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˜˜˜˜˜˜Deux profs perdus sur Terre. | Wilhelmina
maybe life should be about more than just surviving


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07/12/2015 188 Luke Evans AVENGEDINCHAINS Professeur en biologie 68


Sujet: Deux profs perdus sur Terre. | Wilhelmina
Ven 17 Mar - 21:54

Les rêves étaient un mirage douloureux et Leary se réveilla en sursaut. Il dut se rappeler où il était. Malgré le nombre de temps sur Terre, il avait toujours un drôle de sentiment quand il se réveillait ici, dans sa couche. Le scientifique soupira discrètement histoire de ne pas réveiller son compagnon de couche. Il se leva, enfila son pantalon et sortit de sa tente. L’air frais balaya son visage et il se rappela où il était. Leary avait encore rêvé de Marie. Il avait beau l’avoir demandé à certains gamins cents, aucun n’avait pu lui dire où était Marie. Elle avait quitté précipitamment le camp et sans donner d’information. Visiblement il allait devoir faire avec ce qu’il avait. Il ne pouvait se résoudre à l’idée que peut-être, il ne verrait plus son enfant. Il ne devait pas se laisser aller à la déprime même si c’était si facile. Leary s’étira longuement et commença à s’échauffer. Comme chaque matin depuis un moment, il avait décidé de courir. C’était un entraînement qu’il s’était imposé ces derniers temps pour tenter de parer son déficit au niveau de sa main droite salement amochée depuis presque un an maintenant. Il n’y avait aucun remède pour les fourmillements qu’il ressentait et les tremblements qu’il subissait. La blessure du couteau qui avait traversé sa main était un vestige de ce qu’il avait vécu et de la rencontre avec l’ancien cent.

Leary chassa ses pensées de son esprit et continua de courir. Il courait dans un rythme régulier, pas trop rapide pour éviter de s’essouffler. Le soleil se levait gentiment et l’air se réchauffait. Mais il savait qu’il faisait encore froid et qu’il faudrait bien se couvrir. Il alla chercher un bon pull et reprit sa course l’air de rien. Leary était dans ses pensées quand soudainement, il vit une silhouette blonde qu’il connaissait bien. Wilhelmina. Il alla à sa rencontre, tout essoufflé et couvert d’une sueur fraîche, mais cela lui était bien égal. « Hey salut. » Il lui sourit. Leary s’arrêta, le souffle rauque et s’étira. Ils se connaissaient, en tant que prof, le courant était bien passé même si elle n’enseignait pas la même branche, ni à la même population que lui. Mais cela ne dérangeait pas le scientifique qui était très ouvert d’esprit. « Tu vas où de si beau matin ? » La curiosité un vilain défaut ? Pas quand on était un scientifique comme lui. Leary cessa de s’étirer et se fit la réflexion qu’il n’avait pas encore médité, mais il le ferait après. Il était toujours bavard et d’humeur sociable. Mais paradoxalement, il en disait le moins possible sur lui et se montrait très discret. Le brun n’était pas une pipelette. Il savait tenir une conversation, mais cela n’allait pas plus loin. Depuis la mort de Barbara, voici un an, il était encore moins bavard que d’habitude.

Le deuil, quelque chose de plus dont il refusait de parler. Cela faisait mal rien que d’y penser, alors en parler ! Jamais de la vie. Il préférait se consacrer à la vie du campement qui en avait bien besoin. Toute aide était la bienvenue. Alors il aidait, il ne faisait que cela, il se perdait complètement là-dedans. Cela lui permettait de se vider l’esprit.

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04/03/2017 120 Anna Torv pêche/cueillette 72


Sujet: Re: Deux profs perdus sur Terre. | Wilhelmina
Ven 7 Avr - 18:06

Un frimas de printemps traînait dans l’air, frémissait, parfumait l’air matinal. En s’étirant, Wilhelmina prit une large gorgée d’air, étouffant un bâillement. Elle avait… Elle avait bien dormi, constata-t-elle, avec étonnement. une main enfoncée dans sa tignasse, grattant inconsciemment sa chevelure.Assise en tailleur sur le sol de sa minsucule chambrette, un bout de couverture encore en travers des cuisses, elle clignait des yeux, tentant d’émerger enfin, totalement, des limbes du sommeil. À travers les interstices, entre deux planches, et des tôles, les premiers indices de l’aube se frayait un chemin. Une lueur diffuse, un peu de craie posée sur les arrêtes des objets, la nuit et ses ombres épaisses qui s’allégeaient.

Elle avait dormi, d’une traite, et plus tard que d’ordinaire. Sans rêve. Un sourire absurbe vint fendre son visage, alors que, les yeux mi-clos de contentement, elle savourait le ronronnement de son corps rassasié, apaisé, faisant lentement rouler sa tête et sa nuque. Lentement, paresseusement, elle continuait à s’étirer, un sourire persistant sur ses lèvres.

D’ordinaire, elle aurait déjà été à la lisière du campement, alourdie de tout son attirail. Mais tous les jours n’étaient pas ordinaires. Et cette nuit avait été extraordinaire. Par quelle magie ? Quel charme lui avait-il été lancé pour qu’elle passe ainsi une nuit paisible ? La seule réponse à ses questions ? Les trilles joyeuses,mélodieuses d’un merle, perçant la nuit agonisante et silencieuse. Elles la décidèrent, et, enfin, elle se leva, faisant une toilette sommaire dans le broc d’eau froide qui trônait à côté de sa paillasse, tressant ses cheveux, revêtant les couches de vêtement qui l’isoleraient du froid encore mordant, d’un vent peut-être cruel. Son matériel était prêt, les besaces vides sur les hanches, le sac a dos planté entre ses omoplates, et, prête de pied en cap, elle quitta enfin l’abri partagé avec deux autres Odysséens, humant l’odeur du sol humide, pointant le museau vers un rayon de soleil encore timide, rosé.

Elle souriant rarement ainsi avant de se mettre en route. La pêche était une tâche solitaire, la marche qui l’accompagnait un mal nécessaire… Elle ne les appréciait pas vraiment, les abordait comme une nécessité, un devoir face auquel la fuite eut été lâche. Mais elle savourait les heures de réflexion, les essais, les échecs, les réussites, les joncs et les lianes à tresser, les formes à imaginer, les discussions autour du feu ou le travail solitaire, selon ses envies…

« hey, salut ! »

Elle était à la lisière du campement lorsqu’on l’interpella. En se retournant, elle reconnu Leary qui approchait, en courant. A en croise les morsures rouges du froid sur ses joues et son nez, le voile humide sur son front, il courait depuis un moment déjà. Avec un frisson, elle remonta sur le bout de son nez le liseré de son écharpe.

« Bonjour ! »

Elle lui souriait, mais peut-être ne le voyait-il pas, avec son visage mangé par ses vêtements ? Il semblait en forme… Un nuage de buée entourait son visage à chaque expiration, alors qu’il s’étirait… Oh, si le sport l’amusait, elle le lui laissait bien volontiers, ses taches quotidienne lui suffisaient amplement.

Peu bavard, mais toujours agréable… C’était la surprise qu’avait réservé ce grand escogriffe, autour des feux de camps qui, le soir, les réunissaient parfois. Un sourire aimable, facile, qui n’atteignait pas toujours les yeux, ou juste pour y adoucir d’autres émotions, silencieuses. Des anecdotes, aussi, sur les élèves, anciens et nouveaux, qui arrachaient à la compagnie des hurlements de rires ou des soupirs amusés. Quelque soit leur âge, les élèves partageaient toujours des manières et des excuses, des mensonges et des naïvetés absurdes.

« Comme chaque matin... »

Un sourcil haussé, doucement ironique, elle lui répondait.

« J’ai des nasses à relever, à réparer… peut-être du poisson à ramener, si nous avons de la chance. »

Puis, sur une impulsion soudaine, elle proposa, un peu de rire colorant sa voix :

« Si tu as envie de marcher toute la matinée, d’avoir les mains glacées, de porter mon matériel eeeet de supporter ma compagnie, tu peux venir… Qui sait, tu pourras peutêtre même me nommer ce que j’attrape ? Avoue,le programme te fait pâlir d’envie. »

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07/12/2015 188 Luke Evans AVENGEDINCHAINS Professeur en biologie 68


Sujet: Re: Deux profs perdus sur Terre. | Wilhelmina
Sam 15 Avr - 18:36

Être prof sur Terre était bien plus compliqué que dans l’espace. Heureusement, il y avait Wilhelmina avec qui discuter. Leary appréciait bien sa compagnie, même si parfois il se demandait si elle n’était pas un peu triste, voire dépressive. Il n’était pas psychologue, ce n’était pas son rôle de vérifier l’état mental des gens sur Terre. Il s’assurait juste que personne ne se faisait tuer dehors. Ou du moins expliquait à quoi faire gaffe. Les gens avaient tendance à croire que tout était beau et joli. Sauf que certaines bestioles n’étaient pas belles, pas gentilles et voulaient vous croquer. Mais bon, cela avait tendance à aller. La blonde semblait bien frileuse en comparaison du brun qui suait à grosses gouttes et était moins protégé du froid qu’elle. Il la regarda, le souffle rauque alors qu’elle affirma aller comme chaque matin. Il ne se formalisait pas de sa manière de répondre, ayant l’habitude de certains caractères. Un petit sourire moqueur passa sur son visage. On aurait dit un ours sous cette couche de vêtements. Quoique pour avoir vu un ours, c’était vachement plus terrifiant que Wilhelmina. Du poisson, il en mangeait car il appréciait, même si cela ne lui manquait pas de ne pas en manger. Leary avait vécu la plus grande partie de sa vie sur le vaisseau. Il n’avait mangé que pour survivre, alors parfois, il était encore surpris par le goût des aliments et les saveurs qui pouvaient exploser sous sa langue.

Cela avait tendance à le dérouter et alors, il notait tout dans un cahier. Il savait bien que Wilhelmina allait seule faire tout cela. A croire que les autres ne désiraient pas sa compagnie, ou alors se méfiaient. Il n’en savait trop rien. Leary s’en fichait. Il se redressa, essuyant son front. « Parfaitement ! » Il ne savait pas si elle avait désiré qu’il vienne ou pas, mais il sauta à pieds joints dans l’invitation. « Je dois prendre ma veste et de quoi écrire et j’arrive. » Il se sentit soudainement comme un enfant. Au pas de course, il se dirigea vers sa tente et ramassa ce qu’il fallait. Il décida de s’étirer juste quelques secondes et de passer à la marche rapide à la place de la course. Son corps était encore chaud, il était énergique. Peut-être même trouveraient-ils de quoi grignoter sur le chemin. Des noix, quelques plantes, ils verraient bien. Leary revint presque en sautillant auprès de la blonde. Il suait encore et son souffle était rauque, mais il ne s’inquiétait pas, tout ceci se régulerait. « J’ai recensé quelques espèces intéressantes dans la rivière. Je n’ai fait que des descriptions physiques. J’imagine que les autochtones leur ont donné un nom. Difficile de savoir comment s’appellent ces poissons en anglais. » Il marchait aux côtés de Wilhelmina, feuilletant rapidement son cahier. Il était dans ses pensées.

Leary était véritablement passionné par ce qu’il faisait. S’il n’avait pas aimé un minimum, il aurait perdu la tête ici-bas. La blessure avancée à sa main droite aurait probablement terminé par l’achever. Celle-ci ne guérirait jamais. Alors il faisait avec les tremblements. Il avait mis un bandage autour de sa main. C’était psychologique, il avait l’illusion qu’avec ce bandage, il contrôlait mieux sa main, mais ce n’était même pas dit. Cela ne le dérangeait pas. Il savait que le cerveau était complexe et qu’il fallait se rassurer si on ne voulait pas perdre pieds. Il redressa la tête vers la blonde. « Tu fais toujours ce travail seule ? » Il s’était bien rendu compte qu’elle avait un rythme régulier. Se sentait-elle inutile ici ? Ce n’était pas le genre de sujet qu’on pouvait aborder ainsi. Leary avait beau être à l’aise et parler calmement, il avait ses limites. Il parlerait de ce qu’elle aurait envie et seulement ce qu’elle aurait envie. Il espérait juste qu’elle ne se couperait pas du reste du campement. Cela l’inquiétait. Lui-même avait songé à se couper parfois des autres, mais il s’y refusait. Sans les autres, il risquerait de dépérir.

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04/03/2017 120 Anna Torv pêche/cueillette 72


Sujet: Re: Deux profs perdus sur Terre. | Wilhelmina
Dim 23 Avr - 20:10

Wilhelmina attendait, sautillant sur place pour se réchauffer, soufflant et observant le nuage givré s’élever et se perdre devant ses yeux, et la lumière de l’aube gonfler, peu à peu, et teinter le ciel et les brumes. Son regard se posait sur l’entrée du campement, attendant le retour de Leary.

Aveugle au mordant de ses mots.
Au peu d’attrait de sa proposition.
A la chance qu’elle avait qu’il ait accepté, malgré tout.

Elle l’écoutait, à présent, avouer ne pas connaitre le nom des poissons. Mh… Après tout, ce genre de savoir n’avait eu aucune raison d’être perpétué sur le vaisseau… Les archives suffisaient à les contenir… Personne n’avait prévu d’en perdre l’accès.

« Mh… Bon, tant pis pour les poissons, je continuerai à les appeler « les tavelés », « les moches » « les bizarres », « les boueux »… Ils s’en contenteront, et moi aussi... Ca ne change pas leur goût, au fond. »

 La clarté pastel de l’aube croissait un peu plus à chaque pas, à chaque détour. Le son de leurs souffles, le bruit de leurs pas, le crissement des branches et des plantes sous leurs pieds, tout était doublé, multiplié par sa présence, c’était une petite étrangeté qui flottait dans leurs moments de silence. Il en faut peu pour modifier les rouages bien huilés de ses matinées. Elle souriait un peu à cette réalisation. C’est ce plaisir doux qui accueillit la question du professeur. Un sourire sourd aux pensées de son collègue…

« Tu fais toujours ce travail seule ? »

« Presque toujours oui... »

Elle lui disait cela sans la moindre amertume, elle n’y songerait même pas. Sans la moindre fierté, avec une sérénité paisible, le regard rivé sur l’arbre qui lui servait de repère, moins nerveuse, sur ses gardes qu’à l’ordinaire. Elle ne balayait pas les alentours, oreille tendue, corps raidi, dans l’attente du danger.

« Il y a tellement de boulot… et je n’ai pas vraiment besoin de quelqu’un pour faire ça, il n’y a jamais beaucoup de poisson donc… je le fais seule. Si je pêchais à la ligne, ce serait peut-être différent.»

Elle haussa les épaules un instant, les yeux levés vers le bleu myosotis du ciel. Brièvement, la question la traversa : préférerait-elle être accompagnée ? Mais avant qu’elle ait une réponse, la question s’effaça, chassée par un fatalisme apaisé, presque amusé.

« Mais de temps à autre, un peu de changement est bienvenu, c’est vrai... »

Parce qu’il y avait parfois du danger, des animaux inconnus, des craquements de branches ou des orages inattendus. Parce qu’il lui était arrivé de se demander si elle trouverait le chemin du retour, parce qu’elle avait parfois ragé, pesté, enfoncée jusqu’aux genoux dans la vase, avait maudit et hurlé sa frustration.

Ses souvenirs lui tirèrent un rictus moqueur. Elle dévia un peu leur route, se fiant à son prochain repère, un bosquet de bouleaux. La rivière n’est plus très loin, mais ils la remonteront encore un temps, avant de trouver la nasse la plus éloignée du campement et de rentrer en suivant le cours de l’eau. Elle le lui explique en descendant enfin l'écharpe qui couvre son visage. La lumière pâle du soleil caresse le crème des troncs encore nus des bouleaux.

« Et toi ? Content de faire entrer un peu de savoir dans nos épaisses caboches ? »

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07/12/2015 188 Luke Evans AVENGEDINCHAINS Professeur en biologie 68


Sujet: Re: Deux profs perdus sur Terre. | Wilhelmina
Sam 13 Mai - 18:06

Un sourire étira les lèvres de Leary quand la femme affirma qu’elle continuerait de donner les noms qu’elle donnait aux poissons. Cela ne l’étonnait même pas à ce stade-là. Ils se mirent en route et l’aube commençait à éclairer la zone autour d’eux. L’homme sentait le froid mordre sa chair malgré sa veste, mais il ne disait rien. Le pas sûr, il avançait calmement, il posait ses questions l’air de rien. Il était le calme incarné pour le coup. Il se demandait si Wilhelmina faisait exprès de travailler seule. Peut-être ne supportait-elle plus la présence des autres. Il ne la connaissait pas assez pour émettre ce genre d’avis. « Tu sais pêcher à la ligne ? » Cela s’apprenait et d’après ce qu’il avait lu dans les livres, ce n’était pas si facile. Il fallait tout de même une certaine patience pour choper un poisson selon lui. Cela ne devait pas se faire en un claquement de doigts. Mais si on apprenait, cela devait être pratique. Mais les rivières étaient-elles assez remplies pour nourrir tout le monde ? Il n’en savait rien, il faudrait recenser la quantité de poissons et cela ne se faisait pas ainsi. Leary se demandait même s’il serait capable de faire cela. Parfois il se lançait des petits défis débiles et là c’était bien un défi débile pour le coup. Mais cela avait le mérite d’occuper son cerveau agité. Il avait besoin de réfléchir, sinon il avait l’impression de perdre un peu la tête.

« Tu devrais m’accompagner dans mes explorations. » Lui dit-il calmement. Peut-être que l’aventure tenterait l’ancienne professeure. Il se demandait si elle était heureuse sur Terre ou si au contraire, elle souffrait du changement. Difficile d’aborder ce sujet alors qu’ils ne se parlaient pas tant que cela d’habitude. Ils se croisaient, échangeaient quelques mots et là c’était une des premières fois où Leary l’accompagnait. Il aimait bien traîner avec les gens et leur parler de tout et de rien. Le scientifique avisa la rivière au loin, la nasse qu’ils cherchaient était un peu plus loin et il faudrait remonter la rivière. Cela arrangeait bien Leary de marcher encore. Un sourire étira ses lèvres quand la femme parla de savoir et de tête. « Tu as l’impression d’apprendre quelque chose à mes côtés ? » C’était une question sincère qui attendait une réponse tout aussi sincère. Il la regarda, se demandant bien ce qu’elle pouvait apprendre venant de sa part. A dire vrai, il ne savait pas vraiment quoi. Mais pourquoi pas après tout, il voulait bien la croire. « Enseigner me manque. » Cela faisait un sacré moment qu’ils étaient sur Terre, mais oui enseigner lui manquait. Transmettre quelque chose de concret. Il n’avait plus l’impression de transmettre quoique ce soit. Il apprenait, tentait de survivre et se posait bien des questions.

Sa rencontre avec une terrienne avait chamboulé ses acquis. Il ne savait plus forcément ce qui était bon ou pas. C’était son petit secret. Il ne voulait pas partager le fait qu’il avait rencontré une native. Il ne savait pas comment les siens pourraient réagir face à une telle annonce. Il souffla sur ses mains et les frotta entre elles. « Parfois je me demande si je redeviendrai prof. » Il n’y avait qu’elle pour comprendre ce qu’il voulait dire et le sentiment que provoquait le fait d’être prof. Il se demandait parfois quel avenir, eux les odysséens avaient ici-bas. S’en sortiraient-ils comme ils le désiraient ? Bougeraient-ils ? Que se passerait-il dans l’avenir ? Oui il était terriblement curieux. Leary avait peur aussi. Peur de demain qui ne se contrôlait pas et qui risquait d’être une succession d’événements. Ainsi allait la vie, que cela plaise ou pas.

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04/03/2017 120 Anna Torv pêche/cueillette 72


Sujet: Re: Deux profs perdus sur Terre. | Wilhelmina
Dim 21 Mai - 16:54

« Non...Non, je n’ai pas essayé… J’avoue. Ca me semble...plus compliqué. Et puis il faut attendre, longtemps… Je ne suis pas très patiente, et je commencerais à imaginer des fantômes et des fauves partout. »

Un long frisson glacé coule sur sa colonne, en y songeant, et se perd quelque part dans ses tripes. Elle déglutit, secoue le visage pour chasser cette image. Elle a besoin de bouger, pour ne pas avoir le temps d’imaginer…


« Tu devrais m’accompagner dans mes explorations. »

Elle sourit un peu, lui jette un regard, avant de hocher le visage. Peut-être devrait-elle le suivre. Elle s’est sans doute trop mise en retrait, trop isolée, ne rejoignant les autres que pour les repas, les taches communes, préférant chanter,à ces occasions, et écouter, plutôt que parler.

Et leurs bribes de conversation dérivent, se laissent porter et échouent sur leur rive commune, leur métier initial, la pédagogie et … ce rôle, cet amour qui leur échappe, entre deux arbres, deux plantations et deux hivers. Une profession qui s’éloigne, se dilue avec les souvenirs.

« Pas vraiment, non… mais je devrais te poser plus de questions, j’apprendrais plus. »

Elle hausse les épaules, avec un peu d’humour. Sans curiosité… il était normal qu’il ne lui transmette rien. Puis vient… l’aveu… Ce manque, ce vide, au ventre, au fond de l’amas silencieux, embourbé, de non-dits. Enseigner me manque. Elle hoche la tête, souffle un « moi aussi » un peu rocailleux, presque étranglé. Il se perd entre les branches nues et le ciel bleu glacier, là-haut, entre les ombres, il se perd avec la buée de son souffle.

« Il reste des enfants… il y en aura encore… mais...Même apprendre à Lire… Ici… Même ça semble avoir si peu d’importance, à côté de savoir allumer un feu, casser, se battre, et … Et tout ce qu’ils découvrent, et toutes les tâches qu’ils doivent accomplir. Parfois j’en attrape un ou deux, pour leur donner cours. Parfois ils viennent avec des questions… Mais ce n’est pas suffisant. »

Elle déteste penser à ces siècles de sagesse, de savoir qui se perdent, que l’on enterre avec chaque heure que l’on préfère consacrer à la chasse, au ménage ou la cuisine. Parce que c’est une question de survie. Parce que survivre est plus important que l’éducation. Parce que...

« Une génération d’analphabètes... qui sauront comment planter et récolter, et chasser… qui survivront. Et compteront sur leurs doigts ou avec des brindilles...»

Elle n’essaie pas de dissimuler son amertume. Elle avait presque oublié la ressentir. Et l’entendre la surprend, lui fait mal, lui donne envie de rire, de se secouer, de retourner dans l’espace et d’oublier les dernières années. Reprendre une vie civilisée, bien réglée, simple, avec un matelas, avec des élèves, sans poisson ni plantes étranges, sans dangers.

Elle abandonnerait le goût de l’air frais, et son odeur, et le toucher du sol et des écorces, et la beauté quotidienne des ciels, et… Elle abandonnerait tout, à cet instant, sans un regret.

« Apprends-moi quelque chose… n’importe quoi. Je t’écoute. »


Le murmure de l’eau gonfle, son regard se rive aux déversement des eaux, à leur énergie, à leur flot ininterrompu. Et à leur chanson. L’abondance incroyable, surréaliste de l’eau, qui l’avait terrifiée, à son arrivée, qui l’avait complètement pétrifiée, lui donnant l’impression de se dissoudre avec chaque litre du précieux liquide qui fuyait.

Ses pas se tournent vers l’amont et elle reprend sa marche.

Peut-être cette abondance-là lui manquerait-elle. Peut-être, un jour, elle osera apprendre à nager et s’immerger dans les eaux sombres… les affronter. Les flots et sa peur. Puisqu’il faut rester ici. Puisque l’arche ne revivra jamais…

« Secoue-moi les neurones… Je m’abrutis, à vivre ici, un peu plus chaque jour, je crois. »

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07/12/2015 188 Luke Evans AVENGEDINCHAINS Professeur en biologie 68


Sujet: Re: Deux profs perdus sur Terre. | Wilhelmina
Sam 24 Juin - 23:05

Leary parla brièvement de la pêche, se demandant si la femme la pratiquait. Il sourit avec douceur quand elle avoua ne pas être patiente et que de toute manière, elle imaginerait des choses. Le brun ne croyait pas aux fantômes, mais il décida de ne rien dire. Pourquoi la contrarier ? Il ne voyait pas l’intérêt. Chacun avait ses convictions après tout. Il lui proposa de l’accompagner à ses prochaines explorations. Il avait l’impression qu’elle s’ennuyait et peut-être que faire quelque chose qui la divertirait lui ferait du bien, non ? Elle semblait tellement en retrait et seule que cela perturbait un peu Leary. Il aimait bien se lier aux autres et passer du temps avec eux. Or il avait l’impression que Wilhelmina faisait sa routine, mais qu’elle ne passait du temps avec personne. Le brun n’était plus prof et cela lui manquait énormément. Il ne manqua pas de demander si elle apprenait quelque chose à ses côtés. Cela pouvait paraître étrange, mais c’était sa manière d’aborder le sujet. Aujourd’hui c’était différent et il avait l’impression que cette ancienne vie n’était qu’un mirage qu’ils avaient vécu. « Ce n’est pas grave. Je voulais juste savoir. » Il avoua que l’enseignement lui manquait. C’était un bref murmure sortit du fond de son cœur. Aujourd’hui c’était dur, très dur. Elle, elle pouvait comprendre. Il écouta la blonde expliquer le fond de ses pensées.

Elle avait raison, la lecture et l’écriture n’étaient plus indispensables. Il s’agissait de survivre. « Les terriens savent lire et écrire. » Il l’avait appris en fréquentant la terrienne. Ils n’étaient pas analphabètes. Mais c’était vrai, ce n’était pas la priorité. L’homme poussa un bref soupir. « Survivre c’est plus important. Le savoir intellectuel vient après. Ce sont les besoins primaires qui priment. » Comme toujours, quoi qu’on fasse, on revenait à ce genre de besoins. Personne ne pouvait rien y faire. Il admirait Wilhelmina qui avait tenu à enseigner quand même à quelques élèves. « Peut-être qu’un jour, ils auront besoin de nous à nouveau. » Quand ils auraient cessé de compter avec des brindilles. Peut-être qu’ils seraient trop vieux quand on viendrait leur poser des questions. Mais Leary ne laisserait jamais tomber si des élèves venaient lui demander des choses. Le brun fut surpris par sa demande, apprendre quelque chose, n’importe quoi. Il regarda le ciel quelques secondes avant de dire ce qu’il savait. « Tu savais que quand on croise des ours, il ne faut plus bouger ? Les ours sont des prédateurs très grands, bruns. » Il ne savait pas comment décrire les ours, en tout cas celui qu’il avait vu. Il se souvenait de la peur, la peur d’une proie qui savait qu’elle pouvait mourir si elle ne faisait pas attention.

La rivière les guidait et ils marchaient non loin de celle-ci. Le bruit qui en ressortait était terriblement apaisant. Ils étaient dans un coin paradisiaque si on faisait fi de toutes les autres situations qu’ils vivaient ou risquaient de vivre. Il fut surpris de l’entendre demander qu’il secoue ses neurones. Il la regarda, ne sachant pas quoi dire de très intelligent. « Pourquoi ne fais-tu pas en sorte d’apprendre ? » Une simple question, certes elle s’abrutissait, mais ne le cherchait-elle pas en menant une vie si simple ? Elle aurait pu continuer à s’intéresser aux choses qui l’entouraient pour mieux avancer. Leary ne le précisa pas car cela aurait été cruel de la confronter de cette manière à sa vérité. « Je sors souvent observer les animaux, cela a le don de me stimuler. Je passe du temps à regarder les traces, à me cacher et à les regarder mener leurs vies. » Il parlait l’air de rien, sortant les premières choses qu’il avait en tête. Ce n’était pas si facile, mine de rien. Leary accompagnait Wilhelmina pour s’occuper, mais il avait bien l’impression que se serait lui qui devrait l’occuper. Il n’avait jamais pensé qu’elle en aurait été à se dire qu’elle s’abrutissait. « Ta vie est confortable, répétitive. Cela apaise quand on est dans un nouvel environnement, mais à la longue, tu oublies tout ce que tu savais. » Leary avait un petit côté franc qui pouvait lui coûter cher, mais il assumait complètement ce qu’il était tout au fond de lui. De toute manière n’était-ce pas grâce à la franchise qu’on pouvait avancer ? Lui partait de ce principe.

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04/03/2017 120 Anna Torv pêche/cueillette 72


Sujet: Re: Deux profs perdus sur Terre. | Wilhelmina
Lun 3 Juil - 21:48

Elle attend, espère, l'écoute.

« Tu savais que quand on croise des ours, il ne faut plus bouger ? Les ours sont des prédateurs très grands, bruns. »

Elle attend encore. Sent ses espoirs sombrer. Sourit un peu. Beaucoup. A l'info. A la lie. Elle lui sourit, surtout. Tente d'imaginer de grands prédateurs bruns.

« L'on traitait les mal élevés d'ours, non ? Avant... J'ai lu ça, il me semble. »

Elle ne sait qu'ajouter. Que l'ours n'est qu'une forme mal définie, mal éduquée et grognon à ses yeux incultes.

« Mais si j'en croise, et que je les reconnais, je resterai immobile... »

Les yeux rivés sur les flots cristallins, elle leur raconte sa solitude, criante, angoissante, ses regrets, en l'écoutant. Faire en sorte d'apprendre. Sortir. Découvrir. Il lui parle de ses excursions, son ventre se serre en s'imaginant affronter le vide, l'espace, au delà de ses trajets prudemment balisés. Son estomac se serre, son coeur se retourne, l'air se fait plus rare, plus froid. Pour chasser le manteau sombre des craintes, sur ses épaules, elle se secoue, bat des cils, tente d'expliquer.

« Ce qui me manque... Ce qui me manque vraiment,... »

Les mots la fuient, elle tente de les ordonner, de les attraper et de leur donner forme, pour qu'ils collent, qu'ils épousent ses idées, le manque déchirant qu’elle ressent, soudain, avec une terrifiante acuité.

« Le gouffre sous mes pieds... l'impression d'étouffer... Je ne peux pas guérir ça en regardant des animaux... J'ai envie d'un programme, d'un fichier terriblement théorique, ennuyeux, difficile à comprendre, à synthétiser, appréhender. J'ai envie de m'asseoir et de lire, et d'y consacrer des efforts, de l'énergie... J'ai envie de devoir y consacrer toute mon énergie... Sans que ça n'aie aucun trait, aucun lien avec la survie. J'ai envie de savoir inutile, futile, théorique, de controverse... J'ai envie d'apprendre quelque chose de gratuit, d'inutile, une théorie cognitive, un texte philosophique, un principe d'astrophysique... Peu importe... Tant que c'est difficile, inutile. »

Avec un sourire mélancolique, elle secoue le visage.

« Ma vie n'est pas si confortable... Tout ça... »

D'un geste, elle désigne la nature environnante. 

« Tout ça m'angoisse. Je veux des murs de métal, des couloirs, des horizons qu'on touche du bout des doigts, pas cet infini qui sans cesse s'élargit, qui bruisse et crisse, palpite et hurle. Et ne pose aucune question. Ne nécessite aucune réflexion... Juste la survie, l'instinct... Des essais et des erreurs.»

Elle pense aux tentatives répétées qui mènent à la construction des pièges, où elle l'espère, il y aura, aujourd'hui du poisson. Elles occupent ses soirées, à la lueur du feu, avec d'autres tentatives d'artisanat tissé de liane et de joncs. Elles occupent ses doigts, laissent son esprit vide, à la dérive.

« Enfin... désolée de t'embêter avec ça. Ce n’est pas important, au fond, tant que nous survivons, tout ça. »

Elle y croit presque, si elle ignore la sensation de glu, de poix, dans son cœur.

« La première nasse est là, à l'ombre du buisson. Si tu veux m'aider, mieux vaut retrousser tes manches. »

En quelques mouvements rapides, elle a retiré ses mitaines, enfuies dans al poche arrière de son pantalon, et s'est débarrassée des sacs et trousses qu'elle transporte, pour plus d'aisance de mouvement.

« Il faut tirer sur la corde, doucement, puis attraper le noeud qui va émerger et tirer. Sans finir trempé. C'est léger, mais c'est mon plus grand piège, et il est encombrant. »

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07/12/2015 188 Luke Evans AVENGEDINCHAINS Professeur en biologie 68


Sujet: Re: Deux profs perdus sur Terre. | Wilhelmina
Lun 24 Juil - 18:20

Il réussit à provoquer un sourire chez Wilhelmina et cela le rendit heureux. Il hocha rapidement la tête quand elle parla des gens mal élevés et des ours. « Oui, un ours mal-léché. Je crois que cela voulait aussi dire de quelqu’un qu’il était bourru, pas fait pour la société. L’ours est un animal solitaire. » Et les animaux solitaires étaient encore plus prudents que les animaux grégaires. Ils étaient seuls et s’il leur arrivait quelque chose, il mourait plus rapidement. Quoiqu’un groupe pouvait aussi décider d’abandonner un individu blessé et incapable de suivre le mouvement. La nature était sans pitié, c’était toujours la survie du plus fort pour la perpétué de l’espèce. Il hocha la tête, oui elle devait rester immobile. Malgré le sourire qu’il avait créé chez la blonde, il la sentait absente. Il y avait quelque chose en elle qu’il ne comprenait pas, qu’il n’avait pas envisagé. Il l’écouta parler de ce manque, de ce gouffre sous les pieds de la blonde. Il pouvait comprendre ce qu’elle désirait et qu’ils n’avaient plus ici. Apprendre, emmagasiner du savoir encore et toujours. S’interroger sur le monde sans jamais prendre pour acquis les choses. Mais ici, il n’y avait plus de savoir. Le savoir était maintenant du savoir qu’on apprenait sur le terrain, qu’on manipulait, qu’on observait. Les écrits n’étaient plus là. Ils avaient récupéré des choses du vaisseau, mais ils manquaient de quoi écrire. Leary prenait des notes sur la nature, sans vraiment savoir ce que tout ceci deviendrait.

Il l’écouta décrire le monde extérieur, ce monde qui pouvait donner le vertige d’une seconde à une autre. Leary était peiné pour la femme, il avait l’impression de la sentir en détresse. Il n’avait aucune arme pour la sauver, juste des conseils pour tenter de la soutenir. Mais tout ceci semblait si vide à cet instant. Est-ce qu’il trouverait seulement les mots pour la soulager ? Ils étaient en train de perdre leur savoir, leur esprit. Quoi qu’ils fassent, ils allaient perdre cela. « Si c’est important. » Il voulait l’encourager, pas qu’elle perdre espoir, mais elle ne semblait pas l’entendre et se mit au travail. Leary la suivit jusqu’à la nasse, sans savoir ce qu’il allait faire exactement. « Je vais t’aider. » Malgré sa main abîmée, il se mit au travail. Les deux mains sur la corde, lentement, il se mit à tirer presque prudemment. « Tu sais Wil, tant qu’on sera là, le savoir ne disparaîtra pas. On pourra le transmettre. Peut-être qu’un jour on aura assez de matériel et qu’on pourra écrire les souvenirs. » Pour que les générations futures n’oublient pas ce qui avait été su autrefois. Le savoir se transmettait, selon Leary, par l’écriture, sans, que feraient-ils ? Il vit le nœud et tendit la main pour l’attraper. Ses doigts glissèrent et il serra les dents. « Mince. » Petit maladroit qu’il était à cet instant.

Il n’oubliait pas les dernières paroles de la femme. Ces paroles tournoyaient en toute rapidité dans sa tête. « Tu as peur de l’infini ? » Il n’y avait aucun jugement dans sa voix, juste une simple question dont il désirait bien une réponse. Il la regarda quelques secondes, songeur. Ils n’avaient plus de murs pour les retenir, ils étaient livrés à eux-mêmes dans cette nature sauvage qui pouvait donner le vertige. Leary savait que la situation ne changerait pas, elle risquait même d’empirer. Alors comment la rassurer ? Comment lui donner l’espoir que cela allait mieux ? Le pouvait-il seulement ? Il se le demandait. « Tu as des capacités, il suffit de découvrir comment les mettre au service des autres. » Et ce n’était certainement pas en pêchant de la sorte. Même si Leary pensait cela, il ne le dit pas. Il avait ses limites, comme tout le monde. Il n’avait pas envie de blesser la femme. Etaient-ils amis ? C’était difficile à dire, mais le brun n’avait rien contre cette idée.
 

Deux profs perdus sur Terre. | Wilhelmina

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