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˜˜˜˜˜˜She went quietly (Tamara)
maybe life should be about more than just surviving

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29/01/2017 I/RiverSoul 401 Imaan Hamman Lux aeterna & Mini-miller ( Hela ) Sentinelle / Artisan ( potier ) 66
❄ ☩ Le ≈ Monde ∈ Du ∋ Six ≈ lances ☩ ❄


Sujet: Re: She went quietly (Tamara)
Ven 3 Nov - 20:25


Murphy & Tam-Tam @Guest Antarès & The Spirit of Faust #Murmara

Qui ... qui ? ... Qui ... Qu'il s'avance devant elles, La Naori et L'Odysséenne pour leur prétendre qu'ils se débrouillaient bien avec la mort d'un proche sur les bras. Et pas une seule seconde Tamara ne se résoudrait à le croire. "On" parvenait plus ou moins bien à le cacher. La dessus elle comprenait le désir de ne pas afficher sa peine, de prouver face à la terre entière qu'on ne se laisserait pas entraîner au plus profond du trou noir qu'on nommait deuil. Mais possédait-on vraiment le choix ? Une fois l'être cher décédé - Ou disparu sans aucune explication -, un vide se creusait au milieu de la poitrine, que l'on tentait de remplir avec assiduité les premiers jours. Pour se rendre compte qu'on se trouvait face au tonneau des danaïdes. Cet espace s'amplifiait de jour en jour jusqu'à ce qu'il vous mette par terre tôt ou tard. Il attendait son moment avec patience, plus persistant que le désir du plus courageux de surpasser cette épreuve sans crouler. Sournoisement il attendait le moment de faiblesse, la petite craquelure pour s'infiltrer puis répandre son poison qui détruisait toutes les barrières. Pour finalement nous laisser complètement nu et sans défense face à l'affliction qui se saisissait du malheureux dans ses bras. Pour le bercer jusqu'à ce que toutes les larmes, visibles ou invisibles, eussent asséchées l'âme aride de celui-ci. Et certains ne s'en délivraient jamais, prisonniers malgré eux d'une désolation qui les transformait en pierre.

La jeunesse de la sentinelle ne la dispensait pas d'une certaine sagesse, déteignant un peu dans ce caractère à la fois doux et colérique, qui refusait de plier la tête pour de simples bêtises. Probablement, car elle se battait depuis toujours pour imposer du respect pour sa personne que l'on critiquait trop souvent à son gré. Mais ce parcours du combattant ne pesait rien face à la perte de son grand-père qui personnifiait l'entièreté de sa famille. Le seul pilier devant lequel elle ne trichait pas. Plus précisément, avec lui elle osait révéler le côté un peu rose de sa personnalité qui ne désirait que câlins, sourire et bisous, mais ne lui dissimulait jamais non plus la trompe-la-mort qui lui possédait lui attirant des ennuis régulièrement. Lui une fois brûlé, il ne restait personne à Tamara pour se réfugier dans une carapace protectrice, même si elle devait jouer à la nounou trop souvent avec lui. Alors la sentinelle ne savait que se référer à sa propre expérience qui déjà lui murmurait qu'un récit ne ressemblait à aucun autre, et qui si on pouvait déposer sa petite pierre à l'édifice ça ne pansait jamais le chagrin de l'autre. Tant chaque souffrance creusait sa galerie de misère avec une telle intensité que seul "le propriétaire" réussissait à éteindre l'incendie absorbant comme un trou noir la plupart des pensées, ainsi que l'attention de celui qui la subissait. Et dans le regard de la jeune femme brune elle y décelait un véritable cratère faisant écho au sien.

Que pourrait-elle donc lui répliquer qui puisse avoir un impact suffisant pour arroser le bourgeon d'espoir qui se dissimulait sous les pierres effritées du cœur de l'étrangère ? Comme une belle plante muette elle se tenait aux cotés de la débarquée, lui apportant un peu d'ombre pour la soulager quelques minutes des souvenirs brûlants qui la taraudaient sans relâche. Peut-être que les objets, innocents, venaient de contribuer à faire sauter la croûte infectée d'une blessure qui ne guérissait pas. Aussi la surcharge de peine s'élançait vers cette ouverture inattendue et probablement plus bienfaitrice qu'il n'y paraissait à première vue. Tout ce qu'aurait pu avancer Tamara se résumait à ce que la négation des sentiments empirait toujours le chagrin qu'on repoussait dès qu'il prétendait sortir son museau. Et ça tous les Naoris l'apprenaient lors de leur plus jeune âge, on célébrait la mort et le défunt pour lui rendre hommage ... Ça n'effaçait rien, ça permettait juste de rendre les événements moins intolérables au cours des années « Oui tu fais comme toi pouvoir ... comme moi  » Renchérit la frisée ignorant les mots un peu sec de la désespérée. Allait-elle se liquéfier là ... A ses pieds sans que Tamara ne parvienne à lui faire redresser la tête ? Cette dernière se mordillait les lèvres, décemment elle ne bénéficiait pas de la connaissance d'un chaman pour substituer au rôle de guide. Et puis la femme éclaterait certainement de rire devant une telle prétention, la comparant à l'arrogance de la jeunesse ...

Et parfois on devait tout simplement se contenter de respecter le mal de l'autre, l'accueillir au creux de la paume de ses mains, le temps de l'échange pour faire office de béquille afin de soulager la personne. Ecouter. Répondre. Aucun jugement. Malheureusement cela la renvoyait à ses propres blessures, ses incertitudes au sujet de son père ou de sa mère. Au fond sous la terre elles auraient pu joindre leurs racines pour s'embrasser en secret ... Un étrange bruit passa au-dessus de leur tête. Un vol d'oiseaux sauvage tournoyait, regagnant le bercail pour quelques mois. Leurs acrobaties assombrissant par moment l'astre du ciel fut un régal pour leurs prunelles pendant quelques minutes  « Si nous pouvions être eux ... comme eux ... voyagé loin de nos misère .... Une partie de l'année  » Soupira la Naori avant de capter la bouille du jeune chien, visiblement intéressé par le spectacle, mais pour différentes raisons. Et qui pour un instant délaissait les joues mouillées de sa maîtresse qu'il eut volontiers parcourues de sa langue râpeuse. Une interrogation venait de poindre alors que la nuée s'envolait vers des contrées plus lointaines  « Bien sûr sourire parce qu'ils t'ont apporter de la joie ... ils pas vouloir que tu la perdes, ... tu dois transporter tous leur rire avec toi ... » Et la douceur, et toutes les émotions vécues, toutes les joies, toutes les disputes, toutes les réconciliations, tous les doutes autant que les incertitudes  « Et pleurer parce que ... toi besoin d'exprimer ... idées noires  »

Attentive, la Sentinelle écoutait la femme brune disserter sur l'absence de ceux qui la côtoyèrent pendant un laps de temps long ou court. Quelques lignes soucieuses apparurent sur le front de la frisée, alors qu'elle se heurtait à une interprétation peu similaire à la sienne, à propos de la vie sans eux ... A la fois elle concevait la direction que prenait la débarquée, mais Tamara y distinguait aussi le risque extrême de se perdre avec leurs fantômes à tout jamais « Sourire ... Parce que tu ... avoir joie de les connaître ... Pense ... Si jamais toi voir eux ... Ta vie comment ?  Toi pareille ou ... meilleure avec eux ? » La difficulté  de la langue l'empêchait de démontrer toute la subtilité de l'après-vie. Et même, Tamara l'apprenait chaque jour que leurs croyances s'éloignaient fortement. Les enfants des étoiles n'éprouvaient plus la grandeur de l'au-delà, du monde invisible. Et la terrienne s'interrogeait sur le fait que l'immensité du ciel eut rapetissé le monde tel que les ancêtres le concevait. Elle ressentait parfois à leur contact une drôle de condescendance qui tendait à les réduire comme si les arrivants demeuraient percher sur leur piédestal « Toi tu ne la vois plus ... Mais elle ...  » A nouveau les paroles ne se formaient pas pour exposer l'avis de la frisée « Mais toi certainement savoir qu'elle ne voudrait pas ... Malheureuse comme les pierres  » La terre ne nous permettait pas toujours d'accomplir les promesses jurées dans le creux d'une oreille accompagnées d'une aura de sincérité authentique.

« Peut-être que ... toi te réfugier dans cet état ... Car peur ... d'oublier » Voilà ce que déduisait de tous les mots échangés la Sentinelle. Elle prenait les directions fléchées que l'inconnue dévoilait à petit feu tout au long de cette étrange rencontre. La colère transparaissait par instants, comme si l'Odyssénne eut souhaitée se battre contre un ennemi impalpable qui ne prétendait pas se démasquer devant elle. D'ailleurs les prunelles de cette dernière fixaient le vide tout en caressant le jeune chien blanc dont les oreilles bougeaient dans tous les sens alors qu'il décelait toutes les petits bêtes qui s'activaient aux alentours sans leur porter un véritable intérêt. La Naori claqua des doigts sans provoquer de réaction chez la femme qu'elle soupçonnait désormais plus désespérée que folle. Une renarde rousse passa la tête à travers un taillis pour s'assurer que le passage était libre. Elle observa longuement les deux femmes immobiles puis jugeant qu'elles n'émettaient pas de danger glapit de nombreuses fois avant de s'extraire de la verdure pour se faufiler rapidement derrière la sentinelle.Tout ça afin de plonger dans un terrier, jusque-là bien dissimulé sous les branchages. Elle fut suivit par trois renardeaux dont un s'arrêta en chemin curieux. Sa petite queue rousse s'agitait pendant qu'il se mettait à sautiller non loin du Canidé ,l'invitant au jeu. Petite boule adorable, ignorant tout du danger qui le guettait. Mais un cri impératif le rappela à l'ordre et le petiot rejoignit rapidement le reste de sa troupe.

Je te crois. Cela rompit la parenthèse enchantée. Enfin pour Tamara. Car tout un monde s'épanouissait aux pieds de la nouvelle venue, mais elle en loupait l'essentiel parce qu'elle se bloquait à propos événements sur lesquels elle ne posséderait jamais aucun contrôle. Pourquoi s'enlisait-elle dans une telle désespérance ? La terrienne ne réussissait pas à définir une réponse acceptable. L'âme de la débarquée, insondable, ne se déchiffrait pas  « Toi vraiment croire ? ... » Demanda Tamara légèrement dubitative devant cette assertion  « Si tu ... vider, laissez de la place pour autre chose ... Toujours se remplir ... même si toi croire vide  » Elle se remémorait Tamara comme tout son être s'éteignait à la mort de son ancêtre, plus rien ne bénéficiait de la même saveur. Pour retrouver le goût des autres, la passion de s'intéresser à la nature, un long cheminement s'imposa et ça la remplissait de crainte  la Naori. Bien entendu l'autre se devait de  décider pour elle-même, Personne ne lui imposerait un acte dont elle se découvrirait incapable dans la seconde présente « Quand tu ... le décider ... ton cœur ni vide ni arrêter ... Continuer avec tous les autres  » Pareil à un hymne ou chaque palpitant de ce monde se rejoignait pour former une soleil rouge et parallèle liant tous les humains de cette planète. Ainsi Tamara posa la main sur sa poitrine imitant les battements « Boum boum ... Tous ensemble ... Toi et moi ... séparées ... Au même rythme ... Boum Boum Boum boum »

Boum... Elle se tu quand l'amie de la blonde disparue s'excusa. Elle lui accorda un sourire. La femme du ciel saisirait certainement qu'elle ne portait pas la responsabilité des malheurs de Tamara, et que donc il n'y avait aucune matière à demander un quelconque pardon. Mais ce petit passage fut éphémère, et les iris de la Terrienne s'arrondirent de surprise quand l'intruse lui tendit un poignard dont elle s'empara avec douceur. Tamara détectait l'enjeu de cette offrande, et malgré sa disposition à ne jamais rien céder elle accepta d'un signe de tête « Je graver le prénom de ton amie ... dessus ... Faustine ... et le.. .Toi de l'autre côté ... tu as quel nom ?  » La sentinelle considérait comme le plus naturel des remerciements d'honorer celle qui lui offrait ce cadeau. Car tout don se révélait précieux, de son côté, une pulsion la poussa à proposer une petite chose à la femme attristée « Je ... créer vase ... Poterie ... je ferais un pour ici, je déposerais à coté de ... ancien foyer et ... tu ... toi ... moi mettre des fleurs quand tu viens ... » Dans la tête de la jeune femme se bâtissait d'ailleurs un petit projet qui s'apparentait à un petit autel pour consacrer les lieux où elle rajouterait un abri, pour que toute âme égarée ou de passager eut l'occasion de s'abriter et de se reposer. Afin que ce lieu fut destiné à célébrer la vie et non pas la mort. Bien évidement elle n'évoqua pas cette ambition tout haut? mesurant que cela sonnerait brutalement aux oreilles de la débarquée.

Un peu d'eau, un moment de lucidité, une pointe d'intimité puis Tamara se relança dans son déblayage évitant le terrier de la maman et de ses peluches rousses tout en donnant de l'espace à la maîtresse de Ouch l'étoile. Qui amena sa truffe intéressée sous le couvert du bois mort. Elle prit le parti de ne pas s'enfoncer dans les définitions obscures d’Ouch le chien qui brillait comme une constellation connue sous l'appellation d'Antarès. La frisée fut étonnée d'apprendre qu'on puisse découvrir la mer par accident, mais elle ne s'attarda pas sur cette énigme-là. « Et toi tu pourras penser .. moi qui pense Faust... Oui promis je le ferais » Un jour. Craché, Juré. Elle demanderait à son totem de lui enseigner la direction et de la guider, ce qu'il accepterait comme toujours, mais à sa façon excentrique, par des moyens détournés. Alors qu'elle brisait quelques branchettes, la naori nota qu'un petit museau réapparaissait parmi les touffes d'herbes qui protégeaient la cachette de la petite famille. Deux lunes brillantes  se vrillaient sur le dos de la brune, non avertie de l'intérêt qu'elle suscitait chez ce petit animal. La sentinelle quant à elle y lisait le signe d'un attachement spirituel, ou tout simplement la révélation de son gardien sur ce monde. Elle évita cependant de souligner cette diversion alors que l'Odysséenne serrait contre elle le sac de son amie envolée - Ou pire -, et trouva plus avisé de l'attraper par le bras pour la conduire au dernier lieu où elle repéra des traces de la blonde.

La luminosité qui s'adoucissait plus elle se rapprochait du sol, et la grâce des grands arbres étendant leur bras vers le soleil pour en capturer une once de plus, rendaient la clairière presque enchanteresse, n'eut été ce qu'elle signifiait pour la brune. En réalité, la sentinelle regrettait de n'avoir pas poursuivi ses investigations l'hiver dernier car elle ne supportait pas de baigner dans l'incertitude. Elle fut donc particulièrement surprise par la réaction de l'autre. Elle pensa d'abord à une éventuelle bouderie dans le cas - très peu probable - ou elle se retrouverait nez à nez avec une Faustine survivante telle une Hermite dans sa caverne. Et puis elle discerna la peur dans les pupilles dilatées, ce qui la força à reculer de quelques pas pour offrir la possibilité de s'apaiser à la débarquée. Jamais ... Jamais ... Jamais ... Ca claquait comme une condamnation « J'irais seule alors » Déclara Tamara dans une tonalité qui ne souffrait aucune opposition mais qu'elle tempéra par la suite avec un « Plus tard » Quand son interlocutrice s'envolerait vers son propre nid. Elle ne le spécifia pas, honorant la femme brune de plus d'intelligence qu'elle ne lui accordait au début de cette collision de leurs milieus si inégaux  « Oui je veux bien  » Acquiesça avec force La Sentinelle à la suggestion de scruter la musette recouvrée de l'absente. Particulièrement flattée par cette de confiance qu'elle n'envisageait plus du tout face au climat un peu déglingué qui régnait entre elles deux.

Pâle, presque suppliante, dans un état que Tamara subodorait très rare chez cette âme qui étincelait soudainement comme une pierre précieuse au milieu de la clairière, cette dernière y prit place comme une enfant se préparant à jouer. Sauf que de jeu il n'en persistait plus qu'un mirage éloigné qui se désagrégeait doucement sous la poussée des jours, des semaines, des mois qui s'effilochaient tout au long de cette terrible année. Elle rejoignit L'Odysséenne, prenant place à ses côtés, impatiente de nature, Tamara étonnait régulièrement les autres quand soudainement elle clouait ses lèvres pour se concentrer sur une besogne à effectuer. Evidemment elle ne comparait pas sa voisine à un devoir. A la fois l'empathie qu'elle éprouvait pour cette dernière, si touchante à se battre contre des moulins à vent, et l'instinct qui lui imposait de ne pas la quitter, dirigeaient ses résolutions. Muette, l'autre savourait la chaleur qui s'épanouissait, pour terminer par se retrouver sur le dos, les paupières baissées à la rencontre des songes qui lui coloraient l'esprit mais aussi l'âme. Antarès plus loin fouillait dans l'herbe sur les pistes d'odeurs alléchantes, alors que telles des rivières, des gouttelettes naissant sous les cils de la femme glissaient en parcourant sa peau blanche. Tout en s'évaporant pour rejoindre le feu du soleil n'y abandonnant que le sel qui y construisait un sentier blanc tout ondulé.  La Naori enroula ses jambes de ses bras se concentrant sur les pépiements des oiseaux dont la mélopée se mélangeait avec des courants d'air qui les entraînaient vers des oreilles lointaines.

Elle veillait. Tam-Tam. Tout son être se fondait à la nature. Alors elle chantonnait de sa voix claire comme un grelot un air de son peuple. Une berceuse. Celle que son ancêtre lui fredonnait quand elle revenait les yeux barbouillés et le corps parcouru par la colère. Elle appartenait à cette forêt, elle ne quitterait pas la femme tant que celle-ci s'approprierait une divagation fugace ou les tourments s'oblitéraient provisoirement. Intrigué, le sympathique chien blanc vint lui lécher le visage, la tournure de l'aventure le découvrait légèrement perdu, alors elle l'entoura de ses bras pour le réconforter tout en poursuivant sa mélodie. Il décida alors tout bonnement de s'allonger à leurs pieds. Et surprise une boule rousse, aventureuse, bien trop entreprenante pour son bien se cachait derrière le sac. Le petit renardeau les suivait-il depuis leur départ vers la clairière, ou l'éclat de leur voix, puis la chanson l'attirèrent jusque-là ? Étonnamment le canidé ne le pourchassait pas, bien qu'il le couva du regard. Et l'animal ne se concentrait que sur la débarquée. Dégageait-elle une odeur si différente ? Ou, comme le soupçonnait Tamara, il se manifestait à l'inconnue car il la protégerait dans le futur ? La Naori statua qu'elle n'interviendrait pas, alors que la petite bestiole se rapprochait avec agilité et prudence de la débarquée. Arrivée à la hauteur d'une des manches de cette dernière, il mordilla doucement dedans avant de la tirer brusquement, déchira un bout de tissu, et finit par s'enfuir avec toute la vitesse que ses petites pattes lui permettaient pour plonger dans la protection salvatrice des arbres

Spoiler:
 

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06/12/2015 Lux Aeterna 30609 Sophia Bush Avengedinchains (vava) ; Oreste (image profil); Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 201


Sujet: Re: She went quietly (Tamara)
Jeu 9 Nov - 18:31



❝ She went quietly ❞
Murphy Cavendish & Tamara Quetzalcoalt
(14 mars 2117)


Le deuil, dans la vie de chacun, était une rencontre inéluctable. Lorsque l'on avait été béni d'un peu de chance, il n'arrivait que tard, lorsque la vie nous avait déjà façonné et construit, nous avait permis de monter nos premières défenses pour ce qu'elle allait apporter de moins doux à l'avenir. Elle apparaissait alors moins cruelle, car observée à travers le regard d'un homme qui avait déjà connu la vie, elle ne se résumait pas seulement à la perte de l'être cher. L'étape devenait un peu plus supportable parce qu'on savait ce qui existait au-delà du deuil, on savait les souvenirs construits et l'avenir qui saurait, un jour, se teinter des mêmes lueurs douces. Malgré la disparition de son père et grâce à tout ce qu'Ofelia lui avait offert sans qu'elle ne s'en rende compte ou sache le mesurer, la jeunesse de Murphy avait su la préserver du pire. Elle s'était forgée avec conviction et entourée de tout l'amour d'une mère qui s'était toujours efforcée de lui donner la dévotion de deux parents. Elle avait été la force et la ténacité d'une mère qui avait perdu son époux, elle avait été l'affection dont elle avait peur de voir sa fille manquer, le phare qu'elle avait souhaité pour elle, la digne héritière d'une mère qui l'avait choyée et lui avait permis de devenir celle qu'elle était. Même aujourd'hui et malgré tout l'amour qu'elle éprouvait pour Ofelia, Murphy savait qu'elle n'avait aucune idée de ce que sa mère avait dû sacrifier pour elle. Elle, elle était trop jeune pour comprendre ce qui avait pu arriver à son père. Elle ne l'avait pas vu disparaître dans les profondeurs du rien, elle n'avait pas pleuré sa perte et n'avait jamais ressenti son manque. Sans parvenir à l'appréhender totalement, elle réalisait tout ce qu'Ofelia avait pu faire en son nom à elle, juste pour que cet être fragile puisse se construire sans avoir à subir ce qu'elle subissait elle-même, dans l'ombre d'une disparition dont elle ne s'était probablement jamais réellement remise. Ce ne fut donc pas dans ces premières années que Murphy fut touchée par le deuil. Elle ne connut jamais le manque d'un père, parce que sa mère remplissait un vide dont elle n'avait jamais eu conscience. Sa première rencontre avec lui ne se fit que lorsque ce flambeau maternel s'éteignit sans crier gare. Brutalement, elle était devenue orpheline.

Peut-être que ça avait crée une première brèche, cette disparition. Peut-être que les choses auraient été différentes si Ofelia était encore à ses côtés aujourd'hui pour l'accompagner dans ce nouveau monde et s'interroger avec elle de toutes ces nouveautés qu'elle ne comprenait pas bien. Faust avait laissé derrière elle un gouffre de néant. Subitement, Murphy se retrouvait nue. On lui avait arraché ces protections face au monde; on lui avait arraché ses constantes, ses femmes. On pouvait masquer la douleur, prétendre qu'elle n'existait pour la réduire au silence, mais l'endeuillée réalisait subitement que cet exercice ne représentait pas une issue -c'était un pansement dégueulasse sur une plaie en passe de s'infecter. Et la plaie avait viré, en ce milieu de forêt indifférente, à une couleur qui ne laissait rien présager de bon. Quelques traces au cœur de cette sylve que le printemps, déjà, faisait renaître. Quelques traces qui n'étaient rien de plus que quelques signes d'une vie d'autrefois, une preuve d'un passage, bref ou un peu moins bref, le témoin d'une tranche de vie reléguée au passé. Deux objets qui regorgeaient de promesses et de menaces, des recherches de plus, hésitantes, tremblantes, tatillonnes. Murphy n'osait plus toucher la terre que du bout des doigts, de peur d'y trouver autre chose qu'un anneau ou un couteau, une trace de sang, une preuve de toutes les difficultés qu'elle redoutait pour elle. Car le deuil ne frappait jamais dans la douceur. On ne pouvait jamais vraiment s'y préparer. La perte d'un être cher ne pouvait pas être sereine. On pouvait l'encaisser sans faire des remous en espérant qu'il n'en naisse jamais, mais ils arrivaient toujours tôt ou tard; des petites vagues peut-être, des raz-de-marée lorsqu'ils avaient été ignorés trop longtemps. Mais le deuil, le vrai deuil, avait au moins la beauté de la certitude. Ofelia était morte, c'était une certitude. Car même sans avoir vu une dernière fois son corps sans vie, Murphy savait que la chute dans ce nouveau monde ne l'avait pas épargnée. Elle n'avait pas rencontré une terre nourricière, elle. Au mieux, elle avait survécu à la chute mais pas à la mer. Ofelia était morte, c'était une certitude. Mais de l'état dans lequel se trouvait la propriétaire de ces objets, il n'y avait aucune certitude possible. La patrouilleuse n'était pas naïve pour autant; elle savait les chances et les malchances, les probabilités, les statistiques de ce monde bouffeur d'étrangers, mais une part d'elle continuait à s'accrocher à la disparition, à ce terme qui voulait à la fois tout et rien dire, qui promettait autant qu'il inquiétait. Des mots qui fusaient dans les nuits calmes qui ignoraient tout de ce qui pouvait se tramer dans son esprit bouillonnant. L'apaisement était toujours forcé, parce qu'il fallait reprendre des forces, continuer à vivre, parce qu'il avait fallu qu'elle se remette à manger, juste pour tenir sur ses deux jambes et pouvoir continuer à honorer ses responsabilités. L'inquiétude n'était pas soulagée, elle était étouffée sous tout le reste, sous un confort artificiel, contraint par un esprit terrorisé à l'idée d'avoir des réponses à toutes les questions qui la paralysaient lorsqu'elle cherchait le sommeil. Est-ce que ce camp représentait les premières bribes de ces réponses ? Est-ce qu'ils annonçaient un peu d'espoir, est-ce qu'ils dénonçaient le pire auquel elle pourrait s'attendre ? L'incertitude, encore, prenait le pas sur tout le reste. Parce qu'avec elle se profilait le pire mais demeurait l'espoir du moins pire. La faible étincelle face au chaos obscur.

Sans qu'elle ne puisse l'expliquer, pourtant, les mots de l'inconnue raisonnait en son être comme quelque chose de doux. Ils inspiraient à l'apaisement pur et sincère car à l'acceptation des douloureuses réalités. Murphy se débattait sans trop de retenue, opposait arguments du chagrin du deuil face à ceux de la sagesse et du temps qui adoucissait. Entre leurs paroles, le silence prenait le dessus; le silence d'une nature qui n'appartenait jamais totalement au néant, le silence d'une vie qui demeurait quoiqu'il advienne dans celle d'un seul individu. En y prêtant un peu attention, en laissant ses oreilles vagabonder là où le son voudrait bien l'emmener, Murphy pouvait entendre les feuilles nouvelles se plier et danser sous le vent, sous les petits animaux, les animaux un peu plus gros, sous l'influence de leurs voisines ou des mouvements alentours. Elle pouvait deviner Antarès, sous son bras, qui essayait alternativement d'attirer son attention et de rester calme, juste parce qu'il devait comprendre que quelque chose ne tournait pas rond avec sa maîtresse. Elle pouvait entendre le ciel, même, la vie qui se tramait là-haut, un peu moins haut que là où elle avait vécu si longtemps, mais là où elle n'irait plus jamais. La terre et la mousse, sous ses doigts, regorgeaient de vie. Elle leva finalement les yeux vers l'immensité bleutée qui les dominait, les deux inconnues aux cœurs ouverts, pour suivre le regard de sa voisine et comprendre de quoi elle parlait. « Où est-ce qu'ils vont ? Vers les étoiles ? » demanda-t-elle, consciente d'être encore loin de saisir toutes les subtilités de la vie qui était née et avait grandi ici. Mais des animaux comme ça, elle n'en avait jamais croisé là-haut. Il y avait bien des constellations qui portaient les noms de tous ces volatiles qui effrayaient tant Tennessee, mais ce n'était que mythes et légendes, imaginations débordantes, dénominations approximatives. L'aigle, le cygne, le corbeau ou la grue n'étaient probablement jamais monté si haut dans le ciel. Les larmes se faisaient plus timides, à présent; ses yeux s'asséchaient, commençaient à la brûler. Elle avait l'impression que ses forces l'avaient quittée. Elle aurait probablement pu rester prostrée à genoux pendant des heures, face à l'immense arbre qui avait servi de base et de protection au campement de Faust. Il aurait probablement fallu attendre la pluie ou la nuit pour la déloger de là. « Pleurer c'est accepter », lâcha-t-elle dans un murmure, les lèvres sèches. Pleurer c'était rendre la réalité plus concrète encore parce qu'elle n'appartenait plus seulement à l'esprit qui s'y noyait; elle devenait concrète parce qu'elle suintait sur les joues, parce qu'elle faisait brûler les yeux et faisait perdre le souffle. Mais elle pleurait, Murphy, silencieusement, hoquetant lorsque l'air commençait à manquer à ses poumons. C'était des pleurs hésitants parce qu'elle se refusait encore à ouvrir les vannes et accepter l'évident. Elle se braquait et se refusait à chercher des réponses finales car avec la finalité viendrait la sentence tant redoutée depuis un an. Comment pourrait-elle annoncer ça à Tennessee ? Et comment l'annoncer à un Chris encore chancelant d'un deuil tout récent ? Comment le faire accepter à son propre esprit avec cette bataille constante contre lui-même, contre sa raison et tous ceux qui avaient essayé de lui faire comprendre que l'espoir était devenu un poids ?

Que les pleurs puissent finir par laisser place à des sourires tendres nourris par les souvenirs lui paraissait inconcevable. La douleur était trop palpable. Les étoiles ne riaient plus comme autrefois là-haut, parce que sa mère ne les voyait plus avec elle. Elle avaient pris le goût du feu qui les consumait, des cendres ternes que les flammes laissaient toujours derrière elles. Elles ne retrouveraient plus jamais leur éclat d'antan, Murphy en était persuadée. Il ne s'agissait pas seulement de cette atmosphère qui filtrait leurs rayons d'une façon toute particulière et leur donnait cette forme loin de la sphère lisse et polie. Il ne s'agissait pas que de la lumière elle-même et de la matière qui arrivait jusqu'à ses prunelles. Il s'agissait de son regard, de son regard endeuillé et de chacune de ses cellules qui apportait l'image des corps célestes jusqu'à sa conscience. Il s'agissait de cette part d'elle qui était partie avec Ofelia, ou bien qui était restée avec elle là-haut, derrière une haute vitre de l'Odyssée, à énumérer étoiles et constellations comme un poème sans fin. Il s'agissait de l'enfant qui n'était plus, du modèle qui avait disparu, du regard d'une mère qui ne brillerait plus jamais pour sa fille, qui ne brillerait jamais des lueurs célestes -qui ne brillerait plus jamais.

Elle resta silencieuse quelques instants sous les mots doux de sa camarade. Ses lèvres s'entrouvraient et se scellaient pour s'entrouvrir à nouveau. Les mots lui manquaient. La réponse était évidente mais les mots lui manquaient, parce qu'il y avait une part sombre d'elle qui l'observait cruellement, lui soufflait à l'oreille que la douleur n'existerait pas si elle n'avait pas connu le bonheur d'abord -que le deuil ne pouvait pas faire souffrir s'il n'avait aucune raison de le faire. Qu'il était plus simple de ne rien ressentir que d'avoir à encaisser un tel vide, que d'avoir à accepter que la douleur de l'esprit se transforme en douleur du corps, en douleur de l'être entier. Préférer le calme lisse d'une balade indifférente dans la vie, voilà l'attrait étrange qu'elle trouvait à cette question. Pas de hauts mais pas de bas; pas de creux de chagrin, pas de rien, car pas de joies et pas de tout. Un sacrifice qui ne paraissait soudainement plus si ridicule face au néant qui naissait de la perte des êtres chers. Alors face à la question, Murphy gardait un silence triste qui n'avait pourtant plus grand chose d'hésitant. Elle aurait tout donné pour une minute de plus avec Faust, pour un adieu, un dernier rire, une étreinte, un tendre baiser posé sur sa joue. Il devenait alors ridicule de s'imaginer refuser toutes ces années passées à ses côtés pour s'épargner ce glacial de la disparition, du doute, de l'absence, du deuil que l'on commençait à accepter en refusant que ce soit le cas. S'il était le prix à payer pour avoir connu son sourire et son rire, qu'il en soit ainsi. S'il était le prix à payer pour être la femme qu'elle était aujourd'hui, qu'il en soit ainsi. Elle leva finalement ses prunelles mordorées vers la belle Terrienne, un peu perdue par ses assertions. Non, Faust ne la voyait plus. C'était ça, sa certitude, mais elle se garderait bien de lui en faire part. La mort, c'était la fin d'un être, le début d'un nouveau cycle qui n'aurait plus rien à voir avec lui. C'était le retour des matières carbonées à la terre, maintenant, puisqu'elles ne se gelaient plus dans l'immensité du rien. C'était le sacrifice d'une vie pour une autre vie, pour d'autres vies, la victoire du corps sur l'esprit, la disparition du second en réponse à l'abandon du premier. La mort ne prenait pas vraiment le corps mais faisait disparaître tout ce qui avait fait d'un être aimé ce qu'il était tant aimé. Faust n'était plus. Ni ici, ni nulle part, ni ailleurs. Elle enviait cette croyance, pourtant, celle de l'immortalité de l'âme, du monde qui n'était jamais réellement abandonné des êtres qui l'avaient côtoyé de si près. Pourtant, l'inconnue semblait revenir sur ses mots, ou en tout cas ne pas insister. « Comment tu peux savoir qu'elle me voit ? » La question était simple, murmurée à l'oreille d'une femme dont elle ne savait rien d'autre que l'empathie dont elle semblait faire preuve depuis qu'elle avait failli face à elle. Elle ne pouvait pas croire à sa présence, encore, ici-bas. Elle ne pouvait pas croire que Faust puisse encore la voir et puisse encore être à ses côtés. Ça n'était pas logique, ça n'était pas ce qu'on lui avait appris. L'âme était fonction de toutes les connexions bâties entre les cellules nerveuses protégées par la caboche. Elle était faite de courants électriques, de communication entre neurones qui s'adaptaient, se désadaptaient à l'environnement, se réadaptaient, apprenaient et oubliaient. Elle était faite de molécules, de synapses excités, de réseaux labyrinthiques et d'une usine électrique à faire pâlir leurs ancêtres qui avaient fait péter le monde au nucléaire. L'âme, une fois ce support éteint, une fois l'usine fermée, ne pouvait plus être. Elle n'existait plus. Pourtant, la question de Murphy, à peine audible, suppliait à la réponse. Elle voulait qu'on lui dise qu'on les voyait, les âmes, que Faust finirait par s'imposer à son regard sous une forme ou une autre, qu'elle était bel et bien là, encore à ses côtés, qu'elle veillait sur elle, qu'elle souriait lorsqu'elle faisait des bêtises ou essayait de la réveiller pendant ses trop longues gardes nocturnes. L'inconnue, pourtant, avait raison, et elle ne pouvait que l'admettre : Faust n'aurait jamais aimé la voir dans un tel état. Mais elle aurait compris, non ? C'était dur d'être celui qui restait. C'était terrifiant. « Peur d'oublier... » répéta-t-elle alors que son regard s'était à nouveau perdu dans le vide. « Tu te souviens du visage de ton grand-père ? Les traits de ma mère disparaissent... ceux de Faust aussi. Bientôt je me souviendrai plus de leurs voix. Et ce sera comme si elles avaient jamais existé. » Les mots étaient douloureux mais si faciles à trouver. Ils étaient soufflés, presque silencieux, tant ils l'effrayaient. C'était affronter en face toutes les craintes qui la saisissaient de terreur la nuit, dans le silence, l'obscurité et la solitude. Ses mains s'étaient perdues dans le pelage de son chien tant aimé, qu'Ofelia et Faust ne connaîtraient jamais et qui ne les connaîtrait jamais. « Oui. Si tu me dis que c'est ses traces, j'ai aucune raison de pas te croire... » Elle caressa d'une main désinvolte le museau curieux d'Antarès, qui commençait jouer avec son tee-shirt.

Mais il lui semblait à présent que son cœur était éthéré, rempli de vide. Comme si elle y accueillait pour la toute première fois l'idée d'une mort probable de Faust, Murphy se sentait désemparée. On venait de lui arracher une partie d'elle-même. Dans son monde ne subsistait aucun espoir, aucune couleur. L'avenir n'avait plus grand intérêt, parce que plus rien ne serait plus jamais aussi beau que les souvenirs, même si le temps les floutait, les décolorait, les déformait, les atténuait. Elle allait s'effondrer sur elle-même parce que de ce qui la faisait exister, tout semblait s'être volatilisé. C'était peut-être le calme de l'environnement, le retour à l'essentiel, mais sans aucun doute les mots choisis par la Terrienne qui l'avaient fait plonger. Comment était-elle censée avancer, maintenant ? Comment pouvait-on avancer dans le noir et dans le vide, sans aucune direction donnée et aucune boussole dans la main ? « J'espère que tu as raison... Le vide, tu le sens encore ? Il a existé, ton vide ? » Car le vide était envahissant, plus envahissait que tout ce qui avait pu le remplir autrefois. Il acculait, pesait. Il faisait se sentir immensément petit et seul au monde. C'était un vide qu'elle n'aimait pas. Aucune lueur à l'horizon, aucune étoile qui fait naître l'espoir d'une explosion de vie. Pas de haut ni de bas, pas de directions, pas de repères. Juste elle et ces deux places vides qu'avaient occupées les femmes de sa vie.

Mais Murphy finit par reprendre ses esprits, par se forcer à s'ancrer à nouveau dans la réalité. Faust n'était pas là mais la Terrienne, si. Elle ne savait pas ce qui pouvait pousser à une telle aménité et à une telle indulgence. N'en étaient-elles pas presque venu aux mains un peu plus tôt ? Les silences devenaient aussi porteurs de sens que les mots, parce qu'elles avaient réalisé l'un des seuls points communs que partageait chaque Homme. Le deuil était universel. Les croyances et certitudes différaient, mais le manque demeurait car l'amour que l'on pouvait porter à autrui ne se distinguait pas. Il faisait brûler les cœurs de la même façon, et il les brisait de la même façon. La Terrienne n'avait jamais connu sa mère, et ce fait lui apporta les dernières bribes qui manquaient à sa réponse. Elle n'aurait échangé les moments passés avec Ofelia pour rien au monde. Elle préférait rencontrer le néant la tête remplie de souvenirs que de ne jamais les avoir construits. Elle était sincèrement navrée que l'inconnue ne puisse pas se consoler, elle aussi, dans la chaleur de quelque souvenir heureux d'une mère aimante. « Non, pas Faustine », sourit-elle tristement, « elle détestait qu'on l'appelle comme ça. Et je l'ai beaucoup trop appelée comme ça. Elle s'appelait Faust. » La lame avait quitté ses mains et malgré la crainte qu'elle avait toujours eu d'en perdre une des deux, elle ne le regrettait pas un seul instant son geste. Elle trouverait bien de quoi compenser à l'armurerie, et puis elle serait bientôt imbattable à l'arc. Non, cette jeune fille à la peau ensoleillée avait le droit de récupérer quelque chose, elle aussi. Cette lame lui avait sauvé la vie à de nombreuses reprises. Elle avait espéré un instant que le geste soit apprécié à la juste valeur de toute la gratitude qu'elle ne disait pas, mais la réponse de la Terrienne ne laissait aucun doute possible sur sa perception du cadeau, et malgré elle, elle avait arraché un sourire à l'Odysséenne. « Murphy... je m'appelle Murphy. » Se sentant ridicule comme à chaque fois qu'elle rendait la question, elle demeura un instant silencieuse, se mordit la lèvre et se revit dans sa tendre jeunesse échanger quelques présentations avec des camarades de classe comme s'il s'agissait d'une parade quelconque baignant dans les codes sociaux pour se faire des amis. Mais il ne s'agissait pas de code sociaux, cette fois-ci; il ne s'agissait pas non plus de se faire des amis, et elle n'avait plus dix ans. « Et toi ? » Elle voulait mettre un prénom sur ce visage, sur cette affabilité. Elles ne se reverraient peut-être jamais plus, ou peut-être se recroiseraient-elles encore à l'occasion. Peut-être alors qu'elles s'ignoreraient, que Murphy aurait bien trop honte de ce moment de faiblesse pour accepter de s'en rappeler. Ou peut-être qu'elles échangeraient quelques mots, se rappelaient de cet instant étrange, hors du temps, dédié à une âme qui ne foulait probablement plus cette terre. « De la poterie ? » Un sourire fugace illumina son visage. Un travail des mains, un travail dont elle ne serait jamais capable, un travail qu'elle admirait. « J'espère que je retrouverai le chemin » souffla-t-elle alors qu'Antarès s'étirait dans ses bras pour essayer de lui lécher le visage. « Merci... » Ses iris s'étaient à nouveau perdues dans le vide. Faust n'avait même pas eu le temps de découvrir les variétés de fleurs qui pouvaient peupler ces bois. En en apportant quelques unes ici, Murphy ne pourrait qu'espérer qu'elle ait pu y trouver un charme. Mais les offrandes de fleurs ne se faisaient qu'aux morts, non ? Aux disparus, à ceux qui ne les verraient jamais, à ceux que la même vie avait abandonnés. Le contraste de la vivacité des couleurs contre le fade de l'inexistence, voilà ce qui devait expliquer un tel geste. Mais des fleurs, elle en apporterait ici, espérerait les voir disparues à sa prochaine venue, juste parce que ça pourrait vouloir dire que Faust était venue les chercher. Murphy, elle, elle aimait les fleurs blanches, de celles qui ne crient par leur originalité, ne cherchent pas à se démarquer de la compétition. Elle aimait la simplicité des fleurs qui savaient se contenter de la lumière sans s'amuser des couleurs clinquantes, alors ce serait celles qu'elle amènerait ici.

La mer, elle aussi, saurait chanter pour Faust. Elle ne l'avait jamais vue alors que sa propre mère y résidait, et c'était une drôle de pensée à appréhender que celle de cet opposé infâme entre les environnements qu'occupaient mère et fille à tout jamais. Les intérieurs d'une terre poussiéreuse contre les immensités sombres d'une eau sans fin. Des mondes aux antipodes l'un de l'autre, des existences séparées à jamais. Murphy mourrait probablement sur cette terre, elle aussi, loin d'Ofelia.

Le sac de Faust serré entre ses doigts comme si sa vie en dépendait, Murphy se retrouva propulsée dans un tout nouveau monde. La clairière s'ouvrait au milieu d'une forêt qui la laissait faire avec une bienveillance presque humaine. Les arbres environnants surplombaient l'herbe qui renaissait de l'hiver qui avait glacé les sols. Ils protégeaient le lieu comme une mère protégeait son enfant. Les seules poussières froides qui s'aventuraient en ces lieux étaient celles encore portées par les mains de Murphy. Ici, les couleurs prédominaient. C'était une de ces scènes qui rappelaient régulièrement à l'Odysséenne que le monde n'avait pas besoin de l'Homme pour tourner. Tout semblait en parfait équilibre. Un oiseau pouvait quitter prestement une les feuillages d'un arbre, une feuille pouvait malencontreusement tomber à terre, un mammifère traverser la clairière. C'était l’immuabilité de la vie et de la nature qui se moquait complètement de cet Homme aigri et agressif. Murphy venait d'être invitée dans cette réalité-là. Elle pensait à Faust, se demandait si elle avait connu ce genre d'instants, elle aussi. La contemplation la plus simple, celle qui rappelait aux bases de l'existence. Il était hors de question qu'elle se laisse à nouveau rattraper par l'autre réalité, sa réalité. Elle ne chercherait pas Faust, pas aujourd'hui. Si le courage lui revenait un jour, elle saurait par où commencer; en attendant, elle voulait juste apprécier que sa blonde ait pu fouler le sol qu'elle foulait à présent. Elle avait du la connaître, cette contemplation, elle aussi. Même en plein hiver, même sous la neige, même sous un soleil harassant, ce lieu devait suinter de cette magie que seule la modestie pouvait faire naître. La réponse de la Terrienne la laissa mélancolique parce qu'elle avait l'impression de trahir Faust. Quelques mois plus tôt, elle aurait refusé de rester en arrière, de ne pas suivre une piste qui aurait pu la mener à une quelconque réponse. Mais les premières réponses que lui avait apportées la journée lui suffisaient amplement. Elle ne les avait pas cherchées; elles lui avaient sauté à la gorge, agressives, et Murphy était trop fatiguées par les questions pour se laisser submerger sans se débattre. Elle reviendrait lorsqu'elle serait prête. Demain, dans six mois ou dans un an. Lorsqu'elle serait prête.

La découverte du contenu de la besace de Faust était déjà une épreuve. Le simple fait qu'elle l'ait laissée derrière elle, où qu'elle soit allée, lui glaçait le sang. On ne quittait pas volontairement un campement sans prendre ses affaires. On ne laissait pas une arme et un bijou dans la terre sans raisons. La réponse de la jeune Terrienne lui parvint alors qu'elle s'avançait au cœur de la clairière, là où le soleil ne se laissait plus filtrer par aucun branchage. Elle s'allongea bientôt, pour penser, espérant tout l'inverse. Elle sentait le parfum de l'herbe qu'elle écrasait, le vent qui rafraîchissait son visage, glissait sur les quelques centimètres de peau abandonnés par un tee-shirt qui avait un peu remonté. Les larmes nouvelles se mélangeaient au sel de celles qui avaient séché un peu plus tôt, et ses cheveux rencontraient l'humidité lacrymale, collant à son épiderme fatigué. Si elle se concentrait suffisamment, elle pouvait imaginer Faust à ses côtés. Elle était silencieuse, se baignait dans les rayons solaires, souriait, arrachait peut-être quelques brins d'herbe pour s'amuser, une pâquerette ou une primevère qui avait poussé là. Le soleil faisait briller ses cheveux, les rendait plus clairs encore. Et puis son rire allait retentir, bientôt, parce qu'une fourmi monterait dans le cou de Murphy sans qu'elle ne s'en rende compte. Elle allait se lever, jouer avec Antarès, se rasseoir et raconter sa dernière patrouille, juste parce qu'elle avait croisé un animal bizarre dont elle ne savait rien. Perdue dans son songe, elle sourit inconsciemment et sa respiration se fit moins chaotique. Elle retrouvait de sa régularité et de son apaisement. Faust était à ses côtés.

Elle n'aurait pu dire si elle avait quitté la clairière quelques instants ou si, au contraire, elle y avait été ancrée plus que jamais. C'est une sensation étrange au bout du bras qui la fit brusquement ouvrir les yeux. La lumière l'agressa subitement et elle dut porter une main à son visage pour l'en protéger. Elle remarqua un mouvement vif et aux tons chauds du côté des buissons, en face d'elle, et posa un regard endormi sur la Terrienne à sa gauche. Elle savait que Faust n'était pas de l'autre côté; peut-être alors qu'elle l'avait bel et bien rêvé, tout ça. La présence de son amie, son rire, ses remarques. Pourtant, elle avait presque été palpable. Si elle avait tendu sa main à ce moment-là, elle était persuadée qu'elle aurait pu la toucher. Faust aurait râlé, d'ailleurs. « C'était quoi ? » La question était un peu pâteuse. Ça ne pouvait pas être Antarès : il était allongé à leurs pieds, savourait probablement les premières tiédeurs du printemps, lui aussi. Nerveusement, elle triturait la manche de son tee-shirt dont pendaient quelques fils. « C'est Antarès ? Il m'a attaquée ? » Elle était pourtant incrédule. Même aveuglée, elle avait clairement vu une boule de feu s'enfoncer dans les buissons. Mais c'était un rappel à la réalité et au tangible. Elle se redressa gauchement, s'appuyant d'une main à l'herbe écrasée. « Il est temps, je crois. » Elle se saisit du sac et jeta un regard craintif à la Naori, puis se tourna vers elle. Oui, il était temps. Elle ouvrit le sac et le retourna entre elle. Une multitude d'objets tomba dans l'herbe. Quelques bruits métalliques, des bruits un peu plus sourds, et quelques feuilles qui restaient accrochées dans le vieux tissu. Elle les attrapa, vérifia que le sac que ne contenait plus rien d'autre, et rassembla tout entre la Terrienne et elle.

Une lame brillait dans l'herbe. C'était un vieux couteau au manche abîmé et au métal partiellement mat, mais il arracha un premier sourire à Murphy. C'était comme si Faust savait ce dont elle pouvait avoir besoin, comme si elle savait qu'un de ses deux couteaux allait trouver une nouvelle propriétaire. « Je peux ? » demanda-t-elle en levant ses prunelles vers son interlocutrice. Ses doigts glissèrent ensuite sur le reste des objets. Les feuilles de papier fatigué seraient les dernières la firent hésiter un instant et elle trouva le matériel que Faust utilisait pour démarrer des feux. Un hoquet de peur manqua de l'étouffer; là où elle n'était, elle n'avait même plus de quoi faire un feu. Elle secoua sa gourde cabossée; elle était vide. Le papier, encore, était celui qui la taquinait le plus. Enfin, les mains tremblantes, elle se décida à l'attrapa. Plusieurs feuilles étaient pliées ensemble et, lentement, délicatement, comme si elle avait peur qu'elles tombent en poussière, elle les ouvrit. Il y avait un plan, qu'elle tourna jusqu'à ce que l'écriture soit dans le bon sens. Quelqu'un avait griffonné quelques notes ça et là. Elle pouvait à peu près reconnaître les environs de leur campement, mais pas l'écriture de Faust. C'était des petites aventures qui étaient relatées à tous les coins de la carte; des noms qu'elle ne connaissait pas, et puis des noms qui lui étaient si familiers qu'ils la firent frisonner. Skylar, là. Et puis des animaux, des attaques, et puis... des oiseaux. Elle porta une main à sa bouche alors qu'elle réalisait ce qu'elle tenait entre les doigts. Les conseils d'une Tennessee pour son amie aux longs cheveux dorés. Son regard embué se leva vers la Terrienne. « C'est une amie... celle à qui je veux donner le couteau. Elle lui avait donné des conseils. » Elle se concentra à nouveau sur les deux feuilles et fit passer le plan derrière l'autre. Le chagrin la saisit et l'air lui manqua subitement. Ses traits se déformaient sous la peine, son teint s'empourprait. C'était une lettre qu'elle avait écrite à Faust pour son premier anniversaire passé ici, son seul anniversaire passé ici. Des boutades, surtout, et puis un peu d'amour masqué ça et là, entre les lignes, au détour d'un petit cœur maladroit qui concluait les quelques lignes taquines. Elle avait vécu, la lettre. Pliée en autant de fois qu'elle avait pu le supporter; l'encre était effacée par endroits, la feuille tachée par son vécu. « Ça, c'est... c'est rien. » Sans oser croiser le regard de la brune qui lui faisait face, elle glissa les deux feuilles dans son sac et se força à reprendre le contrôle. Car après tout, Faust avait réponse à tout : au milieu de tout son barda se trouvait une boussole.


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29/01/2017 I/RiverSoul 401 Imaan Hamman Lux aeterna & Mini-miller ( Hela ) Sentinelle / Artisan ( potier ) 66
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Sujet: Re: She went quietly (Tamara)
Ven 1 Déc - 19:19


Murphy & Tam-Tam @Guest Antarès & The Spirit of Faust #Murmara



Quand les mondes se percutent, les idées se mélangent mais parfois elles ne parviennent pas à se comprendre, alors chaque être se sépare à nouveau pour étudier l'autre. Parfois il devient nécessaire d'ajuster sa perspective pour distinguer toutes les subtilités qui grouillent de l'autre côté. La tragédie passée, la douleur présente, un futur incertain voilà ce qui réunissait avec certitude les deux demoiselles. Tout le reste se voyait livré au hasard des pas qu'elles exécuteraient, des mots qu’elles échangeraient, des visions qu’elles accepteraient. La Naori n'appréhendait qu'avec une grande difficulté l'univers de l'intruse qui le devenait moins au fil des minutes de cette journée. Dans sa vie de tous les jours elle se battait pour se creuser une place particulièrement difficile à obtenir. Il lui fallait batailler continuellement pour conserver le respect des siens car ils l'observaient pour la plupart avec une expression dubitative. Orpheline très tôt, elle n'eut pas l'opportunité comme L'odysséenne de se réfugier dans les bras d’une mère protectrice et aimée. Bien qu'elle lui réserva une place de choix dans ses songes les plus secrets. Elle ne possédait pas les piliers sur lesquels la débarquée s'appuya tout au long de son existence, bien qu'il lui resta de nombreuses années pour parvenir à combler ce vide. En attendant elle puisait sa force dans cette forêt qui l'entourait soutenue par le coyote - animal totem - qui venait à sa rencontre, aux moments les plus critiques auxquels la sentinelle se confrontait. Car perdu le grand-père enfantin qui ne sortait que rarement de son état apathique, provoqué par les drogues qui soignaient ses douleurs, disparue l'amie d'enfance qui la toisait de haut dorénavant. Quand elle se retournait Tam-Tam, personne ne surveillait ses arrières. Elle s'acharnait donc depuis toute petite à transformer ses faiblesses en force, et ça lui réussissait plutôt bien.

Pour autant elle n'en n'ignorait pas la peine. Et bien qu'elle se moqua de faire offense à la jeune femme au début de leur échange, désormais elle marchait sur des pierres aiguisées brûlantes. Une telle profondeur dans le tourment vous entraînait malgré votre résistance au fond du trou. Celui qu'on remplissait de terre pour ne plus distinguer ce qui nous titillait méchamment au fond de nos tripes. Quand l'oreille ne traduisait pas le langage exacte de l'autre, au point ou en venir aux mains s'avérait une possible option, le vol de quelques oiseaux migrateurs ressemblait à une évasion vers la liberté. Objectivement la frisée rechignait à frôler le désespoir d'une autre, mais l'option de l'abandonner à son triste sort ne paraissait plus d'actualité. Ainsi elle se laissait apprivoisée la terrienne sans pour autant abdiquer complètement. Dans son for intérieur elle invoquait la trêve, sans ignorer qu'elle ne bataillerait plus pour les affaires de la blonde. Cette inconnue d'anciennes soirées hivernales  qu'elle s'obtempéra à secourir. Bien trop tardivement. Cette disparition lui grignotait toujours l'esprit comme un reproche, aussi s'attachait-elle à préserver les lieux où celle-ci bivouaqua, intacts. Impétueuse, Frondeuse, Bornée La Naori ne renonçait que rarement, et surtout en ronchonnant à ses décisions. Cette fois-ci elle s'opposait à une perturbée bien moins folle, mais beaucoup plus déglinguée dans son âme, qu'elle ne le montrait quand on l'abordait. Elle lui accordait donc sa chance comme à tous les innocents qui le méritaient en ce monde. Non par excès de générosité, mais parce que les croyances de son peuple l'y poussaient. Et surtout à cause du murmure de son palpitant attendri, malaxé par ce petit chien blanc et sa tornade d'humaine, dont l'extérieur éclatant comme un diamant dissimulait de la kryptonyte noire, pernicieuse, qui menaçait l'équilibre de la débarquée. Une main tendue lui épargnerait éventuellement de trébucher dans le précipice sur lequel elle se déplaçait.

Tout en élevant son regard vers un ciel azuré assombri par des points noirs évoluant en circonvolution élégantes, les prunelles de Tamara se perdirent parmi la canopée qui les surplombait. Le mouvement incessant des branches imitait les vagues de l'océan mais ça, la Sentinelle ne bénéficiait pas de l'omniscience pour le deviner. Pour elle ça évoquait un tapis mouvant qui adoucissait la luminosité parfois trop intense du soleil. Elle éprouvait souvent le désir impératif de grimper jusqu'à la cime pour vérifier si elle discernerait mieux les matériaux composant le bleu qui ornait le dessus de leur tête. Et si elle tendait le bras, réussirait-elle à le toucher, elle fut tenté de proposer cette expédition à l'Odysséenne pour la décharger de ses maux l'espace d'une aventure. La moue boudeuse qui se dessinait sur les lèvres de celle-ci l'en dissuada, mais elle se promit de revenir à cette éventualité quand elle la recroiserait. Car forcément, ce foyer deviendrait important. Un jour elle éprouverait le besoin de le revoir, pour se rapprocher le plus possible des morceaux de l'existence de la disparue. De toutes ces minutes manquées qu'elle aspirerait de voler à l'oubli sans jamais réussir à les rattraper complétement  « les étoiles ? » Répéta pensivement Tamara à cette image poétique « Je ... pas savoir, tu en voir  toi ... Là-haut ? Ils s'en vont, ils reviennent chaque année ... On dit qu'ils cherchent ... Meilleurs endroits » Comme ces volatiles ne partageaient pas leur expérience dans un dialectique compréhensible de l'humain, la Sentinelle supposait que ça demeurerait un secret non résolu. A moins que la désespérée n'affirma qu'ils se déplaçaient jusqu'au-delà des nuages. Sur l'instant cette expectative lui coupait le souffle. Ses iris s'attardèrent ensuite sur les joues barbouillées de chagrin de la jeune femme « Oui difficile accepter mais mieux  » Pour que la raison de l'ex-folle ne la conduise pas vers un désespoir qui torturerait trop sa caboche pour qu'elle ne chercha pas à l'exploser.

L'implication de toutes ses trouvailles creusait ostensiblement jusqu'au tréfonds de l'âme la désespérée. Tandis que l'épouvantable désespérance enfuit sous une terre meuble, grasse, destinée à faire éclore des bourgeons apaisés dans un demain précaire, se révoltait avec fougue. La Sentinelle, silencieuse, tentait de pratiquer de longues expirations pour guider la brune hoquetant vers un détachement plus salvateur. Son interlocutrice se singularisait par sa facilité à virevolter dans les émotions. Identiquement à la Naori embourbée dans une soudaine et étonnante négation. Car oui elle tendait les bras à Murphy, elle n'hésiterait pas à étreindre cette dernière contre sa poitrine. Mais replonger dans les affres du souvenir en servant de tuteur, elle ne s'en imaginait pas la capacité. Pourtant le dialogue la transbahutait vers axe bancal. Entre elles vrillait une ambiance intime encouragée par la canopée qui tendait à se courber vers elles dans un élan de protection, pour les encourager à emprunter les chemins de traverses. Ceux que les autres dédaignaient mais qui les conduiraient vers des vérités ancestrales, troublantes, épuisantes, accablantes, Libératrices ...  Comment partager une certitude face à une incrédule ? Toutes les paroles de l'univers n'y parviendraient pas si la débarquée s'y opposait. Alors elle, Tamara se démasquait faible avec ses mots - maux - arides. La communion. Choir dans les lieux similaires à ceux de son inconnue. La Naori lui déroba une main fiévreuse qu'elle plaqua contre son palpitant « Son visage ... plus qu'un ombre ... Je cherche désespérément la nuit au fond de ma mémoire ... Pas revenir. Mais petites histoires éclatent ... par surprise ... tête. Alors sentir sa chaleur ... Il revient ... Lui me fais signe, et savoir que jamais oublier. Mais le vide ... Il ne veut pas rester comme ça... Même si toi tu te bats contre lui ... Il triomphera et il entassera plein de choses ... Des nouvelles joies, autres aventures, personnes ... Toi déjà savoir au fond ... Différent personnes entrer dans ta vie ... tu veux pas perdre ... »




« Mais lui ...elle venir à toi comme ... un gout de l'ancienne vie ... Parce qu'elle te verra  » La sonorité de la voix de Tamara tremblait sous l'émotion qu'elle réveillait pour partager son expérience avec cette inconnue du matin. Et son cœur battait la chamade quand elle lâcha l'Odysséenne. Une froid intense l'envahit lui donnant à croire que trop évoquer les ... Morts les invitait à prendre place avec eux. Désormais persuadée que les esprits des disparus rodaient autour d'elle. Rappelés par l'amour que l'entièreté de leurs corps contenait pour eux. La fille des étoiles se concentrait sur son compagnon à la truffe mouillée qui l'embrassait en retour. Les bruits bourdonnèrent confus dans à l'ouïe de la Sentinelle, à travers la pénombre éclairée de la forêt elle crut apercevoir un coyote furtif. Le sien. Lui indiquait-il qu'elle devait rendre les armes pour soutenir cette femme dans sa quête. Plus encore ? Oui quelques instants elle fut soudoyée par le coté égoïste, enfantin d'elle-même, afin de déguerpir du lieu après un rapide adieu. Tamara, elle vénérait la joie, le présent, la transparence, le rire, la légèreté si on ne lui imposait pas le contraire. Bien que son Caractère n'aspira qu'à une étincelle pour la transformer en incendie, elle ne recherchait pas ce phénomène. Ni la tristesse des champs dévastés que lui offraient les souffrances de cette femme blessée. L'apparition de la renarde, des renardeaux et du retardataire la conforta dans cette vision. Elle abdiqua donc cette folie pour ne pas abandonner la garde à sa détresse, bien ignorante pourtant de la marche à suivre pour découvrir la minuscule lumière qui se planterait en elle, pour évoluer en lueur du renouveau. La frisée adressa un sourire au vide apparent, certaine qu'un main invisible l'attraperait pour l'emporter dans un monde ou ni elle, ni la débarquée n'accéderaintt avant biens des lunes. « Oui, je le sens encore ... Il reste toujours une petite place ... pour lui »

Non pas de Faustine. Juste Faust « Oui » Inutile de déblatérer à ce sujet puisque Murphy jugeait mieux que quiconque cette blonde qui parcourait leur échange en catimini. Dissimulée dans les inflexions de chacune comme une odeur sucrée persistante qui refusait de s'effacer de vos vêtements. Une esquisse de chair qui se désagrégeait un peu plus chaque seconde. Au contraire de la brune qui pétillait d'énergie sur chaque espace de son derme « Mur ... Phy quel son étrange ... Ça veut dire quelque chose ?  » Curieuse comme un jeune chaton, la sentinelle s'interrogeait sur le signification d'une dénomination si étonnante. Murph..ouch au fond ça s'assemblait dans sa caboche. Mais la considération dépassait la simple désignation. Non la Naori désirait marcher dans ses bois tout en songeant à *Murphy* et plus *La débarquée*. Qu'importait la suite. Se revoir ou non. Les rencontres de hasard ne conduisaient pas vers la conséquence absolue d'une amitié ou d'une haine. Mais dans ses rêveries elles existeraient en portant leur identité. Elles ne sombreraient pas dans l'oubli comme des chimères « Tamara ... Ils disent tous Tam-Tam » Comme les bruits du tambour qui définissaient l'intérieur de son cerveau selon eux. Pourquoi ces détails ? Parce que parfois, l'essence d'un être se réfugie dans le pseudo octroyé par moquerie ou gentillesse. Que l'on protesta ou non contre ce dernier il vous collait à la peau pour l'éternité. Semblable dans leurs observations intérieures elles se connectaient par de multiples petits crochets sans en prendre conscience. L'allusion à la poterie déclencha un visage interrogatif chez la nouvelle venue « Oui tu ... Toi connaitre ? ... Petit travail pour les jours difficiles mais ... mon ancêtre m'a enseigné pour moi apprendre la concentration  » Une immensité détails pour noyer une mer d'affliction trop confidentielle  « le chemin ? » Une joie inédite, bienvenue au milieu de ses cris, puis de ses larmes, s'alluma dans le regard de la frisée « Oh mais je te montre les repères sur le retour si veux ?  »

Là-haut le soleil continuait sa course encore haut dans l'Azur, Les ombres se mouvaient doucement sans que ce fut perceptible à leurs yeux. Et si rien n'échappait à l'amoureuse de sa petite jungle. L'autre avançait vers des découvertes qui la clouaient sur place, transie de peur si elle butait sur l'évidence qui condamnerait ce qu'il lui restait d'illusions. Ce qui la transformait par instant en statue immobile, noyée dans les effusions de l'organe battant irrégulièrement dans son buste. Au point que le renardeau, peu effarouché par l'inhabituel pointait son museau sans aucune crainte de se faire débusquer par Murphy. Le canidé étoilé soulevait des oreilles intriguées, mais bienveillantes dans sa direction. La magie entrecroisait la réalité. Une dimension qui prenait pied dans l'âme de la Naori mais qui passait par-dessus la tête de la débarquée. Un jour elle apprendrait. Tamara en détenait la conviction. La sentinelle ne contemplerait probablement pas ce spectacle, elle s'en réjouissait malgré tout, pour la femme qui parvenait à la bouleverser par sa personnalité si singulière. Aucun Naori ne se comporterait de la sorte, on le désignerait directement dément. La frisée, elle éprouvait le besoin impérieux d'implanter des pensées enjouées sur le front plissé, soucieux, de sa nouvelle camarade. Alors elle l'entraîna un peu de force vers l'endroit où se dessinait une réponse définitive. Tout passait par la vérité. Un fin inaugurait un commencement tout en pinçant, déchiquetant les féeries derrière lesquelles on se dérobait pour éviter de prendre la réalité en pleine face. Empêcher Murphy de stagner dans son marécage imaginaire relevait aussi d'un acte respectueux. La mousse sous laquelle se cache le petit peuple des insectes crissent sous leurs pieds comme un tapis de velours lorsqu'ils pénètrent dans la clairière. Petit joyeux d'orfèvrerie végétale dans lequel cet élan se voit freiner. Une pause, un répit, un mirage, une étape nécessaire pour apaiser la terreur qui grimpe le long des jambes de la fille de l'espace.




Ici la beauté du monde re-transparait dans toutes les couleurs, les piaillements, grattements, chants, craquements qui convergeaient vers elles. Bercées par leurs fantômes, la diversité bigarrée de cette terre qui à triomphé des attaques du passé, elles transmutaient dans un lieu parallèle et provisoire. la duveteuse moiteur de la clairière les incitait à un laisser-aller inhabituel, déjà entamé aux côtés du Bivouac de l'échappée Faustine. Les inquiétudes acceptaient de se tasser laissant temporairement  l'aire à une sphère enchantée passagère. Là où l'Odysséenne s'allongeait pour retrouver une destinée rêvée ou les gouttes salées, glissant de sous ses paupières se commuaient en rosée. Pendant que La Sentinelle observait la petite boule rousse impétueuse s'aventurer jusqu'à elles. Se rapprocher maladroitement de Murphy pour s'attaquer à ses vêtements puis fuir à toutes pattes une fois son forfait réalisé. Sans qu'Antarès ne fit mine de réprouver ce passage inattendu du renardeau rebelle de la fratrie. La conséquence en fut l'émergence de la femme du ciel. Intriguée, affolée, elle va jusqu'à échafauder l'attaque d'Antares, qui demeurerait toujours un peu "Ouch" dans la tête la Naori « Pas Ouch ... Il veille sur toi, Regarde » Joignant le geste à la parole la frisée Caressa tendrement le fidèle Canidé poursuivant ses explications « Un petit renardeau curieux qui nous à "chassé" jusqu'ici ... Il aime toi je crois ... Il à volé un bout de ta chemise pour un souvenir ... Lui habité ...  » La sentinelle indiqua la direction du vieux Bivouaque de la blonde disparue. Elle s'aspirait apaisante, omettant les conclusions à propos du lien qu'elle concluait prendre racine entre ces deux-là. Elle n'en démordrait pas et se découvrait persuadée, que dans l'avenir ils se retrouveraient tous les trois - Quatre avec Antarès - pour qu'il s'arbore au grand jour. Immanquablement Tamara se consacrerait alors à déclencher l'acuité de Murphy sur ce se manifesterait comme une impossibilité pour L'Odysséenne.

Ces détails fournis par la terrienne s'apparentaient indéniablement à des futilités pour l'esseulée un peu ragaillardie suite à cette plongée dans une mémoire sélective. Nonobstant cet interlude, sonnait l'étape critique de déballer les trésors que protégeait ce sac. Et la brune donna le feu vert en le ramenant vers elle, tout poussiéreux de l'année écoulée sous la cache construite par la Sentinelle. Tamara priait silencieusement face à cette intrusion dans la cachette d'un autre qu'elle-même. Très pointilleuse elle ne se permettait jamais de fouiller les biens d'une tierce personne. Mais ces débarqués se dévoilaient particulièrement fureteurs, tout en étalant régulièrement une éclatante inculture. Elle n'intervint pas, puisque "déclencheuse" de cet incident, elle admettait que leur culture s'éloignaient constamment l'une de l'autre. Tandis qu'elle basculait sur ses jambes pour mieux sonder ce qu'emprisonnait ce tissu imprégné par les éléments des quatre saisons. Sans crier gare la femme de l'espace renversa tout sur l'herbe tendre qui protesta vivement en crissant sous ce poids qui la défigurait. Tamara fut directement aveuglée par un reflet sur une surface métallique, elle dut se protéger le regard avec sa main pour mieux spéculer sur tout ce fatras composite « Oui ... tout à toi maintenant » Le bilan de la rencontre différait du début puisque désormais elle disposait de la plupart des rouages de la mécanique. La sentinelle ne s'opposait plus, si à présent elle défendait une intégrité ce serait celle de Murphy. Pourquoi donc réclamerait-elle alors autre chose que le don déjà fait et qui lui suffisait largement. Gourmande, aucun ogre ne se pavanait pourtant dans son arbre généalogique. Ses prunelles se dirigèrent vers ce qui entourait cette lame, des feuilles parcourues de d'écritures, divers objets dont elle ne connaissait pas l'utilité mais qui apparemment ramenèrent l'inquiétude chez Murphy. Délicatement elle serra le bras de la débarquée pour lui insuffler du courage devant ce qui sonnait presque comme des évidences.

La Naori se garda bien d'énumérer les hypothèses. Trop crue dans ses déductions elle risquait de déclencher d'autres pleures guettant la moindre échappée belle vers la liberté. La tête penchée pour mieux déchiffrer les documents que la débarquée dépliait délicatement comme si elle cueillait la plus rare des fleurs, sa chevelure endiablée chatouillait l'épaule de l'odysséenne. Tamara fascinée ne remarquait pas que son souffle se déposait directement dans la nuque de Murphy, comme une bise à la fois chaude mais rafraîchissante, dont la respiration s'accélérait au fur et à mesure qu'elle apercevait les traces d'un récit dont la fin demeurait une énigme. Pouvait-on y décoder un indice au demeurant ? Les renseignements de sa comparse tirèrent la frisée de ses hypothèses douteuses d'enquêteur en herbe. Elle y déchiffra un attachement plus profond que ne le décrivait la brune à propos de cette autre amie « tu vois toi pas être si vide ... deux fois tu me parles de cette amie ... Plus important que tu crois ? Tu sais .. La .... disputée avec la mienne... enfin ...  » Ses petites histoires détachaient dans ce moment entièrement dédicacé à cette étrangère, alors elle ne s'y attarda pas « Et cette amie ... elle cherche pas avec toi ? ... Peut-être elle ... voudra aller plus loin ?  » Continuer, le cheminement interrompu ... Encore jeunette, pleine de bonne volonté, la Sentinelle affichait sans le désirer un manque flagrant de sensibilité. Elle se déplaça alors face à la femme des cieux. Pour La Naori il coulait de source que "l'amie" disposait d'une possibilité de potentiel à avancer quand celle-ci ralentissait. Mais troublée, Murphy ne l'entendait plus murmurer à ses oreilles, figée par une autre découverte qui la rendit tout tremblante, affirmant que ce que ses doigts comprimaient douloureusement ne signifiait qu'un rien « Ton regard mentir ... important ... Tu peux me lire ou non ... mais ... entre nous pas mensonge ... Juste pas me dire que c'est rien »




Spontanément Tamara détacha une lanière de son coup qui lui servait de collier, tandis qu'un papillon coloré atterrissait sur le papier précieux que Murphy déclarait sans valeur. Comme pour s'élever contre les allégations de la garde. Un petit bout de bois laminé par les années faisait office de pendentif à l'attache de la Naori, cassé en deux on distinguait encore sculpté une moitié de ce qui ressemblait à un oiseau. Elle le posa sur la feuille, à côté des ailes bigarrées qui y trônaient  « Murphy je partage mon rien avec toi ... C'est mon rien le plus précieux... Il ... venir de ma mère... morte un peu après ... moi arrivé ici à cause de mauvaise condition ... Ma mère enlevée par tribu du désert et devenir esclave. Et ceci tout ce qui me reste d'elle. C'est son animal Totem ... Brisé, je ne sais pas comment .... Un Colibri. Elle toujours vivante mais jamais je n'ai vu aucun de ses traits. Alors Murphy ... Nous pas amies. Jamais peut-être ... Mais tu peux dire, pleurer, crier, menacer ... ça restera ici, enterrer avec moi, toi et tous nos fantômes » Un grand jet de petits morceaux de Tamara jaillissant comme une cascade. Car ceci ne se répartissait que sur une période de cette journée, mais l'importance de ce "voyage" ne se dérobait pas à Tamara. Sans tout élucidé il fallait dégorger les anfractuosités les plus coupantes pour que Murphy se relèva un peu plus légère de cette épopée atypique. La terrienne laissa à son interlocutrice l'occasion de regarder de plus prêt son morceau broyé de souvenir. Elle dévoilait une partie d'elle dans un équilibre de justice puisqu'elle acceptait de chuter avec elle pour la repousser vers le ciel quand ça s'avérerait nécessaire  « Je ne peux pas te consoler Murphy, mais je peux t'écouter ... Sans juger ... si tu as besoin. On reparlera jamais plus après  » Un après plus que précaire pour les deux jeunes femmes. Pour une multitude de raisons qui ne les engageaient pas personnellement mais dépendaient énormément de leurs groupes ou tribus.

Pendant que les spectres dansaient en rond autour des deux jeunes femmes, une petite boule rousse les espionnait derrière un buisson d'aubépines pendant que sa mère glapissait après le fuyard. Alors que la truffe d'Antarès captait les effluves du jeune désobéissant tout en plongeant son regard perçant dans les ombres fantomatiques des troncs qui les encerclaient. Une ombre immense leur cacha la boule enflammée des cieux, leur procurant quelques frissons devant le changement de température furtif, alors que les migrants du ciel continuaient leurs arabesques élégantes. Le charme transitoire de la courte parenthèse s'émiettait tranquillement. Derrière les failles, la réalité s'infiltrait indifférente aux âmes décolorés mais sanglantes des deux jeunes femmes. Elles se taisaient sur le même diapason autour d'un foyer composé des possessions de la disparue, dans le désir un peu vain d'y pêcher un quelconque réconfort. Une escarmouche entre deux écureuils pour définir celui qui se carapaterait avec une noix troubla leur recueillement « Je te reconduirais jusqu'à une partie que toi bien reconnaitre .... On posera des repères pour que toi revenir ... si vouloir un jour » Trancha Tamara sur un ton dont la sonorité fit s'envoler l'insecte ailé non sans qu'il ne frôle la joue embuée de Murphy, y laissant un trace de pollen récolté lors de ses butinages. Et elles profitaient des derniers instants de quiétude accordée, avant de reprendre ce combat si inégal.


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06/12/2015 Lux Aeterna 30609 Sophia Bush Avengedinchains (vava) ; Oreste (image profil); Lux Aeterna (sign & gifs & fiche rp) ancienne militaire - lieutenant, stratège, garde et patrouilleuse. Quelques notions de médecine et bases en maniement des armes. 201


Sujet: Re: She went quietly (Tamara)
Dim 3 Déc - 1:49



❝ She went quietly ❞
Murphy Cavendish & Tamara Quetzalcoalt
(14 mars 2117)


Sans vraiment s'en rendre compte, Murphy s'était effondrée. En quelques minutes à peine et en réaction à une seule vision, celle d'un fantôme d'autrefois. Le jour assistait à une déchéance dont il n'avait que trop rarement été témoin encore. Elle avait masqué ses failles et ses craintes aux yeux de tous, s'était montrée forte pour les autres mais avant tout pour elle, pour continuer à prétendre juste un peu plus longtemps que Faust était encore ici, sur cette Terre, quelque part, et qu'elle ne tarderait pas à retrouver son chemin. Elle ne s'était autorisée à quelques larmes que dans l'intimité des nuits silencieuses qui appelaient aux confidences de l'esprit, catalysaient les pensées les plus obscures et avivaient toutes les craintes qu'elle parvenait à calfeutrer le reste du temps. Elle n'avait jamais voulu offrir ce plaisir à quiconque, celui de découvrir le reflet de ses larmes et le terne de ses prunelles bercées de peine. A Chris, pendant le tremblement de terre, elle n'avait accordé qu'une explosion de rage désespérée, mais le chagrin, le vrai chagrin, lui était toujours resté secret. Même à elle, il ne s'était jamais vraiment présenté. Jamais franchement, tout du moins, jamais sous cette forme de cascade infinie qui engloutissait jusqu'à la moindre lueur d'espoir. Perdue au milieu du ras-de-marée, Murphy ne se reconnaissait même plus, se désolait d'offrir ce spectacle minable à une femme qu'elle ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam. Elle avait toujours été beaucoup plus sévère avec elle-même car elle savait que les impressions, notamment les premières impressions, demeuraient toujours. Parce qu'elle avait trop souffert du jugement hâtif des autres, elle se pliait sans le vouloir au regard d'autrui, refusait de se laisser réduire à une image en laquelle elle ne se reconnaissait pas. Elle n'était pas une princesse mais une combattante, un soldat de la tolérance et de la cohabitation. Ça avait toujours été vrai et au milieu d'hommes qui la rabrouaient et la rabaissaient, elle avait monté des défenses qui avaient fini par la définir. Ses faiblesses étaient devenues la pire de ses pudeurs, et le deuil des êtres précieux avait malgré lui glissé au milieu de toutes les faiblesses qu'elle désirait masquées aux yeux de l'étranger, jusqu'à les rendre invisibles à son propre regard entraîné à la discrétion par les années.

Mais indépendamment de tout l'environnement qui l'entourait, les défenses s'étaient brusquement écroulées. Elle aurait pu être seule ou au milieu d'un désert aride; ça n'aurait rien changé. Le monde autour d'elle avait disparu au moment où elle avait posé le regard sur les deux objets que Faust avait négligemment laissés là. Ils étaient devenus sa seule zone de netteté dans le flou des environs. L'inconnue s'était greffée à sa bulle sombre sans qu'elle ne demande rien et le rejet n'avait pas fonctionné. Elle s'accrochait, la Terrienne, avait d'abord réveillé toute la rage qu'elle avait emmagasinée face à l'incompréhension et l'indifférence d'autrui. Et puis elle s'était frayé un chemin sans que Murphy ne le réalise. Elle se laissait un peu porter, maintenant, Murphy, acceptait ce moment pour ce qu'il avait de plus inattendu, complexe mais aussi toutes ses simplicités et le langage commun que deux inconnues pouvaient parler sans souffrir de l'incompréhension qui divise.

Elles flottaient entre deux mondes, toutes les deux, et l'Odysséenne se perdait dans ses songes en même temps que dans les mots de la belle inconnue qui s'insinuaient dans les brèches du cœur pour les panser avec une délicatesse qui l'impressionnait autant qu'elle la surprenait. Elle qui avait toujours cru en la bienveillance de l'Homme se surprenait à réaliser qu'elle n'avait pas eu faux, cette fois-ci, et que l'être humain pouvait être capable des plus belles des noblesses sans rien attendre en retour. Elle se demandait aussi si, si les rôles avaient été inversés, elle aurait été capable d'une telle clémence, d'enterrer la hache de guerre juste parce que l'autre démontrait d'une faiblesse qui incisait l'âme de l'empathe. Est-ce qu'elle la ressentait vraiment, cette peine qui irriguait le cœur, noyait l'esprit ? Est-ce qu'à travers les prunelles d'une endeuillée dont elle n'avait jamais croisé le chemin auparavant, l'inconnue se perdait dans ce même vide ? Est-ce qu'elle sentait la profondeur du rien, la disparition de tout ce qui avait fait une vie et un monde ? C'était quelque chose qu'elle n'avait jamais ressenti, elle. Ça avait la force et l'obscurité du trou du trou noir qui aspirait jusqu'à la moindre particule de lumière. Est-ce qu'elle lui serait restituée un jour, cette lumière ? Ça avait été si subi, cette disparition du tout, que Murphy se laissait ensevelir sans arriver à prédire de quoi seraient faites les prochaines minutes ou les prochaines heures. Faust lui manquait comme lui manquerait une partie de son être. C'était la douleur d'un organe disparu dont on se persuade de la persistance un peu trop longtemps avant de réaliser qu'il ne s'agit que d'un mirage que l'esprit avait fabriqué pour protéger. Mais pour protéger de quoi, au juste ? Elle avait disparu. Elle était morte. Ignorer la réalité ne faisait que repousser l'échéance, offrir un espoir qui n'avait plus lieu d'être. C'était se rendre vulnérable à la moindre particule de vérité qui viendrait se glisser dans les gonds fragiles du mensonge dont on se faisait soi-même victime. En prétendant qu'un espoir existait encore, Murphy avait insulté sa propre intelligence mais elle refusait de le voir. Elle avait pris la moindre lueur là où elle avait pu la retrouver en espérant ne jamais avoir à se confronter à la dureté d'une réalité crue. Elle avait espéré que la douleur n'éclate jamais, qu'elle se contente de s'apaiser sans atteindre ce paroxysme qui asphyxiait de chagrin. Le mirage ne protégeait pas; il calfeutrait maladroitement les entailles du palpitant pour le préserver un tout petit peu plus, et puis un tout petit plus encore. C'était un travail d'urgence à chaque instant, une urgence continue qui se maintenait dans équilibre précaire. Et lorsque l'équilibre faillait, alors tout s'écroulait. Quelques souvenirs de Faust, et tout s'écroulait. Quelques souvenirs de Faust, et tout s'était écroulé.

Dans le regard de la belle brune, Murphy cherchait à la fois un réconfort et une accroche. C'était probablement la première fois qu'Antarès ne lui suffisait plus. Elle pensa à Oona et aux raisons qui l'avaient laissée penser que la rencontre des deux êtres leur serait prolifique, se demanda si elle serait déçue de son amie céleste en la voyant ainsi perdue malgré l'amarre de leur lien canidé. Mais Antarès ne pouvait pas comprendre sa détresse, pas parce qu'il était un chien, mais parce qu'il n'avait jamais connu Faust, lui. Le manque de quelqu'un n'apparaissait qu'à celui qui l'avait côtoyé, avait connu ses travers et ses grandeurs, avait connu les imperfections qui l'approchaient de la perfection, avait vécu ses peines et ses crises de fou rire, avait été témoin de ses vertus et l'avait aidé à se relever lorsqu'il avait chuté. Murphy avait tout vécu avec Faust, au point où l'une était devenue indissociable de l'autre. Il lui semblait que sa blonde avait été à ses côtés à chaque étapes de sa vie, celles qui comptaient et celles que l'on oubliait. Elle avait oublié ce que c'était de vivre sans elle, y avait été contrainte de force à nouveau. Elle, le manque, elle le ressentait dans chaque fibre qui la constituait. Elle cherchait parfois son regard ou son sourire, et c'était dans les moments les plus banals que la vérité se faisait la plus douloureuse. Pendant ses patrouilles, il lui arrivait de s'imaginer que Faust la suivait quelques mètres derrière et elle se retournait parfois, l'imaginait cachée derrière un arbre pour la taquiner. Se dessinait alors sur ses lèvres quelque sourire tendre et attristé qui reflétait toute la conscience qu'elle avait de la disparition, et elle reprenait sa patrouille en prétendant que ce moment ne s'y était jamais immiscé.

C'était peut-être le lieu, alors, ou les circonstances, les objets qu'elle tenait entre les doigts, ou bien alors la présence d'une âme étrangère à ses côtés. Tout ici l'autorisait à ce qu'elle s'était refusé jusqu'à présent. Ses larmes resteraient cachées dans le secret de la forêt profonde, celle dans laquelle les siens ne s'aventuraient que bien rarement. N'en demeureraient témoins qu'Antarès et cette inconnue dont les intentions auraient pu faire douter Murphy dans n'importe quelle autre situation. « Il ont de la chance... d'avoir le choix. » Ses prunelles quittèrent les cimes au-delà desquelles valsaient les oiseaux. Elle n'avait jamais eu le luxe de choisir sa propre destination, elle. Sinon, elle serait restée là-haut, se serait contentée de celle à laquelle on l'avait forcée depuis toujours. Voguer parmi les étoiles, ce n'était pas si mal, après tout. Le voisinage idéal de ceux qui rêvaient aux planètes lointaines et aux nébuleuses, aux pouponnières d'étoiles, aux soleils qui se consumaient jusqu'à exploser et faire naître toute ce que l'univers connaissait. Vivre sur fond de toile interstellaire n'était pas si mal, et ça lui manquait. Ça l'avait préservée de toutes les horreurs qui se cachaient ici. Ça l'avait épargnée du deuil lancinant qui éveillait une sensation nouvelle, celle que plus rien, jamais, ne pourrait être aussi doux et beau que ce qui était révolu, que ce qu'Ofelia et Faust avaient pris avec elles en la laissant là, seule, condamnée à errer dans un monde qui n'était pas le sien et ne voulait pas d'elle. Un hoquet de chagrin fit monter quelques larmes, encore, alors que l'inconnue lui répétait l'évident et l'irrecevable. Accepter, c'était le mieux, le plus sain, une porte que l'on ouvrait sur un avenir qui se reconstruirait alors doucement, brique par brique. Mais accepter, c'était laisser le passé derrière soi, aussi, dire au revoir aux fantômes qui nous entouraient encore, aux espoirs de voir une silhouette disparue surgir de derrière un arbre. Savoir séparer le révolu de ce qui était encore possible, c'était le plus difficile. Admettre que l'avenir se dessinerait sans ceux qui resteraient à jamais ancrés dans ce qui ne constituait alors plus qu'une part de nous.

Les inepties de la Terrienne, elle voulait y croire. Que Faust, où qu'elle soit, continuait de la voir. Il lui arrivait parfois de l'imaginer près d'elle jusqu'à ressentir une présence qui n'existait pas. C'était la raison qui s'effritait sous le poids du deuil, se disait-elle. L'absence se concrétisait dans les esprits éreintés, pas dans l'espace temps. Ofelia et Faust résidaient en elle, dans ses souvenirs et dans tout l'amour qu'elle leur porterait toujours, mais c'était bien là un moyen poétique d'accepter l'obscurité enveloppante de la mort. Les souvenirs, c'était ce qui restait en dernier. Ils ne disparaissaient que lorsque leur dernier témoin s'en allait, lui aussi.

Murphy ne croyait pas à tout le reste, aux esprits enchanteurs et à la présence éternelle de ceux qui avaient quitté le monde du concret. Elle s'accrochait aux tentatives de la Terrienne de la calmer, lisait dans son regard tout l'apaisement dont elle avait besoin et espérait des arguments convaincants, de ceux qui lui parlaient, du pragmatique, du rationnel, du méthodique. Elle attendait presque qu'elle lui décrive une rencontre avec son grand-père, juste pour lui prouver que les morts pouvaient rendre visite, une fois de temps en temps, pour donner le fond de leur pensée à ceux qui leur avaient survécu. Était-ce le cœur de la Terrienne qui était censé lui apporter ces preuves-là ? Il battait fort, sous ses doigts, et Murphy jeta à la jeune femme un regard gêné. Le cœur était celui que l'on dévoilait en dernier à un inconnu, et elle lui offrait à pleines mains. Son grand-père, la gamine se souvenait à peine de ses traits, et Murphy lisait dans son regard toute la détresse que ça lui inspirait. Un jour, ce serait son cas aussi. Elle essaierait de redéfinir les contours du visage de sa mère ou de Faust, ne retrouverait que quelques détails qu'elle collerait à des visages déconstruits par le temps. C'était peut-être sa plus grande peur, pour l'avenir, d'oublier leurs traits, de laisser les souvenirs s'évaporer le long de la flèche inexorable du temps. Où serait-elle d'ici un an, deux ans ? Dix ans ? Les rendrait-elle fières ou les aurait-elles oubliées dans les confins des ages ? La présence que mentionnait la Terrienne était celle des songes. L'imagination comblait le vide opportuniste qui profitait du sommeil pour gonfler et envahir l'inconscient. Perdu entre les deux mondes, entre réalité et rêve, l'humain voyait parfois ce qui était invisible à l’œil nu. Il se découvrait des angoisses insoupçonnées, des espoirs fantasques; s'approchait de cette porte ouverte sur l'autre monde, devinait des présences qui n'étaient pas, s'imaginait une réalité différente de celle qui faisait ses journées. Lorsque le sommeil l'habitait encore, Murphy imaginait que Faust était encore là, quelque part. Lorsqu'il s'emparait de sa raison pour lui faire croire à l'incroyable, il la glissait dans le passé, et elle pouvait, pendant quelques instants, jurer sentir la présence de sa mère à côté. Elle allait la réveiller en panique parce qu'elle était en retard pour une garde, elle allait la menacer de toutes les remontrances d'un Richard chef de secteur. Ça allait être une journée comme il s'en était écoulées des milliers d'autres, là-haut, au-dessus dans la Terre, entre planète bleue et étoiles éternelles. Murphy allait écouter Elvis Presley un peu trop fort en se préparant et Faust allait attendre impatiemment, acceptant par dépit l'idée d'être en retard, elle aussi. Et puis l'air frais d'ici la rappelait violemment à la réalité. Violente était la chute, douloureux était l'atterrissage. C'était le travail des neurones nostalgiques, des connexions synaptiques bercées par le confort d'un passé révolu. « Le vide, il est plus fort que moi » murmura-t-elle en récupérant sa main. Elle avait besoin d'une ancre pour la ramener à la réalité. Elle avait besoin qu'on détourne son attention, encore une fois, qu'on occupe son esprit, qu'on exagère tout le reste de la vie pour oublier cette part d'elle qu'on lui avait arraché. C'était la seule solution, et peut-être qu'elle n'était pas si mauvaise. Trouver un équilibre entre l'acceptation et la continuité, c'était ce qui la sauverait. Mais elle avait besoin des autres, de ceux qui restaient, de ceux qui étaient arrivés, de ceux qui constituaient toute la tangibilité du monde dans lequel elle avait envie d'évoluer.

Ses prunelles dorées se levèrent vers le visage peinée de celle qu'elle embarquait malgré elle dans sa galère. Elles flottaient sur des eaux brumeuses, maintenant, perdues mais trouvées, dans le flou de questions auxquelles elles ne pouvaient apporter que des réponses portées par une foi qui n'avait jamais habité Murphy. « Si le vide est petit, alors c'est qu'on les oublie, ceux qui sont partis ? » La question fût lâchée dans un détachement neutre, presque sec. Elle avait trop pleuré, peut-être, pour pleurer encore. Le vide était envahissant. Son regard s'était doucement tourné vers Antarès, dont le calme l'impressionnait. Il devait avoir perçu certaines choses, lui aussi, la gravité d'une situation dont il ne comprenait pas grand chose d'autre. « J'aurais voulu qu'elle soit là pour toutes les grandes choses, plus tard. Et pour les petites, aussi. Peut-être surtout pour les petites. Je ferai pas de grandes choses, de toute façon. » Elle renifla inélégamment et frotta son nez qui piquait.

Faust... Celle qui était partie, c'était Faust. Pas Faustine, ou alors Faustine, juste pour Murphy. Elle détestait ce prénom et elle, et bien, elle s'en était beaucoup trop amusé. Faust lui avait coupé les cheveux un peu trop court, une fois, juste pour se venger de la plaisanterie qui était tombée au moment le moins opportun pour la brune -à savoir quand Faust tenait ses ciseaux de coiffeuse. Les lèvres sèches de l'Odysséenne s'étirèrent dans un faible sourire. Ce serait Faust, sur cette lame, qui serait gravé. « Je sais pas... quand je suis devenue militaire, ma mère m'avait dit que ça avait quelque chose à voir avec les guerriers. » Alors qu'elle se laissait perdre dans ses pensées, sa main s'était figée dans le pelage clair de son compagnon à quatre pattes. « Il y a une loi qui porte ce nom, aussi. Qui dit que si quelque chose peut arriver, ça arrivera. » Elle avala douloureusement sa salive. « Je suppose que la disparition de Faust, ça devait arriver. » Sa gorge se noua alors qu'elle réalisait que toute sa vie avait mené à ce moment, à cette séparation, cette disparition. Si elles avaient su ça, est-ce qu'elles auraient fait les choses différemment ? « Je sais, c'est pas très beau, comme prénom », tenta-t-elle de se reprendre. Un petit rire rauque introduisit une autre conclusion. « Faustine, c'est beau. Je sais pas pourquoi elle l'a jamais aimé, son prénom. » Son regard se releva vers la Terrienne lorsqu'elle se présenta à son tour. Ses lèvres arboraient un fin sourire, de ceux volés aux entrailles douloureuses, des lueurs arrachées à la nuit. « C'est joli, Tamara », lâcha-t-elle sans briser le contact du regard. « Tam-Tam ça rebondit. Comme toi. » Sa voix laissait échapper une tendresse timide et -involontaire. « T'as rebondi à la mort de ton grand-père. » Sa tête se pencha sur le côté alors qu'elle détaillait pour la première fois les traits de son interlocutrice. Ils étaient finalement ciselés, taillés pour un monde d'extérieurs et de soleil. Ses iris de jais la fixaient; ils semblaient avoir vu du monde déjà bien plus que ceux de l'Odysséenne. « Certains s'y essaient, à la poterie, chez moi. » Et les joies étaient contagieuses, elles aussi. Les sourires s'installaient sur les visages peinés. « Il faudra peut-être me laisser quelques marques pour que je retrouve... » ... si elle voulait retrouver. Peut-être pas tout de suite ou dans les prochains mois. Peut-être d'ailleurs jamais. C'était la Murphy du futur qui déciderait. Elle redoutait de se laisser immerger dans un même désespoir sans avoir personne pour lui tenir la main, cette fois. Peut-être qu'il serait bon de laisser cet après-midi où elle était, dans le secret d'une forêt lointaine. Ou peut-être...

La clairière représentait une fuite à tout ça, à l'obscurité des cimes et les souvenirs de quelques ruines et cendres. Le soleil perçait jusqu'au sol, caressait les peaux au sortir de l'hiver. Ici, l'herbe avait pu s'offrir tout le terrain. Elle poussait, haute, mélangée à quelques fleurs éparses qui couronnaient le vert de quelques taches colorées. Le tapis était doux sous les dos. Le ciel clair réverbérait les lueurs de l'astre solaire et les paupières de Murphy offrirent bientôt à ses rétines quelque accalmie salvatrice.

Elle dura quelques secondes ou quelques minutes, l'évasion. L'air était doux, il caressait la peau avec une délicatesse qui séchait progressivement les larmes. Elle sentait ses cheveux voleter de temps à autres sous ses caprices. Sous ses doigts, l'herbe gigotait, craquelait, chatouillait. Et ses pensées, elles, s'envolaient bien loin d'ici, dans les méandres de souvenirs qui devenaient tangibles, qu'elle pouvait presque toucher du bout des doigts. Faust était assise ou allongée quelque part à ses côtés. Le même vent caressait ses cheveux de blé, et les larmes de Murphy s'asséchaient rien qu'à cette pensée. Sa cage thoracique n'était plus aussi comprimée, sa respiration reprenait un rythme physiologique, son cœur cessait de paniquer dans une poitrine trop étroite.

Le retour à la réalité fut brusque et hésitant. On l'avait rappelée à cette clairière et les paupières s'ouvraient à nouveau sur cette luminosité qui caressait les hautes herbes de ses teintes chaleureuses. Son regard se posa sur un Antarès calme et serein, qui accepta volontiers les caresses de Tamara. Un instant, la Terrienne lui rappela Tennessee. Elles avaient la même lueur dans leur regard lorsqu'elles le posaient sur le canidé. Il réunissait comme c'était donné à peu d'être vivants de le faire. « Un quoi... ? » Elle s'éclaircit la gorge. Ses paupières étaient un peu collantes du reste du sel qu'elles portaient encore. « Ça a un rapport avec les renards ? » Elle repensa fugacement à Elias et à celui qu'ils avaient abattu quelques mois plus tôt. C'était deux mondes qui se rencontraient violemment; le regard tendre que l'on posait sur un animal sauvage s'opposait à son sacrifice immédiat. Le renard qu'elle avait rencontré avec Elias avait aussitôt été transformé en repas et son pelage en une fourrure dont il avait très certainement fait bon usage. Encore accoudée au sol, Murphy laissa son regard vagabonder du côté de l'ancien camp de Faust que lui désignait Tamara, mais avec la densité de la forêt revenaient les angoisses mises de côté. « J'espère qu'il le mangera pas. Je suis pas sûre que ça soit digérable. » Indifférente à ce que lui décrivait la Terrienne, seulement horripilée que ses vêtements aient fait les frais de cette rencontre, Murphy se redressa finalement, prête à en découdre avec ce qui l'attendait. Le sac.

L'aval lui fut rapidement donné d'un regard par la jeune femme, mais Murphy hésita quelques instants, les mains fermement ancrées dans le tissu de la besace. Elle redoutait de trop y trouver ou de ne pas assez y trouver. Que Faust ait laissé son sac derrière elle n'était déjà pas normal; elle espérait qu'elle ait pu quitter l'endroit au moins avec quelques outils qui lui seraient utiles. Sa gourde, une arme, une boussole, une couverture pour la protéger des nuits fraîches... Mais tout tomba finalement au sol bien trop lourdement pour la rassurer. Le couteau fut le premier à capturer son attention, lui qui reflétait l'astre du jour avec une intensité aveuglante. Elle remercia Tamara du regard et, non sans être émue, glissa la lame à la place de celle qu'elle avait donnée à la jeune femme, contre sa cuisse repliée. La donne avait totalement changé. Le deuil était ce qui réunissait tous les Hommes, sans doute. Elle se demanda un instant si les plus grandes joies pouvaient avoir ce même pouvoir, mais fut contrainte de conclure que ce n'était pas le cas. Tous ces sentiments étaient universels, mais les peines étaient celles qui exacerbaient l'empathie comme aucun autre n'était en capacité de le faire. Tamara et elle s'étaient finalement trouvées sur ce terrain-là, celui du deuil et des affronts qu'il faisait au cœur de celui qui a aimé.

Sous leurs yeux curieux et inquiets et au milieu des hautes herbes sauvages, l’inattendu se dressa devant elles. Des feuilles de papier arrachées à des livres ou des vieux magazines retrouvés ça et là. La jeune Terrienne se rapprocha d'elle, se pencha par-dessus son épaule alors qu'elle dépliait la première d'entre elles. La proximité insuffla à Murphy un réflexe de recul qu'elle ne releva même pas. Elle accueillait la main de la Terrienne sur sa chair comme un support concret et solide. Elle s'efforçait de garder le plan lisible pour sa compagne mais ce n'était plus sa priorité. Sa priorité, c'était de lire, de décrypter, de comprendre. Et de ressentir. De ressentir toute l'affection et l'attention que Tennessee avait glissées dans ce document, toute l'inquiétude qui avait dû être sienne à chaque fois qu'elle voyait Faust quitter le camp. Leur blonde avait fini par leur donner raison, à ces appréhensions. Ses prunelles s'accrochèrent un instant au visage de Tamara, dont elle détaillait le profil. « Si elle te manque, cette amie, fais quelque chose. Parce qu'un jour il sera trop tard et t'auras plus que des regrets. » Même discours que celui qu'elle avait tenu à Skylar. Il suffisait d'un jour seulement, de quelques minutes tout au plus, pour que tout change, pour que les projets remis continuellement à plus tard se transforment en mirages d'un passé qui n'avait jamais existé. « Je la dirigerai ici, Tennessee. L'agresse pas si tu la vois. Elle a les cheveux bouclés, comme toi, et aussi très peur des oiseaux. » Sa voix était chevrotante mais l'idée de son amie lui offrit une force insoupçonnée. Oui, elle comptait, Tennessee. Elle était devenue l'un de ses repères au milieu de la tempête. « Plus loin ? » Elle jeta un regard outré à Tamara et un hoquet choqué s'échappa de ses lèvres. « On la cherche toutes les deux. C'est pas parce que j'ai l'air désespéré maintenant que je le suis tout le temps. » Elle ne savait pas réellement qui elle cherchait à convaincre en premier. Sans doute elle, à vrai dire, elle qui s'était effondrée face à une inconnue, elle qui avait abandonné toutes les prudences qu'on lui avait apprises juste parce qu'elle avait été confrontée à des sentiments écrasants qui, elle le savait, ne devaient pourtant jamais obscurcir le jugement d'un soldat. Alors elle s'imaginait un peu de répit, naïvement, en passant à la seconde feuille, mais cette fois, elle fut violemment touchée en plein cœur. Elle le sentait battre jusqu'au fond de sa gorge, son palpitant, et les larmes envahissaient à nouveau ses yeux, perlaient à leurs coins et glissaient au creux de ses cernes gonflés. Elle tenta d'éluder, glissa les papiers à l'abri du regard et des pensées, au fond de son sac. Elle les confronterait lorsqu'elle serait prête, sans doute avec Tennessee. Elles se comprendraient d'un regard, d'un faible sourire, d'une larme discrète. Tamara, elle, prenait le chemin des mots, serrait un peu trop fort son bras. Murphy fuit son regard, laissant le sien se perdre dans le foutoir laissé au sol. « C'est un truc que je lui ai écrit, c'est rien » répéta-t-elle d'une voix tremblante avant de se saisir de la boussole tombée un peu plus tôt dans l'herbe.

Malheureusement, rien ne semblait prêt à la laisser passer à autre chose. De son sac, posa à côté de son genou plié, dépassaient encore les lettres qu'elle avaient glissées un peu trop hâtivement. Une tache chamarrée vint se déposer sur le blanc, attirant le regard humide de l'Odysséenne. Elle l'ignora un instant avant d'être forcée de s'y confronter à nouveau. Tamara venait d'y déposer un objet de bois, un pendentif abîmé qui semblait avoir tout connu de la vie déjà. Alors que la Terrienne expliquait son propre voyage, les doigts fins et clairs de Murphy vinrent trouver le bijou pour le caresser délicatement. « Je suis désolée... je suis vraiment désolée pour ta mère. » La pulpe de ses doigts quitta le bijou de bois pour se porter au fantôme d'une chaîne d'argent disparue pendant l'hiver. « J'ai eu... un collier de ma mère, moi aussi. C'était tout ce qui me restait d'elle. » Ses prunelles se levèrent vers le visage de Tamara. « Accroche-toi à ça, Tam-Tam... au colibrey. » La tentative de la répétition phonétique était maladroite mais le regard qu'elle avait plongé dans celui de la jeune fille portait plus que les mots. Elle aurait tout donné pour retrouver la chaîne qu'elle avait perdue dans une mauvaise chute. Elle regrettait l'accident et le prix qu'elle payait encore pour sa maladresse. Isdès n'avait pas compris l'importance de l'objet. Tamara, elle, semblait tout en comprendre. « C'est ridicule, hein, de tenir à ce point-là à un objet » répondit-elle simplement à la proposition de Tamara. Celle-ci ne se rendait probablement compte de tout ce qu'elle lui avait déjà dit, de tout le lien qui s'était tissé sans qu'aucune des deux ne l'ait vraiment souhaité. L'invitation de la Terrienne réchauffait un peu son cœur, pourtant, même si Murphy se refusait à imaginer un quelconque avenir après une telle entrevue. Elle ne pourrait soutenir le regard de quelqu'un qui avait été témoin de cette Murphy-là, celle qu'elle cachait au monde et y compris elle-même. « Tu m'as déjà trop écoutée », lâcha-t-elle dans un sourire embarrassé, glissant à nouveau dans le besace de Faust la boussole, la gourde bossuée, un vieux tee-shirt et tout le bordel laissé au sol. Son nez se leva vers le ciel qui s'assombrissait brusquement et ses sourcils se froncèrent. Elle crut sentir une goutte d'eau sur la peau de son bras et son regard fut alors attiré par un Antarès agité. Elle lui flatta l'encolure et chercha une étreinte pour déposer un baiser furtif derrière son oreille. Ses iris suivirent l'insecte aux ailes pigmentées qui retrouva le chemin des airs, non sans frôler la peau de son visage et manquer de déclencher une crise de panique chez celle qui découvrait encore les peuplades de ces terres. Le silence les dominait, les deux femmes, et laissait place à tous les petits bruits de la forêt, ceux qui définissaient le lieu en leur absence et continueraient certainement à le faire lorsqu'elles l'auraient quitté. « Oui, montre-moi » accepta-t-elle en laissant Antarès à sa liberté et en se levant. Il lui semblait soudainement qu'il y avait un peu plus de vent, que les couleurs étaient moins vives, aussi, ou moins contrastées. « Au moins pour mon amie. Je dois pouvoir lui indiquer le chemin. Elle verra ta poterie. » Elle attrapa les deux sacs, les glissa sur ses épaules et observa silencieusement la Terrienne. Elle avait retrouvé sa réalité et ce n'était plus que la gêne qui la dominait. Elle se retrouvait bête face à celle qui lui accordé écoute et réconfort au milieu des bois et des incertitudes, malgré les menaces que l'on attribuait toujours à l'inconnu. Sa main s'était accrochée à l'une des bandoulières alors que son regard suivait Tamara, qui à son tour se levait. Elles avaient dépassé le stade du remerciement, non ? « Oublie pas, Tam-Tam... tu rebondis », se contenta-t-elle de répondre dans la simplicité mais pour tout dire, désignant de l'index le pendentif qui avait retrouvé la peau mate.

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She went quietly (Tamara)

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