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˜˜˜˜˜˜Le temps est d'une subjectivité fatale •• Harlan
maybe life should be about more than just surviving

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Sujet: Le temps est d'une subjectivité fatale •• Harlan
Lun 16 Jan - 17:49

Le temps est d'une subjectivité fataleOn emporte en mourant ce que l'on a donné. -

Ashiri Rodakaar

Harlan Tikaani



Ashiri se sentait dépassée. Tout semblait lui échapper et elle ne parvenait pas à obtenir une solution satisfaisante.  En tant que Naori, la clé était le savoir, mais vouloir maîtriser le cycle naturel était déconseillé, même proscrit. Les mystères de la vie gouvernaient ce monde, le faisait tourner et bien sûr, elle l'acceptait. Mais assister à la mort en sursis de sa tendre mère, cela, elle refusait d'y prendre part. Le manque de contrôle n'était pas un problème en soit, il s'agissait plus de ce sentiment d'impuissance. Simple spectatrice à une scène qui lui fendait chaque fois un peu plus le cœur et l'âme, Ash contemplait le peu de vitalité qui fuyait le corps de sa mère. Elle était de sa chair et de son sang, l'unique famille proche avec un nom qui était au bord de l'extinction totale. Ses doigts, écorchés par ses multiples tentatives de nouvelles potion-remèdes, effleuraient le bras inerte du corps allongé près d'elle.


La peur était omniprésente. Grandissante, rongeant ses entrailles, la réveillant de ses tumultueux sommeils. Pourtant, elle avait essayé maintes et maintes fois et essayait encore et toujours. Sauf que l'échec devenait de plus en plus amer. Et son incompétence croissante diminuait les chances de vie de sa mère. Observant cette dernière endormie grâce à quelques herbes médicinales, ses yeux retracèrent les contours déformer par la douleur et l'épuisement que marquait la maladie. Aucune réaction physique banale n'avait été détectée, tels que des boutons ou des rougeurs. Mais sa peau était glacée et étrangement sèche, aride comme le désert. Sauf que lorsqu'elle tentait d'hydrater la malade, sa soif ne semblait jamais étanchée et sa mère répétait sans cesse que sa gorge était en feu. Ashiri ne comprenait pas ces symptômes. Cela ne semblait guère contagieux, car elle aurait été atteinte depuis un bon moment vu le temps passé près de sa mère. Mais le mal-être était dévastateur et imprévisible.


Après être restée quelques heures à ses côtés durant son sommeil, la jeune Naori prit l’initiative de prendre l'air, histoire de se changer les idées, se ressourcer. La chaleur de la pièce l’étouffait, tout comme la culpabilité d'être parfaitement inutile. Le visage peint d’inquiétude, elle traversa une partie du village avec le cerveau en ébullition recherchant de nouvelles formules farfelues à tester. L'expression "qui ne tente rien, n'a rien" la définissait bien. Mais tout ce qu'elle obtenait revenait à la même finalité. Sans hésiter, elle plongea dans la densité de la forêt du Nord, sachant pertinemment où elle se rendait. Arrivant vers la rivière, elle s'installa sur une pierre, croisant ses jambes dans une position confortable puis laissa son regard vagabonder sur le courant d'eau. Ces temps-ci, elle s'y retrouvait souvent, car l'eau semblait avoir le don de la réconforter en ces moments sombres.

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Sujet: Re: Le temps est d'une subjectivité fatale •• Harlan
Mar 24 Jan - 16:30

Les plaintes, les maux, les patients défilent. La neige a perdu son attrait initial, sa féerie pour devenir encombrante, nuisible, voire mortelle. Le froid et l'humidité règnent dans les maisons et les constitutions les plus faibles sont les premières touchées par ce mal incurable et saisonnier : l'hiver. Le bois, l'écorce et la tourbe chauffent tant bien que mal les abris, les fourrures réchauffent les corps mais les doigts glacés de l'hiver ont définitivement étreint certains, pour parfois ne plus les rendre. Ton expression est solennelle tandis que tu vois le corps d'une femme qui s'était plaint d'une mauvaise toux une semaine plus tôt auprès de toi être déposé à l'intérieur de la terre meuble. Quelques pétales sont éparpillés sur la dépouille, moins qu'il y en aurait en été, et tu écoutes d'une oreille les paroles de Yuma qui salue son départ, tandis que les enfants de la femme déposent objets personnels divers. Une flûte taillée dans le bois, un collier d'améthyste, un peigne d'ivoire. La cérémonie ne dure guère trop longtemps, les températures glaciales dissuadant tout le monde de s'éterniser dehors. Quand Yuma vacille, tu le soutiens par le coude, avant que ses traits ridés se déforment en un sourire de remerciement et qu'il ne continue son chemin vers ses quartiers au sommet de l'arbre de vie, aidé par Rowena. Fixant la silhouette voûtée qui s'éloigne et grimpe les marches de l'arbre, tu te dis que peut-être lui aussi finira-t-il bientôt par retourner à la Terre. Tu le vois qui s'affaiblit, de jour en jour, et tu te demandes jusqu'à quand il tiendra. Quand sa réincarnation viendra.

Tu t'attardes sur les lieux avec la famille de la défunte, offres des mots de réconfort, de sollicitude. Son âme retourne à Gaïa et ira se réincarner dans un nouveau corps. Ce n'est pas une fin. Ce n'est pas réellement une mort, juste une courte étape dans un long cycle.

C'est ce que tu leur dis et ce que tu te dis. C'est ce que tu crois, aussi, ou du moins as appris à croire. Certains jours, ton côté sceptique et réaliste prend le dessus sur ton éducation spirituelle et tu remets en question tous les principes avec lesquels tu as grandi. Tu tais ces réflexions, cependant. Elles ne sont rassurantes pour personne – et certainement pas toi – et ne font que souligner ta singularité au sein même de ton peuple. Tu vénères les esprits, crois dur comme fer en ton totem, mais certains jours, tu te demandes si tout ça a un sens. Si, au final, il n'y avait peut-être simplement rien après la mort.

Quand les flocons se remettent à tomber et se glissent insidieusement dans tes fourrures, faisant frissonner ta peau, tu te décides enfin à t'éloigner. Pas pour retourner dans tes quartiers, là où tu sais que la chaleur serait bien accueillie par tes membres qui protestent contre le froid. Non, tu te diriges vers la forêt, ton refuge de toujours quand tes pensées se bousculent, quand tu as besoin de faire le vide pour une raison ou une autre. Ton instinct guide tes pas davantage que toute décision consciente. Peu importe où tu te trouves dans la forêt, tu retrouveras forcément ton chemin. Tu t'égares pour mieux te retrouver.

C'est vers la rivière que tes jambes te portent. Une partie du lit est glacée, les plaques transparentes comme autant de miroirs étincelants reflétant le soleil bas sur l'horizon, magnifiant d'une façon étrange le filet qui continuait de couler, en dépit des températures, comme si le froid ne pouvait jamais totalement arrêter l'eau, la vie.

Tu ne t'attends pas vraiment à retrouver la silhouette familière au bord de la rivière et la neige cesse de crisser quelques secondes sous tes pas, avant que tu ne reprennes ta route. Tes sourcils sont froncés, ton regard, même si elle ne peut le voir, inquiet. Tu reconnaîtrais cette silhouette entre milles.

Tu attends d'être à quelques mètres de ton apprentie avant de l'interpeller, ta voix brisant le ruissellement du cours d'eau, ton ton plus doux, plus chaleureux avec elle qu'avec les autres. Tu n'aurais pas vraiment cru que tu finirais par considérer la jeune fille comme ta famille quand tu l'as choisie pour apprentie, dix ans plus tôt.

« Ashiri ? Tu vas attraper froid, tu devrais rentrer. »

Quand tu arrives à sa hauteur, tu prends note de ses traits, de son expression. Et aussitôt, tu t'inquiètes. Tu prends place à ses côtés, l'observes un instant avant de demander, soucieux :

« Qu'y a-t-il ? »

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Sujet: Re: Le temps est d'une subjectivité fatale •• Harlan
Mer 25 Jan - 14:27

Le temps est d'une subjectivité fataleOn emporte en mourant ce que l'on a donné. -

Ashiri Rodakaar

Harlan Tikaani

Une voix masculine interrompit ses vagues pensées. Nul besoin de tourner la tête pour identifier le nouveau venu, alors Ashiri réfléchit à la réflexion faite. Le froid. Ce n'était pas ce qui la préoccupait ces derniers temps. Son esprit souffrait bien plus que son corps. De plus, elle semblait moins sensible à cet hiver rugueux que la normale. Bien qu'elle s'habille tout de même en conséquence. Elle, qui avait un goût plus prononcé pour les vêtements moins encombrants afin de faciliter sa liberté de mouvement, s'était adaptée à la dureté de la saison. Des chaussures chaudement confectionnées de ses mains, habillaient ses pieds qu'elle préférait d'habitude, nus. D'ailleurs, elle contempla abstraitement le sol tapis d'une couverture de neige avant de tourner son visage vers Harlan, dont il reconnut immédiatement l'expression.

Tout d'abord, elle resta muette. Peut-être qu'il avait raison. Rentrer serait mieux. Etre plongée dans une atmosphère aussi glaciale n'était effectivement pas l'idéal pour se reposer. Et puis, tomber à son tour malade ne ferait qu'empirer la situation. Ashiri deviendrait à son tour un fardeau, ne pourrait plus être apte dans son rôle d'apprentie, mais surtout elle perdrait davantage de temps à être inefficace dans ses recherches de remèdes. Néanmoins, le froid avait le don de rafraîchir son esprit, d'éclaircir ses pensées ternies. Elle pouvait voir d'autres facettes à ses problèmes, telle que l'était Gaïa lorsqu'elle se transformait durant l'hiver. La nature demeurait la même au fond, mais elle arborait un nouvel aspect, blanc et de glace. Si seulement elle pouvait le voir aussi clairement.

« Je... » Pourquoi lui mentir ? L'envie n'y était pas, mais surtout, la capacité manquait également. Il lui était quasiment impossible de duper son mentor. Il la connaissait bien trop pour percevoir la moindre de ses feintes. Il était même probable qu'il la connaissance mieux qu'elle-même en ces temps oubliés. Harlan, le frère qu'elle n'avait jamais eu en tant que fille unique. Et puis ce n'était pas son habitude de laisser sa bouche découler des mensonges. Ashiri aimait l'honnêteté, la vérité, même si cette dernière pouvait être blessante. Et dans ce cas-ci, elle parvenait toujours à manier ses mots, rendre une réalité plus subtile que fracassante. « J'essayais de me changer les idées. » Car c'était ça le but de son excursion, voir un autre jour que celui de la mort de sa mère. Une quête de plénitude qui semblait pourtant perdue d'avance.

Les yeux d'Ashiri cessèrent de fixer les traits inquiets d'Harlan afin de se poser sur le court d'eau à moitié figé. Ses poumons se gonflèrent d'air frais, avant qu'elle ne l'expire de ses narines. Lorsqu'il s'agissait de son intimité, Ashiri était peu bavarde. Elle ne possédait pas cette volonté de mettre sa vie en avant. Pas par pudeur, mais parce qu'elle ne percevait pas l'intérêt. La jeune Naori appréciait bien plus écouter les autres et en apprendre sur autrui. Mais avec Harlan, depuis près de dix ans, elle se permettait de plus en plus de se dévoiler. Il y avait cette habitude d'être avec l'autre qui lui procurait un sentiment de confort, de confiance. « Pourquoi pleurer nos défunts, si la mort n'est pas une fin en soit ? » La question avait été prononcée de but en blanc. Bien avant, il y a de longues années, elle aurait sûrement su répondre à ce questionnement. Mais le fait de vivre personnellement ce genre d'étape, remettait en question des notions qu'elle s'était auparavant affirmée. « Si la mort n'était qu'un cap dans un cycle, alors je ne devrais pas me sentir triste à chaque fois que je pense à ma mère. Et pourtant... » Et pourtant, Ashiri ne pouvait empêcher ces moments où elle craquait, désespérée, à se morfondre sans qu'aucune solution n'illumine ses tourments. Malgré la mélancolie qui voilait son regard et son épuisement de la situation, sa voix était parfaitement clair, posée.

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Sujet: Re: Le temps est d'une subjectivité fatale •• Harlan
Dim 19 Fév - 9:13

Elle met un moment avant de prendre la parole et c'est ce silence qui t'inquiète. Ton apprentie n'est normalement pas aussi taiseuse. Mais tu la laisses retrouver sa voix en ses propres termes, à son propre tempo. Tu pressens que quelque chose ne va pas, qu'il a dû se passer quelque chose pour qu'une telle humeur la saisisse. Tu n'es pas certain de quoi, même si tu as tes doutes sur la raison. Il s'agit d'un fardeau que tu connais bien, et dont tu te sens coupable de ne pouvoir l'alléger. Même Hakon, ton mentor, s'est révélé incapable de trouver l'origine du mal qui terrasse la mère d'Ashiri et tu n'as jamais rien vu de tel, ni dans tes patients, ni dans les archives. Tu détestes l'admettre, mais tu ne peux, à l'heure actuelle, rien pour elle, du moins rien pour la guérir durablement, seulement la maintenir en vie. Peut-être le peuple du ciel le pourrait-il. Ce n'est pas la première fois que tu y songes, mais tu n'oses pas réellement leur demander de l'aide. Sans doute vous faudrait-il tisser de plus puissants liens, une réelle coopération, et tu pensais être sur le bonne voie avec Adelaide, mais tu n'as pas vu la conseillère depuis un an et tu sais que ces échoués des étoiles n'aiment guère que vous vous approchiez de leur campement. Une bonne partie d'entre eux continuent de vous considérer avec méfiance, et c'est de même chez vous. Et s'ils partagent leurs savoirs avec vous, sans doute devriez-vous faire de même avec eux. Leur enseigner les éléments de la survie n'est pas trop lourd à porter, mais tu n'es pas prêt, personnellement, à partager les secrets de ta tribu avec ce que tu continues de considérer comme des étrangers. Tu penses comme un conseiller, comme un responsable politique, en charge du bien-être de ta tribu, et perdre un avantage stratégique, qui pourrait être crucial si conflit il devait y avoir, tu n'es pas prêt à le faire.

Mais toutes ces questions sont reléguées au second plan tandis que tu attends, dans cet air glacé, que ton apprentie te donne la raison de son comportement si particulier. Elle détourne le regard après avoir avoir être venue ici pour se changer les idées et tu attends qu'elle élabore. Ça ne sert à rien de la brusquer. Tu contrecarres déjà ses plans par ta présence.

Sa question est lourde de sens. Franche et directe, comme tu connais Ashiri, et répondant étrangement à tes propres questionnements, tes propres doutes. Tu as toujours eu un peu de mal avec la mort. Peut-être parce que tu la côtoies de si près, peut-être parce que ton esprit trop pragmatique entre en conflit avec les croyances qui ont bercé ta jeunesse. Qu'Ashiri se pose les mêmes questions, avec sa situation familiale, n'a rien de surprenant. Non pour la première fois, tu aimerais pouvoir lui offrir plus que des mots de réconfort.

Toi aussi, tu fixes le lit gelé de la rivière tandis que tu réponds, tes mots formant une brume légère dans l'air froid. Cadence lente :

« Parce que même si la mort n'est qu'une étape, nous devons subir la séparation de nos êtres aimés et attendre leur réincarnation. S'il est rassurant pour nous de nous dire que l'esprit perdure, il demeure que le corps que nous avons connu n'est plus là. Et que la disparition d'un proche n'équivaudra jamais tout à fait dans notre coeur, à la naissance d'un nouvel être. » Tu sais que, personnellement, tu n'as jamais cherché tes parents ou Hakon dans leurs animaux totem. Les chamans peuvent dire ce qu'ils veulent, et même si tu blasphèmes, ce ne sera jamais la même chose, à tes yeux. « Il y a cette part d'incertitude, ce détachement...même s'il y a réincarnation, ce n'est jamais vraiment pareil. Il n'y a plus la voix familière ou un visage qu'on connaît bien, des habitudes prises autour d'un autre. Malgré tout, c'est la fin d'un chapitre. Et même si ce n'est pas une fin définitive, ça fait quand même mal. C'est pour ça que nous pleurons nos défunts. »

Tu laisses le silence s'installer, laisses à Ashiri le temps de digérer tes paroles. Tu pousses un soupir. Tu sais exactement quel est le problème.
Tu tournes la tête vers elle, demandes d'une voix douce :

« Comment va ta mère ? »

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Sujet: Re: Le temps est d'une subjectivité fatale •• Harlan
Jeu 23 Fév - 15:01

Le temps est d'une subjectivité fataleOn emporte en mourant ce que l'on a donné. -

Ashiri Rodakaar

Harlan Tikaani

Ashiri l'écoutait. Attentive à sa voix, elle avait toujours aimé l'effet que ses paroles lui prodiguaient. C'était comme être enveloppée d'une couverture chaude, avoir cette impression de sécurité, que tout ira pour le mieux malgré les obstacles qui se dressaient. Bien qu'elle n'était pas du genre à succomber facilement à ses émotions, cela était toujours plaisant d'avoir quelqu'un sur qui compter lorsque le moral n'était pas au rendez-vous. De plus, il était évident qu'il avait deviné la cause de son état. Cette raison était la même qui alimentait sa motivation, qui la poussait tous les jours à lutter contre le temps, à repousser des limites invisibles. Harlan savait toujours trouver les mots. Elle admirait sa capacité à pouvoir répondre clairement et avec justesse. Peut-être que les années lui avaient forgé ce don et il était possible qu'un jour elle puisse en faire de même, en tant que futur conseillère. En tout cas, c'est ce qu'elle espérait.

« La même chose depuis 10 ans. » Dix années. Vous rendez vous compte ? Cela faisait dix ans que la vie de sa mère ne tenait qu'à un fil. Pour un malade, il s'agissait de temps inespéré, quasiment du jamais-vu. Mais, il n'y avait pas que ces temps de douleurs et d'épuisement, qui clouait sa mère au lit. Il y avait également ces rares jours, où parfois, la maladie semblait prendre congé et laissait en paix sa douce mère. Ces jours-là, devenaient si précieux par leur exception, par le fait de revoir sa mère illuminer son visage d'un sourire et non modelé par la souffrance. Ils semblaient être une bénédiction et pourtant, cela n'empêchait pas Ashiri d'anticiper le lendemain, les autres jours, bien plus mauvais. Ces jours-ci, où le mal était si vaste, si intense, où sa mère la suppliait de mettre un terme à cette agonie, Ash était à deux doigts de perdre ses moyens. Cela pouvait paraître cruel de ne pas vouloir céder à ses prières suicidaires, car une personne était en droit de choisir s'il était temps pour elle de quitter ce monde. Mais Ashiri, malgré ces dix dernières années passées à tenter l'impossible, ne se sentait toujours pas prête à lâcher prise. Probablement, qu'elle agissait égoïstement. « Il y a des hauts et des bas, mais elle résiste. »

Puis Ashiri posa son attention sur le visage de son mentor. Elle reconnaissait les signes minimes de son expression qui indiquaient bien d'autres inquiétudes. Ces traits-là, la jeune disciple a appris à les étudier avec minutie. En dix ans, elle a su perfectionner son observation, découvert comment décrypter les réactions des autres et en déduire certaines pensées. « Et toi, comment vas-tu ? » Même si Harlan était son mentor et qu'au départ, il avait pour rôle de veiller sur elle et son enseignement, désormais leur relation avait également évolué dans l'autre sens. Bien qu'elle se sentait suffisamment en confiance avec son frère de substitution, elle n'aimait tout de même pas que toute l'attention se centre uniquement sur elle. « Je parle d'Harlan Tikaani, pas du Conseiller Druide ou du soigneur du village. » Un léger sourire vogua sur ses lèvres, tandis qu'elle donna un léger coup de coude à ce dernier, suite à sa dernière réflexion. Ashiri, tout ce qu'elle désirait était de connaître les états d'âme de l'homme qui se tenait à ses côtés, pas de la figure honorable qu'il interprétait devant le reste du Conseil ou face à leur peuple. La place d'Harlan était si influente, lourde de responsabilités et de conséquences, chose qu'elle respectait énormément.

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Sujet: Re: Le temps est d'une subjectivité fatale •• Harlan
Lun 6 Mar - 17:28

La réponse est cruelle dans sa véracité, défaitiste dans son inéluctabilité. La même chose depuis dix ans. Pas d'amélioration nette, pas de réel déclin – jamais assez de l'un ou de l'autre pour espérer ou désespérer. Toujours bloqué dans ce statu-quo qui ne peut permettre d'avancer et retrouver une vie normale ou de faire son deuil. Tu ne peux réellement comprendre la douleur que cela représente car, même si tu es proche d'Ashiri, tu n'as jamais connu sa mère comme elle la connaît. Elle était déjà malade quand tu t'es intéressé de plus près à la jeune fille et tu n'as que de vagues souvenirs d'une femme autre, qui pouvait tenir debout et parler et rire. Et ce n'est pas la même chose. Si tu as fini par considérer Ashiri comme l'équivalent de ta famille de sang, tes émotions ne s'étendent pas jusqu'à sa mère. Tu ne parviens pas à t'attacher à quelqu'un que tu ne connais pas. Tu peux éprouver une forme d'empathie, de compréhension, mais tu ne parviens pas à avoir un simulacre de ce lien émotionnel qui peut relier mère et fille. Et si tu peux comprendre sa douleur, de façon abstraite et générale, et si tu peux te désoler de son état en tant que guérisseur, tu ne peux compatir réellement. Jamais totalement.

Dix ans, c'est long. C'est long pour une survie, mais c'est long pour une maladie aussi. C'est long pour mettre sa vie en sursis pour celle de quelqu'un d'autre.

Les longues maladies sont cruelles. Pour les malades comme pour les proches.

« Ta mère est forte. » réponds-tu. Car c'est la seule consolation que tu peux offrir qui ne soit pas fausse. Tu ne peux pas dire que ça ira mieux car tu ne le sais pas, personne ne le sait. Tu ne peux pas dire que vous trouverez un moyen car tu refuses de faire une promesse que tu n'es pas certain de pouvoir tenir. Tu n'aimes pas mentir et tu n'aimes pas manquer à ta parole, encore moins à Ashiri.

Et c'est peu comme consolation, c'est trop peu, mais tu n'as jamais été doué pour tout ça. Ton apprentie le sait.

Un fin sourire étire tes lèvres quand elle te demande comment tu vas. Toi, Harlan, pas le conseiller ou le druide. Venant de quelqu'un d'autre, ces paroles pourraient presque passer pour insolentes, irrévérencieuses, mais tu aimes cette familiarité. Elle te rappelle que tu n'es pas qu'un conseiller, pas que ta fonction. Souvent, tu l'oublies. Tu as passé tellement de temps à t'effacer toi, pour te dévouer corps et âme à ta tribu, que tu en oublies parfois de vivre pour toi. Peut-être as-tu complètement oublié, au fond. Des fois, tu en as l'impression. Quand as-tu agi pour la dernière fois égoïstement, sans penser à ta tribu en premier ? Tu ne t'en rappelles même pas.

Et que peux-tu répondre ? Physiquement, tu vas bien. C'est peut-être le meilleur avantage à être druide, tu tombes rarement malade. Mentalement, tu es dans un état stable, et même si des inquiétudes persistent, même si tu te poses des questions, ce n'est rien de vital, rien de grave. Tu es toujours capable de rationaliser ou du moins, tu essaies. Même si tu dois avouer, certains jours sont plus difficiles que d'autres. Certains jours, tu te demandes si vraiment tu appartiens à cette tribu, s'il n'y a pas quelque chose de cassé en toi. Tu ne penses pas comme les autres, tu ne réagis pas comme les autres. Tu as enterré les émotions pour ne plus avoir mal, il y a de ça déjà tellement longtemps. Peut-être as-tu en même temps enterré une partie de ton humanité dans le même procédé.

« Je m'inquiète de l'état de santé de Yuma. » avoues-tu. Parce que c'est vrai et que c'est une inquiétude que tu as. Mais elle touche davantage le conseiller qui craint la mort et future réincarnation d'un Grand Chef plutôt que toi personnellement. Tu n'as jamais été aussi proche de Yuma que Rowena. Il n'a jamais été ton mentor.

Tu pousses un soupir avant de répondre, plus sincèrement, plus honteusement :

« Je pense que je perds la foi. »

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Sujet: Re: Le temps est d'une subjectivité fatale •• Harlan
Sam 11 Mar - 14:22

Le temps est d'une subjectivité fataleOn emporte en mourant ce que l'on a donné. -

Ashiri Rodakaar

Harlan Tikaani


Harlan pensait avoir perdu la foi. Voilà ce qu'il lui avoua finalement. Et pourtant, cela n'avait pas dû être évident. Son mentor n'était pas l'homme le plus expressif à propos de ses sentiments. Un point qu'ils partageaient, une sorte d'étrange pudeur à vouloir garder ses ressentis pour soit. Car il était possible que si l'on n'avouait pas à voix haute, les émotions, les pensées prenaient moins d'ampleur, touchaient une autre réalité. Terrer ses sentiments en guise de protection illusoire. Ashiri avait perçu ces symptômes par son ultime tentative de façade. Yuma était également un sujet de préoccupation. Bien que cela ne répondait aux premières attentes d'Ashiri, cette dernière était aussi touchée par extension au mal qui survolait le Grand sage. Ayant échangée quelques mots avec lui, où il lui faisait don de ses profondes paroles, Ash le voyait davantage comme un symbole. Maladroitement cruel, mais pour elle, Yuma représentait l'image même de la sagesse, de leur peuple. Et elle avait des difficultés à imaginer que cette icône pouvait faner, décliner. Probablement que ce sur ce point-là, elle n'était pas encore véritablement terre à terre. Que le Grand Sage ne se résumait pas une figure emblématique, mais bien à une personne. Comme Harlan, dont elle était plus proche, plus réaliste.

Ashiri demeura silencieuse jusqu'à l'annonce de ses tourments. Ce qui fut étrange était le fait qu'elle n'était guère surprise. Au fond de ses entrailles, elle l'avait pressentit. C'était une idée qu'elle se refusait d'admettre. La pensée que son mentor ne puisse plus en croire en l'essence de la bâtisse de leur peuple. Mais encore une fois, le Conseiller druide était animée par un homme et l'homme avait ses propres failles, brisures. Au fil des années, de ces derniers temps, Ashiri l'avait observé. Attentive au moindre de ses gestes, de ses réactions, devinant souvent ses ressentis enfouis. Son mentor était son premier modèle d'observation. Décrypter le langage corporel et non verbale, elle l'avait appris à travers lui. Elle vouait une admiration sans faille envers son frère de substitution. L'apprentie était devenue ce qu'elle demeurait actuellement grâce à ses soins. Et elle ne se permettrait jamais de le juger. Bien qu'en temps normal, Ashiri était loin de se fier aux apparences ou d'un simple regard, poser une étiquette sur la personne. Donc, surtout pas avec son mentor.

S'apercevant qu'elle ne savait pas comment réagir face à cette situation, un silence s'était installé tandis qu'elle assimilait la nouvelle. Puis, son regard ébène pivota en direction d'Harlan, détaillant les traits fermés de son expression grave. « Il n'y a pas à avoir honte. » il y avait sûrement mieux pour commencer. D'habitude, les mots ne lui auraient pas posés de problème. Les utiliser à bon escient était dans ses cordes. Mais ce qui déroulait en ce moment même semblait hors norme, dépassé de ses compétences. Et cela ne ressemblait pas à une simple diminution de volonté. Ashiri en décousait une réalité plus grave. Mais d'un autre côté, elle était fière qu'il puisse lui partager ce qu'il avait sur le cœur. Un soulagement amer qu'elle ne pouvait définir. « L'admettre est déjà un grand pas. » S'avouer une telle chose demandait une force d'esprit, une volonté du cœur. Elle ne pouvait pas imaginer la bataille qui se déroulait au creux de l'âme d'Harlan. Une guerre acharnée qui semblait ronger sa vitalité, son esprit. « Et cela doit être pénible. »

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Sujet: Re: Le temps est d'une subjectivité fatale •• Harlan
Dim 19 Mar - 20:23

Tu ne sais pas vraiment pourquoi tu as avoué ça. Tu n'étais pas obligé de répondre franchement. Tu aurais pu dire n'importe quoi d'autre et Ashiri t'aurait probablement cru, simplement parce que ce n'est pas dans ton habitude de mentir. Tu n'aurais pas menti, tu n'aurais fait qu'omettre une information, probablement sans importance. Tu aurais dû te contenter de parler de Yuma. Ou de dire que tu vas bien. Car tu n'es pas dans un mauvais état de santé, après tout, ce serait la vérité. Tu ne la dérangerais pas avec tes questionnements futiles et tes doutes inutiles.

Non, tu n'étais pas obligé de dire ça. Ashiri a plus de problèmes que toi, psychologiquement, c'est bien plus difficile pour elle de devoir s'occuper de sa mère malade que toi et ta crise spirituelle. Surtout qu'il ne s'agit pas de quelque chose de nouveau. Tu n'as jamais été le plus fervent croyant parmi les Naoris, jamais été le plus porté sur vos pratiques. Tu les respectes et tu pries au temple et tu vénères les esprits, oui. Mais parfois le coeur te manque. Parfois tu remets en doute ces apprentissages, tu remets en cause vos pratiques. Quelles preuves concrètes avez-vous sur la réincarnation ? Que ce soit en animal ou la façon dont est élu le Grand Sage ? Tu sais que c'est un sacrilège de remettre ces choses en question. Que si tu énonçais ces questionnements à voix haute, tu perdrais ta place, mais aussi probablement l'estime de la communauté. Pour un Naori, c'est un crime grave de douter, votre peuple est profondément religieux. Certains vont même jusqu'à vous accuser d'être fanatiques. Tu ne peux pas nier que certains dans votre communauté le sont, même si tu penses que les prêtres de feu rahjaks sont probablement plus atteints que vos chamans. Les chamans ne vivent pas que dans la religion, ils sont dépositaires de vos savoirs sur le ciel et sur votre passé, alors que les prêtres de feu sont entièrement dévoués au Dieu Soleil. Tu éprouves une étrange fascination pour cette dévotion aveugle. Tu ne la comprends pas, mais tu l'admires, d'une certaine façon, comme s'il s'agissait d'une bête curieuse à disséquer. Tu ne comprendras probablement jamais, mais tu veux quand même savoir. C'est plus fort que toi.

Tu es conscient du silence qui s'installe et tu le regrettes, maudissant ton instant d'égarement. T'aliéner Ashiri est la dernière chose que tu souhaites. Quand elle répond, tu sens son malaise, son incertitude. Tu n'aurais pas dû lui avouer ça. Un soupir las t'échappe.

« Oublie ce que j'ai dit. Ce n'était...qu'un moment d'égarement. »

Peut-être qu'à force de volonté, tu parviendras à retrouver le droit chemin. Peut-être que tu parviendras à te re-persuader de la justesse de vos prêches. Faire taire les voix discordantes au sein même de ton esprit ne t'est pas étranger. Anesthésier des parties indésirables de toi non plus.

Tu tournes le regard vers ton apprentie et lui adresse un faible sourire :

« Comment vas-tu, toi ? Tu t'intéresses beaucoup aux pratiques des Athnas dernièrement, non ? »

Ce n'est ni subtil ni adroit mais le sujet est trop sensible. Tu n'aurais pas dû l'aborder et tu préfères diriger la discussion vers autre chose. Un terrain moins glissant. Moins personnel.

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Sujet: Re: Le temps est d'une subjectivité fatale •• Harlan
Sam 25 Mar - 1:35

Le temps est d'une subjectivité fataleOn emporte en mourant ce que l'on a donné. -

Ashiri Rodakaar

Harlan Tikaani


Encore une parade. Encore une façade emplit d'illusions. Encore une berceuse de dénis. Encore ce voile sur une chaste confession. Ashiri ne pouvait lui en vouloir. Elle n'en avait pas l'envie, elle n'en avait pas la capacité, ni le pouvoir. Harlan s'était fermé comme une huitre aussi furtivement que l'aveu avait été déblatéré. L'instant avait été bref. Mais elle avait eu le temps de le lire dans ses yeux, dénués de mensonges, pas pour autant sincères envers ses propres ressentis. Décelant le combat entre la réalisation et la réalité. Le manque de réaction de l'apprentie n'avait été guère rassurant dans cette situation. Il considérait cela comme un moment d'égarement ? La Rodakaar percevait sous les apparences, l'incertitude. L'hésitation était refoulée, bafouée, bridée, mais finalement, flagrante. Une remise en question perpétuelle qui était évidente à présent et pourtant, elle ne doutait pas de lui. Si Harlan pouvait soupçonner la véracité de leurs croyances, Ash, elle, croyait fermement en son mentor.

Mais il voulait la protéger. Etant sous son aile depuis maintenant dix ans, il y avait toujours cette volonté de la préserver de ses tourments. Harlan devait construire et montrer une image forte de Conseiller, de mentor, de grand frère. Et il ne pouvait admettre que le symbole et le système était doté de failles. Il s'était attribué le rôle de veiller à ce qu'elle ne soit pas confrontée à des impuretés extérieures, à des éléments néfastes qui pouvait la dévier de ses responsabilités. Mais il lui était impossible de s'abriter éternellement du monde qui s'étendait au-delà des frontières Naoris et encore moins, des démons qui rodaient au sein de ses proches. Elle en avait conscience et si les faire taire permettait de maintenir les murs, cela ne les empêchaient pas d'être cette ombre jonchant leurs âmes innocentes. Et Ashiri ne voulait pas être protégée. En tout cas pas de cela, car elle voyait en ces fardeaux, un moyen de s'enrichir et de forger son être. Comme avec sa mère.

Sauf que la druide n'était pas une personne intrusive, en tout cas, pas volontairement. Forcer l'entrée dans l'intimité d'un autre n'était pas dans sa nature. Chacun ayant son jardin secret, elle tenait bien trop le sien pour entraver celui d'autrui. Alors, elle respectait le choix d'Harlan. Celui de changer de sujet, celui de ne pas approfondir des termes bien trop fragiles et vacillants. Probablement qu'elle n'était pas celle qui était apte à le faire parler à coeur ouvert. Ashiri avait sa petite idée. Il y avait cette personne, d'une douceur sans nom et d'une ouverture d'esprit qu'elle admirait profondément. Une connaissance de son mentor de longue date. Celle qui partageait un passé lié au sien. La Rodakaar pouvait deviner une possibilité, un échappatoire à son égarement. Néanmoins, elle demeura muette.  

Et puis, elle aussi cherchait à se changer les idées, alors autant entrer dans son jeu. « Ca va bien. » Répondit-elle simplement. La jeune femme n'était pas non plus extrêmement communicative à propos de ses sentiments. Mais dans ce qui la passionnait et égayait sa curiosité, Ashiri n'hésitait pas à faire part de ses impressions. « Leur dernière visite a su attirer mon attention  et mit la lumière sur des éléments qui m'étaient inconnus. » Ces derniers temps, il était vrai que parmi toutes les autres tribus, celle des Athna s'était démarquée. Étrangement, elle n'en connaissait pas la raison, mais elle s'était aperçue que ses connaissances à propos d'eux étaient assez pauvres. « Cependant, la rencontre a été plutôt brève. » Et suite à ses propos, apparu une question qui vagabondait dans son esprit depuis quelques jours. « Est-ce qu'il y aurait un moyen pour que je puisse les rencontrer à nouveau ? »

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Sujet: Re: Le temps est d'une subjectivité fatale •• Harlan
Sam 25 Mar - 20:34

Tu es soulagé quand Ashiri n'insiste pas sur tes propos discordants. Effacés et promptement oubliés, comme tu le souhaitais. Il ne manquerait plus que tu infectes Ashiri avec tes doutes ; elle n'a clairement pas besoin de ça. Au contraire, elle qui se pose déjà des questions sur votre approche par rapport à la mort ne gagnerait rien à savoir tes doutes sur la réincarnation et vos principes fondamentaux. Pour ce que ça vaut, tu veux la maintenir...non pas dans l'ignorance, mais dans une certaine paix. Le chaos qui règne en toi pour le moment ne lui serait pas bénéfique. Tu ne peux lui imposer ce poids, en plus de ses responsabilités professionnelles comme personnelles. Tu es son mentor, c'est à toi de la soutenir, pas l'inverse.

Le changement de sujet a au moins le mérite d'alléger le ton de la conversation. Si sa réponse à ta première question est plutôt laconique – tel mentor tel apprentie, tu imagines – le reste est plus...intéressant. Tu vois Ashiri qui s'anime et perdre l'air morose qu'elle avait au tout début. Se serait-il passé quelque chose lors de cette visite d'Athnas au sein de votre tribu ? Tu as l'étrange sensation qu'il s'agit de quelque chose de plus personnel plutôt que diplomatique. Ashiri te paraît bien plus enthousiaste que pour n'importe quelle autre visite ou expédition. Tu ne peux empêcher ta propre curiosité de prendre le dessus. Une distraction de tes pensées plus sombres est bienvenue.

« Quels éléments, si je peux demander ? » demandes-tu avec un fantôme de sourire.

Médicinaux ? Politiques ? Culturels ? Beaucoup de choses vous séparent des Athnas, dont la mentalité est radicalement différente de la vôtre. Mais leurs talents de guérisseurs sont reconnus dans les tribus plus à l'ouest et tu soutiens pleinement Ashiri dans sa démarche de vouloir découvrir de nouveaux remèdes. Tu t'es après tout rendu dans le désert à plusieurs occasions justement pour ces raisons. Cela fait longtemps que tu ne t'es plus rendu dans les terres athnas, cependant, le voyage étant plus long et ta présence étant requise au village. Le commerce que vous effectuez te suffit en général pour obtenir les plantes et autres ressources médicinales dont ils disposent et tu connais bien leur pharmacopée. Tu ne penses pas qu'ils aient découvert un nouveau remède depuis la dernière fois que tu t'es rendu dans la montagne. Mais Ashiri est jeune et curieuse et il est naturel qu'elle veuille apprendre par elle-même. Tu ne peux qu'apprécier son esprit d'initiative et sa curiosité. C'est selon toi deux de ses principales qualités en tant que future conseillère.

À sa demande suivante, tu hausses un sourcil interrogateur.

« Tu veux dire faire venir des Athnas ici ? Ou aller là-bas toi-même ? »

Tu te demandes ce qui a pu se passer lors de cette visite pour avoir un tel impact sur ton apprentie. A-t-elle eu vent d'un remède qui pourrait aider sa mère ? Ou a-t-elle, comme toi dans tes années de tourment, été attirée par la culture athna, fière et honorable, mais rude et froide ? Ou encore autre chose ?

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Sujet: Re: Le temps est d'une subjectivité fatale •• Harlan
Sam 1 Avr - 11:00

Le temps est d'une subjectivité fataleOn emporte en mourant ce que l'on a donné. -

Ashiri Rodakaar

Harlan Tikaani


Oh, Ashiri devinait le rictus qui se dessinait sur le bout des lèvres de son mentor. Léger, mais dissociable sous son regard expert, l'apprentie peina cependant à identifier sa signification. Tout ce qu'elle en relevait était une émotion positive, une essence bienveillante qui s'immisçait en douceur sur les tourments précédents. Ce qu'elle appréciait en Harlan, était cette écoute active envers ses sentiments et son esprit. Fille unique d'une famille où les membres encore subsistants se comptaient sur les doigts d'une main, ce n'était pas auprès des autres Rodakaar qu'elle comptait partager ses divers ressentis. Il y avait certes le lien du sang, mais les années qui ont décimées leur lignée, ont également éloignées les survivants les uns des autres. Alors que le fait tragique de perdre ses proches devait instinctivement resserrer les liens, chez eux, la malédiction instaurait l'effet inverse. Une distance où Ashiri se souvenait à peine des derniers moments passés avec l'un de ses oncles ou cousins éloignés. Mis à part sa mère, dont elle entretenait une relation fusionnelle qui vacillait par sa maladie, l'apprentie, n'avait pas le souvenir de connaître de nombreuses personnes auxquelles, elle pouvait autant se confier. Harlan était le grand-frère qu'elle n'avait jamais eu et celui qui n'avait pas cette épée de Damoclès au-dessus du crâne, contrairement aux Rodakaar. Cela avait le don de la rassurer, même si la vie pouvait être imprévisible.

« J'aimerais bien aller la-bas. » Ses pupilles charbonneuses s'ancrèrent avec sincérité dans celles de son mentor, répondant d'abord à sa dernière question. Puis se laissant vaguement emporter par le songe d'une expédition différente de toutes celles qu'elle avait déjà entreprises, le regard souriant d'Ashiri dévia, s'accrochant sur la terre blanchie par la neige située par delà la rivière. « Partir pour la tribu Athna. » L'idée de partir une nouvelle fois à l'aventure l'enthousiasmait. Il y avait cette quête de l'inédit, de l'inconnu qui parvenait à éveiller toute son âme. Le goût pour l'exploration ne s'était guère éteint et si la flamme s'était atténuée suite à ces derniers temps, cette nouvelle perspective ravivait l'étincelle de son être. Puis, sans s'évader davantage dans diverses projections, Ashiri revint vivement sur terre, le ton plus pondéré tandis qu'elle secouait légèrement la tête négativement. « Mais seulement pour quelques jours. Je ne compte pas m'éterniser là-bas et puis, je ne veux pas m'absenter trop longtemps. » Les responsabilités revinrent prendre possession de sa raison. Elle savait que partir pour la montagne était un périple long et que seulement trois jours comme à l'accoutumée, n'allait pas lui suffire. A contrario, elle ne pouvait se permettre de s'éloigner une période trop importante qui ne coïncidait pas avec son rôle d'apprentie. Mais la raison, valait le détour. Et elle résidait être la même, depuis maintenant dix ans. « Pour les éléments, il s'agirait plus de leur mentalité. Elle est si différente de la nôtre. » Ashiri était cultivée, mais jamais assez selon elle. Toutes ses connaissances à propos des autres cultures se tiraient des Naoris et de leurs enseignements. Un savoir qui pouvait être limité pour sa curiosité et sa soif d'apprentissage. « Et puis, je pourrais aussi faire de nouvelles recherches d'ingrédients pour mes potions. » Il était vrai que la druidesse pouvait se contenter de leur commerce, mais elle aimait également cueillir et récolter ses produits pour ensuite faire ses propres analyses. Ainsi, c'était probablement l'occasion de contempler la montagne, tout en la foulant de ses pieds.

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Sujet: Re: Le temps est d'une subjectivité fatale •• Harlan
Jeu 6 Avr - 20:21

L'enthousiasme manifeste d'Ashiri chasse tes idées noires et le lourd sujet abordé plus tôt. Tu ne peux qu'être reconnaissant au changement de sujet et d'atmosphère, par conséquent. L'air reste toujours aussi glacé et vous devriez probablement rentrer vers l'arbre de vie – enfin, surtout Ashiri, selon toi, réplique ton envie de la protéger – mais il y a une quiétude, ici, une paix dans ce petit bout de forêt qui te rend réticent à l'idée de partir. Au village, il y aura toujours une personne ou un problème qui demandera l'attention de l'un ou l'autre et ces échanges sont moins faciles. Pas impossibles, mais plus rares, plus difficiles à initier. Peut-être est-ce pour cela que vous avez tous les deux un goût prononcé pour l'extérieur et l'exploration. Le monde vous semble trop intéressant pour rester confinés au sein du chêne centenaire.

« Et bien, tu as totalement ma bénédiction pour t'y rendre. » réponds-tu quand Ashiri confirme qu'elle souhaite se rendre dans la tribu Athna. Tu frottes tes mains entre elles pour les réchauffer. « J'ai aussi voyagé avant de devenir conseiller, ça fait partie de l'apprentissage. »

Ta fascination à toi en revanche a toujours été plutôt du côté des sorciers rahjaks. Non content de te satisfaire des remèdes de toutes les tribus, tu étais plus intrigué par leurs savoirs sur les poisons. C'est un thème peu abordé dans vos apprentissages et les druides naoris sont connus pour être des guérisseurs, pas des empoisonneurs, à contrario des sorciers du désert. Tu te rappelles cette sorcière rencontrée dans la forêt, un an plus tôt, partie à la recherche d'un serpent rare qu'on ne trouvait que chez vous. Tu n'apprécies guère leurs méthodes et le mystère opaque qui entoure leur profession mais tu es immanquablement attiré par leur savoir. Peut-être simplement parce qu'il s'agit de quelque chose qui est presque tabou dans votre culture. Peut-être simplement parce que ta soif de savoir et ta curiosité ne peuvent être satisfaits des lacunes dans tes connaissances dans ce domaine. Si tu en avais le coeur, tu chercherais peut-être à apprendre auprès d'un sorcier ; malheureusement, ton arrogance et l'inimité qui règne entre vos peuples ont tôt fait de créer des tensions plutôt que des collaborations.

« Je pense que tu as bien conscience de tes responsabilités, de toute façon, et qu'il s'agit d'un voyage personnel, pas diplomatique. » ajoutes-tu, jetant un regard en biais à ton apprentie. Vos relations avec la tribu athna sont bonnes mais tu ne veux pas risquer de quiproquo si Ashiri venait à être considérée, à tort, comme une envoyée de votre peuple. Elle reste une conseillère en formation et même si sa voix ne porte pas autant que la tienne ou celle de Rowena, il n'empêche qu'elle a un rang important au sein de votre communauté et qu'un seul faux-pas de sa part pourrait vous attirer bien des ennuis. Tu ne peux la couver et vérifier le moindre de ses gestes, tu dois lui faire confiance quant à ses capacités pour bien gérer son voyage mais il demeure que tu as certaines appréhensions.

« Ça fait longtemps que je n'ai pas été chez les Athnas, peut-être ont-ils découvert de nouveaux remèdes qu'ils n'ont pas encore envie de commercer, oui. » acquiesces-tu quand elle te donne les raisons de son envie de départ. Tu imagines sans mal que c'est pour aider sa mère et tu ne peux que l'encourager à poursuivre sur cette voie. Sa détermination finira peut-être par payer. « Apprends autant que tu peux après d'eux, en tout cas. Mentalité comme coutumes ou ingrédients. On ne peut que bénéficier d'avoir accès à une autre culture et surtout une si différente de la nôtre. » finis-tu avec un léger sourire.

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Sujet: Re: Le temps est d'une subjectivité fatale •• Harlan
Dim 9 Avr - 15:12

Le temps est d'une subjectivité fataleOn emporte en mourant ce que l'on a donné. -

Ashiri Rodakaar

Harlan Tikaani


La bénédiction était un élément auquel elle tenait à coeur. Bien qu'elle est maintes et maintes fois partie sans crier gare au-delà des frontières de leur village, Ashiri savait parfaitement qu'Harlan approuvait ce genre d'initiatives et ce, sans même qu'il ne le mentionne. Puisque lui aussi, au temps où il était à sa place, un apprentie druide, il avait parcouru ses propres chemins, exploré des terres en quêtes de savoirs. Ainsi, où encore aujourd'hui, il lui déléguait une partie des reines du Conseil, en quittant à son tour quelques jours la tribu, afin de s'évader là où l'envie et le vent l'emportaient. La jeune Rodakaar appréciait cet état d'esprit de conquête culturelle et intellectuelle, qu'elle partageait grandement avec son mentor. Pour eux, il n'existait pas de limites matérielles, seulement des hommes qui construisaient des barrières, afin de délimiter leur territoire et leurs possessions. Bien que les mots pouvaient être superflus avec Harlan, avoir une confirmation vocale, rassurait davantage les intentions d'Ashiri.

Tout comme elle décelait la signification de son regard en appuyant ses dires à propos de l'objectif de son expédition. Ashiri était certes une future conseillère, mais elle n'était pas encore dotée du pouvoir à mener pleinement des affaires politiques au nom des Naoris. Il était vrai, qu'elle savait se débrouiller en terme de négociation et de diplomatie, mais elle n'avait pas encore l'étoffe d'une véritable leadeuse. Encore trop jeune, elle était et surtout pas assez expérimentée. Bien qu'elle ait confiance en ses capacités et en ses ambitions, la druidesse demeurait encore réaliste. Il n'était pas question de risquer une entente qui était loin d'être fusionnelle, mais restait tout de même primaire afin de conserver un certain pacifisme. Ash connaissait les enjeux géopolitiques et ne comptait pas intervenir dans ces derniers. Cette fois-ci, elle se présenterait telle une simple voyageuse Naori, à la recherche de savoirs et d'apprentissage. Il était d'ailleurs possible qu'elle partage à son tour ses connaissances avec les guérisseurs de la tribu Athna. En tout cas, cette pensée avait de quoi la ravir.

Mais elle ne pouvait manquer cette légère inquiétude qu'émanait Harlan envers son départ. Sauf qu'elle se sentait prête. Prête à voir plus grand que ces autres plus petites explorations. Prête à gérer ce voyage par ses propres moyens. Peut-être que ce n'était pas encore le périple de son existence, celui qui chamboulera ses sens et qui lui offrirait assez pour toute une vie, mais il s'agissait déjà d'un très bon début. Et puis également, prête à ne pas décevoir son mentor. Bien qu'elle avait de nombreuses fois prouvé sa valeur à ses côtés, elle ne cessait de vouloir montrer qu'elle était digne de reprendre le flambeau. Elle se sentait capable de devenir à son tour une grande conseillère, tel que lui. Néanmoins, elle n'était pas au point d'espérer qu'Harlan quitte son siège de si tôt, en ayant par exemple le même sort que son mentor, Hakon. Une chose tragique qui avait marqué Harlan et qu'elle ne désirait pas connaître. Pas en plus avec sa mère, dont la vie ne tenait plus qu'à un fil.

« Ne t'inquiète pas, à mon retour tu auras le droit à un rapport détaillé. »  Renchérit-elle le sourire dans le ton, suite à sa dernière réflexion. Ashiri, en tant qu'apprentie, aimait partager ses découvertes avec son mentor. Certes, elle magouillait ses propres potions dans son coin et sans un mot, regorgeant d'inventivité, mais lorsqu'il en découlait une essence intéressante, elle n'hésitait pas à le faire savoir à Harlan, demandant son avis et ses conseils. Après tout, son opinion comptait énormément. « D'ailleurs, quel a été pour toi le voyage le plus enrichissant ? »  Une nouvelle fois, sa curiosité se manifestait à travers ses questions. Sauf qu'Ashiri tenait à se renseigner sur toutes les sortes de possibilités qui pouvaient se présenter à elle, avant de s'engager dans une telle aventure. Et puis, les histoires de son mentor ne la laissaient guère indifférente.



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Sujet: Re: Le temps est d'une subjectivité fatale •• Harlan
Ven 21 Avr - 18:11

Parfois, tu te demandes si les autres conseillers ont une aussi bonne relation avec leur apprenti que toi. Tu n'as jamais vu Rürik ou Karah siéger à la place de Caleb et Rowena et ils te semblent moins rompus à la politique qu'Ashiri. Peut-être s'agit-il simplement de leurs intérêts personnels, de leur propre vision de la politique. Peut-être sont-ils simplement moins ambitieux. Tu n'en sais rien, travaillant davantage avec leurs mentors qu'avec eux. Mais tu t'estimes...chanceux, dans ton choix d'apprentie. Surtout dans des moments comme celui-ci où tu peux voir la complicité qui vous lie et son esprit affûté et curieux. Oh bien sûr, tu la devinais douée, quand tu as choisi Ashiri. Et certains ont pu se poser des questions sur ton choix étrange, de prendre une apprentie si jeune, seulement au début de sa formation, alors qu'il y avait d'autres élèves doués prêts à reprendre le flambeau. Tu sais que certains auraient préféré te voir choisir un apprenti plus âgé, quand toi-même tu étais encore jeune et trop affecté par la mort de Hakon pour mener tes fonctions au maximum de tes capacités. Mais tu avais vu un feu là, une envie et une rage de vaincre, sous des dehors doux et calmes. Tu avais vu quelqu'un qui avait l'étoffe de mener la tribu, aussi bien en des temps prospères qu'en des temps difficiles. Son intérêt pour la diplomatie tranche quelque peu avec tes méthodes plus directes ou, au contraire, plus détournées pour mener à bien tes objectifs, mais c'est un contre-poids bienvenu. Même si ses méthodes la rapprochent parfois plus de Rowena que de toi, c'est votre curiosité et votre goût pour l'exploration qui vous rapprochent réellement. Tu n'aimes pas réellement les limites arbitraires. Tout savoir est bon à prendre, à partager. Tout territoire est à explorer. C'est le temps et l'expérience qui t'ont rendu plus méfiant, plus prudent, envers les autres, les inconnus, les étrangers, mais tu reconnais sans peine tes propres démarches dans les manoeuvres actuelles d'Ashiri. Et tu ne peux que les approuver. Elle aussi apprendra avec le temps à qui elle peut accorder sa confiance ou non, ce qu'il est prudent de partager ou de garder pour soi.

« Bien, je compte sur toi. » réponds-tu, avec un sourire plus franc face à sa légère taquinerie. En même temps, ce n'est pas totalement faux. Peut-être qu'Ashiri découvrira de nouvelles choses intéressantes. Mais sincèrement, avoir simplement son avis sur ce qu'elle a pu croiser ou voir sera enrichissant pour toi. Voir comment son esprit fonctionne, ce qu'elle a retenu. « D'ailleurs, comptes-tu emmener une sentinelle avec toi ? T'y rendre avec des marchands ? Ou tu veux voyager seule ? »

La route vers la montagne n'est pas particulièrement dangereuse mais tu ne peux t'empêcher de penser à la sécurité d'Ashiri. Tu n'aimerais pas qu'il lui arrive quelque chose ou qu'elle rencontre des problèmes sur la route.

Tu ne prends guère longtemps pour réfléchir à ta réponse à la question d'Ashiri.

« Hm, probablement le désert et la cité rahjak. » réponds-tu, le regard fixé sur la rivière gelée. « Je ne supporte pas leur pratique de l'esclavagisme mais je dois avouer que leur mentalité est fascinante. En particulier leurs croyances. À mes yeux leur Dieu Soleil n'est qu'un aspect de Gaïa, ils ont juste...décidé de tronquer nos croyances communes pour en garder uniquement un aspect plus agressif. La dévotion de leurs prêtres de feu est admirable, même si je ne la comprends pas vraiment. Et les savoirs de leurs sorciers... » Tu gardes un silence contemplatif quelques secondes. « ...beaucoup sont des charlatans et sont plus prompts à tuer qu'à guérir. Mais ils ont des connaissances que nous ne possédons pas, possèdent les clés de mystères qui restent insondables pour nous. J'ai toujours vu les Rahjaks un peu comme...un miroir inversé de nous. Leur société est corrompue mais riche et fascinante en même temps, c'est simplement... » Tu batailles avec tes mots un instant. « ...qu'elle est difficile d'accès pour un étranger. Il faudrait gagner leur confiance, mais c'est difficile sans être corrompu soi-même. »

Tu laisses échapper un léger rire auto-dérisoire avant de tourner ton regard vers Ashiri.

« Pardonne-moi, j'ai passé bien trop longtemps à essayer de comprendre les gens du désert. Leur folie a quelque peu déteint sur moi. »

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Sujet: Re: Le temps est d'une subjectivité fatale •• Harlan
Dim 23 Avr - 18:51

Le temps est d'une subjectivité fataleOn emporte en mourant ce que l'on a donné. -

Ashiri Rodakaar

Harlan Tikaani


Ayant réfléchit à la question, Ashiri avait déjà sa petite idée. Il est vrai que sur le papier, la route menant à la tribu Athna ne semblait pas si périlleuse, en tout cas comparé à d'autres itinéraires. Si elle décidait d'emprunter une route directe, ses pieds ne fouleraient qu'une terre forestière pour ensuite se transformer en un milieu plus rocheux. Certes le paysage risquait d'être différent, mais l'environnement des Naoris avait plus de points communs avec ces derniers, qu'avec le désert par exemple. L'apprentie n'a jamais eu grand mal à s'adapter au changement. D'ailleurs, elle prônait l'évolution. Déjà par le monde qui se métamorphosait continuellement, par ses jours, ses nuits, ses saisons, mais également par les vies qui peuplaient cette terre. Et l'être à redouter le plus, à cause son instabilité et sa manière forcenée de transformer les choses, était l'Homme. Mais Ashiri comptait justement sur l'Homme afin d'accomplir une partie de son périple.

Il y avait certes les sentinelles qui pouvaient l'accompagner. Elles avaient des capacités dans le domaine de la défense et l'environnement, non négligeables, mais Ashiri ne désirait pas faire appel à tant de formalité pour un simple voyage personnel. Partir seule était également une possibilité. Après tout, elle était capable d'analyser le milieu qui l'entourait et avait un sens de l'orientation qui ne laissait pas à désirer. Bien qu'elle était méthodique et prudente, cela ne lui faisait pas froid aux yeux d'affronter des sentiers qui lui étaient encore inconnus. Par les arbres ou encore par la rivière, les choix étaient variés, lui permettant d'arborer les paysages selon différents angles. Mais bien qu'elle aimait la solitude dans la réalisation de ses potions et dans ses courtes expéditions, pour ce voyage, elle souhaitait partager avec d'autres. Rencontrer des nomades venant d'autres horizons ou ayant d'autres objectifs. Partager leurs points de vue et leur mode de vie. Et puis, elle ne voulait pas perdre de temps en faisant une erreur de sa trajectoire. Alors que si elle était accompagnée de personnes connaissant bien la route, elle avait une meilleure garantie d'être arrivée à bon port. « J'avais pensé à des marchands. Je ne sais pas encore qui exactement, mais je trouverais bien un moyen de m'arranger. »

Voir Harlan autant emballé face un tel souvenir avait de quoi ravir Ashiri. Bien qu'elle ne perdait pas le fil des faits plus sombres précédemment énoncés, entendre son mentor apporter une réponse si passionnée lui donnait également envie d'arpenter à son tour le désert Rahjak. Évidemment ce n'était pas le but premier et elle n'était même pas sûr de pouvoir se le permettre suite à sa demande. Mais tant qu'elle n'était pas en pleine immersion, rien ne pouvait être prémédité. La jeune druide aimait écouter les autres échanger à propos de leurs passions singulières et découvrir ainsi ce qui pouvait autant animer une personne, la fascinait à son tour. Surtout que l'enthousiasme d'Harlan était si communicatif. N'étant guère expressive, cela ne l'empêchait pas d'avoir une certaine sensibilité envers autrui. Et très curieuse lorsqu'il s'agissait de l'humanité ainsi que ses différentes facettes, Ashiri aimait comprendre la complexité des émotions que pouvait dégager une âme. Était-ce un genre d'empathie ? En ressentant les choses à travers les autres ? Difficile de définir ceci.

Écoutant attentivement son récit, Ashiri admirait sa façon de voir les choses. Harlan était parvenu à prendre un certain recul, surtout par rapport à son statut de Naori. Puisqu'il était bien connu que les deux peuples ne partageaient pas les mêmes idées sur le monde ou encore sur les hommes. Alors, elle le laissa découler ses fines paroles en silence, observant le fait qu'il tentait d'être le plus clairvoyant malgré son emballement. Même lorsqu'il ponctuait ses réflexions en riant et ensuite en s'excusant, l'apprentie persista à le toiser calmement. Puis sans crier gare, un rire tout aussi léger que franc émana de ses lèvres. Sachez que la jeune Rodakaar n'était pas vraiment un public facile. Ayant quelques difficultés avec l'humour tout comme avec le second degré, elle riait surtout lorsqu'une situation paraissait décalée ou inattendue. Dans ce cas-ci, c'était de voir Harlan essayant de contrôler son penchant pour la culture Rahjak et ses vaines tentatives de justification, qui l'amusait. Le son joyeux se fana tandis qu'elle répondit tout aussi doucement, haussant les épaules. « T'excuse pas, c'est tout à ton honneur de vouloir les comprendre. C'est vrai qu'ils sont... Particuliers. » Puis son regard se posa à nouveau sur la forêt enneigée, ses bras frottant ses épaules, cherchant un peu de chaleur dans ce geste. « Et puis, ils ne sont peut-être pas si fous... Certaines tribus nous considèrent comme tels et je ne pense pas qu'on le soit. »


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Le temps est d'une subjectivité fatale •• Harlan

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