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˜˜˜˜˜˜Une heureuse échappée. ⇀ ft. Nessa
maybe life should be about more than just surviving


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09/08/2016 Chiimaira / Adrien 228 chris john millington ava: champagne mami; sign: myself Timonier du Revenge 0
Chroniqueur d’Écumeuses Aventures


Sujet: Une heureuse échappée. ⇀ ft. Nessa
Mar 14 Mar - 17:26

Une heureuse échappée
Nessa & Ciaphas
And all the while I say too much of what I think and I can't remember what it's like to find meaning in anything for the life of me. Everyone I used to know says they don't know what I've become. But I'm still the same, not much has changed, I still know where I came from.

« 100 ducats au premier qui le crève ! »
Bon. D’accord. Vu la tronche que se trimballaient les loustics à mes trousses, j’avais peut-être poussé le bouchon un peu trop loin. Faut dire qu’y s’étaient pas montrés bien malins les mignons, et pour ma défense, défroquer les crédules pleins aux as, c’était un peu ma seconde vocation. D’habitude, les guignols drapés de soie et autres fanfreluches d’un prix à faire pâlir les bonnes gens, ça pointe pas trop sa truffe dans les quartiers coupes-gorges de la cité. Mais à coup sûr, chaque fois qu’un nigaud de la haute commet l’imprudence de trémousser son derche de ploutocrate sous les yeux ébahis des pedzouilles - ce qui, vous en conviendrez, est déjà d’une stupidité ou d’une arrogance hors normes - vous pouvez être certains qu’il repart jamais déçu du voyage. C’est qu’on sait accueillir, nous, et que ça nous fendrait le coeur qu’une de ces éminences s’en retourne dans son palais les poches pleines. Alors, quand ces gars là avaient rabattus leurs jolies gueules au tripot, en bon camarade, Ciaphas l’timon s’était fait une joie de taper la crapette avec ces messieurs. Et, s’ils s’étaient figurés que je jouerais à la loyale, c’est qu’ils s’étaient fourrés le doigt dans l’oeil ! voire même la main entière. Franchement, ils sortaient d’où ces endimanchés là, pour pas savoir qu’on triche aux cartes ?! Je me souvenais encore de Gesufal, mon partenaire de tarot d’antan, qui disait toujours “Le tarot c’est comme les donzelles ; si t’as pas d’veine, alors faut forcer un peu la main au destin pour toucher l’gros lot.” Alors, même si les dépouiller d’une bonne partie de leur héritage m’avait permis de rembourser mes moults créanciers, eux, ça les avait sacrément mis en rogne. Et c’était peu dire. Mais c’est qu’à défaut d’avoir de la jugeote, ça cavalait drôlement vite ces gentilhommes là, et, au regard des seconds couteaux qui avaient été alignés dans la minute pour me zigouiller, ma fuite s’annonçait déjà diablement compromise.  

Du coup, je me retrouvais encore à me tirer des flûtes. Une habitude dont je me serais volontiers passée, mais que ma nature friponne était si prompte à exacerber. A l’évidence, mes poches gavées de monnaie sonnante ralentissaient ma progression parmi les badauds, pis c’est qu’en plus de me gêner, ça faisait un grotesque tintamarre à chacun de mes pas et ça me donnait l’impression d’être une cloche sur pattes. Les chiens armés lancés sur mes basques gagnaient vite du terrain, et j’avais intérêt à vite trouver une astuce pour les semer, parce que sinon j’étais cuit. Autant vous dire que mes méninges tournaient à plein régime, mais j’avais beau tortiller ma matière grise, tout ce à quoi j’étais capable de penser c’était les espadons crochus des briscards qui risquaient fort de m’épingler contre le bitume. D’un rapide coup d’oeil par dessus mon épaule, je compris que les lascars s’étaient dispersés pour me coincer. J’imaginais sans peine le filet humain se former pour se refermer autour de moi, et si ce n’était pour l’orgueil, j’aurais stoppé depuis un moment ma course obstinée pour préparer mon plaidoyer. Mais bon ; je préférais encore me carapater comme un écervelé plutôt que de leur faire le plaisir de me rendre. Comme ça, s’ils venaient à me farcir à grands coups de lame, qu’il soit dit que Ciaphas Uman, moussaillon du Nautilus, timonier du Revenge, forban parmi les forbans était mort avec honneur (ben quoi, un peu de gloire posthume, ça fait de mal à personne).

C’était un soudard un peu balourd qui me barra le passage au détour d’un croisement. Le type était armé d’une longue lame recourbée qui m’arracha une grimace. Il avait la peau hâlée comme tout cul-terreux rahjak qui se respecte, et une trombine qui aurait fait fuir la goton la plus rompue, sur laquelle on devinait une grimace qui se voulait un sourire ravi. Bref, un bouffon qui se réjouissait déjà de me tomber sur le râble pour récupérer le magot. Le type se fendit en avant pour me décrocher une passe au coeur, et je me décalais tant bien que mal sans trop parvenir à éviter l’impact. Si j’avais été libre de mes mouvements, probablement qu’il n’aurait jamais été capable de me toucher, mais vous comprendrez aisément - pour les raisons citées ci-avant - pourquoi il m’était impossible de me mouvoir avec l’élégance qui me caractérisait d’ordinaire. En conséquence, la lame vint frapper de sa pointe ma hanche droite. A notre grande surprise à tous deux, c’est un bruit sourd qui vint accueillir l’acier plutôt que mon cri de douleur. Nous nous dévisageâmes pendant une longue seconde d’incompréhension, puis, de rage, il retira son arme pour réitérer. L’épée avait déchiré le tissu de mon veston, et une pluie d’or vint frapper la terre ; les sous m’avaient sauvé la vie. L’autre andouille empâtée, il se rua sur le pécule alors que je détalais déjà, non sans un regard dépité envers tout cet argent que je ne reverrais plus alors que je venais tout juste de le gagner. Saleté d’ironie du sort et sa fichue manie de se foutre de moi. N’empêche que, délesté d’une partie de mon trésor, je m’en retrouvais plus alerte, et ça allait peut être me sauver la mise.

Je déchantais bien vite. Cette grotesque escarmouche avait permis aux autres poursuivants de considérablement réduire les issues possibles, et j’avais toujours pas d’idée pour m’en sortir. Désespéré, j’étais à deux doigts de balancer le reste de ma fortune pour augmenter mes chances de survie, mais c’est là que ma réussite refit surface. Je posais mes yeux sur une femme dont le visage me revenait à moitié. Elle était là, sur le pas de sa porte, à regarder de ses yeux ronds qu’est-ce qui pouvait bien provoquer tant de vacarme. C’était moi. Je lui adressais un sourire mâtin, sans pour autant parvenir à remettre son nom. C’est que j’en avais connu des greluches, alors c’était pas si facile de démêler le fouillis de pseudonyme que stockaient ma cervelle. Au prix d’un incroyable effort - si si, j’vous jure -, j’associais enfin son visage à cette après-midi d’été qui remontait à plus de dix ans. « - Nessa ! Laisses-moi entrer!  Question de vie ou de mort ! Demandes pas pourquoi, j’t’expliquerais plus tard! » En vrai, c’était par pure politesse que je le lui demandais, parce que j’avais déjà pris ma décision. Je la bousculais à l’intérieur et je refermais sèchement la porte, comme si j’étais chez moi. Mais j’étais pas rassuré ; ça s’trouve que ces bougres d’affreux, ils allaient me trouver ici. Je fermais tout les verrous, et, nerveux, j’avisais d’une large oeillade le mobilier qu’aurait à m’offrir la demeure pour bloquer l’entrée. A mouvements frénétiques, je calais une chaise sous la poignée à défaut de trouver mieux puis je filais me cacher dans un coin ombragé de la pièce, collé contre le mur.

« - Heu… ça va ? »
Tu parles d’une entrée en matière.
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Sujet: Re: Une heureuse échappée. ⇀ ft. Nessa
Dim 19 Mar - 18:49


Une heureuse échappée
feat. Ciaphas Uman & Nessa Cermath


Elle était là, bien ancrée dans mes chaires, perfide, sournoise telle l'ennemie qui souhaitait à tout prix me terrasser. Elle gagnait du terrain de jour en jour, les batailles s'enchainaient depuis de nombreuses semaines qui s'étaient petit à petit transformées en mois. Tapie dans l'ombre elle me guettait, elle surgissait dans un moment de faiblesse, de relâchement, lorsqu'enfin je pensais qu'elle m'avait abandonnée pour de bon. Non. Elle ne me laisserait pas tranquille, j'avais beau lutter, elle était plus forte. Je la déteste. Je me déteste. Elle est plus forte que moi et les batailles me coûtent des forces que je n'ai bientôt plus. J'ai sombré depuis quelques temps déjà, la médicastre que je suis est en colère, mais c'est moi en tant que patiente qui compte le plus désormais, au diable les convenances et les principes. Elle me ronge chaque jour d'avantage et je n'ai qu'une seule manière de la faire taire.

Le froid de mes montagnes avait au moins cet effet bénéfique qui ralentissait la progression de la douleur, cette ignoble douleur qui prend ses quartiers en moi comme un parasite sur le dos d'un animal trop faible pour s'en débarrasser, qui se résigne à accepter cette désagréable cohabitation. La cité de feu, c'est là que depuis des semaines j'ai élu domicile, l'endroit où je sais qu'on ne m'attendait pas forcément, mais lorsque j'ai décidé de quitter les miens, après quelques mois, seule au milieu de mes montagnes natales, il fallait bien que je poursuive ma route quelque part. Mes pas m'ont guidé jusque chez elle, Arméthyse m'a ouvert sa porte sans demander aucune explication et rien que pour ça, je sais que ma reconnaissance envers elle sera toujours immense. Plus de quinze ans d'une amitié sans failles entre deux étrangères que le destin avait décidé de mettre à l'épreuve. Aujourd'hui la Rahjak avait pris la route pour une nouvelle mission, me laissant ses pénates à mon entière disposition. Mon domicile temporaire était sommaire mais je savais qu'elle avait fait des efforts pour que je m'y sente bien, elle avait même aménagé une étagère et une sorte de plan de travail pour que je puisse préparer mes décoctions et autres onguents, ranger le peu d'affaires personnelles que j'avais emmenés.

Allongée sur le lit, ma main dans le vide mes doigts se relâchent après quelques longues inspirations, laissant tomber sur le sol la fine tige de bois qui me sert à aspirer les fumées qui viennent emplir mes poumons d'opiacées. Bien sur la guérisseuse en moi s'insurge et crie de toutes ses forces pour que je n'utilise plus cette méthode d'automédication, mais c'est à ce moment que les vapeurs traverses les parois de mes alvéoles, se mélangent à mon hémoglobine et font leur office. Comment peut-on décrier autant une substance qui fait tant de bien au corps et à l'âme.  Je serre les dents encore une minute, peut-être deux tout au plus, et puis je la sens se répandre dans mes artères, irriguer mes muscles et enfin faire disparaitre cette douleur dans ma jambe.

Ce bien-être artificiel, cette brume empoisonnée m'enveloppe et me berce, durant quelques temps je n'éprouve plus la douleur. L'espace de quelques heures c'est moi qui gagne la bataille contre cette saumâtre sangsue, je vogue au grès d'images, de souvenirs qui se bousculent dans mon esprit, les yeux ouverts je contemple le plafond en admirant chaque craquelure comme tant d'œuvre d'art à la valeur inestimable que les yeux des profanes ne peuvent pas apercevoir. L'esprit clair, le sourire aux lèvres je flotte entre deux eaux, bercée par les piaillements dont Hermès ponctue le presque silence alentours. La notion du temps m'échappe et je n'en ai que faire après tout. Ici je ne suis plus la guérisseuse que l'on vient voir, que l'on vient déranger pour n'importe quelles broutilles ou demande importante. Nessa, je ne suis que Nessa, une invitée, une squatteuse qui est venu prendre du repos loin de chez elle, sous le climat encore doux de ce début d'année au cœur de la cité de feu.

Mais la perfide n'est pas dupe, elle sait comment déjouer les pièges et fini toujours par me retrouver, cette compagne collante dont on ne sait comment se débarrasser. Elle s'insinue au plus profond, reprend ses aises et s'accroche, mordant mes chaires de ses canines acérées. La douleur tord mes lèvres et instinctivement je cherche du bout des doigts, à tâtons sur le sol, la tige creuse afin d'inhaler à nouveau les vapeurs libératrices. C'est ce moment qu'attendaient mes neurones pour me rappeler la cruelle réalité. Il n'y avait plus rien pour me soulager, la pâte d'opium était réduite à néant, il n'en restait plus une miette pour atténuer ne serait-ce qu'un peu mon calvaire.

Sortir. Les murs de la maison avaient beau garder une certaine fraicheur salutaire, je devais me résoudre à affronter le soleil, la chaleur, la foule. Je n'avais pas le choix, il fallait que je trouve quelqu'un susceptible de me fournir les substances nécessaire à mon confort. Au prix d'efforts qui me parurent surhumains je me relevais, tapant du poing sur ma jambe, comme si ce geste désespéré pourrait faire taire la douleur lancinante que s'y enroulait depuis des mois. J'ouvrais en grand la porte à l'instant où des cris résonnaient dans la rue, je ne savais pas ce qui s'y passait mais c'était là bien le dernier de mes soucis du moment. Le temps de relever le regard je vis une ombre fondre sur moi, s'engouffrant dans la pièce avant d'en barricadé l'entrée à l'aide d'une chaise. Tout s'était passé si vite que je ne comprenais absolument pas ce qui venait de se passé en l'espace de quelques secondes. Cet homme. Cet homme connaissait mon prénom, parlait de vie ou de mort puis tentait de se calfeutrer contre un recoin de la pièce. D'instinct, j'attrapais ma dague posée sur l'étagère avant de fondre sur lui en poussant un cri qui fit déployer ses ailes à ce pauvre Hermès, la patte attachée à son perchoir. Face à face avec l'inconnu, dans un état second, tenaillée par la douleur, la méfiance et l'instinct de guerrière qui coulait dans mes veines, je le menaçais de ma dague au niveau de sa jugulaire. "Qui es-tu ? Comment connais-tu mon nom ?"



© Pivette


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Sujet: Re: Une heureuse échappée. ⇀ ft. Nessa
Mer 22 Mar - 15:00

Une heureuse échappée
Nessa & Ciaphas
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En fin de compte, j’échappais au premier danger pour mieux plonger dans le second. Même pas le temps de reprendre mon souffle, ni l’espoir de crier victoire. Si j’avais vu la lueur folle dansant dans ses yeux d’obsidienne, peut-être que j’y aurais réfléchi à deux fois avant de me terrer dans sa tanière. Mais face à cette aide inespérée, je m’étais carrément jeté dans la gueule du loup, avec la candeur du jouvenceau que j’étais encore hier. Bigre, ce que je manquais de chance! C’est surtout que dans mes souvenirs, Nessa et moi, on avait vaguement baguenaudé, et si j’avais cru que ça suffirait à lui inspirer un sentiment de franche camaraderie à mon égard, ben je me gourais sévère. J’avais à peine essayé de faire causette que je me retrouvais le tranchant sur le sifflet, à couiner comme un goret pour garder la vie sauve. « - Ciaphas ! C’est Ciaphas ! Je t’ai appris à nager, y’a… euh… longtemps ! » Elle aurait voulu me hongrer les valseuses qu’elle s’y serait pas mieux pris. Et autant vous dire qu’on me barbote pas ma fierté sans que je m’échauffe ! Bon, pour l’instant, j’osais pas trop rétorquer au risque d’avoir une jolie estafilade en travers de la gorge, mais en vrai, qu’est-ce que c’était encore que ce foutoir ?! Elle pouvait pas converser comme tout le monde, celle-là ?! Je me souvenais pas m’être abonné à “péronnelles cinglées” ou “rombières en colère”, parce que franchement, j’en avais plein le râble de toutes ces enquiquineuses ! Elle se planquait où, la prétendue douceur des donzelles ? Moi j’avais le droit qu’aux crises et aux marasmes.

Voyant qu’elle hésitait un peu à me libérer, je déglutissais avec peine. Franchement son air aussi sérieux que zinzin, ça me foutait les chocottes, bien plus que le brave gars qui s’était jeté sur moi dans la poursuite. Bon, déjà, parce que techniquement elle tenait ma vie entre ses doigts - un petit coup de couteau, et couic, j’étais fait comme un rat -, mais surtout parce que je la sentais pas plus lucide que ça. A mieux la regarder, elle m’avait l’air complètement à côté de ses babouches, la Nessa. Alcool ? Non, j’en connaissais un rayon à ce sujet, et foi de Ciaphas, ça vous dilatait pas les pupilles que de vous arroser le gosier à grandes gorgées de bourbon. A mon avis, c’était pire que ça. Puisque mon vice s’arrêtait aux tords-boyaux en tous genres, j’avais aucune fichtre idée de ce qu’elle s’était fichu dans les veines, mais c’est clair que ça n’inspirait guère à lui faire confiance, et encore moins à lui confier sa vie. Manque de bol, c’était mon cas. Bizarrement, constatant ceci, mon ton se fit mielleux, et un peu plus haut perché que d’ordinaire. « - Mais si, tu sais… le marin, là, qui t’as fait faire la planche… et même que ton frère y nous avait coincés... » J’aurais trépigné d’impatience si j’avais pas craint m’entailler tout seul. Bon, en toute franchise, j’avais pas mal changé. De une, j’étais pas plus marin que Varghause sympathique. Et de deux, y’avait comme une forêt noire qui m’avait poussé sur la trombine. Mais à quelques détails près, j’étais le même. Ce bon vieux Ciaphas, l’espiègle tombeur de ces dames, d’un coeur frivole pour le volupté du beau sexe. Et ça, ça ne changerait jamais. Mais comme elle était pas trop encline à me remettre, j’ajoutais finalement, comme on abat sa dernière carte :  « - Allez… on s’était même embrassés. » Ce qu’y faut pas dire pour s’en sortir vivant tout de même.
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Sujet: Re: Une heureuse échappée. ⇀ ft. Nessa
Mer 22 Mar - 22:58


Une heureuse échappée
feat. Ciaphas Uman & Nessa Cermath


Elle est là la fureur. Douce endormie qui se réveille, comme si elle s'était sagement assoupie sur un nid de frelons. Je la sens battre dans mes veines, chaque capillaire semblent prêt à resserrer les rangs, faire front contre l'ennemi. Les prunelles au fond de celles de l'intrus j'ai tout de même dans mon champ de vision le tranchant de ma lame qui en une fraction de seconde pourrait faire vaciller le barbu de vis à trépas. Oui je suis une guérisseuse, oui j'ai été élevée, éduquée pour soigner les miens, penser leurs multiples blessures, rassurer leurs proches et les accompagner lorsque la faucheuse se présentait à leur porte. Mais où que je sois, quoi que je devienne, c'est le fier sang Athna qui ruisselle dans mes vaisseaux. Guerrière, elle sommeille en moi mais n'est jamais vraiment loin, lorsque l'on est un guerrier, lorsque l'on est un Athna ça vous colle à la peau, à tout jamais.

Ses mots sont bien lointains, je les distingue à peine, assourdis par le bourdonnent, c'est les battements de mon propre palpitant qui résonnent dans mes temps comme un chant guerrier. Je ne sais pas quel est le mot qui arrive à se faufiler jusqu'à mon cerveau et vient s'écraser contre ses parois. "Ciaphas …" un murmure presque souffler comme une incantation, comme pour replacer ce nom dans mes souvenir, pour essayer de replacer le personnage sur une fresque je le répète à de nombreuses reprises intérieurement, au fur et à mesure des bribes de souvenirs vagues refont surface petit à petit. Toujours face à lui, bien que désarmée je scrute ce visage qui me semble encore inconnu, qui me dit qu'il est l'homme qu'il prétend être, un nom … qu'est-ce qu'un nom après tout ? N'importe qui pourrait balancer au hasard un nom, inventer une raison ou une autre surtout si les souvenirs sont lointains. Mais ses mots font mouches au fur et à mesure qu'il les dit. Tout s'emballe, le fourmillement de tension qui habitait mes phalanges, tendues à en faire blanchir les jointures, m'abandonne et avec lui toute pression dans mes doigts. Mon regard se perd et c'est le bruit du métal s'écrasant sur le sol qui me fait comprendre que la dague m'a glissée des doigts. Silencieuse, mon amie de toujours m'a laissée, comme pour empêcher un geste fou et indélébile que j'étais sur le point de commettre.

Une vague. Pas de clapotis, ni d'ondes semblables à ce qui avait pu bercer mon corps, flottant entre deux eaux, plus de quinze ans plus tôt. Une véritable vague qui me submerge, mes jambes se liquéfient et je sens le sol se rapprocher inexorablement, elle me jette au tapis, me terrassant comme un monstre marin surgissant des profondeurs abyssales. C'est elle la fautive, elle qui me nargue de toute son intensité, irradiant ma jambe, jamais par la passé je n'aurais succombé à une telle rage ni à une telle humiliation. Assise sur le sol, ma main crispée sur ma cuisse mutilée de l'intérieur, l'autre recouvrant mon faciès, cachant les flots salés que je sens ravager mes pommettes. Je le revois le gamin fougueux au cou duquel je m'accrochais en avançant dans les flots. Mais même le souvenir de ce baiser échanger, comme un paiement de sa leçon de natation plus ou moins improvisée, n'avait que peu d'effet sur la douleur interne et externe qui me rongeait. "Je … je suis désolée …" les mots restent prisonniers dans ma gorge, j'ai envie de hurler, de me répandre en excuses auprès de ce jeune gamin devenu homme que je redécouvre et à qui j'étais prête à ôté la vie il y a quelques secondes. Mes paupières closes, je n'ose pas relever le visage et affronter le sien, la douleur qui terrasse ma jambe m'empêche de faire abstraction d'elle, elle se fait toute puissante et prend de plus en plus de place dans la pièce déjà exigüe.



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Dernière édition par Nessa Cermath le Ven 14 Avr - 20:31, édité 1 fois

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Chroniqueur d’Écumeuses Aventures


Sujet: Re: Une heureuse échappée. ⇀ ft. Nessa
Lun 27 Mar - 17:45

Une heureuse échappée
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J’avais fini par faire mouche. Mes mots aussi acérés qu’un fleuret s’étaient chargés de faire plier l’échine de cette zouave toxicomane, et je m’en retrouvais fort aise. C’est que, mine de rien, j’étais drôlement capable lorsqu’il s’agissait de rester en vie, alors j’avais pas hésité à venir danser sur sa corde sensible pour arracher un brin de souvenir à sa mémoire gâtée, ou au pire instiller le doute pour qu’elle me passe pas l’arme à gauche de suite. La mort, ça me foutait les jetons, alors non merci ; je passais mon tour. Lorsqu’elle lâcha sa dague, j’y fichais un coup de pied pour qu’elle valdingue à l’autre bout. J’avais pas plus envie de m’entailler les panards sur son couteau, et comme ça au moins j’étais sûr d’être tranquille. Parce qu’une gonzesse, ça change d’avis comme de jupons.
Ceci étant dit, j’avais pas prévu qu’elle se vautre sur sa malle-arrière. Dites voir, est-ce que le doux chant de mes plaintes avait pu l’attendrir au point de se casser la figure ? Bigre ce que j’étais bon! Non, plus honnêtement, je voyais bien pourquoi elle s’était ramassée sur le plancher ; à sa façon de tenir sa guibole, je me figurais rapidement qu’elle devait sacrément souffrir la montagnarde. Si deux secondes avant elle avait pas caressé ma jugulaire avec l’acier, j’aurais peut-être fait montre d’un peu plus de compassion, mais en vérité j’étais tellement soulagé d’être encore de ce monde que j’en avais rien à cirer de ses problèmes à elle, qui me paraissaient d’ailleurs bien dérisoires par rapport aux miens. Aussi sinueuse que les courants marins de l’ouest, l’inquiétude serpenta à nouveau jusqu’à moi, et, tumultueuse, inonda mon simulacre de bonheur. J’avais pas le temps de lambiner, parce que jusqu’à preuve du contraire, j’avais encore des démons qui me couraient au derche, et ces gars là c’était une autre paire de manches que l’autre antropopithèque droguée qui gisait sur le parquet.
Alors, accroupi à hauteur basse de la fenêtre qui donnait jour sur la ruelle, je rampais de mon abri provisoire jusqu’à la lucarne, et j’y zyeutais hâtivement en biais pour me faire une idée de la situation à l’extérieur. « - Pfiouu, y’en a du beau monde ! Et rien que pour moi! » je sifflais, presque admiratif de toute cette délégation qui s’activait au large de mon champ de vision. Ces mercenaires à la mords-moi-le-noeud, ces saltimbanques armés jusqu’aux dents, y furetaient avec le zèle du crève-la-dalle qui retourne une poubelle, et si les voir se trémousser comme des moules-à-gaufre pour me mettre la main dessus m’arrachait un début de ricanement sardonique, j’en menais pas large. Suffisait qu’un de ces couillons là se trouve plus inspiré que ces congénères, et j’étais fait.
J’en avais assez vu, du coup je filais sec hors de portée de leur regard. Manquait plus que je me vende tout seul ; ç’aurait été le tchouck-tchouck sur le nougat, que dis-je, le pompon sur la pomponette. Je balançais une nouvelle oeillade à mon inopinée hôtesse, et voyant qu’elle bougeait pas plus, je décidais de m’occuper enfin de son cas. « - Hé ! Nessa !  Qu’est-ce qu’y a ?! T’as la vulve en raviolis ou bien ?!» Je lui tendais ma pogne pour qu’elle se redresse, parce que ça faisait peine à voir qu’elle se tienne là comme ça. Dans mon souvenir, elle avait plus l’allure d’une fière guerrière athna que d’une lavette ; c’est que ça devait fichtrement l’élancer. Ou alors, elle avait tellement de remords qu’elle osait plus levez le museau. Dans le doute... « - Allez, attrape ma main. Y’a pas d’lézard pour tout à l’heure, tu pouvais pas savoir. » Je lui servais un sourire larron, mon arme la plus habile pour charmer les ribaudes. J’avais connu plus efficace, mais ça faisait son petit effet quand même, parce que quand on a pas la tronche d’un monseigneur ou d’un diadoque, on fait avec ce qu’on a. J’espérais lui arracher une risette - enfin qu’elle se marre pas trop fort quand même, parce que les murs avaient des oreilles -, juste assez pour qu’on se gâche pas la journée avec l’épisode de la menace. J’étais pas rancunier pour deux sous quand il s’agissait de ces Dames.
Et puis, j’avais connu pire tigresse que celle là.

Spoiler:
 
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Sujet: Re: Une heureuse échappée. ⇀ ft. Nessa
Ven 14 Avr - 23:36


Une heureuse échappée
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Assise sur le sol poussiéreux, je garde le regard fixé sur ma jambe. Sa voix est lointaine, j'entends vaguement ce qu'il dit mais aucune parole réellement distincte ne parvint malgré tout à mes oreilles. Si seulement je pouvais aspirer de nouvelles bouffées d'opium je pourrais me concentrer sur autre chose que ma douleur, je pourrais peut-être réussir à tenir une conversation plus ou moins cohérente. Je vois ses pieds s'écarter un peu, je ne sais pas s'il s'en va ou s'il ne fait qu'observer la pièce, en tout cas je n'entends pas le bruit reconnaissable de la porte d'entrée. Il me questionne mais je n'écoute pas vraiment, je ne réponds rien, ce n'est que quelques borborygmes indistincts qui arrivent jusqu'à mes pavillons.

Pourquoi ? Pourquoi a-t'il fallu que ça tombe sur moi ? Jamais je n'avais touché à aucun psychotrope, même pour mes patients j'avais toujours évité de leur en donner même quand certains crevaient de douleurs et me suppliaient de les soulager d'une manière ou d'une autre. Ma mère, ma grand-mère, toutes les deux m'avaient mise en garde contre les effets secondaires de pareils remèdes, l'accoutumance, l'effet de manque. J'avais appris avec elles, je les avais écouté, suivis leurs enseignements à la lettre la plupart du temps, j'étais devenue une des meilleures et voilà à quoi j'en étais réduite aujourd'hui, à crever de mal, le cul sur le sol d'une baraque qui n'était même pas la mienne au cœur d'une tribu qui n'était pas la mienne non plus.

Ses pieds foulent à nouveau la poussière et viennent se planter près de moi. Je me focalise sur ses chausses comme pour essayer de tromper mon esprit, le forçant à se concentrer sur autre chose que ma douleur, je sais que je n'arriverai pas à le tromper mais je tente tout de même. Ciaphas. Je me souviens de lui, je me souviens d'avoir vaincu l'une de mes plus grandes peurs grâce à son aide. Je revois ce gamin, sûr de lui, charmeur et souriant, qui n'a plus grande ressemblance avec le barbu qui se tient devant moi et contre la jugulaire duquel j'ai plaqué ma dague tout à l'heure. Il était marin à l'époque, l'était il toujours aujourd'hui ? Qu'est ce qu'il faisait là en plein désert … j'attrapais la main qu'il me tendait et au terme d'un effort plus qu'important je me retrouvais à nouveau debout. Je me souvenais vaguement qu'il était plus grand que moi, mais il avait du gagné quelques centimètres depuis notre dernière rencontre. La toison qui encadrait son visage lui donnait définitivement un air bien plus âgé que le gamin de l'époque. "Comment … je pouvais te reconnaitre avec une tête pareille ?!"

M'accrochant à son bras je me retournais est fis les quelques dizaines de centimètres qui me séparaient de mon lit avant de m'y asseoir. D'un geste de ma jambe valide je tentais de dissimuler la pipe a opium, la poussant tant bien que mal sous le lit. A quoi bon, il avait du voir ou comprendre à mes réactions diamétralement opposées que je n'étais pas au mieux de ma forme et que je n'étais pas en pleine possession de toutes mes facultés. Je baissais la tête, serrant les dents lorsqu'un élancement irradia ma jambe une fois de plus, expirant le plus profondément possible, je pouvais sentir les larmes de douleurs rouler sur mes pommettes alors que mes mains se crispaient sur la paillasse qui me servait de matelas. Le paroxysme de la douleur passé, j'essuyais mon visage du revers de ma main avant de relever enfin le visage vers le marin, l'interrogeant à mon tour. "Qu'est-ce que tu fais ici ? T'es un peu loin de la mer pour un marin … et qui est-ce que tu fuis pour franchir la première porte qui s'ouvre ?"



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Sujet: Re: Une heureuse échappée. ⇀ ft. Nessa
Jeu 20 Avr - 11:52

Une heureuse échappée
Nessa & Ciaphas
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Le temps de lui attraper la paluche et de la remonter droit sur ses guiboles, je fus inspiré de quelques jolis souvenirs mélancoliques. Plus que cette escapade en bord de mer et cette leçon de natation fort distrayante, remonter à cette époque là remuait quelques remembrances du Nautilus et des copains matelots. Je revoyais Phil et son sourire à toute épreuve, le grand Nilf, Delki, Jaris et ses histoires à dormir debout, Sera dit le muet et le vieux Vaaldre. Je revoyais nos voyages aux large du continent, nos soirées arrosées autour d’un feu de camp, nos philosophies de taverne et nos disputes puériles. Je revoyais mes années d’apprentissage, mes années déconnade, mes années bonheur sur ce bateau marchand qui m’avait tout appris de la vie et qui avait fait de moi l’homme dégourdi d’aujourd’hui. Et puis, je revoyais leurs visages apaisés, comme endormis, lorsque le destin s’était montré funeste en ce jour maudit. Des hommes bons, à qui l’on avait arraché la vie bien trop tôt. Des gars que j’avais considéré comme mes propres frères, et que le Revenge avait balayés comme des vulgaires fétus de paille. De ce carnage,  j’étais le seul à m’en être tiré vivant, mais à quel prix ? J’avais refusé de mourir. Mon heure venue, j’avais pissé dans mon froc et j’avais rendu les armes, vendant mon âme à ce capitaine de malheur. Un réprouvé, voilà ce que j’étais, condamné à errer jusqu’à me repentir de cette poltronnerie.

J’avais la tremblotte de me rappeler de tout ça, aussi je redressais Nessa le visage crispé en une drôle de grimace. D’ailleurs, elle m’en tirait une toute aussi mignonne, de grimace, la montagnarde, mais j’avais pas le coeur à lui en faire la remarque. Je chassais au plus loin les images d’antan et je recomposais un vague sourire coquin, ou plutôt cette moue friponne qui me seyait tant. Elle, elle avait les joues toutes trempées, mais je doutais que ce soit de joie de me revoir. Voir quelqu’un d’aussi souffreteux, ça me fichait la cerise, et j’étais pas vraiment le meilleur parti lorsqu’il s’agissait de réconforter mon prochain. Heureusement, elle se chargeait de mener la conversation, ce qui m’évitait d’avoir à feindre la compassion. « - On commerce, vois-tu. Vu que y’a rien que du sable ici, ils achètent toutes les bricoles qu’on transporte. » Autant j’avais été franc pour la première question, autant je me voyais mal répondre de but-en-blanc à la seconde. J’improvisais une contrevérité miteuse, un peu pris de court étant donné que les événements s’étaient enchaînés si vite. « - Oh, rien ! des broutilles, je t’assure. Ces messieurs et moi, on fait un cache-cache, voilà tout. » Comme pour ponctuer et démentir mon ridicule mensonge, quelques sous vinrent mourir sur le parquet d’un bruit métallique, des rescapées de ma poche trouée dans l'échauffourée de tout à l’heure. Tant pis pour les fausses histoires. Je me rattrapais bien vite. « - Bon j’te l’accorde, on fait un cache-cache avec des règles un peu spéciales. Figures toi que j’ai dépouillé ces gentilshommes de quelques piécettes, et qu’en conséquent il en ont gros. Mais réjouis toi plutôt de me voir ! » Je ramassais prestement mon argent dûment gagné tout en lui balançant une risette mi-figue mi-raisin. J’avais pas franchement envie de faire causette sur les raisons qui me poussaient ici, ni de lui exposer la longue liste de mes méfaits. S’il subsistait chez elle l’image du mousse sympathique, autant que cela ne change pas de trop. De fait, je donnait un nouveau tournant à la discussion, que j’orientais plutôt sur elle ; mis à part pour me glorifier, parler de moi en général, j’aimais pas vraiment. « - Et toi ? C’est quoi l’problème ? » Du menton, je désignais sa jambe. J’avais bien vu qu’elle claudiquait, et j’imaginais sans peine ses larmes être corrélées à sa douleur. « - Et pis d’ailleurs, qu’est-ce que tu fiches là toi aussi ? » On était tout aussi loin des montagnes athna que de la mer.
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Sujet: Re: Une heureuse échappée. ⇀ ft. Nessa
Sam 20 Mai - 22:24


Une heureuse échappée
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Il était bien loin le jeune gamin qui s'était improvisé maître nageur l'espace d'un après-midi il y a des années. Un seul regard sur lui m'avais fait prendre conscience du temps qui avait passé depuis cette rencontre sur la plage. Sa stature, sa taille, cette barbe qui ombrait son visage et le rendait sévère et sombre, sa voie devenue plus grave. Mais si j'avais pu avoir quelques doutes, la paire d'iris qui me toisait ne pouvait que me conforter dans l'idée, qu'il était toujours là, peut-être bien caché, mais il était toujours là quelque part ce jeune marin qui m'avait aidé à vaincre l'une de mes plus grandes peurs. Je l'écoutais me vendre ses salades, une partie de cache-cache, tu parles il s'était mis quelqu'un à dos et essayait de le semé par tous les moyens oui. J'avais beau être plus âgée que lui, dans un piteux état, je n'en étais pour le moins pas encore sénile. Venir faire du commerce, c'est ce qu'il disait, mais quelque chose sonnait faux. Si j'étais en pleine possession de mes moyens, je lui aurais sans doute demandé de m'en dire plus, de me dire la vérité, j'aurais sans doutes essayé d'en savoir plus, de comprendre qui pouvait bien le courser et pour quelles raisons exactes. Mais je n'étais qu'une loque qui tentait de surmonter la douleur qui prenait de plus en plus de place dans mon esprit.

Le bruit de quelques pièces s'échappant de ses poches et tintant sur le sol, m'arracha l'esquisse d'un sourire. Une partie de cache-cache hein ? Tu parles, sa nouvelle explication tenait d'avantage la route. Ainsi donc il dépouillait les gens du coin de leur argent, quel genre de marin était-il désormais ? Lorsqu'il esquissait une mine plus jovial en ramassant son butin, je ne pouvais pas me résoudre à l'imaginer avoir pris des chemins de traverses, avoir franchis des limites qui font changer un homme pour toujours, commettre des actes auxquels je n'avais pas la moindre envie de penser. Il devait y avoir au fond de lui ce gamin que j'avais rencontré il y a bien une dizaine d'années, comment en chaque homme il restait toujours cette étincelle de lumière qui m'empêchait toujours de voir quiconque comme quelqu'un de foncièrement mauvais.

"Une chance que j'ai ouvert la porte au bon moment … où donc aurais-tu été te planquer sinon ?"

La chance ou le destin. Comment savoir. J'avais envie de miser sur le deuxième, entendant dans mon crâne la voix lointaine de feu mon paternelle me répétant que dans notre existence rien, absolument rien n'arrive sans raison. Si on tombe c'est qu'on doit apprendre à se relever, si on réussi c'est que c'était la voie qui devait s'ouvrir à nous. En passant le revers de ma main une nouvelle fois sur l'une de mes pommettes, je ne pouvais qu'imaginer sa déception s'il voyait l'état dans lequel je me trouvais aujourd'hui. La guerrière était bien loin, la guérisseuse était absente, la fière Athna avait quitté sa tribu et les siens. Non il ne serait sans doute pas fier de sa fille. Et qui pourrait l'en blâmer.

Je crois à nouveau le regard de Ciaphas qui désigne rapidement ma jambe me demandant ce qui cloche. Ce que je fais là moi aussi. Si seulement j'en avais la réponse. Par où commencer ? Quel était véritablement l'élément qui avait déclenché ma descente aux enfers, tout au fond de moi je la connaissais cette réponse, elle se cachait dans les tréfonds de mon âme depuis des années mais jamais je n'en parlerais. Pas à lui en tout cas. A moins que … Non, je m'étais jurée de garder pour moi certaines raisons qui m'avaient poussées à être celle que j'étais aujourd'hui, peut importe l'état pitoyable dans lequel je pouvais me trouver.

"Le problème ? La principale raison c'est que lors du tremblement de terre, l'été dernier, ma baraque n'a pas tenu, tout s'est effondré … avec moi en dessous …" Il est là l'élément qui a mis le feu aux poudres, cet élément perturbateur de mon existence, ces quelques secondes où la Terre avait tremblé et pulvérisé tout ce qui constituait ma vie. "Je n'ai pu remarcher et remonter à cheval il n'y a que quelques mois … j'ai tout perdu, ensuite mon frère … bref j'ai quitté ma tribu j'ai vécu seule dans un abri durant l'hiver et aujourd'hui je tape l'incruste chez une amie … mais la douleur dans ma jambe est revenue et … elle ne part que quand je …"

Je ne terminais pas ma phrase, après tout, pour peu que je m'en souvienne il n'était pas le dernier des imbéciles, alors il avait sans doute du poser les yeux sur la pipe à opium, et mon comportement lui avait sans doute mis la puce à l'oreille également. Ma jambe valide se mis à battre une mesure imaginaire, comptant les temps du moment où la lancinante se pointerait à nouveau.



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Sujet: Re: Une heureuse échappée. ⇀ ft. Nessa
Mar 23 Mai - 15:55

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C’est que nous, on était en mer quand ça avait secoué sur le continent. On avait bien ressenti comme un tremblement, mais étant donné qu’un bateau ça se remue les hanches comme une fille de joie dès que ça prend le large, ça nous y avait pas fait une grande différence aux gars et moi. Je me souviens, une fois, avoir senti la barre tressauter entre mes paluches jusqu’à faire vibrer mes bras et m’être dit que c’était pas habituel pour une mer calme, mais si un vieux nous avait pas bavé son histoire dans les étagères un soir de recette, on aurait jamais su pour le séisme. L’ancêtre, y tressautait sur son banc comme si ça l’ébranlait encore, et puis à voir la terreur dans ses yeux délavés, on avait prêté l’oreille à son histoire.
« - Ca tremblait si fort qu’jé cru qu’le sol allait se fendre sous mes pieds ! qu’il avait narré. J’vous y jure ! Et j’y ai dit, à ma grosse Bertha…
- Cé qui ça ? Vot’ chèvre ? Les gars avaient gloussé.
- Nan. Ma bonne femme. Depuis qu’elle potasse pu, elle est d’venue ronde comme un ballon ! L’autre fois encore, c’est qu’elle est tombée d’la chaise, et...
- Hé papi ! Tu t’égares ! On s’en tamponne le coquillard d’ta ribaude ! Raconte nous pour la secousse !
- Aaaah oui. Pardon. Donc jui ai dit, à ma Bertha, que ça d’vait êt’ l’démon qui v’nait nous punir et nous fére tomber tout crû dans l’enfer ! Mais qu’elle d’vait pas s’en faire, parce que nous on est des bonnes gens, et que l’diable y nous prendrait pô comme ça. Té! J’avais fait un signe aérien de mon index ; j’étais pas plus superstitieux qu’un autre, mais quand ça causait du malin, j’avais l’intelligence de m’en protéger.
- Abrège les superstitions, le vioque, c’est pas bon de jacter du surnaturel comme ça. Vieille croyance marine. Ca tremblait fort comment ?! A en faire tomber un vase ?
- Pis que ça, mon garçon ! A en faire tomber les meubles eux-mêmes ! C’est limite si la cahute nous est pas effondrée sur la caboche ! Mais foi d’Traptis, c’est qu’j’construis solide, moi ! Impossible que ça tombe, c’mur lô !» Il avait frappé de son poing sur la caillasse avant de rire à gorge déployée. On l’avait abandonné à ses délires, en se disant que ça pouvait pas avoir été aussi terrible que ça, mais à bien y réfléchir j’avais fait le rapprochement avec l’horrible tempête qui avait décimé notre navire. Quel que soit le cataclysme ayant frappé notre planète, il avait frappé partout.

Bref, tout ça pour vous dire qu’apprendre que Nessa avait failli y passer, ça ne m’étonnait guère. J’hochais gravement la tête en écoutant le résumé de ses péripéties, comprenant qu’elle-même avait connu des chemins sinueux sur la route de la destinée depuis notre rencontre. Elle avait perdu son foyer, tout comme j’avais perdu le mien. Tout au fond de mon cynisme, je dénichais quelques gouttes de compassion que je lui distillais en un regard compréhensif, rassurant. « - T’es presque chanceuse de t’en être tirée à si bon compte ! Je pointais soudain du doigt le dispositif qu’elle avait essayé de dissimuler sous son plumard. Par contre, ça là, c’pas une solution. Ca va t’bouffer. J’en ai connu des gars comme toi, qu’ont voulu se soigner à l’opium. Et après, y z’étaient tellement dépendants qu’y sont dev’nus tarés. Y z’auraient tués leur mère pour en ravoir. J’haussais les épaules. M’enfin, tu fais comme ça t’chante. J’suis qui pour donner des conseils, pas vrai ?! » Je me fendais la poire d’un sourire et je me rapprochais d’elle, certain qu’elle essayerait plus de me taillader maintenant. Je m’asseyais à ses côtés, comme si qu’c’était chez moi. Je passais un bras autour de ses épaules, comme on reprend un jeu qu’on a abandonné des années plus tôt. C’était mon tour d’être honnête… ou presque. « - T’sé, moi aussi j’en ai pas mal bavé. Le navire que t’as vu y’a 10 ans, ben on s’l’est fait couler par des pirates. Sacré carnage, on est pas beaucoup à s’en être réchappés. C’était y’a 3 ans. Après, y voulaient me vendre où j’sais pas trop quoi, mais j’ai réussi à échapper à ses imbéciles. Comme tu vois, maintenant je fais du chiffre comme je peux. » Je désignais les pièces en soulevant mes poches pleine, avec l’ombre d’un sourire. Allez savoir pourquoi, je renâclais à lui avouer que j’étais forban moi aussi. Parce que déjà, j’avais pas voulu en être au départ ; mais aussi parce que je préférais lui servir une tonne de mensonges plutôt que de lui livrer une once de vérité. Ca m’aurait fendu le coeur.
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Sujet: Re: Une heureuse échappée. ⇀ ft. Nessa
Dim 28 Mai - 22:24


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Chanceuse ? Si je n'étais pas aussi fatiguée et dans un état aussi lamentable, je pense que je lui ferais ravaler sa phrase aussi sec. Je ne sais pas comment il avait vécu le tremblement de terre mais il n'avait pas été là, il n'avait pas vu les dégâts au village, il y avait eu des morts alors oui je pouvais être chanceuse, d'un certain point de vue. Mais à l'heure actuelle, je n'étais pas en état d'accepter qu'on me qualifie de chanceuse. Chanceuse je l'aurai été si j'avais pu sortir de ma maison avant qu'elle ne s'écroule. Je décidais de ne rien dire, je retrouvais une personne que je n'avais pas vue depuis plus de dix ans je n'avais pas envie de me la mettre à dos dès son retour. Et puis ici, je n'avais pas beaucoup de contact avec qui que ce soit, depuis le départ d'Arméthyse j'étais seule chez elle et les rares autres personnes que je connaissais ne savais pas que j'avais élu domicile dans leur cité, pour le moment.

Mon geste n'avait pas été assez rapide et il avait bien évidement posé son regard sur la pipe à opium. Il se lança dans une tirade me vantant les méfaits cet opiacé qui prenait une place de plus en plus importante dans mon quotidien. Je savais pertinemment qu'il avait raison, la guérisseuse que j'étais le savait mieux que personne. Mais malgré tout, c'était la seule chose que j'avais trouvé pour soulager mes douleurs de manière efficace. L'opium avait ce double effet bénéfique sur moi, non seulement il me soulageait de toute douleur durant un moment donné, je profitais de moments se répit total lorsque la drogue coulait dans mon organisme et je me sentais bien, bien mieux que je ne pouvais l'avoir été depuis quelques mois. Le second effet je l'avais découvert il y a peu, enfin j'en avais prit pleinement confiance il n'y a que quelques semaines, lorsque l'opium faisait effet, je n'étais plus là, je flottais à des kilomètres de là, j'étais bien et je revivais des moments durant lesquels j'avais été le plus heureuses. Le souci, c'était la redescente, lorsque je revenais à moi, que la douleur s'insinuait à nouveau dans ma jambe, la rongeant petit à petit, je prenais conscience que ces moments-là étaient n'étaient plus que des souvenirs qui s'effilochaient de plus en plus. Certains étaient beaucoup plus douloureux que d'autres.

"Je … je sais bien que c'est pas la solution, mais pour le moment c'est la seule chose qui fasse disparaitre la douleur au moins périodiquement … ça m'apaise…"

Il y avait du vrai et du moins vrai dans ce que je disais. Apaisée je l'étais … mais pas lorsque je reprenais mes esprits. Dernièrement certains souvenirs m'emplissaient d'une nostalgie qui me déchirait le cœur petit à petit, à chaque fois que je me réveillais, la douleur semblait plus profonde. Ciaphas s'assit à mes côté et je sentis le poids de son bras entourer mon épaule, comme si nous étions des grands amis de longues dates alors que nous n'avions passé qu'un après-midi en compagnie l'un de l'autre il y a dix ans. J'étais fatiguée, ma tête vint se poser sur son épaule alors que je l'écoutais me raconter quelques détails de son parcours. Lui aussi en avait vu de bien belles depuis notre rencontre. Je revoyais sans peine le jeune mousse au sourire malicieux sur le bord de la plage, même si aujourd'hui il avait pratiquement disparu derrière cet épais rideau de barbe.

Savoir qu'il avait vu la mort de près sur son navire, qu'il en avait réchappé et qu'il devait faire du chiffre comme il disait de manières sans nul doute peu recommandable me fit penser aux rumeurs que j'avais entendu depuis deux ans au sujet de l'homme avec qui j'avais partagé une période de ma vie. Certains disait qu'il était mort, d'autre qu'il s'était retiré vivre seul à l'écart du monde, mais la rumeur la plus persistante était celle de son entrée dans la piraterie. Je n'étais pas capable de lui en vouloir s'il avait choisi cette vie, bien qu'aujourd'hui si la chance m'était donnée de croiser sa route à nouveau, je n'avais aucune idée de ce que je pourrais ressentir. J'inspirais longuement lorsqu'une nouvelle décharge de douleur emplissait ma jambe et je repris la parole ensuite.

"Tu es toujours en vie, c'est ce qui compte … mais si tu dépouilles des Rahjaks, je ne sais pas si tu le resteras très longtemps … pour le moment tu peux rester à l'abri ici."



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Sujet: Re: Une heureuse échappée. ⇀ ft. Nessa
Mar 20 Juin - 13:54

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Les plus niais penseront sans doute que l’ami Ciaphas est en vérité le plus fieffé trouillard, et que d’avouer à Nessa que j’étais pirate me filait la pétoche. Mais y’a que les ingénus, les idiots et les hommes de foi pour parler vrai en toute circonstance, pour prêcher le bien-fondé de la véracité d’un récit. Tenez, j’vous le donne en mille. Comment qu’on dit quand on avoue la vérité devant Dieu ? Se confesser. Scindez le mot en deux, et vous verrez bien que la construction même de ce verbe veut tout dire ; franchement, si ça vous passe pas l’envie d’être honnête, je peux plus rien pour vous.
Dans tous les cas, moi je savais bien qu’il y avait des vérités faites pour être dites, et d’autres pour être déguisées. Et mon instinct me disait que lui avouer de but en blanc que j’étais pirate, que j’envoyais des navires par le fonds, que je détroussais les plus faibles pour m’enrichir, et j’en passe et des meilleurs, ça allait pas certainement pas la ravir. Non, mieux valait embellir le récit, nuancer mon propos, décorer de contre-vérités ma triste vie ! Plutôt que de dire : “l’autre jour, j’ai provoqué en duel un bouffon plein aux as, et quand il est mort je lui ai soutiré sa bourse”, dire “l’autre jour, j’ai défié un rustre qui s’en était pris publiquement à une noble dame ! Je l’ai joliment épinglé contre le mur, et pour récompenser ma bravoure et ma sollicitude, la dame m’a dûment récompensé !”. Ou encore, plutôt que de dire avec aplomb : “Une fois, on a dirigé un bel esquif marchand droit sur les brisants, puis, par une habile manoeuvre, on s’est emparés de sa cargaison avant qu’y coule”, dire d’une voix affligée : “une fois, on a vu un pauvre navire s’échouer sur le récif. On a voulu les aider mais c’était déjà trop tard... On est allé leur sauver ce qu’on a pu, et c’est comme ça que j’ai déniché ce magnifique collier en or !” Ajoutez-y quelques reniflements, et le tour est joué !
Vous l’aurez compris : d’une, mentir rallonge sensiblement la longueur de vos phrases, de deux, c’est pas plus compliqué que de pisser, pour peu qu’on sache garder contenance et jouer quelques émotions clés. (conseil d’expert : faites simple, les mensonges les plus ordinaires sont les meilleurs) Alors, trahissant le peu de confiance qu’elle aurait pu me vouer, je lui servais ma soupe avec l’aisance qu’apporte une pratique assidue, me présentant détrousseur d’aristocrates plutôt qu’assassin des mers. Pour ceux qui auraient des moeurs irréprochables et qui considèreraient que l’un ne vaut pas mieux que l’autre, pensez ce que vous voulez, mais moi je trouvais que j’y gagnais plutôt au change.

« - Pour le moment tu peux rester à l'abri ici.
Hé bien! j’y gagnais plutôt beaucoup, apparemment!
- Sache que ta diligence est grandement appréciée. » je remarquais d’une tape affective sur son épaule. Je jouais les marioles, mais j’étais drôlement soulagé. C’est pas comme si j’avais eu besoin de son approbation pour m’immiscer là, mais de savoir qu’elle m’y autorisait m’évitait quelques désagréments, du style l’assommer pour pas qu’elle crie. J’aimais pas frapper les femmes. Sauf cas de force majeure, je faisais un point d’honneur à ne heurter la gent féminine que dans des circonstances, disons… nuptiales. Ceux qui ont l’imaginaire efficace verront de quoi je parler, et les autres sont probablement trop jeunes pour que je leur explique.
Bref. Et maintenant quoi ?
Je marquais un silence gênant, ne sachant trop comment relancer la conversation. J’avais obtenu ce que je voulais d’elle, mais il me paraissait inconvenant de m’en tenir là, de ne pas faire l’effort d’établir un peu plus de contact social. C’est que, tout à coup, je me sentais sacrément éreinté ; le contrecoup de l’adrénaline, très certainement. La course-poursuite doublé des menaces de Nessa m’avait laissé sur les rotules, et je ne m’en apercevais que maintenant. Si ça tenait qu’à moi, j’aurais roupillé dans son plumard, seul ou à deux. Je lui coulais un regard observateur. C’aurait pas été la première fois que je profite d’une donzelle larmoyante ; une idée alléchante en somme, mais guère appropriée.
Soupir.
Puisqu’à part cette après midi de nage, on avait rien partagé d’autre ensemble, je m’enquérais de ses progrès.« - Alors... t’as plus peur d’l’eau maintenant ? Ou t’as encore besoin de quelques leçons ? » Je lui adressais un clin d’oeil équivoque, toujours prêt à me montrer professeur lorsqu’il s’agissait d’apprendre à des créatures physiquement intelligentes. En vérité, j’espérais juste nous distraire pour passer le temps jusqu’à ce que les chiens au dehors aient abandonnés leur traque.
Après ça, je filerais.
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Sujet: Re: Une heureuse échappée. ⇀ ft. Nessa
Dim 25 Juin - 16:45


Une heureuse échappée
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La tête toujours posée sur son épaule, je ne suis plus là, plus pour le moment. Mes pensées s'emmêlent, se nouant les unes aux autres sans pourtant ne faire aucun sens. Des images sans rapports les unes avec les autres se fondent en un tableau totalement improbable. Je me vois sous les décombres de ma maison alors que cette scène je n'ai pas pu y assister, je l'ai vécu certes mais pas de ce point de vue, peut-être Seren et Isdès me l'ont-ils tant rabâchée qu'elle s'est implantée dans mon esprit. Je vois des personnes passant la porte de la maison de ma mère où j'ai séjourné de longs mois, des personnes venant me rendre visite durant ma convalescence. Des personnes que je n'ai pas vues pourtant, pour la simple et bonne raison que ces êtres-là ne se sont pas présentés à mon chevet.

Ses mots, l'écho de ses paroles contre les murs de la maison me sortent de mes pensées, je ne peux m'empêcher de sourire et de laisser quelques mots filer entre mes lèvres. "Ce n'est pas comme si tu m'avais vraiment laissé le choix …" En effet à se ruer dans le domicile que je squattais depuis plusieurs semaines déjà, ce n'est pas comme si j'avais vraiment eu mon mot à dire jusqu'au moment où il avait refermé la porte, c'est lui qui avait fait comme chez lui. Il avait de la chance. Une chance inouïe d'être tombée sur moi, et que le bruit de la rue ait m'ait suffisamment fait réagir pour aller ouvrir la porte. Si cela n'avait pas été le cas, la porte ne se serait sans doute pas ouverte, il n'aurait pas trouvé refuge aussi vite et serait sans doute encore en train de cavaler dans les rues, semant ses pièces soient disant durement gagnées, au lieu de semer ses poursuivants. Sa chance supplémentaire … que j'ai été seule à ce moment, je ne donnerais pas cher de sa barbe si Arméthyse avait été présente.

Relevant la tête, je m'écartais un peu de lui et entrepris à grand peine d'allonger mes jambes sur le lit avant de laisse mon dos retrouver le matelas de fortune, lorsqu'il n'y avait pas trop de tensions dans mes membres, je me sentais un peu mieux. Je replaçais la couverture repliée qui me servait d'oreiller sous ma tête et fixais le plafond quelques instants tout accueillant sa question avec un sourire. Si j'avais encore peur de l'eau ou non ? C'est vrai qu'à part cet après-midi passé ensemble sur le bord de la plage et à prendre cette leçon de natation, nous n'avions pas échangé beaucoup de chose. Mais en un après-midi, avec la détermination du jeune marin, il m'avait aidé. Grâce à lui j'avais surmonté l'une de mes plus grandes peurs et je n'avais plus peur de l'eau, il m'avait fallu un peu de temps pour continuer mon apprentissage, mais j'y étais arrivée.

"Je m'en tire plutôt bien … je te montrerai bien, mais actuellement je pense que je ne pourrai pas faire mieux que m'accrocher à ton cou …"

Bien sûr je n'avais jamais nagé des heures durant, mais je n'avais plus peur de me baigner, d'oser avancer même là ou je n'avais plus pied. Et puis la plupart du temps, mes baignades s'étaient limitées à me rendre aux sources chaudes, principalement avec celui qui partageait ma vie à l'époque. A me remémorer ses souvenirs bien agréables, je sentais le rouge me monter aux joues et ne pu m'empêcher de sourire. La douleur se faisait plus douce lorsque mes pensaient flottait dans mes souvenirs, ce n'était pas sans raison que je me perdais dans l'opium, autant pour apaiser les élancements violents, mais également pour prendre la fuite dans les brumes cotonneuses de ma mémoire.

"Ça m'est arrivé de retourner sur la plage … sans toutefois y rencontrer mon maître nageur, bien que je ne t'aurais sans doute pas reconnu…" en prononçant ces derniers mots, je m'étais relevée un peu, m'adossant au mur avant de tendre la main vers sa barbe, comme pour essayer de vérifier là-dessous il restait toujours trace du jeune marin que j'avais rencontré à l'époque.



© Pivette

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09/08/2016 Chiimaira / Adrien 228 chris john millington ava: champagne mami; sign: myself Timonier du Revenge 0
Chroniqueur d’Écumeuses Aventures


Sujet: Re: Une heureuse échappée. ⇀ ft. Nessa
Mar 18 Juil - 22:52

Une heureuse échappée
Nessa & Ciaphas
And all the while I say too much of what I think and I can't remember what it's like to find meaning in anything for the life of me. Everyone I used to know says they don't know what I've become. But I'm still the same, not much has changed, I still know where I came from.

Ma remarque lui arracha un sourire.
On peut dire ce qu’on veut de mes manières, que je ne suis qu’un rustre et un coureur de jupons, que je suis bien plus doué pour arracher leur vertu aux ingénues que pour faire honneur aux dames, et ceci cela, mais j’ai le chic pour faire sourire les greluches. Ca, personne ne viendra me le contester. Et si vous aviez vu les grimaces de douleur et de tristesse que tirait la Nessa ce jour là, vous auriez constaté par vous même que ce n’était pas une mince affaire que de lui faire faire risette, et vous auriez convenu comme toute autre personne de mon pouvoir sur l’humeur des femmes. Je lui répondit par un sourire plus romanesque et la serrait un peu plus contre mon épaule.
C’était pas désagréable que de sentir sa tête posée sur mon éclanche. Un peu de douceur, j’allais pas dire non, depuis le temps. On aurait pu rester longtemps comme ça, comme des amants. Comme des amis d’enfance. Ce que nous n’étions pourtant pas.
Nous étions deux inconnus que le destin avait fait se rencontrer à deux moments de l’existence séparés par plus d’une dizaine d’années, deux inconnus tenus par le doucereux souvenir d’une après-midi d’insouciance et qui devaient aujourd’hui faire face à leurs problèmes respectifs, des problèmes d’adulte. Les plus pieux y auraient vu quelque signe, un plan spirituel visant à mettre en relation deux individus perdus pour qu’ils s’entraident. Moi, je n’y voyais que le signe de ma chance, et je n’avais aucune intention de l’aider. Ou du moins, pas sur le long terme. Je savais qu’une fois l’orage passé, je m’éclipserais sans demander mon reste.

Mais malgré tout ça, malgré qu’on aient rien à partager sinon notre douleur, il y avait ce je ne sais quoi de sincère. Cette franchise désarmante de sa part qui m’arrachait presque des remords. Comment mentir à cette femme aux grands yeux noisette, qui transpirait la philanthropie ? Il était cependant trop tard pour revenir sur mes mots, et je décidais de ne plus y penser. Cette proximité me parut soudain si fallacieuse de ma part que je m’en trouvais gêné. C’est avec un soupir heureux que je l’observais s’écarter de moi pour s’allonger, bien que, d’une certaine façon, je le regrettais également.
Prenant soudainement conscience de mon attitude qui devait lui sembler étrange, je chassais ces idées noire de mon visage broussailleux. Du nerf, moussaillon ! J’étais un pirate, et s’il fallait nourrir de la honte pour quelque acte commis, que ce ne soit pas pour un vulgaire mensonge visant à protéger l’avis que l’on se faisait de moi ! Je lui tournais le dos; histoire de me recomposer une expression convenable. « - T’accrocher à mon cou ? Ne me tente pas... » Je me retournais brusquement, lui dévoilant toutes mes dents. Sans le savoir, elle venait de me redonner contenance.
Pour la perdre aussitôt la seconde suivante.

Accompagnant sa seconde remarque, sa main tendue dans le vide, pointée sur ma barbe. Je fronçais instinctivement les sourcils et eut un léger mouvement de recul. C’est que, la dernière personne à avoir fait ça, c’était cette diablesse de Varghause, et autant vous dire que ça remontait à mon esprit des souvenirs guères agréables, dont je me serais bien passé aujourd’hui, à défaut de pouvoir tout simplement les oublier. Mais Nessa n’était pas cette druidesse de malheur. Je n’avais rien à craindre d’elle, ou du moins plus rien à craindre maintenant qu’elle m’avait reconnu. Je fermais les yeux, et quoi qu’elle ait en tête, décidait de la laisser faire. Après tout, si le prix pour obtenir protection sous son toit était de se faire palper la barbe, ce n’était pas cher payé. « - Au moins t’es capable de barboter tranquille, sans faire de crise cardiaque ! » Comme les enfants de chez nous, je songeais. Je m’esclaffais plus que nécessaire. Quelques tintements métalliques résonnèrent à mes oreilles.
Mon butin ! J’en oubliais presque la raison de ma traque. Je fronçais les sourcils et fourrait mes paluches dans les poches de mon veston, et en extirpait une large poignée d’or. Un sourire d’abord fugace puis total éclaira mon visage épuisé. Frénétiquement, j’entrepris de sortir toutes les pièces de mon vêtement et de les aligner sur le matelas par tas de cinq. Parce que c’était plus facile pour compter. Me vint soudain une idée lumineuse. « - Bon, écoute, j’ai fait plutôt une jolie prise aujourd’hui. Et encore, j’ai perdu plus de la moitié dans l’échappée. » Je grimaçais en songeant à la partie détournée du magot. « - Comme tu m’as l’air d’avoir grand besoin de medicaments, je t’offre de quoi te payer des frais de médecin. Et plus question de toucher aux opiacés. »  J’avançais vers elle le quart de ma prise. C’était largement suffisant pour qu’elle s’offre des soins pendant un moment, et je ne risquais pas de lui paraître trop radin. « - Promis ? » La voyant réticente, je lui fourrais une partie des pièces dans sa main, et refermait gentiment ses doigts dessus. Puis, lui tapotant le haut de la dextre, je lui jetais un regard conspirateur. « - Ce sera notre petit secret. »

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29/05/2016 Pivette 1888 Cynthia Addai-Robinson ava : Pivette / sign : Grey Wind Guérisseuse / soin & combat 0
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Sujet: Re: Une heureuse échappée. ⇀ ft. Nessa
Jeu 3 Aoû - 23:48


Une heureuse échappée
feat. Ciaphas Uman & Nessa Cermath


Barboter sans risquer de crise cardiaque, c’est exactement ça, j’étais loin d’être une sirène mais au moins, grâce à lui, j’étais capable de garder la tête hors de l’eau et je ne paniquais pas lorsque mes orteils, même lorsque j’étais hissé sur la pointe des pieds, ne touchaient plus aucun fond. Il avait été un bon professeur, il ne l’avait été qu’un seul après-midi mais il fallait croire que soit il avait été particulièrement doué, soit j’avais été une excellente élève. Les phalanges perdues dans sa barbe comme pour vérifier qu’elle lui appartenait bien, qu’il ne s’agissait pas de je ne sais quel postiche qu’il avait endossé pour se faufiler dans les ruelles de la cité de feu. Qu’est-ce qu’il était devenu ? Qu’est-ce qui l’a poussé à frayer avec je ne sais qui et le faire fuir quelques Rahjaks plus ou moins rageurs ?

Retirant mes doigts, laissant sa pilosité faciale tranquille, je tentais de trouver la position la plus confortable sur mon lit afin de retarder le plus possible le retour de la douleur. Sur la place libre entre lui et moi, sur le matelas je le regardais sortir son butin de ses poches, empilant pièce après pièce en de petites tours. Belle prise qu’il avait fait là, j’étais curieuse, j’avais envie d’en savoir d’avantage, son histoire de jeu de hasard et autre plumage de partenaires de parties de cartes au long court. Je voulais savoir mais je sentais que lui demander de m’en dire plus n’allait pas être accueilli avec le sourire. Je l’écoutais. Silencieusement. Attentivement. Sans mot dire.

Lorsqu’il avance vers moi une partie de sa brillante récolte, je relève le regard vers lui alors qu’il joint les mots à la parole, m’annonçant qu’avec cela je pourrais m’offrir les services d’un médecin, délaisser les opiacés. Oh comme il doit être simple pour lui de balancer une phrase de cette trempe, on voit bien que ce n’est pas lui qui est rongé par la douleur, que ce n’est pas lui qui ne trouve du réconfort et de l’apaisement dans les brumes narcotiques. "Je ne veux pas de ta pitié !" Repoussant vers lui le tas de pièces qu'il avait avancé dans ma direction. Il n'en a que faire et bien décidé à ce que j'accepte. Attrapant ma main, il m'en cale quelques-unes au creux de ma paume avant de refermer mes doigts sur les pièces brillantes. Il veut que j'accepte, il veut que je lui promette de faire le nécessaire pour que je me soigne de manière plus conventionnelle qu'avec ma propre automédication.

Accepter ou non. Je suis tiraillée, partagée, déchirée entre le fait de refuser, de continuer à faire comme bon me semble, à poursuivre mes tribulations sur le chemin des paradis artificiels, jongler entre la douleur et l'apaisement salvateur des drogues. Je suis guérisseuse, je sais ce que je fais, je saurais me soigner, il n'a pas à me dire quoi faire après tout, pourquoi est-ce que je me plierais aux demandes d'un homme que j'avais connu il y a plus de dix ans, avec qui je n'avais passé qu'un après-midi, aussi agréable avait-il eut été, il ne me connaissait pas. Il connaissait la Nessa qui avait peur de l'eau, la jeune Athna qui avait barboter dans l'eau avec lui avant de lui offrir un baiser pour le remercier et faire enrager son frère.

Pourtant il y avait cette voix au fond de mon crâne qui me hurlait de plus en plus fort qu'il avait raison, qu'il fallait que je reprenne en main la manière de m'occuper de ma santé. Ma jambe était malade certes, mais il devait y avoir un moyen autre que les opiacés pour me soigner. Les brumes ne faisaient que masquer pour quelques temps les douleurs, elles n'avaient aucun effet curatif. Aucun. Avec cette somme, j'aurais de quoi convaincre n'importe quel médecin de bien vouloir se pencher sur ma patte douloureuse. Je savais au fond de moi qu'il n'y avait qu'une seule personne en dehors de ma mère à qui je confierais cette tâche. Un seul confrère. Restait à le convaincre de bien vouloir me revoir, s'occuper de moi, et si mes arguments n'arrivaient pas à le persuader, Ciaphas m'offrait un argument de plus. Un argument de poids.

Relevant les yeux vers lui, je souris un instant lorsqu'il me parla de secret entre nous. Les pièces au cœur de ma paume, j'attrapais sa main libre et serrais ses phalanges entre les miennes. "Je dis oui à une seule condition. Dis-moi qui tu es Ciaphas, dis-moi qui tu es devenu. Je ne suis pas une Rahjak avec qui tu bats les cartes, je suis une grande fille qui veut savoir d’où vient l'or qu'elle est sur le point d'accepter."



© Pivette
 

Une heureuse échappée. ⇀ ft. Nessa

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