réelles raisons derrière ce message seulement s’il le souhaitait et au moment où il le souhaiterait. Il n’autorisait qu’un bref sourire, mi-amusé mi-las, quand elle lui glissa qu’il était bon à marier. « C'est pas compliment. » Il alimenta un peu plus les flammes dans le feu de camp. « Reshop, Murphy. »

J3 – MARDI MIDI


« Allez plus que quelques mètres. Fais pas ta princesse. » surenchérit-il, pour la dixième fois. Voilà bien trois quatre kilomètres que les derniers mètres étaient à portée de main. Plus de vingt-quatre heures plus tard, les voilà dans un paysage qui avait changé du tout au tout. Depuis la veille, ils avaient quitté les forêts épaisses pour le grand air montagneux. Les pierres se faisaient de plus en plus abruptes, les chemins étaient plus larges mais moins dessinés. Au loin, ils pouvaient distinguer des monts interminables qui allaient chatouiller les nuages. Ils arrivaient dans ses montagnes Athnas. Murphy arrivait chez lui. Une fois arrivés, ils ne seraient pas si loin du volcan, mais sans aide, un étranger ne parviendrait jamais à trouver l’entrée de leur camp. S’il délaissait Murphy à partir de maintenant, c’en était fini d’elle. Mais après tant de chemin, ce n’était plus d’actualité. Il avait supporté une journée entière à ses côtés. S’il la sentait pleine de détermination et d’énergie, les longues heures de marches n’avaient pas suffi à lui couper le souffle. Combien de fois lui avait-elle parlé dans le vide ? À un moment, Isdès était presque certain d’avoir fermé les écoutilles, d’être parti ailleurs pour ne plus crouler sous les interrogations et les réflexions de la jeune femme. Il avait de plus en plus hâte d’arriver à destination et il devait avouer que finalement, avec ses encouragements interminables, il entretenait le mystère. Sur son visage, il voulait lire l’impatience, l’euphorie. À l’approche du milieu de journée, le soleil tapait haut dans le ciel. Ils n’étaient plus à l’abri des feuillages et ils pouvaient sentir la chaleur du printemps réchauffer leurs membres, à peine troublée par une brise éphémère. Même si c’était à peine perceptible au vu de son visage de marbre, il était réellement de bonne humeur. Il était chez lui. « Comment vous faire exercice là-haut ? » finit-il par demander, pour détourner son attention, alors qu’ils approchaient de plus en plus de la surprise. Comment entretenaient-ils leur endurance et leur force dans un endroit clos ?


Dernière édition par Isdès Hakantarr le Mer 19 Juil - 22:28, édité 2 fois

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06/12/2015 Lux Aeterna 29545 Sophia Bush Avengedinchains (vava) ; Oreste (image profil); Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 160


Sujet: Re: feel your love float astray ∞ isphy (trigger warning)
Jeu 27 Avr - 3:03



❝ Feel your love float astray ❞
Pamplemousse Cavendish & Myrtille Hakantarr
(1er au 8 mai 2117)


Murphy était épuisée. Heureuse mais épuisée. L'hiver lui avait fait perdre le rythme des expéditions et l'attention que pouvait demander un tel exercice était aussi vivifiante qu'exigeante, et, à la fin de cette journée qui voyait déjà le soleil l'abandonner, elle était épuisée. Retrouver Isdès avait levé un poids énorme de ses épaules pour une raison qui lui restait encore bien mystérieuse. Il s'agissait de plus qu'une confiance aveugle qu'elle était encore prête à admettre. Dès lors qu'elle avait posé son regard sur sa silhouette impressionnante à l'entrée de cette grotte où le feu crépitait déjà, la lettre qu'il lui avait laissée quelques mois auparavant avait pris un tout autre sens, celui de la réalité et du concret. Elle n'avait aucune preuve de l'innocence ou du bien-fondé de la proposition du Terrien, mais maintenant, aussi exténué soit-elle, elle n'avait plus qu'une hâte : celle de découvrir ces jolis trésors dont il gardait encore le secret.

Tandis qu'Isdès s’affairait à la cuisine, la brune s'abandonnait à l'admiration de la beauté améthyste qu'il avait greffée à son collier d'or blanc. Les couleurs se mariaient à merveille, mais il s'agissait d'autre chose encore : le geste. Isdès avait pris la peine de ramener le collier chez lui et de trouver un moyen de lui faire revivre une première jeunesse. Il se trouvait à présent entre ses doigts et bientôt de retour autour de son cou. Ce n'était pas seulement le souvenir matériel d'Ofelia qu'elle avait retrouvé, c'était aussi la création d'un souvenir tout nouveau, de quelque chose d'aussi trouble et déstabilisant qu'attrayant, presque magnétique. Fidèle à elle-même, et peut-être aussi pour masquer aux yeux de l'Athna cette sensibilité dégradante, Murphy reprit bien vite la parole, assénant son guide de remarques et de questions. « Oh, si ça peut te rassurer je te trouve pas très bavard » répliqua-t-elle sans se démonter une seule seconde, ignorant le regard moqueur qu'il posa sur elle, bien consciente toutefois de son sous-entendu. Elle n'avait jamais été considérée comme discrète, et c'était un reproche qu'on lui faisait régulièrement. Richard riait de sa verve, la taquinait, l'arrêtait parfois quand il considérait qu'elle s'emportait dans de longs monologues sans queue ni tête, mais on lui avait aussi fait des remarques bien moins tolérantes et bien moins tolérées. Isdès ne la blâmait pas vraiment, ne put-elle s'empêcher de se faire la remarque. S'il ne pouvait plus du moulin à paroles qu'elle pouvait être, il ne lui aurait jamais griffonné ces quelques mots fermement lovés dans la poche intérieure de sa veste.

Et il semblait qu'au-delà de cette patience qu'il cachait pourtant très bien, l'homme des montagnes avait d'autres qualités encore. Oui, Isdès savait cuisiner. Il savait préparer une viande fraîche, et la saveur sucrée qu'y apportait le miel était quelque chose de tout nouveau pour la brune, qui avait du se contenter jusque-là de viandes salées, séchées, traitées, destinées avant tout à durer dans le temps et à supporter, si besoin était, des conditions défavorables à la conservation. Elle se réglait, Murphy, se délectait de ces saveurs nouvelles et en profiter pour laisser son ses papilles et son estomac parler à sa place. Elle n'était pas gourmande, pourtant, savait se contenter de peu, tant qu'elle recevait le carburant nécessaire à cette hyperactivité qui était la sienne. On ne leur avait jamais appris à savourer ce qu'ils mangeaient, là-haut, car avoir déjà de quoi manger était en soit une victoire. Les choses n'avaient pas changé depuis qu'ils étaient ici; ils s'étaient adaptés bon gré mal gré aux nouveaux outils et aux nouvelles sources qui étaient les leurs, mais il ne leur était probablement pas venu à l'idée de démocratiser la finesse du goût. Se léchant les doigts encore couverts de jus animal et de miel collant mais dont les douces notes sucrées l'avaient charmée en quelques instants, Murphy leva un regard interrogateur vers Isdès. Ils ne fêtaient pas Noël ? « Un cadeau gratuit alors. » La gêne dans sa voix : elle ne voulait lui être redevable de rien, et pourtant, elle trouvait encore plus de satisfaction dans l'idée que ce collier n'avait retrouvé place au creux de sa poitrine que parce qu'il en avait décidé ainsi. Pas d'obligations sociales ou de politesses surfaites; c'était bel et bien un cadeau gratuit. « Ma présence est aussi un cadeau gratuit », ne pût-elle s'empêcher d'insister, comme pour se rassurer, comme pour lui expliquer qu'elle ne lui devait rien -rien de plus, tout du moins, que sa vie. « Une fête de famille ? » Elle avait posé un regard inquisiteur sur l'Athna, se léchant le pouce pour retrouver une dernière fois la saveur de ce met secret dont la viande avait été recouverte. Elle était subitement et malgré elle pendue à ses lèvres, se demandant un instant à quoi pouvait ressembler sa famille, s'il en avait une. Il n'avait pas l'air capable de la tendresse qui avait été celle dans laquelle elle et sa mère avaient toujours évolué, mais elle repensa à Richard et dut se rendre à l'évidence : toutes les familles avaient leur propre dynamique. Richard était ce qui lui restait de plus proche d'une famille de sang, et il n'était pas bavard non plus, pas plus qu'il n'était ouvertement affectueux ou du genre à faire de longues déclarations aux personnes qui comptaient pour lui. Peut-être que sa famille, à Isdès, ressemblait à ça. Elle l'imagina une seconde attablé avec cette famille aux contours flous. Fêtaient-ils wintam autour de copieux repas, devant un âtre rassurant, en petit comité ? Elle s'essuya finalement les mains dans le jean, les pensées cette fois-ci perdues du côté de ces combats dont il venait de parler. « Des combats... à mort ? » Hésitante, elle ne savait réellement de quelles tribus il parlait ou s'il s'agissait de combats comme ceux qu'avaient été ceux des gladiateurs autrefois, incités seulement par la survie. Lui, se battait-il ? Il était là, c'était ce qui devait compter; il était vivant. Mais avait-il combattu cette année, les années précédentes ? Leurs traditions semblaient aux antipodes les unes des autres, et elle réalisait encore plus à présent à quel point elles pouvaient s'installer ou évoluer vite. Noël avait toujorus fait partie de sa propre vie, il avait toujours été une évidence. Il devait en être de même pour Isdès, son wintam et son sprintam. Il lui vint à l'esprit une idée aussi fugace que honteuse : elle, connaîtrait-elle un jour ces traditions-là ? Assisterait-elle à ces combats dont il parlait ? Et lui, fêterait-il Noël un jour ? Où s'arrêtait donc la découverte et l'apprentissage de l'autre, où commençait l'appropriation et la destruction ? Murphy, pour sa part, ne croyait ni à l'une ni à l'autre. Elle croyait simplement aux fêtes annuelles pour ce qu'elles pouvaient avoir de plus beau : la réunion de toute une population autour de valeurs partagées, ne serait-ce que quelques heures, ne serait-ce que quelques jours. Elle était guidée par cette curiosité insatiable, une soif de découvertes qui finirait peut-être d'ailleurs par la perdre un jour.

Enfin installée sur sa couche de fortune, Murphy remonta la couverture jusque sous son nez et observa les flammes danser à quelques petits mètres d'elle. « J'te le fais pas dire » grinça-t-elle non pas à son encontre, mais à celle de tous ceux qui avaient sous-entendu qu'elle serait bien mieux à tenir un foyer comme la femme qu'elle était, plutôt qu'à espérer tenir le rôle d'un homme à la défense, à la protection et au combat. Mais, alors que ses lourdes paupières se fermaient, un fin sourire se dessinait sur ses lèvres.

•••


Marcher, marcher... à croire que râler et parler lui donnait la force de continuer à mettre un pied devant l'autre. Elle avait été habituée à la randonnée depuis qu'elle foulait le sol de cette planète, mais elle l'avait majoritairement fait seule, ou, dans le cas où elle avait été en groupe, elle n'avait pas été menée à la baguette comme Isdès semblait maintenant le faire avec brio. C'était lui qui ouvrait la marche et menait la cadence, et l'inquiétude mêlée à l'excitation de découvrir de nouvelles terres lui bouffait bien plus d'énergie que ce qu'elle aurait aimé. « Mais t'es sûr que tu connais le système métrique ? » Elle s'arrêta quelques secondes pour enlever sa veste et la nouer à sa taille. Putain, il faisait plus chaud, d'un coup, quand les arbres ne vous préservaient plus des rayons directs du soleil. La main protégeant son regard, elle observa un instant le ciel qui était d'un bleu azur; seuls quelques gentils nuages clairs s'y promenaient à la vitesse que leur donnait là-haut le vent. « Aussi », dit-elle en récupérant l'arc qu'elle avait posé contre un arbre et en trottant pour le rejoindre, « la prochaine fois que tu m'appelles comme ça, je t'étrangle avec tes cheveux. » Si elle se permettait de le menacer, ce n'était pas seulement parce qu'elle s'était habituée à sa présence, mais aussi parce qu'elle imaginait qu'il avait probablement décroché de ces bavardages dès qu'il avait accusé réception de ses derniers encouragements. Pour la quinzième fois, elle demanda, le regard brillant d'excitation : « on va à la montagne, c'est ça ? Hein, c'est ça ? » Elle n'était pas bête et son sens de l'orientation n'était heureusement pas aussi mauvais que sa capacité à rester silencieuse. Elle savait qu'ils allaient vers le nord, et la silhouette des montagnes qui, au loin, se détachaient sur fond de ciel bleu ne trompaient pas. « Vraiment, ça t'intéresse ? » Guillerette, elle s'avança pour marcher à ses côtés. Avec ses longues jambes, il la distancerait encore en quelques minutes à peine. « On avait des machines. » Elle haussa les épaules. « Ça avait rien à voir avec maintenant. On doit s'adapter à ce qui est normal, maintenant, marcher pour se déplacer et courir pour échapper à des menaces. Là-haut c'était juste duper les corps. On courait sur place et on soulevait de la fonte. Y'avait que l'entraînement au combat qui était vraiment réel. » Elle lui glissa un bref regard en coin. Elle devait lui paraître ridicule, avec ses histoires de là-haut, de passé, de ce qu'il ne connaîtrait jamais. Et elle devait lui paraître ridicule tout court, d'ailleurs, à se laisser distancer en quelques pas à peine, à lui courir après en espérant à chaque fois ne pas se laisser avoir une fois de plus. Cela faisait bon nombre de fois, déjà, qu'il lui assurait qu'il ne s'agissait plus que de quelques mètres à peine. La douceur du printemps était agréable, mais elle ne pouvait s'empêcher de se demander si elle ne risquait pas de cramer sous les rayons du soleil comme elle l'avait fait plusieurs fois l'été précédent. Elle jeta un coup d'oeil à son épaule fraîchement dénudée et la constata aussi blanche que d'habitude. Rassurée, elle accéléra à nouveau le pas pour rattraper Isdès. « Toujours plus que quelques mètres ? » demanda-t-elle, un peu râleuse, « t'es sûr que tu t'es pas trompé de chemin ? Tu sais, y'a pas de honte. » Elle resta silencieuse un bref instant et reprit, admettant elle-même que « bon, enfin si, c'est un peu la honte, quand même, c'est chez toi quand même. Et puis je veux ma surprise. » Et il y avait bien une chose que son flot incessant de paroles pouvait traduire : c'était l'enthousiasme. Une Murphy bavarde était une Murphy heureuse et impatiente.

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06/05/2016 Dandan/Sonia 238 Jason Momoa lux #demonkeur Garde pour sa tribu, il s'occupe aussi parfois des oiseaux messagers. 60


Sujet: Re: feel your love float astray ∞ isphy (trigger warning)
Mar 2 Mai - 23:07

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Depuis vingt-quatre heures, Murphy et Isdès s’apprivoisaient. Quand bien même la Skaikru et le Maunkru n’étaient pas faits pour coexister, cette dernière journée semblait vouloir les faire mentir. Évidemment, l’homme ne s’était pas montré plus bavard qu’à l’ordinaire. Il distillait les informations avec parcimonie, se gardant bien de faire partager des vérités qui ne manqueraient pas de choquer la jeune femme. Il ne se dévoilait pas autant qu’elle à travers des flots de paroles insensées et superflues. Il n’avait ni le vocabulaire pour, ni l’envie de le faire. Le soir où ils s’étaient retrouvés, il s’était gardé de lui révéler si c’était une fête de famille. Bien sûr que oui, en un sens. Les Athnas avaient un sens très aigu de la famille et de la tribu de manière générale. Dès lors qu’ils naissaient au sein de la communauté, c’était un devoir de loyauté et d’honneur qui pèserait sur eux toute leur vie. Les traîtres et les profiteurs étaient punis de leurs actes d’une manière définitive et bien souvent, le bannissement était un châtiment bien plus honteux que la mort. Tous ensembles, ils fêtaient leur saison favorite, celle dans laquelle certains aimaient se croire voués à naître et à mourir. Ce n’était plus seulement une question de famille, mais c’était une seule et unique âme qui communiait ce soir de fête. C’était quelque chose d’intime et de foncièrement privilégié que même les mots n’étaient en mesure d’expliquer – au même titre que les combats inter-tribus pour fêter le retour des beaux jours. Jusqu’ici, les Skaikru lui avaient paru si réservé, si discrets. Ils réprimaient tout à l’intérieur d’eux, sans comprendre qu’un jour cela finirait par les dévorer. Ils n’avaient pas la même spontanéité, ni la même honnêteté envers eux-mêmes. Comment Murphy pourrait-elle accepter le fait que les Terriens se tapent dessus en guise de célébrations ? Comment pourrait-elle cautionner une violence qui n’avait pas du tout la même portée chez leur population respective ? Au fil de leur marche, il avait remarqué son regard se poser régulièrement sur sa pommette droite qui portait encore les couleurs verdâtres d’un hématome en guérison. Elle s’interrogeait non pas sur son origine, puisqu’il ne l’avait pas cachée, mais peut-être sur ses raisons. S’imaginait-elle l’homme qui en était responsable ? En haïrait-elle l’auteur alors que lui, avait accueilli avec ferveur le coup qui lui avait été asséné ? Non, il y avait trop de différences pour qu’elle soit en mesure de comprendre l’ampleur du personnage, alors Isdès s’était tu.
C’était peut-être ainsi que les natifs du ciel étaient parvenus à survivre sur tant de générations. Dans un espace aussi confiné, il fallait se connaître l’un l’autre, tout savoir de son voisin pour ne pas craindre d’empiéter sur son espace vital. Il fallait qu’ils saisissent les tenants et les aboutissants de leur société pour qu’elle puisse subsister. Auparavant, ils n’avaient jamais eu la perspective d’une échappée, sinon ils auraient atterri ici bien plus tôt. Isdès regrettait souvent cette initiative tant elle menaçait désormais chaque être sur Terre. Il aurait préféré qu’elle reste fichée dans les étoiles, là où elle brillerait certainement autant qu’elles. Ici, Murphy n’était pas ce qu’elle aurait aimé être : c’était ce qu’il interprétait de ses réactions disproportionnés et de ce besoin viscéral de se donner du crédit auprès des autres. Lui n’avait rien à prouver, c’était pour cette raison qu’aucune justification n’avait jamais franchi le seuil de ses lèvres. Quand elle remit en cause ses connaissances, il se contenta de la toiser du regard avant d’ajouter : « Le mètre ou ton mètre ? » Qui était-elle pour clamer que sons système métrique était la normalité ? C’était des certitudes qu’elle allait devoir abandonner si elle espérait survivre en ces lieux. Murphy se consola tant bien que mal en proférant une menace hilarante à laquelle Isdès réagit d’un mouvement de cheveux exagéré. Sa tignasse se balança par-dessus son épaule droite et vint s’échouer en partie contre son buste. Il n’était même pas sûr qu’elle ait la force nécessaire pour le faire. Au fur et à mesure que le soleil approchait de son zénith, les températures étaient de plus en plus hautes et sitôt que la brise montagnarde ne soufflait pas, il était agréable de se promener. Il ignora sa nouvelle requête et détourna le sujet en parlant de son quotidien céleste. L’avantage avec Murphy était qu’elle était si facilement distraite que même les sujets épineux ne représentaient plus grand risque pour lui. Il profita du temps qu’elle mit à le rejoindre pour se débarrasser de son manteau et continuer la marche avec un tee-shirt blanc suffisamment large pour ne pas le gêner dans ses mouvements. Son sac commençait à peser sur son épaule – non pas qu’il commençait à fatiguer physiquement mais qu’il commençait être de plus en plus pressé de s’en défaire. Il jetait des coups d’œil en sa direction tandis qu’elle lui expliquait que même l’effort physique était soutenu par des machines. Puisqu’ils n’avaient pas d’extérieur, ils avaient inventé de quoi entretenir les muscles dans une atmosphère qui n’était pas conçue pour leurs corps. « Tu dois aussi adapter à les montagnes, les collines. La Terre n’est pas plate. » glissa-t-il avec un sourire en coin, comme une petite boutade en référence à sa difficulté à le suivre. Même si elle manquait d’entrainement, elle avait une bonne endurance car elle avait tout de même fait le trajet d’une traite, ne se reposant que la nuit venue.

Au moment où elle lui répéta encore qu’il s’était peut-être trompé, Isdès stoppa soudainement sa marche. Il se tourna vers elle, comme si ses mots stupides l’avaient cloué sur place. « Tu parles tellement trop que toi n’as même pas remarqué que nous sommes à un sommet. » Il illustra ses paroles d’un mouvement de la tête vers la gauche afin qu’elle puisse constater qu’ils s’approchaient bel et bien du sommet d’une colline. Sans rien dire, il la laissa réaliser que c’était à elle de s’avancer jusqu’au bout et de découvrir sa surprise. Devant eux, s’étendait à perte de vue des vallons montagneux qui s’élevaient jusqu’aux nuages. Les reliefs étaient accentués par le soleil qui dévoilait la végétation en pleine floraison. Le paysage était majoritairement composé de roches aux teintes minérales, allant du gris d’acier au brun de terre. Il était également ponctué de nuances vives qui n’appartenaient qu’à un printemps baigné de soleil et d’humidité, si typique de leur région. Le vert forêt des bois des collines les plus basses se mêlaient au vert vif des pâturages de montagne qui perdait en intensité au fur et à mesure que l’altitude augmentait. La flore en fleur apportait des touches de jaune des genêts ou du rouge écarlate de quelques adonis. Parfois, on distinguait le bleu caractéristique des champs de gentiane. Toute cette végétation était baignée d’un soleil clair. Le silence était souverain. D’ici quelques semaines, on entendrait peut-être les rapaces sauvages piailler en haut du ciel. Pour l’heure, lièvres, marmottes et autres proies pointaient leur bout de leur nez bien que d’une telle hauteur, ils ne pouvaient pas être vus par le duo de randonneurs. Au milieu, un immense lac dominait la vue. L’eau était translucide et s’assombrissait au fur et à mesure que le lac prenait en profondeur. La surface semblait de glace, rien ne venait troubler la tranquillité de l’espace. Les seules perturbations venaient d’en contre-bas, là où une source venait rejoindre l’eau du lac dans une chute d’environ deux mètres. C’était une des vues préférées d’Isdès. Il n’était pas homme de contemplation mais il aimait justement venir s’immiscer dans ce fragile équilibre.
L’Athna finit par la rejoindre au bord de la falaise. « C’est là qu’on va. » Pour une fois, il avait réussi à faire taire l’inarrêtable Murphy. Il lui adressa un sourire triomphant, fier de lui. Oui, il était fier de lui : au fond, il avait toujours su que ce paysage transporterait la Skaikru. Elle avait beau être née du ciel, il lui offrait les privilèges de Terrienne. « Traîne pas. » Il reprit la marche et entreprit de longer la source par un petit chemin descendant qui menait jusqu’aux abords du lac.

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06/12/2015 Lux Aeterna 29545 Sophia Bush Avengedinchains (vava) ; Oreste (image profil); Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 160


Sujet: Re: feel your love float astray ∞ isphy (trigger warning)
Mer 3 Mai - 3:04



❝ Feel your love float astray ❞
Pamplemousse Cavendish & Myrtille Hakantarr
(1er au 8 mai 2117)


Le chemin s'était progressivement fait de plus en plus escarpé, et ce n'est qu'à la fatigue grandissante de ses mollets que la brune s'en rendit compte. Ils avaient quitté l'abri de la forêt dense pour s'élever là où le soleil dominait une terre plus sèche, creusée par le passage des habitués, fatiguée par l'hiver qui ne l'avait pas épargnée. L'air paraissait à la fois plus doux et plus frais à la céleste militaire, qui s'évertuait sans relâche à essayer de garder l'allure de son guide et à le rattraper lorsqu'il la distançait. Depuis qu'elle foulait le sol de cette Terre, Murphy n'avait jamais quitté les terrains plats de sa forêt accueillante. Elle avait vu l'océan par deux fois, dans l'obscurité du soir et au lever du soleil, avait imaginé sa mère qui reposait dans ses profondeurs. Mais les montagnes, les rocs abrupts, les hauteurs vertigineuses, elle n'avait pu que les rêver. Il avait suffi d'une rencontre pour qu'une curiosité nouvelle s'éveille en elle, celle des sommets culminants, de ce trésor de la terre qui émanait du profond de ses entrailles pour titiller les nuages et porter au plus près des étoiles.

Isdès restait silencieux à la plupart de ses remarques mais entendre le son de sa propre voix l'encourageait dans ce voyage vers le total inconnu. Elle faisait confiance à Isdès et se glissait à sa suite sans se poser de questions superflues. Avec lui, elle se sentait en sécurité; même elle dardait sur chaque parcelle du terrain semi-découvert qui l'entourait un regard à la fois curieux et méfiant, elle savait qu'il avait l’œil assez aiguisé pour deux; et même si elle n'aurait su expliquer cette certitude, elle savait aussi qu'il la guidait vers un lieu qui lui était cher. C'était son regard peut-être, ou la hâte qu'il semblait avoir de grimper toujours un peu plus haut et d'aller toujours un peu plus loin. Son pas semblait s’accélérer chaque fois qu'il faisait mention de ces derniers mètres à franchir. Le regard doré de la patrouilleuse accrocha plusieurs fois la joue meurtrie du Terrien mais son esprit était perdu ailleurs, emporté par son flot de paroles qui résonnait alentour. « Un mètre c'est un mètre, sinon c'est pas un mètre. Toi ton mètre c'est pas mon mètre. » Elle râlait mais, obstinée, continuait de le suivre malgré la fatigue de la grimpe. Retardée derrière lui, elle sourit en coin lorsqu'il fit disparaître sa longue nattes contre son torse, satisfaite qu'il réponde à sa menace. Il ne devait pas en croire un traître mot, mais Murphy aimait la simple idée de provoquer une réaction chez lui. D'après les indices qu'il lui avait donnés le premier soir avant qu'elle ne s'écroule lamentablement de fatigue, ils ne devraient plus guère tarder à arriver. Elle observait les environs, les arbres espacés, la terre séchée par le soleil d'un printemps qui s'installait doucement mais sûrement, le ciel bleu qui les dominait. La végétation ici semblait déjà différer de celle qu'elle connaissait dans sa forêt; il s'agissait majoritairement de résineux, et malgré sa curiosité qui l'appelait à s'attarder sur les aiguilles de ces arbres qui affrontaient les hivers d'une façon bien particulière, elle continuait de suivre le Terrien aux longs cheveux. Sa silhouette se fondait parfois sur un décor forestier sombre, mais elle s'éclairait bien plus souvent des rayons du soleil, durs mais réconfortants. C'était sous cette lumière que les blessures de l'homme apparaissaient les plus colorées, et c'est sous cette lumière que Murphy en décela une autre, à demi-cachée par le seul tee-shirt blanc qu'il arborait maintenant. « T'as des grandes jambes », grogna-t-elle pour se défendre et malgré l'essoufflement qu'elle avait de plus en plus de mal à contenir. Elle espérait que mes mètres qu'il n'avait de cesse de faire intervenir avaient au moins quelque chose de la faible distance dont ils étaient censés être synonymes, car elle devait l'avouer, l'escalade n'était pas son fort. Ne pas connaître leur destination précise ne l'aidait sans doute pas non plus, elle qui aimait tout savoir, tout planifier et tout contrôler. Elle ne savait pas si elle devait encore ménager ses membres pour une marche de plusieurs heures, ou s'il n'était plus vraiment qu'une question de quelques minutes. Son regard n'osait plus tellement se poser plus loin que le chemin que leur ouvrait Isdès; d'ailleurs, elle avait de nouveau pris un peu de retard sur lui et s'arrêta brusquement, étonnée, lorsqu'il lui barra la route en s'arrêtant. Elle ne s'attendait pas à une telle réaction -car c'était à son accusation qu'il répondait, non ? Elle s'apprêtait à s'excuser, moqueuse, lorsqu'il désigna le sommet qui culminait un peu plus haut encore. Son regard suivit celui du Terrien pour se poser là où la terre s'arrêtait pour rencontrer l'azur d'un ciel aux tonalités vivifiantes. « C'est la surprise ? » Ses iris se posèrent brièvement sur l'Athna avant que, animée d'une toute nouvelle flamme et portée par un souffle retrouvé sous l'effet de l'ardeur et de la hâte, elle ne lui passe devant en coup de vent. Son engouement manqua de la faire le pousser brutalement pour l'écarter de son chemin, mais elle se contenta de le frôler et grimpa d'un pas déterminé les quelques dizaines de mètres qui les séparaient du sommet tant convoité.

Elle attendit d'avoir le pied posé sur le point culminant du mont pour oser laisser ses yeux voguer sur le paysage qui se déployait. Ses forces la quittèrent brutalement et elle resta muette, médusée, s'appuyant sur son arc pour éviter à ses jambes de fléchir, en quête d'un repos bien mérité. Le vent soufflait ici plus que quelques mètres en contrebas à peine, mais il était doux, presque confortable. Au loin, des nuages rencontraient les cimes; les raies de lumière éclairaient ça et là les vallons et les monts dans un jeu de clair obscur poétique, presque irréel. Les couleurs se mélangeaient d'une façon qu'elle n'avait jamais rencontrée; les verts des végétaux se mélangeaient dans une profondeur vertigineuse qui contrastait dans une douceur entendue avec les hauteurs nues qui s'élevaient au-dessus de quelques nuages dont les mouvements apaisants caressaient les sapins. Les rayons de soleil dansaient par rares endroits encore couverts de quelques nuages et Murphy commençait à distinguer d'autres teintes que les verts; il y avait des rouges, des bleus, des jaunes, une infinité de couleurs qui s'imposaient dans un paysage majestueux. L'impressionnée restait sans voix et, d'un geste lent, elle passa un index devant une mèche de cheveux qui était venue se coller à ses lèvres. Ses yeux finirent par se poser sur la source d'un clapotis qui raisonnait dans le silence qu'elle accordait aux environs malgré elle, et ils suivirent le cours d'eux jusqu'à l'immense lac au bleu profond qui s'étendait en contrebas. Les quelques mots d'Isdès la sortirent de sa torpeur et elle ne sut combien de temps elle avait religieusement admiré le spectacle. Elle se racla la gorge et lui lança un regard, mais les mots, pour une fois, lui manquaient. Pendant quelques secondes, elle ne put que le voir reprendre sa marche et, après un dernier coup d'oeil au lac qui les attendait en contrebas, elle prit sa suite. Elle resta derrière lui et tenta par plusieurs fois des répliques qui n'aboutirent pas. Ils passèrent à côté d'une chute d'eau de quelques mètres qu'il longèrent pour continuer la descente. Ils s'approchaient du calme apaisant de la vallée, et tous sens aux aguets, Murphy découvrait les saveurs d'un nouveau monde.

Le sentier était asséché par le soleil qui avait du profiter des derniers jours, secs, pour drainer les restes de la neige et des premières pluies de la saison. Le sol était friable, parsemé de quelques racines mortes ou encore vivantes, et le terrain pentu mit rapidement la brune mal à l'aise. Le sol s'effritait sous ses pas et elle finit par glisser sur quelques dizaines de centimètres. Elle était persuadée de maitriser le geste mais ce n'est qu'Isdès qui réussit à la ralentir; elle s'accrocha à son bras un instant, le temps de retrouver son équilibre, et s'arracha aussitôt à ce contact. « Je teste tes réflexes. » Fière, elle serra sa prise autour de son arc en reprenant la marche alors qu'elle regardait partout sauf là où elle mettait les pieds -erreur de débutant, sans doute, mais avec une Myrtille qui ouvrait la marche, c'était le genre de folies qu'elle s'autorisait. Elle leva la tête pour observer la raide colline de laquelle ils venaient de descendre; de cet angle-là, elle comprit encore mieux pourquoi elle lui paraissait si pénible. Quelques gouttes d'eau fraîche projetées par la chute d'eau humidifiaient encore son visage mais ils rejoignirent bien vite un terrain plus ombragé, à nouveau protégé par quelques résineux qui laissaient filtrer la lumière en des rayons s’abattaient au sol en motifs dessinés par les branches et rythmés par leurs mouvements.

La forêt perdit à nouveau en densité et le sol se transforma peu à peu en sable aux grains épais dans lequel la marche devint chaotique pour la brune. Elle s'arrêta lorsqu'il décida de le faire et, les bras tendus en croix, elle lâcha son arc qui tomba dans le sable dans un bruit de frottement. Elle savoura un instant le vent qui glissait dans ses cheveux et se décida enfin à ôter son sac en bandoulière, qu'elle fit tomber à terre à son tour. « Elle est pas mal, ta surprise », lui accorda-t-elle à demi-mots alors que son regard brillant trahissait sa fascination. Les montagnes se dressaient à présent tout autour d'eux. A quelques dizaines de mètres derrière eux, sur leur droite, l'eau qui descendait des hauteurs tombait dans le lac. Ils faisaient face à la grande étendue d'eau, hors des forêts qui n'en épargnaient le pourtour qu'à de rares endroits privilégiés. Le soleil tapait ici; il faisait bon, presque chaud. S'étirant pour consoler ses muscles soulagés d'être arrivés à bon port, Murphy passa ses doigts dans ses cheveux pour les épargner du vent, les ramener un instant derrière son crâne et laisser ses iris dorées voguer partout où ils étaient attirés. La brise qui soulevait par intermittences son tee-shirt lui rappelait que n'étaient pas encore venu l'été et ses insoutenables canicules, mais le spectacle était sans fin. « Alors, c'est ici, chez toi ? » Elle lâcha sa tignasse dont quelques mèches vinrent à nouveau titiller son visage et masquer son regard, s'avança jusqu'au bord de l'eau et s'accroupit pour y plonger les mains. L'eau d'un lac n'était sans doute pas potable, mais Isdès saurait sûrement lui dicter les principes des lieux. Elle s'humidifia simplement le visage, frissonna au contact de la fraîcheur, et se laissa tomber dans le sable un peu humide pour ôter ses bottines. Elle jeta un coup d'oeil à son guide qui, dans cette immensité nouvelle, ne paraissait soudainement plus aussi grand. Naissait à présent une toute nouvelle perspective dans l'imaginaire de la fille des étoiles habituée à d'autres infinités, à des infinités qui lui avaient toujours été interdites.

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06/05/2016 Dandan/Sonia 238 Jason Momoa lux #demonkeur Garde pour sa tribu, il s'occupe aussi parfois des oiseaux messagers. 60


Sujet: Re: feel your love float astray ∞ isphy (trigger warning)
Ven 12 Mai - 0:25

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Sitôt qu’Isdès lui avait fait comprendre qu’il était temps de découvrir ce pourquoi Murphy avait marché des heures durant, cette dernière ne s’était pas fait prier. Après tout, il fallait reconnaître qu’elle l’avait suivie sans broncher. Elle s’était même présentée à l’opposé de son camp, après avoir fait le voyage seule, simplement parce qu’il le lui avait demandée. Une fois ou deux, l’Athna s’était posé la question. Après tant de péripéties, tant de désaccord, qu’est-ce qui avait poussé la jeune femme à le rejoindre ? Qu’est-ce qui l’avait convaincue dans son message ? Peut-être était-elle juste motivée par la soif de découverte d’une région qu’elle n’avait jamais encore explorée. Peut-être tuait-elle juste l’ennui à ses côtés. Il ne savait pas à quel point la société des Skaikru était occupée. Il avait entendu dire qu’ils avaient été aperçus près de la bouche de métro, mais à quel dessein, c’était encore une énigme. Enfin, elle éprouvait peut-être véritablement l’envie de découvrir son lieu de vie à lui. Peut-être avait-elle envie de goûter l’air qu’un Athna respirait chaque jour. Peut-être voulait-elle partager la vue qui s’offrait à lui tous les matins. Inconsciemment, il avait accepté ce partage en la conviant ici, avant même qu’elle n’en fasse la demande. En l’observant de dos assister à son arrivée au milieu des montagnes, Isdès essayait pour la première fois de percer ce mystère. Qu’est-ce qui l’avait poussé à proposer une troisième rencontre alors que les deux premières avaient été désastreuses ? La plupart de ses entrevues avec les natifs du ciel s’étaient toujours déroulées de façon froide, parfois violentes, Thaïs demeurant la seule exception à la règle. D’ailleurs, il était intimement persuadé qu’elle le resterait à tout jamais. Thaïs, c’était son trésor, sa protégée. C’était le bijou extraterrestre auquel il tenait tellement plus qu’il ne voulait lui montrer. Thaïs ne lui appartenait pas et ne lui appartiendrait jamais. Elle avait une vie à construire, un avenir à se forger elle-même et il était hors de question qu’il n’interfère dans celui-ci. Sitôt qu’elle se détournerait de lui, il n’aurait qu’à l’accepter. Elle était à la fois si semblable et si différente. Elle brillait par ses différences et quand Isdès finissait par oublier qu’ils n’étaient pas nés de la même Terre, le souvenir de Murphy le lui rappelait amèrement. Il avait vu combien une adulte de leur monde et lui du sien n’étaient pas compatibles, combien il était facile de se déchirer parce qu’on était trop vieux pour changer. De toute façon, d’ici à ce que Thaïs arrive à ce stade, il ne serait plus de ce monde. C’était mieux ainsi. Dans des considérations telles que celles-ci, il était toujours plus réconfortant de se réfugier derrière le pragmatisme. C’était ainsi que les Terriens avaient survécu tant de générations avant de s’ouvrir entre eux, puis de s’ouvrir aux autres. La survie avant tout, c’était la devise à laquelle il devait se raccrocher. Alors pourquoi quand ils étaient ensemble, Murphy et Isdès en oubliaient toute notion de préservation ?

Le silence de Murphy avait achevé de lui faire comprendre que ça lui faisait plaisir. Il le remarquait bien dans ses yeux, cette lueur d’émerveillement. Il traduisait bien dans son sourire, le remerciement qui ne franchirait jamais ses lèvres. De toute façon, elle n’avait pas à le faire. Il n’était que le guide, elle pouvait se garder les réflexions. Ils se remirent en route pour se rapprocher du lac. La tranquillité des lieux ne lui donnait pas envie de parler. Il voulait simplement s’imprégner de la sérénité ambiante et puiser le calme dont il manquait tant. Bien que le chemin fût escarpé, Isdès en connaissait les pièges et les mauvaises surprises. Il descendait à une allure déterminée, sans se préoccuper de la marcheuse derrière lui qui lui rappela rapidement qu’elle n’était pas familière avec ce type de relief. Quand elle se rattrapa à son bras, sa main s’avança vers elle, par réflexe. Il effaça aussitôt la lueur d’inquiétude qui avait brillé dans son regard avant de lui tourner rapidement le dos et continuer à descendre. Il était là pour la rattraper : c’était une évidence tacite qui lui brûlait trop les lèvres pour être formulée.

Ils traversèrent un bois luxuriant, alimenté par la chaleur du ciel dégagé et du sol nourri par les nappes phréatiques de la région, puis l’horizon s’ouvrit de nouveau vers le lac. Une fois posté devant, il semblait interminable, s’étendant à perte de vue jusqu’à ce que les collines ne marquent le début des montagnes. Les hauteurs étaient encore plus impressionnantes, maintenant qu’ils étaient tout en bas. Ils n’étaient que des poussières dans l’immensité rocheuse du nord. Isdès déposa son sac sur le sable et il observa Murphy à sa découverte. Malgré lui, il esquissa un timide sourire en coin. Ça lui plaisait. Sous cette nouvelle lumière, elle était différente, là encore. Désormais bercés par une légère brise, ses cheveux s’envolaient délicatement en arrière comme s’ils prenaient vie. Ses joues étaient rougies par la marche, mais il distinguait aussi de nouvelles couleurs. L’air vivifiant de la montagne réussissait à n’importe qui. Sa question le sortit enfin de ses pensées et il acquiesça, le visage neutre. « C’est ma maison. Ici, on dort et là-bas, la douche. » dit-il en pointant du doigt la source à quelques mètres d’eux. « Le village est plus haut, caché dans les montagnes. Les étrangers pas le droit d’y entrer. » Le sujet s’arrêtait là, en ce qui concernait son foyer. « Si tu veux boire, bois dans ça. » ajouta-t-il en désignant sa gourde. « Ou ça. » plaisanta-t-il. La source, à nouveau. « Profite de la chaleur d’aujourd’hui. Ce soir, on peut dormir dans bois, demain on continue, si toi veux. » Il commença à retirer ses chaussures. « Va falloir chasser plus tard. » Il ôta ses chaussettes. La sensation du sable sous ses pieds était indescriptible, même si elle ne valait pas celle de la terre. S’il avait pu et que ses mouvements n’étaient pas entravés, il aurait très bien pu vivre pieds nus. « Mais pas maintenant. » Cette fois, il lui sourit franchement. Isdès était détendu. Rien ne pouvait leur arriver ici. Elle pouvait remarquer le contraste entre l’homme sur ses gardes sitôt qu’il quittait ses terres et l’Athna véritablement dans son élément. Il retira son tee-shirt et l’abandonna sur le sable. Il venait de découvrir une autre partie de son essence. Sous la lumière du zénith, apparaissaient les huit lignes céruléennes, ornant son torse de sa fierté d’Athna. Elles n’avaient pas toutes les mêmes nuances, la première qui habillait sa clavicule droite était plus ternie que la dernière, éclatante, qui côtoyait son pectoral gauche. Il n’y prêtait même plus attention et ne s’embarrassait même pas de l’ecchymose qui virait au jaune sur une de ses côtes. « Maintenant, je nage. » Il saisit sa tresse qu’il noua sur elle-même pour la raccourcir. « Si toi faim, baies dans le sac. » Tandis qu’il lui parlait, il commençait à reculer vers la berge. « C’est l’heure de se reposer. » L’eau lui arrivait aux chevilles, puis au mollet. « Profite de la vie de Terrien. » Sur ces dernières paroles, il se laissa tomber en arrière, les bras en croix, et s’immergea complètement dans l’eau qui était la sienne.

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06/12/2015 Lux Aeterna 29545 Sophia Bush Avengedinchains (vava) ; Oreste (image profil); Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 160


Sujet: Re: feel your love float astray ∞ isphy (trigger warning)
Ven 12 Mai - 2:19



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Pamplemousse Cavendish & Myrtille Hakantarr
(1er au 8 mai 2117)


Enfin, elles découvraient ces montagnes. Enfin, son regard accrochait les cimes encore enneigées et les prairies alpines, les forêts pentues et les rocs aiguisés. La réalité dépassait son imagination, elle qui avait affabulé et dessiné dans son esprit les traits de ces montagnes qu'on leur avait contées là-haut et pour lesquelles Isdès semblait vivre. L'air s'était fait différent sans même qu'elle ne s'en rende compte. Elle ne savait pas exactement où ils étaient sur ces cartes que les siens s'étaient efforcés de griffonner et qu'ils continuaient à compléter. Ils en étaient probablement sortis, d'ailleurs; pour autant qu'elle le sache, ils n'étaient même plus dans le monde qu'ils connaissaient. Non, celui-là avait quelque chose d'onirique, de suspendu, d'isolé du temps et de l'espace qu'elle connaissait. Ce n'était que maintenant qu'elle s'était tue qu'elle s'en rendait compte. Ce n'était plus sa réalité à elle qu'elle vivait, c'était celle d'Isdès et de ces montagnes qu'il chérissait sans même s'en cacher. Murphy n'avait probablement jamais aimé un endroit de cette façon, elle qui s'était toujours contentée de survivre dans une capsule qui rendait son existence possible. Elle était reconnaissante de ce monstre d'ingéniosité qu'était leur Odyssée, mais elle ne l'aimait pas comme Isdès aimait son monde, comme il aimait cet air et ces paysages aux couleurs aussi froides que chatoyantes, viscéralement organiques. Elle le lisait dans ses traits et son regard, mais aussi et surtout dans sa démarche qui n'était plus vive mais pressée. Elle le suivait au même rythme mais n'avait pas son aisance. Le sol sec s'effritait sous ses pas et elle masqua à la fois sa gêne et sa gratitude lorsqu'il l'empêcha de justesse de glisser plus bas. La forêt lumineuse qu'ils traversèrent pour atteindre le sable épais du bord de lac n'avait pas grand chose à voir avec celle qu'elle connaissait et qu'elle trouvait à présent presque douillette tant elle s'y était habituée. Ces arbres étaient à la fois semblables et incroyablement différents de ceux auxquels elle était habituée. Elle les observa silencieusement mais d'un regard vif et aiguisé. Elle suivait Isdès mais elle n'avait pas perdu ses réflexes de prudence; même si elle lui emboîtait le pas, elle faisait attention à là où elle posait ses pieds, méfiante de cet endroit dont elle ne savait rien d'autre que ce qu'elle avait pu en entendre ça et là, de la bouche de ses anciens professeurs qui avaient du rajouter quelques chimères à leurs descriptions à celle d'Isdès, qui avait été avare en description.

Mais arrivée devant le lac, tous ses doutes et craintes s'envolèrent. C'était peut-être grâce la brise douce et fraîche ou les rayons tièdes du soleil, ou bien peut-être à la vue qui s'étendait devant jusqu'à ce lui paraissait être l'infini. D'ici, elle ne voyait plus la fin de l'étendue d'eau. Les montagnes les encerclaient mais elles n'étaient pas menaçantes; elles avait presque quelque chose de protecteur, comme des parents attentifs qui surveillaient un enfant un peu trop aventureux pour son bien. Elle laissa tomber ses affaires avant de s'avancer vers l'eau qui caressait le sable humidifié. « Et toi, tu viens ici souvent ? » Elle regarda rapidement la source qui s'écoulait non loin d'eux -non loin, en tout cas, à l'échelle du reste du lac-, se demanda si l'eau y était aussi froide que celle de la rivière qu'elle connaissait à cette période de l'année. Celle du lac, en tout cas, n'était pas particulièrement chaude, ni même tiède. Pour elle, un peu douillette, encore habituée au tout confort de sa boîte de conserve en orbite, elle était glaciale. Elle était vraiment tout près de chez Isdès, comprit-elle enfin. Il l'avait amenée chez lui, au coeur de ses montagnes et à deux pas de son village. Murphy ne savait pas comment interpréter cette conclusion, mais une part d'elle, un peu rêveuse sans doute, en était à la fois flattée et touchée. Car, et c'était quelque chose qu'elle avait du mal à accepter, il la connaissait bien plus qu'elle ne le connaissait lui. Il l'avait vue pleurer sa mère désespérément en cherchant un dernier adieu; il l'avait vue chuter dans une caverne, inconsciente, énervée, emportée par le désastre de sa vie; il l'avait vue dans le pire des états alors que lui s'était toujours présenté à elle d'une façon presque inhumaine tant le self-control émanait de lui. Il était à l'image de ses montagnes bien-aimées : un roc inébranlable qui n'avait que faire de plus petit ou de plus faible que lui. Il savait qu'il dominait en ces lieux, et son regard mordoré ne laissait aucun doute quant à l'estime qu'il pouvait porter à quiconque allait à l'encontre de la personne qu'il était. « Pourquoi, il va faire moche, après ? » demanda-t-elle avant de réaliser qu'il n'avait probablement aucun moyen de savoir. Là-haut, on lui avait parlé de satellites, autrefois, qui pouvaient prévoir ce genre de choses -et aussi de grenouilles et d'échelles, mais ça, elle n'avait pas trop bien compris. Elle, dans son Odyssée, s'était toujours exercée à imaginer les climats qu'endurait la Terre sous ses pieds. Là où il y avait des nuages, il ne faisait probablement pas très beau. Elle assistait parfois à de majestueuses aurores boréales, se demandait un instant à quoi elles pouvaient ressembler vues de la Terre. Il voyait les éclairs, aussi, les tempêtes, les ouragans aux mouvements spiraux excentriques typiques. Il lui avait fallu plus de trente ans pour apprendre que quelqu'un, d'en bas, vivait très probablement tout ce qu'elle s'imaginait. Les tempêtes cruelles, les aurores boréales qui embrasaient les cieux, les pluies déchaînées. Tout ce temps, il y avait eu Isdès, sous ses pieds, qui les vivait. Avec un sourire un peu rêveur, elle se demanda s'il s'était déjà posé la question dans le sens inverse; si, il y a des années, au même instant, deux êtres opposés, séparés par des fins kilomètres d'atmosphère et le vide le plus total s'étaient posés la même question et s'étaient échangé un regard sans même s'en rendre compte.

Mais Murphy savait que non. Les Odysséens avaient toujours vécu pour cette Terre sans la connaître; elle avait toujours fait partie d'eux parce qu'ils ne l'avaient jamais vraiment quittée, parce qu'elle était toujours sous leurs pieds. Sur Terre, par contre, ses habitants avaient du oublier depuis longtemps ceux qui s'étaient lâchement enfuis. Les fuyards n'avaient jamais eu d'intérêt pour eux, puisqu'ils avaient choisi de ne plus faire partie de leur monde. Isdès n'avait probablement jamais vu ce point lumineux qui reflétait les rayons solaires dans la nuit et suivait sa trajectoire à une vitesse qui aurait pu lui paraître folle; il ne l'avait probablement jamais cherché, d'ailleurs, car il n'y avait pas pensé. « Si j'avais mon chien », atterrit-elle subitement, « il aurait pu nous chasser un bon repas pendant qu'on se prélassait. » Elle chercha du regard la buse d'Isdès et ne la trouva pas. Elle avait du s'échapper un moment; après tout, cet endroit devait faire son bonheur -comme il aurait probablement fait celui d'Antarès d'ailleurs.

Toujours assise dans le sable, elle ôta ses chaussettes à son tour et plongea prudemment ses orteils puis la plante de ses pieds dans l'eau devant elle. Son regard fut brusquement attiré par la phrase pleine d'entrain d'Isdès et les grands gestes qu'il fit pour ôter son tee-shirt. « Oh, mais c'est qu'il a les muscles du sourire » le taquina-t-elle, le nez retroussé par la malice. Muette, la brune l'observa se préparer pour la baignade. Des baies ? Elle n'avait pas faim. Elle n'avait même pas vraiment soif. Le dégradé de bleus qui ornait ses muscles s'était imprimé sur ses rétines, mais il n'était pas le seul. Elle se releva sagement au moment où il se laissa tomber dans l'eau et non sans l'éclabousser. Elle épousseta son jean de toute trace de sable et resta un peu bête pendant quelques instants, seuls les pieds recouverts d'eau. « T'es haut en couleurs, Myrtille. Et je parle pas que de ce qui se cache là-haut, sous ta tresse. » Elle désigna sa caboche de l'index. Ce qu'elle observait était totalement hors de sa portée. Elle était en train de découvrit un Isdès totalement dans son élément; elle était en train de découvrir le sourire d'Isdès. C'était quelque chose d'étrange que d'apprécier à ce point un sourire. Son intérieur en brûlait de bonheur. Elle fit un pas en avant dans l'eau, frissonna du froid, puis frissonna en pensant que le lac était probablement infesté de bêtes bizarroïdes. En levant le regard vers l'étendue bleutée qui réfléchissait le ciel d'azur, Murphy fut prise d'un vertige bref. Jusqu'où pouvait s'enfoncer la terre sous cette eau-là ? Cachait-elle un tout autre monde ? Devait-elle être effrayée par ce nouvel inconnu ?

Son jean, humide jusqu'aux genoux, lui collait à la peau. Elle sentait le courant calme du lac jouer avec le tissu. Dans un soupir supposé lui insuffler du courage, elle fit un pas de plus vers l'immensité aquatique. Ses mouvements étaient vifs mais elle restait ensuite immobile sur un terrain qu'elle considérait sécurisé, priant pour qu'aucune bestiole ne la frôle comme les poissons le faisaient dans la rivière lorsqu'elle s'y baignait. Le calme nouveau d'un lac avait au moins le mérite de la rassurer sur un point : elle ne se ferait pas entraîner par les courants, ici. C'était probablement d'autres dangers qui la guettaient, mais pas celui-là. Elle pouvait laisser son expérience de presque-noyade là où elle était, donc, cachée au milieu des souvenirs qu'elle préférait enchaîner là où elle n'irait pas trop trifouiller. Hâtivement, elle ôta à son tour son tee-shirt, le regard perdu dans l'eau à ses pieds pour s'assurer qu'aucune bête ne s'approche de trop près, et le jeta sur le sable derrière elle. Elle n'était pas ornée de couleurs, elle; sa vieille dentelle fatiguée était blanche et dénuée de tout intérêt. Si l'on regardait bien, on pouvait sans doute retrouver sur ses clavicules et ses épaules quelques cicatrices que le temps avait éclaircies; les cicatrices de l'acide qui avait marqué sa peau en cette fin de journée d'été, de longs mois auparavant.

Rafraîchie par l'eau qui n'avait pas encore eu le loisir de se suffisamment se laisser tiédir par le soleil pour son confort personnel, Murphy s'approcha d'Isdès et posa de façon un peu enfantine le bout de son index sur sa côte marquée, désignant sa pommette d'un mouvement de menton. « T'es haut en couleurs, Myrtille » répéta-t-elle en le fixant, restant silencieuse quelques secondes avant de reprendre la parole. « J'aurais bien aimé, mais c'est pas moi qui t'ai abîmé. C'est qui ? C'était à ta fête ? » C'était de la curiosité sous sa plus simple forme. Elle appuya un peu sur le bleu de façon puérile, purement et simplement pour l'embêter, et gloussa en s'éloignant d'un pas peu gracieux, alourdie par son jean trempé. Le regard rivé vers la forêt dont ils avaient traversé l'extrémité un peu plus tôt, elle entreprit de se débarasser de ce poids inutile. Elle le jeta à son tour sur le sable, où il s'écrasa dans un bruit lourd de froissement, et se retourna vers Isdès. Elle ne comptait pas s'enfoncer davantage vers l'intérieur du lac, presque persuadée qu'il allait la manger. Ses avant-bras caressaient la surface de l'eau, qui lui arrivait à la taille. C'était la limite à laquelle elle pouvait encore voir ses pieds et tout ce qui se tramait autour. « Y'a des bêtes, en-dessous de nous ? Des... poissons ? Ou d'autres choses ? » demanda-t-elle, réticente à l'idée de croiser le chemin de n'importe quel être vivant auquel elle n'était pas déjà habituée -et entendons-nous bien, elle n'était même pas habituée aux poissons de sa rivière ordinaire, dont elle détestait le contact lorsqu'il avait lieu.

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06/05/2016 Dandan/Sonia 238 Jason Momoa lux #demonkeur Garde pour sa tribu, il s'occupe aussi parfois des oiseaux messagers. 60


Sujet: Re: feel your love float astray ∞ isphy (trigger warning)
Lun 15 Mai - 22:23

how the water seemed
to call your name

Pour lui, l’eau et les montagnes étaient un acquis. Isdès était né au sein de ce paysage et il y mourrait certainement. Il ne s’imaginait pas quitter son camp pour aller vivre en bord de mer, à l’abri des cimes des épaisses forêts ou même dans le désert brûlant de l’est du continent. De manières générales, rares étaient les nomades. Certains voyageaient souvent, mais tout le monde avait sa place quelque part. Suite à la catastrophe nucléaire qui avait redistribué les cartes du monde, chacun s’était efforcé de se forger une utilité, une raison d’être. Pour lui, la première était de préserver l’existence des siens, la seconde était qu’il respirait pour assister à un lever de soleil en de tels lieux. C’était encore plus sublime lorsqu’il grimpait au sommet de son volcan, là où une simple chute lui serait fatale. Plus il prenait de la hauteur, plus il se sentait être et vivre. Voilà peut-être le comble d’être un homme plus grand que la normale... À sa question, il acquiesça en silence. Il venait dès que c’était possible. Malheureusement, il ne restait jamais plus de quelques heures, parce que le devoir finissait toujours pas l’appeler. Il craignait tant de manquer quelque chose chez les siens qu’il ne prenait jamais le temps pour lui. Aujourd’hui, il prenait le temps pour deux. Isdès ne s’était pas inquiété de savoir si on avait besoin de lui à quelques kilomètres de là. Pour la première fois, le monde pouvait bien s’écrouler, il n’était pas là pour s’occuper des autres. Pour la première fois depuis leur rencontre, Murphy n’était pas dans une mauvaise posture. Ils n’étaient que deux individus totalement étrangers à l’autre qui se découvraient. Le cycle vicieux semblait s’être terminé et s’entamait sur de nouvelles bases. Ils étaient sur un pied d’égalité, enfin, et rien ne pouvait compromettre cette nouvelle tentative d’approche. C’était au tour de la jeune femme de s’intéresser à son lieu de vie, à ses habitudes. Elle prêtait à attention à chacun de ses mots et semblait vouloir réagir à chaque fois, quitte à poser des questions stupides. Il se contenta de hausser un sourcil quand elle l’interrogea sur la météo à venir. Il y avait bien quelques camarades en mesure de prédire les prochaines averses ou les éclaircies imminentes. Isdès n’avait jamais compris ce qui leur permettait de faire de telles prédictions, mais il n’y voyait aucune intervention divine ou providentielle. Au fil du temps, les Terriens avaient simplement développé de nouvelles compétences pour subsister et avaient apprivoisé le sol qui avait été inhospitalier pendant trop longtemps. Chacun était à sa place et la Terre continuerait de tourner.
L’homme ne pouvait néanmoins pas s’empêcher de prévoir tout ce qui était nécessaire à leur confort. À commencer par l’endroit où dormir, puis quoi manger. Il tenait à ce que la jeune femme ne manque de rien et lorsqu’elle se permit d’interférer dans son devoir de protection, elle ne reçut qu’un regard mauvais en retour. Il était hors de question qu’un animal fasse le travail pour eux – surtout un chien. Bien qu’amoureux des bêtes domestiques quelles qu’elles soient, il avait du mal à leur faire confiance. Le chien était si docile, si dévoué à l’humain et pourtant, il restait si proche du loup. Il redoutait toujours qu’un instinct sauvage ne finisse par leur faire défaut et pour lui, c’était impossible de confier à ces canidés des taches qu’il pouvait accomplir seul. Isdès ne répondit rien, cependant, comprenant bien qu’il risquait de heurter les sentiments de la jeune femme. Il se contenta de profiter de ce que la nature lui offrait et elle ferait mieux d’en faire de même. Sans aucune pudeur, il retira son tee-shirt avant de se laisser tomber dans l’eau. Il ne releva même pas la remarque de Murphy à double sens. Elle osait donc le taquiner sur son physique ou bien sur le fait qu’il était véritablement capable de sourire ? Cela semblait si ironique pour elle tandis que pour lui, le sourire avait une vraie valeur. Durant une poignée de secondes, il n’entendit plus rien. La pression de l’eau l’avait coupé du monde et il n’y avait que la propre voix de ses pensées qui résonnait dans sa tête. Cette situation était étrange. Il ne parvenait pas à expliquer pourquoi il se sentait si exalté, si vivant. La Skaikru s’était tellement appliquée à essayer de le faire culpabiliser d’être ce qu’il était, à essayer de remettre en cause chaque chose qui constituait son existence. Parce qu’elle s’était sentie étrangère à ce nouvel environnement, elle avait tout fait pour l’isoler à son tour. Mais elle avait échoué. Elle n’avait pas pu l’empêcher d’être naturel et aujourd’hui, c’était même cette personnalité si opposée à la sienne qu’elle recherchait. Tout comme lui. Il ne pointait plus du doigt ce qui les séparait tant. Il avait tendu la main vers elle, pour l’amener dans son monde, et elle l’avait saisi avec cette folie qui la caractérisait tant. Enfin, Isdès se décida à sortir la tête de l’eau et il s’aperçut qu’elle avait les pieds trempés dans l’eau. Elle résistait encore à l’appel du lac ? « Et toi, tu as peur ? » surenchérit-il, l’air espiègle.

Debout dans l’eau qui lui arrivait à peine aux genoux, il regardait la jeune femme apprivoiser ce nouvel élément. Il y avait quelque chose qui lui laissait croire qu’elle n’était pas à l’aise. Son regard parcourait l’immensité qui l’entourait, non sans se retourner du côté de la berge. Elle hésitait. Isdès ne l’avait fréquentée que deux fois, mais il croyait lire ici, précisément, le sentiment qui l’envahissait. Il décida de laisser les choses se dérouler. Cela ne servait à rien de brusquer les choses. S’il l’avait amenée ici, ce n’était pas pour la traumatiser. Ainsi, quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’elle retira son haut, dévoilant ainsi une poitrine encore recouverte d’un tissu. Celui-ci était tissé d’une étrange manière. La matière n’était pas pleine mais entremêlée de découpes infimes et de motifs détaillés. Elle était d’une blancheur éclatante, représentatif des natifs des cieux. Même s’ils possédaient quelques moyens de retirer la couleur, jamais les Terriens n’étaient parvenus à obtenir une teinte aussi immaculée – bien que le tissu semblait avoir vécu. Isdès resta interdit quelques instants, laissant ses yeux curieux vagabonder à leur guise. Sa peau était aussi pâle que celle de son visage et pourtant, elle trouvait le moyen d’être encore mise en valeur par ce sous-vêtement incongru. Sa poitrine semblait ferme, haute, soutenue par des épaules fines mais musclées. Il aurait pu rester longtemps comme ça, si elle ne s’était pas approchée de lui pour réveiller une douleur sur ses côtes. « Hei ! » protesta-t-il, immobile. Elle pouvait appuyer tant qu’elle le voulait, il ne broncherait pas. « Pourquoi tu veux m’abîmer encore ? Oui, ma fête, meilleur combat des tribus. » ajouta-t-il sans aucune fausse modestie. Il savait combien sa rivalité avec Elias suscitait les émois guerriers. Au moment où elle réitéra son geste, Isdès ne la laissa pas faire et écarta aussitôt sa main. Prenait-elle plaisir dans la douleur ? Cela expliquerait pas mal de choses... Murphy finit par s’éloigner légèrement et se débarrassa de son jean qui devait l’alourdir plus que de raison. Elle cherchait sans doute des moyens de se donner du courage d’avancer, quand bien même elle restait loin de lui. Quand elle l’interrogea sur la vie sous ses pieds, il haussa les épaules. « Peut-être petits poissons au fond, tu sentiras rien. L’eau est trop claire, ça aide pas gros poissons. Plus loin avec le courant. » dit-il en désignant l’aval du cours d’eau, à des kilomètres de là. Il n’avait jamais réalisé qu’habiter dans le ciel signifiait ne rien connaître de l’eau à son état naturel. Les lacs, les mers, les rivières, tout ça n’existait pas parmi les étoiles. Elle n’avait connu que la ferraille, les murs, l’apesanteur et l’infini espace. Elle ne connaissait rien du poids de la gravité ni même de la sensation de flotter véritablement. « Toi sais nager ? » La question était davantage un avertissement qu’une réelle interrogation puisqu’il agit aussitôt. Il s’avança juste pour saisir ses avant-bras de ses deux mains. Sans lui laisser le temps de réfléchir, il l’attira vers lui au fur et à mesure que lui reculait aussi. Vu leur différence de taille, quand il s’arrêta, l’eau au niveau de ses côtes, elle n’avait certainement plus pied déjà. Mais il la tenait toujours. Le regard d’Isdès était fixé sur son visage pour qu’elle ne détourne pas le regard et qu’elle songe à ce qui était en train de lui arriver – et accessoirement il s’évitait des distractions. « Laisse aller. Regarde tes étoiles. Toi vas voir ce que c’est... Floud op. » dit-il pour l’inciter à regarder le ciel. Il appuya sur ses avant-bras pour qu’elle soit obligée de se laisser porter en arrière. Il attendit qu’elle soit dans une position de planche parfaite avant de la libérer. Isdès demeura à ses côtés, surveillant le moindre signe de panique. Elle flottait, portée par l’eau qui berçait chacun de ses membres. C’était la façon de voler des Terriens.

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06/12/2015 Lux Aeterna 29545 Sophia Bush Avengedinchains (vava) ; Oreste (image profil); Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 160


Sujet: Re: feel your love float astray ∞ isphy (trigger warning)
Mar 16 Mai - 0:16



❝ Feel your love float astray ❞
Pamplemousse Cavendish & Myrtille Hakantarr
(1er au 8 mai 2117)


Murphy avait franchi les barrières de l'inconnu. Elle avait passé un voile à peine perceptible, celui qui séparait sa réalité de tout ce qu'elle ne connaissait pas encore. Elle n'avait probablement jamais réalisé avant ce jour-là que quelques heures de marche à peine la séparait de ce nouveau monde. C'était un plongeon qui ne la pétrifiait même pas, parce qu'il avait quelque chose de presque fantasmagorique. Elle avait toujours su que cette planète ne se limitait pas à cette forêt qu'elle n'était plus très loin de connaître comme sa poche, mais le reste avait toujours fait partie de son imagination. Elle avait dessiné les reliefs des montagnes et les vagues affolées de l'océan dans son esprit pour en faire ce que bon lui semblait; peu importait, au fond, si ces images étaient irréalistes, car ses yeux n'en rencontreraient probablement pas le relief concret avant un bon moment, et peut-être même quitterait-elle ce monde avant d'avoir admiré ce qu'il avait à offrir à la part d'elle qui n'était faite que de rêves. Mais il avait suffi d'une invitation et de deux jours de marche pour lui prouver que même l'irréalisable pouvait se réaliser. Les montagnes étaient majestueuses, et Murphy pouvait saisir l'admiration qu'elles suscitaient chez Isdès. Elles lui étaient ce que les étoiles étaient à son existence, un port d'attache, un foyer éternel. Il y avait quelque chose de presque mystique dans cette admiration qu'aucun mot d'aucune langue ne pourrait jamais totalement décrire. Myrtille trouvait probablement ici le repos et la douceur qu'elle trouvait dans l'admiration de ses étoiles qui éclataient de brillance au niveau de l'obscurité noire de la nuit. Elle pouvait ressentir ce respect qui émanait d'Isdès ici tout particulièrement. Son regard, sa gestuelle, son sourire... tout trahissait la faiblesse qu'il avait pour cet endroit particulier, et il semblait à Murphy que son être buvait cette sensibilité avec une soif presque maladive. En ce jour et à cet instant précis, elle était devenue une éponge qui aspirait tout ce que ce nouvel environnement lui offrait.

Ce n'était pas tant de la peur que de l'inconfort qu'elle ressentait. Pour la première fois depuis qu'ils s'étaient rencontrés, Isdès lui offrait un regard sur sa vie de Terrien et sur la vie de Terrien. Mais était-elle vraiment à sa place ici ? Son esprit avait peur de ces immensités qu'elle ne voyait pas. Qu'est-ce qui pouvait se cacher dans les profondeurs de ce lac ? Rien ne vivait, là-haut, au milieu des étoiles. Leur propre survie à eux tous avait été un véritable défi pour les ingénieurs chargés d'enfermer une partie de l'humanité dans une grosse masse de ferraille envoyée en orbite autour de la planète qui les avait vus naître. La lutte n'avait cessé à aucun moment depuis lors pour ceux qui étaient devenus au fil des années un peuple céleste. Ici ? Elle avait eu tout loisir de l'apprendre depuis un an, tout pouvait vivre. Elle avait rencontré les êtres vivants les plus mystérieux de tous, et ce qu'elle ne connaissait pas, Murphy redoutait. Au milieu de ses étoiles natives, elle avait eu vue sur l'immensité du tout et sur l'immensité du rien. Elle avait pu deviner jusqu'aux planètes les plus éloignées de l'orbite de leur planète mère, observé les astéroïdes rebelles dont le trajet aléatoire les guidait non loin d'eux, admiré des milliers de levers et de couchers de Soleil et de Lune. Elle était restée médusée de la pureté du noir sur lequel se détachait les objets célestes brillants. Ce lac représentait le total inverse de ces lumières rassurantes au milieu de la nuit. Il n'était, lui, qu'obscurité, et l'obscurité ne pouvait receler qu'horreurs. « Moi, peur ? Jamais ! » Elle s'offusqua comme elle savait si bien le faire, mais ses gestes trahissaient son hésitation. Elle était entrée à tâtons, observant l'eau encore claire dans laquelle baignaient ses jambes alourdies par son jean trempé, et avait fini par se raccrocher à sa malice pour oublier ce qui se tramait sous ses pieds. « Je croyais que j'étais trop faible pour t'abîmer ? » Un sourcil arqué, taquine, Murphy rit, se demandant à quoi avait bien pu ressembler ce combat dont il semblait si fier. « Oui, le meilleur, bien sûr. Je suis sûre que moi, j'aurais fait qu'une bouchée de toi. » Elle leva le nez en l'air avec une pointe d'arrogance amusée, non sans savoir pertinemment à quoi pourrait ressembler un éventuel combat entre eux deux. L'un comme l'autre, ils avaient la réponse depuis le tout début.

Après avoir joué avec les muscles martyrisés d'Isdès, Murphy s'éloigna de quelques pas dans l'eau, non sans une certaine précaution. Ses sens restaient en éveil à chaque instant, attirés par la moindre irrégularité de l'environnement. Après mille hésitations, elle finit par ôter son jean à la hâte, persuadée que plus tôt elle retrouverait son calme, plus tôt elle se fondrait à nouveau avec la quiétude de l'eau qui caressait les berges un peu plus loin, là où s'entassaient leurs affaires. La voix du Terrien répondit à sa question, s'élevant au-dessus du lac pour parcourir les quelques mètres qui les séparaient à présent. « Petits poissons... petits comment ? Comme mon index ou comme ton... avant-bras ? » Une grimace de crainte s'était figée sur son visage. Elle ne voulait pas qu'un de ces trucs poisseux la touche ou la frôle, et elle masqua un frisson alors qu'il s'approchait d'elle dans le plus grand des calmes. « Moi ? Nager ? » répéta-t-elle bêtement, pétrifiée par la question, avant qu'il ne la devance en se saisissant de ses bras. Elle se laissa faire malgré elle, le suivant en sautillant dans l'eau pour éviter un contact trop long avec un éventuel animal qu'elle perturberait dans sa tranquille vie d'animal. Mais Isdès était imperturbable, et à mesure qu'ils s'éloignaient de la rive du lac, la brune resserrait sa prise autour des avant-bras de son guide et maintenant maître nageur. Ses doigts se contractèrent avec force et vigueur lorsqu'elle perdit tout contact avec le fond du lac. Elle aurait probablement hurlé de terreur si elle n'avait pas soutenu le regard de l'homme des montagnes. Tremblante, elle sentait des salves de frissons se succéder le long son échine, essayait d'arborer un visage impassible, mais pouvait sentir ses sourcils se froncer de crainte. « Les étoiles ? » Elle s'offusqua aussitôt, sautant sur l'occasion pour oublier ce qui était en train de se passer autour d'eux et qu'elle ne pouvait pas voir. Ils pouvaient être encerclés par des monstres qui se nourrissaient exclusivement de cervelle humaine cuite près de sources hydrothermales au fond du lac qu'ils ne le sauraient même pas. « On est le jour, on voit pas d'étoiles, y'a juste le soleil, mais ça compte pas le soleil, il est vraiment beau que quand il est rouge, au début et à la fin du jour. Sinon il explose juste les yeux, et... » Avant qu'elle n'ait pu terminer à la fois le cheminement de ses pensées et celui de sa phrase, Murphy se retrouva allongée sur le dos, flottant au milieu du lac, le regard rivé vers le bleu aveuglant d'un ciel qui n'avait définitivement rien à voir avec celui qu'elle avait connu là-haut. « Pourquoi tu me lâches, pourquoi tu me lâches ? » Effarée, elle chercha d'une main paniquée un contact avec Isdès, mais n'osait pas briser l'équilibre dans lequel il l'avait installée. Il suffirait probablement de rien pour qu'elle coule. « Non, non, je sais pas nager ! » Elle ferma les yeux quelques secondes, espérant que ça l'aiderait à faire passer toutes les idées loufoques qui lui passaient par la tête. Il y avait sûrement un monstre aux yeux rouges et aux dents aiguisées qui attendait le bon moment pour attaquer. Il l'observait par en-dessous, admirait son dos nu, se léchait les babines, et il lui arracherait la moelle épinière en premier, parce que c'était sa façon de préparer son déjeuner. Ses paupières s'ouvrirent brusquement et elle oublia toutes les précautions qu'elle avait prises jusque-là, gigotant dans tous les sens jusqu'à boire la tasse une fois, puis deux fois, puis trois fois. « J'ai senti... » Ses mains cherchaient désespérément Isdès, ses poumons cherchaient désespérément de l'oxygène. Elle s'agitait au milieu de l'immensité de l'eau et de ses mystères, et cette seule pensée lui offrit un vertige de plus. « ...un truc... dans mon dos... » Lorsqu'enfin, après ce qui lui parût être une éternité, Murphy trouva le Terrien, elle s'accrocha à lui de toutes ses forces, chercha ses épaules pour essayer de se sortir de l'eau. Dans la panique, son regard accrocha à plusieurs reprises les bandes bleues qui recouvraient les muscles du Terrien, et leur simple couleur suffit à l'apaiser, au moins le temps pour elle de joindre ses deux bras derrière la nuque d'Isdès. Alors que ses poumons se remplissaient enfin d'un air salvateur, ils furent piégés à nouveau par la virtuosité qu'avait l'eau à s'immiscer partout où elle était invitée. Murphy faisait à présent face au fond du lac, sur lequel se détachait la silhouette d'Isdès, dont elle pouvait jurer qu'il souriait, moqueur.

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06/05/2016 Dandan/Sonia 238 Jason Momoa lux #demonkeur Garde pour sa tribu, il s'occupe aussi parfois des oiseaux messagers. 60


Sujet: Re: feel your love float astray ∞ isphy (trigger warning)
Mar 16 Mai - 23:53

how the water seemed
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Sitôt qu’Isdès avait mentionné la possibilité de nager, Murphy s’était pétrifiée sur place. Il sentait ses doigts écraser sa peau au fur et à mesure qu’elle s’éloignait de ses affaires. Il voyait bien ses traits se figer tandis qu’elle avançait de plus en plus vers lui, dans une eau de plus en plus profonde. Il ne devait même pas avoir un mètre de vide sous ses pieds. Si elle sautillait sur place, peut-être même qu’elle arriverait à toucher le fond. Mais c’était certainement la dernière chose qu’elle souhaitait faire. Elle redoutait la vie qui avait élu domicile dans cet élément qu’elle ne maîtrisait que trop peu. Il ne pouvait pas la blâmer de craindre l’inconnu, elle qui était née dans une prison d’acier, propulsée au milieu de l’univers. Son monde s’était développé et s’était arrêté entre ces quatre murs et quand bien même, elle faisait preuve d’une curiosité saine – il suffisait de l’écouter poser mille questions à l’heure – elle n’était pas capable de raisonner sur des choses dont elle n’avait pas le contrôle. Elle était humaine, somme toute. Ça, Isdès pouvait bien le concéder, à défaut de pouvoir comprendre cette peur irrationnelle. D’aussi loin qu’il s’en souvienne, il avait toujours combattu le mal par le mal. Enfant, s’il avait eu le malheur d’évoquer une certaine peur, son père l’y avait confronté aussitôt. On ne l’avait pas éduqué en lui apprenant que la peur était une faiblesse mais plutôt que de ne pas avoir peur était la normalité. Ça lui paraissait totalement normal de foncer tête baissée dans le danger, de se lancer à corps perdu dans quelque chose qu’il redoutait, parce qu’il était alors obligé de se donner les moyens de s’en sortir. C’était ainsi qu’il avait toujours fonctionné et si, par exemple, il se refusait à se lier d’amitié avec les Rahjak ou les Skaikru, ce n’était pas parce qu’il craignait un acte mauvais de leur part mais parce qu’il était intimement persuadé de les connaître suffisamment pour savoir qu’ils n’étaient pas dignes de confiance. Même quand il ne savait rien, Isdès estimait parler en connaissance de cause. Son instinct avait toujours pris le dessus sur le reste. C’est pourquoi il continua de faire découvrir à la jeune femme des sensations qu’elle ne souhaitait peut-être même pas expérimenter. C’était plutôt lui qui le désirait. Sa faute grammaticale détourna l’attention de la jeune femme qui se lança dans des explications scientifiques dont le sens n’était même pas compris par l’Athna. Il profita de l’occasion pour la mettre en position allongée et laisser l’eau faire son œuvre. Il n’avait jamais vraiment compris comment un élément aussi fluide et transparent pouvait porter des corps aussi lourds que ceux des humains. C’était des savoirs que ces ancêtres s’étaient empressés d’oublier puisqu’ils ne s’étaient pas avérés indispensables à leur pérennité. En revanche, il était certain que la jeune femme avait la réponse. Il lui poserait la question plus tard, un jour, mais ce n’était pas l’heure.

À peine l’eut-il lâchée qu’elle se mit à paniquer. Plus elle gigotait, plus l’eau prenait de l’espace sur son corps. Elle était comme le navire qui ne coulerait que si des forces inhabituelles étaient exercées sur celui-ci. Tant qu’elle restait immobile et qu’elle faisait confiance à son corps, elle n’aurait rien à craindre. D’ailleurs, sa silhouette entière était désormais à la merci des iris d’Isdès. Malgré tout la volonté du monde, il n’arrivait pas à se détacher d’elle. À cet instant précis, il croyait comprendre ce qui posait problème depuis le début. Ce sentiment-là, cette pulsion-là, il la connaissait pour l’avoir déjà ressenti envers d’autres femmes. Il voulait croire naïvement qu’il n’y ait que de l’attraction physique. Il était aimanté vers elle, inconsciemment, tout le temps, dès qu’elle était dans les parages. Combien de fois lui avait-il reproché d’être dans ses pattes alors qu’il ne lui avait jamais vraiment tourné le dos ? C’était résister à l’impossible car elle n’était pas comme les autres. Ce n’était pas une Terrienne avec qui il pouvait interagir de façon normale. Avec elle, rien n’était normal parce qu’elle était si différente. Il n’y avait qu’à voir l’angoisse qui se lisait sur son visage alors qu’elle faisait juste la planche sur le lac le plus calme de la région. Isdès était brièvement ailleurs et il n’entendait même pas les complaintes de Murphy qui était en train de se faire des frayeurs toute seule. Il était près d’elle et il ne s’attendait pas à ce qu’elle soit surprise quand malencontreusement, sa main effleura son dos. Aussitôt, elle crut à l’attaque d’un poisson et devint folle. Isdès eut un mouvement de recul, lui-même surpris, atterrissant à peine sur Terre. Il resta béat quelques secondes avant que les mains de la jeune femme ne viennent trouver ses épaules. Ses bras s’enroulèrent autour de sa nuque et soudain, le silence. Il la regarda, décontenancé d’abord puis amusé, en voyant que cette simple proximité suffisait à apaiser la jeune femme. L’avait-elle fait exprès ? Si un gros poisson s’était mis en tête de la manger, ce n’était pas Isdès qui allait l’arrêter...

Et pourquoi ne participerait-il pas un peu à cette mascarade ? Il voulait l’effrayer un peu, qu’elle se rende compte que tout ça était puéril. Elle n’avait rien à craindre, puisqu’il était là. Sans rien dire, Isdès se laissa alors couler, l’entraînant avec lui. Ils n’étaient plus que deux dans l’immensité aquatique. En apnée, lui souriait brièvement avant de retrouver tout son sérieux. Même si ses traits étaient légèrement déformés parce qu’elle retenait sa respiration, le visage de Murphy avait quelque chose d’hypnotique. Tandis que lui s’enfonçait dans les abysses, elle tournait le dos à la surface. Son corps était auréolé de la lumière du soleil. Ses cheveux bruns ondoyaient autour d’elle comme s’ils avaient leur propre existence. C’était certainement ça l’essence de leur relation : elle, la lumière céleste, lui la profondeur opaque des bas-fonds. Elle était la légèreté quand il était la gravité. Comme deux aimants, ils n’avaient cesse de se repousser sans pouvoir s’empêcher de se rapprocher. Réalisant peu à peu qu’elle n’avait certainement pas une très bonne apnée, il battit des pieds pour se redresser et rattraper Murphy. Au passage, sa tresse frôla ses épaules tandis que ses mains éprouvèrent le besoin de frôler nonchalamment ses hanches avant d’attraper sa taille. Avant que l’un ne meure d’asphyxie, ils retrouvèrent l’air frais. Isdès prit une grande inspiration, sans savoir si c’était la poignée de secondes passées sous l’eau ou autre chose qui lui avait ainsi coupé le souffle. Ils avaient quelque peu dérivé et s’étaient davantage éloignés de la berge. « Ça va. » souffla-t-il. Il ne l’avait pas lâchée. Au contraire, dans un élan instinctif, il la colla contre lui. Il avait beau lutter, c’était difficile de se montrer civilisé, à sa manière à elle. Elle pouvait sentir son changement d’attitude : son sourire évaporé, son buste agité par une respiration trop régulière pour être spontané, ses doigts crispés sur une peau qu’il rêvait de malmener. Et ce n’était que la partie émergée de l’iceberg. Au fond, il brûlait. « Toi pas peur. » essayait-il de se convaincre, sans parler de l’eau. Elle n’avait pas peur de lui, elle ne pouvait pas avoir peur de lui... Un avertissement soudain de sa buse le ramena à la raison et d’une main, il se mit à nager jusqu’à ce que Murphy ait pied. Là, il l’abandonna sans un mot et marcha jusqu’à la source à quelques mètres de là, pour aller se rafraichir les idées. Il était en train de nourrir une colère, bien plus simple à expliquer que ce qu’il venait de réaliser à son égard. Murphy le rendait fou.

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06/12/2015 Lux Aeterna 29545 Sophia Bush Avengedinchains (vava) ; Oreste (image profil); Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 160


Sujet: Re: feel your love float astray ∞ isphy (trigger warning)
Mer 17 Mai - 3:49



❝ Feel your love float astray ❞
Pamplemousse Cavendish & Myrtille Hakantarr
(1er au 8 mai 2117)


Cet inconnu, pourtant si grisant quelques minutes plus tôt à peine, l'effrayait au-delà de ce qu'elle avait toujours connu. Ce n'était plus les hauteurs et la peur de la chute qui l'avaient surprise plus d'une fois ici, ce n'était plus l'instinct de survie qui la poussait à réunir toutes ses forces pour fuir le danger. Cette fois-ci, c'est le gigantisme de l'obscurité opaque. Sous elle et sous eux pouvaient se cacher l'enfer et toutes les créatures crées par la nature et les hommes qui s'étaient laissés dépasser par le pouvoir de la science. Il pouvait y avoir des monstres que même son esprit fantasque et apeuré n'osait pas s'imaginer, et l'infini d'un vide inaccessible qui n'avait plus rien à voir avec celui des hauteurs célestes. C'était ridicule, sans doute, et elle en avait conscience. Rien qu'au calme dont faisait preuve Isdès à ses côtés, Murphy savait que ses peurs étaient irrationnelles, et pourtant, les étouffer lui paraissait impossible. Son esprit divaguait malgré les limites qu'elle essayer de lui imposer. Une idée macabre en entraînait une autre et bientôt, il lui devint impossible de rester allongée au-dessus de ce qu'elle ne voyait pas. Elle chercha le contact d'Isdès désespérément pendant ce qui lui parût être de longues minutes, aggravant elle-même sa situation à chacun de ses gestes, consciente qu'elle ne devrait sa noyade qu'à ses mouvements affolés qui réveillaient violemment l'eau pourtant d'apparence si calme. Lorsqu'enfin ses doigts affolés rencontrèrent la peau rassurante du Terrien, ses instincts lui intimèrent de s'y accrocher pour de bon, pour de vrai. Il était sa sécurité, et son visage rencontra pendant une infime seconde la chaleur de son cou avant qu'ils ne s'effondrent tous les deux.

Le fond de ce lac n'était pas loin, elle le savait. C'était du bon sens; il ne pouvait pas juste rien y avoir alors que quelques mètres plus près de la berge à peine, elle avait encore pied. Mais elle ne voyait pas le sol, ou peut-être, au mieux, le devinait. Elle était persuadée de voir la vie s'agiter de toutes parts, mais peut-être était-ce juste leur vie à eux qui troublait les lieux. Entre elle et le vide, Isdès. Les bandes bleues dessinées sur son torse semblaient refléter chacune à leur manière la lumière qui s'insinuait à travers l'eau qui dansait à leur contact, masquée ça et là par sa propre présence en ces lieux. Elle pouvait déceler dans le bleu du doré, et puis des couleurs beaucoup plus froides à quelques centimètres à peine de là. Elle n'avait jamais vu un tel spectacle; les reflets d'une eau qui paraissait soudain si pure, qui dessinait sur la peau matte de l'Athna un motif ondoyant, en constante mouvance. Sa tresse semblait se perdre sous lui, dans cette noirceur abyssale qui lui faisait si peur, mais la sérénité se lisait sur le visage de l'Homme. Elle resta inerte un moment, clignant des yeux car ils commençaient à lui brûler, retenant sa respiration juste une seconde de plus et une seconde de plus encore, décidée à arrêter le temps un tout petit peu plus longtemps pour que l'image creuse sa place parmi ses souvenirs les plus apaisants, qu'elle s'imprime solidement sur ses rétines. Son corps flottait dans ce calme serein et elle le laissa faire, parce que Myrtille souriait, parce que Myrtille, lui, faisait confiance au moment. Ses bras étaient tendus devant elle comme s'ils cherchaient encore ceux d'Isdès mais ils étaient eux aussi abandonnés à la grâce aquatique. Il avait suffi d'un infinitésimal moment et d'un regard pour que tout change, pour que le calme retrouve ses marques et son équilibre salutaire. L'eau pouvait être à la fois destructrice et apaisante, sombre et claire, abyssale et éclatante; elle jouait des sensations qu'elle était capable de susciter chez eux, pauvres humains, et Murphy succombait à ses charmes sans plus se battre. Peut-être que cette image irréelle était créée par les circuits neuronaux en manque d'oxygène, peut-être que sa conscience était en train de l'abandonner et qu'elle était en train de vivre une expérience d'une fois dans une vie, peu importait. Au final, ce n'est pas elle qui mit fin à cette torture déguisée qui avait pris les traits de la plus douce des aventures. Avec une aisance qui la laissa admirative, Isdès reprit le contrôle de son corps et se propulsa vers la surface en s'accrochant à elle au passage. En sentant la chaleur de ses mains irradier contre sa peau, Murphy réalisa à quel point elle avait froid. Elle agrippa les épaules musclées de l'homme des montagnes et leva le regard vers la surface, les sourcils froncés par l'effort que lui demandait l'interdiction qu'elle s'imposait de reprendre son souffle ici.

Ce fut sans doute la plus grande inspiration qu'elle prit de toute sa vie. Son visage resta offert au ciel quelques longs instants, laissant ses cheveux trempés se plaquer d'instinct contre sa nuque. Sa cage thoracique se gonflait plus encore qu'elle ne l'en aurait cru capable pour chercher la moindre particule d'oxygène cachée dans l'air de l'altitude. Il ne la lâchait pas et elle ne le le lâchait pas. Affaiblie par un corps qu'elle avait malmené au nom d'un spectacle onirique, Murphy avait finalement posé son front contre la clavicule d'Isdès et respirait la tiédeur rassurante de sa peau. Les poumons de mon maître nageur semblaient répondre en écho aux siens et elle resta quelques instants serrée contre lui, dans cette position rassurante qui les avait arrachés à la prise de l'eau. Le lac semblait récupérer de sa sérénité autour d'eux et Murphy pouvait à nouveau entendre les clapotis lointains de la source qui alimentait l'étendue en eau. « Ça va » répéta-t-elle dans un souffle rauque qui acheva de la ramener dans la réalité. « C'est toi, le gros poisson qui m'attaque », fit-elle remarquer en frottant son nez contre la peau d'Isdès. Le sourire taquin qu'il avait esquissé sous l'eau avait parlé pour lui. « Un Pamplemousse n'a pas peur d'une Myrtille. » Un cri strident qu'elle reconnut aussitôt s'éleva sur le lac alors qu'elle finissait de reprendre son souffle. Il leur fit l'effet d'un électrochoc à eux deux, et Murphy desserra un peu les bras desquels elle étreignait le cou de l'homme, gênée par cette proximité nouvelle. Elle se laissa porter lorsqu'elle le sentit progresser dans l'eau et posa sa joue sur son épaule pour regarder la berge qui s'approchait dans son dos. Elle espérait très fort que ses pieds et jambes ne frôlent aucune bête, mais avant qu'elle n'ait eu le temps de se faire rattraper par ces angoisses ridicules, elle avait repris pied. Ils se détachèrent dans le silence et elle s'avança lourdement jusque là où l'eau rencontrait le sable érodé par les siècles. Hors de l'eau, la gravité semblait la rattraper subitement. Du coin de l’œil, Murphy observait le silencieux Terrien, qui s'était éloigné sans hésitation d'elle. Son pas était déterminé et la gorge de la brune se noua alors que l'idée qu'il veuille remettre à l'ordre du jour leurs adieux autrefois promis la traversait. De voir sa silhouette s'éloigner éveillait en elle non pas une inquiétude, mais plutôt une tristesse qu'elle était dans l'incapacité la plus complète d'expliquer. Assise dans le sable, le menton posé sur son épaule et les bras croisés sur ses genoux, elle observa silencieusement Isdès, abandonnée par sa rhétorique et sa logique habituelles. Elle était calme, Murphy, rendue muette par l'incompréhension qui s'était emparée d'elle. Il s'était foutu d'elle, et maintenant il passait à autre chose ? C'était ça, ce qu'il attendait de cette escapade ? C'était ce qui était en train de se passer, maintenant qu'il l'avait laissée sur la berge comme le poids qu'elle semblait être ? Elle insulta son esprit plusieurs fois, fulmina contre elle-même, et réalisa le ridicule de cette boucle infernale de jurons lancée à toute vitesse dans son crâne. Les reflets de l'eau qui dansaient sur le corps d'Isdès immergé étaient une chimère créée de toutes pièces par sa caboche en manque d'oxygène. Elle était tombée dans un piège que son inconscient lui avait tendu, s'était laissée apprivoiser par des idées et des images qui n'avaient pas leur place ici. Les rêves ne rejoignaient jamais la réalité, pas même ceux nés dans les plus belles lumières.

Retour au temps et à l'espace réels, Murphy. Réveille-toi, il est temps.

De longues secondes plus tard, dans un soupir destiné à lui redonner un peu de force, Murphy se releva et se tourna vers la source qui glissait au loin jusqu'à déverser son contenu clair dans le lac. Même sous le soleil printanier, encore trempée, elle frissonnait de froid. Elle se demanda si Isdès s'était habitué à ce genre de sensations frileuses. Il avait probablement du s'endurcir dans ses montagnes, et l'eau, tant qu'elle n'était pas solidifiée par le gel, lui convenait sûrement. Les roches qui longeaient la portion de la rivière à laquelle ils avaient le plus facilement accès au campement étaient plus dures, plus dangereuses au choc, plus tranchantes que le sable, mais elles restaient au sol. Ici, le sol s'accrochait à elle. Elle pesta un instant à essayer de se débarasser du sable qui collait à la peau de ses cuisses et de ses mains, finit par abandonner le combat. Elle franchit la grande dizaine de mètres qui la séparait de la source et de celui qui s'y baignait, s'arrêta au bord du courant et croisa les bras en le fixant silencieusement. Il était dans son élément, ici, et elle n'était que spectatrice. « Alors, déçu de pas avoir réussi à me noyer, c'est ça, Myrtille le gros poisson ? » Elle avait arqué un sourcil mutin mais n'était toujours pas décidée à mettre les pieds dans un courant pareil, malgré tout le bien que l'eau fraîche pourrait faire à son postérieur recouvert de sable inconfortable. « T'as eu le temps de réfléchir à la réponse. Pourquoi tu m'as écrit ? » Elle rejoignit une roche qui surplombait la rivière et s'assit au bord pour ne laisser que le bout de ses pieds frôler l'eau agitée qui descendait à une allure folle, s'installant sur la paume de ses mains posées derrière son dos. Elle ne savait pas ce qu'elle attendait comme réponse, ou même si elle attendait une réponse particulière; au fond, peut-être qu'elle espérait là entendre quelques mots qui la rassureraient parce qu'ils seraient lourds de ce sens qu'elle n'arrivait pas définir elle-même. Ses prunelles de bronze le fixaient d'un regard inquisiteur et mordant, comme si elle cherchait à découvrir toutes les raisons qui l'avaient arraché au lac quelques minutes plus tôt. Sa tresse était retombée dans son dos et elle se demanda si elle le gênait. Les gouttes d'eau qui se battaient sur sa peau reflétaient les différentes nuances du bleu gravé sur ses muscles, et elle ne prit pas vraiment la peine de cacher à Myrtille ce qu'elle observait. « Toi aussi t'as peur du lac, c'est ça ? Je connais quelqu'un qui dit que les petites bêtes mangent pas les grosses, mais j'ai déjà mangé de l'ours. Tu sais ce qu'il y a au fond du lac, toi ? » Ses pieds jouaient avec l'eau, cherchaient malicieusement à taquiner Isdès en l'éclaboussant. Maintenant, elle cherchait à faire la conversation et pourrait probablement continuer en commentant la météo, peut-être pour masquer l'inconfort qu'elle ressentait face à cet inconnu-là, qui n'avait rien à voir avec le vide ou l'obscurité, mais tout avec son opposé. Dans le lac résidaient maintenant le secret d'un regard, le mystère d'une sensation brûlante qui embrasait tout un être et le parfum d'une peau hâlée qui respirait la vitalité.

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06/05/2016 Dandan/Sonia 238 Jason Momoa lux #demonkeur Garde pour sa tribu, il s'occupe aussi parfois des oiseaux messagers. 60


Sujet: Re: feel your love float astray ∞ isphy (trigger warning)
Jeu 18 Mai - 23:44

how the water seemed
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Ce moment était sorti du temps. Il s’était infiltré de nulle part, n’ayant ni début ni fin. En même temps qu’ils s’étaient immergés dans l’eau du lac, ils avaient tous deux plongé dans un monde qui n’était pas le leur. Bien qu’Isdès crut lire l’exact reflet de ce qui les liait et les séparait, il s’était laissé transporter. C’était étrange de se laisser abandonner et de n’avoir le contrôle sur rien. C’était étrange de découvrir Murphy sous un autre angle qui ne lui déplaisait pas. Cette nouvelle image d’elle ne lui laissait pas le loisir de la rejeter comme bon lui semblait. Il était intimement lié dans un univers qui n’appartenait qu’à eux et il était obligé de se rapprocher d’elle, toujours plus près. Si leur condition d’humain ne les avait pas rattrapés, il aurait sans doute pu rester des heures sous l’eau. Rien que pour la contempler en silence, rien que pour la dévorer du regard, s’imaginant des voluptés qui n’existaient pas à la surface. À cet instant-là, elle ne semblait plus avoir peur de se noyer, d’être attaquée, de se perdre. Il était là. La remontée fut brutale, étourdissante, parce qu’au moment où l’air remplit de nouveau les poumons d’Isdès, la sensation, elle, ne disparut pas. Il lui suffit de poser les yeux sur le visage de la jeune femme pour que les instincts demeurent, redoublent d'ardeur au creux de ses entrailles. S’il en avait l’habitude et s’il savait les gérer – autrement dit leur laisser libre cours – ça n’était pas possible ici. Murphy était une inconnue. Une Skaikru qui ne ressentait pas les mêmes choses et qui n’abordait pas son existence de la même manière. Au fond, il ne pouvait en vouloir à personne. Mais l’Athna se trouvait désormais dans l’obligation de se battre contre lui-même. Il combattait des habitudes, des certitudes rien que pour ne pas la décevoir. Pourquoi la décevrait-il ? Pourquoi s’inquiéterait-il de la décevoir tout d’abord ? Depuis quand l’avis d’un étranger comptait pour lui, l’oiseau libre ? Ses questions lacéraient violemment son égo qui ne supporta pas de se retrouver face à sa plus grande menace. Elles le blessaient justement parce qu’il en possédait les réponses et que celles-ci ne lui convenaient pas du tout. Pour cette raison, quand il sentit son nez chatouiller son torse, son corps se raidit légèrement. Il se barricada physiquement, mentalement pour ne pas la laisser s’immiscer de façon insidieuse. Lorsqu'elle clama que malgré tout, elle n’avait pas peur de lui, la réalité le frappa en pleine gorge : c’était lui qui avait peur d’elle. Était-ce possible que la myrtille soit ridicule à côté du pamplemousse ? Il se pétrifiait à son contact, il s’esquivait à son jugement, il reniait tout ce qui pouvait l’atteindre. Ce n’était pas une guerrière qui était en train d’avoir sa peau et ça, pour un homme tel qu’Isdès, c’était inacceptable.

L’avertissement de sa buse lui donna suffisamment de répit pour qu’il parvienne à se détacher d’elle. Il l’amena jusqu’à la berge et l’abandonna là pour la laisser reprendre ses esprits. Il n’eut aucun mal à sentir son regard s’attarder lui au moment où il partit rejoindre la source, un peu plus loin. Il n’eut aucune difficulté à imager son indignation alors qu’il jouait de nouveau les statues de marbre. Elle ne comprenait pas, voilà tout. Elle, la pleurnicheuse, l’hystérique, l’indiscrète, était peut-être habituée à tout partager, à accueillir la faiblesse les bras ouvert, mais ça n’était pas son cas. Isdès avait été éduqué dans la dignité et la robustesse des Athnas et sa personnalité atypique avait achevé de consolider ce besoin d’être imperméable à tout. Sous ses pieds, la dureté de la roche remplaça bientôt la rondeur du sable. La chute d’eau parvenait à occuper suffisamment son ouïe pour qu’il tente d’oublier ce qu’il venait de se passer. Il continuait de tourner le dos volontairement à l’endroit où se trouvait Murphy et toutes leurs affaires. Une multitude de gouttes éclaboussaient ses épaules et cette fraicheur apaisait temporairement la chaleur qui irradiait de lui. Il trempa ses chevilles dans le courant qui dévalait sur quelques mètres, pour aller rejoindre la tranquillité du lac, plus loin. Il aurait pu se laisser emporter, mais il n’avait jamais eu autant besoin de se sentir ancré sur le sol. D’autant plus qu’une voix dans son dos lui signala que la jeune femme était revenue à la charge. Il aurait dû s’y attendre, après tout c’était lui qui l’avait amenée ici. Il se retourna silencieusement, les mains dans les poches, les épaules droites et plongea son regard dans le sien. Son visage n’exprimait rien, une incroyable neutralité qui avait tout de suspect. Malgré lui, il y eut l’ombre d’un sourire quand elle sous-entendit qu’il avait essayé de la noyer. « Tu sais que moi capable. » Il retrouva sa gravité une fois qu’elle lui eut enfin demandé pourquoi il lui avait écrit. Tandis qu’elle s’installa au bord près de lui, son regard s’égara une nouvelle fois sur ce corps presque nu. « Pour ça. Ça te suffit pas à toi ? Tu préfères étoiles ? » Parce que ce « ça », ça lui suffisait amplement. Ce ça offert à son désir, titillant sa frustration, attisant l’impossible. Ce ça qui n’avait cesse de parler pour ne rien dire et qu’il ne parvenait jamais à faire taire. Ce ça qui était parfaitement à sa place ici, dans cette nature belle et sauvage. Elle seyait parfaitement dans le tableau qu’il s’était peint et pour la première fois, il avait l’impression de faire tache.

Des perles d’eau faisaient briller les épaules de Murphy, la faisaient briller de mille feux. Isdès paraissait de plus en plus fermé. Sa remarque l’amusa à nouveau, tant elle tapait dans le mille. Qui connaissait mieux l’autre désormais ? « L’ours beaucoup plus gentil qu’on le pense. C’est pas qu’il fait peur que lui dangereux. » Contrairement à lui. L’homme se laissa éclabousser quelques secondes puis se décida à stopper son petit manège. Au vol, il attrapa son pied avant qu’elle ne l’éclabousse de nouveau. Il le laissa momentanément en suspension dans l’air, son pouce caressant brièvement la plante de son pied fin avant de s’enfoncer dans celui-ci, empêchant tout autre mouvement. « Dans lac, danger là où on sait pas. » Il s’approchait peu à peu, sans la libérer. « Ça attaque quand on croit être en sécurité. Comme Skaikru. » Il posa son pied sur son torse, comme si c’était elle qui le tenait à distance. Elle se protégeait ainsi, elle n’avait pas idée. « Danger n’était pas au fond du lac. » Isdès fit mine de s’avancer encore, allant à l’encontre de son pied, avant de se stopper là. Il bouillonnait. Il demeurait là ainsi, incapable de rendre les armes. Il devait rester la personne dominante, là, c'était une question de survie. « Prédateur toujours belle allure sinon on se méfie. Toi devrais te méfier. » C’était un véritable avertissement. Elle pouvait lire dans ses yeux toute la sincérité de ses mots. « Je t’ai écrit pour t’apprendre encore. »
 

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