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˜˜˜˜˜˜Partir comme un oiseau qui s’en est envolé.
maybe life should be about more than just surviving


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13/04/2016 Mystery Light 1426 Taissa Farmiga fly (Ali ♥) & Signa : Ali ♥ ISHTAR & Saez Esclave Rahjaks, ancienne Pikuni (notion botaniste, soin) 23
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Sujet: Partir comme un oiseau qui s’en est envolé.
Ven 3 Mar - 22:46

C’était flou. C’était noir. Elle avait mal à la tête. Elle avait mal partout. Elle n’avait pas envie de rouvrir les yeux, de se dire qu’elle avait même loupé ça, qu’elle était en vie parce que c’était la seule raison à son état. En se concentrant elle pouvait toujours faire la morte et on la laisserait s’échapper à sa façon de ce monde qui n’était pas fait pour elle. Ils ne pouvaient pas la forcer à se réveiller, c’était encore une chose qu’elle pouvait faire sans qu’on la force. Elle aimait bien cet état second malgré la douleur elle se sentait bien, dans un cocon bien loin de cette réalité qui n’allait pas tarder à s’imposer à elle. Elle ne se demandait pas où elle était car dans sa tête elle était bien loin d’ici, chez les siens. Elle entendait presque les vagues de l’océan même si elle n’y avait que très rarement été au bord de la mer, près de chez les Calusa. Elle était une fille de la plaine, de la forêt. Pas de la mer. Malheureusement.

Elle aurait bien aimé pourtant, peut-être qu’elle aurait échappé à ce destin là-bas, sur la mer, dans ces bateaux qui l’emmenaient au loin, sur des rivages inconnus ne demandant qu’à être découverts. Marin. Comment disait-on pour les femmes ? Capitaine ? Capitaine. Elle aurait pu en sourire si bouger ne lui faisait pas mal. Depuis combien de temps était-elle ainsi allongée, ne s’était-elle pas réveillée ? Pourquoi diable avait-il fallut qu’elle se réveille ? Déjà lassée de faire semblant d’être morte, elle ouvrit péniblement les yeux. C’était douloureux. Elle avait l’impression d’avoir mal partout sans être sure de savoir si c’était à force d’être restée sans bouger ou de réels hématomes qui étaient apparut lors de sa chute volontaire. Elle ne savait pas trop comment prendre la situation dans laquelle elle se trouvait par son échec. Elle était furieuse et à la fois soulagée, n’avait pas encore défini ce sentiment de défaitisme qui s’échappait de tout son être.

Elle était encore là, plissa des yeux face à la luminosité de la pièce qui était pourtant pas si éclairée. Le simple effort d’ouvrir les paupières lui donnaient un mal de tête incommensurable. C’était peut-être autre chose aussi mais l’état dans lequel elle se trouvait l’empêchait de mettre les mots sur les choses, ses impressions. Sa vue était trouble et soupir manqua de lui échapper si elle n’avait pas vaguement entendu ou eu la sensation qu’on s’approchait, que quelqu’un n’allait pas tarder à rentrer ou que quelqu’un était déjà présent dans la pièce. C'était si confus. Elle ferma les yeux pour tenter de faire disparaitre cette impression désagréable qui persistait. Allongée sur le dos, elle ne parvenait à voir que le plafond, ne savait pas si elle allait parvenir à se redresser juste par curiosité malgré la douleur, malgré la crainte de découvrir qui était la personne présente dans cette pièce. Elle avait pour la première fois l’envie de savoir, cette curiosité qui aurait pu la sauver, qui lui avait fait défaut pendant ces mois dans la cité de feu.

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13/09/2016 Anticarde 2100 Evan Peters Varghounette ♥ (avatar) - soeur d'armes (crackship) - Tumblr (gif profil + signe) - Ashiri ♥ (picspam) Sorcier - Médecine & apothicaire spécialité Poison. 89
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Sujet: Re: Partir comme un oiseau qui s’en est envolé.
Jeu 13 Avr - 22:49

Ce n'était pas un accident. Il en était sûr. Il en aurait mis sa main au feu.

Lorsqu'il l'avait croisée, quelques jours auparavant, quelque chose d'inhabituelle dans ses prunelles flavescentes l'avait frappé. Depuis longtemps maintenant, cette fille faisait partie de son entourage au même titre qu'une bête de somme. C'était une petite fourmi laborieuse, sans passé ni avenir, une factotum insignifiante tout juste bonne à croûler sous les basses besognes. Une esclave, comme il en grouille à la Cité de Feu, une de plus, à gonfler les rangs de ces forçats taillables et corvéables à merci, dont les destins jouent dangereusement avec les bonnes grâces frivoles de leurs maîtres. Il connaissait son visage. Il connaissait son nom, aussi, pour l'avoir entendu germer quelques fois aux lèvres distraites de sa Tante Astoria, qui la faisait dépêcher au besoin, et parce qu'il n'oublie jamais ni prénom, ni visage. Jusqu'alors, il ne lui avait concédé qu'une attention passable. La même attention qu'on accorde à un animal domestique, à une figurante postiche, en arborant toujours une pointe de méfiance, sachant qu'au fond des cœurs des esclaves somnolent souvent des velléités d'insurrection. Pour autant, il ne s'était jamais retourné sur son passage, ou brièvement, il ne s'était jamais fendu d'une apostrophe à son égard, jusqu'à ce jour, jusqu'à cet instant.

Il y a une semaine, en visite chez son Oncle Orion, leurs routes s'étaient croisées dans les grands corridors de la vaste demeure. Il s'était alors produit quelque chose. Une entrée en résonance. L'éclosion d'une alchimie silencieuse et éphémère. Elle semblait différente, Saoirse. Changée. Plus insaisissable qu'à l'accoutumée. Il y avait une pâleur macabre, là, blottie tout contre ses iris aux nuances de bois de châtaigner, à peine quelques pigments délavés qui transfiguraient l'expression de son visage tout entier. C'était le genre d'expression que Cassian connaissait bien, qu'il arborait lui-même, lorsque s'ébrouaient au fond de son ventre de douces pulsions de Mort. Ils s'étaient reconnus. Leurs ombres épaissies de souffrance, enflées de pensées grimaçantes, ils avaient aussitôt retrouver l'étroit carcan de leurs vies aux antipodes. Cela n'avait été rien de plus qu'un étrange instant de flottement, rien que l'assaut inopiné d'une acuité troublante, presque obscène. Un laps de quatre secondes. Et puis ils s'étaient dépassés, leurs prunelles s'étaient suivies un moment, sans même qu'ils n’interrompent leurs foulées battantes, sans même qu'ils ne s'adressent le plus vague signe de tête, et puis l'instant d'après, il n'y avait plus rien.

Il y a quelques jours de cela, sa Tante l'avait fait mander en urgence. Quand le Messager lui avait expliqué qu'une esclave gisait inconsciente dans la demeure d'Astoria, qu'elle était tombée par mégarde dans les grands escaliers de pierre, Cassian avait immédiatement compris deux choses. Qu'il s'agissait de Saoirse. Qu'il n'était pas là un vulgaire accident domestique. Taciturne de prime abord, il avait néanmoins conservé ces certitudes obscures rien que pour lui, dissimulées à l'ombre de ses prunelles d'obsidienne, puis il s'était rendu à pied d'oeuvre séance tenante. Sur le théâtre du malheur, quelques commotions l'attendaient. L'angle incongru que dessinait sa jambe témoignait d'une fracture que Cassian imaginait fort bien, qui avait du craquer aussi sèchement qu'un tour de crécelle, dont il aurait aimé écouter la partition de notes sèches. D'ordinaire, le Sorcier qu'il était ne se serait pas appesanti bien longtemps sur la carcasse d'une esclave, mais celle-ci avait l'insigne honneur de servir sa famille. Celle-ci lui proposait également une énigme délectable qu'il lui appartenait pleinement de débrouiller. Etait-ce bien la Mort, qui s'était infiltrée en elle, qui lui avait murmuré des perditions à l'oreille ?

Pour de bonnes et de mauvaises raisons, arguant autant de prétextes fumeux que d'arguments plus fondés, Cassian avait emporté Saoirse avec lui, promettant de la remettre sur pieds. Deux nuits durant, il l'avait droguée à grands renforts de curares et d'anesthésiques, lui aménageant un coma artificiel aussi douillet qu'un lit de plumes. Pendant qu'elle louvoyait au-dessus de songes ouatés, totalement désensibilisée à la réalité, il en avait profité pour réduire l'insolente fracture qui équerrait son tibia, pour l'atteler avec un châssis de sa fabrication, pour ravauder quelques lésions internes au catgut, les plus superficielles avec ce fil textile dont il se fournissait à la meilleure mercerie de la Cité. Il l'avait raccommodée avec une grande méticulosité, mais une léthargie si profonde était-elle pour autant indispensable ? Bien sûr que non. Aux yeux de Cassian, la pratique de l'Anesthésie, la finesse, la précaution et l'érudition dont elle se montre gourmande la porte au pinacle des arts de la médecine. Mais il aimait plus que tout, fixer ses traits désertés de conscience, flairer dans le masque de son abandon les quelques vices que peuvent laisser une intention suicidaire. A aucun moment, le doute qui avait commencé à le ronger ne lui avait offert de répit. Régulièrement, il scrutait son profil busqué et pâle, sous les lumières crachantes de son atelier, cherchant après un indice inéluctable qui serait apparue à la commissure de ses lèvres.

Lorsque le gros des soins fut terminé, il cessa de lui administrer de ses substances soporifiques. Progressivement, ce qui n'était alors que des réflexes végétatifs se gorgèrent d'une vie nouvelle, quelques crispations se mirent à tirailler ses articulations lâches, le bout de ses doigts. Maintenant, sa respiration profonde et lente accueille quelques gorgées hachurées, remontées des abysses. Elle va reprendre connaissance. Pour rien au monde, Cassian ne raterait cet instant. Il veut épingler dans les moindres détails l'expression qui saisira ses traits, à la seconde où elle passera des limbes au jour cru de la pleine conscience. Où elle se rappellera de son propre prénom. Où la mémoire des événements lui reviendra par bribes confuses avant de se ré-imbriquer de manière cohérente. Il veut pouvoir prendre en flagrant délit le cortège de ses émotions embrumées, les nuances de l'hébétude qui se dissoudra doucement. Il est là, alors, à un souffle d'elle, plus immobile qu'une statue, silencieux comme la Mort. Il semble patienter depuis des années, des siècles, pour prôner ainsi une telle inertie. Saoirse repose sur le plan de bois qui lui sert de table d'opération, occasionnellement de lit de mort pour les quelques cas désespérés qui passent entre ses griffes, au cœur de la salle de chirurgie. Il se tient près de son visage, le menton chu sur l'entrecroisée de ses avant-bras, ses pupilles de chat disséquant le réveil de Saoirse. Il est si près qu'il peut observer l'hésitation papillonnante de ses paupières, la contraction saccadée de sa pupille, le jour qui lentement se fait sur sa conscience étiolée. Rien ne lui échappe.

"Bon retour dans le monde des vivants, Saoirse." Chuchote t-il soudain, à quelques centimètres de son oreille, se délectant d'avance de sa surprise. Alors seulement, une fois la phase d'éveil dépassée, l'empoisonneur se redresse sur ses coudes afin d'avoir un panorama plus global, moins précis. "Pas trop déçue ?" Plaisante t-il, et sa voix grince dans l'espace aseptisé comme de la craie sur une ardoise noire.

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Sujet: Re: Partir comme un oiseau qui s’en est envolé.
Ven 12 Mai - 23:40




Elle avait mal à la tête, se sentait nauséeuse, se voyait forcée d’ouvrir les yeux pour en rencontrer d’autres qu’elle n’avait pas envie de voir. Elle les ouvre pour les refermer comme s’il allait partir, comme s’il allait la laisser seule, comme si ces boucles blondes ne lui étaient pas familières. Elle veut qu’il soit un mirage, qu’il s’en aille. Mais il ne partira pas Cassian, il est médecin. Il n’y a qu’une seule option à sa présence : il l’a soignée et Saoirse ignore d’abord cette phrase ainsi chuchotée. Elle reporte, obstinée, son regard sur le plafond déjà parce que cela stabilise ce sentiment de malaise et aussi parce qu’elle refuse de lui répondre. A-t-elle besoin de savoir ce qu’il pense, ce qu’il veut savoir à être ainsi si proche d’elle ? Maintenant qu’elle est en vie, elle a besoin de retrouver cet espace personnel qu’il semble totalement ignorer. Elle respire de façon plus calme lorsqu’il s’éloigne. « Pas trop déçue ? » A sa tonalité, à cette dernière phrase ainsi balancée, elle se doute qu’il sait. Son mutisme devrait lui suffire. Elle ne le connait pas si bien le Saada mais a-t-on besoin de connaitre quelqu’un lorsqu’on est esclave ? Sa mort aurait pu la libérer, la vie la maintient liée à ce statut dégradant qu’elle ne peut fuir autrement que par cette solution si facilement trouvée qu’elle en est lâche mais elle s’en fout.

Elle essaye de bouger légèrement pour trouver une position confortable, chose difficile lorsque l’on est en tenue d’Adam sous une sorte de drap blanc face à quelqu’un qui fort heureusement s’intéresse beaucoup plus à la médecine que pour se soucier d’un tel détail. La jeune femme hausse les épaules avant de prendre finalement la parole. « Peu importe. J’suis là maintenant grâce à toi. » Elle n’en sait rien. Elle n’était peut-être pas au bord de la mort lorsqu’il l’a ramenée dans ce qu’elle suppose être son atelier, n’a pas non plus une once de gratitude dans le ton de sa voix. Elle avait mal au dos à force d’être allongée sur ce qui s’apparentait à une table. Elle n’allait pas chipoter de ne pas avoir eu droit à un lit, la suicidaire mais cette pensée ne pu s’empêcher de venir à elle. Elle aurait aimé se retrouver dans un endroit confortable, pas dans cet endroit là qui puait le rat ou autre chose, quelque chose de propre aux malades, de propre aux morts. La voilà qui est curieuse maintenant, qui tente de chasser cette idée qu’elle est toujours vivante, qu’elle est déçue. Elle ne sait pas si elle est soulagée d’avoir eu Cassian à son chevet plutôt qu’un autre. Ils se sont croisés brièvement quelques fois. Elle ne se souvient pas forcément de leurs rencontres même si elle se souvient du tremblement de Terre et des blessures qu’il a soignées. Encore. « Tu deviens mon médecin personnel maintenant ? » Elle s’autorise une moquerie. Mourir pour outrance à Saada, qu’on ne lui donne pas d’idées s’en était presque tentant.

Elle se redresse un peu tout en maintenant ce draps contre elle mais quelque chose alourdi sa jambe et sûrement est-ce cette petite douleur venue de façon inattendue qui lui a donné la nausée ou n’est-ce que dû à son réveil ? « J’m’en sors pas mal on dirait. C’est quoi ton diagnostic à toi ? » Son diagnostic à lui, à celui qui a passé elle ne sait combien de temps à la réparer en sachant qu’elle n’en avait pas la moindre envie juste par promesse tenue à la dame Najma. Qu’avait-il trouvé d’autre, lui l’expert, lui aurait-il déniché un moindre mal supplémentaire qui lui dirait qu’à défaut d’avoir réussi son coup, elle n’en aurait que pour quelques mois à vivre.  

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Sujet: Re: Partir comme un oiseau qui s’en est envolé.
Ven 9 Juin - 1:29

Il ne s'agit pas de perdre miette de ce qu'il se passe alors. Elle s'éveille, s'extirpe d'un lourd carcan de brumes tépides, elle s'arrache à la nuit qui était tombée sur ses sens. S'éveiller d'un sommeil profond, c'est toujours comme une minuscule venue au monde. La conscience émerge sur la pointe des pieds, aussi timide que le tout premier bourgeon du printemps. L'empoisonneur s'est toujours adonné à ces contemplations, ému comme le peintre au devant d'un chef d'oeuvre. Au moment de l'éveil, il a de tout temps mis un point d'honneur à être là, au chevet de ces mourants, revenus in extremis de l'autre coté du ciel, ou alors des âmes traumatisées, qui reprennent conscience à jamais changées, accueillant dans l'intimité de leurs prunelles une infime glaçure d'effroi. C'est toujours subtil, délicat, de contempler sur un visage les lézardes que laissent la peur, le désarroi, la douleur. Alors, au moment où se réveille la suicidaire, un spectacle qu'il n'a que trop peu l'occasion d'observer, Cassian est à l'affût. Il a les yeux du vautour qui attend la mort de la bête fourbue. Il attend que festin soit livré à l'obsession morbide qui coule un magma noir dans ses veines.

Saoirse s'éveille, hébétée. Saoirse découvre le décor ascétique, froid et vide de la salle de chirurgie. Pas vraiment le genre de lieu affable qui conforte les miraculés à prendre leur revanche sur la vie, non. C'est un accueil funeste, hivernal, couronné d'un silence dans lequel les petits pas feutrés d'Avogadro résonnent comme les larges foulées d'un bambin sur le parterre d'un sanctuaire. L'odieux rat s'est juché sur l'une des rares étagères à surplomber l'espace, observant la scène pareil à une gargouille au museau pointu. Quand bien même Cassian la fréquente t-il depuis quelques temps déjà, cette esclave, c'est bien la première fois qu'il l'accueille au cœur du Noctarium. Quelques éclats de lucidité balaient bien vite la stupeur lénifiante de Saoirse. Alors qu'il se fend d'une vague allusion à sa tentative de suicide, la voilà qui s'emmure dans un mutisme qui lui est délectable. Car elle confirme par là l'intuition qui l'a doucement étreint. Bien au-delà de flatter son péché d'orgueil, elle lui insuffle une certitude légère, celle qu'il a su reconnaître la Mort avant qu'elle ne frappe. Celle qu'il la connait suffisamment pour la percer à jour, pour la reconnaître sous le masque des bien-portants exempts de la moindre fatalité. Car elle n'a rien laissé paraître, Saoirse. Tous les témoignages qu'il a pu collectés ont fait état d'un banal accident. Non, elle n'a pas laissé filtrer le moindre indice de ses intentions funestes, pas le moindre indice grossier, en tout cas. Seulement l'aura d'une résignation affûtée, qui a trouvé un écho sourd chez l'empoisonneur.

La voilà qui gesticule, qui réintègre son corps, sous le drap immaculé. La voilà qui raille, car il faut bien abattre ce silence qui en dit trop, n'est-ce pas ? Bien sûr, elle ne s'en tirera pas à si bon compte. Oh, il ne l'accablera d'aucun interrogatoire longuet et malséant. Après tout, Cassian n'a que faire des motivations qui l'ont conduites à un tel accès... Il sait la vie des esclaves pénible et ingrate, une réalité qui ne l'intéresse pas le moins du monde. Ce qu'il veut saisir, ce qu'il veut comprendre, c'est beaucoup plus abstrait. C'est quelque chose qu'elle ne pourra pas lui livrer sciemment, avec des mots qu'elle pourrait choisir. C'est quelque chose qui la trahira, qui suintera à travers ses comportements, à travers la lueur de ses yeux, à travers la fébrilité de ses gestes. Il lui faut juste la déstabiliser... et voir. Emotions à fleur de peau, railleries piquantes, mutisme appesanti ? Chacun de ces comportements serait plus sincère qu'un long épanchement. Et puis Saoirse n'est pas de nature à s'épancher. Une vague intuition, alors qu'elle joue la partition de la désinvolture.

"Tu deviens mon médecin personnel maintenant ?" Lâche t-elle, s'enveloppant dans le pauvre drap. Cassian n'a pas cessé de la fixer, alors qu'elle arbore des airs dégagés, et les quelques mots qui franchissent les lèvres de l'empoisonneur ne perturbent nullement l'emprise inamovible de son regard sur elle. "Oui... C'est ça. J'aime bien, les patients difficiles. C'est distrayant." Répond t-il d'une voix lente, monocorde, une voix qui prend tout son temps, une voix qui joue avec l'atmosphère à couper au couteau. Comme elle s'est redressée, Cassian s'attache à scruter en toute impunité la courbure de son dos, cherchant à identifier des gênes qui lui aurait échappées de prime abord. Il est toujours difficile d'examiner efficacement l'orthopédie d'un corps pantelant, inerte. Mais aucune douleur notoire ne semble foudroyer la Pikuni alors qu'elle se mobilise, parée d'une certaine aisance. Sans mot dire, sans même se donner la peine de la prévenir, le Sorcier laisse courir un index sur sa colonne vertébrale comme il l'aurait fait d'un xylophone, sentant poindre l'accroc de chaque vertèbre. Un geste machinal alors qu'il lui répond, de sa voix trop paisible : "Une double fracture du tibia et du péroné, pour te servir. Très jolie, nette comme un fendillement de glace. Assez légère, cependant. Deux mois d'immobilisation stricte. Cela devrait suffire, je crois. Ne t'appuie même pas sur ta jambe, sinon tu pourrais te retrouver claudicante toute ta vie, si la consolidation devait mal se passer. Ce serait disgracieux. Surtout si tu comptes persévérer dans ta carrière d'acrobate." Lâche t-il, une nouvelle allusion à son geste désespéré pour ponctuer le baratin des recommandations habituelles. S'arrachant à la contemplation de son échine laiteuse, il lève les yeux vers elle, croisant son regard. Elle le surplombe de quelques centimètres, ainsi hissée comme une figurine sur son socle. "Cela m'aurait plu, d'assister à un tel spectacle." Ajoute t-il, et ce qui aurait du retentir comme une monstrueuse raillerie vibre en divagations rêveuses. Rien que quelques mots éthérés qui échappent à sa pleine conscience. D'ailleurs, on dirait que son regard ne fait que la traverser.

"Pour le reste, quelques contusions bénignes, des plaies d'arrachement. Tu as trois pansements." Énonce t-il, avec une crispation des paupières, de quoi s'extirper des visions fracassantes qui sont venues danser à la surface de ses pupilles. Elle semble aller bien. Lui a écoulé ses recommandations, diagnostics et conseils. C'est l'instant où le Sorcier devrait se redresser, charger ses esclaves de la raccompagner. Pourtant il n'en fait rien, reste assis sur son tabouret, s'offrant la plaisir de silences trop longs, vrais viviers à fantômes, comme de longs regard appuyés que corse l'ombre à peine soupçonnable d'un sourire. "Ma tante devra se passer de tes services pendant ta convalescence. J'ignore comment elle le prendra. C'est toujours contrariant, d'avoir un esclave incapable... C'est un poids mort, un esclave incapable... mais ce n'est pas pire qu'un esclave suicidaire. Comment elle réagira... quand je le lui apprendrais ? C'est ma tante, quand même."

Pures fadaises que voilà. L'idée d'entretenir sa tante de ses détails ne lui a jamais effleuré l'esprit, à vrai dire. En son for intérieur, il est comme un enfant qui aurait mis la main sur une carte au trésor, peu désireux de partager cette trouvaille prometteuse. Aussi étrange que cela puisse paraître, cette pulsion de mort qui a habité l'esclave, cette intimité qu'elle a pu entretenir avec l'idée de mourir tisse un lien insidieux entre elle et l'empoisonneur. La familiarité qui déteint de leurs échanges perd alors de son caractère insolent. Pour de multiples raisons, Cassian ne trahirait pas son secret, à moins qu'une colère sourde ne le pique. Il ne veut que l'irriter, la désarçonner, la jeter dans les bras du doute, pousser le vice de la provocation.

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Sujet: Re: Partir comme un oiseau qui s’en est envolé.
Mar 27 Juin - 3:18





À peine réveillée qu’elle redevenait elle-même. Énervée, agaçante, coincée sur ce matériel tout froid. Elle avait froid. « J’ai froid. » Ça avait fusé. Elle avait froid et elle avait besoin d’autre chose pour la couvrir que ce truc. Maintenant elle n’était plus quelqu’un dans le coma, au bord de la mort, phénomène que Cassian avait du bien s’amuser à observer en se demandant si oui ou non elle allait s’en sortir, en lui demandant des comptes par la suite. Du genre ‘alors comment c’était ?’. Elle détestait se retrouver ici. Elle aurait préféré n’être entourée de rien, que le néant ou ce que les anciens avaient prévu pour eux après la mort. Alors peut importe oui parce qu’elle était là et que le reste n’avait plus d’importance. Surtout pas elle-même. Elle s'amusait elle aussi à le tester. Elle lui balançait ses répliques si facilement faites comme s’il lui devait quelque chose juste pour le provoquer et en finir une bonne fois pour toute. Lui au moins ne la manquerait pas. Alors elle avait continué. Il l’avait brièvement soigné lors du tremblement de terre et c’était tout. Elle avait beau chercher, elle ne se souvenait pas l’avoir croisé ailleurs ou alors juste furtivement dans les recoins de la cité. « Oui... C'est ça. J'aime bien, les patients difficiles. C'est distrayant. » C’est qu’elle se marre l’idiote à ce commentaire pourtant si véridique du Saada. « Difficile hein, y’avait rien de difficile là-dedans. » Y’avait rien de difficile, non. Elle avait juste voulu en finir, elle s’était manquée. Point barre. C’est qu’il l’observe encore, cherchant ce elle ne sait quoi qu’il ne trouvera pas, qu’il a peut-être déjà trouvé en l’entendant parler de façon si franche. Se retrouver ici lui fait retrouver un peu de cette vigueur qu’elle avait perdue tout un temps. Pas le bon moment ? Ce n’est jamais le bon moment pour des gens comme elle de toute façon.

Elle attend l’autre réponse qu’elle devinera détaillée s’il est aussi bon sorcier, soigneur qu’il prétend l’être. Elle n’y comprendra surement rien s’il utilise des termes bien compliqués. Tout ce qu’elle veut savoir c’est si elle pourra recommencer au plus vite. Est-ce ce qu’elle pense ? Sur le moment même oui, elle ne réfléchi pas trop, est bien trop agacée de se retrouver parmi les vivants pour penser une seconde à la portée de ses propos, de son comportement envers celui qui n’a rien d’un esclave. Deux mois ? Deux mois d’attente donc, à ne rien faire, à se tourner les pouces jusqu’à ce que mort s’en suive. Rapide et efficace de préférence. Le rire est parti aussi vite qu’il est arrivé. Elle a du mal à gérer ses émotions par rapport à ce qu'elle traverse. « Ne t'appuie même pas sur ta jambe, sinon tu pourrais te retrouver claudicante toute ta vie, si la consolidation devait mal se passer. Ce serait disgracieux. Surtout si tu comptes persévérer dans ta carrière d'acrobate. » Il marque un point mais son commentaire sur sa future non élégance si elle ne se ménage pas l’a fait sourire. Elle n’a pas tenté de le cacher, elle ne se marre plus mais cette petite note d’élégance est quelque peu mal venue dans la condition dans laquelle elle se trouve. Ne se débarrasse t-on pas des éléments inutiles dans cette tribu ? N’est-elle pas inutile en devant rester immobile pendant deux mois ? Si Dame Astoria avait toujours été correcte avec elle, elle se demandait comment cela allait se passer à présent. Espérait-elle les mines à agir de la sorte ?

« Ma tante devra se passer de tes services pendant ta convalescence. J'ignore comment elle le prendra. C'est toujours contrariant, d'avoir un esclave incapable... C'est un poids mort, un esclave incapable... mais ce n'est pas pire qu'un esclave suicidaire. Comment elle réagira... quand je le lui apprendrais ? C'est ma tante, quand même. » Elle hausse les épaules pas vraiment touchée par ce commentaire. Elle voulait en finir, ce que Najma décide l’importe peu. Elle n’en est qu’à sa première tentative après tout. Elle n’a pas changé de maître avant la tante de Cassian, ne pourra pas avoir bien pire que de se voir attribué un autre propriétaire. C’est faux. Elle était tranquille. Elle pourrait ne plus l’être avec le ou la prochaine. Enfin. C’est chose faite à présent. « Alors t’es le seul à avoir deviné ? » Elle le regarde un moment. La réponse semble être positive. Il vient de lui dire que sa tante l’ignorait, le saura sans doute d’ici quelques heures mais là, maintenant, il est le seul à l’avoir deviné. A l’avoir laissé faire. Tant qu’elle ne fera rien qui ne l’arrange pas, il la laissera faire. C’est comme ça qu’ils fonctionnent. « Tu ne le sauras qu’en le lui disant. » Elle s’en foutait bien qu’on le sache. Qu’elle le sache ne changera pas sa vision de celle qui n’est rien d’autre qu’une esclave ramenée de force dans un endroit où elle ne se sentira jamais à l’aise. Elle reste songeuse un moment, se rappelant des paroles du Saada pour finalement lui poser directement la question. Autant tout savoir. « Les deux mois pendant lesquels je serais hors service, je serais où ? » C’était important. Elle ne savait pas si elle préférait être ici, chez Najma ou dans un endroit bien différent. Dans le fond tout ce qu’elle voulait c’était être hors de portée d’une mercenaire.
 

Partir comme un oiseau qui s’en est envolé.

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